Qu’en France en 2026, une campagne antimaçonnique puisse empêcher, une liste ultra majoritaire au 1er tour, à être élue pourrait paraître incroyable. Et pourtant c’est ce qui s’est passé à Yzeure dans l’Allier aux dernières élections municipales. Mis à part le service régional d’informations télévisées, le silence médiatique a régné. Comme si cette pratique honteuse digne d’un pays sans culture, sans morale, sans valeurs était normale.
Une bande de politiciens mafieux a permis une réalisation illégitime : faire élire une liste minoritaire en jetant un discrédit inventé sur la tête de liste arrivée en tête.
Comme si l’appartenance maçonnique était honteuse.
Je ne sais pas si Jean-Michel Bourgeot est franc-maçon parce que cela m’apparaît comme une question subsidiaire qui ne relève que de la liberté de conscience. Je relève qu’aucune personnalité morale de la République, des religions du livre ou de la société civile n’a pris publiquement sa défense. En dehors de FR3 la presse n’a rien dit ! Courage fuyons. Même les autorités obédientielles se sont tues.
Cela en dit long sur l’état de la société française aujourd’hui.
Mr Jean-Michel Bourgeot a accepté de répondre à mes questions pour 450.FM et je l’en remercie.
450.fm : Votre désignation comme tête de liste d’union de la gauche a-t-elle été consensuelle ?
JMB : Il est de tradition sur Yzeure d’essayer de faire l’union des gauches (PS,PC,Ecolo) depuis 50 ans. La fédération PS de l’Allier a validé le vote en section d’Yzeure. Majoritaire, le PC et les écologistes ont accepté que je conduise cette liste. J’étais depuis 2 mandats 1er adjoint.
450.fm : Comment avez-vous vécu la campagne électorale ?
JMB : Ce fût une campagne énergique et fédératrice. Les 2 listes concurrentes se sont lancées assez tardivement. Nous avons pris plaisir à construire ensemble.
450.fm : Comment se sont passés les échanges avec vos adversaires ?
JMB : Avec l’équipe de Maria Baretto, nous nous connaissions pour avoir fait un mandat ensemble. Elle représente la liste de droite. Nous échangions régulièrement par téléphone. Nous nous apprécions tout en étant adversaires.
Avec l’equipe de Dominique Ray, qui remporte cette élection avec 65 voix d’avance, ce fût plus compliquer. ils ont refusé d’échanger depuis quelques mois. Je connaissais au moins 3 colistiers. L’un d’eux m’écrivant qu’il ne me serait pas possible de rencontrer l’un des leurs sans sa présence.
450.fm : Avez-vous ressenti une agressivité à votre égard personnellement ?
JMB : Non, pas directement, mais la liste de Dominique Ray n’a eu de cesse de me critiquer. Selon certains amis, en réunion publique, ils disaient que j’étais incompétent, arrogant, suffisant, incapable de gérer un budget…
450.fm : La presse s’est faite l’écho d’une campagne anti-maçonnique dont vous auriez été victime ; est ce une réalité ?
JMB : La presse n’est pas intervenue avant le 2ème tour de l’élection pour évoquer ce sujet. Ces affichages ont été réalisées 3 jours avant le 2eme tour. Le jeudi. Simplement, mon directeur de campagne a écrit un communiqué de presse pour informer le recours. Seul France 3 a souhaité évoquer cette attaque concernant la franc-maçonnerie à travers un reportage.
450.fm : Avez-vous une idée de l’origine de cette campagne qui a pu fausser les résultats ?
JMB : Aucune certitude. Il est évident que c’était pour me nuire et influencer les votes.
450.fm : Y-a-t-il sur Yzeure des personnes qui alimentent cet anti-maçonnisme ?
JMB : Non pas à méconnaissance.
450.fm : Pensez-vous que cela puisse être un coup bas d’un courant de l’extrême gauche ou de l’extrême droite ?
JMB : Non même pas. Un coup bas, c’est certain mais pas de la liste de droite. Maria Baretto me l’a assuré. Je précise que la liste de Domique Ray a souhaité être marqué sans étiquette. Pour autant elle penche à droite. Elle a été soutenue en off par le président du département de l’Allier. Il y avait bien au moins deux personnes identifiées à l’extrême droite.
450.fm : Vous avez annoncé une contestation des résultats ; quels sont les arguments que vous avancez ?
JMB : Après avoir consulté diverses personnes, nous avons pris un avocat. Celui-ci assure que cette annonce était faite pour nuire et influencer notre électorat. Ces affiches ont été collées sur les panneaux officiels, et un peu partout sur la commune d’Yzeure. D’autres éléments illégaux ont permis d’étoffer le recours.
450.fm : Si vous étiez franc-maçon, feriez-vous de la politique ?
JMB : Oui, je ne vois pas de problème. Par contre, une fois ces affichages réalisées certaines personnes m’ont dit être choquées, gênées, perturbées par le fait que je puisse être franc-maçon.
450.fm : Avez-vous reçu des témoignages de solidarité ?
JMB : Oui plusieurs m’ont apporté leur soutien, de différents univers, d’autant que je perds cette élection alors que je partais gagnant aux yeux de beaucoup.
Mr Jean-Michel Bourgeot est manifestement blessé, meurtri, suite à la bassesse d’une attaque d’un autre monde ! Il semble bien seul dans cette épreuve. Nous ne pouvons pas croire que le conseil constitutionnel puisse accepter une telle ignominie !
Quand les visages du dossier s’imposent et que la parole maçonnique revient dans le débat.
Une semaine après les premiers grondements médiatiques, l’affaire Athanor entre dans une phase plus profonde et plus trouble. Les médias ne se contentent plus de relayer l’ouverture du procès. Ils dissèquent désormais les profils, fouillent les imaginaires, scrutent les liens avec les services de renseignement, simplifient parfois la réalité maçonnique et, pour certains relais numériques, exploitent sans nuance l’occasion de nourrir un discours clairement antimaçonnique.
Dans ce paysage agité, un fait majeur intervient le 8 avril
Blason GLDF
La Grande Loge de France, par une lettre signée de son Grand Maître Jean-Raphaël Notton et de son Grand Orateur Guilhem Reboul, prend la parole avec gravité, fermeté et sens de la responsabilité.
Le deuxième temps de cette revue de presse montre d’abord un glissement net du traitement médiatique
Nous ne sommes plus seulement dans le compte rendu judiciaire. Nous sommes entrés dans le temps du récit incarné, des figures psychologiques et des ressorts narratifs. Une vidéo courte, reprise en boucle par le compte @SellmeParis, condense ce nouveau régime médiatique en une formule qui frappe vite et fort. « Un mythomane franc-maçon qui se prenait pour James Bond ». Tout est là. Une affaire ramenée à un archétype, un personnage, un imaginaire de cinéma et une promesse de viralité. Le format court ne cherche pas la nuance. Il cherche l’impact.
Le Parisien, dans un registre plus construit, suit cette même logique de personnification. Son récit consacré à Sébastien Leroy en fait l’exécutant numéro 1 de la « PME du crime ». Le journal s’intéresse à son parcours, à ses références, à sa quête de reconnaissance, à ce mélange de discipline, de fantasme et de fragilité qui l’aurait conduit au centre de presque tous les mauvais coups. Le traitement est efficace. Il donne un visage à la mécanique criminelle et transforme l’affaire en drame humain autant qu’en dossier pénal.
Le Figaro choisit une autre entrée
Le journal s’attarde sur les anciens « frères d’armes » de Cercottes*, sur les surnoms, les mensonges, les postures et l’ombre portée de la DGSE sur les débats. Ici, Athanor n’est plus seulement une loge compromise. Elle devient le point de croisement entre des trajectoires militaires, une culture du secret, des fidélités détournées et la fascination persistante pour les services clandestins. Le récit d’audience donne au procès une atmosphère plus crépusculaire encore, presque une scène où le soupçon s’installe jusque dans le public.
Franceinfo, avec sa vidéo demandant simplement ce qu’est une loge maçonnique, emprunte une voie différente
Le média tente une mise à niveau pédagogique pour un public qui découvre l’affaire par ses titres les plus spectaculaires. La démarche mérite d’être relevée, car elle réintroduit un minimum de définition, d’histoire et de structure. Mais elle montre aussi combien l’affaire Athanor agit désormais comme une porte d’entrée pour un large public vers un objet maçonnique qu’il connaît mal et qu’il regarde souvent à travers les brumes du fantasme.
En Italie, AMDuemila reprend le dossier sous un angle très noir, très narratif, très dense L’article mêle anciens agents, militaires, rivalités professionnelles, contrats criminels et commandements clandestins. La matière judiciaire française y devient presque un roman d’espionnage mafieux. On voit ici comment l’exportation du dossier renforce encore l’imaginaire d’une franc-maçonnerie obscure, branchée sur les zones grises de l’État et des affaires.
Ouest-France, de son côté, resserre le regard sur la question des services secrets français
Son article comme sa vidéo proposent un focus sur la présence, réelle ou fantasmée, de la DGSE et de la DGSI au cœur du procès. Ce choix éditorial est important.
Il déplace l’attention du seul mot « loge » – pour mémoire Athanor est une loge (suspendue depuis) de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF), dite L’Alliance dont le Grand Maître actuel est Pierre Lucet ;
Logo-GLNF-Officiel
une obédience constituée en avril 2012, née d’une scission de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) -, vers les profils des accusés et vers l’usage de la culture du renseignement dans le récit de l’affaire. Courthouse News, dans un cadre plus international, observe la même scène mais avec un souci particulier pour les analyses de personnalité, les témoignages de proches et l’émotion familiale qui affleure à l’audience. Le procès devient alors, pour un lectorat étranger, une affaire française où la criminalité supposée croise la banalité des existences.
À côté de ces traitements journalistiques apparaissent des relais plus problématiques
Explore Science reprend un contenu déjà très chargé en schèmes sensationnels. D’autres comptes ou plateformes, que nous avons déjà signalés dans notre premier numéro, utilisent Athanor comme une matière première idéologique. Il faut ici redire clairement à nos lecteurs que certains espaces numériques et certains réseaux sociaux sont ouvertement antimaçonniques. Ils n’informent pas au sens strict. Ils généralisent, amalgament, instrumentalisent et cherchent moins à comprendre une dérive criminelle particulière qu’à confirmer une hostilité préalable à l’égard de la franc-maçonnerie.
Dans ce contexte, la publication sur 450.fm de l’épisode canadien de Sous le bandeau revêt une importance particulière
L’émission replace l’affaire dans un cadre maçonnique et institutionnel, en posant les vraies questions. Comment une telle dérive a-t-elle été possible dans une loge. Quels garde-fous ont manqué. Quelle responsabilité incombe aux obédiences. L’intérêt de cette séquence tient à son refus du déni comme de l’amalgame. Elle rappelle que l’affaire Athanor oblige la franc-maçonnerie à se regarder elle-même sans pour autant se laisser définir par ses marges criminelles.
Les publications plus récentes de L’Humanité et de Mediapart approfondissent encore ce mouvement
Toutes deux se concentrent sur Daniel Beaulieu, figure centrale, manipulateur présumé, ancien homme du renseignement prisonnier de ses faux-semblants. L’Humanité insiste sur l’enlisement de cet homme dans ses propres mensonges. Mediapart souligne le caractère troublant de son interrogatoire et pose la question morale au cœur du personnage. Comment croire un homme qui explique presque sa propre défaillance par une vie professionnelle vouée à mentir et manipuler. Upday, lui, insère Athanor dans une actualité criminelle française plus large, tandis qu’Instagram et Le Mag Jeux témoignent à leur manière de la dispersion du dossier dans l’écosystème numérique.
Et c’est précisément au milieu de ce brouhaha que la lettre de la Grande Loge de France prend tout son relief
J.-R. Notton, GM GLDF
Datée du 8 avril 2026, signée du Grand Maître Jean-Raphaël Notton et du Grand Orateur Guilhem Reboul, elle constate que tous les médias se font l’écho de l’affaire Athanor et que tous les ingrédients d’une forte audience s’y trouvent réunis, faux espions, vrais criminels et anciens francs-maçons pour certains. Elle affirme que ce feuilleton délétère cause déjà un préjudice d’image important à la franc-maçonnerie en général et ajoute que le fait que ces criminels ne soient pas membres de la Grande Loge de France ne constitue qu’une très faible consolation, puisque, pour le grand public, ce sont bien tous les francs-maçons qui sont montrés du doigt. La lettre souligne même qu’il n’est rien de pire que la réalité quand elle rejoint la caricature et donne ainsi raison aux pires détracteurs.
Le texte rappelle ensuite avec insistance le respect de la Régularité
GLDF, 8 rue Louis Puteaux P17
Il la définit comme le respect des fondations de l’Ordre initiatique, de la Constitution et des règles, comme la garantie de l’identité commune, mais aussi comme le respect, par chacun, des valeurs et des vertus qui unissent les Frères. La lettre appelle alors à la plus grande rigueur morale, non seulement en Loge mais dans la vie quotidienne, et à une vigilance renforcée dans le choix comme dans le maintien des membres.
Elle affirme qu’aucune proximité fraternelle, aucune ancienneté ni aucun rang ne sauraient atténuer la gravité d’une faute. Elle annonce aussi que l’Obédience prend et continuera de prendre des mesures de rappel à l’ordre, de sanction et d’exclusion chaque fois que des comportements contraires à ses valeurs sont constatés. Enfin, elle enjoint aux instances disciplinaires de chaque Loge d’agir avec la plus grande fermeté, précisément parce que ces comportements déviants portent atteinte à l’ensemble des francs-maçons et des franc-maçonnes. C’est un texte de gravité, d’autorité et de responsabilité. Il ne commente pas le procès. Il rappelle ce qu’une obédience digne de ce nom doit exiger d’elle-même et des siens.
Cette parole compte. Elle compte parce qu’elle ne se réfugie pas derrière l’argument commode du « ce ne sont pas les nôtres »
Elle compte parce qu’elle reconnaît que le préjudice symbolique frappe au-delà des frontières obédientielles. Elle compte parce qu’elle redonne au mot exemplarité son poids initiatique véritable. Et elle compte surtout parce qu’elle réintroduit, dans un espace saturé par le vacarme médiatique, une voix institutionnelle qui parle de rigueur, de rectitude et de vigilance plutôt que de communication.
À mesure que le procès avance, l’affaire Athanor cesse d’être seulement un dossier d’assises Elle devient un révélateur.
Révélateur des fragilités humaines. Révélateur des emballements médiatiques.
Révélateur aussi des vieux réflexes antimaçonniques qui n’attendent qu’un scandale pour se réveiller.
Dans ce tumulte, la franc-maçonnerie ne se défendra ni par le déni ni par le silence.
Elle ne le pourra que par la vérité, par la fermeté et par l’exigence intérieure
En rappelant à ses Frères que la Tradition n’est vivante qu’à la condition d’être tenue par la rigueur morale, la Grande Loge de France apporte à cette séquence troublée ce qui manque le plus au débat public depuis plusieurs jours. Non une émotion de plus, mais une boussole.
Revue de presse du jour 2 liens et parutions à retenir
Instagram lefrancmacon_ « On avait parlé des scandales “maçonniques” impliquant des francs-maçons, comme la loge Athanor, sur Legend » https://www.instagram.com/p/DW1pYvqAolR/
*Le Centre parachutiste d’entraînement spécialisé, ou CPES, est une unité liée au Service Action français et stationnée à Cercottes, dans le Loiret. Il est chargé de former des agents appelés à opérer en zones normalisées, c’est-à-dire dans des contextes où la discrétion et l’insertion doivent se faire dans un environnement moins ouvertement hostile que les zones de crise.Rôle du CPES : Le CPES fait partie de l’appareil de formation du Service Action, aux côtés d’autres centres spécialisés. Son rôle est d’instruire des personnels destinés à des missions clandestines, avec un entraînement adapté à des opérations menées sous couverture ou dans des milieux urbains.
Dans « La Prophétie de l’Espoir », Gislaine Duboc propose un récit à la fois initiatique et spirituel, s’inscrivant dans une tradition ésotérique contemporaine. L’ouvrage ne se présente pas comme une simple fiction, mais comme un message porteur de sens destiné à éveiller la conscience humaine face aux mutations profondes de notre époque.
Le livre repose sur une idée centrale : l’humanité traverse une période charnière, marquée par une crise globale (morale, spirituelle, écologique), mais aussi par une opportunité unique d’évolution. Cette transformation est décrite comme une « prophétie », non pas au sens fataliste, mais comme une potentialité dépendant des choix humains.
Un des axes majeurs du livre est la responsabilité individuelle. L’auteure insiste sur le fait que le changement du monde ne peut venir que d’une transformation intérieure de chaque être humain. Elle développe plusieurs idées clés : L’être humain possède une dimension spirituelle souvent ignorée, le réveil de la conscience passe par une reconnexion à soi, les pensées et les émotions influencent la réalité collective. Ainsi, chacun devient un acteur de la transformation planétaire. Le salut n’est pas extérieur (ni politique ni technologique), mais intérieur.
L’ouvrage adopte une vision énergétique de l’univers, proche de certains courants ésotériques et spirituels modernes : Tout est vibration, les états de conscience influencent ces vibrations, l’amour, la peur, la haine ou la compassion ont des effets concrets. Dans cette perspective, la Terre elle-même est en évolution vibratoire. L’humanité doit s’aligner sur cette montée en fréquence pour éviter des déséquilibres majeurs.
Plutôt que de voir les crises comme des catastrophes, Gislaine Duboc les interprète comme des étapes nécessaires : Elles révèlent les déséquilibres de l’humanité, elles obligent à remettre en question les anciens modèles, elles ouvrent la voie à une transformation profonde. Cette lecture initiatique transforme la peur en opportunité. L’effondrement de certaines structures (sociales, économiques, psychologiques) devient le prélude à une renaissance.
Contrairement à une vision naïve, l’espoir dans ce livre n’est pas passif. Il est présenté comme une force consciente et créatrice. L’espérance implique un engagement personnel, une foi dans le potentiel humain, une capacité à agir malgré l’incertitude. Elle devient une véritable « énergie de transformation », capable d’influencer le futur.
L’AUTEURE
Gislaine Duboc est une chamane contemporaine qui rassemble l’ouverture de ses perceptions aux outils psychologiques occidentaux. Elle pratique des stages de « constellations chamaniques » ainsi que des formations à sa pratique. Elle est l’auteure du livre : « LES 4 VOIES CHAMANIQUES » Ed Eyrolles 2017. Elle a plus de 700 000 abonnés sur les réseaux sociaux.
Avec Les grandes clés initiatiques dévoilées, Paul Sanda rassemble en un même mouvement Marie Madeleine, Compostelle, la Cène, les Cathares, les Templiers, le Graal, l’alchimie et le Prieuré de Sion. Loin des récits faciles et des séductions de surface, il propose une traversée dense de la tradition ésotérique occidentale, où chaque symbole devient une voie de connaissance et chaque héritage un appel à l’éveil intérieur.
Paul Sanda appartient à cette famille d’auteurs pour lesquels l’ésotérisme n’est ni une parure de langage ni un marché du mystère, mais une discipline de l’âme, une ascèse du regard et une fidélité au feu caché des symboles. Patriarche dans une lignée gnostique syriaque d’Occident, connu aussi sous le nom de Tau Sendivogius, il poursuit depuis plusieurs livres une œuvre de réintégration spirituelle. La Voie ésotérique du chevalier chrétien donnait déjà à entendre une chevalerie intérieure. Rituels de guérison par les Archanges montrait combien, chez lui, le rite n’est jamais dissocié d’une anthropologie sacrée. Avec Les grandes clés initiatiques dévoilées, Paul Sanda élargit encore son champ et propose moins un traité qu’une traversée, moins une compilation qu’une cartographie vibrante des survivances, des transmissions et des réveils possibles.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’ampleur du geste
L’ouvrage va de l’alchimie opérative à la pierre philosophale, de la Cène à Marie Madeleine, du Graal au chemin de Compostelle, des Cathares aux Templiers, du Baphomet à saint Michel, des églises romanes à la Vierge aux rochers. Pourtant, cette diversité ne disperse pas le propos. Paul Sanda tient ensemble ces matériaux hétérogènes par une intuition centrale, celle d’une Tradition occidentale souterraine, blessée, voilée, parfois défigurée, mais jamais entièrement abolie. Sous les récits officiels, sous les dogmes raidis, sous les rationalismes amputateurs, demeure un langage plus ancien que les systèmes, plus libre que les orthodoxies, plus exigeant aussi. C’est ce langage que ce livre cherche à rendre de nouveau audible.
La force de Paul Sanda est de ne pas réduire les symboles à des curiosités.
Il les traite comme des puissances de connaissance
Ainsi Marie Madeleine n’est pas seulement une figure pieuse ou controversée. Elle devient le signe d’une lignée spirituelle, d’une mémoire féminine du sacré, d’une présence qui déplace notre compréhension du christianisme. Compostelle n’est pas ramené à un itinéraire de dévotion. Le chemin devient opération intérieure, pédagogie du dépouillement, lente rectification de l’être. La Cène elle-même cesse d’être seulement une scène fondatrice pour apparaître comme un nœud prophétique, une condensation de mystères où se touchent le sacrifice, la transmission et la transfiguration.
Cette manière de relier les plans parle fortement à une sensibilité maçonnique.
Paul Sanda rappelle sans cesse, fût-ce implicitement, que la vérité initiatique n’est jamais donnée d’un bloc
Elle se découvre par rapprochements, par correspondances, par efforts de lecture. L’église romane, la cathédrale, la coupe, l’étoile, la pierre, la voie chevaleresque, la langue des oiseaux, tout cela compose un vaste atelier de signes où l’esprit doit apprendre à tailler, ajuster, unir. Nous retrouvons ici quelque chose d’essentiel à toute démarche initiatique, cette certitude que le visible est traversé d’invisible et que l’homme ne s’élève qu’en consentant à travailler sa propre matière.
Il faut aussi saluer la tonalité du livre
Paul Sanda source Wikipédia
Paul Sanda refuse tout sensationnalisme. Lorsqu’il aborde le Prieuré de Sion, les contre-pouvoirs, les ordres secrets ou les survivances templières, il ne cède ni au roman facile ni à la thèse tapageuse. Il choisit plutôt d’ouvrir des pistes, de croiser des héritages, de réveiller des filiations. Sa méthode relève moins de l’affirmation autoritaire que de la proposition méditée, ce qui donne à l’ensemble une respiration singulière. Nous ne sommes jamais sommés d’adhérer, mais conviés à chercher, à interroger, à prolonger nous-mêmes l’enquête intérieure, comme y invite, à la fin de chaque chapitre, le « Pour aller plus loin », appuyé sur une riche bibliographie sélective.
Un autre mérite de l’ouvrage réside dans sa générosité intellectuelle
Les prolongements proposés au fil des pages entretiennent le mouvement de la quête et empêchent la lecture de se refermer sur elle-même. Le discret fil de bas de page qui accompagne le volume donne lui aussi le sentiment d’une continuité, presque d’un chemin graphique, comme si la pensée devait toujours se poursuivre d’une page à l’autre, d’un seuil à l’autre, d’un signe à l’autre.
Ce livre n’est pas exempt d’audace, ni parfois d’hypothèses qui demanderont au lecteur d’accepter de marcher sur des crêtes
Mais c’est précisément ce qui lui donne sa valeur. Paul Sanda ne cherche pas à rassurer. Il cherche à réensemencer l’imaginaire spirituel de l’Occident. Dans une époque qui a perdu le sens des médiations symboliques, il rappelle que l’initiation ne consiste pas à collectionner des secrets, mais à devenir capable d’une lecture plus profonde du monde, de l’histoire et de nous-mêmes. Les grandes clés initiatiques dévoilées est de ces ouvrages qui troublent utilement, qui déplacent les lignes, qui rendent au lecteur le goût d’une connaissance habitée. Sous son apparente profusion, il porte une seule exigence, redevenir intérieurement digne des signes que nous prétendons contempler.
Ce livre ne livre pas un savoir prêt à consommer
Il remet entre les mains du lecteur des fragments de lumière, des repères, des passages, afin que la quête ne demeure pas un mot mais redevienne une discipline de l’être. Chez Paul Sanda, l’ésotérisme n’est jamais affaire de curiosité. Il engage une conversion du regard. C’est sans doute là que réside la vraie clef de cet ouvrage, dans sa capacité à rappeler que les grandes traditions ne meurent jamais tout à fait tant qu’il se trouve des lecteurs pour les faire revivre en eux-mêmes.
Les grandes clés initiatiques dévoilées – Marie Madeleine, Compostelle, Prieuré de Sion, La Cène…
Paul Sanda –Éditions Trajectoire, 2026, 382 pages, 25,50 €/L’éditeur, le SITE
À l’heure des identités incertaines, des appartenances fragiles, de l’accélération numérique et de la fatigue du sens, la question mérite d’être posée sans ironie ni nostalgie. L’initiation, au sens le plus large, et l’initiation maçonnique en particulier, peuvent-elles encore parler aux jeunes générations ? Non comme survivance d’un autre âge, ni comme refuge décoratif pour adultes en mal de rite, mais comme chemin réel de formation intérieure, d’exigence éthique et de liberté spirituelle. La réponse n’est ni automatique ni acquise. Mais elle demeure possible, à une condition essentielle, que l’initiation redevienne une expérience vivante.
Il existe dans toute véritable initiation une promesse qui traverse les siècles
Cette promesse n’est pas celle du pouvoir, ni celle de la réussite sociale, ni même celle d’un savoir supérieur distribué à quelques privilégiés. Elle est plus discrète et plus profonde. Elle dit à l’être humain qu’il n’est pas condamné à demeurer à la surface de lui-même. Elle lui rappelle qu’il peut se transformer, s’ordonner, se connaître, se relier à plus vaste que lui. En ce sens, l’initiation ne relève pas d’un folklore du passé. Elle touche à une nécessité permanente de l’âme humaine.
Les jeunes générations, contrairement à ce que répètent tant de discours fatigués, ne sont pas étrangères à cette quête
Elles n’ont pas déserté le besoin de sens. Elles l’expriment autrement. Sous les formes parfois heurtées de l’inquiétude contemporaine, nous voyons se lever chez beaucoup de jeunes une soif de cohérence, une aspiration à l’authenticité, un refus des paroles vides, une exigence d’alignement entre les idées professées et les vies menées. Elles se défient des institutions quand celles-ci parlent haut mais vivent bas. Elles se détournent des structures qui promettent l’élévation et ne produisent que de l’entre-soi, de la rhétorique ou de la répétition. Mais cette défiance n’est pas un renoncement à la profondeur. Elle est souvent, au contraire, le signe d’une attente blessée.
C’est ici que l’initiation redevient pensable
Non comme un produit à vendre à la jeunesse, ce qui serait déjà la trahir, mais comme une réponse possible à plusieurs manques de notre temps. Manque de transmission d’abord. Nous vivons dans des sociétés saturées d’informations et pourtant démunies quant à la véritable transmission. On accumule des contenus, on commente, on réagit, on publie, on consomme, mais on transmet de moins en moins ce qui forme intérieurement un être. Transmettre, ce n’est pas simplement informer. C’est inscrire quelqu’un dans une chaîne, dans un ordre du temps, dans une fidélité vivante où il reçoit davantage qu’un message, une tenue, une discipline, une respiration.
Or l’initiation, qu’elle soit philosophique, spirituelle, compagnonnique ou maçonnique, repose précisément sur cette transmission incarnée
Elle donne des gestes, des mots, des silences, une mémoire, une méthode, une ascèse. Elle apprend que l’on ne se construit pas seul, et qu’aucune liberté durable ne naît de l’improvisation permanente. À une époque où tant de jeunes sont sommés d’inventer seuls leur identité, leur vérité, leur avenir et parfois même leur propre valeur, l’idée initiatique introduit une douceur exigeante. Elle dit qu’il est possible d’être conduit sans être aliéné, guidé sans être dominé, formé sans être formaté.
L’initiation maçonnique ajoute à cela quelque chose de singulier
Elle ne propose pas un catéchisme, mais un travail. Elle ne demande pas une adhésion aveugle, mais une mise en chemin. Elle ne prétend pas abolir le monde profane, mais elle invite à le regarder autrement. Elle institue un temps à part, un espace séparé, un langage symbolique, une dramaturgie du dépouillement et de la reconstruction. Dans une civilisation de l’immédiateté, cela est immense. Entrer dans une loge, pour un jeune homme ou une jeune femme, peut signifier découvrir qu’il existe encore des lieux où l’on n’est pas réduit à son profil, à son utilité, à sa rentabilité, à sa visibilité sociale. On y entre non pour se montrer, mais pour se travailler.
C’est là sans doute l’un des points les plus décisifs
La jeunesse contemporaine vit sous le règne de l’exposition. Il faut se dire, s’afficher, se raconter, s’optimiser, se rendre lisible, produire de soi une image continue. La franc-maçonnerie, lorsqu’elle demeure fidèle à son esprit, propose un contre-mouvement salutaire. Elle réhabilite l’intériorité. Elle rend au silence sa dignité. Elle enseigne la lenteur, l’écoute, la maturation, le détour symbolique. Elle montre que tout ne se livre pas d’un coup, que l’être humain ne s’épuise pas dans ce qu’il déclare de lui-même, et qu’il existe un savoir qui naît moins de l’opinion que de la transformation.
Il serait pourtant naïf de croire que cette promesse suffit à garantir la rencontre avec les jeunes générations.
Encore faut-il que les institutions initiatiques se montrent à la hauteur de ce qu’elles prétendent transmettre
Car la jeunesse perçoit avec une redoutable rapidité les écarts entre les mots et les actes. Elle voit très vite si une structure parle de fraternité mais pratique l’indifférence, si elle célèbre l’élévation morale tout en tolérant les médiocrités d’ego, si elle invoque la tradition comme un souffle mais la réduit en réalité à un rite sans âme. Ce que les jeunes ne supportent plus, ce n’est pas l’exigence. C’est l’hypocrisie. Ce n’est pas la discipline. C’est le simulacre.
La question n’est donc pas seulement de savoir si l’initiation peut encore attirer
Elle est de savoir si les initiés eux-mêmes habitent encore leur propre démarche. Une loge où l’on travaille vraiment, où le rituel est vécu et non joué, où les symboles ne sont pas des ornements mais des outils de connaissance, où la fraternité se prouve par la qualité de présence, une telle loge peut parler profondément à la jeunesse. Elle le peut même davantage aujourd’hui qu’hier, parce que le désert spirituel s’est étendu autour d’elle. Dans le vacarme des appartenances jetables, un lieu où l’on apprend à se taire, à penser, à douter, à se redresser, devient presque révolutionnaire.
Il faut aussi comprendre ce que cherchent beaucoup de jeunes sans toujours le formuler ainsi.
Ils ne demandent pas seulement un cadre. Ils demandent une épreuve juste
Ils veulent être reconnus capables de gravité. Notre époque a souvent tendance à infantiliser la jeunesse tout en lui abandonnant les fardeaux les plus lourds. On lui parle en langage simplifié, mais on la laisse seule face aux angoisses écologiques, géopolitiques, sociales, identitaires, technologiques. L’initiation prend le contre-pied de cette contradiction. Elle suppose que le nouvel arrivant est digne d’un effort. Elle le traite comme un être en devenir capable de traverser des symboles, de recevoir une parole dense, de s’inscrire dans une durée. C’est une marque de confiance très haute.
Plus encore, l’initiation maçonnique peut offrir aux jeunes générations ce que l’univers numérique fragmente sans cesse, une expérience ordonnée de la relation
En loge, l’autre n’est pas d’abord un adversaire, un rival, un pseudonyme ou un flux. Il est un frère, une sœur, un compagnon de route, parfois très différent de soi par l’âge, le parcours, le métier, l’origine, la sensibilité. Or cette mixité des temps de vie et des expériences constitue une richesse précieuse. La franc-maçonnerie, dans ses meilleures heures, met en présence des générations qui autrement ne se parleraient presque plus. Elle restaure une circulation de la parole entre âges séparés par les habitudes culturelles. Elle ne juxtapose pas, elle relie.
Mais il faut dire aussi ce que l’initiation ne doit pas devenir si elle veut être une promesse réelle
Elle ne doit pas se présenter comme une réponse totale. Elle n’est ni une thérapie, ni une carrière, ni une forteresse identitaire, ni un musée de gestes anciens. Elle n’a pas à flatter les blessures narcissiques en distribuant à bas prix l’illusion d’appartenir à une élite cachée. Lorsqu’elle tombe dans cette tentation, elle se défigure. La jeunesse n’a pas besoin d’un théâtre du prestige. Elle a besoin de lieux où l’on apprend la mesure, le discernement, la rectification de soi, la responsabilité devant l’humain.
C’est pourquoi la dimension éthique de la voie maçonnique demeure essentielle
L’initiation n’a de sens que si elle déborde la tenue pour féconder l’existence. Elle n’est pas un refuge contre le monde, mais une manière plus juste d’y revenir. Les jeunes générations attendent moins des discours abstraits sur l’humanisme que des preuves tangibles de cohérence. Une franc-maçonnerie qui sait penser les fractures du temps présent, la solitude, la violence verbale, la désorientation civique, la crise de la vérité, la difficulté d’habiter le pluralisme, celle-là redevient audible. Non parce qu’elle se mettrait à courir après l’époque, mais parce qu’elle lui oppose une hauteur.
Il existe enfin une raison plus secrète pour laquelle l’initiation peut représenter une promesse pour les jeunes générations
Sœur au centre de la Loge
Toute jeunesse authentique porte en elle, même à son insu, un désir de commencement. Or l’initiation est précisément l’art du commencement recommencé. Elle enseigne que naître biologiquement ne suffit pas, qu’il faut aussi consentir à naître à soi, à sa parole, à sa conscience, à sa responsabilité. Elle ne nie pas les fractures de l’âge moderne, mais elle donne une forme à la traversée. Elle apprend que l’homme peut être taillé, poli, relevé. Elle fait de la vie non une simple succession d’événements, mais une œuvre à construire.
Dans cette perspective, la franc-maçonnerie n’a pas à séduire les jeunes par des stratégies de communication empruntées au marché
Elle a à redevenir ce qu’elle dit être. Une école de liberté intérieure. Un atelier de rectification. Un lieu où l’on passe de la dispersion à l’unité, du bruit à la parole, de l’opinion à la pensée, du moi revendiqué au moi travaillé. Si elle garde cette vérité-là, alors oui, elle porte encore une promesse. Non pas la promesse d’un monde facile, ni d’une jeunesse soudain reconquise, mais celle, plus rare et plus noble, d’une transmission capable d’aider des êtres à ne pas se perdre.
La jeunesse n’attend peut-être pas qu’on lui parle davantage
Elle attend qu’on lui montre qu’une vie intérieure demeure possible, qu’une fraternité peut être sincère, qu’une tradition peut être vivante et qu’un rite peut encore ouvrir un horizon. Là se tient, aujourd’hui comme hier, la dignité de l’initiation. Non dans le prestige de ses mots, mais dans la vérité des êtres qu’elle façonne. Si la franc-maçonnerie sait encore former des consciences plus libres, plus droites et plus fraternelles, alors elle n’appartient pas au passé. Elle demeure une espérance en acte.
Nous sommes en France en 2026, dans un département de « Gauche », dans une commune de « Gauche », avec au premier tour une équation imbattable : La liste de gauche conduite par Jean-Michel Bourgeot arrive en tête avec plus de 40 % des voix.
Au 2ème tour il est prévu trois listes ! Pourtant…, c’est la droite qui l’emporte avec 65 voix d’avance. Entre les deux tours des affichettes ont fleuri avec un mot magique :
« Bourgeot est un franc-maçon ! »
Et le tour est joué !
Jean-Michel Bourgeot a décidé de demander l’annulation l’élection !
On ne parlera pas de l’énergumène qui a eu cette idée d’exciter le peuple en agitant le chiffon de l’antimaçonnisme. Manifestement, il appartient à un clan qui a bénéficié de complicité et si les renseignements généraux s’en mêlent on saura vite qui il est.
En revanche, il faut bien constater que c’est vraisemblablement l’électorat d’extrême gauche qui a provoqué la chute ! il suffit d’observer les scores des deux tours :
Et dire que Jean-Luc Mélenchon a fréquenté les loges et que c’est aujourd’hui l’idole des cryptofascistes. Pauvres humains !
Voici le reportage FR3 Auvergne du 9 avril 2026 avec l’interview de Jean-Michel Bourgeot.
Réservez la date ! Le samedi 9 mai 2026, le Grand Collège des Rites Écossais du Grand Orient de France, Suprême Conseil du 33e degré en France pour le Rite Écossais Ancien et Accepté, donne rendez-vous à la Saline royale d’Arc-et-Senans (Doubs ; région culturelle et historique de Franche-Comté) pour un colloque au titre sans détour,
« Le Franc-Maçon à l’aune de la Modernité ».
La journée s’annonce dense, structurée et ambitieuse
Saline royale
Pas de colloque de pure convenance. Pas de thème décoratif. Le GCR REAA GODF choisit un sujet central et le place dans un lieu qui l’est tout autant. À Arc-et-Senans, la Saline royale de Claude-Nicolas Ledoux– initié à la loge « Sincérité » (ou « Sincérité, Parfaite Union et Constance ») à l’Orient de Besançon – impose d’emblée un décor de pierre, d’idée et d’utopie. Le cadre est parfait pour une journée qui entend confronter la tradition initiatique aux secousses du monde contemporain.
Le programme :
Dès 9 heures, les participants seront accueillis sur site
À 9 h 30, l’ouverture du colloque reviendra à Samba Fall, membre actif du Suprême Conseil. Puis le programme entrera immédiatement dans le vif du sujet.
À 9 h 45, Jean Iozia Marietti ouvrira la séquence historique. Historien et chercheur en franc-maçonnerie, auteur de travaux remarqués sur les rites égyptiens au Grand Orient de France, il apportera la profondeur documentaire nécessaire à une réflexion sur les sources, les mutations et les héritages de la modernité maçonnique.
À 10 h 30, place à Raphaël Liogier pour la vision métaphysique. Sociologue, philosophe, professeur des universités à Sciences Po Aix, observateur reconnu des recompositions du religieux et des spiritualités contemporaines, il donnera à la matinée sa hauteur spéculative et son souffle intellectuel.
Après la pause, à 11 h 30, Bruno Deffains prendra le relais sur le terrain politique et socio-économique. Professeur de sciences économiques à l’Université Paris Panthéon-Assas, spécialiste de l’économie du droit et des mécanismes institutionnels, il portera une lecture critique des tensions de la modernité dans leur traduction sociale, politique et normative.
La matinée s’achèvera par une conclusion musicale, avant le déjeuner pris sur place à 12 h 30.
La reprise est annoncée à 14 heures avec une table ronde sur un sujet brûlant, les technologies de communication, opportunités et menaces
Elle sera animée par Philippe Rivet. L’introduction reviendra à Ioan Roxin, maître de conférences habilité, spécialiste de l’ingénierie informatique, du multimédia et des usages numériques. Son intervention, centrée sur les enseignements d’une enquête menée sur ces technologies, donnera à l’échange une base concrète et actuelle. Là encore, le Grand Collège des Rites Écossais du GODF montre qu’il ne regarde pas la modernité de loin. Il veut la penser dans ses outils, ses effets et ses dérives. Une nouvelle conclusion musicale viendra clore cette séquence.
À 16 heures, la clôture du colloque reviendra à Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais du GODF. Sa présence souligne la portée institutionnelle de cette journée, qui engage pleinement le Suprême Conseil du 33e degré du REAA dans une réflexion de fond sur le temps présent.
Et la journée ne s’arrêtera pas là. Les participants pourront ensuite découvrir le site de la Saline royale et ses expositions lors d’une visite guidée par Gérard Chouquer, historien et spécialiste de l’utopie. Son nom donne à cette séquence une épaisseur particulière. Avec lui, la Saline ne sera pas seulement visitée. Elle sera lue, interprétée, replacée dans la longue histoire des villes idéales, des architectures de réforme et des rêves bâtisseurs hérités des Lumières.
C’est bien cela que propose le GCR REAA GODF à Arc-et-Senans
Une journée de pensée, de débat, de transmission et de lecture du monde.
Une journée où le REAA se montre tel qu’il doit être, non un abri contre l’époque, mais un outil pour la comprendre.
Le 9 mai, à Arc-et-Senans, le Grand Collège des Rites Écossais du GODF ne viendra pas meubler le calendrier. Il viendra poser une question vive, frontalement, dans un lieu qui oblige à penser.
Avec Mélusine, Jean-Michel Mathonière donne à la belle entreprise éditoriale dirigée par Pierre Mollier l’un de ses volumes les plus profonds, peut-être parce que la figure qu’il poursuit n’appartient jamais tout à fait au seul folklore, ni à la seule histoire, ni même au seul imaginaire. Elle flotte entre lignage et abîme, entre fécondité et interdit, entre eau, pierre et sang.
450.fm a présenté cette collection comme un patient travail de déchiffrement des signes, de leurs naissances, de leurs déplacements et de leurs métamorphoses. C’est exactement ce que ce livre accomplit, avec d’autant plus de force que nous avions déjà vu, dans la même série, Philippe Foussier rendre aux trois couleurs françaises leur mémoire battante. Ici, le symbole n’est plus civique mais féerique, non moins historique pourtant, et ce passage du drapeau à la fée bâtisseuse dit assez l’ampleur d’une collection qui veut penser la France à travers ses figures d’âme.
Le volume de Jean-Michel Mathonière a paru chez Dervy en février 2026
Rien de cela n’aurait été possible sans la qualité singulière du regard qui le porte. Né en 1958 à Montluçon, formé au dessin en bâtiment et au génie civil, passé par l’édition, la librairie puis le graphisme, fondateur de La Nef de Salomon, Jean-Michel Mathonière appartient à cette famille d’auteurs pour lesquels la recherche n’est jamais séparée de la main, du trait, de la matière et du chantier.
Spécialiste reconnu du compagnonnage, des compagnons tailleurs de pierre, des marques de métiers et de l’histoire de la construction, il a également travaillé sur les emblèmes d’imprimeurs, sur le tarot, sur les transmissions géométriques des bâtisseurs, et il fut commissaire, en 2013, de l’exposition « La règle et le compas » au musée de la franc-maçonnerie. Nous ne sommes donc pas devant un érudit de cabinet mais devant un lecteur des formes, un homme qui sait que les symboles se gravent autant dans la pierre que dans les récits.
Sa bibliographie donne d’ailleurs la clef de son approche
De L’Arcane des arcanes du Tarot à Le Plan secret d’Hiram – Fondements opératifs et respectives spéculatives du tableau de loge (Dervy, 2012) de La règle et le compas à ses travaux sur les bâtisseurs de cathédrales, sur Vignole, sur les marques des tailleurs de pierre ou sur le serpent compatissant, Jean-Michel Mathonière interroge depuis longtemps la zone où l’opératif rejoint le spéculatif, où la géométrie devient mémoire, où l’image cesse d’être illustration pour redevenir enseignement.
Cela se sent à chaque page de Mélusine. Le livre n’accumule pas des curiosités, il déploie une figure. Il n’entasse pas des versions, il reconstruit un champ symbolique. Il ne se contente pas d’informer, il remet en mouvement une présence très ancienne qui continue à travailler notre imaginaire européen.
Ce que l’auteur restitue d’abord avec une grande netteté intérieure, c’est la densité de la légende elle-même.
Mélusine n’est pas seulement une femme-serpent surprise dans son bain, réduite par la vulgarisation à une scène de curiosité punie
Elle est fille d’un exil, enfant d’une faute et d’une puissance, épouse fondatrice, mère de lignée, maîtresse des seuils, dispensatrice de prospérité, et gardienne d’une loi que le désir masculin ne sait pas respecter jusqu’au bout. Le secret du samedi, dans le récit, n’a rien d’anecdotique. Il marque le lieu inviolable. Il trace une limite. Il rappelle qu’une alliance ne vit que si elle consent à l’invisible de l’autre. Le mari qui veut tout voir détruit ce qui le faisait vivre. Le pacte rompu n’anéantit pas seulement un amour, il défait un ordre du monde.
C’est ici que le livre prend, pour nous, une portée profondément initiatique.
Nous reconnaissons dans cette loi du secret quelque chose qui touche au cœur même de la symbolique maçonnique
Non parce qu’il faudrait plaquer la loge sur la légende, mais parce que le récit de Mélusine pose avec une souveraine netteté la question de la juste mesure devant le mystère. Il existe dans toute démarche de connaissance une limite qui n’est pas une frustration mais une discipline de l’être. Raymondin ne chute pas pour avoir aimé, il chute pour avoir voulu posséder par le regard ce qui ne pouvait être reçu que dans la fidélité. La chambre fermée, le bain rituel, le miroir, la chevelure, la métamorphose, tout cela compose une liturgie du caché. Et ce caché ne relève pas du goût du secret pour lui-même. Il désigne la part sacrée sans laquelle l’union se change en emprise, la contemplation en profanation, la recherche en dévoration.
Cette lecture devient plus forte encore lorsque Jean-Michel Mathonière suit Mélusine dans sa fonction de bâtisseuse
Voilà sans doute l’un des plus beaux mérites de l’ouvrage. Bien des lecteurs connaissent la fée, moins nombreux sont ceux qui mesurent à quel point elle est aussi liée à l’acte de fonder, de borner, de circonscrire, de bâtir villes, forteresses, tours, ponts, églises, remparts, chapelles et domaines. Le livre montre admirablement comment la légende, loin d’être un simple caprice merveilleux, s’inscrit dans une très ancienne méditation sur l’édification. Dès lors, Mélusine cesse d’être une curiosité médiévale pour devenir une figure quasi cosmogonique. Elle fait surgir l’ordre du chaos, la demeure de la forêt, la pierre de l’eau, le territoire du sauvage. Le rapprochement avec Didon fondant Carthage par le découpage de la peau du bœuf est, de ce point de vue, d’une grande fécondité. Il rappelle que fonder, dans les vieux récits, n’est jamais un geste purement technique. C’est un acte de savoir, de ruse, de mesure et de pouvoir.
Pour une sensibilité maçonnique, cette dimension est essentielle.
La bâtisseuse n’est pas ici seulement une bienfaitrice populaire
Enseigne du XVIe siècle, La Rochelle
Elle apparaît comme une intelligence ordonnatrice, une maîtresse des commencements, une puissance qui sait d’où l’on part, où l’on borne, comment l’on établit. Ce n’est pas un hasard si Jean-Michel Mathonière, dont toute l’œuvre dialogue avec les traditions de métier, entend si bien la vibration opérative de la légende. Sous sa plume, Mélusine rejoint l’immense famille des figures qui président à l’arrachement d’un monde à l’indistinction. Elle n’est pas Hiram, bien sûr, mais elle touche au même noyau sacré de l’édification. Elle connaît le prix du chantier, la nécessité de la règle, la violence du temps, la transmission par l’œuvre, et même la solitude du bâtisseur quand le regard profane méconnaît ce qu’il doit à la main invisible.
Il faut dire aussi combien les illustrations portent ce livre
L’auteur ne les place jamais comme un ornement de confort. Elles argumentent, elles déplacent, elles dévoilent. Leur ensemble compose presque une seconde narration. Le parcours s’ouvre magnifiquement avec les Très Riches Heures du duc de Berry où Mélusine survole la tour du château de Lusignan, comme si la généalogie féerique planait encore au-dessus des pierres qu’elle a suscitées.
Viennent ensuite la rencontre à la fontaine, les miniatures du XVe siècle où Raymondin épie, la fée qui se peigne devant son miroir, la gravure ancienne du rite de fondation rapporté à Didon, les sirènes de La Rochelle, la sculpture de Bayeux, les images de Fougères, les chapiteaux, les enseignes, les blasons, les marques typographiques, jusqu’aux survivances modernes et contemporaines qui prouvent que Mélusine voyage encore. La marque typographique de l’imprimeur François Fradin (c. 1470 – 1537), la statue de Ludwig Michael Schwanthaler, les variantes luxembourgeoises, germaniques ou dauphinoises, les relectures fin de siècle comme l’image de Jules Garnier, tout cela montre une chose magnifique. Une figure ne survit pas parce qu’elle se répète. Elle survit parce qu’elle accepte de changer de corps sans perdre son noyau.
C’est précisément cette circulation des formes qui donne au livre sa respiration européenne.
Jean-Michel Mathonière suit les variantes françaises, allemandes, luxembourgeoises, scandinaves, dauphinoises ou rhénanes sans jamais diluer la singularité de chaque adaptation Il ne cherche pas un archétype abstrait détaché des lieux. Il montre, avec une justesse très rare, que chaque terre reçoit Mélusine selon ses peurs, ses espérances, ses structures de pouvoir et ses héritages imaginaires. Ici elle fonde. Là elle protège. Ailleurs elle prophétise, séduit, menace, nourrit, construit, s’enfuit, revient, ou se confond avec la sirène. Cette plasticité ne vide pas la figure de son sens. Elle le multiplie. Nous comprenons alors que le mythe n’est pas une forme morte du passé, mais une matrice qui continue à produire du sens à travers des corps successifs.
Jean-Michel Mathonière
Le livre est tout aussi remarquable lorsqu’il affronte les interprétations de Mélusine
L’auteur ne les aligne pas, il les éprouve. La lecture médiévale en fait un récit de légitimation lignagère, notamment pour les Lusignan, et nous y voyons très bien la manière dont le merveilleux vient ennoblir une maison, donner à une descendance la profondeur d’une source surnaturelle. Les relectures ecclésiastiques, plus tardives, déplacent la figure vers la faute, la chair, le démon, la punition, la femme dangereuse. Puis viennent les approches modernes, philosophiques, littéraires, symboliques, psychanalytiques, féminines ou féministes, et Jean-Michel Mathonière a l’intelligence de ne pas trancher prématurément. Mélusine demeure mère féconde et porteuse de transgression, puissance d’eau et puissance de pierre, marginale et souveraine, blessée et agissante. C’est cette irréductibilité qui nous retient. Elle empêche tout catéchisme interprétatif. Elle maintient la figure dans son rayonnement ambigu, c’est-à-dire dans sa vérité mythique.
Nous sommes particulièrement sensibles à la manière dont le livre laisse affleurer le lien entre Mélusine et l’élément aquatique
L’eau n’est jamais ici une simple provenance naturelle. Elle est mémoire, matrice, dissolution et révélation. Fontaine de Soif, bains interdits, fleuves, grottes, reflets, miroirs et profondeurs tissent autour de la fée une symbolique du dessous, du féminin primordial, de l’engendrement obscur. Mais cette eau, chez Jean-Michel Mathonière, n’est pas seulement celle des rêveries. Elle est aussi celle qui autorise l’édifice, qui borde les territoires, qui fait monter la ville, qui relie la chair et la pierre. Nous retrouvons là un enseignement presque hermétique. Toute construction durable naît d’une alliance entre l’humide et le solide, entre la vie mouvante et la forme stable. Mélusine est précisément le nom de cette alliance impossible et pourtant nécessaire.
Le charme très singulier de ce livre vient enfin de ce qu’il ne rabaisse jamais la légende à un folklore aimable
L’auteur sait que ces récits furent des instruments de mémoire collective, des matrices de sens, des réservoirs de droit, d’origine, d’identité et d’angoisse. Il sait aussi, et cela nous touche beaucoup, qu’une figure comme Mélusine n’intéresse pas seulement l’histoire religieuse, l’histoire littéraire ou l’histoire des images. Elle touche à la question de savoir comment une civilisation se représente l’altérité intime qui la fonde. Que fait une société de ce qui la nourrit sans lui ressembler tout à fait. Que fait-elle de la femme qui bâtit plus qu’elle ne règne. Que fait-elle de la source qui donne forme mais échappe à la capture. Que fait-elle de la loi qui protège tant qu’elle est honorée et qui se retourne dès qu’elle est violée.
Nous tenons donc avec ce petit livre dense un ouvrage bien plus important que son format ne le laisserait croire
L’auteur y réussit une alchimie rare. Il rassemble l’histoire, l’iconographie, la littérature, les survivances populaires, la pensée symbolique, l’écho compagnonnique et la profondeur initiatique dans un même mouvement de clarté. Nous ressortons de cette lecture avec le sentiment qu’une vieille fée française a retrouvé son vrai visage, non pas celui d’une curiosité pittoresque, mais celui d’une gardienne des passages. Dans une époque qui réduit volontiers les symboles à des signes de consommation ou à des motifs sans mémoire,
Mélusine revient ici comme une ancienne souveraine de la limite, de l’œuvre et du secret. Et c’est peut-être pour cela que le livre de Jean-Michel Mathonière demeure longtemps dans l’esprit. Il nous rappelle qu’aucune construction digne de ce nom, qu’elle soit d’amour, de pierre, de filiation ou de conscience, ne peut se maintenir sans fidélité à la part invisible qui lui a donné naissance.
Mélusine
Jean-Michel Mathonière – Éditions Dervy, coll. Les symboles de note histoire, 2026, 88 pages, 12,90 € / Éditions Dervy Almora, Groupe Guy Trédaniel, le SITE
Le champ lexical de *opinari est strictement latin et d’étymologie obscure. Dépréciatif, en ce qu’il ressortit au même domaine que la *doxa, c’est-à-dire une croyance imaginaire ou fausse, une renommée sans guère de fondement. L’opinion, en grec *dogma, en se contentant de l’idée imposée de l’extérieur, se montre contraire à la pensée qui est une pesée mûrement réfléchie des idées, un dialogue intime ou partagé.
Ni singularité ni originalité dans l’opinion, elle n’est trop souvent qu’une chambre d’écho de la vox populi.
Pas plus de liberté qu’un réflexe épidermique ! Ce qui fait dire à Hannah Ahrendt : « La liberté d’opinion est une farce si la vérité sur les faits n’est pas garantie ».
Hélas, si peu d’individus échappent à ce réflexe de troupeau !
La connaissance lentement et solidement étayée est bafouée, l’opinion se fait péremptoire et se déchaîne dans le fanatisme. Opiniâtre.
Gustave Flaubert en a esquissé un portrait imparable dans son « Dictionnaire des idées reçues » (1881), dont les deux personnages sont des copistes obtus, qui se prennent pour de doctes encyclopédistes et n’émettent que les poncifs amalgamés de leurs lectures. Bouvard, aussi pesant qu’un « bœuf » et absorbant qu’un « buvard », Pécuchet aussi moutonnier que le *pecus, troupeau latin… Pécore… !
Rien d’inopiné dans leur cheminement, puisqu’ils sont imperméables à tout imprévu qui instillerait le moindre petit doute dans leur démarche pesante.
L’expression opinerdu bonnet viendrait, sans absolue certitude, de la coutume qu’avaient magistrats, édiles et notables, de lever le bonnet de leur fonction, pour voter en assemblée.
Rien de pire que l’indifférence passive du troupeau, assimilée à un consentement d’opinion, qui fait croire à l’acquiescement tacite, « qui ne dit mot consent ».
Le « sondage d’opinion » envahit tous les champs de la société et, au nom de la sacro-sainte statistique, conditionne sans vergogne les comportements. Et, dans sondage, il y a … *sub-undare, aller sous l’eau ! De là à influer subrepticement sur les eaux dormantes des consciences assoupies…
Régis Debray parle d’« opineurs universels » à propos d’intellectuels qui s’autoproclament habilités à proférer une opinion à propos de tout sujet d’actualité.
Et Michel Serres (De l’impertinence aujourd’hui, entretiens avec Michel Polacco, 2016) perçoit dans l’opinion une dangereuse corrélation avec la bêtise.
« Et parmi les passions qui précipitent dans la bêtise, il y a l’opinion. Celui qui a une opinion, c’est un opiniâtre, c’est celui qui veut toujours s’en tenir à la même raison. »
Alain Souchon, dans Poulailler-song, chante :
« Les belles basses-cours à bijoux,
On entend la conversation
De la volaille qui fait l’opinion. »
Le remède ? Savoir hésiter, bifurquer, accueillir l’inattendu.
Toujours s’étonner…
Annick DROGOU
À défaut d’idées, nos contemporains ont des opinions. Et souvent, sur tout. Elles circulent vite. Sur les réseaux, à la machine à café, dans les dîners. Elles tranchent, elles jugent, elles classent. Elles condamnent ou elles absolvent. Sans appel.
Mais qu’est-ce qu’une opinion ? Est-ce une pensée ou seulement une réaction ? On croit penser. On réagit. Il y a, dans l’opinion, quelque chose d’immédiat. Elle surgit avant même que le doute n’ait eu le temps de s’installer. Elle rassure. Elle donne le sentiment d’exister.
Elle nous place dans un camp. Et pourtant… Il suffit d’écouter. Derrière bien des opinions, il n’y a pas de pensée, seulement un écho. Flaubert l’avait vu avec une ironie cruelle : Bouvard et Pécuchet accumulent les savoirs comme on empile des livres, mais ne produisent que des idées reçues. Ils ne pensent pas. Ils répètent.
Nos opinions ressemblent parfois à cela : un conformisme qui se donne les airs du courage.
On parle de courant d’opinion. Mais que charrie-t-il, ce courant ? Et où nous emporte-t-il, sinon vers nous-mêmes, sans jamais nous y conduire ?
Penser demande du temps. Du silence. Une forme de retrait. Avoir une opinion, c’est rapide. Penser, c’est lent. Or dans ce monde pressé, on a choisi la vitesse. Alors, peut-être, un seul exercice modeste et exigeant, une forme d’élégance intérieure : résister à la tentation d’avoir un avis sur tout. Apprendre à suspendre. À laisser place. À ne pas immédiatement combler le silence. Apprendre à hésiter, non par faiblesse, mais pour laisser advenir. Car c’est dans cet intervalle, dans ce presque rien, que la pensée commencera à naître.
Et, peut-être aussi autre chose. Une qualité de présence, une attention plus juste. Un rapport au monde moins restreint, moins tranché. Alors, doucement, sans bruit, apprendre à aimer plus et à juger moins. Tout un programme, mais peut-être déjà passible de délit d’opinion.
Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) est un rite maçonnique fondé en 1801 à Charleston aux États-Unis, sur la base des Grandes Constitutions de 1786. L’auteur, selon la tradition, en serait Frédéric II de Prusse. Alors que le Rite ne comportait pas à l’origine les degrés au-delà de celui de Maître Maçon, il est composé actuellement de 33 degrés, du 1er au 33ème.
Il est généralement pratiqué dans le cadre de deux organismes complémentaires et distincts : une obédience maçonnique qui fédère des loges des trois premiers grades de la Franc-maçonnerie (Apprenti, Compagnon et et Maître), dirigée par un Grand Maître – ou une Grande Maîtresse – et une juridiction ou Suprême Conseil, qui regroupe les ateliers du 4ème au 33ème degré et dirigée par un Grand Commandeur.
Cependant, on constate que les degrés au-delà du troisième existaient avant 1801 puisqu’on trouve à Londres dès 1733 la trace d’une loge de Temple Bar ayant conféré le degré de Maître écossais (Scots Master ou Scotch Master). Ce degré fut également conféré dans une Loge de Bath en 1735 ainsi que dans une Loge française, St George de l’Observance n° 49 de Covent Garden, en 1736.
Dans le livre des Constitutions de la première Grande Loge de Londres, qui date de 1784, John Noorthouk déclare, sans toutefois en apporter la preuve, que le roi Charles II (prédécesseur et frère aîné de Jacques II) fut fait franc-maçon aux Provinces-Unies durant son exil de 1649 à 1660. Cette hypothèse hautement improbable fut reprise en 1797 dans un ouvrage antimaçonnique de John Robison, Proofs of a Conspiracy against all the Religions and Governments of Europe, carried on in the Secret Meetings of Free-Masons, Illuminati and Reading Societies, etc., collected from good authorities.
En1744, un négociant français nommé Étienne Morin, fut reçu dans la Franc-maçonnerie des hauts grades. Morin fonda une Loge écossaise au Cap Français, au nord de la colonie de Saint-Domingue. Près de 15 ans plus tard,le 27 août 1761, Morin, titulaire du 25ème degré, Sublime Prince du Royal Secret (degré le plus élevé du Rite pratiqué à Paris par le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident), reçut à Paris une patente signée des officiers de la Grande Loge le nommant Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde.
Morin retourne à Saint Domingue en 1762 ou 1763. Grâce à sa patente, il constitua progressivement des Loges de tous grades à travers les Antilles et l’Amérique du Nord. Il crée en particulier en 1770 un Grand Chapitre de son rite à Kingston, Jamaïque. C’est dans cette ville qu’il mourut en 1771.
Avant cela, il fut aidé par un Hollandais naturalisé anglais nommé Henry Andrew Francken, que Morin nomma Député Grand Inspecteur Général dès son retour aux Antilles.
Henry AndrewFrancken travaille en étroite collaboration avec Morin et, en 1771, rédige un manuscrit contenant les rituels du 15ème au 25ème degré, puis au moins deux autres manuscrits, le premier en 1783 et le second vers 1786, qui contiennent tous les degrés du 4ème au 25ème. Francken s’installe à New York en 1767 où il reçoit une patente, datée du 26 décembre 1767, pour la formation d’une loge de Perfection à Albany, ce qui lui permet de conférer les degrés de perfection (du 4ème au 14ème) pour la première fois dans les treize colonies britanniques. Pendant ce séjour à New York, Francken communique aussi ces degrés à un homme d’affaires, Moses Michael Hays, qu’il nomme Inspecteur Général Adjoint (DIG: Deputy Inspector General).
En 1781, Moses Michael Hays nomme à son tour huit autres Inspecteurs Généraux Adjoints, (D.I.G.) dont certains jouèrent plus tard un rôle notable dans la fondation du Rite écossais : pour la Virginie, Joseph M. Myers, D.I.G. pour le Maryland et Barend M. Spitzer, D.I.G. pour la Georgie. Parmi ceux-ci, citons aussi Isaac Da Costa qui établit en février 1783 à Charleston, Caroline du Sud, une Sublime Grande Loge de Perfection.
Plus tard, Joseph M. Myers créa huit degrés supplémentaires à Charleston.
Les Onze Fondateurs de Charleston
Le colonel John Mitchell (1741-1816) Né en Irlande en 1741, il arriva en Amérique très jeune, fut sous-intendant général dans l’armée continentale et premier grand commandeur du Conseil suprême. Il avait reçut un brevet le 2 avril 1795 de Barend Moses Spitzer lui accordant l’autorité en tant qu’inspecteur général adjoint pour créer une Loge de la Perfection ainsi que plusieurs Conseils et Chapitres là où de tels Loges ou Chapitres étaient nécessaires.
Le Dr Frederick Dalcho (1770-1836) était médecin. Il servit dans l’armée et fut stationné un temps à Fort Johnson. Il forma un partenariat avec le Dr Isaac Auld, un autre membre fondateur, en 1801. Il était un orateur et auteur remarquable. En 1807, il publia la 1ère édition de l‘Ahiman Rezon. Il devint rédacteur en chef du Charleston Courier et quitta sa pratique médicale pour entrer dans le ministère de l’Église épiscopale, devenant diacre en 1814 et ordonné pasteur en 1819.
Le major Thomas Bartholomew Bowen (1742-1805) est né en Irlande et a émigré en Amérique avant la révolution. Il était major dans l’armée continentale, servant dans les unités de Pennsylvanie. Il a ensuite déménagé à Charleston et est devenu imprimeur de métier. Il fut élu Grand Maître de l’Ancienne Grande Loge de Caroline du Sud. Il a également été Grand Maître de la Sublime Grande Loge de la Perfection. Il devint le premier Grand Maître de Cérémonie du nouveau Conseil Suprême. Il mourut quatre ans plus tard, devenant le premier décès parmi les fondateurs.
Le rabbin Abraham Alexander (1743-1816) né à Londres en 1743 et arrivé à Charleston en 1771 pour occuper le poste de rabbin de la Congrégation Beth Elohim, poste qu’il a conservé jusqu’à sa mort fut l’un des premiers Grands Inspecteurs généraux souverains. Il fut décrit comme « un calligraphe de premier ordre » et fut élu premier Grand Secrétaire général, vraisemblablement jusqu’à sa mort. Il était également mentionné comme auditeur de la Douane dans les annuaires de la ville de Charleston de 1802 à 1813. La tradition familiale le place comme collecteur du port de Charleston au moment de sa mort.
Emmanuel De La Motta (1760-1821), né dans les Antilles danoises d’origine juive, il émigra à Charleston à la fin des années 1790. Il était également actif dans la congrégation Beth Elohim et, avec David Nunez Cardozo, fut un leader de la communauté juive à une époque où Charleston était la plus grande communauté juive des États-Unis. Il reçut son 33° deux semaines après la fondation du Conseil suprême et fut le premier Grand Trésorier du Conseil Suprême pendant environ dix ans. Emmanuel était de métier marchand à commission et commissaire-priseur. Il était membre de la Friendship Lodge et s’est consacré à l’étude de la littérature juive et de l’étude maçonnique.
Le Dr Isaac Auld (1770-1826) est né en Pennsylvanie, de Jacobites écossais qui avaient fui en France, puis avaient navigué vers l’Amérique. Il était un médecin éminent, associé dans la pratique médicale au Dr Dalcho et un congrégationaliste. Il avait servi comme Grand Secrétaire de la Sublime Grande Loge de la Perfection. Il fut élu au Conseil suprême le 10 janvier 1802 et servit comme Senior Warden de la Loge de la Perfection ainsi que Junior Warden du chapitre de Rose Croix. Des années plus tard, il succéderait au Dr Dalcho en tant que Grand Commandant, contribuant ainsi à un sentiment de continuité dans un moment délicat de l’histoire du conseil.
Israel De Lieben (1740-1807) est né à Prague, en Bohême. Il devint franc-maçon lors d’un séjour à Dublin, en Irlande, puis émigra en Pennsylvanie, à Philadelphie, Savannah et finalement à Charleston où N° 4 et devint Hospitalier de la Grande Loge. Il a exercé les fonctions de Grand Trésorier du Grand Conseil et de Gardien des Sceaux et des Archives du Consistoire. Il fut nommé Souverain Grand Inspecteur général.
Moses Clava Levy (1749-1839) est né à Cracovie, en Pologne. Il était un marchand prospère, dévoué à sa ville et à son pays d’adoption. Il fut ajouté au Conseil suprême le 9 mai 1802.
Le Dr James Moultrie (1766-1836) fut le seul natif de Caroline du Sud parmi les membres fondateurs. Il était docteur en médecine et, selon Albert Pike, « fut l’un des citoyens les plus éminents de Caroline du Sud. » Il fut ajouté au Conseil suprême le 3 août 1802.
Il ne faut pas oublier les deux Français. Le comte Alexandre François Auguste de Grasse (1765-1845), fils unique de l’amiral François Joseph Paul, comte de Grasse, dont la flotte des Antilles françaises, accompagnée de 3 000 soldats, participa au siège américain et à la reddition britannique à Yorktown en 1781. Alexander, son beau-père Jean Baptiste Marie Delahogue et leurs familles avaient fui Saint-Domingue pour Charleston en 1791. Il devint citoyen naturalisé en 1799. Le 21 février 1802, le Conseil suprême nomma de Grasse Grand Inspecteur général ainsi que Grand Commandeur des Antilles françaises, tout en nommant Delahogue Grand Inspecteur général et Lieutenant-Grand Commandeur des mêmes îles. Alexandre de Grasse-Tilly débarque à Bordeaux le 29 juin 1804. Il est aussitôt mis à la disposition du général Jean-Jacques Avril. Il rejoint Paris et se trouve réformé le 29 septembre 1804 avec une pension de capitaine alors qu’il attendait qu’on lui confirme son grade de chef d’escadron. Heureusement pour lui, le maréchal Kellermann fera de lui son aide de camp. À Paris, Grasse-Tilly, dans l’attente de son affectation dans l’armée, développe une intense activité de communication des hauts grades écossais en vue de constituer un Suprême Conseil en France. On considère qu’il est régulièrement constitué le 10 octobre 1804 avec la soumission au 33e degré du frère Jean Baptiste Marie-Paul Vidal par les Souverains Grand Inspecteurs Généraux de Grasse-Tilly et Jean Nicolas Le Tricheux (soumission du 30 septembre 1804). Et c’est le 20 octobre 1804 que sera complété à neuf membres, comme le prévoient les Grandes Constitutions, le Suprême Conseil du 33e degré en France, deuxième Suprême Conseil du Monde. En 1804, le Conseil suprême de France fut établi à Paris et de Grasse en devint le Grand Commandeur.
Jean Baptiste Marie Delahogue (1744-1822) a grandi à la Loge La Constance, à Paris, France. Il était le beau-père d’Alexander François Auguste de Grasse, et s’enfuit à Charleston avec de Grasse et leurs familles, depuis l’île de Saint-Domingue, alors aux mains françaises, jusqu’à Charleston en 1793. Trois ans plus tard, il s’associa à de Grasse pour fonder la Loge La Candeur à Charleston. Il fut nommé lieutenant-grand commandeur du Conseil suprême des Antilles. Il succéda finalement à de Grasse en tant que Grand Commandeur lorsque de Grasse retourna en France et devint Grand Commandeur du tout nouveau Suprême Conseil de France. Delahogue devint citoyen naturalisé des États-Unis à La Nouvelle-Orléans en 1804.
LE RITE EN 33 DEGRÉS
Mais le Rite Écossais Ancien et Accepté ne fut constitué qu’avec la fondation du premier Suprême Conseil, celui de la Juridiction Sud à Charleston, en mai 1801, sous l’impulsion de John Mitchell et Frederic Dalcho. C’est donc avec les patentes de ce premier Suprême Conseil que furent progressivement constitués tous les autres Suprêmes Conseils du monde, tels que le Suprême Conseil du 33ème degré en France en 1804, le Suprême Conseil de la Juridiction Nord des États-Unis en 1813 et le Suprême Conseil d’Angleterre et du Pays de Galles en 1845.
Les Suprêmes Conseils reposent sur les Constitutions signées en Prusse et en France (le 7 septembre de 1762) et les grandes Constitutions de 1786. Ces textes fondateurs confèrent leurs caractéristiques et entité aux Suprêmes Conseils. Les Constitutions de Bordeaux de 1762 ont structuré le système initiatique du Rite du royal secret. Le Rite, divisé en 25 degrés et en 7 classes, comprenait une répartition des pouvoirs visant à créer un centre souverain dont dépend tout le Rite. Les Grandes Constitutions de Berlin de 1786, attribuées à Frédéric II de Prusse, sont les seules lois fondamentales. Ces Constituions créent la hiérarchie en 33 degrés, affirment les valeurs essentielles du REAA et apportent la devise : Ordo ab Chao, Deus Meumque Jus – (L’Ordre naît du Désordre, Dieu et Mon Droit).
Tous les suprêmes conseils, régulièrement établis dans le monde, travaillent ainsi « À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers ».
En 1875, les constitutions furent révisées lors du convent international des suprêmes conseils réunis à Lausanne.
Les 33 degrés du REAA
Il n’existe pas en Franc-maçonnerie de grade supérieur au troisième degré, celui de maître maçon. Un des principes fondamentaux de la régularité maçonnique est que tous les maîtres maçons sont placés sur un pied d’égalité, sans considération de position sociale ou d’appartenance à d’autres degrés maçonniques.
C’est pourquoi les degrés d’un numéro supérieur au troisième sont appelés dans de nombreux pays des degrés « latéraux » (side degrees des anglo-saxons), grades d’instruction ou de perfectionnement, et non pas comme des grades « supérieurs », c’est-à-dire impliquant un pouvoir particulier dont pourrait se prévaloir un maître maçon pour se prétendre au-dessus des autres.
Au surplus, dans de nombreux pays, les trois premiers degrés peuvent être pratiqués à un autre rite que le REAA avant l’accès aux degrés suivants de ce dernier.
Des différences quant au nombre de grades pratiqués existent d’une juridiction et d’un pays à l’autre. En règle générale, les juridictions françaises pratiquent moins de degrés d’aréopage que les juridictions belges et privilégient les degrés capitulaires.