L’un de mes premiers livres sur la Franc-Maçonnerie publié en France en 2000 s’intitulait « ABC de la spiritualité maçonnique ». Le chapitre 4 de ce livre portait sur « La Franc-Maçonnerie et la religion ». Je suis revenu sur ce sujet dans mon premier livre paru en anglais « secrets et pratiques des francs-maçons » dans un des chapitres auquel je reviendrai dans un instant.
En tant qu’ancien professeur de philosophie, ce sujet a toujours été essentiel. Avant de commencer, je voudrais souligner quelques points importants.
Religion – La Foi
Il faut garder à l’esprit que le mot « religion » est un mot générique qui englobe un très grand nombre d’interprétations. Le concept de religion s’est formé aux XVIe et XVIIe siècles même si des rituels liés à une dimension invisible ont été pratiqués dès l’aube de l’humanité.
Aujourd’hui, un certain nombre de disciplines étudient le phénomène religieux donnant naissance à diverses théories. En ce qui concerne son étymologie, nous devons également garder à l’esprit qu’elle a changé au fil du temps.
Cicéron, un homme si carré…
Depuis le XIIe siècle après J.-C., en vieux français, le mot « religion » signifie respect du sens du droit, obligation morale, sainteté, révérence envers les dieux. Mais il y a bien longtemps, Cicéron utilisait « relegère » pour nous inviter à « relire (legere) ».
Jules César utilisait le terme religiō pour signifier « obligation de serment » lorsqu’il évoquait les soldats capturés prêtant serment à leurs ravisseurs. Cicéron utilisait le terme religiō comme étant lié au cultum deorum (culte des dieux).
Les spécialistes ne parviennent pas à s’accorder sur une définition de la religion. Il existe cependant deux systèmes généraux de définition : le système sociologique et le système phénoménologique/philosophique.
Émile Durkheim
Aujourd’hui, je vous invite à réfléchir à la définition du sociologue Émile Durkheim (Les formes élémentaires de la vie religieuse). Il définit la religion comme un « système unifié de croyances et de pratiques relatives aux choses sacrées ». Par choses sacrées, il entend les choses « mises à part et interdites, croyances et pratiques qui unissent en une seule communauté morale appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».
Un objet sacré n’est pas seulement Dieu(x) mais peut être « un rocher, un arbre, une source, un caillou, un morceau de bois, une maison, en un mot, tout peut être sacré ». Les croyances religieuses, les mythes, les dogmes et les légendes sont les représentations qui expriment la nature de ces choses sacrées, ainsi que les vertus et les pouvoirs qui leur sont attribués.
En fait, on peut trouver d’autres définitions de la religion et notre discussion peut être différente. Dans le domaine spirituel aujourd’hui, et après les écrits de Mircea Eliade, il semble que cette définition sociologique prévale. Il en est de même dans la franc-maçonnerie.
Il est aussi intéressant de savoir que nous ne sommes pas les mieux placés pour voir nos contradictions. Nous avons besoin d’un regard extérieur pour comprendre différemment ce que nous disons et ce que nous faisons en tant que francs-maçons.
Car il faut garder à l’esprit ce que cela donne aujourd’hui à quelqu’un qui n’est pas franc-maçonet qui n’a pas pris le temps de replacer cette question religieuse dans son contexte. Encore une fois, que peut voir un non-maçon ?
La franc-maçonnerie prétend ne pas être une secte, une religion ou simplement une organisation religieuse.
Cependant, est-ce vraiment le cas ?
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment
La grande majorité des Grandes Loges du monde demandent une croyance en un « Être Suprême », demandent une foi en Dieu, utilisent un « livre sacré » et pour certains ce doit être la Bible, prient, utilisent les histoires de la Bible comme source principale de leurs enseignements, etc.
On pourrait même aller plus loin avec les exigences de certains rites spécifiques demandant spécifiquement d’être chrétien ou même catholique. Des degrés annexes pourraient aussi être considérés comme plus radicaux dans leur exigence de combattre et de protéger la foi chrétienne. Les degrés templiers ou le SRIA en sont deux exemples.
Mais tout cela se fait avec une affirmation très claire répétée à l’envi : la discussion religieuse est interdite dans une loge maçonnique.
Comment pouvons-nous concilier de telles contradictions ? Pouvons-nous le faire ? Devrions-nous le faire ?
Prêtre dans son église son missel à la main
Il est relativement facile de découvrir ce que les religions contemporaines pensent de la franc-maçonnerie. Les religions monothéistes, à l’exception peut-être du judaïsme, s’opposent à la franc-maçonnerie. Le catholicisme et une grande partie du christianisme, ainsi que l’islam, s’opposent à la vision maçonnique de la religion et de la morale. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de francs-maçons chrétiens ou musulmans, mais que l’institution religieuse est contre les principes maçonniques. Le catholicisme a déclaré que les francs-maçons sont des hérétiques parce qu’ils pensent, agissent et enseignent dans le monde entier différemment de ses dogmes et de ses vérités scripturales.
La religion est enracinée dans une croyance particulière selon laquelle l’homme est composé d’un corps physique et d’une partie invisible généralement appelée l’âme. De la même manière, les religions enseignaient l’existence de mondes immatériels et de divinités plus grandes que nous. La maçonnerie est née de la réforme protestante anglaise comme une fraternité universelle présente dans de nombreux endroits de la Terre. Ses portails sont ouverts à tout homme sans considération de sa religion. Au début de la maçonnerie ce point ne posait pas de problème car il n’y avait que quelques catégories de personnes : les protestants, les catholiques et plus tard les juifs. Il n’y avait pas d’autres religions que celles ayant un fond biblique. C’est le contexte originel de la naissance de la maçonnerie, et dans ses textes originaux, cette fraternité ne demandait pas de foi particulière.
Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.
La Constitution d’Anderson demande l’obéissance à la loi morale, c’est-à-dire ne pas être un athée stupide, ni un libertin irréligieux. Les francs-maçons de chaque pays étaient priés d’être de la religion de ce pays, quelle qu’elle soit. Dans ce cas, la vraie religion était celle sur laquelle tous les hommes s’accordaient, à savoir être des hommes bons et fidèles, ou des hommes d’honneur et d’honnêteté.
Ces déclarations se présentent comme un énoncé de la maçonnerie. Il existe des obligations et des conditions préalables avant d’être initié. Pour les francs-maçons fondateurs, la question était de trouver quel pouvait être l’élément commun à chaque homme. C’était un défi à une époque où la religion régissait le monde et était dotée de réels pouvoirs temporels.
Est-il possible de juger un être en fonction de sa foi et sa pratique religieuse ? D’après ce qu’a écrit Anderson, non !
Trois aspects étaient donc et restent importants aujourd’hui : 1- le préalable 2- l’énoncé, suivi de 3- la conséquence.
1- Il y a une Loi morale. Les athées et les irréligieux ne peuvent pas faire partie de la Confrérie. Quelqu’un qui veut faire partie de la Confrérie doit avoir la conviction intérieure de l’existence d’un monde spirituel, et d’une puissance divine. Mais ces deux éléments ne sont pas définis. Si Anderson avait expliqué ces aspects, le prérequis aurait fait appel à une déclaration de foi et serait donc confessionnel. Cependant, il recherchait un large consensus sans perdre le meilleur de la dimension religieuse.
2- Il existe une Religion dans laquelle tous les Hommes s’accordent, en gardant pour eux-mêmes sa définition. Si je ne puis trouver une définition unique pour tous, la seule chose à demander est d’être des Hommes bons et vrais, ou des Hommes d’Honneur et d’Honnêteté ; rien de plus. Tout est dit.
3- La conséquence : Si le prérequis et l’énoncé devenaient une réalité vivante pour le Franc-Maçon, alors la Maçonnerie deviendrait le Centre d’Union ; le lieu où des personnes différentes avec des compréhensions différentes pourront construire une véritable Amitié, révélant une véritable possibilité pour les êtres humains : la fraternité.
Il est important de rappeler qu’Anderson écrivait dans les premières années de la franc-maçonnerie, demandant une expression privée de la religion. La conséquence en est un esprit ouvert, et la possibilité pour la franc-maçonnerie d’être présente partout et à tout moment. Il n’y a pas de limite géographique, culturelle et historique à sa présence dans le monde car cette Fraternité se donne un centre : la Loge, le Métier, capable d’accueillir des humains ressentant ce monde intérieur commun et essayant de devenir meilleurs. C’est le fondement de la franc-maçonnerie. Ces questions étaient exceptionnelles à ce moment précoce de l’histoire.
Pour les Francs-Maçons, et les hermétistes antiques, il existe une puissance qui a créé, organisé et continue d’animer l’Univers. Mais cette puissance divine est loin de nous. Il s’agit d’un principe divin et le nom que lui donne la Maçonnerie en est la meilleure illustration : Grand Architecte de l’Univers.
Mais il faut être prudent avec ce nom car nous raisonnons aujourd’hui avec un a priori monothéiste. Pour ce pouvoir divin, présent partout dans l’Univers, la question du genre est un non-sens. Il est aussi impossible de savoir si ce pouvoir divin est personnel ou non. Peut-être est-il aussi impossible de dire si cette impulsion de création était ou est le résultat d’une intention. En tant que créatures humaines, ces questions dépassent notre entendement. Mais sans doute cette idée d’un être suprême est impossible à représenter. Ce fait a été ressenti dans les religions monothéistes, mais pas toujours avec le même succès. En termes philosophiques, l’Être suprême est immanent. Cela signifie que le Grand Architecte de l’Univers est à l’intérieur de sa création et non à l’extérieur. Après la création, la Nature n’a pas été abandonnée par son créateur divin.
Mais certains francs-maçons ne rejettent pas a priori l’existence d’un Être suprême qui puisse manifester une sorte de volonté. Même s’il est tout à fait impossible de dire quelque chose à ce sujet, une prudence philosophique réclame de rejeter cette possibilité. C’est pourquoi je peux dire que toute la nature est en Dieu et en même temps qu’un Être suprême a créé l’univers, ce qui est une théorie appelée le déisme.
Les déistes croyaient que la raison et l’observation du monde naturel pouvaient être les éléments principaux pour comprendre l’essence du divin. La foi et la religion organisée n’étaient pas nécessaires pour cela. Les hermétistes appelaient cela la « religion de l’esprit ». En fait, la foi n’est pas rejetée, mais apparaît en second lieu, après la raison. C’est pourquoi la religion et la philosophie sont liées. Parce que le divin est l’Être suprême, la religion peut être un sentiment intérieur et essentiel, demeurant toujours sous le contrôle de la raison, qui furt donnée à l’humanité également dans ce but.
Les francs-maçons et les déistes n’ont pas de véritables dogmes. Chacun peut choisir ce qui lui semble bon selon sa propre liberté intérieure, l’éclectisme étant le résultat de la considération bienveillante de toute expression de la foi humaine.
En général, les hermétistes, les francs-maçons et les déistes restent très prudents à l’égard des religions organisées.
La question des miracles ou de toute intervention surnaturelle est une autre question. En général, les déistes ne croient pas que Dieu intervient dans les affaires de la vie humaine ou qu’il est capable de suspendre les lois naturelles de l’univers. Les lois sont universelles et constantes. Même si toutes les lois ne sont pas encore comprises, il sera possible de le faire tôt ou tard.
Il est important de savoir ce qui s’est passé dans cette confrontation entre les religions monothéistes, et particulièrement entre le catholicisme et la franc-maçonnerie. Les francs-maçons choisirent d’être fidèles à leurs croyances et à leurs déclarations morales. Ils exprimèrent leurs idéaux de tolérance et de liberté en présence de Dieu, ouvrant leurs portes à tout homme de bien désireux d’œuvrer en paix pour le meilleur de l’humanité. La philanthropie, bien que n’étant pas une condition préalable religieuse, est devenue l’une des merveilleuses réalisations de la franc-maçonnerie. En même temps, cette dernière trouva un moyen de maintenir la présence du sacré séparée de la religion et des sacrements.
Ces quelques exemples nous montrent la réaction d’une Eglise détenant encore une certaine autorité politique. Il existe de nombreux exemples modernes de ce pouvoir appliqué contre la Liberté et la Tolérance. Les talibans et toutes les formes de fondamentalisme religieux sont l’aspect moderne de l’inquisition et un écho contemporain des milliers de femmes torturées et brûlées en Europe à la fin du Moyen-Age.
Les francs-maçons ne se sont jamais opposés à la croyance en Dieu, ni à la vie religieuse et spirituelle. C’est pour eux une manifestation naturelle d’un sentiment intérieur réel. Mais cette partie de la psyché de l’être humain se doit de rester sous le contrôle de la raison. C’est pourquoi le respect de l’autre empêche qu’un franc-maçon tente d’imposer sa vision du monde à un autre. Une preuve du danger d’une foi aveugle est la manifestation de l’intolérance et de la violence. Cette tendance n’a pas d’âge et demeure la même aujourd’hui. C’est pourquoi la démarche maçonnique profondément philosophique demeure une des meilleures réponses aux dogmes religieux, accueillant toutes les dimensions de l’être humain sans chercher à en imposer une seule.
« A la lumière de la philosophie, les hommes deviennent des dieux »
Marsile Ficin (Lettres)
Je l’avoue : la tentation est grande, en orientant nos pas vers le passé et l’avenir de la Maçonnerie de faire un court détour par Sigmund Freud ! En effet, ce dernier, au cours de l’élaboration de sa technique psychanalytique va découvrir un concept, admis aujourd’hui de manière générale, de « roman familial » : chaque sujet, dans l’enfance, va imaginer qu’il n’est pas l’enfant de ses parents, mais le fils ou la fille de parents prestigieux qui vont, à l’issu du suspense, les reconnaître et leur donner la place à laquelle ils ont droit.
Evidemment, le principe de réalité va reprendre le dessus et les « géniteurs imaginaires » rangés au magasin des accessoires de l’inconscient et admettre, avec plus ou moins de bonheur, que nous ne sommes que la progéniture de parents faillibles comme nous le redevenons ensuite. Nous sommes plus de la descendance du cordonnier que celle du prince ! Cependant, certains, de manière névrotique, continuerons à entretenir, inconsciemment, cette filiation imaginaire.
Sigmund Freud
Mais, le plus intéressant pour notre réflexion est que Freud attribue aux institutions le même fonctionnement que pour les individus, ce vécu relevant sur un culte et des idéologies que l’on prêterait à de « Grands Ancêtres » à qui l’on finirait par croire. Une sorte de galerie des portraits dans un château qui n’existerait pas !
Bien entendu, vous me voyez venir et vous attendez ma question :
« Mais alors, qu’est-ce qu’il en est du « roman familial de la Maçonnerie » sur lequel elle repose ?!
Pour répondre à cette question, nous nous limiterons à deux approches qui relèvent du mythe, tout en acceptant l’idée que le mythe est une construction nécessaire à la psychologie du sujet et à celui des institutions, de façon à échapper à ce que Lacan appelait « l’horreur du réel » d’où l’imaginaire et le symbolique seraient exclus. Claude Lévi-Strauss avance d’ailleurs l’idée que le mythe est le fondement de toute civilisation pour qu’elle fasse sens, si nous ne voulons pas sombrer dans la barbarie.
I- LE MYTHE DE LA MACONNERIE COMME CREATRICE DE LA REPUBLIQUE ET DE LA LAICÏTE.
Théophile Désaguliers
Une idée, très tardive, voudrait que la Maçonnerie soit la pierre angulaire du concept de laïcité mais, historiquement, cela s’avère douteux. En effet, née dans un pays où ce concept n’existe pas, elle est au contraire rattachée à l’histoire religieuse de la Grande-Bretagne et à l’idéal de créer un lieu d’entente des différentes Eglises réformées après des guerres civiles interminables, notamment entre les Anglicans et les calvinistes. C’est pourquoi nous en retrouvons comme fondateurs : Théophile Désaguliers, fugitif avec son père, pasteur à La Rochelle, pour fuir les persécutions catholiques. Il fut aussi secrétaire de Newton et influencé par lui (Le grand savant n’étant pas Maçon, mais étant lui-même unitarien antitrinitaire !), Anderson, rédacteur des fameuses Constitutions, pasteur écossais et calviniste, John Toland, philosophe, auteur du concept de GADLU que la Maçonnerie naissante adoptera comme symbole d’unité, suffisamment vague pour satisfaire tout le monde !
Naturellement, la mise en place de ce milieu ne concernait ni les juifs ni les catholiques, totalement tenus à distance. Le fonctionnement des loges étant construit sur le modèle des paroisses autonomes du calvinisme. Ce n’est que tardivement que la forme pyramidale se mettra en place, rattachée à la royauté, sous l’influence anglicane à l’intérieur de la Maçonnerie et de l’appartenance d’un grand nombre d’ecclésiastiques dans les loges (Notamment, la présence rapidement permanente des Archevêques anglicans de Canterbury). Digne d’un humour noir, historiquement, les Franc-Maçons seront assimilés aux juifs et persécutés par l’extrême droite, ce qui n’est que le constat de la très importante place donnée à l’Ancien-Testament et dans la constitution même de la Maçonnerie qui, paradoxalement, n’acceptait pas les juifs au départ car non-concernés par ce problème interne des Réformés.
A l’intérieur même de la Maçonnerie se déroulera, plus tardivement, un problème de contre-réforme catholique dont l’auteur en sera Ramsay, protestant d’origine, mais converti au catholicisme par Fénelon et madame Guyon et promoteur des « Hauts-Grades » et d’un très douteux rattachement et ennoblissement de la Maçonnerie à la chevalerie des croisades !
II-LA BONNE DISTANCE A MAINTENIR ENTRE LA FRANC-MACONNERIE, LE SIECLE DES LUMIERES, ET LA REVOLUTION FRANCAISE.
Dans sa vision historique, la Franc-Maçonnerie s’associe volontiers au discours des Lumières et de l’idéologie républicaine et laïque qui découlera de tout un courant de pensée prenant racines bien plus avant dans le monde des idées, car là aussi, historiens et philosophes ont changé largement leur fusil d’épaule sur cette question. Pour ces derniers, en effet, les Lumières ne sont pas celles du 18em siècle qui n’en sont que de pâles répercussions de ce qui va se jouer à la Renaissance avec la redécouverte, via les conquêtes arabes, de la pensée philosophique de l’Antiquité qui va s’opposer, voire s’affronter, à l’hégémonie théologique d’une Eglise catholique, elle aussi minée par des courants contradictoires et qui trouve parfois dans la théologie musulmane ou juive réponse à ses propres questionnements (Averroes, par exemple). Les vrais « révolutionnaires » de cette époque vont être ceux qui vont proposer une conciliation entre théologie et philosophie, souvent des ecclésiastiques (Marsile Ficin, par exemple, qui va christianiser pratiquement Platon et Plotin dans son approche spirituelle !). La Réforme protestante va accentuer les clivages et aussi tout un courant très radical au 17em siècle, à-travers le « libertinage érudit » (Cyrano de Bergerac, Saint-Evremond, La Mothe Le Vayer, Théophile de Viau, Charles Sorel, Gabriel Naudé, Ninon de l’Enclos, etc.), va porter un coup fatal à l’idéologie spirituelle et sociétale du Moyen-Âge. Le 18em siècle et la période révolutionnaire ne feront que récupérer, parfois de façon bien pâle et convenue, les fruits de cette évolution historique qui chemine, de manière souterraine, dans la société française, vers la libre pensée philosophique ou la libre interprétation théologique. La Franc-Maçonnerie britannique, durant ces périodes mouvementées, du fait de ses origines confessionnelles, demeurera dans le fonctionnement classique qu’elle avait mis en place et ce, dans le respect de la hiérarchisation de la société.
Montesquieu, un homme qui avait tout compris, dommage que nous ne le comprenions plus.
Il est un peu comique de voir un certain nombre d’institutions, jouant des coudes pour se réclamer des Lumières alors que leur participation historique est très douteuse (Ce qui est le cas de la Maçonnerie dans une certaine mesure !), mais de surcroît dans un temps où les historiens se posent un certain nombre de question sur l’idéologie qui était sous-jacente. Idéologie, plus portée sur le commerce libéral que sur des idées nobles au service de la liberté de chaque citoyen. Montesquieu (1689-1755) écrit (1) : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Ce qui va se faire jour, en revanche est de deux types : la désintégration chrétienne de l’histoire qui va amener, philosophiquement parlant à l’intérêt pour d’autres cultures : Indes, Monde musulman, monde chinois, dont les artisans seront, paradoxalement, les missionnaires chrétiens (Par exemple, les apports du jésuite Matteo Ricci sur la civilisation chinoise). Mais, en contrepartie, va se développer en Europe l’idée d’une « civilisation européenne » forte de sa population en augmentation, de sa culture, de ses initiatives commerciales. Bientôt va se faire jour l’idée d’imposer au monde son modèle de fonctionnement. Civiliser veut souvent dire domestiquer et le 18em siècle va voir une accélération de la traite des noirs (On évoque le nombre de 12 millions d’africains comme victimes de la traite), dont profiterons aussi, malheureusement, de nombreux tenants des Lumières. A commencer par notre Frère (tardif !) Voltaire. Rappelons qu’en France des villes ont vu leur développement économique croître de façon exponentielle grâce à la traite : nous ne citerons que Nantes, Bordeaux et La Rochelle, où existaient déjà des loges maçonniques. De là à supposer qu’un certain nombre de Maçons profitait des avantages commerciaux liés à ce commerce, cela ne relève pas, hélas, de la diffamation !
Jules Ferry
Les Lumières, d’une certaine manière, vont établir une hiérarchisation civilisationnelle des valeurs et favoriser, ce que nous verrons peu à peu s’installer dans le monde par le biais du colonialisme : Ah les discours républicains de Jules Ferry sur les bienfaits de la colonisation ! En étudiant cette période, nous décryptons qu’à l’intérieur même du mouvement, des critiques dénonçaient déjà les artifices verbaux dont personne n’était plus dupe. La Franc-Maçonnerie, d’une certaine manière, peut, peut-être, se féliciter d’avoir été grandement absente des artisans des Lumières ? …
Mais, durant cette époque de transformation, la Franc-Maçonnerie Française jouera-t-elle ce rôle machiavélique de pourvoyeuse de la Révolution Française que ses adversaires lui-prête allégrement ?! Les statisticiens, les sociologues et les historiens peuvent nous aider à répondre à cette question et là nous sommes loin de l’imaginaire d’un « complot maçonnique » ! Nous savons tous, sans nous rallier obligatoirement à la pensée marxiste, que la Révolution française fut une révolution bourgeoise mais qui, dans sa très large majorité, était ralliée, par ses intérêts, plus à une monarchie constitutionnelle de type britannique qu’à une république incertaine et porteuse de troubles à ses yeux.
Maximilien de Robespierre (1758-1794)
La Révolution française sera d’ailleurs souvent très brutale envers la Maçonnerie, comme l’exécution de « Philippe-Egalité » par exemple, car elle représentait une concurrence spirituelle au culte de l’Être Suprême de Robespierre et des sympathies souvent affichées pour les Girondins, partisans d’une monarchie constitutionnelle. La Terreur, va jeter sur toutes les routes européennes un grand nombre de Maçons qui vont offrir leurs services aux pays d’accueil et participeront souvent aux activités maçonniques locales, jusqu’à la Restauration qui, rappelons-le, durera 33 ans avant la restauration de la République…
Costume d’un Théophilanthrope, gravure sur acier, XIXe siècle.
Cependant une expérience peu commune mérite de retenir notre attention qui éclaire l’attirance (et la tentation !) de la Maçonnerie pour le religieux : de 1797 à 1801 va se créer une Eglise, les « Théophilanthropes », dont les Maçons seront à l’origine. C’est en effet Jean-Baptiste Chemin- Dupontes (1760-1852) qui sera à l’origine de cette création. Il était membre de la loge « Les neuf soeurs » et sera Vénérable de la loge des « Sept Ecossais réunis », et membre du Conseil du GODF en 1815. Il va s’entourer de personnalités connues (Valentin Haüy spécialiste des aveugles, Dupont de Nemours, Bernardin de Saint-Pierre, Marie-Joseph Chénier, le peintre David, etc.) et publier un recueil de cérémonies religieuses largement inspirées des rituels maçonniques. Cette initiative sera soutenue par la Révolution (notamment par le député Larevellière-Lepeaux) malgré son hostilité pour la Franc-Maçonnerie. L’échec du Culte robespieriste à l’ « Être Suprême », ainsi que la révolte interne de plus en plus forte après l’insupportable épisode de la Terreur va faciliter l’implantation nationale de cette Eglise à qui va être attribuée de très nombreuses églises catholiques, notamment une partie de Notre-Dame ! C’est Bonaparte qui mettra fin aux activités de la théophilanthropie en 1801, en regard de son hostilité pour les intellectuels et son désir de signer un Concordat avec l’Église catholique, afin de justifier aussi son futur couronnement comme Empereur. Nous avons sur les Théophilanthropes des archives considérables, notamment les rituels religieux qui étaient utilisés.
III- LA RAISON DEIFIEE OU UN RETOUR A L’HUMANISME ?
Les Lumières vont, dans leur idéologie, porter la raison comme assise de leur pensée, ce que ne se risquait pas trop à faire la philosophie classique, en connaissant les limites et les dangers. La raison est un concept extrêmement compliqué à cerner : comment se définit-elle et ne risque-t-elle pas de déboucher sur la pire des intolérances. Ne pourrait-on pas imaginer que les pires dictatures sont dans l’application de la « Raison d’Etat » ? L’histoire contemporaine ne fait, hélas, que confirmer notre réflexion.
Saint-Paul
De surcroît, les avancées dans les sciences humaines, notamment la psychanalyse, ne font que confirmer que notre raison est largement cernée par l’inconscient qui dirige en fait notre vie et met à mal notre volonté de la rationalité ou du désir de faire le « Bien et le Beau ». Par exemple, Saint-Paul, dans l’Epitre aux Romains, écrit (7, 15- 19) : « Car je ne sais pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux, et je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par-là que la loi est bonne. Et maintenant ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi. Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est à dire dans ma chair : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien, car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ». Paul découvre dans ce texte l’existence, en lui, de son inconscient, en lutte contre la rationalité du sujet pour imposer la réalisation de ses désirs instinctuels. Le corps contre l’esprit, dans un combat permanent ! Occupation d’un corps étranger que Guy de Maupassant reprendra dans son roman sur la psychose : « Le Horlà ».
Emmanuel Levinas
Le philosophe Paul Ricoeur nous apporte également un élément de réflexion important : pour lui, l’homme est plongé dans un combat permanent entre la « mêmité » qui serait que les autres soient semblables à moi, donc dans la vérité, et l’altérité et la différence fondamentale et définitive de l’autre, donc le mensonge !
La Maçonnerie devrait donc sortir de sa propre image pour interroger le visage de l’autre (Emmanuel Levinas) afin d’y découvrir, à la fois, un semblable (« Soi-même comme un autre ») mais aussi un étranger, hors vérité, et dont la dissemblance fait toute la richesse. La tolérance quoi !
NOTES
(1) Montesquieu : De l’esprit des Lois. Paris. Classiques Garnier. 2011. Livre XX, 1 et 2.
BIBLIOGRAPHIE
Voltaire : Essai sur les mœurs et l’esprit des nations. Paris. Editions Garnier. 1963.
Caroline Fourest se lance, avec son dernier opus « le vertige Metoo », dans un plaidoyer pour le discernement entre délits et crimes, entre présomption d’innocence et présomption de véracité : raison et justice au lieu d’émotions et narcissismes. Délicat mais salutaire exercice !
Steven Pinker in 2023 by Christopher Michel
Steven Pinker nous l’expliquait il n’y a pas si longtemps : la civilisation progresse en zig-zag. Et des retours en arrière sont fréquents lorsque les inconvénients du changement apparaissent. Pour autant, le changement en question peut garder de l’intérêt, d’où l’expression « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Il s’ensuit alors un peaufinage du dispositif afin de conserver le positif et éliminer autant que possible le négatif. C’est à cette tâche que s’est attelée Caroline Fourest dans son « le vertige Me Too ».
Caroline Fourest au rassemblement organisé par l’Inter-LGBT place Baudoyer à Paris pour fêter le vote de la loi instituant le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe en France.
On y découvre un florilège de tout ce qui peut tourner mal depuis que la parole s’est libérée autour des cas d’emprise toxique ( car il y a des emprises bénéfiques, Pygmalion, si tu nous regardes…). Chaque possibilité est illustrée par des cas célèbres, décortiqués afin de pouvoir servir en toute généralité. Evidemment, au passage, se trouve fort malmenée notre fainéantise intellectuelle. Ah bon ? Oui, celle qui nous donne envie de juger en 5 minutes, d’enfoncer le protagoniste qui ne nous plaisait déjà pas, et de nous apitoyer sur la pauvre victime.
Pas de chance pour le manichéisme, l’humain est et reste complexe.
Tout ce qu’il raconte est farci de chausse-trapes. Tiens, le verbe raconter. Dorothée Dussy, qui a interviewé plein de pédocriminels, l’a bien capté : tous se racontent une histoire qui les « autorise » à agir comme ils le font. Les jeunes en garderont une mémoire traumatique, susceptible plus tard d’entraîner une répétition traumatique. C’est ce phénomène qui déclenche des retours « incompréhensibles » vers le criminel : l’esprit blessé vient chercher cette part de lui-même qu’on lui a arraché.
La pédocriminalité reste pour ces raisons le berceau de l’enfer, et a été également touchée par la libération de la parole dans l’espace public du monde adulte. Cela s’y est traduit aussi par le cri « on te croit », compréhensible après tant de siècles d’omerta. Toute une frange des associations et des professionnels veut appliquer le « on te croit » de manière pure et dure, ou en confondant raison et émotion. Pourtant l’affaire Outreau a montré que le mensonge des jeunes comme des adultes, cela existe. Il est donc impératif d’en rester au « je t’écoute », en complément au « je te protégerai ».
Autre désir qui hante beaucoup de nos contemporains : le complotisme, si actif sur les réseaux sociaux. Le plaisir d’étaler aux yeux de monsieur tout-le-monde des « secrets » pleins de turpitudes commises par les « élites » fait que certains sites se spécialisent dans les rumeurs « croustillantes », bien sûr vite instruites et uniquement à charge.
Et, dans la même série, citons l’attrait des idéologies clivantes, au nom desquelles on décernera promptement le brevet de victime à ceux de notre camp et l’opprobre sera jeté sur tout membre « d’en face ».
Quel bon job que commissaire politique pour régler ses comptes !
Fine observatrice du monde d’aujourd’hui, Caroline souligne que la marche vers la notoriété ( et l’autorisation de se montrer agressif ) passe par la case « victime ». C’est pourquoi le terme de « narcissisme plaintif » peut caractériser certaines postures surjouées dans le monde médiatique.
Une manifestante brandissant un panneau arborant le hashtag #MeToo, à la marche des femmes de New York, en janvier 2018.
Ce qui n’empêche que la liste de personnes mises en cause dans les mondes du spectacle, du cinéma, des médias, est effarante, et occasionne un « rattrapage » avec des allures de raz-de-marée. On ne pleurera pas les monstres qui en ont profité trop longtemps.
Mais nos nouvelles pratiques ne se maintiendront durablement que si on évite les dérives vers l’intransigeance illimitée. On ne peut classer sous le même vocable une insistance lourde en phase de drague avec un passage à l’acte avec menaces ou coups et blessures.
Lors du lancement du mouvement Me Too et son corollaire Balance ton Porc, tout à son désir de se démarquer des anciennes pratiques, le grand public avait raillé Catherine Deneuve et son « droit à importuner ». Rétrospectivement, on peut voir dans la prise de position de C Deneuve un agacement devant le succès de la victimisation dans notre société. Caroline en déduit un vœu : « moins de victimes, plus de battantes ».
Bref, il s’agit de réintroduire de la raison et de la précision dans ce paysage dominé par les émotions.
Comme toujours, il est question de chercher un équilibre : de la présomption d’innocence avec la présomption de véracité, notamment. Les outils juridiques peuvent eux aussi être améliorés, mais pas à la va-vite. On parle beaucoup du consentement, actuellement absent de l’arsenal juridique en France. Mais, une fois introduit, la question du consentement présent ou absent deviendrait centrale dans les procès, d’où des pressions des avocats sur les victimes, déjà si bousculées comme nous le savons. Autre paramètre sensible : le délai de prescription. S’il devient infini comme pour les crimes contre l’humanité, une barrière qui retient les violeurs d’assassiner leurs victimes tombe…
Au terme de son panorama de la société actuelle, Caroline égrène une vingtaine d’astuces « ne pas ceci ou cela… » résumant son plaidoyer pour introduire nuance et précision dans le débat.
Et nous les maçons ? Une grosse partie du livre nous est directement utile. Cela commence par la recherche de la vérité et l’usage de la raison aux commandes. On se reconnait aussi dans la méfiance par rapport aux amalgames : tout est à peser au cas par cas, et pas question de se substituer à la justice. On ne l’ouvre que si l’on sait, et il faut traiter ses souhaits intimes avec circonspection. Il est important de ne pas céder pas à ses mauvais penchants, même couverts par l’impunité du pseudo. L’écoute est toujours due, et s’efforce de passer avec bienveillance par-dessus les divergences de vues en fonction des âges ou catégories sociales. Allons-y !
Le Grand Orient de France (GODF) et ses loges partenaires vous invitent à une conférence publique exceptionnelle qui se tiendra le 23 novembre 2024, de 14h à 17h30 à la Bourse du Travail de Saint-Denis. Cette conférence, intitulée « L’injustice des inégalités en santé », abordera un sujet crucial et urgent : les disparités de santé dans les zones urbaines précaires, avec un focus particulier sur le département de la Seine-Saint-Denis.
Contexte et raison d’être de la conférence
Les inégalités de santé restent une réalité dramatique en France, et ce fléau touche particulièrement les populations des zones urbaines défavorisées. Bien que l’espérance de vie globale ait augmenté ces dernières décennies, les personnes vivant dans des conditions précaires continuent de souffrir de manière disproportionnée de maladies chroniques, d’accès limité aux soins, et de mortalité prématurée. En Seine-Saint-Denis, département souvent cité en exemple, ces disparités sont amplifiées : les obstacles économiques, sociaux et géographiques creusent le fossé sanitaire entre les populations.
Les solutions efficientes ne peuvent venir que d’un accès aux populations les plus défavorisées ayant pour objet une éducation en santé portant sur les grands thèmes de prévention : alcool, tabac, nutrition, activité physique… Celles-ci passent par un réseau local territorial intégré œuvrant dans la cité, à l’école, au plus près de cette population peu accessible à l’information par les médias conventionnels (Télévision, radio, quotidiens, hebdomadaires, magazines, affichage extérieur et transcrit, circulaires, catalogues et autres imprimés)
Cette conférence vise à explorer cette problématique avec des experts du domaine et à réfléchir ensemble aux actions nécessaires pour construire une santé plus juste et équitable pour tous.
Intervenants et thématiques de la conférence
Pour aborder ces questions essentielles, trois thématiques seront présentées par des intervenants de renom sous la modération de M. Guy Arcizet, ancien Grand Maître du GODF et figure engagée dans les problématiques sociales et de santé publique. Voici les détails des interventions :
Thème 1: Inégalités sociales en santé avec un focus sur les zones urbaines défavorisées
Présenté par : M. Paul-Loup WEIL-DUBUC, philosophe et chercheur à l’Espace éthique d’Île-de-France.
Sujet : M. Weil-Dubuc traitera des déterminants sociaux de la santé et des facteurs structurels qui contribuent aux inégalités de santé dans les zones urbaines précaires. En s’appuyant sur des données et des cas concrets, il démontrera comment les disparités sociales impactent directement l’accès aux soins et la qualité de vie.
Thème 2 : Prévention et inégalités en santé
Présenté par : M. Philippe ZERR, représentant du collectif pour la prévention en santé du GODF.
Sujet : M. Zerr discutera de la prévention en santé, un levier essentiel pour réduire les inégalités. Il abordera les défis de l’accessibilité des programmes de prévention dans les quartiers défavorisés et proposera des pistes pour mieux intégrer ces populations dans des actions préventives.
Thème 3 : Inégalités d’accès aux soins dans les zones précaires
Présenté par : Pr Didier HOUSSIN, ancien directeur général de la santé, missionné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Sujet : Le Professeur Houssin s’intéressera aux obstacles spécifiques qui limitent l’accès aux soins dans les zones urbaines à faible revenu. En tant qu’expert de l’OMS, il partagera également des perspectives internationales et proposera des solutions concrètes pour améliorer l’accès aux soins de base pour ces populations souvent marginalisées.
Ces échanges riches et variés, animés par des experts en santé et en éthique, permettront de mieux comprendre les causes profondes de ces inégalités et d’identifier des pistes de solutions adaptées à notre contexte national et local.
Appel à mobilisation
Cette conférence se veut un moment de réflexion, mais surtout d’engagement. Elle s’adresse aux citoyens sensibilisés par la justice sociale, aux professionnels de la santé, aux acteurs associatifs, et à tous ceux qui souhaitent prendre part à la lutte contre les inégalités de santé en France. Nous encourageons également les médias à assister à cet événement pour relayer et amplifier ce message de solidarité et d’action collective
Inscription
Pour faciliter l’accueil des participants, l’inscription préalable est recommandée via le lien suivant :
Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, cet écart est plus faible : 8 ans séparent les plus aisées des plus pauvres. Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes, tandis que l’écart n’est plus que de 0,3 an et 0,2 an aux alentours d’un niveau de vie de 2 000 euros par mois.
Les femmes ont une espérance de vie plus élevée que les hommes (6 ans en moyenne). Elles vivent même en général plus longtemps que les hommes les plus aisés : celles dont le niveau de vie se situe parmi les 70 % les plus aisées ont une espérance de vie plus longue que les hommes parmi les 5 % les plus aisés.
Les personnes les plus aisées ont plus souvent un diplôme du supérieur, mais cela n’explique qu’en partie les écarts d’espérance de vie selon le niveau de vie. Avec ou sans diplôme, plus on est aisé, plus l’espérance de vie augmente.
Situé à Egmore, dans la banlieue de Chennai, le Hall des Francs-Maçons est un édifice majestueux qui se distingue comme un exemple vivant de l’héritage colonial britannique et de la tradition maçonnique. Il constitue un témoignage unique du patrimoine culturel de l’Inde du Sud et de l’importance de la franc-maçonnerie dans le monde moderne. Lors de votre séjour à Chennai, une visite de ce monument historique s’avère incontournable pour découvrir une facette fascinante de l’histoire maçonnique en Inde.
Histoire du Hall des Francs-Maçons de Chennai
Achevé en 1923, le Hall des Francs-Maçons a été construit par la Compagnie des Indes Orientales, une organisation britannique influente durant la période coloniale. La franc-maçonnerie, le plus grand ordre fraternel au monde, trouve ses origines en Europe au XVIIe siècle et s’est rapidement propagée à travers le monde. L’ordre maçonnique a non seulement établi des structures philanthropiques comme des écoles et des orphelinats, mais il a aussi joué un rôle clé dans diverses œuvres caritatives.
Le Hall de Chennai, érigé à une époque où la région était sous domination britannique, a d’abord servi de pavillon militaire pour les soldats coloniaux. Cette utilisation militaire a permis au bâtiment de bénéficier d’une protection particulière de la part des puissances coloniales. Au-delà de sa fonction de lieu de rassemblement maçonnique, le bâtiment a donc été un point stratégique durant la période coloniale.
La franc-maçonnerie a pris racine en Inde dès le début du XIXe siècle, et ce Hall de Chennai représente l’une des premières grandes réalisations maçonniques dans la région. Aujourd’hui, il reste un centre majeur pour les activités maçonniques, ainsi qu’un site de mémoire pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la fraternité et à ses liens avec le passé colonial.
L’Architecture du Hall des Francs-Maçons
Le Hall des Francs-Maçons de Chennai est un exemple remarquable de l’architecture néoclassique, inspirée des grands monuments grecs antiques. Sa construction a été pensée pour s’adapter aux conditions climatiques de la région, notamment à la chaleur intense de l’Inde du Sud, tout en conservant une grandeur imposante et élégante.
Le bâtiment, réparti sur deux étages, présente une structure symétrique et un fronton orné de détails architecturaux sophistiqués. Quatre piliers massifs soutiennent la façade, apportant à l’édifice une stabilité visuelle et une prestance imposante. L’intérieur du Hall est décoré avec des carreaux italiens de haute qualité, du marbre raffiné et des tableaux antiques célèbres qui font de chaque salle un lieu de contemplation.
La pièce centrale du bâtiment est la « Lodge Room », une grande salle de réunion maçonnique pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes. Ce lieu est le cœur du Hall, où se tiennent les cérémonies et les réunions des membres de la fraternité. Le bâtiment abrite également une salle à manger au premier étage, accessible par un escalier en spirale en pierre de Sholingar, avec des éléments de fer forgé et des grilles décoratives. Cette salle peut accueillir jusqu’à 150 personnes.
Les chambres individuelles du Hall, pouvant loger jusqu’à 60 personnes, sont disponibles pour les maçons et leurs invités. Le bâtiment est également doté de grandes fenêtres atteignant parfois 12 pieds de hauteur, offrant une vue panoramique sur la ville de Chennai et apportant une luminosité naturelle au sein du bâtiment.
Un Patrimoine Rénové et Préservé
Après plusieurs rénovations, le Hall des Francs-Maçons a été soigneusement restauré pour préserver sa beauté d’origine tout en offrant un confort moderne à ses visiteurs. L’édifice est un précieux témoin de l’histoire de Chennai et de la culture maçonnique, et son architecture en fait un monument incontournable pour tous les passionnés d’histoire et d’architecture.
Le Hall ne se limite pas à une simple bâtisse historique ; il est un symbole vivant des idéaux maçonniques, de fraternité, de tolérance et de philanthropie. Chaque élément du bâtiment, de la décoration à la disposition des salles, reflète les valeurs de l’ordre et son engagement à soutenir les membres dans leur quête de perfection personnelle et collective.
Comment S’y Rendre ?
Le Hall des Francs-Maçons de Chennai est facilement accessible depuis n’importe quel point de la ville. Il est bien desservi par les transports en commun, avec plusieurs lignes de bus et une station de train à proximité. Les visiteurs peuvent également se rendre en taxi ou en voiture privée. Le site étant situé dans le quartier d’Egmore, il se trouve à quelques minutes des attractions principales de la ville.
Horaires et Tarifs
Le Hall des Francs-Maçons est ouvert tous les jours de 09h00 à 18h00, y compris les jours fériés. L’entrée est généralement libre pour les membres de la franc-maçonnerie, mais un tarif modique peut être exigé pour les visiteurs extérieurs. Les visites guidées sont disponibles sur demande, permettant aux visiteurs de mieux comprendre l’histoire de ce monument fascinant et l’importance de la franc-maçonnerie à Chennai et dans le monde.
Conclusion
Le Hall des Francs-Maçons de Chennai n’est pas seulement un bâtiment impressionnant, mais un symbole de la profondeur historique et culturelle de la franc-maçonnerie en Inde. À travers son architecture, son histoire et son engagement pour des causes nobles, il constitue un véritable héritage vivant que les visiteurs peuvent découvrir et apprécier. Que vous soyez passionné d’histoire, d’architecture ou simplement curieux, une visite de ce lieu exceptionnel est une expérience enrichissante qui vous connecte aux idéaux universels de fraternité, de respect et de partage.
Retrouvez notre article du 28 novembre 2021 “INDE : Héritage maçonnique – La Grande Loge de l’Inde fête ses 60 ans” https://450.fm/2021/11/28/inde-heritage-maconnique-la-grande-loge-de-linde-fete-ses-60-ans/ Rappelons que Grand Lodge of India, fondée le 24 novembre est forte, au 1er janvier 2018, de 22 200 Frères et 438 Respectable Loges. Le siège – leur Freemasons’ Hall – est situé à New Delhi.
Clairvoyant et mystique doué, Charles Leadbeater était un auteur et écrivain prolifique sur une myriade de sujets ésotériques. Dans cet article, il expose les liens entre la Maçonnerie mixte moderne et les anciens mystères d’Égypte, de Chaldée et d’Israël. Ce sera la première partie d’une série en trois parties.
Je pense que je peux peut-être commencer ce que je veux vous dire par quelques mots personnels sur moi-même ; vous verrez pourquoi dans quelques minutes.
Bien que je sois membre de la Société Théosophique depuis trente-deux ans et que j’aie eu le privilège d’être en étroite relation avec notre V… Illus… VPGM, ce n’est que tout récemment que j’ai eu l’honneur et le plaisir d’entrer dans les rangs de la Franc-Maçonnerie mixte. La raison pour laquelle je ne l’ai pas fait auparavant est simplement que je suis un homme occupé et que, lorsque la Franc-Maçonnerie mixte se présente aux étrangers au siège d’Adyar, elle semble n’être qu’une autre réunion théosophique avec exactement les mêmes personnes présentes que lors des autres réunions, sauf qu’elles sont assises dans un ordre particulier et habillées différemment. Je n’avais bien sûr aucun moyen de savoir de quelle manière la vérité était présentée, mais je savais que ce devait être la même vérité.
Je crois que c’est le cas de tous les francs-maçons, et je suis convaincu qu’un homme ne doit pas adhérer à une organisation à moins d’être prêt à en être un membre actif et efficace. S’il adhère, il doit assister régulièrement à toutes les réunions de la Loge, à moins d’y être absolument contraint. Je me suis retenu parce que je ne voyais pas comment m’acquitter du travail supplémentaire que représenterait une réunion supplémentaire, et je ne voyais pas comment je pourrais être plus utile en venant. Lorsque j’ai discuté de ces questions avec le chef de la Maçonnerie mixte ici en Australie, il m’a assuré que j’étais dans l’erreur sur ce dernier point, et qu’il y avait un travail utile que je pourrais faire si je rejoignais l’Ordre. J’ai consulté le Grand Secrétaire de V. Illus., et il était également du même avis, aussi ai-je naturellement exprimé ma volonté de rendre service dans la mesure de mes moyens. C’est ainsi que je suis arrivé ici, à Sydney, où j’ai le plaisir et le privilège d’appeler ma Loge Mère.
Je ne savais pas, pas plus que n’importe quel autre candidat, à quoi m’attendre lorsque je me suis joint à vous ; mais ma première vision d’une loge maçonnique fut pour moi une grande et agréable surprise, car je découvris que j’étais parfaitement familier avec toutes ses dispositions, qu’elle rappelait exactement les mêmes dispositions que celles que je connaissais il y a six mille ans dans l’ancienne Egypte. Je suis tout à fait conscient que c’est une déclaration surprenante, mais je vous assure qu’elle est littéralement vraie. Et vous remarquerez qu’il ne s’agit pas d’un sujet sur lequel une erreur est possible ; ce n’est pas un cas dans lequel la coïncidence servira d’explication.
Égypte antique
La disposition de vos trois principaux officiers est remarquable. Ce n’est pas celle qui viendrait naturellement à l’esprit des hommes qui essaient de composer un rituel. Vos symboles sont significatifs et distinctifs, et leur combinaison est particulière. Pourtant, ils appartenaient tous à l’ancienne Égypte, et je les connaissais bien là-bas. Vous pouvez imaginer à quel point j’ai été surpris et ravi de constater que l’ancien travail se poursuivait encore après tant de siècles. Vous avez conservé presque toutes les cérémonies inchangées au cours de ces milliers d’années. Il y a certaines différences mineures que je remarque, mais ce ne sont en réalité que des points mineurs.
Archevêque Dionysius Latas de Zante
Je ne peux m’empêcher de penser que ce seul fait (même si c’était tout) devrait constituer pour vous un fait d’un intérêt extraordinaire. Mais je dois y ajouter bien plus encore ; je dois vous expliquer ce que nous avions à l’esprit à ce sujet : nous considérions une réunion de la Loge comme une manifestation de notre croyance religieuse de diverses manières, et nous détenions à ce sujet un grand ensemble de connaissances qui s’accordent parfaitement avec toutes vos cérémonies et la manière dont vous accomplissez le travail. Et il me semble, en y repensant, que ces connaissances seraient d’un grand intérêt pour nous, co-maçons, aujourd’hui, et nous permettraient de comprendre beaucoup plus pleinement ce que signifient toutes ces opérations.
Cette découverte m’intéressa vivement ; j’en parlai à notre V…..llus…. Grand Secrétaire, et nous essayâmes ensemble d’étudier quelque peu l’histoire de la Maçonnerie. Nous pûmes voir sans trop de difficulté quelles devaient être les grandes lignes de son origine ; mais nous vîmes bientôt que nous avions besoin de plus amples renseignements sur certains points, aussi rédigea-t-on quelques questions sur ces points et les soumit à Celui que vous appelez le Chef de tous les vrais Maçons du monde entier. Vous devez vous rappeler que ce grand Maître, qui est pour vous tous, je suppose, un nom auguste et honoré, est pour votre V…..Illus…. VPGM, pour moi et pour beaucoup d’entre nous un Homme vivant, personnellement connu et très hautement vénéré. Je ne savais pas, avant d’avoir eu le privilège d’entrer ici, quelle était exactement sa relation avec la Franc-Maçonnerie mixte, car je ne lui avais jamais parlé de ce sujet ; mais la dernière fois que j’ai eu l’honneur de le rencontrer en personne à Rome, en descendant le Corso, il m’a emmené dans les jardins publics sur la colline du Pincio, et là nous nous sommes assis et avons discuté pendant une heure et demie de la Société Théosophique et de son travail.
Ainsi, lorsque nous nous sommes trouvés en difficulté au sujet de l’histoire maçonnique, il était naturel que nous les lui soyons soumis immédiatement. Il a répondu avec beaucoup de gentillesse et de grâce à nos questions et nous a fourni de nombreuses informations ; et il s’est montré heureux de nous voir si vivement intéressés par ce travail. Il a confirmé mes souvenirs selon lesquels le rituel tel que vous le présentez ici est presque entièrement égyptien ancien, mais votre contexte historique est celui de la tradition hébraïque. Par exemple, vous pleurez la mort d’un certain Illus… Maître il y a longtemps ; nous, dans l’ancienne Égypte, pleurions la mort et le démembrement d’Osiris, Celui qui est devenu multiple, et nous célébrions une fête au cours de laquelle les parties démembrées se réunissaient à nouveau, et Osiris ressuscitait d’entre les morts. Vous verrez donc que certaines de nos formulations étaient nécessairement entièrement différentes, mais les formes étaient absolument les mêmes.
Voici en quelques mots ce que le grand Maître nous a raconté de l’histoire du mouvement. À l’époque où le christianisme commença à dominer le monde, des milliers de personnes s’accrochaient encore aux anciennes religions et préféraient exprimer leur opinion sous les formes les plus anciennes. À mesure que le christianisme devenait plus étroit, plus agressif et moins tolérant à l’égard des faits, ceux qui connaissaient quelque chose de la Vérité et souhaitaient la préserver sous ces formes plus anciennes, devaient de plus en plus garder leurs réunions secrètes ; ils se retirèrent donc de la connaissance publique et leurs cérémonies se déroulèrent en privé.
La même politique de suppression fut adoptée simultanément dans de nombreux pays, et par conséquent cette mise à l’écart du public eut lieu aussi dans de nombreuses localités ; par conséquent, nous n’avons pas un seul courant de tradition, mais plusieurs courants, de sorte que, dans la maçonnerie, nous ne sommes pas dans la situation des Églises, où il existe une institution orthodoxe et plusieurs variantes qui se sont éloignées de la forme originale. Chez nous, il existe plusieurs courants de tradition différents qui ont tous la même authenticité et le même poids. Par exemple, l’ancienne religion chaldéenne, suivant cette même idée, organisa ses officiers de façon assez différente, et cette tradition fut adoptée presque partout sur le continent européen. Vous trouverez un aperçu de cet arrangement au début de votre Rituel, de sorte que même là, nous avons la preuve de deux courants de tradition.
Bijou des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e et dernier degré du Suprême Conseil Grand Collège du Rite écossais ancien et accepté du Grand Orient de France.
Ceux qui ont étudié l’histoire maçonnique savent qu’il y a eu à différentes époques des écarts par rapport aux formes antérieures ; parfois un nouveau rite semble avoir été introduit, parfois de nouveaux degrés dans d’anciens rites ; et dans certains cas, le statut officiel des personnes qui ont introduit ces changements a été clairement sujet à caution. Vous remarquerez un certain degré de flou et une tradition quelque peu déplaisante entourant l’origine du rite écossais lui-même ; mais il semblerait que ces irrégularités n’aient pas eu d’importance sérieuse, car les Puissances qui guidaient l’évolution en arrière-plan ont repris tout ce qui avait été fait et l’ont utilisé autant que possible ; de sorte que, bien que l’origine du rite écossais soit quelque peu obscure, il a été aligné sur les degrés supérieurs des anciens mystères égyptiens, et il leur ressemble maintenant très bien. Les Maîtres ont toujours encouragé ce qui était bon dans tous ces efforts, afin de fournir un sanctuaire à ceux des égos nés en Europe qui ne pouvaient pas se développer sous les enseignements plus grossiers que l’on appelait à tort le christianisme. La philosophie s’efface peu à peu chez eux, mais les Maîtres profitent de toute occasion favorable pour en restaurer un peu.
J’ai entendu dire que beaucoup de gens ont essayé de montrer que la Maçonnerie dérive uniquement des Guildes Opératives du Moyen-Age ; bien que certains, remontant plus loin dans le temps, aient rattaché ces Guildes aux Collegia romaines. Mais quiconque est un tant soit peu familier avec les anciens Mystères verra immédiatement que c’est faux ; car vous avez certaines cérémonies qui ne peuvent avoir aucun lien avec la simple Maçonnerie Opérative, mais qui ont un rapport réel avec les enseignements intérieurs des Mystères. Les s…..s que vous prenez, les k…..s mêmes que vous utilisez, ont tous une signification occulte réelle qui ne peut être reliée aux secrets des Maçons Opératifs.
Il est cependant indubitable que la Maçonnerie Spéculative a été volontairement confondue avec la Maçonnerie Opérative. Nous avons demandé des précisions à ce sujet et le Maître nous a répondu que c’était à l’arrière-plan qu’ils en étaient responsables et qu’ils avaient délibérément organisé cette confusion, car l’Église était devenue très méfiante à l’égard des Sociétés Secrètes, les réprimant avec une grande vigueur. Elle ne persécutait cependant pas les Maçons Opératifs, qu’elle considérait comme un groupe d’hommes gardant sagement les secrets de leur métier ; les Maîtres confondaient donc intentionnellement la Maçonnerie Symbolique avec la Maçonnerie Opérative. L’effort pour préserver la première fut donc couronné de succès, et ils adoptèrent autant qu’ils le purent de la terminologie des Maçons Opératifs, et leur confièrent certains de leurs secrets ; ils les comprenaient peu, mais ils en pratiquaient fidèlement les formes sans comprendre plus de la moitié de ce qu’ils voulaient dire.
Les Hébreux sont responsables d’une grande partie de la terminologie maçonnique actuelle. Moïse avait appris la sagesse de l’Egypte, mais plus tard ils ont essayé de l’adapter à leur propre histoire, et ont attribué son origine à leur grand héros national, le roi Salomon. Ils lui ont donné une forme qu’ils pouvaient relier à la construction de son Temple plutôt qu’à l’érection de la grande Pyramide ; et naturellement cette forme pouvait être plus facilement confondue avec la maçonnerie opérative que le cadre philosophique égyptien. C’est pourquoi leur forme et leur légende ont été adoptées de préférence à celles de l’Egypte ou de la Chaldée ; c’est pourquoi nous pleurons encore la mort de HA au lieu de la descente d’Osiris dans la matière ; c’est pourquoi certains s……s sont censés nous rappeler certains p……s, alors qu’en réalité les p…..s ont été inventés beaucoup plus tard pour expliquer les s……s, qui se réfèrent en réalité à divers centres du corps humain.
Plusieurs points ressortent de cette connaissance. Il est remarquable que les cérémonies maçonniques, que l’on a longtemps considérées comme contraires à la religion reçue du pays, sont en réalité des cérémonies religieuses, bien qu’elles appartiennent à une religion beaucoup plus ancienne et plus philosophique. Comme tout produit de ces systèmes anciens et perfectionnés, ces rites sont pleins de sens – ou devrais-je plutôt dire de sens, car en Égypte nous leur attribuions une quadruple signification. Puisque chaque détail est ainsi plein d’importance, il est évident qu’aucun détail ne doit jamais être modifié sans le plus grand soin, et seulement alors par ceux qui en connaissent pleinement l’intention, afin que la symbolique de l’ensemble ne soit pas altérée.
Heureusement, nos ancêtres ont reconnu l’importance de transmettre le travail sans le modifier, ce qui fait que, d’après ma propre expérience d’il y a six mille ans, je peux suivre votre rituel assez précisément, même si le langage est différent. Quelques points ont été supprimés au cours de ce laps de temps considérable, quelques autres ont été légèrement modifiés ; mais ils sont merveilleusement peu nombreux. Vos devoirs sont devenus beaucoup plus longs, et je remarque que les non-officiels participent beaucoup moins au travail qu’auparavant. Autrefois, ils chantaient constamment de courts versets de louange ou d’exhortation, et chacun d’eux comprenait qu’il occupait une position définie – qu’il était un rouage nécessaire dans la grande machine.
Membre de la fédération française de l’Ordre Maçonnique International LE DROIT HUMAIN, Annick DROGOU nous était déjà connue, en bonne agrégée de grammaire qu’elle est, non seulement comme co-titulaire avec Jean DUMONTEIL de la rubrique mensuelle « Mot Dico » qu’ils tiennent ensemble dans ce Journal, mais aussi – inlassable « passeuse de mots » qu’elle visite aux différents moments de leur vie –, en co-autrice avec Jean-Marc Pétillot d’un séduisant et judicieux Dictionnaire buissonnier de la franc-maçonnerie, dont l’édition date déjà d’il y a cinq ans (Numérilivre – Éditions des Bords de Seine, 2019).
Remontant à la source des notions et butinant, au gré de leurs dérives et de leurs dérivés, dans toutes les expériences qu’elles irriguent ou qu’elles reflètent, Annick DROGOU nous est revenue, ce printemps, avec un essai, cette fois-ci coécrit avec Dominique SEGALEN, intitulé : La Fabrique du Mixte – Le cheminement maçonnique de l’altérité (Numérilivre, mai 2024).
C’est dans ce sillage et sous les auspices de l’Académie maçonnique à Paris qu’elle va prononcer :
Samedi 16 novembre 2024 à 10 heures 30, en distanciel via un webinaire Zoom, une conférence sur le thème : « Penser mixte et altérité »,
qui n’a pas pour objet, comme on le fait usuellement, de présenter le principe de mixité gouvernant certaines obédiences, dont celle à laquelle elle appartient,
mais de s’inscrire dans une vision analytique plus large, c’est-à-dire dans une perspective générale intéressant tous les êtres humains, sous l’angle de la mixité et de l’altérité qui les caractérisent.
Une fois ainsi défini le cadre de sa réflexion, elle aura soin de développer une approche originale s’éloignant des poncifs et des revendications que l’on rencontre habituellement à la croisée de ces questions. Naviguant dans la langue et parmi les faits, elle proposera, aux Frères et aux Sœurs venus l’écouter et dialoguer avec elle, de porter un regard approfondi et nuancé sur ce qui nous constitue, chacun choisissant ensuite en conscience la voie qui lui convient le mieux.
Cette conférence est accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes obédiences et de tous grades.
René Guénon, né le 15 novembre 1886 à Blois, en France, et mort le 7 janvier 1951 au Caire, en Égypte, est une figure singulière et influente de la pensée ésotérique et métaphysique du XXe siècle. Son œuvre dense et complexe continue de fasciner et d’influencer les milieux intellectuels et spirituels, notamment en ce qui concerne la franc-maçonnerie et les traditions initiatiques.
Un héritage littéraire et spirituel impressionnant
Rue René Guenon à Blois
René Guénon a publié dix-sept ouvrages de son vivant, auxquels se sont ajoutés dix recueils d’articles posthumes, constituant un total de vingt-sept titres régulièrement réédités. Son œuvre, traduite en plus de vingt langues, aborde la métaphysique, le symbolisme, l’ésotérisme et la critique de la modernité. Sa démarche consistait à faire découvrir aux lecteurs occidentaux les doctrines métaphysiques orientales, qu’il considérait comme « universelles » et porteuses d’une connaissance supérieure.
Guénon se présentait comme un simple « transmetteur » de cette sagesse traditionnelle, qu’il jugeait intemporelle et universelle. Son œuvre oppose les civilisations ancrées dans un esprit traditionnel – qu’il ne voyait plus authentiquement représenté qu’en Orient – à la civilisation moderne, qu’il jugeait déviée. Sa critique radicale du monde moderne influença profondément la réception de l’ésotérisme en Occident, marquant de son empreinte des penseurs et créateurs aussi divers que Mircea Eliade, André Breton, Simone Weil, ou encore Charles III, roi du Royaume-Uni.
La franc-maçonnerie et l’engagement initiatique
Guénon fut initié en franc-maçonnerie dans sa jeunesse, une appartenance qui marqua profondément son parcours spirituel et intellectuel. Il s’affilia à plusieurs loges maçonniques en France, où il étudia les traditions initiatiques, le symbolisme et les rites, qu’il considérait comme des outils essentiels pour renouer avec une spiritualité authentique. Cependant, son engagement maçonnique ne fut pas sans tensions : bien qu’il valorisât la franc-maçonnerie pour son potentiel initiatique, il devint aussi l’un de ses critiques, déplorant ce qu’il percevait comme une déviation des véritables valeurs traditionnelles.
À ses débuts, il fréquenta des cercles ésotériques parisiens et l’École Hermétique de Papus, mais il en dénonça rapidement les pratiques occultistes qu’il jugeait contraires à l’essence spirituelle des véritables traditions initiatiques. Pour Guénon, la franc-maçonnerie devait renouer avec ses racines spirituelles et symboliques, plutôt que de s’égarer dans des dérives occultistes ou politiques.
Une vie tournée vers l’Orient et la recherche de l’Unité
Peinture représentant Adi Shankara en train d’enseigner. Entre 20 et 23 ans, Guénon rencontra un maître hindou de l’Advaïta védanta dans la formulation d’Adi Shankara. Les commentateurs considèrent que cette rencontre transforma complètement sa personnalité et lui apporta toutes ses certitudes : possibilité d’une connaissance supra-rationnelle (spirituelle), unité des traditions dont le message fut formulé dès le début de l’humanité (la Sanâtana Dharma de l’hindouisme), le non-dualisme d’Adi Shankara comme l’expression la plus pure de la « vérité », etc. Dès ses premiers articles à 23 ans, toutes ses idées apparaissent comme déjà cristallisées.
René Guénon passait pour un être énigmatique et insaisissable. Sa « vie simple » décrite par son biographe Paul Chacornac n’était simple que dans le sens d’une unité intérieure, une vie spirituelle accomplie très jeune. Dès l’âge de vingt ans, il fut introduit aux doctrines orientales et rencontra un maître hindou du Vedânta, expérience fondatrice qui orienta toute sa pensée. À partir de là, il conçut la notion d’une « vérité métaphysique » universelle sous-jacente à toutes les traditions spirituelles authentiques, encore préservée en Orient.
Cette quête d’universalité le poussa à explorer de nombreux milieux, des cercles catholiques traditionnels aux cercles occultistes, des francs-maçons aux artistes d’avant-garde, toujours en quête d’authenticité spirituelle. Malgré cette diversité de fréquentations, Guénon restait fidèle à une unité de pensée et de vie qui impressionnait ses contemporains. Pierre Naville évoquait « un ton si paisible, proche et lointain tout ensemble », tandis que d’autres décrivaient Guénon comme un homme « diaphane », détaché, comme s’il était déjà ailleurs.
L’exil spirituel au Caire : la réalisation d’une vie traditionnelle
En 1930, à la suite de ce qu’il considérait comme un échec dans sa tentative de « redressement spirituel » de l’Occident, Guénon quitta définitivement la France pour le Caire. Il trouva dans le vieux quartier traditionnel de la capitale égyptienne une forme de paix et d’authenticité qu’il n’avait jamais connue en Europe. Il se convertit à l’islam soufi, non par recherche d’identité mais par accomplissement d’une cohérence intérieure. Vivant dans une relative modestie, il poursuivit son œuvre d’écriture, qu’il adapta peu à peu au contexte oriental, et ses articles prirent un ton plus lyrique et contemplatif.
Pour Guénon, cette vie de soufi musulman au Caire était l’expression d’une union parfaite entre sa spiritualité intérieure et son mode de vie extérieur. Il se considérait enfin « chez lui », aligné avec une vie simple et authentique, en adéquation avec les principes traditionnels qu’il chérissait tant.
L’influence de Guénon : Une pensée intemporelle pour la franc-maçonnerie et au-delà
L’équerre et le compas, symbole de la franc-maçonnerie, représentés au plafond du grand temple maçonnique de Nancy. Alexandre Marchi – L’Est Républicain – MaxPPP
L’influence de René Guénon s’étend aujourd’hui bien au-delà des cercles maçonniques et ésotériques. En publiant ses ouvrages majeurs, tels que Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Le Symbolisme de la Croix, Les États multiples de l’être et La Crise du monde moderne, il a non seulement offert aux Occidentaux une porte d’entrée vers la métaphysique orientale, mais aussi posé les bases d’une critique en profondeur de la modernité. Ses idées ont contribué à redéfinir la perception de l’ésotérisme et de la spiritualité en Occident, inspirant des auteurs dans les domaines de la philosophie, de la littérature et des sciences humaines.
Pour les francs-maçons, Guénon reste une figure incontournable, non seulement pour sa connaissance profonde des symboles et des rites, mais aussi pour sa critique intransigeante des dérives de la modernité. Il incarne le pont entre la franc-maçonnerie occidentale et les grandes traditions de l’Orient, rappelant l’importance de l’initiation et de la quête de vérité dans un monde en perpétuelle transformation.
Aujourd’hui, ses ouvrages continuent d’être étudiés, réédités et commentés, témoignant de l’actualité de sa pensée et de sa capacité à inspirer ceux qui, comme lui, cherchent une vérité universelle, au-delà des frontières culturelles et temporelles. René Guénon laisse ainsi un héritage impérissable aux chercheurs de vérité, aux francs-maçons et à tous ceux qui aspirent à renouer avec une spiritualité authentique et universelle.
Découverte d’une personnalité
Années de jeunesse
Blason de la Ville de Blois
René Guénon est né le 15 novembre 1886 à Blois, en France, dans une famille angevine très catholique. Son père était architecte et Guénon, de santé fragile, se distingue comme un excellent élève, tant en sciences qu’en lettres. Il reçoit même un prix au concours général. Très entouré par sa famille, et en particulier par sa tante, Mme Duru, institutrice à Montlivault, il garde un lien proche avec elle jusqu’à son décès en 1928. C’est elle qui lui apprend à lire et écrire.
En 1904, il entre en classe de mathématiques élémentaires à Blois, où il est marqué par son professeur de philosophie, Albert Leclère, spécialiste des présocratiques, dont les idées sur le rejet des phénomènes et l’importance de la pensée pure influenceront probablement Guénon. Leclère, qui part ensuite enseigner en Suisse, incarne une des rares figures intellectuelles auxquelles Guénon s’attache dans ses années de jeunesse.
Durant cette période, Guénon rend régulièrement visite à sa famille, où il entretient des discussions philosophiques avec l’abbé Ferdinand Gombault, le curé de Montlivault et docteur en philosophie. Gombault lui transmet certaines connaissances sur le thomisme, bien que limitées, et partage avec lui une critique de la pensée allemande (notamment de Kant et Hegel) et des orientalistes allemands. Gombault et Guénon abordent également des réflexions sur le mal, et développent une méfiance envers les mélanges entre spiritualité et phénomènes d’ordre inférieur, comme dans le spiritisme.
En 1905, Guénon s’installe à Paris pour préparer les concours des grandes écoles. Inscrit à l’Association des candidats à l’École polytechnique et à l’École normale supérieure, il rencontre des difficultés académiques, notamment à cause de sa santé fragile. Il finit par interrompre temporairement ses études et commence à fréquenter les milieux occultistes de la Belle Époque, dominés par Gérard Encausse, dit Papus.
Ce passage de Guénon dans les cercles occultistes fera l’objet de nombreuses spéculations et critiques. Bien qu’il s’en détourne rapidement, cette période est déterminante pour lui, car c’est là qu’il rencontre des maîtres orientaux qui marqueront un tournant décisif dans sa vie. Jean-Pierre Laurant souligne que le lien entre l’occultisme et les sources orientales n’est pas anodin, et que c’est probablement dans ce contexte que Guénon découvre la spiritualité orientale, qui se distingue selon lui des parodies néo-spiritualistes occidentales.
Ordre du Temple Rénové et Église gnostique
En 1908, un événement étrange le lie à la fondation d’un « ordre du Temple rénové ». Lors de séances d’écriture automatique, une entité se présentant comme Jacques de Molay exige la création d’un nouvel ordre dont Guénon deviendrait le chef. Cette initiative est perçue diversement : Paul Chacornac considère que Guénon aurait saisi l’occasion pour former un groupe d’étude spirituel, tandis que d’autres y voient un possible complot contre Papus.
Guénon s’éloigne peu à peu de l’occultisme et des organisations qui en relèvent, et fonde la revue La Gnose (1909-1912) où il publie sous le pseudonyme de Palingenius. La revue adopte une orientation traditionnelle, inspirée par les doctrines orientales.
Traditions spirituelles d’Orient et d’Occident
À partir de 1909, René Guénon, à seulement vingt-trois ans, publie sous le pseudonyme de Palingénius une série d’articles intitulés Le Démiurge, où il démontre une profonde compréhension de la métaphysique orientale, en particulier des enseignements d’Adi Shankara. Entre 1910 et 1912, il publie dans La Gnose une grande partie de L’homme et son devenir selon le Vêdânta et Le Symbolisme de la Croix. Ces deux œuvres, ainsi que Les États multiples de l’être (rédigé en 1915 mais publié plus tard), constituent des piliers de sa pensée. De plus, il rédige d’autres articles sur des sujets variés, tels que le néospiritualisme, le spiritisme, Dante et la franc-maçonnerie.
Guénon affirme avoir reçu une initiation directe aux doctrines de l’Inde, du soufisme et du taoïsme par des maîtres orientaux. Cette influence décisive se manifeste autour de 1906, lorsqu’il aurait rencontré un guru hindou, bien que l’identité de ce dernier demeure secrète. Guénon considère l’Advaita Vedanta, l’école d’Adi Shankara, comme la plus proche de la Tradition primordiale. Les spécialistes ont même noté une influence des écoles tardives de Shankara dans ses écrits, indiquant une connaissance approfondie du sujet.
Guénon découvre également le taoïsme grâce à Matgioi, alias Georges-Albert Puyou de Pouvourville, un initié au taoïsme qui devient pour lui un mentor et collaborateur intellectuel. Matgioi, initié par le Tong-Song-Luat au Tonkin, est le premier à présenter sérieusement la métaphysique chinoise en Europe.
Découverte du soufisme
Derviche Tourneur
Concernant le soufisme, René Guénon n’entame des relations significatives avec des maîtres soufis qu’après son installation au Caire en 1930. Toutefois, dès 1910, il rencontre Ivan Aguéli, un peintre suédois initié au soufisme sous le nom d’Abdul-Hâdi. Aguéli, un personnage charismatique et érudit, introduit Guénon aux doctrines soufies et serait celui qui lui donne son initiation soufie, lui conférant le nom d’Abdel Wâhed Yahiâ. Cette initiation et la rencontre avec Aguéli marquent un tournant dans la vie spirituelle de Guénon, le préparant pour sa future immersion dans le monde soufi en Égypte.
Ce texte met en lumière la rencontre et l’assimilation des différentes traditions spirituelles orientales et occidentales dans la pensée de Guénon, dont l’impact durable se ressent dans ses œuvres influentes.
La Date de l’Initiation Soufie de René Guénon
Contrairement à ce qui est souvent mentionné, la date de 1912 pour l’initiation de René Guénon au soufisme est incorrecte. Michel Vâlsan et Charles-André Gilis ont rectifié cette erreur en précisant que l’année hégirienne 1329 (mentionnée dans la dédicace du Symbolisme de la Croix) correspond à l’année 1911 du calendrier grégorien, et non 1912 comme le pensait Paul Chacornac. Une lettre adressée par Guénon à Tony Grangler, dans laquelle il souligne qu’il a été rattaché au soufisme dès 1910, confirme que son initiation a eu lieu peu après sa rencontre avec Ivan Aguéli cette même année. Les premiers articles qui formeront la base du Symbolisme de la Croix furent d’ailleurs rédigés dès 1911, démontrant l’influence immédiate de cet enseignement soufi.
Dans le Symbolisme de la Croix, publié en 1931, Guénon rend hommage au Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir, représentant éminent de la branche shâdhilite et chef du madhhab mâleki à l’université al-Azhar. Cette école shâdhilite, fondée au XIIIe siècle par Abû-l-Hasan ash-Shâdhilî, incarne une tradition spirituelle de haute importance dans le soufisme, que Guénon va intégrer et faire fructifier. Abder-Rahman Elish El-Kebir fut pour Guénon une figure clé, inspirant ses travaux sur la métaphysique islamique, qu’il dédia à sa mémoire.
Influence d’Ibn Arabi et Convergence avec Shankara
Tant Ivan Aguéli qu’Abder-Rahman Elish El-Kebir étaient influencés par Ibn Arabi, figure centrale du soufisme, souvent désigné comme le « plus grand maître ». Dès 1910, Guénon s’immerge dans les textes de cette école soufie, traduits et commentés par Aguéli. Cette transmission intellectuelle et spirituelle, combinée aux doctrines d’Adi Shankara, devient le socle de la pensée de Guénon. Il envisage même de se rendre en Égypte en 1908 et 1911 pour y étudier les textes soufis, projet finalement abandonné à cette époque.
Rupture avec l’Occultisme
Miroir magique dans la nature
Avec la découverte des traditions orientales et les transmissions initiatiques reçues, Guénon réalise l’abîme qui sépare les doctrines spirituelles authentiques des groupements occultistes et néo-gnostiques en Europe. Il développe la conviction que l’esprit traditionnel est essentiellement préservé en Orient. Cette prise de conscience l’amène à rompre brutalement avec les milieux occultistes, dont il avait fait partie avec des intentions critiques, comme il le confie plus tard : il s’était impliqué dans le mouvement gnostique principalement pour le déconstruire.
Jean-Pierre Laurant souligne que, bien que Guénon s’éloigne de l’occultisme, il utilise cependant certaines informations d’auteurs comme Frédéric de Rougemont ou Éliphas Lévi pour des comparaisons symboliques avec la tradition occidentale. Les idées de « tradition unique » et de « religion primitive », bien que présentes chez certains occultistes, sont radicalement reformulées par Guénon pour se référer aux véritables traditions spirituelles vivantes, telles que le Sanâtana Dharma de l’hindouisme ou les enseignements d’Ibn Arabi. Pour Guénon, le fondement commun de l’hindouisme, du taoïsme et du soufisme est une preuve tangible de l’unité profonde de la Tradition primordiale.
Critique des Contrefaçons Spirituelles
L’expérience des milieux occultistes renforce la perception de Guénon que les contrefaçons spirituelles sont nombreuses et doivent être dénoncées pour éviter que d’autres ne soient égarés dans des voies sans issues. Cette dénonciation prend forme dans ses écrits critiques comme Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion et L’Erreur spirite. Bien qu’il ait envisagé de publier un ouvrage contre l’occultisme, il jugea l’entreprise inutile face au déclin de ce mouvement après la Première Guerre mondiale.
Les seules institutions traditionnelles occidentales auxquelles Guénon accorde un intérêt sont la franc-maçonnerie et l’Église catholique, qu’il considère comme les deux dernières institutions possédant encore une base traditionnelle authentique en Occident. Pour lui, l’Église catholique incarne l’ordre exotérique religieux, tandis que la franc-maçonnerie conserve une dimension ésotérique initiatique, bien que moindre comparée aux traditions orientales.
L’implication de René Guénon dans la Franc-maçonnerie
Le concept de « contre-tradition » développé par René Guénon représente une clé de voûte dans sa pensée concernant les oppositions au monde traditionnel. Pour lui, ces groupes de « contre-initiés » cherchaient à saper les valeurs traditionnelles, que ce soit dans les milieux religieux comme l’Église catholique ou dans des organisations initiatiques telles que la franc-maçonnerie. Guénon voyait ces groupes non comme une simple opposition à la tradition mais comme un « anti-traditionnel », visant à renverser l’ordre spirituel et métaphysique, opérant en quelque sorte comme les forces sombres s’opposant aux valeurs sacrées et éternelles des doctrines initiatiques.
Cette théorie l’amena à développer des distinctions entre diverses formes d’influences subversives, posant que les influences modernes et anti-spirituelles n’étaient pas uniquement des produits de l’évolution naturelle des sociétés, mais qu’elles résultaient en partie d’un complot plus vaste contre l’héritage traditionnel. Ce soupçon de subversion visait aussi bien les doctrines ésotériques que les mouvements politiques, conduisant Guénon à s’opposer farouchement aux idées de libéralisme moderne qu’il jugeait en contradiction avec le monde métaphysique et symbolique des sociétés initiatiques.
Pour Guénon, la franc-maçonnerie, malgré les déviances et les corruptions qu’il percevait en son sein, restait l’une des dernières institutions en Occident susceptible de transmettre une part de la connaissance initiatique authentique. Il soulignait néanmoins que, sans un retour à son essence sacrée, cet Ordre était vulnérable à la déviation et à la contamination de forces anti-traditionnelles. Cette vision l’a conduit à maintenir des relations avec des cercles francs-maçons même après sa rupture avec La France antimaçonnique, cherchant toujours à retrouver une maçonnerie débarrassée de ses influences modernistes pour revenir à ses racines spirituelles.
La Franc-maçonnerie et le mystère de l’Écossisme, image générée par IA
Cette quête de la pureté initiatique et de l’authenticité symbolique demeurera pour Guénon une source de tensions et de conflits tout au long de sa vie. Influencé par une vision dualiste de la lutte entre tradition et modernité, il voyait dans les mouvements occultistes modernes, le matérialisme et certaines idéologies politiques une tentative d’anéantissement de la structure sacrée du monde. Cette conviction l’amena non seulement à se distancier de la franc-maçonnerie officielle moderniste, mais aussi à promouvoir l’idée d’une continuité sacrée via les voies ésotériques orientales, tout en intégrant ses expériences dans le soufisme comme un modèle d’initiation universelle.
En somme, l’implication de Guénon dans les milieux maçonniques et antimaçonniques se révèle être bien plus qu’une simple recherche de rituels ou de symbolisme ; elle est, pour lui, une quête de réintégration spirituelle de l’Occident à travers le renouveau des traditions initiatiques et la réaffirmation de leur rôle dans un monde en proie aux forces de la contre-tradition.
Guénon dans le millieu parisien
La parution de Bêtes, Hommes et Dieux d’Ossendowski en 1924 alimenta ainsi l’intérêt croissant pour les mystères de l’Orient, une tendance en pleine expansion dans les milieux littéraires et intellectuels de Paris. La figure du mystérieux « Roi du monde » d’Agarttha, évoqué par Ossendowski, résonna particulièrement avec les mythes de l’ésotérisme oriental. Guénon, intrigué mais prudent face aux récits occidentaux sur l’Asie, adopta une position de réserve, insistant sur la nécessité d’une compréhension plus rigoureuse et moins romantisée de ces symboles, qu’il considérait comme d’une profondeur métaphysique rarement comprise par les Européens.
Jacques Maritain, né le 18 novembre 1882 à Paris et mort le 28 avril 1973 à Toulouse, est un philosophe et théologien catholique français. Il est une figure centrale du thomisme au XXe siècle.
Le débat radiodiffusé, où Guénon confronta Jacques Maritain, symbolisa la rencontre entre deux approches de la spiritualité. Maritain défendait une spiritualité chrétienne centrée sur la charité et l’amour du prochain, tandis que Guénon, fidèle à sa vision intellectualiste, défendait la voie de la connaissance pure, libre de toute émotion. Ce dialogue, malgré leurs divergences, marqua une reconnaissance publique pour Guénon, qui s’affirmait de plus en plus comme un penseur unique capable d’articuler les enseignements des traditions orientales et occidentales avec une profonde érudition.
Guénon continua de publier et de participer aux discussions de son époque, marquant les esprits par son calme et sa capacité à expliquer les principes de traditions éloignées, sans tomber dans le prosélytisme. Dans les années qui suivirent, il se rapprocha du milieu de l’intelligentsia ésotérique parisienne, tout en restant distant des aspects mondains de cette scène. Cela accentua son aura de mystère et renforça son image d’homme « diaphane » et détaché des passions humaines, ce que beaucoup considéraient comme le signe de son engagement spirituel profond.
Avec cette influence croissante, Guénon contribua à redéfinir la perception de l’ésotérisme en Occident, loin des élucubrations fantaisistes et des dérives occultistes populaires de l’époque. Ses œuvres proposaient une approche intellectualisée de la métaphysique, fondée sur une hiérarchie stricte entre le profane et l’initié, la forme et l’essence. Ce positionnement contribua à inspirer plusieurs générations de lecteurs et à poser les bases d’une compréhension moderne de l’ésotérisme qui voyait dans chaque tradition une voie d’accès aux principes universels de la métaphysique.
Guénon et la doctrine
Les critiques adressées à René Guénon pour avoir abordé la décadence de la civilisation occidentale sans dévoiler de manière explicite les doctrines orientales qu’il vantait furent sans doute un facteur clé dans la publication de L’homme et son devenir selon le Vêdânta en 1925. Cet ouvrage, inspiré par le Vêdânta et les écrits d’Adi Shankara, fut accueilli avec enthousiasme dans les milieux intellectuels, marquant un tournant dans la carrière de Guénon. Il y expliquait en détail des concepts essentiels comme l’identité du Soi (Âtmâ) avec le principe transcendant Brahman, fournissant une base pour une compréhension plus rigoureuse de la métaphysique orientale en Occident.
Les surréalistes, intrigués par ses idées, cherchèrent à l’intégrer à leur mouvement, espérant qu’il pourrait les guider vers ce qu’ils percevaient comme le « surréel », une dimension de réalité supérieure qu’ils avaient jusque-là explorée par leurs propres méthodes, notamment les états de rêve et l’écriture automatique. Guénon, toutefois, demeura distant, déclinant l’offre tout en gardant des relations cordiales. Pierre Naville, profondément marqué par leur rencontre, admit que Guénon incarnait déjà un équilibre spirituel que les surréalistes cherchaient sans succès. En restant à l’écart, Guénon influença pourtant certains membres du groupe, notamment René Daumal et Antonin Artaud, ainsi que des figures italiennes comme Julius Evola, qui s’orientèrent vers la tradition ésotérique en partie grâce à lui.
Guénon élargit ensuite son travail sur le symbolisme chrétien, publiant en 1925 L’Esotérisme de Dante, où il exposait une lecture initiatique de la Divine Comédie. Bien que cet ouvrage ait eu un impact limité, il montra l’importance que Guénon accordait à l’ésotérisme chrétien. Il développa des théories sur l’initiation et le symbolisme, explorant des liens profonds entre l’héritage spirituel occidental et oriental, dans le but de raviver les traditions ésotériques en Occident. Cependant, Guénon se heurta au néo-thomisme, un mouvement influent dans l’Église catholique, qu’il jugeait réducteur. Dans ses échanges avec des figures comme Jacques Maritain, il souligna que la théologie scolastique restreignait l’intellectualité chrétienne en la confinant à des interprétations rigides. Il poursuivit néanmoins ses écrits pour raviver un ésotérisme chrétien authentique, collaborant notamment à des ouvrages sur la vie des saints et partageant ses idées sur Saint Bernard de Clairvaux, un modèle de contemplation et de soutien à l’autorité spirituelle.
Ainsi, Guénon façonna une approche unique du dialogue entre Orient et Occident, contribuant à la redécouverte de dimensions spirituelles et symboliques oubliées.
Collaboration à Regnabit
Les contributions de René Guénon à la revue Regnabit, organe de la « Société du rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur », ont marqué une étape importante de son parcours. Cet engagement, motivé par une volonté de diffuser des connaissances spirituelles à travers le symbolisme chrétien, illustre son approche distincte de la fonction du « clerc ». Pour Guénon, celle-ci ne se limitait pas à une connaissance rationnelle, comme l’entendait Julien Benda dans La trahison des clercs, mais incluait la transmission d’une connaissance supra-rationnelle, celle permettant la réalisation spirituelle.
Dans Regnabit, Guénon a exploré de nombreux symboles, en s’appuyant sur le langage symbolique, qu’il estimait plus accessible au public que le langage métaphysique. Ces écrits sur des symboles universels tels que le cœur, le centre, et le vase reflétaient sa conviction en l’existence d’une Tradition primordiale, transcendant les religions et reliant les traditions spirituelles du monde entier. Ses comparaisons avec des symboles d’autres traditions servaient à démontrer cette universalité, point de vue qui influencera des figures comme Mircea Eliade. Ce dernier, qualifiant Guénon « d’homme le plus intelligent du XXe siècle », reprendra et approfondira ces idées sur l’universalité des symboles dans ses propres travaux, notamment dans le Traité d’histoire des religions.
Ainsi, en participant activement à une revue catholique tout en élargissant ses études aux traditions non chrétiennes, Guénon chercha à rassembler autour de l’Église catholique une « élite » spirituelle capable de rétablir une connaissance symbolique et métaphysique universelle, ancrée dans la Tradition primordiale.
Réquisitoire contre le monde moderne
La crise du monde moderne, publiée en 1927, marque un tournant dans l’œuvre de René Guénon, touchant un public bien plus large que ses précédents ouvrages. Ce livre, rédigé à la demande de Gonzague Truc pour les éditions Bossard, représente une critique acerbe de la civilisation occidentale moderne, qu’il associe à une décadence spirituelle et à une perte de sens. Par ce texte, Guénon attaque également le nationalisme, qu’il considère comme une émanation de la modernité. Cette critique est notamment dirigée contre Henri Massis, auteur de Défense de l’Occident, et plus généralement contre toute forme de nationalisme qu’il juge incompatible avec une vision spirituelle du monde.
Cette position attire l’animosité des milieux nationalistes et de figures telles que Charles Maurras. De plus, Guénon reproche à l’Église catholique de ne pas faire face aux dérives de la modernité, ce qui provoque des tensions avec certains ecclésiastiques. L’ouvrage précipite son éviction de Regnabit, la revue catholique fondée par le père Anizan, qui soutenait son travail sur le symbolisme chrétien.
Sur le plan personnel, Guénon traverse une période de profondes épreuves. En 1928, il perd sa femme, puis sa tante, et se retrouve isolé. Sa nièce, qu’il considérait comme sa fille, est également éloignée de lui, ce qui l’affecte énormément. Ces événements renforcent en lui l’idée d’un complot catholique visant à discréditer son travail et à l’empêcher de diffuser ses idées.
Fragilisé, Guénon développe un sentiment de persécution, se convainquant d’être victime d’attaques psychiques de la part de ses ennemis néo-spiritualistes et occultistes. Vers 1928-1929, il prétend même avoir été attaqué par des animaux noirs, manifestation, selon lui, de forces occultes hostiles. Dans cette période de solitude, il rencontre Mary Shillito, une riche veuve, qui devient son mécène. Cette relation le mène au Caire en 1930, marquant un nouveau départ dans sa vie.
Malgré le rejet des nationalistes, l’internationalisme que prône Guénon intéresse certains milieux prônant une union des peuples, notamment ceux de la Société des Nations à Genève. Selon Xavier Accart, cette vision d’universalité sous-tend l’idée d’une unité spirituelle entre les peuples, en opposition aux divisions politiques et nationales exacerbées depuis la Première Guerre mondiale.
René Guénon développa sa vision de l’unité des peuples et de l’Europe en s’appuyant sur l’idée d’une restauration de l’« Intellectualité », entendue comme une sagesse spirituelle dépassant les particularismes culturels et nationaux. Cette perspective attira des figures comme le Docteur René Allendy, psychanalyste et fondateur du Groupe d’Études philosophiques et scientifiques pour l’examen des Idées nouvelles, qui cherchait à relier des disciplines variées, comme la psychanalyse et la philosophie orientale. Ce groupe tenait ses séances à la Sorbonne et entretenait des liens avec la revue Vers l’Unité, fondée à Genève et transférée ensuite à Paris pour promouvoir un dialogue entre l’Orient et l’Occident.
En 1925, Guénon donna une conférence sur la Métaphysique orientale à la Sorbonne, soulignant sa quête d’une unité spirituelle, au-delà des frontières politiques. Il publia par la suite deux articles dans Vers l’Unité exposant sa vision d’une union européenne fondée sur des principes spirituels traditionnels, qui culmina dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel (1929). Il y défendait une autorité spirituelle supranationale incarnée par la Papauté, en réaffirmant la primauté de l’autorité spirituelle sur le pouvoir temporel. À ce titre, Guénon puisait dans l’œuvre de Dante, notamment De Monarchia, pour soutenir l’idée que le Pape devait être supérieur à l’Empereur, reprenant ainsi les idées de Joseph de Maistre sur la prééminence de l’autorité spirituelle.
RENÉ GUÉNON ET LE GUÉNONISME
Inspiré par de Maistre, Guénon entreprit de fonder en 1925 une association discrète, l’Union intellectuelle pour l’entente entre les peuples, dont les activités furent peu connues du public. Selon Frans Vreede, ami et collaborateur de Guénon, l’association survécut par correspondance même après le départ de Guénon pour le Caire. Le but de cette Union était de créer une élite spirituelle en Europe, fondée sur des valeurs chrétiennes et une conception catholique de l’unité. Dans cette optique, Guénon prônait une unité universelle au-delà du christianisme européen, cherchant une convergence de toutes les traditions spirituelles sur une base de vérité universelle.
Guénon collabora également avec des groupes comme celui des Veilleurs, dont les membres, marqués par la Première Guerre mondiale, aspiraient à un renouveau spirituel européen fondé sur le christianisme. Ce groupe ésotérique, formé sous les conseils de Guénon, incluait des personnalités comme les poètes Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, Nicolas Beauduin, et le peintre Albert Gleizes, dont l’œuvre évolua sous l’influence de Guénon.
La publication de Autorité spirituelle et pouvoir temporel marqua l’apogée de ses liens avec ces milieux. Cet ouvrage prenait position en faveur de l’Église catholique, en critiquant les tendances agnostiques de certains membres de l’Action française, notamment Charles Maurras. Guénon se prononçait pour une soumission de l’ordre temporel à l’autorité spirituelle, opposée au refus de l’Action française de se soumettre à la Papauté, ce qui entraîna en 1926 une condamnation par le Vatican. Cependant, ce positionnement ne permit pas à Guénon de retrouver les bonnes grâces des milieux catholiques, et le brouilla durablement avec les membres de l’Action française.
Un Réseau International de Collaborateurs Rejeté par les leaders de l’Action française en raison de sa critique du nationalisme, et par les conservateurs catholiques pour sa défense de l’Orient, René Guénon s’est allié à des milieux inattendus : les progressistes autour de la revue Europe et de Romain Rolland. Romain Rolland, pacifiste depuis la Première Guerre mondiale, était l’« ennemi juré » d’Henri Massis, que Guénon avait critiqué dans « La crise du monde moderne ». Ces milieux cherchaient à surmonter les divisions nationales en Europe sur une base culturelle, prônant une « Europe des artistes et des penseurs ». Ils encourageaient également un rapprochement culturel avec l’Orient, particulièrement avec l’Inde.
Romain Rolland s’intéressa profondément à des figures telles que Tagore, Gandhi, Râmakrishna et Vivekananda. Selon Jean Herbert, jusqu’en 1920, la connaissance de l’Inde en France se limitait aux « déformations » de la société théosophique et aux travaux des orientalistes comme Sylvain Lévi, centrés principalement sur la linguistique. Herbert a déclaré que ce sont Guénon et Rolland qui ont permis de sortir de cette impasse, introduisant « l’esprit de l’Inde » aux Français entre 1920 et 1925 par des voies apparemment contradictoires.
Malgré tout, des divergences subsistaient : Romain Rolland et ses sympathisants affichaient des penchants marxistes, ce qui conduisit Guénon à refuser de publier chez les éditions Rieder, proches de ces milieux. Guénon considérait Tagore et Gandhi comme des Indiens occidentalisés, malgré leur talent, et se méfiait de Vivekananda pour avoir tenté de vulgariser le message de Ramakrishna pour le public occidental. Seul ce dernier était considéré par Guénon comme un « illustre » maître spirituel dans la pure tradition hindoue.
Symbolisme et Collaboration avec Ananda Coomaraswamy En 1939, inspiré par une publication d’Ananda Coomaraswamy, Guénon publia un article sur le symbolisme des Kâla-mukha ou Kîrtu-mukha, symboles représentés par des monstres à bouche grande ouverte dans le temple Kasivisvesvara à Lakkundi, Karnataka. Coomaraswamy lui fournit une vaste documentation iconographique dès 1935, permettant à Guénon d’explorer la signification de nombreux symboles.
Réception Paradoxale
Malgré l’intérêt limité des milieux « rollandistes » pour son œuvre, certains collaborateurs de la revue Europe étudièrent les livres de Guénon, ce que Xavier Accart a qualifié de « réception paradoxale de l’œuvre de Guénon ». Parmi eux se trouvaient François Bonjean, Émile Dermenghem, qui tenta de concilier préoccupations sociales et pensée traditionnelle de Guénon, et surtout Luc Benoist, dont la vie fut profondément transformée par Guénon.
De façon inattendue, c’est dans ce milieu qu’il allait réaliser son plus important « ralliement » : Ananda Coomaraswamy, un proche de Tagore et de Rolland. Coomaraswamy naquit à Colombo d’un notable local de l’ethnie tamoule et d’une mère anglaise. Après de brillantes études scientifiques en Grande-Bretagne, il devint directeur des recherches minéralogiques de l’île de Ceylan. Il fut fortement influencé par les idées socialistes de William Morris et s’intéressa à la philosophie occidentale, en particulier à Nietzsche. Mais il ressentit, de plus en plus, un besoin de se tourner vers la culture hindoue de ses ancêtres. Sa connaissance des arts traditionnels devint encyclopédique et on lui proposa le poste de conservateur du département des arts de l’islam et du Moyen-Orient du prestigieux Musée des Beaux-arts de Boston, poste qu’il accepta. Il multiplia les publications sur les arts traditionnels (iconographie bouddhiste, histoire de l’art indonésien, l’art des Indiens d’Amérique, etc.), les exégèses des textes anciens (il maîtrisait une trentaine de langues et dialectes). Il devint rapidement une véritable autorité sur le plan universitaire. Il resta cependant profondément insatisfait car il n’arrivait pas à trouver l’unité derrière toutes ses cultures, unité qu’il pressentait. Pour trouver une réponse, il étudia de nombreux auteurs du transcendantalisme américain : Ralph Waldo Emerson, Henry David Thoreau ou Walt Whitman. Mais c’est la découverte de l’œuvre de Guénon en 1930 qui lui donna la solution et transforma toute sa vie. Il prit contact avec Guénon le 24 juin 1935 et adopta sa perspective traditionnelle tout en retournant sur le plan personnel à l’hindouisme.
La proximité, marquée par un profond respect réciproque, entre les deux auteurs fut telle que Coomaraswamy est parfois décrit comme le « frère spirituel » de Guénon. C’est la seule personne, avec Charbonneau Lassay, que Guénon appelait « notre illustre collaborateur ».
Il fournit, dès lors, à travers ses publications, une documentation considérable à Guénon sur le symbolisme de nombreuses traditions ainsi que sur les doctrines et les termes hindous. Il s’intéressa beaucoup, suivant en cela Guénon, au folklore qu’il voyait comme un moyen de transmettre des connaissances traditionnelles sur des temps très longs. Très respecté sur le plan académique, ses travaux se présentant sous un aspect plus « scientifique » que ceux de Guénon, il joua un rôle majeur dans la diffusion des idées de ce dernier dans le monde anglo-saxon, tout particulièrement dans les milieux universitaires.
Mircea Eliade
D’autre part, son intérêt pour l’art (qui n’inspirait pas beaucoup Guénon) attira des auteurs tels que Mircea Eliade ou Jacques Masui. La confiance de Guénon en son ami hindou fut telle que ce dernier réussit, par ses nombreuses études, à le faire changer d’avis sur la doctrine du Bouddha Shakyamuni. Bien que Guénon affichât depuis sa jeunesse un grand respect pour certaines traditions qui se réclament du bouddhisme, surtout pour la tradition tibétaine, il était persuadé, influencé par les interprétations occidentales du bouddhisme, que Shakyamuni avait développé une pensée hétérodoxe en opposition à l’hindouisme. Certaines branches avaient été réformées tardivement et étaient redevenues orthodoxes par l’influence d’autres traditions (le Shivaïsme hindou pour la bouddhisme tibétain ou le taoïsme en Chine). À la suite des études de Coomaraswamy (poussé par Marco Pallis qui voulait traduire les livres de Guénon en anglais mais n’était pas d’accord sur son rejet du bouddhisme), il reconnut que le bouddhisme était, dès son origine, une tradition spirituelle orthodoxe et reconnut ouvertement s’être trompé. Il changea, en conséquence, de nombreux passages de ses livres dans les rééditions après la Seconde Guerre mondiale, en particulier le chapitre concernant le bouddhisme dans l’Introduction générale aux doctrines hindoues.
Ces exemples n’étaient pas isolés. Bien que son essai de créer un sursaut spirituel en Occident tournât à l’échec et qu’il se sentît rejeté par les milieux catholiques, il faisait des émules partout : le Dr Grangier nota en décembre 1927 qu’il avait « une correspondance invraisemblable de quantité, des disciples v[enaient] à lui, sans qu’il les quémande, sa notoriété augmentait ». Il refusa toujours d’être un maître spirituel et d’avoir des disciples. Cependant, nombreux allaient être les lecteurs chez qui son œuvre provoqua « à un moment de la vie, […] un choc salutaire » (l’expression est d’Henry Corbin). Ils n’adhéraient pas nécessairement à l’ensemble de son œuvre et parfois s’en détournèrent, mais ils retournèrent à leur tradition d’origine ou s’engagèrent dans une autre pour consacrer le reste de leur vie à une quête spirituelle : dans le monde occultiste ou l’église gnostique qu’il avait traversé, chez les conservateurs catholiques ou de l’Action française, dans les cercles artistiques d’avant-garde proches du surréalisme ou du cubisme, dans les milieux internationalistes de droite comme de gauche, puis en terre d’islam et même parmi ses élèves dans les lycées catholiques où il enseigna.
Le château de Blois, aile François Ier, façade des Loges, place Victor-Hugo.
Il enseigna, par exemple, en 1918 au Lycée de Blois où il avait fait sa scolarité. Très mauvais enseignant, il se contentait de dicter ses notes : c’est probablement à partir de ces dernières que fut rédigé vers 1917-1918 le livre Psychologie attribué à Guénon et publié en 2001 chez Archè. Au lycée de Blois, les élèves s’ennuyant à mourir, le relançaient continuellement sur « ses marottes orientales » écoutant avec grand intérêt les mystères de l’Orient et des civilisations traditionnelles. Jean Collin, l’un des élèves, rapporta plus tard qu’il affichait ouvertement « un souverain mépris pour l’histoire et la philosophie officielle » mais ne critiquait jamais l’Église catholique et éludait toute question sur l’antisémitisme (ces milieux catholiques étaient souvent antijudaïques à l’époque).
En 1922, il reprit l’enseignement de la philosophie à Paris au lycée des Francs-Bourgeois tenu par les frères des écoles chrétiennes. Son cours à nouveau entièrement dicté suscita la contestation de la vingtaine d’élèves. Il leur rétorqua qu’il n’y avait rien de valable dans les manuels et qu’il avait des œuvres en chantier « d’un intérêt bien supérieur ». Le cours se transforma alors en une description de la vie spirituelle du Moyen Âge. Les élèves fascinés par cet enseignant « aux petits travers physiques » et « aux bizarreries de langage » écoutèrent avec passion la description du compagnonnage, la signification symbolique de la quête du Graal et de la chevalerie, l’histoire des templiers, etc. Le programme officiel fut d’autant plus sabré (tout particulièrement le cours de morale).
Le directeur, s’en rendant compte, fut effrayé surtout lorsqu’il réalisa que l’enseignant expliquait aux élèves que la franc-maçonnerie n’était pas une « assemblée de suppôts de Satan » mais une branche plus ou moins déviée des congrégations médiévales. Convoqué par le directeur pour s’expliquer sur ses convictions religieuses, Guénon qui ne cacha jamais ses idées, fut renvoyé sur le champ avec interdiction de revoir ses élèves. La classe, presque au complet, vint, néanmoins, écouter avec fierté leur ancien enseignant lors de sa conférence à la Sorbonne en 1925. Certains, comme Marcel Colas, qui rapporta ces anecdotes, allaient le suivre le reste de leur vie.
À partir de 1929, il put disposer d’une tribune indépendante dévouée à sa cause. En effet, le libraire Paul Chacornac, que Guénon avait déjà rencontré en 1922, et son frère avaient récupéré la revue Le voile d’Isis, une revue fondée par Papus en 1890 qui avait eu beaucoup de succès dans le milieu occultiste de la Belle Époque. Les frères Chacornac avaient réussi à faire de leur librairie et de la revue un centre regroupant de nombreuses personnalités intéressées par l’ésotérisme (au sens large) : Albert Gleizes, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, Jean Marquès-Rivière, Victor-Émile Michelet, etc. Mais la revue périclitait progressivement. Jean Reyor et Georges Tamos, proches de Chacornac, furent chargés de proposer la direction à Guénon. Celui-ci accepta de collaborer, à condition que les articles à caractère occultiste disparaissent, mais refusa toute fonction et c’est Georges Tamos qui devint rédacteur en chef.
Jean Reyor (de son vrai nom Marcel Clavelle)
Guénon rencontra ainsi Jean Reyor (de son vrai nom Marcel Clavelle) qui allait devenir son plus fidèle collaborateur jusqu’à sa mort. Progressivement, et à la suite de crises dues à des questions doctrinales pendant la période 1929-1931, les rédacteurs qui ne suivaient pas la ligne de pensée de Guénon quittèrent la revue : par exemple, Jean Marquès-Rivière qui attaqua la franc-maçonnerie, ce qui déplut fortement à Guénon, ou Georges Tamos qui reprocha à Guénon sa trop grande proximité avec l’Orient. C’est Jean Reyor qui reprit la direction de la revue en 1931, cette dernière fut rebaptisée en 1936 les Études traditionnelles pour couper tout lien avec l’occultisme et indiquer que la revue ne se concentrait que sur l’étude des doctrines traditionnelle. La revue devint ainsi une tribune permanente entièrement destinée à la diffusion de sa pensée. D’autres collaborateurs comme André Préau, dont la maîtrise parfaite de l’Allemand lui permit de diffuser la pensée de Martin Heidegger après guerre et René Allar rejoignirent l’équipe. Ils faisaient partie des « premiers guénoniens » de stricte observance » d’après Reyor.
L’Impact de René Guénon Pendant la Seconde Guerre Mondiale
Durant la Seconde Guerre Mondiale, l’œuvre de René Guénon fut largement lue et joua un rôle clé en tant que « ferment de la résistance spirituelle » dans la France vaincue. Des intellectuels tels que René Daumal, Max-Paul Fouchet, et Simone Weil se plongèrent profondément dans ses livres. Les jeunes écrivains, fatigués du « divorce entre les mots et les choses » et désireux d’expériences authentiques, furent particulièrement attirés par la notion omniprésente chez Guénon d’une connaissance supra-rationnelle.
L’Influence Guénonienne sur la Littérature et la Pensée
Henri Bosco, par exemple, intégra de plus en plus de symboles d’inspiration guénonienne dans ses ouvrages, ce qui est particulièrement évident dans son livre « Le Mas Théotime » publié en 1945. La lecture des œuvres de Guénon pendant la guerre détourna Jean Paulhan d’un rationalisme rigide. La découverte de deux articles de Guénon – « L’esprit est-il dans le corps ou le corps dans l’esprit ? » (juin 1939) et « Le don des langues » (juillet 1939) – le convainquit qu’il existait une forme de « pensée » antérieure à toute expression verbale, capable de transcender les limites du langage pour décrire la réalité. C’est ce qu’il nomma le « renversement des clartés », rejetant la méthode de Descartes en faveur d’une intuition intellectuelle appréhendant la totalité.
Pierre Drieu la Rochelle, dégoûté par la collaboration, se passionna pour l’œuvre de Guénon dans les dernières années de sa vie, regrettant de ne pas l’avoir rencontré plus tôt. La certitude d’une Tradition unique sous-jacente à toutes les religions lui apporta un certain réconfort avant son suicide en 1945.
Résistance Spirituelle et Influence Post-Guerre
Pétain
Contrairement à certaines idées propagées après la guerre, l’influence de Guénon sur le régime de Vichy fut nulle. Les Allemands, qui cherchaient à mettre en avant les penseurs potentiellement récupérables pour leur cause, n’évoquèrent jamais Guénon pendant l’occupation. Beaucoup de ses lecteurs ne se contentèrent pas d’une résistance spirituelle, mais s’engagèrent activement dans la résistance intérieure française, tels que Jean Paulhan, Simone Weil, Henri Hartung, et Paul Petit.
Parmi ceux qui participèrent à la vie littéraire ou développèrent une action sociale pendant l’occupation, comme Pierre Winter ou Gonzague Truc, l’éloignement de la pensée de Guénon était notable. Selon Xavier Accart, « la radicale opposition entre la perspective spirituelle de Guénon et l’idéologie nazie » ainsi que « la valorisation de l’Orient, de l’islam spirituel, et l’intérêt pour la franc-maçonnerie » étaient incompatibles avec l’idéologie de Vichy.
Il est intéressant de noter qu’aucune traduction des livres de Guénon n’existait dans les pays de l’Axe, alors que ses œuvres se multipliaient dans les pays anglo-saxons. Le journal maçonnique « Speculative Mason » de Londres publia plusieurs articles de Guénon pendant la guerre, jouant un rôle significatif dans son influence au sein de la franc-maçonnerie.
La Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm est une obédience maçonnique qui se distingue par son orientation exclusivement féminine et son attachement aux sources du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm. Ce rite, parmi les plus riches et symboliques de la Franc-Maçonnerie, plonge ses racines dans une tradition ancienne qui se veut à la fois philosophique, initiatique, et spirituelle.
spécificité : filiation initiatique traditionnelle symbolique et surtout spirituelle. Entendez par là, opposée au matérialisme.
SAMEDI 16 NOVEMBRE A 15H au Salon du Livre de Villeurbanne
(CCVA 234 cours Emile Zola) sur le thème
« la spiritualité sous toutes ses formes ».
Cherchante depuis l’enfance sur les « pourquoi », la vie, la mort, j’ai rencontré la Franc-Maçonnerie très tard et je l’ai abordée comme une construction de l’Etre au milieu des multiples voies plus ou moins spirituelles que j’avais abordées en touriste de l’Esprit. Mon principal centre d’intérêt fut longtemps l’Astrologie, puis aujourd’hui l’Alchimie. La Maçonnerie m’a permis d’aligner le Corps, l’Âme et l’Esprit, et m’a lancée sur le Chemin de Compostelle comme la plus belle mise à l’épreuve et la révélation de Force Sagesse et Beauté. Initiée à la RL Les Pléiades, GLFMM, à Toulon en 2009 Membre fondateur de la RL TIT en 2014
Bernadette CAPPELLO – Initiée au plus haut degré du rite, elle a été Sérénissime Grand Maître de la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm de 2006 à 2012. Elle poursuit, par ailleurs, un cursus universitaire en théologie et hébreu biblique. Elle s’intéresse également à la Tradition hébraïque, particulièrement à la cabale. Elle a déjà porté témoignage de son approche du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm et de ses liens avec l’ancienne Égypte et la Cité d’Alexandrie au travers de deux ouvrages de référence : “Isis, clef des métamorphoses au Rite de Memphis-Misraïm” et “Mystère et Secrets de la cérémonie de fondation d’une loge maçonnique”. Elle participera à une séance de dédicaces le : SAMEDI 16 NOVEMBRE et le DIMANCHE 17 NOVEMBRE sur le Salon du Livre de Villeurbanne (CCVA 234 cours Emile Zola)
15e ÉDITION : Rencontres Culturelles Maçonniques Lyonnaises
Samedi 16 et dimanche 17 novembre 2024 dès 10h00 VILLEURBANNE
Ouverte à tous les publics, cette manifestation rassemble des libraires et éditeurs d’ouvrages maçonniques, 30 auteurs qui dédicaceront leurs ouvrages et une exposition « le Petit Léonard décodé » du dessinateur de bandes dessinées François Boucq. Durant ces 2 jours, 8 conférences et tables rondes sur des thématiques diverses. Le samedi soir, un concert de jazz. Le dimanche à 13h aura lieu une rencontre libre entre visiteurs et Francs-Maçons.
Bibliothèque Francophone Multimédia 2 Place Aimé Césaire à Limoges
8e Salon Maçonnique de Toulouse
Samedi 23 et dimanche 24 novembre 2024 dès 9h00 – TOULOUSE
Cette nouvelle édition du Salon maçonnique de Toulouse, est assise sur la phrase de Goethe « au-dessus des tombeaux. En avant ! ». Il traitera de la nécessité de l’espérance en dépit du chaos écologique, économique, sanitaire, urbanistique à travers des conférences, tables rondes, expositions, concerts…