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L’ancien Grand Maître maçonnique canadien visite la Loge Dorique

De notre confrère canadien manitoulin.com – Par Michael Erskine

La Loge maçonnique et la Franc-maçonnerie ont fait l’objet de théories de complot bien avant le récent déluge de médias sociaux, mais quiconque connaît les membres de cette organisation fraternelle historique connaîtra bien le calibre des hommes qui la composent. Une grande partie des conjectures sur les Francs-maçons est sans doute engendrée par le fait qu’ils gardent leurs rituels et leurs réunions privés.

Mais comme le démontre une récente visite d’un ancien Grand Maître de la Grande Loge des Anciens Francs-Maçons Libres et Acceptés du Canada dans la province de l’Ontario, le Très Vénérable Frère Gary L. Atkinson et ses collègues de Sarnia et de Sudbury, l’organisation est beaucoup plus ouverte que ce que le battage médiatique pourrait suggérer.

M. Atkinson et ses compagnons ont été récemment célébrés à Manitoulin lors d’un dîner organisé par la Loge dorique et servi par des membres de l’Ordre de l’Étoile de l’Est, l’organisation compagnon à laquelle appartiennent les épouses de la Loge.

L’ancien Grand Maître de la Grande Loge des Anciens Francs-Maçons Libres et Acceptés du Canada dans la province de l’Ontario, le Très Vénérable Frère Gary L. Atkinson, s’adresse aux Francs-Maçons assemblés lors d’un dîner organisé en son honneur.

M. Atkinson est né à Petrolia, il a épousé Sandy et ils ont deux enfants adultes, Greg et Drew. Il a pris sa retraite de Shell après 33 ans et est actuellement maire de la ville de Plymton-Wyoming. Il a rejoint les francs-maçons en 1972.

« Au nom de mes compagnons de voyage, je tiens à vous remercier pour la grande hospitalité et pour toute la gentillesse dont vous nous avez fait preuve », a déclaré M. Atkinson dans son discours après le dîner. « Tout a été formidable dès notre arrivée, c’était tout à fait exceptionnel et je tiens à remercier nos deux guides touristiques pour notre visite d’aujourd’hui. »

L’ancien grand maître a également exprimé sa gratitude, en son nom et au nom de ses compagnons, aux membres du chapitre 237 de la Spanish River de l’Ordre de l’Étoile de l’Est, une organisation composée de membres des épouses de la Loge Dorique. « Je tiens à les remercier pour notre dernier repas de ce soir. »

« J’aimerais commencer par rendre hommage à une personne qui s’est jointe à nous ce soir, a-t-il déclaré. Il s’agit de M. Mike Erskine, rédacteur adjoint de votre journal local, The Manitoulin Expositor. Il a récemment remporté le premier prix de l’Association canadienne des journaux communautaires pour son travail éditorial. Avec les changements rapides que connaissent les médias d’aujourd’hui, il est agréable d’avoir de la constance et, surtout, d’avoir un lien local. Souvent, nous nous contentons de lire uniquement des articles sur les événements qui se déroulent dans le monde ou dans la région du Grand Toronto. » 

M. Atkinson a ensuite partagé une brève histoire qui s’est produite alors qu’il rentrait chez lui après une conférence pancanadienne pendant son mandat de grand maître, qui met en évidence la profondeur de la franc-maçonnerie répandue dans le pays.

« Lors de notre voyage unique à Winnipeg, nous avons eu le plaisir de voyager sur l’une de nos compagnies aériennes canadiennes, dont l’équipage avait la réputation d’être joyeux, amical et courtois. Je sais que parfois ces mots sont à peine prononcés lorsqu’on parle du service fourni par nos transporteurs aériens. Pourtant, la compagnie aérienne avec laquelle nous avons voyagé offrait exactement ce type de service. C’était un dimanche matin, une semaine avant Pâques, par une belle journée au Manitoba selon les normes météorologiques. Nous sommes montés à bord de notre avion et avons attendu que le dégivrage commence. Une fois dans les airs, le Très Vénérable Frère Peterson et moi avons décidé d’utiliser notre temps pour lire quelques-unes des longues convocations. »

L’ancien grand maître a raconté comment il a expliqué qu’à l’époque, avant que les francs-maçons n’aient des convocations électroniques, les dirigeants profitaient des voyages ou d’autres temps morts pour se tenir au courant de ce qui se passait dans toutes les loges relevant de leur juridiction. 

« L’une des plus jeunes hôtesses de l’air est venue nous demander ce que nous faisions et ce que nous lisions. Elle nous a rapidement posé les questions suivantes : « Vous êtes francs-maçons ? Où étiez-vous ? Que faites-vous ? Que lisez-vous ? » se souvient-il.

Laissant toute prudence aux vents, M. Atkinson a engagé la conversation avec l’hôtesse de l’air et a répondu à ses questions.

« Sa réponse immédiate a été : « Mon père est franc-maçon. Mes deux grands-pères étaient francs-maçons et mes frères sont francs-maçons. Ils sont de Thunder Bay. Je suis ravie de vous rencontrer tous les deux. J’ai hâte d’appeler à la maison et d’annoncer la nouvelle à mon père. » Plus tard pendant le vol, je me suis levée pour faire une promenade et me dégourdir les jambes. La jeune hôtesse de l’air était assise à l’arrière de l’avion avec l’une de ses collègues. Elle m’a présentée à sa collègue et celle-ci a souri et m’a dit : « Est-ce que cela signifie que vous êtes le chef Poohba ou le chef buffle d’eau ? » »

Blague à part, la jeune hôtesse de l’air a exprimé sa curiosité à propos de la franc-maçonnerie, alors M. Atkinson s’est assis et lui a expliqué l’organisation.

« Nous avons parlé des origines de la Franc-Maçonnerie ; de la façon dont il s’agit d’une société d’hommes soucieux des valeurs morales et spirituelles, de la façon dont ses membres apprennent des préceptes par une série de rituels et de drames qui suivent des formes et utilisent les coutumes des tailleurs de pierre. »

Il a ensuite expliqué comment les outils servent de guides d’allégorie. 

« Nous avons parlé des trois degrés de la franc-maçonnerie : le premier degré, celui d’anode, apprenti, enseigne les principes moraux, le deuxième degré, celui de compagnon, met l’accent sur l’étude de tous les arts utiles qui feraient de nous de bons et pacifiques citoyens, productifs et utiles à nos familles et à nos communautés. Au troisième degré, nous nous intéressons aux valeurs spirituelles qui distinguent l’homme des autres créatures et nous rendent dignes de notre créateur. Je lui ai mentionné que notre adhésion est ouverte aux hommes de toute race ou religion qui peuvent remplir ces conditions essentielles pour devenir membres de notre fraternité. Elle m’a demandé si la franc-maçonnerie était un substitut à la religion et à la fréquentation de l’église et j’ai répondu : « Non, nous encourageons nos membres à suivre leur propre foi. » Et, vous savez, elle a été surprise de constater qu’aucune religion ni politique ne sont abordées lors de nos réunions. Nous avons parlé des trois grands principes auxquels les francs-maçons croient depuis des années : l’amour fraternel, l’entraide et la vérité. Nous avons parlé de notre œuvre de charité maçonnique, la Fondation maçonnique de l’Ontario. »

Alors que l’avion s’apprêtait à atterrir, les hôtesses de l’air ont remercié M. Atkinson d’avoir pris le temps de lui expliquer ce que sont les francs-maçons. « Elle avait l’impression d’avoir une meilleure compréhension de la franc-maçonnerie, mais elle a conclu notre conversation par un commentaire qui m’a vraiment fait passer une bonne journée. Elle a dit, et je cite : « Quand je m’installerai et me marierai, la franc-maçonnerie semble être le type d’organisation à laquelle je voudrais que mon mari appartienne. » Mes frères, dans nos activités quotidiennes, que ce soit au travail ou au sein de notre communauté, je vous rappelle que si vous vivez chaque jour comme un franc-maçon devrait le faire, vous êtes la meilleure promotion que nous ayons pour notre fraternité bien-aimée. L’avenir est ce que vous en faites. »

Après avoir exprimé sa gratitude aux membres de la Loge dorique et de l’Ordre de l’Étoile de l’Est, M. Atkinson a déclaré qu’il souhaitait laisser aux membres une pensée : « Dans nos activités quotidiennes, n’oublions jamais ceux qui ont moins de chance que nous. Je vous demanderais de vous souvenir des hommes et des femmes qui continuent de servir notre pays dans divers endroits du monde. Ils servent notre pays, afin que vous et moi puissions profiter de la liberté, des privilèges et du style de vie que nous connaissons aujourd’hui. »

Il les a encouragés à continuer à développer leurs connaissances maçonniques et « tous les enseignements sur lesquels notre fraternité est basée. Aider à former de bons hommes à leur tour fera de meilleurs francs-maçons. » M. Atkinson a souhaité la bienvenue à l’initié Jordan Stephens dans les rangs de la franc-maçonnerie, en soulignant que « ce soir, nous avons hâte que vous deveniez franc-maçon. Vous savez, Socrate aurait dit un jour : « Concentrez toute votre énergie, non pas à combattre l’ancien, mais à construire le nouveau. » Il a exhorté l’initié à ne pas penser à combattre l’ancien mais à se concentrer sur « la construction d’un nouveau M. Stephens. Vous, et les hommes comme vous, êtes notre avenir et nous vous souhaitons la bienvenue. »

Le dîner a commencé par des toasts au Roi et à l’Artisanat (portés par Larry Smith) et aux visiteurs de la Loge Dorique (portés par Keith Varey), suivis de Grace de Bruce Gordon.

Après le dîner et les expressions de gratitude à l’Ordre de l’Étoile de l’Est (Chapitre 237 de Spanish River), la table d’honneur a été présentée par M. Gordon et un toast à la Grande Loge du Canada dans la province de l’Ontario a été prononcé par Roy Eaton, M. Atkinson a prononcé son discours rapporté ci-dessus.

La partie dinatoire de la soirée J14

La cérémonie s’est terminée par le chant de « Ô Canada ».

Interrogé sur le message qu’il pourrait transmettre à la communauté dans son ensemble, M. Atkinson a déclaré : « Beaucoup de gens apprennent ce qu’est un franc-maçon en observant et en écoutant les autres. Nous essayons dans la franc-maçonnerie de rendre les hommes meilleurs. Il ne s’agit pas de vous prendre ou de vous changer, vous devez changer de l’intérieur et être bienveillant et simplement essayer d’être un bon citoyen et de vivre de manière appropriée. »

Il a noté que les francs-maçons se rendent compte de plus en plus aujourd’hui, dans la société en rapide évolution, que la génération suivante, ou même celle qui se trouve deux générations plus tard – comme les petits-enfants – revient en arrière et dit : « Mon père ou mon grand-père était incroyable, il représentait ce qu’il représentait, c’était un homme de classe. Je veux en être un. Je veux apprendre. Je veux apprendre à être une meilleure personne. C’est donc ce que nous essayons de faire pour que les gens comprennent. »

Les portes de la Franc-Maçonnerie sont ouvertes à tous les hommes qui recherchent l’harmonie avec leurs semblables, ressentent le besoin de s’améliorer et souhaitent participer à faire de ce monde un endroit où il fait bon vivre. Pour être considéré comme membre, vous devez : avoir 21 ans ou plus; être de bon caractère et de bonne réputation; croire en l’existence d’un être suprême et avoir résidé en Ontario au cours des 12 derniers mois.

Il est à noter que lorsque les francs-maçons entrent dans une loge maçonnique, ils laissent leur vie professionnelle à la porte et rencontrent « sur un pied d’égalité » des hommes d’horizons divers pour pratiquer ces vertus, et non pour réseauter ou établir des relations d’affaires.

Suivant ces préceptes, les rangs des francs-maçons sont ouverts à tous, sans distinction de race, de croyance ou de couleur.

Le Dessin de François Morel : « Franz Kafka dans le Cabinet de réflexion »

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Illustration de François Morel – Textes Erwan Le Bihan

Selon nos informations Franz Kafka n’a jamais été initié en Franc-maçonnerie. Il n’existe aucune mention directe de la position de Kafka vis-à-vis de la franc-maçonnerie. Cependant, certains éléments permettent d’éclairer les affinités idéologiques de Kafka. Il avait des sympathies pour les mouvements anarchistes et socialistes libertaires.

Il participait à des réunions anarchistes à Prague et lisait des ouvrages d’auteurs anarchistes comme Kropotkine, Bakounine et Jean Grave. Il manifestait un intérêt pour les idées de liberté de pensée et de conscience, qui sont également des valeurs importantes en franc-maçonnerie. Il était sensible aux questions sociales et critiquait les injustices, comme le montre sa remarque sur les ouvriers qui venaient « solliciter » le Bureau des assurances sociales au lieu de « prendre la maison d’assaut ».

Bien que ces éléments ne permettent pas de conclure sur la position spécifique de Kafka envers la franc-maçonnerie, ils suggèrent qu’il aurait pu être réceptif à certaines de ses valeurs, tout en étant probablement plus attiré par des mouvements plus radicaux comme l’anarchisme. Dommage qu’il n’ait pas rencontré des Frères prosélites.

Centenaire du transfert des cendres de Jean Jaurès au Panthéon, « symbole de l’irréductible optimisme et de l’invincible espoir » pour Nicolas Penin

De notre confrère la Dépêche – Propos recueillis par Pierre Challier

La Région Occitanie, en collaboration avec la Fondation Jean-Jaurès, La Dépêche du Midi et les Amis de Jean Jaurès, organise ce vendredi à 18h une soirée dédiée à « Jaurès est vivant ! » à l’Hôtel de Région de Toulouse. Cette veillée a pour but de célébrer le centenaire du transfert des restes de Jean Jaurès au Panthéon. Nicolas Penin, historien et Grand maître du Grand Orient de France (GODF), explorera les idéaux de Jaurès, qui restent pertinents : la gauche républicaine, le progrès social, l’humanisme et la laïcité.

Que représente aujourd’hui pour vous Jean Jaurès, a fortiori dans un contexte de poussée mondiale des extrêmes droites nationales populistes ?

Si le Grand Orient de France s’inscrit aujourd’hui dans la célébration du transfert des cendres de Jean Jaurès au Panthéon, c’est bien pour dire qu’effectivement, Jaurès portait, lui, cet art de la nuance et de la synthèse, cet attachement à la démocratie et à la République, cet humanisme auxquels nous sommes fondamentalement attachés. Ses idéaux sont les nôtres et cet engagement réel, sincère, pacifique, il l’a assumé au prix de sa vie. Il n’était pas franc-maçon, ni au Grand-Orient-de-France ni ailleurs, mais par ses amis francs maçons engagés dans la cité, il savait que la maçonnerie était bien une société qui pouvait permettre, ou aider, à l’émancipation des hommes et des femmes. Certaines loges soutenaient concrètement son action, d’ailleurs. Franc-maçon assumé au sein de la SFIO, Marcel Sembat organise en 1906 avec les socialistes du Grand Orient une conférence pour aider L’Humanité, le journal de Jaurès. Son combat d’alors pour la laïcité et pour la paix, contre les idéologies de la haine qui fondent leur commerce sur les peurs et les crises sociales reste donc très contemporain, très actuel et il a d’autant plus de valeur pour nous que Jaurès assumait tout à fait que la maçonnerie est bien une association de progrès.

Face aux obscurantismes,  » Progrès social  » et  » laïcité de l’enseignement  » sont  » deux formules indivisibles  » écrivait Jaurès dans son discours  » Pour la Laïque « , en 1910. C’est toujours une urgence ?

Le Grand Orient travaille de fait à la célébration des 120 ans de la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905, synonyme de 120 ans de liberté et de laïcité pour tous. Cela démontre là aussi notre attachement à l’émancipation, aux droits sociaux, à l’école publique et laïque. Ce cadre laïc garantit en effet que le citoyen est bien un homme ou une femme qui doit disposer de libertés, de droits sociaux, éducatifs, culturels lui permettant de tendre sa propre libération, sa propre élévation. Donc oui, nous sommes des militants et d’ardents partisans du progrès. Ce mot peut-être contesté, aujourd’hui, parce qu’on a l’impression d’avoir vécu des décennies de progrès ayant conduit vers le pire, avec ces lendemains qui peuvent nous faire peur au plan écologique, technologique, social, économique. Mais je crois qu’il faut assumer le progrès, le progrès de l’humanisme en prenant conscience que l’homme n’est peut-être pas au centre de ce monde qu’il pense contrôler, parce que la nature s’impose à lui et qu’il doit la prendre en considération. Cela rejoint l’esprit maçonnique de Jaurès pour qui le rapport à l’autre et à la nature consistait à construire des ponts et pas des murs.

Quel est, pour vous, le combat qui résume sa vie ?

À l’heure où nous sommes, c’est le combat pour l’école publique et laïque, c’est le combat de la Sociale. L’école publique et laïque est l’alpha et l’oméga de la réponse face à la crise démocratique, la crise de confiance. C’est elle qui donne la possibilité de refaire sens et de redonner à la communauté nationale une part de l’unité que l’on est en train de briser. Briser parce que les quartiers, les voisins, vivent les uns à côté des autres, parce que le sentiment d’appartenance à une communauté nationale s’affaiblit, manipulé par les communautarismes, les identitarismes, les sectarismes quels qu’ils soient. Cet engagement laïc et scolaire de Jaurès est pour nous le parangon de l’engagement maçonnique et social.

Le clivage des gauches demeure entre réformistes et révolutionnaires, comme autrefois entre Jean Jaurès et Jules Guesde. Peut-il être dépassé, aujourd’hui ?

Lorsque certains disent que les Gauches sont irréconciliables, je ne veux pas le croire en tant que maçon et homme libre que je suis. Parce que je pense qu’il y a derrière ces frontières des hommes et des femmes qui savent qu’il y a des enjeux plus importants que d’autres. Lorsque vous avez des fascismes qui vous menacent et une Europe qui retourne à la guerre dans un monde d’Incertitude, il faut revenir à la raison et se dire que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise.

Jean Jaurès entre au Panthéon en 1924, cinq ans après l’acquittement de son assassin, le nationaliste Raoul Villain, la veuve de Jean Jaurès ayant été condamnée à payer les frais du procès. Que vous inspire ce retournement de l’histoire ?

Cela m’inspire que parfois, les hommes se sentent obligés de se racheter une conscience. Faire entrer Jaurès au Panthéon, c’est peut-être laver les infamies ou les injustices commises les années précédentes. Pour autant, il ne faut pas juger avec les yeux d’aujourd’hui les décisions du passé. On a évidemment un sentiment de révolte immédiat en apprenant que l’assassin de Jaurès a été acquitté mais moi, je préfère rester sur l’entrée des cendres de Jaurès au Panthéon que sur le crime, car c’est le symbole de l’irréductible optimisme et de  » l’invincible espoir  » que professait Jaurès lorsqu’il nous disait que l’histoire enseigne la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements.

Grâce à sa maman, un rappeur révèle qu’il n’est pas devenu Franc-maçon

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De notre confrère ghanéen pulse.com.gh – Par DDorcas Agambila

« C’est dangereux » – Okyeame Kwame révèle que sa mère l’a empêché de rejoindre la franc-maçonnerie.

Le rappeur ghanéen Okyeame Kwame a révélé dans une conversation avec Blakk Rasta comment sa mère l’a persuadé à refuser le titre de Nkosuohene (chef du développement) et l’a découragé à rejoindre les francs-maçons, invoquant des dangers potentiels. Okyeame Kwame a souligné sa confiance en sa sagesse, qui l’a toujours guidé loin des chemins qui, selon elle, pourraient lui nuire.

Le rappeur ghanéen Okyeame Kwame a évoqué l’influence profonde que sa mère a eu sur ses décisions personnelles et professionnelles.

« Je lui dois tout », a-t-il confié avec un sourire pensif. « Elle a été mon guide, m’éloignant toujours des chemins qui, selon elle, pourraient me nuire », a-t-il déclaré lors d’une interview avec Blakk Rasta sur 3FM.

Okyeame Kwame

L’une des révélations les plus marquantes de leur discussion a été sa décision de refuser le titre prestigieux de Nkosuohene (chef du développement), qui lui a été offert par un ami proche qui occupe un poste de chefferie à Adum. Pour beaucoup, un tel honneur serait une occasion évidente de consolider son héritage, mais pour Okyeame, ce n’était pas une décision qu’il pouvait prendre seul.

« J’ai d’abord dû demander l’avis à ma mère », m’a-t-il expliqué. « Quand je lui en ai parlé, elle n’a pas hésité. Elle m’a dit : « Kwame, être chef est une responsabilité qui comporte des dangers que tu ne peux pas prévoir. Je ne veux pas que tu sois pris dans ce monde. » Ses paroles m’ont marqué et j’ai refusé.

Okyeame Kwame sur le campus de l'Université du Ghana

La sagesse de sa mère allait au-delà des questions de chefferie. Okyeame Kwame a également révélé qu’elle était intervenue lorsqu’il envisageait de rejoindre les francs-maçons, une organisation fraternelle reconnue mondialement.

J’étais attiré par les principes qu’ils défendaient, a-t-il admis, mais lorsque j’en ai parlé à ma mère, elle a été catégorique. Elle m’a dit : « La franc-maçonnerie est dangereuse. Tu risques ta vie si tu t’y joins. » Cela a suffi à me faire changer d’avis.

Okyeame Kwame sur le campus de Legon

La franc-maçonnerie, la plus ancienne confrérie du monde, trouve ses racines dans les guildes médiévales de tailleurs de pierre. Elle est connue pour mettre l’accent sur la fraternité, la charité et la croissance personnelle. Cependant, dans les sociétés africaines, elle est souvent considérée avec suspicion en raison de divers mythes et idées fausses.

Pour Okyeame Kwame, le point de vue de sa mère comptait finalement plus que sa curiosité.

Le Grand Orient de Pologne s’est réuni à Poznań

De notre confrère polonais legaartis.pl – Par Daniel Glogowski

Le 16 novembre 2024, au Palais Działyński, sur la place du marché de Poznań, s’est tenue la XXVIIe Convention du Grand Orient de Pologne (WWP). L’événement de cette année était particulier car il coïncidait avec la célébration du 240e anniversaire de la fondation du Grand Orient de Pologne et de Lituanie et de l’adoption de sa Constitution de 1784. La réunion a réuni des délégués de nombreuses obédiences maçonniques de toute l’Europe, ainsi que des représentants des cercles maçonniques locaux et internationaux.

Reconnaissance internationale

Le palais Działyński a été construit entre 1773 et 1776. Le bâtiment présente un riche intérieur décoré de stucs de sa « salle rouge » et une façade décorée de sculptures. Le palais est aujourd’hui l’un des emplacements de la bibliothèque de Kórnik.

Lors des célébrations du WWP, il a reçu de nombreuses félicitations de la part des obédiences de divers pays. Certains d’entre eux ont envoyé leurs représentants participer aux célébrations à Poznań. Un jour plus tard, au siège de Poznań du Grand Orient de Pologne, s’est tenue une réunion de l’AACEE – l’Association des obédiences maçonniques adogmatiques d’Europe centrale et orientale -, qui souligne la dimension internationale de cette organisation.

Nouvelles loges à Szczecin et Wrocław

Les derniers mois ont été une période de développement de la franc-maçonnerie polonaise, comme en témoigne la création de deux nouvelles loges maçonniques, à Szczecin et Wrocław.

À Szczecin, le 12 octobre 2024, les lumières de la première loge maçonnique de l’histoire de la ville appelée Trzy Cyrkle ont été allumées. Cette loge opère selon le Rite Écossais Ancien et Reconnu sous l’égide du Grand Orient de Pologne.

Une semaine plus tard, le 19 octobre 2024, la loge Fosforos a été créée à Wrocław, travaillant également dans le rite écossais ancien et accepté. Cette loge est le fruit de l’activité missionnaire de l’atelier « Witelon », qui se concentre sur le développement de la franc-maçonnerie en Pologne, et ses membres participent au travail à la fois stationnaire et en ligne. La loge de Poznań Pod Sokołem i Sową a contribué à la création de la loge de Wrocław, qui met l’accent sur la coopération et le soutien mutuel entre les différents centres de la franc-maçonnerie en Pologne.

L’importance du Grand Orient de Pologne

Le Grand Orient de Pologne, fondé au XVIIIe siècle, reste l’une des obédiences maçonniques les plus importantes de Pologne, promouvant des valeurs fondées sur la liberté, l’égalité et la fraternité. La constitution adoptée en 1784 était l’une des premières du genre au monde, faisant de cette organisation une référence importante pour la franc-maçonnerie au niveau international.

La Franc-maçonnerie aujourd’hui

Muzeum Narodowe w Krakowie; www.zbiory.mnk.pl ;MNK IX-13;;fot. Pracownia Fotograficzna MNK

Les activités actuelles de la franc-maçonnerie en Pologne vont au-delà des réunions de loge traditionnelles. L’utilisation de la technologie permet une plus grande disponibilité et le développement de nouveaux ateliers dans diverses régions du pays. Grâce à cela, la franc-maçonnerie devient plus visible et active, attirant de nouveaux membres et élargissant son influence en Pologne et à l’étranger.

Résumé

La célébration du 240ème anniversaire du Grand Orient de Pologne à Poznań a été l’occasion non seulement d’honorer l’histoire de cette organisation, mais aussi de présenter ses réalisations contemporaines. La création de nouvelles loges à Szczecin et à Wrocław montre que la franc-maçonnerie en Pologne continue de se développer de manière dynamique, répondant aux besoins du monde moderne et attirant de nouvelles générations de francs-maçons.

Les Matrices Périnatales de Stanislas Grof : Un Voyage au Cœur de la Naissance, de l’Inconscient… et de l’Initiation maçonnique

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Stanislas Grof, sans le savoir, a peut-être fait avancer la Franc-maçonnerie dans la compréhension de sa quête initiatique. C’est un pionnier de la psychologie transpersonnelle, il a marqué le monde de la psychothérapie par ses travaux innovants sur l’expérience humaine. Durant les années 60, une époque où les expérimentations étaient monnaie courante, il a exploré l’utilisation du LSD pour traiter la schizophrénie, ouvrant ainsi des perspectives inédites sur l’esprit humain.

Plus tard, cherchant des voies thérapeutiques moins dépendantes des substances chimiques, Grof a développé la respiration holotropique, une méthode permettant d’accéder à des états de conscience modifiés sans recours à des drogues. Sa partenaire de vie et de recherche, Cristina Grof, professeur de yoga, a joué un rôle crucial dans le développement de cette approche.

La Psyché au-delà du Freudisme

Grof postule que la psyché humaine possède des dimensions bien plus vastes que ce que la psychologie et la psychiatrie classiques décrivent. Il propose que pour véritablement comprendre la psyché, il faut intégrer deux niveaux additionnels au modèle classique freudien limité à l’inconscient individuel et à la biographie postnatale :

  • Le Domaine Transpersonnel : Ce niveau inclut des expériences où l’individu peut se sentir identifié à d’autres êtres, animaux ou même à des concepts comme le vide supracosmique.
  • Le Domaine Périnatal : Directement lié au traumatisme de la naissance, ce niveau est essentiel pour comprendre comment cet événement fondateur influence notre psychisme.

Les Matrices Périnatales Fondamentales (MPF)

La naissance, selon Grof, est un événement déterminant qui organise nos expériences futures. Voici une exploration détaillée des quatre matrices périnatales :

MPF I : L’Union Originelle avec la Mère

  • Contexte : Avant l’accouchement, dans l’environnement amniotique.
  • Émotions et Sensations : Sensation de vastitude sans limites, mais peut aussi évoquer un sentiment de menace sombre ou d’empoisonnement si l’environnement intra-utérin était hostile.
  • Symboles : Le cosmos, des océans, des animaux aquatiques, ou des visions de pollution et de toxicité en cas de perturbation.

MPF II : L’Engloutissement Cosmique, Sans Issue – L’Enfer

  • Contexte : Le moment où le processus de naissance commence, souvent perçu comme un piège.
  • Émotions et Sensations : Anxiété, sentiment d’être piégé, claustrophobie.
  • Identification : Images de prisonniers, de camps de concentration, ou d’animaux pris au piège.

MPF III : La Lutte Mort-Renaissance

  • Contexte : Le passage à travers le canal vaginal.
  • Émotions et Sensations : Suffocation, danger imminent, avec des images souvent violentes ou sataniques, mais aussi de lutte héroïque pour la survie.
  • Identification : Personnages mythologiques ou héroïques, divinités représentant la mort et la renaissance.

MPF IV : L’Expérience de Mort-Renaissance

  • Contexte : La naissance elle-même, la rupture du cordon ombilical.
  • Émotions et Sensations : Libération, explosion de lumière, un sentiment de renaissance.
  • Identification : Souvenirs concrets de la naissance, parfois accompagnés des sensations physiques ou des interventions médicales comme l’anesthésie.

Thérapie et Transformation

Grof suggère que la reconnaissance et l’expression de ces matrices permettent une purge des « vieux programmes » inconscients, libérant ainsi l’individu de leur influence oppressive. La respiration holotropique facilite cette réémersion des expériences périnatales, offrant une voie vers la guérison et la transformation.

En conclusion, l’œuvre de Stanislas Grof sur les matrices périnatales offre un cadre unique pour comprendre comment nos premières expériences de vie influencent profondément notre être. Son approche holotropique non seulement enrichit le champ de la psychothérapie mais invite également à repenser notre compréhension de la psyché humaine dans son ensemble.

Les Parallèles entre les Matrices Périnatales et le Travail Initiatique de la Franc-maçonnerie

Le travail de Stanislas Grof sur les matrices périnatales trouve des échos fascinants dans les pratiques initiatiques de la Franc-maçonnerie, une institution connue pour ses rituels symboliques et ses métaphores de la transformation personnelle. Voici comment ces deux domaines se connectent :

La Naissance et l’Initiation : Une Analogie Fondamentale

MPF I – L’Union avec la Mère : Dans la Franc-maçonnerie, le candidat à l’initiation est souvent décrit comme étant dans un état de « non-connaissance » ou d’obscurité, symbolisant l’état avant la naissance, un lieu de potentiel mais sans forme définie. Ce stade reflète la matrice de l’union avec la mère, où l’individu est enveloppé dans un monde sans commencement ni fin, un état de préconscience.

MPF II – L’Engloutissement Sans Issue : L’étape d’initiation où l’impétrant est placé dans l’obscurité ou dans des conditions symbolisant l’épreuve, la désorientation, et la peur de l’inconnu, se rapproche de cette matrice. C’est un moment de confrontation avec les propres ténèbres intérieures, un passage forcé vers la lumière, similaire à la lutte pour sortir de l’utérus.

La Transformation et la Renaissance

cabiner de réflexion

MPF III – La Lutte Mort-Renaissance : Cette phase est particulièrement riche en symbolisme maçonnique. L’initiation maçonnique implique souvent des épreuves qui symbolisent la mort de l’ancien soi et la renaissance à une nouvelle vie. Les rituels de passage, où le candidat subit des épreuves symboliques de mort (comme la mise en terre ou la traversée d’un pont au-dessus de l’abîme), reflètent cette lutte intense entre la vie et la mort, entre l’ancien et le nouveau.

MPF IV – L’Expérience de Mort-Renaissance : L’accueil du nouveau membre dans la lumière et la fraternité de la loge post-initiation est l’équivalent symbolique de la naissance. La lumière, souvent utilisée dans les cérémonies, symbolise la connaissance, la renaissance spirituelle, et l’entrée dans une nouvelle communauté de pensée et de pratique.

Le Voyage Intérieur et Symbolique

  • La Symbolique de la Lumière et de l’Obscurité : Dans les deux cas, il y a une progression de l’obscurité vers la lumière, symbolisant le passage de l’inconscience à la conscience, de l’ignorance à la connaissance.
  • Les Outils et les Symboles : La Franc-maçonnerie utilise des outils comme le compas et la règle, qui peuvent être vus comme des instruments pour mesurer et façonner l’âme humaine, similaires à la manière dont Grof utilise la respiration holotropique comme outil pour explorer et remodeler des expériences passées.
  • L’Alchimie Personnelle : Les deux approches cherchent à transformer l’individu, à passer du « plomb » de la nature humaine ordinaire à l' »or » de la sagesse et de l’éveil. La Franc-maçonnerie, à travers ses degrés et ses travaux, et Grof, à travers les matrices périnatales, offrent un voyage vers la maîtrise de soi.
  • L’Universalité des Expériences : Grof montre comment les expériences périnatales sont universelles, tout comme la Franc-maçonnerie prétend travailler sur des vérités universelles, accessibles à travers des symboles et des rituels.

Conclusion : Un Dialogue entre Psychologie et Spiritualité

Ainsi, bien que les matrices périnatales de Grof et le travail initiatique de la Franc-maçonnerie proviennent de domaines différents – la psychologie transpersonnelle et la spiritualité symbolique -, ils partagent un objectif commun : la transformation profonde de l’individu à travers l’initiation, la confrontation avec le soi profond, et finalement, la renaissance. Cette convergence souligne une vérité universelle : que la quête de connaissance et de croissance personnelle est souvent un processus de mort et de renaissance, symbolique ou réel, qui nous mène à une compréhension plus complète de notre être et de notre place dans l’univers.

 Opération séduction pour le futur !

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L’avenir appartient à ceux qui voient loin

Comme les événements arrivent quand on ne les attend pas, les changements dans l’évolution arrivent, eux aussi, souvent là ou l’on ne les attend pas.

Les inventions et les inventeurs en sont la démonstration, un élément inattendu, banal, dans un moment anodin de la vie de tous les jours peu déclencher un grand bouleversement voire une grande révolution pour le futur du monde.

Je pense notamment à de grands chercheurs comme Pierre et Marie Curie et au déroulement de leurs travaux sur le radium, illustrés d’événements externes au demeurant anodins qui sont intervenus dans le déroulement de leur recherche pour les conduire vers des révélations dont les retombées alimentent encore aujourd’hui le monde scientifique.

« chez nous en franc-maçonnerie qu’en est il de l’évolution ! »

Pas d’affolement nous avons les bons outils pour affiner la réponse et puis si l’on se fie à Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Il ne manque plus que les hasards se rencontrent pour faire naitre de nouvelles directions innovatrices, à moins que la video du Grand René nous propose quelques idées !

Quand l’intelligence artificielle devient confesseur : une église suisse lance un Jésus virtuel

À Lucerne, en Suisse, une expérience technologique inédite soulève des débats passionnés. Dans une église locale, les fidèles peuvent désormais se confesser à un avatar de Jésus, entièrement créé grâce à l’intelligence artificielle. Cette installation, baptisée Deus in Machina, combine foi, innovation et controverse.

Une IA au service de la foi

Présentée comme une œuvre artistique, l’installation repose sur un confessionnal équipé d’un écran diffusant un hologramme de Jésus. Avant d’entrer, les visiteurs sont avertis :

« Ne divulguez en aucun cas des informations personnelles, utilisez ce service à vos risques et périls, appuyez sur le bouton si vous acceptez. »

Personne priant sur une Bible
Personne priant sur une Bible

L’avatar, capable de dialoguer dans 100 langues, a été conçu par des informaticiens et des théologiens de la Haute École des sciences appliquées et des arts de Lucerne. Enrichi par des textes bibliques et des données en ligne, il offre des réponses aux questions spirituelles des visiteurs. À une question sur l’interdiction des femmes prêtres dans l’Église catholique, l’IA a ainsi répondu :

Les Écritures enseignent que certains rôles sont définis au sein de l’Église, que chaque tâche a sa place dans le plan de Dieu.

Entre fascination et rejet

Si certains fidèles saluent l’initiative, d’autres restent perplexes. Un visiteur a confié à Deutsche Welle :

« C’était si simple, et bien que ce soit une machine, elle m’a donné tellement de conseils. Elle m’a aidé à réfléchir sur la spirale de la violence et à briser ce cycle par la prière, et non par la vengeance. »

Cependant, les critiques ne manquent pas. Sur les réseaux sociaux, les réactions oscillent entre curiosité et indignation. Une utilisatrice d’X (ex-Twitter) avoue :

« Je ne sais pas si c’est un sacrilège ou si c’est vraiment cool. »

D’autres dénoncent un gadget inutile ou des réponses trop génériques. Une menace anonyme reçue par l’église affirme même que ce projet « ne restera pas sans conséquences. »

Une expérimentation éthique

Marco Schmid, théologien associé au projet, reconnaît les limites de l’initiative.

« Si ce Jésus virtuel ne remplace pas un prêtre, il correspond néanmoins à notre compréhension théologique de l’Église »

a-t-il déclaré dans un communiqué. L’objectif, selon lui, est de stimuler le débat sur le rôle de l’intelligence artificielle dans la spiritualité.

L’installation permet aussi d’offrir un soutien spirituel 24h/24, une alternative aux prêtres humains, souvent indisponibles. Les résultats de cette expérience seront dévoilés le 27 novembre prochain, mais l’idée d’intégrer des chatbots à certaines responsabilités ecclésiastiques commence déjà à faire son chemin.

Cette expérimentation soulève des questions cruciales : jusqu’où l’IA peut-elle accompagner la foi sans en dénaturer l’essence ? Entre innovation et tradition, le débat reste ouvert.

Une étrange résonance avec la franc-maçonnerie

Cette expérimentation soulève une question inattendue : et si l’IA et les hologrammes pouvaient également s’intégrer dans des traditions initiatiques comme celles de la franc-maçonnerie ? Le parallèle, bien qu’audacieux, n’est pas dénué de sens.

Dans la franc-maçonnerie, l’initiation est au cœur de l’expérience : un processus symbolique et spirituel qui introduit le candidat à des vérités ésotériques. Le rituel repose souvent sur des dialogues codifiés, des figures symboliques (parfois incarnées par des membres) et des mises en scène théâtrales qui visent à éveiller l’esprit du récipiendaire. Avec l’avènement des technologies immersives, pourrait-on imaginer une initiation maçonnique conduite par des avatars ou des hologrammes ?

Déjà, certaines loges explorent des outils numériques. Pendant la pandémie de Covid-19, des réunions maçonniques ont eu lieu en ligne, via des plateformes comme Zoom. Si ces solutions ont été adoptées par nécessité, elles ont ouvert la voie à une réflexion plus large sur le rôle de la technologie dans la franc-maçonnerie. (Visite du site officiel)

La Loge Roque Pérez fête ses 145 ans depuis sa création

De notre confrère argentin elterritorio.com.ar

La Loge n°1 Roque Pérez a fêté ses 145 ans l’année dernière. C’est la plus ancienne de la communauté maçonnique. Créée en décembre 1878, sous les auspices du Conseil Suprême et Grand Est de la République Argentine, elle a élevé ses solides colonnes le 30 mai 1879 dans ce qui était alors Trincheras de San José, aujourd’hui Posadas, bien que la date administrative de son brevet soit juillet. 29 de la même année.

Elle est initialement composée des membres de la loge maçonnique du même nom, entité initiatique, également avec une présence longue et fructueuse à Misiones.

C’est vers 1906, le 10 décembre, que l’entité officialise son fonctionnement en tant qu’association selon l’ancien code de Veleza, avec les membres de l’époque, puisque la majorité de ses membres fondateurs étaient décédés. Parmi ces derniers, il convient de citer Aurelio Villalonga, Felipe Tamareu, Gerardo Artabe, Gabriel Villegas, Juan Fernández Olmo, Carlos Neuemburg, Juan Francisco de Goicoechea, entre autres. Rudecindo Roca, Juan Ramón Madariaga et les frères Gregorio et Adolfo Pomar se distinguent également comme certains des membres reconnus qui composaient la Loge centenaire Roque Pérez, dont le temple est situé dans la rue centrale Córdoba 318 à Posadas.

Mais c’est en 1927 que l’association, alors que Misiones était encore un territoire national, obtint son statut juridique actuel.

Depuis sa création, l’association a développé ses activités sociales dans son emplacement actuel, rue Córdoba ex 318, entre les rues Colón et Félix de Azara. Cette propriété était louée au début et au fil des années l’acquisition s’est faite.

La tâche fut heureusement accomplie le 28 novembre 1927 lorsque le site historique fut inscrit comme propriété à part entière de l’institution au Registre foncier de la capitale fédérale.

Dans l’histoire récente, il convient de souligner que le temple historique, propriété de l’association, a été déclaré patrimoine historique, architectural et culturel de la province de Misiones en décembre 2023 dans le cadre de la loi VI – n° 18 du patrimoine culturel. Régime. de la Province de Misiones.

Au fil du temps, notamment dans les turbulentes années 1930, époque de profondes divisions, la Loge Roque Pérez a trouvé sa place en faisant partie de la franc-maçonnerie argentine de rite écossais ancien et accepté.

En 1956, elle réalise une relative unité au sein de la fraternité, donnant naissance à la Grande Loge d’Argentine des Maçons Libres et Acceptés. Depuis, elle a fait partie de cette obédience nationale jusqu’à ce que, le 21 septembre 2005, elle décide, par décision unanime de son équipe logique, de reprendre le contrôle de son œuvre.

Forte d’un héritage séculaire, la Loge a encouragé la création de nouveaux corps symboliques, dont l’union a conduit, en 2010, à la formation de la Grande Loge de Franc-Maçonnerie Symbolique de Misiones, précurseur de ce qui est aujourd’hui la Grande Loge Fédérale Unie d’Argentine, reconnue officiellement par la Grande Loge de France en mai 2022.

Aperçus de la duplicité de Voltaire

Dans ma jeunesse, alors que je lisais La 25ème heure de Giurgiu, mon père s’approchant de moi, remarqua l’ouvrage, me le prit des mains, le jeta et me dit : je ne veux pas de cette littérature chez moi. Victime de l’exaction du nazisme pendant la dernière guerre, on peut comprendre sa réaction, Giurgiu étant considéré comme un écrivain pro-nazi. Mais, ce geste pose le problème de la considération de l’œuvre d’un auteur dont la réputation sulfureuse entache son génie. Ne faut-il honorer que des auteurs qui sont irréprochables ? La littérature peut-elle accepter d’odieux voisinages mêlant traîtres, bourreaux et leurs victimes ? Les faits accablants de la vie des artistes condamnent-ils en même temps leurs œuvres ? [1]

Juger les livres et seulement eux, là est un problème de censure qui fait polémique. En 2012, en éditant Drieu La Rochelle dans sa collection de la Pléiade, Gallimard se défend d’être le Panthéon où Jaurès et Moulin auraient eu à le côtoyer mais contre les lanceurs d’anathèmes brandissant les pièces à charge du procès de cet auteur, l’éditeur s’explique : «Comme toutes les œuvres importantes, celle de Drieu appartient à la fois à son temps et au notre… elle ne relève pas pour nous du témoignage historique mais de la littérature vivante». À condition de ne pas ployer sous le poids du mythe romantique et vénéneux, il ne s’agit pas, comme l’invite l’éditeur, de dissocier l’esthétique de l’idéologie, ni de laisser l’une éclipser l’autre. À la fin de la guerre, Drieu la Rochelle se suicide. Il restera, cependant, présent dans l’esprit de son ami d’adolescence Aragon et Malraux, devenu ministre de la culture sous De Gaulle, continuera à faire publier ses écrits comme un pardon posthume.

Louis Ferdinand Céline en 1932

De même, chez Gallimard, ce furent les cas de Louis Ferdinand Céline et de Paul Morand ; la postérité a sa part de subjectivité et d’arbitraire surtout lorsqu’il s’agit d’histoire littéraire. Le prestige de la collection étant ce qu’il est, les lecteurs la considèrent comme faisant naturellement partie du patrimoine national ; à ce titre, ils s’expriment sur ses choix au même titre qu’un bien collectif. Ils exercent deux opinions qui peuvent être contradictoires, l’une politique, l’autre littéraire. On s’en doute, l’enjeu est plus directement politique lorsqu’il est question des engagements de Pierre Drieu la Rochelle : fasciste, antisémite, antirépublicain, xénophobe, favorable à une fédération européenne sous hégémonie allemande nazie. Mais, comme l’écrit Pierre Assouline, écrivain et chroniqueur au Monde des livres : «ayant découvert Drieu à 20 ans,  je n’ai jamais renié l’empreinte de «ce charme quand même» qui est avant tout, au-delà d’une biographie prétendument sulfureuse et de la dimension tragique de sa personnalité, une écriture, un ton, une manière de faire sonner la langue».

La littérature engagée, c’est l’écriture avec une encre qui est du sang quand l’artiste est aussi un militant, la parole littéraire devenant une arme capable de transgresser toutes les censures. En entendant l’engagement comme une prise de parti active, par des actes ou des paroles, à la vie sociale, politique, intellectuelle ou religieuse de son temps, la littérature engagée se définit donc comme une littérature de circonstance face aux mœurs d’un temps et d’une géopolitique donnés. La littérature engagée suscite ainsi un questionnement autant d’ordre politique que d’ordre poétique. «Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher», disait Sartre.

Face à ce qui apparaît souvent comme une nuit noire de l’intelligence et de la morale, la légendaire «clarté française» s’était réfugiée dans la première moitié du XXe siècle dans les écrits de la droite littéraire, ouvrant ce paradoxe chez de nombreux amateurs de littérature : une admiration inentamée pour leur style, ce mordant fait d’un alliage de légèreté et de vivacité, mais qui est toujours allée de pair avec une juste aversion pour leur imprégnation fasciste que les générations futures oublieront pour ne retenir que leur plume.

Paul Morand (1888 – 1976) – Diplomate, romancier, dramaturge et poète français

Paul Morand, Louis-Ferdinand Céline, Drieu la Rochelle, Jacques Chardonne sont les écrivains qui ont collaboré pendant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, tous publiés sur papier bible dans la collection La Pléiade. Paul Morand, misogyne et homophobe, collaborateur mais plus Maréchaliste que nazi sera pourtant élu en 1968 à l’Académie française. Jacques Chardonne fut plus engagé dans la collaboration avec l’Allemagne nazie. Il a écrit notamment «les SS usent convenablement de leur pouvoir absolu et la population ne s’en plaint pas»! C’était l’un des écrivains favoris de François Mitterand.

Un sort semblable a été fait à Sigmund Freud. Dans sa correspondance, comme le souligne Michel Onfray, on découvre un machiste, il vante les mérites des gifles données aux femmes pour asseoir l’autorité de l’homme ; un raciste, il revendique le droit de marier ses filles à des hommes dignes de ce nom ; un superstitieux, il trace des croix de conjuration du mauvais sort ; un goujat, il ne vint pas au mariage de son fils pour ne pas perdre la recette du jour ; un vaniteux, il aime qu’on lui décerne le titre de citoyen de Vienne mais , intra biliaire, il déplore que ce ne soit pas citoyen d’honneur ; un cupide, il place de l’argent dans des comptes en banque ailleurs qu’en Autriche pour échapper au fisc. Il reste peu du héros à la lecture de sa correspondance.

De même, une grande réputation littéraire a été faite à François Marie Arouet, alias Voltaire, le glorifiant aujourd’hui, particulièrement chez les francs-maçons, mais avec une amnésie générale de sa personnalité, oubliant ou ignorant sa part obscure.

Atelier de Nicolas de Largillière, portrait de Voltaire, détail (musée Carnavalet)

Parce que les idées des encyclopédistes étaient des idées de liberté et d’égalité universelle, on a pu encenser Voltaire qui y participa. Et pourtant quel paradoxal personnage ! On peut se permettre cette épithète en la justifiant par les positions personnelles de Voltaire que l’on découvre dans ses écrits et les éléments historiques de sa vie qui ne sont pas moins irréprochables que ceux qui viennent d’être d’évoqués. Au rebours d’idées reçues, le mépris et la haine pouvaient être les ressorts de cette personnalité, très humaine au demeurant selon l’historiographie universitaire quasi-unanime. Sa vie est émaillée d’utilisations récurrentes de lettres de cachet visant de simples jeunes auteurs qui n’ont le défaut que de ne pas partager son autosatisfaction, d’intrigues pour faire condamner Rousseau à mort par la République de Genève, d’exhortation à Catherine II pour faire massacrer en grand nombre les Turcs, lui soumettant même avec insistance une arme de son imagination, d’utilisation satisfaite d’une main-d’œuvre serve pour son approvisionnement en sucre de canne (au moment où sort son Candide contenant la charge que l’on sait contre l’esclavage), de mépris des noirs, des Huguenots, des catholiques, des juifs.

Voltaire apparaît comme adepte de la pensée unique ; son intolérance est remarquée par le philosophe Gusdorf : «les invectives de Voltaire sont l’expression d’un fanatisme et d’une intolérance pires que ceux qu’il reproche à ses adversaires». Les propos blessants de Frédéric II roi de Prusse, qui fut pourtant son mécène, soulignent la personnalité de Voltaire : «Vous me demander ce que c’est que le procès de Voltaire avec un juif  [Abraham Hischell] ?  C’est l’affaire d’un fripon qui veut tromper un filou. Il n’en n’aura pas moins d’esprit mais son caractère en sera plus méprisé que jamais». Ce roi l’accusera  et je cite : «de méchancetés et friponneries, de satires et de calomnies». L’âpreté de Voltaire au gain, l’acharnement qu’il mettait à la poursuite d’un juif pour éviter, lui si riche, la perte de quelques écus, fournissait à ses ennemis comme au roi de Prusse, les accusations déjà vieilles de lésine et d’habitudes serrées. Des libelles de 1738 le prétendent, «déshonoré dans la société civile par ses lâches impostures, par ses fourberies, par ses honteuses bassesses, par ses vols publics et particuliers».

La rancœur des dévots de l’époque que Voltaire combattait suffit-elle pour ne pas croire à ce portrait ?

Chateaubriand dans Génie du Christianisme conclut que : «Voltaire ayant soutenu éternellement le pour et le contre, et varié sans cesse dans ses sentiments, son opinion en morale, en philosophie et en religion, doit être comptée pour peu de chose».

Alors ? Que Voltaire n’aimât pas les religions monothéistes et qu’il en en dénonçât leurs intolérances, soit, cela convient aux libres penseurs. Mais on ne peut ignorer que Voltaire se montra antisémite, raciste et esclavagiste voire anti-maçon ; pour preuves, les quelques extraits de textes que je retiens donneront une idée de la violence et de la conviction de ses propos.

Voltaire à 25 ans (IA°

Voltaire était antisémite : il écrit dans l’article  Tolérance  du Dictionnaire philosophique : «C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. D’ailleurs sa haine de la nature humaine est nourrie de celle du christianisme dont les juifs sont les coupables précurseurs : Voltaire suggère comme «juste […] que la terre soit purgée de cette race» et fait dire à Memmius dans ses Lettres de Memmius à Cicéron que les juifs ont vocation à être «assassins et assassinés à leur tour». Des considérations du même calibre émaillent l’ouvrage par centaines. Celles qui sont livrées ici sont extraites de l’édition de 1805 (Imprimerie Didot).

Voilà ce qu’il a écrit dans son livreEssai sur les Mœurs à propos des juifs :

 . (Tome 1, page 158-159): ««Si nous lisions l’histoire des Juifs écrite par un auteur d’une autre nation, nous aurions peine à croire qu’il y ait eu en effet un peuple fugitif d’Égypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu’il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l’anathème. Nous ne croirions pas qu’un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire.»

. (Tome 1, page 186) : «Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d’autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité, voilà ce que furent les Juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres».   

 . (Tome 1, page 226) : «N’est-il pas clair (humainement parlant, en ne considérant que les causes secondes) que si les Juifs, qui espéraient la conquête du monde, ont été presque toujours asservis, ce fut leur faute ? …». Lorsque, vers la fin du quinzième siècle, on voulut rechercher la source de la misère espagnole, on trouva que les Juifs avaient attiré à eux tout l’argent du pays par le commerce et par l’usure. On comptait en Espagne plus de cent cinquante mille hommes de cette nation étrangère si odieuse et si nécessaire. (…)

. (Tome 2, page 83) : «On ne voit au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l’hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d’exercer l’usure avec les étrangers ; et cet esprit d’usure, principe de toute lâcheté, est tellement enracinée dans leurs cœurs, que c’est l’objet continuel des figures qu’ils emploient dans l’espèce d’éloquence qui leur est propre… Ils sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce».                                

L’obsession antisémite de Voltaire ne s’endort jamais.  Dans son Dictionnaire philosophique (1769), il revient régulièrement sur la question des Juifs, même quand il n’existe aucun lien avec la philosophie ou avec le titre de l’article.

Article Anthropophage : «Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eût été la seule chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable peuple de la terre».
Article Job : «Leur profession fut le brigandage et le courtage ; ils ne furent écrivains que par hasard».

Article Tolérance :«Le peuple juif était, je l’avoue, un peuple bien barbare. Il égorgeait sans pitié tous les habitants d’un malheureux petit pays sur lequel il n’avait pas plus de droit qu’il n’en a sur Paris et sur Londres».  Et de rajouter, heureusement, «Il ne faut pourtant pas les brûler» !   

Voltaire à 40 ans (IA)

Voltaire était ouvertement raciste. On peut lire dans son ouvrage Des différentes races d’hommes : (Tome 1, pages 6 à 8) : «Ce qui est plus intéressant pour nous, c’est la différence sensible des espèces d’hommes qui peuplent les quatre parties connues de notre monde. Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Américains soient des races entièrement différentes».

Parlant desnoirs : leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire.

Pour Voltaire, les Albinos «sont, à la vérité, une nation très petite et très rare ; ils habitent au milieu de l’Afrique : leur faiblesse ne leur permet guère de s’écarter des cavernes où ils demeurent ; Cependant les Nègres en attrapent quelquefois, et nous les achetons d’eux par curiosité. Prétendre que ce sont des Nègres nains, dont une espèce de lèpre a blanchi la peau, c’est comme si l’on disait que les noirs eux-mêmes sont des blancs que la lèpre a noircis. Un Albinos ne ressemble pas plus à un Nègre de Guinée qu’à un Anglais ou à un Espagnol. Leur blancheur n’est pas la nôtre : rien d’incarnat, nul mélange de blanc et de brun ; c’est une couleur de linge ou plutôt de cire blanchie ; leurs cheveux, leurs sourcils, sont de la plus belle et de la plus douce soie ; leurs yeux ne ressemblent en rien à ceux des autres hommes, mais ils approchent beaucoup des yeux de perdrix. Ils ressemblent aux Lapons par la taille, à aucune nation par la tête, puisqu’ils ont une autre chevelure, d’autres yeux, d’autres oreilles; et ils n’ont d’homme que la stature du corps, avec la faculté de la parole et de la pensée dans un degré très éloigné du nôtre. Tels sont ceux que j’ai vus et examinés».

À propos des tziganes, il écrit : (Tome 5, page 83-84) : «Il y avait alors une petite nation, aussi vagabonde, aussi méprisée que les Juifs, adonnée à une autre espèce de rapine ; c’était un ramas de gens inconnus, qu’on nommait Bohèmes en France, et ailleurs Égyptiens, Giptes ou Gipsis, ou Syriens (…). Cette race a commencé à disparaître de la face de la terre depuis que, dans nos derniers temps, les hommes ont été désinfatués des sortilèges, des talismans, des prédictions et des possessions».

Voltaire à 50 ans (IA)

Voltaire était esclavagiste : Trop de naïfs sont persuadés que Voltaire était anti-esclavagiste parce qu’on fait lire aux lycéens sa compassion pour l’esclave du Surinam. Notre philosophe est un bel hypocrite : il a en effet spéculé, en association avec les armateurs nantais et avec la compagnie des Indes, dans les opérations de traite des esclaves (par exemple dans l’armement du bateau négrier Le Congo). Dans la citation ci-après, plus sincère, il défend ses intérêts (tome 8, page 187) : «Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur.  Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir».

Pour résumer le portrait de Voltaire en voici un jugement du journaliste Sabatier de Castres, son contemporain : «de grands talents et l’abus de ces talents portés aux derniers excès ; des traits dignes d’admiration, une licence monstrueuse ; des lumières capables d’honorer son siècle, des travers qui en sont la honte ; des sentiments qui ennoblissent l’humanité, des faiblesses qui la dégradent ; tous les charmes de l’esprit, et toutes les petitesses des passions ; l’imagination la plus brillante, le langage le plus cynique et le plus révoltant ; de la philosophie et de l’absurdité ; la variété de l’érudition et les bévues de l’ignorance ; une poésie riche et des plagiats manifestes ; de beaux ouvrages et des productions odieuses ; de la hardiesse et une basse adulation ; des hommages à la religion et des blasphèmes ; des leçons de vertu et l’apologie du vice ; des anathèmes contre l’envie et l’envie avec ses accès ; des protestations de zèle pour la vérité et tous les artifices de la mauvaise foi ; l’enthousiasme de la tolérance et les emportements de la persécution : telles sont les étonnantes contrariétés qui décideront du rang que cet homme unique doit occuper dans l’ordre des talents et dans celui de la société».

Voltaire à 70 ans (IA)

Ajoutons cette opinion du franc-maçon, l’abbé Fréron qui vécut à l’époque de Voltaire : «sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions». Pour se venger de cette critique Voltaire le poursuivra de sa vindicte en y incluant la Franc-maçonnerie dont il moqua l’ostentation et le goût du secret.

Il serait injuste de ne pas citer, à décharge, l’apologie dressée par Goethe sur ce personnage si controversé : «Génie, imagination, profondeur, étendue, raison, goût, philosophie, élévation, originalité, naturel, esprit et bel esprit et bon esprit, variété, justesse, finesse, chaleur, charme, grâce, force, instruction, vivacité, correction, clarté, élégance, éloquence, gaieté, moquerie, pathétique et vérité voilà Voltaire. C’est le plus grand homme en littérature de tous les temps; c’est la création la plus étonnante de l’Auteur de la nature.»

Est-ce c’est cette dernière appréciation qui fait reconnaître, très souvent, Voltaire comme une référence en Franc-maçonnerie ? Admettons tout de même qu’il y ait un paradoxe !


[1]Le 20ème siècle s’est résolument tourné vers l’histoire et les histoires de l’auteur, l’œuvre n’est même plus un prétexte et on oublie de la lire. Sartre montre que l’on ne peut plus séparer un homme d’une œuvre car il s’établit la singularisation de l’œuvre par l’homme et l’universalisation de l’homme par l’œuvre qui fonde le rapport d’un lecteur à un livre.