Aux origines de la Franc-Maçonnerie bisontine… Le samedi 20 juin 2026, le Petit Kursaal de Besançon accueillera un colloque consacré aux origines de la Franc-Maçonnerie bisontine au XVIIIe siècle. Autour de la Loge Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies, plus connue sous le nom de SPUCAR, c’est toute une mémoire urbaine, philosophique et initiatique qui sera remise en lumière. Une mémoire de papier, de pierre, de gestes et de transmission.

Il est des villes dont l’histoire visible se lit dans les façades, les places, les clochers, les fortifications et les rues anciennes
Besançon (préfecture du département du Doubs et siège du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté) est de celles-là. Ville de Vauban, cité comtoise, ville de culture et de fidélité patrimoniale, elle porte aussi dans ses archives une histoire plus discrète, longtemps réservée aux chercheurs, aux Frères, aux historiens de la sociabilité et aux amateurs de Lumières. Celle de la Franc-Maçonnerie bisontine, dont l’une des plus anciennes Loges, Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies, témoigne d’une continuité exceptionnelle depuis le XVIIIe siècle.

Le samedi 20 juin 2026, à partir de 10 heures, le Petit Kursaal de Besançon accueillera un colloque intitulé À l’origine, une Loge maçonnique au XVIIIe siècle à Besançon. Organisée dans le cadre du 260e anniversaire d’une Loge maçonnique bisontine, cette journée d’étude proposera cinq conférences ouvertes au public, en accès libre. L’événement ne concerne pas seulement les passionnés d’histoire maçonnique. Il touche à l’histoire même de la ville, à son rapport aux Lumières, à ses réseaux intellectuels, à ses sociabilités savantes, à cette circulation des idées qui fit du XVIIIe siècle un laboratoire de la modernité.
La Loge SPUCAR, placée sous l’obédience du Grand Orient de France, est considérée comme la plus ancienne Loge maçonnique de Besançon et comme l’une des plus anciennes de France encore en activité.
Son existence est attestée dès 1764
À cette date, la Franc-Maçonnerie française n’est pas encore ce paysage institutionnel multiple que nous connaissons aujourd’hui. Elle est un monde en formation, traversé par des héritages britanniques, des pratiques de sociabilité aristocratique et bourgeoise, des aspirations philosophiques, des formes nouvelles de fraternité et une interrogation profonde sur l’homme, sa place dans la cité et son rapport à la lumière.
À Besançon, cette aventure prend racine dans un terreau singulier

Ville administrative, militaire, religieuse, intellectuelle et artisanale, la capitale comtoise réunit alors plusieurs milieux propices à la naissance d’une sociabilité maçonnique. Les militaires, les hommes de loi, les horlogers, les lettrés, les administrateurs, les artisans instruits et les notables y croisent leurs chemins. La Loge devient un lieu de rencontre où les conditions sociales ne disparaissent pas magiquement, mais où elles se trouvent travaillées par une autre règle du jeu, celle de l’égalité symbolique, de la parole réglée, de l’écoute et de la recherche commune.
Le nom même de SPUCAR dit déjà quelque chose de cette histoire
Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies n’est pas seulement une appellation administrative.
C’est presque une profession de foi. La sincérité renvoie à la droiture intérieure, à cette parole qui ne cherche pas l’effet mais l’accord profond entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on tente de devenir. La parfaite union évoque le travail difficile de l’assemblage, cette pierre que l’on taille pour qu’elle puisse trouver sa place dans l’édifice commun. La constante amitié, enfin, rappelle que la fraternité n’est pas une émotion passagère, mais une fidélité éprouvée par le temps.
Le colloque permettra ainsi de revenir sur la genèse de cette Loge au cœur du siècle des Lumières

Il rappellera que la Franc-Maçonnerie n’est pas née hors du monde, dans une abstraction coupée de la société, mais au contraire dans les villes, les correspondances, les bibliothèques, les sociabilités savantes et les débats de son temps. La Loge fut un atelier de pensée, mais aussi un espace de civilité. Elle apprit à organiser la parole, à codifier les débats, à ritualiser la fraternité, à faire de la réunion humaine autre chose qu’un simple rassemblement.
L’un des intérêts majeurs de cette journée tient à la richesse exceptionnelle des archives conservées à Besançon
La mémoire de SPUCAR repose en effet sur un fonds considérable, déposé auprès des institutions patrimoniales de la ville. Livres d’architecture, tableaux de Frères, correspondances, règlements, diplômes, livres comptables, documents rituels, brochures et pièces iconographiques permettent de suivre, presque pas à pas, l’évolution d’une Loge de province depuis ses origines. Le mot province ne doit pas ici tromper. Dans l’histoire maçonnique, les Orients dits provinciaux furent souvent des lieux d’une intensité remarquable. Ils révèlent une Franc-Maçonnerie moins parisienne, moins institutionnelle parfois, mais profondément enracinée dans la vie des cités.
Ces archives ont connu leur propre destin initiatique
Elles ont traversé les épreuves du temps, les ruptures de l’histoire, les menaces de destruction et les silences imposés. Durant l’Occupation, lorsque les Francs-Maçons furent pourchassés, une partie des archives fut cachée, une autre enterrée. Ce détail bouleversant donne à ces documents une puissance particulière. Ce ne sont pas seulement des papiers anciens. Ce sont des témoins rescapés. Ils portent les traces d’une mémoire menacée, sauvegardée, transmise. Ils disent que l’archive, en Franc-Maçonnerie, n’est jamais un simple dépôt du passé. Elle est une lampe tenue dans la nuit.
On sait combien les livres d’architecture sont précieux pour comprendre la vie réelle des Loges.
Ils ne livrent pas seulement des noms et des dates
Ils racontent une manière de se réunir, de décider, de recevoir, de transmettre. Ils permettent de saisir le rythme d’un atelier, ses difficultés, ses espérances, ses fidélités, ses évolutions rituelles et ses relations avec d’autres Loges. À travers eux apparaît une Franc-Maçonnerie vivante, concrète, parfois fragile, mais toujours soucieuse de laisser trace.
La présence d’un premier livre d’architecture daté de 1764 donne à cette mémoire une valeur remarquable
On y voit se dessiner les premiers gestes d’une institution naissante, les premiers pas d’une sociabilité appelée à traverser les régimes, les crises et les mutations de la société française. À travers les documents conservés, c’est aussi tout un réseau d’amitiés maçonniques qui se laisse entrevoir, reliant Besançon à d’autres Orients de France, d’Europe et du monde. La Loge n’est jamais une île. Elle est un foyer, un carrefour, une chambre d’échos.
Le programme réunira plusieurs spécialistes reconnus


Lionel Estavoyer, historien de l’art, conservateur du patrimoine et fin connaisseur du XVIIIe siècle bisontin, apportera son regard sur le contexte local, urbain et social dans lequel cette Franc-Maçonnerie a pris forme. Maurice Weber, chercheur en sciences sociales, auteur de travaux consacrés à la Loge Sincérité et à son registre d’architecture, prolongera cette exploration au plus près des sources. Daniel Keller, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, donnera à cette mémoire historique une résonance institutionnelle et contemporaine. Le maçonnologue Roger Dachez, président de l’Institut Maçonnique de France depuis 2002, apportera sa contribution. Éric Saunier, historien moderniste, spécialiste des réseaux de sociabilité et secrétaire général de l’IDERM, replacera cette histoire dans le vaste mouvement des sociabilités urbaines et intellectuelles du XVIIIe siècle.
Une telle affiche dit assez l’importance de cette journée
Elle montre que l’histoire maçonnique, lorsqu’elle est traitée avec exigence, n’est ni folklore ni anecdote. Elle relève pleinement de l’histoire culturelle, sociale, politique et spirituelle. Elle permet de comprendre comment des hommes ont cherché, dans des temps de mutation, à inventer une manière nouvelle d’être ensemble. Non pas hors de la cité, mais au cœur d’elle. Non pas contre le monde, mais pour le travailler autrement.
L’ancienne chapelle des Antonins, devenue temple maçonnique de Besançon, ajoute encore à cette profondeur symbolique

Le lieu lui-même parle. Une chapelle transformée en temple maçonnique n’est pas seulement une reconversion architecturale. C’est un passage de mémoire. Le sacré change de langage sans perdre nécessairement toute verticalité. La pierre ancienne accueille d’autres rites, d’autres paroles, d’autres gestes. Elle devient le témoin d’une continuité souterraine entre quête spirituelle, discipline intérieure et recherche de la lumière.
À l’heure où la Franc-Maçonnerie est parfois réduite, dans l’espace public, à des fantasmes, à des caricatures ou à des polémiques sans profondeur, ce colloque rappelle une évidence essentielle
La Franc-Maçonnerie appartient aussi au patrimoine intellectuel et culturel de la France. Elle a produit des archives, des formes de sociabilité, des textes, des pratiques, des bibliothèques, des lieux, des engagements. Elle a accompagné les transformations de la société, parfois discrètement, parfois plus visiblement, toujours en nouant le travail intérieur et le souci de la cité.
Besançon, en revenant sur les origines de sa plus ancienne Loge, ne célèbre donc pas seulement un anniversaire
Elle ouvre un chantier de mémoire. Elle invite le public à regarder autrement les Lumières, non comme une abstraction scolaire, mais comme une expérience vécue par des hommes réunis autour d’une méthode, d’un rituel, d’une fraternité et d’une exigence morale. Elle rappelle que l’histoire maçonnique n’est pas enfermée dans les Temples. Elle irrigue les villes, les bibliothèques, les archives, les consciences.
Il faut saluer cette initiative, car elle participe d’un mouvement nécessaire

Rendre accessible la mémoire maçonnique ne signifie pas profaner ce qui relève de l’intime initiatique. Cela signifie au contraire distinguer avec intelligence ce qui peut être transmis au public et ce qui appartient au vécu intérieur de l’initiation. L’histoire, les archives, les lieux, les figures, les contextes, les sociabilités peuvent et doivent être étudiés. Ils permettent de mieux comprendre la place de la Franc-Maçonnerie dans la formation de la modernité française.
Le colloque du 20 juin à Besançon sera donc bien plus qu’une journée savante
Il sera une invitation à entrer dans une mémoire longue. Une mémoire où les mots sincérité, union et amitié retrouvent leur densité première. Une mémoire où l’archive devient pierre, où la pierre devient trace, où la trace devient lumière. En célébrant les origines de SPUCAR, Besançon ne regarde pas seulement vers 1764. Elle rappelle que toute Loge véritable, lorsqu’elle demeure fidèle à son nom, travaille contre l’oubli, contre la dispersion, contre l’indifférence. Elle maintient allumée, dans le silence patient des siècles, une lampe fraternelle offerte à celles et ceux qui cherchent encore à comprendre comment les hommes peuvent se réunir pour devenir meilleurs.
Repères pratiques
Le colloque À l’origine, une Loge maçonnique au XVIIIe siècle à Besançon se tiendra le samedi 20 juin 2026 à partir de 10 heures au Petit Kursaal, place du Théâtre, 25000 Besançon. L’entrée est libre et gratuite. La réservation est conseillée.
