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Rites Funéraires d’Ailleurs : Haïti, Mexique et Bénin à la Croisée des Traditions Mystiques

De notre confrère sciencesetavenir.frPar Laure Dubesset-Chatelain

Porter ses défunts, les garder près de soi, les orner ou les offrir aux vautours… autant de rituels qui nous semblent pour le moins insolites. Pourtant, comme les funérailles occidentales, ces pratiques visent un même but : donner du sens à ce dernier voyage.

Le respect dû aux défunts semble tenir de la loi sacrée, du devoir intemporel. Pas de société humaine sans rites funéraires, pourrait-on affirmer. Ils semblent répondre à deux impératifs. Le premier est sanitaire : éloigner la menace incarnée par la putréfaction d’un corps inanimé. Le second, spirituel. Ritualiser la mort permet de l’inscrire dans un récit, parfois religieux, qui la rend plus acceptable en lui donnant un sens.

Aussi immuables qu’ils paraissent, ces principes se traduisent de façons variées selon les cultures. Si la préservation du corps reste capitale dans les religions monothéistes, la destruction de l’enveloppe charnelle est au contraire indispensable dans les rites bouddhistes tibétains, par exemple, pour prolonger le cycle des réincarnations. Quant au besoin universel de perpétuer le lien avec les disparus, lui aussi nourrit des formes de dialogue très différentes. Les Torajas d’Indonésie ou certains Boliviens conservent ainsi leurs proches, en tout ou partie, à leurs côtés. Ces passerelles entre deux mondes peuvent s’emprunter dans la joie, comme au Mexique, voire dans la dérision, comme en Haïti, comme pour mieux se jouer, peut-être, de ce qui nous attend tous.

Haïti : le respect de l’irrévérence

Les 1er et 2 novembre, les Guédés réveillent les cimetières haïtiens. Incarnés par des adeptes du vaudou, ces esprits de la Mort et de la Résurrection ne font pas dans la discrétion. Poudrés de blanc, vêtus de noir et de violet, chevauchant parfois leurs serviteurs, ils multiplient les poses lubriques au son du rara, une musique traditionnelle, profèrent des obscénités et s’enduisent le corps de rhum pimenté.

Indonésie : une présence palpable

Sur l’île de Sulawesi, en Indonésie, le peuple Toraja, largement chrétien aujourd’hui, reste fidèle à une vieille pratique animiste. Le temps de pouvoir financer les funérailles d’un défunt, celui-ci reste à la maison, comme s’il faisait encore partie des vivants. Son corps, peu à peu momifié, est par la suite placé dans la cavité d’une falaise et régulièrement visité par ses proches. Lors du rituel Ma’nene, la dépouille est nettoyée, habillée et recoiffée.

Ghana : des cercueils éloquents

Depuis les années 1950, une coquetterie funéraire rencontre un succès fou chez le peuple Ga, dans la région d’Accra, la capitale : opter pour un cercueil représentant son métier ou ses rêves inassouvis. Les aspirants au voyage passent ainsi l’éternité dans un avion, les éleveurs de volaille… dans un poulet géant. Chacun ses ailes.

Japon : à prendre avec des baguettes

Dans le rite bouddhiste, les proches du défunt organisent plusieurs cérémonies pour guider son âme vers l’au-delà. Après la crémation, ils saisissent ainsi ses os, des pieds jusqu’au crâne, avec des baguettes, et les placent deux par deux dans une urne. Celle-ci est conservée dans le foyer familial avant d’être déposée dans un caveau.

Mexique : la fête des morts

El Día de los Muertos le « jour des morts » mexicain, est un moment de joie ! Les familles se retrouvent sur la tombe d’un proche pour la décorer, y allumer un cierge et partager les plats préférés du défunt. Héritière de la fête aztèque de hueymiccalhuitl, cette cérémonie est classée au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2003.

États-Unis : sur un air de jazz

À la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, le jazz est de mise même pour faire son deuil. De la sortie de l’église au cimetière, le cortège funèbre est ainsi accompagné d’une fanfare. Les airs solennels laissent peu à peu la place aux rythmes entraînants, célébrant la vie du défunt. Et tout le monde peut se joindre à ces « Jazz Funerals » !

Bolivie : permission de sortie

Lunettes de soleil, bijoux clinquants et cigarette entre ce qu’il leur reste de dents… Chaque 8 novembre, les ñatitas sont de sortie : ces « petits nez plats », des crânes conservés chez les proches de leurs anciens propriétaires, sont apprêtés et promenés dans les rues jusqu’au cimetière, avant d’être sagement rangés jusqu’à l’année suivante.

Chine : une lueur d’espoir

Quinze jours après l’équinoxe de printemps, les Chinois prennent part au qingmingjie, la « fête de la Clarté et de la Lumière », instituée « Journée nationale du nettoyage des tombes » en 1935. Ils déposent alors des offrandes, brûlent de l’encens et de faux billets sur la sépulture de leurs ancêtres. Un moyen de s’attirer leur bienveillance en prouvant leur piété filiale.

Tibet : monter aux cieux

Selon un rituel bouddhiste local encore très respecté, trois jours après son décès, le défunt est déshabillé, drapé de blanc et conduit sur une « aire de découpage ». Là, au son des prières et dans les volutes de fumée de pin et de cyprès, le corps est découpé, enduit de farine, de thé et de lait de yak, puis abandonné aux vautours. Affranchie de son enveloppe terrestre, l’âme pourra prendre son envol.

Bénin : les morts, le retour

Malheur au profane qui oserait s’immiscer dans la cérémonie secrète de l’égoun. Ce rituel, pratiqué à l’origine par l’ethnie Yoruba, consiste à faire revenir l’esprit d’un défunt parmi les vivants lors de rendez-vous réguliers ou pour le consulter. L’égoun-goun, l’esprit du mort associé à un esprit de la nature, prend alors forme humaine et se déplace au son des tambours, dans une riche parure. Là encore, attention : le toucher est réputé fatal.

Chez les francs-maçons

Les rites funéraires maçonniques varient selon les obédiences et les loges, mais voici quelques éléments généralement présents dans les funérailles d’un franc-maçon :

  1. La cérémonie est souvent appelée « Tenue funèbre » ou « Tenue blanche fermée ».
  2. Les frères se réunissent en loge, vêtus de noir avec leurs décors maçonniques.
  3. Le cercueil est placé au centre de la loge, recouvert d’un drap noir sur lequel sont disposés les symboles maçonniques du défunt (tablier, gants, etc.).
  4. Des bougies sont allumées autour du cercueil, symbolisant la lumière maçonnique.
  5. Le Vénérable Maître dirige la cérémonie, qui inclut généralement :
    • Des lectures de textes maçonniques
    • Des hommages au défunt
    • Des moments de silence
    • Des chants ou de la musique
  6. Un rituel spécifique peut être effectué, comme la « chaîne d’union » où les frères forment un cercle autour du cercueil.
  7. Des symboles particuliers peuvent être utilisés, comme le rameau d’acacia (symbole d’immortalité).
  8. À la fin de la cérémonie, les frères défilent devant le cercueil pour un dernier adieu.
  9. Certaines obédiences pratiquent le « dernier voyage », où le tablier et les gants du défunt sont symboliquement brûlés.
  10. La cérémonie se termine souvent par une agape fraternelle en mémoire du défunt.

Il est important de noter que ces rites peuvent varier et que certains francs-maçons choisissent des funérailles civiles ou religieuses traditionnelles, avec ou sans éléments maçonniques.

Victor Hugo pratiquait-il réellement le spiritisme ?

De notre confrère europe1.fr – Par Stéphane Bern, édité par Alexis Patri 

« Esprit, es-tu là » ? Dans un numéro de « Historiquement vôtre » consacré aux personnages célèbres férus de spiritisme, Stéphane Bern fait le récit de la vie de Victor Hugo, et plus particulièrement de son attrait célèbre pour la chose. Invité d’Europe 1, le médecin légiste et anthropologue, Philippe Charlier, l’aide à éclairer cette passion occulte de l’homme de lettres.

Cliquez sur l’image pour écouter l’émission

Nous sommes au mois de septembre 1854 sur l’île de Jersey, au large de la Normandie. Au loin, le vent souffle et de grandes vagues s’écrasent sur les plages de sable désertiques. Dans une maison isolée, face à la mer, Victor Hugo et un petit groupe de proches sont réunis autour d’une table. Très concentrés, ils attendent qu’un esprit venu de l’au-delà se manifeste. Les secondes passent, lentement. Soudain, ils sentent quelque chose. Ou peut-être quelqu’un.

Des bruits, quelques coups. Un étrange dialogue. C’est la mort qui leur parle. « Les époux charmants envolés dans le fleuve pensent à vous. Ils vous aiment, ils vous voient, ils vous attendent et vous gardent votre place dans l’immense baiser. » « La mort » parle là de la fille de Victor Hugo et son mari disparus quelques années plus tôt. La séance est interrompue par une visite impromptue, mais on imagine sans peine le désarroi, sans doute l’effroi, du petit groupe après ce dialogue avec la mort elle-même. Pourtant, Victor Hugo est un habitué de ces pratiques occultes. Depuis son arrivée sur l’île de Jersey, il a pris l’habitude de communiquer avec l’au-delà.

Retour au début de l’histoire

Mais revenons aux origines. Dès son plus jeune âge, Victor Hugo témoigne un grand intérêt pour l’écriture. À 14 ans, il écrit dans son journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien ». Victor Hugo écrit de la poésie, du théâtre mais surtout, en 1831, à seulement 30 ans, il publie son premier roman historique, Notre-Dame de Paris, qui fait de lui l’un des auteurs les plus connus de France.

Côté cœur, le 12 octobre 1822, Victor Hugo épouse Adèle Foucher, une amie d’enfance. Ils auront en tout cinq enfants. Pourtant, on ne peut pas dire que le couple soit heureux en ménage. Victor Hugo entame une relation amoureuse avec Juliette Drouet, une comédienne qui devient sa muse, sa compagne de l’ombre.

Pour elle, Victor Hugo compose de poignants poèmes. Il écrit aussi des pièces de théâtre. Cromwell et Hernani font de Victor Hugo l’un des chefs de fil du romantisme, un courant artistique qui prône la sensibilité et l’expression des sentiments dans la littérature. 

Le temps de l’exil vers Jersey

En 1841, après s’être présenté plusieurs fois sans succès, Victor Hugo est enfin élu à l’Académie française. Hélas, sa joie est de courte durée. Sa fille adorée Léopoldine, âgée de 19 ans seulement, meurt noyée avec son époux dans un accident de barque. Victor Hugo est en voyage quand l’accident se produit et il apprend la nouvelle en lisant les journaux. Il ne se remettra jamais de cette terrible perte.

Est-ce d’ailleurs pour rétablir un contact avec sa fille disparue trop tôt que Victor Hugo se tourne vers les mystères de l’au-delà ? Oui, mais sans doute aussi par ennui. En 1851, le Président Louis-Napoléon Bonaparte organise un coup d’État pour devenir l’empereur Napoléon III. Victor Hugo, qui est son plus farouche opposant politique, s’exile avec sa famille. Direction l’île indépendante de Jersey, située entre la France et l’Angleterre.

Sur place, il n’y a pas grand-chose pour se divertir, si ce n’est d’étranges histoires de fantômes. « Jersey est un endroit où il y n’avait vraiment beaucoup d’activités, mises à part quelques promenades », explique le médecin légiste et anthropologue Philippe Charlier au micro de « Historiquement vôtre ». « C’est quand même un endroit où l’on embêtait sec. Le spiritisme pouvait être un moyen de tromper son ennui », poursuit-il.

On raconte donc que la maison où Victor Hugo réside est hantée. Sur la plage, les nuits de pleine lune, un décapité errerait inlassablement à la recherche du repos éternel. La Dame blanche, une jeune femme infanticide apparaîtrait aussi de temps en temps sur les rochers. Il y a là de quoi enflammer l’imagination de l’homme de lettres.

Le spectre de sa fille Léopoldine

Au début de son exil, une amie en visite, la poétesse Delphine de Girardin, lui parle d’une science nouvelle qui ferait parler les morts. Victor Hugo, un peu perplexe mais poussé par sa fille Adèle, accepte de se prêter au jeu. Victor Hugo, sa femme, ses enfants, et quelques amis prennent place autour d’une table ronde sur laquelle est posé un guéridon à trépied. Delphine de Girardin demande à deux participants de mettre leurs mains à plat sur la table. « Posez vos questions, la table répond en frappant un coup pour oui, deux coups pour non », explique Delphine de Girardin. Rien ne se passe, pourtant Delphine de Girardin persévère. « Les Esprits ne sont pas des chevaux de fiacre qui attendent patiemment le bourgeois, mais des êtres libres et volontaires qui ne viennent qu’à leur heure », déclare-t-elle.

« Lorsqu’il découvre cette technique de dialogue avec les morts, Victor Hugo ne pense qu’à entrer en contact avec sa fille Léopoldine », décrypte le spécialiste Philippe Charlier, pour qui il y avait donc une vraie attente de la part de l’homme de lettre.

Sous l’impulsion de Delphine de Girardin, l’assemblée renouvelle l’expérience les jours suivants. Cette fois, un esprit se manifeste. Il s’agit de Léopoldine. La fille de Victor Hugo morte noyée dix ans auparavant, cherche à communiquer avec ses parents. Sous le choc, sa mère reste sans voix. Tout le monde pleure. Victor Hugo en est désormais persuadé, les esprits existent. Il écrit : « Voilà qui est prodigieux ! Il n’y a rien à répondre à cela. Je me déclare convaincu. » Pendant les deux années qui suivent, la famille Hugo interroge longuement et presque quotidiennement les morts.

Ils invitent des amis ou des connaissances à participer, mais un certain nombre d’en eux reste sceptique. Le 14 septembre 1853, Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, lui écrit ces mots : « Quant à vos diableries j’y vois pour l’avenir plus d’inconvénient que de plaisir […] ce passe-temps a quelque chose de dangereux pour la raison, s’il est sérieux […] et d’impie, pour peu qu’il s’y mêle la moindre supercherie. »

Des esprits 5 étoiles

Mais Victor Hugo y croit dur comme fer. Il devient un enragé de ces séances de spiritisme qui lui permettent de parler avec de célèbres visiteurs venus de l’au-delà. Le casting fait rêver. Jésus Christ se manifeste, ainsi que Molière, Dante, Mozart ou encore Machiavel. « On peut ajouter Mahomet et le Masque de fer », précise Philippe Charlier. « Ce ne sont que des personnages célèbres, car il faut se mettre à la hauteur de Victor Hugo. Pour lui parler, on ne peut pas être n’importe qui. »

Le grand dramaturge William Shakespeare dicte à Victor Hugo une pièce directement en Français car « la langue anglaise est inférieure à la langue française ». Le poète André Chénier, guillotiné sous la Révolution, revient pour terminer plusieurs œuvres inachevées. « Dans le style c’est du Victor Hugo. Mais le spiritisme a dopé sa créativité », analyse Philippe Charlier.

Lors de certaines séances il arrive que le guéridon, guidé par un revenant, dessine. L’un de ces dessins a été conservé, et il est particulièrement impressionnant. On y voit une tête de cadavre, aux yeux vides, coiffée d’un chapeau, le sourire grimaçant et surdimensionné. A chaque séance de spiritisme, Victor Hugo consigne ses conversations avec les esprits dans des cahiers. Le résultat est saisissant. Des questions métaphysiques sont soulevées : un châtiment attend-il les méchants dans l’au-delà ?

« Victor Hugo finit par se lasser »

Les sceptiques ne manqueront pas de soulever que les esprits sont souvent d’accord avec les apprentis médiums : ils n’ont pas l’air d’apprécier la politique de Napoléon III, ennemi juré de Victor Hugo, mais chantent la gloire de ce dernier. Ils lui demandent aussi de reprendre la rédaction de son fameux roman Les Misérables ou d’écrire un poème. Ce sera Ce que dit la bouche d’ombre, dont voici un vers : « Le spectre m’attendait ; l’être sombre et tranquille. Me prit par les cheveux dans sa main qui grandit ». 

Au cours d’une réunion, Jules Allix, l’un des participants, devient quasiment fou, victime d’une crise de démence. Les séances de spiritisme s’espacent. Sans doute aussi Victor Hugo se lasse-t-il d’explorer le monde de l’au-delà. A son départ de l’île de Jersey en 1855, il ne convoque quasiment plus les esprits chez lui. « Au bout de deux ans d’exercice, et en voyant les effets secondaires, Victor Hugo finit par se lasser de l’exercice, il en fait le tour », résume Philippe Charlier.

Des récits des séances en partie disparus

Victor Hugo revient en France après la chute de Napoléon III en 1870. Il est accueilli triomphalement en héros de la République. Successivement élu à l’Assemblée nationale puis au Sénat, il meurt finalement le 22 mai 1885, à l’âge de 83 ans.

C’est alors que la passion de Victor Hugo pour l’au-delà refait surface. Dans son testament, l’écrivain lègue le compte-rendu de ses séances de spiritisme à la Bibliothèque Nationale de France afin qu’il soit publié sous le nom du Livre des tables. Mais l’exemplaire unique, rédigé à la main par Victor Hugo, disparaît. Depuis, une partie seulement du livre est réapparue et a été publiée. « Elle se lit presque comme un roman », selon Philippe Charlier. Quant aux pages manquantes, elles ne sont pas prêtes de nous livrer leurs secrets.

Kaizen et Franc-maçonnerie : la quête commune d’un perfectionnement continu

Le Kaizen : l’art de l’amélioration continue au quotidien : Cette philosophie de gestion japonaise, révolutionne le monde du travail par sa vision unique de l’amélioration continue. En fusionnant les termes « kai » (changement) et « zen » (meilleur), le concept de Kaizen encourage à rechercher quotidiennement de petites améliorations dans tous les aspects d’une organisation. Souvent traduit par « amélioration continue », Kaizen signifie littéralement « changer pour le mieux » et propose une approche à la fois concrète et évolutive du progrès.

Plus qu’une simple méthode, le Kaizen représente un état d’esprit collectif, où chaque membre de l’équipe participe activement à l’optimisation des processus. Il repose sur l’idée que chaque action, même minime, peut contribuer à un meilleur résultat global. C’est un modèle qui s’éloigne des révolutions brutales et des transformations coûteuses pour privilégier des ajustements réguliers, simples, et peu onéreux, s’intégrant dans la routine de chacun. Ce système est appliqué dans de nombreux secteurs, allant de la fabrication industrielle à la gestion d’équipes en entreprise, car il valorise les solutions pratiques, pensées en fonction des réalités du terrain.

Kaisen en japonais

L’une des clés du Kaizen est l’implication de tous, de la direction jusqu’aux collaborateurs de première ligne, dans un esprit de collaboration et de respect mutuel. Cette méthode favorise la responsabilisation de chaque employé, les incitant à observer leur environnement de travail et à proposer des idées d’améliorations. Il n’est pas rare de voir des entreprises adopter des rituels Kaizen, tels que des « kaizen meetings », des réunions où chaque membre partage ses observations et suggestions, ou encore des tableaux de suivi pour mesurer l’efficacité des changements apportés.

La force de Kaizen réside dans sa capacité à transformer la culture d’entreprise. En instaurant un processus d’évaluation et de révision permanents, il rend le changement moins intimidant et plus accessible. Ce processus progressif permet d’adapter rapidement les pratiques en fonction des évolutions du marché ou des besoins de l’entreprise, tout en limitant les résistances internes.

Au Japon, le Kaizen est aussi considéré comme une philosophie de vie : un engagement à toujours chercher à s’améliorer, que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle. Aujourd’hui, cette méthode inspire des millions de personnes à travers le monde à repenser leur façon d’aborder les défis quotidiens. En valorisant l’humain et en s’appuyant sur des démarches concrètes, Kaizen prouve que la performance durable naît de petites actions, répétées jour après jour, avec constance et détermination.

À première vue, le Kaizen japonais, philosophie d’amélioration continue, et la Franc-maçonnerie, ordre initiatique occidental, semblent appartenir à des univers bien distincts. Pourtant, les deux partagent une vision commune : l’idéal du progrès constant, personnel et collectif, pour tendre vers un idéal d’harmonie et de perfection.

Le Kaizen repose sur la réalisation de petits changements au quotidien, qui, ensemble, créent des progrès significatifs. Son principe est simple : chacun, à son niveau, peut apporter des améliorations pour contribuer au bien commun, que ce soit dans une entreprise ou dans la société. C’est une philosophie qui encourage la remise en question des pratiques établies et privilégie l’implication de tous les acteurs. Cette dynamique de progression et d’auto-évaluation résonne avec l’engagement des francs-maçons, qui, à travers leur travail en loge, visent à « tailler la pierre brute » — une métaphore pour se perfectionner sans cesse.

Dans la Franc-maçonnerie, l’apprentissage passe par des rituels et des échanges qui incitent à la réflexion personnelle, à la recherche de la vérité et à l’amélioration de soi. Comme le Kaizen, elle valorise une transformation progressive, centrée sur l’individu mais avec une portée collective. Les francs-maçons sont encouragés à réfléchir, à observer le monde qui les entoure, et à trouver des moyens d’améliorer non seulement eux-mêmes, mais aussi leur environnement, dans une démarche altruiste.

Les valeurs d’humilité, de travail collectif, de respect et de quête de sens, chères au Kaizen, sont également présentes dans les loges. Les deux systèmes prônent l’autodiscipline et la persévérance, en développant chez leurs membres une forme de vigilance envers leurs actions et leurs conséquences. Chaque décision et chaque pas vers l’amélioration continue sont perçus comme un moyen de contribuer au bien commun, de façon pragmatique pour le Kaizen, et symbolique pour la Franc-maçonnerie.

Enfin, ces deux pratiques partagent l’importance accordée au rituel et au symbole. Dans le Kaizen, les réunions régulières, les « cercles de qualité », et les tableaux d’améliorations sont des moments structurants de la vie professionnelle. De même, la Franc-maçonnerie utilise le rituel comme cadre de réflexion et de partage, donnant aux francs-maçons un espace pour aligner leurs idéaux avec leur pratique quotidienne.

Ainsi, bien que le Kaizen et la Franc-maçonnerie soient ancrés dans des cultures différentes, tous deux proposent une approche holistique où chaque individu est invité à devenir la meilleure version de lui-même. En s’appuyant sur des pratiques qui valorisent le progrès régulier et collectif, ces deux philosophies rappellent que l’amélioration de soi est un voyage constant, où chaque pas compte pour bâtir un monde meilleur.

Le jour où Marsile Ficin fit du « divin Platon » un théologien chrétien

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« Le divin Platon estime que l’âme céleste et immortelle meurt pour ainsi dire quand elle entre dans le corps mortel et terrestre, mais qu’elle revit quand elle en sort. Mais avant qu’elle quitte le corps par la loi de la nature, il est bon qu’elle en sorte par une certaine application à la méditation, lorsque la Philosophie, médecine des maladies humaines, purge et réveille au moyen de remèdes moraux, la petite âme ensevelie dans la boue pestifère des vices ».

 Marsile Ficin. Grand humaniste de la renaissance (1433-1499)

La Franc-Maçonnerie, dans son imaginaire, se voit souvent l’héritière directe du siècle des Lumières, mais les historiens émettent quelques doutes sur ce « roman familial » : la participation de Maçons à ce mouvement est plus que limitée et les appartenances sociologiques de la Maçonnerie s’orientaient plutôt vers la noblesse, les hommes d’affaires, commerçants, certains ecclésiastiques, et des hommes attirés par cette nouveauté exotique venant du Royaume Uni (déjà !). L’attrait des banquets après les tenues et la mise à distance des femmes et du milieu familial y jouèrent aussi un rôle important ! Le sociologue et historien, Roger Priouret, évoque cette question avec bonheur (1). Les intellectuels philosophes, il faut le reconnaître, y étaient peu nombreux et les orientations politiques les plus « révolutionnaires » nourrissaient juste quelques sympathies pour une monarchie constitutionnelle « à l’anglaise » ! Nous retrouverons d’ailleurs durant la Révolution Française ce clivage dans les statistiques : le nombre d’exilés Maçons fut considérable (Servant d’ailleurs souvent dans les armées étrangères contre la Révolution et l’Empire !) alors que les Maçons révolutionnaires furent très rares et souvent suspectés et condamnés par la Révolution elle-même !

Un autre élément philosophique vient troubler le débat : on considère, souvent à tort, que le 18 em siècle joue un élément déterminent dans l’évolution des idées et que la Révolution est l’une de ses conséquences. En fait, cette évolution nous vient de plus loin : la Renaissance signe la fin d’un Moyen-Age chrétien en réintroduisant la philosophie antique en Europe, via le monde musulman, et la comparant à la théologie chrétienne qui était maître-d’oeuvre à penser de l’occident et ce, malgré des divisions internes qui menaçaient déjà l’édifice. La lecture des textes sacrés dans les langues d’origines, hébreu et grec notamment, va jouer un rôle fondamental dans la naissance de la Réforme protestante mais aussi donner naissance à tout un courant de « Libertinage érudit » qui va s’épanouir au 17e siècle. Courant proche de l’athéisme, qui va réintroduire la philosophie antique et s’en servir pour tenir à distance la théologie chrétienne. Les audaces des philosophes de cette époque rendent ternes celle du 18e siècle ! Il suffit pour s’en convaincre de lire, par exemple, les ouvrages de Gassendi, Théophile de Viau, Cyrano de Bergerac, Scaron, Ninon de Lenclos, Saint-Evremond (2).

Cette réhabilitation de la pensée antique va voir le jour en même temps que l’ « Humanisme » qui replace l’homme au centre du Cosmos et qui commence à prendre distance vis-à-vis de Dieu au profit d’un très important néo-platonisme. Souvent, et paradoxalement, ce sont des « hommes d’Eglise » qui seront à l’origine du mouvement. L’un des exemples les plus significatifs est sans doute celui de Marsile Ficin le toscan. Erwin Panofsky, grand spécialiste de l’art, en parlant du mouvement hérité de Marsile Ficin écrit (3) : « Ce qui rendit ce mouvement si irrésistible à tous les beaux esprits de la Renaissance, depuis les théologiens, les humanistes et les philosophes de la nature jusqu’aux hommes de mode et aux courtisans, est précisément ce qui déplaît aux historiens modernes de la science et de la philosophie qui limitent le concept de cette dernière à l’analyse de la connaissance et du connaissable, et celui de la première à l’analyse mathématique (ou à la précision) d’observations expérimentales : il a brouillé ou aboli toutes les barrières qui avaient maintenu les choses à part- mais aussi en ordre- durant le Moyen-Age, et qui devaient être érigées à nouveau, dans des conditions et avec des modifications dépendant de leur disparition temporaire, par Galilée, Descartes et Newton ».

I- UN DRÔLE DE PAROISSIEN !

« La philosophie use des instruments et dialectiques créés par ses propres mains pour découvrir le vrai dans la contemplation du réel, l’honnête par l’usage du réel et le bien dans l’un et l’autre. Aussi communique t-elle maints principes de contemplation, maints préceptes d’actions et maintes instructions communes aux deux, mais de cet ensemble, une chose me paraît essentielle que je vais souligner : la fin est autant supérieure aux réalités qui s’y réfèrent que le maître l’est aux serviteurs »

 Marcile Ficin (Lettre à Giovanni Cavalcanti)

II- CHEMIN FAISANT AVEC PLATON, PLOTIN, JESUS CHRIST ET LE PRINCIPE !

« Comment se fait-il que rien ne soit plus obscur que la lumière, quand il n’y a pourtant rien de plus clair, puisqu’elle élucide et fait connaître clairement toutes choses ? »

 Marsile Ficin

Statut de Platon en marbre blanc
Statut de Platon assis en marbre blanc devant un chapiteau de Temple

Marsile Ficin est, dès sa jeunesse, fasciné par Platon. Son époque, parfaitement néo-platonicienne, ne fait que l’encourager dans ce sens. Il va y ajouter une parfaite connaissance de Plotin par la suite. Chez ce dernier, c’est le désir de l’unité est prioritaire : contempler signifie se chercher et se trouver sois-même dans l’être contemplé (ce qui sera développer par Emmanuel Levinas dans le miroir du visage de l’autre), mais nous devons aborder la contemplation à divers niveaux : du vivant le plus humble jusqu’à l’Intellect divin. Il écrit : « La contemplation part de la nature pour remonter à l’âme, puis de celle-ci vers l’Intellect, et les contemplations deviennent toujours plus appropriées à ceux qui contemplent, elles s’unifient à eux » (Traité 30 – 3, 8).

Chez Plotin, on s’élève en s’unifiant et en se purifiant de ce qui n’est pas soi. Pour Ficin, il est exact que la contemplation et l’élévation sont les meilleurs moyens d’accès à la pensée de Platon : parcourir à rebours les figures de l’être et de la vie conduisent à atteindre Dieu lui-même qui est l’accomplissement parfait et infini de la « Theoria », cette réalisation de soi-même à l’aide du cheminement qui est un pèlerinage vers sa vérité et la rencontre avec le Principe. On ne contemple qu’en se dénudant, en laissant tomber les liens qui nous rattachent au corps ou à toute forme de multiplicité. Alors que pour Plotin, la purification va de l’âme à l’Intellect jusqu’à l’UN, la purification ficinienne va de l’âme vers l’Ange, jusqu’à Dieu.

L’Ange, chez Ficin, n’a pas la même fonction que l’Intellect plotinien, car pour lui, Dieu crée directement l’âme sans en passer par l’Ange, alors que dans la procession plotinienne l’âme dérive de l’UN par la médiation de l’Intellect. La structure ternaire de Ficin est celle qui se rapproche le plus directement de la pensée initiale de Platon. Pour l’un et l’autre penseur, c’est dans le rapport au corps que se joue l’étape initiale qui rend la contemplation possible. Plotin évoquait déjà l’ « infection » du corps capable de contaminer l’âme et de lui barrer toute faculté d’élévation. Pour lui, et pour Ficin, c’est dans le rapport d’une âme affaiblie à son propre corps que croit le danger, lorsque la nature psychique se trouve altérée et rendue impuissante d’éprouver la joie véritable à laquelle elle est destinée à l’origine. L’âme, en premier lieu, doit dépouiller son objet de tout rapport à la matière.

Avec le philosophe musulman Averroès, Ficin soutient le paradoxe d’un corps non-matériel du ciel, intermédiaire entre les corps matériels et les réalités intemporelles. Mais c’est en dépassant le ciel lui-même que l’âme accède aux réalités incorporelles que sont l’âme et l’ange. Mais bientôt un nouveau paradoxe se pose : celui d’une lumière purement incorporelle et Ficin s’inscrit alors dans le néo-platoniste d’une « métaphysique de la lumière », où la lumière est forme et acte. Elle est une manifestation qui peut être aussi bien sensible que non-sensible de la densité intérieure de l’être. Selon Plotin, la réalité intelligible est la « vraie lumière » donc la lumière originelle d’où émane la lumière visible. Ficin propose de parcourir les différents états de la lumière jusqu’à atteindre la lumière invisible et infinie du Principe, ce qui est le cheminement chez Platon et Plotin. A ce stade, « On se voit soi-même illuminé et rempli de lumière intelligible, ou plutôt, on se voit comme la lumière elle-même, pure, sans pesanteur, légère, car on devient Dieu, où plutôt, on est Dieu » (Traité 9).

Cette vision panthéiste audacieuse de Plotin sera tenue prudemment à l’écart par Ficin (C’est l’époque ou Giordano Bruno et d’autres sont condamnés pour leurs pensées hérétiques !), néanmoins, il reprend et amplifie le thème platonicien de a continuité de la lumière qui guide l’âme de l’éclat sensible jusqu’à la splendeur intelligible. Il précise que cette unité cherchée et espérée n’est décelable qu’en Dieu qui serait « Souverain acte et souveraine puissance », et qu’en lui, « Il y a identité de la puissance et de l’acte, du pouvoir et de l’être ».Plotin va en conclure par l’absolue liberté du Principe, amenant celle de l’homme. Le destin si cher aux Grecs est relégué et l’idée de « libre arbitre » fait doucement son apparition. Plotin et Ficin se retrouvent encore dans la distribution des rôles respectifs de la volonté et de l’intellect dans l’appréhension du Principe, qui débouchait, dans la pensée médiévale, en une querelle des tenants de la supériorité de l’intellect dans la saisie du Principe (St. Thomas d’Aquin et l’école dominicaine), et ceux qui professaient la supériorité de la volonté (Duns Scot et les Franciscains). Pour Plotin, l’ivresse de l’amour du Principe est préférable à la saisie contemplative de l’intellect sobre et sûr de sa puissance. Ficin sera dans la même ligne de pensée quand il évoque la puissance de désirer Dieu : « La lumière de Dieu, parce qu’elle excède même les limites de l’intellect, est absolument inintelligible à l’intelligence humaine naturelle, mais on ne la croit et on ne l’aime que d’avantage et, chérie, elle paraît répandue comme une grâce » (Argument pour la théologie platonicienne. Chapitre X).

Pascal, penseur secouriste de l’esprit cartésien: je panse donc je suis…

Pour l’un comme pour l’autre, c’est la puissance du désir, purement passive et réceptive, qui permet l’accueil de l’Absolu. Par conséquent, Ficin ne se contente pas d’être un interlocuteur et un traducteur du néoplatonisme, il est lui-même un authentique philosophe néoplatonicien. Paradoxalement, il reste aussi un penseur chrétien convaincu. Pour lui, le platonisme est une sorte de propédeutique qui doit, selon le mot de Blaise Pascal « disposer au christianisme » (Pensées). La révélation chrétienne trouve dans la philosophie platonicienne une structure de pensée prête à accueillir ses dogmes, allant parfois jusqu’aux limites de l’hérésie : par exemple dans l’acceptation de la théorie platonicienne du « circuit perpétuel des âmes », c’est à dire la réincarnation. Pour Ficin, l’âme après la mort, monte du sensible vers l’intelligible, et au prochain cycle de réincarnation, descend prendre un nouveau corps. Eternelle image du mythe de la caverne ! L’ambition de Ficin est d’assimiler l’héritage platonicien, ou d’opérer des sélections, en fonction de l’orientation fondamentalement chrétienne de sa pensée. Il décrit Dieu comme « la raison du monde tout entier qui embrasse en elle-même toutes les raisons de toutes les parties du monde ». Dieu, chez lui, devient comme chez Plotin le « logos » du monde, l’ «Âme du monde ». Ficin tente de rapprocher Platon de St. Anselme, quand ce dernier écrit que Dieu est l’ « ens quo nihil majus cogitari possit », l’ « être que rien de plus grand ne peut être pensé » (Argument pour la théologie platonicienne. Chapitre II). S’il est vrai que Ficin « platonise » le christianisme, il tente aussi de christianiser le platonisme en irriguant sa présentation de la « contemplation platonicienne » de formules et de schémas conceptuels d’origine typiquement chrétienne.

Raphaël : Platon et Aristote devisant sur la politique ?

 Cependant, le platonisme reste étranger à toute pensée humaniste que prône Ficin : pour Plotin, par exemple, l’homme n’a qu’une très modeste position dans la hiérarchie du réel. L’âme individuelle de l’homme est une âme déchue, largement inférieure à l’ « Âme du Tout » et des deux principes que sont l’Intellect et l’UN. Pour Ficin, au contraire, l’homme est « copula mundi », le « Lien du monde », en cela qu’il tient le milieu entre le corporel et le divin. Il ira encore plus loin dans sa pensée : l’homme n’est pleinement lui-même que s’il parvient à se déifier. Il écrit : « Tout l’effort de notre âme est de devenir Dieu. Un tel effort est aussi naturel aux hommes que le vol des oiseaux. Cet effort est dans tous les hommes et partout : il ne résulte donc pas de qualité contingente d’un homme en particulier » (Argument pour la théologie platonicienne. Chapitre XIV, 1). Si l’idée de l’ « humanitas » est appropriée à l’homme, ce n’est pas qu’elle enferme l’homme dans le narcissisme, mais parce que l’idée de l’humanité est déjà, en elle même une ouverture vers le divin. La déification de Platon et du platonisme va déboucher (sans doute sous l’influence du mythe de la caverne) sur une passion de ce qu’il en serait du concept de lumière.

III-MARSILE FICIN « FILS DE LA LUMIERE » OU PROPHETE DU « SIECLE DES LUMIERES » (« QUID SIT LUMEN ») ?

« C’est pourquoi la philosophie, pour la rendre intelligible en peu de mots, est l’ascension de l’esprit depuis les régions inférieures jusqu’aux régions supérieures, depuis les ténèbres jusqu’à la lumière, selon un mouvement dont le principe est un élan communiqué par l’intelligence divine, dont le milieu consiste en les facultés d’éducation dont nous avons parlé, dont la fin réside dans la possession du souverain bien et le fruit dans le droit gouvernement des hommes. »

 Marcile Ficin (Lettre à Giovanni Cavalcanti)

Marsile Ficin peut-être considéré comme un véritable « amoureux de la lumière » et, à ce titre,intéresse les Franc-Maçons, que l’on partage ou non sa vision spirituelle. De son élève Pic de la Mirandole à Giordano Bruno, de Botticelli à Balthassar Castiglione, l’influence sans précédent de ses travaux qui reposent sur une haine de l’obscurité et une passion de la lumière (frisant parfois le paganisme !) en font l’une des plus importante figures du Quattrocento. Mais : « Quid sit lumen ? », qu’elle est donc l’essence de cette lumière ? La lumière, elle même, répond : « Moi, je suis esprit, je suis splendeur spirituelle. Et puisque c’est justement mon rôle que tu me demandes, c’est avec grand plaisir que je l’expose : la lumière est une émanation en quelque sorte spirituelle, soudaine et très étendue des corps dont elle n’altère pas la nature » (Quid sit lumen. Page 19). Pour Ficin, elle est l’émanation de la quantité, de la figure et du mouvement pour tous les corps. Vision aristotélicienne qui évoluera vers une direction platonicienne au fil du temps. Ficin, naturellement, va ramener la lumière à l’existence de Dieu, mais en se posant la question : si par hasard, la lumière est Dieu lui-même, puisque rien n’est plus obscur et plus lumineux à la fois, c’est que Dieu existe et qu’il est souverainement puissant, sage et bon ; mais rien n’est plus obscur que ce qu’est Dieu dans sa définition même. Ficin va interroger alors son intellect qui répond que Dieu est le père des lumières, chez qui n’existent ni changement qui l’éteindrait ou le ruinerait, ni ombre de variation qui le plongerait dans la nuit ou l’éclipserait. Dieu serait lumière « dans laquelle aucune ténèbre n’existe » (Saint Jean. Epitre, 1, 5). Dieu serait une lumière invisible, cause de chaque vérité et de toutes choses et perçoit ainsi clairement et véritablement chaque chose par soi.

Cependant, l’intellect nous avertit de ne pas nous élever soudainement vers cette contemplation, mais de monter par degrés pour n’être pas éblouis et le moins possible aveuglés par l’éclat de la lumière. Mais, l’intellect, dont l’objet est de chercher la lumière intelligible, la trouve partout en tout ce qui peut-être trouvé, car la lumière de chaque être est en même temps sa vérité. Ainsi, la vérité est lumière intérieure et la lumière une vérité se déployant au-dehors (). La raison possède, en fait, deux lumières : une lumière rationnelle et une raison lumineuse qu’il convient de trouver dans la lumière de toute raison qui est elle-même souveraine vérité, certitude et clarté. Dès lors, la lumière en Dieu devient le « Rire du ciel », selon la formule de Ficin, car « Quand les divinités sont joyeuses, les corps célestes, qui sont comme leurs yeux, rient et sont transportés de joie en resplendissant et en se mouvant ». Selon les Pythagoriciens, c’est au son du chant des joyeuses divinités que les sphères mènent les chœurs astraux qui produisent ainsi une merveilleuse harmonie en des mouvements très ordonnés et variés (), et en émanant de la joie des divinités, le rire du ciel, c’est à dire la lumière, réchauffe et transfigure toutes créatures. Voilà pourquoi tous les êtres vivants désirent le plaisir, parce qu’ils sont engendrés non seulement dans le plaisir terrestre, mais aussi par la joie céleste. Cette idée du plaisir (« Voluptas ») est propre au platonisme de Ficin : l’amour s’achève en plaisir parce qu’il est le dernier mouvement par lequel le lien qui nous relie à Dieu « revient à son auteur et l’unit à son oeuvre ». Point de départ de la génération pour les créatures, le plaisir doit-être dans le créateur lui-même la source de la génération. Dieu, créateur, ne peut se passer de ses créatures. Ficin pense qu’il en est même prisonnier !

Lumière printanière sur la sagesse maçonnique dévoilant les richesses de l’infolettre

Il convient de remarquer aussi que la lumière est autre chose que la chaleur : la chaleur du feu pénètre souvent là où ne passe pas l’éclat de la lumière, qui s’étend lui-même beaucoup plus vite et beaucoup plus loin que la chaleur. Il faut que chacun de nous prenne conscience que la chaleur existe par la lumière. Pour Ficin, cela veut dire que la chaleur affective humaine est obligatoirement éclairée par la connaissance lumineuse qui vient du Principe. La lumière est donc, en quelque sorte, plus spirituelle que corporelle. Dès lors, les âmes humaines sont les étincelles de la lumière infuse en eux, et le corps étant très différent de l’âme, la recouvre, comme lors d’une éclipse quand la lune entre en conjonction avec le soleil.

L’esprit se réjouit de sa propre clarté et de celle du soleil ; l’âme, de la clarté de l’esprit et de l’intellect. Mais l’intellect est une lumière en soi totalement invisible en raison de sa subtilité et de son extrême abondance. Ficin écrit () : « Cette angélique et divine lumière aboutit alors sous la raisons dans les intelligences des hommes, mais reste supérieure à la fantaisie… Dans tous les intellects, la lumière est une vie exubérante, une vérité claire et certaine, une joie pleine » (Quid sit lumen. Page 35). En finalité, la lumière (Lumen) est l’ombre de Dieu, un signe divin (Numen), renvoyant l’image de Dieu dans ce temple qu’est le monde. De là sont nées la cause, la conservation et l’animation de toutes choses : « C’est par conséquent vers la vie, la vérité et la joie d’où elle est descendue que la lumière a exhaussé tous les êtres. En son absence tout semble mourir, mais en sa présence tout semble revivre » (Quid sit lumen. Pages 37 et 38). Pour Ficin, le Principe est un, en toutes choses et au-dessus de toutes choses. La lumière est une, en toutes choses et autour de toutes choses. Dans les créations de Dieu, la lumière est une certaine splendeur de la divine clarté. Ce qui est la définition néoplatonicienne de la beauté, et Ficin opère ainsi la double déduction de la Beauté et de l’Amour. Lux, Lumen, Splendor,, Claritas, tous les degrés d’illumination descendent de Dieu jusque dans la matière, engendrant, comme par irradiation, l’articulation de l’être même. La lumière est le lien et la structure de l’univers lui-même, « Lumen est vinculum universi ». Ce qu’on appelle « partout » n’est rien d’autre que la nature même des choses qui est Dieu, Père des Lumières dans la luminologie ficinienne qui est la théorie d’un homme qui se délivre de la mélancolie et de l’inquiétude. La lumière devient un espace ouvert aux circulations symboliques et aux incessantes métamorphoses des formes du désir : « Réjouissons-nous de la lumière sans laquelle nous ne pouvons jouir ni de nous ni de rien » (Ravissement de Paul au troisième ciel). Ficin arrive dès lors, dans la plénitude du « Nichts », du rien, de Maître Eckhart et des rhénans.

IV- EN MATIERE DE CONCLUSION

« Ô par trop admirable intelligence de l’Architecte céleste ! Ô sagesse éternelle sortie de la seule tête du souverain Jupiter ! Ô vérité et bonté infinie des choses ! Ô reine unique du monde tout entier ! Ô lumière véridique et bienveillance de l’intelligence ! Ô ardeur salutaire de la volonté ! Ô incendie bienfaiteur de notre coeur ! Illumine-nous, nous t’en prions, illumine et enflamme-nous au point que nous brûlions entièrement de l’amour de ta lumière, c’est-à-dire de ta vérité et de ta sagesse. Cela seul, ô Dieu tout-puissant, cela seul est connaître Dieu très véritablement, cela est vivre avec Dieu très joyeusement »

 Marsile Ficin (Lettre à Giovanni Cavalcanti)

Si besoin en était, cet extrait d’une correspondance de Ficin à son unique ami Giovanni Cavalcanti résume sa pensée et nous ouvre les portes d’une réflexion maçonnique, au-delà d’une idéologie religieuse sous-jacente. Nous dégagerons quelques points essentiels qui nous concernent :

– La Renaissance, placée au centre de l’idéal humaniste, est une véritable résurrection de la place de l’homme au centre

 du cosmos comme le prônait la philosophie antique qui avait relégué les dieux à des rôles utilitaires ou à la

 représentation symbolique des forces de la nature. En idéalisant et privilégiant l’Antiquité, Ficin fait repasser la

 philosophie avant la théologie ou la pensée magique ; ou du moins la met à égalité, ou concurrence,

qui avec la théologie. Spectaculaire révolution face à une Eglise qui se voulait détentrice de la vérité. Au point qu’aujourd’hui, dans le cursus des études de théologie, il serait impossible de ne pas y incorporer la philosophie.

 NOTES

– (1) Priouret Roger : La Franc-Maçonnerie sous les lys. Editions Maison de Vic. 2010.

– (2) Leibacher-Ouvrard Lise : Libertinage et utopies sous le règne de Louis XIV. Genève-Paris. Librairie Droz. 1989.

– (3) Panofsky Erwin : La Renaissance et ses avant-courriers dans l’art d’Occident. Paris. Editions Flammarion. 1976. (Page 186).

– () Ceci est la définition de la lumière naturelle chez Saint-Augustin (De Magisto, XIII, 40) et chez Thomas d’Aquin (Somma theologica).

– () Chez les Pythagoriciens, la théorie veut que la vitesse et le déplacement des sphères, en fonction du Nombre qui régit toutes choses, engendrent une harmonie sonore, une « Musica mundana », une « Harmonie des sphères ». Ficin consacrera beaucoup d’importance à cette théorie, en particulier dans les fondements de sa médecine astrologique.

– Ficin Marcile : Quid

 BIBLIOGRAPHIE

– Cassirer Ernst : Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance. Paris. Editions de Minuit. 1983.

– Chastel André : Marsile Ficin et l’art. Genève. Editions Droz. 1954.

– Dagron Tristan : Marsile Ficin et les mystères platoniciens in « Les cahiers de l’humanisme ». Paris. Editions Les Belles Lettres. 2002.

– De Lagarde Georges : La naissance de l’esprit laïque. Au déclin du Moyen-Age. Tome II : Marsile de Padoue ou le premier théoricien de l’État Laïque. Paris. PUF. 1948.

– Ficin Marsile : Oeuvres. Ivry-sur-Seine. Editions Phénix. 1999.

– Ficin Marsile : Théologie Platonicienne de l’immortalité des âmes. Paris. Editions Les Belles Lettres. 1964.

– Ficin Marsile : Commentaire sur le Banquet de Platon. Paris. Editions Les Belles Lettres. 1956.

– Ficin Marsile : Les trois livres de la vie. Paris. Editions Fayard. 2000.

– Ficin Marsile : De Lumine. Paris. Editions Albin Michel. 1981.

– Ficin Marsile : Quid sit Lumen. Paris. Editions Allia. 1998.

– Ficin Marsile : De la fureur divine. Dialogue théologique entre l’âme et Dieu. Chambéry. Editions Comp’act. 2003.

– Ficin Marsile : Choix de lettres. Chambéry. Editions Comp’act. 2004.

– Ficin Marsile : Métaphysique de la lumière. Chambéry. Editions l’Act Mem. 2008.

– Garin Eugenio : Moyen Age et Renaissance. Paris. Editions Gallimard. 1969.

– Marcel Raymond : Marsile Ficin (1433-1499). Paris. Editions Les Belles Lettres. 1958.

– Ouvrage collectif : Marsile Ficin. Figures du platonisme à la Renaissance. Paris. Editions Vrin. 2001.

– Platon : Oeuvres complètes. Paris. Editions Flammarion. 2011.

– Plotin : Les Ennéades. Paris. Editions Hachette. 1857.

– Plumb J. H. : Splendeurs de la Renaissance. Paris. Editions Hachette. 1961.

– Toussaint Serge : Humanismes, anti-humanismes. De Ficin à Heiddeger. Tome I. Paris. Editions Les Belles Lettres. 2008.

– Walker Daniel Pickering : La magie spirituelle et angélique de Ficin à Campanella. Paris. Editions Albin Michel. 1988.  – Walker Daniel Pickering : La magie spirituelle et angélique de Ficin à Campanella. Paris. Editions Albin Michel. 1988.

Décision de la Cour de Rome : Leo Taroni est le nouveau Grand Maître du Grand Orient d’Italie

De notre confrère italien agenparl.eu – Par Redazione

Leo Taroni est le nouveau Grand Maître du Grand Orient d’Italie : La décision de la Cour de Rome

En vertu du récent arrêt de la Cour de Rome, Leo Taroni a été reconnu comme le nouveau Grand Maître du Grand Orient d’Italie (GOI). La décision de justice intervient à un moment de grande tourmente pour l’institution maçonnique italienne historique, mettant fin à une controverse interne qui a déclenché un débat houleux parmi les membres et attiré l’attention du public.

La décision du tribunal

Le Tribunal de Rome a rendu une ordonnance qui a eu pour effet de suspendre la précédente proclamation d’Antonio Seminario comme Grand Maître et la nomination de son Conseil. Aux termes des conclusions de la Cour, des irrégularités sont apparues dans les critères électoraux adoptés par la Commission électorale nationale (CEN) et dans les procédures de gestion des votes.

La décision judiciaire a établi que l’interprétation des dispositions internes, notamment en ce qui concerne la validité du vote, n’était pas conforme aux règles fondatrices et constitutionnelles de l’État italien. Cette décision a conduit à la reconnaissance de Leo Taroni comme Grand Maître légitime, considérant que son élection résulte de l’application des principes de légalité qui régissent l’ordre juridique italien. La décision du Tribunal de Rome souligne également l’importance du strict respect des règles et statuts de l’association pour garantir la transparence et l’intégrité de sa direction.

Les questions liées au vote et à la validité de la procédure électorale

L’un des aspects centraux de l’arrêt concerne la validité des suffrages exprimés, notamment le traitement des autocollants antifraude apposés sur les bulletins de vote. La Cour a estimé que le fait de ne pas retirer ces autocollants ne constitue pas, tel qu’interprété à tort, un motif d’invalidation du vote. En effet, la responsabilité de la suppression de l’étiquette antifraude n’incombe pas aux électeurs, mais au bureau électoral qui gère la collecte et la vérification des bulletins de vote.

Cette interprétation, soutenue par le principe de faveur qui doit bénéficier à l’expression des suffrages, donne la priorité à la volonté exprimée par les électeurs, évitant ainsi que des irrégularités dans la gestion des opérations de vote ne compromettent le résultat final.

Avec Leo Taroni officiellement reconnu comme nouveau Grand Maître, le Grand Orient d’Italie entre dans une nouvelle phase de consolidation. Son leadership représente une promesse de transparence et de renouveau, dans le respect des traditions maçonniques et de la légalité. La décision du Tribunal de Rome marque un moment crucial pour l’institution, qui s’apprête désormais à s’aligner à nouveau sur ses valeurs fondatrices, en poursuivant son œuvre au profit de la communauté maçonnique et de la société italienne.

La nomination de Leo Taroni comme Grand Maître, à la suite de la rectification par la Cour de Rome, marque la fin d’une période d’incertitude pour le Grand Orient d’Italie. L’Obédience, sous la direction de Taroni, a désormais l’occasion de démontrer son engagement en faveur de la légalité et de la transparence, renforçant ainsi la confiance de ses membres et de la société dans la valeur et l’intégrité de l’institution qu’elle représente.

Présent ne signifie-t-il pas aussi cadeau ?

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Même si, encore sous l’emprise de sourdes superstitions héritées de deux guerres mondiales et des mouvements convulsifs de la décolonisation, nous hésitions à croire à la fin de l’Histoire qu’au début des années 1990, nous promettait Francis Fukuyama[1], pour qui l’effondrement des pays socialistes d’obédience soviétique, s’il provoquait momentanément des troubles, n’en assurerait pas moins, de proche en proche et de manière définitive, la suprématie des démocraties libérales, nous n’imaginions pas que, dans une « économie globale » – les intérêts imbriqués encourageant à la raison et à la paix, comme autant de gages de futures béatitudes… –, des États de première importance, mondiale ou régionale, ouvriraient, à nos frontières, des crises et des conflits susceptibles de dégénérer à tout instant, l’hubris[2] de la puissance nourrissant l’élévation radicale et explosive de multiples irrationalités et tout cela, comme de tout temps, à la façon des tragédies grecques !

Pour autant, ce n’est pas qu’à la périphérie de l’Occident que l’on se met à danser sur des poudrières : dans nos pays également, des fractions de plus en plus nombreuses de nos concitoyens – qui n’étaient naguère encore que des factions – aspirent à se réfugier sous le bouclier de régimes autoritaires, tandis qu’elles menacent de pourfendre par le glaive tous ceux qui, défendant à hauts cris les minorités les plus diverses, n’en veulent pas moins dicter à tous leurs conditions. Submergeant, par ailleurs, l’appauvrissante banalité de nos consommations usuelles souffle ainsi, de toutes parts, un vent d’hystérie où chacun n’écoute plus que les discours allant dans son sens – la violence et la vulgarité de ses propres partisans paraissant paradoxalement rassurantes, en la circonstance[3]. Qui croit, désormais, aux vertus des débats argumentés, aux principes des majorités éclairées cherchant à concilier aussi les intérêts des adversaires s’étant loyalement battus pour leurs convictions et leurs programmes ?

Arrêtons-nous, un instant, sur cette notion d’adversaires qui désigne littéralement ceux qui sont tournés les uns vers les autres voire les uns contre les autres, comme les « versants opposés[4] » d’une vallée où serpenterait un cours d’eau républicain : si jamais il existait une démocratie digne de ce nom dont les citoyens fussent pleinement conscients de l’inévitable pluralité des opinions – du reste, avouons-le, assez souvent versatiles – et pussent, par conséquent, assumer, sans trouble persistant de l’humeur, le règlement raisonnable de leurs différences sinon de leurs différends, nous  célèbrerions avec enthousiasme la beauté de tels adversaires, appelés dès l’origine à se connaître et à se respecter. « En revanche », si l’on peut dire, quand ils enveniment leurs discordes, d’autres périls les guettent et, par un funeste glissement, c’est justement… l’adversité, c’est-à-dire une hostilité engendrant le malheur, ces maudits « sorts contraires » dont l’Histoire regorge. Plus on s’écarte des régulations consenties et réversibles, plus les coopérations possibles se volatilisent, plus s’évanouissent les perspectives de coexistence durable. Bientôt s’alourdit un climat de dictature ou se répandent des ferments de guerre civile. Prenons garde à ces dérives ! Est-ce bien ce que nous voulons ? Oui, la démocratie est un idéal et, en cela, une utopie[5], c’est-à-dire un lieu parfait mais inexistant qui vaut par la direction qu’il donne et par l’ardente modération qu’il réclame, car, au souvenir des périodes où certains prétendirent en réaliser intégralement les conceptions les plus fastueuses, ce fut, soit à toute petite échelle, soit dans le triomphe d’immenses carnages…

En toute hypothèse, il semble se confirmer chaque jour davantage que le seul calme que l’on veuille, désormais, rechercher ne doive plus s’imposer que par la contrainte et la brutalité[6], les procès en sorcellerie déferlant déjà, d’un côté comme de l’autre, sur ceux qui, dans le fracas des idéologies, ne renoncent pas pour autant à ériger le contraste et la nuance en prismes transversaux et précis de toute vérité humaine, dévoilant ainsi le monde dans ses clartés et ses ombres, dans l’alternance indéfinie du pavé mosaïque… Sous les règnes respectifs de leurs couleurs crues – à tous les sens du terme –, une seule chose réunit les frères ennemis : celui qui doute est un traître.

Aussi bien, nous autres, francs-maçons qui, après avoir révéré la mémoire de tant de victimes de crimes et d’injustices, entonnons, malgré tout, dans nos temples, des hymnes d’espérance, nous pouvons paraître aujourd’hui d’un autre temps. Certains, d’un bord extrême comme de l’autre, tout en s’exaspérant mutuellement, se liguent pour faire croire que nous sommes largement dépassés (nous remâcherions des références de longue date périmées), alors que – et c’est une certitude – le temps viendra où se révèlera, par la force des choses, combien nous sommes des hommes et des femmes d’avenir. Certes, même si nous passons envers et contre tout pour d’incorrigibles optimistes, nous n’avons jamais été les messagers de la fin de l’Histoire car, en initiés, c’est-à-dire en adeptes fidèles d’un éternel début, nous savons bien que l’humanité connaît des vicissitudes : nous avons traversé les âges avec elle ; nous mesurons, chaque fois, en effet, que son rétablissement a un prix et, qu’au bout du compte, ce prix ne peut se payer à son tour qu’en humanité – c’est-à-dire en emportant dans son sillage les fragilités inhérentes à sa nature… qui continuent donc d’appeler à l’effort et à la vigilance !

Alors, sur les décombres de toutes sortes d’illusions ravageuses (dans la mesure où celles-ci se seront donné libre cours), avec d’autres esprits de bonne volonté, il nous faudra bien, en commun, reconstruire une fois encore le présent, en en cultivant attentivement non seulement une image mais plus encore une réalité fraternelles. Pourquoi tant de nos semblables qui, au fond de leur conscience ou dans le secret de leur cœur, ne sauraient l’ignorer, s’obstinent-ils à rejeter le sens profond que la langue a donné aux mots ? Ce n’est jamais un hasard quand il arrive que le vocabulaire de tous les jours contienne sa propre dimension spirituelle. Par de sobres sortilèges, il nous incite alors à méditer sur la voie que nous devrions suivre. En l’occurrence, dans ses racines consanguines, le présent conjure la haine et la guerre : avec une transparence confondante où une réjouissante innocence le dispute à une haute sagesse, présent ne signifie-t-il pas aussi cadeau ?


[1] Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man. New York : The Free Press, 1992, 446 p. ; trad. française Denis-Armand Canal, La Fin de l’histoire et le dernier homme. Nouvelle éd. précédée d’un entretien avec Hubert Védrine. Paris : Flammarion (coll. : Champs Essai), 2018, 656 p. Une grande polémique s’ensuivit et l’on peut lire en français, à ce sujet : Susan George, « Comment la pensée devint unique », Le Monde diplomatique, août 1996, pp. 16-17, où apparaît notamment de quelle façon quatre bénéficiaires du fonds Olin eurent tôt fait de lancer un vaste débat dans les pages du New York Times, du Washington Post et de Time.

[2] Du grec ancien ὕβρις, húbris (« excès »), l’hubris, que l’on traduit aussi par « démesure », désigne une outrance dans le comportement inspirée par l’orgueil, qu’il s’agisse d’une violence ou d’une arrogance qui transgressaient, dans l’Antiquité grecque, la condition des mortels, leur méritant, à ce titre, une terrible punition des Dieux. Et c’est en raison de ce rappel mythologique et de sa portée singulière que la notion est le plus souvent reprise telle quelle, le mot s’écrivant aussi hybris ou ubris.

[3] Cet édito a été rédigé à l’approche du 1er novembre 2024, soit quelques jours avant le scrutin présidentiel décisif qui doit se tenir aux États-Unis, le 5 novembre, un jour seulement avant celui de Tunisie qui se déroule dans un fiévreux contexte de répression et de verrouillage politiques et quelques jours après les élections législatives de Géorgie qui ont eu lieu le 26 octobre 2024, avec des soupçons de fraudes massives de la part de la majorité pro-russe qui s’efforce de conserver le pouvoir coûte que coûte. Modeste consolation, en Moldavie, avec le succès limité du référendum du 20 octobre, concernant l’inscription dans la constitution de l’objectif d’adhésion du pays à l’Union européenne, où le « oui » l’a emporté à une courte majorité avec 50,38 % des suffrages, sur fond d’accusations d’ingérences et d’achats de vote visant également la Russie, cette consultation ayant été organisée en même temps que le premier tour de l’élection présidentielle, demeurant donc pendante jusqu’à son second tour, le 3 novembre…

[4] Adversaire dérive du latin advertō, is, ere : « tourner vers ou contre », tandis que versant, dont l’image renvoie ici aux surfaces inclinées du relief, provient du latin versare, fréquentatif de vertere, qui prend ainsi le sens de « tourner souvent » et, au figuré, de « tourner et retourner ».

[5] Utopie est la francisation du latin utopia, mot forgé, en 1516, par Thomas More, à partir du grec ancien, en jouant sur la translittération du préfixe « u- » qui peut s’entendre comme équivalent de εὖ eu- (« bon ») tout comme de οὐ ou- (négation du radical qui suit). Ainsi, construit avec τόπος, tópos (« lieu »), l’utopie désigne, à la fois, un lieu « idéal » et un lieu « inexistant »… qui, dans sa perfection, ne se trouve donc nulle part.  Le célèbre humaniste anglais, en donnant ce nom à une île et en en faisant le titre éponyme de son ouvrage initialement paru en latin, utilise cet artifice littéraire aussi bien pour décrire les vices de la société de son temps que pour inciter son lecteur à transformer l’ordre des choses.

[6] Je ne saurais exclure qu’une actualité, de toutes parts, pour le moins préoccupante n’ait provoqué le « présent » morceau de bravoure. Puisse le lecteur m’en excuser !

La plus puissante des sorcières roms fonde une école de sorcellerie

Dans les collines brumeuses de Roumanie, une nouvelle ère de la sorcellerie émerge, mêlant traditions séculaires et technologies modernes. À la tête de ce mouvement, Mihaela Minca, autoproclamée sorcière la plus puissante du pays, dirige une entreprise familiale qui redéfinit les contours de cet art ancestral.

Pour Mihaela, la sorcellerie n’est pas un simple métier, mais une vocation qui coule dans ses veines. Héritière d’une lignée de sorcières remontant à plusieurs générations, elle perpétue cette tradition avec ses filles Cassandra et Anna, ainsi que sa belle-fille Larissa.

Leur offre est aussi variée qu’intrigante : des charmes d’amour aux malédictions, en passant par des rituels de protection.

Pentacle avec pierres magiques
Pentacle avec pierres magiques

Ce qui distingue leur pratique, c’est leur capacité à toucher une clientèle mondiale grâce à Internet. Les demandes affluent des quatre coins du globe, témoignant d’un intérêt croissant pour ces pratiques ésotériques. Au sein de leur communauté rom, cette famille incarne une forme unique de pouvoir féminin. Dans une culture traditionnellement dominée par les hommes, ces femmes s’imposent comme des figures d’autorité et d’indépendance économique.

Leur succès soulève des questions fascinantes sur la place de la spiritualité et du mysticisme dans notre société moderne. Comment ces pratiques ancestrales s’adaptent-elles à l’ère numérique ? Quel est l’attrait de la sorcellerie pour une clientèle internationale souvent éloignée de ces traditions ? L’histoire de Mihaela Minca et de sa famille illustre parfaitement la rencontre entre l’ancien et le moderne, le local et le global.

Elle nous rappelle que, même à l’ère de la technologie, le besoin de magie et de mystère reste profondément ancré dans l’âme humaine.

Ikigai et Franc-maçonnerie : Une quête commune de sens et d’accomplissement

L’ikigai, le secret japonais de la joie de vivre : Et si la clé d’une vie épanouie résidait dans une simple question : qu’est-ce qui me donne envie de me lever chaque matin ? Ce concept japonais, appelé ikigai (生き甲斐), est une philosophie de vie ancrée dans la culture d’Okinawa, une région connue pour la longévité exceptionnelle de ses habitants. Composé de « iki » (vie) et « gai » (valeur), l’ikigai se traduit par une raison d’être ou une mission personnelle qui nourrit l’enthousiasme et la motivation.

Famille heureuse dans la cuisine à table
Famille heureuse dans la cuisine à table

Pour les Japonais, l’ikigai se trouve souvent dans le travail, les relations familiales, les contributions sociales, ou dans le développement personnel. Ce qui compte, c’est que chaque individu y découvre une source de satisfaction durable et sincère, donnant ainsi un sens aux petites choses du quotidien. Dan Buettner, auteur spécialisé dans les zones où la longévité est exceptionnelle, pense que l’ikigai pourrait expliquer pourquoi Okinawa compte tant de centenaires. Loin d’une simple quête de succès ou de richesse, l’ikigai est davantage une philosophie de vie basée sur l’harmonie, l’accomplissement personnel et la connexion avec les autres.

Dans une société en quête de sens, l’ikigai invite chacun à redécouvrir ce qui fait vibrer son cœur, pour donner une dimension nouvelle à son quotidien.

Femme d'âge mûr souriante
Femme d’âge mûr souriante

L’ikigai, cette notion japonaise de raison d’être, et les principes de la Franc-maçonnerie, se rejoignent sur un point fondamental : la recherche d’un sens profond à la vie et d’un chemin d’accomplissement personnel. L’ikigai, littéralement « ce qui vaut la peine de vivre », pousse chacun à découvrir ce qui nourrit sa joie de vivre et motive à se lever chaque jour. De la même manière, la Franc-maçonnerie, organisation spirituelle et philosophique née en Occident, prône une quête de connaissance de soi et de développement personnel, visant à faire émerger chez chacun son meilleur potentiel.

pierre brute,outils apprenti,ciseau,maillet
pierre brute avec maillet et ciseau

Dans les deux cas, il est question d’un engagement personnel, d’un idéal à cultiver. L’ikigai permet aux Japonais de connecter leurs talents, leur passion, leur métier et leur contribution à la société, constituant un équilibre dynamique entre ce qu’ils aiment, ce en quoi ils sont doués, et ce qui les rend utiles. Les Francs-maçons, quant à eux, utilisent le symbolisme pour se « tailler la pierre brute » : ils cherchent à éliminer les imperfections de leur caractère et à se perfectionner en tant qu’individu au service de la société.

Cette quête de perfection et d’harmonie avec soi-même et le monde extérieur est centrale dans les deux approches. L’un comme l’autre sont basés sur un cheminement progressif : l’ikigai se développe au fil des expériences et de l’introspection, tandis que la Franc-maçonnerie offre des degrés d’initiation où chaque symbole, chaque rituel vise à favoriser une compréhension plus profonde de l’existence. De même, les deux concepts valorisent l’idée de fraternité et de service. Chez les Francs-maçons, cette fraternité s’exprime dans la solidarité entre les membres et un engagement pour le bien-être collectif. L’ikigai, quant à lui, se concrétise souvent dans des activités qui bénéficient à la communauté, renforçant les liens et donnant du sens à la vie sociale.

Ainsi, ikigai et Franc-maçonnerie se rejoignent dans une vision partagée de l’épanouissement personnel, non pas comme un but égoïste, mais comme un parcours destiné à servir une mission plus vaste : un équilibre entre soi et le monde, permettant à chacun d’évoluer pour le bien de tous.

Les épées : origine, histoire, et symbolisme (Par Ludovic Richer – Arcana)

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Nous remontons aux premiers temps de la forge, à l’époque des peuples des steppes et de l’Anatolie, pour découvrir comment l’épée est née et a évolué jusqu’à nos jours. Nous présenterons l’évolution de ces armes de mort et de prestige durant l’âge du bronze et l’Antiquité avec de nombreux exemples.

épée maçonnique symbole franc maçon avec fourreau
épée maçonnique avec fourreau

Des magnifiques épées celtes et germaniques aux Xiphos grecs, en passant par les Glaives romains et les Spatha romaines, sans oublier les épées exotiques de l’Inde. Nous jetons également un regard sur l’Asie, mettant en lumière la Jian chinoise et la Tsurugi japonaises.

Le voyage continue en Europe avec les épées médiévales, avec les épées carolingiennes et l’énigmatique Ulfberht viking.

pommeau d'épée maçonnique sur fond blanc
pommeau d’épée maçonnique sur fond blanc

Nous suivrons la phase de christianisation de l’épée durant l’âge des croisades, avant d’entrer dans les temps modernes et l’avènement de la rapière, marquant le déclin progressif des épées au profit des armes à feu. Pour conclure cette première partie, nous aborderons les épées de cour, les épées maçonniques et les épées d’escrime, pour une immersion complète dans l’histoire des armes blanches.

Dans la deuxième partie : Nous explorons les symboliques associées aux épées. Ainsi, découvrez comment l’épée devint le symbole de l’honneur, de la bravoure, de la royauté et des vertus chevaleresques à travers les âges. L’épée porte néanmoins des symboles plus complexes, tels que le mythe de la séparation, que nous présenterons en examinant l’exemple de l’épée de Fudo Myoo en Asie et du mythe de Roland en Europe.

La cérémonie d’initiation à la franc-maçonnerie : on pose solennellement au candidat des questions rituelles, en dirigeant les pointes des épées vers sa poitrine nue. Gravure des années 1740

Nous aborderons également les mythes de Damoclès et Salomon pour illustrer la question de la justice et du pouvoir protecteur et destructeur des épées. Enfin, nous explorerons les symboles et usages des épées dans le cadre des superstitions et des pratiques de magie cérémonielle.

épée flamboyante
épée flamboyante

Au cours du voyage, nous présenterons plusieurs exemples d’épées célèbres, historiques ou légendaires, telles que les célèbres Excalibur, Hrunting, Balmung, Kusanagi-no-Tsurugi, Joyeuses, Fierbois, ou encore Tizona.

Cette émission est un voyage dans l’histoire et la symbolique des épées, vous invitant à plonger dans l’univers complexe de cette arme iconique.

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📚 Plan de la vidéo : Introduction « 00:00​ » Générique : « 00:22 » Les mille visages de l’épée : « 00:46 » 1 – Histoire des épées : « 02:19 » 2 – Symbolisme de l’épée : « 17:29 » Conclusion : « 28:06« 

Introduction à l’étude des symboles

Le symbole maçonnique

Tout le monde connaît l’étymologie du mot symbole qui, à l’origine désigne un objet coupé en deux selon une ligne sinueuse. La réunion des deux moitiés de l’objet permettant à deux personnes en détenant chacune une moitié de se reconnaître.

Tel n’est pas le sens que nous donnons en Franc-maçonnerie au mot symbole. Pour nous, maçons le symbole est bien plus qu’un signe de reconnaissance.

Alec Mellor

A ce propos Alec Mellor dans son Dictionnaire de la Franc-maçonnerie et des Francs-maçons se réfère au frère Gœthe (1749 – 1832) « La symbolique transforme les phénomènes visibles en une idée et l’idée en image, mais de telle-façon que l’idée continue à agir dans l’image et reste cependant inaccessible ; et même si elle est exprimée en toutes les langues, elle demeure inexprimable »

Johann Wolfgan Von-Goethe

Cette citation de Gœthe concerne la symbolique et non le symbole lui-même. Cependant, retenons de la citation de Gœthe que l’idée qui agit à travers l’image d’un symbole reste inexprimable.

Histoire naturelle du symbole.

Comme il est écrit dans certains rituels d’initiation au grade d’apprenti : « Monsieur (ou Madame) ici tout est symbole. » Tout est symbole :  L’accoutrement des frères ou des sœurs ou des Frères et sœurs, leurs gestes, les positions qu’ils occupent, leurs paroles, l’ameublement et la décoration du local… Tout est symbole et ces symboles sont des choses perceptible aux sens : elles peuvent être vues, entendues, goûtées ou sentie soit par le toucher soit par l’odorat.

Nous en conclurons donc que le symbole est un objet -ou un évènement- du monde sensible. Le monde sensible étant défini comme l’ensemble des choses perceptibles aux sens.

Il faut relever ici quelques éléments :

1 A propos du monde sensible :

 Le concept de monde sensible ne recouvre pas celui de monde matériel. Ainsi, la voûte céleste qui est une illusion d’optique, n’est pas matérielle, mais, pouvant être vue, elle fait partie du monde sensible.

A l’inverse, les ondes hertziennes, bien qu’étant un phénomène matériel, ne sauraient faire partie du monde sensible, puisque les sens ne sauraient les percevoir. Il en est de-même des ultra-sons puisque nous ne pouvons les entendre.

2 A propos du symbole :

Tout peut être symbole. Ainsi, le triangle est une figure géométrique ; mais c’est aussi un symbole. De même le maillet est un outil, mais il est aussi un symbole, et le bruit produit en frappant une table ou autre chose avec un maillet est également un symbole.

 Cependant quand le maillet est utilisé par un artisan ou un commissaire-priseur ou même quand le président d’une réunion de profanes frappe du maillet pour imposer le silence, le bruit du maillet alors n’est pas symbole ; et on peut en dire autant du maillet lui-même.

Une question de perception et d’état de conscience.

En un mot le triangle devient un symbole quand il est considéré comme le signifiant, d’une « idée inexprimable » comme l’écrivait Gœthe, autrement dit d’un mystère.

Nous choisissons pour ce mot la définition du dictionnaire de Moyen-français du Centre national de recherches lexicales [1]: « Ce qui n’est pas directement explicable, qui reste secret, caractère inexpliqué de quelque chose. »

Autrement dit le symbole est un objet ou un fait qui permet à l’observateur d’accéder non à une idée mais à un monde d’idées ayant toutes entre elles un unique point commun : celui de pouvoir être évoquées directement ou indirectement soit par l’objet ou le fait symbole soit par l’idée de cet objet ou de ce fait.

triangle d'or maçonnique couvercle de montre
triangle doré portant des symboles maçonniques, couvercle de montre gousset

Par exemple quand nous écrivons « le triangle est symbole », Il s’agit du triangle accessible aux sens (dessiné ou peint ou…) mais aussi de l’objet géométrique que ce dessin représente imparfaitement. Or l’objet géométrique, comme nous le verrons par la suite est comme écrivait Euclide « un objet de l’esprit ». De même le maillet quand il est considéré comme un symbole n’est que la représentation matérielle du concept ou de l’archétype maillet.

Une question d’intégrité des sens.

« La lumière est un symbole qui évoque… » Elle évoque, à ceux qui savent pour l’avoir vue ce qu’est la lumière, parce que pour ceux qui ne l’ont jamais vue la lumière ne peut rien évoquer.

J’ai tenu un jour ce propos en loge. Cela souleva immédiatement l’indignation de tous et un frère qui a perdu la vue prit ma défense.

Il expliqua qu’il faisait partie d’associations de « mal voyants » et connaissait de nombreux aveugles de naissance. Je le cite : « pour eux, le mot jaune évoque le goût du citron ou celui du jaune d’œuf, la lumière, tout ce qu’ils en savent, c’est que ce mot désigne quelque chose dont ils n’ont pas l’expérience. Mes frères, quand vous dites que la lumière est un symbole, vous vous trompez ! Ce n’est pas la lumière qui est un symbole c’est l’expérience de la lumière. Si vous dites à un aveugle de naissance que vous allez lui « donner la lumière » il ne peut pas imaginer ce que vous allez lui donner, tout comme une personne qui n’aurait jamais eu le sens du goût ne pourrait comprendre la coupe d’amertume puisque le sucré comme l’amer lui seraient insipides et que ces mots même seraient, pour lui, dénués de sens. »

Pourtant le symbole est une chose simple

psychothérapie maçonnique

Le maçon qui perçoit un symbole ne se pose pas ces questions. Il perçoit le symbole et le symbole projette dans son esprit une partie des idées qui composent le nombre indéfini de sens qui sont les siens.

Cependant ces « idées » ne sont pas formulées en phrases, elles sont perçues mais non comprises ! C’est simple, naturel et inexplicable ce qui faisait écrire à Henri Corbin dans « l’Orient des pèlerins abrahamiques » [2] :

Le Secret des Francs-Maçons, jeu à la découverte des symboles maçonniques
Le Secret des Francs-Maçons, jeu à la découverte des symboles maçonniques

« Les symboles ont la vertu d’être inépuisables et la diversité de leur interprétation n ‘implique point contradiction. On ne saurait les réfuter ni les discuter comme on discute une démonstration logique.

On les déchiffre ou on ne les déchiffre pas, et ce déchiffrage n’est jamais achevé.

L ‘erreur historique serait de croire qu’on en terminerait en découvrant ce que les premiers rédacteurs avaient en tête, alors que par essence, la portée d’un symbole dépasse dès l’origine les intentions ou prévisions de celui qui les configura »

Pour l’initié qui est « entré dans le symbolisme », c’est clair, évident. Pour celui à qui cet espace est resté fermé, c’est incompréhensible.

Le symbole : des sens précis

Symbole-Coeur
Symbole-Coeur

Le « déchiffrage d’un symbole n ‘est jamais achevé. » En effet, le symbole a un nombre indéfini de sens, mais le terme « déchiffrage » ne convient pas : le symbole n’est pas chiffré et contrairement au chiffre, il ne cache rien au contraire il révèle.

Le symbole a une multitude de sens, mais ces sens, pour celui qui les explore sont semblables aux couches d’un oignon : tous les sens du triangle sont des objets de l’esprit qui, bien qu’étant sans forme, ont une parenté avec le triangle ; de-même tous les sens du maillet, bien que n’ayant pas de nature, sont de la nature idéale du maillet. Le symbole a un nombre indéfini de sens, mais l’homme ne peut pas lui donner n’importe quel sens !

Le symbole et le ciel

AFLP N°34 - Août 2024/Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
AFLP N°34 – Août 2024/Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

Bien malin qui pourrait dire si l’homme a projeté les symboles sur le ciel ou si inversement c’est le ciel qui a donné ses symboles à l’homme ? Trois étoiles forment évidemment un triangle, mais les anciens n’ont donné le nom de « triangle » qu’à une seule constellation. A l’inverse, quand on observe les étoiles à l’œil nu, on croit souvent voir des étoiles a cinq branches. Est-ce imagination ? Est-ce illusion d’optique ? En réalité nous le savons tous, ces étoiles, comme le soleil d’ailleurs sont des sphères… Cependant le fait est que, quand nous parlons d’un astre nous disons, nous pensons « étoile » … et le plus souvent étoile à cinq branches.

Système solaire autour du soleil
Système solaire autour du soleil, planètes de la galaxie, voie lactée

Cependant les planètes tracent au cours de leurs révolutions des figures dans le ciel et ces figures sont venues enrichir le sens de certains symboles.

Il existe donc un double mouvement : parfois l’homme projette un symbole ou un mythe sur la sphère céleste… Inversement les astres, par leur mouvements projettent des figures et des nombres symboliques dans l’esprit de celui qui les observe… Mais là encore, cette étude des Phénomènes[3] ne fait plus partie de la culture contemporaine.

Le symbole et le pythagorisme

L’antiquité ne connaît pas les nombres décimaux ! Et pour cause, n’en déplaise aux mathématiciens qui ont travaillé sur l’ensemble des nombres décimaux (noté D en mathématique) ; ces derniers ne sont rien d’autre qu’un artifice d’écriture facilitant le calcul littéral[4]. Voir le site web cité en note[5].

Les mathématiciens de l’antiquité ne s’intéressent qu’aux nombres entiers et à leur signification métaphysique. Pour eux, l’arithmétique et la géométrie sont bien plus intimement liées qu’on ne nous l’a enseigné… Quant à la maçonnerie et à ses rapports avec le pythagorisme, pour les mettre en évidence il suffit de rappeler que dans les anciens devoirs tantôt Pythagore[6], tantôt Euclide sont cités comme des fondateurs du métier de maçon ayant enseigner l’art de géométrie aux Égyptiens.

Qu’ils s’agissent des âges du maçon aux différents grades, du delta lumineux, de l’étoile flamboyante ou des divers polygones rencontrés dans les hauts grades, tout cela fait référence au pythagorisme… Mais pas seulement !

Cela dit, pour tous les symboles numériques ou géométriques, la référence pythagoricienne est fondamentale.


[1] Dictionnaire en ligne accessible à partir de la page : https://www.lexilogos.com/francais_dictionnaire.htm Nous avons choisi cette définition parce qu’elle ne se réfère pas aux religions.

[2] Texte paru dans Cahier de l’Université Saint Jean de Jérusalem N°4, Paris 1978 – Les pèlerins de l’Orient et les vagabonds de l’Occident – Éditions Berg international

[3] Œuvre de l’astronome grec Aratos de Soles 315 – 245 av J.C Disponible en version bilingue grec-français sur Google Books ()

[4] Le calcul en écrivant les nombres sur un papier appelé « littéral » par opposition au calcul à l’abaque ou au boulier.

[5] https://www.maths-et-tiques.fr/index.php/histoire-des-maths/nombres/les-decimaux

[6] Souvent appelé Peter Gover