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Asimov et l’énigme des sables – une histoire universelle au miroir du Nil

Publié en 1967 aux États-Unis et enfin traduit en français par Les Belles Lettres, « Les Égyptiens » d’Isaac Asimov est bien plus qu’un récit d’histoire ancienne. C’est une méditation sur la permanence, l’initiation et la mémoire des peuples, portée par l’une des plus grandes plumes vulgarisatrices du XXe siècle.

Isaac Asimov

Il y a dans la civilisation égyptienne quelque chose qui résiste à toute dissolution, une densité de sens que nulle conquête n’a pu effacer et que les millénaires ont rendue plus opaque encore, comme si l’accumulation des siècles avait, paradoxalement, ajouté à l’obscurité plutôt qu’à la lumière. Isaac Asimov le savait, lui qui avait fait de la clarté une vocation et de la transmission une éthique.

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Isaac Youdovitch Ozimov, devenu Isaac Asimov, naît probablement le 2 janvier 1920 à Petrovitchi, dans l’ancien Empire russe, avant de grandir à Brooklyn après l’émigration de sa famille aux États-Unis. Biochimiste de formation, professeur à l’Université de Boston, il devient l’un des auteurs les plus féconds du XXe siècle, laissant derrière lui plus de cinq cents ouvrages couvrant neuf des dix grandes classes de la classification décimale de Dewey*. Avec Robert A. Heinlein et Arthur C. Clarke, il demeure l’un des trois grands géants de la science-fiction américaine, auteur des cycles « Fondation » et « Les Robots », mais aussi inventeur du terme « robotique », promis à une fortune considérable.

Pourtant, derrière cette gloire immense attachée aux mondes futurs, se tient aussi un passeur du passé, un historien du monde antique d’une remarquable clarté.

C’est cette face moins connue de son œuvre que la maison d’édition Les Belles Lettres, fondée en 1919 et consacrée dès l’origine à la transmission des auteurs antiques, des humanités et des sciences humaines, a entrepris de remettre en lumière avec La République romaine en 2023, L’Empire romain en 2024, Les Grecs en 2025, puis aujourd’hui Les Égyptiens, traduit par Christophe Jaquet et magnifiquement illustré par Benjamin Van Blancke. Isaac Asimov meurt le 6 avril 1992 à New York, laissant une intelligence encyclopédique du monde dont cette série posthume révèle encore toute la fécondité.

Ce qui frappe d’emblée dans cet ouvrage, c’est la manière dont Isaac Asimov pose son regard sur l’Égypte non comme sur un objet d’étude à disséquer, mais comme sur un être vivant, doué d’une âme propre et d’une ténacité que nulle épreuve n’a pu entamer

La formule qu’il choisit pour ouvrir son propos vaut programme entier de lecture

À travers des siècles de domination étrangère, l’Égypte s’était obstinément accrochée à son identité en conservant sa culture et sa religion, tandis que passaient sur elle les influences assyriennes, perses, grecques et romaines, elle était demeurée égyptienne. Voilà posé, dès les premières lignes, ce mystère fondamental que la Franc-Maçonnerie reconnaîtra comme sien, celui d’une transmission qui survit à tous les sièges, à toutes les profanations.

L’ouvrage s’ouvre sur le Nil

Et nous ne résistons pas à cette première fascination que l’auteur installe avec une économie de moyens remarquable. « Dans le nord-est de l’Afrique coule un fleuve extraordinaire, qui parcourt plus de six mille sept cents kilomètres et porte un nom grec, Neîlos… » L’origine de ce nom demeure inconnue, car les peuples qui vivaient sur ses berges l’appelaient simplement « le Fleuve ». Cette ignorance de l’étymologie est, en elle-même, une leçon initiatique. Le nom véritable est perdu, comme le mot est perdu, et ce qui reste est la réalité vivante, l’eau qui coule, le limon qui nourrit, la lumière qui se lève chaque matin sur la même rive. Il y a là une image que tout maçon reconnaît.

L’Égypte d’Isaac Asimov n’est pas une nécropole

Elle pense, elle construit, elle calcule. Dès le néolithique, les Égyptiens cultivaient leur vallée, et au fil du temps ils mirent au point un système d’irrigation d’une complexité remarquable, ainsi que des mathématiques permettant de mesurer leurs terres après chaque crue. La géométrie née du Nil, qui sera le fondement de tout l’édifice ésotérique occidental jusqu’aux loges de la Maçonnerie spéculative, apparaît ici dans sa vérité première, comme réponse pratique à une contrainte naturelle, avant de devenir langue secrète des bâtisseurs.

Le parcours que nous propose Isaac Asimov à travers quatorze grandes séquences historiques, de l’Égypte préhistorique aux scènes finales de la domination arabe et de l’Islam, constitue une véritable initiation en degrés

Imhotep – Louvre, détail

L’Ancien Empire révèle la figure d’Imhotep, premier architecte connu de l’histoire, génie universel que la tradition tardive élèvera au rang de dieu de la médecine, et dont l’ombre plane sur toute la symbolique maçonnique des bâtisseurs. La construction des pyramides, que l’auteur traite avec une précision et une honnêteté intellectuelle rares, n’est pas réduite à une prouesse technique. Elle est comprise comme l’expression d’une cosmologie, d’une vision du monde où le mort, le vivant et le divin s’articulent dans un espace géométrique parfaitement maîtrisé.

Le Moyen Empire et l’ascension de Thèbes révèlent une autre vérité que la Maçonnerie a très tôt intégrée à sa propre mythologie, celle de la résurrection d’une civilisation après son effondrement apparent

L’Égypte, envahie par les Hyksos, colonisée, humiliée, sait renaître. Elle absorbe ses conquérants, digère leurs dieux, retourne leur puissance en force propre. Ce mouvement dialectique, cette capacité à transformer l’adversité en régénération, est au cœur de la pensée initiatique. Osiris dépecé et rassemblé par Isis, l’ordre restauré par Horus, autant de symboles que nous retrouvons à chaque degré du parcours rituélique, et qu’Isaac Asimov réintègre ici dans leur contexte historique sans jamais en trahir la dimension métaphysique.

rabat de la couverture avant

La reine Hatchepsout, le réformateur religieux Akhénaton, Néfertiti dont la beauté traverse les millénaires, Ramsès II qui fit de sa propre image un programme théologique, Cléopâtre enfin, dernière des Ptolémées, qui incarna jusqu’au bout cette résistance de l’égyptianité face aux puissances méditerranéennes successives, Jules César, Marc Antoine, Rome, tous ces personnages traversent les pages d’Isaac Asimov avec une présence charnelle et une vérité psychologique que la plume sobre de l’auteur rend plus convaincante que les récits d’apparat.

L’Égypte ptolémaïque mérite une attention particulière pour le lecteur maçon, car c’est en elle que se nouent les fils de la grande synthèse ésotérique antique

Bibliothèque d’Alexandrie

Alexandrie, fondée en 331 avant notre ère, devient le creuset où se rencontrent la pensée grecque, la tradition égyptienne, la mystique juive et les premiers souffles du christianisme naissant. La bibliothèque, les écoles de philosophie, le mouvement hermétique qui donnera son nom à toute une branche de l’ésotérisme occidental, tout cela éclot dans ce bouillonnement alexandrin qu’Isaac Asimov restitue avec son habituelle clarté.

La traversée des dominations étrangères constitue le second grand mouvement de l’ouvrage Perses, Macédoniens, Athéniens, Romains, Chaldéens, Juifs, Grecs, chaque peuple apporte sa pierre à l’édifice ou tente de le démolir, et l’Égypte résiste à tous, non par la force militaire, mais par la profondeur de sa culture et la cohésion de sa tradition religieuse. L’Égypte chrétienne, avec ses martyrs, ses moines du désert, ses Pères de l’Église coptes, représente une page encore trop méconnue que l’auteur aborde avec finesse, montrant comment le christianisme égyptien se fondit dans les structures mentales et liturgiques héritées des pharaons. L’Égypte musulmane enfin, depuis la conquête arabe de 641 jusqu’au seuil du XXe siècle, ferme ce long cycle avec une dignité que l’auteur restitue sans condescendance.

Ramsès II

Ce qui donne à cet ouvrage sa dimension véritablement initiatique, au-delà de la qualité de l’analyse historique, c’est la conviction qui le traverse de bout en bout selon laquelle les civilisations, comme les individus, peuvent mourir à elles-mêmes sans disparaître, se métamorphoser sans se trahir, traverser les ténèbres sans perdre le fil de leur identité profonde.

C’est là une leçon que nous, Francs-Maçons, recevons à chaque tenue, lorsque nous réactivons en loge les rituels qui nous relient à cette chaîne d’union invisible traversant l’histoire humaine depuis ses origines les plus obscures.

Benjamin Van Blancke, dont l’art du dessin à l’encre s’inscrit dans la lignée des gravures du siècle d’or hollandais et de la peinture classique, offre à ce texte une incarnation visuelle d’une grande sobriété efficace. Ses illustrations, accompagnées de notes détaillées du chapitre premier jusqu’aux scènes finales, forment un commentaire en images qui dialogue avec le texte sans jamais l’illustrer au sens servile du terme. Elles ouvrent des espaces de contemplation que la lecture appelle naturellement.

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Les cartes que l’ouvrage propose, géographique, pharaonique, républicaine arabe, méritent un éloge particulier

Elles ne sont pas des ornements. Elles donnent au récit sa chair territoriale, son ancrage dans l’espace réel, sans lequel l’histoire risque toujours de se dissoudre en abstractions. La chronologie, qui s’étend sur plus de dix millénaires, de la fonte des glaciers vers 8000 avant notre ère jusqu’aux hostilités entre l’Égypte et Israël en 1967, offre au lecteur la vertige salutaire de la durée. Dix millénaires contemplés depuis notre présent, c’est une méditation sur ce que nous sommes-nous-mêmes dans la suite des temps.

Isaac Asimov n’est pas un ésotériste

Il n’a jamais prétendu l’être. Mais il possède cette qualité rare chez les grands vulgarisateurs, celle de laisser transparaître, derrière les faits et les dates, les questions fondamentales que toute civilisation pose à l’humanité. Pourquoi construisons-nous ? Que faisons-nous de la mort ? Comment transmettons-nous ce que nous savons à ceux qui viendront après nous ? Ces questions, qui sont les nôtres en loge comme elles furent celles des prêtres de Karnak et des architectes de Gizeh, traversent chaque page de cet ouvrage comme un courant souterrain.

L’Égypte n’a jamais cessé d’être le pays de l’initiation par excellence dans l’imaginaire maçonnique

4e de couverture

Ce livre d’Isaac Asimov, enfin accessible en français grâce aux Belles Lettres, nous rappelle pourquoi. Il le fait sans mystification ni emphase, avec la seule force d’une intelligence qui a su regarder les pierres du désert et y entendre encore battre le cœur du monde.

* La classification décimale de Dewey, ou CDD, est un système de classement bibliographique créé en 1876 par Melvil Dewey afin d’organiser les livres d’une bibliothèque selon les grands domaines du savoir. Elle répartit l’ensemble des connaissances humaines en dix classes numérotées de 000 à 900. Les 000 regroupent les généralités, l’informatique et les ouvrages de référence, les 100 la philosophie et la psychologie, les 200 la religion, les 300 les sciences sociales, droit, économie, politique, les 400 les langues et la linguistique, les 500 les sciences pures, mathématiques, physique, biologie, les 600 la technologie et les sciences appliquées, les 700 les arts, les sports et les loisirs, les 800 la littérature, les 900 l’histoire et la géographie.

Dire qu’Isaac Asimov a écrit dans neuf de ces dix classes revient donc à souligner l’ampleur encyclopédique d’une œuvre qui traverse presque toute la bibliothèque du monde.

Les Égyptiens

Isaac Asimov, Benjamin Van Blancke (ill.), Christophe Jaquet (trad.)

Les Belles Lettres, 2026, 308 pages, 21 / L’éditeur, l’audio et les extraits

GLMF : des témoignages interrogent les méthodes d’inspection et la gouvernance interne

NDLR : La rédaction s’est entretenue durant 20 minutes au téléphone avec Félix Natali avant la parution de cet article. Ce dernier en sa qualité de Grand Maître n’a pas souhaité répondre à nos questions ou encore commenter les deux précédents articles qui se trouvent en fin de reportage. Nous publions cette enquête à partir de témoignages concordants, de documents internes portés à notre connaissance et d’échanges préalables avec plusieurs protagonistes. Les personnes ou institutions mises en cause disposent naturellement d’un droit de réponse, que 450.fm publiera dans les conditions prévues par la loi.

Félix Natali – GM de la GLMF

Nous évoquions il y a quelques jours les difficultés en matière de gestion de la Grande Loge Mixte de France, présidée par son Grand Maître Félix Natali. Le lendemain, nous avons rapporté le conflit qu’il continue d’entretenir avec le Grand Commandeur du REAA, même si ce dernier a été largement réélu avec un score de 73% des voix lors de l’Assemblée générale du week-end dernier. Ce troisième et dernier volet, qui n’est pas le moindre, concerne des témoignages faisant état de comportements ressentis comme autoritaires quand ils émanent de dignitaires de la GLMF, ayant une conception verticale et intimidante de leurs charges.

Pour étayer notre propos, nous avons interviewé plusieurs membres des loges concernées par cette attitude qui n’a plus rien à voir avec l’esprit fraternel dans lequel une obédience doit s’inscrire.

Il s’agit d’un climat perçu comme intimidant par plusieurs témoins dans le cadre d’inspections de Loges par un duo de « Frères » mandatés par le Conseil de l’Ordre.

Les inspections : de nombreuses obédiences pratiquent l’inspection régulière des Loges afin de s’assurer que les travaux sont conformes au règlement général de la maison, que le rituel est respecté, que les membres sont tous à jour de leurs capitations, que les invités sont légitimes… Toute cette procédure s’effectue bien évidemment dans un esprit de fraternité et surtout de bienveillance. Il ne s’agit pas d’exercer un quelconque pouvoir par la force ou la manipulation, ni de soumettre les membres assujettis à ces inspections à des pressions psychologiques.

Or il se trouve que 450.fm est en possession de plusieurs témoignages de membres de diverses Loges de la GLMF inspectées au cours de l’année 2025 ou avant, par le Grand Orateur de l’époque accompagné du Grand Secrétaire, duo que nous avions présenté dans notre article du 30 juin 2024 – Ce fameux tandem fait donc l’objet de nombreuses plaintes de Frères des Loges de La Ciotat, Paris, Saint-Avold… et d’une Loge de Bastia auprès de notre rédaction. Nous avons recueilli, lors de chaque interview, des comptes rendus très ressemblants de la part de témoins décrivant les mêmes procédés :

Représentation artistique non contractuelle

Les deux inspecteurs placent les Frères et Sœurs de la Loge sur les colonnes, Vénérable et Collège compris. Les deux « envoyés spéciaux » se positionnent ensuite au plateau du Vénérable, dans une position évidente de domination, surplombant volontairement cette assemblée regroupée en vue de subir leur interrogatoire. Dans les techniques d’oppression et de manipulation, le positionnement revêt une importance cruciale. Il permet d’asseoir une autorité, qui peut être légitime si elle est bienveillante, mais qui, en l’occurrence, a été vécue par plusieurs membres comme une forme de pression assortie de reproches, scénario qui n’a plus rien à voir avec l’Art Royal, pas plus qu’il ne relève d’une relation normale avec une Obédience.

Les témoignages concordent tous : cette mise en scène a pour but de créer un climat de soumission et de malaise.

Comment opère cette mise sous pression ?

La méthode est bien rodée et, selon les témoignages recueillis auprès des membres passés sur le grill, ce décorum crée immanquablement un sentiment de contrainte assorti d’une crainte de représailles. Un membre de la rédaction a eu l’occasion d’y participer, en témoin, et il confirme que cette expérience est fortement éprouvante pour les nerfs des participants. Aucune contestation ni débat n’est possible : tout est manifestement à charge contre la Loge.

Représentation artistique non contractuelle

Un Frère de Saint-Avold, qui ne souhaite pas se dévoiler, affirme qu’à l’appel de son nom, il s’est vu reprocher les paiements de ses capitations en plusieurs mensualités. Des reproches agressifs de la part d’un des deux inspecteurs lui ont laissé un souvenir très humiliant de cet échange, qui n’avait rien de fraternel. Quelques jours plus tard, il était encore sous le choc et s’interrogeait sur la pertinence de rester à la GLMF. Un autre de La Ciotat se souvient du passage en revue qui lui a rappelé ses jeunes années à l’armée. Tous les témoignages reçus confirment que ces séances d’inspection, de la part des deux Frères en cause, toujours membres éminents du Conseil de l’Ordre de la GLMF, ont été perçues par plusieurs témoins comme dévalorisantes et vexatoires.

Notre rédaction n’aurait aucunement dévoilé les méthodes internes de la GLMF si ces témoignages convergents provenant de divers Orients n’avaient révélé une ambiance anxiogène et le sentiment d’un pouvoir unilatéral et injustement oppressif, lors de ces inspections. Il est intéressant de noter que l’un des deux inspecteurs en question, chargé de s’assurer du sérieux des loges, est précisément celui qui avait été nommé par Christiane Vienne pour transmettre à 450.fm les informations de l’Obédience dans le cadre d’une action de chargé de communication durant la période post-COVID et qui, pour une raison inconnue, avait totalement failli à sa mission, ne se manifestant en aucune sorte. Curieuse attitude de la part d’un Frère obsessivement attaché à l’obéissance…

Le dernier chapitre de ce troisième volet sera consacré à un fait qui pose question quant à l’indépendance de la GLMF.

Nicolas Penin, ancien Grand Maître du GODF

Lors du Convent de Lille, fin juin 2024, Félix Natali est élu Grand Maître de la GLMF par 77,20% des voix. Deux mois plus tard, c’est au tour de Nicolas Penin d’être élu dans la même ville à la tête du GODF.

Dès lors, les deux hommes vont très vite se rapprocher. Les articles de 450.fm sur le GODF agacent profondément Nicolas Penin du GODF. Selon les éléments dont dispose la rédaction, un courrier à en-tête du GODF a été adressé à la GLMF au sujet des publications de 450.fm consacrées au GODF. La rédaction estime que cette démarche, dans son intention et sa portée, pose une question de principe sur l’indépendance éditoriale et sur les relations entre obédiences. La GLMF prend très au sérieux cette demande et délègue deux Conseillers de l’Ordre pour explorer le journal afin de détecter un quelconque acharnement contre cette obédience « amie » qu’est le GODF. Rien de particulier n’en résulte et les Conseillers qui analysent le journal rentrent bredouille. Le Grand Maître tente de minimiser l’opération et passe discrètement, dans la séance du Conseil de l’Ordre des 8 et 9 novembre 2024, un communiqué dont voici un extrait :

(Document adressé aux membres de la GLMF en novembre 2024)

Ce n’est que partie remise… car la fidélité entre les deux Grands Maîtres se mue en « amitié sincère ». Quelques mois plus tard, le journal 450.fm dénonce l’affaire Henri Sandillon : cet ancien médecin à l’hôpital de Jonzac (Charente-Maritime), Conseiller de l’Ordre au GODF, Grand Officier délégué à la réflexion sur la fin de vie, à la santé et aux droits des femmes et des enfants (sic – ce n’est pas nous qui inventons : c’est l’exact libellé !), avait émis, comme président du comité médical, un avis favorable à la nomination du Docteur Joël Le Scouarnec, celui qui a abusé sexuellement de plus de 300 enfants, alors même qu’il avait préalablement eu vent de certains comportements pervers de la part du candidat. Le Canard enchaîné s’était fait l’écho de cette affaire et 450.fm avait de nouveau posé la question le 2 juillet 2025, plus d’un mois après l’annonce de cet insupportable maintien du Conseiller de l’Ordre en poste au GODF par Nicolas Penin. Henri Sandillon, qui n’avait pas hésité à contredire, devant la cour criminelle du Morbihan, son témoignage antérieur auprès des enquêteurs, sera finalement sacrifié, la veille du Convent.

Quelques mois passent et aucun grief ne peut être retenu contre le membre de la GLMF, directeur de la publication de 450.fm. Cependant, la Loge dans laquelle il officie comme simple Maître des Cérémonies est bizarrement inspectée pour la première fois. Et, tout aussi étrange coïncidence, elle le sera par les deux cosignataires du PV du Conseil de l’Ordre des 8 et 9 novembre 2024, dont un extrait figure ci-dessous. Il s’agit des mêmes deux inspecteurs dont il est question dans les autres épisodes relatés dans cet article : le monde devient, à tous les sens du terme, tout petit, tandis que les circonstances hoquettent servilement.

À la différence des autres inspections dont il est question depuis le début, celle-ci prendra une tournure très particulière.

Tout d’abord, elle se produit juste quelques jours avant le dernier Conseil de l’Ordre de la saison 2025, afin d’expédier rapidement la sanction… déjà connue trois mois plus tôt par quelques membres de la GLMF. Cela rend la contestation très compliquée, car nous arrivons en juillet et seule une Tenue officielle peut rendre valide un appel auprès du Conseil des Sages (instance d’appel de la GLMF).

La rédaction a interrogé et a obtenu les témoignages de deux membres de la GLMF qui confirment leur parfaite connaissance de la sanction déjà prévue dans les tuyaux, trois mois avant l’inspection. Un hasard pour le moins troublant…

Nous n’entrerons pas dans le détail des irrégularités relevées dans la procédure, ni dans les inexactitudes ou omissions alléguées dans le rapport, qui était partiellement rédigé avant l’inspection (nous en possédons copie). En l’état des témoignages recueillis et des documents consultés par la rédaction, plusieurs membres concernés considèrent que la procédure a été volontairement et préalablement orientée dans un sens défavorable à la Loge. Ils y voient moins une inspection ordinaire qu’une voie disciplinaire détournée dont l’issue leur semblait largement anticipable pour ne pas dire jouée d’avance. Un avocat est donc mandaté par la Loge début juillet pour établir un dossier de plaidoirie auprès du Cercle des Sages, qui est l’instance d’appel de la GLMF. Renseignement pris auprès d’anciens Grands Maîtres, elle est généralement neutre et ces derniers s’interdisent toute ingérence ou interférence. En tous cas, d’ordinaire…

Il faudra plus de 16 semaines à ce Cercle pour rendre son verdict. Pour rappel, tous ceux qui ont lu le volet № 2 de cette série ont pu observer que ce même Cercle, prétendument indépendant, n’avait mis que quelques heures pour statuer dans l’affaire du Grand Commandeur. Lorsqu’il y a urgence, pour les intéressés, il sait mettre les bouchées doubles. Bilan de cette opération :

La Loge est exclue de la GLMF et le Frère Directeur de la Publication, enfin éliminé. On satisfait ainsi aux desiderata ou plus crûment aux pressions extérieures d’une obédience amie étant allée jusqu’à exprimer ses récriminations dans un courrier officiel, comme un suzerain réclamant les services d’un vassal !

Nous touchons au terme de ce troisième volet, et la question qui se pose est la suivante : à qui profite ce récent désordre à la GLMF ?

Plusieurs hypothèses se dessinent, mais selon quelques anciens Grands Maîtres que nous avons contactés et qui préfèrent conserver l’anonymat, dans un tel contexte, la proximité du Grand Maître Natali avec la rue Cadet pose de réelles questions quant au projet qui pourrait se tramer entre les deux obédiences. En effet, la rumeur court qu’une fusion des deux entités ou, plus habilement, une absorption des Loges de la GLMF par le GODF serait de nature à dissiper, au plan financier, les nuages qui s’amoncellent à l’horizon et à mettre un terme aux errements internes qui risquent, par leur répétition, d’entraîner un jour des actions judiciaires. Il resterait à trouver l’occasion et le moyen propices à manœuvrer les deux communautés, sans heurt, d’aucune part…

Une chose est, pour l’heure, certaine : les membres de la GLMF seront réunis en Convent dans quelques jours. Ils devront accorder leur confiance pour un troisième et dernier mandat à Félix Natali. Ils voteront aussi pour confirmer dans ses fonctions sa garde rapprochée, c’est-à-dire lors du renouvellement des membres du Conseil de l’Ordre qui descendent de charge. Au vu des événements, nombre de votants pourraient être bien inspirés de ne pas appliquer avec un même zèle impénitent les consignes habituelles…

Parmi les nombreuses propositions soumises au vote, il sera demandé aux loges de la GLMF de valider la « destruction » de la Loge n°346 (unique Loge de la GLMF concernée cette année par une fermeture), dont la procédure expéditive mise en œuvre par la GLMF aurait pu mériter l’attention de la justice profane, c.-à-d. être examinée dans sa pleine régularité par les tribunaux de la République. Connaissant le risque de panurgisme ou de conformisme somnolent sévissant souvent dans ces assemblées, il ne serait pas surprenant que les votants appuient sur la touche verte : « favorable », sans réellement avoir pris connaissance des ressorts de l’affaire, ni mesuré l’injustice qu’il s’apprêtent à couvrir.

Les Sœurs et les Frères de la GLMF auront bientôt à se prononcer. Il leur appartient, désormais, en conscience, de demander les éclaircissements nécessaires, d’exiger la transparence des procédures et de rappeler qu’une obédience maçonnique ne peut valablement prospérer que si l’autorité demeure au service de la fraternité, sans jamais faillir ni même faiblir.

Autres articles de la série (3/3)

GLFF – Liliane Mirville réélue Grande Maîtresse avec un mandat de confiance exceptionnel

Réunie en Convent à Bagnolet le week-end dernier, la Grande Loge Féminine de France a largement renouvelé sa confiance à Liliane Mirville, réélue Grande Maîtresse par 324 voix sur 337 votantes. Un résultat massif, qui confirme la stabilité de la première obédience maçonnique féminine du monde, tout en ouvrant de nouvelles perspectives, notamment avec la création d’une juridiction égyptienne, la naissance annoncée d’une obédience féminine traditionnelle au Gabon et le projet d’un musée virtuel destiné à valoriser un patrimoine d’environ 1000 pièces.

Le verdict des urnes est d’une clarté rare

Lors du Convent de la Grande Loge Féminine de France, réuni à Bagnolet, Liliane Mirville a été réélue Grande Maîtresse avec 324 voix sur 337 votantes. Plus de 96 % des suffrages lui accordent ainsi un mandat particulièrement fort pour cette troisième et dernière année à la tête de l’obédience.

Cette réélection ne constitue pas seulement une confirmation personnelle

Elle marque aussi la volonté des loges de poursuivre un chemin déjà engagé, dans un moment où la franc-maçonnerie féminine demeure appelée à conjuguer fidélité initiatique, transmission, visibilité publique et rayonnement international.

Première obédience maçonnique féminine du monde, la Grande Loge Féminine de France occupe une place singulière dans le paysage maçonnique français et international.

Elle incarne depuis plusieurs décennies une voie exigeante, où l’initiation des femmes n’est ni une variante ni une marge, mais une puissance propre, autonome, structurée, pleinement inscrite dans l’histoire contemporaine de l’Ordre.

L’année 2025 avait déjà rappelé cette profondeur historique, avec la célébration des 80 ans de l’indépendance des loges féminines

L’année 2026 prolonge cette dynamique par un vote de confiance très net, mais aussi par plusieurs décisions importantes qui témoignent de la vitalité de l’obédience.

Le Convent a ainsi voté à l’unanimité la création de la Grande Loge Féminine Traditionnelle du Gabon, issue des six loges de la GLFF implantées dans ce pays. Cette décision souligne le rôle majeur de la GLFF dans la construction d’une franc-maçonnerie féminine internationale, enracinée dans les territoires, mais reliée par une même exigence de transmission, de liberté de conscience et de fraternité.

Autre décision notable, la création de la juridiction des grades post-maîtrise

Celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Ce rite, déjà présent au sein de la GLFF à travers neuf loges symboliques, dispose désormais de sa propre organisation de hauts grades. Marie-Françoise Blanchet, ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, en devient la Grande Matriarche.

La GLFF compte désormais quatre juridictions de hauts grades

Le Suprême Conseil Féminin de France pour le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Grand Chapitre Féminin du Rite Français, le Grand Prieuré Féminin pour le Rite Écossais Rectifié, et désormais cette nouvelle juridiction d’inspiration égyptienne. Cette pluralité rituelle confirme que l’obédience n’est pas seulement un corps administratif, mais un véritable espace initiatique, où plusieurs chemins symboliques permettent aux sœurs de poursuivre leur travail intérieur selon des sensibilités différentes.

Le parcours de Liliane Mirville éclaire aussi cette diversité

Initiée en 1998 au sein de la Respectable Loge Thébah n°5, à l’Orient de Paris, au Rite Écossais Ancien et Accepté, elle est également fondatrice de la Respectable Loge Sothis n°506, à l’Orient de Paris, travaillant au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Ancienne Grande Trésorière de la GLFF, conseillère fédérale, elle a occupé plusieurs responsabilités importantes avant son accession à la Grande Maîtrise en 2024, où elle avait succédé à Catherine Lyautey.

Cette réélection intervient également alors que la GLFF entend mieux valoriser son patrimoine

L’obédience possède environ 1000 pièces, témoignages matériels d’une histoire féminine, initiatique, rituelle et symbolique encore trop peu connue du grand public. En l’absence de locaux permettant aujourd’hui de présenter pleinement cette collection, une visite virtuelle du musée devrait être organisée sur le site de l’obédience. Ce projet constitue un enjeu important. Il ne s’agit pas seulement d’exposer des objets, mais de rendre visible une mémoire, de donner à voir ce que des générations de sœurs ont reçu, transmis, conservé et enrichi.

Tablier-Dignitaire-Conseil-Fédéral-GLFF

Dans une époque où l’image circule vite et où la mémoire se disperse parfois plus rapidement qu’elle ne se transmet, cette perspective de musée virtuel prend une valeur particulière. Elle permettrait à la GLFF de rendre accessible une part de son patrimoine, tout en affirmant que la franc-maçonnerie féminine possède elle aussi ses archives, ses symboles, ses traces, ses outils, ses récits et ses lumières.

Par ce vote massif, les déléguées ont donc choisi la continuité, mais une continuité vivante Elles ont confirmé une Grande Maîtresse, mais aussi une orientation. Elles ont donné force à une obédience qui poursuit son œuvre entre fidélité à la tradition et attention aux mutations du monde.

Avec 324 suffrages sur 337 votantes, Liliane Mirville reçoit bien davantage qu’une reconduction. Elle reçoit un mandat de confiance, dans une obédience qui, forte de ses rites, de ses juridictions, de son rayonnement international et bientôt de son musée virtuel, continue de faire entendre une voix singulière dans le concert maçonnique. Une voix de femmes, de transmission et de lumière.

Le communiqué de presse de la Grande Loge Féminine de France

Kristina Orbakaïté accusée d’être maçonne : la Grande Loge de Russie dément et les théories du complot dénoncées

De notre confrère russe gazeta.press – Par Maxime Voronejsky

Une nouvelle théorie du complot circule depuis fin mai 2026 en Russie, visant la chanteuse emblématique Kristina Orbakaïté, fille de la légende pop Alla Pugatcheva. Accusée d’être franc-maçonne, Orbakaïté se retrouve au cœur d’un débat qui mêle symbolique, rumeurs médiatiques et réalités historiques de la franc-maçonnerie russe. C’est la Grande Loge de Russie (GLR), l’obédience maçonnique officielle du pays, qui est venue mettre un terme à ces spéculations.

Andreï Bogdanov, Grand Maître de la Grande Loge de Russie depuis 2007, a démenti catégoriquement ces rumeurs dans une déclaration à l’Obchtchestvennaïa Sloujba Novostei (Service public des nouvelles). « Orbakaïté ne peut pas être franc-maçonne », a-t-il affirmé, en rappelant un principe fondamental : la franc-maçonnerie régulière est exclusivement masculine. Les femmes ne peuvent pas être admises dans ses rangs.

L’origine de la rumeur : un « œil qui tout voit » sur une photo de la chanteuse

Vitaly Borodine et son post explosif sur Telegram

Le 27 mai 2026, Vitaly Borodine, chef du FPBC (un groupe pro-Kremlin lié à la propagande et aux enquêtes controversées), a publié un post viral sur Telegram dans lequel il affirmait déceler de la symbolique maçonnique dans l’image publique d’Orbakaïté. Selon Borodine, une photographie de la chanteuse montrerait un « œil qui voit tout » (le célèbre «œil providence» souvent associé aux Illuminati et à la franc-maçonnerie) cachant l’un de ses yeux.

« Je n’exclus pas que, si le CIA surveille déjà Galkine, Orbakaïté — en tant qu’héritière de la « prima donna » — ait été prise en otage par ces représentants de l’establishment occulte », a-t-il conclu dans son message.

Borodine a également mis en avant un autre élément de sa théorie : Orbakaïté réside en Californie, où se trouve la Bohemian Grove, un club privé fermé réservé à l’élite mondiale. Selon lui, ce détail renforcerait l’idée d’une appartenance à des réseaux occultes.

Kristina Orbakaïté : une icône russe entre héritage familial et exil californien

La « fille de la Prima Donna »

Née le 25 mai 1971 à Moscou, Kristina Orbakaïté est la fille de Alla Pugatcheva, la « Prima Donna » de la chanson russe, et de Mykolas Orbakas, un artiste de cirque lituanien. Dès l’âge de 7 ans, elle apparaît à la télévision soviétique et devient une enfant star. Dans les années 1990 et 2000, elle domine la scène pop russe, remportant à deux reprises le World Music Award comme meilleure chanteuse russe.

En 2013, elle reçoit le titre d’Artiste méritante de la Fédération de Russie, décerné par Vladimir Poutine. En 2016, elle donne deux concerts sold-out au Palais d’État du Kremlin lors de sa tournée « Insomnia ».

L’exil américain et la polémique

Drapeau d’Ukraine

En 2022, Orbakaïté prend publiquement position contre l’invasion russe de l’Ukraine, ce qui provoque sa rupture avec la Russie officielle. Elle réside depuis dans l’État de Californie, où elle vit avec son mari Mikhaïl Zemtsov, un homme d’affaires russo-américain, et leurs trois enfants.

C’est précisément cette résidence californienne qui a alimenté les théories de Borodine. La Bohemian Grove, un camp privé de 2 700 acres situé à Monte Rio, en Californie, est le lieu de rassemblement annuel du Bohemian Club, l’un des clubs les plus fermés et prestigieux au monde. Fondé en 1872, il regroupe des présidents américains (Nixon, Reagan, Bush), des magnats de la tech, des généraux et des élites financières. Les femmes en sont strictement exclues.

La Grande Loge de Russie : une obédience masculine, régulière et reconnue mondialement

Historique et structure

Grand Maître de la Grande Loge de Russie Andrey Bogdanov

La Grande Loge de Russie (GLR) a été fondée le 24 juin 1995 par la Grande Loge nationale française (GLNF). Elle rassemble d’abord quatre loges russes actives depuis 1992-1994. C’est la première grande loge nationale russe depuis l’interdiction de la franc-maçonnerie en 1822 sous le règne de Nicolas Ier.

Reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre (UGLE), la plus ancienne obédience maçonnique mondiale, la GLR est considérée comme une maçonnerie « régulière ». Elle est reconnue par plus de cent grandes loges à travers le monde et compte environ 1 300 membres répartis dans 54 loges actives.

Andreï Bogdanov : Grand Maître depuis 19 ans

Andreï Vladimirovitch Bogdanov, né le 31 janvier 1970, est un politologue russe, candidat à l’élection présidentielle de 2008 (1,3% des voix), et Grand Maître de la GLR depuis 2007. Il est également maçon du 33ᵉ degré du Rite Écossais Ancien et Accepté et membre de l’Holy Royal Arch en Angleterre. Il est publiquement ouvert sur sa pratique maçonnique et donne régulièrement des interviews.

Bogdanov a été réélu en juin 2025 pour un nouveau mandat de deux ans lors de l’assemblée générale de la GLR, qui a célébré ses 30 ans d’existence.

Le principe d’exclusivité masculine

Comme toutes les obédiences de la maçonnerie « régulière », la GLR n’admet que des hommes. Les femmes ne peuvent pas être initiées. Ce principe est fondamental et ne fait l’objet d’aucune exception. C’est sur cette base que Bogdanov a démenti les accusations contre Orbakaïté : « Le maçonnerie est un communauté exclusivement masculine, et les femmes ne peuvent pas y entrer ».

Le complotisme en Russie : entre propagande d’État et occidentophobie

Vitaly Borodine et le FPBC : qui est derrière les accusations ?

Kremlin

Vitaly Borodine, auteur des accusations, est le chef du FPBC (Forum des Patriotes de la Banque de Contrôle, ou « Forum Patriotique pour la Construction de la Russie » selon d’autres sources). Il est connu pour publier des enquêtes polémiques et des accusations contre des personnaires russes exilées ou critiques envers le Kremlin.

En mai 2026, Borodine a publié une enquête sur Alla Pugatcheva, mère d’Orbakaïté, affirmant que la chanteuse et sa famille seraient financées par Mikhail Khodorkovski, oligarque russe exilé, reconnu comme « agent étranger » et inscrit sur la liste des terroristes et extrémistes en Russie. Selon Borodine, Pugatcheva serait utilisée par les « ennemis de la Russie ».

Ces accusations s’inscrivent dans une dynamique plus large de propagande pro-Kremlin, qui vise à discréditer les opposants en les accusant de liens avec l’Occident, des services secrets étrangers (CIA, MI6) ou des réseaux occultes (maçonniques, Illuminati, etc.).

Le mot « complotiste » : une insulte ou un outil d’analyse ?

Cette affaire illustre parfaitement la tension autour du terme « complotiste » en Russie et dans le monde. Comme l’a souligné le philosophe Michel Onfray dans une interview récente, « complotiste » est devenu une insulte qui empêche toute réflexion critique. Pourtant, le complot fait partie de l’histoire : intrigues politiques, assassinats, manipulations sont attestés depuis l’Antiquité.

La différence réside dans la méthode :

  • Analyser des rapports de pouvoir, des lobbies, des stratégies d’influence → travail de philosophe, de chercheur, de journaliste
  • Inventer des causes fictives, des réseaux secrets tout-puissants sans preuve → complotisme

Dans le cas d’Orbakaïté, il n’existe aucune preuve de son appartenance à la franc-maçonnerie. Au contraire, la seule autorité compétente — la Grande Loge de Russie — a formellement démenti.

Symbolique maçonnique et interprétations fantaisistes : l’œil qui « tout voit »

L’œil providence : qu’est-ce que c’est ?

Symbole de l’œil surmontant la pyramide sur le billet d’un dollar US.

L’« œil qui voit tout » (ou « œil providence ») est un symbole souvent associé à la franc-maçonnerie et aux Illuminati. Il représente la toute-puissance divine, la conscience universelle, la surveillance morale. On le trouve sur le billet de un dollar américain, dans l’architecture de bâtiments publics, et dans de nombreuses œuvres d’art.

Cependant, ce symbole est omniprésent dans la culture populaire : publicité, mode, design, clips musicaux. Le voir partout relève souvent de la surinterprétation plutôt que d’une preuve d’appartenance maçonnique.

Le risque de la surinterprétation

La théorie de Borodine repose sur un élément visuel isolé (une photo) et sur la résidence californienne d’Orbakaïté. Aucun des deux éléments ne constitue une preuve d’appartenance maçonnique, d’autant que :

  1. La franc-maçonnerie régulière n’admet pas les femmes
  2. La Bohemian Grove est un club masculin (les femmes n’y sont pas admises)

La franc-maçonnerie russe : entre tradition et modernité

Une obédience en croissance

La Grande Loge de Russie, malgré les préjugés historiques (la franc-maçonnerie a été interdite en Russie de 1822 à 1917, puis persécutée sous l’URSS), connaît une croissance régulière. Elle compte aujourd’hui 54 loges actives et 1 300 membres, principalement des hommes de l’élite intellectuelle, économique et administrative.

Les rites pratiqués

Les francs-maçons de la GLR pratiquent les trois grades de la maçonnerie symbolique selon plusieurs rites :

  • Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA)
  • Rite d’Émulation
  • Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm
  • Rite Français

L’image publique de la franc-maçonnerie en Russie

En 2021, Bogdanov avait déjà dû clarifier l’image de la franc-maçonnerie russe dans une interview : « Nous ne régnons pas sur le monde ! » Il a dissipé les mythes et expliqué la réalité de l’organisation : une société fermée mais transparente, qui ne cherche pas le pouvoir politique mais le perfectionnement personnel et la fraternité.

Conclusion : entre rumeurs médiatiques et réalité historique

L’affaire Kristina Orbakaïté illustre plusieurs phénomènes contemporains :

DimensionAnalyse
ComplotismeUtilisation de symboles (œil providence) et de coordonnées géographiques (Californie, Bohemian Grove) pour créer une narration fantaisiste
PropagandeAccusations répétées contre des personnalités russes exilées, visant à les discréditer comme « agents de l’Occident »
Franc-maçonnerieRigueur de l’obédience officielle (GLR) qui dément formellement toute appartenance féminine
Culture populaireSurinterprétation de symboles visuels omniprésents dans les médias et la mode
Vérification des faitsSeule autorité compétente (Grande Loge) apporte une réponse claire et factuelle

Andreï Bogdanov a raison de rappeler une vérité fondamentale : la franc-maçonnerie régulière n’admet pas les femmes. C’est un fait historique et institutionnel, non une opinion. Les théories complotistes, même virales sur Telegram, ne peuvent effacer cette réalité.

Comme le dit l’adage maçonnique : « Apprendre à voir ce qui est, et non ce qu’on veut voir. »

Sources

  • Grande Loge de Russie, déclaration d’Andreï Bogdanov, OSN, 28 mai 2026
  • Vitaly Borodine, post Telegram, 27 mai 2026
  • Wikipédia, Grande Loge de Russie
  • Wikipédia, Bohemian Grove
  • 450.fm, Interview du Grand Maître de la Grande Loge de Russie
  • Wikipédia, Kristina Orbakaitė
  • GADLU.info, La Grande Loge de Russie : Convent et 30 ans d’existence

« Le Rider Waite Smith », quand les arcanes retrouvent leur voix intérieure

Avec ce coffret publié chez Grancher, Fabienne Larnicol ne propose pas seulement un jeu de tarot. Elle remet entre les mains du lecteur un alphabet symbolique où chaque carte devient seuil, miroir, épreuve, appel et promesse.

Le Rider Waite Smith, conçu par Arthur Edward Waite et illustré par Pamela Colman Smith, demeure l’un des grands langages visuels de l’ésotérisme moderne, publié pour la première fois en 1909, puis diffusé dans une édition devenue fondatrice en 1910.

L’éditeur rappelle que les cartes reproduites ici correspondent à l’édition de 1910, celle dont la puissance iconographique a profondément transformé la pratique contemporaine du tarot.

Rien de tapageur dans cette proposition, mais une fidélité intelligente à une matrice visuelle qui continue de parler parce qu’elle ne prétend jamais expliquer entièrement ce qu’elle montre.

Il faut saluer ici le rôle de Fabienne Larnicol

Elle est l’auteure de l’agenda du tarot Magus 365, animatrice du podcast Le Magicien et organisatrice du Tarot Festival. Son parcours s’inscrit dans une volonté de transmettre le tarot comme pratique d’accompagnement, d’exploration intérieure et de créativité. Elle a coécrit en 2020 Devenir Tarologue avec Emmanuelle Iger, puis publié en 2023 MAGUS 365 Tarot Book, dans une approche quotidienne, vivante, déliée des clichés poussiéreux qui enferment trop souvent les arts symboliques.

La force de ce coffret tient à une évidence que beaucoup oublient

Le tarot n’est pas d’abord une machine à prédire. Il est une grammaire de l’âme. Il ne ferme pas l’avenir, il ouvre l’attention. Il ne décrète pas, il interroge. Il ne commande pas, il met en mouvement. Le Rider Waite Smith possède cette vertu rare de rendre visibles les états intérieurs. Les Épées y disent l’air, la pensée, l’intellect et le discernement. Les Pentacles y portent la terre, la matière, les biens concrets et les réalisations. Les Coupes recueillent l’eau des émotions et des liens. Les Bâtons dressent le feu de l’élan créateur, de la volonté et de l’action. À travers ces quatre familles, nous retrouvons une architecture familière aux lecteurs des traditions initiatiques. Les éléments ne sont jamais de purs signes, ils deviennent des opérateurs de transformation.

La notice qui accompagne le coffret a le mérite de ramener chaque arcane à une question, à un tirage, à un geste intérieur

ArthurEdwardWaite~1880

Le Mat nous demande par quoi commencer. Le Magicien nous interroge sur ce que nous devons commencer. La Grande Prêtresse invite au silence de l’intuition, l’Impératrice à la fécondité créatrice, l’Empereur à la structure, le Hiérophante à la transmission. Plus loin, la Roue de Fortune rappelle le mouvement du destin, la Justice la nécessité de l’équilibre, l’Hermite la lampe intérieure, la Mort la transmutation, le Monde l’accomplissement.

Ainsi le jeu ne se présente pas comme un répertoire d’images, mais comme une suite d’épreuves. Chaque lame devient une chambre de réflexion miniature, une pierre d’attente posée sur le chantier secret de l’être.

Cette dimension parle nécessairement à la sensibilité maçonnique.

Dans le cabinet de réflexion, le profane apprend que la lumière ne se reçoit qu’à travers une descente en soi-même

Dans le tarot, la carte retournée agit de même. Elle ne révèle rien à qui refuse de se regarder. Elle n’a de puissance que dans l’alliance entre l’image, la question et la conscience. Le tirage devient alors une méthode de discernement, presque une tenue intérieure, où l’être humain se place devant son propre tableau de loge. Il y retrouve ses angles morts, ses élans, ses résistances, ses appels. Le symbole ne répond pas à notre place. Il nous rend responsables de notre réponse.

Arthur Edward Waite et Pamela Colman Smith furent liés à l’Ordre hermétique de l’Aube dorée, cette Golden Dawn qui marqua durablement l’ésotérisme occidental moderne.

Golden Down

Leur rencontre fit naître une œuvre où le christianisme mystique, la kabbale, l’hermétisme, l’imaginaire médiéval, l’alchimie morale et la psyché moderne se croisent avec une densité singulière.

Pamela Colman Smith, c. 1912

Pamela Colman Smith donna aux arcanes mineurs une intensité narrative qui fut révolutionnaire. Là où d’autres tarots présentaient surtout des signes de série, elle offrit des scènes habitables, des gestes, des postures, des seuils, des tensions, des attentes. C’est précisément cette humanité des images qui explique la fécondité du jeu. Nous ne contemplons pas des emblèmes lointains, nous reconnaissons des fragments de notre propre traversée.

Fabienne Larnicol prend soin de ne pas étouffer cette richesse sous l’explication

Elle laisse au tarot sa part respirante. La notice indique, accompagne, relance, mais ne remplace jamais l’intuition. Cette retenue est précieuse. Dans une époque saturée de réponses immédiates, le tarot rappelle la valeur de la lenteur, du silence et de la correspondance. Il apprend à formuler une question juste, à mêler le jeu, à poser les cartes, à relier la position, l’image et la situation vécue. Cette pratique rejoint une vieille sagesse initiatique. Nous ne changeons pas parce qu’un signe apparaît. Nous changeons parce que nous acceptons de travailler ce que le signe réveille.

Ce coffret trouvera sa place chez les débutants comme chez les praticiens avertis

Les premiers y découvriront un système clair, accessible, sans appauvrissement. Les seconds y retrouveront la source d’un tarot devenu universel, mais encore capable de surprendre. Car le Rider Waite Smith reste une œuvre ouverte. Le Fou n’a pas fini de nous mettre en route. La Grande Prêtresse n’a pas livré tous ses voiles. L’Hermite tient encore sa lumière au-dessus du gouffre. Le Monde continue de promettre l’accomplissement, non comme possession, mais comme réconciliation.

À l’heure où beaucoup cherchent des certitudes, ce coffret rappelle que la vraie voie initiatique ne consiste pas à savoir d’avance, mais à apprendre à voir

Le tarot, lorsqu’il est pratiqué avec respect, devient moins un art de deviner qu’un art de devenir. Et c’est peut-être là que le Rider Waite Smith conserve sa grandeur secrète. Il ne nous prédit pas le chemin. Il nous rend capables de le reconnaître.

Le Rider Waite Smith – Les 78 cartes traditionnelles & 1 notice

Fabienne LarnicolÉditions Grancher, 2026, coffret, 16,90 €

L’éditeur, le SITE

Vient de paraître le N°5 de la revue « Idéal Maçonnique »

Au sommaire de ce numéro :

  • – Editorial : Une planète en danger ! Des 2H exaltés !
  • – Mille fois sur le métier, remettez votre ouvrage par Sylvie,
  • – Le bonheur est-il compatible avec une vision lucide du monde ? par Horizon
  • – Poème : Compagnonnes et compagnons de lumière par Chantal
  • – Le Manifeste pour la Franc-maçonnerie de tradition, voie initiatique pour notre temps par Jean Dumonteil
  • – Impressions de lecture : « Les voyages en Franc-maçonnerie » de Boris Nicaise
  • – Dans la série « Beaux textes » : « Les mains bâtissent ce que le temps appellera demain » par Patrice Lhôte

Téléchargement gratuit

Michel Onfray – La Franc-maçonnerie et l’ère du soupçon : « Entre idéal philosophique et réalités sociales »

Dans une interview dense et sans concession, Michel Onfray livre une réflexion personnelle à la fois sur la franc-maçonnerie, son expérience indirecte de cet univers, mais aussi sur une notion devenue centrale dans le débat public contemporain : le « complotisme ». À travers son témoignage, se dessine une double critique — celle d’un idéal maçonnique confronté à ses pratiques sociales, et celle d’un mot devenu, selon lui, un instrument de disqualification intellectuelle.

Une rencontre indirecte avec la franc-maçonnerie

L’intérêt d’Onfray pour la franc-maçonnerie ne relève ni de l’adhésion ni du rejet idéologique a priori, mais d’une expérience personnelle progressive. Il évoque notamment un épisode marquant : la rencontre indirecte avec un franc-maçon par l’intermédiaire d’une élève, puis une correspondance avec ce dernier. Cet homme lui décrit une transformation profonde de son existence grâce à la maçonnerie, allant jusqu’à organiser sa vie — et même son habitat — selon des principes symboliques comme le nombre d’or.

Ce témoignage, loin de susciter le scepticisme immédiat du philosophe, semble au contraire éveiller sa curiosité. Onfray reconnaît sans difficulté la noblesse de l’idéal maçonnique : celui d’un perfectionnement personnel indissociable d’un progrès de l’humanité. « On ne peut pas être contre cela », admet-il. Il distingue également différentes sensibilités au sein de la franc-maçonnerie — certaines plus politiques, d’autres plus spéculatives — et confesse que seule cette dernière dimension, tournée vers la symbolique, la philosophie et une forme de spiritualité laïque, aurait pu véritablement l’intéresser.

L’épreuve du réel : sociologie des loges et désenchantement

Michel Onfray

Cependant, cette ouverture intellectuelle se heurte à l’expérience concrète. Invité à participer à plusieurs « tenues blanches » — ces réunions ouvertes à des profanes — dans son département de l’Orne, Onfray découvre une réalité bien éloignée de l’idéal évoqué.

Ce qu’il observe relève d’abord d’une homogénéité sociologique frappante : enseignants, cadres administratifs, policiers, membres des élites locales. Une composition qui, selon lui, laisse peu de place aux classes populaires. Cette observation alimente une critique implicite : celle d’un entre-soi social, où la fraternité risque de se confondre avec la cooptation.

Le moment des « agapes », ces repas qui suivent les tenues, cristallise cette désillusion. Onfray y voit non pas un prolongement fraternel de la réflexion initiatique, mais un espace de relations d’intérêt : échanges de services, réseaux d’influence, opportunités professionnelles. Dès lors, la tension devient manifeste entre l’idéal proclamé — égalité, fraternité, mérite — et les pratiques observées.

Il en résulte une forme de refus lucide. Non pas un rejet violent, mais une distance critique : celle d’un philosophe qui constate l’écart entre une promesse symbolique élevée et une réalité sociale plus ordinaire, voire triviale.

Une critique de la ritualisation et de la production intellectuelle

Au-delà de la sociologie, Onfray exprime également des réserves sur certains aspects internes de la pratique maçonnique. La ritualisation — tabliers, gants, symboles — lui apparaît comme formelle, voire superficielle. Quant à l’exercice des « planches », ces exposés présentés en loge, il en souligne les limites.

À travers une anecdote impliquant le chef Joël Robuchon, il pointe un risque de dérive scolaire : produire des synthèses parfois convenues, proches de compilations accessibles ailleurs, plutôt que de véritables interrogations philosophiques originales. Ce reproche s’inscrit dans une critique plus large de la reproduction culturelle et du savoir sans pensée critique.

Le « complotisme » : une notion à réinterroger

La seconde partie de son intervention s’éloigne de la franc-maçonnerie pour aborder un thème central du débat contemporain : le complotisme.

Pour Onfray, le terme est aujourd’hui galvaudé. Il fonctionnerait comme une étiquette disqualifiante, au même titre que d’autres insultes politiques historiquement chargées. Son usage empêcherait toute réflexion en assimilant toute tentative d’analyse des rapports de pouvoir à une dérive irrationnelle.

Or, rappelle-t-il, les complots existent bel et bien dans l’histoire. Intrigues politiques, stratégies de pouvoir, manipulations : ces réalités sont attestées depuis l’Antiquité. Refuser d’envisager leur existence reviendrait à nier une dimension essentielle du fonctionnement des sociétés humaines.

Cependant, Onfray opère une distinction essentielle : reconnaître l არსებence de stratégies d’influence ou de groupes d’intérêt n’équivaut pas à adhérer à des théories complotistes infondées. Il critique ainsi certaines dérives contemporaines — notamment autour du Covid-19 — qui reposent sur des constructions imaginaires sans preuve.

Entre analyse critique et dérive interprétative

Le philosophe propose alors une ligne de partage claire. D’un côté, un travail légitime — qu’il qualifie de « généalogique » au sens nietzschéen — consistant à analyser les causes réelles des მოვლენements, à identifier les intérêts en jeu, les rapports de force, les stratégies d’acteurs. De l’autre, une dérive consistant à attribuer des causes fictives à des phénomènes complexes.

Il prend l’exemple des lobbies pour illustrer cette nuance : affirmer leur არსებence et leur influence relève d’une analyse documentée ; imaginer une orchestration totale et secrète de tous les événements mondiaux relève d’une construction complotiste.

Ce qui est en jeu, selon lui, c’est la possibilité même de penser. Car si toute interrogation sur les causalités est disqualifiée comme « complotiste », alors toute critique devient impossible.

Une invitation à restaurer la pensée critique

Au fond, l’intervention d’Onfray s’inscrit dans une défense de la pensée critique. Que ce soit face à la franc-maçonnerie ou face au concept de complotisme, il appelle à refuser les simplifications : ni idéalisation naïve, ni rejet caricatural.

Son propos invite à une double exigence : confronter les idéaux aux réalités, et distinguer rigoureusement entre analyse rationnelle et fantasme interprétatif. Dans un contexte marqué par la polarisation des discours et la rapidité des jugements, cette position apparaît comme une tentative de réhabiliter la complexité — condition première de toute démarche philosophique.

Ainsi, entre fascination initiale et désillusion empirique, entre critique du pouvoir et refus du délire interprétatif, Michel Onfray esquisse une posture intellectuelle exigeante : celle d’un regard lucide, attaché à comprendre sans céder ni à l’adhésion aveugle ni à la suspicion généralisée.

Rome 2026, le Grand Collège des Rites Écossais – GODF au cœur d’un écossisme humaniste intercontinental

Les 22 et 23 mai 2026, les Rencontres Internationales Écossaises Humanistes Europe Méditerranée se sont tenues à Rome, au siège du Suprême Conseil de la Grande Loge d’Italie, dans le cadre prestigieux du Palazzo Vitelleschi.

Au cœur de ce rassemblement majeur, le Grand Collège des Rites Écossais Suprême Conseil du 33e degré en France – Grand Orient de France a tenu toute sa place dans la dynamique de la Grande Charte Universelle des Hauts-Grades Écossais, signée à Istanbul en 2019 et modifiée à Bruxelles en 2024. Une trentaine de juridictions, venues de près de trente pays et de trois continents, y ont affirmé ensemble la force d’un écossisme libéral, adogmatique, universaliste et humaniste.

Il est des rencontres qui ne relèvent pas seulement de la vie institutionnelle des juridictions maçonniques. Elles prennent valeur de signe. Elles disent l’état d’une conscience collective. Elles rappellent qu’un rite, lorsqu’il demeure vivant, ne se contente pas de conserver une mémoire. Il agit, relie, rassemble et éclaire.

Les 22 et 23 mai 2026, les Juridictions écossaises libérales membres des conférences continentales internationales écossaises humanistes se sont réunies à Rome, au siège du Suprême Conseil d’Italie du 33e et ultime grade de la maçonnerie universelle du Rite Écossais Ancien et Accepté, dans le Temple historique du Palazzo Vitelleschi.

À Rome, la participation du Grand Collège des Rites Écossais, Suprême Conseil du 33e degré en France – Grand Orient de France, mérite d’être particulièrement soulignée.

Acteur majeur de ces rencontres, il s’inscrit au cœur de la dynamique ouverte par la Grande Charte Universelle des Hauts-Grades Écossais

Le GCR-GODF en assure le secrétariat permanent et contribue ainsi à relier les juridictions écossaises humanistes autour d’une même exigence de liberté de conscience, de laïcité, d’universalité et de fraternité. Autour de lui, les juridictions de Turquie, de Grèce, de Croatie, d’Espagne, du Portugal, de Roumanie, de Suisse, de France, de Belgique et d’Italie ont travaillé dans un climat de fraternité active

Les participants ont également eu le plaisir de recevoir le Suprême Conseil du 33e degré du REAA pour la République d’Uruguay et du Brésil

La présence importante des Suprêmes Conseils féminins de France, du Portugal, d’Italie, de Suisse et de Turquie a donné à ces rencontres une ampleur particulièrement significative, rappelant que l’écossisme humaniste se déploie dans une pluralité de sensibilités, de pratiques et de traditions.

Le Grand Collège Régulateur, organe exécutif de la Grande Charte Universelle, a émis un avis favorable à l’adhésion de cinq nouvelles juridictions

Il s’agit du Suprême Conseil du Grand Orient du Chili, fondé en 1972, du Suprême Conseil des Grands Inspecteurs Généraux du 33e degré et dernier du REAA des libres maçons de la République bolivarienne du Venezuela, fondé en 1998, du Suprême Conseil du Grand Orient de la Nouvelle Ère d’Équateur, GROENE, fondé en 2009, du Suprême Conseil Central colombien, fondé en 2012, ainsi que d’une juridiction issue d’Argentine mentionnée dans la déclaration commune.

Cette ouverture vers l’Amérique latine confirme l’élargissement d’un espace écossais humaniste qui ne se pense pas comme un cercle clos, mais comme un chantier vivant

Le Rite Écossais Ancien et Accepté y apparaît dans sa vocation la plus profonde. Non comme un système réservé à quelques initiés soucieux de préserver des formes, mais comme une méthode de perfectionnement de l’être humain, une pédagogie de la responsabilité et un langage symbolique capable de parler aux consciences au-delà des frontières.

Toutes les juridictions présentes ont présenté un rapport sur le thème Le Rite Écossais Ancien Accepté, un projet humaniste européen

La synthèse des contributions a été présentée en Grande Loge de Perfection, en présence de plus de 300 participants réunis dans le Temple historique du Palazzo Vitelleschi. Ces contributions seront éditées, afin que le travail accompli à Rome puisse continuer de circuler, nourrir la réflexion et fortifier l’édifice commun.

La déclaration commune validée à l’unanimité rappelle que, pour les francs-maçons universalistes, « le Monde entier n’est qu’une grande République dont chaque nation est une famille », selon la formule du Chevalier de Ramsay.

Cette référence n’est pas un simple ornement historique

Elle replace le projet écossais dans sa véritable perspective, celle d’une humanité appelée à se reconnaître dans ce qui la relie plutôt que dans ce qui la divise.

Dans une période où les fanatismes, les crispations identitaires, les violences idéologiques et les obscurités politiques semblent gagner du terrain, les juridictions réunies à Rome ont voulu affirmer que l’humanisme écossais n’est pas une posture de convenance. Il est une discipline intérieure et une exigence publique. Il repose sur le respect de l’être humain, de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de la liberté de conviction et de culte, mais aussi sur le refus de toute forme de racisme, de préjugé, de domination ou de réduction de l’autre à une identité assignée.

Le texte adopté affirme avec force que l’humanisme s’oppose aux systèmes sociaux fondés sur la force, le fanatisme ou le traditionalisme

Il rappelle que l’ambition démesurée et le fanatisme demeurent parmi les grandes causes des malheurs de l’humanité. Dans cette perspective, le Rite Écossais Ancien et Accepté ne propose pas une doctrine fermée. Il ouvre une voie. Il invite l’initié à chercher sa juste place dans un monde imparfait, à travailler sur lui-même sans jamais oublier le monde, à tendre vers le juste, le vrai et le bon.

L’une des phrases les plus fortes de la déclaration tient dans cette affirmation

L’initié du Rite Écossais ne sera jamais celui qui sait. Il sera toujours celui qui cherche.

Toute la sagesse du chemin écossais se trouve là. Le grade ultime ne consacre pas une possession définitive. Il rappelle une responsabilité plus grande. Plus l’élévation symbolique avance, plus l’humilité devrait grandir. Plus le maçon prétend s’approcher de la lumière, plus il devrait se méfier des certitudes qui aveuglent.

Rome fut ainsi bien davantage qu’un rendez-vous protocolaire

Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais du GODF

Ce fut un moment de clarification. Les juridictions présentes ont réaffirmé la primauté des valeurs sur la seule utilité, de l’humain sur la réduction de l’individu au couple producteur-consommateur, de l’universel sur les divisions locales et circonstancielles. Elles ont rappelé que le travail écossais a vocation à contribuer à la paix, au progrès, à la justice et à la solidarité humaine.

À l’unanimité, il a été décidé que les prochaines rencontres des conférences continentales d’Europe et Méditerranée se tiendront à Lisbonne les 19 et 20 mai 2028.

Le Suprême Conseil Mixte du Portugal en assurera l’organisation

Avant cela, les prochaines Rencontres Intercontinentales des Juridictions Écossaises Humanistes des Hauts-Grades Écossais réuniront à Istanbul, en avril 2027, les juridictions libérales d’Afrique et de l’océan Indien, d’Europe et de Méditerranée, ainsi que des Amériques, toutes signataires de la Grande Charte Universelle.

Dans le Temple du Palazzo Vitelleschi, après la validation et la lecture de la déclaration commune, les applaudissements ont exprimé plus qu’un accord. Ils ont manifesté une volonté partagée. Celle de ne pas laisser les ténèbres du temps imposer leur langage. Celle de répondre aux lumières sombres qui s’abattent sur le monde par une lumière plus exigeante, plus fraternelle, plus lucide.

De Rome à Istanbul, puis de Lisbonne à toutes les terres où travaille encore l’écossisme humaniste, le Grand Collège des Rites Écossais, Suprême Conseil du 33e degré en France – Grand Orient de France, apparaît comme l’un des artisans essentiels de cette parole commune.

Le REAA ne vaut que s’il demeure fidèle à sa vocation la plus haute. Éclairer l’homme pour éclairer le monde. Élever la conscience pour servir la liberté. Faire de la tradition non un refuge, mais une force vivante contre toutes les nuits de l’histoire.

Le langage émotionnel du corps

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Roger Fiammetti, chercheur en biophysique et formateur en développement personnel, propose dans cet ouvrage une synthèse originale entre neurobiologie, physique quantique et psychologie somatique. Son postulat central : le corps ne ment pas. Il traduit fidèlement, à travers ses tensions, douleurs, postures et maladies, l’état émotionnel profond de l’individu. L’auteur s’appuie notamment sur les travaux de Bruce Lipton sur l’épigénétique, sur la biologie des émotions de Candace Pert, et sur la cohérence cardiaque pour démontrer que chaque cellule de l’organisme est un récepteur d’information émotionnelle.

L’ouvrage développe l’idée que les émotions non exprimées ou refoulées s’inscrivent dans le corps sous forme de « mémoires cellulaires ». Une émotion bloquée génère une tension musculaire chronique, puis, à terme, une pathologie organique. Le corps devient ainsi une archive vivante de l’histoire émotionnelle du sujet, depuis la vie intra-utérine jusqu’au présent.

L’auteur reprend et enrichit la tradition psychosomatique en proposant une correspondance systématique entre organes et registres émotionnels : le foie et la colère rentrée, les poumons et le deuil, les reins et la peur ancestrale, le cœur et le manque d’amour. Cette cartographie s’inspire des médecines traditionnelles chinoises et ayurvédiques, réinterprétées à la lumière des neurosciences.

Fiammetti explique comment le système nerveux autonome — et en particulier le nerf vague — constitue l’interface entre le monde émotionnel intérieur et les réponses physiologiques du corps. La polyvagal theory de Stephen Porges est convoquée pour montrer que l’état de sécurité ou de menace ressenti par un individu conditionne l’ensemble de ses fonctions biologiques.

Contre une approche purement mécaniste de la maladie, l’auteur invite à considérer le symptôme comme un message, un signal d’alarme que le corps adresse à la conscience. La douleur n’est pas l’ennemi à éliminer mais un indicateur à décrypter. Cette perspective ouvre sur une médecine intégrative, où le soin du corps et le travail sur l’histoire émotionnelle sont indissociables. La dernière partie propose des pratiques concrètes : respiration consciente, cohérence cardiaque, visualisation, journaling corporel et mouvements somatiques. Ces outils visent à « libérer » les mémoires enkystées et à restaurer la fluidité émotionnelle, condition d’une santé durable.

Au « 16 Cadet », le Grand Orient rallume la veille républicaine

Dans Le Nouvel Obs du 28 mai au 3 juin 2026, la rubrique « Téléphone rouge » consacre une brève très politique à la mobilisation du Grand Orient de France face au risque d’une victoire du Rassemblement national en 2027. Sous la parole de Pierre Bertinotti, grand maître du GODF, se dessine une ligne claire.

La franc-maçonnerie libérale et adogmatique ne se veut pas parti, mais conscience.

Elle ne choisit pas un camp électoral, elle rappelle un seuil initiatique et républicain au-delà duquel la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité ne sont plus négociables.

Dans ce numéro, une brève de la rubrique « Téléphone rouge » mérite mieux qu’une lecture rapide

Sous le titre « Les francs-maçons du Grand Orient se mobilisent », le journaliste Sylvain Courage met en lumière un positionnement désormais explicite du Grand Orient de France à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Le propos est bref, mais il est lourd de sens. Pierre Bertinotti, grand maître du Grand Orient de France, y affirme que l’obédience entend se mobiliser pour éviter une « régression historique ». Le mot est fort. Il ne relève pas du commentaire d’humeur. Il inscrit la séquence présidentielle dans une profondeur historique où la République n’est plus seulement un régime institutionnel, mais un héritage, une conquête, un serment civique et presque une ascèse collective.

La franc-maçonnerie française connaît bien ce moment où le profane frappe à la porte du Temple avec ses inquiétudes, ses colères, ses fractures

Elle sait aussi que le Temple n’est pas une tour d’ivoire. Il n’est pas ce lieu où l’on s’abstrait du monde pour le regarder de haut. Il est, lorsqu’il demeure fidèle à sa vocation, un atelier où se travaille la conscience, où se polit le jugement, où se mesure l’écart entre les principes proclamés et les réalités vécues.

Le Grand Orient de France ne parle donc pas ici comme un parti

Il ne distribue pas une consigne de vote. Il rappelle une incompatibilité de fond entre certaines visions du monde et les principes qui fondent son identité. La liberté n’est pas seulement le droit de choisir. Elle suppose l’émancipation de l’esprit. L’égalité n’est pas seulement une formule gravée aux frontons. Elle exige le refus des hiérarchies d’origine, de religion, de naissance ou d’appartenance supposée. La fraternité n’est pas une émotion vague. Elle oblige à reconnaître en tout être humain autre chose qu’une menace, une concurrence ou un ennemi intérieur. La laïcité, enfin, n’est pas une arme de circonstance. Elle est l’architecture même de la liberté de conscience.

C’est pourquoi la position rapportée par Le Nouvel Obs est à la fois politique et maçonnique

Politique, parce qu’elle intervient dans le champ de la cité. Maçonnique, parce qu’elle part d’un principe, non d’un calcul. Le refus du Rassemblement national, tel qu’il est rapporté, n’est pas présenté comme une préférence partisane. Il est posé comme une conséquence logique d’un corpus de valeurs. On peut discuter les stratégies. On peut débattre des modalités. Mais le signal envoyé est sans ambiguïté.

Il existe, pour le GODF, une ligne de rupture entre l’engagement républicain et les logiques nationales-populistes.

La brève du Nouvel Obs est également intéressante par ce qu’elle révèle des contacts entretenus par le Grand Orient avec des personnalités politiques situées dans un espace qualifié de républicain. Yaël Braun-Pivet, François Hollande et Édouard Philippe sont mentionnés comme des visiteurs récents. Là encore, le symbole compte. L’obédience ouvre ses portes à des responsables qui, chacun à sa manière, appartiennent au champ institutionnel de la République parlementaire, sociale ou libérale. Elle ne s’enferme pas dans un camp unique. Elle cherche plutôt à rappeler qu’avant les familles politiques, il existe un socle commun.

Jean-Luc Mélenchon (Crédit : Grok)

Mais le passage le plus sensible concerne Jean-Luc Mélenchon

Initié en 1983, longtemps membre d’une loge connue du GODF, l’ancien frère demeure une figure particulière dans l’imaginaire maçonnique et politique. La brève rappelle sa suspension en 2019, dans le contexte de la perquisition au siège de La France insoumise et de la phrase devenue célèbre, « La République, c’est moi ». Pour une culture maçonnique qui fait de la règle, de la mesure, du collectif et de la souveraineté impersonnelle des principes essentiels, cette formule ne pouvait que sonner comme une dissonance.

Pierre Bertinotti résume l’écart par une formule sobre, mais décisive, au sujet de la laïcité.

« Ce n’est pas notre conception de la laïcité »

Pierre Bertinotti

Tout est là. La laïcité n’est pas seulement un mot de plus dans le dictionnaire républicain. Elle est l’espace vide qui permet à toutes les consciences de respirer. Elle n’est ni hostilité au religieux, ni accommodement permanent avec les appartenances. Elle est cette règle commune qui rend possible le dialogue sans domination, la spiritualité sans pouvoir clérical, la croyance sans privilège, l’incroyance sans soupçon.

Cet épisode mérite donc d’être lu comme un révélateur

Nous voyons une grande obédience replacer la République au centre de son horizon, non par nostalgie, mais par vigilance. Le Grand Orient de France rappelle ainsi que l’initiation n’est pas une fuite hors du siècle. Elle est une méthode pour mieux l’habiter. La loge apprend à écouter, à peser, à douter, à construire. Mais elle apprend aussi à dire non lorsque l’essentiel est menacé.

Le-pacte-républicain

L’enjeu de 2027 dépasse donc la seule arithmétique électorale

Il touche à la nature même du pacte républicain. La franc-maçonnerie, dans sa diversité, n’a pas vocation à devenir un acteur partisan. Elle perdrait son âme à se transformer en appareil électoral. Mais elle manquerait aussi à son devoir si elle se taisait lorsque les principes qui ont nourri son histoire sont fragilisés, contestés ou détournés.

Le Grand Orient de France parle depuis une tradition singulière

D’autres obédiences choisiront d’autres mots, d’autres silences, d’autres équilibres. Mais le débat est désormais posé. Jusqu’où une obédience peut-elle aller dans l’expression publique sans confondre engagement républicain et alignement partisan ? À partir de quel moment le silence devient-il renoncement ? Et comment rappeler les principes sans enfermer la franc-maçonnerie dans le vacarme électoral ?

Bâtir-le-Temple-de-l’Humanité

Ces questions ne sont pas accessoires

Elles sont au cœur du travail maçonnique. Car bâtir le Temple de l’humanité, ce n’est pas seulement méditer sur la pierre brute. C’est aussi refuser que la maison commune soit livrée à la peur, au ressentiment et au soupçon. La République n’est pas une abstraction. Elle est ce chantier fragile où les citoyens apprennent à vivre libres, égaux et responsables.

En rallumant la veille républicaine, le Grand Orient de France rappelle une vérité simple

Les francs-maçons ne sont pas les propriétaires de la République, mais ils en sont, depuis longtemps, des ouvriers exigeants. Et lorsque l’horizon s’assombrit, il appartient parfois aux colonnes de rappeler que la lumière n’est jamais un confort. Elle est une responsabilité.