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Le symbole, c’est quoi? Pour quoi faire?

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   Marathonas, 13 septembre 490 avant Jésus-Christ. Les Grecs, inférieurs en nombre,  viennent de vaincre les Perses, au cours d’une bataille matinale,  héroïque et féroce. Le vaillant guerrier Philippidès, couvert de sang et de sueur, après 42 kms de course à travers la province de l’Attique,  apporte la grande nouvelle aux  Sages du Temple d’Athènes. A sa sortie, au soleil couchant qui illumine le parvis, la foule exaltée le porte en triomphe, mais épuisé par l’épreuve, il s’effondre soudain,  raide mort. Une légende…et un sport d’endurance,  naissent  à cet instant!

Sur la colline caillouteuse d’Agios surplombant la grande Cité hellénique et la mer Egée au loin, un paysan assis sur un tronc d’arbre – indifférent aux clameurs de victoire qui montent jusqu’à lui – surveille ses chèvres, égayées dans les maigres buissons en contre bas. Alors que le jour décline, il peine  à  distinguer chaque tête. Comme d’habitude à cette heure,  le maître siffle entre ses dents et le chien à ses pieds, bondit,  puis en zigzaguant, rassemble le troupeau. Plus ou moins dociles aux aboiements,  les bêtes regrimpent  la pente, et finissent par pénétrer, l’une derrière l’autre, dans leur abri de pierres pour la nuit.

Mais comment être sûr que tout son bétail est bien rentré, alors qu’il ne sait pas compter? N’a-t-il déjà perdu plusieurs cabris indisciplinés et récupérés par son voisin?! C’est en voyant la multitude de cailloux  sur le sol  aride alentour, que le berger a une idée, appliquée dès le lendemain. Il en rassemble des petits, autant qu’il possède d’animaux. Et chaque soir, il lui suffit de déplacer un caillou  par  chèvre, qui rentre dans la bergerie : tous les cailloux formant à la fin un nouveau tas, il s’assure ainsi,  que chaque bête a  regagné l’étable !

A leur insu,  les deux grecs antiques font partie des « inventeurs »  de ce que l’on appelle aujourd’hui le symbole. La course du guerrier, qui deviendra légendaire,  représente le courage  et les cailloux du berger, ancêtres du calcul,  figurent astucieusement ses  moutons et chèvres : de la sorte, une circonstance exceptionnelle  symbolise ici une vertu  et un objet banal en exprime un autre.

Les routes du symbole

Le bassin méditerranéen, s’il est le creuset de notre socioculture gréco-judéo-chrétienne, n’est pas le nombril du monde et n’a pas, bien entendu, l’exclusivité du symbolisme !. Ce phénomène, au vrai universel,   perdure aujourd’hui  du fait de la pensée abstraite et analogique, toujours caractéristique du cerveau humain des années 2000.

 Pour ce qui nous concerne, le symbole est en soi « le moteur maçonnique », au sens où, dans l’exercice de l’Art Royal, il est la locomotive d’un train composé de mythes, légendes, allégories, attributs, métaphores, etc. Il n’est donc pas inutile d’observer le mécanisme de cette force motrice, qui constitue précisément,   la « méthode symbolique ». 

Dès son origine, l’hominidé a  vite établi une relation entre sa personne et la nature. Le spectacle des quatre éléments en action, air, eau, terre, feu,  et des astres soleil,  lune, planètes, étoiles,  a  sans doute favorisé  ses premières « projections mentales ». Par associations d’idées, puisque ainsi fonctionne déjà  son esprit. En témoignent des « pré-écritures » de notre lointain cousin, l’homme de Néandertal, sous forme de signes évocateurs découverts sur des roches et des os incisés,  datant  de quelque 50 000 ans.  Le symbole exprime déjà l’une de ses singularités premières : l’économie de moyens pour transmettre du sens. 

On retrouve ce principe dans  les hiéroglyphes égyptiens et  les idéogrammes chinois et japonais, caractères graphiques, dont le dessin exprime directement  une idée ou un objet.   C’est en Mésopotamie, il y a cinq millénaires, que serait apparue une véritable écriture –  une combinaison de signes –  sur des tablettes d’argile.

Au fil des siècles, au gré des croyances et attributions,  une codification symbolique des principales figures géométriques s’est imposée dans l’esprit de l’homo sapiens occidental : le cercle a symbolisé la création, l’infini, le cycle des saisons, le temps, puis encore, la plénitude,  l’harmonie, l’amour. Le carré représente la perfection, la rectitude, la force, la solidité, la maison, la famille, la protection. La croix indique la verticalité (l’homme debout, la reliance au divin) et l’horizontalité (l’homme relationnel, le chemin de l’autre), l’union des contraires, les quatre points cardinaux, le christianisme. Le triangle, pour sa part,  suggère le feu, l’intelligence, l’ambition, le travail, le principe créateur.   L’étoile est à la fois,  le guide céleste et, avec cinq branches, le schéma  dans lequel s’inscrit l’homme, créature cosmique. L’ondulation, enfin, marque les fluctuations de la  disposition affective,  le désir, le tempérament, la flamme intérieure, la force vitale. Autant d’élaboration  et  non de vérités premières !

La psychanalyse, lorsqu’elle s’est avancée sur cette scène de l’interprétation symbolique,   a pu avec Carl Jung, former l’hypothèse « d’images primordiales », par lui qualifiées « d’archétypes » (symboles primitifs invariants)  qui composerait un inconscient collectif traversant le temps.  Il serait en fait,  à partir de signes référents, un immense réservoir de similitudes, sans cesse sollicité, l’homme étant un être d’imitation et donc, de répétition. Le praticien est attentif à la description  des rêves de ses patients. Ils lui décrivent souvent des créatures fantasmatiques, tels le dragon vert ou le cheval  blanc ailé. Pour l’analyste, le dragon représenterait l’énergie vitale mais aussi l’esprit du mal, l’inconscient et ses pulsions. Le cheval ailé suggèrerait la puissance, le désir, l’intuition, la domination, la pureté aussi. Jung s’intéresse également  aux mandalas des moines bouddhistes, qui symbolisent l’univers et  l’humilité…puisque ces compositions harmonieuses et sophistiquées, réalisées sur le sol à partir de poudres colorées,  sont effacées après quelques heures de  leur contemplation méditative. 

Freud, pour sa part, reste centré  sur l’inconscient individuel. Vient ensuite seulement  la relation entre  les  êtres et les objets, entre autres par le biais des rêves.  (Exemples : l’automobile assimilée au ventre maternel, ou l’épée au phallus).  Au vrai,  le concepteur de la psychanalyse s’intéresse davantage aux « rapports symboliques » qu’aux symboles en tant que tels. Pour lui, le sens à trouver prime sur la douleur organique. C’est à dire qu’il prend de préférence en compte  le « pourquoi » de l’être, ici et maintenant,  par l’écoute (du contenu de  son langage verbal et corporel)  plutôt que son « comment »  (la manifestation physique de  ses symptômes). Au vrai, scientifique concret, il  veut rester étranger  à toute transcendance. Il paraît se méfier de l’hypothèse d’un inconscient collectif et de la notion d’images primordiales, qui ont pour lui une résonance déiste, voire religieuse. 

Comment ça marche ?

L’intérêt de Freud pour le langage conduit ici à prendre le symbole…au mot !  Nous vivons au milieu de signes figuratifs et de signes-objets, nous indiquant le rôle représentatif du symbole – au sens  premier de « sumbollein », unir, assembler –  et dans l’acception même des mots, latin symbolum et grec symbolon (objet coupé en deux matérialisant un signe de reconnaissance pour les porteurs des deux fragments à rapprocher). Dans l’antiquité, les deux morceaux juxtaposables d’une pierre, d’une poterie ( dite « tessère d’hospitalité », prouvant une bonne entente entre deux hôtes), d’un os cassé,  pouvaient  ainsi correspondre  chacun à la moitié d’un terrain,  donné en héritage par un père à ses deux enfants. En l’espèce,  le mot « terrain » nomme la chose (signifiant) et son « symbole », matérialisé par  les deux fragments,  indique, sans mots prononcés mais sous-entendus (signifiés) à la fois, et entre autres,  l’historique familial, l’image parentale, l’héritage, sa transmission. La preuve de cette propriété,  disons « le contrat », étant constitué par le rapprochement  parfait   des deux parties du même objet, pierre, poterie, os. Nous constatons avec cet exemple  que le signifié, par son déploiement descriptif possible, « déborde » largement le signifiant. Il y a ainsi économie, condensation de mots, certes, mais pas du tout abolition,  au profit  du mystère, voire du divin!

En effet, si le signifié du symbole équivaut à un « non-formulé »,   un non-dit, tous les mots composant  l’histoire en cause (donc le signifiant également !) existent bel et bien : ils sont stockés et dans la pensée des deux frères, en fonction du vocabulaire qu’ils ont  reçu ou acquis et « engrangé » dans leur vie.   Chacun de nous est pétri de ces mots. Notre chair, notre intellect sont mots. En cela, venant des autres, nous sommes à la fois  nous-mêmes…et ces autres !

 Dans le passé, le paranormal, entre autres,  l’occultisme et le magisme – en pénétrant pendant quelques décennies  la franc-maçonnerie spéculative – a bien tenté d’imposer une dimension métaphysique, voire d’assigner un pouvoir « non-humain », donc surnaturel,  au mécanisme symbolique !  Certes, chaque maçon a toujours été libre de « vivre le symbole » à sa façon. Et encore aujourd’hui, bien heureusement, à travers les divers rites en activité, avec ou sans le Grand Architecte de l’Univers comme référence ! Mais  il serait toutefois dommage qu’il ignore ou rejette les remarquables avancées des sciences humaines, (anthropologie, psychanalyse, psychologie, sociologie, linguistique, etc) dans le domaine de l’abstraction.  Tout en respectant les croyances et sensibilités individuelles, ces disciplines ont, avec bonheur,   repositionné la raison  –  parfois fâcheusement écartée ! – dans l’approche du symbole.

 Le symbolisme maçonnique, traditionnel et initiatique par nature, puisque tels sont les critères de l’Art Royal spéculatif, n’échappe pas  aux deux  caractéristiques essentielles, qui  définissent tout symbole, quel qu’il soit.

1. La première semblera paradoxale : en effet, on peut dire que le symbole… n’existe pas en soi, au sens  où c’est nous qui donnons une signification à une entité figurant autre chose qu’elle-même :  un objet ou une représentation inerte, une couleur, un son, un geste, un logo, une image, un texte, une marque, etc, par simple projection mentale, puisqu’il nous est donné,  de disposer d’une pensée abstraite. De la sorte, il s’agit d’une « opération symbolique » propre à notre cerveau, qui fonctionne par association d’idées et analogie. Le symbole étant le résultat de cette opération. L’équerre et le compas entrelacés, décrétés symboles par la franc-maçonnerie universelle, sont d’abord… quatre morceaux de bois, assemblés en forme d’outils, et prenant le sens que leur a donné les francs-maçons  :  la représentation abstraite de la terre et du ciel.

2. La seconde caractéristique veut que toute signification au symbole,  corresponde toujours à un contexte donné, à partir duquel il doit être décodé.   Pour exemple, citons la sinistre croix gammée, symbole de puissance exterminatrice pour les nazis, et par contre-coup,   symbole  d’horreur absolue pour leurs victimes  pendant la dernière guerre mondiale. Elle  était dans le même temps et l’est demeuré, un symbole d’amour et de bonheur sous le nom de svastika aux Indes ! Selon  ce principe contextuel, nous sommes par avance informés que les symboles maçonniques,  outils de la construction ou représentations illustrant les légendes du bienveillant Art Royal,  ne peuvent que véhiculer des valeurs positives.   

Le mot et la chose

Le symbole, c’est d’abord le constat d’une… absence qui devient une présence par défaut. En effet, puisque, lors de « l’exercice symbolique », une chose en représente une autre ou d’autres, d’évidence il en manque une ou plusieurs, qui est ou sont suggérées! Lorsqu’en fin d’agapes,  les francs-maçons entonnent parfois « Le temps des cerises », surgit devant leurs yeux,  l’image poétique de « pendants d’oreilles » Et ils vivent ensemble, pendant quelques  instants d’émotion,  le bonheur d’une époque disparue et… ressuscitée, par le  biais du symbole sonore !

Nous sommes soi-disant  rationnels mais au vrai fascinés par l’irrationnalité des fables bibliques, templières, alchimiques, des fictions égyptiennes, des légendes compagnonniques et maçonniques, véritable bain de jouvence pour notre imaginaire avide. L’homme, en plus de ses besoins physiques fondamentaux, boire, manger, se reproduire, en  éprouve un autre, très particulier.  Au vrai, davantage qu’un besoin,  il ressent  le désir, l’envie de croire, donc de  rêver et d’entendre des récits fondateurs. C’est à dire, à partir de ce « sentiment de reliance » de mettre la vie en mots, en contes et en abstraction, pour se créer une mythologie personnelle.

 Lorsque l’imagerie  nous renvoie  à Adam, que découvre-t-on ? l’homme originel n’a pas  de nombril : il ne s’est pas créé lui-même !  De la sorte,  depuis la genèse décrite par la Bible, les successions humaines,  par définition,  se reproduisent…mais  ne cessent de se poser  la question de leur créateur initial. Pour dépasser ce mystère, elles ont d’abord inventé des divinités génitrices, puis du polythéisme sont passées au monothéisme avec les religions du Livre. Autant de symboles « compensateurs » pour apaiser leur angoisse existentielle. L’homme moderne subit la même. Pour les croyants, ce manque, cet autre à distance, cet invisible,  la réponsene peut être en effet que Dieu ( du latin deus, lui-même issu du sanskrit deva, être de lumière) !   Pour les athées ou les agnostiques, le symbole serait davantage   ici  un « synthème » (du grec synthema, signal convenu, convention).  Eternelle opposition entre ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas…ou croient qu’ils n’y croient pas ! Constant débat entre les apporteurs de réponses et les poseurs de questions !  C’est la parole des « créationnistes » contre celle  des rationnalistes ! « Au commencement était le verbe », dit précisément la Bible, elle même livre-symbole, qui traverse le temps.  

Nous pouvons ici  faire l’hypothèse, avec les paléontologues,  que l’acte verbal n’a véritablement été « inventé » que le jour où le descendant des primates s’est dressé sur ses pattes de derrière. Sa « colonne sonore » dégagée et  son amplitude pulmonaire alors accentuée, il a pu cesser d’émettre des sons ininterrompus pour articuler  des phonèmes, coupés entre eux par des courts silences : ainsi  sont nées très progressivement de ces coupures,  les syllabes, les mots, les phrases, séparés  et rythmés par des pauses respiratoires. Autrement dit la langue parlée.

 Parce que, précisément,  nous sommes des êtres de langage, des « parlêtres »,nous avons appris, depuis notre naissance et au sein de notre culture, d’abord à entendre les noms des  choses, puis à les répéter, pour nommer ces choses nous-mêmes, et classer  lesdits noms dans les rayons de notre bibliothèque mémorielle individuelle.  Choisis,  prononcés, accolés,  transportés par notre souffle, au gré de nos besoins d’expression,  les vocables  se métamorphosent ensuite  en autant de phrases, d’idées, de concepts, produisant à la fois du son et du sens.   Puisque tout est  d’abord « mot » en nous – tel que nous le disions plus haut –  et que dès qu’il désigne une chose, le mot devient symbole, cet outil virtuel qui permet de représenter, donc de penser le monde. En quelque sorte, le symbole est au mot ce que la doublure est au vêtement !

Toute symbolique, quelle soit maçonnique ou « profane » contient cette idée de  séparation et de rapprochement, dans le « nommé » même. André Citroën, le constructeur d’automobiles était franc-maçon. Ce n’est certainement pas un hasard si ses voitures arboraient et arborent toujours deux chevrons…en forme d’équerres stylisées sur le capot de ses modèles. Ce n’est pas un hasard non plus si le nom de Citroën a été affiché sur la tour Eiffel, sous forme de publicité lumineuse géante (250 000 ampoules !) sur trois de ses côtés, avant la dernière guerre mondiale, de 1925 à 1936. Surtout si l’on sait que la construction de cette tour fut proposée à l’industriel Gustave Eiffel par deux de ses ingénieurs francs-maçons, pour fêter, en 1889,  le centenaire de la Révolution française ! Et ce n’est donc pas un hasard si l’on apprend que les trois étages de cette tour symbolisent avec une idée de progression,  le premier, l’apprenti, le second, le compagnon, le troisième, le maître. Automobiles Citroën, Tour Eiffel : les deux personnes évoquées sont « séparées » des deux objets de métal qu’elles symbolisent. Et  les deux objets en cause,  les « rapprochent » de ces mêmes personnes.

De la parole à l’acte

Depuis l’origine de la maçonnerie dite spéculative,  l’équerre symbolise  la régularité, la droiture, la logique, la rigueur  et  le compas (l’un des outils humains les plus anciens) représente l’esprit, la mesure, l’harmonie, la vérité et l’élargissement des connaissances. Le fil à plomb figure l’équité, l’équilibre,  la droiture, la profondeur. Ce qui n’exclue nullement  la recherche, tant au présent qu’au futur, d’autres sens qui viennent et viendront s’ajouter aux précédents ou les remplacer, en fonction même des perceptions individuelles, des cultures en cause et des « mouvements » du monde.

Celles-ci feront  sens  sans  intervention de quelque processus magique! Par exemple, la représentation de l’équerre,  engagera ce frère, qui sait,  à trouver un juste milieu entre sa vie spirituelle et sa vie sociale à préserver.  L’image du compas suggérera à cet autre  à s’ouvrir davantage à ses semblables, d’élargir ainsi  son cercle d’amis et  de mieux s’intéresser à la marche du monde. La figure  du fil à plomb sera susceptible d’inciter un autre encore à mieux gérer son temps et à veiller dans son couple à une  juste répartition des tâches domestiques. Ce mode opératoire, centré sur « l’expérience intérieure » peut paraître puéril : certes, il est simple en soi mais certainement pas simpliste. Le plus difficile…est de  l’appliquer au quotidien. Là, est le travail personnel du maçon. Là est la finalité de la méthode maçonnique : permettre à chacun, à chacune,  de passer du désir à la volition. Et de la parole à l’acte!

 Mais attention : si le mot n’est pas la chose, le symbole non plus. Ce dernier n’en est  que l’ombre portée, une forme de copie virtuelle, en quelque sorte. Le mot « chien » ou un pictogramme arborant un chien stylisé…ne sont pas un chien et ne mordent pas! Une mappemonde n’est pas le monde. Un cheveu n’est pas la personne à qui il appartient.  Les deux colonnes à l’entrée du temple, fussent-elles en pierre,  rappellent  mais ne sont pas celles du temple de Salomon. Même quand il semble devenir presque la chose, le symbole n’est toujours pas la chose, ni, à plus forte raison, l’être, l’étant et l’âme de la chose. Et ne le sera évidemment jamais ! L’ombre du zèbre n’a pas de rayures !

Quelle maçonnerie pour le XXIème siècle ?

Les observations rapportées par les précieuses sciences humaines précitées, nous permettent de mieux comprendre pourquoi  trois formes d’instruments d’analyse, fonctionnent en nous. Au vrai,  trois  sœurs qui s’y disputent en permanence, et déjà repérées par la philosophie antique : la raison, l’intuition, l’imagination.

Ces triplées  jouent un rôle très actif dans l’approche  du  symbole. L’intuition, en tant  que  clé d’accès de l’esprit à la connaissance directe, et l’imagination, « puissance inspirante »  – donc principe d’action – ont une tendance naturelle à vouloir soumettre à leur diktat,  la raison, quand celle-ci se veut d’abordlogicienne et porteuse de bon sens. D’où,  les « visions » différentes de la symbolique maçonnique, par chacun et chacune.

Devant  «  la symbolisation »,  surprenante faculté de la pensée, il nous faut, précisément,  raison garder, lucidité conserver, prudence observer, humilité cultiver ! Le symbole n’est pas le savoir. Encore moins la connaissance!  Mais en tant qu’« outil psychique » il peut en indiquer le chemin : une transcendance horizontale,   en l’occurrence sociétale et  sociale, afin de rendre meilleur notre « vivre ensemble ». Une riche historicité nous conduit, par notre vocation répétitive même,  à  « symboliser » un récurrent passé maçonnique, pour y puiser de précieuses valeurs. C’est à dire  à reproduire au présent du « déjà pensé », du « déjà-dit ».  Au début du nouveau millénaire, il est important sinon capital pour notre Ordre,  tout en continuant de cultiver ces valeurs, de produire aussi du « non encore pensé », du « non encore dit », du « non encore fait ».  C’est à dire de nous tourner vers l’avenir et d’y projeter du sens. Paix mondiale, dignité et droits de l’homme, fraternité universelle, progrès pacifique, égalité naturelle, les chantiers à poursuivre et à ouvrir ne manquent pas. Quelle maçonnerie pour le XXIème siècle ?  La question,  urgente et logique, se pose. 

Notre symbolique, avec sa  large palette signifiante,  offre  cette possibilité, cette chance,  d’aborder les thèmes en cause et de concourir à leur réalisation,  dans le cadre d’une « spiritualité active ». Qu’elle soit d’ordre individuel ou groupal. Qu’elle nourrisse notre imaginaire.  L’utopie est toujours à entretenir : elle est l’anti-chambre du réel. N’a-t-elle permis à l’homme, de se poser  sur la lune?! Et, précisément,  à notre frère américain Eldwin Aldrin,  d’y planter un fanion orné de l’équerre et du compas ?

Le franc-maçon du troisième millénaire, héritier du culte de l’effort des bâtisseurs et – à l’image du marathonien Philippidès – coureur de fond à sa manière, sait que la réflexion symbolique, en amplifiant sa pensée, en élargissant sa vision,  lui permet « d’aller plus loin » sur le chemin de la créativité. C’est peut être elle qu’on appelle le bonheur ! Progresser soi-même, c’est  faire progresser le monde.

Le philosophe norvégien  Knut Hamsun   le dit  avec une grande acuité :

« L’humanité n’avance qu’à travers des symboles ! »

                                                                             Gil GARIBAL

Les TEMPLIERS : L’épée, l’idéal de Justice (suite 4)

L’épée remonte à l’âge de bronze où la métallurgie naissante permit une avancée remarquable dans l’armement. Immédiatement, elle acquit tout de suite une riche connotation symbolique. Richement décorée de pierres précieuses, ciselée finement elle jouât un rôle qui n’était nullement profane. Beaucoup d’images représentent un Templier à genoux, appuyé sur son épée, tête baissée en prière : le pommeau et la garde de l’épée formant la Croix !

Une épée déposée sur un lit, entre un homme et une femme était un symbole de chasteté et de pureté. Une épée qui tombe à l’eau, annonce la mort d’une femme (dans les rêves d’un homme) !

L’épée est le symbole de la guerre spirituelle entre l’ignorance et la connaissance, entre la nuit et la lumière. L’épée flamboyante à lame sinueuse, est réservée au Maître, parce que cette force créatrice est devenu l’instrument d’Initiation.

Un courtisan de Denys l’Ancien (Tyran de Syracuse) fit suspendre lors d’un banquet, une lourde épée attachée par un crin de cheval, au-dessus de la tête de Damoclès ; par ce geste, il fit comprendre au Tyran combien le bonheur est fragile en raison de la menace permanente d’une apparente prospérité.

Des Maîtres des Templiers, des Seigneurs Croisés, des chevaliers du Temple, aux religieux, aux militaires de la chevalerie, à Jeanne d’Arc, l’épée est toujours le symbole de la Force et l’attribut de la reconnaissance, celle qui protège les lois. De nos jours, les élèves de Polytechnique, les Académiciens et la garde républicaine portent toujours leur épée du côté gauche, celui du cœur, symbole de la claire conscience de la lumière.

L’épée symbolise le combat de l’Ange contre le Démon, de St Michel terrassant le dragon, de St Georges contre l’Hydre ; En ce sens, nous devons interpréter la Parole de Jésus-Christ :<je ne suis pas venu apporter la Paix, mais l’Epée.>

Elle représente un engagement quotidien contre les injustices et les inégalités avérées, les atteintes à la Liberté d’expression. Symbole flamboyant de la réalisation intérieure, jamais achevée et chère à Saint Bernard dans la règle du Temple.

Non Nobis Domine, Non Nobis, Sed Nomini Tuo Da Gloriam. Voilà, la prière d’ouverture d’un chapitre Templier (non maçonnique). PAS EN NOTRE NOM SEIGNEUR, PAS EN NOTRE NOM, MAIS AU NOM DE TA GLOIRE.

Et en son Nom, le Chevalier adoubé porte l’épée de lumière ; le Chevalier d’hier s’est battu pour défendre les Lieux Saints et combattre les Forces Obscures dont parle Saint Bernard de Clairvaux.  Aujourd’hui, le combat que mène le Chevalier est celui de la claire conscience de l’esprit, les choix des grands principes humanitaires : LIBERTE, EGALITE et FRATERNITE sans lesquels aucun groupe humain ne peut véritablement progresser. On peut y ajouter : SPIRITUALITE !

Pour ceux ou celles qui souhaiteraient assister à un chapitre régulier, nous nous réunissons le premier mardi de chaque mois impair, à partir de 19h (tenue correcte souhaitée), au Restaurant « La Guinguette Auvergnate » 19, Avenue de Choisy à Villeneuve St Georges (gare Villeneuve-Triage RER) Parkings autour du restaurant                                                                                                                                                                                        CHAPITRE de la Commanderie d’Ile-de-France — <Saint Georges en la Vallée de Seine> Un repas clôturera le chapitre (Prévoyez 20 à 25 euros maxi)  Réservation INDISPENSABLE EN RAISON DU NOMBRE DE PLACE: 06.16.58.89.28 ou 01.43.86.87.82                                                                                                                                                Les Règles écrites par Saint Bernard ; la Charte de la Transmission, émise par le 23ème Grand Maître F. Johannes Larmenius le 13 février 1324 et souscrite par les Grands Maîtres successeurs ; les Statuts Généraux décrétés au Chapitre Général qui a été tenu en 1705 à Versailles ; les Statuts 1947 (Procès-Verbal du 27 décembre 1946) ; et les Décrets Magistraux, modifiés et actualisés dans le Statut. Alain Yvon Béguin

(Vidéo) Film-Documentaire : Voyage au source du Vaudou

L’ancien royaume du Dahomey, au sud-ouest du Bénin, est le berceau de cette véritable religion africaine qu’est le vaudou. Ce culte de divinités pouvant s’incarner dans les plantes, les animaux, les ancêtres ou les forces de la nature a son propre panthéon très hiérarchisé. À Abomey, la capitale historique du royaume, Philippe est en compagnie de Franck Hounlelou et de Constant Glélé, tous deux initiés au vaudou. Ils nous font découvrir les rites étonnants et les croyances qui structurent ce culte très répandu dans le pays. Philippe participe à des séances de divinations, des chants, des sacrifices rituels et des danses, et va vivre une incroyable initiation au vaudou. C’est dans une véritable immersion au cœur de cette religion méconnue, et mal aimée, que Philippe nous guide.

ROUMANIE : Les francs-maçons pleurent leur frère Ivan Patzaichin, Champion Olympique : 33 regrets ! Exclusif

De notre confrère roumain fanatik.ro

Ivan Patzaichin faisait partie de la franc-maçonnerie roumaine et est regretté par tous ses « Frères » dans cette organisation vertueuse et mystérieuse.

Stelian Nistor, Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté de Roumanie : « Aujourd’hui Ivan, avec sa pagaie cassée, comme aux JO de Munich, pagaie vers le Soleil »

Et Stelian Nistor, Souverain Grand Commandeur du Rite Écossais Ancien et Accepté en Roumanie, a publié une déclaration regrettant la disparition du grand athlète Ivan Patzaichin.

« Mon cher frère,

L’illustre Frère Ivan Patzaichin, grade 33°, membre du Suprême Conseil de Rite Ecossais en Roumanie, est passé à l’Orient Éternel.

Je crois que l’histoire d’un peuple est en fait son chemin à travers le temps pour donner au Monde des personnalités. Ivan Patzaichin est l’une de ces rares personnalités données au peuple roumain par Dieu, afin de pouvoir les transmettre au Monde.

Il a juré en tant qu’athlète, en tant que soldat et en tant que Frère, foi en son pays, la Roumanie. Il a défendu et honoré son nom , son peuple et son drapeau. Il nous a fait tellement de fois lever fièrement les yeux vers le plus haut mât, que, surtout aujourd’hui, chacun de nous se légitime avec les victoires du Champion.

Aujourd’hui, cependant, chaque Roumain a perdu.

Aujourd’hui Ivan, avec sa pagaie cassée, comme aux JO de Munich, pagaie vers le Soleil pour lui rendre l’or qu’il lui a arraché dans une vie d’homme, de travail acharné, d’amour, de grâce et tant de modestie…

Comme c’est dur pour moi d’écrire ça… C’est comme commenter sa dernière course, celle dans laquelle il s’est battu pour sa vie avec l’immortalité !

Il a mené cette course avec dignité, jusqu’au bout. Seule l’immortalité pouvait vaincre le Champion, même s’il pouvait encore l’attendre. « Et comme un sentiment, un cristal »…

Je lève les yeux en pleurant : le drapeau de la Roumanie, soulevé tant de fois par notre Frère, flotte encore là-haut, au-dessus de tout !

Allons-nous de l’avant, Ivan?

Trente-trois regrets… » , a écrit Stelian Nistor.

« Le monde de demain »… C’est pour aujourd’hui à Masonica Lille !

Alternativement avec MASONICA Bruxelles, MASONICA Lille, Salon du Livre et de la Culture de Lille – Lille-Ronchin vous propose les 15, 16 & 17 octobre 2021 le cycle de conférences et/ou tables rondes suivantes :

En savoir plus https://www.masonica-lille.com/

Rappelons que notre très cher frère Alain Noël Dubart, chirurgien orthopédique et traumatologie, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France (2009-2012), préside aux destinées de Masonica Lille.

Visite commentée du Temple maçonnique de Versailles

De notre confrère unidivers.fr

Visite commentée de la Loge Maçonnique Temple maçonnique de Versailles, 18 septembre 2021 09:30, Versailles.

Journée du patrimoine 2021 Temple maçonnique de Versailles. Gratuit
18 et 19 septembre

Visite commentée de la Loge Maçonnique

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La présence de loges maçonniques dans la ville du Roi Soleil est attestée depuis 1744.

La Loge du 6 de la rue Bailly à Versailles abrite depuis 1892 des travaux maçonniques selon une méthode qui permet à chacun de s’exprimer librement selon les principes de tolérance mutuelle, du respect des autres et de soi-même, de la liberté absolue de conscience.

C’est une association qui est animée par deux grands principes: le respect d’une tradition, héritée des fondateurs de la franc-maçonnerie, et la recherche de progrès pour l’amélioration de l’Homme et de la Société.

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samedi 18 septembre – 09h30 à 12h30
samedi 18 septembre – 13h30 à 17h00
dimanche 19 septembre – 09h30 à 17h00
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Entrée libre

Temple maçonnique de Versailles 6 rue Bailly 78000 Versailles Versailles 78000 Yvelines : 06 09 02 30 – http://www.godf.org

Le temple maçonnique du Grand Orient de France à Versailles accueille les travaux des “Frères” et “Sœurs” du grand Orient et de la Grande Loge Féminine de France. Il est installé dans les anciennes écuries de l’Hôtel de Soubise situé dans le quartier du vieux Versailles, et abrite depuis 1892 les travaux des francs-maçons versaillais. Il montre une représentation symbolique du Temple de Salomon sous forme d’allégories telles que le soleil, la lune, la voûte étoilée, le pavé mosaïque, et un delta lumineux du XVIIIe siècle. La présence de loges maçonniques dans la ville du Roi Soleil est attestée depuis 1744 (en fait à l’époque de son arrière-petit-fils Louis XV). Mais la “maçonnerie”, au sens où des gentilshommes pouvaient s’assembler “librement” et étaient “acceptés” par des gens de métier, est plus ancienne. Des loges de maçons non-opératifs ont vu le jour en Écosse dès la fin du XVIe siècle. La maçonnerie s’est d’abord développée dans les milieux cosmopolites du commerce maritime, des sciences et de l’aristocratie.
Crédits : Ville de Versailles Gratuit

EDITO : Carte postale de rentrée

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Ça y est : les Frères et les Sœurs ont rangé leurs pelles et leurs seaux, ces outils de construction plus profanes que d’autres qui restent des symboles de l’été. La pelle et le seau pourraient aussi constituer, dans notre imagerie, des équipements propres à récupérer les cendres, celles du « vieil homme », l’expression étant ici entendue comme « embrassant » les femmes (au sens où, par exemple, notre caractère embrasse nos contradictions et non point comme s’il s’agissait de « donner des baisers », ce dernier emploi du verbe – permettez cette digression – étant rigoureusement condamné par notre Frère Littré, qui notait la sottise d’écrire qu’on embrasse une main, alors qu’on la baise : la « langue » a beaucoup perdu à ne pas suivre les recommandations des francs-maçons les plus avisés et j’ai ouï-dire, qu’en l’espèce, Émile ne manquait pas d’expérience).

Mais, revenons à la douceur estivale où l’abeille taquine la treille, pour le bienfait du raisin, à condition que celui-ci ne soit pas couvert de pesticides, car les constructeurs de châteaux de sable embellissent les plages avec leurs enfants, sous le regard des oiseaux de mer criant dans le vent. L’humanité en maillots de bain a peut-être alors plus conscience de l’univers fragile auquel elle appartient. Innocente et modeste, dorée par le soleil, elle accepte intuitivement sa condition naturelle car elle a oublié le rythme effréné de sa vie et toutes les peurs de son existence… Et, puis, n’est-ce pas également le cadre de rencontres idylliques ?

Ainsi, gardons le souvenir de l’été, comme celui des sources, des ruisseaux et des embouchures, que nous parcourons si peu, en temps ordinaire. Abordons l’automne avec sa profusion de pommes et le goût magique des champignons. Ceignons, dès à présent, nos tabliers !

Alors, pour bien commencer la saison, hâtons-nous de lire le joli livre que notre Frère Laurent Kupferman fait paraître, ce 9 septembre, chez Dervy, sous le titre : Rassembler et que notre Frère Yonnel Ghernaouti a déjà présenté hier dans sa rubrique. L’auteur trousse, en 128 pages fluides, denses et coruscantes, non seulement l’aventure mais le projet de la franc-maçonnerie. C’est un essai tout à la fois rassérénant et enthousiasmant que l’on doit s’offrir et offrir (16 euros, seulement !). Et, croyez-m’en, je suis assez avare de compliments. Je vais, cependant, pour finir, en adresser un autre.

Car notre Frère Jacques Carletto, alias Jissey, fête aujourd’hui un âge qu’il ne paraît pas et qui porte le chiffre d’un département de l’Ouest parisien, qui n’est tout de même pas celui des Hauts-de-Seine (quoique les hauts de scènes lui eussent convenu, plaisanterie que son humour débridé me pardonnera). Observant la lourdeur de sa charge de rédacteur en chef, il souhaite, désormais, sur le conseil de ses médecins, se limiter à ses activités de dessinateur de presse et d’interviewer où il s’est, de longue date, signalé. Que son esprit malicieux et indépendant continue encore longtemps à enrichir une compréhension exigeante de notre (petit) monde ! Tous nos vœux l’accompagnent. Comme ils vous accompagnent, toutes et tous, en cette rentrée !

Je vous embrasse fraternellement.

Défendre la dignité des migrants : une cause maçonnique !

L’actualité nous donne à voir de nombreuses images de la détresse humaine que vivent les migrants ; ce qui se passe en Afghanistan avec la prise de pouvoir des talibans et l’absolutisme qu’ils veulent instituer, avec le mépris qu’ils affichent pour tout ce qui touche les libertés des femmes, en est une dernière preuve.

Sources : https://www.migrationdataportal.org/fr/themes/population-de-migrants-internationau

I – Une réalité incontrôlable, témoin du désordre du Monde !

Les migrations humaines existent depuis les premiers temps de l’émergence de l’espèce humaine sur notre planète. L’origine exclusivement africaine des premiers ancêtres de l’espèce Homo explique que les premières migrations (que l’on date d’environ 1,8 millions d’années avant JC) ont participé au peuplement de la Terre.

Dès nos origines, les migrations apparaissent comme la mise en œuvre de pulsions existentielles : apporter plus de nourritures aux groupes humains, rechercher des ressources nouvelles pouvant être des monnaies d’échanges, investir des territoires plus protecteurs. Le caractère pulsionnel des migrations explique l’importante motivation qui pousse des personnes de toutes conditions à affronter les pires difficultés pour réussir leur projet.

La démographie mondiale galopante, la multiplication des conflits régionaux inter-ethniques, les conséquences du changement climatique en cours et la corruption endémique par le sous-développement qu’elle entraîne, sont les principales causes des migrations contemporaines.

Ces causes témoignent du désordre du Monde ; c’est un désordre durable, en espérant qu’il puisse être amendable, que les communautés humaines se doivent d’intégrer dans les projections qu’elles peuvent faire sur « le Monde d’Après» !

II – Une cause que l’on pourrait faire notre  !

La sectorisation des territoires en états et nations a indéniablement accentué les obstacles aux migrations d’une part en interdisant certains trajets, d’autre part en faisant apparaître des zones à moindre risque où les migrants pouvaient espérer soit faire une pause dans leurs pérégrinations soit en faire un but à atteindre.

L’Europe, zone de paix, est ainsi devenue une destination migratoire recherchée.

Bien que zone de Paix, l’Europe est aussi une région riche en nationalités et nationalismes où l’immigration n’est pas exempte de mouvements de rejet. Aujourd’hui encore, toute une frange de la population européenne est sensible à la diabolisation des migrants et à leur mise en cause dans les différentes problématiques des vécus des peuples de l’Europe.

Les partis politiques ne sont pas insensibles à cette thématique qu’ils instrumentalisent parfois.

Tout cela explique la permanence dans l’actualité d’images de détresse montrant combien ces populations sinistrées doivent supporter des sacrifices pour permettre aux plus chanceux ou aux plus résistant d’espérer un peu de tranquillité pour se reconstruire.

Les francs-maçons, imprégnés par leur vocation à plus de fraternité et à plus d’universalité, sont naturellement amenés à comprendre le drame que vivent les migrants ; ils sont naturellement habités par le devoir qu’ils ressentent à déconstruire les argumentations fallacieuses qui les condamnent.

Au Grand Orient de France, Mme Audrey DESPLANQUES, membre du conseil de l’ordre se préoccupe de ce sujet. Dans un rapport qu’elle a présenté, elle affirme :

« Les droits humains sont régulièrement violés, la solidarité ne s’exerce que trop peu. La politique migratoire européenne, notamment mise en œuvre par l’agence Frontex, les pratiques des pays européens, vont malheureusement dans ce sens, malgré les prises de positions de nombreuses associations dénonçant le non-respect des législations en vigueur. »

Sources : https://www.senat.fr/rap/r16-598/r16-59812.html

Elle évoque en particulier la situation spécifique des mineurs non accompagnés (MNA) :

« Concernant les MNA, j’ai déjà évoqué la proposition d’inciter les FF et SS qui le souhaitent à s’engager pour devenir administrateurs ad hoc, afin d’accompagner ces jeunes. »

Pourquoi ne pas imaginer, une mobilisation maçonnique européenne inter-obédientielle qui sensibiliserait l’opinion publique sur le devoir des gouvernants européens et de la commission européenne à assurer les migrants abordant l’Europe d’un accueil digne et fraternel ?

Pygmalion chez les francs-maçons

 Pygmalion représente le désir du créateur qui aspire à s’unir à sa création et à lui donner vie.

«Je te crée, constitue, et reçois F∴M∴»

par cette phrase des commencements, la Franc-Maçonnerie ne se voudrait-elle pas Pygmalion?

La fraternité est un idéal relationnel. À la question : «Êtes-vous franc-maçon ? La réponse est «mes frères me reconnaissent comme tel». Cela suppose que la fraternité soit chargée de contrôler l’appartenance à la Franc-Maçonnerie et d’en définir l’approbation, par un regard autre qui nous fonde, nous crée en quelque sorte, à laquelle il faut accéder. Le 1er miroir rencontré en Maçonnerie est le bandeau. En effet, le bandeau, tel un miroir, renvoie à l’image intérieure. Mais dans l’obscurité demeure le regard de l’autre, de ceux qui sont sur les colonnes, qu’il ne faut pas décevoir, miroir diffracté de l’impétrant qui est jaugé par boules blanches ou noires. Finalement, le miroir prend sens aussi en tant qu’il est vivant. N’y a-t-il pas alors, dans l’œil d’un F∴ ou d’une S∴, le reflet d’une attente d’une certaine façon d’être F∴M ∴? Un œil qui comprend ? Un œil qui connaît ? Un œil qui écoute avec son cœur ? Cet œil, ce miroir idéal et humaniste, ce troisième œil qui rayonne à l’Or∴ n’est-il pas un Pygmalion qui nous regarde avec confiance ?

L’homme a ceci d’étrange que sa personne se constitue sous l’incidence du regard de l’autre[1], de sa mère, pour commencer et la cérémonie d’initiation donne à l’apprenti une loge-mère. C’est un être «en miroir» dont il procède existentiellement. Dans cette aliénation constitutive de l’être, on ne peut que dire : lorsque je suis un autre, je deviens moi-même.

Il faut également retenir le sens de visée (venant de l’expression «point de mire»). Le miroir doit être l’instrument qui permet la visée… l’alignement. C’est pourquoi le miroir n’est pas, en fait, un objet d’auto contemplation, mais aussi l’instrument de la ligne de mire qui doit révéler l’angle secret de ce qui n’apparaît pas encore, mais qui est en gestation, le futur Maître. La personnalisation de notre perception est en fait fonction de l’angle que nous donne le miroir tenu par les FF∴ et SS∴, en particulier par les MM∴

Nous devons apprendre à contempler (con-templer), «être avec le temple», à trouver l’angle harmonique qui révèle et diffuse la lumière initiante.

Disposant de moyens spécifiques qu’autorisent la durée et la continuité, la répétition de l’exercice avec le rituel, la progressivité de l’acquisition, l’action pédagogique, par des effets-pygmalion, se différencie des actions d’influence ponctuelles ou sporadiques en ce qu’elle réussit à inculquer aux FF∴ et SS∴ un ensemble organisé de schèmes de perception, de pensée et d’action qui, même lorsque les connaissances transmises se sont effacées, continue à faire sentir ses effets dans les comportements sous la forme d’une disposition générale, durable et transposable à l’extérieur du temple.

L’influence du regard de l’autre dans la formation des apprentis, et donc des F∴M∴, pose dès lors le problème de la légitimité du pouvoir charismatique du Maître. Apparemment, il n’y a aucune différence entre le silence d’un maître du zen et le silence d’un idiot de village puisque, dans les deux cas, le contenu informatif du message est réduit à rien. Toute la différence, à quoi tient l’effet pédagogique de l’enseignement par le silence, réside dans les statuts respectifs du maître et du disciple, c’est-à-dire dans une relation sociale faite de respect préétabli. Qu’il s’agisse de la relation entre parents ou adultes et enfants, entre professeurs et élèves ou entre un maître de sagesse et ses disciples, la relation pédagogique suppose toujours une relation sociale dissymétrique, c’est-à-dire un rapport de forces plus ou moins implicite. La dissymétrie tenant, chez nous, dans une sorte de hiérarchie des fonctions des officiers. Les surveillants ne sont pas seulement désignés, dans les règlements généraux et les rituels, comme dirigeants les app∴ et les comp∴ mais aussi en tant que supérieurs hiérarchiques.  «Pourquoi êtes-vous placé ainsi ? Pour commander à la colonne du Nord (ou du Sud) et surveiller ceux qui entrent dans le temple».

Par l’alchimie de l’initiation, le disciple, à son tour, renvoie au M∴ une réflexion-réflectance. Le Maître doit aussi être à l’écoute de l’app∴, on ne peut dire qui enseigne l’autre. Et celui qui obéit à un maître devient une partie de ce maître. À bon chat, bon rat ! On voit dès lors la limite bénéfique de l’effet-pygmalion.

La F∴Maç∴ nous fait jouer une fiction, nous donne des rôles imposés auxquels nous consentons mais jusqu’à quel point le personnage attribué reste-t-il neutre psychologiquement ? Est-ce un transfert de personnalité, devient-on un avatar, vit-on en Franc-Maçonnerie une second vie ?

Et pourtant «être libre et de bonne mœurs» n’est-elle une injonction à refuser toute domination, et en particulier le regard de l’autre, pour échapper à sa force de prédiction créatrice ?

Imiter ou fuir un modèle, répéter, singer, copier, être homothétique ou reflet inversé, répondre à une attente extérieure n’est pas, à mon sens, une démarche d’homme libre. Nous ne sommes pas des clones psychiques; chaque histoire est unique. L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir sans laquelle il n’y a pas de quête possible. Ni modèle ni guide. «Ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pouvoir te perdre», dit le cabaliste. Celui qui cherche sait qu’il doit parfois s’écarter de la voie mais pour n’explorer que ce qui est à sa mesure. C’est son identité qui fonde son parcours. Si, «à force d’être le rêve du vieil homme, on ne sait plus très bien si on existe», le maître initié a-t-il encore besoin de l’assentiment de l’autre ? «Si tu n’éprouves aucune peine à ignorer ce que l’on pense et ce que l’on dit de toi, courage ! Tu as déjà progressé sur la voie de l’absolu» selon Grillot de Givry. Le regard attentif du pygmalion F∴M∴ devrait, non pas déclencher une imitation servile, mais pousser chaque F∴ ou S∴ vers la création de lui-même, à partir de soi, pour une renaissance autonome en se dépouillant du vieil homme.

Parmi les habits du vieil homme, les idéaux moraux qui servent l’utilité sociale, intériorisés par des générations qui les ont transmis,  oppriment-ils  l’individu ?

La morale comme puissance extérieure s’imposant tyranniquement à la vie comme prédiction créatrice, Nietzsche  la repousse : «Toutes les questions de la politique, de l’ordre social, de l’éducation ont été foncièrement faussées par le fait qu’on a pris les hommes les plus nuisibles pour de grands hommes, qu’on a enseigné à mépriser les choses insignifiantes, entendez les conditions fondamentales de la vie même…». Peu de nos mesures de valeurs sont propres, plus nombreuses celles empruntées ou subies inconsciemment. Pourquoi donc les acceptons-nous ? Par crainte, par timidité, par faiblesse à l’égard de ceux qui nous ont formés où plutôt déformés? Contre nos convictions trop despotiques, Nietszche dit : «nous devons être traîtres avec délices et pratiquer l’infidélité d’un cœur léger. Soyons à cet effet des boules de neige pensantes sans cesse accrues et fondues tour à tour dans leur mouvement sur le terrain des idées». Et quand Nietzsche croit avoir enfin secoué le joug de l’idée, on sait le lyrisme enflammé de son chant de délivrance. 


Platon lui-même, à travers les personnages de ses dialogues (dont Calliclès, le Nietzsche  de l’Antiquité) qu’ils nomment les sophistes, soulève le problème du discours influent qui pervertit la vérité : «La tromperie est bel et bien possible puisque l’étranger a donné un statut à l’image fausse (puisque l’on peut mêler l’autre et le logos, donc tenir des discours faux donc introduire l’erreur, donc la tromperie, donc l’image, donc le simulacre)».

Contrairement à la théologie chrétienne qui incite au renoncement devant amener le dépouillement complet du vieil homme pour s’écrier avec l’apôtre Paul : «Ce n’est plus moi qui vis, mais Jésus qui vit en moi !», la liberté maçonnique nous conduit à pouvoir nous écrier : «ce n’est plus le vieil homme qui vit en moi, mais c’est moi !» 

Cette liberté demandée à l’impétrant, grâce à la relation fraternelle de l’un à l’autre libératoire et tolérante, par la magie de la quête de soi, devient chez l’initié le sens de son être, non par l’exigence du regard de l’autre mais par sa bienveillance fondamentale vis-à-vis de l’humain.

Ce droit à être, rend Pygmalion aveugle. Le regard de l’autre est alors attentif à l’autre dans la force de sa différence, et en même temps dans sa dimension de représentation, à lui seul, de toute l’humanité, dans son universalité. Levinas appelle cela la « merveille des merveilles ».

[1] « Nous percevons de multiples signaux émotionnels chez les autres, dans le monde qui nous entoure. Sans que nous en ayons conscience, nos pensées les plus abstraites sont empreintes de tonalités affectives positives ou négatives qui orientent notre faculté de juger, et déterminent nos choix. » Marc Jeannerod, Le Cerveau intime, Paris, Éditions Odile Jacob, 2002.

L’histoire du « nègre de la République ». 1er Maire noir de Paris… et franc-maçon

De notre confrère Jeune Afrique Par Nicolas Michel

Une bande dessinée d’Antoine Ozanam et Isabelle Dethan revient sur l’histoire méconnue de celui que l’on surnommait le « Nègre de la République », cité comme exemple par Obama dans son discours d’investiture.

Né à Matanzas (Cuba) le 8 novembre 1836, arrivé en France dix ans plus tard, Severiano de Heredia est fréquemment présenté comme « le premier maire noir de Paris ». L’expression est plutôt caricaturale et il faut reconnaître au scénariste Antoine Ozanam et à la dessinatrice Isabelle Dethan le mérite de repréciser bien des choses sur la carrière de ce « mulâtre » dans la France de la fin du XIXème siècle, avec leur bande dessinée Severiano de Heredia, élu de la République

« Qui est l’homme que Barack Obama cite dans son discours d’investiture et considère comme un exemple à suivre ? »

se sont demandé les auteurs. Leur réponse tient en 56 pages : ligne claire, approche chronologique et pédagogique, refus des simplifications.

L’ascension d’un coureur de jupons

L’on suit donc la trajectoire d’un homme de son temps, épris de modernité. Fils de Henri de Heredia et de Béatrice de Cardenas, « gens de couleur libre », filleul (ou fils selon certaines rumeurs…) de Ignacio Heredia Y Campuzano, Severiano de Heredia nait dans l’opulence – sa famille est propriétaire d’une plantation et possède des esclaves. Envoyé en France à l’âge de dix ans, Severiano y fait de brillantes études au Lycée Louis-le-Grand où il remporte, en 1855, le grand prix d’honneur.

Dethan et Ozanam racontent un jeune homme beau parleur, dilettante, coureur de jupons et dandy qui finit par se décider pour une carrière de journaliste.

Son talent comme son goût de l’intrigue et de la chose publique lui permettent de gravir rapidement les échelons, de rejoindre la loge « L’étoile polaire » du Grand Orient de France et de s’intégrer habilement dans les milieux politiques.

Marié à Henriette Hanaire en 1868, il obtient sa naturalisation française deux ans plus tard, en 1870, au prix de savants calculs stratégiques.

VOTRE SITUATION EST QUELQUE PEU FÂCHEUSE. VOTRE DOMAINE AUX ANTILLES EXPLOITE TOUJOURS DES ESCLAVES

Laïcité et bibliothèques municipales

En 1873, engagé sous les couleurs républicaines, tendance radicale, Severiano de Heredia est élu au conseil municipal de Paris pour le quartier des Ternes et devient, six ans plus tard, président du conseil municipal de Paris. Ce poste est en fait essentiellement honorifique et limité à un an. De Heredia n’a en aucun cas les mêmes pouvoirs qu’un maire de Paris actuel. Tout l’intérêt de la bande dessinée est d’aller au-delà de ce cliché de « premier maire noir » en s’intéressant au réformisme social de l’édile. Certes, il s’est tenu loin de Paris au moment de la Commune (mars à mai 1871), mais une fois au pouvoir, il multiplie les initiatives sociales, comme la création des coopératives ouvrières, la défense de la laïcité et surtout la mise en place des bibliothèques municipales.

En 1881, Severiano de Heredia est élu à la chambre des députés (Union républicaine) comme député de la Seine… et perd au même moment son fils de 12 ans, Henri. « Et maintenant… maintenant, tout ce que je veux, c’est qu’il puisse avoir un enterrement laïque, sans passer par l’église. C’est ma façon de rendre hommage à la prunelle de mes yeux autant qu’aux lois que vient de faire passer Jules Ferry », dit-il alors. Réélu sous l’étiquette Gauche radicale, il devient ministre des Travaux public sous le gouvernement de Maurice Rouvier (IIIème République), poste qu’il occupera de mai à décembre 1887.

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