Mystère du sceptre de Dagobert

La COLONNE DES CENDRES se déroule en 2042, dans un futur très proche où la Terre est au bord de l’effondrement total.

Le changement climatique a franchi tous les points de non-retour : montée catastrophique des eaux, désertification massive, tempêtes extrêmes, famines généralisées et asphyxie progressive de l’atmosphère. À cela s’ajoute une menace cosmique : une comète sur une trajectoire de collision avec la planète, menaçant d’achever l’humanité déjà agonisante.


C’est dans ce décor apocalyptique que l’auteur mêle science-fiction prospective, thriller géopolitique et ésotérisme historique. L’intrigue repose sur l’idée que la science moderne seule ne peut plus sauver l’humanité… et qu’un objet légendaire issu du haut Moyen Âge pourrait détenir la clé de la survie.

Au cœur du récit se trouve le sceptre de Dagobert , relique mérovingienne légendaire associée au roi Dagobert Ier (VIIe siècle).

Selon la légende revisitée par l’auteur, cet artefact ne serait pas un simple objet royal, mais un instrument doté de propriétés extraordinaires – peut-être énergétiques, telluriques ou même « technomagiques » – capable d’influencer le climat ou de dévier des corps célestes.

La présidente de la République française (une femme déterminée et pragmatique) devient l’un des personnages centraux. Face à l’impuissance des grandes puissances et des agences spatiales, elle lance une opération secrète pour retrouver ce sceptre, dont la trace se perdrait quelque part entre les archives oubliées de Saint-Denis et les sables du Sahara.. Mais l’objet est convoité par d’autres forces : des milliardaires survivalistes, des sectes ésotériques modernes qui croient à un pouvoir « mérovingien » ancestral, et peut-être même des puissances étrangères prêtes à tout pour s’en emparer.

L’AUTEUR

Claude Rodhain, avocat honoraire, (auteur expérimenté ayant publié une quinzaine de romans chez Laffont, Presses de la Cité, etc.) adopte ici un style tendu, alternant scènes d’action, moments de tension géopolitique et séquences plus introspectives ou crépusculaires. Le mélange des genres (prospective climatique réaliste + thriller ésotérique + survival post-catastrophe) est assumé et donne au livre une ambiance à la fois haletante et mélancolique.

La note de lecture d’Aratz Irigoyen

La colonne des cendres se déploie comme une méditation romanesque sur la fin d’un monde qui, ayant cru longtemps maîtriser sa puissance, découvre soudain qu’il ne tient plus debout que sur des assises fragilisées par ses propres fautes. Claude Rodhain ne livre pas seulement un thriller d’anticipation, ni même une fiction politique nourrie par les inquiétudes du temps présent.

Claude Rodhain travaille plus profondément la matière d’une angoisse civilisationnelle et lui donne la forme d’une interrogation spirituelle sur ce qui, dans l’homme, dans la mémoire des peuples et dans la transmission des symboles, peut encore résister lorsque tout semble promis à l’effondrement.

L’année 2042, qui sert d’horizon au récit, ne relève pas d’une commodité de science-fiction Elle agit comme un miroir tendu à notre siècle. Le dérèglement climatique y a cessé d’être une hypothèse. Il est devenu un régime du réel. Les eaux montent, les pluies acides rongent les villes, les écosystèmes se défont, les pandémies reviennent, et voici qu’une comète ajoute à la suffocation terrestre la menace venue du ciel. Or Claude Rodhain ne met pas en scène l’apocalypse pour flatter le goût du désastre. Il cherche, sous l’emballement des périls, la vérité plus grave d’une crise intérieure. Le monde chancelle parce que quelque chose en lui a déjà cédé depuis longtemps. La catastrophe visible n’est que la conséquence d’une déliaison plus ancienne entre la puissance et la sagesse, entre la connaissance et la mesure, entre la domination technique et la conscience du sacré.

Au centre de cette tourmente se tient Sarah Souk-Berthelot, présidente de la République française, figure remarquable parce qu’elle n’est jamais réduite à un rôle institutionnel ou à une simple fonction narrative.

Claude Rodhain lui donne une épaisseur qui déborde la politique au sens courant du terme. Cette femme d’État, confrontée à la gravité absolue des événements, devient peu à peu la conscience inquiète d’un monde acculé à se juger lui-même. Elle est placée à la jonction de deux ordres que notre modernité a pris l’habitude de séparer. D’un côté, les rapports d’experts, les modèles, les calculs, les prévisions, les stratégies collectives, les réponses technologiques. De l’autre, les récits anciens, les dépôts oubliés, les légendes que l’on croyait reléguées au magasin des croyances mortes et qui ressurgissent au moment précis où la rationalité, sans cesser d’être nécessaire, découvre qu’elle ne suffit plus à donner sens à l’épreuve. Sarah Souk-Berthelot avance donc dans l’histoire comme une gouvernante et, plus secrètement, comme une initiée malgré elle. Elle ne reçoit pas une révélation extérieure qui abolirait les exigences du réel. Elle traverse plutôt une lente modification du regard. Le pouvoir, entre ses mains, cesse d’être simple administration de l’urgence pour devenir confrontation avec ce qui fonde encore, ou ne fonde plus, la légitimité humaine à se maintenir sur la Terre.

C’est ici que surgit le sceptre du roi Dagobert, et avec lui l’axe secret du roman

L’auteur a eu l’intuition très juste de choisir un objet qui appartienne à la fois à l’histoire de France, au registre de la souveraineté et à une mémoire plus trouble, presque folklorique dans l’imaginaire commun, mais chargée en profondeur d’une survivance sacrale. Dagobert, dans la conscience française, demeure une figure ambiguë, à la fois triviale et ancienne, populaire et voilée, presque moquée par la chanson tout en restant entourée d’une pénombre royale. Claude Rodhain retourne cette image superficielle comme on retourne une pierre pour en découvrir la face demeurée dans l’ombre. Le sceptre devient alors bien davantage qu’un ressort d’intrigue. Il devient un principe d’organisation symbolique. Il est la verticale perdue puis recherchée. Il est ce qui relie les temps éloignés, les régimes politiques successifs, les couronnes disparues, la République inquiète, les savoirs occultés et les angoisses d’un futur dévasté. Il est une colonne tenue dans la main. Il représente moins un pouvoir de domination qu’un pouvoir de rectitude. En cela, il touche à une zone très profonde de l’imaginaire initiatique. Le sceptre n’est pas un simple emblème. Il oblige celui qui le porte. Il le dépasse. Il l’inscrit dans une lignée. Il lui rappelle que gouverner devrait toujours signifier servir un ordre plus haut que soi.

Le titre du roman révèle alors toute sa force. Une colonne de cendres n’est pas une formule décorative. Elle est une contradiction apparente qui contient le drame entier du livre.

La colonne évoque la stabilité, la montée, la structure, la fidélité à un axe

Les cendres disent ce qui subsiste après le feu, la destruction, la consumation, le passage par l’épreuve. En liant ces deux images, Claude Rodhain exprime admirablement la condition de notre temps. Nous ne sommes plus dans l’assurance des colonnes intactes. Nous vivons parmi les restes, dans les poussières chaudes d’une puissance qui s’est crue invulnérable. Pourtant les cendres, dans toute lecture hermétique, ne désignent jamais seulement la ruine. Elles sont aussi le résidu essentiel, la mémoire concentrée de ce qui a brûlé, la matière appauvrie en apparence mais peut-être prête à une recomposition plus haute. La colonne des cendres devient alors l’image d’une humanité qui a traversé le feu de ses excès, de ses aveuglements et de ses idolâtries techniques, et qui demeure placée dans un entre-deux redoutable entre l’effondrement pur et la possibilité de la transmutation. À cet égard, le roman de Claude Rodhain possède une tonalité profondément alchimique. Il ne promet pas un salut commode. Il demande si quelque chose peut encore être extrait de la destruction, si la cendre elle-même peut redevenir matière d’œuvre.

La présence d’une organisation secrète gardienne d’un savoir occulte inscrit le récit dans une tradition connue, mais Claude Rodhain évite l’écueil du mécanisme conspirationniste.

Ce qu’il met en scène n’est pas la satisfaction naïve d’un imaginaire du complot

C’est une réflexion sur la garde du sens. Qui veille encore sur les symboles lorsque les institutions ne savent plus les lire. Qui conserve la mémoire des correspondances entre le visible et l’invisible, entre le ciel et la terre, entre les cycles cosmiques et les métamorphoses historiques. Cette fraternité de l’ombre, aux contours volontairement mouvants, réveille inévitablement des échos maçonniques, hermétiques et initiatiques. Non parce que Claude Rodhain écrirait un roman à clef, mais parce qu’il travaille un motif central à toute tradition de transmission. Certains savoirs ne valent que s’ils sont gardés, éprouvés, transmis à ceux qui deviennent intérieurement capables de les recevoir. Le secret n’est pas ici une confiscation du vrai. Il est une pédagogie de la maturité. Le véritable enjeu n’est jamais de posséder l’objet sacré, mais de se rendre digne de la charge qu’il représente. Voilà qui donne au roman une profondeur singulière. Sous l’enquête et le suspense, il pose la question la plus sévère. Qu’avons-nous fait de ce qui nous fut confié.

La tension entre la science moderne et le pouvoir ancestral aurait pu conduire à une opposition grossière

L’auteur choisit une voie beaucoup plus féconde. Il ne disqualifie ni les chercheurs, ni les calculs, ni les dispositifs technologiques par lesquels l’humanité tente de ralentir ou de conjurer le désastre. Il montre au contraire combien ils sont indispensables. Mais il montre aussi que leur efficacité, même poussée à l’extrême, laisse intacte une béance que la pure maîtrise quantitative ne peut combler. Nous savons mesurer les trajectoires, nous savons modéliser les impacts, nous savons imaginer des parades, mais savons-nous encore pourquoi nous voulons sauver le monde, et quel monde mérite d’être sauvé. La question n’est plus simplement technique. Elle devient métaphysique. Ce déplacement confère au livre une véritable dimension spirituelle. Le sceptre, l’héritage mérovingien, la part religieuse qui affleure à travers l’enquête, tout cela ne vient pas remplacer la science par la croyance. Tout cela vient rappeler qu’une civilisation ne vit pas seulement de solutions, mais d’une certaine intelligence de sa place dans l’ordre du réel. Claude Rodhain semble nous dire que la tragédie contemporaine n’est pas d’abord d’avoir perdu des moyens. Elle est d’avoir perdu la verticale qui permettait aux moyens de rester ordonnés à une fin juste.

Une lecture maçonnique de ce roman s’impose presque naturellement.

Non parce que des signes explicites y seraient accumulés, mais parce que la structure même du récit procède par dévoilements successifs, par épreuves, par passages d’un plan à un autre, comme si chaque révélation extérieure obligeait à lever un voile supplémentaire sur les illusions de la conscience moderne. La comète elle-même, loin d’être seulement un objet astronomique menaçant, prend une valeur de signe. Elle traverse le ciel comme un hiéroglyphe terrible. Elle rappelle à l’humanité qu’elle n’est pas souveraine dans un univers silencieux et disponible, mais exposée à plus vaste qu’elle. Le globe entier devient alors une immense chambre de réflexion où l’homme contemple enfin, à l’échelle planétaire, ce qu’il a fait de la création, de la technique, du pouvoir et de la transmission. Les villes noyées, les nuages toxiques, les terres blessées, les gouvernances débordées composent moins un paysage d’effroi qu’un théâtre moral. Il faut tout perdre ou presque pour que redevienne audible la question la plus ancienne. Comment tenir debout. Comment restaurer en nous-mêmes la colonne avant même de prétendre reconstruire le monde.

Claude Rodhain apporte à cette fiction une expérience humaine et intellectuelle qui explique sa tenue

Avocat honoraire, passé par les domaines du droit, de la propriété industrielle, de l’enseignement supérieur et des grandes mutations techniques, Claude Rodhain connaît le langage de la rationalité moderne, ses finesses, sa puissance, ses angles morts aussi. Cette familiarité avec les formes contemporaines du savoir n’a pourtant jamais asséché chez lui l’imaginaire romanesque ni le goût des longues permanences historiques. Depuis Le destin bousculé, salué dès 1986, jusqu’à Oumar l’Africain, en passant par La charité du diable, Le fil, La meurtrissure, Fanquenouille, un gueux à la cour de Louis XV, Sourire amer, La testamentée, Obsession, La prêtresse de Brocéliande, Le parfum des poisons, Déviances, Le destin d’une enfant violée et Le temps des orphelins, son œuvre témoigne d’une fidélité constante à quelques questions majeures. Comment le mal travaille-t-il les destinées.

Comment l’histoire dépose-t-elle sa marque dans les existences

Comment le passé revient-il demander des comptes au présent. Comment les figures blessées ou déplacées révèlent-elles, mieux que d’autres, la vérité d’une époque. Dans La colonne des cendres, ces lignes de force se rejoignent. Claude Rodhain y condense son attention aux drames humains, son goût des contextes historiques lourds de mémoire et sa sensibilité aux seuils où le réel bascule.

Ce qui touche peut-être le plus dans ce livre est la manière dont l’intime et le collectif s’y nouent. Le destin de la planète n’y efface jamais la vulnérabilité des consciences individuelles. Les enjeux géopolitiques, religieux, climatiques et symboliques restent toujours reliés à des êtres qui doutent, craignent, cherchent, résistent, se compromettent parfois, puis tentent de se relever. Il ne s’agit donc jamais seulement de sauver la Terre d’une collision ou d’un emballement climatique. Il s’agit de savoir quel type d’humanité peut encore émerger de cette épreuve. Le roman pose ainsi, avec une gravité qui ne se dissout jamais dans le pur divertissement, la question de notre dignité spirituelle. Méritons-nous d’être sauvés, non au sens moral le plus élémentaire, mais au sens plus exigeant qui interroge notre capacité à reconnaître nos fautes, à consentir à la transformation intérieure qu’elles réclament et à renoncer aux formes de toute-puissance qui nous ont menés au bord de l’abîme.

Sous cet aspect, La colonne des cendres n’est pas seulement un roman efficace, érudit et tendu. C’est un livre habité par une inquiétude plus haute, presque liturgique par moments, tant il semble méditer la relation entre l’histoire visible et une autre histoire, plus obscure, plus ancienne, plus essentielle, où se décident les fidélités invisibles des peuples. Claude Rodhain réussit à faire tenir ensemble le suspense, la mémoire monarchique, l’angoisse climatique, la symbolique du pouvoir, la persistance du religieux et la nostalgie d’une sagesse perdue. Il en résulte un texte dense, parfois fiévreux, toujours animé par la conviction que les grands périls extérieurs ne sont jamais séparables des désordres intérieurs qui les ont rendus possibles.

La véritable réussite du roman est peut-être là. Claude Rodhain ne demande pas seulement comment éviter la catastrophe.

Claude Rodhain demande ce qu’il faudrait retrouver en nous pour que le monde redevienne habitable

À travers la présidente confrontée au vertige du pouvoir, à travers le sceptre de Dagobert revenu du fond des siècles, à travers la comète suspendue au-dessus d’une Terre épuisée, à travers les gardiens d’un savoir que la modernité ne sait plus très bien nommer, La colonne des cendres nous parle d’une humanité qui a perdu le sens de l’axe et qui cherche, au milieu de ses propres restes, la possibilité d’une remontée. C’est en cela que ce livre touche à l’initiatique. Il nous rappelle que les ruines ne sont pas seulement des fins. Elles peuvent devenir des lieux de discernement. Elles obligent à choisir entre la dispersion et le relèvement. Et dans la cendre même, si nous consentons à la lire autrement que comme un résidu de désastre, il demeure peut-être assez de mémoire, assez de feu retenu, assez de vérité condensée pour qu’une colonne, à nouveau, s’élève.

La colonne des cendres

Claude Rodhain – Éditions Glyphe, 2026, 240 pages, 20 €

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jissey
jissey
Jacques Carletto est journaliste, Conseil en Communication et Directeur de Collection ésotérique aux Editions Dervy - LES OUTILS MACONNIQUES DU XXI e siècle – la collection qui pose des questions- ( 50 ouvrages parus) au Groupe TREDANIEL. il interviewe en vidéo chaque semaine des auteurs ayant publié des ouvrages de spiritualité et développement personnel. Ses vidéos se retrouvent sur le site maçonnique européen N° 1 (500 à 1200 lecteurs uniques/jour) et sont visitées entre 3K et 14 K lecteurs par semaine Jacques Carletto a dirigé les publications IBM France pendant 10 ans – Conseil indépendant, il a contribué aux études de repositionnement de magazines en kiosque. Il a également enseigné les techniques du journalisme en licence et maitrise à la Sorbonne Nouvelle – Paris pendant 5 ans. Créateur de la méthode marketing ESM ( Entretiens Systé-Marketing) applicable aux situations de crise en entreprise il l’a également enseignée pendant 5 ans en MASTERS 1 & 2 à la Sorbonne Nouvelle -Paris NB/ Pour visiter son site gratuit d'interviews YOUTUBE => https://www.youtube.com>user>jissey92 ou contact:jissey@wanadoo.fr

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