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Légendes de France ou d’ailleurs : Pokou, la reine du passage et l’enfant devenu peuple

Héroïne légendaire des Baoulé, Abraha Pokou demeure l’une des grandes figures fondatrices de la mémoire ivoirienne. Reine de l’exil, femme du seuil, souveraine du sacrifice, elle incarne ce moment terrible où un peuple ne naît qu’en franchissant les eaux de la peur, de la perte et du destin.

Il est des légendes qui ne racontent pas seulement un passé

Elles gardent une braise. Elles veillent au bord des peuples comme une lampe posée dans la nuit. Celle de la reine Pokou appartient à cette famille rare des récits fondateurs où l’histoire, le mythe, la douleur et la grandeur se mêlent jusqu’à devenir mémoire commune.

Abraha Pokou, que la tradition nomme aussi Abla Pokou, vient du monde akan et de l’espace ashanti. Elle surgit dans un temps de conflits de succession, de rivalités de pouvoir, de menaces et de fuite. Autour d’elle, un groupe humain se met en marche. Il quitte une terre ancienne pour chercher une terre possible. Déjà, tout est là. La rupture avec l’ancien monde, l’épreuve de l’exode, la fidélité d’un peuple, la souveraineté d’une femme, la recherche d’un orient nouveau.

Dans une lecture maçonnique et initiatique, Pokou est d’abord une figure du passage.

Elle quitte la demeure connue pour conduire les siens vers l’inconnu

Elle traverse la nuit de l’histoire comme l’initié traverse symboliquement l’obscurité avant d’espérer la lumière. Rien n’est donné. Rien n’est acquis. La marche est longue, les ennemis approchent, les forces visibles et invisibles semblent se liguer contre la caravane. Le peuple avance avec ses anciens, ses femmes, ses enfants, ses guerriers, ses objets sacrés, ses peurs, ses espérances, ses morts à venir et ses naissances encore cachées.

Puis vient le fleuve.

Dans toutes les grandes traditions, l’eau marque la limite

Elle sépare autant qu’elle purifie. Elle interdit autant qu’elle révèle. Elle est miroir, abîme, matrice et tombeau. La Comoé, dans la légende de Pokou, n’est pas seulement un obstacle naturel. Elle devient une porte. Elle est le seuil infranchissable devant lequel les forces humaines s’arrêtent. Derrière, la poursuite. Devant, l’eau. Au-dessus, le ciel muet. Au-dedans, la question terrible que toute communauté rencontre un jour sous une forme ou sous une autre. Que sommes-nous prêts à perdre pour que quelque chose survive au-delà de nous-mêmes ?

La tradition raconte que les devins consultent les puissances du fleuve

Les offrandes ordinaires ne suffisent pas. Ni l’or, ni les parures, ni les bêtes, ni les biens les plus précieux. Le fleuve demande ce qui dépasse le prix. Il exige ce que nul ne peut donner sans se déchirer. Alors Pokou comprend. Le peuple ne passera qu’au prix de l’irréparable.

C’est ici que la légende atteint son noyau incandescent. La reine offre son enfant. Non comme une scène à représenter avec complaisance, mais comme un symbole à approcher avec tremblement. Le récit n’appelle ni fascination morbide, ni jugement hâtif. Il nous place devant l’énigme du sacrifice fondateur. Dans le langage des mythes, l’enfant est l’avenir immédiat, la chair de la promesse, la part la plus intime de soi. En le donnant au fleuve, Pokou ne renonce pas seulement à son fils. Elle renonce à elle-même comme mère pour devenir mère d’un peuple.

La reine perd l’enfant de son corps et reçoit, dans la douleur, les enfants de l’histoire

Le geste est terrible. Mais le mythe n’en fait pas un simple drame. Il en fait une transmutation. L’enfant disparaît dans les eaux et le peuple traverse. La mort devient passage. Le deuil devient nom. La perte devient identité. Lorsque Pokou, après la traversée, murmure selon la tradition « Ba ouli », « l’enfant est mort », cette parole ne clôt pas seulement une souffrance. Elle ouvre une appartenance. De cette parole naîtrait le nom Baoulé. Ainsi le peuple porte en lui, comme une cicatrice sacrée, le souvenir du prix de sa naissance.

Toute initiation véritable connaît cette loi symbolique.

Pour entrer dans une vie nouvelle, il faut consentir à laisser mourir quelque chose

Non pas sacrifier l’humain dans sa chair réelle, mais abandonner l’illusion de posséder sans perdre, de fonder sans payer, de transmettre sans se dépouiller. Pokou nous parle depuis cette profondeur. Elle rappelle que les peuples, comme les êtres, naissent souvent d’une blessure transformée en chemin.

Dans cette perspective, la reine Pokou n’est pas seulement une héroïne africaine ou ivoirienne

Elle rejoint les grandes figures universelles du seuil. Elle marche avec celles et ceux qui conduisent un peuple hors de la servitude, hors du chaos, hors de la nuit. Elle est à la fois souveraine, prêtresse, mère douloureuse et architecte invisible. Elle ne bâtit pas avec la pierre, mais avec la mémoire. Elle ne dresse pas un temple de colonnes, mais un peuple debout. Elle ne grave pas une loi sur une table, mais dans la chair même du récit.

Il faut aussi entendre la dimension féminine de cette légende.

Pokou n’est pas seulement celle qui suit le destin

Elle le prend en main. Dans un univers de pouvoir, de guerre et de succession, elle devient l’axe autour duquel un groupe se rassemble. Sa royauté n’est pas une parure. Elle est charge, responsabilité, solitude. Elle est cette capacité de tenir debout lorsque tous attendent une décision, lorsque la survie collective repose sur un regard, une parole, un acte.

La légende de Pokou rappelle ainsi que la souveraineté véritable ne consiste pas à dominer, mais à répondre. Répondre du peuple. Répondre devant les vivants. Répondre devant les morts. Répondre devant l’invisible. Il y a là une leçon profondément initiatique. Le chef authentique n’est pas celui qui se protège derrière les siens, mais celui qui accepte de porter sur lui la brûlure du destin commun.

La tradition orale, bien sûr, n’est jamais un bloc immobile.

Elle respire, varie, se nuance, se contredit parfois

Certaines versions déplacent le sacrifice, d’autres en changent la nature, d’autres encore insistent davantage sur la dimension politique, migratoire ou dynastique. Mais ces variations ne diminuent pas la force du mythe. Elles la confirment. Une légende vivante n’est pas une archive morte. Elle est une parole qui circule, s’adapte, se transmet, se discute, se réveille selon les besoins d’un peuple et les questions d’une époque.

C’est pourquoi Pokou demeure si actuelle

Elle interroge notre rapport à la mémoire, à l’exil, à la filiation, au pouvoir, au prix de la transmission. Elle demande à chaque génération ce qu’elle fait de l’héritage reçu. Elle rappelle que les territoires ne sont pas seulement faits de sols, de frontières et de cartes, mais de récits, de larmes, de paroles fondatrices et de fidélités invisibles.

Au fond, la reine Pokou nous enseigne que toute communauté véritable naît d’un passage.

Il y a toujours un fleuve à franchir. Il y a toujours une peur à vaincre. Il y a toujours une part de soi à déposer sur l’autel du devenir. L’essentiel est de savoir si cette perte nous abaisse ou nous élève, si elle nous enferme dans le deuil ou si elle devient mémoire, exigence, dignité.

Pokou demeure cette reine dressée au bord des eaux, entre l’ancien monde et le monde à naître

Dans son silence, nous entendons encore le fracas du fleuve, le cri retenu d’une mère, le pas d’un peuple qui traverse, et cette mystérieuse alchimie par laquelle une douleur intime devient le nom d’une nation. La légende ne nous demande pas de croire naïvement. Elle nous demande de méditer. Car, parfois, un peuple ne se souvient pas seulement pour savoir d’où il vient. Il se souvient pour ne pas oublier ce qu’il lui a fallu de courage, de larmes et de lumière pour continuer à marcher.

Et parce que les légendes vivent aussi de celles et ceux qui les recueillent, les transmettent et les sauvent de l’oubli, 450.fm entend poursuivre ce patient travail de mémoire et d’émerveillement.
Nous savons que nos lectrices et nos lecteurs sont aussi des passeurs de traditions, des collecteurs d’imaginaires, des arpenteurs du merveilleux.
Alors, plutôt que de laisser vos trouvailles se perdre dans des fils éphémères ailleurs, envoyez-nous vos légendes locales, françaises ou venues d’ailleurs, accompagnées de quelques lignes de contexte et, si vous le souhaitez, d’une photo du lieu, d’un détail, d’une pierre ou d’un paysage.
Vos contributions pourront nourrir la rubrique « Légendes de France ou d’ailleurs » et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent, avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.

Jiri Pragman face à l’intelligence artificielle, beaucoup de circuits, peu de lumière !

Certains livres ouvrent une porte. D’autres installent une sonnette connectée devant le Temple et croient avoir réinventé l’initiation. Avec Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie – La Pierre et la Puce, Jiri Pragman, pseudonyme de Philippe Allard, ex journaliste et ex maçon du GOB (Grand Orient de Belgique), et actuel promoteur très actif de l’antimaçonnisme en France au travers de son blog où il diffuse ses aigreurs et règle ses comptes personnels avec ses ennemis Francs-maçons… et il en a beaucoup, arrive malheureusement une fois de plus en retard sur le marché avec son opus. Il revient sur un terrain qu’il connaît bien, sur lequel il intervient régulièrement depuis plusieurs années, celui du numérique appliqué à la Franc-maçonnerie.

Si son dernier ouvrage sur l’antimaçonnisme arrivait après les deux livres très complets de Yonnel Ghernaouti (Antimaçonnisme et Abécédaire de l’antimaçonnisme ), Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie arrive malheureusement un an après celui de son meilleur ennemi Franck Fouqueray qui avait déjà couvert abondamment le sujet avec le même thème et plus de clairvoyance (L’intelligence Artificielle va-t-elle transformer la Franc-maçonnerie).

Le sujet est considérable. Il est même essentiel

L’intelligence artificielle entre déjà dans les usages maçonniques, par les planches préparées avec des assistants conversationnels, les images générées, les archives explorées, les communications rédigées, les colloques annoncés, les synthèses produites, les invitations mises en forme. Le sommaire annonce d’ailleurs tout ce qu’il faut pour faire sérieux, histoire de l’IA, souveraineté cognitive, biais, mémoire, transmission, prompt maçonnique, modèles génératifs, obédiences, gouvernance, charte, observatoire, laboratoire, postface sur l’usage de l’IA dans l’écriture du livre.

Tout y est. C’est bien le problème. Tout y est, sauf peut-être ce qui devrait y brûler.

Car à force de vouloir tout embrasser, l’ouvrage donne déjà, par son architecture même, l’impression d’un catalogue

Image inspirée de Jiri Pragman (Philippe Allard), librement produite par une IA de qualité

On retrouve ici une manière d’écrire déjà repérable dans plusieurs de ses ouvrages. Le sujet est bon, le titre est habile, l’air du temps est capté, les mots-clés sont rangés sur les étagères.

Mais la question demeure. Où est la pierre ? Où est le travail ? Où est la taille ? Où est le risque intérieur ?

L’IA, en Franc-Maçonnerie, ne se réduit pas à une question d’usage

Elle touche à la parole, à la présence, à la lenteur, à la mémoire vivante, au silence, à l’épreuve de la pensée personnelle. Une planche maçonnique n’est pas seulement un texte bien tourné. Elle est une mise à nu. Elle engage celui qui parle, celui qui écoute, celui qui reçoit, celui qui se tait. Elle suppose une maturation. Elle exige une traversée. Or l’IA sait assembler, résumer, reformuler, séduire. Elle ne sait pas trembler. Elle ne sait pas rougir. Elle ne sait pas attendre dans la Chambre du Milieu que le mot juste vienne de plus loin que le clavier.

C’est là que le livre, tel qu’il se présente, paraît manquer son cœur

Il parle de vigilance, de méthode, de responsabilité, de gouvernance. Fort bien. Mais la vigilance devient vite une posture lorsque l’on ne descend pas vraiment dans la mine. La méthode tourne court lorsqu’elle se contente d’aligner des usages. La responsabilité devient élément de langage lorsqu’elle ne dit pas clairement ce qu’il faut refuser.

Le paradoxe est piquant

Depuis des années, les chroniques consacrées à Jiri Pragman pointent une même tendance. Transformer ce qui devrait relever de l’expérience initiatique en fiches, en listes, en recettes, en petites prudences bien rangées. On l’avait vu avec la planche maçonnique, réduite à un mode d’emploi. On l’avait vu avec Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?, ouvrage déjà jugé trop général, trop prudent, trop peu opératif. On l’avait vu avec le Cahier de vacances du Franc-Maçon – Apprenti, où le trait de Jiho apparaissait, à nos yeux, plus convaincant que l’appareil textuel. On l’avait vu encore avec L’antimaçonnisme actuel, où l’inventaire du soupçon risquait de devenir, malgré lui, une boîte à outils pour ceux qui soupçonnent. On l’a vu enfin, de manière presque caricaturale, dans Organiser un salon du livre maçonnique, ouvrage déjà sévèrement critiqué par 450.fm pour son caractère jugé auto-référentiel et insuffisamment opératif. Le dossier critique est désormais suffisamment nourri pour que chaque nouveau livre arrive précédé de son ombre.

Avec La Pierre et la Puce, cette ombre se prolonge

L’auteur parle d’intelligence artificielle comme il parlait d’Internet, de planche, de cahier ou de salon. Il repère le sujet, l’encadre, le découpe, le nomme, le ventile. Il donne l’impression d’un arpenteur muni d’un GPS dans un sanctuaire dont il oublie que le centre n’est pas une coordonnée mais une expérience.

« La Pierre et la Puce », le sous-titre lui-même mérite arrêt

Tout est là. La pierre est lourde, silencieuse, résistante. Elle demande la main, l’effort, la patience, l’erreur, la reprise. La puce, elle, calcule, accélère, transmet, exécute. Entre les deux, la Franc-Maçonnerie doit choisir son ordre. Non pas rejeter la puce, ce serait absurde. Mais refuser qu’elle devienne le maître d’œuvre. L’outil numérique peut aider. Il peut classer, traduire, transcrire, chercher, faciliter l’accès à certains savoirs. Mais il ne doit jamais se substituer à l’épreuve de l’homme devant lui-même.

Le livre promet d’aborder l’art du prompt maçonnique

Voilà bien une formule révélatrice. Le prompt, dans son sens technique, consiste à formuler une demande à une machine. Mais en Loge, la vraie question n’est pas de mieux demander à la machine. Elle est de savoir ce que l’on demande encore à soi-même. L’initiation n’est pas une optimisation de requête. Elle n’est pas une ingénierie de sortie textuelle. Elle n’est pas un assistant contextuel paramétrable. Elle est ce lent dépouillement par lequel l’homme apprend à ne pas confondre la réponse disponible avec la vérité conquise.

Plus troublant encore, Jiri Pragman annonce publiquement présenter ses « créations numériques » à Masonica Tours, aux côtés de ses livres consacrés à l’antimaçonnisme numérique et à l’intelligence artificielle. Le terme est habile.

« Création numérique » sonne mieux qu’image générée, avatar algorithmique, composition assistée ou production de machine.

On baptise, on embellit, on signe. Mais la question demeure

Que signifie signer une image lorsque la main n’a pas dessiné, lorsque l’œil a choisi parmi des possibles calculés, lorsque l’imaginaire a été médiatisé par un modèle entraîné sur le travail d’innombrables créateurs invisibles ?

Ce point n’est pas anecdotique

Il touche au cœur de la démarche maçonnique. Dans l’Art Royal, l’outil ne vaut que par la main qui l’emploie et par la conscience qui le gouverne. Le maillet n’est rien sans le discernement. Le ciseau n’est rien sans la mesure. Le compas n’est rien sans l’esprit de rectitude. L’IA, elle aussi, exige cette discipline. Mais elle la rend plus difficile, car elle donne l’illusion du résultat sans l’épreuve du chemin.

Le danger n’est donc pas que l’IA écrive mal

Elle écrit parfois très bien. Le danger est qu’elle écrive trop facilement. Qu’elle donne au Frère pressé une planche sans nuit intérieure. Qu’elle fournisse à l’orateur une profondeur d’emprunt. Qu’elle produise une spiritualité de surface, bien cadencée, bien articulée, parfaitement présentable, mais sans cette brûlure discrète qui distingue le texte vécu du texte fabriqué.

Il aurait fallu, sur ce sujet, un livre qui ose vraiment trancher

Dire ce qui peut être fait. Dire ce qui ne doit pas l’être. Dire qu’un assistant peut aider à retrouver une référence, mais ne doit jamais composer à la place du Frère la parole qu’il doit à la Loge. Dire qu’une IA peut transcrire une conférence, mais ne peut pas transmettre l’égrégore d’une Tenue. Dire qu’un modèle génératif peut produire une image de Temple, mais ne saura jamais ce qu’est la lumière reçue sous le bandeau. Dire qu’une obédience peut utiliser des outils numériques, mais qu’elle trahirait sa vocation si elle confondait mémoire initiatique et base documentaire automatisée.

Au lieu de cela, on devine une prudence englobante, un panorama, une mise en fiches de l’époque

Le vocabulaire est là. Les chapitres sont là. Les annexes sont là. Le prix aussi. Mais la densité initiatique, elle, semble encore attendue sur le parvis.

Jiri Pragman est souvent présenté comme membre du Grand Orient de Belgique depuis 2001. Les sources publiques disponibles ne permettent pas de confirmer son statut maçonnique actuel au 7 juin 2026. Si l’on retient l’information selon laquelle il serait aujourd’hui « en sommeil » du GOB, il convient donc de la formuler avec prudence, comme une indication donnée selon certaines informations et non comme un fait publiquement établi.

Reste le livre. Ou plutôt ce qu’il symbolise

L’IA méritait une vraie méditation maçonnique, une descente dans les profondeurs, une confrontation avec le silence, le secret, la parole, la mémoire, la liberté intérieure. Elle méritait que l’on interroge la machine non comme un gadget de plus, mais comme le miroir froid d’une époque qui confond la vitesse avec la pensée et la production avec la présence.

Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie – La Pierre et la Puce aurait pu être un livre de seuil

Il risque de n’être qu’un livre de plus dans cette bibliothèque contemporaine où l’on empile des guides pour éviter d’entrer vraiment dans le Temple. La pierre attend toujours. Elle n’a pas besoin d’une puce pour être taillée. Elle attend seulement une main, une conscience, une lenteur, un Frère capable de comprendre que toute lumière obtenue sans effort finit par n’éclairer que la surface.

Et c’est peut-être là, finalement, que se joue le vrai débat. L’intelligence artificielle peut-elle tuer la pensée maçonnique ? Non. Mais une Franc-Maçonnerie trop heureuse de déléguer sa parole, son imaginaire et sa mémoire pourrait parfaitement s’en charger elle-même.

Quand la taille de la pierre paraît céder devant le cliquetis de la machine, quand un livre câblé, mais sans véritable initiation ou encore quand la puce bavarde, la pierre attend toujours !

Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie – La Pierre et la Puce

Jiri Pragman – Éditions Numérilivre, 2026, 118 pages, 22 €

Aux Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, les mains ont bâti demain

Du 29 au 31 mai 2026, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ont tenu leur XIIIe édition au Temple maçonnique spinalien autour du thème [De]Main en Mains. Trois jours de conférences, d’art, de transmission et de fraternité, couronnés par la remise du Prix Cadet Roussel 2026 à Solange Sudarskis pour l’ensemble de son œuvre et son ouvrage L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, publié aux éditions L.O.L.

450.fm l’avait annoncé comme l’ouverture d’un chantier de demain

Les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ont tenu parole. Durant trois jours, le Temple maçonnique spinalien a accueilli une manifestation rare, à la fois savante, chaleureuse, exigeante et ouverte, fidèle à cette vocation singulière qui fait dialoguer l’imaginaire, la pensée symbolique, l’ésotérisme, la culture maçonnique et la cité. Le thème choisi, [De]Main en Mains, avait tout d’une évidence heureuse. Il suffisait pourtant de l’approfondir pour y découvrir une véritable architecture initiatique. La main n’est jamais seulement un organe. Elle est outil, signe, passage, promesse. Elle touche la matière, transmet le savoir, console, soigne, bâtit, écrit, bénit parfois, engage toujours. Entre la main et demain, les IM&E ont rappelé qu’il n’y a pas seulement un jeu de lettres, mais une responsabilité humaine.

Nées en 2013 dans le prolongement du 150e anniversaire de la Loge La Fraternité Vosgienne, installée à Épinal en 1862, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques se sont imposées au fil des années comme l’un des rendez-vous les plus originaux du paysage maçonnique, culturel et symbolique français.

Articulées au grand festival des Imaginales d’Épinal, elles donnent à la ville une respiration particulière, entre littérature de l’imaginaire et dévoilement prudent de ce que la tradition nomme la recherche de ce qui ne se donne pas immédiatement au regard.

Patrice Lhote

Depuis leur création, plus d’une centaine d’intervenants sont venus y prendre la parole et plus de 10 000 auditeurs ont franchi le seuil du Temple. Ces chiffres disent moins une réussite quantitative qu’une fidélité collective, celle d’un public curieux, attentif, passionné, venu chercher autre chose qu’une conférence ordinaire.

Cette édition avait aussi la tonalité émouvante d’un passage

Jacques Oréfice

Jacques Oréfice, président fondateur, avait placé l’année sous le signe du geste noble entre tous, passer la main. Non pas s’effacer. Non pas abandonner. Mais reconnaître que ce qui fut bâti n’appartient jamais totalement à celui qui l’a initié. Patrice Lhote, co-président des IM&E, a rappelé avec émotion la naissance de cette aventure, depuis les premiers pas de 2013 jusqu’aux rencontres qui associèrent d’abord cafés maçonniques, cafés ésotériques, déjeuners de partage et volonté d’ouvrir les murs sans jamais faire de prosélytisme. Il a aussi rappelé la diversité des thèmes successifs, de la forêt de symboles au réenchantement du monde, du voyage au rituel, de la manipulation au mot, jusqu’à cette main devenue fil conducteur d’un avenir à construire.

Dans l’hommage rendu à Jacques Oréfice, devenu président d’honneur fondateur, il y avait beaucoup plus qu’une reconnaissance personnelle

Remise du prix par Patrice Lhote

Il y avait la mémoire d’une œuvre collective. Les noms de Jean-Claude Gérardot, Jacky Martin, Georges Bertin et de notre sœur Jeanne Thernier de la GLFF furent évoqués comme autant de présences discrètes au cœur de la chaîne. À travers eux, les IM&E ont rappelé que toute construction humaine repose sur des mains visibles et sur des mains invisibles. Celles qui conçoivent, celles qui accueillent, celles qui préparent, celles qui veillent, celles qui portent l’œuvre dans la durée.

Jacques Oréfice

Jacques Oréfice a répondu avec humour et gravité, rappelant que Cadet Roussel, avec son face-à-main, incarne précisément cet art de regarder les choses avec distance, sans renoncer à les aimer. Faire les choses très sérieusement sans jamais se prendre au sérieux, telle pourrait être l’une des devises spirituelles de cette belle aventure.

Le programme 2026 a donné toute son ampleur au thème choisi

Jean-Jacques Zambrowski

Claude Vautrin a ouvert la voie avec Les Mains qui parlent. Francis Janot a conduit l’auditoire vers l’Égypte ancienne avec Le tour de Main d’un faïencier d’Amon révélé. Pierre-Yves Bocquet a interrogé l’état de droit et les libertés avec Main-basse sur la Constitution. Éric Badonnel a questionné les solidarités de demain. Joëlle Marchal a donné à entendre la promesse d’adelphité. Pierre Douglas a replacé la justice dans les mots d’aujourd’hui. Yves Jacob a ouvert un horizon scientifique et médical autour de la chirurgie de la main. Le dimanche, Jacques Oréfice a parlé de la main de l’accoucheur, Jean-Jacques Zambrowski de la poignée de main en franc-maçonnerie, Olivier Dartevelle de la main du musicien, Yonnel Ghernaouti de la main ouvrière, compagnonnique et bâtisseuse de l’Antiquité à nos jours, avant que Solange Sudarskis ne propose une méditation sur la main fraternelle en franc-maçonnerie comme toucher de l’œuvre initiatique.

L’une des grandes beautés de cette édition fut aussi plastique

Annie Tremsal

L’exposition d’Annie Tremsal, artiste peintre et plasticienne, a offert au public un contrepoint sensible aux conférences. Originaire des Vosges, Annie Tremsal déploie une œuvre où l’abstraction matiériste, la pensée taoïste, la surface méditative et la lumière intérieure se répondent. Chez elle, la matière n’est jamais un simple support. Elle devient un espace d’expérience, un lieu de passage, une chambre silencieuse où le visible apprend à respirer. Ses œuvres travaillent la densité, le vide, le blanc, le noir, la trace et le retrait. Dans le contexte des IM&E, cette exposition disait mieux qu’un long discours ce que signifie le geste créateur. La main n’y impose pas seulement une forme. Elle écoute la matière, elle laisse advenir, elle accompagne ce qui cherche à paraître. Très belle exposition, en vérité, parce qu’elle prolongeait le thème jusque dans l’épaisseur du silence.

Le moment le plus attendu du dimanche fut naturellement la remise du Prix Cadet Roussel 2026 à Solange Sudarskis

Le prix lui a été attribué pour l’ensemble de son œuvre et pour son ouvrage L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, publié aux éditions L.O.L.

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Maître de conférences honoraire, Chevalier des Palmes académiques, membre de la Fédération française du Droit Humain depuis 1977, essayiste, romancière, conférencière, chroniqueuse régulière de 450.fm, Solange Sudarskis occupe depuis longtemps une place singulière dans la pensée maçonnique contemporaine. Ses ouvrages explorent le mythe d’Hiram, la théâtralité maçonnique, les tracés symboliques, le passage du profane au sacré, le vocabulaire maçonnique et les chemins de l’imaginaire initiatique. Elle sait unir l’exigence intellectuelle, la fantaisie savante, la liberté de ton et la profondeur symbolique.

Cette distinction avait donc valeur de reconnaissance et de signe

Elle honorait une œuvre au long cours, mais aussi une manière d’habiter l’écriture maçonnique. Chez Solange Sudarskis, la littérature n’est jamais un simple ornement posé sur la pensée. Elle devient une voie d’accès, une chambre d’échos, une manière de faire parler les signes sans les enfermer. Dans L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, le lecteur entre dans un récit qui emprunte au thriller ésotérique ses ressorts narratifs, mais qui vise bien plus loin. Derrière l’énigme, le suspense, la traque, la trahison et le diamant alchimique, se dessine une réflexion sur la création, la transmission, la mémoire des symboles et la puissance des gestes. La main y devient à la fois indice, instrument, signature, empreinte et mystère.

La force de Solange Sudarskis est précisément de ne jamais séparer le jeu de l’esprit de la gravité initiatique

Elle sait que la franc-maçonnerie vit de signes, de paroles, de silences, de déplacements, de regards et de gestes. Elle sait aussi que les symboles ne sont pas des objets morts, mais des présences actives, des forces de transformation, des invitations à lire autrement le monde. En recevant le Prix Cadet Roussel, elle ne recevait donc pas seulement une distinction littéraire. Elle entrait dans une lignée d’auteurs et d’auteures dont les œuvres ont accompagné les IM&E depuis 2014, de Philippe Benhamou à Joël Gregogna, de Céline Bryon-Portet à Dominique Jardin, de Georges Bertin à Claude Vautrin. Cette lignée dit à sa manière que la littérature maçonnique, lorsqu’elle est exigeante, libre et inspirée, peut devenir un véritable chantier de conscience.

Le Prix Cadet Roussel possède d’ailleurs une symbolique propre

Son image d’Épinal, son face-à-main, son pavé mosaïque, son équerre et son compas composent une petite scène initiatique. Cadet Roussel observe le monde à distance, mais il ne s’en retire pas. Il sourit, regarde, interroge, avance parmi les opposés. Il rappelle que l’humour peut être une sagesse, que la distance peut être une forme de lucidité, que le regard oblique voit parfois mieux que le regard frontal. En ce sens, remettre ce prix à Solange Sudarskis avait quelque chose d’évident. Son œuvre sait regarder de biais, avec profondeur, avec finesse, avec cette liberté intérieure qui permet de tenir ensemble l’érudition, l’invention romanesque et le mystère.

La présence des élus a donné à cette clôture une résonance particulière

Benoît Jourdain, maire d’Épinal
Stéphane Viry, député

Aux côtés de Benoît Jourdain, maire d’Épinal, et de Stéphane Viry, député de la première circonscription des Vosges, les IM&E ont rappelé qu’elles n’étaient pas seulement une manifestation maçonnique et culturelle, mais aussi un lieu de dialogue vivant avec la cité.

Dans son propos final, Éric Badonnel a justement ouvert cette perspective avec hauteur et finesse

Il a souligné combien la franc-maçonnerie, sans se substituer au politique ni entrer dans la politique partisane, peut contribuer à préserver un espace public de délibération, d’écoute et de discernement. Dans une société fragilisée par la défiance, l’abstention, les crispations et l’hystérisation du débat public, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal apparaissent comme une école de patience civique, de parole maîtrisée et de fraternité concrète.

Éric Badonnel Prix Cadet Roussel 2023

Éric Badonnel a aussi rappelé que le thème [De]Main en Mains contenait en lui-même une promesse de coopération

La main désigne le rapport à la matière, à l’autre, au soin, à la transmission et à ce qui peut advenir. Elle invite à ne pas laisser le demain aux seules forces anonymes, mais à le reprendre ensemble, avec lucidité et confiance.

En présence du maire et du député, cette parole prenait un relief particulier. Elle ouvrait la possibilité de travailler mieux, et plus encore, avec la ville d’Épinal, dans le respect des rôles de chacun, mais avec une volonté partagée de faire vivre un espace culturel, symbolique et citoyen capable de relier les habitants, les élus, les chercheurs, les artistes, les auteurs et les francs-maçons autour d’un même chantier humaniste.

Les Imaginales Maçonniques & Ésotériques ne vivent donc pas à côté d’Épinal, mais avec Épinal

Cadet Roussel et une Marianne maçonnique reçu par Jacques Orifice des mains de Patrice Lhote

Elles prolongent, à leur manière, le dialogue entre culture, imaginaire, spiritualité, citoyenneté et transmission. Dans une époque dominée par l’immédiateté, elles offrent un espace rare, celui du temps long, de la réflexion partagée, de la pensée qui accepte d’être travaillée. Elles montrent qu’une manifestation maçonnique ouverte au public peut être à la fois digne, joyeuse, fraternelle, savante et profondément humaine. Cette main tendue vers la cité constitue sans doute l’un des grands enseignements de cette XIIIe édition.

Moment fraternel et hautement symbolique avec la remise d’une Marianne maçonnique par Éric Badonnel, coprésident des IM&E

Marianne-maçonnique-offerte-par-Éric-Badonnel-à-Jacques-Oréfice

Fin connaisseur et collectionneur passionné de Marianne, il a offert à Jacques Oréfice une figure républicaine chargée de sens.

Sous les traits de Marianne se rencontrent la République, la liberté, la lumière et l’idéal maçonnique.
Ce geste rappelle combien les symboles vivent lorsqu’ils circulent de main en main et de cœur en cœur.
Une belle transmission, à la croisée de la mémoire, de l’amitié et de l’engagement humaniste.

Et peut-être est-ce là la plus belle leçon de ces Imaginales

Demain ne surgit pas d’une abstraction. Il naît d’une main tendue, d’une œuvre reprise, d’un livre ouvert, d’un signe observé, d’une parole écoutée. Sous le regard amusé de Cadet Roussel, dans le blanc méditatif d’Annie Tremsal et dans l’honneur rendu à Solange Sudarskis, les IM&E d’Épinal ont rappelé que toute fraternité véritable commence par un geste. Une main se tend, une autre répond, et déjà le chantier recommence.

Temple de la Fraternité Vosgienne

Lundi 8 juin 2026 à Châteauroux : « Découvrir la Franc-maçonnerie au Droit Humain »

DECOUVRIR LA FRANC-MACONNERIE ET PLUS PARTICULIÈREMENT LE « DROIT-HUMAIN » , OBÉDIENCE MIXTE ET INTERNATIONALE

Le LUNDI 8 JUIN 2026 à 18h30, à la Chapelle des Rédemptoristes, 14 rue Paul Louis Courrier à CHÂTEAUROUX, se tiendra une conférence publique gratuite sur le thème :

 LE « DROIT-HUMAIN » ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ : UNE MÉTHODE, UN IDÉAL.

Association de sœurs et de frères en Humanité, l’Ordre « Le DROIT HUMAIN » travaille au progrès de la condition humaine, tant sur le plan individuel que collectif. Bien des personnes s’interrogent sur ce que peut être Franc-Maçonnerie : son action réelle dans le monde, en France plus particulièrement, ses origines, son fonctionnement, ses potentiels face aux défis d’aujourd’hui et de demain, ou encore sa présence locale dans l’Indre par exemple. Souvent décrite comme secrète, cette société s’avère plus précisément discrète. Pourtant, c’est en toute transparence que cette conférence va permettre de poser les questions et surtout échanger sur les réponses apportées.

Au travers des siècles, la Franc-Maçonnerie en général et le DROIT HUMAIN en particulier ont tenté de travailler, sinon comme une avant-garde intellectuelle et morale, du moins comme une vigie philosophique, profondément Républicaine et humaniste.

Ses temples peuvent intriguer, chargés de symboles souvent issus de la tradition des bâtisseurs de cathédrales. Ces décors relèvent d’évocations à portée universelle, tant ils s’ouvrent aux divers courants de pensée philosophiques et spirituels du monde. L’Ordre maçonnique LE DROIT HUMAIN offre à toutes et à tous un espace de liberté de pensée et de parole, tant spirituelle que philosophique. Le DROIT HUMAIN pose en fondement de son fonctionnement et de ses objectifs l’égalité entre les hommes et les femmes, entre personnes de toute origine sociale ou géographique.

Le DROIT HUMAIN pose pour principe initial la liberté absolue de conscience, se voulant dans cet esprit défenseur de la LAÏCITE, dans l’esprit des rédacteurs de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. Adogmatique, le DROIT HUMAIN porte haut dans ses préoccupations la notion de respect des Droits et des Devoirs de l’être humain.

L’actualité s’avère brûlante de sujets clivants et de contextes à tendance anxiogène. L’espace médiatique et politique semble de plus en plus la cible de personnes privilégiant d’alimenter les passions, de flatter la part instinctive de l’homme, de nourrir les peurs et les réflexes de se replier sur des imaginaires identitaires exclusifs. Face aux risques d’acceptation d’abandon de parcelles de la Démocratie et de libertés au profit de pouvoirs arbitraires, comme tout autant face aux risques de chaos économique, social et spirituel, le Droit Humain fait appel à toute personne de bonne volonté et animé de bienveillance pour se retrouver en des lieux de réflexion apaisés. En ces lieux propices à l’approfondissement de la pensée, des rituels traditionnels garantissent le respect de chacun, notamment dans sa prise de parole et dans l’écoute de la parole des autres. Ainsi le DROIT HUMAIN rétablit la possibilité d’échange et de partage en toute Fraternité malgré la variété des options de pensées des personnes en présence.

AINSI, VOICI CE QUE PROPOSE LA FRANC-MAÇONNERIE et EN PARTICULIER LE DROIT HUMAIN en tant qu’Ordre Maçonnique Mixte et International :

  • Un lieu de réflexion où la fraternité et le dépassement de soi sont au cœur de chaque démarche.
  • Un lieu où l’on peut chercher des réponses aux questions de la vie, de sa vie tout en contribuant au bien commun.

-Un espace de liberté, d’échanges, de progrès et de transformation, visant à favoriser l’éveil de la conscience et l’élévation personnelle. Tous les thèmes politiques et sociaux sont possibles, si chacun veille à ne pas prioriser de convaincre par un prosélytisme mais dans l’intention humble d’apporter des éléments complémentaires pouvant enrichir la connaissance du sujet traité. L’intention s’avère aussi de travailler sur soi tout en réfléchissant sur le monde.

LES CONDITIONS : être majeur, présenter un casier judiciaire vierge, être disponible pour le travail à accomplir, avec au cœur les valeurs de LIBERTE, d’EGALITE et de FRATERNITE.

LA FRANC-MACONNERIE ALLIE TRADITION ET MODERNITÉ

Depuis plus de 300 ans elle reste une histoire vivante. Ses loges ont toujours été des lieux de liberté de pensée, de tolérance et de débats sur les grandes questions sociales. Aujourd’hui encore elles combinent initiation, philosophie et engagement dans les idées modernes sociales ou morales. Il est ainsi possible à chacun d’envisager de rejoindre un atelier, y compris dans l’Indre, afin de contribuer humblement mais activement au travail au progrès de l’Humanité.

Respectable Loge CREATION LIBERTE
Orient de CHATEAUROUX.

Grande Loge Unie du Pays Basque : renaissance d’une fraternité millénaire

Depuis la fin du XIXe siècle, les francs-maçons basques des deux côtés de la frontière, Hegoalde comme Iparralde, ont maintenu vivante une tradition singulière. Malgré les années qui séparaient parfois leurs rencontres, ils se retrouvaient autour d’un repas fraternel solennel, dans l’esprit des anciennes fraternités masculines. Ces assemblées portaient déjà le nom évocateur de Logia Handi Batuala Grande Loge Unie. Ce titre n’était pas anodin : il exprimait le désir profond de panser la blessure administrative qui avait artificiellement séparé les trois provinces du Nord des quatre provinces du Sud.

Ce rêve longtemps couvé est aujourd’hui devenu réalité. Au cours des dernières années, un projet ambitieux a germé : créer, par-delà la frontière, une seule et même Grande Loge sur le territoire culturel d’Euskadi. Un espace maçonnique souverain, enraciné dans une identité commune, alors que le Pays basque sud bénéficie depuis longtemps d’un gouvernement autonome à Bilbao.

Quatre ateliers fondateurs ont porté cette ambition avec détermination.

À Bilbao, la loge José de Mazarredo a été solennellement consacrée en ce début d’année 2026. Portée par des frères de l’Hegoalde issus de différentes obédiences espagnoles, elle rend hommage à l’illustre marin et franc-maçon basque du XIXe siècle. Plus qu’un simple réveil, elle constitue une pierre angulaire de la nouvelle obédience, scellant l’engagement actif des frères du Sud dans cette Grande Loge Unie.

À Saint-Jean-Pied-de-Port, la loge Charles Floquet a repris ses travaux en février 2026 après un long sommeil depuis 1981. Fondée en 1962, elle travaille au Rite Écossais Ancien et Accepté. Sentinelle de la Basse-Navarre, elle aspire aujourd’hui à initier de nouveaux membres locaux et à transmettre le flambeau à une nouvelle génération de frères basques.

À Donostia (Saint-Sébastien), c’est la très ancienne loge Les Frères Unis (Anaïa Batuak) qui a ressurgi tel un phénix. Endormie depuis les guerres napoléoniennes de 1813, elle a rallumé ses feux en février 2026 grâce à une chaîne d’union transfrontalière. Ce réveil symbolique, marqué par les dates 5809 et 6026, incarne le pont entre passé et futur, au service de l’unité culturelle basque.

Enfin, la loge Munduko Anaïak (Les Frères du Monde), créée en 2017 sous les auspices d’une grande loge régulière française, a officiellement installé son Orient à Bayonne. Fidèle au Rite Anglais de style Émulation, elle apporte rigueur et universalité. Elle célébrera ses dix ans en 2027 sous le symbole de la Lauburu, pleinement intégrée à la nouvelle structure.

Le 1er mai 2026, les fondateurs ont adopté une déclaration de principes reprenant fidèlement les Landmarks de 1929, socle de la régularité maçonnique. La consécration officielle intervint le 23 mai 2026 à Nice, où cinq Grandes Loges – de France, d’Australie, de Serbie, du Congo et d’Afrique de l’Ouest – ont apporté leur lumière pour parachever la naissance de l’Euskal Logia Handi Batua.
Depuis, l’élan dépasse largement le cadre basque. De nombreuses loges ont exprimé le désir de rejoindre cette nouvelle obédience. La première, située à Arcachon, a intégré la Grande Loge Unie dès le mois de juin. D’autres viendront de France, d’Espagne, d’Amérique du Sud et, naturellement, des différentes provinces d’Euskadi.

Par ailleurs, les premiers traités d’amitié ont déjà été signés, notamment avec la Grande Loge du Queensland en Australie, fondée en 1904.

Ce partenariat marque le début d’un rayonnement international pour la jeune obédience basque, tout en renforçant les liens entre maçonneries régulières du monde entier.

L’aventure ne fait que commencer. Par ce geste historique, les frères basques réaffirment que la fraternité maçonnique peut transcender les frontières administratives pour reconstruire, dans le respect des traditions, une unité culturelle et spirituelle profonde. Sous la voûte étoilée d’Euskadi, la chaîne d’union est désormais nouée pour les siècles à venir

Tintin et les Picaros ou la révolution des masques

Avec Tintin et les Picaros, Georges Remi, dit Hergé, signe bien davantage qu’une ultime aventure achevée de Tintin. Il livre une méditation ironique, mélancolique et presque initiatique sur le pouvoir, le mensonge politique, la fidélité, la liberté intérieure et la grande comédie humaine.

Sous les couleurs du carnaval et les bruits de la révolution, l’album devient une chambre d’échos où le lecteur maçonnique reconnaît les masques du monde profane, les fausses lumières de l’autorité, la fragilité de la parole donnée et l’exigence silencieuse d’une conscience qui refuse de se laisser enrégimenter.

Il est des livres que l’enfance croit connaître parce qu’elle en a suivi les cases, les couleurs, les fuites, les cris, les déguisements, les poursuites

Puis vient le temps d’une seconde lecture, plus lente, plus grave, où l’image cesse d’être seulement image, où le trait devient signe, où la plaisanterie découvre son arrière-fond d’amertume. Tintin et les Picaros appartient à cette famille secrète des œuvres tardives qui ne cherchent plus seulement l’élan de l’aventure, mais interrogent le sens même de l’aventure lorsque le monde a perdu son innocence. Le San Theodoros, déjà traversé dans L’Oreille cassée, n’est plus seulement un pays imaginaire d’Amérique latine. Il devient le miroir agrandi d’une humanité gouvernée par les uniformes, les proclamations, les micros, les journaux, les arrestations arbitraires et les renversements de façade. Dans ce théâtre tropical où les généraux se succèdent comme les masques d’un même visage, Hergé ne raconte pas seulement une révolution. Il montre l’usure des révolutions lorsqu’elles oublient de transformer l’homme intérieur.

Herge-Italie-1965-Linus

Georges Remi, né à Etterbeek en 1907 et mort à Woluwe-Saint-Lambert en 1983, a composé sous le nom de Hergé l’une des œuvres graphiques les plus universelles du XXe siècle. De Tintin au pays des Soviets au Lotus bleu, de L’Affaire Tournesol à Tintin au Tibet, des Bijoux de la Castafiore à Vol 714 pour Sydney, son parcours n’est pas seulement celui d’un dessinateur ayant imposé la ligne claire comme une grammaire visuelle.

Il est celui d’un créateur que son propre personnage finit par travailler de l’intérieur

Dans les premiers albums, Tintin agit avec la certitude du justicier. Dans les derniers, il observe davantage, doute davantage, se dérobe parfois à la grande mécanique héroïque qui l’avait porté. Hergé n’abandonne pas son art de la lisibilité, de la coupe narrative, du gag et du rythme, mais il en modifie le feu secret. L’aventure devient une enquête sur la comédie du monde. Le trait demeure pur, mais la conscience s’assombrit. Cette tension donne à Tintin et les Picaros sa place singulière dans l’ensemble de l’œuvre.

L’album s’ouvre sous le signe de la voix accusatrice

La presse annonce, grossit, suspecte, condamne. Bianca Castafiore, les Dupondt, puis le professeur Tryphon Tournesol se trouvent pris dans une affaire fabriquée par le pouvoir tapiociste. Le général Tapioca accuse, l’information répète, l’image amplifie. La vérité n’a pas encore parlé que le jugement circule déjà.

Pour un lecteur maçonnique, cette entrée en matière résonne fortement avec la vieille question du discernement.

Que vaut une parole lorsque sa source est empoisonnée par l’intérêt politique

Que devient la justice lorsque la scène publique précède l’examen. Que reste-t-il de la fraternité lorsque la rumeur remplace l’écoute. Hergé, sous la légèreté apparente d’un album d’aventure, désigne l’une des grandes maladies modernes, celle d’un monde saturé de messages où le vrai se trouve moins réfuté qu’englouti par le bruit.

Le capitaine Archibald Haddock, ici, incarne une humanité blessée, colérique, comique, mais profondément loyale

Son indignation, ses résistances, ses fuites devant les contraintes, son rapport tragiquement contrarié au whisky, tout cela pourrait faire sourire sans reste. Pourtant, sous la farce, quelque chose de plus profond affleure. Haddock est l’homme des passions, celui qui connaît la chute, l’excès, la colère, mais qui demeure capable d’attachement et de courage. Dans une perspective initiatique, il est peut-être plus proche de nous que Tintin lui-même. Tintin garde une transparence presque solaire, tandis que Haddock porte en lui la matière brute, l’élément non travaillé, le métal encore sonore que l’épreuve va contraindre à se déplacer. Nous retrouvons en lui cette humanité imparfaite que le chantier maçonnique ne méprise pas, car elle est précisément la pierre à tailler.

Tintin, de son côté, n’est plus tout à fait le jeune reporter conquérant des origines

Il apparaît plus distant, presque retiré, comme si l’âge intérieur du personnage l’avait placé à la lisière du monde. Il ne court plus vers l’événement avec la même candeur. Il accepte d’intervenir parce que l’injustice l’y oblige, non parce que l’aventure l’appelle. Cette nuance est capitale. Tintin et les Picaros n’est pas le roman graphique de l’enthousiasme, mais celui du devoir. Tintin ne croit pas aux généraux, ne se laisse pas séduire par les proclamations, ne confond pas la prise du palais avec l’avènement de la justice. Sa véritable fidélité ne va ni à Alcazar, ni à une cause armée, ni à une idéologie victorieuse. Elle va aux êtres menacés, à la parole donnée, à l’amitié, à cette petite lampe morale qui résiste au vacarme des tribunes.

Le général Alcazar et le général Tapioca forment un couple symbolique d’une redoutable efficacité

Ils s’opposent en apparence, mais leur opposition ressemble à un jeu de miroirs. L’un chasse l’autre, l’autre revient sous d’autres couleurs, les moustaches deviennent signe d’appartenance, les uniformes changent de camp, la foule acclame le vainqueur du jour. Hergé atteint ici une lucidité politique qui dépasse largement la caricature latino-américaine. Il nous parle de tous les pouvoirs qui se contentent de remplacer les emblèmes sans convertir les cœurs. Il nous parle de ces révolutions qui déplacent les meubles du palais, mais laissent intacte la chambre obscure de la domination. Le lecteur initié entend alors une leçon sévère. Le véritable retournement n’est pas celui qui installe un autre chef dans le fauteuil. Il est celui qui fait passer l’être humain de la servitude à la conscience, de la réaction à la mesure, de la vengeance à la justice.

L’épisode des Picaros porte cette ambiguïté à son point le plus vif

Ces guérilleros attendus comme des combattants farouches apparaissent engourdis, dégradés, presque dissous dans l’alcool et l’attente. Ils ne sont pas des héros de marbre. Ils sont des hommes fatigués, manipulables, traversés par le désir de revanche et par la faiblesse du corps. Le professeur Tryphon Tournesol, avec son invention qui rend l’alcool insupportable, agit alors comme un alchimiste malgré lui. Il ne produit pas l’or spirituel, mais il modifie la relation à l’ivresse. Il interrompt un enchantement toxique.

Dans une lecture hermétique, cette transformation comique peut se lire comme une opération de séparation.

Il faut séparer l’homme de ce qui l’asservit pour qu’une action redevienne possible

Mais Hergé, avec son ironie profonde, ne confond pas cette abstinence forcée avec une purification de l’âme. Les corps se redressent, les armes reprennent leur chemin, la révolution avance, mais la sagesse demeure incertaine. La transmutation n’a pas atteint le centre.

La Castafiore, quant à elle, demeure l’une des grandes figures paradoxales de l’univers hergéen

Elle est l’excès vocal, le théâtre ambulant, l’apparition baroque au milieu des calculs militaires. Pourtant, dans cet album, son arrestation et son procès donnent à sa présence une dimension presque sacrificielle. Elle devient l’otage du pouvoir, la victime voyante d’un mensonge d’État, la voix que le pouvoir prétend humilier parce qu’il ne supporte pas ce qui échappe à sa maîtrise. Sa voix, souvent moquée, devient alors un signe. Elle représente ce que les régimes de contrainte veulent réduire au silence, non parce que cette voix serait toujours juste, mais parce qu’elle manifeste une liberté irréductible, une flamboyance humaine que l’administration de la peur ne sait pas absorber.

La dimension carnavalesque de l’album est sans doute l’une des plus riches

Les masques, les costumes, les fanfares, les couleurs, les cortèges ne sont pas seulement un procédé visuel. Ils disent la vérité profonde du livre. Le carnaval inverse les rôles, brouille les rangs, autorise la métamorphose apparente. Dans le monde profane, chacun porte un masque. Le tyran se déguise en sauveur, le rebelle en libérateur, la propagande en information, l’obéissance en ordre, la vengeance en justice. Or la démarche initiatique ne consiste pas à arracher brutalement tous les masques, mais à apprendre à les reconnaître, à ne plus être leur dupe, à chercher derrière eux le visage intérieur.

Tintin et les Picaros est peut-être l’un des albums les plus maçonniques de Hergé précisément parce qu’il ne donne pas de catéchisme moral.

Il place le lecteur devant un pavé mosaïque politique où le blanc et le noir, le juste et l’ambigu, le comique et le tragique, l’élan et la lassitude, ne cessent de s’entrecroiser.

La jungle et la pyramide ajoutent une autre profondeur

Elles pourraient n’être qu’un horizon d’aventure. Elles deviennent un appel archaïque, presque temple englouti, mémoire de civilisations disparues face au ridicule des pouvoirs présents. La pyramide, figure d’élévation, de degrés, de montée vers un sommet, se tient au loin comme un rappel muet de ce que les hommes politiques de l’album ont oublié. Ils se battent pour occuper le bas du monde, pour tenir le palais, la radio, la caserne, le cortège. La pyramide, elle, indique une ascension possible. Dans l’imaginaire initiatique, elle renvoie à l’effort vertical, à la construction de soi, à la montée patiente qui ne se confond jamais avec la conquête immédiate. Hergé juxtapose ainsi deux architectures. D’un côté, le palais du pouvoir, lieu de substitutions et de signatures. De l’autre, la forme ancienne de la montée, silencieuse, exigeante, presque indifférente aux agitations humaines.

Cette opposition traverse tout l’album

Les généraux possèdent les micros, les gardes, les journaux, les bureaux et les limousines. Tintin et ses amis possèdent autre chose, plus discret et plus décisif, la fidélité, l’intelligence pratique, le courage de ne pas croire trop vite, la capacité de traverser le tumulte sans perdre entièrement leur centre. Il ne s’agit pas d’une sainteté. Hergé n’écrit pas une hagiographie. Il met en scène des êtres traversés par le comique, les limites, la fatigue, la peur, l’irritation. Mais il suggère que la dignité humaine se reconnaît à cette manière de ne pas se dissoudre dans la comédie collective. Le héros véritable n’est pas celui qui prend le pouvoir. Il est celui qui, au milieu des changements de costumes, conserve une boussole.

La fin de l’album est d’une force amère

Alcazar triomphe, Tapioca tombe, les Picaros défilent, la fête éclate. Pourtant, le lecteur ne reçoit pas la consolation d’un monde réconcilié. La dernière sensation est celle d’un cycle qui recommence. Le pouvoir s’est déplacé. L’ordre a changé de visage. Mais les pauvres restent les pauvres, les soldats restent les soldats, les prisons demeurent prêtes, les téléphones du chef attendent de nouvelles consignes. Hergé refuse l’illusion d’une clôture heureuse. Il laisse l’aventure dans une lumière oblique, où la victoire extérieure paraît moins importante que la lucidité acquise. Nous comprenons alors que l’album parle moins de San Theodoros que de notre propre rapport aux apparences. Combien de fois avons-nous pris un changement de masque pour une métamorphose. Combien de fois avons-nous confondu agitation et progrès, renversement et élévation, proclamation et vérité.

C’est là que Tintin et les Picaros rejoint une sensibilité maçonnique profonde

La franc-maçonnerie, lorsqu’elle demeure fidèle à son exigence, ne célèbre pas les conversions bruyantes de façade. Elle travaille dans la durée, dans le silence, dans la rectification patiente de soi-même. Elle sait que la liberté ne se décrète pas seulement dans les constitutions, ni dans les cortèges, ni dans les discours. Elle se conquiert à l’intérieur, par une lutte contre nos propres tyrannies, contre nos ivresses, contre nos vanités, contre notre goût de dominer sous prétexte de servir. Hergé, peut-être sans vouloir livrer une œuvre ésotérique, touche ici à une vérité initiatique majeure. Le monde ne change vraiment que lorsque l’homme cesse de reproduire en lui le pouvoir qu’il prétend combattre hors de lui.

Tintin et les Picaros est donc un album plus grave que sa réputation ne le laisse parfois penser

Certains y voient un Tintin tardif, moins vif, moins enchanté. Il faudrait peut-être y reconnaître au contraire la sagesse inquiète d’un créateur qui ne croit plus aux puretés faciles. Georges Remi, dit Hergé, a placé dans ces pages une sorte de testament oblique. Le dessin garde l’éclat de la ligne claire, mais cette clarté éclaire un monde trouble. Les couleurs chantent, mais leur chant accompagne une mascarade. L’humour demeure, mais il se teinte d’une inquiétude métaphysique. Le héros agit encore, mais son action ne sauve pas l’Histoire. Elle sauve seulement quelques êtres, quelques liens, quelques fragments d’honneur. Et c’est peut-être déjà beaucoup.

Au terme de cette lecture, Tintin et les Picaros apparaît comme un miroir tendu à toutes les révolutions inachevées de l’âme

Hergé y dépose une leçon d’une étonnante maturité. Le pouvoir change de costume plus vite que l’homme ne change de cœur. La vraie libération ne se joue ni dans le palais conquis, ni dans le cortège victorieux, ni dans la fanfare du carnaval. Elle commence lorsque nous apprenons à reconnaître nos masques, à mesurer nos ivresses et à préférer la lumière intérieure aux illuminations trompeuses de la scène publique. C’est pourquoi cet album, sous ses couleurs d’aventure et de fête, demeure une méditation mélancolique sur la liberté. Une liberté moins proclamée que travaillée, moins conquise que méritée, moins spectaculaire que fraternelle.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

Les aventures de Tintin – Tintin et les Picaros

Hergé – Casterman, 1993, 60 pages 12,50 €

JR au Pont-Neuf, la caverne comme passage initiatique

À l’heure où ces lignes devaient accompagner l’ouverture de La Caverne du Pont-Neuf, prévue le 6 juin 2026, le réel est venu déchirer la toile du rêve. Une partie de l’installation monumentale imaginée par JR a été endommagée, contraignant les organisateurs à reporter l’accueil du public. Ce contretemps, loin d’ôter à l’œuvre sa puissance, lui donne peut-être une résonance plus profonde encore.

JR

Car toute caverne, avant d’être traversée, suppose une épreuve. Toute lumière, avant de se révéler, connaît l’obstacle, l’attente, la déchirure.

Initialement annoncée du 6 au 28 juin 2026, accessible gratuitement, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, La Caverne du Pont-Neuf devait transformer le plus ancien pont de pierre de Paris en immense grotte minérale, quarante ans après l’empaquetage mythique de Christo et Jeanne-Claude. En 1985, avec The Pont Neuf Wrapped, le couple d’artistes avait déjà fait du monument un signe, une apparition, une énigme offerte à la ville. JR, à son tour, ne se contente pas d’habiller le Pont-Neuf. Il le creuse symboliquement. Il l’ouvre. Il en fait un seuil.

Il est des gestes artistiques qui ne se contentent pas d’occuper l’espace public

Ils le réveillent. Ils le déplacent. Ils l’interrogent dans sa mémoire profonde. Avec La Caverne du Pont-Neuf, Paris cesse d’être seulement décor, circulation, patrimoine ou carte postale, pour redevenir théâtre symbolique de la transformation intérieure. Le pont n’est plus seulement passage d’une rive à l’autre. Il devient passage d’un état à un autre. Il n’est plus seulement architecture. Il devient expérience du regard.

Il faudra donc patienter avant de pénétrer cette grotte urbaine suspendue au-dessus de la Seine. Mais ce report lui-même appartient déjà à l’histoire de l’œuvre. La matière résiste, le vent éprouve, la toile se blesse, et l’artiste, comme le bâtisseur, doit reprendre son ouvrage.

Dans cette attente imprévue, La Caverne du Pont-Neuf demeure fidèle à ce qu’elle annonce. Une traversée. Une épreuve. Une invitation à quitter les ombres pour retrouver la lumière.

Le Pont-Neuf n’est jamais un lieu neutre

Son nom dit déjà le paradoxe. Il est le plus ancien pont de Paris et demeure pourtant le Pont-Neuf, comme si la ville rappelait à chacun que l’ancien peut porter en lui une promesse de nouveauté. Il relie les rives, traverse la Seine, touche l’île de la Cité, inscrit dans la pierre une fonction essentielle de passage. Pour un regard maçonnique, il devient naturellement image du chemin initiatique. Nous quittons une rive pour en rejoindre une autre. Nous franchissons l’eau, symbole de purification, de mémoire et de mouvement. Nous passons d’un état à un autre, non pour fuir le monde, mais pour apprendre à le regarder autrement.

JR, né à Paris en 1983, photographe, réalisateur et artiste contemporain, a bâti son œuvre sur le collage photographique dans l’espace public

Son travail consiste souvent à faire surgir des visages, des présences et des récits là où l’anonymat urbain les avait effacés. Avec cette nouvelle installation, il ne colle plus seulement une image sur la ville. Il ouvre une brèche dans son apparence familière. Le pont devient caverne. Le passage devient expérience. La traversée devient question.

Cette caverne n’est pas un simple décor spectaculaire

Elle convoque immédiatement Platon et son allégorie fameuse. La caverne est le lieu des ombres prises pour le réel, des illusions acceptées comme vérités, des regards prisonniers de leurs habitudes. La démarche de JR assume cette portée philosophique. Selon la présentation de l’artiste, La Caverne du Pont Neuf vient conclure un cycle commencé en 2020, après les expériences d’isolement et de déconnexion amplifiées par la pandémie. Elle prolonge notamment Retour à la Caverne, réalisé sur la façade de l’Opéra de Paris en 2023, où la référence platonicienne invitait déjà à regarder vers l’intérieur pour retrouver une compréhension plus juste du monde.

Pour le franc-maçon, cette symbolique parle avec une force particulière

Toute initiation commence dans une forme de caverne. Le cabinet de réflexion, espace clos, obscur et silencieux, n’est-il pas lui aussi une caverne intérieure où le profane se trouve confronté à lui-même avant d’apercevoir la lumière du Temple ? La caverne n’est pas seulement le lieu de l’ignorance. Elle est aussi celui de la gestation. Elle précède la naissance. Elle impose le retrait, la descente, l’écoute, l’épreuve. Elle oblige à perdre ses repères pour retrouver une orientation plus haute.

Dans cette perspective, la proposition de JR prend une résonance singulière

Elle ne détruit pas le pont. Elle ne le remplace pas. Elle le recouvre, le transforme, le rend presque méconnaissable afin que nous puissions le redécouvrir. L’art agit ici comme un voile initiatique. Il cache pour révéler. Il obscurcit pour rendre visible. Il dérange l’habitude pour faire naître l’attention. Le passant, habitué à traverser sans voir, sera invité à ralentir, à entrer, à éprouver l’espace, à sentir que la ville possède encore des seuils.

La parenté avec Christo et Jeanne-Claude est évidente et revendiquée

Pont-Neuf_emballé,_septembre_1985

En septembre 1985, les deux artistes avaient emballé le Pont-Neuf et ses quarante-quatre réverbères dans une étoffe couleur grès. Cette œuvre éphémère, préparée pendant de longues années, attira trois millions de visiteurs en deux semaines et marqua durablement l’histoire de l’art public monumental.

Quarante ans plus tard, JR ne répète pas Christo. Il répond à son geste. Là où Christo enveloppait la pierre pour la rendre paradoxalement plus présente, JR transforme le pont en cavité minérale. Là où l’empaquetage révélait la silhouette, la caverne ouvre une intériorité.

Christo et Jeanne-Claude avaient déjà compris que l’éphémère pouvait toucher à l’essentiel.

Une œuvre qui disparaît n’est pas nécessairement une œuvre légère.

Elle agit comme certains rites. Elle laisse moins une trace matérielle qu’une mémoire vive. Elle s’adresse à ceux qui étaient là, à ceux qui ont vu, traversé, éprouvé. Elle rappelle que toute beauté n’a pas vocation à durer dans la pierre. Certaines beautés vivent dans l’instant, dans la rencontre, dans la transmission du récit.

La Caverne du Pont Neuf s’inscrit dans cette lignée de l’art public comme expérience collective

Thomas Bangalter

Le projet sera porté par le fonds de dotation L’Amicale des Ponts de Paris et financé sans ressource publique, par la vente d’œuvres de JR et par des soutiens privés. L’installation s’accompagnera aussi d’une dimension sonore imaginée avec Thomas Bangalter, ancien membre de Daft Punk, ainsi que d’une expérience de réalité augmentée développée avec l’AR Studio Paris de Snap Inc.

La technique elle-même participe du symbole.

Le dispositif repose sur une architecture gonflable, conçue notamment par Air Toiles Concept dans le Morbihan

La Ville de Paris indique que l’œuvre atteindra environ cent vingt mètres de long, vingt mètres de large et jusqu’à dix-huit mètres de hauteur. Elle sera composée d’arches en toile remplies d’air, recouvertes d’une surface imprimée évoquant la roche calcaire, en référence aux carrières dont proviennent les pierres du Pont-Neuf.

L’air et la pierre. Le vide et le plein. Le visible et l’invisible. Ces couples parlent au langage symbolique.

Le Temple maçonnique est lui aussi une architecture de tensions fécondes

Il unit la matière et l’esprit, la colonne et la voûte, le pavé mosaïque et la lumière. Ici, l’air donne forme à la pierre imaginaire. L’éphémère dialogue avec le monument. La toile fait surgir la mémoire géologique de Paris. Le pont, œuvre humaine, semble retourner à la carrière originelle, comme si la ville était invitée à se souvenir de la matière dont elle est faite.

Le geste de JR possède aussi une dimension civique. Dans une époque saturée d’images, de flux numériques, de réactions immédiates et d’écrans, il impose une expérience physique. Il oblige à venir voir. Il invite à traverser. Il transforme le passant en témoin. La réalité augmentée, loin d’être seulement gadget technologique, peut alors devenir miroir critique de notre rapport contemporain au visible. Nous croyons voir le monde, mais nous le regardons souvent à travers des filtres, des algorithmes, des reflets. La caverne platonicienne n’est plus seulement une paroi de pierre. Elle tient peut-être dans la paume de nos mains.

C’est ici que la lecture maçonnique devient particulièrement féconde.

La franc-maçonnerie enseigne que la lumière ne se reçoit pas passivement

Elle se cherche. Elle se mérite par le travail, par l’attention, par la rectification du regard. Voir autrement n’est pas seulement changer de décor. C’est transformer celui qui regarde. En métamorphosant le Pont-Neuf, JR ne propose pas seulement une attraction spectaculaire au cœur de Paris. Il offre une méditation sur notre capacité à sortir de l’aveuglement, à retrouver du lien, à réapprendre la concorde au sein d’un espace commun.

Source – Musée Carnavalet, Paris

Il faut aussi saluer le choix du pont

Dans la tradition symbolique, le pont est l’un des grands archétypes du passage. Il unit ce qui était séparé. Il permet de franchir l’abîme, l’eau, la coupure, la distance. Il est à la fois ouvrage d’ingénierie et figure spirituelle. Le pont est un outil de civilisation. Il suppose mesure, calcul, confiance et orientation. Il rappelle que les sociétés ne tiennent que par les passages qu’elles savent construire entre les êtres, les générations, les mémoires et les rives opposées.

Le Pont-Neuf, sous le voile de JR, deviendra donc autre chose qu’un monument parisien temporairement transformé

Il deviendra une chambre de résonance. Entre Christo et Jeanne-Claude en 1985 et JR en 2026, une même intuition traverse les décennies. L’art public n’est pas seulement fait pour embellir la cité. Il est fait pour réveiller le regard collectif. Il est fait pour produire du débat, de l’étonnement, parfois de l’inconfort, toujours une forme de déplacement.

Et n’est-ce pas précisément ce que cherche toute démarche initiatique authentique ?

Déplacer l’être humain. Non pour l’arracher au réel, mais pour lui permettre d’y revenir plus lucide. Nous entrons dans l’ombre afin de mieux reconnaître la lumière. Nous traversons la caverne pour ne plus confondre les ombres avec le réel. Nous franchissons le pont pour comprendre que la rive atteinte n’est jamais seulement géographique. Elle est intérieure.

Agnès_Varda et JR

Quarante ans après Christo et Jeanne-Claude, JR ne recouvre pas seulement le Pont-Neuf. Il nous tend un miroir. Sous l’apparence d’une caverne surgie au cœur de Paris, il nous rappelle que tout passage véritable commence par une question. Que voyons-nous vraiment lorsque nous croyons voir ? Et quelle lumière sommes-nous encore capables de chercher ensemble, au-delà des ombres projetées sur les murs de notre temps ?

Infos pratiques

La Caverne du Pont Neuf – Installation monumentale de JR / Paris – Du 6 au 28 juin 2026
Accès gratuit / Visible à pied, à vélo, depuis les berges de Seine, les quais, les ponts voisins et depuis l’eau / Photos La Caverne du Pont-Neuf, DR-22.05.2026

ATHANOR : Revue de presse hebdo – N°10

Athanor, quand l’affaire rebondit dans la presse

Après plusieurs semaines d’une couverture nourrie, parfois haletante, parfois sidérante, le procès Athanor semblait entrer dans une phase moins spectaculaire. Le bruit médiatique paraissait s’estomper. Les articles se faisaient plus rares. Dans notre revue de presse numéro 9, nous écrivions que le silence médiatique succédait au fracas judiciaire.

Force est de reconnaître que cette semaine, l’affaire rebondit

Elle revient au premier plan par le volet le plus grave du dossier, celui de la mort de Laurent Pasquali, pilote automobile retrouvé sans vie plusieurs mois après sa disparition, mais aussi par une relance très remarquée du Canard enchaîné – Journal satirique paraissant le mercredi, qui place l’affaire en une avant de lui consacrer un article entier en page 3. Athanor, nom emprunté au vocabulaire alchimique, redevient ainsi le foyer médiatique d’une combustion inquiétante, où s’entremêlent loge dévoyée, monde du renseignement, fascination clandestine, dettes, jalousie, contrats criminels et passage à l’acte.

Là où l’athanor devrait être le four de la lente transmutation intérieure, le procès expose semaine après semaine une inversion tragique du symbole

Non plus l’œuvre patiente de purification, mais une mécanique d’emprise, d’illusion et de violence. À mesure que la cour d’assises spéciale de Paris avance dans l’examen des faits, les médias reviennent sur un dossier qui impose de distinguer avec rigueur ce qui relève de la justice pénale, ce qui relève du fantasme sécuritaire, et ce qui relève de l’ombre portée sur une franc-maçonnerie dont le nom se trouve abusivement associé à des dérives qui lui sont étrangères.

Vendredi 29 mai 2026 – BFM TV

BFM TV ouvre la séquence médiatique de la semaine en revenant sur un témoignage décisif, celui de Jean Sauvat, le cueilleur de champignons qui a découvert les restes de Laurent Pasquali dans un bois de Haute-Loire. L’article insiste sur la part de hasard qui a permis de retrouver le corps. Jean Sauvat explique qu’une averse l’a conduit à couper à travers les buissons pour regagner sa voiture. C’est alors qu’il tombe sur un crâne humain.

Le récit est d’autant plus fort qu’il révèle la volonté de dissimulation. Le corps se trouvait dans un lieu reculé, difficile d’accès, connu surtout de bûcherons et de chercheurs de champignons. À la barre, le major de gendarmerie Romuald Chamont confirme que la sépulture était située à environ 60 mètres de la départementale, dans un endroit particulièrement compliqué à trouver. Les ossements reposaient dans une tombe de fortune recouverte de végétation et de bois, selon une disposition qui laisse penser à une dissimulation volontaire.

L’article de BFM TV éclaire ainsi la matérialité du crime. Il ne s’agit plus seulement d’un dossier tentaculaire, de noms, de réseaux, de loge, de services, de fantasmes d’agents clandestins. Il s’agit d’un corps, d’un homme tué, d’une famille privée de vérité, et d’un promeneur sans lequel les ossements auraient peut-être échappé durablement aux enquêteurs. La parole de Jean Sauvat ramène le procès à sa dimension humaine la plus nue. Le lien vers l’article.

Vendredi 29 mai 2026 – Radio France

Radio France, sous la plume de Charlotte Piret pour France Inter, choisit de replacer la mort de Laurent Pasquali dans la mécanique générale du procès Athanor. Le média rappelle que le pilote, présenté comme un excellent amateur, vivait au-dessus de ses moyens et avait accumulé les dettes. Le coût d’une saison automobile, évalué par un enquêteur entre 200 000 et 400 000 euros, éclaire la fragilité financière de Laurent Pasquali.

L’article revient sur le prêt de 100 000 euros consenti par Nancy Maarek et Alain Maarek, couple passionné de course automobile. Le pilote gagne ensuite un championnat, mais l’argent n’est pas remboursé. Selon l’accusation, cette dette devient le point d’entrée d’un engrenage mortel. Les tueurs présumés auraient affirmé avoir agi dans le cadre d’une mission d’État, alors qu’il s’agirait d’une vengeance privée, organisée via des relais issus de l’environnement Athanor.

France Inter met ainsi en évidence l’un des ressorts les plus troublants du dossier, la confusion entre imaginaire d’État, vocabulaire de mission, réseaux personnels et règlements de comptes privés. À travers cette lecture, l’affaire Athanor apparaît comme une fable noire sur les dangers d’un langage sacralisé ou militarisé lorsqu’il sert à masquer des intérêts bassement humains. Le lien vers l’article.

Lundi 1er juin 2026 – TV5 Monde

TV5 Monde reprend une dépêche de l’AFP consacrée aux zones d’ombre entourant le meurtre de Laurent Pasquali. Le texte insiste sur l’énigme que constitue encore cette mort au sein du procès Athanor. Laurent Pasquali, âgé de 43 ans, a été abattu en novembre 2018 dans un parking souterrain de Levallois-Perret, avant que son corps ne soit transporté et dissimulé à plusieurs centaines de kilomètres.

Le média rappelle que 22 personnes sont jugées jusqu’au 17 juillet et que plusieurs questions restent ouvertes. L’accusation retient la préméditation, tandis que certains accusés soutiennent la thèse d’une mort accidentelle. Sébastien Leroy, présenté comme l’un des exécutants du contrat, accuse Dylan Bilheude d’avoir tiré sur Laurent Pasquali. Dylan Bilheude conteste fermement cette version. Daniel Beaulieu, ancien agent de la DCRI, aurait d’abord reconnu le meurtre avant de se rétracter et d’évoquer une bavure.

TV5 Monde souligne aussi la dimension intime du dossier, avec les éléments issus des enquêtes de personnalité concernant Nancy Maarek et Alain Maarek. Les sentiments prêtés à Nancy Maarek envers Laurent Pasquali et la jalousie attribuée à Alain Maarek viennent épaissir la lecture d’un crime où l’argent, la passion, l’humiliation et la domination semblent se mêler. Le procès ne cherche donc pas seulement à établir qui a tué, mais comment une chaîne de décisions, de rancunes et d’aveuglements a pu conduire à la mort. Le lien vers l’article.

Lundi 1er juin 2026 – Boursorama

Boursorama reprend également la dépêche de l’AFP sur les zones d’ombre du meurtre de Laurent Pasquali. L’intérêt de cette reprise tient à sa diffusion dans un média économique, où le dossier Athanor apparaît aussi sous l’angle de la dette, de l’argent, du prêt non remboursé, de l’insolvabilité et de la relation financière devenue toxique.

La trajectoire de Laurent Pasquali y est décrite comme celle d’un homme brillant dans son domaine, mais emporté par un train de vie intenable. Sa relation avec Nancy Maarek et Alain Maarek devient l’un des fils conducteurs de l’affaire. Ce prêt de 100 000 euros, présenté par les intéressés comme modeste au regard de leur niveau de vie, aurait pourtant ouvert la voie à une demande de recouvrement confiée à Frédéric Vaglio, entrepreneur et franc-maçon, avant que la mécanique ne bascule vers le crime.

Cette reprise rappelle combien le dossier Athanor est aussi une affaire de créance et de pouvoir. L’argent n’y apparaît pas seulement comme un motif matériel. Il devient le révélateur d’une emprise, d’une humiliation et d’une volonté de reprendre possession d’un ordre perdu. Dans un tel contexte, la référence maçonnique, détournée de son sens initiatique, prend l’allure d’un décor tragiquement profané. Le lien vers l’article.

Mardi 2 juin 2026 – Le Singulier

Le Singulier reprend à son tour les éléments de l’AFP et les reformule autour des points obscurs du dossier. L’article revient sur la disparition de Laurent Pasquali, la découverte de ses ossements par un promeneur, son endettement, puis le rôle attribué à Frédéric Vaglio dans la transformation d’un contentieux financier en contrat criminel.

Le texte met l’accent sur la chaîne des responsabilités. Pour la famille de Laurent Pasquali, l’enjeu ne se limite pas à savoir qui a tiré. Il faut comprendre qui a préparé, qui a exécuté, qui a dissimulé, qui a commandité et qui a laissé faire. Cette approche rejoint l’une des questions essentielles du procès Athanor. Dans une affaire où chacun semble renvoyer à un autre maillon de la chaîne, la justice doit reconstituer le tracé complet de l’acte.

Le Singulier rappelle également les contradictions entre les accusés. Sébastien Leroy affirme avoir été manipulé. Dylan Bilheude nie avoir été présent. Daniel Beaulieu a varié dans ses déclarations. Alain Maarek a regretté d’avoir mis Laurent Pasquali sur le chemin de Frédéric Vaglio. Autant de paroles éclatées que la cour doit confronter à la matérialité des faits. Le lien vers l’article.

2 juin 2026 – L’Équipe – Stéfan L’Hermitte

« Environ un million d’euros de dettes en cumulé – Laurent Pasquali raconté par ses créanciers au procès Athanor »

L’Équipe, sous la plume de Stéfan L’Hermitte, apporte un éclairage particulièrement important sur le volet financier de la mort de Laurent Pasquali. Le quotidien sportif rappelle que le pilote aurait été assassiné en novembre 2018 pour une dette de 100 000 euros, mais que l’ensemble de ses créances aurait approché le million d’euros. Ce chiffre donne au dossier une autre épaisseur. Il ne s’agit plus seulement d’un prêt isolé non remboursé, mais d’un engrenage d’endettement, de promesses, de fuites et de créanciers laissés dans l’attente.

L’article revient sur l’audience du mardi 2 juin, au cours de laquelle Laurent Pasquali est raconté par ceux à qui il devait de l’argent. L’image qui se dessine est celle d’un homme brillant, passionné, capable de susciter admiration et confiance, mais pris dans une fuite en avant financière. L’Équipe rapporte notamment les derniers mots connus du pilote, tels qu’ils auraient été rapportés par son ami banquier Laurent Margotton, lui aussi créancier à hauteur de 100 000 euros. Ces mots suspendus, prononcés au téléphone avant le drame, prennent dans le récit une force presque funèbre.

Glock 17 3e génération

Le média rappelle enfin que, selon l’accusation, Laurent Pasquali aurait été tué dans un parking sombre de Levallois-Perret, le 29 novembre 2018, d’un tir de Glock en plein cœur. Une autre hypothèse est aussi évoquée par un avocat des parties civiles, celle d’un étouffement à l’aide d’un sac-poubelle bleu. Le papier de L’Équipe donne ainsi une tonalité plus intime, presque crépusculaire, à ce volet du procès. Le sport automobile, monde de vitesse, de prestige et de dépassement, y croise brutalement celui de la dette, de la peur et de la mort. Le lien vers l’article.

2 juin 2026 – Motors Addict

« Environ un million d’euros de dettes en cumulé – Laurent Pasquali raconté par ses créanciers au procès Athanor »

Motors Addict relaie l’article de L’Équipe et invite ses lecteurs à se reporter au récit publié par le quotidien sportif. Cette reprise confirme l’intérêt particulier du monde automobile pour le volet Laurent Pasquali, dont la trajectoire personnelle, sportive et financière constitue l’un des points les plus tragiques du procès Athanor.

Le site rappelle l’élément central mis en avant par L’Équipe. Laurent Pasquali aurait été assassiné, en novembre 2018, pour une dette de 100 000 euros, alors que le total de ses créances approchait le million d’euros. Ce rappel, bref mais significatif, montre que l’affaire dépasse désormais les seules rubriques judiciaires ou généralistes. Elle touche aussi la mémoire d’un pilote, d’un milieu, d’un univers sportif où l’argent, la performance, la réputation et la confiance tiennent une place considérable. Lien vers l’article.

Mercredi 3 juin 2026 – La Dépêche du Midi

La Dépêche du Midi, sous la signature de Martin Planques, propose une synthèse très complète du volet Laurent Pasquali. Le titre met en avant le récit du promeneur qui a découvert le corps, avec cette image terrible du crâne aperçu dans les buissons. L’article reprend les principaux éléments déjà développés par BFM TV, tout en les replaçant dans l’ensemble du procès Athanor.

Le média rappelle que Laurent Pasquali est le seul homme tué dans ce dossier où 22 accusés comparaissent devant les assises de Paris. Son corps, retrouvé à plus de 450 kilomètres des Hauts-de-Seine, fait de ce volet l’un des moments les plus attendus du procès. La Dépêche insiste sur la difficulté du lieu de découverte, sur la sépulture dissimulée et sur la volonté apparente de faire disparaître le corps.

L’article revient ensuite sur les raisons possibles du passage à l’acte. Le prêt de 100 000 euros consenti par Nancy Maarek et Alain Maarek, les demandes de remboursement, l’intervention de Frédéric Vaglio, puis la chaîne supposée entre donneurs d’ordres, intermédiaires et exécutants, dessinent une mécanique criminelle dont la cour doit encore établir précisément les responsabilités.

La Dépêche pose aussi la question de la jalousie d’Alain Maarek à l’égard de Laurent Pasquali, après les éléments révélés par les enquêtes de personnalité. Ce point, sans se substituer à l’analyse pénale, donne au dossier une profondeur psychologique plus sombre encore. Le procès Athanor apparaît dès lors comme un laboratoire judiciaire des passions dévoyées, où l’argent, l’orgueil, le désir, la peur et le pouvoir s’agrègent jusqu’à produire l’irréparable. Le lien vers l’article.

3 juin 2026 – Mediapart – Matthieu Suc

« Procès de la loge Athanor – ripoux et fiers de l’être »

Mediapart, sous la plume de Matthieu Suc, revient sur l’un des angles les plus inquiétants du procès, celui de l’implication ou de la proximité d’anciens policiers issus des services de renseignement intérieur. L’article, réservé aux abonnés, affirme que deux anciens policiers auraient fourni des informations ayant aidé à l’assassinat de Laurent Pasquali. Entendus comme simples témoins devant la cour d’assises de Paris, ils n’auraient, selon le journal, pas manifesté beaucoup de remords.

Le papier s’ouvre sur une précaution importante. Il ne s’agit pas, écrit le journaliste, de jeter l’opprobre sur l’ensemble des membres des services de sécurité. Mais le constat dressé est sévère. Au procès Athanor, l’image renvoyée par une partie de ce que l’on appelle la communauté du renseignement apparaît, selon Mediapart, affligeante et inquiétante. Ce point rejoint l’une des lignes fortes de la couverture médiatique de cette semaine. Le dossier Athanor ne met pas seulement en cause des individus accusés d’avoir transformé une loge en structure criminelle présumée. Il interroge aussi les marges troubles où se croisent anciens policiers, agents ou ex-agents, informateurs, fantasmes opérationnels et usages dévoyés de savoirs professionnels.

Cette contribution de Mediapart prolonge le travail engagé dans ses précédents articles sur ce que savaient ou pouvaient savoir les services de renseignement. Elle renforce l’impression d’un procès où l’ombre ne vient pas seulement de la prétendue loge Athanor, mais aussi de réseaux périphériques, de complicités possibles, de passivités, d’habitudes et de silences. Là encore, la question centrale demeure celle du discernement. Comment des compétences acquises au service de l’État ont-elles pu, si les faits sont établis, nourrir ou faciliter une mécanique criminelle privée. Lien vers l’article.

Mercredi 3 juin 2026 – Le Canard enchaîné

Où l’on parle clairement dès la 10e ligne de « … La loge maçonnique était devenue une officine de tueur à gages ! » et 2 lignes plus loin, « … l’affaire Athanor, du nom de la loge maçonnique incriminée… »

Le rebond médiatique le plus spectaculaire de la semaine vient sans doute du Canard enchaîné. L’hebdomadaire place l’affaire Athanor en une avec un appel consacré aux alertes qui auraient été adressées à la DGSE. En page 3, Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbé signent un article centré sur un angle sensible, celui de ce que les services auraient su, ou auraient pu savoir, avant que les faits ne prennent l’ampleur judiciaire que nous connaissons.

Le journal rappelle d’abord la dimension hors norme du procès, ouvert devant la cour d’assises spéciale de Paris du 30 mars au 17 juillet, avec 22 prévenus. Il énumère les faits reprochés dans ce dossier tentaculaire, assassinat d’un coureur automobile, tentative de meurtre, projet d’élimination d’un syndicaliste, surveillance d’un opposant congolais, violences contre deux élus de Saint-Maur-des-Fossés, incendie criminel, vols avec violence et chantages.

Cercottes, Loiret

Le cœur de l’article porte sur Yannick Pham, présenté comme un personnage clé, réserviste au service action de la DGSE, spécialiste des faux papiers et formateur à Cercottes. Selon Le Canard enchaîné, il aurait été en lien avec plusieurs protagonistes issus ou proches du monde du renseignement, dont deux agents de sécurité de la DGSE et d’anciens policiers de la DGSI. L’hebdomadaire insiste sur cette zone grise où certains acteurs semblent avoir confondu imaginaire clandestin, missions fantasmées et passages à l’acte bien réels.

Le premier point sensible concerne une alerte qui aurait été donnée avant la tentative d’assassinat visant Marie-Hélène Dini, présentée dans le dossier comme une supposée agente israélienne. Un ancien officier supérieur du service action, identifié comme le colonel L., aurait indiqué aux enquêteurs avoir prévenu la DGSE après des confidences de Yannick Pham. À l’audience, il aurait toutefois affirmé ne pas pouvoir dire si cette alerte avait été prise au sérieux, en invoquant le secret-défense.

Le second point concerne une information transmise à propos de Gilles August, avocat connu et proche de Bernard Emié, alors patron de la DGSE. Selon l’article, Yannick Pham, reconverti dans des activités privées d’enquête, aurait signalé que Gilles August avait été approché par une femme présentée comme ukrainienne ou russe. Le colonel L. aurait alors estimé que l’information pouvait relever d’une affaire d’espionnage et l’aurait transmise au service.

La page 3 du Canard enchaîné ouvre ainsi un autre étage du dossier. Après les contrats criminels, après le meurtre de Laurent Pasquali, après les récits de manipulation, l’article interroge les lisières institutionnelles. Qu’a-t-on su, que n’a-t-on pas voulu voir, qu’a-t-on rangé derrière le secret, et comment des hommes gravitant autour de mondes sensibles ont-ils pu se draper dans une fiction opérationnelle au point de faire basculer des vies dans le réel du crime. Source : Le Canard enchaîné, édition papier du mercredi 3 juin 2026, une et page 3).

Ce que cette semaine révèle

Le pilote Laurent Pasquali – Source Lesvoitures.fr Par Steeve Arrignon

Cette dixième revue de presse marque donc une rupture avec la semaine précédente. Le dossier ne s’efface pas. Il revient par son noyau le plus tragique, la mort de Laurent Pasquali, par son angle financier, avec la question des dettes accumulées autour du pilote, et par son angle institutionnel, avec les alertes autour de la DGSE et les interrogations sur certains anciens policiers ou acteurs proches du renseignement.

Les articles de BFM TV, Radio France, TV5 Monde, Boursorama, L’Équipe, Motors Addict, Le Singulier, La Dépêche du Midi, Le Canard enchaîné et Mediapart forment désormais un ensemble dense. Tous convergent vers la même impression, celle d’un procès où la vérité ne se donne pas en bloc, mais par fragments, par témoignages, par contradictions, par silences, par dépositions parfois embarrassées.

Le volet Laurent Pasquali prend cette semaine une ampleur particulière

Le corps retrouvé dans un bois de Haute-Loire rappelle la matérialité terrible du crime. Les créanciers entendus à la barre rappellent la spirale financière. Les articles consacrés aux mondes du renseignement rappellent, eux, la porosité inquiétante entre compétences professionnelles, imaginaire clandestin et usages privés de la violence.

Pour 450.fm, la vigilance reste essentielle

Il ne s’agit ni de nier la gravité des faits, ni de laisser prospérer l’amalgame entre une organisation criminelle présumée et la franc-maçonnerie authentique. Il s’agit au contraire de regarder le dossier en face. Le mot Athanor appartient à l’alchimie spirituelle. Il désigne le lieu clos où la matière se transforme lentement sous l’action maîtrisée du feu. Dans cette affaire, le symbole semble avoir été renversé. Le feu n’a pas transmuté. Il a consumé. La loge, si les faits reprochés sont établis, n’aurait plus été un atelier de lumière, mais un théâtre d’emprises, de faux secrets et de passions obscures.

Ainsi se referme cette dixième revue de presse, non dans le repos d’une affaire qui s’éloignerait, mais dans l’inquiétude d’un nom qui continue de brûler.

Car il faut ici rappeler une évidence essentielle

Dans le grand public, il suffit trop souvent que paraissent les mots « loge maçonnique » pour que l’amalgame s’installe. Athanor devient alors, injustement, le nom d’une suspicion générale. Or cette structure au cœur du procès ne saurait en aucune manière être confondue avec les autres loges portant le même nom en France et travaillant dans différents Orients. Elles n’ont pas à être salies par ce qui s’est joué dans un tout autre cadre, sous un même vocable devenu, par l’effet médiatique, un signe de trouble.

Mais c’est bien là le drame.

Palais de Justice, Paris

Ce qui devrait rester circonscrit à une affaire judiciaire précise, à des personnes déterminées, à des faits que la cour a mission d’établir, rejaillit sur toute la franc-maçonnerie française. Le mot loge devient soupçon. Le mot secret devient menace. Le mot fraternité devient, dans certains imaginaires, écran de dissimulation. Et les discours complotistes, toujours prêts à transformer l’exception criminelle en prétendue règle occulte, trouvent là une matière facile pour salir l’Art Royal.

Il faut donc redire avec force que la franc-maçonnerie authentique n’a rien à voir avec ces dérives.

Elle demeure un chemin de lumière, d’exigence morale, de liberté de conscience, de fraternité active et de perfectionnement intérieur

Elle ne se reconnaît ni dans l’emprise, ni dans la violence, ni dans le fantasme de puissance, ni dans les caricatures qui voudraient faire de ses temples des antichambres obscures. L’Art Royal est d’abord une voie de construction de soi et d’élévation de l’humain.

Que la justice poursuive son œuvre

Que les responsabilités soient établies. Que les victimes soient entendues. Mais que l’amalgame, lui, ne devienne pas une seconde injustice. Dans cette affaire où le nom d’Athanor, four alchimique de la transmutation, se trouve associé à la boue des passions humaines, il appartient aux francs-maçons de ne pas se taire, mais de rappeler ce qu’ils sont.

Non des conspirateurs de l’ombre,

mais des chercheurs de lumière.

Autres articles de la série

Au SCPLF, le Grand Architecte de l’Univers a retrouvé sa profondeur de mystère

Samedi 30 mai 2026, au Suprême Conseil pour la France, 65 boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine, la 6e Journée des auteurs a tenu toutes ses promesses. Malgré la forte chaleur, un public nombreux, attentif, motivé et passionné s’est pressé autour d’un thème majeur du Rite Écossais Ancien et Accepté, le Grand Architecte de l’Univers. Après deux articles d’annonce déjà publiés par 450.fm, cette rencontre a donné chair à une question que la tradition maçonnique ne cesse de poser sans jamais l’épuiser.

Il y a des journées où le mot « auteur » retrouve son sens premier

Non pas seulement celui qui écrit, publie, signe ou dédicace, mais celui qui ouvre une voie, qui augmente le réel d’une parole, qui donne à penser là où la formule risquait de devenir habitude. La 6e Journée des auteurs du Suprême Conseil pour la France fut de cet ordre. Dans le Grand Temple de Bineau, la chaleur extérieure n’a pas empêché la ferveur intérieure. Bien au contraire, elle semblait presque rappeler que toute vraie méditation initiatique demande un peu d’effort, un déplacement, une présence, une fidélité.

Le public était là, nombreux, dense, recueilli, visiblement heureux de participer à cette matinée consacrée au Grand Architecte de l’Univers

Ce n’était pas une assemblée venue chercher une définition commode. C’était une assemblée de chercheurs, de Sœurs, de Frères, d’auditeurs profanes aussi, tous réunis autour d’une interrogation centrale. Que disons-nous lorsque nous disons « Grand Architecte de l’Univers » ? Nommons-nous Dieu, un Principe, une Source, un Ordre, une Lumière, une absence, un silence, un point de convergence, une liberté offerte à la conscience ?

La présence de Catherine Quentin, Souverain Grand Commandeur du REAA du Suprême Conseil Féminin de France, donna également à cette rencontre une résonance particulière.

Elle rappelait, par sa seule présence, combien la spiritualité écossaise ne saurait se réduire à une voie masculine ou à une mémoire institutionnelle isolée. Elle témoigne d’un espace plus vaste, où Sœurs et Frères, dans leurs juridictions respectives, partagent une même exigence de hauteur, une même fidélité au symbole, une même interrogation sur la verticalité de l’être.

Il faut également saluer la très belle animation de Georges Bernat

Georges Bernat

Par sa présence attentive, sa manière de conduire les échanges, de faire respirer les interventions et de donner à la parole son juste rythme, il a permis que la matinée ne soit jamais une juxtaposition de conférences, mais bien une circulation vivante de la pensée. La parole a circulé à la fin de chaque intervention, comme c’est l’usage dans ces rencontres où la conférence ne se referme jamais sur elle-même. Elle s’est prolongée en questions, en nuances, en échos, en objections fraternelles, sans que jamais le débat ne perde son axe. Car le sujet touche à l’intime de la démarche écossaise. Il oblige à manier les mots avec prudence, avec exigence, avec ce respect qui distingue la recherche initiatique de la simple opinion.

Jacques Clément a ouvert la matinée par un ample « Essai de caractérisation du REAA »

Jacques Clément

Son propos avait la forme d’une fresque. Il partait de l’histoire des idées religieuses pour rejoindre le cœur de la tradition écossaise. Dès l’abord, il plaçait sa réflexion sous le signe de Baudelaire et de ces « forêts de symboles » où la nature devient temple. Tout était dit, ou presque. Il ne s’agissait pas de réduire le Rite Écossais Ancien et Accepté à une doctrine, mais de chercher son attribut profond, sa tonalité spirituelle, son orientation intérieure.

Son chemin passait par l’arianisme, par l’unitarisme, par la théophilanthropie, par les Lumières, par Voltaire, Rousseau, les Constitutions d’Anderson et la naissance de la franc-maçonnerie spéculative. Le mouvement pouvait sembler audacieux. Il l’était. Jacques Clément n’a pas cherché à esquiver les mots difficiles. Il a osé interroger la franc-maçonnerie comme « religion » au sens étymologique du terme, non comme religion révélée, non comme Église, non comme dogme, mais comme puissance de lien, de reliance, d’intériorité partagée, d’élévation commune.

C’est là que son intervention prit toute sa force.

À ses yeux, la franc-maçonnerie du Rite Écossais Ancien et Accepté ne saurait être confondue avec les religions révélées

Elle n’a ni prophète, ni prêtre, ni magistère dogmatique, ni vérité imposée. Elle ne transmet pas une parole close. Elle ouvre une quête. Elle ne remplace pas la religion de chacun. Elle laisse chaque conscience vivre sa croyance, son doute, sa fidélité, son silence, dans l’espace protégé de la démarche initiatique.

Grand Temple

Dans cette perspective, le Grand Architecte de l’Univers ne peut être capté par une lecture confessionnelle étroite. Il n’est pas le Dieu trinitaire d’une seule tradition. Il devient un principe fédérateur, universaliste, capable de rassembler sans contraindre. Il permet à chacun d’entrer dans une même invocation tout en demeurant fidèle à son propre chemin intérieur. Loin de supprimer Dieu, il empêche de l’enfermer. Loin de diluer le sacré, il rend possible une communion sans uniformité.

Jacques Clément

Jacques Clément proposa alors une formule forte, presque provocatrice dans le meilleur sens du terme

Le Rite Écossais Ancien et Accepté pourrait être compris comme une « théophilanthropie unitaire ». Théophilanthropie, parce que Dieu n’y est pas absent et parce que l’amour du prochain demeure au centre de l’œuvre. Unitaire, parce que le Rite refuse de faire du mystère divin la propriété d’une théologie particulière. Une telle caractérisation ne prétendait pas clore le débat. Elle l’ouvrait au contraire avec vigueur.

Sa réponse à la question de l’action maçonnique dans le monde fut tout aussi significative

La franc-maçonnerie, dans sa diversité, ne parle pas toujours d’une seule voix. Ses familles spirituelles, sociétales, laïques, symboliques ou philosophiques n’ont pas toutes la même manière d’habiter la cité. Mais chaque maçon, chaque maçonne, peut agir par sa conduite, son engagement, son dévouement, sa présence au monde. L’institution n’est peut-être pas un acteur uniforme. L’initié, lui, est une pierre vivante. Il travaille dans le Temple pour mieux rayonner hors du Temple.

Marie-Andrée Clamens

Marie-Andrée Clamens a ensuite donné à la matinée une inflexion d’une grande beauté rituelle et spirituelle avec son intervention consacrée à « Notre invocation au GADLU »

Après la grande traversée historique et doctrinale proposée par Jacques Clément, elle a ramené l’auditoire vers l’expérience vécue du Rite. Non plus seulement le Grand Architecte de l’Univers comme notion, mais comme parole prononcée, comme seuil, comme ouverture, comme souffle qui consacre l’espace et oriente la conscience.

Elle a d’abord rappelé que le concept lui-même échappe à tout point de départ certain

Chercher l’origine du Grand Architecte de l’Univers, c’est s’aventurer vers l’origine de la création, vers le principe, vers ce qui précède nos mots. Thalès, Anaximandre, Platon, la Genèse, Thomas d’Aquin, Leibniz, Voltaire, la maçonnerie opérative et la maçonnerie spéculative furent convoqués non pour former un catalogue, mais pour montrer que l’humanité n’a cessé d’interroger l’ordre du monde, sa cause, son harmonie, sa mesure.

L’un des grands mérites de son propos fut de rappeler que le concept n’est pas un bloc immobile. Il reçoit l’expérience humaine, il se transforme, il accompagne les sociétés, il traverse les sensibilités. Dans l’espace maçonnique, il demeure adogmatique. Il ouvre un chemin de liberté de pensée et de conscience. Il permet de nommer l’indicible sans le posséder. Il restitue au mystère sa dignité et à l’être humain sa verticalité.

Marie-Andrée Clamens a également inscrit son intervention dans l’histoire de la Maçonnerie féminine et dans l’héritage du Convent de Lausanne, dont la déclaration de principes demeure essentielle pour comprendre la spiritualité du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Elle rappela que les Sœurs et les Frères partagent un même chemin de perfectionnement, un même attachement à l’invocation, une même fidélité à la devise Ordo ab Chao. Cette devise ne relève pas d’un décor. Elle est une méthode de construction intérieure.

Marie-Andrée Clamens

À travers elle, l’ordre n’est pas une rigidité

Il est cohérence, lumière, architecture du sens. Il s’agit de faire triompher l’amour sur la haine, la vérité sur l’erreur, l’harmonie sur le désordre des passions. Le Grand Architecte de l’Univers apparaît alors comme la figure symbolique de ce principe d’ordre qui ne contraint pas, mais oriente. Il rappelle le plan, la mesure, la géométrie sacrée, le travail des bâtisseurs, le lien entre le microcosme humain et le macrocosme universel.

La force de son intervention tenait aussi à sa manière de faire vibrer l’invocation elle-même

Travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, ce n’est pas répéter une formule. C’est entrer dans une discipline intérieure. C’est consentir à ce que le Temple devienne un espace autre, un lieu où la parole profane se dépose, où les regards se tournent vers l’Orient, où la lumière devient principe d’action. La gloire n’est pas vanité. Elle est rayonnement, éclat du sacré, hommage rendu à ce qui dépasse et élève.

La lumière fut ainsi au cœur de sa méditation

Lumière éternelle, lumière de l’Orient, lumière qui accompagne les travaux et qui relie le commencement à la fermeture. L’initiée, dans cette perspective, n’est pas seulement celle qui reçoit. Elle devient celle qui construit, qui se transforme, qui cherche au plus profond d’elle-même l’ordre capable de répondre au chaos. Le Grand Architecte de l’Univers n’est donc pas une solution imposée. Il est un horizon de réalisation spirituelle.

Puis vint Gaël de Kerret, avec « De l’apophase au GADLU », intervention d’une rare densité, plus intérieure encore, presque vertigineuse, tant elle conduisait l’auditoire vers les frontières du dicible.

Là où Jacques Clément avait interrogé la caractérisation du Rite et où Marie-Andrée Clamens avait médité l’invocation, Gaël de Kerret a placé le Grand Architecte de l’Univers dans la grande tradition de l’apophase, cette voie qui approche le divin par le retrait, par la négation, par le silence, par le refus de saisir.

Son propos partait d’une intuition fondamentale

Depuis l’origine des temps, les humains pressentent un plus vaste qu’eux-mêmes. Ils l’ont nommé Dieu, Principe, Un, Logos, souffle, abîme, mais chacun de ces noms demeure insuffisant. Pourquoi l’âme insiste-t-elle sur ce qui échappe ? Pourquoi revient-elle sans cesse vers ce lieu invisible qui pourtant la transforme ? Pour Gaël de Kerret, le Rite Écossais Ancien et Accepté n’a pas vocation à définir le divin. Il apprend plutôt à se tenir devant lui.

Il mobilisa alors l’archétype, non comme simple symbole psychologique, mais comme empreinte de l’origine. L’archétype ne se laisse pas enfermer dans une représentation. Il précède l’image et la traverse. Il se manifeste par épiphanies, par surgissements, par effets dans la vie intérieure. Le Grand Architecte de l’Univers, dans cette perspective, ne serait pas une image à posséder, mais un signifiant qui indique ce qui se retire, ce qui se donne sans se laisser capturer.

La traversée proposée fut impressionnante

Hésiode et le chaos, Parménide et l’Être, le prologue de Jean et le Logos, Philon, Plotin, le Pseudo-Denys l’Aréopagite, Maître Eckhart, Nicolas de Cues, Jung. Toute une généalogie du silence s’est alors dessinée. La théologie négative ne dit pas ce qu’est Dieu. Elle apprend à désencombrer la parole. Elle écarte les attributs trop humains, les définitions trop commodes, les certitudes trop rapides. Elle permet de demeurer dans une pensée fluide, ouverte, humble devant l’inconnaissable.

Là se trouvait sans doute le cœur de son intervention

Le Grand Architecte de l’Univers n’est ni simplement Dieu, ni un concept, ni une métaphore, ni une abstraction commode. Il est un signifié, un foyer de résonances, un point de rencontre entre des pensées, des expériences, des émotions, des quêtes. Il crée des ponts entre les consciences sans prétendre toucher l’intouchable. Il rend possible l’échange fraternel autour du mystère sans transformer le mystère en propriété.

Gaël de Kerret proposa également une lecture étymologique des trois termes

« Grand » renvoie à la croissance, à ce qui s’élève depuis la terre. « Architecte » évoque l’art de l’origine, la technique du bâtisseur, la construction d’un espace intérieur. « Univers » signifie ce qui est tourné vers l’Un. Ainsi, l’expression tout entière devient un chemin initiatique. Grandir depuis sa propre terre, construire son temple intérieur, se tourner vers l’unité sans dissoudre la pluralité.

Sa conclusion fut à la mesure de cette exigence

Le Rite Écossais Ancien et Accepté, lu à la lumière de l’apophase, replace la déité, Dieu et le Grand Architecte de l’Univers à leur juste place. Il redonne sens au Logos qui résonne au fond de chacun, dans le silence et le secret. Il ne demande pas à l’initié de posséder Dieu, mais d’être disponible à ce qui le dépasse. Il fait du chemin maçonnique un parcours de lumière en lumière, où le mystère n’est jamais aboli, mais toujours mieux approché.

Au terme de cette matinée, une évidence s’imposait

Les trois interventions n’ont pas apporté une réponse unique. Elles ont fait mieux. Elles ont rendu la question plus profonde. Jacques Clément a montré que le Grand Architecte de l’Univers peut fédérer sans dogmatiser. Marie-Andrée Clamens a montré que l’invocation donne au Rite son souffle, sa lumière et son axe. Gaël de Kerret a montré que l’apophase protège le mystère contre la tentation de l’enfermement.

C’est au Très Illustre Frère Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil pour la France, qu’il revint d’en proposer les conclusions

Très Illustre Frère Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du SCPLF

Son intervention finale donna à l’ensemble sa juste perspective. Elle ne chercha pas à clore le sujet, ce qui aurait été contraire à l’esprit même d’une telle journée, mais à en dégager la ligne de force. Le Grand Architecte de l’Univers n’est pas un terme d’arrivée. Il est une orientation. Il ne dispense pas du travail intérieur. Il l’exige. Il ne remplace ni l’étude, ni la conscience, ni la liberté. Il les appelle à une plus haute cohérence.

Par ses conclusions, Jacques Azot rappela combien le Suprême Conseil pour la France demeure attaché à une conception exigeante du Rite Écossais Ancien et Accepté, où la spiritualité n’est jamais séparée de la responsabilité, où la tradition ne devient vivante que lorsqu’elle éclaire l’homme dans son temps, où l’élévation de la pensée doit toujours trouver sa traduction dans la qualité du lien fraternel. Cette parole finale fut à la fois synthèse, ouverture et envoi. Elle prolongea les trois interventions comme l’Orient prolonge la lumière reçue dans le Temple.

Il faut enfin souligner la remarquable organisation de cette journée, que nous devons à Gérard Abidh, Grand Chancelier du Suprême Conseil pour la France

Rien, dans une telle manifestation, ne relève du hasard. L’accueil, le rythme, la qualité des interventions, la présence du public, la fluidité des échanges, l’équilibre entre travail intellectuel et fraternité vécue témoignaient d’une préparation attentive et d’un véritable sens du service. Gérard Abidh a donné à cette 6e Journée des auteurs le cadre nécessaire pour que la pensée puisse se déployer sans pesanteur et que la rencontre demeure pleinement fidèle à son esprit.

C’est peut-être cela, finalement, la réussite de cette 6e Journée des auteurs

Avoir rappelé qu’en franc-maçonnerie, les mots essentiels ne sont jamais de simples mots. Ils sont des portes. Ils ne se referment pas sur une définition. Ils ouvrent un passage. Le Grand Architecte de l’Univers n’a pas été expliqué comme une formule que nous pourrions ranger après usage. Il a été travaillé comme une pierre vive, interrogé comme un miroir, approché comme une lumière qui éclaire sans aveugler.

Et tandis que la chaleur de ce samedi 30 mai aurait pu disperser les énergies, elle sembla au contraire les concentrer

Dans le Grand Temple de Bineau, autour du Suprême Conseil pour la France, la parole fut exigeante, la présence nombreuse, l’écoute passionnée. Nous avons vu ce que peut être une vraie journée maçonnique des auteurs. Non un salon du livre ajouté à une conférence, mais un chantier de l’esprit où les livres, les voix, les rites et les consciences se répondent.

La matinée se prolongea naturellement par les dédicaces

Gaël de Kerret en dédicace

Ce moment précieux où le livre cesse d’être un objet posé sur une table pour devenir trace d’une rencontre, mémoire d’un échange, parole confiée de main à main. Puis vint l’agape, très fraternelle, comme il se doit, où les mots de la matinée trouvèrent leur prolongement simple et lumineux dans la convivialité partagée. Après les hauteurs du symbole, la fraternité retrouvait la table. Après l’élévation de la pensée, le lien humain reprenait toute sa place.

Car le Grand Architecte de l’Univers demeure peut-être cela

Non pas la réponse qui met fin au travail, mais l’Orient intérieur qui l’empêche de s’éteindre.

Et cette journée du Suprême Conseil pour la France aura montré, avec force, élégance et fraternité, que lorsque les auteurs, les rites, les juridictions, les Sœurs et les Frères se rencontrent autour du mystère, la parole maçonnique retrouve sa fonction la plus haute.

Non pas expliquer le monde une fois pour toutes, mais nous aider à le construire avec plus de lumière.

La Franc-maçonnerie au Québec survivra-t-elle ? | Sous le Bandeau | Épisode #94

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ÉPISODE 94 · SOUS LE BANDEAU

La franc-maçonnerie au Québec survivra-t-elle ?
avec Hervé Gagnon · Grand historien de la Grande Loge du Québec

▶  Écouter l’épisode

Persécutions oubliées, supercheries historiques et un avenir incertain : dans cet épisode, l’un des plus grands historiens maçonniques du Québec parle sans détour du passé trouble et du destin fragile de la franc-maçonnerie au Québec.

Écouter l’épisode 94

🔧 Le son de cet épisode a été restauré à l’aide de l’intelligence artificielle, à la suite de problèmes techniques survenus à l’enregistrement. Merci de votre indulgence !

HG
Hervé Gagnon
Historien et grand historien de la Grande Loge du Québec. Il dirige les Cahiers de
recherche de la Grande Loge et fait autorité sur l’histoire de l’anti-maçonnisme.

Une histoire méconnue de l’anti-maçonnisme

Avant de parler d’avenir, Hervé Gagnon revient sur un passé largement oublié : les persécutions subies par les francs-maçons québécois au tournant du 20e siècle.

La loge d’Émancipation et les persécutions

Espionnage, cambriolages, listes de membres publiées dans les journaux catholiques, pertes d’emploi et même suicides : la loge d’Émancipation a payé un prix terrible pour sa libre-pensée dans un Québec dominé par l’ultramontanisme.

Léo Taxil et la plus grande supercherie maçonnique

Comment un seul homme a inventé de toutes pièces le mythe d’une maçonnerie satanique — et pourquoi, encore aujourd’hui, le réflexe conspirationniste rend ce mythe impossible à déraciner.

« On n’a plus les moyens de regarder les autres obédiences de haut. On ne se sauvera pas séparément : il va falloir qu’on se sauve ensemble. »

— HERVÉ GAGNON

Pourquoi l’Église catholique craint la maçonnerie

Bulles papales, excommunications — une encore récente à Trois-Rivières ! — et dogmes « votés à main levée » : Hervé Gagnon explique ce qui dérange vraiment l’Église dans la maçonnerie : son caractère œcuménique.

L’avenir de la franc-maçonnerie au Québec

C’est le cœur de l’épisode. Étude démographique à l’appui, Hervé Gagnon dresse un constat lucide : des loges vieillissantes, un membership en déclin, et l’urgence de collaborer entre obédiences pour gérer la décroissance — sans céder au défaitisme.

Chapitres de l’épisode

00:00 Intro
03:20 Hervé Gagnon, grand historien
15:02 La loge d’Émancipation : persécutions et suicides
18:18 Léo Taxil et la grande supercherie
24:13 Le Vatican et l’excommunication
33:15 La maçonnerie à l’ère numérique
45:44 L’avenir au Québec : gérer la décroissance
1:01:56 « Le nombre, le nombre, le nombre »

📅 À ne pas manquer
Portes ouvertes de la Grande Loge du Québec — 16 mai, de 10h à 16h
Salon maçonnique du Québec — 6 juin, Montréal · salonmaconniqueduquebec.org

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