La Rédaction présente à ses lectrices et à ses lecteurs ses bons vœux.
Que deux mille vingt-Six vous gardent en un triple S : en Santé, en Sagesse et en Sécurité !
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Être raisonnable, voilà le premier pas et peut-être un des tout premiers souhaits que l’on peut, en ce début d’année, formuler pour soi-même et pour l’humanité. C’est ennuyeux, en effet, d’être constamment raisonnable. Pourtant, « raisonnable » ne veut pas dire « réservé ». On peut expliquer son trouble, les réactions que l’on s’efforce de dominer, les difficultés que l’on éprouve à se maîtriser, en certaines circonstances. Mais être raisonnable, c’est bien plus encore : c’est protéger et se protéger à plus long terme, donc aussi évaluer les risques que l’on doit prendre, parce qu’esquiver ses responsabilités est alors plus menaçant.

Bref, faire face aux réalités, avec un sens aigu de la juste mesure, sans intervention intempestive, sans s’imposer, mais sans perdre non plus un esprit conséquent de conquête harmonique car l’audace a son prix, elle détient même l’avenir. Être innovant est une nécessité, aujourd’hui, sans quoi il est impossible de résoudre les contradictions mortifères et les défis colossaux des temps présents.
Pour ce faire, il faut ouvrir son esprit. Se détacher des préjugés. Écouter l’autre avec bienveillance et sensibilité. Comprendre les situations au-delà des apparences. Percevoir le réseau de causes qui les engendrent. Savoir tricoter les fils qui font les liens, les liens qui entraînent les hommes vers de nouveaux horizons. Bref, rechercher des résultats indépendamment des idéologies qui préexistent ou qui coexistent et ce, au rythme possible des évolutions durables.

C’est en cela que le chemin initiatique est une école permanente. Un Grand Maître[1] a récemment « pris devise » : « Visita interiora terrae », première articulation développée de l’acronyme latin VITRIOL, plus sulfurique que sulfureux, qui se rattache à la tradition alchimique : « Visita Interiora Terrae Rectificandoque[2]Invenies Occultum Lapidem », soit : Visite les entrailles de la terre (c’est-à-dire examine le fonds et le tréfonds de toi-même et du monde) / et, en redressant (c’est-à-dire en rendant juste et droit), tu découvriras la pierre cachée (c’est-à-dire la vérité des choses). On peut, en tout premier lieu, en déduire qu’il est au moins recommandé de descendre d’un cran, à quelque sens qu’on l’entende, puis, en recherchant l’équilibre des axes et en y ordonnant sa pensée et son action, mettre à jour et partager des réalités profondes permettant aussi bien de se construire que de bâtir un avenir commun. Car l’homme se construit. Il ne peut guère s’en remettre à son seul instinct pour conduire sa vie en toute sécurité. Et c’est en cela qu’il lui faut commencer par soi-même. Au reste, comment espérer des changements souhaitables, si l’on ne peut compter sur la contagion des exemples ?

Néanmoins, les exemples ne sont pas tous « rectilignes », ils sont divers, certains – et non des moindres – proposent tantôt des pas de côté, tantôt des ruptures. On puise naturellement ses sources d’inspiration aussi bien dans l’Histoire que dans la vie de tous les jours, tout comme, d’ailleurs, on prend scrupuleusement en compte les mises en garde que ne cesse de lancer pléthore de contre-exemples. Il ne s’agit donc pas de renoncer à l’excitation de la nouveauté, mais, a contrario, il ne faut pas non plus y céder par ignorance des continuités nécessaires. Il s’agit, à tout instant, de contrôler ses finalités et ses moyens, de savoir toujours ce qu’implique et à quoi correspond une pleine présence au monde, de mesurer le sens et le poids de ses propos et de ses actes, pour soi comme pour autrui. En tant que telle, cette attention peut paraître épuisante or ce n’est ni plus ni moins qu’un entraînement, on en prend le pli, peu à peu. Certes, une telle attitude spontanée de la conscience peut constituer une épreuve, sous le rouleau du monde ; mais elle appelle, par-dessus tout, à un sursaut sur les terrains qui la réclament car elle permet de tracer des chemins d’espoir et d’enthousiasme. Quel que soit le tableau où elle s’inscrit, sa vertu principale est la délivrance.
Si la raison est ainsi le moyen de concevoir, de développer et de maintenir la cohérence de tout projet, elle s’intègre au cœur de la sagesse qui consiste à voir constamment en soi et au-delà de soi.
[1] Il s’agit de Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France.
[2] Le verbe latin rectificare est composé de rectus, « droit, exact », et de facere, « fabriquer, faire », d’où rendre juste et droit. Dans ce sens plus large, j’ai préféré « redresser », plutôt que « rectifier », ne serait-ce qu’en raison du fait qu’on rectifie une position mais qu’on redresse une situation.

MTCF
J’aime toujours lire et me nourrir de tes réflexions
Néanmoins je suis en ce moment circonspecte sur l’adjectif belle
Nous nous souhaitions une bonne journée une bonne année maintenant qu’ elles sont belles sont elles toujours bonnes?
Je remarque que nous continuons à nous souhaiter un bon après midi
Belle et Bonne année 2026
BBB
MTCS Françoise,
Je te remercie de ton compliment et je suis heureux que tu apprécies mes modestes contributions.
Quant à l’incrustation de l’adjectif « belle » dans l’illustration de tête, je n’en suis pas l’auteur, pas plus que de l’image.
J’observerai seulement que nos contemporains, qui ne se distinguent guère par leur maîtrise de la langue, répandent ainsi de nouveaux usages pour « ringardiser » les anciens. C’est se montrer à la mode que de substituer belle à bonne, dans des expressions comme : « je vous souhaite une belle journée ou une belle année », Je maintiendrais, pour ma part, qu’il avait un bel appétit mais que je souhaitais à tel convive un bon appétit… et une large soif !
Pis encore, on entend et on lit des monstruosités grammaticales comme « à très vite » pour « à très bientôt », la préposition à ne pouvant introduire que l’annonce d’un moment dans le temps et non celle d’une manière ; sinon, pourquoi ne pas dire : « à volontiers », au lieu de : « avec plaisir » ? De la sorte, on se déconnecte de la langue et on la démolit peu à peu – célébration du barbarisme au mépris des traditions, succès de la frénésie contre la mesure.
Sic transit gloria mundi. Ainsi passe la gloire de ce monde, comme on dit au Rite Écossais Rectifié…
Je t’embrasse fraternellement,
C’est toujours un plaisir et un intérêt particulier que de prendre connaissance de vos pensées et projections qui profilent la ligne éditoriale bihebdomadaire.
Vous mettez en avant les articulations qui doivent meubler la grille des actualités à suivre.
Et ce premier jour de l’année , le cap est lancé sous une thématique qui se résume en triple S: Sagesse, Santé et Sécurité.
En somme, une nouvelle année qui démarre sous des auspices de bienveillance avec au cœur de la réflexion : l’humain.
Merci mon Très Cher Christian Roblin et mes vœux les meilleurs pour l’année 2026.
Très respectueusement…