Vous avez probablement suivi dans notre édition du 8 avril dernier les aventures de cet être mythique, baptisé du nom du Comte de Saint Germain et qui prétendait être immortel ?
Il est réapparu sur terre dans les années 1940 sous le patronyme de Richard Chanfray (dit Saint-Germain ou Richard Saint-Germain). Ses pouvoirs étaient , selon lui, quasi illimités. Devant les caméras de la TV de l’ORTF en 1972, sous l’oeil aiguisé du célèbre magicien de l’époque Gérard Majax, il transforma dans son athanor une barrette de plomb en or. Cette démonstration télévisuelle est visible aujourd’hui grâce aux archives de l’INA :
Rencontre avec Richard Saint-Germain, qui affirme être âgé de 17000 ans. Alchimiste, il prétend transformer le plomb en or devant le magicien Gérard Majax. Interrogé en différents lieux, et notamment le jardin du château de Versailles, cet antiquaire qui se dit originaire de l’Atlantide, livre les « secrets » de sa prétendue immortalité. Richard Chanfray sera retrouvé mort par asphyxie le 20 juillet 1983.
N’anticipons pas, commençons par le début de l’histoire…
Le comte de Saint-Germain, naît probablement entre 1690 et 1710 (en 1691 selon la légende). C’est un aventurier du xviiie siècle, musicien, peintre et polyglotte, réputé alchimiste.
Personnage mystérieux, entouré de légendes, la tradition alchimique lui attribue la paternité de l’œuvre ésotérique La Très Sainte Trinosophie. Il est réputé immortel. Il a inspiré de nombreuses œuvres littéraires et artistiques jusqu’à nos jours.
Pourtant, il meurt le 27 février 1784 à Eckernförde, dans le Schleswig, âgé de 93 ans selon son hôte, qui fut sans doute aussi son principal confident.
250 ans plus tard…
Richard Chanfray (dit Saint-Germain ou Richard Saint-Germain), nait un 4 avril 1940 à Lyon. Il est connu comme une personnalité médiatique française, mais aussi comme peintre, chanteur et acteur.
Il affirmait être le comte de Saint-Germain, aventurier prétendument alchimiste et immortel. Il est principalement connu pour avoir été pendant plusieurs années le compagnon de la chanteuse Dalida.
Son enfance
Enfant de la DDASS, il est un petit délinquant. Avant 1961, il est un orphelin inscrit dans une structure disciplinaire de l’assistance publique à Saint-Genis Laval, près de Lyon. Devenu majeur en 1961, il quitte définitivement les structures de l’assistance publique, et de la DDASS. Devenu antiquaire, il fait sept ans de prison pour vol.
Un temps peintre et sculpteur, Richard Chanfray se fait ensuite connaître en prétendant être le comte de Saint-Germain, personnage qui avait notamment fréquenté la cour de Louis XV. En 1972, il est découvert par le grand public à l’occasion d’une émission de l’ORTF, intitulée Le Troisième œil, consacrée à l’alchimie : dans un reportage sur lui, il déclare à l’antenne être le célèbre alchimiste « immortel » du xviiie siècle, affirme être âgé de « 17 000 ans » et, en présence du magicien Gérard Majax, exécute un numéro de « transformation du plomb en or ». En 1975, à la télévision espagnole, il renouvelle son expérience d’alchimiste devant une dizaine de scientifiques.
Sa vie avec Dalida
Après cette émission, Pascal Sevran consacre au pseudo-Comte de Saint-Germain plusieurs reportages dans Ici Paris. Devenu une vedette médiatique, l’aventurier gagne encore en notoriété en devenant le compagnon de la chanteuse Dalida, à laquelle il a été présenté par Sevran. La légende veut que le « comte » soit arrivé chez elle, le 21 octobre 1972, vêtu d’une cape noire et d’une chemise à jabot. À cette époque Dalida est dépressive : les suicides de Luigi Tenco et de Lucien Morisse, ainsi que le décès de sa mère, l’ont fragilisée. Leur liaison dure neuf ans, jusqu’en 1981, il est aussi son secrétaire et son chauffeur. Pascal Sevran consacre en 1973 à l’« immortel » un livre intitulé Le Comte de Saint-Germain, aujourd’hui, dont il avoue par la suite qu’il s’agissait d’un ouvrage « bidon ». Dalida ne se fait pas d’illusion sur la mythomanie de Richard Chanfray, qui vit à ses crochets mais dont elle apprécie la « folie douce ». Outre sa personnalité haute en couleurs, le « comte de Saint-Germain » se fait également remarquer par son côté fantasque, mégalomane et caractériel. Pascal Sevran témoigne par la suite qu’avec lui « deux dîners sur trois tournaient au drame ».
Durant sa relation avec Dalida, Richard Chanfray alimente les chroniques mondaines, ce qui lui permet d’envisager une carrière de chanteur. En 1975, sous la houlette d’Orlando, le frère de Dalida, il enregistre, en duo avec celle-ci, le titre “Et de l’amour, de l’amour”. En 1976, il sort ”Pour une femme chez Polydor” puis, en 1977 ”Le Frimeur” chez Sonopresse et, en 1978 ”Gallaxie Express”. Il s’occupe aussi, un temps, du courrier du cœur et de l’horoscope de revues pour adolescentes. Il apparaît comme acteur dans le téléfilm “Le Coffre et le Revenant” réalisé par Roger Hanin en 1980.
Affaire de la rue d’Orchampt
Dans la soirée du 18 juin 1976, rentrant d’un dîner au restaurant dans l’hôtel particulier de la rue d’Orchampt, le couple aperçoit de la lumière dans la chambre de Maria, la femme de chambre alors en vacances au Portugal. Entrant dans l’hôtel particulier, Richard Chanfray s’empare d’une carabine offerte par Dalida. Le couple monte au troisième étage et découvre dans la chambre un individu allongé sur le lit : il leur dit être l’ami de la femme de chambre, ce que celle-ci confirmera ultérieurement. Alors que ce dernier fait un pas en avant, Richard Chanfray tire et l’intrus est blessé d’une balle entre deux vertèbres. Dalida et Richard Chanfray appellent la police. Hospitalisé, l’individu porte plainte. Richard Chanfray est arrêté alors qu’il se trouve avec Dalida dans sa villa de Corse et incarcéré en préventive à Fresnes — pendant un mois — pour coups et blessures volontaires. Dalida verse l’argent de sa caution. A cette occasion, le passé judiciaire du « Comte de Saint-Germain » est révélé publiquement. On découvre également qu’il est toujours marié avec une femme qu’il avait épousée à l’âge de 19 ans. Ce fait divers médiatisé perturbe sérieusement sa relation avec la chanteuse, qui prend fin début 1981.
Suicide
Le 20 juillet 1983 dans la soirée, sur un chemin isolé de Ramatuelle près de Saint-Tropez, Richard Chanfray est retrouvé mort à l’intérieur d’une voiture, en compagnie de sa nouvelle compagne, Paula Loos, née Guily, âgée de 51 ans. Les amants auraient succombé par asphyxie aux gaz d’échappement raccordés par un tuyau à l’habitacle d’une Renault 5, après l’ingestion de barbituriques.
Le corps de Richard Chanfray est autopsié à l’hôpital Bonnet de Fréjus. Ses obsèques se déroulent à la Cathédrale Saint-Léonce de Fréjus en présence de Dalida. Le 25 juillet 1983, il est inhumé au carré commun du cimetière Saint-Étienne de Fréjus puis ses restes sont déplacés à l’ossuaire du cimetière, en 1999.
De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
La Flamme qui transforme tout : Élément vivifiant actif et masculin, qui représente les grandes passions comme l’amour et la colère. Le soleil, la couleur rouge, l’or, l’été, le cœur sont liés au feu, mais, en même temps, c’est un symbole de purification et de sacrifice, ainsi que de lumière et de chaleur.
Il est considéré comme l’élément moteur, qui anime, transforme et fait évoluer les trois autres éléments. Le processus initiatique voit l’homme sortir de l’ élément Terre pour se baigner avec l’Eau et se purifier avec l’Air pour enfin s’élever avec le Feu.
Il a les caractéristiques impétueuses du printemps, il représente l’étincelle initiale, instantanée et impatiente. C’est l’élan de l’entreprenant, qui ne craint rien ni personne, qui ne peut se taire, qu’il ne faut pas entraver. Il est apparenté à « Agni », le feu des sacrifices, de la reproduction du vivant comme énergie fécondante, mais sa capacité de pénétration est ambivalente : il peut faire fructifier ou anéantir. Il donne une vitalité incandescente, intense, instinctive, des émotions fortes, des prouesses et des conflits.
Il est représenté par Hercule accomplissant ses douze travaux. Il correspond à la foudre, au feu véhément et viril.
Comme tous les éléments, il a un aspect vivifiant et destructeur qui se manifeste ici dans la puissance et la justice et dans l’impétuosité de la force incontrôlée. C’est la flamme rayonnant dans toute la chaleur et la lumière de la splendeur et de la puissance. Il donne la joie de vivre, la volonté, la vigueur concrète, l’ambition, la passion, l’élévation.
Il ne brûle pas, mais se dilate dans l’atmosphère ; elle correspond à l’ascension intérieure, à l’illumination de l’esprit. Il est capable de synthétiser le terrestre et le céleste, l’humain et le divin, la matière et l’esprit, le conscient et l’inconscient, la tension et l’expansion.
Il est associé à Sutya, le soleil du monde supérieur, un Feu qui est un souffle, une parole, un esprit.
Dans toutes les traditions, la flamme est considérée comme un symbole de purification, d’illumination et d’amour spirituel, c’est l’image de la transcendance.
La bougie représente la synthèse des quatre éléments : le liquide donné par la cire, le solide par la mèche, l’igné et le doré par la flamme elle-même.
Gaston Bachelard écrit :
La flamme de la bougie fomente la rêverie de la verticalité.
Les bougies allumées représentent la lumière de l’âme, la flamme spirituelle qui monte vers le ciel. Le Feu qui en monte est l’image de la relation existant entre la terre et le ciel, de la prière qui monte vers Dieu.
Le voyage du Feu représente la purification ultime ; c’est le symbole du déshabillage du vieil homme pour le nouveau, le changement de la peau de serpent, la régénération externe après celle interne.
Dans cette dernière épreuve l’initié, à force de travail et de persévérance dans la recherche de la Vérité, parvient à trouver la voie médiane, la neutralité entre le noir et le blanc qui lui permettra de maîtriser ses émotions et ses sensations, de ce qui l’entoure.
Le Feu est donc Lumière et avec lui le Maçon est capable de brûler les derniers déchets de son ego avant de renaître en un être meilleur, capable de voir le Beau, le Vrai et le Bien qui se cachent en toutes choses.
Cette phase correspond au plan causal, celui de la structure du moi, qui empêche l’initié de percevoir son unité substantielle avec l’absolu.
Le test de feu apporte avec lui la coagulation et la fixation, « la solidification d’une substance liquide en soustrayant l’humidité ». Les Pensées ont perdu cette composante étrangère à la Prima Materia, qui les opposait les unes aux autres, les rendant confuses, chaotiques et violentes. L’Esprit purifié retourne alors sur la Terre purifiée.
Sur le plan spirituel, l’heure de la Récolte a sonné : Conscient et Inconscient, Raison et Sentiment ont enfin appris à travailler harmonieusement ensemble.
L’initié se connaît maintenant et le Maître qui était caché en lui est sorti, devenant la colonne de soutien du temple, le pont entre le ciel et la terre, un arbre chargé de graines et de fruits. Même s’il a encore beaucoup à apprendre de la Vie, et qu’il devra donc effectuer de nombreuses autres distillations pour affiner de plus en plus son Esprit, il sait maintenant comment produire l’Énergie qui le nourrit et est prêt à l’allumer. Feu, le même Amour chez les autres inconditionnel pour la Recherche du Bien, du Beau, de la Paix, de la Connaissance et de la Justice. Précisément parce que l’Élément Feu représente l’Énergie Spirituelle de Conscience, il n’y a plus d’obstacles dans cette phase du Voyage.
Le rituel initiatique n’est pas cette séquence stérile d’énoncés littéraux, spéculatifs ou catégoriques qui distingue ses imitations ésotériques, mais c’est un modèle vivant, qui, une fois absorbé par l’esprit du néophyte, finit par s’intégrer dans sa conscience dans toutes ses parties. La conscience, alors, intégrée à chacun de ses éléments, finira par la ranimer dans toutes ses activités, avec le même naturel dont elle animait auparavant toutes les autres parties d’elle-même.
Le processus qui précède l’initiation s’exprime ainsi à travers un prototype émotionnel, psychique, dans lequel s’imprime toujours l’empreinte d’une nature vivante.
La meilleure façon de transmettre le modèle initiatique est l’exemple, dont non seulement le souvenir demeure mais l’enseignement lui est infusé. Et si celui-ci a été façonné par l’expérience de ceux qui nous ont précédés dans sa réalisation complète, il ne sera pas seulement utopie ou spéculation mentale, mais un modèle vivant car, pour l’animer, ils l’ont fait revivre en eux-mêmes.
Ici commence l’étape de la maturité.
Le feu n’est pas « atteint » mais « reçu », au point de devenir nous-mêmes : un point de Lumière dans un monde d’Ombre.
Flânant sur les célèbres allées d’Étigny* – les Champs-Élysées de Bagnères-de-Luchon, « reine des Pyrénées » (Haute-Garonne) –, que nous avons découvert cette sculpture polychrome (40 cm x 35 cm), toutefois cassée, de celui qui incarne
la Sagesse la plus profonde et représente le Divin parmi les hommes. Avec chaîne et bijou triangulaire, voire, selon certains, maçonniques – gare cependant aux zozotéristes… Selon le numismate Marc Labouret, l’expression zozotérisme apparaît devant des objets ou des phénomènes dont l’origine nous est inconnue, dont la finalité nous échappe, dont le mode de construction nous étonne, mais que nous voulons néanmoins comprendre…
D’après le brocanteur, elle provient de l’intérieur d’une maison de maître située dans cette belle contrée du Comminges.
Intrigué, nous avons donc investigué et selon la citation bien connue du dramaturge Sophocle (495 av. J.-C.-406 av. J.-C.) « Ce qu’on cherche, on le trouve ».
Statue en vente le 5 avril 2021 – photo auction.fr
Franc-maçonnerie : le roi Salomon « maçonnique », sculpté en pierre polychrome France (Clermont-Ferrand ?), XIXe siècle Rare sculpture en pierre polychrome représentant le roi Salomon en majesté, décoré d’un bijou maçonnique ; trône rouge, vêtement bleu-vert, …
Résultat : Non Communiqué / Estimation : Réservé aux abonnés
Si le cœur vous en dit, vous pouvez prendre langue avec Antiquité et brocante du monde sise à Luchon, 7 allée d’Étigny ou téléphoner au 06 74 03 53 93. Leur site https://www.antiquitedumonde.fr/
*Antoine Mégret d’Étigny, né à Paris le 28 novembre 1719, mort à Auch le 24 août 1767, est un administrateur français, intendant de la généralité de Gascogne, Béarn et Navarre. Il est particulièrement connu pour son administration d’Auch et de Pau, et pour avoir relancé les thermes de Bagnères-de-Luchon.
Baron d’Étigny – source Wikipédia
Il prend l’initiative de rédiger un ensemble de règlements pour donner un réel statut aux juifs discriminés au Pays basque (avant d’être désavoué par l’administration royale).
Cette chapelle templière, située sur le chemin littoral de Saint-Jacques-de-Compostelle, témoigne d’un riche passé. À cette époque, il y avait une commanderie de chevaliers du temple, dont la mission était de protéger les pèlerins. Ils y édifièrent cette chapelle, sise dans un airial, au XIIe siècle.
Longtemps abandonnée, elle a été restaurée dans les années 1990 avec son lanterneau, comme à l’origine. Le bénitier est remarquable, ainsi que le panneau central de la chaire, qui représente Saint-Laurent du Maâ. Détérioré, l’autel de style roman a été restauré par un tailleur de pierre de Soustons et placé dans le chœur de l’église du bourg.
Informations pratiques, plan d’accès, tarifs, horaires
Ce qu’il faut savoir :
Chapelle templière édifiée au XIIe siècle et située sur la voie littorale des chemins de St Jacques de Compostelle dans le cadre d’un airial, au milieu de la forêt landaise et dans le quartier typique de Maâ.
Horaires :
En Juillet et Août : visite guidée gratuite tous les lundis matins à 11h00. Ouverture exceptionnelle pour les Journées du Patrimoine
Émir de la résistance, saint combattant, fondateur de l’État algérien, précurseur de la codification du droit humanitaire moderne, guerrier, homme d’État, apôtre… Les épithètes – souvent impressionnantes, mais aussi contradictoires – affluent lorsqu’il s’agit d’évoquer l’émir Abd el-Kader, dont nous avons tous entendu parler. Mais connaît-on assez Abd el-Kader ibn Muhyî ed-Dîn ?
A-t-on justement présenté celui qui inspira également de nombreux écrivains français, tels Victor Hugo qui l’appela « l’émir pensif, féroce et doux », Arthur Rimbaud qui le surnomma « le petit-fils de Jugurtha », ou encore le facétieux Gustave Flaubert qui indiquait qu’« “émir” ne se dit qu’en parlant d’Abd el-Kader » ?
L’exposition présentée au Mucem entend remettre en lumière la figure d’Abd el-Kader dans toute sa richesse et son importance historique et intellectuelle. À l’aide des recherches les plus récentes, de sources nouvelles et de collections inédites, elle déroule le fil chronologique de sa vie et explore certains aspects saillants de sa personnalité et de son action. Par-delà les éloges et les critiques, la fascination qu’il continue d’exercer invite à une meilleure connaissance de son expérience d’homme ; une expérience riche d’enseignements pour les générations actuelles et futures.
L’exposition réunit près de 250 œuvres et documents issus de collections publiques et privées françaises et méditerranéennes, dont les Archives nationales d’outre-mer, la Bibliothèque nationale de France, les Archives nationales, le château de Versailles, le musée de l’Armée, le musée d’Orsay, le musée du Louvre, la chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille, La Piscine de Roubaix…
Commissariat d’exposition et direction d’ouvrage :
Camille Faucourt, conservatrice, responsable du pôle Mobilités et métissages, Mucem
Florence Hudowicz, conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département des Arts graphiques et décoratifs, musée Fabre, Montpellier
Conseil scientifique :
Ahmed Bouyerdene, auteur et chercheur en histoire, spécialiste de la vie et de l’œuvre de l’émir Abd el-Kader
Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon, auteur, acteur du dialogue interreligieux
Scénographie : Atelier Maciej Fiszer
Graphisme : Atelier Bastien Morin
Avec la contribution exceptionnelle du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Découvrez un avant-goût de l’exposition « Abd el-Kader » en suivant notre émission spéciale en avant-première ! Une émission présentée par le journaliste Stéphane Stasi, accompagné de Camille Faucourt et Florence Hudowicz, commissaires de l’exposition, Christian Delorme, conseiller scientifique de l’exposition, et Agathe Salgon, chargée de production au Mucem.
Infos pratiques :
Du mercredi 6 avril au lundi 22 août 2022
Mucem – Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée
7 promenade Robert Laffont (esplanade du J4) 13002 Marseille – France
Téléphone : +33 (0)4 84 35 13 13 – Horaires : 10h-19h/ouvert tous les jours sauf le mardi
[NDLR : Nous vous rappelons que l’historien Thierry Zarcone, directeur de recherches au CNRS et chargé d’enseignement à Sciences Po Aix, pour son ouvrage « Le Mystère Abd-el-Kader – La franc-maçonnerie, la France et l’islam », (Éditions du Cerf, 2019) a été récompensé par un prix de l’Académie Française 2020, en catégorie « Histoire », le prix Diane Potier-Boès, un prix annuel, créé en 1982 qui est destiné « à l’auteur d’un ouvrage traitant des rapports entre l’Égypte et la France, ou à défaut d’un ouvrage consacré à l’histoire ou à la civilisation de l’Égypte, ou encore à défaut à l’histoire ou à la civilisation des pays de la Méditerranée ». Notons la postface de Franck Frégosi, directeur de recherche au CNRS, disciple de l’anthropologue, sociologue et politologue Bruno Étienne (OE).
Par ailleurs, vous pouvez vous intéresser au dossier de presse réalisé lors du colloque public du Grand Orient de France, le samedi 14 mai 2011 à Vendôme, consacré à « Abdelkader, Musulman et Franc-maçon » https://bit.ly/3PdTdzS
Est-il besoin de rappeler qu’en 1864, un certain 18 juin très précisément, Abd el-Kader al-Hassanî reçoit les bienfaits de l’initiation maçonnique au sein de la Loge « Les Pyramides », à l’Orient d’Alexandrie en Égypte, par délégation de la Loge parisienne du GODF « Henri IV ». Disciple d’Ibn Arabi, personnalité charismatique des confréries soufies, Abd el-Kader (1808-1883) expliqua à ses frères qu’il voyait dans la Franc-Maçonnerie « la plus admirable institution de la Terre » et un cadre pour rapprocher l’Orient et l’Occident.]
Les Traditions et la Fraternité sont 2 piliers consubstantiels à la Rudyard Kipling Lodge : Elles font battre le cœur de cette loge libre depuis sa création il y a plus de 10 ans.
Aux portes du Vexin Français dans le val d’Oise (95) les frères de la Rudyard Kipling Lodge (www.rudyard-kipling.fr) organisent leur fameuse Garden Party annuelle, le 28 août 2022, au cours de laquelle se déroulera la 9eme édition du championnat Mondial de Pétanque Maçonnique.
Jeu simple si l’on s’en réfère aux règles descendant directement du traditionnel jeux français. Il est composé de trois morceaux de bois cubiques qui constituent la triplette et permettent d’allier finesse, précision et… aléas topographique (même le cochonnet est cubique).
Le Graal étant de remporter le trophée tant convoité pour y graver son nom pour la postérité.
Un événement inoubliable, jubilatoire et addictif !
à Longuesse, juste après Cergy Pontoise via A15…
(non c’est pas loin ! en plus il y a aussi le RER Cergy le Haut et les membres de la Loge viennent vous chercher si besoin)
Et tel est l’adage de la Loge « Pour faire sérieusement les choses sans se prendre au sérieux ». Ils seront heureux de vous accueillir sur inscription auprès du contact@rudyard-kipling.fr.
De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
L’air représente le mental supérieur, la condition mercurielle, pour ainsi dire, celle qui dans le caducée hermétique est symbolisée par les deux ailes blanches qui précèdent son apogée, c’est-à-dire la liberté intellectuelle qui précède la liberté spirituelle. Symboliquement, c’est à travers cet élément que toutes les facultés de l’esprit, de la pensée, de la mémoire, de la fantaisie, de la créativité se développent. Il est considéré comme un élément actif, comme le feu.
Il est partout : dans le ciel, dans la terre, dans l’eau, mais étant un symbole d’élévation il est avant tout lié au ciel.
Dans les dessins d’enfants, par exemple, le ciel est toujours représenté par une fine bande bleue placée dans la partie supérieure de la feuille, soulignant ainsi son aspect supérieur ; lorsque naîtra la conscience de l’élément Air, donc de quelque chose qui nous entoure, la bande bleue s’étendra jusqu’à remplir toute la feuille, jusqu’à la pelouse.
Chez les peuples d’Asie, Américains, Grecs et Africains, se révèle le mythe du mariage entre le ciel et la terre, de l’union duquel naît l’homme. Selon les Égyptiens, leur union a engendré Rà, le dieu solaire.
La vue d’un ciel procure des impressions profondes proches des sensations : émerveillement et contemplation, se perdre et se refléter dans le royaume de l’air bleu, là où l’imagination trouve sa jouissance, effaçant paradoxalement les images !
Dans les temps anciens, on croyait que les cieux étaient composés d’éther, une substance transparente et impondérable qui propageait l’énergie de l’univers. J’insiste sur le pluriel, les cieux, car les traditions anciennes en comprennent plus d’un, pour les couches ou plans de transformations.
Lorsque la lumière commence à disparaître il est facile de retrouver une légère mélancolie qui éveille la sensibilité distraite par les occupations quotidiennes, jusqu’à ce qu’elle devienne une émotion forte devant le spectacle du mariage du Feu et de l’Air : le coucher du soleil, où l’air, élément de Imaginaire par excellence, invisible tout au long de la journée, il se montre enfin, s’habillant de couleurs toujours changeantes, comme sur les cartes postales, autrefois reçues, reproduisant les couchers de soleil.
C’est le désir de communiquer l’émotion vécue dans laquelle la sphère rationnelle se dissout, tandis que l’irrationnel, désormais léger comme l’air, vibre dans l’espace coloré.
Sans la lumière et la chaleur du soleil l’air devient presque tangible, il vient se rencontrer frais et piquant, stimulant tous les sens, jusqu’à ce que la nuit étoilée kidnappe tout l’être, à commencer par la vue, car jamais comme dans ces moments-là il n’y a un sensation d’être dans l’espace. L’air du couchant représente le devenir continu, tandis que celui de la nuit invite à l’immobilité, au silence solennel, comme le mouvement très lent des planètes apparaît solennel.
En franc-maçonnerie, l’Air représente le troisième voyage, l’emblème de la vie humaine, fait de passions, d’obstacles, de difficultés, représenté par les irrégularités du chemin emprunté par le destinataire et par le bruit fait tout autour du profane, la phase post-adolescente chez qui la « découverte » de sa propre sensualité est d’une grande importance. Une sensualité qui cette fois se projette cependant dans le désir de possession, dans la recherche de soi dans la retenue, la retenue de ses choses, dans la possession d’idoles, de modèles et de valeurs.
Alors que dans le parcours précédent le profane se concentrait sur la concomitance de petits choix tirés de l’instinct et de la raison, s’ouvre maintenant la période des grands choix, ceux de l’intellect qui impliquent des sentiments.
Cela marque l’émergence de l’homme psychique, bâtisseur d’idées qui évoluent grâce à la logique, à la capacité d’analyse, au sens critique et à l’intuition.
Ces « outils », ainsi que d’autres, feront de lui un Constructeur d’idées, des « ponts » à travers lesquels il atteindra une plus grande perception de lui-même, élargissant sa conscience d’être et construisant progressivement de nouveaux plans mentaux, jusqu’à ce qu’il s’élève à cet intérieur sommet que certains appellent Pure Reason.
Le néophyte, entrant en contact avec l’élément air, symbole des idées du monde intermédiaire, se retrouve au stade où il perçoit mais n’apprend toujours pas. C’est le lieu de l’esprit et de la psyché, de ce qui est inhérent et caché à l’homme. Dans ce Voyage, il doit se heurter aux idées opposées et différentes de ses semblables, mais aussi aux doutes qui l’étreignent. Ce ne sera qu’avec le travail de discernement qu’il pourra trouver le chemin, le chemin sans se perdre dans le Chaos, dans la dualité et dans l’opposition.
L’effet de l’élément Air est d’alléger le matériau et de créer un espace entre motte et motte, de sorte que la terre devient suffisamment molle et friable pour accueillir la graine. Le vent dessèche la terre et soulève la poussière. Alors que l’eau érode et lisse la surface, et ne montre donc pas ce que la terre cache, le vent balaie les excès et révèle les secrets cachés, montrant la nature vivante des choses.
Avec l’élément d’air intégré à la terre que nous sommes, il y a plus d’espace entre une cellule et une autre dans notre corps, les muscles sont plus détendus et mous et il est plus facile pour un corps non contracté de nous montrer ce qu’il y a à l’intérieur de notre corps.
L’air, cependant, est moins contrôlable que l’eau, qui peut être retenue par des barrages. Il peut s’agir d’une légère brise, mais aussi d’un ouragan impétueux et parfois destructeur, mais surtout… incontrôlable.
Si dans l’initiation de l’eau nous sommes devenus plus rêveurs, amenés à être émus, à aimer, dans l’initiation de l’air il y a la perte de contrôle et il faut abandonner et laisser arriver ce qui arrive.
Le passage de la terre « dure » à la terre « molle » se fait par chauffage : de l’eau froide-humide on passe à l’air chaud-humide. Et cela augmente notre énergie, c’est un vent qui claque les portes, on s’émeut dans les fondations. La chaleur nous amène à être de grands amateurs, des gens en mouvement, plus performants, plus vivants, avec plus d’enthousiasme ; mais si nous n’intégrons pas cet élément à la terre, l’augmentation de la chaleur devient de la nervosité, de l’anxiété, de la colère. C’est à nous de savoir comment gérer cela.
Avec l’élément air, nous entrons dans une plus grande liberté de vie et la vie se caractérise par une sensation de légèreté ; le vent nous émeut davantage, c’est une dimension plus subtile ; nous affrontons tout de manière plus sereine car nous avons nettoyé les déchets précédents. C’était aussi le cas avant, mais maintenant il y a une plus grande connexion avec le ciel : vous devenez plus imaginatif.
La synchronicité s’active : je pense à une personne et je la rencontre, j’imagine et ça arrive, je me pose une question et la vie me répond. Parce qu’ils sont plus en phase avec l’élément de l’univers, les réponses viennent plus rapidement et la connexion est plus facile.
Nous sommes imprégnés d’un plus grand sens du sacré : les choses que les autres ne voient pas nous agacent beaucoup plus, comme s’il s’agissait d’un manque de respect envers l’Univers, alors nous ne nous sentons plus à l’aise dans certaines situations.
L’initiation à l’air est importante sur notre chemin vers la purification. La légèreté qui nous fait aller au-delà de notre contrôle est belle, mais elle nous fait nous sentir perdus car nous sommes habitués à une maîtrise de soi que nous ne pouvons plus faire.
La vertu qui nous permet d’harmoniser l’élément Air est la Prudence . Chaque action part d’un mouvement respiratoire qui, si nous en sommes conscients, met notre action en dialogue avec l’Univers et, à ce titre, devient un acte sacré.
Si je ne fais que dans une relation avec Celui qui me fait revenir, quand je ne comprends pas, jusqu’à ce que je comprenne, et que j’en sois conscient, comment puis-je me plaindre de ce qui se passe ? Ce que j’ai semé et ce que j’ai récolté.
La prudence nous aide donc à regarder où nous en sommes et quel est notre but, un double regard, celui de ceux qui savent que ce qu’ils vivent maintenant est le résultat de leur expérience antérieure et que s’ils veulent être le créateur de le monde, leur monde, peut intervenir, dans le présent, pour modifier son avenir et son passé.
C’est aussi le double regard de quelqu’un qui a activé le double observateur et parvient à se regarder, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de lui-même. C’est le passage à un niveau de conscience qui nous permet d’être à l’intérieur et à l’extérieur du temps, à l’intérieur et à l’extérieur de l’espace.
40 ans ! Ce n’est pas rien… En termes de mariage, Gilbert Garibal aurait fêté ses noces d’émeraude. L’émeraude considérée comme « la pierre de la sagesse », symbole aussi de la patience. Qualité acquise au fur et à mesure de toutes ces années de pratique de l’Art Royal ? N’en doutons pas puisque l’Art Royal désigne savoir et connaissance, mais aussi art de la construction par excellence. Le but ultime n’est-il pas d’établir le temple, son temple intérieur, demeure de la divinité ? Art Royal, un synonyme de Franc-Maçonnerie, repris en sous-titre, que l’auteur se plait désormais à usiter. Mais comme chacun le sait ce terme d’Art Royal, d’origine alchimique, désigne la pratique maçonnique dans ses plus nobles dimensions : tradition, symbolisme et ésotérique. Ce à quoi s’adonne Gilbert Garibal, docteur en philosophie, formé à la psychanalyse, retraçant et transmettant son voyage. Une valeur partage mise en exergue. Dès l’« Ouverture », il pose la juste et parfaite question : « Pourquoi suis-je toujours franc-maçon, après quelques quarante ans d’allers et venues en loge ?! »
Notons que Gilbert Garibal nous invite à une « Ouverture » – ici point de préface ou d’introduction -comme une invitation à débuter, à commencer, voire à inaugurer une nouvelle ère. Commençant dès le Big Bang avec « L’Homme, quelle histoire ! », son premier du sous-chapitre.
Il s’attache ensuite à développer, dans son deuxième chapitre sur « L’initiation » et à sa façon, la trilogie républicaine avant d’aborder les traditions, les rites maçonniques – voie initiatique, REAA, Obédiences et courants de pensée – et la célèbre méthode, non pas maçonnique mais cette fois-ci symbolique. Une façon de replacer le symbole – la Maçonnerie offrant tout un univers de signes et/ou objets pourvus de sens moral ou spirituel – au centre d’une démarche que tout cherchant cultive. Gilbert Garibal, dans son Approcher l’Art Royal – 20 outils pour développer sa pensée maçonnique (Numérilivre, 2017), nous offrait, à partir du Volume de la Loi Sacrée, un panorama allégorique et réflexif. Dans ce dernier opus, en retraçant un parcours classique de Maçon en loge bleue et partageant sa riche expérience du bonheur maçonnique, il nous offre, en quelque sorte, des clés à appliquer directement sur nous-mêmes , si tel est notre désir. Nous confortant ainsi sur le chemin entrepris et nous (re)donnna aussi confiance en la voie choisie. Partir dans une lecture qui donne finalement envie de se retrouver afin de poursuivre sa quête. Un « Connais-toi-même » et un « Deviens ce que tu es » !
Alain Mucchielli – Les Éditions de la Tarente, 2020, 272 pages, 25 €
Initié en 1980 au sein de la loge « Union et Espérance » du Grand Orient de France, le Dr Alain Mucchielli, auteur du Vade-Mecum du Rite Français (La Tarente, 2019) pose, d’emblée, la question taraudant le Franc-Maçon. Quels sont les rapports de l’Alchimie avec la Franc-Maçonnerie et ses éventuels apports ? D’ailleurs, la construction de notre Temple intérieur n’est-elle pas aussi un art de la transmutation ?
Alain Mucchielli
Dans sa préface, Jean-Marie Pierret, alchimiste, peintre et écrivain, définit le terme d’alambic dont l’invention est attribuée à Zosime de Panopolis mais précise que c’est au lecteur de procéder à la distillation. Rappelons-en simplement la définition exacte qui est un « appareil composé essentiellement d’une chaudière en forme de cornue surmontée d’un gros tuyau terminé par un serpentin placé dans une cuve d’eau froide, et qui sert à distiller ». Et qu’en chimie, la distillation est une opération par laquelle on sépare, au moyen du feu et dans des appareils fermés (cornues, alambics), des substances composées pour en recueillir les parties volatiles. Et qu’au sens figuré la distillation signifie « ce qui s’écoule lentement ; ce qui s’exprime de manière subtile ou raffinée ». Ne doutons pas que les apports de l’auteur sauront distiller en nous tous les bienfaits de ce rite fixé dans les trois premiers gardes en juillet-août 1785 par le Grand Orient de France.
Alambic
Dans son avant-propos, l’auteur pose les bases de sa recherche et se fonde sur le fac-similé du premier rituel du Rite Français appelé « Manuscrit de 1785 » conservé aux Archives du GOLF et connu sous le nom de « Rite Français ou Moderne de 1786 ». S’appuyant, pour les définitions et l’étymologie, sur de solides références – dictionnaires Bailly, Gaffiot et Rey entre autres -, Alain Mucchielli suit, comme un fil rouge, le rituel du premier grade, véritable colonne vertébrale de son livre.
De l’intimité de la chambre des réflexions, où le candidat, entouré de symboles alchimiques – coq, mercure, soufre, sel, etc. – médite sur sa démarche en présence d’emblèmes funèbres, de sentences d’une morale pure, de maximes d’une philosophie austère, à l’obligation – posture, équerre, compas, serment -, en passant par les trois voyages où le néophyte sera purifié par l’eau au 2e voyage et par les flammes au 3e voyage, abandonnant ensuite ses métaux pour la Bienfaisance et subira l’épreuve du sang et boira le calice d’amertume.
C’est ainsi que chaque mot, gestes, épreuves sont enrichis de plus de quarante années de recherche de l’auteur, faisant œuvre de transmission, dans cette science hermétique qu’est l’Alchimie.
Un Index et riche bibliographie complètent l’ouvrage. Avec La Cornue du Compagnon, ouvrage préfacé par Rémi Boyer, un des spécialiste du martinisme, Alain Mucchielli poursuit ses réflexions quant à la symbolique alchimique dudit grade, mais c’est une autre histoire… Son Matras du Maître, en 2020, préfacé lui par l’historien Yves Hivert-Messeca, est un aboutissement et achève admirablement la trilogie.
Le terme androgyne vient du grec ancien anèr (andros au génitif), homme, et gunè, femme. L’androgynie est un archétype, une image primordiale universellement répandue, un rébis lié aux commencements mythiques.
«Engendré par le soleil et la lune, dit la Table d’émeraude, le Rébis rassemble les vertus essentiellement unies mais extérieurement polarisées du ciel et de la terre.»
Selon les renseignements transmis par saint Hippolyte, Simon le Mage nommait l’esprit primordial arsénothélys, mâle-femelle. L’Homme primordial, l’Ancêtre mythique de l’humanité, est conçu dans de nombreuses traditions comme androgyne, un lady-boy. La réunion de couples de contraires, homme et femme, soleil et lune est appelée syzygie. L’androgyne hermétique en est un des exemples les plus connus.
La Divinité est pour nous une occasion de penser le rapport du genre et du sexe. Elle nous permet de comprendre que les genres ne sont pas réductibles au sexe ou, plutôt, que le sexe n’est qu’une manifestation, une expression, parmi d’autres genres. Ainsi homme et femme ne se réduisent pas à leur sexe: la femme n’est pas un mâle de sexe différent et vice versa. Si les genres ne sont pas réductibles au sexe, le féminin, donc, peut être une qualité partagée par le mâle. Il n’y a pas d’assignation «biologique» ou essentialiste des genres aux sexes. C’est ce que l’on entend par exemple dans l’expression biblique «comme un père matriciel se fait miséricordieux envers ses fils» (Ps 103,13).
Dans le rapport de l’homme et de la femme, l’être de la Divinité est en jeu; il met en jeu l’univers. S’il est gagné par le déséquilibre, c’est le Nom divin qui n’est plus unifié. Cette idée typiquement cabalistique découle de la notion de l’homme créé «à l’image de Dieu». Cette perspective nous aide à nous accoutumer à l’idée que le référent biologique est impensable en termes bibliques et encore plus lorsqu’il s’agit de définir l’humain. La sexualité (qui est bien le fait d’hommes et de femmes différents sexuellement l’un de l’autre) est la conséquence de la différenciation propre à la création plutôt que son origine, sa cause. Le sexe est à prendre comme épreuve de l’altérité, non comme son support.
L’éclairage ésotérique met en évidence le concept de bisexualité. La bisexualité simultanée caractérise des êtres qui sont des archétypes, des êtres primordiaux. Dans la mesure où c’est d’eux que dérivent les dieux, les hommes et les animaux qui, pourvus d’un seul sexe, masculin ou féminin, constituent notre monde, ces archétypes doivent être pourvus simultanément des deux sexes, car ils se trouvent en-deçà de cette «sexion». En l’être humain, le souvenir de cet état primordial suscite une nostalgie qui s’exprime avec une profonde émotion dans le mythe qu’Aristophane raconte dans le Banquet de Platon. Chaque couple, hétérosexuel ou homosexuel, aux moments les plus intenses de ses unions intermittentes, désire réaliser une impossible fusion permanente qui le ramènerait à cet état antérieur où l’être humain était double.
La bisexualité divine est un phénomène des plus répandus à travers le monde. Et même des divinités masculines ou féminines par excellence sont communément regardées comme étant androgynes.
Carl Gustav Jung a intégré la notion de syzygie (réunion du masculin et du féminin) dans son interprétation des archétypes inconscients, notamment à travers le couple fondamental d’anima et d’animus lorsque ceux-ci apparaissent symbiotiquement. Le processus de différenciation de ces couples syzygiques fait partie du cheminement de la conscience vers l’illumination.
Le gnosticisme pose l’assomption syzygique comme l’une des plus hautes fins de l’existence spirituelle d’un être humain. On peut citer à ce titre le logion 22 de l’Évangile selon Thomas (apocryphe chrétien issu de la bibliothèque de Nag Hammadi) : «[…] n°7 : Irons-nous dans le Royaume ? Jésus leur dit : Quand vous ferez le deux Un, […] afin de faire le mâle et la femelle en un seul […]».
Sur la base de cette complexité l’analyse kabbalistique va ouvrir une brèche dans le système de reconnaissance des identités sexuelles, risquant ainsi de faire perdre aux institutions religieuses, garantes de la stabilité sociale, leur contrôle absolu sur les rôles, les hiérarchies et les normes relatives aux pratiques selon le sexe.
Ce schéma général de la croyance en l’existence d’un être suprême primordial androgyne auquel succède un premier couple, dont les membres peuvent être aussi bien deux frères, un frère et une sœur, le Ciel et la Terre, le Soleil et la Lune, etc., est lui-même le paradigme d’une l’humanité primitive dont le ou les premiers représentants possèdent également les deux sexes. Un couple divin primitif fait, alors, fonction de géniteur du cosmos et il remplit la fonction démiurgique assurée originellement par l’Être suprême bisexué devenu trop lointain.
«C’est ainsi que les religions anciennes du Proche-Orient ont accordé une large place au couple d’un dieu et d’une déesse, aux liturgies célébrant leur Mariage sacré, appelé hiérogamie, aux mythes relatant leurs amours et les enjeux cosmiques et sociaux de leurs unions.
– En Assyrie et en Mésopotamie, les couples divins Dumuzi-Inana à Sumer, Marduk-Sarpanit en Akkad, pour ne parler que des plus célèbres, occupent et obsèdent la conscience religieuse des hommes de l’Antiquité. Un des mythes les plus anciens qui a été conservé met en scène le couple divinisé du Ciel (mâle) et de la Terre (femelle), dont l’union donne naissance à tous les êtres vivants. Un poème liturgique sumérien évoque leur union en termes non équivoques: «La Terre grande et plate se fit resplendissante, par son corps dans l’allégresse, la large Terre orna son corps de métal précieux et de lapis-lazuli […]. Le Ciel se para d’une coiffure de feuillage et parut tel un prince, la Terre sacrée, la vierge, s’embellit pour le Ciel sacré, le Ciel, le dieu sublime, planta ses genoux sur la large Terre, et versa la semence des héros, des arbres et des roseaux en son sein, la Terre douce, la vache féconde, fut imprégnée de la riche semence du Ciel, et dans la joie la Terre se mit à donner naissance aux plantes de vie».
– De même l’Égypte pharaonique est-elle hantée par le souvenir des figures d’Isis et Osiris et des couples mystérieux des théogonies primordiales. À partir de 11’41.
– En Extrême-Orient, l’Inde célèbre encore les couples que forment ses plus grands dieux, comme Brahma et sa Shakti (Sarasvati ou Brahmî) ou Shiva et Kali.
Quand un couple n’occupe pas la première place, c’est un dieu suprême androgyne, homme et femme ou père et mère à la fois, tel le Zeus des hymnes orphiques, qui assume la création. Ainsi en est-il, de la religion des Australiens aborigènes à la mythologie grecque en passant par le zervanisme de l’ancienne Perse, et quelles que soient les formes spécifiques que revêtent les dieux.
Comme on le voit, il semble que la croyance en l’existence d’un couple primitif divin, sexuellement différencié ou non et qui succède souvent à un dieu premier androgyne, soit enracinée au plus profond de la conscience religieuse de l’humanité, à toute époque et en tout lieu.
«Cependant, il semblerait à première vue que la religion biblique des Hébreux, héritiers à plus d’un titre de ces civilisations, qui plongent leur racine dans la préhistoire de l’humanité, ait évincé toute référence à cette représentation mythique au profit de la croyance en un Dieu unique. Cette divinité suprême a cumulé la totalité des traits que se partagent par ailleurs les divinités mâles et femelles ou, plutôt, abandonnant presque tout caractère féminin, elle a fini par s’identifier à la figure d’un Père unique. L’émergence du monothéisme hébreu est même présentée comme la victoire du système de société patriarcale sur un matriarcat préexistant où la figure des déesses mères avait une position centrale. »
Mais, ce fait patent, qui paraît incontestable d’une disparition de toute figure féminine de rang divin au sein du monothéisme hébreu, se heurte à un autre fait historique contradictoire : l’apparition au Moyen Âge d’un système de pensée religieux au sein du judaïsme appelée Kabbale ou «tradition», évoluant dans le cadre du monothéisme ancien, qui va accorder à la forme féminine du divin et à la notion d’un couple divin formé d’une face masculine et de l’autre féminine une place qu’il n’est pas exagéré de dire fort grande.
La Bible, considère, aussi, que l’humanité dérive d’un premier couple, mais Adam et Ève perdent bien vite tout ce qui aurait pu les assimiler à des êtres divins: ils sont très vite chassés du jardin d’Éden et condamnés à la mortalité et au travail. Le choix de manger le fruit de l’arbre de la Connaissance, c’est le choix de la dualité plutôt que le choix du fruit de l’arbre de Vie éternelle, l’androgynie de l’Adam premier. Cette déchéance du couple primitif par laquelle il rejoint l’existence ordinaire est une sorte d’intrusion brutale du principe de réalité venant rompre l’enchantement du monde mythique et déplaçant l’enjeu de l’aventure humaine sur le plan d’une histoire, dont les hommes sont directement responsables. Mais, bien que déchu, l’Adam emporte son essence : «l’homme, en tant qu’il est parfait, est défini par le masculin et par le féminin, c’est-à-dire « à notre ressemblance», donc masculin (et effectivement, au niveau séfirotique l’essentiel de l’Image est contenu dans Tiferet), et «comme notre apparence», donc féminin, car sa Présence avec nous est féminine, et l’un est fondu dans l’autre, le masculin et le féminin, le haut et le bas – ce qui est la même chose». (Corinna Coulmas, Principes masculin et féminin dans le Zohar ou la rigueur d’une méthode, p.9 . Bien que le masculin et le féminin coexistent déjà comme tels dans la Couronne (Kéther), cette distinction, au niveau des trois séphirots supérieures, n’équivaut pas à une division (ibid, p.13). Sur la base de cette complexité l’analyse kabbalistique va ouvrir une brèche dans le système de reconnaissance des identités sexuelles, risquant ainsi de faire perdre aux institutions religieuses, garantes de la stabilité sociale, leur contrôle absolu sur les rôles, les hiérarchies et les normes relatives aux pratiques selon le sexe.
Le déchiffrement des drames des premières familles humaines (meurtre d’Abel par son frère Caïn, déluge, dispersion des peuples et des langues à cause de la tour de Babel) devient le matériau édifiant d’une histoire orientée par le désir de surmonter cette faillite originelle. Généralement, l’histoire des premiers couples, divins ou humains, n’est pas une histoire heureuse. Quelque accident survient, qui dérègle le bon déroulement de leurs amours et de leurs engendrements, comme si le surgissement de la dualité était marqué du sceau du malheur, et que la déchéance nécessaire du principe unique primordial, sa scission en deux entités distinctes, entraînait invariablement une série de drames qui s’enchaînaient l’un à l’autre. Malgré ses inévitables répétitions, marquées comme partout ailleurs par des rites de recommencement, le temps cesse d’être la pure et simple répétition du même et la déchéance du premier couple apparaît comme le point de départ irréversible d’une humanité sur laquelle pèse la charge de son propre destin.
On ne rencontre l’écriture Adam (אָדָם) qu’aux versets Gen ; 1, 26 et 3,21. Gen 1, 26 : Dieu dit: « Faisons l’homme à notre image, Adam. Mais dès le verset Gen 1, 27, son nom change : Dieu créa l’homme à son image Aadam. Son nom Aadam (ם דָ אָ הָ) est expliqué au chapitre 2 de la Genèse, verset 7: L’Éternel-Dieu façonna l’homme Aadam, fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un animal avec un esprit (une âme). Sous-entendu par le rajout de la lettre Hé, le souffle divin. Cela fait passer la somme des lettres du mot Adam, 45, (אָדָם), correspondant au mot «quoi» (מה), à la somme des lettres d’Aadam 50, donnant «qui» (מי). Comme s’il était passé de l’état d’objet, d’idéation, (Faisons l’homme à notre image), à celui de sujet dans sa corporéité (Dieu créa l’homme). Cette corporéité qui introduit la différenciation des sexes devient effective dans le passage de Gen 3, 21 (L’Éternel-Dieu fit pour l’homme, Adam, et pour sa femme des tuniques de peau, et les en vêtit) à Gen 3, 22 (L’Éternel-Dieu dit: « Voici l’homme, Aadam). Cela nous invite à réfléchir sur la préexistence des âmes avant leur descente dans des corps produit par la chute et au thème de la Réintégration des êtres bien connu du Régime écossais Rectifié.
Dans le christianisme, l’émergence de la figure de la Vierge Marie, et même à certaines époques l’apparition d’une féminisation de la figure du Christ appelée «Jésus notre mère», voire son «androgynisation» dans des courants anciens de certaines écoles gnostiques de la fin de l’Antiquité ou dans l’époque médiévale, a atténué, dans une large mesure, la masculinité exclusive du Dieu de l’Ancien Israël qui a exclu sa parèdre Achéra.
«Malgré l’extrême diversité des représentations et des croyances religieuses, il semble que l’on puisse apercevoir très schématiquement qu’au cours de l’évolution des civilisations et des systèmes de représentation, chaque époque de renouvellement, chaque tournant culturel important, qui est toujours aussi une époque où est relancée la quête des origines, soit l’occasion d’une confrontation et d’une nouvelle combinaison entre un principe primordial unique et un couple d’opposés.»
La religion traditionnelle chinoise, quant à elle, se fonde sur l’ancienne conception de l’organisation du cosmos. Tout ce qui existe, y compris le ciel, la terre, les hommes et les dieux, est fait de la même substance vitale, le qi. Le qi se manifeste essentiellement sous la forme de deux forces complémentaires, le yin et le yang. À l’origine yin signifiait le versant ombragé d’une colline et yang son versant ensoleillé. Selon la philosophie chinoise toute chose est faite de yin et de yang, en proportions variables. Les yin est le complément du yang. Le yin et le yang est la loi générale de l’univers, la conclusion de toute choses, l’origine de la transformation de tout et de la croissance-destruction. Il peut représenter non seulement deux choses opposées, mais aussi deux aspects opposés au sein d’une même chose. Cette notion de complémentarité est importante, d’autant plus que la pensée occidentale pense plus volontiers le dualisme sous forme d’opposition que de complémentarité. La pensée chinoise fait remonter la manifestation du monde au yang et au yin, rapportés aussi au Ciel et à la Terre. En effet, dans les textes sapientiels comme le Tao Te King de Lao-tseu, il est dit que le Tao, le Principe absolu ou «vide suprême», engendre l’Être comme sa première détermination au sein duquel se forme la dyade métaphysique du yin et du yang, polarité-racine du Multiple, à savoir de la Manifestation. De leur fusion, selon différents équilibres, naissent donc les êtres humains, la nature vivante et tout le cosmos.
En nous référant à la symbolique des nombres, nous pourrions dire que du Zéro métaphysique (le Tao) naît l’Un (l’Etre), puis de celui-ci le Deux, le yin et le yang, qui, en s’unissant, donnent naissance aux «dix mille êtres». Cela n’est pas sans évoquer la Tétraktys de Pythagore quand elle est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l’origine. Pour Pythagore, le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l’Esprit manifesté, de la matière, et de l’Univers leur fils. Le sommet est le UN, (en ces temps le zéro, chez les grecs, n’était pas encore inventé) non pas le nombre mais l’unité qui est en contact avec le vide, l’Aïn-sof de la gnose hébraïque, le Mystère des Mystères, le qi chinois. L’unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu’il faut qu’il y ait le 2 pour qu’il y ait soit augmentation, soit division, pour qu’il y ait autre chose et c’est ce quelque chose d’autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1, qui alors se différencie de l’unité indénombrable. Avec le 2, le 1 se sépare de l’unité.La différenciation des sexes, c’est cette séparation de l’unité primordiale. L’humanité apparaît au terme d’une série de séparations, de divisions, de classements, comme dans une décantation des créatures: séparation entre le Créateur et la créature, le ciel et la terre, le règne végétal et animal «selon leurs espèces».
C’est pourquoi, des enseignements, tissés à travers ces mythes et légendes, vont décrire, sous forme symbolique, la méthode et les conditions par lesquelles l’initié peut retrouver son chemin de retour vers une terre promise édénique dont nous serions issus. Et parmi ces conditions on trouve bien sûr la complémentarité des genres. Ainsi est attestée, dans l’Évangile de Thomas qui témoigne de l’atmosphère mystique du christianisme naissant, de la nécessité de la bisexualité. Dans l’Évangile de Thomas, Jésus, s’adressant à ses disciples, leur dit : «Lorsque vous ferez les deux [êtres] un, et que vous ferez le dedans comme le dehors et le dehors comme le dedans, et le haut comme le bas ! Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle, alors vous entrerez dans le Royaume». L’expression «devenir un» est encore mentionnée plusieurs fois. C’est ce qu’écrit l’épileptique Paul aux Galates, 3, 28 : Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni mâle ni femelle ; car vous tous n’êtes qu’un dans le Christ Jésus. Cette unité est celle de la première création, avant la création d’Ève, lorsque l’homme n’était «ni mâle ni femelle». On peut souligner, ici, une contradiction avec sa lettre aux Corinthiens, interdisant la parole aux femmes !
Centrée sur l’unité primitive de l’être humain, une même doctrine fut soutenue par Scot Érigène (théologien celtique du 9ème siècle), qui s’inspirait d’ailleurs de Maxime le Confesseur (580). Pour Érigène, la séparation des sexes faisait partie d’un processus cosmique. La division des Substances avait commencé en Dieu et s’était effectuée progressivement jusque dans la nature de l’homme, qui fut ainsi séparé en mâle et femelle. C’est pourquoi la réunion des Substances doit commencer dans l’homme et s’achever de nouveau sur tous les plans de l’être, Dieu inclus. En Dieu, il n’existe plus de division, car Dieu est Tout et Un. Selon Érigène, inspiré par le néo-platonicien Denys l’aréopagite, la division sexuelle fut une conséquence du péché, mais elle prendra fin par la réunification de l’homme et sera suivie par la réunion eschatologique du cercle terrestre avec le Paradis. Le Christ a anticipé cette réintégration finale. Pour Érigène, le Christ avait unifié les sexes dans sa propre nature, car, en ressuscitant, il n’était «ni mâle, ni femelle, bien qu’il fût né et mort mâle».
Saint Paul et l’Évangile de Jean comptaient déjà l’androgynie parmi les caractéristiques de la perfection spirituelle. En effet, devenir «mâle et femelle», ou n’être «ni mâle ni femelle», sont des expressions plastiques pour lesquelles le langage s’efforce de décrire la metanoïa, la conversion, le renversement total des valeurs. Après tout il est tout aussi paradoxal d’être «mâle et femelle «que de redevenir enfant, d’avoir 3 ans, de naître de nouveau, de passer par la «porte étroite».
Ce qui intéresse notre recherche, c’est le fait que, dans la spéculation métaphysique de Platon aussi bien que dans la théologie d’un Philon d’Alexandrie, chez les théosophes néo-platoniciens et néopythagoriciens comme chez les hermétistes qui se réclament de Hermès Trismégiste à travers son dialogue du Poe mander qui lui serait attribué (traduit par Marsile Ficin), ou chez nombre de gnostiques chrétiens, la perfection humaine était imaginée comme une unité sans fissures. Celle-ci n’était d’ailleurs qu’une réflectance de la perfection divine, du Tout-Un. Dans le Discours parfait, Hermès Trismégiste révèle à Asclépius que «Dieu n’a pas de nom ou plutôt il les a tous, puisqu’il est à la fois Un et Tout. Infiniment rempli de la fécondité des deux sexes».
L’advenue de l’alter ego féminin c’est l’épreuve proposée par Dieu aux yeux d’Adam, c’est une sorte de rite initiatique que Dieu propose en liant l’union et l’accouplement à ce qui était consubstantiel en Adam, son Ève. L’Amour naquit donc pour la tradition judéo-chrétienne d’un double constat : celui d’une unité originelle (même chair, même séparation) et celui d’une césure fondamentale génératrice d’un «face à face» dans l’union et la recherche de ce qui manque à l’absolue symbiose du principe mâle et du principe femelle. Ainsi, il n’y aurait pas d’adâm mâle ni d’adâm femelle «mais d’un côté l’homme et de l’autre la femme, deux corps, distincts de nature, mais recherchant dans l’accouplement le manque de l’Unité transcendante.
L’exégèse juive et la langue hébraïque permettent de relier substantiellement masculin et féminin en utilisant les termes «ish et ishshah». En chacun de ces termes se trouve une lettre du nom divin qui marque, ainsi, chaque sexe de deux substrats constitutifs de la divinité. Si Dieu créa l’homme mâle et femelle cela laisse supposer que l’un comme l’autre, Adam comme Ève, s’intègrent à la grâce de la restauration continue de l’image de Dieu.
Le mythe redoutable devient récit édifiant, histoire exemplaire, et la frontière entre le monde religieux et celui de la vie profane perd son étanchéité. C’est de ce mouvement de profanation du sacré (simplification, élucidation) et de sacralisation du profane (identification, humanisation des héros et des sauveurs), que les civilisations judéo-chrétiennes sont nées et se sont développées jusqu’à l’époque contemporaine où les limites du religieux et les bornes du monde profane deviennent de plus en plus flous et difficiles à définir. Il y a eu dans l’histoire des lectures de la Bible et du Coran, multiples et contradictoires, sur la base desquelles des édifices religieux complets ont été construits. Il faut néanmoins toujours revenir au texte, dans sa version originale, pour voir si les lectures déjà faites en ont épuisé tous les sens et si notre époque peut s’en forger une compréhension inédite ; de la qualité de leur interprétation, de ses effets heureux ou désastreux, dépend aujourd’hui plus que jamais le destin des humains dans les cultures des peuples croyants.
L’énergie et la matière, et par analogie le compas et l’équerre, sont des formes androgyniques de l’unité qui sont aussi considérées comme principe mâle et principe femelle, actif et passif. Les vertus masculines correspondent au Soufre des alchimistes, les vertus féminines au Mercure. Ces vertus opposées sont réunies en une nouvelle unité par un principe conciliateur, le Sel qui permet l’équilibre.
Les colonnes Jakin et Boaz représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l’unité idéale du Delta lumineux qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne du commencement.