H’iram : d’où nous vient ce personnage ?

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

On le trouve d’abord et essentiellement dans la Bible dans I Rois 7 et dans II Chroniques. Puis dans Les Antiquités Judaïques (Livre VIII) de Flavius Josèphe.

Il n’est pas architecte : Il est Bronzier

Il n’est pas l’architecte du Temple de Salomon pour la bonne raison que l’architecte c’est Yahvé : il donna les plans à David, lequel les communiqua à son fils Salomon, le seul, habilité par Yahvé à faire construire Sa Maison, son Temple, qui fut bâtie en sept ans. Tout comme en Mésopotamie, Gudea, prince de Lagash (XXII° siècle av. J.C.) construisit un temple pour son dieu Ningirsu à l’aide du plan du temple que lui apporta le dieu Nin-Dub envoyé par Ningirsu. Ce qui n’empêcha pas Gudea de se faire représenter en architecte.

H’iram n’est pas non plus tailleur de pierres.

Ceux qui les ont taillées ce sont les Guiblim (se prononce guiblimme) mot signifié par le « G » dans le rituel français soit les habitants de Guebel nommé Byblos par les Grecs et qui se trouve au nord du Liban.

H’iram, lui, n’est donc, à première vue, au niveau exotérique et, si l’on suit le texte de la Bible au niveau historique, ni tailleur de pierre, ni maçon, ni architecte.

Pourquoi alors nous a-t-on donné ce mot de Guiblim ?

Ce mot est là, n’en doutons pas, pour nous rappeler que, venant d’entrer en Maçonnerie, nous avons commencé par tenter de tailler notre pierre dans l’espoir d’être les dignes descendant de ceux qui taillèrent les pierres des plus anciennes maisons de pierres connues.

Dans I Rois Hiram fut appelé à Jérusalem une fois la Maison en pierre construite.

Dans II Chroniques il arrive dès le début, mais vient en tant que bronzier, sachant travailler tous les métaux.

Mais il sait aussi travailler la pourpre, le carmin et le violet (soit le tissage et la broderie). Enfin il est aussi sculpteur.

C’est donc lui qui façonna les deux colonnes de bronze (de dix-huit coudées de haut et douze coudées de circonférence), que nous retrouvons en écho dans notre temple mais à l’intérieur, alors qu’elles étaient à l’extérieur devant le Temple face à l’Est, marquant les solstices tout comme le faisaient les obélisques devant les temples égyptiens.

Il les dressa devant le vestibule de la Maison de Yahvé et leur donna leurs noms :

Il cria Yakhin « Il affermit » pour la colonne de droite, soit celle du Midi (on s’oriente face à l’Est et la Droite représente toujours le midi) et Boaz « Force en lui » pour celle de Gauche, soit celle du Nord.

Ensuite il fit la Mer en fonte, les dix bassins d’airain avec leurs bases et leurs roues. Et enfin tous les objets en or se trouvant dans le temple, tables, chandeliers etc.

L’importance de ce métier est quand même suggérée par le rituel avec le mot de passe « Tubalcaïn »[1] qui « aiguise tout taillant de cuivre et de fer » (Genèse IV, 22) descendant de Caïn et ancêtre de tous les forgerons

Il n’est pas assassiné

Si dans la légende maçonnique H’iram est assassiné par trois mauvais compagnons, cela n’apparaît nullement dans la Bible. L’histoire de H’iram se termine ainsi : « H’iram termina tous les travaux qu’il avait à faire pour le roi Salomon pour le temple du Tétragramme sacré ». Puis on n’en entend plus parler.

Partant d’un mythe biblique, la Maçonnerie à son tour a donc créé le sien, s’aidant pour commencer de l’ésotérisme de la Bible, texte codé, comme chacun sait, en particulier par la lecture des lettres des noms et le calcul de leurs nombres.

On peut penser que l’idée de l’assassinat de H’iram vient de celui d’Adoniram Chef des corvées de Salomon (I Rois 4 – 6). Après la mort de ce dernier sous le règne de Roboam il fut lapidé à mort par le peuple d’Israël (I Rois 12-18). Il est alors nommé Adoram (en abrégé) comme il l’était déjà dans Samuel (Samuel XX, 24), mais c’est le même.

Les maçons ont pu interpréter le nom d’Adoniram par adon seigneur et iram par Hiram bien qu’il n’ait pas de h et que Adoniram signifie « Seigneur élevé » et non « Seigneur Hiram »

Voyons maintenant comment la Maçonnerie a pu faire de H’iram l’architecte du temple de Salomon.

La Lecture ésotérique de H’iram

On peut ainsi lire le H’i de H’iram H’aï « Vivant » et le Ram : Ram « élevé » : le « Vivant élevé ».

-Le nom de son Père n’apparaît pas dans la Bible mais pour Flavius Josèphe, son nom est Our qui fait référence à l’hébreu s’écrivant Aleph, Vav, Reish rwa soit « Lumière ». Il est fils de Our tout comme l’était Betsaléel, le constructeur de la Tente du Rendez-vous de Moïse, Betsaléel précurseur de Moïse.

-Quant au fait qu’il n’apparait pas à première vue comme architecte, la lecture ésotérique du mythe nous montre bien autre chose.

La clef se trouve dans la Kabbale : dans le Midrash intitulé Pirké (Chapitres) de Rabbi Eliezer[2]

Ce midrash[3] est un commentaire de la Bible qui se présente sous la forme d’une sorte de réécriture de la Genèse et de l’Exode et présentée en chapitres.

Datant, semble-t-il du IX° siècle, intitulé Pirké de Rabbi Eliézer, il fut très probablement à l’origine du mythe maçonnique d’Hiram.

Ce texte, apparemment totalement oublié de nos jours, a été abondamment lu au Moyen Age par les plus grands et par de nombreux rabbins médiévaux. Rachi de Troyes (1040- 1105) le cite dans son exégèse de la Bible ; Maimonide (1135-1204), l’utilise dans Le guide des égarés.

Il fut ensuite cité par les kabbalistes chrétiens, Pic de la Mirandole (1463-1494) et Reuchlin (1455-1522).

Enfin, après l’invention de l’imprimerie (1450), sa popularité lui valut d’être publié au moins deux douzaines de fois, la première ayant eu lieu en Calabre en 1475. Mais il n’a pas disparu plus tard pour autant.

Au XIX° siècle, Rabbi David Louria (1798-1855) le fit éditer à Vilna (Lituanie) en 1852 avec un long commentaire.

H’iram Le Verbe créateur

C’est dans les toutes premières pages du livre, ne pouvant donc passer inaperçues, dans le chapitre 3, intitulé Avant la création du monde l’œuvre du premier jour, que nous est présenté H’iram. Et c’est dans un court passage de ce chapitre que réside la clef de la légende maçonnique, qui fait de ce dernier l’architecte du temple de Salomon.

H’iram y est présenté comme étant le symbole du Verbe créateur. Parce qu’il possède les trois vertus : Sagesse H’okhmah, Intelligence Tevounah (ou Binah même sens) et Savoir ou Connaissance Daath (I Rois VII, 4). Là est la clef. [4]

Ces trois vertus étant d’ailleurs suggérées dans le rituel maçonnique, comme on l’a vu plus haut, avec l’acacia à l’ombre duquel « repose la Connaissance » la Connaissance Daath fils de H’okhmah le Père et de Binah la Mère (Zohar III 291a).

Ces trois vertus en effet sont égales aux Dix paroles avec lesquelles l’Éternel a créé le monde :

Le livre de la connaissance
Le livre de la connaissance

Après nous avoir rappelé que le monde a été créé par dix paroles[5], R. Eliezer écrit :

« Le monde a été créé par dix paroles, lesquelles ont été résumées en trois, ainsi qu’il est dit : ‘C’est par la sagesse que YHVH a fondé la terre, c’est par l’intelligence qu’Il a affermi les cieux, c’est par son savoir que les abîmes se sont ouverts. » (Proverbes, 3, 19 et 20)

Après quoi, il fait remarquer que c’est aussi ainsi que fut réalisé « le tabernacle »[6] (Exode 31, 3) « ce qu’exprime, écrit-il, ‘Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu en sagesse (H’okhmah), en intelligence (Tevounah) et en savoir (Daath)’ »

Le tabernacle, on le sait, est celui de Moïse construit par Betsaléel.

Il arrivealors à H’iram :

« Grâce à elles (les trois vertus), le Temple fut érigé, comme il est dit : ‘Il était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et d’un père tyrien qui travaillait sur l’airain. H’iram était rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » (I Rois 7,14.

H’iram est donc assimilé au Verbe créateur, tout comme Betsaléel.

D’ailleurs la kabbale par la guématrie, nous démontre l’égalité entre les Dix paroles et les trois vertus.

Les « Dix paroles », Asseret Devarim en hébreu, nous donnent le nombre onze tout comme le total des trois vertus ‘Hokhmah, Tebounah, Daath :

Les Dix paroles

Assseret (Ayin, Shin Resh Tav) 70+ 300+200+400 = 970 soit 16

Devarim (Daleth, Beth, Resh, Yod, Mem) = 4+2+200+10+40 = 256 soit 13

Soit pour Asseret Devarim 16 + 13 = 29 = 11

Les Trois vertus

‘Hokhmah (H’eth, Kaf, Mem, Hé) 8+20+40+5+= 73, soit 10

Tevounah (Tav, Beth, Vav, Noun, Hé) 400+2+6+50+5= 463 soit 13

Daath (Daleth, Ayin, Tav) 4+70+400=474 soit 15

Soit pour les trois un total de 38 soit 11

Et ce n’est pas tout :

H’iram quand on l’écrit H’ouram est également le nombre onze :

H‘ouram (H‘eth,Vav, Resh, Mem) 8+6+200+40 = 254 soit 11.

On peut donc voir Betsaléel et H’iram capables comme YHVH de fonder la Terre.

Hiram Abiff

Ou plutôt les Trois vertus qui sont égales aux Dix Paroles sont vues comme le symbole du Grand Architecte.

On comprend pourquoi dès la première moitié du XII° siècle les textes mentionnant les noms des meilleurs architectes comme Garin les comparent à Hiram.

Ainsi bien avant la Maçonnerie spéculative, H’iram était considéré comme l’architecte du Temple de Salomon.

La Maçonnerie, à son tour, en a fait l’architecte du Temple de Salomon en analogie avec le grand temple de l’Univers, le Verbe au cœur de l’univers et au cœur de toutes les créatures. Ces trois vertus de H’iram ne sont pas indiquées dans le rite de passage au grade de Maître dans le mythe maçonnique, mais elles sont suggérées, on l’a vu plus haut, lors de la découverte de l’acacia annonçant une sépulture qui pourrait bien être celle de H’iram parce que « la Connaissance repose à l’ombre de l’acacia. »


[1]Tapisserie dite de Tubalcaïn début du XVI° siècle Pays Bas du Sud Musée de Cluny représentant Tubalcaïn et un certain Giohargius

[2] Le midrash de R Eliezer est un des midrashim les plus connus. On le date aujourd’hui du VIII°-IX° siècle.

[3] Midrash de la racine darash « interroger » désigne une méthode d’exégèse souvent présentée sous la forme d’un récit allégorique.

[4] Franc-Maçonnerie et Kabbale Marie Delclos

[5] les dix occurrences de l’expression vay omer Elohim « Et Dieu dit » dans le récit de la création. En fait on en compte neuf (versets 3, 6, 9, 11, 14, 20, 24, 26, 28) mais on considère que le mot Béréchit est une parole de Dieu aussi.

[6] Le tabernacle la Tente du rendez-vous de Moïse

Tous les articles de cette série

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Marie Delclos
Marie Delclos
Marie Delclos est une éminente spécialiste de l'ésotérisme et des traditions initiatiques. Elle est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages de référence aux éditions Trajectoire, parmi lesquels : "Le Grand Livre de l'oracle Belline", "L'Astrologie en 16 leçons", "La Voyance en 16 leçons", "Le Grand Livre des pouvoirs de la Lune", etc.

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES