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Le sens des symboles dans le monde d’aujourd’hui

Il existe une confusion courante entre le symbole et le signe. Pour certains, il s’agirait même d’un synonyme. Il n’en est rien du tout, car les deux ont des fonctions différentes et parfois complémentaires. Commençons par le signe, qui sert avant tout d’indicateur. Son objectif est de nous guider sur la voie de l’information, grâce à un interprétant visuel, auditif, kinesthésique ou olfactif. Dans son origine étymologique on retrouve des traces indo-européennes qui conduisent au verbe « suivre ». Pour résumer, disons que les chiffres, les lettres, les panneaux de circulation, les devises… sont des signes.

Même s’ils nous indiquent parfois la direction d’un lieu sacré, ils restent malgré tout dans le domaine profane. Prenons quelques exemples : les mots de passe en maçonnerie, le signe de croix effectué par les chrétiens, le serment au tribunal « Je le jure », etc. sont des preuves du caractère sacré de certains signes. Pourtant, même si certains signes sont porteur d’une forte « signification », ils ne recèlent en eux-mêmes aucune essence, ils remplacent simplement les mots pour le dire.

Parlons maintenant du sujet qui nous intéresse : le symbole. Dans toutes les Loges maçonniques, on retrouve entre autres, une équerre et un compas. Même s’il en existe des dizaines d’autres, ce sont des symboles par excellence. Parmi les plus familiers, au quotidien, on peut aussi citer la croix du Christ, l’étoile de David, le logo de Nike ou celui de Mc Donald. Même s’il est vrai, je vous l’accorde, que les deux derniers occupent la fonction de symbole lorsqu’ils sont porteurs des valeurs de la marque  et de signe lorsqu’ils sont placés sur le bord de la route pour indiquer le prochain magasin. Quant au compas symbole du ciel, de la spiritualité ou de l’infini chez le maçon, ce compas n’invite pas à action extérieure, mais plutôt à un mouvement intérieur : une introspection.

Pour mieux comprendre, retournons à la source du mot « symbole ». Il est issu du grec ancien « sumbolon » qui signifie « mettre ensemble », « joindre », « comparer ». Dans la Grèce ancienne, le sumbolon était le nom donné au morceau de poterie volontairement cassé, que deux contractants utilisaient pour servir de preuve de leur entente. Lorsque les deux personnages se retrouvaient un peu plus tard pour liquider la dette, chacun fournissait son morceau de poterie, qui devait parfaitement s’emboiter dans celui de son partenaire. C’était la reconnaissance d’une volonté commune, d’une projection de la conscience de deux êtres. Il pouvait aussi s’agir de mot de passe pour prouver son identité.

A la lumière de son histoire, nous comprenons aisément que le symbole prend toute sa valeur par le rapport social qui lui donne naissance. Prenons un exemple que tout le monde connait : « le Svastikas ». Il existait déjà en Ukraine il y a douze siècles. Ce symbole utilisé par de très nombreuses civilisations, y compris les chrétiens, signifie « ce qui porte chance ». Même si Adolphe Hitler a profané ce symbole, il reste malgré tout synonyme d’Harmonie dans certaines cultures extrême-orientales. Nous comprenons que le symbole est intrinsèquement porteur d’une énergie fragile qui doit être nourrie et protégée. Il s’agit d’une essence produite par la conscience des êtres humains qui lui portent intérêt.

Le langage des symboles opère de manière quasi magique, par un effet conjugué de transcendance et d’immanence. Les rituels sont la parfaite occasion de créer des liens intégrateurs avec les symboles. Le pratiquant peut ainsi s’imprégner du contenu symbolique et nourrir sa conscience, afin de cheminer sur la voie de la sagesse.

Quel est donc ce mécanisme étrange et invérifiable ? Imaginons, mille personnes qui choisissent de vénérer un nouveau culte et choisissent comme symbole de ralliement un ovale vert. On peut déjà observer que la forme sera un signe d’appartenance pour tous les témoins extérieurs de cette nouvelle pratique. Les non croyants resteront totalement hermétiques et impassibles en présence du « signe ». En revanche, pour tous les croyants de ce nouveau culte, cette figure géométrique aura une double action. Tout d’abord, elle se chargera chaque jour un peu plus d’une énergie catalysante des autres esprits humains impliqués. Elle sera en quelque sorte, porteuse des projections de chaque pratiquant.  Ensuite, chacun bénéficiera en retour du catalyseur, afin de révéler les potentiels spirituels et parfois même physiques pour certains croyants. Certains se demanderont : « ce que le physique vient faire là dedans ? » Pensons simplement à Lourdes. Depuis 1858, pas moins de 7 000 personnes déclarent avoir été guéris dans leur corps par le « symbole » Marie, mère du Christ pour les chrétiens. L’Eglise quant à elle n’en reconnait qu’un cas sur cent. Il reste quand même, que depuis un siècle et demi, 70 personnes ont officiellement été soignés par une grotte symbolique.

On peut noter que le symbole est parfois associé au fétiche. Le « feitiço » pour les portugais signifie « artificiel ». Il trouve ses racines dans le mot latin « facticius », qui veut dire destin. On comprend mieux ainsi le caractère presque superstitieux du fétiche. Le symbole pour sa part, s’appuie sur la conscience, je dirais même la foi intériorisée de ceux qui pratiquent. Pour faire simple, le fétiche est à la spiritualité ce que le Canada Dry est à l’alcool !

En résumé, les symboles qui nous entourent, diffusent en nous, tel des sachets de thé, des messages collectifs, qui sont les miroirs de notre conscience. C’est pourquoi, chaque chemin initiatique se dote d’un arsenal de symboles appropriés. Regardez bien, soyez attentifs, je suis certains que vous avez, vous aussi, des symboles familiers auxquels vous êtes attachés. Ça y est… le travail commence. Bonne route !

Igne Natura Renovatur Integra

J’étais en Loge hier soir, quand mes Frères et moi avons appris le drame de l’incendie de Notre-Dame de Paris. Comme beaucoup, j’étais sidéré, mais aussi fasciné par la soirée d’apocalypse que nous avons vécue. Mais malgré la sidération, nous avons travaillé. Certes, le cœur n’y était pas, loin de là. Nous avons tenu le coup, même si nous n’étions pas très chauds. La vraie force de la Maçonnerie, c’est de continuer le travail, quelles que soient les circonstances. Le secret des Loges et l’application du rituel nous permettent de nous protéger de l’agitation du monde profane, du moins en principe. Nous pouvons alors nous ressourcer et appréhender le monde de manière plus sereine, en contenant le bouillonnement de nos passions. Ca n’empêche pas d’être choqué, mais le choc passe plus vite.

On dit que Notre-Dame de Paris a en elle des secrets alchimiques. Cela me rappelle cette maxime alchimique, I.N.R.I, qui n’est pas le Titulus Cruci dont le sens est Ieschoua Nazaretum Rex Iudeorum (le parchemin sur la croix de Christ), mais bien Igne Natura Renovatur Integra, qu’on traduit ainsi « Par le feu, la nature se renouvelle entièrement ».
J’ai déjà vu (de loin) des feux de forêt dans le sud de la France. Des hectares de forêts de résineux réduites à l’état de cendres. Et pourtant, quelques années plus tard, ces forêts se sont relevées, plus radieuses que jamais, telles le Phénix renaissant de ses cendres. Tiens, encore un symbole alchimique !

Oui, la cathédrale a été dévastée. Oui, la toiture s’est effondrée. Oui, des œuvres d’art ont été irrémédiablement perdues. Oui, la flèche érigée par Viollet-Leduc s’est effondrée. Oui, la reconstruction sera difficile. Oui, la structure en pierre a souffert d’un chaud beffroi1. Oui, on peut (et c’est normal) pleurer la perte de ce monument. Mais on doit pouvoir se relever et se mettre au travail pour reconstruire ce qui a été détruit. La tâche sera ardue, car les techniques ont changé, les matériaux aussi.

Mais la France a toujours été un peuple d’ingénieurs et de techniciens. Nul doute que la cathédrale sera reconstruite, certes différente de celle qu’on a connue, mais reconstruite. Ce sera peut-être le chantier symbolique de notre génération : l’érection de la 3e flèche de Notre-Dame de Paris.

Il reste à espérer que la reconstruction sera dirigée par un architecte compétent, un nouveau Le Vau ou un nouveau Viollet-Leduc mais surtout pas un Jacques Pollaert 2. La complexité du monde, la création de normes parfois absurdes a engendré des experts dans des domaines variés : réseaux électriques, mécanique des solides, réseaux gaz, isolation, etc. La complexité juridique a engendré tout un secteur de bureaux d’études d’assistances divers, structures qui ont une forme parasitaire3, dont les avis souvent discordants ralentissent la bonne marche des travaux pour les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’oeuvre, chacun prêchant pour sa paroisse. Les responsabilités sont tellement diluées qu’en chantier, il devient très difficile d’avoir une décision claire et lisible. Les choses se passaient-elles mieux au Moyen-Âge ? À l’époque des maçons opératifs, le Vénérable Maître dirigeait les travaux, les Surveillants surveillaient les Apprentis et Compagnons, et les secrets de métier se transmettaient dans le secret des loges et des cayennes. Et les bâtiments de pierre taillée sont toujours debout à travers les siècles, comme Notre-Dame de Paris. Pourra-t-on en dire autant des immeubles de bureaux qu’on élève un peu partout ?
Actuellement, les secrets de métier sont plus ou moins bien gardés, la Révolution française puis l’industrialisation du XXe siècle ayant enclenché un processus de normalisation, qui a contribué à sonner le glas des corporations et communautés de métiers. Certaines techniques, certains savoir-faire, comme l’établissement d’une charpente complexe peuvent avoir été perdus, mais peut-être qu’un ouvrage oublié dans une obscure bibliothèque contient des fragments de ces secrets perdus…

Ce que nous enseigne la destruction de Notre-Dame, c’est que rien n’est immuable. Absolument rien. Nous nous croyons immortels, nous pensons que notre œuvre nous survivra. Freud avait déjà relevé cette tension, entre la croyance entre notre immortalité et la conscience refoulée de notre mortalité. Cet incendie nous a rappelé que nous étions mortels, que notre œuvre sera un jour réduite en cendres ou en poussière. Cette idée nous est certes insupportable. Néanmoins, en tant qu’Initiés, nous savons et comprenons que nous sommes mortels. « Philosopher, c’est apprendre à mourir », nous dit Montaigne. L’Initiation étant une forme de philosophie, elle nous enseigne, par les mystères mais aussi les mistères4, que la vie a un commencement et une fin parfois brutale. Nous ne sommes que des hommes, donc limités. La vraie sagesse, c’est l’acceptation de ces limites, les nôtres et celles de nos œuvres.

Paradoxalement, la catastrophe du 15 avril constitue un « merveilleux malheur », pour reprendre l’expression du neuro-psychiatre Boris Cyrulnik. Nous avons perdu un joyau du passé. On peut se lamenter sur la perte subie, qui n’est que matérielle, puisqu’il n’y a eu, ô miracle, aucune victime. Mais on peut aussi se relever les manches et commencer à construire un joyau pour le futur. En psychiatrie, on parle de résilience. A nous d’être résilients et d’aider le Phénix à renaître de ses cendres.

Igne Natura Renovatur Integra.

J’ai dit.

1 Mauvais jeu de mot parfaitement assumé. Redde Caesari quae sunt Caesari, il s’agit aussi du titre d’une aventure de Léo Loden, écrite par Christophe Arleston.

2 Jacques Pollaert était l’architecte du Palais de Justice de Bruxelles. Les travaux qu’il a entrepris au XIXe siècle pour ériger cet édifice ont dévasté la commune de Marolles. Le ressentiment de la population fut tel qu’en patois bruxellois, le mot « architecte » est devenu une insulte, désignant une personne particulièrement incompétente, fate et arrogante.

3 Au sens étymologique du terme, para situm, qui se traduit par « manger à côté ». Il s’agit de structures qui profitent de marchés pour assister la maîtrise d’ouvrage, légalement considérée comme incompétente et non sachante.

4 Non, ce n’est pas une coquille ! Le mistère est un genre théâtral de l’époque médiévale.

De la loyauté

J’étais en Loge hier soir, et à l’occasion d’une cérémonie importante pour la vie de mon atelier, nous avons porté des santés. Dans notre jargon très imagé, nous parlons de «tirer une salve», avec la «poudre» (autrement dit le vin). En toute modération, bien évidemment. Déjà que notre démarche maçonnique nous rend sceptiques, il ne faudrait pas non plus développer des crises de foi!

Parmi les santés rituelles que nous tirons, il y en a une très importante, celle à la République Française. Et oui. Nous sommes loyaux envers la République, en dépit des bêtises diverses colportées par les complotistes obtus. Je parle bien de République, pas forcément du pouvoir.

En fait, la réalité historique est un peu plus subtile et plus complexe, car elle dépend du Rite pratiqué. Je vous invite à lire les travaux de l’historien et essayiste André Combes, qui apportent un éclairage sur ces liens. Si je devais résumer très vite ce que j’ai pu lire et observer, je dirais que les Maçons de Rite Français ont tendance à être proches du pouvoir, alors que les Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté ont plutôt tendance à s’éloigner du pouvoir, voire à être opposés au pouvoir, quel qu’il soit. Travailler au Rite Français rendrait procyclique, alors que travailler au Rite Ecossais Ancien et Accepté rendrait contracylique.

Bien entendu, il faut bien distinguer fidélité aux institutions et rapport au pouvoir. Nous pouvons être employés par une institution ou une collectivité (ce qui est mon cas, en tant que fonctionnaire territorial), mais en aucun cas nous n’en sommes dirigeants par principe. Ni influenceurs. L’influence des grandes obédiences se limite à des conférences publiques, des communiqués de presse, et rien d’autre. On pense que les Francs-maçons ont encore un poids politique ou institutionnel. Si cela était vrai sous la IIIe République, il n’en est plus rien actuellement.

Quel que soit le Rite pratiqué, le rituel nous engage à adopter un comportement civil et loyal envers la République. Les serments que nous prononçons sont très explicites.

Mais quand nous voyons ce que nos dirigeants actuels font des institutions de notre pays, il y a de quoi s’alarmer, et s’interroger sur la portée de notre serment.

Ainsi, en écoutant les informations, j’ai entendu parler comme tout le monde de la privatisation des autoroutes et des scandales associés. J’ai aussi entendu parler de la future privatisation des barrages hydro-électriques 1. Des représentants de l’Etat bradent le patrimoine de notre pays à des entreprises déjà puissantes. Pire, les mêmes représentants offrent des installations stratégiques à ces mêmes entreprises. Sans compter la privatisation future de biens publics tels que l’école. Au nom de la dette, me dit-on d’un côté, et me dit-on de l’autre, au nom de l’Acte Unique Européen, signé en 1986, acte fondateur du marché unique et établissant entre autres le principe de concurrence libre et non faussée.

Concernant la dette publique, on écrit un certain volume d’idioties. Je vous invite à lire le Traité d’Economie hérétique de Thomas Porcher, qui permet de remettre les pendules à l’heure sur cette question. Je vous recommande également la Fête de la Dette, spectacle et barbecue annuels, animés par l’humoriste Christophe Alévèque à Paris, pendant lequel ce dernier explique à sa manière les tenants et aboutissants de l’économie. Au fil de ces lectures, vous comprendrez, je l’espère, que le principe de concurrence libre et non faussée ne peut pas fonctionner, et qu’utiliser des éléments de microéconomie dans un problème de macroéconomie relève d’une erreur très grave de raisonnement. Le problème est que cette erreur de raisonnement et l’idéologie associée (le néo-libéralisme et le national-libéralisme) sont les théories les plus enseignées dans les écoles, les lycées, les universitaires, les instituts politiques ou les écoles d’administration et par conséquent les plus répandues, ce qui en fait une doxa. Doxa impliquant des décisions au détriment des citoyens. Car ces choix techniques ont un impact majeur et réel sur le monde.

Soit les choix d’économie et de société sont fait dans l’ignorance crasse des réalités du monde (privatisation des autoroutes, destruction progressive des trains régionaux, abandon des services publics), soit ils sont faits au contraire en toute connaissance de cause… Quoi qu’il en soit, dans tous les cas, ce sont les citoyens qui trinquent en assistant impuissants à la dégradation organisée des services publics. Au nom de quoi ? On l’ignore…

Petit exemple : il devient impossible de faire la moindre démarche ferroviaire, comme renouveler un abonnement, changer ou acheter un billet de train dans les petites gares de campagne, les guichets étant fermés le week-end, et ouverts en semaine aux heures de bureau (et encore…). Sans compter l’état des trains ou des voies.

Or, et on tend à l’oublier, les services publics sont en France les institutions garantes de l’égalité citoyenne sur tout le territoire: accès aux soins pour tous, droit à la mobilité pour tous, égalité de traitement, etc.
L’universitaire Christopher Lasch écrivait dans son ultime opus, la Révolte des Elites, que la principale menace envers la démocratie était «le déclin ou l’abandon des institutions publiques dans lesquelles les citoyens se rencontrent en égaux». Je pense que les cris d’alarme lancés par les différents corps de fonctionnaires en souffrance ou les actualités récentes (fermetures de maternités, de tribunaux, de centres des impôts etc.) devraient nous avertir de ce qui gronde, peut-être plus que les cris de colère des Gilets Jaunes.

En fin de compte, nos dirigeants et représentants élus, avec parfois la complicité de leur administration, donnent l’impression d’utiliser leurs postes pour brader le patrimoine commun et démanteler les services publics dans le but de servir des intérêts particuliers ou de classe, au détriment de l’intérêt général (en dépit du fait qu’ils ont été élus pour ça).

Et si j’en reviens à ma réflexion sur la loyauté, s’il devait s’avérer que les dirigeants de la haute administration bradaient le patrimoine stratégique national à des intérêts privés en remerciement de cadeaux (ce qu’un juge pourrait qualifier de haute trahison) ou dévoyaient leurs mandats pour servir leurs intérêts propres et non l’intérêt général, mon serment de loyauté prendrait alors un goût bien amer…

Je pleure, mais j’ai dit.

Les Évangiles et leur horreur reniée par la Voie maçonnique

J’entends d’ici les hurlements : « Ce titre est provocateur, sans aucun fondement, contraire à la Tradition » Et j’entends aussi tous les maçons qui dévorent les livres érudits sur les origines de la Franc-maçonnerie crier : « À l’imposteur ! depuis longtemps les historiens ont minutieusement détaillé toutes les origines bibliques qui, prouvent, sans discussion, que la Maçonnerie est bien fille de la culture judéo-chrétienne inscrite dans ces livres sacrés ». J’ai bien entendu et je parie, mon Frère, ma Sœur que tu es probablement un de ces croyants. Même si notre Frère à la pensée si profonde Jean Mourgues a déclaré : « La Franc-maçonnerie n’a pas d’histoire puisqu’elle est universelle ».

J’ajouterai, que dans sa lignée libérative, celle de demain,la Voie maçonnique s’est échappée des emprises culturelles vieillottes des livres dits « saints » Lesquelles ont eu et ont toujours des conséquences effrayantes sur nos croyances . Certaines d’entre elles ne sont toujours pas mises en examen, depuis la naissance de cette religion. Pas meilleures que dans d autres religions, parfois pires cependant. Des croyances, des a priori, des préjugés mais si arrangeants pour la nébuleuse doctrinaire et autoritaire des masses. Et si déculpabilisants !
Il est temps que je m’explique sur mon blasphème. Et pour cela je vais recourir à deux de mes concepts-clés 1) la nature-culture et )2 l’amourhaine. (J. Lacan avait formulé le mot hainamour bien avant que je ne le réinvente). Et, à chaque fois, bien sûr, je me resserrerai sur notre Voie Maçonnique. Je dégagerai ainsi ses gènes libertaires qui devraient – c’est mon avis- nous inspirer.

  • La nature et la culture.Les hominidés, par prétention, entre mille autres, biblique, se croient le centre du monde et se nomment l’ « humanité » . De ce fait ils confondent depuis toujours ce qui chez eux, ressortit à la nature et ce qui dépend de la culture qui habille cette nature. Quelques philosophes depuis l’Antiquité avaient pressenti cette confusion. Elle devint une croyance centrale à l’époque classique et particulièrement au siècle des Lumières : Une bonne éducation, de la conscience, de la raison, de la bonne volonté…bref de la vertu et le tour est joué pensait-on alors. Les Francs-Maçons en particulier qui n’ont guère suivi l’évolution culturelle de l’humain s’accrochent toujours à cette conception qu’ils considèrent comme une évidence., la fameuse Tradition. En outre, ils repoussent (je me rappelle les réactions outrées quand, dans les conférences, j’évoquais Freud et ses successeurs !) la puissance considérable de l’inconscient. Résultat : des valeurs et des principes dépassés et des interrogations, enfin, sur l’évolution de l’Ordre.

Cette confusion entre ce qui ressortit à la nature et ce qui tient à la culture nous a fait croire et écrire des bêtises, à mon sens. C’est ainsi que le support de notre voie initiatique est d’abord la Bible, livre sacré de beaucoup d’entre nous. Des historiens se sont échinés à interpréter et à réinterpréter les moindres détails qui trouveraient leur origine dans ces pages qui, à d’autres titres, sont effectivement un beau témoignage dépassé d’une période  de l’humanité..

Mais, en complément d’autres articles que j’écrirai sur les relations entre la chrétienté et la franc-maçonnerie, je vais centrer le propos sur un des problèmes majeurs, sinon  LE problème des hominidés : l’agressivité logée dans le complexe « amourhaine », une de nos spécificités animales. Il n’est pas une voie, religieuse, initiatique, occulte…qui ne propose, mezzo voce, sa vision de la chose innommable souvent, nécessaire pourtant. Je vais me limiter à la comparaison entre les Évangiles et la Voie maçonnique. Comment chacune d’entre elles, traite-t-elle, dans sa culture, cet « amour-haine » naturel ?Et je montrerai que dans cette comparaisons, à mon avis, les deux chemins religieux et initiatique sont radicalement différents. Quoiqu’en pensent les historiens patentés, aveuglés par leur propre culture chrétienne, même s’ils se déclarent athées. La cruauté chrétienne est annoncée dès les premières pages de la Bible quand Abraham, le père, s’apprête à sacrifier son fils Isaac. Blanc-seing pour les Évangiles comme nous allons l’examiner maintenant, en comparaison avec la doxa maçonnqie.

  • L’« amour-haine » selon les deux chemins

Commençons par la Voie maçonnique. La haine se déploie dans le meurtre perpétré par les trois « mauvais » compagnons . A priori ils vénèrent, s’ils n’aiment, Hiram Abi, Hiram le père que l’hagiographie maçonnique ne cesse de nous présenter comme un surhomme, modèle de vertu. Voilà pour l’amour. Mais ils sont dévorés comme beaucoup de mâles humains par ce que Daniel Béresniak appelait « la cratophilie », l’amour du pouvoir. Plus précisément le désir d’avoir plus que le voisin, à savoir les autres compagnons.  Les expériences, depuis 20 ans, montrent bien que l’humain est, en partie, mu par le désir d’avoir plus que son voisin qu’il estime comparable. La jalousie a désormais des preuves scientifiques mais je n’entre pas dans les détails sauf à préciser que, bien entendu, beaucoup prétendent qu’ils ne sont en aucune façon jaloux. Ce que démentent les actes des trois compagnons qui ont pour vocation, puisque nous sommes dans un mythe, d’être généralisables. En bref, ils tuent donc, non pas parce qu’ils détestent Hiram Abi, mais pour lui arracher un mot qui leur permettra d’avoir plus que les autres. Pas de ressort meurtrier au premier plan. C’est, je crois clair et simple.

C’est une toute autre histoire avec les Évangiles qui recèlent une des pires horreurs de l’histoire des hominidés. Le mélange amourhaine est d’une hypocrisie monstrueuse. En effet, après la description de la vie de Jésus, surtout dévolue au bien ; à l’amour donc, à l’exception près des marchands du temple, arrive la fin de l’Homme juste : Un florilège de tortures : le jugement, la flagellation, la couronne d’épines, la montée au calvaire et, l’abominable à hurler, la crucifixion de cet homme vivant. Raffinement des raffinements dans la cruauté : le sadisme à faire souffrir lentement, en déchirant les chairs.

Les plus curieux est que, dans notre société chrétienne, personne, à ma connaissance, ne semble s’être ému de cette abomination. Comme si cela, au fond, arrangeait et déculpabilisait chacun de la haine qu’il porte. Et personne ne dénonce l’entourloupe : si Jésus souffre atrocement dans ses chaires pantelantes et ruisselantes c’es par amour pour nous. En bref, allons-y, au nom de l’amour hypocrite, soyons cruels. On sait ce les conséquences d’une telle position  où l’amour est un vêtement de soie artificielle posée sur le désir noir de la cruauté. Tuer abominablement l’autre pour préserver la « pureté » de ses blanches intentions. Blanc-seing au racisme.  Le XXème siècle fut un chef d’œuvre des fresques abominables de la geste humaine. Il ne s’agit pas simplement de se débarrasser de son voisin, de son esclave, d’un peuple, d’une ethnie par convoitise mais du désir de faire souffrir.
Il est incroyable que cette évidence de la  jouissance sadique soit acceptée par les plus bigots et, généralement, par le peuple des bien-pensants, quasiment nous tous, et nos philosophes les plus incroyants, les premiers. Y trouvent-ils également leur jouissance intérieure ? Je le crois volontiers. Les Francs-maçons ne sont pas les derniers , en prêchant la tolérance des religions mais en occultant soigneusement l’horreur de la chair déchirée, au nom de l’amour, de Jésus.

Cette combinaisons amour-haine atteint, avec le christianisme,  une ampleur moins hurlante dans maintes autres religions. C’est le cœur en paix, que nous condamnons ceux qui, aujourd’hui, ne font que reprendre, dans leur idéologie, la cruauté de la torture. Quelles que soient les arguties des bien-pensants du genre : ‘il faut lire la crucifixion différemment ; c’est une autre époque ; c’est par amour pour le père… » Bonjour la mise en acte du complexe d’Œdipe !

Quelle morale personnelle ? une des plus grandes forfaitures humaines est passée sous silence car elle assouvit nos désirs les plus noirs et naturels. Les victimes mêmes (je songe aux juifs) n’y font guère allusion. La Voie maçonnique propose une autre lecture de l’amourhaine : Nous sommes tous capables de tuer pour avoir plu et nous l’admettons souvent en tenue. C’est paradoxalement un progrès sur l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. Mais, si je me rappelle bien le 9èmedegré du REAA ne préconise-t-il pas de chatouiller un peu les trois mauvais compagnons en leur coupant la tête et en l’exposant aux coins de la ville ?

La nature c’est l’amour-haine. La culture, c’est la cruauté ;Sauvons la Franc-maçonnerie ! Revenons aux fondamentaux naturels et abandonnons notre morne complaisance à la très pieuse crucifixion..

L’humour fait la gueule

Depuis quelques temps, nous observons que les standards de tolérance dans le domaine de l’humour sont en cours de révision à la baisse !

Comme il m’arrive souvent d’utiliser cet outil, j’en profite pour poser mes propres bases et définir mes propres règles. Cela me donnera une antériorité lorsque des esprits taquins viendront me chercher des noises pour quelques grivoiseries écrites ou quelques autres calembours douteux.

D’abord, définissons ce qu’on entend par humour. Selon le dictionnaire Larousse il est dit qu’il s’agit d’une « Forme d’esprit qui s’attache à souligner le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité ; marque de cet esprit dans un discours, un texte, un dessin, etc. »

En résumé, c’est faire le pas de côté, prendre du recul et créer ainsi un espace entre l’émotion d’une situation et la narration plus ou moins habile du conteur, de l’auteur ou du mime, enfin de l’artiste en somme.

Depuis toujours, nous nous esclaffions de rire aux blagues des Coluche, Desproges, Bedos, Devos, Robin, Bigard… et plus récemment de Benoist, Commandeur ou Tagbo. Tout était sujet, très librement, à un exercice d’étirement des zygomatiques. Même en Loge ou sur les parvis, on pouvait s’autoriser à un petit morceau de rigolade ou de transgression humoristique.

Mais voila, depuis quelques temps, les blagues, comme le beurre et le camembert sont frappés d’une date de péremption. Ce qui faisait rire depuis 30 ans, devient proscrit car provocateur. L’autocensure s’en mêle et le rire devient une activité fortement réglementée, nécessitant l’assistance permanente d’un avocat. Il m’a donc semblé utile de faire un constat et un point sur cet état de fait. Je propose d’ouvrir le débat afin qu’une résistance active s’organise pour ne pas laisser les adeptes de la vraie rigolade sombrer dans les abîmes du conformisme de l’Anglosphere et du politiquement correct, celui issu de la culture sans saveur et sans racine de l’Oncle Sam.

Lorsque Coluche nous dit à propos du viol de Monique : « Je l’ai pas violée. Pas plus que les autres. Et puis, violer c’est quand on veut pas. Moi, je voulais… », n’est-ce pas une provocation qui ressemble à une apologie du viol ? Cette provocation aurait conduit en 2019 le Sieur Colucci devant les tribunaux. C’est une blague du même style qui a valu à Bigard le 11 février dernier la vindicte de 1500 justiciers auprès du CSA. Voila qu’une blague vieille de 30 ans devient insupportable. La date de péremption des blagues non autorisées va bientôt devoir être apposée sur les génériques et autres pochettes. Par solidarité pour son « non ami de 30 ans », Muriel Robin enfonce le clou, elle explique : « être très engagée auprès des femmes battues et violées » elle dit que : « vis-à-vis de ces victimes, son devoir était de signer une pétition qui dit qu’on ne peut pas rire du viol ». C’est original comme démarche intellectuelle de la part d’une humoriste de profession. A quand un collectif de sénégalais qui attaque en justice Muriel Robin pour son célèbre sketch qui dit : « …Tous ces noirs d’un coup, d’un seul, t’as pas peur que ça fasse un peu deuil pour un mariage… ». Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il serait peut-être possible d’envisager que l’esclavage et le racisme anti-africains aient fait quelques victimes aussi, non ?

Par ailleurs, le côté récupération est à l’œuvre dans toute sa splendeur, car c’est occulter que la violence sexuelle n’est pas une exclusivité féminine, puisque les chiffres nous disent qu’en 2016, rien qu’en France, 580 000 femmes et 197 000 hommes de 20 à 69 ans ont été victimes de violences sexuelles[1]. Il serait donc utile d’éviter la désinformation et de parler de « victimes » au sens large, plutôt que de « femmes » pour présenter une fois de plus la femme comme un être sans défense qu’il conviendrait de sauvegarder avant sa disparition de la surface du globe.

Revenons aux blagues. Si les histoires juives deviennent une exclusivité juive, idem pour toutes les blagues communautaires ou encore celles considérées comme sexistes, de quoi allons-nous rire ? Si l’humour doit passer systématiquement par le préservatif du politiquement correct, que va t’il rester de la spontanéité qui en constitue l’essence ?

A force de polariser sur tous ces dangereux arabes et autres noirs qui « viennent manger le pain des français »[2], on a tout simplement oublié de verrouiller la porte de l’Ouest. On a ainsi laissé entrer par tous les trous et tous les canaux la culture américaine (quoi que ce mot de culture n’est peut-être pas très approprié). Comme le disait très justement Albert Einstein : « Les Etats-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence, sans jamais avoir connu la civilisation. » Nous craignions l’envahisseur Allemand, puis le Bolchévique, maintenant nous redoutons ceux du sud, mais personne ne voit venir celui qui vient de l’Ouest. Notre culture est désormais totalement colonisée. Nos standards musicaux, cinématographique, culinaires, vestimentaires, linguistiques… tout y passe. Sans y prendre garde, nous devenons les esclaves d’une pensée qui ne nourrit pas la notre.

Lorsque les critères de vie en société mutent peu à peu pour s’adapter à ceux de l’oncle Sam, il y a lieu de s’inquiéter fortement. Prendre des boucs émissaires pour des blagues qui ont pourtant fait rire nos grands parents et nos parents est une alerte qu’il faut entendre. Le danger de vient pas de la blague, mais bien de ce qui la rend désormais insupportable.

En résumé, certains se plaisent à citer Pierre Desproges lorsqu’il disait qu’ « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Selon moi, c’est totalement faux. Cela voudrait dire qu’avant de faire une blague, nous devrions nous enquérir de ceux qui l’écoutent ? Devrions-nous bientôt écrire des livres IKEA avec des pans entiers amovibles qu’on pourra supprimer ou rajouter si les idées ne sont pas supportables par tel ou tel lecteur suivant sa culture ou son histoire ? Tout cela est une folie qui va tous nous conduire tout droit à notre propre perte. L’humain se nourrit de ses différences et vouloir l’uniformiser, c’est le rendre vulnérable et promis à une disparition prochaine.

L’humour plus que tout autre art, doit pouvoir s’exercer auprès de tous les publics et toutes les communautés. Je ne revendique pas le droit à imposer des blagues douteuses à un public sensible durant des heures de grande écoute. Il suffit pour le programmeur de la chaîne de sélectionner l’humoriste suivant le profil de son public. Je revendique le droit à l’art, le droit à l’expression, le droit à la différence et surtout, le droit à la complémentarité humaine !

J’ai volontairement gardé pour la fin la recette magique qui permet de mettre tout le monde d’accord. La question de l’universalité de l’humour est un sophisme qu’il convient de lâcher au plus tôt. Le vrai problème est ailleurs, le souci principal n’est pas la nature de la blague, mais plutôt l’intention de son narrateur. Pourquoi Coluche pouvait-il parler ainsi des arabes selon vous ? Pourquoi Desproges pouvait-il démarrer son sketch par ces mots : « On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle ?

Vous pouvez rester. N’empêche que. On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi… »

Parce que l’un comme l’autre étaient dans l’humour dans ce qu’il a de plus intense, c’est-à dire que chacun comprend que l’intention de l’humoriste est à l’opposé des paroles qu’il prononce. A vouloir polir et formater notre humour, nous allons tomber dans un conformisme qui finira d’achever l’œuvre entreprise par le marchandisage de notre société. La prochaine fois que vous entendrez un humoriste, faites moi plaisir, lâchez les préjugez et connectez-vous à l’intention du narrateur, vous verrez qu’on n’entend plus du tout les blagues de la même manière. À tchao, bonsoir.

Franck Fouqueray

[1] Référence le Monde du 18 octobre 2017 : http://tinyurl.com/violencessexuelles2016

[2] Référence à Fernand Raynaud et son célèbre sketch « Le douanier »

Du rire maçonnique

J’étais en Loge hier soir, mais au théâtre. Oui, il m’arrive de sortir et même d’avoir une vie sociale, aussi étonnant que cela puisse paraître. Je suis allé écouter un jeune humoriste de stand-up. C’était intéressant, j’ai bien ri (ce qui est assez rare, je suis connu pour mon grand sérieux). Mais j’ai trouvé le texte, l’humour un peu gentillet.

En fait, l’humour devient plan-plan, trop gentil. On ne doit plus se moquer des « classes opprimées », paraît-il. Par classe opprimée, j’entends tout ce qui n’appartient pas à la catégorie des mâles, blancs, bourgeois, chrétiens, hétérosexuels, bref, tout ce qui n’est pas dans la classe des « mâles blancs dominants ». Ca en fait, du monde. Je précise que la demande ne vient pas forcément des « classes opprimées », mais plutôt des classes dominantes, qui s’estiment gardiennes de la bien-pensance ou encore arbitres des élégances. J’ai encore en mémoire un sketch de l’humoriste Stéphane Guillon à propos du handisport. Comme souvent, Stéphane Guillon a été voué aux gémonies par les gens bien-pensants et valides. Mais étrangement, les associations de handisport et les associations de handicapés ont plutôt apprécié qu’on se moque ainsi d’eux (on parle de relation de plaisanterie, en ethnologie, qui instaure un rapport d’égal à égal), plutôt que d’être considérées avec condescendance. Pour une fois que l’humour permet d’élever plutôt que de rabaisser !

Je trouve malheureux que désormais, il se soit constitué une police de la pensée, qui nous fait ressembler à la société américaine, ce qui n’est pas un compliment. Il ne faut pas se moquer de telle ou telle classe supposée opprimée par la classe dominante, au motif que ce serait « méchant ». Donc, plus de blagues sur les Belges (même si leurs médias ou leur vie politique ne nous aident pas), plus de blagues sur les handicapés (ça ne va pas plaire à un prof de maths que j’ai connu et qui qualifiait ses élèves de « trisomiques 20,9 » ou mon prof de sport en lycée qui qualifiait ma classe de « déficients mentaux »), et bien évidemment, plus de blagues sexistes. L’humoriste et homme de télévision Tex en sait quelque chose (i). On va proscrire aussi toutes les blagues sur les corps de métiers, les fonctionnaires, les communautés diverses et variées (qui n’appartiennent pas aux « mâles blancs dominants »), les politiques… En fait, on ne va garder que les blagues Carambar pour s’éviter les poursuites!

Le vrai secret serait plutôt de « rire avec », plutôt que « rire de ». Pierre Desproges l’avait bien compris, lui qui disait « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». D’ailleurs, à notre époque, je crains que Desproges ne soit censuré, frappé d’interdit ou mis à l’index par les gens bien-pensants-comme-il-faut. Et ne parlons pas de Coluche !

En fait, j’ai l’impression que l’humour est intimement lié à la morale, et que ce qui est humoristiquement acceptable dépend de la classe dominante, tout comme ce qui est moralement acceptable. Ce qui implique de facto une date de péremption de l’humour, ou plus précisément, une relativité de l’humour dépendant du contexte. Tout comme la morale, il n’existe pas d’humour absolu.

Malheureusement, je crains que l’on n’ait oublié quelques principes fondamentaux du rire : le rire provient toujours d’une chute, ainsi que l’a démontré Bergson dans ses écrits. On en a oublié aussi sa fonction cathartique. Le rire permet en effet de mettre le doigt sur la plaie. C’était d’ailleurs la fonction du Fou du roi : dire certaines vérités, parfois déplaisantes pour le pouvoir ou la cour, mais sans jamais être pris au sérieux. L’autre clé de l’humour réside dans l’interprétation. Si on prend la saillie d’un humoriste à la lettre (ce qui est aussi stupide de prendre un texte religieux à la lettre), bien sûr, il y a de quoi hurler. Il est paradoxal que dans une civilisation qui communique de plus en plus par l’image, on ne comprenne l’image que par la lettre, et sans l’esprit. Je ne puis m’empêcher de penser à une manifestation de la pulsion de mort, quand je vois les censeurs, moralistes et autres social justice warriors qui tentent d’empêcher quiconque de rire.

A y bien regarder, rire, c’est bouger, c’est remettre en cause l’ordre établi, c’est s’animer, c’est animer. Avoir de l’esprit, c’est analyser, détourner, décaler. Rire, c’est être libre ! Bref, tout ce que la pulsion de mort nous fait détester. J’en viens à penser que les censeurs et autres garants de moralité sont des gens qui n’aiment pas la vie, entièrement sous l’emprise de la pulsion de mort, vivant dans « l’attrait de l’inanimé ».

J’en viens à une question lancinante. Rire et Franc-maçonnerie sont-ils compatibles ? Un des Frères de Loge qui, ironie du sort, va plancher sur la question (même le Grand Architecte de l’Univers a de l’humour) m’a expliqué que non. J’adresse toute ma compassion à ce Frère qui m’a expliqué fort sérieusement qu’on ne venait pas en Loge pour rigoler…

Bien entendu, je ne suis pas d’accord. Ne dit-on pas à la fermeture des travaux « que la joie soit dans les cœurs » ? D’ailleurs, de grands humoristes ont été Francs-maçons : Pierre Dac, Achille Zavatta… Notre démarche de questionnement nous permet de mettre une certaine distance et ainsi de développer un certain sens de l’humour. Et le secret qui entoure nos travaux nous permet de parler librement, sans les foudres des censeurs en tout genre !

A propos d’humour, je me souviens ainsi de la dernière conversation que j’ai eue avec mon parrain. En lui passant un coup de fil, il m’avait dit être hospitalisé pour une batterie d’examens. Il m’avait dit en riant « moi qui n’avais plus vu un médecin depuis 40 ans, je suis en train de me rattraper ». Il est décédé quelques jours après…

En fait, l’humour est ce qui nous humanise, le rire aussi. Rire permet une mise à distance salutaire et même de prendre un peu de hauteur. Parfois, quand c’est bien fait, l’humour permet aussi de remettre en question l’ordre établi. Le rire provient toujours d’une chute, et donc sera au détriment de quelqu’un ou quelque chose. Celui qui fait rire ou qui rit aura donc une certaine responsabilité, mais comme la responsabilité est indissociable de la liberté, en fait, rire, c’est être libre !

Allez, n’oubliez pas cette morale : « faites l’humour, pas la guerre » (ii).

J’ai dit.

(i)-Tex a été congédié de France Télévisions après une blague jugée de mauvais goût : « Vous savez ce qu’on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? (…) On lui dit plus rien, on vient déjà de lui expliquer deux fois ! » Blague certes douteuse, qui met la lumière sur la violence faite aux femmes, mais sans nécessairement la cautionner…

(ii) -j’emprunte ce trait d’esprit à Marcel Gotlib, René Goscinny et bien évidemment Frédéric « Fred » Aristidès).

L’influence illusoire du pouvoir en Franc-maçonnerie

« La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. » Ainsi s’exprime Pascal dans ses célèbres pensées.

Si on se tourne maintenant vers le sens étymologique du mot pouvoir. On retrouve des réponses tel que : « désigne quelqu’un qui possède l’autorité, la puissance de faire quelque chose. » ou encore « Être responsable en quelque chose ». Tout cela nous parle dans le fond d’ascendant sur les autres et pourtant l’étymologie latine « posse » est intrinsèquement un verbe composé de potis sum « je suis maître de ». Or être Maître, n’est-ce pas ce que nous venons cultiver en Loge. Je ne parle évidement pas de contrôle mais bien de Maîtrise. Le contrôle c’est le pouvoir sur l’extérieur, alors que la maîtrise concerne l’intérieur. Le latin magister nous dit que c’est « celui qui commande, celui qui dirige » et diriger c’est bien une notion de sens. Or le sens ou la direction, c’est précisément ce que la géométrie sacrée de la Franc-maçonnerie nous enseigne. C’est grâce à elle que nous pouvons nous centrer et nous orienter vers la destination finale du même nom… l’Orient, qui devient pour l’occasion éternel.

En résumé, et pour en finir avec mon introduction, on peut certainement dire que « Le pouvoir c’est acquérir une puissance couronnée de sagesse, afin de devenir exemplaire pour animer les autres »

Le lieu où nous sommes ne permet pas les débats, les commentaires ou les éclats de rire, mais j’entends d’ici quelques sarcasmes et autres commentaires intérieurs. J’entends par exemple certaines petites voix susurrer : « Tout cela n’est que foutaise dans la pratique, car le Maître est généralement celui qui ordonne à l’esclave ». Ce n’est pas faux, Etienne de la Boétie avec son « Discours de la servitude volontaire », il y a 5 siècles, nous a dressé un portait toujours d’actualité des rapports abusifs du Maître, mais aussi et de la soumission du dominé.

Avouez quand même que sans la soumission complice des victimes, il ne peut plus y avoir de Maître abusif. Chacun sait que le renard est le prédateur des poules et pourtant en mars dernier, en Bretagne, on a pu lire dans la presse « Des poules prennent leur revanche et tuent un renard à coups de bec ». On peut certainement en déduire que lorsque les victimes se lèvent pour occuper leur vraie place, les Maîtres se ravisent et les relations changent. Sans vouloir nier le statut de certaines victimes du pouvoir abusif, il est intéressant de soulever un point qui est celui de l’acte d’indignation, si chère à Stéphane Hessel (à voir sur Youtube). Se tenir droit et devenir Maître ainsi d’un pouvoir qui n’aura jamais de prise sur celui qui ne baisse pas les yeux. L’Homme debout en somme ! A l’image de Nelson Mandela qui durant 27 ans de captivité cultiva la Sagesse et la Puissance.

Nous nous souvenons tous de l’expérience de Stanley Milgram en 1962, sur la soumission à l’autorité. A l’époque, 1000 personnes ont participé à une expérience médicale dont le thème annoncé était : « l’effet de la punition sur la mémoire ». Ils devaient administrer de 15 volts en 15 volts des décharges électriques à un autre participant assis dans une chaise « électrique » lorsque ce dernier commettait des erreurs dans ses réponses (à voir sur Youtube). En réalité, tout était truqué. Le but était de voir jusqu’où un individu sous l’emprise d’une autorité est capable de se soumettre à celle-ci, s’il la juge légitime et s’il n’a aucune responsabilité dans les conséquences. Le résultat fut effrayant. Sur 1000 individus comme vous et moi, 66 %, les 2/3, poussèrent le curseur de 450 volts. Une torture abominable pour les participants… s’ils n’avaient pas été eux aussi des comédiens complices de l’expérience. Vous me direz certainement que tout cela, c’était avant. Mais non, l’expérience à été reproduite en 2010 dans un studio TV avec l’animatrice Tania Young qui remplaçait le docteur Milgram en blouse blanche (à voir sur Youtube). Une horde de spectateurs écervelés stimulait les participants au jeu. L’expérience médicale était remplacée par un banal jeu TV. Depuis le temps qu’on remémore les génocides et autres tueries humaines, nous sommes tous devenus des êtres responsables. Pourtant, il y a moins de 10 ans de cela, 81 % des participants sont allés jusqu’à 450 Volts. 15% de soumission supplémentaire par rapport à 50 ans plus tôt.

Ainsi, la soumission au pouvoir sans conscience est une maladie mortelle et dangereuse du côté des victimes, car elle en fait de dangereux bourreaux par procuration. Comme l’a écrit le pasteur protestant Martin Niemöller, « Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes. »

J’affirme pour ma part que la complicité des participants sans conscience est le terreau de la dictature.

Reparlons maintenant du pouvoir en Franc-maçonnerie. Nous savons tous qu’il s’agit d’un simulacre de pouvoir. Il dure tout au plus 3 heures par mois pendant 3 an. Pourtant, une horde d’ambitieux se querellent pour savoir qui va se faire appeler Illustrissime Machin, Sérénissime Truc ou Très Respectable Bidule. J’ai l’habitude de dire que si on dote les dignitaires maçonniques de décors aussi lourds et puissants, c’est pour les lester afin que les leur orgueil ne les fasse pas s’envoler. Le problème c’est qu’après trois ans, ils ne veulent plus quitter leurs décors. C’est comme au football, il faudrait leur offrir à tous un ballon afin qu’ils n’aient plus à courir et ainsi, on se débarrasserait par la même occasion des supporters. Imaginez un instant, tout le monde ici serait sérénissime avec des guirlandes électriques et une crèche à roulette derrière pour faire office de traîne. Il n’y aurait plus bagarre, car tout le monde serait chef.

Le problème c’est qu’ensuite, tout le monde se battrait pour devenir Apprenti et il y aurait des compétitions pour savoir qui est le plus humble et qui possède le tablier le plus petit et le plus blanc. Avouons quand même que tout cela n’est pas très sérieux. Le rôle d’un dignitaire est justement d’être digne. Or la dignité c’est avant tout le respect, le principe selon lequel une personne ne doit jamais être traitée comme un objet ou comme un moyen. Cela signifie que le Grand Maître est à votre service et non au sien. Il n’est pas celui qui parle, mais celui qui écoute. Il n’est pas celui qui abuse ou qui favorise les abus, mais celui qui est juste et permet à chacun de grandir. Pour revenir aux pensées de Pascal, c’est justement celui qui est puissant et qui est juste. Ainsi, c’est celui qui travail sur lui-même et qui est censé représenter la Sagesse. Le philosophe américain Ralph Waldo Emerson avait une phrase que j’aime beaucoup « Qui tu es parle tellement fort que je n’entends pas ce que tu dis ». Il me semble justement que le dignitaire, quel qu’il soit, doit être avant tout dans son corps et dans son esprit, un fil à plomb guidé par l’amour fraternel.

Malheureusement, l’illusion du pouvoir l’emporte trop souvent et c’est justement là que se trouve la racine du mal de la Franc-maçonnerie. L’illusion et le monde des apparences sont les deux sources de notre perdition future si nous n’ouvrons pas les yeux.

Franck Fouqueray

Des agapes et des intolérants

J’étais en Loge hier soir, et comme très souvent, j’ai partagé les agapes avec mes camarades. Le terme dérive du repas pris en commun par les premiers chrétiens et a pour origine étymologique le terme grec ἀγάπη (amour au sens philanthropique). En un sens, les agapes sont similaires au banquet final qui clôt chaque aventure d’Astérix, où tout le monde se réconcilie après les dissensions (et bagarres) habituelles concernant la fraîcheur du poisson ou la tactique à adopter contre les Romains. Après avoir réfléchi sur des questions aussi cruciales que l’entrelacement du compas et de l’équerre ou avoir débattu des heures sur le montant de la cotisation annuelle avec de solides engueulades, il est toujours bon de se réconcilier autour d’un bon repas. Encore que le terme de bon soit discutable. Dans certains temples, il arrive que les agapes soit administrées par une structure de type restauration collective (avec la qualité gastronomique que cela implique) ou soient le résultat du travail d’un traiteur, avec menu unique. A l’inverse, dans la plupart des temples maçonniques, il existe une salle à manger avec une petite cuisine collective. Les Frères montent un pot commun et chacun amène quelque chose pour le repas, ce qui fait des agapes un vrai moment de partage. Nous mangeons quelque chose en commun. Dans certains rites, (rite Emulation), les agapes sont un élément structurant de la Tenue. On y a une pensée pour les absents, on se rappelle que d’autres souffrent de la faim, et on y dit les grâces, avant de procéder à la Chaîne d’Union.

Ainsi, quel que soit le rite, le repas est un élément fondamental dans la socialisation des Frères.

Et pourtant, je commence (hors agapes, s’entend) à observer un autre phénomène, induit par les effets de mode ou les phobies alimentaires : les phénomènes dits d’intolérance. Un terme qui donne de l’urticaire au Franc-maçon que je suis. Ben oui, la Franc-maçonnerie exige de tous la tolérance. Doit-elle être alimentaire? Ca vaudrait mieux.

Parmi les intolérances proclamées, il y a celle au gluten, cette substance présente dans le blé qui a les propriétés d’une colle (d’où le nom de gluten). Dans les intolérances au gluten, il convient de distinguer des autres intolérances celle de la maladie cœliaque, qui est une vraie maladie, reconnue, et diagnostiquée par un médecin. N’étant pas professionnel de la santé, je ne dirai rien sur la maladie cœliaque, si ce n’est qu’elle rend très complexe la vie quotidienne du patient. Par contre, les autres…

En fait, ce phénomène d’intolérance autoproclamée vient des Etats-unis, où les lobbies de l’alimentation créent d’abord un phénomène de peur alimentaire (e.g Pourquoi le blé nuit à votre santé, de William R. Davies) et comme par hasard, organisent une réponse aux craintes des consommateurs, sous forme de lignes de produits rassurants, bien évidemment plus onéreux, la santé n’ayant pas de prix.

Les craintes pour la santé, les craintes sur l’alimentation et l’ignorance véhiculée par Internet semblent catalyser des phénomènes de rumeur et enrichissent des charlatans. Pire, les rumeurs engendrent une défiance en France envers le corps médical. Ainsi, des sites de charlatans expliquent que les tests allergologiques français ne sont pas fiables et qu’il vaut mieux se baser sur des tests pratiqués à l’étranger. Tests non homologués en France, bien sûr.

Le problème est qu’un test médical doit être lu et interprété par un médecin, qui a la compétence pour le faire. En tout cas, plus qu’un quidam moyen n’ayant même pas un bac scientifique… A ce propos, j’ai pu remarquer que les intolérants, prêts à croire n’importe quel charlatan rejoignaient souvent la mouvance Antivax, parce que les vaccins, c’est dangereux! La preuve, c’est sur Internet!

A ce propos, une mère a récemment été condamnée pour avoir tué son bébé (i). Elle avait décidé (sans avis médical) que son bébé était intolérant au lactose et ne l’alimentait pas comme il le fallait. Le nourrisson en est mort. L’ignorance tue. Littéralement. La bêtise aussi.

De manière plus générale, j’ai le sentiment que l’intolérance alimentaire supposée (ou autoproclamée) constitue une marque d’appartenance au groupe social des Bobos -déjà tellement moqués ou conspués, mais aussi enviés- tout comme nos signes, paroles ou attouchements de Francs-maçons. J’ai l’impression qu’avoir une intolérance alimentaire (hors cas médical avéré) est avoir la maladie à la mode, la maladie «branchée». C’est avoir le petit supplément qui fait entrer dans le club fermé des gens selects du moment.

En allant plus loin, je pense que l’on peut faire un parallèle avec les observations de Freud dans Totem et Tabou. J’ai l’impression que cette classe intellectuellement favorisée s’organise en groupe totémique. Ils se créent un aliment interdit (ou tabou) qu’ils s’interdisent de consommer et auquel ils attribuent des vertus ou des malédictions, bref, des pouvoirs magiques, comme dans les tribus primitives. J’en viens à me demander si à force de refouler des vieux réflexes de civilisation, ceux-ci ne reviennent pas sous la forme de pseudo-intolérances alimentaires, non seulement pour marquer l’appartenance à un groupe, mais aussi pour se créer une forme de religion totémique, qui serait elle-même une forme de spiritualité. Peut-être est-ce là la recherche d’un réenchantement du monde, par l’attribution de Mana à une céréale, une protéine, ou quoi que ce soit d’autre?

En attendant, la mode du sans gluten m’a permis de découvrir d’autres farines et de revisiter mes recettes favorites. Les cakes à la farine de châtaigne ou de riz ont leur petit succès aux Agapes. Surtout avec un bon fromage fermier bio, sans antibiotiques (ce qui convient à mon allergie aux pénicillines -constatée et diagnostiquée par un médecin).

J’ai dit.

(i)

Voir ici: https://www.francetvinfo.fr/sante/alimentation/belgique-un-bebe-est-mort-apres-avoir-ete-nourri-au-lait-vegetal_2194899.html

Levons le voile et fichons la paix aux femmes!

J’étais en Loge hier soir et nous avons évoqué la mise sur le marché du nouveau produit d’un fabricant d’articles de sport: un hidjab de course à pied (je me refuse à écrire running, en grand conservateur de la langue française que je suis). Evidemment, toute l’intelligentsia médiatique a poussé les cris d’orfraie de circonstance: guerre de civilisation, grand remplacement, offensive de religieux mahométans et tout le bazar. Rien de bien nouveau, en somme.
Une chose m’a cependant intrigué: pas une seule fois, je n’ai lu, vu ou entendu un point de vue féminin sur la question. Dommage, il eût été intéressant d’avoir l’avis des premières concernées. Peut-être auraient-elles expliqué qu’elles n’ont pas le choix et que pour être tranquilles, elles sont contraintes d’une manière ou d’une autre de se couvrir. La contrainte venant bien évidemment des hommes, qui bien entendu sont victimes de la tentation et de la chair que représente la femme coupable d’être tout simplement.

Comme toujours, les hommes imposent aux femmes leurs comportements et la tenue vestimentaire qui leur convient. Dans les cités ou les banlieues tenues par les communautés religieuses, le plus souvent musulmanes (parce que le phénomène existe aussi dans les beaux quartiers tenus par les catholiques), dès qu’une femme sort de chez elle, elle est vilipendée, insultée, agressée, battue, parfois tuée parce que sa tenue ne plaît pas aux mâles. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le voile devient l’instrument de leur liberté. Liberté de sortir, liberté de circuler, liberté de courir…

Notre culture humaniste ne peut bien évidemment pas tolérer ça, dans la mesure où nous l’interprétons comme un avatar de communautarisme. Mais nous en oublions le vrai problème: malgré toutes les avancées en matière de droit (qui sont sans cesse remises en question par les intégristes de tout bord), les femmes ne sont pas libres de faire ce qu’elles veulent dans notre pays, et rien n’est fait pour leur donner les moyens de s’émanciper dans certains territoires.

Notre attachement à la laïcité nous incite à nous méfier, souvent à juste titre de vêtement que nous prenons pour des symboles interprétés comme une tentative de prise de territoire. Ainsi, le hidjab est présenté comme une offensive d’invasion d’une communauté refusant nos valeurs républicaines. Certes. Mais dans le cas du hidjab de course à pied, si la grande enseigne le commercialise, c’est qu’il y a une demande de la clientèle. Les hommes pour voiler leurs femmes? Ou bien les femmes pour avoir le droit de courir sans risquer de se faire harceler (sachant qu’une femme voilée sera enquiquinée parce qu’elle sera voilée mais harcelée aussi si elle ne porte pas le voile…) ?
Peut-être se trompe-t-on de combat : l’adversaire n’est pas forcément l’enseigne, mais bien le repli communautaire, suffisamment installé pour faire commercialiser ce produit, repli lui-même orchestré par des « prêtres ascétiques », ceux décrits par Nietzsche dans sa Généalogie de la Morale, en général minoritaires mais qui veulent imposer au reste du monde leur vision de leur vérité. Et toutes les religions sont concernées par ce type d’individus. 

Certains disent que le voile est dangereux. Je ne puis qu’être d’accord, surtout en repensant à l’accident qui a coûté la vie à la danseuse Isadora Duncan… Mais ce qui est dangereux, c’est le repli communautaire, qui naît des inégalités territoriales, et qui est aggravé par l’ignorance entretenue par les institutions dévoyées, ignorance menant tout droit au fanatisme et à l’ambition démesurée. Les trois fameux Mauvais Compagnons, que tout Maître Maçon se doit de combattre et de pourchasser. Commençons déjà par combattre notre propre ignorance en ouvrant les yeux sur le monde qui nous entoure. La lucidité nous ramènera au discernement nécessaire.

Dans le fond, je rirais de ces polémiques si je ne savais pas qu’une femme n’était pas tuée toutes les 48 heures sous les coups d’un homme violent. Au delà de la polémique sur un couvre-chef, le problème est là, et bien là. Une violence dont les pouvoirs publics se rendent complices en ne donnant pas un moyen d’hébergement lors d’un dépôt de plainte par exemple, ou lors d’un rendu de décision . administrative, comme dans l’affaire Aïda, au Mans (https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-03-janvier-2019). Cette triste affaire montre quelle place notre société fait aux femmes, et plus particulièrement aux femmes victimes de la violence. Pire, nos institutions semblent rendre (dans le cas d’Aïda) les femmes responsables de leurs malheurs.

Avant de donner des leçons de laïcité vestimentaire, je crois qu’il faut avant tout protéger les droits des femmes, comme le droit de circuler sans se faire enquiquiner par des mâles en rut, des obsédés ou des pervers.

Freud expliquait que le principe de base de la civilisation est le contrôle des pulsions (ou refoulement pulsionnel), et j’ai bien l’impression, quand je vois mes semblables, que nous régressons, à moins que le problème n’ait toujours existé chez nous et qu’il soit plus visible maintenant que la parole se libère…

Dans un vieux rituel, il est écrit que «la civilisation n’est que partiellement civilisée». Nos ancêtres avaient plutôt bien cerné le problème. Le but de la Franc-maçonnerie est de réaliser la concorde universelle, et chaque jour nous montre combien la tâche est ardue, surtout quand on se déchire pour un morceau de tissu sur lequel on étend des valeurs qui ne sont que des tentatives d’appropriation de territoire. La seule arme que nous ayons étant notre exemplarité, je crois important de rappeler au civisme dans la cité, et que tous, Frères commes Soeurs, restent vigilants sur les droits des femmes.

Dans le fond, ces polémiques ne sont qu’une vaste tartufferie de la gent masculine. Molière l’avait si bien mis en mots:

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

On en oublie la suite, très édifiante, qui n’a pas pris une ride, la réponse de Dorine à Tartuffe:

Vous êtes donc bien tendre à la tentation ;

Et la chair sur vos sens fait grande impression !

Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :

Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte :

Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,

Que toute votre peau ne me tenterait pas.

En d’autres termes, le problème ne vient pas des femmes, mais bien des hommes…

J’ai dit.

L’art Royal

L’alchimie est la pratique de l’Art Royal. Pourquoi le dit-on Royal ? Parce que les alchimistes du moyen âge cherchaient dans l’opération alchimique, l’obtention ou la naissance du Regulus, ou petit roi, germe de la pierre philosophale, enfant du mariage symbolique du Soleil et de la Lune.

Cette union symbolique des deux pôles, on la retrouve dans les noces chymiques de Christian Rosenkreutz. Elle figure le mariage intime des deux matières, c’est à dire du Soleil et de la Lune, du masculin et du féminin sacrés et sur un plan concret opératif, l’union de Mars et de Vénus. Cette union pour les alchimistes, aboutira à la production d’un petit roi ou Regulus, et qui donnera naissance au processus de l’Art Royal.

L’alchimie est plus un art qu’une technique. Elle est l’art de l’amour, art hermétique, sublimé par l’observation respectueuse et pénétrante du vivant.

Pénétrante, car il est une force qui pénètre tout ce qui vit et dans laquelle toute vie, toute matière trouve l’aliment qui lui est propre. La chimie, qui s’intéresse aux processus est exotérique, lors que l’alchimie, d’essence spirituelle, est ésotérique et hermétique.

Pratiquer l’alchimie, c’est mettre en œuvre ce merveilleux dessein qui consiste à extraire de toute matière, minérale, animale ou végétale, le principe de vie, l’étincelle divine au cœur de toute chose. Une fois la matière dissoute, elle est coagulée de façon subtile en une autre forme, qui lui donne un autre aspect et fait d’elle un organisme vivant participant à l’Œuvre divin. Car ce qui anime subtilement la matière, c’est l’étincelle d’esprit qu’elle recèle.

Du monde minéral au monde spirituel, l’apparente dureté des formes ou la subtilité de l’être n’est qu’une question de dosage ; dosage de l’étincelle divine, qui enlumine le minéral ou illumine l’esprit, sur une échelle progressive qui va du gris foncé au blanc étincelant. Cela les alchimistes le savent et mettent en œuvre le principe du solve coagula, pour dissoudre et recréer sans cesse ; pour modifier, grâce à la loi des correspondances, les dosages d’esprit et de matière, à l’intérieur du monde des formes par l’action du soufre, du mercure et du sel, c’est à dire de l’esprit, du corps et de l’âme du monde. Les alchimistes appliquent cette action aux formes subtiles, comme aux formes grossières, à l’esprit, comme à la pierre.

L’alchimie est ainsi un dialogue permanent du vivant avec le vivant. Elle dissout et recompose la matière après lui avoir fait subir une série de purifications. Elle effectue ce processus autant de fois que nécessaire jusqu’à obtention d’une substance qui reflète l’équilibre le plus parfait entre matière et esprit : la pierre philosophale.

Ainsi, la connaissance alchimique est-elle la capacité à faire vibrer notre être en harmonie l’être qu’on désire contacter ou connaître, qu’il s’agisse d’un être minéral, végétal, animal ou encore humain. L’alchimiste insuffle l’esprit dans la matière, que ce soit le corps minéral grossier d’une pierre brute, ou le corps astral d’un être humain. C’est pourquoi en alchimie, l’oratoire, n’est jamais loin du laboratoire.

L’alchimiste est donc conduit au travers de sa pratique à porter un autre regard sur la nature afin de « Délivrer l’esprit par la matière et délivrer la matière par l’esprit ».

Mais comment pratiquer l’alchimie demande le disciple ? C’est très simple lui répond le Maître : « Regarde la nature. Tu me dis que tu la connais déjà, que tu la regardes chaque matin par ta fenêtre, en te promenant dans la forêt, ou dans ton jardin… Non. C’est autre chose que je te demande. Lorsque tu ouvres ta fenêtre le matin, regarde les arbres sans cligner des yeux. Tu ne penseras à rien d’autre qu’à garder les yeux ouverts sans que tes paupières ne cherchent à faire concurrence aux ailes des papillons. Ainsi, tu évacueras les perturbations du mental.

Au bout de quelques temps, une minute complète parfois, une éternité ! Tu verras se dessiner autour des arbres comme un halo subtil. Puis peu à peu, quand les larmes commenceront à couler, tu ne te contenteras plus de voir ce halo, tu verras progressivement se dégager de chaque plante, de chaque brin d’herbe, comme une aura d’énergie subtile qui fera monter vers toi toute la force de la terre. Et cette aura se mêlant à la tienne, tu ne distingueras bientôt plus les formes pour n’en retenir que la vie. Cette force vibrante, colossale, qui élèvera bientôt les vibrations de ton corps jusqu’au point central de la Création, tu la garderas en toi, et lorsque dans ton laboratoire tu procèderas à l’Opération, tu remercieras sans cesse le Créateur de te faire accéder avec autant de simplicité au principe vivant de toute chose.

C’est ainsi que toute opération, tu ne pourras conclure que par une prière ; une prière à l’âme du monde, prière au principe vibratoire de toute chose, à la Force sacrée de l’univers qui dynamise et ordonne toute Création en insufflant son feu divin à travers la matière et les âmes.

C’est pour cela que tu ne pourras distinguer en leur essence l’alchimie opérative, voie humide ou voie sèche, de l’alchimie spirituelle ou voie brève qui est le principe même de toute initiation ».

Ainsi parle le Maître à son disciple, car avant de savoir, il s’agit de percevoir…

Dans le règne minéral, la pierre philosophale transmute le plomb en or, dans le règne végétal elle accélère la fabrication des élixirs et sur le plan humain elle devient de feu, par lequel la nature spirituelle se renouvelle.

De façon similaire à la franc-maçonnerie, l’alchimie aborde les phénomènes de l’intérieur vers l’extérieur, donc de l’essence vers l’apparence formelle.

Ainsi, Art royal et franc-maçonnerie fusionnent-ils totalement en leur principe. Oswald Wirth auteur, entre autres d’un ouvrage consacré à l’Art Royal, définit la mission de la Franc-maçonnerie comme rejoignant pleinement la cohérence alchimique au travers de l’alchimie spirituelle.

Initiation donc, et travail ; travail sur la Connaissance avec des outils symboliques, et travail sur soi qui est méditation, travail sur les éléments et l’alchimie intime du corps spirituel, qui est alchimie du feu céleste.

Ora et labora, Prie et travaille, devise des premiers alchimistes mais également règle de vie des bénédictins, dont ceux-ci n’ont sans doute pas la paternité. Qu’on soit ou non dans la foi, qu’il s’agisse de prière d’initié ou de méditation, le travail sur soi est incontournable pour faire fructifier les germes que l’initiation a jetés en nous.

Notre rituel d’initiation fourmille de symboles alchimiques. Regardons simplement le cabinet de réflexion, qui réunit les trois principes alchimiques de base que sont le Soufre, symbole de l’esprit, le Sel, symbole de la Sagesse et de la Science, et le mercure sous la forme du coq, attribut d’Hermès.

Vous n’approchez pas la pratique de l’Art Royal. Vous êtes en plein dedans, dès que vous entrez en loge. N’avez-vous pas entendu dire ici et là aux agapes, ou lors d’une discussion que notre rituel est magique ? Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Un premier travail peut consister à allier fructueusement connaissance et symboles. Les symboles sont les portes que nous ouvre l’initiation pour aller vers notre être intérieur autrement dit, pour bâtir notre temple intérieur et réaliser en nous la quintessence des éléments, l’or alchimique de notre âme.

La Franc-maçonnerie symbolique et tout particulièrement la Franc-maçonnerie Egyptienne met pour cela à notre disposition tout une panoplie d’outils. En étudiant simplement ce que nous apportent ces outils, sans même aller chercher ailleurs, il y a là le travail de tout une vie. C’est pourquoi il est couramment admis que toute l’essence du travail initiatique est accessible à travers les trois premiers degrés de la franc-maçonnerie, qui matérialisent l’Œuvre tout entier. Mais encore faut-il ouvrir les yeux pour voir et devenir conscient du trésor qui est devant nous.

Tout d’abord le rituel. Le rituel de Memphis-Misraïm a une valeur alchimique certaine. Je ne ferai pas ici pour vous le travail, car chaque travail est unique et délivre au cherchant les messages qui correspondent à sa quête. D’où le sens de « ora et labora ».

Parmi les outils que la franc-maçonnerie met à notre disposition, il y a aussi, bien naturellement nos outils, l’équerre, le compas, la règle, pour ne citer qu’eux et le travail symbolique que le maçon effectue avec ces outils. Le maçon qui travaille chaque jour son être intérieur n’est pas en franc-maçonnerie spéculative. Affirmer qu’on ne doit demeurer que spéculatif c’est accepter d’ânonner comme de bons élèves, la science des ignorants. La Franc-maçonnerie symbolique est initiatique. C’est à dire qu’elle participe à la création du temple intérieur, à l’épuration de ses lignes. De spéculative, pour le maçon qui travaille, elle devient pleinement opérative, par la pratique de l’Art Royal, de l’alchimie subtile, qui transforme ainsi l’or des bâtisseurs en or du temps, intégré à notre âme.