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La Franc-maçonnerie au défi des dictatures : quand la mémoire devient vigilance

De notre confrère arezzo24.net

La Franc-maçonnerie au défi des dictatures : quand la mémoire devient vigilance

Une soirée pour se souvenir et comprendre

À Arezzo, une rencontre culturelle vient rappeler combien la mémoire des violences politiques reste essentielle pour comprendre le présent. Le journaliste et écrivain Stefano Bisi y présente son livre « Le dittature serrano i cuori », une œuvre qui revient sur l’assassinat du républicain, Franc-maçon et antifasciste Giovanni Becciolini, tué lors de la « notte di San Bartolomeo » d’octobre 1925 à Florence, l’une des pages les plus sombres du 20e siècle italien.

L’évènement s’inscrit dans le cadre de l’Acli Life Festival, rendez-vous culturel organisé à Arezzo, dont la 4e édition accorde une place particulière aux thèmes de la liberté, de la responsabilité civique et de la mémoire historique.

Un livre pour dire l’horreur et refuser l’oubli

Publié par Betti Editrice, « Le dittature serrano i cuori » est bien plus qu’un simple ouvrage d’histoire : c’est une enquête documentée, doublée d’un acte de fidélité envers une victime de la violence fasciste.
Stefano Bisi y reconstitue le meurtre de Giovanni Becciolini, mais aussi le climat de terreur qui régnait alors à Florence, dans une Italie où la répression frappait celles et ceux qui défendaient la liberté de pensée, les droits civils et l’idéal républicain.

L’auteur suit également les traces de la famille Becciolini, contrainte à l’exil entre la France et la Suisse, témoignant ainsi de la profondeur des blessures infligées par les régimes autoritaires : la violence ne s’arrête pas au meurtre, elle poursuit les survivants dans leur vie quotidienne, leurs choix et leur identité.

Une phrase gravée dans la pierre, un message pour aujourd’hui

Le titre du livre puise sa source dans l’épitaphe gravée sur la tombe de Giovanni Becciolini au cimetière de Trespiano : « Le dittature serrano i cuori a ogni nobile sentimento ».
Par cette formule, les proches de Becciolini ont voulu rappeler que toute dictature commence par rétrécir le champ du sensible, étouffer la compassion, briser les liens de solidarité et réduire au silence celles et ceux qui refusent la peur et la soumission.

Cette phrase, qui donne son titre à l’ouvrage, agit comme un avertissement : là où la liberté recule, les cœurs se ferment, la pensée se contracte et l’humanité elle-même s’amoindrit.
En redonnant vie à ces mots, Stefano Bisi transforme une inscription funéraire en parole vivante, destinée aux générations présentes, à un moment où les risques de dérives autoritaires, de nostalgies fascistes ou de banalisation de la violence politique restent bien réels.

Stefano Bisi, une voix engagée de la mémoire civile

Bisi - GOI
Bisi – GOI

Fondateur en 1986 du quotidien Corriere di Siena, Stefano Bisi s’est imposé au fil des décennies comme l’une des voix journalistiques attentives à l’histoire récente de l’Italie et de la Toscane.
Son parcours est marqué par de nombreuses collaborations avec des journaux et des médias locaux, ainsi que par la publication de plusieurs ouvrages, souvent consacrés aux zones d’ombre de l’histoire italienne contemporaine.

Avec « Le dittature serrano i cuori », il poursuit ce travail de mise en lumière des victimes oubliées, des épisodes occultés ou minimisés, et des responsabilités morales liées à la transmission de la mémoire.
En relatant l’assassinat d’un Franc-maçon antifasciste, il rappelle aussi le rôle joué par de nombreux Francs-maçons dans la défense des libertés publiques, de la dignité humaine et du pluralisme démocratique face aux régimes de fer.

Arezzo, une ville qui fait vivre la mémoire

La présentation du livre se tient à la Casa della Musica, au sein de la Fraternita dei Laici, en piazza Grande, un des lieux les plus emblématiques d’Arezzo, comme pour souligner le lien entre patrimoine, culture et conscience civique.
L’invitation est ouverte à toutes et à tous, dans un esprit de participation et de dialogue, fidèle à la vocation du festival : faire de la culture un espace de rencontre entre histoire, société et engagement citoyen.

En donnant la parole à Stefano Bisi autour de Giovanni Becciolini, la ville d’Arezzo et les organisateurs de l’Acli Life Festival rappellent que la mémoire n’appartient pas qu’aux historiens ou aux spécialistes : elle concerne chaque citoyen, chaque lecteur et, plus largement, tous ceux qui refusent que la peur et la violence décident du destin des individus et des peuples.

À travers l’histoire d’un homme, d’une famille et d’une époque, « Le dittature serrano i cuori » invite à rouvrir les cœurs, à élargir les consciences et à affirmer que la liberté n’est jamais acquise : elle se protège, se travaille et se transmet.

De la transe au Temple

Ce que l’initiation chamanique éclaire de l’initiation maçonnique et ce qu’elle n’autorise pas à confondre

Comparer initiation chamanique et initiation maçonnique peut être très éclairant, à une condition essentielle, ne pas prendre une analogie de structure pour une identité de nature. Oui, il existe des ressemblances de seuil, de rupture, de recomposition, de secret, d’objets, de gestes et de parole. Mais les cosmologies, les fonctions, les techniques du corps et les finalités opératives demeurent profondément différentes. C’est précisément cette tension qui rend la comparaison féconde pour la pensée maçonnique.

Nous avons parfois le goût des rapprochements rapides

Ils flattent l’imaginaire, produisent de belles images, donnent le sentiment d’accéder à une unité cachée des traditions. Mais l’initiation demande mieux que des effets de miroir. Elle demande de la rigueur. C’est pourquoi le parallèle entre initiation chamanique et initiation maçonnique mérite d’être travaillé avec précision.

Le mot chamanisme lui-même impose d’abord une prudence. Il recouvre des traditions très diverses, des spécialistes rituels différents, des cosmologies qui ne se superposent pas. Il peut servir de catégorie comparative, mais il devient trompeur dès qu’on le transforme en bloc homogène. La franc-maçonnerie, de son côté, n’est pas davantage un monolithe. Rites, accents symboliques, sensibilités spirituelles et styles de pratique varient. Cela n’empêche pas de repérer des invariants, l’initiation en loge, la progression par degrés, le travail rituel, la centralité du symbole, l’inscription dans un cadre collectif.

La comparaison est donc possible, mais à une seule hauteur de vue, celle des formes initiatiques. Pas celle des amalgames.

Une même logique du seuil

Ce qui rapproche d’abord ces deux univers, c’est la structure du passage. Dans les deux cas, il y a séparation d’un état ordinaire, traversée d’une zone liminaire, puis réintégration dans un statut transformé. L’initiation n’y est pas une simple information. Elle n’ajoute pas un contenu à un sujet intact. Elle produit un déplacement de l’être.

Dans de nombreuses traditions chamaniques, l’accès à la fonction rituelle s’accompagne d’une crise, d’un appel, d’une épreuve, parfois d’une maladie, d’une désagrégation symbolique, d’une traversée qui prend la forme d’une mort initiatique suivie d’une recomposition. Le futur officiant ne devient pas seulement plus savant. Il devient autre, et cette altération fonde sa capacité d’action.

En franc-maçonnerie, nous ne sommes pas dans l’appel extatique ni dans l’élection par des puissances invisibles

Pourtant la dramaturgie du seuil est bien là. Le profane est séparé du monde ordinaire, introduit dans un espace réglé, mis en présence d’un langage de gestes, de signes, de silences et de paroles, puis reconnu dans un nouvel état. Le rituel ne se contente pas d’expliquer. Il imprime, il ordonne, il met au travail.

Dans les deux cas, l’initiation est expérience avant d’être commentaire.

Là où la ressemblance s’arrête. C’est ici que la distinction devient décisive

L’initiation chamanique, dans de nombreux contextes traditionnels, institue un spécialiste rituel. Elle fonde une fonction de médiation, de soin, de protection, d’intercession, de régulation symbolique au bénéfice d’une communauté. L’initié chamanique n’est pas seulement transformé pour lui-même. Il devient opératif pour les autres dans un certain rapport au visible et à l’invisible.

L’initiation maçonnique ne vise pas cette fonction. Elle ne consacre pas un médiateur avec les esprits. Elle n’ordonne pas un thérapeute rituel au sens anthropologique. Elle institue un sujet dans un ordre de travail symbolique, moral, spirituel et fraternel. Son efficacité est d’abord intérieure et relationnelle. Elle agit sur la conscience, sur la parole, sur la rectitude, sur la présence à soi et aux autres, sur la construction de l’être.

Même si les deux voies connaissent des motifs de mort et de renaissance, elles ne produisent pas le même type d’office, ni le même type d’autorité, ni le même type d’efficacité.

Des objets qui agissent

L’un des points les plus intéressants de la comparaison concerne les objets rituels. Dans les traditions chamaniques, les objets ne sont pas décoratifs. Ils appartiennent à une véritable technologie du sacré. Masques, manteaux, ornements, tambours, hochets, éléments animaux, instruments sonores, accessoires de protection ou de soin s’inscrivent dans un système de gestes, de rythmes, de chants, d’interdits et de transmissions. L’objet n’agit jamais seul. Il agit dans un monde de correspondances.

La franc-maçonnerie, dans un autre registre, connaît-elle aussi cette densité instrumentale.

Les outils ne sont pas des souvenirs de métier exposés pour le folklore. Ils sont des symboles spirituels et philosophiques. Mieux encore, ils forment une pédagogie entière du travail intérieur.

Le maillet enseigne la force dirigée
Le ciseau enseigne le discernement et la coupe juste
La règle rappelle la mesure du temps et de la vie
Le levier apprend l’intelligence de l’appui et de l’effort juste
La perpendiculaire interroge la droiture intérieure
Le niveau fonde l’égalité de dignité
L’équerre règle la rectitude de la conduite
Le compas ouvre la question du centre, de la limite et du rayonnement
La truelle relie, unit, scelle et rappelle que la fraternité est une œuvre
Le cordeau donne axe, tension et orientation
La planche à tracer et le tableau de loge rendent pensable l’architecture invisible
La pierre brute et la pierre taillée disent l’état, le travail, la forme et l’inachèvement fécond

Pris ensemble, ces outils composent une ascèse instrumentale

Chacun corrige un excès, éveille une faculté, donne une méthode. Ils ne servent pas à bâtir un mur dans la loge. Ils servent à bâtir un sujet, une fraternité et un rapport juste au monde.

La comparaison devient alors plus fine. Dans les deux univers, l’objet rituel est pris dans un réseau de gestes, de parole, de rythme et de transmission. Mais dans un cas il s’ordonne souvent à une médiation avec des puissances non humaines et à une efficacité de soin ou de protection. Dans l’autre il s’ordonne à une rectification éthique, à une construction symbolique et à une maturation spirituelle au sein du Temple.

Le corps en transe et le corps en tenue

Le contraste est ici très net. Dans de nombreuses traditions chamaniques, le corps du spécialiste rituel est l’instrument central de l’opération. Le souffle, le chant, la danse, le rythme, la fatigue, l’isolement, parfois l’épreuve physique, tout cela participe d’un travail où le corps devient lieu de passage et de médiation. Le registre sensoriel y est souvent intense et la frontière entre psychique, corporel, cosmique et communautaire y est moins cloisonnée.

La tenue maçonnique met le corps en discipline plutôt qu’en extase. Le corps y est placé, orienté, ritualisé, réglé par la marche, la station, les déplacements, les signes, les silences et la cadence de la parole. Ce n’est pas un effacement du corps. C’est une éducation du corps. Le but n’est pas la transe. Le but est la présence, l’attention, la justesse et l’intelligibilité du geste.

D’un côté une intensification par la traversée. De l’autre une intensification par la forme

Le chant et la parole

Il faut aussi refuser une simplification fréquente qui opposerait des traditions du chant à une tradition du symbole. Les deux univers articulent objets, gestes et paroles. Mais ils ne le font pas pour la même fin.

Dans de nombreuses traditions chamaniques, le chant peut être un acte à part entière. Il appelle, protège, apaise, oriente, accompagne, guérit, relie un officiant, une communauté, un territoire, des ancêtres, des forces ou des puissances. Le chant n’est pas seulement beau. Il est opératif. Il règle un état, ouvre un passage, soutient une action rituelle.

La franc-maçonnerie ne relève pas de l’incantation chamanique

Pourtant la parole y est-elle aussi performative. Les ouvertures et fermetures de travaux, les échanges codifiés, les obligations, les acclamations, les batteries, les formules rituelles, les instructions, les lectures et les planches ne sont pas de simples paroles d’ambiance. Elles ordonnent le Temple, structurent le temps, règlent la relation, mettent la conscience en travail. Elles ne visent pas l’appel des esprits. Elles visent l’ajustement intérieur et la construction commune.

Le chant dans un cas et la parole rituelle dans l’autre ne se valent pas en contenu, mais ils se rejoignent en un point crucial, la voix peut devenir instrument de transformation.

Le secret n’a pas le même visage

Le secret chamanique peut protéger des chants, des noms, des gestes, des interdits, des alliances invisibles, des savoirs situés, parfois liés à des lignées. Il a souvent une dimension fonctionnelle et cosmologique.

Le secret maçonnique, dans son sens initiatique, relève surtout d’une discrétion rituelle, d’une pédagogie de l’expérience et d’une éthique de la parole juste. Il ne se comprend pas par la seule curiosité profane. Il suppose la participation, le temps, la maturation et le silence. Le silence maçonnique n’est pas un trou dans le discours. C’est un espace de travail.

Deux communautés, deux nécessités historiques

Autre point de comparaison trop souvent négligé, la communauté.

Le spécialiste rituel chamanique agit généralement pour un corps collectif de vie, de parenté, de territoire, de mémoire, de cycles, parfois de survie concrète. Même quand l’épreuve initiatique est solitaire, sa finalité n’est pas strictement individuelle.

La franc-maçonnerie est elle aussi irréductiblement communautaire. L’initiation y est conférée en loge, reçue dans un espace de reconnaissance mutuelle, reprise dans un travail commun. Mais cette communauté est une communauté d’élection rituelle et de travail, translocale, interprofessionnelle, instituée par un rite et une temporalité de tenue. Elle ne répond pas au même type de nécessité historique qu’une communauté chamanique territoriale.

La ressemblance porte sur la dimension collective du passage. La différence porte sur la nature du collectif. Le temps de la blessure et le temps du chantier. La temporalité éclaire encore la différence.

L’initiation chamanique peut surgir comme rupture, appel, crise, épreuve, puis s’approfondir dans la maîtrise progressive d’une pratique

Elle peut être subie avant d’être comprise. Elle a parfois la violence d’une vocation.

L’initiation maçonnique relève d’un temps plus volontaire, plus graduel, plus architectural. Répétition des tenues, fréquentation des symboles, reprise des outils, maturation des planches, progression par degrés, tout cela façonne une œuvre lente. Là où l’une peut apparaître comme blessure de vocation, l’autre travaille souvent comme chantier de longue haleine.

Aucune hiérarchie ici. Deux anthropologies de la transformation.

Ce que la comparaison permet et ce qu’elle interdit

La comparaison permet de rappeler une vérité souvent oubliée dans nos sociétés de commentaire. Une initiation n’est ni un cours ni une opinion ni une adhésion administrative. C’est une opération de seuil avec objets, gestes, paroles, rythmes, silence, discipline et communauté.

Elle interdit en revanche les glissements faciles. Tout vécu intense n’est pas chamanique. Toute mort symbolique n’est pas de même nature. Toute tradition rituelle n’a pas la même cosmologie ni la même efficacité. La franc-maçonnerie n’a pas besoin d’un vernis chamanique pour affirmer sa puissance initiatique. Son outillage, sa liturgie, sa science des formes, son régime de parole et son temps long suffisent largement à nourrir une véritable transmutation intérieure.

Entre la transe et le Temple, il n’y a ni identité ni opposition caricaturale. Il y a un espace de discernement. Et c’est peut-être là que commence le travail vraiment maçonnique.

À l’heure où les spiritualités se mélangent vite et se consomment parfois plus vite encore, la franc-maçonnerie gagne à rester ferme sur sa méthode et ouverte dans son intelligence.

Comparer, oui. Confondre, non.

C’est à ce prix que la pensée initiatique échappe au folklore et retrouve sa force de taille, de mesure et de construction.
 

7/03/26 – XVes Rencontres Académie Maçonnique Provence – « Retour au Centre : L’égo, le mental, la conscience »

Voyage au cœur de soi : une journée exceptionnelle autour de l’éveil de la conscience

Le samedi 7 mars prochain, l’Académie Maçonnique de Provence invite curieux, passionnés et chercheurs de sens à une aventure singulière : un voyage intérieur intitulé “Retour au Centre : l’égo, le mental, la conscience.
Une journée de réflexion et de partage pour explorer les cheminements de la conscience, guidée par trois penseurs inspirants aux parcours riches et atypiques.

Trois explorateurs de la conscience

Pour ce nouveau rendez-vous, trois conférenciers aux univers complémentaires illumineront cette traversée vers le centre de soi.

Éric VINSON

Le docteur en philosophie politique Éric Vinson, chercheur associé au Groupe Société, Religions, Laïcité (CNRS-EPHE), ouvrira la journée avec un exposé intitulé « De l’impersonnel au personnel, puis au supra-personnel : le spirituel comme dynamique transpersonnelle. »
Une réflexion sur l’évolution de la conscience, sur ce qui dépasse le simple “je” pour s’ouvrir à une dimension plus vaste et universelle.

Remi Boyer

L’essayiste Rémi Boyer, créateur de La Lettre du Crocodile, proposera une lecture poétique et initiatique du mythe du chevalier errant avec « Don Quichotte, comme voie d’éveil. » Sous sa plume, le héros de Cervantès devient un maître improbable sur le chemin de la lucidité, de l’humilité et du courage spirituel.

José Leroy

Enfin, le philosophe José Le Roy, agrégé et directeur des Éditions Almora, amènera le public au plus près de l’expérience de la présence avec « Retour à soi, retour au Soi. »
Une exploration du lien intime entre conscience, vérité et silence intérieur, où la philosophie s’unit à la méditation.

Une journée de découvertes et de rencontres

Ces XVes Rencontres de l’Académie Maçonnique de Provence s’adressent aux Frères et Sœurs Maîtres de toutes les obédiences, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à la quête de sens.
L’événement s’annonce comme un moment fort, mêlant profondeur intellectuelle, inspiration spirituelle et convivialité.

L’abonnement annuel, maintenu à 35 €, donne accès gratuitement aux deux rencontres de l’année 2026, ainsi qu’aux manifestations organisées par les Académies partenaires de Lyon, Lille, Dijon, Toulouse et Paris.
Sans abonnement, la participation à la journée s’élève à 25 €.

Le repas, proposé à 25 €, comprend le café d’accueil, un menu complet (entrée, plat, fromage, dessert, boissons et café) et se clôturera sur un moment de dédicace en compagnie des auteurs.

Pour prolonger le voyage

Afin de poursuivre la réflexion après l’événement, les participants recevront les textes intégraux des conférences ainsi que l’enregistrement complet des interventions et échanges.
Les inscriptions sont ouvertes dès maintenant sur HelloAsso, à cette adresse :
Académie Maçonnique de Provence – XVes Rencontres

Une invitation fraternelle

“C’est à un merveilleux voyage que nous vous convions : aller au cœur du Cœur”, écrit Alain Boccard, président de l’Académie Maçonnique de Provence, qui invite chacun à partager cette expérience et à la diffuser largement auprès des Frères et Sœurs intéressés.

Entre pensée, symbolisme et vécu spirituel, cette journée promet d’être bien plus qu’une suite de conférences : une véritable exploration humaine et intérieure.

Franc-maçonnerie et IA, l’épreuve du discernement

Yonnel Ghernaouti regarde l’intelligence artificielle avec cette lucidité propre aux voies où le Verbe n’est jamais séparé de l’Être. Le livre ne s’attarde pas à la prouesse des machines capables de parler, de rédiger, de simuler.

Il écoute plutôt ce que ces prouesses déplacent en nous, lorsque la vitesse remplace l’effort, lorsque l’aisance imite la maîtrise, lorsque la parole se change en fabrication. L’enjeu n’est donc pas celui d’un outil de plus. Il devient l’épreuve d’une fidélité, celle qui maintient le travail sur soi au centre, là où la technique voudrait offrir des raccourcis.

Le propos tient dans une distinction gardée avec une rigueur de chantier

La machine sait recomposer la forme du savoir, mais elle expulse le vertige, le doute, la mise en danger, toute cette part de nuit sans laquelle un mot ne devient pas acte. Une planche n’est pas un document à livrer. Elle est une épreuve assumée, un morceau d’âme passé au feu de l’encre, offert aux Frères et aux Sœurs dans la confiance d’un lieu où chaque parole engage. Yonnel Ghernaouti nomme alors, sans détour, l’illusion de la substitution, « une flamme qui ne se code pas ». Dès lors, la question cesse d’être extérieure. Elle devient une question de justesse, de tenue, de cohérence intérieure.

Nous comprenons que le risque n’est pas seulement la facilité, mais la tentation d’une parole qui n’aurait plus de poids, parce qu’elle n’aurait plus de source.

La méditation se densifie lorsque Yonnel Ghernaouti convoque la Tour de Babel

Babel devient la figure d’une élévation sans transformation, d’une tour de données qui promet des réponses sans cheminement et des exposés sans tremblement. Le danger le plus sourd n’est pas la prolifération des discours, mais la confusion d’esprits saturés d’informations qui ne se rencontrent plus eux-mêmes. À l’inverse, la voie maçonnique apparaît comme une alchimie lente, décomposition avant recomposition, pierres patiemment reprises, angles corrigés au prix d’une résistance, et non d’une astuce. Le symbole, dans cette lumière, ne se réduit jamais à un code à déchiffrer. Il demeure une puissance de transformation, et tout ce qui prétend accélérer la transformation menace d’en dissoudre la vérité.

De cette exigence naît une charte éthique en douze points, pensée comme rappel fraternel Nous y retrouvons l’appel à la transparence, dire l’usage de l’outil pour ne pas déplacer la parole du côté du simulacre. Nous y retrouvons le refus de réduire la planche à un contenu, parce que la loge n’est ni une scène ni une tribune, mais un espace où chaque mot est adossé à une expérience. Du « 16 Cadet » à la rue Louis Puteaux, des Temples aux Cayennes compagnonniques, l’auteur rappelle aussi la nécessité de préserver la lenteur, la nuit, le silence, en se réservant des heures dégagées des assistants numériques, afin que la relecture et la méditation demeurent des outils initiatiques. L’intelligence artificielle peut servir la méthode. Elle ne doit jamais devenir l’alibi.

Cette parole vient d’un écrivain qui connaît la matière qu’il engage

Yonnel Ghernaouti, chroniqueur littéraire, ancien directeur de la rédaction de 450.fm, ancien membre du bureau de l’Institut Maçonnique de France, médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, formateur agréé « Valeurs de la République et Laïcité », écrit comme un veilleur qui refuse de s’habituer aux textes sans souffle. Son chemin d’auteur, déjà affirmé avec Pourquoi les francs-maçons veulent-ils reconstruire le Temple, publié chez Dervy en 2023, et avec Les grands mystères de la Franc-maçonnerie, coécrit avec l’historien de l’art spécialiste du Moyen Âge Jean-François Blondel et paru chez Dervy en 2024, porte la même exigence, transmettre une tradition sans la momifier, servir une lumière sans la confondre avec ses reflets. Avec La Franc-Maçonnerie à l’épreuve de l’intelligence artificielle, Yonnel Ghernaouti nous laisse un instrument de discernement, sobre et ardent, qui rappelle que la conscience ne se délègue pas.

La Franc-Maçonnerie à l’épreuve de l’intelligence artificielle

Yonnel GhernaoutiLe compas dans l’œil, coll. Ouverture, 128 pages, 12 €

Pour commander, c’est ICI / Le site de l’éditeur

De la loge de Terni à l’archevêché de Sassari, le Vatican promeut Mgr Soddu

En 2022, il avait surpris le monde catholique en inaugurant une loge maçonnique à Terni (région Ombrie en Italie). Quatre ans plus tard, Mgr Francesco Antonio Soddu est promu archevêque de Sassari, en Sardaigne, par le pape Léon XIV. Une nomination hautement symbolique qui interroge le rapport entre l’Église et la franc-maçonnerie.

Mgr Francesco Antonio Soddu

Du geste controversé à la reconnaissance pontificale

La nouvelle est tombée le 21 février 2026 : selon le Bulletin du Saint-Siège, Mgr Francesco Antonio Soddu, jusqu’alors évêque du diocèse de Terni-Narni-Amelia, a été nommé archevêque métropolitain de Sassari, en Sardaigne.

Cet homme d’Église n’est pas un inconnu : le 27 septembre 2022, il avait participé à l’inauguration du nouvel immeuble du Grand Orient d’Italie à Terni, aux côtés du Grand Maître le Très Respectable Frère Stephano Bisi, du maire et de plusieurs responsables locaux.

GOI – Blason

Son geste, alors salué par les uns comme un signe de fraternité civique et condamné par d’autres comme une entorse à la discipline ecclésiale, avait déclenché une vive polémique dans les milieux ultraconservateurs catholiques, en Italie comme en France.

Un évêque du dialogue et de la charité

Face aux critiques, Mgr Soddu avait rappelé qu’il s’agissait avant tout d’honorer un esprit de dialogue et de lutte contre les préjugés.
Ancien directeur national de Caritas Italiana, il a toujours incarné une pastorale sociale de proximité, davantage tournée vers la rencontre que vers la condamnation.

Originaire de Sassari, il revient aujourd’hui dans son diocèse natal avec le titre d’archevêque métropolitain, soutenu par le pape Léon XIV, qui prolonge la ligne d’ouverture amorcée depuis le pontificat de François.

Une nomination à double lecture

Les observateurs s’accordent à reconnaître dans cette promotion un double message.
D’un côté, une continuité logique : celle d’un prélat fidèle à l’esprit évangélique d’écoute et de fraternité universelle.
De l’autre, un possible signal adressé à la société civile, y compris à des milieux historiquement distants de Rome : une invitation à repenser les frontières du dialogue interconvictionnel, où la franc-maçonnerie occupe une place singulière.

Le site Infovaticana, proche des milieux conservateurs, a relevé que cette décision traduit « une volonté assumée du pape Léon XIV de dépasser des débats jugés anachroniques ».

Un pas discret sur le chemin de la réconciliation symbolique ?

En nommant un prélat dont la trajectoire incarne l’ouverture et la fraternité active, Léon XIV semble donner corps à une vision apaisée des relations entre l’Église et le monde maçonnique.
Sans renier la doctrine, Rome paraît désormais privilégier le dialogue des consciences sur la bataille des condamnations.

À Terni, le geste de 2022 semblait isolé ; à Sassari, il devient peut-être le jalon d’une révolution silencieuse.

Quand l’Église discute avec la Franc-maçonnerie régulière et de tradition : le dossier enfin révélé

Musique et Franc-maçonnerie : l’alchimie du son et le mystère de la création

De notre confrère expartibus.it – Par Hermes

Il existe un secret que les pierres des cathédrales murmurent à ceux qui savent tendre l’oreille au bon endroit : le monde n’est pas fait de matière, mais d’un écho qui a décidé de s’arrêter. Écrire sur la musique et la franc-maçonnerie ne se limite pas à énumérer des partitions ou à célébrer le génie de Mozart et d’autres grands musiciens ; il s’agit de comprendre comment le son est l’échelle que nous avons utilisée pour descendre dans le monde et la seule que nous puissions utiliser pour remonter.

C’est une hache qui fend la mer gelée en nous.

La création comme condensation : De l’esprit à la pierre

Il faut imaginer l’origine non pas comme une explosion, mais comme une vibration très pure, un point de lumière sonore si subtil qu’il en est inaudible.

L’ethnomusicologue Marius Schneider, dans son ouvrage de référence « La signification de la musique », nous apprend que la création est un processus de condensation sonore. Le son se propage et, à mesure qu’il s’éloigne de sa source, il ralentit. Il devient plus dense, plus lourd et plus grossier par étapes successives :

  • L’état subtil : c’est le rythme pur, l’idée, le souffle qui n’a pas encore de forme.
  • L’état fluide : c’est la mélodie qui commence à couler, l’énergie qui prend une direction.
  • L’état solide : c’est la matière.

La pierre que nous touchons, le corps que nous habitons, ne sont rien de plus que de la « musique pétrifiée ».

Dans cette vision, l’univers est une immense partition musicale où chaque objet est une note ayant perdu son mouvement originel. L’œuvre de la franc-maçonnerie consiste à redonner vie à l’immobilité, à redécouvrir la vibration vitale au cœur de la pierre brute.

Le Souffle de la Vache Cosmique : De MUA à AUM

Schneider explore une transition phonétique et spirituelle essentielle à tout rite de passage : le passage de MUA à AUM. Le MUA est le mugissement de la « Vache Cosmique », symbole archaïque de la Grande Mère, de la Nature créatrice.

C’est une émission sonore qui se propage. C’est le son de l’involution : l’esprit se projetant dans la matière, le souffle se dispersant dans le monde manifesté pour lui donner vie. C’est la vie qui advient, la force brute qui crée les formes.

L’initiation, cependant, est un processus à rebours. C’est à ce moment que le MUA se retourne et devient AUM. Cette transition représente le retour de la conscience à sa source.

Si MUA est l’émission, AUM est la réabsorption : AUM :
C’est le processus vocal qui commence par la gorge (A), passe par le palais (U) et se termine sur les lèvres et le nez (M), ramenant le son à l’intérieur, vers le silence de l’esprit.

C’est le voyage de l’initié : cesser d’être un simple produit de la nature pour devenir un bâtisseur conscient qui s’élève dans le courant sonore jusqu’au Silence Originel.

Eau corrosive : Le pouvoir hermétique du son

Femme et musique maçonnique
Femme et musique maçonnique

Dans ce contexte, la musique n’est pas seulement un plaisir esthétique, mais un acte d’alchimie intérieure. D’anciens textes hermétiques parlent d’eau corrosive, un solvant capable de dissoudre même les métaux les plus durs.

La musique agit précisément de cette manière sur les « concrétions de l’ego ». L’ego est un ensemble d’habitudes, de peurs et de mécanismes de défense qui se sont incrustés dans notre essence comme du calcaire. La musique rituelle, par sa précision géométrique, pénètre ces défenses.

1. Infiltre : pénètre là où la parole rationnelle ne peut aller.
2. Corrode : vibre à la même fréquence que nos rigidités, les brisant.
3. Résout : réduit l’ego à un état liquide, permettant à la conscience de circuler à nouveau librement.

Renouveau constant : Une musique nouvelle pour l’être éternel

Musique et Franc-maçonnerie
Musique et Franc-maçonnerie

Mais la musique n’est pas une relique à conserver sous vitrine. Elle est vivante, à l’image de l’Être qui fut, qui est et qui sera. C’est pourquoi l’harmonie doit sans cesse se renouveler. On ne saurait prétendre dissoudre la dureté du cœur contemporain en n’employant que les langages du passé.

L’être humain change, et l’instrument sonore qui le traverse doit évoluer avec lui. Rechercher une musique nouvelle, adaptée au langage de notre temps, n’est pas une trahison, mais un devoir : c’est perpétuer le rituel vibrant, capable de parler à l’homme moderne avec la même force que les bâtisseurs de cathédrales.

Le sol qui devient clavier : Dièses et bémols

Il reste une dernière image qui transforme le symbole en action. Si nous baissons les yeux, nous apercevons le sol à damier : cette dualité du noir et du blanc sur laquelle nous nous tenons, le champ de bataille de notre existence entre lumière et ombre.

Un dualisme qui n’est statique qu’en apparence. En réalité, si l’on considère le clavier d’un piano, ce sol s’est élevé, devenant un instrument. Le maçon n’est pas seulement celui qui apprend à marcher et à tenir en équilibre sur la mosaïque. Il est celui qui apprend à en jouer.

Le clavier nous apprend que la musique ne peut se composer uniquement avec les touches blanches. Une mélodie faite exclusivement de touches blanches est fade, infantile. Nous avons besoin des dièses et des bémols – ces touches noires qui représentent nos altérations, nos souffrances, nos ombres – pour créer une véritable harmonie. Le secret ne réside pas dans le choix d’une couleur, mais dans la maîtrise du toucher capable de les unir en un accord vibrant.

À chaque résonance du Pilier d’Harmonie lors d’une séance, nous assistons à une nouvelle genèse. Nous sommes des êtres de son qui avons oublié notre propre mélodie. La musique est l’appel qui nous rappelle que notre véritable patrie n’est pas seulement la pierre matérielle que nous foulons, mais le souffle qui l’anime.

Mars des lettres : quand les festivals dessinent la cartographie sensible du monde

Du Printemps des Poètes à la Foire du Livre de Bruxelles, en passant par le Salon du Livre de Genève, Atlantide ou le Salon du livre africain de Paris, le mois de mars 2026 offre un véritable « tour du monde » littéraire en francophonie. Un foisonnement de manifestations où se croisent liberté d’expression, diversité culturelle, mémoire et engagement – ​​autant de thèmes familiers aux francs-maçons.

​La liberté de dire : poésie, censure et expression

Le Printemps des Poètes place cette 28ᵉ édition sous le signe de la « Liberté. Force vive, déployée », avec Isabelle Adjani comme marraine et une collaboration structurante avec Reporters sans frontières. Dans les médiathèques, gares, bibliothèques, établissements scolaires, pénitentiaires ou hospitaliers, la poésie s’adosse précise à la défense de la liberté d’expression, au croisement de la sensibilité et du droit.

Dans le même esprit, le festival Atlantide, à Nantes, fait de la « liberté d’écrire » un axe fort, notamment à travers une soirée contre la censure qui remet en lumière des textes interdits ou oubliés. La littérature et les auteurs deviennent un laboratoire de résistance, rejoint par le Salon du Livre de Genève, qui accueille près de 800 de tous horizons et fait dialoguer polaire, philosophie, voyage, poésie ou BD dans un même espace de circulation des idées.

​Pour un lectorat maçonnique, ces rendez-vous résonnent avec le combat historique pour la liberté de conscience, le refus des dogmes imposés et la défense opiniâtre de la parole minoritaire.

Diversités, identités et cosmopolitisme

Halle des Blancs Manteaux

Mars 2026 est aussi le mois des ailleurs, géographiques et symboliques. À Nancy, le festival Livres d’ailleurs consacre son édition aux littératures africaines, sous la présidence d’Ananda Devi, en rencontres multipliantes, interventions en milieu scolaire, universitaire, social et pénitentiaire. À Paris, le Salon du livre africain, installé à la Halle des Blancs Manteaux, avec la jeunesse africaine au centre, avec le Bénin et l’Angola à l’honneur et une qarantaine de conférences articulant histoire, économie, politique, écologie et philosophie.​

La Foire du Livre de Bruxelles choisit pour mot d’ordre « Défier le futur », fédérant littérature générale, BD, essais, prix littéraires et débats citoyens dans un grand forum francophone. Plus au sud, les Escales du livre, à Bordeaux, rassemblent plus de 200 auteurs internationaux et multiplient les formats croisés entre littérature et arts vivants, comme pour signifier que l’écriture ne se conçoit plus sans dialogue avec la scène, l’image ou le son.

Ce cosmopolitisme assumé, ces circulations de textes et d’auteurs entre continents et disciplines constituent une illustration concrète de l’universalisme à laquelle la tradition maçonnique se réfère depuis le XVIIIᵉ siècle.

Féminismes, genres populaires et nouveaux publics

Le Pop Women Festival, à Reims, assume une programmation largement féminine (80% d’invitées) et fait dialoguer littérature, musique, BD, cinéma, photographie ou théâtre autour de la créativité des femmes. De Titiou Lecoq à Alison Bechdel, la manifestation s’attaque de front aux déséquilibres persistants dans le monde culturel.​

À Lyon, le nouveau Salon des Romances assume quant à lui un genre longtemps dénigré, en rassemblant éditeurs, autrices, romans graphiques ou mangas de romance dans un dispositif immersif qui cherche à élargir le public et à prendre au sérieux les émotions populaires. En Bretagne, le festival Rue des livres (Rennes) et le festival BD Aurillac Agglo illustrent la même volonté de décloisonnement : tous les genres y sont convoqués, de la jeunesse au thriller en passant par la bande dessinée la plus exigeante.​

Nancy

Cette valorisation des voix féminines, des genres jugés « mineurs » et des lectorats souvent invisibilisés rejoint l’attention maçonnique portée aux marges, à l’émancipation progressive de tous et à la reconnaissance de chaque conscience.

Territoires, médiation et « petites patries » du livre

De Thé, café et poésie, qui investit les cafés‑librairies de Bretagne, au festival Hors limites qui irrigue plus de trente villes de Seine‑Saint‑Denis, beaucoup de manifestations offrant une échelle locale et une forte dimension de médiation. Les rencontres se déroulent dans des lieux du quotidien – cafés, médiathèques, écoles, centres sociaux – où la littérature vient travailler la convivialité et l’échange.​

À Poitiers, les Éditeuriales mettent à l’honneur la maison Buchet‑Chastel et donnent à voir, de l’intérieur, le travail éditorial, de la sélection des manuscrits à la médiation auprès du public. À Strasbourg, les Rencontres de l’illustration explorent le thème des animaux pour interroger la condition humaine et nos relations aux environnements naturels, sociaux ou politiques.

Édition-2026-Atlantide

​Pour qui pense la cité comme un chantier permanent – ​​et la loge comme un laboratoire de fraternité –, ces « petites patries » du livre apparaissent comme autant de micro‑ateliers où se réinvente le lien social.

Pris ensemble, ces festivals dessinent bien plus qu’un calendrier mondain : une véritable cartographie des questions qui traversent nos sociétés – liberté, censure, diversité, jeunesse africaine, féminisme, écologie, territoires.

Pour des francs-maçons attentifs aux mouvements de la cité, mars 2026 peut être lu comme un mois d’initiation laïque, où chaque salon, chaque foire, chaque soirée poétique devient une loge éphémère ouverte à tous les profanes.

Maçonner, quelle aventure !

« Liberté ! Égalité ! Fraternité ! »….

Dans chaque loge maçonnique de France, les Frères et les Sœurs clament haut et fort ces trois mots, scandés dans un bel ensemble, au début et à la fin de la « tenue ». Mais qu’entendent-ils par ces trois mots à leurs propres oreilles ? Sont-ils clairement « pensés » en même temps qu’ils sont prononcés ? Au vrai, ces « gens de bien », réunis par une fratrie de rencontre, sont-ils, effectivement, comme l’affirme la trilogie républicaine, des êtres libres, égaux, fraternels, au sein de cette « société de réflexion » ?

Vue du Goose and Gridiron, lieu ou fut fondée la Première Grande Loge d’Angleterre.

Si la Franc-maçonnerie, association philosophique, se consacre à la fois à l’amélioration de la condition humaine et la recherche de la vérité, son organisation est aussi… en vérité, plutôt complexe ! En ce sens, venue d’Angleterre, elle traverse les mers, les terres et le temps. Ce qui, métaphoriquement, la rend comparable…à une montre à complications ! C’est à dire que, se déployant en multiples instances aux « axes », ésotériques, théistes, déistes, sociétaux, entre autres, celles-ci brandissent patentes, constitutions, règlements et …interdictions. Autant de documents qui font et occupent une administration. Quelle soit une Obédience ou une Juridiction. Ce qui ne manque pas de créer fréquemment un climat compétitif, chacune se voulant la plus authentique. Et donnant l’heure maçonnique la plus exacte !

Une course à l’exclusivité, à la légitimité et à la « régularité » (pour reprendre la terminologie anglaise fondatrice) tout à fait artificielle, qu’un désir ardent de « reconnaissance » par une stricte Loge-Mère d’outre-Manche rend encore plus pathétique. En l’occurrence, il ne s’agit pourtant pas d’être banalement « reconnu » mais, c’est plus noble, « considéré » !

Statue-de-la-Liberté-(1875),-terre-cuite,-musée-des-Beaux-Arts-de-Lyon

Liberté. Les rites maçonniques, forts des siècles passés – si jamais ils ont fait l’objet d’un dépôt dans quelque officine d’état civil alors agréée – sont tombés dans le domaine public, il y a donc bien longtemps. Circulant à travers le monde, colportés par leurs transmetteurs, souvent monnayés à l’époque, ils ne sont la propriété de personne, ni d’aucun organisme aujourd’hui. Le juridisme civil n’a rien à faire ici. Par définition, tous les utilisateurs actuels en sont les gardiens et conservateurs, tant en France qu’à l’étranger. Il n’y a pas d’exclusivité possessive sur les articles qui les composent, écrits par des maçons de toute l’Europe. A ce jour, aucun procès en propriété, de Suprêmes Conseils ou d’Obédiences, n’est d’ailleurs venu contredire ces évidences. Partant, que vivent ces rites, – vus tels des recueils de morale par les uns ou conducteurs cérémoniels par les autres – et qu’ils soient actualisés si besoin ! Pour le profit intellectuel des générations d’initiés (es) présentes et à venir, dans le respect de leurs concepteurs. Et surtout pas à des fins mercantiles !

Et direz-vous, le franc-maçon, et la franc-maçonne, dans tout ça ?! Il, elle, n’a rien à attendre d’un Grand Architecte de l’Univers – création institutionnelle à la fois symbolique, mystérieuse et… silencieuse – (à ne pas confondre avec le Dieu des diverses confessions) mais tous des Hommes pilotant cette flotille rituellique, sur la mer spéculative !

Egalité. Qu’il, qu’elle ait vécu l’Initiation maçonnique, suite à un recrutement parrainé ou une adhésion personnelle, c’est toujours dans une loge « de hasard » (obédientielle ou indépendante) qu’est accueilli le, la novice. A lui, a elle de s’y adapter, de faire co-naissance avec les autres membres. De pratiquer l’échange de bienveillance. Puis de comprendre, au plus profond de sa conscience (qu’on nomme ici le « temple intérieur »), la signification de cette « lumière » reçue, autre appellation de l’Initiation. L’éclairement en cause ne lui donne bien sûr aucun pouvoir, aucun attribut gratifiant, aucune puissance spontanée !

Mais, symboliquement, ce passage « de profane a initié (e) », lui propose un changement d’appréhension de l’existence, un nouveau désir d’être, un nouveau regard à la fois introspectif et sur le monde. En clair, un « gouvernement de soi » une auto-prise en main, qui, sans subordination aucune, n’a d’autre nom que la liberté. De penser, d’être et de faire. Bien entendu, en respectant les codes de la vie en société. Et les hiérarchies, à condition qu’elles ne soient pas de dominance. La liberté, c’est aussi un droit avec l’acceptation des devoirs civiques qui la permettent ! Donner son plein accord, n’est jamais une contrainte, mais signifie l’assentiment même, la joie de cette liberté.

Spinoza

« La plus belle activité à laquelle puisse accéder un être humain est l’apprentissage. » dit le philosophe Baruch Spinoza. Et effectivement : de l’Initiation naît l’Apprenti maçon. Le tablier blanc dont il est ceinturé en fin de cérémonie lui en fait remarquer d’autres dont les couleurs diverses sur les abdomens de la fratrie en présence, indiquent la gradation sur l’échelle initiatique. Le nouveau, la nouvelle, découvre que l’égalité maçonnique est d’abord …une suite d’inégalités décoratives.

Certaines rigidités corporelles et regards hautains montrent que le tablier chamarré peut monter à la tête. La vanité rôde ! Certaines décontractions gestuelles et bons sourires indiquent au contraire l’humilité et que tabliers et cordons aux fils d’or ne sont que des effets de séance, des décors, bien nommés. Il n’est en fait d’être supérieur que assis plus haut que soi ! A chacun, à chacune sa vision du rapport à l’autre, cet autre Moi…qui n’est pas Moi. Les egos ne sont pas égaux !

La véritable richesse de l’Apprenti est d’abord dans l’acte bénéfique de se taire, coutume rituelle imposée. Alors le regard, l’écoute et la pensée disponibles s’élargissent, observent de concert, en toute liberté ! Oui, cette exigence du rituel est un superbe cadeau : le silence est le gant blanc de la parole ! L’égalité n’est pas que dans ces « étuis manuels immaculés » que portent tous les membres. Elle est dans cette même respiration, dans cette harmonie, dans ce courant d’énergie, dans cette dynamique de groupe qu’est « l’égrégore ». Et qui « soude » les mains, pour constituer un Être unique, lors de la chaleureuse chaîne d’union.

Fraternité. Dès ses premières pages, la Bible rapporte que ladite fraternité commence très mal : Adam et Eve engendrent deux fils, Caïn puis Abel. L’aîné, irascible de caractère, devient un paysan tourmenté et envieux, avide d’agrandir ses terres. Le cadet, doux-rêveur et désintéressé, se fait berger, pour élever paisiblement moutons et brebis. Une inspiration leur dicte un beau jour de se présenter devant Dieu en témoignage d’adoration, avec une offrande. Caïn propose au Créateur une corbeille débordante de raisins, d’abricots, de pommes et de pêches. Abel lui tend deux jeunes agneaux de son troupeau. L’Être suprême écarte la corbeille de fruits et prend sur son cœur les agnelets. Caïn se sent alors très humilié par le choix divin. Au retour, au coin de son champ, ivre d’une jalousie rageuse, il se jette sur son frère Abel et l’égorge.

L’histoire humaine se poursuit sur le même mode fratricide. Dans la mythologie grecque, avec Etéocle et Polynice, les deux fils d’Œdipe, le premier trucidant le second pour exercer son pouvoir sur la ville de Thèbes. Puis dans l’antiquité latine, avec Romulus fondateur de la cité romaine, massacrant son frère Remus, parce qu’il en a franchi les limites et est ainsi suspecté de vouloir se l’approprier. En passant des fictions bibliques et antiques aux réalités historiques contemporaines, celles-ci nous rappellent les suites de tueries commises par des armées cruelles, temporairement dominantes, privilégiant une funeste « conception ethnique » au principe de la fraternité universelle. Cette représentation avilissante de races jugées néfastes (par leurs spécificités génétiques, politiques ou confessionnelles) a généré au XXe siècle les génocides arméniens, ukrainiens, juifs, tsiganes, tutsis, entre autres. Autrement dit l’anéantissement de groupes ethniques par un autre. Soit le massacre de l’homme par l’homme. Du frère par le frère.

Remarquons au passage que la jalousie, sous toutes ses formes, – envie, dépit, ombrage – est toujours présente dans le mécanisme haineux Elle en est le moteur même. Qu’il s’agisse des familles, des peuples, des entreprises, des associations, des cultes, donc de tout groupe humain ! Ce qui permet d’évoquer une violence intra-fraternelle fondatrice. En utilisant le vocable « frère » pour désigner ses membres, à la fois dans ses légendes (pour les ¾ inspirées de la Bible) et en loges, la Franc-maçonnerie s’est donc exposée aux mêmes risques de rivalités, d’animosités possibles, déjà par mimétisme langagier, allez savoir ! Toutes proportions gardées, bien entendu.

La non – « bénédiction » pour la quasi-totalité des Obédiences françaises, par la Grande Loge « Unie » d’Angleterre n’arrange rien, en termes fraternels ! Selon son règlement (basé notamment sur la croyance en Dieu), les membres des « puissances maçonniques » n’invoquant pas le ciel, seraient donc des « faux frères » ! Ainsi, la mère ne reconnaissant pas tous ses enfants, il y aurait donc des loges « irrégulières » sur notre sol. Et donc des maçons et des maçonnes contrefaits ! Selon cette conception arbitraire de l’Art Royal, nous sommes renvoyés, pour réflexion et admiration, à ces « loges clandestines » crées des frères prisonniers dans les « stalags » en Allemagne, pendant la guerre de 1939-1945. Et aux monuments aux morts dans les halls des Obédiences qui rappellent les francs-maçons morts pour la France. Ces membres étaient-ils donc, tous rites et croyances confondus, des frères « irréguliers » ?! A nos frères anglais « réguliers » et néanmoins amis, de répondre ! Il y a encore à dire au nom de la franc-maçonnerie universelle !

La paix est toujours provisoire, l’actualité nous le prouve. En évitant d’insinuer une lutte ouverte, il convient bien d’évoquer parfois une forme d’hostilité regrettable (je peine à employer le terme de « haine ») entre certaines instances maçonniques importantes (en nombre) qu’opposent des « philosophies » différentes ! Il leur reste encore à « grandir » !

Sans généraliser, ce climat conflictuel (localisé) se traduit surtout par des « empêchements » divers, selon des règles parfois quasi-monacales : pas de double appartenance (alors qu’elle est parfaitement autorisée au titre même de la liberté d’association), pas d’inter-visites, pas de tenues communes, pas d’hommage inter-obédientiel possible lors de décès. Mixité encore timide. Obédiences et Suprêmes Conseils en cause s’enferment à double tour ! Pas question (notamment pour les loges libres) de frapper à leur porte. Quand la logique quitte la loge…. Heureusement, lorsque les décors sont rangés et que le corps soudain « libéré » se rappelle à l’esprit, miracle, la table réconcilie tout le monde. Et l’on trinque en « salle humide » à la fraternité retrouvée ! Pourquoi serait-on fâché d’ailleurs ?! Il y a tout de même une contradiction dans ces écarts constatés de la servitude volontaire. L’objet de l’Initiation maçonnique est de favoriser la naissance d’un Homme libre. Le bénévolat (bonne volonté) concerné n’implique pas de se dessaisir de cette liberté !

Symbole de reconnaissance

C’est bien le dessein des Loges indépendantes (ou loges libres) en France. Certes l’indépendance a un prix. Si l’on cite volontiers les guerres picrocholines que se font parfois quelques Obédiences (une dizaine) il est fait peu de cas, voire aucun, de celles (plusieurs centaines !) – toutes pacifiques avec la seule arme du courage – que doivent mener les membres de ces loges (dites encore péjorativement « loges sauvages ») pour exister. C’est à dire, trouver un local, à agencer en Temple. A savoir : le meubler, le décorer, l’entretenir, y préparer et prendre des repas. En clair y partager une vie maçonnique, en auto-gestion, sans autorité suprême, sans autre Constitution qu’une responsabilité de fonctionnement répartie en confiance, sans récompense d’aucune sorte, à partir du rite choisi. Il n’y est donc question, ni de reconnaissance par d’autres instances ni de régularité ! La loge libre se légitime d’elle-même.

Au vrai, qu’est-il décrit ici, sinon le principe même des premières loges maçonniques en Écosse et en Angleterre. L’idée de Grande loge est née ensuite surtout d’un désir de commodité « logistique » par le regroupement et ainsi de disposition d’une gestion centrale. Hier, « Instance de services », aujourd’hui Obédience (du verbe Obéir) ladite Grande Loge continue cette mission matérielle (fournitures diverses) mais en plus, elle supervise, administre et impose les directives pour le bon ordre et le fonctionnement des loges qu’elle fédère. Maçonnerie moderne oblige. Seule restriction : L’Obédience ne donne pas l’Initiation. Ce pouvoir séculaire reste celui de la Loge. Respect du sacré à souligner.

Liberté, Égalité, Fraternité. En ce 21ème siècle, le citoyen, la citoyenne peut vivre cette trilogie, avec des variantes dans l’exercice, selon la formule et le parcours maçonnique choisis. Loge Obédientielle ou loge libre (pour les trois premiers degrés). Suprêmes Conseils souchés ou indépendants (pour les degrés suivants, si leur obtention est souhaitée). Tant qu’y existera la Franc-Maçonnerie – dont les turbulences juvéniles prouvent de fait la vigueur – la France sera un pays libre !

« Les symboles de notre Histoire », quatre nouveaux jalons sous la direction de Pierre Mollier

Aux Éditions Dervy, une marque du groupe Guy Trédaniel, la collection « Les symboles de notre histoire » poursuit son patient déchiffrement du visible. Elle prend ces signes que nous croyons connaître parce qu’ils flottent au-dessus des foules, veillent sur les blasons, hantent les légendes, et elle les remet au travail.

Chaque volume, richement illustré, suit la naissance d’un emblème, ses usages, ses déplacements, ses retournements parfois. Un même motif traverse les siècles, change de main, change de camp, change de ton, sans perdre son pouvoir d’appel. Il suffit alors d’un pas de côté pour comprendre que le symbole n’est pas un décor, mais une porte.

Cette belle aventure éditoriale est dirigée par Pierre Mollier

Celles et ceux qui lisent 450.fm savent que ce nom ne désigne pas seulement un historien, mais une tenue intérieure. Une manière de servir la vérité documentaire sans sécheresse, d’aller aux sources sans bruit, de transmettre sans jamais confisquer. Les articles que 450.fm lui a consacrés (ICI, ICI & ICI) rappellent combien il a donné un visage exigeant et fraternel à la bibliothèque et aux archives du Grand Orient de France, et au musée de la franc-maçonnerie, au « 16 Cadet », en faisant dialoguer recherche, pédagogie et rayonnement culturel.

Pierre-Mollier-couronnée-au-Festival-Napoléon

Et voici qu’une autre lumière est venue souligner ce parcours. Au Festival Napoléon, Pierre Mollier a été distingué pour la qualité de ses recherches et la rigueur de son éclairage sur les liens entre l’Empire, les loges et les réseaux d’influence. Une récompense qui salue une méthode, presque une ascèse, où l’archive devient pierre de taille et où le savoir se construit comme une architecture de preuves.

Déjà parus dans la collection

Couronnes, Philippe Delorme. Une histoire du pouvoir mis en forme, quand le cercle d’or passe de la sacralité au protocole et du mythe à l’État.
La Fleur de lys, Pierre Mollier. Un emblème français au long cours, entre Moyen Âge, monarchie, spiritualité, et survivances plus anciennes que le royaume.
Le Graal, Françoise Bonardel. Le récit d’une quête qui irrigue l’Occident, entre mythe, mystique et imaginaire, et qui fait de l’absence une boussole.
Marianne, Philippe Foussier. Un visage de la République, ses métamorphoses, ses combats, ses usages, et ce qu’il révèle de la France qui se cherche.

Et voici, en 2026, quatre nouveautés à découvrir.

Mélusine, Jean-Michel Mathonière

Mélusine surgit comme une énigme fondatrice du folklore français. Fée bâtisseuse, femme mystérieuse, elle porte en elle une loi secrète, et c’est lorsque ce secret est surpris qu’elle bascule, irréversiblement, dans sa forme serpentine. Le livre suit cette figure à travers une iconographie abondante, qui la montre se rapprochant parfois de la sirène médiévale et renaissante, femme à queue de poisson, parfois double, se peignant et se contemplant dans un miroir. Tout se joue dans cette scène. Le miroir n’est pas seulement un accessoire, il est l’épreuve. Il renvoie l’image, il exige la vérité, il attire le regard là où il ne devrait pas aller. Mélusine rappelle ainsi que le symbole est un pacte. Il élève tant qu’il est respecté. Il punit quand il est profané. Et c’est peut-être cela, au fond, qui nous retient encore d’elle. Sa légende raconte une initiation trahie, mais elle murmure aussi une leçon plus vaste. Toute construction, intérieure ou extérieure, a son prix, et toute lumière a son ombre portée. (Parution 19 février 2026. Prix 12,90 €. ISBN 979-10-242-1802-1)

Jean-Michel Mathonière

Jean-Michel Mathonière est collaborateur d’architecte de formation, passionné par l’histoire de la construction. Spécialiste de l’histoire des compagnonnages, il s’attache tout particulièrement aux métiers de la pierre et du bois, tailleurs de pierre et charpentiers, et à la manière dont les légendes, les images et les rites viennent prolonger, en profondeur, le geste des bâtisseurs.

L’Hermine, Jean-Luc Le Bras

Depuis plus de huit cents ans, l’hermine est l’emblème de la Bretagne. Elle a accompagné les changements de statut, d’abord duché, puis province, enfin région, tout en survivant à l’éclatement contemporain du territoire historique entre « Bretagne » et « Pays de la Loire ». Le livre montre comment un signe peut demeurer, même quand les frontières se recomposent. Présente dans de nombreuses armoiries communales, l’hermine rappelle la force et la pérennité d’un identifiant régional. Sa puissance expressive tient à sa simplicité, comparable à celle de la fleur de lys. Des mouchetures noires sur fond blanc. Une économie de moyens qui ressemble à une évidence, et qui devient, précisément pour cela, un serment. La devise traditionnelle « Plutôt mourir que d’être souillée » dit tout, sans emphase. Pureté, fidélité, exigence. L’hermine est un blason, mais elle est aussi un rappel. Celui d’une dignité qui se garde, et d’une appartenance qui ne se réduit ni au folklore ni à la nostalgie, mais qui se revendique comme une manière d’être au monde. (Parution 19 février 2026. Prix 12,90 €. ISBN 979-10-242-1867-0)

Jean-Luc Le Bras – source BaglisTV

Jean-Luc Le Bras, originaire d’une famille de Bretagne, agrégé, a étudié à Rennes. Après un long parcours professionnel, notamment en Afrique, il a exercé des responsabilités liées à la coopération et à l’action culturelle. Il collabore à plusieurs revues historiques, dont Images & Mémoires, revue africaniste, et les Kaier ar Poher pour la Bretagne centrale.

Le Drapeau tricolore, Philippe Foussier

Tout le monde croit connaître le drapeau tricolore. Et pourtant, ses origines restent discutées. Oui, il apparaît au moment de la Révolution, mais la source précise demeure débattue, et le livre s’attarde sur cette zone de brouillard où naît souvent la force d’un symbole. Il rappelle aussi qu’avant d’être un drapeau, il fut une cocarde. Et que les représentations de l’époque révolutionnaire entretiennent le flou, jusque dans l’ordre des couleurs. Puis vient l’installation, lente, et jamais totalement pacifiée, dans le rôle institutionnel. Le drapeau se charge alors des marques propres aux régimes politiques qui se succèdent, tantôt contesté par le drapeau blanc, tantôt par le drapeau rouge. Il finit par devenir l’emblème revendiqué par la plupart des familles politiques, tout en restant honni par certains courants. Cette histoire mouvementée, qui dure depuis plus de deux siècles, fait du tricolore une véritable mémoire en tissu. Une mémoire pliée, dépliée, brandie, arrachée, recousue. Une mémoire dont chaque pli conserve une fracture, et dont chaque couture indique une tentative de réconciliation. (Parution 19 février 2026. Prix 12,90 €. ISBN 979-10-242-1868-7)

Philippe Foussier ancien Grand Maître du GODF (Source Blog de Jean-Laurent Turbet)

Philippe Foussier est journaliste. Il s’intéresse de longue date à la tradition républicaine et à ses représentations. Il a consacré de nombreux articles à l’histoire politique, sociale et culturelle de la France depuis le dix-huitième siècle, et assure régulièrement des recensions d’essais et d’ouvrages historiques. Il est aussi l’auteur de Marianne, paru dans la même collection. Il a également été Grand Maître du Grand Orient de France.

Gargantua, Laurent Segalini

Rabelais n’a pas inventé Gargantua. Le livre part de ce renversement simple, presque jubilatoire, et il ouvre aussitôt une profondeur inattendue. Derrière le bon géant national, l’enquête invite à reconnaître la silhouette d’un ancien dieu disparu. La tradition orale, de Normandie en Savoie, des Vosges jusqu’en Charente, témoigne de son passage fondateur. Ses jeux d’enfant auraient creusé des vallées, certains reliefs dessineraient encore son profil, des « monts Gargan » apparaissent comme des traces, et des lacs ou des rivières sinueuses deviennent les marques d’une présence gigantesque. Mais le plus troublant est ailleurs. Cet être mystérieux porte les saisons dans sa besace, fait tomber la pluie, verdit le printemps. A-t-il toujours eu forme humaine. Et lorsque le christianisme recouvre les figures anciennes, Gargantua se maquille en saints, saint Gorgon, saint Samson, saint Christophe. Le vernis craque. L’ombre du visage doré réapparaît. Ce volume raconte une transmutation. Celle d’un mythe païen devenu conte populaire, puis littérature, sans jamais cesser d’être une force de paysage. Gargantua n’est pas seulement un personnage. Il est une manière d’expliquer le monde par une présence, et de relier la terre à la mémoire. (Parution 19 février 2026. Prix 12,90 €. ISBN 979-10-242-1869-4)

Laurent-Segalini
Laurent Segalini

Laurent Segalini est historien des seizième et dix-huitième siècles et préhistorien, docteur en anthropologie, chercheur associé au CNRS. Auteur, sous différents noms de plume, de nombreux travaux sur l’hermétisme, les initiations de métiers et les traditions populaires, il est aujourd’hui conservateur du musée de la franc-maçonnerie à Paris, au siège du Grand Orient de France, au « 16 Cadet ».

Nous ne nous bornerons pas à une simple reprise de quatrième de couverture

Comme il se doit, 450.fm proposera une étude approfondie de chacun de ces volumes, pour le plus grand bien de nos lectrices et de nos lecteurs. Nous leur souhaitons déjà un beau moment en compagnie de ces nouveaux ouvrages, qui rappellent, chacun à sa manière, qu’un symbole n’est jamais un décor, mais un passag.

Dervy, le SITE

Le caillou dans la chaussure ou l’éloge maçonnique du boitement

Sous l’apparence d’une formule piquante, « Je serai le caillou dans ta chaussure » ouvre une méditation initiatique d’une grande profondeur. Le caillou dérange, certes, mais il réveille la marche. Et si ce léger trouble disait quelque chose de l’initiation elle-même, de ce pas volontairement inégal du candidat, de ce boitement symbolique qui arrache l’être à ses automatismes pour l’introduire dans la conscience, dans l’épreuve et dans la vérité de sa route.

Il est des phrases qui arrivent comme un heurt

Elles ne flattent pas, elles ne rassurent pas, elles ne promettent pas le confort. Elles déplacent. « Je serai le caillou dans ta chaussure » est de celles-là. À première écoute, la formule semble rude, presque agressive. Elle évoque l’inconfort, l’irritation, la contrariété. Elle paraît annoncer une présence importune, une volonté d’entraver. Pourtant, si nous la recevons avec l’oreille intérieure, elle se renverse. Elle ne dit plus la nuisance. Elle dit la vigilance. Elle ne dit plus la malveillance. Elle dit une fraternité exigeante.

Le caillou n’est pas le rocher qui bloque le passage. Il n’est pas la montagne dressée contre l’homme. Il est plus discret, plus subtil, plus intelligent en quelque sorte. Il ne supprime pas la marche, il en détruit seulement la distraction. Il force le marcheur à sentir le sol. Il oblige à revenir au pied, au pas, au poids, à l’équilibre. Il introduit dans le mouvement une conscience perdue.

Le caillou ne casse pas la route, il casse l’automatisme

Voilà sans doute pourquoi cette image parle si profondément à l’expérience maçonnique. Nous travaillons avec la pierre. Nous savons qu’elle résiste avant de répondre. Nous savons qu’elle blesse parfois la main qui veut la polir. Nous savons surtout qu’aucune pierre ne devient signifiante sans un travail de mise en place. Une pierre errante gêne. Une pierre ajustée construit. Le caillou dans la chaussure peut donc être compris comme une pierre sans place apparente, mais non sans sens. Il dérange parce que notre marche n’a pas encore appris à l’intégrer.

Ce qui nous gêne n’est pas toujours ce qui nous nuit. Ce qui nous irrite n’est pas toujours ce qui nous attaque. Il arrive que ce soit précisément ce qui nous révèle.

Le caillou est souvent un maître minuscule

Dans la Bible, la pierre possède une densité symbolique exceptionnelle. Elle peut devenir autel, témoignage, stèle, fondation, obstacle, scandale, mémoire. La pierre rejetée devient pierre d’angle. La pierre d’achoppement devient révélatrice de la manière dont chacun se tient devant la vérité. La pierre n’est jamais seulement une matière. Elle est une épreuve du regard.

Ce que nous rejetons d’abord peut porter la clé de l’édifice

Pierre-rejetée

Le caillou dans la chaussure relève de cette pédagogie. Il est une pierre d’achoppement intime. Non pas celle qui fait tomber dans la destruction, mais celle qui interrompt l’illusion d’une marche triomphante. Il rappelle que l’on ne chemine pas vers la lumière en glissant sur un sol verni. On y avance avec des reprises, des frottements, des reprises encore.

L’initiation, dans plusieurs rites et sensibilités maçonniques, met le candidat dans une disposition corporelle volontairement déséquilibrée

Un pied n’est pas comme l’autre. La tenue du corps n’est pas celle du quotidien. La marche est affectée. Le pas devient conscient parce qu’il n’est plus naturel au sens profane du terme. Ce léger boitement, réel ou suggéré selon les usages, n’est pas une anecdote vestimentaire.

C’est une pédagogie de l’entre-deux.

Le candidat n’avance pas comme un homme installé. Il avance comme un être déplacé. Un pied demeure du côté du monde connu. L’autre s’expose au seuil. Un pied se souvient. L’autre cherche. Un pied obéit encore aux habitudes. L’autre commence à répondre à un appel. Le boitement initiatique dit cela, le passage ne se fait pas en ligne droite. Il se fait par déséquilibre assumé.

L’initiation commence quand la démarche cesse d’être automatique

Dans cette perspective, le caillou et le boitement se répondent. Le premier introduit une irrégularité. Le second en manifeste les effets. Le caillou est la cause symbolique. Le boitement est la forme visible de l’éveil. Il ne faut pas se hâter de « corriger » ce trouble. Il faut d’abord l’écouter.

Nous croyons souvent que la sagesse consiste à supprimer toute gêne. L’expérience initiatique enseigne plutôt à discerner la valeur des gênes. Il existe des douleurs stériles, bien sûr, des blessures injustes, des duretés qui n’élèvent personne. Mais il existe aussi des frictions salutaires. Une parole juste qui dérange l’orgueil. Un silence qui nous renvoie à notre agitation. Une contradiction fraternelle qui empêche la paresse de se faire passer pour la paix.

La fraternité authentique ne se réduit pas à une chaleur consensuelle. Elle est aussi un art de la rectification réciproque.

Être le caillou dans la chaussure d’un Frère ou d’une Sœur, dans ce sens noble, ce n’est pas humilier

Ce n’est pas chercher à triompher. Ce n’est pas jouir de la critique. C’est refuser de laisser l’autre s’endormir dans une image de soi. C’est préférer la justesse au confort. C’est risquer une parole vraie au lieu d’offrir une flatterie polie.

Toutefois, et c’est ici que la vigilance devient plus fine encore, celui qui se croit « caillou initiatique » peut très vite devenir gravier d’arrogance. Il existe une manière très profane de se donner le rôle du gêneur salutaire. On s’y autorise de la vérité pour blesser. On s’y pare de franchise pour brutaliser. On s’y imagine maillet alors qu’on n’est que marteau sans mesure.

Le caillou initiatique n’est pas jeté contre l’autre. Il est déposé au seuil de sa conscience.

L’intention fait ici toute la différence. Sans charité, la correction devient violence. Sans humilité, la lucidité devient théâtre. Sans amour fraternel, l’exigence devient domination.

Les traditions sacrées nous offrent plusieurs figures où la marche blessée devient signe d’une transformation. Jacob lutte de nuit et sort marqué, boitant, de son combat. Il ne repart pas intact, il repart nommé autrement. La bénédiction n’efface pas la trace, elle passe par elle. Cette claudication n’est pas une déchéance, elle devient mémoire incarnée d’une rencontre qui a changé l’être.

Le boitement peut être la signature d’une visitation

On peut aussi penser à Moïse devant le buisson ardent. Là encore, le pied est engagé. Il faut ôter la sandale pour entrer dans un autre rapport au sol. Le sacré commence par une modification de la manière de se tenir et de marcher. Le terrain n’a pas changé de matière, pourtant il n’est plus le même. Ce qui change, c’est la conscience du marcheur.

Retirer la chaussure n’est pas abandonner la route, c’est apprendre à la fouler autrement.

Dans une autre tonalité biblique, l’écharde de Paul peut également être rapprochée du caillou. Non pas à la lettre, bien sûr, mais dans sa fonction spirituelle. Une gêne persistante empêche la suffisance, maintient dans une veille, rappelle la limite. Certaines aspérités nous gardent d’une ivresse de puissance.

Même hors de la Bible, la figure du boiteux sacré traverse les imaginaires. Le forgeron divin, parfois marqué dans son corps, façonne pourtant les armes des dieux. Le défaut apparent devient puissance d’artisanat et profondeur du feu. Le manque n’exclut pas du travail sacré, il peut au contraire en devenir l’accès. Une tradition initiatique digne de ce nom sait cela. Elle ne cherche pas des êtres lisses. Elle reçoit des êtres en travail.

Le Rite, dans sa sagesse, ne promet jamais une marche sans résistance

Il donne des outils pour traverser la résistance. Le maillet frappe. Le ciseau divise. L’équerre rectifie. Le compas mesure. Aucune de ces opérations n’est une caresse au sens sentimental du mot. Toutes relèvent d’un amour exigeant de la forme juste.

Sans résistance, la forme dort dans la matière. Sans friction, l’âme dort dans ses habitudes

La voie alchimique nous aiderait à dire la même chose autrement. Le caillou dans la chaussure peut être lu comme une petite nigredo quotidienne. Une contrariété qui noircit un instant notre humeur et révèle aussitôt ce à quoi nous tenons trop. Pourquoi cela me met-il en colère. Pourquoi cette parole me pique-t-elle. Pourquoi ce rappel de la règle me blesse-t-il. À travers l’irritation, quelque chose de nos attachements devient visible. Ce n’est pas encore l’or, mais c’est déjà l’œuvre.

L’inconfort bien lu est une pédagogie du réel

D’un point de vue philosophique, la formule touche aussi à une grande tradition du réveil. Socrate se voulait taon, non pour détruire la cité, mais pour l’empêcher de s’assoupir. Le caillou dans la chaussure relève de la même économie spirituelle. Il ne remplace pas la route. Il empêche la somnolence du marcheur. Il ne produit pas la vérité. Il empêche de s’installer dans le faux.

Ce n’est pas l’obstacle qui fait grandir, c’est la manière de l’habiter

Dès lors, la question que dépose cette phrase devant chacun de nous devient double, et même triple. Suis-je capable d’accueillir le caillou dans ma chaussure, c’est-à-dire l’interpellation juste, le doute fécond, la contradiction qui m’oblige à penser plus haut et plus vrai. Suis-je capable d’être, pour un Frère ou une Sœur, cette présence de rappel, non par goût de corriger, mais par fidélité à l’ouvrage commun. Et suis-je capable, plus humblement encore, de discerner quand il faut parler, quand il faut se taire, quand il faut retirer le caillou, et quand il faut simplement réapprendre à marcher.

Car il arrive que le caillou révèle moins un défaut de la route qu’une blessure ancienne du pied. Alors le travail change de nature. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer une gêne extérieure. Il faut examiner ce qui, en nous, réagit avec excès. Le caillou devient miroir. Il montre la part non guérie qui transforme toute friction en offense.

L’initiation n’abolit pas les cailloux. Elle apprend à les lire

Et peut-être est-ce là la leçon la plus précieuse pour nos Loges, pour nos vies profanes, pour notre manière d’habiter la fraternité. Nous cherchons souvent une harmonie sans heurt. Or la véritable harmonie n’est pas l’absence de tension. Elle est l’art d’ordonner les tensions. Une Loge vivante n’est pas une assemblée où plus rien ne grince. C’est un lieu où ce qui grince peut-être travaillé sans haine, sans complaisance, sans fuite.

Le caillou dans la chaussure, dès lors, n’est plus une menace

Il devient une promesse de présence. Il rappelle que la marche initiatique n’est ni promenade décorative ni posture spirituelle. Elle engage le corps, la parole, l’écoute, l’orgueil, l’humilité, le rapport au vrai.

Nous n’avançons pas vers la lumière en apesanteur. Nous y avançons avec nos pieds, avec nos limites, avec nos aspérités, avec nos boitements.

Et il est des boitements qui valent mieux qu’une course droite vers l’illusion.

« Je serai le caillou dans ta chaussure » peut alors s’entendre comme une parole de fidélité, rude en apparence, fraternelle dans sa visée. Non pas te faire tomber, mais t’empêcher de marcher endormi. Non pas te blesser, mais te rendre à ta propre vigilance. Car l’initiation ne promet pas le confort du chemin, elle enseigne la conscience du pas.