mer 19 juin 2024 - 00:06

La Chaîne d’union maçonnique, une extase fraternelle ?

Dans la plupart des rites, à la fin de chaque tenue, les frères (et sœurs) forment une chaîne en se tenant par les mains dégantées ; cette chaîne s’élargit à toute l’humanité. La Chaîne d’Union symbolise tout particulièrement la fraternité qui unit le franc-maçon d’une part avec tous les francs-maçons vivants, d’autre part avec tous ceux qui l’ont précédé et tous ceux qui lui succéderont. Il est à noter que la Chaîne d’Union illimitée vers l’avenir apparaît comme n’ayant, dans le passé, d’autre délimitation que le point qui correspondrait à l’origine même de l’espèce humaine. Elle place chaque participant dans la continuité de la Tradition.

Un peu de souvenirs historiques

La première description maçonnique de la chaîne d’union semble apparaître en 1696 dans ces lignes du Manuscrit des archives d’Édimbourg qui fait allusion à la transmission des mots secrets: ” Ensuite, tous les maçons présents se murmurent l’un à l’autre le mot, en commençant par le plus jeune, jusqu’à ce qu’il arrive au maître maçon, qui donne le mot à l’apprenti entré.”

En loge, on retrouve dans le rituel de la Loge Écossaise de Bordeaux (1750), la Chaine d’Union à la clôture des travaux au grade de Maître Élu Parfait, ou Grand Écossais (dixième et dernier grade) puis à la clôture du premier degré du rituel de la Mère Loge Écossaise d’Avignon de 1774.

La Chaîne d’Union apparaît en 1766 au rite adhoniramite à la fin des travaux de table.

Au RER, la Chaine d’Union apparaît, telle que pratiquée aujourd’hui à la fermeture des Travaux du 1er degré dans le rituel adopté en 1782 à Wilhelmsbad : les frères forment la chaine, bras croisés, autour du tableau de Loge. Dans un premier temps le Vénérable fait passer le mot annuel de l’année précédente puis celui de l’année en cours et ensuite il dit une prière avant de faire rompre la chaîne et de terminer la clôture des travaux.

Dans le rituel de 1785, adopté par le GODF (à l’origine du Régulateur), la circulation du baiser était systématique à la clôture des banquets qui suivaient toujours les tenues : le Vénérable le donne à son voisin de droite, et il lui revient à gauche. Une chaîne était toutefois formée lors de la septième et dernière santé, lors de la Chanson de l’apprenti entré. Il en était de même dans L’Ordre des Francs-Maçons trahis (1745) ou dans Les Trois Coups distincts (1760).

Au GODF, tous les Maçons qui, à la suite d’une vérification générale, furent reconnus comme réguliers, reçurent communication, à partir de 1777, d’un double mot de reconnaissance, renouvelé tous les six mois. Cette mesure est restée particulière à la Maçonnerie française, l’emploi des mots de semestre ne s’étant pas répandu à l’étranger, où le « tuilage » continue à s’effectuer dans toute sou ancienne ampleur.” (Oswald Wirth, Le Livre de l’apprenti au chapitre Le Grand Orient de France). Dans le rituel Amiable de 1887, une Chaîne d’Union courte sera faite pour la transmission des mots de semestre.

Les Mots de semestre, propres à chaque obédience, sont communiqués deux fois par an, parfois une seule fois, lors d’une Chaîne d’Union par le Vénérable aux membres de la Loge. Ce sont deux mots servant de reconnaissance aux francs-maçons en activité. Leur connaissance permet de vérifier l’assiduité maçonnique de celui qui se présente à l’entrée d’une loge qu’il visiterait. La liste des différents mots de semestre est communiquée aux Couvreurs des différentes loges des obédiences «amies» Leur méconnaissance et leur non communication par un visiteur inconnu pourrait prouver à l’Atelier une intrusion interdite.

D’après Jules Boucher, il est interdit de les noter et de les communiquer à quiconque les a oubliés, seul le Vénérable peut les transmettre.

La transmission des deux mots de semestre, en général le nom d’un personnage en lien avec la Maçonnerie et une qualité vertueuse commençant par la même initiale, se fait par chuchotement ; le premier mot circule côté Sud, le second, côté Nord. Au cours d’une Chaîne d’Union, le Vénérable transmet à sa droite au 1er Surveillant un mot le plus discrètement possible. Celui qui le reçoit le transmet à son tour à celui qui est lié à lui sur sa droite. Le mot circule ainsi jusqu’à revenir au Vénérable. Celui-ci transmet en même temps à sa gauche au Second Surveillant le second mot qui circule dans l’autre sens pour revenir au Vénérable qui annonce que les mots sont revenus «justes et parfaits». Que de transformations de ces paroles ont fait sourire lorsqu’elles reviennent à l’oreille du Vénérable ; l’incompréhension et l’ignorance (du chaînon qui ne peut reconnaître ce qu’il entend) propagent des approximations cumulatives des mots et que dire du ROPM qui communique des mots de semestre, outre en français, tantôt en hébreu, tantôt des noms de pharaons !

Au REAA, en 1923, une Chaîne d’Union est faite pour recevoir le récipiendaire du premier degré, et elle sera intégrée, de façon facultative, à la clôture des travaux en 1962 avec la précision suivante : on quitte la chaîne « après avoir secoué les bras trois fois ».

Chaque maçon présent constitue un maillon.

L’union est généralement représentée par cinq symboles : la chaîne, le nœud, les mains enlacées et l’anneau.

Dans une chaîne courte, les francs-maçons croisent leurs bras devant eux et prennent la main gauche en supination de leur voisin de gauche (pour recevoir) avec leur main droite en pronation (pour redonner ce qui a été reçu). Idéalement, elle se pratique bras et jambes écartés, les pieds en contact ; chaque franc-maçon est alors une étoile pentagonale reliée aux autres – tous et toutes formant une constellation. Ces étoiles s’animent lorsque les bras se soulèvent par trois fois à l’injonction : « Quittons cette chaîne ! » Dans une chaîne longue, on prend la main droite du voisin de gauche dans la main gauche. Sous cette forme, la chaîne d’union est absente du Rite Anglais Style Émulation.

Se tenir la main ne suffit pas pour fluidifier l’énergie qui doit couler et traverser chacun, dans le cercle fermé. Ce  qui est reçu doit être reversé dans le nœud des mains, rappelant ceux des lacs d’amour de la Houppe dentelée qui en constituent le symbole. «La main iod qui donne, la main kaph qui reçoit»

En magie, comme en magnétothérapie, la main gauche aspire l’énergie (en supination de l’avant-bras, la paume tournée vers soi), elle est censée la recevoir ; tandis que la main droite la dispense en restituant le don (en pronation, la paume de main tournée à l’opposé du visage). Chaque individu peut toujours se recharger en fonction de son propre rythme, pour peu qu’il sache se connecter à une source, qu’elle soit en lui-même ou hors de son corps physique. Dans la Chaîne d’Union, le maçon est comme une pile avec ses polarités. Le cercle fermé – avec les francs-maçons mis en série entre leurs sœurs et frères – crée un champ magnétique au centre de la loge où chacun équilibre son énergie sur celle de l’ensemble des participants par syntonisation, pas par le geste, mais par ce geste, ce geste fait de cette manière, avec cette ardeur, cette envie, cette application… ce respect. Le balancement des bras permet, à la fin de la chaîne, de couper en douceur ce flux, qui, trop précipitamment, pourrait donner une décharge électromagnétique.

Ce faisant, le cercle ainsi formé par les membres peut symboliser la fraternité universelle des maçons dans laquelle chaque initié est un maillon de la chaîne ; cette multiplication d’anneaux pouvant symboliser « la préservation de l’unité à travers la multiplicité ». C’est l’inscription du franc-maçon dans le «Grand Temps», celui des vivants, des morts et des pas encore nés. Ce temps cosmique est aussi symbolisé par le cordeau. La chaîne d’union symbolise au niveau microcosmique et humain ce que le cordeau avec ses lacs d’amour (la houppe dentelée) symbolise au plan macrocosmique, l’ordre et l’harmonie universelle.

Pour Bruno Étienne, « la fusion entre tous les êtres les fait participer à la totalité de l’énergie en réunissant le micro et le macro» (Une voie pour l’Occident : la Franc-maçonnerie à venir, Dervy, 2012). Il s’agit d’un changement d’état d’être, qui peut durer quelques secondes, où on sent très bien. Le moment où cela se passe, il n’y a plus de temps, seulement une vraie joie. Il n’y a plus non plus d’extérieur ou d’intérieur. Il n’y a plus de moi, seulement un Je vibrant, lumineux, sans gravité ni durée, un pur Être fraternel dans une extase/enstase.

Selon des études scientifiques, le cœur humain génère le plus fort champ magnétique dans le corps, mais des données transmises par des satellites ont pu démontrer que le champ magnétique terrestre serait modifié par les changements émotionnels éprouvés par sa population. On trouve, par analogie, une idée intéressante, en lisant le livre de l’astrophysicien Hubert Reeves : «Patience dans l’azur». On retiendra de son chapitre sur les énergies que la masse des corps étudiés, quelles que soient leurs dimensions, prise isolément, pèse plus lourd que la masse de ces mêmes corps reliés dans une structure commune. Par exemple la somme des masses d’un électron et d’un proton est plus grande que celle d’un atome d’hydrogène qu’ils constituent en s’associant. La différence de poids est due à l’émission d’un photon ultra-violet, dégagé au moment de la constitution d’un atome. De même, un proton et un neutron pèsent plus lourd séparément que réunis en noyau de deutéron. En s’associant les deux particules libèrent de l’énergie sous forme d’un rayon gama. On appelle force, ce qui permet aux éléments de se lier en corps constitués: force électromagnétique pour les atomes, force nucléaire pour les noyaux, quarkienne pour les nucléons, gravifique pour les astres : Que la force soutienne nos travaux. La force du rituel maç\ associe nos esprits individuels pour former l’égrégore particulièrement ressenti au cours de la chaîne d’union. Alors, faisons une hypothèse : en se formant, l’égrégore libère une énergie qui se manifeste dans l’ailleurs. Quand nous sommes devenus pierres du temple, les transmutations du 2 produisent le 3-qui-est-un et libèrent de l’énergie. Ainsi «l’égrégorisation» dégage un on-ne-sait-quoi énergétique qu’il est bien difficile de caractériser avec précision. Mais, ce on-ne-sait-quoi, dans l’ailleurs où il est projeté, est un rayonnement dont l’influence pourrait être l’exhalaison de nos cérémonies rituelles fraternelles, protégées par la sagesse et la beauté, la joie, la paix, l’harmonie et l’amour, allant livrer leurs forces dans un combat d’énergies du bien contre celles du mal.

Quelques approches sur la notion d’égrégore

Selon l’étymologie latine : ex, sortant et de grex, gregis, (le troupeau, la foule), et avec la désinence or, «eur» en français (celui qui agit, par exemple : entrepreneur, guérisseur, voleur), l’égrégore serait le fruit actif, ou né de l’action, d’une foule, une entité à part entière et singulièrement collective à caractère hypostatique.Selon l’étymologie grecque : «égrêgorein / egregoros» veiller / veilleur l’égrégore a deux sens. Il s’agit d’une part du nom d’anges présents sur le mont Hermon qui s’unirent aux filles de Seth, dans les légendes juives, d’autre part d’un concept ésotérique dont la définition approximative est celle d’un « être collectif ».

Dans les Doctrines Ésotériques, les symptômes mystérieux liés aux entités psychiques trouvées dans les Groupes ont été largement associés à l’ancienne idée occulte d’un Ègrégore, et aux Manifestations Ègrégoriques.

Le mot apparaît d’abord dans le livre d’Énoch éthiopien et hébreu, il y désigne une catégorie d’ange. Selon ce livre : l’Égrègora, réveilleur, éveilleur, veilleur sont un ordre angélique particulier. La tradition dit que certains d’entre eux se rebellèrent contre Dieu, puis, d’un commun accord, ils descendirent sur terre et séduisirent les filles des hommes, leur enseignèrent de nombreuses choses, de la métallurgie à l’astronomie et à l’astrologie, des sciences liées aux lois naturelles, et non à la Loi Divine.

Ensuite ce sera Éliphas Levi qui utilisera le terme dans son livre Dogme et rituel de la haute-magie, et lui donnera une étymologie latine au lieu de grec, ce qui engendrera la confusion de sa définition (Eliphas Levi utilise «eggregore » pour égrégore. Le mot «eggrégore» se compose des deux mots latins Eggregius et gregorius, il signifie une excellence sur éminente et collective. Les Eggrégores, d’après le sens même de leur nom, seraient, pour lui, des composés de diverses puissances réunies). René Guénon le critique considérant qu’il en a donné une étymologie latine invraisemblable, le faisant dériver de grex,  troupeau», alors que ce mot est purement grec et n’a jamais signifié autre chose que «veilleur» (Fred Mc Parthy, Ce qu’est ou n’est pas un égrégore : <omra-fm.fr/ce-quest-ou-nest-pas-un-egregore/>).

Les disciples de Martinès de Pasqually désignaient sous l’appellation «égrégore» le Collectif invisible de l’Ordre, et généralement tout principe des manifestations occultes.

Selon Robert Ambelain, on donne le nom d’égrégore à une force engendrée par un puissant courant spirituel et alimentée ensuite à intervalles réguliers, selon un rythme en harmonie avec la Vie universelle du Cosmos, ou à une réunion d’entités unies par un caractère commun. Dans l’invisible, hors de la perception physique de l’homme, existeraient des êtres artificiels, engendrés par la dévotion, l’enthousiasme, voire le fanatisme, qu’on nomme des égrégores. 

Daniel Ligou, dans son Dictionnaire universel de la Franc-maçonnerie définissait ainsi l’égrégore : «terme employé par les symbolistes pour désigner la force de cohésion dans un groupe humain ; en Franc-maçonnerie, une Loge».

C’est au médecin Pierre Mabille, compagnon de route du surréalisme, que l’on doit une autre définition du terme égrégore dans son ouvrage Egrégores ou la vie des civilisations, paru en 1938 : «J’appelle égrégore, mot utilisé jadis par les hermétistes, le groupe humain doté d’une personnalité différente de celle des individus qui le forment. Bien que les études sur ce sujet aient été toujours, ou confuses, ou tenues secrètes, je crois possible de connaître les circonstances nécessaires à leur formation. J’indique aussitôt que la condition indispensable, quoi qu’insuffisante, réside dans un choc émotif puissant. Pour employer le vocabulaire chimique, je dis que la synthèse nécessite une action énergétique intense.» L’égrégore est une entité vivante, un concept vitalisé, réelle entité, qui pour être viable, doit être alimentée régulièrement par les membres du groupe se maintenant tous dans la même énergie vibratoire. L’égrégore possède une composante à la foi psychique et énergétique. C’est une énergie qui contient toutes les vibrations des gens qui le créent, le font vivre… La concentration des personnes réunies dans un même but, avec les mêmes pensées intenses crée un égrégore qui se constitue, se développe, s’amplifie et devient actif. Un égrégore peut être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d’un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme dont les composants sont de nature énergétique. La notion d’égrégore se rapproche de celle d’inconscient collectif, de conscience collective, de champ morphogénétique ou champ de conscience opérant entre eux.

II pourrait se trouver que lorsque plusieurs personnes s’unissent autour d’une idée, ou d’un principe, elles enfantent un être collectif intelligent, qui va par la suite devenir indépendant, menant une vie propre. Il serait alors la somme des énergies psychiques émises par chacun des membres ayant participé à son émergence, voire à sa multiplication. L’ensemble de ces mouvements vibratoires pourrait exercer, en retour, en vertu du principe action-réaction, une puissante influence sur les composants du groupe, qui peut être fort différente de la psyché de chacun. Le total ne serait pas la somme des membres composants….

Carl Gustav Jung,  avec ses travaux sur les symboles, sur les mythes, sur l’inconscient, sur la psychologie des profondeurs, aboutit à la notion d’un inconscient collectif. Une sorte d’héritage culturel de nos ancêtres, une sorte de résumé des expériences intérieures de l’Humain.

Un égrégore peut cependant être perturbé par la pensée négative de personnes qui ne sont pas en accord avec les objectifs. Par conséquent, les groupes ésotériques tentent de se protéger de pensées négatives qui pourraient affecter leur égrégore. 

Prolonger avec l’article The effect of masonic ritual par Kristine Wilson-Slack.

La formation de la Chaîne

Au Rite Français et au REAA, dans la Chaîne d’Union, le Vénérable Maître et le Grand Expert sont toujours l’un en face de l’autre dans l’axe de la loge – le Vénérable Maître, côté est ; le Grand Expert, côté ouest. Les deux Surveillants encadrent le Grand Expert. Tous les autres membres présents sont répartis indistinctement dans la chaîne. Lors d’une affiliation ou d’une réintégration, le franc-maçon affilié ou réintégré est placé entre le Grand Expert et le Premier Surveillant. Lors d’une cérémonie de réception, chaque nouvel apprenti est encadré par deux participants aux travaux.

Au Rite de Style Émulation, la Chaîne d’Union n’est pas matérialisée en se prenant par les mains. Elle réside, en fait, à l’ouverture comme à la fermeture des travaux dans les mots : « Unissez-vous à moi pour ouvrir la loge… » et « Unissez-vous à moi pour fermer la loge… »

Au RY, la Chaîne d’Union n’apparaît qu’à partir du degré de Maçon de l’Arche Royale (première catégorie des Hauts Grades) et selon une connotation différente (en Écosse, ce grade se pratique toujours selon son origine, en loge bleue et en complément du grade de compagnon).

La Chaîne d’Union peut être formée, en dehors des tenues, dans des circonstances particulières d’un banquet, d’un enterrement.

Pour une approche détaillée sur les principaux éléments de la chaîne d’union : le symbole cosmique de la chaîne d’union, le cercle que forme la chaîne, obligatoirement fermée, la polarité, mise en évidence par le croisement des bras, la main qui joue un rôle actif dans la formation de la chaîne, se reporter au texte de Robert Mingam, La chaîne d’union.

Texte de la Chaîne d‘Union, adopté en 1992 par le GODF et donné lors de la Cérémonie d‘Allumage des Feux d‘un Atelier.

Le Vénérable Maître- N‘oublions jamais que l’amour fraternel, comme nous l‘enseigne les Constitutions dites d‘Anderson de 1723, est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie. D’entre tous nos Rites, vénérons celui qui a pour mission de nous rappeler sans cesse le lien qui nous unit. Que nos cœurs se rapprochent en même temps que nos mains, que l‘amour fraternel unisse tous les anneaux de cette chaîne formée librement par nous. Comprenons la beauté et la grandeur de ce symbole, inspirons nous de son sens profond. Cette chaîne nous lie dans le temps comme dans l‘espace, elle nous vient du passé et tend vers l‘avenir. Par elle nous sommes rattachés à la lignée de nos ancêtres, nos Maîtres vénérés qui la formaient hier, par elle doivent s’unir les Francs-Maçons de tous les Rites, de tous les pays. Enrichissons la de nombreux et solides anneaux de pur métal et élevant nos esprits vers l‘idéal de notre Ordre, efforçons nous de rapprocher tous les hommes par la fraternité. Mes Frères, étendons la main droite en avant et promettons de conserver, les uns envers les autres, la plus fraternelle affection et de travailler sans relâche à la réalisation de la fraternité Universelle.Le Frère Grand Expert- Au nom de tous les Frères présents dans ce Temple, je le promets.Le Vénérable Maître- Je prends acte de ta promesse ; mes Frères, quittons la Chaîne. Nos cœurs resteront unis.

En mêlant nos souffles dans un espace clos, nous respirons, telle une chaîne d’union, les particules de notre être-ensemble qui transforment le moi en Nous.

C’est avec le regard malicieux de notre TCF Fouqueray que l’on peut se demander si, par spéculation, nous ne faisons que rêver à une chaîne d’union idéalisée.

Par sa similitude avec la Chaîne d’Union, il convient d’évoquer la chaîne d’alliance réalisée lors de cérémonie rituelle des compagnons opératifs. Portant leurs couleurs, les compagnons se tiennent par la main en croisant les bras à la façon des maillons d’une chaîne et forment un cercle fermé, tournant dans le sens de la marche du soleil, cercle au milieu duquel se trouvent trois compagnons ou deux compagnons et la Mère[1], ceux-ci restant immobiles. Le Rouleur chante les Fils de la Vierge, dont le refrain est repris en chœur. Au cours des funérailles, la Chaîne est tenue sans chant, elle est ouverte, symbolisant ainsi le maillon qui vient de se rompre.


[1] La cayenne, siège d’une société de Compagnons, est un terme employé chez les charpentiers, les couvreurs, les boulangers tandis que d’autres, tels les menuisiers, emploient le mot  chambre. Cette maison est gérée par une femme : «Dame économe», «Dame hôtesse» ou «Mère» en fonction du degré d’initiation reçue par cette dernière, à la fois aubergiste et surveillante des mœurs ; son mari prend le nom de «Père». Le Rouleur, ou Rôleur, compagnon itinérant était, autrefois, chargé de l’embauche, maintenant il seconde le directeur, tout en faisant souvent office de Maître de cérémonie.

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

Abonnez-vous à la Newsletter

DERNIERS ARTICLES