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Bref cours d’autodéfense contre l’antimaçonnisme lors d’une soirée avec des voisins intégristes

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Il faut reconnaître que la paranoïa ambiante n’aide pas vraiment les anxieux et les hypersensibles avec l’antimaçonnisme, je veux dire tous ceux qui voient des membres du Ku Klux Klan leur courir après pour les mettre au bûcher. Avant de vous expliquer comment régler le problème des voisins antimaçons en quelques minutes, faisons d’abord un petit tour d’horizon des faits antireligieux de notre époque :

  • 1 320 actes antisémites ont été recensés en 2025, soit une baisse de 16 % par rapport à l’année 2024.
  • 843 actes antichrétiens ont été recensés, soit une hausse de 9 % par rapport à 2024.
  • 326 actes antimusulmans ont été recensés, soit une hausse de 88 % par rapport à 2024.

À notre connaissance, aucun Franc-maçon n’a été assassiné, pas plus de victimes d’agressions physiques graves. En revanche, on peut dénombrer quelques temples vandalisés, comme par exemple :

  • Le temple maçonnique du Grand Orient de France à Rennes (Ille-et-Vilaine) a été tagué au début de l’année 2024 ;
  • Un temple maçonnique à Tarbes (Hautes-Pyrénées) a été saccagé en 2019 (vitres brisées, meubles renversés, peinture, etc.) ;
  • Un temple à Vienne (Isère) a lui aussi été vandalisé avec destruction de mobilier et fenêtres.

Plusieurs temples ont été mentionnés dans des articles autour de tags ou de dégradations en France sans détails précis sur le nombre exact.

Mais rien de comparable avec les 1320 actes antisémites.

Le petit cours d’autodéfense avec nos voisins intégristes

Vous avez forcément rencontré des obsédés qui s’acharnent à vous prouver que les Francs-maçons, associés aux Illuminati et pourquoi pas aux reptiliens, gouvernent le monde et l’univers !

En règle générale, vous prenez le temps d’expliquer que vous n’avez jamais vu le président de la République en loge ou encore celui de la Banque de France dans l’atelier. Vous enchaînez ensuite sur le symbolisme et la fraternité et le tour est joué. Vous êtes certain que vos voisins vont comprendre une fois pour toutes (et pourquoi pas… candidater dans votre loge). Mais que nenni ! Ils s’obstinent et vous servent le fameux argument :

« Ah mais tu ne sais pas tout, car tout en haut, tu n’y es pas. C’est là que les décisions se prennent. » Échec et mat, vous êtes foutu !

Comprendre le décalage de langage

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que votre voisin et vous ne parlez pas de la même chose. Vous lui expliquez ce qu’est votre Franc-maçonnerie. Lui, s’égosille à vous faire comprendre que le monde est devenu tellement complexe, il est tellement perdu dans toutes ces informations qu’il a trouvé un bouc émissaire pour justifier son échec à comprendre.

L’exemple éclairant des platistes

Prenons un exemple très simple qui puise sa source exactement dans le même registre : les platistes. Ils sont 9 % en France à croire que la Terre est plate. Vous aurez beau venir avec des photos, des films, des scientifiques… rien n’y fera, la Terre est plate. Vous allez comprendre ce qui se passe dans leur tête et ainsi, vous pourrez aussi comprendre ce qui se passe dans celle de vos voisins antimaçons car c’est la même logique mentale.

Des scientifiques ont avancé que les platistes suivent cette logique car l’idée d’un univers infini, froid et régi par des lois abstraites, explorable seulement par la science, leur inspire une profonde angoisse existentielle. Ils trouvent au contraire un apaisement rassurant dans un cosmos géocentrique et fermé, dont Dieu est l’animateur primordial, offrant ainsi une boucle cognitive parfaite : un monde compréhensible d’un bloc, cohérent sans zones grises, intentionnel et à échelle humaine.

Une représentation colorisée de la gravure Flammarion, inspirée de la cosmogonie décrite dans les premiers chapitres de Bereshit.
Une représentation colorisée de la gravure Flammarion, inspirée de la cosmogonie décrite dans les premiers chapitres de Bereshit.

Cette préférence reflète un fort besoin de fermeture cognitive, évitant le vertige d’un univers immense, impersonnel, probabiliste et toujours incomplet. La Terre plate devient alors moins une théorie scientifique qu’une thérapie métaphysique : elle transforme un cosmos infini et indifférent en une maison cosmique dotée d’un sens clair, réenchantant le réel face à une science qui admet ses propres limites. Cette hypothèse, partagée en psychologie cognitive et en sociologie des croyances, explique pourquoi, même sans être toujours ouvertement religieux, beaucoup de platistes raisonnent selon une structure théologique classique qui restaure ordre, finalité et maîtrise.

La logique parallèle des antimaçons

Fort de cette même logique, des chercheurs en psychologie cognitive et en sociologie des croyances expliquent que les antimaçons suivent un raisonnement parallèle : l’idée d’un monde chaotique, régi par des forces impersonnelles, des intérêts économiques aléatoires et des événements imprévisibles leur inspire une angoisse existentielle de perte totale de contrôle. Ils trouvent au contraire un profond apaisement dans la certitude que les Francs-maçons gouvernent l’univers en secret et sont la cause de tous les maux de la Terre, car cette vision referme la boucle cognitive : tout devient intentionnel, cohérent et maîtrisable par un petit groupe identifiable.

Affiches propagande antimaçonnique
Affiches propagande antimaçonnique

Le réel n’est plus absurde ni multifactoriel, mais organisé selon un plan délibéré, avec une hiérarchie occulte au sommet. Cette préférence reflète un besoin intense de fermeture cognitive, évitant le vertige d’un monde complexe, sans centre visible et sans responsable unique. La théorie du complot maçonnique agit alors comme une véritable thérapie métaphysique : elle transforme un univers indifférent et chaotique en une maison cosmique sombre mais lisible, où le mal a un visage précis, où chaque crise s’explique, et où l’on peut se sentir « éveillé » face à l’architecte inversé qui tire les ficelles. Même sans être toujours ouvertement religieux, cette vision reproduit une structure théologique classique, simplement inversée : un grand maître secret à la place de Dieu, une lutte manichéenne et un sens global restauré.

Conclusion : savoir quand arrêter

Pour résumer, vous pourrez passer autant de soirées que vous voulez avec vos voisins intégristes, rien n’y changera. Ils ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Vous aurez beau les inviter à toutes les tenues blanches ouvertes de votre obédience, rien ne changera. Mieux vaut le savoir dès le début, cela au moins vous permettra de comprendre d’où vient leur mal. Bonnes soirées…

Les Francs-maçons et la joie : existe-t-il une joie initiatique ?

Dans les discours maçonniques contemporains, on parle beaucoup de travail, de devoir, de résilience, de transmission et parfois de crise. Mais la joie ? Elle reste étonnamment discrète. Pourtant, elle affleure partout dans nos rituels : « Que la joie soit dans les cœurs ! » est l’une des formules les plus répétées à la fermeture des travaux. L’acclamation « Houzé ! » résonne comme un cri de victoire intérieure. Alors, la Franc-maçonnerie produit-elle une joie particulière, une joie initiatique ? Et si oui, de quelle nature est-elle ?

La joie, grande absente des discours maçonniques ?

On évoque souvent la Franc-maçonnerie comme un chemin exigeant, parfois austère. Le Franc-maçon est celui qui travaille sa pierre brute, affronte ses passions, accepte la mort symbolique au grade de Maître. Cette image sérieuse est juste, mais elle reste incomplète. Car au bout du chemin initiatique, nombreux sont ceux qui témoignent d’un état profond, durable et lumineux : la joie.

Cette joie n’est pas le plaisir éphémère ni le bonheur confortable du profane. Elle est plus proche de ce que les mystiques appelaient gaudium : une plénitude intérieure, une sérénité vibrante, une reconnaissance intime d’être à sa juste place dans l’Architecture universelle.

Qu’est-ce que la joie initiatique ?

La joie initiatique naît du sentiment d’harmonie retrouvée. Elle surgit quand le franc-maçon perçoit que son travail personnel participe à quelque chose de plus grand que lui. Elle n’est pas une récompense, mais un état qui accompagne la progression.

Oswald Wirth

Oswald Wirth, dans ses écrits, insistait sur le fait que le véritable initié accède à une joie supérieure, fruit de la maîtrise de soi et de l’alignement avec les lois universelles. Cette joie n’est pas bruyante : elle est calme, profonde, presque silencieuse, mais elle irradie. Elle se manifeste souvent après les moments les plus intenses : juste après l’initiation, lors d’une chaîne d’union particulièrement vibrante, ou encore dans le recueillement qui suit une tenue réussie.

Elle se distingue du simple plaisir collectif des agapes. Si les banquets maçonniques sont joyeux, la joie initiatique est d’un autre ordre : elle est intérieure, stable, et survit aux épreuves.

La joie dans les rituels et les symboles

Nos rituels sont remplis de signes discrets de cette joie. À l’ouverture des travaux, le Vénérable Maître invite souvent les frères à œuvrer « dans la Liberté, la Ferveur et la Joie ». À la fermeture, les trois Surveillants formulent successivement :

  • Que la Paix règne sur la Terre
  • Que l’Amour règne parmi les Hommes
  • Que la joie soit dans les cœurs !

Cette triade (Paix – Amour – Joie) n’est pas anodine. Elle constitue une véritable échelle spirituelle. La Paix apaise, l’Amour unit, la Joie couronne l’édifice.

Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, l’acclamation « Houzé ! Houzé ! Houzé ! » est un cri de joie rituel, souvent mal interprété comme une simple tradition folklorique. Il s’agit pourtant d’un élan d’enthousiasme sacré, d’une explosion contrôlée de l’âme qui célèbre la victoire sur les ténèbres intérieures.

Le Tableau de Loge lui-même, avec ses symboles disposés en harmonie, invite à cette joie contemplative : tout est à sa place, l’ordre règne, et le Franc-maçon y reconnaît le reflet de son propre temple intérieur en construction.

La joie du Compagnon et la joie du Maître

La joie n’est pas uniforme selon les grades.

Image par Solange Sudarskis

Au grade de Compagnon, elle est souvent dynamique : joie de la découverte, du voyage symbolique, du partage des outils. C’est la joie du mouvement, de l’apprentissage, de la rencontre fraternelle enrichissante.

Au grade de Maître, elle devient profonde et sereine. Elle naît de l’acceptation de la mort initiatique et de la résurrection symbolique. C’est la joie de celui qui a traversé l’épreuve et qui sait désormais que la lumière est intérieure. Elle est plus grave, plus mûre, mais aussi plus durable. Beaucoup de Maîtres témoignent que cette joie les accompagne même dans les périodes difficiles de la vie profane.

Témoignages vécus

Un frère du Rite Français confiait récemment : « Le jour de mon passage au grade de Maître, j’ai ressenti une joie que je n’avais jamais connue. Pas de l’euphorie, mais une certitude paisible : j’étais exactement où je devais être. Cette joie ne m’a plus quitté, même dans les moments sombres. »

Une sœur du Droit Humain ajoutait : « La chaîne d’union est pour moi le moment le plus fort. Quand toutes les mains se joignent et que la vibration monte, je ressens une joie collective qui dépasse les mots. C’est comme si l’âme du groupe devenait palpable. »

Un Vénérable Maître expérimenté résumait : « La joie maçonnique, c’est quand on sort de tenue en se sentant plus léger, plus vivant, plus relié. C’est la preuve que le travail a porté ses fruits. »

Pourquoi la joie manque-t-elle parfois aujourd’hui ?

Femme pensive

Trop souvent, la lourdeur administrative, les querelles de régularité, le formalisme excessif ou les débats politiques envahissants étouffent cette dimension joyeuse. Quand la Franc-maçonnerie devient une machine à réunions et à rapports, elle perd son âme. Quand elle se crispe sur des questions de reconnaissance extérieure, elle oublie la reconnaissance intérieure.

La joie initiatique exige du silence, de la sincérité, de la présence réelle. Elle ne supporte ni le cynisme, ni la routine, ni la course aux honneurs.

Comment cultiver la joie initiatique ?

Plusieurs voies s’offrent au franc-maçon :

Homme âge mur avec un maillet à la main
Homme âge mur avec un maillet à la main
  • Retrouver le sens profond des rituels et les vivre avec ferveur plutôt qu’avec automatisme.
  • Accorder plus de place à la contemplation et au recueillement en loge.
  • Favoriser les moments de vraie fraternité, loin des débats stériles.
  • Pratiquer régulièrement la chaîne d’union avec intention et présence.
  • Accepter que la joie puisse coexister avec la gravité du travail initiatique.

La joie n’est pas un but à atteindre, mais un état qui accompagne naturellement celui qui avance avec sincérité sur le chemin.

La joie, signature de l’initiation réussie

Jeune et belle femme brune en costume

La Franc-maçonnerie n’a de sens que si elle rend l’homme plus libre, plus conscient… et plus joyeux. Une initiation qui n’aboutit pas à une joie intérieure plus grande reste incomplète.

Comme l’écrivait un auteur maçonnique du siècle dernier, la véritable initiation conduit à « la joie de l’esprit ». Cette joie est discrète, mais elle est le signe le plus sûr que le Temple intérieur s’élève.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez le Vénérable Maître prononcer « Que la joie soit dans les cœurs ! », écoutez vraiment. Ce n’est pas une formule rituelle parmi d’autres. C’est l’une des plus belles promesses de notre Ordre.

…Et peut-être la plus importante.

27/02/26 à Bergame : Exposition de cartes de tarot. Origines, cartes et prédiction

Du site officiel du Grand Orient d’Italie grandeoriente.it

A partir du 27 février à l’Accademia Carrara, la Renaissance rencontre le symbole.

La réunion exceptionnelle du célèbre Tarot Colleoni est au cœur de l’exposition « Tarot. Origines, Cartes, Fortune », présentée à l’Académie Carrara de Bergame. Cette exposition d’une importance particulière rassemble, pour une occasion exceptionnelle, 74 cartes enluminées du XVe siècle, jusqu’alors dispersées entre l’Académie Carrara, la Morgan Library de New York et une collection privée. Une occasion rare d’admirer de près l’un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’art du tarot de la Renaissance.

Créées par Bonifacio Bembo et Antonio Cicognara, ces cartes témoignent du très haut niveau artistique atteint par les ateliers lombards et restituent au Tarot sa fonction originelle d’objet de cour, lié à des mécènes aristocratiques et à une culture visuelle imprégnée d’allégorie, de morale et de cosmologie.

Autour de ce précieux noyau se déploie un voyage qui va au-delà de la simple présentation des cartes, mais qui explore également leur technique d’exécution, leur appareil symbolique et leur contexte historique, nous permettant de saisir la complexité iconographique des Arcanes : Empereurs, Vertus, Roues de Fortune et figures archétypales qui transcendent le simple jeu pour devenir un langage universel.

La visite guidée se poursuit ensuite par la découverte de la collection permanente de l’Accademia Carrara, instaurant un dialogue suggestif entre le Tarot et les chefs-d’œuvre de la peinture italienne. Le musée, fondé grâce aux dons de collectionneurs privés, abrite environ 1 800 peintures, une centaine de sculptures et une importante collection d’œuvres graphiques, réparties dans 28 salles.

L’exposition embrasse quatre siècles d’art, du XVe au XIXe siècle, avec des œuvres de Pisanello, Bellini, Botticelli, Mantegna, Raphaël, Canaletto, Hayez, Previati et Pellizza da Volpedo. Dans ce contexte, les symboles des cartes trouvent des échos inattendus dans les grandes compositions picturales : postures, attributs, allégories et constructions morales révèlent une origine figurative commune.

Il en résulte une lecture transversale où le langage du Tarot éclaire celui du grand art et vice versa, transformant la visite en une expérience à plusieurs niveaux : esthétique, historique et symbolique.

La proposition de l’Accademia Carrara prend ainsi la forme d’un véritable voyage à travers images et archétypes, alliant la rigueur de l’histoire de l’art à l’attrait intemporel des symboles, invitant les visiteurs à une contemplation plus profonde du pouvoir évocateur des figures.

Les Grandes Loges d’Amérique se réunissent à Chihuahua

De notre confrère eldiariodechihuahua.mx – Juan Carlos Nuñez 

Elles renforcent l’unité et une vision d’avenir au sein de l’Assemblée interaméricaine.

La ville de Chihuahua a accueilli ce week-end l’Assemblée de la Confédération maçonnique interaméricaine (CMI), Zone 1, une réunion de haut niveau qui a rassemblé des représentants de plus de 25 Grandes Loges du Mexique, du Paraguay et des États-Unis d’Amérique.

Lors des séances de travail, les délégations ont analysé les enjeux stratégiques de la franc-maçonnerie régulière, échangé leurs points de vue sur les défis actuels de l’Ordre et progressé dans l’élaboration d’un programme commun pour les Amériques. La réunion a renforcé les liens de fraternité, de coopération et d’unité entre les juridictions participantes.

L’assemblée a réuni des Grands Maîtres, des autorités maçonniques et des dignitaires, dont Ismael Carmona Splinker, vice-président de la zone 1 de la CMI, ainsi que Fernando Martínez, président de la Confédération des Grandes Loges Régulières de la République mexicaine, ce qui a souligné l’importance institutionnelle de l’événement dans la sphère maçonnique interaméricaine.

En tant qu’hôte de la réunion, Rafael Peña Bibriescaz, Très Vénérable Grand Maître de la Très Vénérable Grande Loge Cosmos de l’État de Chihuahua, a souligné la nécessité de préserver et de renforcer la régularité maçonnique, ainsi que de continuer à travailler ensemble pour consolider une franc-maçonnerie universelle solide, unie et cohérente avec ses principes fondamentaux.

Peña Bibriescaz a souligné que ces types d’assemblées renforcent non seulement l’unité interpotentielle entre les Grandes Loges, mais réaffirment également leur engagement envers le progrès, la justice et le développement des sociétés dans lesquelles elles sont intégrées.

Pour sa part, Ismael Carmona Splinker a souligné l’importance de continuer à bâtir une franc-maçonnerie socialement responsable, dotée d’une vision à long terme et capable de répondre aux défis du monde contemporain.Dans leurs discours, les Grands Maîtres ont souligné le rôle historique de la franc-maçonnerie dans le renforcement de la vie démocratique, la défense des valeurs humanistes et la nécessité de maintenir l’Ordre comme un espace de réflexion, d’éducation et de service.

Dans ce contexte, Andrés Magaña Moreno, Grand Maître représentant la Grande Loge du Yucatán, a déclaré que la franc-maçonnerie régulière est aujourd’hui confrontée à l’engagement historique de préserver fermement et fidèlement ses principes fondateurs, tout en assumant, avec discernement et responsabilité, les défis sociaux, culturels et technologiques de notre époque.

L’Assemblée a consolidé la position de Chihuahua comme point de référence pour la franc-maçonnerie régulière sur le continent, réaffirmant l’engagement des Grandes Loges envers les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de progrès de l’humanité, ainsi qu’envers la construction d’une société plus juste, consciente et solidaire.

Robert Mingam : « La régularité maçonnique est devenue une affaire de pouvoir »

Dans le cadre d’une série d’entretiens sur les grands débats qui traversent la Franc-maçonnerie contemporaine, nous avons rencontré Robert Mingam, Franc-maçon depuis des décennies. Connu pour sa franchise et sa profonde exigence spirituelle, il accepte de s’exprimer publiquement sur un sujet qui reste l’un des plus sensibles de l’Ordre : la régularité. Entretien sans concession.

Monsieur Mingam, vous qualifiez la régularité de « principal facteur de division préjudiciable à notre Ordre ». Pourquoi un tel jugement ?

Robert Mingam : Ce simple mot éveille en moi des années de souffrance morale et de révolte. Il m’a fallu travailler longtemps sur moi-même pour en extirper l’essence positive. Il est à l’origine de tous mes doutes. Et aujourd’hui encore, après tout ce temps passé sur nos colonnes, après avoir rempli tous les offices et devoirs de charge, je ne me suis toujours pas résigné à tout accepter de cet Ordre dont je ne respecte que l’esprit. Suis-je pour autant un mauvais Maçon ? Je me pose encore la question.

Vous avez donc vécu cette question de la régularité comme une forme de conditionnement ?

Robert Mingam : Pendant dix-huit ans, on a voulu me faire croire qu’être soumis à la Grande Loge d’Angleterre et nommer Dieu Grand Architecte de l’Univers faisait de moi un maçon respectable. On m’a appris à déconsidérer tout prétendu maçon qui ne suivrait pas aveuglément sa règle dite en douze points qui, après mûres réflexions, s’est avérée n’être qu’un règlement. On a cherché à me convaincre que les femmes ne pouvaient partager nos travaux sous le prétexte futile qu’elles n’apportent que conflits de personnes.

Un maçon libre doit-il toujours se soumettre ? Un maçon libre peut-il aujourd’hui rester Maçon ? Voilà les questions qui me hantent.

Comment réagissez-vous à la formule classique : « Mes Sœurs et mes Frères me reconnaissent pour tel » ?

Robert Mingam : À la question « êtes-vous Franc-maçon ? », on m’a enseigné de répondre : « mes Sœurs et mes Frères me reconnaissent pour tel ». Les mots, les signes et les attouchements ne devraient-ils pas suffire à cette reconnaissance, puisqu’ils sont tirés de nos rituels communs et réputés secrets ?

Cependant, si nous maçons nous satisfaisons des réponses apportées par ce succinct tuilage, il en va tout autrement pour les obédiences qui sont censées nous administrer. Car si traditionnellement sept Sœurs ou Frères régulièrement initiés et élevés au grade de Maître peuvent légitimement créer une Loge juste et parfaite, si trois ateliers peuvent s’organiser en Grande Loge dite « régulière » et donc former une obédience, celle-ci sera toujours considérée comme irrégulière tant que d’autres Grandes Loges, plus anciennes, ne l’auront pas reconnue pour telle.

Cette « oligarchie autoproclamée » que vous évoquez, vous la jugez utile ou dangereuse ?

Robert Mingam : Cette oligarchie autoproclamée peut être utile pour garantir les valeurs de l’Ordre contre toute dérive sectaire – quoi que ! – mais pour toute Grande Loge qui se considérerait légitime et régulière, cette reconnaissance est la condition nécessaire à sa survie. Si les Grandes Loges se définissent certains critères qui leur sont propres, comme un rite ou un certain niveau de spiritualité, elles se doivent cependant d’adopter un schéma directeur compatible avec celui des autres administrations maçonniques.

C’est pourquoi, quelle que soit la langue et le rite choisi, nous nous reconnaissons grâce à la fonction fédératrice de l’Esprit Maçonnique Mondial qui règne dans nos Loges, d’où la nécessité de ne pas altérer inconsidérément nos rituels. Malheureusement, certaines Grandes Loges, et non des moindres, font du protectorat une affaire personnelle en s’excommuniant les unes les autres, ou en se liguant pour écarter les impudents qui oseraient revendiquer le droit d’exister indépendamment de leur juridiction.

Le Grand Orient de France et le Droit Humain ont-ils particulièrement souffert de cette situation ?

Robert Mingam : Ainsi, avant de devenir la plus grande obédience française, le Grand Orient, qui en 1877 refusa l’allégeance à la Grande Loge d’Angleterre en proposant le choix de la laïcité, fut considéré – et l’est encore aujourd’hui – comme irrégulier par la maçonnerie mondiale. Pour des raisons différentes, le Droit Humain a lui aussi souffert de ce même ostracisme avant de se soumettre à lui pour s’en faire reconnaître !On nous parle de maçonnerie « traditionnelle voire spiritualiste », attachée aux anciens principes généraux de l’Ordre, opposée à une maçonnerie « progressiste et libérale », ayant un point de vue plus social sur ces mêmes principes. Cependant, même si ces deux points de vue amènent à des controverses parfois assez vives, les tendances qui s’expriment ne font jamais oublier aux uns et aux autres que ce qui les réunit – c’est-à-dire la fraternité – est plus important que ce qui les sépare.

Pour vous, la Franc-maçonnerie ne doit donc pas se réduire à une structure administrative ?

Robert Mingam : À mon sens, la Franc-maçonnerie n’est et ne peut pas n’être « qu’administrative et obédientielle ». La légitimité est accordée à qui reçoit et transmet ses principes, ses valeurs, et respecte ses rituels. Je veux espérer qu’aujourd’hui, la régularité n’est pas qu’appartenir à une administration puissante et organisée dont les dirigeants, comme nos élus politiques, se prétendent parfois les porte-parole.

Personnellement, je me refuse de n’être qu’un maçon séculier travaillant au progrès de l’humanité, et c’est pourquoi je répugne à réfléchir sur les questions sociales politiquement ciblées et parfois trompeusement maçonniques proposées par nos obédiences. Ce n’est pas que je m’en désintéresse pour autant, mais si je dois m’engager socialement ou politiquement, je préfère être libre, et certainement plus opératif, en adhérant à des mouvements sociaux plus spécialisés que la maçonnerie.

Quelle place accordez-vous au spirituel dans tout cela ?

Robert Mingam : Je souhaite continuer d’appartenir à cette fraternité de « maçons dits réguliers », c’est-à-dire attachés aux valeurs d’une règle spirituelle et initiatique. Si pour moi la maçonnerie n’est pas une religion, « elle se doit d’être la tolérance religieuse », c’est-à-dire « qu’elle doit avoir pour toutes les religions une sympathie générale, et pour chacune le respect que lui impose l’élément de vérité qu’elle renferme ».

Pour être contre quelque chose, il faut en avoir plus qu’une intuitive connaissance, et surtout ne pas confondre le symbole avec l’une de ses interprétations plus ou moins corrompue. Je prendrai pour exemple la Bible ou tout autre livre réputé sacré, généralement posé sur l’autel des serments de nos Loges, sous le compas et l’équerre au degré d’Apprenti. Bien qu’emblématique d’une révélation religieuse, elle symbolisait tout autre chose pour les maçons d’hier, grands bâtisseurs de nos cathédrales.

L’Ancien Testament pouvait représenter la vie pré-initiatique et profane, l’histoire sombre de l’humanité avec ses passions et ses erreurs. Puis venait la révélation, c’est-à-dire l’initiation à une autre perception de l’existence par un message, un vécu ou une expérience. Le Nouveau Testament pouvait lui-même symboliquement représenter la vie post-initiatique du maçon, ses doutes, ses interrogations, la diversité de ses enseignements. L’ouverture sur le prologue de saint Jean symbolisait la lumière, c’est-à-dire l’illumination par une certaine connaissance acquise au contact de cette « parole » qui élève l’âme et enrichit l’esprit.

Les maçons quelque peu hérétiques du Moyen Âge voyaient dans la Bible tout autre chose que la religion officielle de leur pays, mais ils se devaient d’en respecter la forme et d’en symboliser l’esprit. C’est pourquoi, dans certaines de nos Loges, la présence d’un livre blanc sur les Grandes Constitutions posé sur l’autel des serments me gêne considérablement.

Est-ce au nom de la liberté de conscience que nous devons pervertir ce spirituel héritage qui nous a été confié, ou pour satisfaire au plus grand nombre et faire de notre Ordre un outil de pouvoir ?

En conclusion, quel regard portez-vous sur la régularité d’aujourd’hui ?

Robert Mingam : En résumé, la régularité ne dépend malheureusement plus du suivi de la règle édictée par les Landmarks, anciens devoirs des compagnons bâtisseurs, mais d’une politique plus pragmatique dérivant sensiblement de son objet. Trop idéaliste peut-être, je me suis toujours attaché à ne voir que ce pourquoi j’étais entré en maçonnerie. Et si j’ai pu avoir la faiblesse d’accepter certains artifices du pouvoir, ceux-ci ne m’ont encore jamais corrompu.

Parfois déçu par les hommes qui ont accompagné ma quête, jamais je ne l’ai été par l’idéal qui m’a été proposé lors de mon initiation. Mais la régularité d’aujourd’hui n’est plus celle d’autrefois, j’en ai bien peur !

Je reste cependant convaincu que l’esprit maçonnique, lorsqu’il est vécu avec sincérité et exigence intérieure, transcende toutes les querelles de reconnaissance. C’est cet esprit que je continue de servir, au-delà des étiquettes et des administrations. Car au fond, ce qui fait un vrai Maçon, ce n’est pas le tampon d’une obédience, mais la lumière qu’il porte en lui et qu’il sait transmettre.

Merci, Robert Mingam, pour cette parole libre et engagée.

Cet entretien nous rappelle que, derrière les débats institutionnels, la Franc-maçonnerie reste avant tout une quête intérieure. Une quête que certains frères, comme Robert Mingam, entendent préserver coûte que coûte.

Vendredi 13 et Franc-maçonnerie : du mythe templier à la lumière initiatique

Le vendredi 13 reste, dans l’imaginaire collectif, une date chargée de superstition et de crainte. Associé à la malchance, au malheur ou à des événements funestes, il suscite encore aujourd’hui des réactions irrationnelles chez de nombreuses personnes. Pourtant, derrière cette peur populaire se cache une histoire complexe, marquée par un épisode dramatique du 13e siècle et, plus largement, par une symbolique riche que la Franc-maçonnerie a su intégrer et transformer. Loin d’être un jour de malédiction, le vendredi 13 peut devenir, pour le franc-maçon, une occasion de réflexion sur la lumière, l’équilibre et la maîtrise de soi.

L’origine historique du vendredi 13 : l’arrestation des Templiers

L’association du vendredi 13 à la malchance trouve son origine la plus célèbre dans les événements du vendredi 13 octobre 1307. Ce jour-là, sur ordre du roi de France Philippe IV le Bel, les Templiers de tout le royaume sont arrêtés simultanément à l’aube. Des milliers de moines-chevaliers sont saisis dans leurs commanderies, leurs biens confisqués et leurs archives scellées. L’opération, préparée dans le plus grand secret par Guillaume de Nogaret, constitue l’un des coups de force les plus spectaculaires du Moyen Âge.

Les Templiers, ordre militaire et religieux puissant, étaient devenus trop riches et trop indépendants aux yeux de la couronne. Accusés d’hérésie, de sodomie, d’idolâtrie et de pratiques secrètes, ils furent soumis à la torture et à un procès inique. Leur dernier grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé vif sur l’île aux Juifs à Paris en 1314. Selon la légende, il lança depuis le bûcher une malédiction contre le roi et le pape, prophétisant leur mort prochaine. Philippe le Bel et Clément V moururent effectivement dans l’année qui suivit.

Cet épisode dramatique marque profondément la mémoire collective. Il est souvent cité comme la source principale de la superstition du vendredi 13, même si d’autres facteurs (la Cène avec treize convives, Judas étant le treizième, ou des traditions nordiques) ont également contribué à forger cette crainte.

Les Templiers et leur héritage symbolique dans la Franc-maçonnerie

La Franc-maçonnerie entretient avec l’ordre du Temple un rapport à la fois historique et symbolique. Il n’existe pas de filiation directe et prouvée entre les Templiers médiévaux et les premières loges maçonniques du 17e et 18e siècles. Cependant, dès les origines de la Franc-maçonnerie spéculative, de nombreux rites et grades ont intégré l’héritage templier comme un élément essentiel de leur imaginaire initiatique.

Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, plusieurs degrés font explicitement référence à la chevalerie templière. Le Rite de York, très pratiqué dans le monde anglo-saxon, comporte un ordre des Chevaliers Templiers. Ces grades évoquent la défense de la foi, le courage face à l’adversité et la transmission d’un savoir ésotérique secret. Les Francs-maçons y voient souvent une métaphore de leur propre quête : la recherche de la parole perdue, la reconstruction du temple intérieur et la fidélité à un idéal supérieur.

Le vendredi 13 devient ainsi, dans cette perspective, le symbole d’une persécution injuste contre ceux qui détenaient un savoir spirituel et initiatique. Jacques de Molay, figure tragique et héroïque, incarne le martyr de la lumière face à l’obscurantisme du pouvoir temporel. De nombreux francs-maçons voient dans cet épisode une invitation à la vigilance et à la défense des valeurs de tolérance et de liberté.

Le nombre 13 dans la symbolique maçonnique

Le nombre 13 occupe une place particulière dans la symbolique maçonnique, bien loin de toute connotation négative. Il est souvent associé à la transformation, à la mort et à la renaissance, thèmes centraux du parcours initiatique.

Dans de nombreux rites, le chiffre 13 apparaît comme un nombre sacré. Il évoque les treize colonies américaines qui proclamèrent leur indépendance en 1776, événement fortement marqué par l’influence maçonnique. Il rappelle également les treize marches de certains escaliers symboliques ou les treize bougies utilisées dans certaines cérémonies. Dans la tradition ésotérique, le 13 représente le passage d’un cycle à un autre, la fin d’une phase et le début d’une nouvelle.

Pour le franc-maçon, le 13 n’est donc pas un chiffre de malheur, mais un nombre de mutation et d’élévation. Il invite à dépasser la peur irrationnelle pour embrasser le changement conscient. Vendredi 13 peut ainsi devenir un jour propice à la méditation sur les cycles de la vie, sur la résilience et sur la lumière qui surgit des épreuves.

La Franc-maçonnerie face à la superstition

La Franc-maçonnerie, depuis ses origines, s’est construite sur les piliers de la raison, de la science et de la recherche de la vérité. Elle rejette les superstitions et les peurs irrationnelles qui enchaînent l’esprit humain. Le franc-maçon est appelé à devenir libre, éclairé et maître de ses passions. La superstition du vendredi 13, comme toutes les autres, est vue comme une forme d’obscurité dont il convient de se libérer.

De nombreux francs-maçons soulignent que la véritable malchance réside dans l’ignorance et la peur, non dans un jour du calendrier. En loge, le travail symbolique vise précisément à transformer les ténèbres en lumière. Le vendredi 13 offre alors une belle occasion de réflexion collective : comment vaincre les peurs ancestrales ? Comment transformer un symbole négatif en vecteur de conscience ?

Certaines loges organisent même des tenues ou des événements spécifiques le vendredi 13, afin de réhabiliter la date et d’en faire un moment de fraternité et de partage. Ces initiatives montrent que la Franc-maçonnerie ne subit pas les mythes populaires : elle les transcende par la lumière de l’initiation.

Vendredi 13 dans la pratique maçonnique contemporaine

Vendredi 13 la Cène avec le Christ
Vendredi 13 la Cène avec le Christ – Crédit photo Pixabay

Dans la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui, le vendredi 13 est souvent vécu avec humour et sérénité. De nombreuses loges, particulièrement en France et dans les pays latins, tiennent leurs travaux ce jour-là sans aucune appréhension. Certains frères y voient même un clin d’œil bienveillant du destin : un jour où la lumière doit briller plus fort pour dissiper les ombres de la superstition.

Certaines obédiences profitent du vendredi 13 pour organiser des conférences publiques, des portes ouvertes ou des événements culturels, transformant ainsi une date crainte en occasion de dialogue et de transmission.

Transformer la peur en lumière

Le vendredi 13, loin d’être un jour de malédiction, peut devenir pour le franc-maçon un puissant symbole de résilience et de renaissance. L’arrestation des Templiers rappelle que les forces de l’obscurité peuvent frapper ceux qui portent la lumière, mais elle rappelle aussi que l’esprit initiatique survit à toutes les persécutions.

En travaillant sur le nombre 13, sur l’héritage templier et sur la maîtrise de la peur, la Franc-maçonnerie transforme un mythe populaire en outil de progression spirituelle. Elle invite chacun à devenir son propre Jacques de Molay : fidèle à ses idéaux, courageux face à l’adversité, et porteur d’une lumière que nulle persécution ne peut éteindre.

Ainsi, lorsque le calendrier affiche un vendredi 13, le franc-maçon ne tremble pas. Il sourit, allume sa bougie intérieure et poursuit son travail. Car la véritable initiation consiste précisément à faire de chaque jour, même le plus chargé de légendes sombres, une étape vers plus de lumière, plus de sagesse et plus d’harmonie.

Vendredi 13 n’est pas une malédiction. C’est, pour qui sait voir, une invitation à la lumière.

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21/02/26 à Montpellier : Poésie et Spiritualité : une conférence publique avec Jean-Pierre Siméon

Le Cercle Culturel Languedocien de Montpellier a le plaisir d’annoncer une conférence publique exceptionnelle qui se tiendra le samedi 21 février 2026 à 14 heures dans ses locaux. Organisée en partenariat avec la librairie Sauramps, bien connue des Montpelliérains, cette rencontre mettra à l’honneur le poète, dramaturge, romancier et essayiste Jean-Pierre Siméon autour du thème « Poésie et Spiritualité ».

Cette manifestation culturelle, ouverte à toutes et à tous, s’inscrit pleinement dans la dynamique de communication impulsée par le Grand Maître de la Grande Loge de France, Jean-Raphaël Notton, sous le mot d’ordre « Osez pousser les Portes ! ». Elle témoigne de la volonté d’ouvrir les espaces de réflexion et de partage au-delà des cercles initiatiques, afin de faire rayonner les valeurs humanistes et spirituelles au cœur de la cité.

Le Cercle Culturel Languedocien : un lieu de rencontres et de partage

Le Cercle Culturel Languedocien, rattaché à la Respectable Loge Saint-Jean de la Méditerranée de la Grande Loge de France, est un espace vivant de culture et de dialogue. Fidèle à l’esprit maçonnique d’ouverture et de transmission, il organise régulièrement des événements publics qui permettent à un large public de découvrir des thématiques riches, croisant art, philosophie et quête de sens. Cette conférence s’inscrit dans cette tradition d’accueil et d’échange, où la Franc-maçonnerie se fait passeur de lumière vers la société tout entière.

Jean-Pierre Siméon : une voix majeure de la poésie contemporaine

Jean-Pierre Siméon

Jean-Pierre Siméon est l’une des figures les plus marquantes de la poésie et du théâtre français contemporains. Né en 1950 à Paris, il grandit dans une famille marquée par la littérature et les arts. Son père, Roger Siméon, poète et cadre au ministère de l’Éducation nationale, lui dédie un recueil avec ces mots touchants : « À mon fils, plus proche peut-être encore par le chant que par le sang. » Son oncle, le peintre Michel Siméon, fréquentait les grands noms de l’avant-garde artistique, offrant au jeune Jean-Pierre un environnement créatif stimulant.

Agrégé de lettres modernes en 1974, Jean-Pierre Siméon enseigne, crée des revues, fonde des maisons d’édition et s’engage très tôt dans la promotion de la poésie. Il devient directeur artistique du Printemps des Poètes de 2001 à 2017, puis directeur de collection aux éditions Gallimard. Son œuvre, traduite en de nombreuses langues, lui a valu de prestigieuses distinctions : Prix Théophile Briant (1978), Prix Maurice Scève (1981), Prix Antonin Artaud (1984), Prix Guillaume Apollinaire (1994), Prix Max-Jacob (2006), Grand Prix de Poésie de l’Académie Française (2022) et bien d’autres.

Poète, dramaturge et essayiste, il est notamment l’auteur de Stabat Mater Furiosa, pièce jouée dans plus de vingt-deux pays, et de nombreux recueils salués par la critique. Sa réflexion sur la poésie dépasse largement le cadre esthétique pour toucher à l’éthique, à la politique et à la spiritualité.

Poésie et Spiritualité : les axes de réflexion de Jean-Pierre Siméon

Pour Jean-Pierre Siméon, la poésie n’est pas seulement une forme littéraire : elle est une éthique de vie, une manière d’être au monde. Comme l’écrivait Charles Baudelaire, « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière ». À travers son œuvre et ses engagements, il développe une véritable spiritualité incarnée, loin de tout mysticisme abstrait.

Trois axes majeurs traversent sa pensée :

  • Le réel et son dépassement : la poésie invite à dépasser les évidences et les apparences pour révéler « la part manquante du réel ». Elle propose un regard neuf sur le monde, capable de réenchanter l’existence sans la trahir.
  • Le langage et sa puissance : le poète interroge l’ambivalence du langage, à la fois outil de lien social et risque d’abstraction. La poésie fait effraction dans les discours réducteurs pour redonner vie et sens à notre rapport au monde.
  • Art et nature : l’art, et particulièrement la poésie, doit rester au service de la nature et du vivant. Il interroge le sacré sans artifice, cherchant à restaurer une harmonie perdue entre l’homme et son environnement.

Jean-Pierre Siméon définit la poésie comme un « extraordinaire accélérateur de la conscience ». Elle ouvre à une autre façon de dire et de vivre le réel, dans une démarche humaniste profondément incarnée. Ni purement mystique ni métaphysique, elle est « une manière d’être, de s’habiter soi-même, d’habiter le monde », pour reprendre les mots du poète Georges Perros.

Dans le sillage de « Osez pousser les Portes ! »

Cette conférence s’inscrit directement dans l’appel lancé par le Grand Maître Jean-Raphaël Notton : « Osez pousser les Portes ! ». Il s’agit d’inviter le public à franchir le seuil de lieux de réflexion et de culture, à découvrir des univers riches de sens et à participer à un dialogue ouvert. La Franc-maçonnerie, fidèle à ses valeurs de tolérance, de recherche de vérité et d’humanisme, se réjouit de partager ces moments avec la cité.

La rencontre avec Jean-Pierre Siméon offre ainsi une belle occasion de croiser poésie, spiritualité et engagement citoyen, dans un esprit de partage et d’élévation commune.

Informations pratiques

La conférence aura lieu le samedi 21 février 2026 à 14 heures au Cercle Culturel Languedocien de Montpellier, situé au 2546, avenue de Maurin, 34 070 Montpellier.L’entrée est libre, mais l’inscription est recommandée pour faciliter l’organisation.

Les réservations se font via le lien indiqué sur l’affiche ou par mail à l’adresse gldf.montpellier@gldf.org.

Cette manifestation est organisée en partenariat avec la librairie Sauramps, qui sera présente pour proposer les ouvrages de Jean-Pierre Siméon et d’autres auteurs autour de la poésie.Venez nombreux découvrir ou redécouvrir une parole poétique vivante, engagée et profondément spirituelle. Dans un monde souvent bruyant, la poésie offre un espace de silence fertile où l’âme peut respirer et la conscience s’élargir. Poussez la porte : la lumière est au rendez-vous ! Le Cercle Culturel Languedocien de Montpellier et la Grande Loge de France vous attendent avec joie pour ce moment de partage et d’élévation.

Lao Tseu et le Tao Te King : une sagesse intemporelle en écho avec la tradition maçonnique

Lao Tseu, figure légendaire de la sagesse chinoise, incarne une voie de connaissance qui transcende les mots et invite à l’expérience directe de l’harmonie universelle. Contemporain probable de Confucius (milieu du 5e au milieu du 4e siècle avant J.-C.), il est souvent présenté dans les récits traditionnels comme un maître dont l’ascendant spirituel impressionna profondément le grand penseur confucéen. Différents textes anciens témoignent de cette rencontre, où Confucius aurait reconnu en Lao Tseu un être d’une profondeur exceptionnelle.

Lao Tseu, le sage extraordinaire et ordinaire

Lao-Tseu

Selon la tradition, Lao Tseu naît dans des circonstances merveilleuses : passage d’une comète ou ingestion par sa mère d’une prune magique. Il vient au monde avec des cheveux blancs et une barbe, d’où son nom « Lao », qui signifie « l’ancien ». Ses lobes d’oreilles très longs, symbole oriental de grande sagesse, renforcent cette image surnaturelle. Pourtant, loin de toute théâtralité, Lao Tseu apparaît comme quelqu’un d’extraordinairement ordinaire. Il est le porte-parole de la vie elle-même : il ne l’embellit pas, ne la choisit pas, il l’accepte simplement telle qu’elle est.

Durant toute son existence, Lao Tseu ne fit rien d’autre que vivre dans la sérénité. Pas de grands discours, pas d’écrits initiaux, rien qui cherche à impressionner. Ses disciples n’apprenaient pas par des paroles, mais par la simple présence. Ils vivaient auprès de lui, s’imprégnaient de son être, devenaient de plus en plus silencieux. C’est dans ce silence que Lao Tseu les touchait véritablement. On perçoit ici l’importance de l’invisible et de l’éthéré, si caractéristique de la civilisation orientale, et qui résonne profondément avec la démarche initiatique de la Franc-maçonnerie, où le travail intérieur prime souvent sur la parole profane.

La rencontre légendaire avec Confucius

Les récits anciens rapportent que Confucius, en quête de sagesse, rendit visite à Lao Tseu. Impressionné par sa profondeur, il aurait reconnu en lui un maître véritable. Ces rencontres, bien que légendaires, soulignent un dialogue entre deux approches complémentaires : la voie confucéenne de l’ordre social et rituel, et la voie taoïste de l’harmonie naturelle. Dans la Franc-maçonnerie, cette complémentarité évoque le juste équilibre entre la rigueur de l’équerre et la liberté du compas, entre la forme et l’esprit.

Le départ et la naissance du Tao Te King

À l’âge de quatre-vingt-dix ans, Lao Tseu décida de se retirer du monde. Il prit congé de ses disciples et, chevauchant un bœuf, se dirigea vers les collines de l’Himalaya pour mourir dans la solitude. Arrivé à la frontière, le garde-frontière – l’un de ses disciples selon la légende – refusa de le laisser passer sans qu’il transmette son enseignement. Emprisonné par son propre disciple, Lao Tseu accepta d’écrire. En trois jours seulement, il composa le Tao Te King, le « Livre de la Voie et de la Vertu », son testament philosophique.

Dès la première phrase, l’avertissement est clair : « Le Tao qu’on tente de saisir n’est pas le Tao lui-même ; le nom qu’on veut lui donner n’est pas son nom adéquat. » Toute vérité énoncée devient immédiatement fausse. On ne peut l’enseigner, on peut tout au plus l’indiquer par l’exemple de sa vie. Cette idée trouve un écho puissant dans la Franc-maçonnerie : le véritable secret maçonnique est incommunicable par les mots ; il se vit et se révèle dans le silence du temple et le travail sur soi.

Le Tao : la Voie indicible

Le Tao est le principe primordial, indicible et non statique. Il est la mère de l’univers, grandeur ineffable. Comme l’écrit Lao Tseu au chapitre 25 : « Il y avait quelque chose d’indéterminé avant la naissance de l’univers. Ce quelque chose est muet et vide. Il est indépendant et inaltérable. Il circule partout, sans se lasser jamais. »

Dans la tradition maçonnique, ce Tao évoque le GADLU, le Grand Architecte de l’Univers : un principe créateur au-delà de tout nom, que le Franc-maçon cherche à approcher par le symbole et l’harmonie plutôt que par la définition dogmatique.

Yin et Yang : l’équilibre dynamique

Le Tao Te King développe le principe du Yin et du Yang, relation toujours relative et dynamique. Opposition, interdépendance, croissance-décroissance et transformation : ces quatre aspects permettent de comprendre les phénomènes du monde. Au chapitre 2, Lao Tseu illustre cette complémentarité :

« L’être et le néant s’engendrent
Le facile et le difficile se complètent
Le long et le court se définissent l’un par l’autre
Le haut et le bas s’inclinent l’un vers l’autre
La voix et le son s’harmonisent
L’avant et l’après se suivent.
»

Cette recherche d’équilibre dans le mouvement rappelle fortement la symbolique maçonnique des deux piliers du temple, Jakin et Boaz, ou du pavement mosaïque noir et blanc. Le Franc-maçon apprend à naviguer entre les opposés sans s’y perdre, en cherchant la voie du milieu, synthèse vivante plutôt que compromis.

Le non-agir (Wu Wei) : la voie de l’eau

lao tseu sur beuf suivi par moine

L’un des enseignements les plus profonds de Lao Tseu est le Wu Wei, le « non-agir ». Il ne s’agit pas d’inaction passive, mais d’une action alignée sur le flux naturel des choses, sans force ni résistance inutile. Lao Tseu compare cette sagesse à l’eau : elle favorise tout sans rivaliser, occupe la position la plus basse et reste pourtant la plus puissante.

Chapitre 8 : « La bonté suprême est comme l’eau qui favorise tout et ne rivalise avec rien. En occupant la position dédaignée de tout humain, elle est proche du Tao. »

Ce principe résonne avec la Franc-maçonnerie : le Franc-maçon apprend à se soumettre à la volonté du GADLU plutôt qu’à imposer la sienne. Le « lâcher-prise » face aux épreuves, l’économie d’énergie vitale, la patience du Compagnon qui polit sa pierre sans précipitation, tout cela fait écho au Wu Wei. Comme l’eau, le Franc-maçon se faufile, humble et efficace, pour accomplir l’œuvre collective.

L’homme entre ciel et terre : harmonie des énergies

Pour Lao Tseu, l’être humain est le lien entre la terre (Yin, manifesté) et le ciel (Yang, éthéré). L’équilibre de ces deux forces assure santé et sérénité. Trop ancré dans la matière, l’homme devient rigide et craintif ; trop élevé dans l’abstraction, il perd contact avec le réel. La voie du Tao invite à l’harmonie.

Chapitre 33 : « Qui connaît autrui est intelligent, qui se connaît est éclairé. Qui vainc autrui est fort, qui se vainc soi-même a la force de l’âme. »

Cette connaissance de soi et cette maîtrise intérieure sont au cœur du chemin maçonnique. Le travail sur les outils (équerre, compas, niveau) vise précisément cet équilibre entre forces contraires.

Échos maçonniques : une sagesse universelle

Bien que née en Orient, la pensée de Lao Tseu trouve des résonances profondes avec la tradition initiatique occidentale. Le Tao, principe ineffable, évoque le GADLU au-delà de tout nom. Le Yin et le Yang rappellent la dualité unifiée du temple maçonnique. Le Wu Wei fait écho à l’acceptation de la volonté supérieure et au travail silencieux en loge. Le silence comme vecteur de transmission rappelle les moments de recueillement et de contemplation initiatique.

La Franc-maçonnerie, dans sa quête d’universalité, reconnaît volontiers ces ponts. Certaines approches ésotériques maçonniques ont d’ailleurs intégré des éléments taoïstes, voyant dans le Tao une expression de la Lumière perdue que le Franc-maçon cherche à retrouver. Au-delà des cultures, il existe un fil d’or de sagesse : harmonie, équilibre, humilité et alignement avec le Grand Tout.

Conclusion : une invitation pour le Franc-maçon d’aujourd’hui

Lao Tseu nous laisse un enseignement d’une richesse infinie, bien au-delà de ce modeste exposé. Chapitre 41 : « Lorsqu’un esprit supérieur entend le Tao, il le pratique avec zèle. Lorsqu’un esprit moyen entend le Tao, tantôt il le conserve, tantôt il le perd. Lorsqu’un esprit inférieur entend le Tao, il en rit aux éclats. S’il n’en riait pas, le Tao ne serait plus le Tao. »

Le Franc-maçon d’aujourd’hui peut y puiser une source vive : cultiver le silence intérieur, rechercher l’équilibre dynamique, pratiquer le non-agir créateur, et se souvenir que la véritable Lumière se révèle dans l’humilité et l’harmonie. Comme l’eau, le sage – et le Franc-maçon – suit la voie la plus naturelle, la plus basse, et pourtant la plus puissante.

Dans un monde souvent agité par les discours et les oppositions, la sagesse de Lao Tseu invite à revenir à l’essentiel : être présent, équilibré, et aligné sur la grande Architecture de l’Univers. C’est peut-être là le plus beau cadeau que la Franc-maçonnerie, dans son universalité, peut recevoir de cette antique tradition orientale.

Un ouvrage majeur sur l’initiation et l’ésotérisme au sein du Grande Orient d’Italia

De notre confrère corrispondenzaromana.it – Par le Père Paolo M. Siano

Le Grande Oriente d’Italia, souvent désigné sous le sigle GOI ou « Palazzo Giustiniani », constitue l’obédience maçonnique la plus ancienne, la plus importante et la plus répandue en Italie. Fondée en mars 1805 au sein du Supremo Consiglio del 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, elle occupe une place centrale dans l’histoire de la Franc-maçonnerie italienne. Un livre récent, publié aux éditions Casa Mariana, vient éclairer d’un jour nouveau son héritage initiatique et ésotérique.

Intitulé Iniziazione ed Esoterismo tra Maestri Massoni del Grande Oriente d’Italia – Palazzo Giustiniani (GOI), cet ouvrage est le deuxième volume d’une collection consacrée à la Franc-maçonnerie entre ésotérisme, ritualité et symbolisme. Son auteur, le père Paolo M. Siano, y condense près de trente années d’études discrètes et approfondies.

Le contexte historique du Grande Oriente d’Italia

Rome,-Palais-Giustiniani-GOI

Le GOI naît dans un contexte particulièrement riche de l’histoire italienne. Dès sa fondation, il s’inscrit dans la continuité du Rite Écossais Ancien et Accepté tout en développant une identité propre. Au fil des décennies, il a traversé des périodes de reconnaissance internationale, des scissions et des recompositions. En avril 2023, il a retrouvé la reconnaissance officielle de la Grande Loge Unie d’Angleterre, retirée en 1993 lors de la création de la Gran Loggia Regolare d’Italia. Depuis 2023, les deux obédiences coexistent sous le regard de la Grande Loge mère anglaise. Plus récemment, en 2025, une vive querelle interne a opposé le GOI à son propre Rite Écossais, aboutissant à une séparation du Supremo Consiglio qui a rejoint la Gran Loggia Regolare d’Italia. Ces événements administratifs, souvent médiatisés, ne constituent cependant pas le cœur de l’ouvrage. L’auteur choisit délibérément de se concentrer sur l’essence immuable de l’obédience : son initiation et son ésotérisme.

Initiation et ésotérisme : le cœur de l’ouvrage

Divisé en douze chapitres, le livre explore les dimensions initiatiques et ésotériques à travers les écrits de Maîtres maçons du GOI eux-mêmes. Il aborde successivement l’illuminisme et le laïcisme, la ritualité, la mort initiatique, l’alchimie, l’hermétisme, la Qabbalah, la magie et la gnose. L’approche est rigoureuse : l’auteur s’appuie exclusivement sur des publications internes à l’obédience, offrant ainsi un regard authentique sur la manière dont les francs-maçons du GOI ont vécu et pensé leur engagement.

L’initiation y est présentée comme un processus de réveil de l’« Io » (le moi profond) et de l’état de conscience. Elle vise à développer les vertus, les facultés et les pouvoirs de l’esprit. La mort initiatique, thème récurrent, symbolise le passage nécessaire vers une nouvelle vie spirituelle. L’alchimie, l’hermétisme et la Qabbalah sont étudiés non comme des curiosités historiques, mais comme des outils vivants de transformation intérieure. La magie rituelle, quant à elle, est décrite comme une pratique visant à condenser des énergies subtiles, notamment à travers le Tableau de Loge, perçu comme un véritable condenseur capable d’attirer des influences spirituelles supérieures.

L’ésotérisme, dans cette perspective, n’est pas une simple connaissance occulte réservée à quelques-uns. Il constitue un enseignement suivi au sein de la Franc-maçonnerie, destiné au réveil de la personnalité initiatique. Il se distingue des écoles occultes extérieures tout en poursuivant le même objectif : l’éveil des pouvoirs de l’esprit.

L’appendice sur l’Ordine della Stella di Oriente

Un appendice particulièrement intéressant est consacré à l’Ordine della Stella di Oriente, un groupe paramaçonnique composé de francs-maçons du GOI et de femmes liées à eux (épouses, sœurs, compagnes, filles ou amies). Ce cercle, souvent méconnu, permet d’étendre l’étude de l’initiation et de l’ésotérisme au féminin. Les thèmes de la chaîne d’union, de l’énergie exponentielle générée par la solidarité initiatique, ou encore de l’androgynie divine y trouvent un écho particulier. L’auteur y voit une illustration concrète de la manière dont les principes ésotériques traversent les frontières du genre au sein de l’univers maçonnique italien.

L’ouvrage se clôt sur des photographies de parures maçonniques (capuchons, tabliers, écharpes) ayant appartenu à des Maîtres maçons aujourd’hui disparus, offrant un témoignage émouvant et matériel de cette transmission vivante.

Les « nouveautés » révélées après la publication

Après la parution du livre, l’auteur a poursuivi ses recherches dans les archives de la Rivista Massonica, organe officiel du GOI de 1966 à 1979, ainsi que dans les actes d’un colloque de l’Ordine della Stella di Oriente tenu en Sicile en 1995. Ces découvertes, qualifiées de « nouveautés », enrichissent encore la compréhension de la pensée ésotérique du GOI.

On y trouve notamment des réflexions sur le relativisme : l’absence de vérité absolue, statique ou objective, et l’idée que la vérité est mouvante, liée au progrès humain. L’ésotérisme y est présenté comme une poursuite d’études occultes visant le réveil initiatique. La magie rituelle est décrite avec précision : le Tableau de Loge y agit comme un condenseur d’énergies subtiles en résonance, attirant des influences spirituelles supérieures.

Un point particulièrement marquant concerne la figure de Lucifer, parfois évoquée positivement comme porteur de lumière et de connaissance, dans une perspective prométhéenne plutôt que maléfique. Le colloque de 1995 aborde également des thèmes contemporains : le New Age et l’Ère du Verseau comme synthèse des polarités, la gnose comme recherche de l’étincelle divine intérieure, le refus des dogmes rigides, ou encore l’androgynie divine comme fusion du masculin et du féminin éternels.

La solidarité initiatique, enfin, est célébrée à travers la chaîne d’union, source d’une énergie exponentielle lorsque les anneaux sont purifiés.

Un apport précieux à l’étude de la Franc-maçonnerie italienne

Cet ouvrage constitue une contribution majeure à la connaissance de la Franc-maçonnerie italienne. En se concentrant sur l’essence initiatique et ésotérique plutôt que sur les querelles administratives, il offre un regard intérieur, nourri des sources mêmes du GOI. Il permet de mieux comprendre comment une obédience historique a su préserver, à travers les époques, un héritage de recherche spirituelle, de symbolisme et de travail sur soi.

Pour le lecteur Franc-maçon ou simplement curieux des traditions initiatiques, ce livre invite à une réflexion profonde sur la nature de l’initiation : un chemin de transformation intérieure, d’éveil de la conscience et d’harmonie avec les forces subtiles de l’univers. Il rappelle que, par-delà les frontières nationales et les évolutions institutionnelles, la Franc-maçonnerie reste avant tout une école de sagesse, où l’ésotérisme et la ritualité ouvrent sur une expérience vivante du sacré.

Dans un paysage maçonnique parfois agité par les débats extérieurs, un tel travail rappelle l’essentiel : l’engagement du Franc-maçon est d’abord intérieur. Il s’agit de polir la pierre brute, d’éveiller la lumière cachée, et de participer, à sa mesure, à la grande œuvre d’harmonie universelle. L’ouvrage du père Paolo M. Siano, par sa rigueur et sa fidélité aux sources, mérite à cet égard une place de choix dans toute bibliothèque maçonnique sérieuse.

Il constitue une invitation à redécouvrir, loin des polémiques, la richesse spirituelle et initiatique d’une des plus anciennes obédiences du continent européen. Une lecture qui, à n’en pas douter, nourrira longtemps la réflexion de ceux qui cherchent, dans le silence du temple ou dans le recueillement de l’étude, la Voie de la Lumière.

De la fiction… à la réalité

« Le mensonge n’est un vice que quand il fait du mal ; c’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours ».

Voltaire
Statue de Voltaire

François-Marie Arouet, dit Voltaire, ne savait pas, en valorisant ainsi l’un des aspects de l’art de mentir, dans une lettre à son ami de toujours Nicolas-Claude Thiériot, datée du 21 octobre 1736, qu’il décrivait d’une certaine façon… une des particularités lexicales de la franc-maçonnerie ! Il ne savait pas non plus qu’il intègrerait cette institution – la « loge des 9 sœurs » – à Paris, quelques semaines avant sa mort, le 30 mai 1778.

Paradoxalement, en effet, le véritable génie de la franc-maçonnerie spéculative – dont l’une des motivations, outre l’amélioration de la condition humaine, est la recherche de la vérité ! – se déploie dans l’exercice de la fiction. Laquelle, par définition, est toujours un mensonge en soi. De la sorte, à partir de l’hypothétique Temple du roi Salomon, qui, aux dires même des archéologues, n’existerait que dans la Bible, apparaît, – provenant du même livre – l’artisan bronzier Hiram Abi, promu architecte. Dont l’assassinat par trois mauvais Compagnons une sinistre nuit, déclenche étonnamment, une aventure narrative mythologique, à visée de transformation bénéfique du franc-maçon, de la franc-maçonne.

Une « menterie » fabriquée

Est-ce vraiment possible ? Comment peut-on espérer agir positivement sur un individu en lui racontant une histoire tragique, fictive de surcroît ?! Parce que, depuis qu’il a inventé l’alphabet, le mot et la langue pour communiquer avec son semblable, l’Homme, par manque d’origine, (il ne s’est pas créé lui-même !) ignorant à jamais du mystère de l’univers, a besoin de récits compensateurs, pour se construire. Donc il est preneur de mensonges, en quelque sorte « acceptés » ! Comme de nourritures corporelles, lui sont fondamentalement nécessaires des nutriments intellectuels, même inventés.

Hiram et les 3 mauvais Compagnons

Il ne faut donc pas entendre ici le mensonge, en tant que fiction, comme une tromperie. Le « non-vrai », le « non-réel » des péripéties hiramiques, ne relèvent pas de l’ordre du faux, du factice, de la contrefaçon, en clair d’une malhonnêteté. Bien au contraire, cette « menterie fabriquée », par les évènements imaginaires qu’elle engendre, suggère des possibilités, des faits surprenants, des réalités circonstancielles, bonheurs et malheurs. Donc « de la vérité de l’existence » ! Afin d’être racontée, une situation cohérente pour l’esprit, à même de se produire et reproduire, n’a pas besoin d’être authentique. Ainsi, le roman, le film, le théâtre, en utilisant le « faire-semblant » du jeu, de l’invention, de la créativité, donnent vie à des histoires, enregistrées comme telles par notre cerveau, véritable cinéma mental. « L’imagination est plus importante que la connaissance », a dit le savant Albert Einstein. Parce que cette faculté spécifique de représentation et d’abstraction que nous possédons, homo sapiens que nous sommes, peut donner à penser, à peser, à réfléchir, à faire. Ou ne pas faire !

Certes, aujourd’hui, la littérature, l’informatique, la télévision, la radio et toutes les techniques fictionnelles « donnant à voir et à entendre », telles le cinéma et le théâtre précités, deviendraient réellement mensonges, si l’on prétendait que ces supports et techniques, contribuent toutes, en même temps, au progrès moral humain ! Soyons justes, elles apportent essentiellement et avant tout de l’information sur la marche du monde, de la distraction, du bien-être. C’est important !

L’Homme les a inventés d’abord parce que notre cerveau, prisonnier de ce scaphandre qu’est notre corps, a besoin d’évasion, « d’élargissement » de sa pensée, autant que de la nourriture précitée. L’amplitude supprime la claustrophobie !

Un Être d’émotions

Cette nécessité impérieuse de « sortir de soi », d’être « hors de soi », au sens littéral du terme, indique que sa propre vie « cloisonnée » ne lui suffit pas : il est appétant – éclosion de l’esprit commande – d’autres vies à connaître, d’autres situations à imaginer, d’autres lieux où se transporter, même virtuellement. Et il apparaît que l’image, fut-elle en relief, le son, fut-il en stéréophonie, la couleur, fut-elle en multichromie, ne le comblent pas complètement !

L’Homme, en l’occurrence, l’initié, est un Être d’émotions. Il a besoin de ressentis, au plus profond de sa conscience, dans son Temple intérieur – que d’aucuns appellent l’âme – de sensations, de vibrations, d’identifications vécues. Animal « religieux », en termes de reliance, il éprouve aussi un désir, déiste ou laïque, de spiritualité (de la racine spir, respiration, inspiration). Et il semble bien alors, quoiqu’on en dise, qu’une littérature dédiée soit plus efficace pour satisfaire ses sens et procurer du sens, que du simple « donné à voir ou à entendre ».

Mythes, légendes, allégories, symboles, métaphores… C’est bien avec la proposition de ces « matériaux fictifs » à ses « pratiquants » que la franc-maçonnerie devient ingénieuse et productive ! Si ses rites et rituels qui les contiennent – selon les Obédiences en cause – sont excellemment écrits, compris, mis en scène, interprétés, incorporés, ils remplissent cet office de « dispensateurs ». A la fois d’un enseignement, d’une éthique et d’un plaisir individuels. Lesdits rites et rituels, perçus par les uns tels des recueils de morale, par les autres, comme des conducteurs de vie, par d’autres encore à l’image de « poupées gigognes », comme des suites exemplaires d’aventures humaines interdépendantes antérieures, « revécues » aujourd’hui par le récit. Des fervents tailleurs de pierre élevant vers le ciel les cathédrales européennes jusqu’aux Templiers, à la fois hospitaliers et guerriers, pendant les Croisades successives en terre orientale. Rencontres de la foi, victoires et défaites du Bien et du Mal, confrontation de la justice et de l’injustice, selon les croyances. Désastre politico-éclesial, pour nombre d’historiens. Au final, d’Hiram à Jacques de Molay, héros puis victimes, les temps de guerre et de paix, d’amour et de haine, semblent bien constituer le destin binaire de l’Être humain.

Grandir

Notre cerveau, à l’étroit dans sa boîte crânienne, a besoin de cette imagerie mentale. La dualité de la vie et de la mort, avec ses multiples facettes d’actions de personnages en mouvement, devient un kaléidoscope qui lui permet « d’écarter les murs » de sa psyché. Rappelez-vous, dans notre enfance, garçons et filles, nous étions friands de contes de fées. Avec eux, évasion assurée ! Bien que connus par cœur, nous demandions sans cesse à nos parents de nous les raconter, vivant ainsi avec bonheur une identification interminable. « Dis-moi quel était ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es » disait à ses patients, le psychologue Bruno Bettelheim. Pertinente affirmation !

Au vrai, notre vie quotidienne, rythmée par la satisfaction de nos besoins fondamentaux – qui peut être vécue comme une survie – ne nous contente pas forcément ! Nous avons besoin, je me répète ici, de « penser » la vie des autres pour nous « élargir ». Non de nous mettre à leur place, ce qui est impossible, mais, ainsi inspirés, de prendre plus d’espace vital en débordant de nos limites. Et partant, de satisfaire notre précieuse curiosité, en imagination. Pour « persévérer dans notre être » dirait le philosophe Baruch Spinoza. Processus que son collègue Frédéric Nietzsche nomme « la volonté de puissance », expression souvent mal interprétée. Il ne s’agit pas, dans l’esprit de ce penseur, de vouloir dominer quiconque mais de croître. De s’épanouir. J’ajoute : de grandir.

Des Hommes de paroles

Ce que nous permet donc la fiction de l’Art Royal, en nous proposant, non une escalade sportive, mais une calme montée progressive de l’échelle initiatique. De degrés en degrés, de nouveaux personnages, de nouvelles situations, apparaissent, de nouvelles transpositions nous sont offertes. Chacun, chacune de nous, n’est-il, n’est-elle, à l’image cette fois d’une échelle descendante, l’acteur, l’actrice de généalogies fictionnelles précédentes ? Notre vie n’est-elle le résultat d’un roman familial ? Par notre nom, appellation ancestrale imposée ; par notre prénom, attribution issue d’un choix parental ; par notre parcours, personnel, professionnel, associatif, tracé lui par nos dispositions et nos goûts. Ceux-là même qui, de croisements en rencontres, nous ont guidés vers la franc-maçonnerie. Et des frères et des sœurs de hasard. Sans « appartenir » (nous n’appartenons à personne !) mais en étant membres de l’Organisation, nous y « faisons famille » chaleureuse.

Vanités – Philippe de Champaigne

A notre façon, nous incrustons passagèrement notre histoire individuelle, dans celle de la franc-maçonnerie, une poétique en soi. Celle-ci n’est-elle pas, riches de ses fictions, tant en termes de personnages que de situations, un conte majestueux qui traverse le temps et les évènements ?!

Puissions-nous, en Hommes de paroles que nous sommes, et dans le cadre de notre mission de « transmetteurs de concorde » : parvenir au sein du monde profane, à réaliser cette utopie : la guérison de l’« hubris » (arrogance) qui y règne encore ! Vanité des vanités ! Non, il n’est pas sûr que « l’Homme soit la mesure de toute chose, » n’en déplaise au philosophe antique Protagoras ! L’actualité en témoigne.

Nous ne faisons jamais vraiment le deuil de notre enfance. Alors si le Petit Poucet ou la Belle au Bois dormant nous ont joué un tour, nous pouvons encore devenir, « fictionnellement », le Chat Botté. Pour franchir les obstacles d’une vie actuelle qui n’en manque pas et continuer une route heureuse avec cette tricentenaire « à l’équerre et au compas » sur laquelle les années n’ont pas de prise ! Une longévité qui rime, allez savoir, avec « éternité » !