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La Franc-maçonnerie et la sagesse antique

De notre confrère universalfreemasonry.org

La Franc-Maçonnerie dérive-t-elle de la Sagesse Ancienne ?

Les membres des groupes d’études maçonniques sont naturellement des étudiants passionnés de l’origine et de l’histoire de l’Ordre, et nombre de chercheurs sérieux admettent franchement que la lecture de la littérature disponible sur le sujet les a laissés perplexes et sceptiques. Cet article propose donc de tracer les grandes lignes d’un mouvement aussi vieux que l’humanité elle-même, dont le but et la doctrine sont encore fidèlement préservés, quoique de manière très rudimentaire, dans notre système maçonnique.

Ce faisant, nous tenterons de répondre aux principales questions posées par de nombreux étudiants en quête d’une illumination plus complète, telles que : Quelle était la nature des Mystères Anciens que la Franc-Maçonnerie moderne prétend perpétuer ? Pouvons-nous justifier la nécessité de leur perpétuation aujourd’hui ? Dans quel but l’Initiation a-t-elle été instituée ? A-t-elle jamais servi à quelque chose de réel, ou peut-elle le faire aujourd’hui ? La résolution satisfaisante de ces problèmes dépend, dans une large mesure, de la compréhension des buts et des idéaux de l’Ordre maçonnique.

L’une des premières choses qui frappe tout étudiant en littérature maçonnique et en religion comparée est la remarquable présence de facteurs, de croyances, de doctrines, de pratiques et de symboles communs dans les religions de toutes les races, anciennes ou modernes, civilisées ou barbares, chrétiennes ou païennes. Aussi éloignées les unes des autres par le temps ou la distance, aussi intellectualisées ou primitives soient-elles, et aussi profondes soient-elles – et malgré leurs différences importantes – chaque peuple a employé et emploie encore des idées, des symboles et des pratiques communs aux autres. Un examen attentif de la littérature maçonnique confirme et amplifie cette impression, car l’étudiant constatera que de nombreux auteurs liés à la Franc-Maçonnerie ont démontré l’étroite correspondance entre des systèmes apparemment sans rapport, et ont souligné l’ancienneté et l’universalité des idées, des symboles et des pratiques incarnés dans notre système moderne de Franc-Maçonnerie. Il est cependant un point que l’étudiant a invariablement beaucoup de mal à cerner : c’est la raison pour laquelle l’ancienneté et l’universalité sont si clairement mises en évidence par les archives existantes. Il est regrettable que la majorité de ceux qui ont écrit des traités sur l’histoire et le but maçonniques aient négligé de donner une explication sur ce point, et puisqu’il nous fournit la clé essentielle de tout le problème de la genèse, de l’histoire et de la raison de l’existence de la Franc-Maçonnerie, il est si important de clarifier la question avant de procéder au plan général de notre sujet.

Si l’on persévère dans la recherche et la réflexion, l’étudiant comprendra que l’universalité et l’uniformité constatées par les historiens sont dues au fait qu’à une époque lointaine, dans le passé, fut implantée dans l’esprit de toute la famille humaine – alors sans doute beaucoup plus concentrée qu’aujourd’hui – une doctrine fondamentale concernant la nature et la destinée de l’âme humaine et sa relation avec la Divinité. Dans toutes les Écritures et cosmologies, la tradition d’un « Âge d’Or » est universelle, un âge d’innocence, de sagesse et de spiritualité relatives, où prévalaient l’unité raciale, le bonheur individuel et l’illumination ; où régnait cette vision ouverte dont il est écrit qu’un peuple périt, mais en vertu de laquelle les hommes étaient autrefois en dialogue conscient avec les mondes invisibles et étaient guidés, instruits et guidés par les « dieux » ou surintendants désincarnés de la race naissante, qui leur transmettaient les principes sûrs dont dépendaient leur bien-être spirituel et leur évolution. Les témoignages concernant cet « Âge d’Or » sont consignés dans toutes les langues, et il est unanimement reconnu comme la période des débuts de l’espèce humaine.

À cette époque, nous apprenons que l’intellect psychique et physique de l’homme était endormi, et c’est pour cette raison que l’humanité naissante fut guidée et instruite sous la supervision directe d’Instructeurs divins. Il est particulièrement significatif pour les francs-maçons de constater que la tradition affirme que c’est sous la direction de ces Instructeurs que l’humanité reçut ses premières notions de tous les arts et de toutes les sciences, et que ce sont eux qui posèrent les fondations de ces civilisations antiques qui intriguent tant notre génération moderne d’érudits. Ceci explique que, aussi loin que remontent les recherches archéologiques ou autres, on trouve des stades avancés de civilisation, chacun doté d’un système numérique élaboré ; là où, selon les théories scientifiques modernes, seules les conditions les plus primitives seraient envisageables. La présence de systèmes numériques pleinement développés dans les civilisations anciennes prouve que la science des nombres n’a pas été lentement développée par l’homme primitif apprenant à compter sur ses doigts, comme on le suppose communément, et confirme la tradition d’un système de calcul pleinement élaboré qui a été révélé au sacerdoce des premières races par les enseignants spirituels de l’humanité.

Nous nous enorgueillissons aujourd’hui d’être plus sages et plus avancés que l’humanité primitive. Nous supposons que nos ancêtres vivaient dans une ignorance morale, dont nous sommes depuis progressivement sortis vers une lumière relative. Cependant, toutes les preuves contredisent ces suppositions. En réalité, elles indiquent que l’homme primitif, malgré son sous-développement intellectuel selon les normes modernes, était spirituellement conscient et psychiquement perceptif à un degré inimaginable de nos jours. C’est donc nous qui, malgré toute notre intelligence et notre développement intellectuel dans les domaines temporels, sommes néanmoins plongés dans l’obscurité et l’ignorance de notre propre nature, du monde invisible qui nous entoure et des vérités spirituelles éternelles. Nous pouvons donc nous demander comment il se fait que nous nous soyons éloignés à ce point de notre état originel, et une fois de plus, la tradition nous vient en aide.

La tradition universelle veut également que l’âme collective de l’espèce humaine ait subi une « chute », un déclin moral loin de son véritable chemin de vie et d’évolution. Ce déclin a eu pour effet de la couper presque entièrement de sa source créatrice et, au fil des siècles, de l’enfoncer de plus en plus profondément dans les conditions physiques. Cette séparation, d’une unité utilisant une langue unique, s’est transformée en une diversité de races conflictuelles, parlant des langues et présentant des degrés de développement moral différents. Elle s’est accompagnée d’une densification progressive du corps matériel et d’une atrophie correspondante de la conscience spirituelle. Cette tradition de l’expulsion de la Chute, quelle qu’en soit la cause, des limites les plus proches de la Déité est si catholique qu’elle a dû constituer un canon de la doctrine fondamentale, ou proto-évangile, qui sous-tend tous les grands systèmes religieux de l’histoire. L’antiquité et l’universalité constituent, bien sûr, des preuves insuffisantes de sa véracité pour le rationalisme moderne, mais pour l’étudiant sincère, un témoignage d’un autre ordre peut être apporté. On le retrouve dans le sacralisation volubile de la Nature, perpétuée et enregistrée d’une manière aisément discernable par l’œil et l’esprit compréhensif.

De nos jours, l’évolution, ou la tendance perpétuelle des choses à s’élever, est généralement acceptée comme un processus cosmique. Mais la capacité à s’élever n’implique-t-elle pas nécessairement un échec antérieur ? La valeur logique de l’hypothèse évolutionniste, comme de toute hypothèse, ne peut être appréciée qu’en la comparant à son antithèse, et les lois de la logique humaine, comme les francs-maçons devraient bien le savoir, ne sont que l’ombre de celles du LOGOS, le Logicien Divin. La vérité de la Chute a donc été perpétuée dans notre monde phénoménal par le fait que la chute est la propriété de toute chose matérielle. Seul l’esprit purifié est capable d’ascension, de contrecarrer la loi de la gravitation qui, comme le montre l’allégorie de l’épée flamboyante des Chérubins gardant l’Éden, exclut rigoureusement de l’ascension tout ce qui est inapte à habiter un monde plus avancé que le monde physique. Ainsi, l’acte initial de l’existence terrestre de chaque graine, germe, œuf, de chaque animal nouveau-né et enfant, est de tomber à terre. Au tout début de sa carrière, il répète donc, sous sa propre forme ou personne, la Chute primordiale de l’Esprit Cosmique dans le plan de la Nature, tandis que sa fonction ultérieure est de s’élever et de croître physiquement ou moralement selon son espèce.

Pour autant qu’elle affecte l’humanité, la doctrine de la Chute, décrite dans la légende biblique d’Adam et Ève et de leur expulsion de l’Éden, n’était pas due, comme on le suppose communément, à la transgression d’un individu, mais résultait d’un défaut de l’âme collective de la race adamique, et constituait un processus couvrant de vastes cycles temporels. Tel est le témoignage unanime de la tradition de la Sagesse Antique et, malgré son rejet par beaucoup de nos jours, je suis convaincu que nous ne pouvons appréhender adéquatement le plan divin sans comprendre que la Chute en était un incident, ordonné par la Déité et existant originellement dans sa prescience ; que la descente de l’esprit et son incarnation dans le monde matériel furent un processus aussi graduel que l’a été et l’est l’émergence de la vie spirituelle hors de ses limites physiques actuelles. L’emprisonnement de l’esprit dans des conditions matérielles, impliquant, comme il l’a fait et le fait encore, la lutte pour l’émancipation et la connaissance du mal, était et reste essentiel et nécessaire pour permettre à l’esprit humain de prendre conscience de sa perfection et de sa divinité inhérentes, en traversant une expérience contraire à son droit de naissance dans un monde d’existence aux antipodes de son foyer naturel.

Il s’ensuit que la Rédemption est le complément nécessaire de la Création, et c’est pourquoi nous constatons que la tradition affirme qu’en conséquence de la Chute, il était nécessaire et conforme à la Divine Providence que l’humanité soit rachetée et restaurée à son ancien état, restauration qui nécessitait à son tour de longs cycles de temps. Et cela exigeait quelque chose de plus : l’application d’une méthode méthodique et scientifique, sous une direction experte, et nous pouvons raisonnablement nous demander d’où pouvaient venir cette compétence et cette connaissance scientifique, sinon du monde divin, désormais invisible, de ces « dieux » et gardiens de la race errante dont parlent toutes les anciennes traditions et les écrits sacrés.

Cette méthode experte ne serait-elle pas correctement décrite si elle était qualifiée, comme dans notre Franc-Maçonnerie moderne, de « science céleste » et de « science noble », et ne serait-elle pas accueillie avec les mots que les Francs-Maçons utilisent : « Salut, Art Royal ! » Ceux de nos Frères, responsables de l’inscription figurant sur la première pierre de la première salle des Francs-Maçons, consacrée le 1er mai 1775, ont reconnu très tôt ce fait, car en déclarant l’autorité en vertu de laquelle la Franc-Maçonnerie anglaise revendique la préséance et la juridiction sur « l’ensemble des Frères du monde entier », ils ont réaffirmé l’« Ancien Repère » concernant l’origine de la Science par ces mots significatifs : « Elle descend du Ciel ».

Il faut donc attribuer aux gardiens spirituels de l’homme primitif la transmission de cette science universelle de la reconstruction du temple déchu de l’humanité, et à cette source la diffusion, en tout pays et parmi tous les peuples, de symboles, pratiques et doctrines identiques ou équivalents. C’était la seule et sainte religion catholique « dans le monde entier », qui établissait les « us et coutumes » anciens et établis, à suivre en tout temps par quiconque acceptait sa discipline. C’était la « Loi sacrée » destinée à guider l’humanité déchue, une loi valable depuis des temps immémoriaux, autrement dit, de l’aube des temps jusqu’à leur crépuscule, et dont il est écrit : « Comme il était au commencement, maintenant et toujours, pour les siècles des siècles. »

On attribue à cette science universelle son origine orientale, car l’Orient, à tous égards, géographiquement, astronomiquement et spirituellement, est toujours la source de la lumière « Ex Oriente Lux » (Lumière venue de l’Orient) ; à mesure que l’humanité s’est diffusée et distribuée sur le globe, elle s’est progressivement étendue vers l’Occident. Cette vérité est consignée dans nos cours d’instruction modernes par la formule sibylline : « La science est née en Orient et a ensuite étendu son influence bénéfique vers l’Occident » (Quatrième section, Première leçon).

Au cours de la dispersion de l’humanité, il s’est produit une densification progressive du corps matériel et une atrophie conséquente de la perception spirituelle, déjà mentionnée. De ce fait, l’influence de l’enseignement de la Sagesse a diminué d’autant, bien que ses principes soient restés valables et efficaces. Suivre en détail son évolution nécessiterait un long traité et dépasse donc le cadre du présent article. Il convient toutefois de noter que, malgré les caprices et les conceptions humaines, la Lumière, telle celle d’un Maître Maçon, ne s’est jamais totalement éteinte, aussi sombre que soit l’époque, et que, selon la tradition, l’époque actuelle est spirituellement la plus sombre des époques obscures. Il est vrai que « Dieu ne s’est jamais privé d’un témoin vivant parmi les hommes », et parmi les témoins de la Sagesse Antique se trouve le système que nous connaissons sous le nom de Franc-Maçonnerie ; une faible lueur, peut-être, mais néanmoins une véritable lumière, dans la lignée de la doctrine primitive.

Les premiers enseignements des Mystères dont on puisse retrouver la trace dans l’histoire se trouvent en Orient et dans la langue connue sous le nom de sanskrit – un nom en soi significatif et approprié, car il signifie Écriture Sainte ou « Sanctum Scriptum » ; et pour les plus grandes lumières sur la Sagesse Ancienne, il faut encore se référer aux écritures religieuses et philosophiques de l’Inde, qui était à son apogée spirituelle et temporelle lorsque l’Europe moderne était gelée sous une coupe de glace. Mais les races humaines, comme les individus, ont leur enfance, leur maturité et leur vieillesse ; elles ne sont que des unités, à une échelle plus grande que l’individu, au service du but général de la vie. Lorsqu’une race donnée a atteint ou échoué dans ce but, la gestion des Mystères passe à d’autres mains, plus efficaces. Le grand porteur suivant de la Lumière du monde fut l’Égypte. Après des siècles de suprématie spirituelle, elle devint à son tour le désert aride qu’elle est aujourd’hui, tant spirituellement que matériellement, laissant néanmoins une masse de vestiges structurels et écrits témoignant encore de sa possession de la Doctrine à l’époque de sa gloire. D’Égypte, à mesure que les civilisations se développaient dans les pays voisins, des centres mineurs de diffusion de la connaissance furent institués en Chaldée, en Perse, en Grèce et en Asie Mineure. Un témoignage de cette diffusion est conservé au V de la LS, car l’EXODE est, dans l’une de ses nombreuses allusions, un témoignage de la transmission des mystères catholiques d’Égypte vers des régions nouvelles et vierges pour leur illumination.

Parmi ces différentes traductions, deux nous intéressent particulièrement : l’une en Grèce, l’autre en Palestine. Nous savons, d’après le V de la LS, que Moïse fut initié aux Mystères égyptiens et acquit toute leur sagesse, tandis que les écrits du philosophe alexandrin Philon le Juif nous apprennent qu’en Égypte, Moïse acquit « une grande maîtrise de la musique, de la géométrie, de l’arithmétique, des hiéroglyphes et de tout le domaine des arts et des sciences ». Autrement dit, il devint véritablement un maître maçon et, à ce titre, se qualifia pour sa grande tâche ultérieure : diriger le peuple hébreu et formuler son système religieux et ses règles de vie, tels qu’ils sont énoncés dans le Pentateuque. Le système mosaïque a continué, comme nous le savons, le long du canal indiqué dans les livres de l’Ancien Testament, puis, après de nombreux siècles, a fleuri dans la plus grande de toutes les expressions des Mystères, comme révélé dans les Évangiles du Nouveau Testament, ou Nouveau Témoin, impliquant le déploiement, la compréhension et le rassemblement du passé religieux du monde entier, centralisé sous la Grande Maîtrise Suprême de Celui qui est appelé la Lumière du Monde, et incarnant toutes les caractéristiques, légendes et symboles appartenant jusqu’ici aux figures centrales des dispensations précédentes, proclamant l’unité de toute aspiration humaine, et formulant dans un grand système les doctrines de l’Orient et de l’Occident.

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Parallèlement à l’existence des Mystères hébraïques sous la dispensation mosaïque, se développait la grande école grecque. Issue de la religion orphique, elle culmina et parvint à son apogée à Delphes, générant la sagesse philosophique associée à Athènes et à l’époque de Périclès. La Grèce était la descendante spirituelle de l’Inde et de l’Égypte, et nous savons que le grand Initié, surnommé Pythagore, voyagea en Inde avant d’être reçu en Égypte pour recevoir son initiation finale, avant de fonder l’école qui lui était associée à Crotone. Platon nous apprend également que les aspirants à l’initiation visitaient l’Égypte avant de promouvoir leur avancement spirituel en Grèce.

Il ne sera pas possible de traiter de manière adéquate de tous les systèmes de mystères dans cet article, bien qu’à des fins d’illustration en ce qui concerne notre sujet actuel, une référence sera faite à l’un des plus célèbres d’entre eux, l’Éleusisien, qui a existé en Grèce pendant plusieurs siècles. Le mot « Éleusis » signifie lumière, et par conséquent, l’initiation aux Mystères d’Éleusis proclamait la quête de lumière de l’aspirant, exactement au même titre que le franc-maçon est aujourd’hui amené à déclarer que la « Lumière » est le souhait prédominant de son cœur. Autrement dit, le candidat cherchait à être doté d’une « compétence de la sagesse divine » et était prêt à se soumettre volontairement à un processus par lequel il passait de l’état naturel à l’état spirituel. L’initiation signifiait donc l’orientation de la conscience du candidat vers un principe nouveau et supérieur, la formation d’un homme nouveau, au sens d’une nouvelle façon de vivre et d’une nouvelle vision de l’univers.

À propos de ce processus, saint Paul écrit dans son Épître aux Éphésiens : « Soyez renouvelés dans l’esprit de votre intelligence ; Et que vous revêtiez l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables. Ce processus de « revêtir l’homme nouveau », évoqué par saint Paul au chapitre 4 de son Épître aux Éphésiens (versets 23 et 24), implique notre compréhension de l’interprétation ésotérique ou spirituelle de l’Immaculée Conception, autrement dit de la naissance du Principe Divin pour agir dans l’organisme de l’homme naturel. En Franc-Maçonnerie, cette naissance mystique est reproduite par le nom « Lewis », traditionnellement associé à l’Art. Ce mot est un excellent exemple du langage cryptique délibérément employé par les rédacteurs de notre Rituel, car un examen attentif révèle qu’il s’agit d’une corruption d’Éleusis et d’autres noms grecs et latins désignant la Lumière.

C’est pourquoi, dans nos conférences d’instruction, « Lewis » est utilisé pour désigner « le fils d’un franc-maçon », mais cela n’a assurément aucune référence à l’humain. Filiation et filiation. Il s’agit de la naissance mystique de la Lumière Divine, la Lumière du Monde, en soi ; comme le dit un texte biblique familier : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné », une filiation véritablement sublime. Les conférences d’instruction décrivent également un « Lewis » comme quelque chose qui, « une fois intégré à une pierre, forme une bride et permet au Maçon d’élever de lourds poids à certaines hauteurs, tout en les fixant sur leurs supports appropriés », ce qui est une manière cachée d’exprimer le fait que, lorsque la Lumière de la Sagesse Divine est amenée des profondeurs de l’homme et fermement greffée ou imbriquée dans son organisme naturel, il devient alors capable d’affronter aisément les difficultés, les problèmes et les « poids » de toutes sortes, insurmontables pour l’homme ordinaire.

À l’époque où les Mystères d’Éleusis étaient une institution publique florissante, les personnes cultivées considéraient comme essentielle la candidature à l’initiation, car la formation et l’instruction étaient religieusement propices à la formation d’hommes et de citoyens vertueux. Il convient de noter qu’aujourd’hui, le même message est transmis au grand public par le biais de la presse par le Comité des Objectifs et des Relations de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Autrefois, cependant, les principes de la science de l’initiation n’étaient pas communiqués aux candidats, mais simplement par l’accomplissement de certaines formalités cérémonielles. Les hommes instruits postulaient pour entrer aux Mystères de la même manière qu’aujourd’hui, les étudiants entrent en résidence à l’université et sont tenus d’obtenir leur diplôme. Le développement futur et la valeur de l’Ordre Maçonnique en tant que force morale dans la société dépendront donc d’une renaissance, sous une forme adaptée aux conditions modernes, de l’ancien enseignement de la Sagesse et aussi de la pratique de ces Mystères qui ont été prescrits il y a quinze siècles, mais dont la Franc-Maçonnerie moderne est le descendant direct et représentatif.

Sous bois à l'aube, forêt de gros arbres en été

À l’époque où les Mystères prospéraient, les candidats admis étaient classés selon leur capacité morale et leur stature intellectuelle ou spirituelle. Pendant plusieurs années, ils se soumettaient à des exercices intellectuels disciplinaires et à une ascèse corporelle, au cours desquels ils étaient soumis à des tests périodiques afin de déterminer leur aptitude à accéder aux processus plus solennels et sérieux de l’initiation proprement dite. L’initiation était administrée uniquement aux personnes dûment qualifiées, et sa nature précise était secrète et jalousement gardée.

On retrouve un écho de cette progression par étapes régulières dans notre rituel actuel, dans les informations données au candidat lors de la cérémonie d’initiation, stipulant qu’« il existe plusieurs degrés en Franc-Maçonnerie, chacun ayant ses propres secrets », et rappelant que ceux-ci « ne sont pas conférés aux candidats sans distinction, mais uniquement en fonction de leur mérite et de leurs aptitudes ». L’éducation des aspirants à l’Initiation était exclusivement axée sur la culture des « quatre vertus cardinales », ce qui rappelle immédiatement la référence de nos propres Conférences où il est affirmé que « la tradition nous informe » qu’elles étaient « constamment pratiquées par la majorité de nos anciens Frères ». Une autre condition préalable à l’accès à l’ordre supérieur de la vie était l’étude des « sept arts et sciences libéraux ».

3 Piliers
3 Piliers – Sagesse Force et Beauté

L’interprétation donnée à ces vertus et sciences était cependant bien plus avancée que ce que l’esprit moderne considère comme adéquat ; et il est intéressant de noter que, bien que nous ne nous soyons pas écartés du programme théorique essentiel de l’Art actuel, la pratique diffère considérablement. Par exemple, chez nos anciens Frères, la vertu de TEMPÉRANCE impliquait la maîtrise totale de la nature passionnelle ; la FORCE impliquait un courage qui ne se laisse pas décourager par l’adversité et qui ne permet aucun détournement du but visé ; La PRUDENCE comprenait cette profonde perspicacité conduisant à la vision prospective et produisant la faculté prophétique de vision ; la JUSTICE exigeait une droiture inébranlable de pensée, de parole et d’action.

Les « arts et sciences » étaient également de nature positive, et on les qualifiait de « libéraux » car le programme éducatif était expressément conçu pour « libérer » l’âme de l’aspirant des illusions inhérentes à l’état naturel. Ainsi, la GRAMMAIRE, la LOGIQUE et la RHÉTORIQUE étaient considérées comme des disciplines de nature morale, grâce auxquelles les tendances irrationnelles étaient éradiquées et les candidats formés à devenir des témoins vivants du Logos universel et à parler efficacement avec la « langue de bonne réputation ». La GÉOMÉTRIE et l’ARITHMÉTIQUE étaient des sciences de l’espace transcendantal et de la numération, dont la compréhension complète fournissait la clé de l’Univers et de l’homme lui-même, car chaque expression de la vie était dotée de son nombre, de son taux vibratoire ou de sa longueur d’onde.La science de l’ASTRONOMIE n’incluait pas seulement l’observation des corps célestes, mais était principalement orientée vers l’étude de la métaphysique et la compréhension correcte de la distribution des forces dans, et déterminant le destin des individus, des nations et de la race. Enfin, la MUSIQUE, ne se limitait pas à l’étude d’œuvres vocales ou instrumentales, mais s’intéressait à l’ajustement de la vie personnelle en harmonie avec le Centre de Toute Vie, Dieu, par la pratique vivante de la philosophie.

Les Mystères d’Éleusis impliquaient donc bien plus qu’une simple philosophie théorique ; ils exigeaient également une méthode de vie philosophique, divisée en deux parties principales, les Petits et les Grands Mystères. Les Petits Mystères dispensaient l’instruction élémentaire, mais leur objectif était de permettre aux candidats de poursuivre leur tâche de purification et d’adaptation aux vérités qui leur étaient révélées. Les Grands Mystères concernaient le développement de la conscience au sein même de l’âme et étaient liés à la vie nouvelle et intense résultant directement de la fidélité aux disciplines prescrites. Pour faire une légère analogie, les Petits Mystères entretenaient avec les Grands Mystères le même rapport que nos grades d’Arts actuels avec la Sainte Arche Royale. Les candidats compétents et correctement préparés conformément au programme des Petits Mystères étaient finalement admis à l’initiation aux Grands Mystères, tandis que ceux qui échouaient n’étaient pas autorisés à poursuivre. Le décret interdisant l’accès aux Grands Mystères aux candidats non qualifiés n’était pas arbitraire, mais absolument nécessaire dans l’intérêt des candidats eux-mêmes. En effet, la pureté intérieure du cœur et de l’esprit, associée à la possession des quatre vertus cardinales, était essentielle aux épreuves de l’initiation, qui, sans cela, exposaient l’aspirant à la folie et aux obsessions. C’est pour cette raison que le nombre de candidats qualifiés ne représentait qu’un faible pourcentage de ceux qui entraient aux Mystères, et cette loi reste valable de nos jours, car nous retrouvons la même vérité réaffirmée dans le V. de la LS, manuel de notre système moderne, par ces mots familiers : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

Une qualité primordiale était exigée de ceux qui postulaient pour entrer aux Mystères : l’humilité. Il est important de noter que le candidat à l’admission en Franc-Maçonnerie est toujours tenu de solliciter humblement. La raison en était, et demeure aujourd’hui, que la sagesse à laquelle les Mystères et l’initiation permettent d’accéder est une folie pour les esprits mondains.

Miroir magique dans la nature
Miroir magique dans la nature

Pour l’atteindre, un candidat doit donc être prêt à renoncer complètement et volontairement à la sagesse mondaine, ce qui peut l’amener à considérer comme invalide tout ce qu’il tenait auparavant pour vrai, et que, de plus, ceux qu’il fréquente habituellement continueront de croire et d’affirmer comme vrai. Parlant de cette manière d’aborder la compréhension des choses spirituelles, saint Paul, dans son Épître aux Corinthiens, déclare : « Que personne ne s’y trompe. Si quelqu’un parmi vous croit être sage selon ce monde, qu’il devienne fou afin de devenir sage » (1 Corinthiens ; chapitre 3, verset 18). Le candidat aux mystères chrétiens était instruit qu’il devait se contenter de « devenir fou pour le royaume des cieux » et être prêt à subir l’adversité et le ridicule, si nécessaire. C’était l’une des principales raisons du secret et l’une – mais pas la seule – des origines de l’injonction maçonnique au secret. Lors des processions publiques des Petits Mystères d’Éleusis, les vases et les éléments sacramentels étaient portés sur le dos d’un âne, pour signifier que pour recevoir la connaissance divine, « l’humilité est une vertu essentielle ». Dans le V. des Petits Mystères, la même chose est symbolisée par la chevauchée populaire du dimanche des Rameaux vers Jérusalem, dont on lit : « Ton Roi vient à toi, juste et sauvé, humble et monté sur un âne ». Apulée, dans « L’Âne d’or », en fournit l’explication lorsqu’il écrit : « Il n’est aucune créature aussi capable de recevoir la divinité qu’un âne ; si vous ne vous transformez pas en lui, vous ne pourrez en aucune façon porter les mystères divins. »

Outre l’enseignement pratique inclus dans le programme des Mystères, un autre moyen, très instructif, était l’expression, par le biais de mythes, des vérités du monde divin et de toute l’histoire spirituelle de l’homme. Les mythologues grecs étaient passés maîtres dans l’art d’exprimer des vérités cosmiques et philosophiques sous forme de fables, transmettant l’enseignement théosophique aux esprits avertis et le dissimulant aux profanes. La création de mythes était une science, et non, comme beaucoup le prétendent, une indulgence pour une fiction irresponsable. Leur présentation théâtrale instruisait les candidats aux vérités fondamentales de la vie. L’un des mythes grecs les plus connus est celui de Déméter et de sa fille Perséphone, célébré chaque année en grande pompe à Éleusis. Il racontait comment la jeune Perséphone s’était éloignée de l’Arcadie (le paradis) et de sa mère Déméter pour cueillir des fleurs dans les champs d’Enna. Comment le sol s’était ouvert et l’avait précipitée dans le monde obscur d’Hadès, gouverné par Pluton.

Zeus tenant dans sa main un éclair du ciel
Zeus tenant dans sa main un éclair du ciel

Le désespoir de la mère face à la perte de sa fille atteignit Zeus, le chef des dieux, qui ordonna que, si la jeune fille n’avait pas mangé du fruit d’Hadès, elle serait immédiatement rendue à sa mère pour toujours ; mais que si elle en avait mangé, elle devrait passer un tiers de l’année avec Pluton et retourner auprès de Déméter pour les deux autres tiers. L’enquête révéla que, malheureusement, Perséphone avait mangé une grenade dans le monde inférieur, de sorte que sa restitution à sa mère ne pouvait être permanente, mais seulement périodique. Ce mythe est l’histoire de l’âme humaine et est de même nature que le mythe mosaïque d’Adam et Ève et de la pomme, et que, comme la parabole du fils prodigue, aucun des deux n’a de référence physique.

Perséphone désigne l’âme humaine, issue de cette Terre-Mère primordiale et incorruptible que les Grecs personnifiaient sous le nom de Déméter, de la même manière que le récit mosaïque parle de Dieu façonnant l’homme à partir de la poussière du sol. Son errance loin de sa patrie arcadienne et de sa mère céleste, à la recherche de fleurs (fleurs symbolisant de nouvelles expériences) dans les champs d’Enna, correspond aux mêmes impulsions de désir qui ont conduit à la désobéissance d’Adam au jardin d’Éden et à sa chute dans ce monde extérieur. Le mot « Enna » signifie « ténèbres et amertume », résultat de désirs incontrôlés. Une explication plus complète de sa signification se trouve dans le V. du Livre des Sept, où il est traduit de l’original par Géhenne. Pluton est désigné comme le « dieu des richesses », signifiant les richesses de la sagesse et de l’expérience, et c’est dans son royaume que Perséphone est tombée. « Manger des fruits » fait allusion aux plaisirs inférieurs de ce plan d’existence inférieur, qui, comme le symbolise la grenade, est peuplé d’illusions et de vanités. Tant que ces tendances erronées ne seront pas éradiquées, tant que les désirs du cœur ne seront pas totalement sevrés des plaisirs extérieurs,il ne peut y avoir de restauration permanente de l’âme à sa source, mais simplement le répit périodique et le rafraîchissement que la mort physique apporte lorsqu’elle retire l’âme du royaume de Pluton vers le monde céleste, pour être suivie encore et encore par des descentes périodiques dans des limitations matérielles et des réascensions dans des conditions désincarnées, jusqu’à ce qu’elle devienne pleinement parfaite.

Comme indiqué précédemment, la Franc-Maçonnerie, descendante directe de l’ancien enseignement de la Sagesse, suit la méthode traditionnelle d’enseignement par le biais des mythes. Son canon d’enseignement des degrés de l’Art contient deux mythes. Le premier est celui de la construction du Temple du roi Salomon, et le second, le récit de la mort et de l’enterrement du Maître Bâtisseur, relaté dans l’histoire traditionnelle. Pour un esprit littéral, la construction du Temple de Jérusalem apparaît comme l’histoire d’une véritable structure de pierre et de mortier, érigée par trois notables asiatiques : l’un en conçut l’idée, l’autre en fournit les matériaux, tandis que le troisième en était l’architecte et le chef des travaux. Les deux premiers auraient été rois de petites nations voisines ; le troisième n’était pas un membre de la famille royale, mais apparemment un personnage sans dignité sociale, fils de veuve.

Pour le bien de la Franc-Maçonnerie en général, il convient de rappeler clairement les paroles de saint Paul : « Ces choses sont une allégorie », car le Temple maçonnique de Salomon n’est pas un temple de briques et de pierres ordinaires. Il est façonné à partir de cette « pierre brute », cette matière première incorruptible avec laquelle le Créateur a façonné l’organisme humain. La Jérusalem où ce temple a été construit n’était évidemment pas la Jérusalem géographique de Palestine, mais faisait référence à l’éternelle « cité de paix » céleste, ou, autrement dit, à « cette Maison non faite de main d’homme » ; non pas, comme l’affirme également saint Paul, « la Jérusalem d’aujourd’hui », mais « la Jérusalem d’en haut, qui est notre mère à tous » (Épître aux Galates, chapitre 4, verset 26), correspondant ainsi à la Jérusalem grecque.

Les bâtisseurs du Temple n’étaient pas non plus trois personnages humains résidant au Levant, car leurs noms personnifient l’énergie divine considérée dans ses trois principes constitutifs, autrement appelés Sagesse, Force et Beauté dans nos conférences. Ces trois principes, appelés « Piliers », comme on les appelle également dans les conférences d’instruction, sont personnifiés par SK de I., HK de T. et HA. Une explication de leur signification cachée est nécessaire pour interpréter correctement le mythe. Salomon personnifie l’Essence-Vie primordiale, ou Sagesse Divine substantialisée, qui est le fondement de notre être ; elle est décrite comme « Roi d’Israël », car Israël signifie « coopérer ou gouverner avec Dieu ». Pour conjuguer cette Essence-Vie transcendantale à un véhicule qui lui confère fixité et forme, il a fallu l’aide d’un autre principe « royal », personnifié par le « Roi de Tyr », dont on peut donc dire à juste titre qu’il a fourni le « matériau de construction ».

En hébreu, le nom « Tyr » signifie « roc » et évoque la force ou la durabilité. La conjonction de Salomon et d’Hiram de Tyr (Essence-Vie et Moule ou Matrice) représente donc le fondement de l’âme, rendu fonctionnellement efficace par l’ajout du troisième principe, décrit comme le « fils de la veuve », et personnifiant le principe intellectuel actif ou Logos. Ainsi, HA est le principe christique immanent à chaque âme ; crucifié, mort et enseveli en tous ceux qui ne sont pas conscients de sa présence, mais néanmoins présent en tous comme une force salvatrice. Pour citer encore saint Paul : « Le Christ en vous, l’espérance de la gloire ». La description de ce principe comme « le fils de la veuve » reflète dans notre système moderne une belle part du symbolisme gnostique et fait référence à la nature veuve de la Divine Maternité, conséquence de l’abandon de la sagesse par ses enfants fragiles. La véritable Gnose nous informe que seuls les enfants qui, dans la chair, luttent pour rejoindre leur Mère sont dignes d’être appelés « fils de la veuve », et comme l’indique clairement notre rite cérémoniel, c’est de ceux qui œuvrent à cette tâche qu’est adressée la traditionnelle supplique à tous ceux qui l’ont rejointe : « Venez à mon secours, fils de la Veuve, car je suis aussi le fils de la Veuve ».

Roi salomon bâtisseur, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Le Temple de l’âme humaine, constitué originellement des trois principes parfaitement équilibrés et divinement déclarés « très bons », a été renversé de son éminence primitive par un incident fâcheux, objet de notre légende maçonnique centrale. Sa chute a été provoquée par l’abus disproportionné, déséquilibré et donc désordonné de ses pouvoirs inhérents. Ainsi, l’homme est désormais, au sens figuré, un temple en ruine, sur lequel est écrit « Ichabod » – « la gloire s’en est allée » – car, coupé de toute communion consciente avec son Principe Vital et Immortel, l’homme est prisonnier de lui-même et de sa nature temporelle ; il lui reste à revenir sur ses pas et à reconstruire son temple. C’est pourquoi il est conseillé au candidat maçonnique de ne plus rester esclave de ses illusions et de l’attrait des « possessions matérielles », mais de devenir un homme libre et un maçon, engagé dans l’œuvre de se façonner en une « pierre vivante » pour le temple cosmique d’une humanité régénérée.

Dans l’Ordre, être installé sur la « Chaire du Roi Salomon » signifie donc, au sens propre, retrouver « ce qui est perdu », et c’est à juste titre que l’on présente cela comme le but de tout franc-maçon. En fait, si nous ne retrouvons pas la Sagesse Divine durant notre séjour en ce monde, nous manquons cette occasion, car il est universellement attesté que l’état après la mort n’est pas un état de travail, mais de ressourcement et de repos, où aucun progrès réel n’est possible. L’initiation fut donc instituée pour transmettre la science de la réincarnation.

Cependant, comme l’enseignaient les Mystères Anciens, nous rappelons que l’âme qui n’entreprend jamais ce travail en ce monde ne pourra le faire dans l’au-delà et restera suspendue dans les plans les plus ténus de cette planète, jusqu’à ce qu’elle soit à nouveau entraînée dans le tourbillon de la génération par la roue incessante de la vie. C’est pourquoi le candidat maçonnique est exhorté à « veiller à accomplir la tâche qui lui est assignée tant qu’il est encore jour », ce qui implique ce qui est dit dans le V de la LS : « C’est maintenant le temps du salut, car la nuit vient où personne ne peut travailler. » La conception maçonnique de la « Grande Loge d’en haut » est également en accord avec l’enseignement contenu dans le V de la SL concernant les niveaux d’existence post-mortem, car nous lisons que « Dans la maison de mon Père se trouvent de nombreuses demeures », ou littéralement des lieux de repos, et que celles-ci et leurs occupants sont gradués dans l’ordre hiérarchique selon leur degré d’éminence spirituelle. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », affirme l’ancien axiome, mais malheureusement, le monde moderne a perdu tout sens du principe de hiérarchie, qui, puisqu’il prévaut dans le monde supérieur, devrait se refléter dans celui-ci.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

La Franc-Maçonnerie, cependant,La Maçonnerie conserve le témoignage de cette gradation dans la répartition symbolique de ses membres. Au-dessus de la Loge de Métier préside la Grande Loge Provinciale, tandis qu’au-delà règne la Grande Loge de la nation. Plus haut, théoriquement, se trouvent les Chapitres de l’Arche Royale, avec les Chapitres Provinciaux et les Grands Chapitres à leur sommet. De plus, dans le vêtement symbolique porté par les membres de chacun de ces rangs, l’étudiant attentif percevra l’intention d’exprimer de manière appropriée la vérité ainsi signifiée. Ainsi, le tablier maçonnique d’un blanc immaculé est bordé d’un bleu pâle pour les jeunes frères, une nuance pâle de ce bleu qui, même physiquement, est la couleur du ciel. Pour les aînés des Loges Provinciales et des Grandes Loges, le bleu pâle de la Maçonnerie est intensifié au plus profond, et le vêtement est orné de dentelles d’or, symbolisant ainsi ce que le Psalmiste dit : « La fille du Roi (l’âme) est toute glorieuse intérieurement, son vêtement est façonné d’or. » En se dirigeant vers l’Arche Royale, on remarquera que le bleu dévotionnel de l’Ordre est désormais teinté de rouge, couleur du feu symbolisant la tonnelle spirituelle. Ce mélange donne le violet, toujours apanage de la royauté, sur terre comme au ciel. Ainsi, par leurs vêtements des différents grades, les membres de l’Ordre maçonnique symbolisent sur terre les anges, les archanges et toute la compagnie du Ciel.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

Et maintenant, frères, puis-je conclure cet article, et le conclure, comme chaque Loge est close, en paix et en concorde avec tous mes Frères, et avec l’antique prière que l’Ordre soit préservé par Dieu et que ses membres soient cimentés par toutes les vertus. Si, dans ce que j’ai écrit, la Franc-Maçonnerie a reçu une conception spiritualisée au-delà de sa compréhension commune, je n’ai fait que suivre l’exemple de nos Anciens Frères, qui, levant les yeux vers les collines d’où vient la force, ont travaillé sur les plus hautes éminences de l’esprit et ont discerné les Mystères, non avec les yeux de la chair, mais avec la vision et la compréhension de l’esprit. Il se peut que peu soient prêts à gravir ces hautes collines aujourd’hui, en cette époque plus que d’habitude troublée et sombre, mais néanmoins certains sont prêts et désireux de le faire malgré les grandes épreuves et tribulations qui accompagnent un monde en plein bouleversement, et c’est spécialement pour eux que j’ai compilé ce récit. Actuellement, l’esprit du monde domine toutes les institutions. La sagesse est peu apparente ; Faute de vision, le peuple périt ; et la quête de la lumière doit se poursuivre dans des conditions particulièrement difficiles. Mais il nous est rappelé qu’il existe un mystère d’obscurité autant que de Lumière ; et, entre les mains modelantes du Grand Architecte de la Maison de Vie, l’obscurité et la lumière se ressemblent et servent de piliers jumeaux qui, finalement, établiront la Maison dans la force. Ceux donc qui ne sont pas encore prêts à s’engager sur la voie supérieure de la compréhension des choses de l’Art, sont néanmoins intégrés à notre grande Fraternité, car, comme nous le rappellent les paroles d’une Ode maçonnique familière, nous sommes chargés et tenus d’étendre :

« Un doux accueil à tous ceux que nous rencontrons dans nos murs sacrés ; que Dieu accorde encore à ceux que nous saluons de se hâter lorsque le devoir les appelle. »

Finalement, il appartient au métier lui-même de décider s’il entrera dans son propre héritage en tant que successeur direct des anciens Mystères et de l’enseignement de la Sagesse, ou si, en échouant à le faire, il subira le sort inévitable de tout ce qui n’est que forme, dont l’esprit s’est éloigné.

Le symbolisme de l’arbre

SYMBOLE DE LA VIE

Selon la mythologie de l’ancienne Egypte, l’arbre représente les trois mondes. Souterrains par ses racines visibles, par son tronc et ses branches et l’invisible grâce aux mystères de son enseignement. L’un des enseignements secrets de l’arbre est constitué par sa sève. Elle demeure présente dans le tronc, lors du dépouillement du feuillage, ainsi la vie hivernale n’est qu’une apparence et non une réalité, elle indique un changement de vie.

L’arbre est un symbole de verticalité entre la terre et le ciel, il éprouve les changements provoqués par les saisons, à ces mutations correspondent les saisons de l’homme, enfance, jeunesse, maturité et vieillesse.

Il enseigne l’intériorité, le détachement, le mystère du dedans, est-il privé de parure, semble t-il endormi, mort, la sève perdure en lui.

Les frères maîtres peuvent connaître l’expression que l’on trouve dans un ancien rituel maçonnique de 1725, et qui fait allusion à «la chair quitte les os».

C’est à dire la séparation entre la chair mortelle et la nature immortelle : les os. L’expression maçonnique «Marrow in the Bone «, c’est à dire « la moelle dans l’os» dont les initiales sont M et B, expression que l’on peut associer symboliquement à cette explication à :

« la sève qui est dans l’arbre, autrement dit la lumière est intérieure et elle transcende la forme apparente de la mort. »

L’ARBRE DANS LA NATURE

Ses racines communiquent avec la terre et l’eau. A la verticalité du tronc s’ajoute l’horizontalité des branches quand à la ramure, feuilles, fleurs, fruits, elle accuse ses liens avec l’air.  La création assume la fonction d’un miroir dans lequel les arbres apparaissent comme des guides.

Le symbole de l’arbre est lié au développement de l’agriculture, environ 6000 ans av JC.

A l’ère agricole, c’est le monde végétal qui enseigne. Dans le monde de la chasse, si vous coupez une patte d’un lapin, elle ne repousse pas. L’arbre constitue une parfaite image de l’ordre cosmique, de la création réconciliée avec elle même.

A ses pieds reptiles, dans ses branches, insectes et oiseaux de toutes espèces. Il est signe d’alliance entre la terre qu’il fouille de ses racines et à laquelle il prend ses richesses, l’eau qu’il aspire et redistribue, l’air auxquelles, il offre ses feuilles, le feu solaire qui le fait croître, épanouit ses fleurs et ses fruits. Son ombre sur la plaine marque l’écoulement du jour, son feuillage, l’écoulement des saisons, il est maitre du temps qui passe.

Tout arbre est un arbre de vie car il symbolise la puissance, la longévité, la générosité, la patience, la protection. Chaque civilisation possède son arbre de vie, les Indiens ont élu le figuier, les Scandinaves, le sapin, les Celtes, le chêne, les Phéniciens, le cyprès, l’islam, l’olivier.

Egypte, l’acacia signifiait la régénération, d’où son symbole d’immortalité. Chez les hébreux, l’arche d’alliance avait été construite en bois d’acacia.

Le cèdre pour son extrême majesté aurait la caractéristique d’être incorruptible chez les hébreux, la charpente des temples étaient en cèdre. «Les justes s’élèvent comme les cèdres du Liban» Ps

L’olivier en Grèce, il était consacré à Athéna, pour les traditions Judéo-chrétiennes, il est symbole de paix.

Le laurier comme toutes les plantes qui demeurent vertes en hiver, il symbolise l’immortalité, les Romains en feront un symbole de gloire.

Le chêne est le roi des arbres, sacralisé depuis des siècles son symbole véhicule principalement la puissance de ses énergies et la solidité de son bois. St Louis rendait sa justice sous un chêne, il le coupait avec une faucille d’or.

Le képi des généraux est entouré de feuilles de chêne brodées à la main avec des fils d’or, elles symbolisent la victoire.

Le pommier, Dionysos Dieu du vin et de la poésie serait l’instigateur de la pomme ; il l’aurait crée afin de l’offrir à la déesse de l’amour Aphrodite. Sa rondeur évoque les seins de la femme et aussi le globe terrestre. Quand aux fleurs de pommiers, elles signifiaient la beauté féminine et la fraicheur de son teint.

Lorsqu’on coupe une pomme en deux, dans le secret de son centre, des alvéoles enveloppent les pépins et on peut observer une minuscule étoile à cinq branches, elle peut être interpréter comme la plénitude d’une connaissance initiatique. Réputée pour la qualité de sa nourriture, la pomme était associée à l’immortalité. Le texte de la genèse a pris comme symbole la pomme, les textes le précisent.

« l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal »

Gen 2,9

La doctrine de la chute de l’home qui a gouté le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal fait partie intégrante de notre culture occidentale au point que toute notre morale en est imprégnée. Le thème des deux arbres remarque Roger Cook n’appartient pas exclusivement ni au judaïsme, ni au christianisme. Les anciens Babyloniens avaient deux arbres, l’arbre de vérité et de l’arbre de vie qui se dressaient deux arbres colonnes.

Nous avons des sceaux sumériens datant de 3500 ans avant Jésus Christ qui représentent le serpent, l’arbre et la déesse qui offre des fruits aux visiteurs mâles. Que l’arbre soit un symbole de connaissance universelle tient tout d’abord à sa verticalité, le bas vers le haut, passage des ténèbres souterraines à la lumière céleste.

Il y a une différence fondamentale entre l’homme et l’arbre, c’est la mobilité de l’un et l’immobilité de l’autre : l’homme a ses pieds posés sur le sol où l’arbre s’enracine mais les cimes de l’arbre sont plus près du ciel que la tête de l’homme.

La dualité se trouve dans l’arbre lui-même qui est arbre de la connaissance du Bien et du Mal.

Pour la tradition Chrétienne, il s’agirait de la dualité du Bien et du Mal. La tradition judaïque Tov et Ra renvoient davantage à des notions accomplis et de non accomplis, de juste ou d’erroné. Je rappelle que le mot péché en hébreu signifie littéralement «manquer sa cible».

En mangeant du fruit de l’arbre de la connaissance, l’homme s’engage dans la roue des dualités, dans la di-vision, c’est à dire deux visions. Il se condamne à explorer horizontalement le sol qu’il doit travailler à la sueur de son tronc verticalement, à s’échiner, à grimper par degrés au tronc vertical de la connaissance d’où son horizon ne s’élargit que peu à peu et à grand peine.

Psychologie- Judaïsme- Kabbale

En psychologie, le test de l’arbre est important, il permettrait de découvrir les blocages d’évolution chez l’enfant.

Dans l’univers judaïque, l’arbre jouit d’une grande considération

« Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville, tu ne détruiras pas les arbres en portant sur eux la cognée ; ce sont eux qui te nourrissent, tu ne les couperas donc pas, car l’homme est un arbre des champs »

Deut, 20,19

Cet axiome du Talmud est d’une grande actualité écologique.

Pour la kabbale, l’arbre est au cœur de la transmission, il exprime l’idée d’une descente de l’esprit dans la matière, de Kether à Malkuth. Pour les maitres de la tradition, notre rôle serait d’inverser le processus et de ramener le matériel au spirituel. Cette vision n’est pas choquante pour les Franc-maçons.  Toutefois, il y a des religions qui refusent la matière, d’autres qui l’opposent comme les Grecs, et enfin beaucoup qui refusent la lumière.

L’Arbre Inversé

Les deux maîtres grecs d’Averroès : Platon et surtout Aristote. Panneau en marbre provenant de la façade nord, registre inférieur, du campanile de Florence. Attribué à Luca della Robbia, vers 1437-1439.

L’arbre céleste inversé est l’arbre de vie, tandis que l’arbre terrestre est celui qui nous mène à cette vie, l’arbre du bien et du mal. Il y a entre eux une analogie, comme « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas». (L’analogie n’est pas une comparaison parallèle mais un effet miroir identique et inverse).selon R.Guénon

L’arbre retourné serait l’image restitué du sens réel de la vie, la vie vient d’en haut, elle vient du céleste et de l’Eternel. L’homme doit s’y pendre, tel le pendu du tarot, il doit retourner sa vision afin de rétablir le courant entre lui et sa source de vie.

Dans cette arcane, l’homme est pendu par les pieds entre deux troncs d’arbres, symbole de verticalité comme le sont les deux colonnes à l’entrée du temple. Elles marquent les limites du monde profane, la demeure de l’Un.

Pour le Zohar III, 18,3 :

« le juste est le fondement du monde, le juste est une colonne qui va de la terre au ciel et selon que cette colonne qui porte l’univers se fortifie ou s’affaiblit l’univers lui-même gagne ou perd en force ».

L’universalité du symbolisme de l’arbre témoigne d’un lien primordial entre l’arbre et l’homme sous tous les continents et à travers le temps. Il n’est pas étonnant qu’il soit un symbole de l’initiation que ce soit sous sa forme propre ou sous celle de la croix. Il nous apprend que rien ne meurt que tout se transforme pour le miracle d’une seule chose. Il nous apprend que la nature est le premier livre de la révélation, tout homme ne sachant, ni lire, ni écrire peut percevoir L’Eternel mouvement de le Vie.

« Si tu veux connaître l’invisible regarde le visible »

Talmud

Métaphysique: « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie »

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TRANSUBSTANTIATION est constitué d’un échange entre un étudiant et un Maître symbolique qui dégage des réponses inédites. Qu’il s’agisse de notre origine ou des raisons de notre présence sur terre, l’ouvrage permet au lecteur de se frotter à la philosophie comme aux sciences humaines tout en mesurant le sens grandiose de notre existence spirituelle. Ce livre ne contient aucun dogme religieux, aucune intolérance sectaire. Il s’adresse à des esprits libres, sans préjugés mais capables de mesurer les lumières de la divine Providence.

Claude Le Moal, actuellement retraité au cœur de la Toscane française ( le Gers), Après avoir exercé différents métiers, de coursier à l’Agence Havas, rue de Vivienne à Paris, dès l’âge de 14ans, d’électricien au sein de l’entreprise paternelle, puis d’ électromécanicien pour une grande entreprise américaine (Otis ascenseurs)…il a poursuivi dans le commercial, avec responsabilité d’agence et de sociétés anonymes en tant que directeur général. Entrée dans la finance à la Banque Rothschild il y est devenu fondé de pouvoir. Il a aussi lancé une entreprise de diffusion de compléments alimentaires à caractère thérapeutique, durant 25 ans – Parallèlement à ses activités, il a poursuivi des recherches dans le domaine de l’alchimie, l’hermétisme et la Métaphysique.

Le secret maçonnique : Peut-on le garder ?

Dans certains rituels, le ou la vénérable, ouvre les travaux en prononçant la phrase « Le secret est disponible » !

Les initiés comprennent très bien que la disponibilité ne veut pas dire que la connaissance est disponible mais bien que le secret doit être pratiqué y compris pendant les travaux rituels !

Peut-être le sujet maçonnique le plus difficile à aborder !

Notre frère, de façon méthodique, dédramatise le sujet, la pratique du secret en franc-maçonnerie, et le magnifie !

Celles et ceux qui connaissent Jean Dumonteil ne seront pas étonnés qu’il ait relevé le défi !
En sept chapitres et autant de questions, l’auteur aborde les différentes entrées dans le sujet en ne se privant pas d’une liberté de parole qui fait plaisir.

Table des matières


I – Secret maçonnique : existe-t-il un malentendu ?
II – La spiritualité nécessite-t-elle le secret ?
III – Le silence est-il le commencement du secret ?
IV – Secret et sacré sont-ils des chemins de la vérité ?
V – Secret, rite et traditions, sont-ce d’autres façons d’exprimer l’ineffable ?
VI – Secret et mystère sont-ils les remparts de l’ésotérisme ?
VII – Pratiquer la fraternité dans l’honneur, est-ce un objectif hors d’atteinte ?

Chaque chapitre se termine par un « Nous sommes-nous bien compris ? » qui permet de mettre en valeur les messages fondamentaux du chapitre concerné.

Le secret renvoie à la connaissance.

La connaissance sur le plan ésotérique nous conduit au sacré !

La connaissance sur le plan profane renvoie aux pouvoirs.

Le secret c’est bien sûr, au premier degré, une convention : ce que l’on a ou pas le droit de dire, de divulguer et de transmettre !

Le secret au troisième degré mène à l’ineffable et au silence !

Selon les époques, selon les conventions, certaines connaissances n’étaient pas autorisées à être divulguées par celles et ceux qui les possédaient ! L’histoire des idées montre que le domaine des interdits s’est rétrécit.

Oui le secret existe et doit être compris ! Non il n’y a pas de secret pour protéger les dérives comportementales !

La démarche maçonnique permet l’accès à des connaissances ; parmi celles-ci, certaines sont du domaine des relations interpersonnelles alors que d’autres concernent ce que Jean Dumonteil nomme « l’ineffable ».

C’est dans cette approche de l’ineffable que, même si l’expression n’est pas écrite, on pourrait dire que l’auteur apporte une réponse positive à la question qui constitue le titre de l’ouvrage : Oui, il faut garder le secret maçonnique !

Je me permettrais d’ajouter qu’à mon humble avis, celui ou celle qui possède la connaissance acquise par le parcours maçonnique sait très bien qu’il est obligé de garder le secret sur son contenu car qui pourrait comprendre l’intimité de cette connaissance ?

Finalement le secret s’impose à celui qui sait qu’il approche la Vérité.

En conclusion, l’intérêt de cet ouvrage me semble justifié par les réponses qu’il apporte aux nouveaux (et parfois anciens) initiés qui semblent affolés par les menaces qu’ils ont perçues en entendant des paroles menaçantes au cas où ils ou elles contreviendraient au serment ! Jean Dumonteil rappelle qu’il s’agit d’abord d’une question éthique où chacun est face à sa conscience dans la solitude et le silence !

Une réflexion fondamentale dans la pensée symbolique : L’interdit !

Le secret maçonnique rentre dans la catégorie des interdits ! L’interdit est un élément de la pensée symbolique et ceci de trois manières :

1. L’interdit marque le sacré

Dans toutes les cultures traditionnelles, ce qui est sacré est séparé, mis à part, interdit d’accès sauf dans des conditions précises. L’interdit trace la frontière entre le profane et le sacré !

Exemple :

  • Le fruit défendu dans la Genèse
  • Le nom imprononçable de Dieu dans la tradition hébraïque
  • L’arbre sacré ou le lieu interdit dans les mythes archaïques

Ces interdits ne sont pas là pour punir, mais pour signaler qu’un mystère se cache au-delà, et qu’il ne peut être abordé qu’avec respect, préparation et métamorphose.

2. L’interdit est le moteur de l’initiation

Dans les traditions initiatiques (comme en franc-maçonnerie, dans les mystères antiques ou les mythes chamaniques), l’interdit structure le passage :

  • Il crée une tension,
  • Il éveille la quête,
  • Il pousse à franchir un seuil, en conscience.

L’interdit pousse à sa transgression : c’est le moteur de l’initiation !

3. L’interdit est le langage de l’inconscient

La psychanalyse nous a démontré que l’interdit est ce qui :

  • Structure le désir,
  • Marque la loi intérieure,
  • Fonde la morale et la culture.

Il n’est donc pas un simple “non”, mais une organisation symbolique du rapport entre soi, l’autre, le monde et l’invisible.

L’interdit est la clé du passage, à condition de l’affronter avec courage, conscience et transformation.

Pour plusieurs raisons, il y a une relation entre les mots “clef” et “secret” ! On le trouve aussi dans un rituel maçonnique !

Ainsi pourrait-on dire que le secret maçonnique est à la fois un interdit et une clef qu’il faut savoir manier pour accéder aux mystères ! On ne dira pas comment …

Date de parution : 27/02/2025

Editeur : Dervy-Livres

Collection : Outils Maconniqyes Du 21e Siec

Nombre de pages : 100

Prix : 9,90 €

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Les Francs-maçons centrafricains s’émancipent : une nouvelle ère pour la Franc-maçonnerie en Afrique Centrale

De notre confrère africaintelligence

Une nouvelle page s’écrit dans l’histoire de la Franc-maçonnerie en République centrafricaine (RCA). Selon une révélation d’Africa Intelligence, l’entité maçonnique centrafricaine, jusqu’alors simple cellule « provinciale » de la Grande Loge du Congo, a réuni les conditions nécessaires pour obtenir son autonomie complète. Ce mouvement d’émancipation, bien plus qu’une formalité administrative, marque un tournant symbolique et stratégique pour les Francs-maçons centrafricains, dans un contexte où la Franc-maçonnerie africaine cherche à s’affranchir des tutelles historiques pour affirmer une identité propre. Décryptage d’un phénomène qui dépasse les frontières de la RCA et interroge les dynamiques maçonniques en Afrique francophone.

Une autonomie longuement mûrie

La Franc-maçonnerie centrafricaine n’est pas une nouveauté. Depuis des décennies, elle opère sous l’égide de la Grande Loge du Congo, une obédience influente en Afrique centrale, souvent perçue comme un bastion des loges dites « régulières », c’est-à-dire affiliées à des traditions maçonniques conservatrices, proches de la Grande Loge unie d’Angleterre. Cette tutelle congolaise, bien que structurante, reflétait une forme de dépendance héritée des dynamiques postcoloniales. La Grande Loge du Congo, dirigée par des figures comme le président Denis Sassou Nguesso – lui-même une figure tutélaire de la Franc-maçonnerie africaine –, a longtemps joué un rôle de « grand frère » pour les loges de la région, y compris en RCA.

Mais cette dépendance n’était pas sans tensions. En RCA, les Francs-maçons locaux, souvent issus des élites urbaines et politiques, aspiraient à une autonomie qui leur permettrait de mieux répondre aux enjeux spécifiques de leur pays. La RCA, marquée par des décennies d’instabilité politique et de conflits armés, a vu ses institutions maçonniques fonctionner dans un cadre discret, voire clandestin, pour éviter les persécutions politico-religieuses. L’autonomie nouvellement acquise offre donc une opportunité de renforcer leur visibilité et leur influence, tout en s’éloignant de l’ombre pesante du Congo-Brazzaville.

Un contexte maçonnique africain en mutation

Pour comprendre l’ampleur de cette émancipation, il faut replacer l’événement dans le contexte plus large de la Franc-maçonnerie en Afrique francophone. Introduite dès 1781 à Saint-Louis du Sénégal par le Grand Orient de France, la Franc-maçonnerie africaine est un héritage colonial qui s’est progressivement africanisé après les indépendances des années 1960. Cependant, elle reste marquée par une forte influence des obédiences européennes, notamment françaises, comme la Grande Loge nationale française (GLNF) ou la Grande Loge de France (GLDF). En RCA, comme dans d’autres pays, les loges ont souvent été perçues comme des instruments de cooptation des élites par les pouvoirs en place, un rôle qui a alimenté une défiance croissante envers leur indépendance.

Cette défiance est particulièrement palpable dans les loges « régulières », dont la Grande Loge du Congo est un pilier. Ces loges, qui proscrivent officiellement l’athéisme et le débat politique, sont souvent traversées par des ambitions politiques, comme le soulignent des enquêtes d’Africa Intelligence. Denis Sassou Nguesso, qui a initié des figures comme le président tchadien Idriss Déby au début des années 2000, incarne cette imbrication entre pouvoir politique et Franc-maçonnerie. En RCA, cette proximité a parfois été mal vécue, notamment sous la présidence de François Bozizé (2003-2013), lui-même Franc-maçon initié par Sassou Nguesso, qui s’appuyait sur les réseaux maçonniques pour asseoir son pouvoir.

L’émancipation des Francs-maçons centrafricains peut donc être lue comme une volonté de s’affranchir de ces réseaux d’influence régionaux, dominés par des figures comme Sassou Nguesso. Elle s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de « rééquilibrage » des relations maçonniques en Afrique centrale. Par exemple, au Gabon, le nouveau grand maître Jacques-Denis Tsanga a récemment réorienté les alliances de la Grande Loge du Gabon vers les loges congolaises et françaises, au détriment de l’obédience béninoise, illustrant une reconfiguration des rapports de force.

Les conditions de l’autonomie

Quelles sont les « conditions » mentionnées par Africa Intelligence pour cette autonomie ? Si les détails précis restent confidentiels – une pratique courante dans le monde maçonnique –, plusieurs critères sont généralement requis pour qu’une entité maçonnique accède à l’indépendance. D’abord, il faut un nombre suffisant de loges actives et de membres pour garantir la viabilité de l’organisation. En RCA, malgré les défis liés à l’instabilité du pays, les loges ont su se maintenir, souvent grâce à la discrétion et à la résilience de leurs membres, majoritairement issus des élites intellectuelles et administratives.

Ensuite, une obédience autonome doit démontrer sa capacité à fonctionner selon les principes maçonniques « réguliers », comme le respect des landmarks (règles fondamentales de la Franc-maçonnerie traditionnelle) et l’absence de débat politique ou religieux en loge. Enfin, elle doit obtenir la reconnaissance d’autres grandes loges, un processus qui peut être long et politiquement chargé. Dans le cas centrafricain, l’autonomie a probablement été facilitée par un soutien de la GLNF, à laquelle la Grande Loge du Congo est affiliée, mais aussi par une volonté de diversifier les alliances, notamment avec des obédiences comme la Grande Loge de France ou même des loges anglophones.

Une émancipation aux enjeux multiples

Cette autonomie n’est pas sans enjeux. Sur le plan interne, elle pourrait renforcer l’influence des Francs-maçons centrafricains dans un pays où les institutions étatiques sont fragiles. La RCA, encore marquée par les conflits armés et les luttes de pouvoir, pourrait voir les loges jouer un rôle accru dans la médiation sociale ou politique, comme elles l’ont tenté – sans succès – au Congo-Brazzaville en 1997, lors des affrontements entre Denis Sassou Nguesso et Pascal Lissouba, tous deux Francs-maçons mais d’obédiences opposées.

Sur le plan régional, cette émancipation pourrait redéfinir les équilibres maçonniques en Afrique centrale. La Grande Loge du Congo perd une partie de son influence directe, ce qui pourrait affaiblir son rôle de pivot régional. Par ailleurs, des posts sur X datés du 25 mars 2025, comme ceux de

@Sahelintel1 et

@LucaMainoldi, interprètent cet événement comme une émancipation non seulement du Congo, mais aussi, indirectement, de la tutelle française, via la GLNF. Cette lecture, bien que spéculative, reflète un sentiment partagé : la Franc-maçonnerie africaine aspire à une identité propre, moins dépendante des obédiences occidentales.

Enfin, sur le plan symbolique, cette autonomie s’inscrit dans un mouvement plus large de construction d’une « afro-maçonnerie », comme le note Wikipédia. Depuis le début du XXIe siècle, des loges africaines cherchent à réinventer leurs rites dans une perspective locale, intégrant des éléments culturels africains tout en s’inspirant de modèles comme les loges Prince Hall, historiquement liées aux communautés afro-américaines. En RCA, cette quête d’identité pourrait revitaliser une Franc-maçonnerie souvent perçue comme élitiste et déconnectée des réalités locales.

Défis et perspectives

L’autonomie des Francs-maçons centrafricains, si elle est une victoire, n’est pas exempte de défis. Le premier est celui de l’indépendance réelle : comment éviter que cette nouvelle obédience ne devienne, comme dans d’autres pays, un instrument au service du pouvoir en place ? En RCA, où les élites politiques et maçonniques sont souvent imbriquées, ce risque est réel. Le deuxième défi est celui de la reconnaissance internationale : sans l’appui de grandes loges influentes, l’obédience centrafricaine pourrait rester marginale.

Enfin, les loges centrafricaines devront naviguer dans un environnement hostile, marqué par les critiques des courants religieux, notamment chrétiens, qui dénoncent régulièrement la Franc-maçonnerie comme une organisation secrète et anti-religieuse. Ce climat de suspicion, exacerbé par l’instabilité du pays, pourrait compliquer leur développement.

Une étape vers une Franc-maçonnerie africaine souveraine ?

L’émancipation des Francs-maçons centrafricains de la Grande Loge du Congo est un événement significatif, mais elle n’est qu’une étape dans un processus plus vaste. À l’heure où la Franc-maçonnerie africaine cherche à s’affranchir des héritages coloniaux, cette autonomie pourrait inspirer d’autres obédiences de la région, comme au Tchad ou au Cameroun, où les loges restent sous influence française ou congolaise. Elle pose aussi la question de l’avenir des loges « régulières » : continueront-elles à dominer, ou verront-elles émerger des obédiences plus libérales, comme celles affiliées au Grand Orient de France, qui tolèrent les débats politiques et l’athéisme ?

En attendant, les Francs-maçons centrafricains célèbrent une victoire symbolique. Dans un pays où les institutions peinent à s’imposer, cette nouvelle obédience pourrait, si elle reste fidèle à ses idéaux, devenir un espace de dialogue et de réflexion. Mais, comme le souligne Claude Wauthier dans Le Monde diplomatique (1997), la Franc-maçonnerie africaine doit encore prouver qu’elle peut transcender les rivalités politiques et religieuses pour incarner une véritable force d’humanisme et de fraternité. L’avenir dira si les Francs-maçons centrafricains relèveront ce défi.

Découvrir le Moi, un miroir aux multiples reflets

à partir des enseignements de C.G. JUNG

Lire l’article précedant (Cliquez ici)

Après la quête du Soi, essence immuable et profonde, vient celle du Moi, ce territoire mouvant et souvent insaisissable où se joue notre identité au quotidien. Plus proche de nous dans notre expérience immédiate, le Moi n’en est pas moins complexe. Il constitue ce par quoi nous nous définissons socialement et psychologiquement : une interface entre le monde intérieur et extérieur, un carrefour où se croisent émotions, désirs, croyances et blessures. Découvrir le Moi, c’est oser scruter ce miroir aux multiples reflets, parfois flatteurs, parfois dérangeants, pour mieux comprendre ce qui nous anime… et ce qui nous freine.

Mais le paradoxe du Moi est qu’il nous semble intime et familier, alors qu’il nous échappe dès que nous tentons de le saisir pleinement. Le travail sur le Moi dévoile ainsi des oppositions internes, des masques inconscients et des constructions héritées, qu’il nous appartient de reconnaître et de traverser. En ce sens, la découverte du Moi constitue une véritable psychologie vivante, un art d’observation et de discernement, premier pas vers une liberté intérieure plus authentique.

I. Qu’est-ce que le Moi ? Entre apparence et réalité

Le Moi est souvent ce que nous croyons être. Il se construit dès l’enfance, façonné par l’éducation, la culture, les expériences, et s’affirme comme le centre apparent de notre conscience. En psychologie analytique, Jung le définit comme :

« Le Moi est ce complexe de représentations par lequel nous nous vivons comme étant nous-mêmes. »

C’est donc le Moi qui dit « je », qui assume nos choix, nos préférences, nos engagements, mais aussi nos peurs et nos défenses. Il est le pivot de notre personnalité, celui qui veille à notre équilibre dans le monde et garantit notre stabilité sociale et psychologique.

Dans les traditions spirituelles, le Moi est souvent vu comme la personnalité provisoire, la façade mouvante derrière laquelle se cache l’Être véritable. Il est comparé à un masque (persona en latin) que nous portons pour jouer notre rôle dans la grande pièce du monde.

Mais il serait injuste de réduire le Moi à un simple obstacle : il est aussi notre instrument d’évolution. Bien compris et bien orienté, le Moi devient le serviteur du Soi, le sculpteur humble et appliqué de notre édifice intérieur.

II. Les obstacles à la connaissance du Moi : un labyrinthe intérieur

Pourquoi est-il si difficile de connaître réellement son Moi ? Tout simplement parce qu’il change sans cesse, qu’il se cache derrière des masques et qu’il résiste souvent à l’introspection.

  • L’identification excessive
  • Nous nous identifions sans discernement à nos émotions, nos succès, nos échecs, nos rôles sociaux. « Je suis ce que je fais », « je suis ce que je ressens ». Pourtant, ces identités sont fragiles et fluctuantes.
  • La peur du vide

Derrière le Moi, il y a ce vertige : et s’il n’y avait personne ? Cette peur nous pousse à multiplier les identités, les activités, les appartenances pour ne jamais affronter ce silence intérieur.

  • Les projections

Nous projetons souvent sur les autres ce que nous refusons de voir en nous-mêmes. Ainsi, ce Moi partiel que nous connaissons s’accompagne d’une ombre faite de tout ce que nous avons rejeté.

  • Les schémas hérités

Une grande partie du Moi est façonnée par des héritages inconscients : familiaux, culturels, générationnels. Ils agissent à notre insu et colorent notre perception du monde.

« Tant que vous n’aurez pas rendu conscient l’inconscient, il dirigera votre vie et vous l’appellerez destin. »

(C.G. Jung)

III. La nature des oppositions : un théâtre intérieur à pacifier

Flèches opposées

Découvrir le Moi, c’est pénétrer dans un véritable théâtre intérieur, où des figures opposées s’affrontent : le courage et la peur, le désir et la retenue, l’ambition et l’humilité. Ces tensions sont normales. Le danger n’est pas leur existence, mais de s’y perdre ou de s’y identifier.

Le travail consiste donc à :

• Observer ces oppositions avec lucidité.
• Accueillir les contradictions sans jugement.
• Comprendre que chaque polarité contient sa complémentarité.

L’alchimie appliquée au Moi consisterait ici à accorder ces voix discordantes pour qu’elles contribuent à un accord plus vaste, une personnalité harmonieuse, souple et consciente d’elle-même.

IV. Outils pratiques pour clarifier et apaiser le Moi

Approcher le Moi demande des exercices concrets, non pour le combattre ou l’effacer, mais pour l’éclairer et le réconcilier avec notre être profond.

  • Le journal intérieur

Écrire chaque jour ce qui traverse le Moi : pensées, émotions, peurs, colères. Cela permet d’objectiver ce qui semblait nous posséder.

  • Le travail sur l’Ombre

Identifier nos projections sur les autres : que reprochons-nous fréquemment ? Quelle part de cela nous appartient ?

  • La respiration consciente

Ramener le Moi à l’instant présent, là où il cesse d’être une accumulation de souvenirs et d’anticipations. Dans le souffle, il retrouve sa simplicité.

  • Les rituels symboliques

Dans les rites initiatiques ou spirituels (comme en franc-maçonnerie), les gestes symboliques permettent de mettre en scène les métamorphoses du Moi, de ses morts successives à ses renaissances successives.

  • La gratitude

Remercier les aspects du Moi qui ont servi, même lorsqu’ils sont devenus obsolètes. Cela facilite le lâcher-prise et l’évolution.

Conclusion

invitaion à entrer, miroir, passage, chemins

Découvrir le Moi, c’est accepter d’explorer sans fin un paysage changeant, fait de reflets et de masques. Mais derrière ce jeu des apparences se dessine une opportunité : celle d’unir ce Moi fragmenté pour qu’il devienne un véhicule cohérent et paisible, au service de l’être profond.

Le Moi bien connu, pacifié et éclairé, devient alors l’allié du Soi. Il cesse d’être un roi capricieux pour devenir un serviteur fidèle de la Lumière intérieure.

« Deviens ce que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. »

(Friedrich Nietzsche)

Découvrir le Moi, c’est donc, en dernier ressort, apprendre à s’aimer tel que l’on est, pour permettre à ce que nous sommes vraiment de rayonner à travers nous.

Olivier de LESPINATS
Extrait du futur ouvrage « Chemin du Soi au Moi »

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L’ancienne Loi, grâce à la Connaissance, conduit à la Nouvelle Loi

Marie-Dominique Terrot VM Rite Opératif de Salomon

1-Introduction
2-Relier dire et faire
3-L’instant de grâce
4-comment faire cette Alliance ?
5-Trouver la Présence par la simplicité
6-Conclusion : Transmettre pour faire vivre la Connaissance

1-INTRODUCTION

Le quatorzième degré du REAA marque la fin du cycle salomonien qui voit l’aboutissement de la construction du Temple au 13ème degré mais son anéantissement au 14e degré par l’oubli de l’Alliance faite avec le Principe et les conséquences que cela entraine.

J’écrivais dans ma planche précédente que je voyais dans ce récit l’expression métaphorique de la quête mystérieuse, du chemin inconnu que nous entreprenons en entrant en maçonnerie, cherchant ainsi à s’élever sur le chemin de la Vraie Lumière.

Il y a eu erreurs, écueils, trébuchements, aveuglements, pertes de repère… que sais-je encore ? Et cela continuera sûrement encore, tant que la Concorde Universelle ne sera pas faite. Mais rien ne me découragera car je fais confiance.

La destruction du Temple est la conséquence de l’oubli par Salomon de son serment ; il est devenu sourd à la voix de l’Éternel et se livre à l’idolâtrie. L’épisode de sa jalousie affichée envers Hiram lors de la réalisation de la Mer d’Airain en est un exemple. Il a oublié que la quête de la Vérité ne s’arrête jamais, que cela implique une vigilance de chaque instant, qu’être vertueux ne se montre pas dans nos discours mais se montre par nos actions et s’incarne dans notre façon d’être.

Je repense à ce qu’écrivait Blaise Pascal disant de l’être humain qu’il n’est ni ange ni bête, mais devient une bête quand il veut faire l’ange.

C’est la victoire des trois mauvais Compagnons qui soumettent le maçon, tout au long de son chemin, à l’épreuve de succomber aux trois pires vices ; à savoir : à l’ignorance, en oubliant l’existence de Dieu, au fanatisme qui fabrique des idoles et fait se dissoudre le discernement et à l’ambition qui prône le pouvoir sans limite, oubliant le sens moral qui seul met nos actes dans la bonne mesure.

Le « Grand Élu, Parfait et Sublime Maçon » du 14ème D est l’exemple donné à suivre et enseigné à travers l’histoire de Galaad ; celui-ci va porter l’accomplissement de son Devoir jusqu’au sacrifice de sa vie afin que le Nom ineffable de Dieu ne soit pas profané par les envahisseurs. Ce que vont découvrir les Grands Élus quand ils trouvent son corps dans les décombres du Temple. Ils martèlent alors la plaque d’or pour rendre illisible la trace du nom inscrit, puis creusent un puits de 27 pieds de profondeur pour l’enfouir avec l’Arche d’Alliance et ce qu’elle contient. Rendre « Illisible » ne signifie pas rendre « invisible » mais juste impossible à lire, dans le sens d’impossible à prononcer et à interpréter. D’ailleurs, le rituel précise : « De cette époque, date l’usage d’épeler lettre par lettre le plus saint Nom des Noms, sans jamais former une syllabe ». Ce nom est redevenu mystérieux et ainsi est préservé.

2- RELIER DIRE ET FAIRE 

 Les Grands Élus obéissent à l’Alliance qu’ils ont contractée avec la Vertu et les Hommes Vertueux. Cette Alliance est symbolisée par l’anneau d’or qu’ils portent à un doigt et qui les relie à Dieu. C’est le signe de reconnaissance qui les fait membres du même « cercle ». Il est la représentation de ce qui est sans fin, éternel, du contrat passé avec Dieu que rien ne pourra corrompre ou rompre. Il est aussi le symbole du lien entre le Grand Élu et ses pairs et avec tous les Hommes de bonne volonté.

Cette double Alliance le met à sa juste place, entre l’Équerre et le Compas, au Point de Centre.

Tableau de Bernard Bonnave

D’où l’inscription sur l’anneau affirmant que « la Vertu unit ce que la Mort ne pourra séparer » qui confirme la nature éternelle et immanente du Divin, ciment d’une union indestructible qui échappe à la finitude humaine.

On peut, à cet instant, faire un parallèle entre ce qui est demandé au Maître Secret concernant son Devoir, en le prévenant qu’il est plus facile de le faire que de le comprendre. L’idolâtrie de Salomon nous renvoie en effet au 4ème degré où il nous est recommandé d’être prudent devant le risque de céder aux impulsions des passions non maîtrisées et aux idées pernicieuses nichées sous des paroles séduisantes.

Il en est de même pour la Vertu. Celle-ci est plus facile à dire qu’à faire exister, car elle n’existe que quand « on est parfaitement soi-même », c’est à dire quand nous laissons en nous s’exprimer la présence de l’Être divin qui nous a créé dans son Ordre et par son Harmonie.

Je vais devoir faire l’alliance en moi entre dire et faire et le matérialiser dans mes actions.

3-L’INSTANT DE GRÂCE

En effet, le véritable Franc-maçon ne vénère aucun dieu ni même le GADLU qui n’est qu’un symbole derrière lequel il faut chercher l’idée.

Pour cela, il s’agit d’accepter de sentir qu’à un certain stade de conscience prenant forme en moi, je vais me sentir en présence de quelque chose d’inexprimable en mots, car plus grand que moi, quelque chose qui va s’incarner et pouvoir me donner à vivre une connexion intuitive avec ce que je pourrais nommer « un vécu expérientiel en totale présence de moi-même ».

Je nomme cela « mes instants de grâce » car je me sens étendue entre ciel et terre et totalement comblée, car réunie immatériellement à tous les Humains comme dans la chaîne d’union de nos Tenues.

Je suis seule avec moi-même dans cet état, mais en même temps en tellement bonne compagnie de tous ceux que j’aime ou ai aimé.

C’est pourquoi je crois en « la bonne volonté » des Hommes vertueux, même s’il est difficile de l’être tout le temps et à chaque fois que nécessaire. Je suis sûre que chaque FM s’applique à l’être du mieux qu’il peut, en remettant chaque jour au travail sa force et son énergie morales.

Me revient cette phrase du rituel « il n’est nul besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». Ou encore cette autre « Que le subtil se sépare de l’épais et, par l’œuvre au noir, que le rubis solaire lève le germe blanc ». Elles parlent du travail à réaliser.

J’aime nos rituels qui sont la source féconde qui enrichit peu à peu ma compréhension de ce qui y est caché, voilé, prêt à être « saisi » quand mon esprit se laisse aller à cet instant de grâce dont je fais état devant vous. C’est un dévoilement qui m’est apparu opportun de faire, afin de partager avec vous cette façon mystérieuse que quelque chose entre en contact avec moi. Je nomme cela « la Présence » et je me sens meilleure dans ce moment-là.

4-COMMENT FAIRE CETTE ALLIANCE ?

C’est donc en pratiquant les Vertus, autant théologales que cardinales que je vais pouvoir prétendre être digne de l’espoir et la confiance que mes SS et FF ont mis en moi quand ils m’ont reçu Apprenti FM. Je n’oublie pas que le chemin maçonnique est aussi appelé « sentier de la Vertu » ; or un sentier est étroit et souvent plein d’embûches. Ma vigilance doit donc être constante en m’obligeant à pratiquer une discipline qui ne saurait se contenter de seuls vœux, seraient-ils pieux.

L’exercice de la Vertu se doit d’être guidé par l’humilité en gardant le souvenir de l’aveuglement de Salomon comme mise en garde constante.

La Vertu est la source de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour que je cherche à développer et renforcer en moi ; elle prend corps face aux épreuves qui se présentent afin que la Lumière se rayonne en moi.

Tout au long du cycle salomonien, on assiste à un récit en spirale, qui passe et repasse par différentes façons de présenter toujours la même chose, en la regardant sous différents angles, afin d’apprendre à voir combien il est vain de chercher à comprendre totalement pourquoi « les civilisations s’écroulent, les sociétés humaines passent, les hommes disparaissent…mais l’Ordre Éternel demeure », juste l’accepter en nous rappelant « la grandeur des devoirs que nous nous sommes librement imposés et d’être à toute heure prêts à les remplir ».

Hiram dans cercueil
Hiram sortant du cercueil

Là encore, on peut voir le parallèle entre la Parole Perdue au 3èmeD à la mort d’Hiram et l’impossibilité de prononcer le Nom de Dieu après le martèlement de la plaque d’or au 14èD.

A chaque degré, des épreuves se dévoilent au Maître, avec des obstacles à vaincre, des embûches à dépasser pour apprendre à faire les bons choix.

Or il me semble qu’il n’est question toujours que de la même chose : comment incarner ce que nous nommons les Vertus, comment s’appuyer sur elles pour avancer, comment rendre notre chemin plus simple à parcourir ? pas plus facile, non, mais plus simple.

5-TROUVER LA PRÉSENCE PAR LA SIMPLICITÉ

La simplicité dissout la confusion, éclaircit l’esprit et fait apparaître le discernement.

Il s’agit de tirer le fil pour dé-compléxifier ce qui paraît hors de portée de ma compréhension.

Il s’agit de ne pas perdre de vue mon Nord… c-a-d mon Étoile Flamboyante pour choisir le sentier le plus sûr ; pas le plus gratifiant mais celui sur lequel je suis sûre de me rencontrer, me retrouver, me réunifier car en présence de La Présence.

Je pense à l’Expert qui, à la fermeture de la Loge (au ROS), éteint à plat de son épée les trois étoiles sur les piliers en disant : « je reçois, je garde, je cache ».

Il y a là quelque chose à entendre qui parle de cette recherche de réunification, de rassemblement, de ré-adoption des parts de soi qu’on a pu vouloir jeter, oublier, reléguer le plus loin possible, croyant ainsi s’améliorer. Alors que c’est le contraire qui nous est enseigné tout le long de cette épopée salomonienne. On ne jette rien, on garde tout et on le remet dans le bon ordre, à la bonne place pour se rééquilibrer de plus en plus harmonieusement… tout simplement.

Tout au long de sa vie, l’Homme cherche à s’édifier et sa construction est souvent mise en péril car il est faillible, imparfait mais perfectible, ce qui rend fragile et destructible ce qu’il fait, en particulier dès qu’il oublie de faire confiance et de prendre appui sur l’Esprit qui préside à la préservation matérielle de ses espoirs et projets. Le compas veille et sécurise l’Équerre.

Phare, lumière, unité

Cette prise en compte de la nature du Compas fait accepte la solitude qui pose les limites de soi-même comme étant l’endroit où va se passer ce qui doit se faire.

Depuis que j’ai commencé à apprendre à réfléchir et pas seulement à penser, j’apprends à dégager l’essentiel en revenant au Centre, pour faire émerger ce qui me semble être de l’ordre de l’UNITÉ DE L’UN DANS LE TOUT.

C’est à dire trouver l’idée derrière le symbole. Pas une idée mais l’Idée, c-a-d l’Intention qui habite ce qui advient et se montre partiellement, de telle ou telle façon.

Apprendre à écouter ce qui me parle au plus profond de moi, sans en avoir le vocabulaire, me ramène à la question suivante : pourrais-je jamais comprendre ce qu’est LE PRINCIPE ?

Comprendre c’est prendre avec soi et en avoir la conscience, pour bien garder intact ce contact en soi… C’est comme cela que la Connaissance s’installe. C’est l’intégration qui permet de compléter « l’entièreté du soi ». Elle passe d’abord par une phase de transformation nommée aussi alchimie. On installe à l‘intérieur de soi quelque chose qui était à l’extérieur et attendait de prendre place, qui me transforme pour me faire devenir de plus en plus ce que je suis. Ne m’a-t-on pas dit « Deviens qui tu es. »

J’accepte l’idée que je ne comprendrai jamais ce qu’est le PRINCIPE mais que j’en aurai une certaine connaissance qui me guidera, me gardera et me protégera si j’apprends à bien l’écouter et à le laisser me guider en toute humilité.

J’en comprends que quelque chose prend fin pour laisser la place à quelque chose de nouveau, qui va changer mon regard, ma conscience et la connaissance du monde que j’avais jusqu’ici.

6 – CONCLUSION : FAIRE VIVRE LA CONNAISSANCE POUR CONTINUER À PROGRESSER

La fin du cycle salomonien est la porte d’entrée vers autre chose qui met au défi de prendre profondément source en soi pour découvrir cet inattendu que la Vie propose, comme un « trou noir » à franchir et, en sortant par le haut, me mettra en osmose avec une nouvelle façon d’être au monde.

La perte d’un guide, la disparition du Maître à suivre, marquent la fin du cycle au 14èD qui va obliger à inventer d’autres façons d’être et de faire, regarder autrement les évènements qui vont se dérouler afin de ne pas perpétuer l’erreur de vouloir recommencer comme avant. On retrouve ainsi une liberté pour donner un autre sens à ce qu’on construit et une chance à la Vie de se renouveler.

C’est pour cela que j’ai nommé mon travail : L’ancienne Loi, grâce à la Connaissance qui en advient, conduit à la nouvelle Loi.

Nabuchodonosor fait tuer les enfants de Sédécias sous ses yeux. Tableau de François-Xavier Fabre, 1787.

A la fin du 14e degré, Dieu se retire et envoie Nabuchodonosor détruire Jérusalem et le Temple. Les Grands Élus sont dispersés sur toute la surface de la Terre et doivent voyager pour transmettre leur Foi, leur Espérance et leur Amour, en privilégiant de renforcer leur Temple intérieur puisque le Temple matériel est détruit et générer ainsi des vocations par leur exemple.

Ils vont devoir faire montre de courage, d’opiniâtreté et d’humilité. Il va leur être demandé de faire ce que dit Rudyard Kipling dans son poème « si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir… ».

Ce Chemin de soi vers soi puis vers les autres a commencé dès l’initiation ; le cabinet de réflexion est l’endroit de repli, de ressourcement, de retrouvailles et de recentrage, pour mieux en ressortir plus haut, plus large. C’est un va et vient « trampolinesque » en quelque sorte, qui permet d’aller toujours plus haut, à condition de ne pas s’illusionner pour choir et se perdre comme l’a fait Salomon.

A chaque passage vers le grade supérieur, le Maçon a découvert que les 3 mauvais Compagnons sont à chaque instant à l’affut et prêts à faire échouer sa quête.

C’est donc le vaste Monde qui est maintenant le terrain de mission des Grands Élus où rien ne devra les décourager face à l’adversité.

En tant que tel, je me sens confiante et prête à continuer de transmettre les Vertus autour de moi et, au-delà et sans trêve, à faire vivre la grande chaîne d’union fraternelle entre les Initiés et surtout, à découvrir et apprendre à appliquer cette nouvelle Loi tout en parcourant le chemin qui s’ouvrira devant moi.

La quête de l’Ibis vert : L’intuition et le fol qui s’y fie

« Avant [l’aven • t] » est une intuition. Et si l’intuition peut être perçue comme le bruit d’un songe dans les feuilles de l’Arbre de la Vie, pour qu’elle féconde notre matérialité révélée il conviendrait peut-être, de lui appliquer une géométrie, même poétique, normée afin de ne pas emmêler [l’indivis • duel] fil d’Ariane qu’elle nous propose.

L’imaginaire symbolique proposé par la Roue du Tarot pourrait-il nous guider dans notre labyrinthe initiatique en nous permettant d’échapper au Minotaure? Et si nous devions malgré Tout l’affronter, ce planisphère peut-il nous tracer un Chemin à l’arcanne1 nous permettant de nous relever aussi radieux que jamais de ce combat transmutant nos regards de cyclopes ? En désignant les arcanes comme autant de portes, ou points de fuites, le Cercle du Tarot ne donne t-il pas [ vit ] à la perspective en [deux • venant] sphère ?

C’est en expérimentant la « Voie Γ » (gamma), Equerre, Compas et Cordeau en main que s’ouvre le Chemin menant de nos yeux à notre regard tridimensionnel. Les yeux du cyclope se découvrent ainsi en trois regards qui ne font qu’un : un regard pour le Corps, un regard pour l’Esprit, un regard pour l’Âme. Par l’arcanne traçons les Chemins qui nous mènent au cœur du labyrinthe par les portails des arcanes, au cœur de la Voie Royale. 

C’est parce que l’intuition est surhumaine qu’il faut la croire, c’est parce qu’elle est mystérieuse qu’il faut l’écouter, c’est parce qu’elle semble obscure qu’elle est lumineuse.

Victor Hugo

Lorsque l’intuition murmure la Structure

Sortons donc des [Voix • es] qui nous sont tracées en empruntant les Chemins qui nous mènent au cœur du labyrinthe de la Voie Royale par les « portails-arcanes » de la Roue du Tarot. Au cœur de l’ambition du Chemin Initiatique, emprunté ici en homme ou femme d’abord puis en Franc-maçon ensuite, l’espoir naît à chaque instant de se découvrir un peu plus humain. Ce Chemin ordonne une trajectoire qui transmute la verticalité sublimée du Chaos de la Chute en Beauté de [l’En • vol] dans la Quintessence de [l’Être • en • G] circumambulant vers son Centre et son Ωdyssée en Ter [Un • connu].

Une des vertus du Chemin Initiatique est de se donner les outils et instruments d’architecture nous permettant de repenser et reconstruire notre relation au Monde, puis de renaître en humain affranchi au fur et à mesure des rencontres avec les étapes de l’Œuvre ; c’est redevenir acteur et auteur de sa propre vie en chevauchant la Salamandre au cœur de l’athanor

Au clair de la lune…
©Stefan von Nemau

L’Étoile Flamboyante n’est qu’une étape vers notre Centre rayonnant et nous ne percevons qu’une infime partie de sa Lumière. Cette Étoile nous nous devons de l’incorporer en la traversant. Cette intuition est une vision du vertige de l’espoir d’être au monde. Ainsi se dévoile ce que nous nommons pudiquement en société « une intuition » et que j’appelle « les [Voix • es] silencieuses » ou bien encore « les murmures d’Aur des [six • lances] ». Elles sont à la croisée des Chemins du Savoir, de l’Expérience, de la Connaissance, de l’intelligence de la naïveté enfantine, de la foi du mystique, de l’Amour avec un A majuscule. Ce sont les seuls remparts numineux contre l’ombre de [l’âme • hors]… irrationnelles nous dit-on… et pourtant…

A chacun sa chute : élever des Temples à la vertu est un Chemin adogmatique

Il faut rendre grâce à ce Chemin Initiatique. Celui qui révèle l’Être en le transmutant. Celui qui, arpenté avec régularité, sincérité, engagement et Amour pénètre l’âme et ravive la Salamandre et son feu secret et sacré… ce feu qui libère la Licorne et fait pleurer les Lions.

Boire à la Source
Aquarelle – 30 x 40 cm
©Stefan von Nemau

Il faut rendre Lumière à notre intuition qui ne nous quitte jamais même si nous lui tournons parfois le dos par excès de doute, de rationalité, de résistance au lâcher-prise. Certains pratiquent la voie « soufreuse » et sèche de l’intellect, mais certaines intelligences revêtent d’autres tessitures, plus humides, plus « mercuriennes ».  Entre l’expire de la chute et l’inspire de l’envol il y a le « sel » alchimique du kaïros exquis. « L’Instant décisif »2 du souffle court de l’apnée, à l’hypogée et l’apogée de la sinusoïde, aux deux extrêmes asiles du Mystère, dans ce temple élevés à [l’Un • fini] sur l’Infini. Si au cœur de la Voie Initiatique tout n’a pas à être systématiquement montré, démontré, disséqué ou démonté, tous les Chemins méritent d’être explorés et doivent être vécus. La Voie Initiatique ignitiée est une voie d’ascèse, d’expérimentations, d’ensemencements, de récoltes, d’associations d’éléments et d’épreuves. Ainsi l’Initié Ignitié brûle en Artiste de sa Voie Royale. Il ne se consume pas en simple horloger ou en médecin légiste. Par la Transmission il sème les graines de la Connaissance qu’il a récolté même si il sait qu’il n’en Connaîtra peut-être jamais les fruits. 

L’Initié sait qu’il est en ignition lorsqu’il reconnait la Voie Royale comme unique à chacun mais commune à tous et toutes, lorsqu’il laisse à l’autre la liberté suprême du choix de son Chemin. Peut-être est-ce là un de ses secrets : ne pas s’encombrer de savoirs inutiles mais plutôt embrasser sans étreindre pour Connaître en s’embrasant. En cet Asile où le [myste • erre] il en est de même qu’en photographie : trop de lumières nuit à La Lumière, l’aspiration à l’Humilité doit toujours être la Règle.

Le sage se réfugie dans les livres des Anciens et n’y apprend que de froides abstractions ; le fou, en abordant les réalités et les périls, acquiert, à mon avis, le vrai bon sens.

Erasme – Eloge de la folie

Le Tarot : un roman graphique initiatique

Si la Franc-maçonnerie apprend a bâtir des Temples dans lesquels ont fini bien par entrer sans pouvoir revenir sur ses pas, c’est qu’elle apprend forcément à construire des portes pour en sortir n’est-ce pas ? Par l’exploration des impasses du labyrinthe se réveillent des portails de transmutation endormis. Mon intuition les nomme arcanes. Elle en dénombre 21 majeures. Elles sont des passages situés au bout de ces impasses du labyrinthe et si [les uns • passent] les autres restent. 

Dans l’ombre de la Salamandre :
la roue du Tarot
Encre et collage sur papier
40 x 40 cm
©Stefan von Nemau

On peut percevoir le versant symbolique du Tarot comme un roman graphique, une chanson de geste de l’initié, gravée pour le guider et enluminer son Chemin. Mais cette perception se vérifie t’elle ou bien est-ce une énième élucubration d’un imaginaire foisonnant ?

On part toujours de quelque part, et malgré nos écrans de fumée on raconte toujours d’où l’on vient à qui sait écouter le bruissement des feuilles. Aussi… quoi de mieux pour cet hommage au « tricycle bleu » paré de noir, de blanc et de rouge de notre Voie Initiatique que d’explorer la roue du Tarot en suivant le fil d’Ariane du labyrinthe ?

La difficulté avec l’intuition c’est qu’il faut la discriminer de l’instinct du corps, des biais cognitifs de l’esprit et des grandes marées de l’âme. L’intuition c’est la rosée du [mat • teint d’i • ode] remontant le long du fil à plomb, distillé par [l’hume • us] lorsque le Nadir flamboie son désir d’Étoile.

L’intuition est une révélation silencieuse du réel avant son avènement, une abstraction qui s’incorpore, une [fulgur • anse] venue d’un autre espaces-temps.
Une intuition c’est l’incursion brève d’une onde quantique dans la réalité physique. C’est ainsi que nos atomes entrent en résonance et modifient « le [cha • nt • mp] du réel des labours de la matière noire».
Une intuition, c’est une brève ouverture du rideau nous séparant du Débir en nous laissant un bref instant entr’apercevoir l’éclat de l’ombre numineuse de la Lumière sacrée.
Une intuition, c’est la perception fragile d’un rayon de matière noire reçu directement du [soufre-soleil] sans passer par le reflet de la [mercure-lune].
Une intuition, c’est [l’𝛼 de l’Ωau de l’Un], une eau pure d’une réalité encore inaccomplie.
Une intuition, c’est une énigme, un [met • sage] venu de [l’Eau • de • Là], transmit par un [porte • heure], un messager. 

Et aujourd’hui, le héraut et héros de cette quête initiatique est [perd • su] comme un fou cherchant à retrouver la majuscule accrochée à son mat. Depuis la nuit du temps il est le nautonier des Sages. 

La roue du Tarot (Détail) – Encre et collage sur papier – 40 x 40 cm – ©Stefan von Nemau

L’initié en quête d’ignition: un fou pas comme les autres

Le Fou est le médium de cette histoire. Si il n’a pas de nombre et qu’il porte deux noms, le Fou et le Mat, c’est qu’il est double, volatile, infixable, oscillant entre Centre et Circonférence du Cercle, le dedans et le dehors, messager comme Hermès, autrement nommé Thot dieu à tête d’Ibis, ou en Franc-maçonnerie le Maître des Cérémonies 3. Par [méta • fore] le Mat serait la manifestation du gnomon au centre du [quadrant sol • air] 4. En passeur il forme l’équerre avec la nef sur laquelle il voyage au gré des vents porteurs de sa manifestation. Le fou, le Fou et le Mat sont donc indissociables et en ternaire ils voyagent dans leurs propres réalités que nous qualifierions aujourd’hui de quantique. Ils sont Un et Tout. Ils sont le nautonier, le voyageur et la nef de cette aventure. Ils sont une tension, une dynamique, une direction et une origine. Leur Chemin de transmutation pourrait être « ordo ab chao ».

L’insensé voyage toute sa vie sans savoir ni où il va, ni d’où il vient, ni ce qu’il doit faire. Mais le Sage se rend compte de tous ses pas parce qu’il en connaît l’importance et le but 

selon le Régime Ecossais Rectifié

Si le Sage initiatique se distingue du sage [prête • en • cieux], le Fou initiatique se distingue du fou inconscient de lui-même en ceci : ce sont ses actes qui lui apprennent ce qu’il cherche, ce sont ses pas qui le transmutent en Mat et le ramènent au centre de sa nef à l’abris du chant des sirènes en faisant le choix de l’Instant Présent, délaissant le Chronos pour s’épanouir dans le Kaïros au cœur de cet Aiôn dont il n’a ni la mesure ni la maîtrise. Le gnomon ne décide pas de la hauteur du soleil. Si le fou reste enfermé dans sa [transe • en • danse] envoûté par le chant des sirènes, le Fou par son attachement au Mat choisit la Transcendance.

Le fou est celui qui perd son chemin sans pouvoir le retrouver

G.K Chesterton

Ainsi le fou reste soumis à son intuition, à son imaginaire, quand le Fou les transcende. L’intuition c’est un peu comme le reflet du soleil sur les poissons vus de la berge ou de la barque : de simples reflets lumineux, parfois trompeurs. Les poissons sont très difficiles à attraper tant ils sont glissants et leurs reflets éphémères. Peut-être qu’en les suivant au cœur du miroir, au fond des abysses, ils montreraient au fou les racines d’un Narcisse victorieux, ce Fou en [mat • gesté] en majuscule .
Ces poissons, on peut toujours les pêcher avec un filet, avec une ligne lestée de plomb ou bien encore à la grenade juchés sur nos colonnes… Mais… au final… l’aventure, est-elle de se trouver ou de se retrouver ? Et qui du pêcheur ou du poisson tient l’autre ?

Parfois, assis au bord du fleuve, par grand vent, on peut observer l’écume de la surface des vagues remonter vers la source du fleuve. En observant plus attentivement, dans les profondeurs et au delà des apparences, peu importe la force du vent semblant repousser la surface de l’eau du fleuve vers sa source, son cours le dirigera toujours vers [l’âme • erre] dans le creux d’un lit toujours unique. C’est toujours pendant un changement d’état que la goutte d’eau reprend sa Source.

Ainsi, il se pourrait que savoir d’où l’on vient ou vers où nous allons ne soit peut-être pas si capital que cela. L’immanence de l’instant présent seule compte. A nous de rendre chaque instant décisif en nous transcendant pour [perce • voir] d’autres tessitures.

Le But n’est pas le but, le But est le Chemin

Lao Tseu
La quête de l’Ibis vert – Encres et aquarelles sur carnet Moleskine – 30 x 40 cm – Travail en cours – ©Stefan von Nemau

Prochain épisode : Du Bateleur à l’empereur, une marche en 3 pas (à suivre…)

Episode précédent : La quête de l’Ibis vert : Avant [l’Aven • t]

  1. Arcanne : l’arcanne est le nom désignant la craie rouge du charpentier ↩︎
  2. Instant décisif : Le photographe français Henri Cartier-Bresson (1908-2004) est l’un des grands artistes du XXe siècle. Il est l’inventeur d’un style -« l’instant décisif » -, mélange de vie débordante et de géométrie maîtrisée. Pour en savoir plus, rendez-vous directement sur le site de la fondation Henri Cartier Bresson ou en écoutant l’émission « Henri Cartier Bresson et la révolution de l’instant décisif » diffusée sur France Culture, le 26 juillet 2021 – Durée : 59 minutes ↩︎
  3. Ne pouvant faire de généralité tant nos Rites et Rituels sont foisonnants, je me base ici sur mon expérience du Rite Ecossais Ancien et Accepté, du Rite Opératif de Salomon, du Rite ancien et Primitif de Memphis Misraïm, du Rite Ecossais Rectifié et du Rite Ecossais Primitif  ↩︎
  4. Quadrant : en mathématique et géométrie, un quadrant est un quart de cercle, de plan, limité par deux demi-droites perpendiculaires ; dans la Bible c’est un quart de sou romain (Matthieu 5-26) ↩︎

Fraternité & Reconnaissance : indissociable ?

Contribution du F∴ Jean ALBA

Dans le paysage maçonnique français, derrière les colonnes des temples et les discours empreints de sagesse, se dissimule une réalité bien moins édifiante. Le principe de reconnaissance entre obédiences, présenté comme un garde-fou institutionnel garantissant l’authenticité des pratiques, s’avère souvent n’être qu’un instrument au service de luttes d’influence et de querelles intestines qui trahissent l’essence même de l’Art Royal.

La Franc-maçonnerie française contemporaine offre un spectacle paradoxal : tandis que ses représentants évoquent avec éloquence les idéaux d’universalité, de fraternité et d’ouverture d’esprit, les structures obédientielles perpétuent un système de reconnaissance mutuelle qui relève davantage de la diplomatie politique que de la quête spirituelle. Ce n’est pas tant la qualité des travaux ou la fidélité aux traditions qui déterminent la légitimité d’une obédience aux yeux de ses pairs, mais bien sa capacité à s’imposer dans un jeu d’alliances stratégiques.

Au-delà des apparences, un jeu de pouvoir déguisé

Observons avec lucidité ce phénomène : lorsque certaines obédiences (GO, GLMF, DH, et bien d’autres…) refusent de reconnaître le statut même de frère car la lumière reçue ne l’a pas été dans des obédiences où les documents administratifs – à savoir les accords de reconnaissances – n’ont pas été signé, au point même que nous constatons parfois, sur le parvis de certains temples, des frères et des sœurs qui ne se saluent même pas, peut-on véritablement invoquer des divergences philosophiques insurmontables ?

N’est-ce pas plutôt l’expression d’une concurrence malsaine, de luttes d’orgueil ou d’une course aux effectifs qui transforme insidieusement le temple en marché ?

Les obédiences maçonniques françaises se livrent ainsi à une surenchère, numérique, moraliste ou légitimiste, qui dénature leur vocation première. Chaque année, les rapports moraux des Grands Maîtres et Grandes Maîtresses s’enorgueillissent de l’augmentation du nombre de leurs affiliés, comme si la valeur d’une institution initiatique se mesurait à l’aune de sa taille. Cette quête effrénée de croissance quantitative alimente les rivalités inter-obédientielles et justifie le maintien de barrières artificielles entre frères et sœurs qui, en d’autres circonstances, pourraient travailler ensemble à l’édification du temple symbolique.
Plus troublant encore est le spectacle des luttes égotiques qui sous-tendent ces mécanismes de reconnaissance. Les instances dirigeantes des grandes obédiences françaises se transforment parfois en arènes où s’affrontent des ambitions personnelles démesurées. Les refus de reconnaissance deviennent alors des instruments de prestige pour ceux qui occupent les hautes fonctions obédientielles, leur permettant d’asseoir leur autorité sur leur propre juridiction en désignant un “autre” illégitime.

Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes

Cette balkanisation du paysage maçonnique français génère des situations d’une absurdité confondante. Comment justifier qu’un initié ayant reçu la lumière selon les rites les plus anciens puisse être considéré comme “irrégulier” par une obédience voisine, non en raison de la qualité de son parcours initiatique, mais simplement parce que les instances dirigeantes de son obédience ont refusé de se plier à tel ou tel diktat administratif ?

Peut-on encore parler de fraternité lorsque des frères ou des sœurs ne s’acceptent pas de fait ? Lorsque les visites sont ponctuées par un émargement tronqué, par des salutations non autorisées ou par l’absence de participation aux agapes, par crainte d’être réprimandé par les instances dirigeantes ? Y aurait-il donc une hiérarchie obédiencielle, attribuant des droits différents en fonction de notre obédience ? Dans le profane, cela porte un nom, et je n’ose croire que l’on puisse être Franc-maçon et tolérer cela.

Le comble de l’ironie réside dans la coexistence de ces pratiques exclusives avec des discours officiels exaltant l’universalité. Les mêmes dignitaires qui proclament l’ouverture de la Franc-maçonnerie à toutes les formes de pensée s’empressent d’ériger des barrières entre leurs membres et ceux des obédiences “concurrentes“. Cette dichotomie entre le discours et la pratique érode progressivement la crédibilité de l’institution maçonnique tout entière.

Le sérieux du travail ne réside pas dans des traités, mais à travers le travail des frères et des sœurs en loge. Fermerions-nous la porte à un profane méritant sous prétexte que son père ne l’est potentiellement pas ? Un frère est un frère, une sœur est une sœur, et si la Lumière a été reçue, les portes doivent lui être ouvertes en toute fraternité. Il ne s’agit pas ici d’aborder le sujet de la mixité, qui est quant à lui un tout autre débat propre à chaque Franc-maçon, et qui s’explique bien souvent par des ressentiments individuels, mais bien de reconnaissance et de fraternité.

Il est temps que les francs-maçons français s’interrogent sur la pertinence de ces mécanismes de reconnaissance qui, loin de préserver l’authenticité de la démarche initiatique, la dénaturent en l’instrumentalisant au profit de querelles territoriales et d’ambitions personnelles. La véritable reconnaissance ne devrait-elle pas s’établir sur le terrain des affinités spirituelles plutôt que sur celui des alliances stratégiques ?

L’avenir de la Franc-maçonnerie française dépendra de sa capacité à transcender ces divisions artificielles pour renouer avec sa vocation essentielle : offrir un espace de réflexion et d’élévation spirituelle affranchi des contingences profanes. Cela implique nécessairement une refonte des mécanismes de reconnaissance inter-obédientielle, non plus fondés sur des considérations politiques ou numériques, mais sur un authentique respect de la diversité des approches initiatiques.

À défaut d’une telle évolution, la Franc-maçonnerie française risque de se réduire à une constellation de chapelles rivales, trahissant ainsi l’idéal universaliste qui constitue pourtant sa raison d’être.

ENQUÊTE : Le Franc-maçon est-il manipulable ?

La Franc-maçonnerie se drape volontiers dans un manteau de liberté. Chaque Franc-maçon ou Franc-maçonne, lors de son initiation, prête serment d’être « libre et de bonnes mœurs », une formule rituelle qui résonne comme une promesse d’émancipation spirituelle et intellectuelle. Pourtant, sous cette façade éclatante, un paradoxe tenace se dessine : la liberté tant vantée semble souvent illusoire, prisonnière des dynamiques de groupe, des diktats obédientiels et des vestiges d’un passé primal.

Pourquoi un Franc-maçon, fier de son indépendance, refuse-t-il de rejoindre une loge dite « sauvage » ? Comment des obédiences, en 2025, osent-elles infantiliser leurs membres ou censurer leurs lectures ? Plongeons dans cette tension entre désir d’appartenance et quête de rupture, pour révéler une pseudo-liberté qui interroge l’essence même de la Franc-maçonnerie.

Le besoin d’appartenance : un héritage primal

Tribu préhistorique dans une grotte
Tribu préhistorique dans une grotte

Entrer en Franc-maçonnerie, c’est rejoindre une fraternité, une chaîne d’union qui transcende les siècles. Mais ce désir d’appartenance, si naturel soit-il, enferme parfois le Franc-maçon dans une contradiction. Combien clament haut et fort leur liberté, tout en s’accrochant à leur obédience comme à un totem ? « Ils sont libres et de bonnes mœurs », disent-ils, mais pour rien au monde ils ne franchiraient le seuil d’une loge « sauvage » – ces ateliers indépendants, hors des grandes structures. Pourquoi ce rejet visceral ?

La réponse pourrait remonter à nos origines. L’anthropologue Robin Dunbar, dans Human Evolution (2014), suggère que l’appartenance au groupe était jadis une question de survie : un australopithèque isolé était une proie facile, tandis que le clan offrait protection et ressources. Chez le Franc-maçon moderne, cet « archéocortex », ce cerveau primitif, semble encore à l’œuvre. L’obédience devient une tribu, un refuge où l’identité se forge dans l’appartenance plutôt que dans l’autonomie. Comme le note l’auteur Roger Dachez dans Histoire de la franc-maçonnerie française (2003), « la Franc-maçonnerie a hérité des guildes médiévales un sens communautaire qui peut étouffer l’individualité ». Ainsi, la liberté proclamée bute sur une peur atavique : être exclu, être seul.

Les incohérences de l’appartenance

Cette dépendance au groupe engendre des incohérences flagrantes. Un Franc-maçon peut passer des années à « polir sa pierre brute » – métaphore de l’ego à dompter – tout en refusant de s’affranchir des structures qui le définissent. Les loges sauvages, souvent perçues comme des espaces d’expérimentation libre, sont dénigrées comme illégitimes ou désordonnées. Pourtant, ne sont-elles pas l’incarnation même de cette liberté que la Franc-maçonnerie célèbre ? « Pour beaucoup, quitter une obédience, c’est perdre une part de soi », observe Pierre Mollier, conservateur du musée de la Franc-maçonnerie à Paris, dans La Franc-maçonnerie (2016). Cette fidélité, louable en surface, trahit une peur de l’inconnu, un attachement qui bride plus qu’il ne libère.

Et que dire des Francs-maçons qui, après des décennies de pratique, développent un orgueil lié à leurs grades ou à leur ancienneté ? Le 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté devient un insigne de supériorité, non une étape initiatique. Cette hypertrophie de l’ego, déjà explorée dans d’autres contextes, montre que l’appartenance peut se muer en vanité, éloignant l’initié de l’humilité originelle.

L’infantilisation par les obédiences

Assemblée nationale en France
Assemblée nationale en France

Passons maintenant aux structures obédientielles, où la pseudo-liberté atteint son paroxysme. Imaginez un PDG de Toyota convoquant ses employés pour leur dicter leur vote aux élections nationales : le tollé serait mondial, les journaux s’enflammeraient. Pourtant, en France, cette pratique est courante dans certaines obédiences maçonniques. À chaque scrutin présidentiel ou législatif, des communiqués officiels – parfois subtils, parfois directs – orientent les consciences des membres. En 2022, par exemple, le GODF a publié des positions claires sur des candidats, sous couvert de défendre les valeurs républicaines. « C’est une infantilisation indigne d’un ordre qui prône la liberté de pensée », dénonçait un ancien vénérable dans une tribune anonyme sur un blog maçonnique.

Cette tutelle n’est pas nouvelle. Dès le XVIIIe siècle, les Grandes Loges anglaises imposaient des lignes idéologiques pour asseoir leur autorité. Aujourd’hui, elle persiste sous une forme modernisée : des obédiences françaises bien connues, bien que distinctes dans leurs approches (spirituelle pour les unes, laïques pour les autres), n’hésitent pas à rappeler à leurs membres leurs « devoirs citoyens » – une expression qui sonne comme un ordre déguisé. Pourquoi un Franc-maçon, censé cultiver son libre arbitre, tolère-t-il cela ? La réponse réside peut-être dans le confort de l’appartenance : obéir, c’est rester dans le giron protecteur. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de réhabiliter le vote des extrêmes, mais au nom de quel droit, une Oébdience peut-elle emettre une idée sur ce point aussi intime que celui du vote ?

La censure : un paradoxe en 2025

Brassard de presse
Brassard de presse

Plus troublant encore, une nouvelle tendance émerge : la censure des lectures. En 2025, alors que la liberté de la presse est un pilier en France, certaines obédiences – que leurs membres reconnaîtront sans peine – interdisent la lecture ou la collaboration avec des organes de presse maçonniques jugés trop critiques ou indépendants. Des revues comme L’Initiation ou des blogs dissidents sont bannis, sous prétexte de préserver l’unité ou d’éviter les « déviances ». Oui, vous avez bien lu : en 2025, un Franc-maçon peut se voir dicter ce qu’il a le droit de lire.

Cette pratique évoque les heures sombres de l’histoire. En 1933, les nazis brûlaient les livres maçonniques ; aujourd’hui, certaines obédiences jouent les censeurs en douceur. « C’est une atteinte à l’esprit même de la Franc-maçonnerie, qui naît des Lumières et de la libre pensée », s’indignait une Franc-maçonne anonyme dans un témoignage recueilli en 2024. Les victimes de ces interdits – exclues ou marginalisées – abondent, et leurs récits circulent dans les cercles initiatiques.

Comment un ordre qui célèbre la lumière peut-il ainsi obscurcir les esprits ?

Pourquoi cette acceptation ?

La question brûle les lèvres : « Mais comment un Franc-maçon peut-il accepter cela ? » Plusieurs hypothèses émergent. D’abord, le poids de la tradition : des siècles de hiérarchie ont ancré une culture de soumission implicite. Ensuite, la peur de l’exclusion : quitter une obédience ou défier ses règles, c’est risquer l’isolement, un prix trop lourd pour beaucoup. Enfin, un manque de recul : certains, bercés par les rituels et l’appartenance, ne perçoivent plus ces entraves comme des chaînes, mais comme des marques d’appartenance.

Daniel Béresniak

L’anthropologue Daniel Béresniak, dans Les Symboles de la franc-maçonnerie (1997), offre une piste : « Le Franc-maçon est un paradoxe vivant : il cherche la liberté dans un cadre qui la limite. » Cette tension entre l’idéal et la réalité est au cœur de la pseudo-liberté maçonnique. Les obédiences, avec leurs structures pyramidales et leurs injonctions, reproduisent parfois les systèmes qu’elles prétendent transcender.

Vers une vraie liberté ?

Alors, la liberté du Franc-maçon est-elle un mythe ? Pas entièrement. Des loges sauvages existent, des voix dissidentes s’élèvent, et certains initiés, hommes comme femmes, choisissent l’autonomie au prix de l’exclusion. Mais pour la majorité, la pseudo-liberté persiste, nourrie par un besoin primal d’appartenance et des obédiences qui oscillent entre guidance et contrôle.

En 2025, la Franc-maçonnerie pourrait se réinventer. Elle pourrait encourager l’indépendance réelle, abolir les censures et laisser chaque Franc-maçon ou Franc-maçonne voler de ses propres ailes.

Comme le disait Albert Pike dans Morals and Dogma (1871) :

« La vraie liberté est celle qu’on conquiert, pas celle qu’on reçoit.