« Le Franc-maçon » sort du silence : une lettre ouverte pour expliquer, assumer, et convaincre

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Deux ans après avoir commencé à parler de franc-maçonnerie sur les réseaux sociaux, le créateur de contenu connu sous le pseudonyme Le Franc-maçon choisit aujourd’hui de rompre avec le format court, les réponses fragmentées et les interprétations parfois hostiles. Dans une lettre ouverte dense, rédigée comme un bilan et comme une profession de foi, il revient sur sa démarche, ses intentions, ses critiques, ses soutiens et ses projets. La vidéo qui l’accompagne (ci-dessous) donne à l’ensemble une portée plus directe encore : celle d’un homme qui veut expliquer publiquement pourquoi il parle, au nom de quoi, et pour quoi faire.

Dès les premières lignes, le ton est donné. L’auteur s’adresse à ses « Très Chers Frères » et à ses « Très Chères Sœurs », mais aussi aux profanes, en France comme à l’étranger, et précise d’emblée qu’il ne parlera qu’en son nom propre. Cette mise au point est essentielle : il refuse d’être confondu avec une obédience, une loge ou un rite. Le personnage médiatique « Le Franc-maçon », explique-t-il, n’est qu’un outil de transmission, une voix construite pour parler de franc-maçonnerie à un public qui n’en entend souvent parler qu’au travers de caricatures.

Une prise de parole née du vide

Le cœur de sa justification repose sur un constat simple : l’espace public maçonnique a longtemps laissé le champ libre aux récits complotistes, aux déformations et aux fantasmes. Il décrit un environnement saturé de vidéos accusant les francs-maçons de gouvernance mondiale, de satanisme ou d’influence occulte, face auquel la réponse des intéressés fut longtemps le silence. Or, dans l’agora numérique, une chaise vide ne reste jamais vide bien longtemps.

Sa démarche s’inscrit donc, selon lui, dans une logique de réponse. Non pas une réponse défensive, mais une réponse pédagogique. Il affirme avoir voulu apporter une autre voix, plus simple, plus accessible, plus directe, afin de corriger les croyances erronées et de rendre la franc-maçonnerie intelligible à ceux qui n’en connaissent que les clichés. L’idée, au fond, est de reprendre la parole avant qu’elle ne soit confisquée par d’autres.

Trois piliers, une mission

Piliers de l’Apprenti et du Maître, ou de Boaz et de Jachin. Chapelle de Rosslyn

Dans cette lettre, l’auteur résume son projet autour de trois piliers.

Le premier est la démystification. Il s’agit de répondre clairement à la question : qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? Selon lui, chaque symbole expliqué, chaque rite recontextualisé, chaque idée rendue lisible retire du terrain au complotisme. Il revendique des millions de vues et considère que le simple fait que des millions de personnes aient entendu parler de la franc-maçonnerie par un franc-maçon plutôt que par ses détracteurs constitue déjà une victoire culturelle.

Le deuxième pilier est celui de l’éveil des vocations. L’auteur insiste sur la crise de sens que traversent de nombreux jeunes adultes, notamment les vingtenaires, trentenaires et quarantenaires, et estime que la franc-maçonnerie répond précisément à cette attente de tradition, de spiritualité et de construction intérieure. Il affirme avoir reçu des milliers de messages de personnes ayant frappé à la porte d’un temple après l’avoir découvert sur les réseaux, et soutient que cette dynamique doit être encouragée plutôt que suspectée.

Le troisième pilier est celui du rayonnement interne. Il dit vouloir redonner de la fierté aux francs-maçons eux-mêmes, rappeler la richesse du patrimoine initiatique, la beauté des rites et la valeur du travail maçonnique. À ses yeux, un autre danger menace les loges : le nivellement par le bas et l’appauvrissement du savoir. La lutte contre l’antimaçonnisme ne suffit donc pas ; il faut aussi lutter contre l’érosion de l’érudition interne.

Les critiques, et ses réponses

lefrancmacon

Une partie importante de la lettre est consacrée aux reproches que certains francs-maçons lui adressent. Il en identifie trois principaux.

Le premier : la divulgation de secrets. Il répond que son contenu ne révèle ni secrets de grade, ni secrets de loge, ni secret d’appartenance. Il rappelle que tout ce qu’il explique publiquement existe déjà dans des ouvrages accessibles depuis longtemps et que l’analyse symbolique n’a rien d’une trahison, dès lors qu’elle se fait hors du rituel.

Le deuxième : le port de décors maçonniques en public. Il explique que ce tabou est très français et qu’il n’a rien d’universel, citant le Canada, les États-Unis ou l’Angleterre, où l’exposition publique des décors est mieux acceptée. Pour lui, interdire ces symboles en toute circonstance revient à freiner la transmission plutôt qu’à la protéger.

Le troisième : sa visibilité jugée excessive, sa jeunesse ou sa modernité. Là encore, il retourne l’objection : il n’a pas cherché à devenir un visage public, ses premières vidéos étaient confidentielles, et s’il utilise aujourd’hui cette visibilité, c’est pour servir une cause qu’il juge plus grande que lui.

Argent, autonomie, ligne rouge

Le passage sur l’argent est sans doute l’un des plus sensibles de la lettre. L’auteur dit avoir été accusé de « faire commerce » de la franc-maçonnerie. Il répond qu’une large part de son travail reste gratuite, mais qu’une activité de cette ampleur ne peut survivre sans modèle économique. Il défend donc des offres payantes présentées comme des espaces d’échange, d’accompagnement et de recherche, tout en martelant une ligne rouge absolue : on ne vend ni l’initiation, ni les secrets, ni les grades.

Il oppose à la suspicion une logique de travail assumé : comme un éditeur, un libraire ou un conférencier, il estime légitime que du temps, des compétences et des moyens soient rémunérés. Il ajoute que l’antimaçonnisme, lui, sait très bien se financer, ce qui rend à ses yeux aberrant de condamner la défense de la franc-maçonnerie à l’amateurisme et à l’épuisement.

Les soutiens, et ce qui a changé

Cible avec une fléchette au centre du 10
Cible avec une fléchette au centre du 10

La lettre ne se limite pas à se défendre : elle remercie. L’auteur dit avoir reçu d’immenses soutiens, tant de francs-maçons que de profanes. Il évoque des messages de remerciement, des témoignages de nouveaux initiés, des frères et sœurs qui utilisent ses vidéos pour les apprentis, des invitations à des conférences, des amitiés nouées en chemin. Il affirme que les milliers de vocations nées de ses contenus pèsent davantage que les quelques critiques reçues.

Cette partie donne à la lettre sa dimension la plus concrète. Au-delà du débat sur la méthode, elle montre que la visibilité maçonnique peut produire des effets réels : information, curiosité, candidatures, réassurance, redynamisation de certaines loges.

Les projets à venir

Enfin, l’auteur ouvre la perspective. Il souhaite développer davantage Le Parvis du Temple, la communauté destinée aux profanes, et La Loge de Recherche, réservée aux francs-maçons qui veulent approfondir symbolisme, histoire, rites et écriture des planches. Il annonce aussi de nouveaux projets vidéo, un futur livre témoignage, des ateliers, des loges de recherche, des échanges internationaux, et même le rêve d’acquérir un jour une demeure pour en faire un temple dédié aux hauts grades.

Le message final est clair : l’œuvre dépasse un individu. Il se présente comme un maillon dans une chaîne, pas comme une fin en soi. Aux profanes, il rappelle que la franc-maçonnerie ne recrute pas : elle accueille. Aux francs-maçons, il rappelle que la mission de transmission est collective.

Un texte de clarification, mais aussi d’affirmation

Cette lettre ouverte n’est pas seulement une défense contre les critiques. C’est aussi un texte de positionnement. L’auteur y revendique une franc-maçonnerie vivante, visible, pédagogique et tournée vers l’avenir. Il assume le numérique comme nouvel espace de transmission, refuse le silence comme stratégie, et revendique la possibilité de parler de l’Ordre sans trahir l’Ordre.

En cela, la vidéo qui accompagne la lettre devrait trouver un écho fort : elle ne sera pas seulement illustrative, mais constitutive du dispositif. Elle prolongera ce que la lettre pose déjà avec force : la nécessité, pour la franc-maçonnerie, de se raconter elle-même avant que d’autres le fassent à sa place.

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25 Commentaires

  1. Pour déplaire à personne, la recette est simple : ne rien faire du tout.

    Il n’existe aucun ouvrage parfait, donc tout sera toujours critiquable. Si ce qu’il fait déplait à certains d’entre nous (et plus il y a matière à critiquer, plus la critique est à notre portée), il ne tient alors qu’à nous de proposer mieux. Allons donc mes FF, qui se porte volontaire ?

    L’utopie de son projet et la fougue de son jeune âge mettent en lumière autre chose : nos critiques ne sont que l’émanation de cette jeunesse et utopie que nous n’avons plus.

    Pour ma part, je vois beaucoup de choses qu’il fait (ou qu’il a fait) qui ne sont pas vraiment parfaites, et au moment d’ouvrir ma bouche je regarde ce que moi j’ai fait, je regarde ce que moi je me sentirais de faire… et j’apprends à me taire.

    • C’est vrai qu’on ne peut lui dénier un engagement. J’ai déjà personnellement conseillé à des ados de mon entourage d’aller sur ses vidéos Tik-Tok pour qu’ils puissent se faire une opinion de ce qu’est la FM. Elles sont plutôt bien faites, dans un format qui parle à la génération Z et il n’y dit pas trop de conneries, en tout cas beaucoup moins que ce qu’on peut trouver ailleurs sur ces canaux. Donc on peut lui reconnaitre une certaine utilité vis à vis de très jeunes profanes que la communication traditionnelle de notre ordre a beaucoup de mal à toucher et leur éviter de ne s’abreuver que d’ignorance et de malveillance pour ce qui nous concerne.

      Par contre il y a deux gros problèmes,

      Le premier c’est qu’il ne représente que lui-même, et ça c’est ennuyeux car ça ouvre la porte à toute les dérives. Il évoque pêlemêle et en vrac le REAA, le RF, le RER, etc… que pratique t’il réellement, où ? La Maçonnerie ça se vit et se pratique en Loge en s’insérant dans un petit groupe, et en participant directement à sa vie, à sa dynamique et à la gestion d’un Atelier via des offices quand on est Maitre. Pas en Visio, pas en produisant du contenu d’influenceur, par en mettant en œuvre une compétence en Marketing Personnel. C’est cette expérience pratique, éprouvée et reconnue par une appartenance qui donne la légitimité de parler de ces sujets. Or, avec lui, semble t’il, rien de tout cela, sauf (peut-être ) à investir dans un espace payant où il nous promet les échanges d’une « Loge de Recherche » dont on peut légitimement douter que l’appellation ne soit pas galvaudée.

      Second problème : les Hauts Grades, si ce qu’écrit Fifi est avéré, il a tout simplement acheté les siens, et si cela s’est effectivement passé en décembre dernier il nous prend pour des jambons quand il justifie ainsi le port de décors de Rose-Croix ou de Kadosh dans des vidéos Tik-Tok de mars ou juillet 2025 (vérifiable suffit d’aller sur son compte).

      Quand je pense que les Kadosh et + que je connais ont entre 15 et 18-20-25 ans de travail en Juridiction, des dizaines de travaux, des « examens de passage » contraignants, des instructions, des plateaux, des centaines de Tenues de tous grades à leur actif, comment quelqu’un qui vient d’acheter son grade dans le cadre d’une tradition qui n’est pas la nôtre peut-il avoir l’aplomb de venir proposer d’animer des travaux dont il n’a à coup sûr que tout juste une vague idée, via des lectures qui ne prennent sens que dans le vécu de ce qui les sous-tend. Où est son vécu réel en Loge de Perfection en Chapitre ou en Aréopage qui seul qualifie (chez nous) ?

      Pour finir, la vidéo qu’il présente ici dénote un certain professionnalisme, pas de doute, je lui conseillerais juste de conserver son clip IA hollywoodien pour de la communication vers le monde profane : le bling-bling artificiel et héroïsant passe assez mal sur les colonnes européennes !

  2. Il peut très bien avoir tous les grades de 4 à 32ème, cela s’acquiert en quelque week-ends (voire un seul ) dans certaines juridictions US. Maintenant bon courage pour les faire reconnaitre dans une juridiction française (sérieuse).Et pour ce qui concerne les décors, c’est juste qu’ils ont tous un sens symbolique, les porter comme de simples ornements démontre juste la faiblesse initiatique de ce garçon. Par ailleurs j’aimerais bien savoir de quelle Loge de Recherche il parle, vu la faiblesse évidente de son niveau.

    • Il s’agit d’une médaille de 33 britannique qu’on peut acheter sur alibaba…
      Aux USA, on passe 32 rapidement pour devenir Shriner et ainsi pouvoir participer aux actions de bienfaisance (les Shriners gèrent à ma connaissance 19 hôpitaux pédiatriques)
      Je pense qu’à un moment, il faut arrêter de lui trouver des excuses au garçon.

      • Exact … 4-32, voire 33 assez rapidement!et pour la raison que tu donnes.
        Mais ces grades ne sont valides que s’il y a une pratique derrière, sinon c’est du papier, rien de plus.
        Au mieux, la bas il a assisté aux cérémonies mais cela ne vaut rien.

    • Il est effectivement 32e. Il a été reçu à Las Vegas en décembre 2025 (du 4 au 32). La question est de savoir à combien de tenues de HG (REAA ou RF) il a assisté. Recevoir un grade c’est bien, le pratiquer c’est mieux !

      Il faut noter qu’il a pu visiter la GL du Nevada et s’y faire recevoir avec un goodstanding obtenu avant sa démission de la GLNF. Démission avant sanction.
      Tout comme il a dû démissionner de la GLDF avant sanction peu après avoir été élevé à la Maîtrise (2021)… sans jamais avoir pu intégrer le SCDF.

      Si nous l’écoutons bien, il consacre dorénavant toute son activité (« plein temps ») à ses projets . Il s’agit donc de sa source de revenus (ses activités précédentes ont été ou sont en liquidation judiciaire et ne lui rapportent plus rien).

      2 autres points intéressants :
      1/ il constate un effondrement de la maçonnerie. FAUX, en France elle se porte très bien.
      2/ il se veut le défenseur de la FM. Très bien. Mais quelle légitimité a-t’il ?
      – il n’a que 10 ans de maçonnerie, un parcours haché, aucune pratique des HG, …
      – il y a des blogs renommés (parfois payants) qui en parlent très bien,
      – les obédiences commencent à communiquer,
      – les obédiences font des conférences ouvertes aux profanes,
      bref, il y a de nombreux médias sérieux (et gratuits !!!) qui prennent très bien la « défense » de la maçonnerie…

      • Les grades américains ne sont validés que s’il y a une pratique derrière, c’est la pratique américaine. Sinon il a pas le grade, il y a assisté au mieux.

      • Bonjour, je ne sais pas qui tu es (j’ai ma petite idée). Cela fait plusieurs fois que tu propages de fausses rumeurs à mon endroit, sur ce blog (et ailleurs si c’est bien toi).

        Au-delà du fait qu’il s’agit clairement d’un motif d’exclusion de ton obédience et de ton chapitre (car il y a non seulement diffamation mais aussi de dévoilement maçonnique),

        et puisque certains ici semblent suivre mon parcours avec intérêt, et que la vérité semblent les intéresser (même si ce voyeurisme malsain indique autrement), sur le fond donc :

        – Je n’ai jamais « démissionné avant sanction » dans aucune obédience, contrairement à ce que tu as dû entendre. Si ma démarche a pu réveiller la jalousie d’une poignée de frères qui a tenté de me nuire (ce qu’on a dû te rapporter), les institutions, à leur niveau provincial et national, ont toujours renvoyé leur demande (preuves officielles à l’appui).

        – Mes changements d’obédience ont toujours été la volonté de rejoindre un projet particulier, avec des frères dans une loge particulière, et aucunement la pression de devoir partir pour éviter d’être sanctionné (le raccourci est tellement facile lorsqu’on ne connait pas le dossier).

        – Quant à mes hauts grades, que j’ai dûment obtenus et que je pratique en toute reconnaissance (je n’en reviens pas des commentaires), il s’agit de mon parcours personnel, qui me regarde (j’ai répondu en long et en large dans ma vidéo sur ce point).

        Quant à toi, au lieu de déplorer qu’untel ou tel autre prenne la parole, agis ! Cesse de te demander si d’autres sont légitimes ou non. Je préfère 1000 fois un jeune apprenti qui parle avec sincérité de son parcours aux profanes, qu’un haut-gradé dont le poids des médailles lui a fait oublier les valeurs transmises par ses grades.

  3. globalement je trouve cela plutôt positif de remplacer les fantasmes par la réalité …En revanche sur bien des points les nouveux initiés , n’auront plus beaucoup de surprises . En même temps sans ce genre d’initiatives il se pourrait qu’il n’y ait plus de nouveaux initiés..
    a titre personnel je trouve qu’il en a fait trop, trop souvent , trop loin…Expliquer par exemple , de façon partiale , lecsens de certains symboles est une erreur ..

    • Oui tu as raison. Le vécu de l’initiation ne pourra jamais être remplacé par une explication verbale…
      Déja que je trouve que 50% des maçons que je croise n’ont pas le niveau requis, faire rentrer des youtubers ne va pas arranger les choses.
      Pour vivre heureux vivons cachés !

  4. Oui tout cela pose question . Mais qui a les bonnes réponses ? Peut-être l’IA qui remplacera le Grand Architecte de l’Univers….

  5. Je comprends une partie de sa démarche. Oui, la franc-maçonnerie a sans doute intérêt à ne pas laisser tout l’espace numérique aux fantasmes et aux théories complotistes. Mais là où je le suis moins, c’est sur la manière dont il choisit d’en parler.

    Le problème n’est pas de savoir si l’on peut expliquer publiquement des symboles, des rites ou une histoire déjà largement accessibles dans les livres. La vraie question est celle de la manière, du contexte et de la place que l’on s’attribue. Se présenter sous le nom de « Le Franc-maçon », arborer des décors, revendiquer des milliers de vocations suscitées et développer autour de cela une activité payante, tout en précisant qu’on ne représente aucune obédience ni aucun rite, crée quand même une ambiguïté assez évidente. Il y une différence notable entre le fait de dire : « je suis un franc-maçon » et « je suis LE franc-maçon » . C’est pour le moins osé. De mon point de vue, c’est carrément une faute de goût.

    Son argument du succès me gêne également. Des millions de vues ou des milliers de candidatures (les vues ok, les candidatures je n’en sais rien) démontrent une certaine efficacité médiatique, pas nécessairement une pertinence maçonnique. La démarche initiatique n’a pas forcément vocation à se mesurer avec les critères des réseaux sociaux : audience, visibilité, conversion, communauté. Le règne de la quantité, on sait ce que ça vaut… pas grand-chose…

    Quant à l’argument selon lequel « tout est déjà dans les livres », il me paraît un peu court. Le secret initiatique ne tient pas seulement à l’existence et à la détention matérielle d’une information ou à un savoir cumulatif mais aussi à la manière dont il s’intègre à un parcours. Le secret de l’expérience. Le secret attaché à une loge au travail relève de l’intime. Aucune vidéo avec des décors rutilants et peut-être pour certains usurpés n’en rendront jamais compte.

    Bref, c’est de la maçonnerie d’agent immobilier.

  6. Une parole recevable, sans pour autant être universelle, neutre ou représentative de toute la franc-maçonnerie
    La prise de parole publique d’un franc-maçon n’est pas, par nature, contradictoire avec la discrétion initiatique. L’histoire maçonnique comporte depuis longtemps des conférences, revues, ouvrages, musées, journées du patrimoine et interventions publiques. Réduire l’alternative à « se taire » ou « trahir » est donc une simplification. La question sérieuse n’est pas celle du droit abstrait de parler, mais celle du cadre, de la méthode, de la finalité et des effets de cette parole.
    Sur ce terrain, la prudence initiale de l’auteur, il affirme ne parler qu’en son nom, est saine. Mais la cohérence entre cette précaution et le pseudonyme « Le Franc-maçon » mérite d’être examinée attentivement. L’auteur présente « Le Franc-maçon » comme une simple identité éditoriale, distincte de sa personne et dépourvue de mandat institutionnel. Toutefois, le choix du pronom défini et singulier donne à ce personnage une portée exemplaire : le public peut y voir non seulement un individu parlant en son nom propre, mais aussi une figure représentative du franc-maçon et, indirectement, de la franc-maçonnerie. Même sans mandat explicite, il peut conduire le public à prendre une expérience personnelle, située dans certains rites et certains milieux, pour « la » franc-maçonnerie. C’est un risque structurel de la communication d’influence, non nécessairement une intention fautive.
    L’équivoque du « secret »
    La distinction entre secrets de grade, de loge et d’appartenance est utile, mais elle ne résout pas entièrement le problème. Le secret initiatique ne se réduit pas à une liste d’informations interdites : mots, signes, attouchements ou fragments rituels. Il concerne également un mode de réception, une temporalité, une expérience vécue en loge, dont le sens ne peut être épuisé par une explication externe.
    Dire que des thèmes sont publiés dans des livres depuis trois siècles est exact pour une grande partie du corpus maçonnique. Mais la publicité ancienne ne constitue pas une permission morale automatique de remettre continuellement ces éléments en scène, surtout dans des formats conçus pour capter l’attention. Il faut distinguer l’étude historico-symbolique, qui contextualise et problématise, de l’esthétisation du mystère qui transforme le symbole en objet d’attraction numérique.
    La formule de l’auteur, une analyse « profane » des symboles, détachée du rituel, reste donc insuffisante. Un symbole initiatique n’est pas seulement un objet culturel emprunté à des traditions anciennes ; il reçoit, selon le rite et le degré, une mise en œuvre particulière. Soutenir que les symboles seraient « entièrement empruntés » peut aussi sous-estimer le travail proprement maçonnique de recomposition, de dramatisation rituelle et de transmission.
    Visibilité et décors
    L’argument comparatif entre France, monde anglo-saxon et Amérique est recevable, mais incomplet. Qu’il existe au Royaume-Uni des activités publiques où des maçons portent leurs regalia est connu ; l’UGLE communique aussi publiquement sur le tablier, partie intégrante du décor maçonnique depuis longtemps. Mais on ne peut tirer de cette observation une norme universelle.
    Les usages du décor s’inscrivent dans des cultures maçonniques, des règlements obédientiels, des mémoires nationales et des sensibilités rituelles distinctes. En France, la discrétion relative aux décors n’est pas seulement l’effet d’un prétendu archaïsme post-vichyste : elle peut aussi exprimer le refus de convertir les marques d’un chemin initiatique en insignes de visibilité sociale. Le vrai critère n’est donc pas « cela se fait ailleurs », mais : quel est l’effet produit ici, pour quel public et au bénéfice de quelle finalité ?
    La question commerciale
    L’argument selon lequel un média a besoin d’un financement est entendable. Produire des contenus sérieux exige du temps, des compétences, des outils et parfois une équipe. En soi, une rémunération du travail intellectuel ne signifie pas une marchandisation de l’initiation. Un livre, une conférence ou une formation historique peuvent légitimement être payants.
    Mais la frontière invoquée exige plus qu’une déclaration de principe. Lorsqu’une communauté payante est explicitement destinée à des profanes qui envisagent de « frapper à la porte du Temple », une tension apparaît : même si l’entrée en loge n’est pas vendue, l’économie peut se nourrir d’une aspiration initiatique. Le risque n’est pas forcément l’escroquerie ; c’est la confusion progressive entre discernement de candidature, accompagnement spirituel, service numérique et tunnel commercial.
    La réponse rigoureuse serait la transparence : prix, conditions d’accès, nature exacte des prestations, absence d’intermédiation avec les obédiences, règles de modération, politique de données personnelles, gestion des conflits d’intérêts, et séparation claire entre communauté commerciale et processus de candidature maçonnique. Sans ces garanties, l’affirmation « on ne vend pas la franc-maçonnerie » reste éthiquement juste, mais opérationnellement trop vague.
    Un bilan à démontrer
    Les chiffres de vues, de messages et de vocations sont impressionnants, mais ils ne prouvent pas à eux seuls un impact maçonnique positif. La visibilité peut générer curiosité, candidatures, polarisation ou attentes irréalistes. Une vue n’est ni une compréhension, ni une vocation, ni une persévérance en loge. De même, l’existence de tensions démographiques ne permet pas d’inférer que la communication numérique constitue le remède principal : les effectifs varient selon les obédiences et les périodes.
    La question constructive n’est donc pas de condamner ou d’encenser cet influenceur. Elle est d’exiger de toute parole maçonnique publique quatre vertus : véracité des sources, modestie de représentation, sobriété symbolique et transparence économique. La transmission n’est pas la promotion ; elle devient féconde lorsqu’elle prépare à l’entrée dans le silence, le travail, la durée et l’altérité de la loge.
    En guise de conclusion
    Cette lettre a le mérite de poser ouvertement une question que beaucoup préfèrent contourner : la franc-maçonnerie peut-elle continuer à laisser d’autres parler d’elle, presque seuls dans l’espace numérique ? Une parole pédagogique, rigoureuse et respectueuse des limites initiatiques est non seulement possible, mais souhaitable. Le silence n’est pas toujours discrétion ; il peut aussi devenir abandon du terrain aux fantasmes.
    Cependant, la réponse ne peut être l’adhésion sans réserve à une logique d’influence. Le pseudonyme même de « Le Franc-maçon », la mise en scène des décors, les affirmations d’impact et le développement d’espaces payants créent nécessairement une responsabilité accrue. Ne pas vendre l’initiation, les grades ou les secrets est une frontière indispensable ; mais elle doit se traduire par une transparence concrète sur les services proposés, leurs tarifs, leurs effets et leur séparation d’avec toute démarche de candidature en loge.
    La franc-maçonnerie n’a pas besoin de silence, mais elle n’a pas davantage besoin d’être réduite à un contenu. Elle demande un langage qui prépare sans dévoiler, qui éclaire sans séduire abusivement, et qui rappelle que la véritable transmission commence là où s’achève l’écran : dans le temps long du travail, la fraternité éprouvée et l’expérience irremplaçable de la loge.

    • Que voilà, cher DANTE84, un propos d’UN franc-maçon réfléchi et accompli. Et qui donne envie de connaître ton Resp, At. Signé Robert Bensimon Resp. L. Vérité Godf Paris IV

    • Tu sais que sur chatgpt tu peux demander à raccourcir un texte avant de le publier ?
      Un conseil, la prochaine fois, retire les titres des chapitres que chatgpt insère à tous les coups…

  7. Comment un franc-maçon peut il communiquer sur la franc-maçonnerie dans le monde profane, si ce n’est qu’en rappelant que l’approche cognitive du monde profane est principalement binaire, alors que la méthode initiatique maçonnique ouvre une perspective ternaire, ce qui ne peut être enseigner, sous peine d’une dérive sectaire et ne peut que se découvrir individuellement, par l’initiation . Mais comme je suis un jeune apprenti, je n’ai certainement rien compris, mais si ça peut faire avancer le schmilblick?

    • Un « jeune apprenti » à qui l’essentiel est déjà apparu. Signé : un bientôt vieux maître heureux de ce que tu lui as donné à lire-et-penser

      • Bonjour mon T.C.F,
        je te remercie de ton compliment, je me désole simplement que certains trouvent le besoin d’expliquer ce qui est inexplicable, relevant plus de la cognition que de la révélation au sens gnostique du terme, Il annonce simplement, un aveu d’abandon de la recherche de la parole perdue, car si elle semble venir de nul part, elle n’appartient à personne, mais a le pouvoir de s’adresser et d’être comprise par une bonne partie du monde autant initié que profane, avec les réserves dues à mon grade.
        Merci

  8. Il faut reconnaître qu’il faut du courage pour s’extérioriser (et subir les critiques) et le Franc Maçon en a une bonne dose. Bravo donc pour le chemin proposé. Je suis ses interventions depuis de nombreux mois, et je suis persuadé que « rompre le silence » est essentiel, sinon la franc Maçonnerie mourra de sa belle mort, comme toute oeuvre humaine par ailleurs. Après 40 ans d’appartenance à l’Ordre, arrivé au bout de mon parcours « officiel », je ne peux qu’encourager de telles initiatives, qui manquent cruellement à la vieille dame.

  9. Cela me paraît quelque peu prétentieux…mais bon c’est son problème…
    Pour ma part, je ne vois pas l’utilité de ce genre de prestation qui enlève le côté découverte pour celui ou celle qui veut entreprendre le chemin.
    Cette exterieurisation me semble être plus un étalage de connaissances, je viens étaler ma confiture sur une tranche de pain et là, cela s’appelle une tartine de maçonnerie…
    Mais encore une fois, c’est son problème, il est libre, comme je suis libre de donner mon sentiment, avec ma T.’.A.’.F.’.

  10. Je suis à la fois admiratif et très sceptique.
    Admiratif parce qu’il faut du courage pour s’extérioriser. Je l’ai fait et ça n’est pas toujours facile.
    Très sceptique parce qu’arborer des décors de très hauts grades du REAA – telle la médaille de 33 britannique qu’il arbore sur sa poitrine – me paraît douteux ou usurpé. Quand on sait le temps qu’il faut pour obtenir ce grade…
    Sceptique encore car il me semble qu’il a été exclus d’une obédience et poussé à la démission dans une autre. Donc, la question est simple : où est il ?
    Après une fausse maçonne exclue d’une grande obédience féminine, avons nous un faux maçon ?
    Mais peut être que j’ai faux sur toute la ligne…?

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