Dans Le Nouvel Obs du 28 mai au 3 juin 2026, la rubrique « Téléphone rouge » consacre une brève très politique à la mobilisation du Grand Orient de France face au risque d’une victoire du Rassemblement national en 2027. Sous la parole de Pierre Bertinotti, grand maître du GODF, se dessine une ligne claire.
La franc-maçonnerie libérale et adogmatique ne se veut pas parti, mais conscience.
Elle ne choisit pas un camp électoral, elle rappelle un seuil initiatique et républicain au-delà duquel la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité ne sont plus négociables.

Dans ce numéro, une brève de la rubrique « Téléphone rouge » mérite mieux qu’une lecture rapide
Sous le titre « Les francs-maçons du Grand Orient se mobilisent », le journaliste Sylvain Courage met en lumière un positionnement désormais explicite du Grand Orient de France à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Le propos est bref, mais il est lourd de sens. Pierre Bertinotti, grand maître du Grand Orient de France, y affirme que l’obédience entend se mobiliser pour éviter une « régression historique ». Le mot est fort. Il ne relève pas du commentaire d’humeur. Il inscrit la séquence présidentielle dans une profondeur historique où la République n’est plus seulement un régime institutionnel, mais un héritage, une conquête, un serment civique et presque une ascèse collective.
La franc-maçonnerie française connaît bien ce moment où le profane frappe à la porte du Temple avec ses inquiétudes, ses colères, ses fractures
Elle sait aussi que le Temple n’est pas une tour d’ivoire. Il n’est pas ce lieu où l’on s’abstrait du monde pour le regarder de haut. Il est, lorsqu’il demeure fidèle à sa vocation, un atelier où se travaille la conscience, où se polit le jugement, où se mesure l’écart entre les principes proclamés et les réalités vécues.

Le Grand Orient de France ne parle donc pas ici comme un parti
Il ne distribue pas une consigne de vote. Il rappelle une incompatibilité de fond entre certaines visions du monde et les principes qui fondent son identité. La liberté n’est pas seulement le droit de choisir. Elle suppose l’émancipation de l’esprit. L’égalité n’est pas seulement une formule gravée aux frontons. Elle exige le refus des hiérarchies d’origine, de religion, de naissance ou d’appartenance supposée. La fraternité n’est pas une émotion vague. Elle oblige à reconnaître en tout être humain autre chose qu’une menace, une concurrence ou un ennemi intérieur. La laïcité, enfin, n’est pas une arme de circonstance. Elle est l’architecture même de la liberté de conscience.
C’est pourquoi la position rapportée par Le Nouvel Obs est à la fois politique et maçonnique

Politique, parce qu’elle intervient dans le champ de la cité. Maçonnique, parce qu’elle part d’un principe, non d’un calcul. Le refus du Rassemblement national, tel qu’il est rapporté, n’est pas présenté comme une préférence partisane. Il est posé comme une conséquence logique d’un corpus de valeurs. On peut discuter les stratégies. On peut débattre des modalités. Mais le signal envoyé est sans ambiguïté.
Il existe, pour le GODF, une ligne de rupture entre l’engagement républicain et les logiques nationales-populistes.
La brève du Nouvel Obs est également intéressante par ce qu’elle révèle des contacts entretenus par le Grand Orient avec des personnalités politiques situées dans un espace qualifié de républicain. Yaël Braun-Pivet, François Hollande et Édouard Philippe sont mentionnés comme des visiteurs récents. Là encore, le symbole compte. L’obédience ouvre ses portes à des responsables qui, chacun à sa manière, appartiennent au champ institutionnel de la République parlementaire, sociale ou libérale. Elle ne s’enferme pas dans un camp unique. Elle cherche plutôt à rappeler qu’avant les familles politiques, il existe un socle commun.

Mais le passage le plus sensible concerne Jean-Luc Mélenchon
Initié en 1983, longtemps membre d’une loge connue du GODF, l’ancien frère demeure une figure particulière dans l’imaginaire maçonnique et politique. La brève rappelle sa suspension en 2019, dans le contexte de la perquisition au siège de La France insoumise et de la phrase devenue célèbre, « La République, c’est moi ». Pour une culture maçonnique qui fait de la règle, de la mesure, du collectif et de la souveraineté impersonnelle des principes essentiels, cette formule ne pouvait que sonner comme une dissonance.
Pierre Bertinotti résume l’écart par une formule sobre, mais décisive, au sujet de la laïcité.
« Ce n’est pas notre conception de la laïcité »

Tout est là. La laïcité n’est pas seulement un mot de plus dans le dictionnaire républicain. Elle est l’espace vide qui permet à toutes les consciences de respirer. Elle n’est ni hostilité au religieux, ni accommodement permanent avec les appartenances. Elle est cette règle commune qui rend possible le dialogue sans domination, la spiritualité sans pouvoir clérical, la croyance sans privilège, l’incroyance sans soupçon.
Cet épisode mérite donc d’être lu comme un révélateur
Nous voyons une grande obédience replacer la République au centre de son horizon, non par nostalgie, mais par vigilance. Le Grand Orient de France rappelle ainsi que l’initiation n’est pas une fuite hors du siècle. Elle est une méthode pour mieux l’habiter. La loge apprend à écouter, à peser, à douter, à construire. Mais elle apprend aussi à dire non lorsque l’essentiel est menacé.

L’enjeu de 2027 dépasse donc la seule arithmétique électorale
Il touche à la nature même du pacte républicain. La franc-maçonnerie, dans sa diversité, n’a pas vocation à devenir un acteur partisan. Elle perdrait son âme à se transformer en appareil électoral. Mais elle manquerait aussi à son devoir si elle se taisait lorsque les principes qui ont nourri son histoire sont fragilisés, contestés ou détournés.
Le Grand Orient de France parle depuis une tradition singulière
D’autres obédiences choisiront d’autres mots, d’autres silences, d’autres équilibres. Mais le débat est désormais posé. Jusqu’où une obédience peut-elle aller dans l’expression publique sans confondre engagement républicain et alignement partisan ? À partir de quel moment le silence devient-il renoncement ? Et comment rappeler les principes sans enfermer la franc-maçonnerie dans le vacarme électoral ?

Ces questions ne sont pas accessoires
Elles sont au cœur du travail maçonnique. Car bâtir le Temple de l’humanité, ce n’est pas seulement méditer sur la pierre brute. C’est aussi refuser que la maison commune soit livrée à la peur, au ressentiment et au soupçon. La République n’est pas une abstraction. Elle est ce chantier fragile où les citoyens apprennent à vivre libres, égaux et responsables.
En rallumant la veille républicaine, le Grand Orient de France rappelle une vérité simple
Les francs-maçons ne sont pas les propriétaires de la République, mais ils en sont, depuis longtemps, des ouvriers exigeants. Et lorsque l’horizon s’assombrit, il appartient parfois aux colonnes de rappeler que la lumière n’est jamais un confort. Elle est une responsabilité.

Au GODF nous sommes très nombreux a ne plus supporter de voir les métaux entrer a grand fracas dans l’obedience et parfois les tenues.
Ce n’est plus de la franc maçonnerie . Ce type de propos se fait au bistrot!!
Il est detestable , inadmissible que l’on nous envoie des consignes electorales . Ou est notre liberté de conscience ??
Le sujet n’est pas le fond sur lequel nous sommes d’accord . Que ce soit LFI ou RN , ces partis sont dangereux pour le pays ..
Mais qu’est ce que cela vient faire en Franc Maçonnerie ? Des metaux, des Métaux, c’est archi profane..
Voila comment le GM et le conseil de l’odre pourissent une belle obédience avec leurs « postures » qui en pratique n’ont aucune efficacité a part convaincre leur propre public deja convaincu .