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Pourquoi il faut commémorer la Commune

Les forces conservatrices et les forces émancipatrices s’affronteront toujours, que ce soit à l’échelle de la société ou à l’échelle de l’individu (et là, je vous ramène à mon vieil ami Freud : la pulsion de mort toujours en guerre contre la pulsion de vie).

En ces temps incertains, il est difficile de trouver des repères, ou à défaut, des occasions de communier. On parle du bicentenaire de la mort de Napoléon, mais avec le confinement et les restrictions diverses, je crains que les cérémonies ne soient quelque peu ajournées (sauf les grand hommages nationaux). De la même manière, il était question, encore que celle-ci fasse polémique, de commémorer la Commune de Paris, cette célèbre insurrection de 1871 qui suivit la capture de l’empereur Napoléon III par les prussiens et les troubles politiques associés.

En fait, la Commune est assez peu enseignée dans les « petites classes » du collège et du lycée, le programme d’histoire se cantonnant au fameux « roman national », celui qui met notre pays à l’honneur mais qui en omet les aspects les moins glorieux. Ainsi, la Commune est assez peu évoquée dans le programme d’histoire-géographie du secondaire. Il s’agit en effet d’un épisode de quelques mois, mais qui pourtant a un impact fort. D’ailleurs, les Francs-maçons y ont joué un rôle important. Je vous invite à lire à ce sujet l’excellent ouvrage de l’historien André Combes, Commune de Paris-La Franc-maçonnerie déchirée.

Mais cette fameuse Commune, qu’était-elle donc ? Sans rentrer dans les détails, elle était le résultat d’un mouvement populaire ayant chassé le pouvoir en place et le gouvernement provisoire suite à la défaite de Sedan et au siège de Paris par les prussiens. Notons que la Commune n’a d’ailleurs pas eu lieu qu’à Paris. D’autres grandes villes comme Nancy ou Lyon ont vécu leur Commune, avec la sanglante répression qui s’ensuivit… Pour ceux qui connaîtraient mal ce puissant épisode de l’histoire de France, je vous recommande l’excellent film de Raphaël Meyssan, diffusé sur Arte, les Damnés de la Commune. Si le format long-métrage vous rebute, vous pouvez aussi visionner le moyen métrage de Benjamin Brillaud (de la chaîne Nota Bene), La Commune de Paris – 1871. Et bien sûr, n’oublions pas le webinaire de la Grande Loge de France qui s’est tenu le 29 avril dernier pour les 150 ans de la marche des Francs-maçons. J’y reviendrai.

Je pense qu’il y a deux leçons à tirer de la Commune. La première est qu’une société plus juste, qui protège les plus faibles, où les hommes et les femmes sont égaux (même en salaire) et les politiques soumis à un mandat impératif (pour les énarques et autres ignorants : une personne dépositaire d’un mandat impératif doit accomplir le programme pour lequel elle a été élue, sous peine de révocation) est possible. Par les temps qui courent, on comprend que nos chers élus aient peur de cette disposition, qu’on tend à oublier dans l’éducation civique…

La deuxième, c’est que les forces contraires, celles du maintien de l’ordre social en vigueur se ligueront toujours contre la République sociale. Les Versaillais ont gagné en 1871, et leurs descendants, la pseudo-élite financière et leurs valets politiques font tout pour maintenir l’ordre social qu’ils ont toujours connu. Et ce phénomène existe, mais au niveau mondial. Avant de me faire traiter de marxiste pessimiste, je vous rappelle ces mots du milliardaire Warren Buffet en 2005 : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ». C’est un fait : les forces conservatrices et les forces émancipatrices s’affronteront toujours, que ce soit à l’échelle de la société ou à l’échelle de l’individu (et là, je vous ramène à mon vieil ami Freud : la pulsion de mort toujours en guerre contre la pulsion de vie).

Nos prédécesseurs Francs-maçons ont aussi joué un rôle dans la Commune : les Loges (contre l’avis des Obédiences) organisèrent un événement, le défilé du 29 avril 1871, durant lequel ils arpentèrent Paris, pour enfin planter leurs bannières à Courbevoie. Les Loges marquèrent ainsi leur soutien à la Commune, face aux Versaillais, et ce, contre l’avis des Obédiences de l’époque. Il faut dire que les valeurs de la Commune de Paris sont très proches des valeurs humanistes que nous défendons (ou plus précisément, nous prétendons défendre).

Parallèlement à la commémoration de la Commune s’est tenue en plus grande pompe celle de la mort de Napoléon. Ah, l’épopée napoléonienne, la toute-puissance de l’État centralisé, la codification du droit via le Code Civil, la militarisation de la société, mais aussi les millions de morts, les guerres à répétition, le mépris du peuple et des corps intermédiaires, le rétablissement de l’esclavage (pourtant aboli par les régimes issus de la Révolution) et bien évidemment, son acte fondateur, le 18 Brumaire ! Dans le fond, il s’agit bien du même phénomène de forces conservatrices contre forces émancipatrices… Au fond, Napoléon et la Commune ? Mêmes combats !

En ces temps de désespoir, et de durcissement de nos sociétés, il me paraît important de rêver à la possibilité d’un autre monde, qui corresponde plus à nos volontés d’émancipation et nos désirs de liberté. Alors que le politique commence à décider de ce qu’il est juste de rêver ou pas (cf. la brillante sortie en conseil municipal à Poitiers d’une femme politique élue : « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants aujourd’hui »), alors que des puritains indignés se croient fondés à déterminer une vision politique de l’histoire (souvent fausse, d’ailleurs) au point de vouloir l’annihiler, plus que jamais il est important de se dire qu’un monde proche de nos idéaux humanistes, un monde plus juste a été possible. Et comme l’enseignement de l’histoire peut inciter à rêver, plus que jamais, rêvons de ce monde plus juste, pour en faire un jour une réalité.

Vive la Commune, vive la Sociale !

Je vous embrasse.

La Chaîne d’Union – avril 2021

La Chaîne d’Union

Collectif

Conform édition, 2021, N° 96, 96 pages, 12 €

La Chaîne d’Union est la revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Une revue entièrement vouée à la réflexion maçonnique.

Créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III. Au sommaire du dossier de ce numéro d’avril 2021, nous avons « Matières à débat », le « Dossier », « Études et recherches, ainsi que les « Notes de lecture ».

Le dossier de ce numéro est consacré à « Qu’est-ce que le secret maçonnique ? ». Nous y trouvons les articles suivants :

  • Au sujet des secrets de métier par Jean-Michel Mathonière,
  • La culture du secret en franc-maçonnerie par Daniel Comino,
  • Secrets et mystères en franc-maçonnerie, pour quoi faire ? par Fabrice Maurice,
  • Paradoxes du secret par Daniel Beaune,
  • Le secret au risque de la transparence par Jacques Le Disez,
  • Faut-il démystifier le secret maçonnique ? par François Cavaignac.

La bible & la loge

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Le symbolisme de la construction du Temple prend sa forme par les textes biblique tout en conservant l’héritage de la culture classique et ses moyens d’action.

Il y a dans les rituels une fusion intime entre les outils de la culture païenne, classique, hellénistique romaine et ceux importés de la culture orientale. Comment ce «  melting pot » de culture peut-il bénéficier à l’initié tant dans sa transformation personnelle que dans l’élévation de son esprit ? L’auteur suggère que la manière d’utiliser les outils symbolique est primordiale dans l’acquisition des résultats.

Philippe Langlet a suivi une formation universitaire initiale en anglais puis continué en science du langage (thèse de doctorat en 2009). Son travail porte principalement sur les textes fondateurs de la Franc-maçonnerie ou les premiers rituels maçonniques. Il collabore régulièrement à des publications dans des périodiques universitaires ou maçonniques.  Il donne parfois des conférences à l’Académie maçonnique de la Grande Loge de France. Il est officier des palmes académiques.

Don Juan le profane I

Il faut s’intéresser au mythe de Don Juan parce que c’est un mauvais modèle. Et de même que les bons modèles sont des exemples de ce qu’il est conseillé de faire – à l’instar d’Hiram ou des grands initiés : Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus, Confucius -, les mauvais modèles le sont de ce qu’il faut éviter –

I – L’ÉGOTISTE

Un profane non-initiable

Dans l’étude des trois visages de Don Juan, , j’explorerai « le triple destin de l’être humain : profane, initié, saint, en me fondant sur une seule figure mythique, monumentale, qui a traversé les siècles jusqu’à nous, Don Juan[1]. »

Irène Mainguy ajoute : « La confusion intérieure dans laquelle vit Don Juan, sa dispersion dans les formes et la matière s’accompagne d’une haine cachée, d’un besoin qui est devenu un plaisir, celui de profaner, de détruire. […] La question se pose [alors] : Pourquoi s’intéresser au personnage de Don Juan ? En fait, ce récit dramatique est complexe car il pose des questions d’ordre moral, social, philosophique et spirituel. Ce personnage, dans les versions initiales, est le prototype du profane non-initiable, celui qui se dilue dans la multiplicité, à l’opposé de l’initié qui, reconnu libre et de bonnes mœurs de l’apprentissage à la maîtrise, a la possibilité et le devoir de rassembler ce qui est épars. […] Ainsi le pire des exemples peut être le meilleur enseignement pour nous inviter et nous encourager dans notre quête à persévérer sur le chemin de la Lumière[2]. »

C’est dans cet esprit que le créateur de Don Juan, Tirso de Molina, a créé ce personnage au théâtre : en montrant ce qu’il ne faut pas faire (le mal), éduquer les hommes à faire le bien…

Le renversement des valeurs

« Pourquoi s’intéresser au mythe de Don Juan ? », s’interroge Irène Mainguy. Tentons de répondre à la question.

Je dirai que, comme l’a voulu son créateur, il faut s’y intéresser parce que c’est un mauvais modèle. Et de même que les bons modèles sont des exemples de ce qu’il est conseillé de faire – à l’instar d’Hiram ou des grands initiés : Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus, Confucius -, les mauvais modèles le sont de ce qu’il faut éviter – comme un reflet-miroir des valeurs qu’ils condamnent. Karl Popper appuie la vérification d’une proposition scientifique sur le principe de réfutabilité. Adoptons cette position.

Nos coutumes sont la mémoire de nos ancêtres, et nos morts survivent dans nos mœurs. En référence à ces tables de valeurs, la société juge nos pensées et nos actes.

Don Juan, lui, les nie. Il inverse les valeurs de la société. Il s’oppose à celles qui sont codifiées par la loi, gouvernées par le roi et inspirées par la foi. Á ses yeux, ce ne sont que des idées, des “eidôlon”, c’est-à-dire des idoles, de vaines images, des statues de pierre – comme le Commandeur -. Il les récuse,  refusant nos principes et nos institutions. Avec le Bourgeois, le Père et Dieu qui représentent successivement le pouvoir économique, l’équilibre social et l’autorité religieuse, il rejette les symboles qui les accompagnent : l’argent (Monsieur Dimanche), la famille (Dom Louis, son père) et la religion (le pauvre et le Commandeur).

Dom Juan et la statue de pierre

« La nature nous a créés méchants »

Refusant tout ce qui pourrait le contraindre, Don Juan s’entête dans le refus – refus de la femme, qu’il rabaisse à n’être que son image ; refus de la famille, de son père, dont il bafoue l’autorité ; refus de la société, dont il érige les vices en vertus. En butte à toutes les manifestations du sacré, il se dévoile par son manque de transcendance. Négateur de toute symbolique, il s’affirme comme seul symbole. La transgression est sa règle d’exception[1].

Don John pousse cette conception de l’existence à ses dernières extrémités pour s’en faire un système de vie : “A chacun sa nature. Nous sommes ce que nous sommes, vous êtes ce que vous êtes. Si nous faisons le mal, c’est la faute de la Nature qui nous a créés méchants.” Et il explique : “La Nature ordonne que nos sens guident notre raison, puisque toute connaissance commence par la sensation[2].”

Don Juan oppose son “moi et mes sens” à toute essence. Il intériorise l’animalité qui transmigre en lui. Il ne s’interroge pas sur l’existence, il la vit. Il n’est pas homme de pensée, mais d’action. “Ici-bas il n’est rien d’immuable[3]”, décrète-t-il. Il n’intellectualise pas ses pulsions – c’est le tropisme de Casanova -, il les accomplit. Comme Lorenzaccio, il est une “force qui va[4]”. Tout est permis. L’insolence prime et le désordre s’installe.Dans un monde où il faut donner un sens à sa vie,il a choisi… de n’être rien ! Il est proprement in-sensé. Dans le miroir de l’autre, il contemple son double. La duplicité et le double langage sont l’expression de son double jeu.

Le contre-sens et l’immanence

Ainsi, face aux“ i-déités” de la société, à ses mythes et à ses images mentales, Don Juan oppose le mirage de son individualité. Il inverse le sens ordinaire de la vie, qui est d’avoir une vie droite : il va à contre-sens. Il transforme la réalité en mascarade, la belle ordonnance civile n’est plus que licence et folie, et la sagesse qu’elle prescrit devient objet de dérision. Il ré-introduit dans l’existence le dérèglement des mœurs et le chaos absolu de la violence. Il les impose par la domination, l’intimidation ou l’agression, en usant de la force s’il convient. En rébellion contre la société et ses normes, il fait reconnaître sa valeur d’homme et ses contre-valeurs dans l’intransigeance de sa révolte, dans le déchaînement de ses passions et dans sa transgression de l’ordre.

Son idéal, c’est lui, ici et maintenant : “Je vis de tout ce qui est au présent”, avoue-t-il à Hortensia. Créateur de sa propre vie, il cherche à la perpétuer en la recréant toujours. La plénitude du présent rejette la certitude d’un passé sur lequel on ne peut plus agir et l’incertitude d’un avenir qui contraint à réagir. Alors le temps se referme : c’est le cercle vicieux de l’instant qu’on refuse de laisser passer en le renouvelant dans l’instant qui suit, éternellement, à l’infini. Le monde s’achève en lui à chaque seconde. Acte. Actuel. Actualité d’une histoire qu’il fait. Action. Actuation. Actualisation d’une légende qu’il parfait. Chez lui tout est mouvement, transformation, métamorphose. Le temps qui se découpe d’instant en instant segmente le flux de son vécu, il balise son déroulé. Il n’y a pas d’écoulement, tout est césure ; il n’y a pas de continuation, mais sempiternel recommencement. Sans souvenir, car dès qu’un événement a eu lieu, tout se passe comme s’il n’avait jamais été : “Je reste toujours entravé par la même contradiction. Je sais que je l’ai vue, mais je sais aussi que de nouveau je l’ai oubliée”, reconnaît-il. Sans avenir non plus, car il ne se projette sur rien. Il se contente de jouir du moment dans des moments de jouissance : “Oui, Sganarelle, ce soir je dois en jouir !” Et Musset écrit: “C’est ainsi qu’il en était venu à croire, à vingt ans, qu’une femme ici-bas n’était qu’un passe-temps[5].” Enfin, Johannes déclare : “Je recherche l’immédiateté. Le fond éternel de l’amour, c’est que les individus ne naissent l’un pour l’autre que dans son instant suprême[6].” Tout doit donc s’accomplir dans le présent : “Si pour jouir de votre chair, vous me fixez un tel délai, puisque à vivre il me reste encore, laissez-moi passer du bon temps[7]”, se plait-il à répéter…

Pierre PELLE LE CROISA, le 10 mai 2021


[1] MOLIÈRE, Dom Juan ou le Festin de Pierre.

[2] SHADWELL J.-E., The Libertine.

[3] ZORRILLA J., Don Juan Tenorio.

[4] MUSSET A., Lorenzaccio.

[5] MUSSET A., Namouna (poème).

[6] KIERKEGAARD S., Le Journal d’un Séducteur.

[7] TIRSO DE MOLINA, L’Abuseur de Séville.

[1] TRÉBUCHET L., recension de Don Juan le Profane ou le défi du Diable de Pierre PELLE LE CROISA (revue Points de Vue Initiatiques).

[2] MAINGUY I., recension de Don Juan le Profane ou le défi du Diable de Pierre PELLE LE CROISA (revue Les Travaux de Villard de Honnecourt).

Une autre manière de lire Confucius

Par Georges Charles – Fondateur des Arts Classiques du Tao

Ceux qui découvrirent Confucius au Siècle des Lumières furent impressionnés par le fait qu’il s’agissait d’un Homme, d’un Etre Humain, s’adressant aux autres Êtres Humains et non d’une parole révélée attribuée à une divinité. Ce qui valut à Voltaire cette terrible parole « Faut-il croire la Chine ou Moïse ? ».

Confucius, alias Maître Kong ou Kongzi, (551 av. J.C. 479 av. J.C. ) passe généralement pour un parangon de vertu qui représente l’ordre social et que l’on oppose naturellement à Lao Tseu, alias Laozi, prétendument chef de file et Maître à penser des Taoïstes. Confucius est censé représenter un modèle social basé sur le système pyramidal qui caractérisait l’Empire de Chine puis la Chine. On oublie alors de se demander pourquoi il fut si souvent, au cours des âges et encore récemment, critiqué par ce même pouvoir et même interdit et que ses descendants ou lointains disciples pourchassés et exilés sinon exécutés. C’est tout simplement parce qu’il est le plus violemment critique envers ce fameux pouvoir politique qu’il semble encenser mais qu’il combat avec force et conviction. Et ceci depuis plus de deux millénaires. Mais il utilise pour ce faire une méthode qui nous est inhabituelle. Il décrit simplement un mode idéal presque parfait où chacun est à sa place et exerce sa vertu pour le bien du peuple. Et il le fait avec une constance irréprochable. Si on se met à la place d’un brave homme il semble indiquer le chemin à suivre pour devenir un exemple et obtenir une réussite sociale enviée.

Si on modifie quelque peu l’angle du regard on se rend rapidement compte qu’il décrit volontairement un idéal qui est très éloigné de celui qui motive en fait ceux qui dirigent la Chine. En montrant la perfection il révèle l’imperfection notoire de la réalité. Lorsqu’il dit « Un prince devrait être comme-ci ou comme ça et agir de telle manière pour obtenir tel résultat… » la simple observation du prince en question démontre qu’il agit tout autrement et que son comportement est loin d’être exemplaire. Donc que le résultat escompté ne peut être au rendez-vous. Et qu’il y a tromperie manifeste. Le prince est un escroc. Mais dit d’une autre manière, plus policée et surtout plus chinoise. Un prince lui demandait justement « Si vous étiez à ma place que feriez-vous donc ? » et Kongzi répondit simplement « Zheng Ming ». Ce qui signifie « rectifier (Zheng) (les)noms (Ming) ». Ce qui signifie encore « remettre droit les mots ».

Les commentateurs expliquent doctement « Lorsqu’on ne se comprend pas (si les mots sont faux) cela engendre de la méfiance et la méfiance est la racine de l’incompréhension qui peut engendrer la violence ». Mais Zheng Ming pour le Peuple c’est simplement le « bon sens ». « Que feriez-vous à ma place ? » réponse cinglante « Du bon sens ».

Tout est presque dit. Wangbi (Wang Pi) (226 249) considéré comme l’un des plus brillants commentateurs des Classiques a pu dire de Confucius « Le Doctrine du Maître Kong tient en deux caractères qui sont Zhong et Shu. Zhong c’est s’élever au plus haut de soi-même. Shu c’est s’ouvrir vers les autres. Tout le reste n’est que laçage de sandales. » Ce qui est évidemment quelque peu lapidaire. Par « laçage de chaussures » Wangbi considère le Rituel (Li) décrit par ailleurs dans le « Traité du Rituel » (Liji) qui est un des grands classiques liés au confucianisme et qui serait la base de la politesse et du savoir-vivre. Donc du « vivre ensemble ».  

Zhong, originellement, représente une cible qui surmonte un Cœur. Pas uniquement l’organe mais le « Cœur conscience » qui « engendre l’Esprit ». Zhong c’est « le Cœur/droiture ». C’est ce qui permet à l’Esprit (Shen) donc à l’Etre Humain (Ren ou Jen) de s’élever bien au-dessus de sa condition d’origine. C’est, en quelque sorte aussi l’Initiation. Suivant Confucius comme il faut rectifier les mots, il convient avant tout de rectifier de cœur. C’est simplement la droiture. Le dictionnaire classique de la langue chinoise, le Ricci (caractère 1272) donne les traductions suivantes : Fidèle, loyal, dévoué, sincère, honnête -l’aspect intérieur de la droiture et de la loyauté. Shu (caractère 4429) de ce même dictionnaire c’est : Juger et traiter autrui comme on souhaiterait l’être soi-même. On retrouve la clé du Cœur surmonté par une bouche et la racine ancienne Etre Humain (Ren). C’est « un Etre qui s’exprime avec son cœur ». On retrouve cette notion de verticale (s’élever) et cette notion d’horizontale (s’ouvrir) qui dans la cosmologie chinoise classique représentent le Yang (un trait vertical unique) et le Yin (deux traits horizontaux produisant une « ouverture ».  Cela correspond également à un autre principe confucéen essentiel : Rectitude (Zheng) (Ricci 319) et Bienveillance (Jen) (Ricci 2427). Ce dernier représente la vertu d’humanité, la disposition de bienveillance envers autrui. Mais il faut tout de suite affirmer que Wang Yang Ming (1472 1529) souhaitait que l’on élargisse cette bienveillance à la multitude des êtres et même des choses et que l’on ne se limite plus à ses seuls semblables. C’est l’un des « Quatre Successeurs » à avoir sa statue dans le Temple de Confucius. Wang Yang Ming souhaitait également que « San Jiao He Yi » « Que les Trois Enseignements, Taoïsme, Confucianisme, Bouddhisme s’harmonisent (s’unissent) en Un ». Ce qui lui valut pas mal de problèmes de la part des intégristes. 

On retrouve, malheureusement, cette notion de « verticale et d’horizontale » dans un film relatant les aventures très romancées de Yip Man, l’un des Maîtres de Bruce Lee. « Verticale tu es vivant, horizontal tu es mort ! ». Ce qui est pour le moins réducteur mais qui démontre le niveau intellectuel ambiant. Mais revenons au cœur de notre sujet. Un individu prônant la droiture, la loyauté, la sincérité, l’honnêteté, la bienveillance comme fondement de la politique d’Etat est nécessairement suspect, du moins indésirable. Et Confucius ne se contente pas d’allusions ou de ce principe de critique par comparaison qui est si mal compris. Il lui arrive parfois de mettre les pieds dans le plat.
Dans « Daxue » « La Grande Etude » qui lui est en grande partie attribuée il explique « Cela signifie que l’Etat doit faire preuve de plus d’intérêt pour cultiver les devoirs que pour rechercher les profits. Quand celui qui dirige une nation ne s’applique qu’à amasser des biens matériels, cela vient obligatoirement des hommes médiocres dont il fait grand cas. L’utilisation d’hommes de peu provoque l’arrivée simultanée de fléaux et de malheurs dans la nation en question. Aussi même si il se trouve là d’excellents hommes, ils n’y peuvent déjà plus rien. » (Philosophes confucianistes – La Pléiade NRF Gallimard – La Grande Etude   6B pages 565 et 566).

 
Ce qui est pour le moins explicite. Concernant les Taoïstes, il faudrait maintenant dire, d’ailleurs (de Chine !) les daoïstes et enlever les trémas : daoistes, Yangzi dit en substance, ce qui est très direct « Si il fallait que je sacrifie une rognure de mon ongle pour sauver ce monde, j’hésiterai ».
Quant aux Bouddhistes tant qu’ils ne remettaient pas en cause le pouvoir central comme ce fut le cas lors du changement dynastique entre les Ming et les Qing, ils bénéficiaient généralement d’un statut-quo favorable. Lors des événements de la Place Tian An Men les premiers à manifester furent les étudiants en philosophie et les premières pancartes brandies comportaient ce slogan « Non à la boutique de Confucius ! » Les commentateurs virent une critique du Maître kong sans savoir que ces étudiants exhumaient le fameux Wang Yangming. Les « boutiquiers de Confucius » au pouvoir utilisaient celui-ci comme des épiciers : deux cents grammes de Confucius par-ci, trois tranches de Confucius par la, une pincée de Confucius, un extrait de Confucius… afin de pouvoir l’instrumentaliser. Puis les étudiants reprirent les aphorismes de ce « néo-confucianiste » (le terme « néo-quelque chose » est toujours suspect) : « Chercher à comprendre c’est déjà contester » ; « Dans certaines circonstances ne rien faire c’est déjà agir » ; « Agir est facile » ; « il y a une seule raison d’agir et dix mille pour ne rien faire »… Et ils s’assirent par terre. Le pouvoir eut peur et fit donner les chars. J’ai finalement un conseil à donner : il suffit de lire Confucius et de ne pas se contenter de ceux qui ont vu l’homme qui a vu l’ours et qui n’a pas eu peur. Il est accessible et nous disposons en France de pas mal de traductions qui ont le mérite d’exister. L’édition que j’ai citée précédemment, La Pléiade, concernant ces textes ainsi que ceux des taoïstes (Tome 1 et Tome 2) est une bonne référence.

Enfin, ceux qui découvrirent Confucius au Siècle des Lumières furent impressionnés par le fait qu’il s’agissait d’un Homme, d’un Etre Humain, s’adressant aux autres Êtres Humains et non d’une parole révélée attribuée à une divinité. Ce qui valut à Voltaire cette terrible parole « Faut-il croire la Chine ou Moïse ? ».

Le puits des forges

Dans le rituel forestier, j’ai appelé tous les membres de notre vente à voter les 4 rendez-vous supplémentaires recommandés par notre rite, qui mêlent, quoiqu’on en dise, les fêtes celtes et druidiques.

Dans notre rituel forestier, nous sacralisons le lieu en appelant les 4 cabanes du calendriers et fêtes celtes et en décalant d’un quart de tour les 4 cabanes.

A savoir : zénith – nadir  ( sud – nord, solstice d’été – solstice d’hiver )

orient – occident ( est – ouest, équinoxe de printemps – équinoxe d’automne ).

Ces 4 cabanes symbolisent les 4 éléments fondateurs :

  • L’ermite : l’eau,
  • Le vigneron : le feu,
  • La mère catault : la terre,
  • L’ours : l’air.

On commence par lugnasad, l’ours ( « par le feu du sang de la terre … » ),

Puis, par la mère catault, beltaine (« par la terre, notre mère … »),

Puis, par l’ours, imbolc (« l’ours souffle, l’air …. »),

Et par l’ermite, samain (« par l’eau du ciel … »).

En ce déplaçant d’un quart de tour, nous nous positionnons dans le calendrier druidique des équinoxes et des solstices.

Voilà pourquoi j’ai appelé tous les membres de notre vente à voter les 4 rendez-vous supplémentaires recommandés par notre  rite, qui mêlent, quoiqu’on en dise, les fêtes celtes et druidiques.

J’ai trouvé que ces fêtes étaient complémentaires et non en opposition.

Thierry B.

LA BIBLE, LA LETTRE ET LE NOMBRE

LA BIBLE, LA LETTRE ET LE NOMBRE

Le code secret enfin déchiffré

Benoit Gandillot

Les éditions du Cerf, 2021, 448 pages, 24 €

Les Kabbalistes le pensaient, Benoît Gandillot le démontre dans cette étude révolutionnaire. Il existe bien un système numérologique derrière le texte biblique. Une merveilleuse manière exégétique de réviser les mirages de l’ésotérisme, tout en découvrant un véritable univers inconnu. L’auteur, directeur d’université d’entreprise, nous livre un décryptage étonnant de ce que certains nomment le Volume de la Loi Sacrée…

Transmettre pour devenir

La transmission est un acte fondamental pour assurer la survie de nos sociétés et tisser les liens entre les êtres humains. Ceux-ci sont façonnés par l’héritage qu’ils reçoivent. Devenus adultes ils deviennent conscients de la nécessité de se faire « passeurs »

La transmission est au cœur de la démarche maçonnique car la méthode initiatique permet de s’approprier une tradition propre à libérer autant la pensée constructive que l’imaginaire créateur.

Ce livre interroge toutes les facettes de la transmission  sans oublier que transmettre est un art qui amène plus de questions que de réponses et donc qu’il s’agit d’une voie permanente de perfectionnement.

Ginette Kawka-Aubart  a été Maître de Stage puis Chargée d’Enseignement théorique à la Faculté de médecine de Créteil-Paris XII- Membre du Conseil Scientifique Régional de la Formation Professionnelle Conventionnelle d’Ile de France – Cadre référent en protection de l’enfance et consultante salariée en médecine générale. Elle est actuellement retraitée.Elle déjà a publié aux éditions CONFORM avec le collectif de la GLFF : Valeurs en partage, de l’intime à l’universel, collection « Voix d’Initiées » – Paris 2017

Bas-Rhin et Doubs : arrestations de six néonazis qui planifiaient un attentat contre une loge maçonnique

De notre confrère France 3 région – Publié le 07/05/2021 à 13h33  

Six personnes ont été interpellées mardi 4 mai dans le Bas-Rhin et dans le Doubs, elles sont soupçonnées d’avoir projeté un attentat contre une loge maçonnique. Elles font toutes partie d’un groupuscule néonazi. Trois d’entre elles sont présentées vendredi 7 mai à un juge d’instruction à Paris.

Les interpellations ont eu lieu mardi 4 mai, dans le Bas-Rhin et le Doubs, en tout six membres d’un groupuscule d’ultradroite ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu organiser un attentat contre une loge maçonnique en Moselle baptisé « projet Alsace ». Le projet ne semblait cependant pas imminent, selon une source proche du dossier citée par l’AFP.

Trois d’entre eux, deux hommes et une femme, âgés de 29 à 56 ans sont présentés vendredi 7 mai à un juge d’instruction à Paris, en vue d’une éventuelle mise en examen pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Les deux hommes, âgés de 25 et 50 ans sont tous deux originaires du secteur d’Haguenau (Bas-Rhin). Ils ont été interpellés chez eux mardi 4 mai par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la sous-direction antiterroriste (SDAT) à la demande du parquet national antiterroriste (PNAT).

Après les premières constations et interrogatoires sur place, les équipes d’intervention sont reparties au siège du PNAT à Paris avec les gardés à vue, selon des sources syndicales policières.

Les trois autres ont été libérés sans poursuite. (Lire la suite sur le site de France 3)

Communiqué de Pierre-Marie ADAM

Grand Maître de la Grande Loge de France

Paris le 7 mai 2021

Attentat néo-nazi contre une Loge maçonnique déjoué en Moselle

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »

Le Grand Maître de la Grande Loge de France, Pierre-Marie ADAM, vient d’apprendre avec stupéfaction qu’un attentat était préparé par un groupuscule néonazi contre une Loge maçonnique en Moselle. Le parquet national antiterroriste ouvre une information judiciaire pour « association de malfaiteurs terroristes ».

Cet attentat, heureusement, a été déjoué à temps.

Il tient à féliciter tous les services de Police concernés, placés sous l’autorité du préfet Laurent NUNEZ, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, pour leur célérité et leur efficacité.

La Grande Loge de France fidèle à ses valeurs fondamentales et à sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité », condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de terrorisme, d’où qu’ils viennent.

Elle combat, comme elle l’a toujours fait tout au long de son Histoire, toutes les idéologies et les régimes totalitaires et tout ce qui porte atteinte aux Droits de l’Homme, à la dignité humaine et aux valeurs de la République.

L’idéologie d’extrême-droite, véhiculée par les réseaux sociaux et par des groupes extrémistes, complotistes et terroristes constitue un réel danger et il nous faut rester vigilant.

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde », comme le rappelait fort justement le dramaturge allemand Bertold Brecht.

Pierre-Marie ADAM

Grand Maître de la Grande Loge de France