A l’occasion d’une conférence organisée par le Forum Veritas, à Paris, le romancier et philosophe Eric-Emmanuel Schmitt et le pasteur baptiste Thomas Hodapp, échangent sur les complexités de la foi et invitent à une réflexion personnelle sur la croyance et la spiritualité.
Lors d’une conférence-débat du Forum Veritas organisée par les Groupes Bibliques Universitaires (GBU) à Paris, le philosophe Éric-Emmanuel Schmitt et le pasteur Thomas Hodapp ont engagé une profonde discussion sur l’essence de la foi.
Le pasteur baptiste Thomas Hodapp insiste sur le fait que la foi ne doit pas être considérée comme un saut aveugle dans l’irrationnel ou une fuite de la réalité. Il définit plutôt la foi comme une confiance raisonnée, fondée sur des faits historiques, plutôt que comme une simple croyance sans preuve. Il illustre son propos en opposant deux scénarios d’alpinistes perdus en montagne : l’un s’appuie sur une intuition sans fondement, tandis que l’autre se fie aux conseils dignes de confiance d’un guide de montagne expérimenté.
En réfléchissant à son propre parcours, de l’athéisme à la foi, le philosophe Éric-Emmanuel Schmitt reconnaît les complexités et les défis de la croyance. Sa formation universitaire en philosophie a initialement renforcé son scepticisme. En étudiant des penseurs comme Diderot et Kant, il développe une approche critique de la religion, considérant souvent la foi comme une illusion. Cependant, au fil de ses recherches, Éric-Emmanuel Schmitt commence à ressentir un vide spirituel et une quête de sens.
Cette introspection le conduit à explorer différentes traditions spirituelles et religieuses. Il lit des œuvres de mystiques et de théologiens, cherchant à comprendre la nature de l’existence et la place de l’homme dans le cosmos.
Son intérêt pour la littérature et le théâtre joue également un rôle clé dans son parcours. Écrivant des pièces qui questionnent les thèmes de la foi, de l’amour et de la souffrance, Éric-Emmanuel Schmitt trouve une nouvelle manière d’aborder les grandes questions existentielles.
Finalement, ce cheminement personnel l’amène à une conversion spirituelle, où il reconnaît la valeur de la foi non pas comme une simple croyance, mais comme une expérience enrichissante et transformatrice. Aujourd’hui, il partage sa vision à travers ses écrits, cherchant à inspirer les autres à explorer leur propre spiritualité.
Pour Éric-Emmanuel Schmitt comme pour Thomas Hodapp, la foi implique une responsabilité : une décision consciente de s’engager et d’embrasser les complexités de la vie et de la spiritualité. Pour eux, la foi est une interaction dynamique entre la grâce divine et le choix humain, invitant les participants à réfléchir à leurs propres croyances et expériences.
Production : Forum Veritas – fr.veritas.org Intervenants : Éric-Emmanuel Schmitt, Thomas Hodapp
De l’Oracle de Delphes aux Francs-Maçons en passant par les Templiers, les sociétés secrètes existent dans toutes les cultures et agissent dans l’ombre depuis les premières heures.
Les sociétés secrètes existent depuis l’apparition des premières grandes civilisations, sous la forme de cultes religieux, d’associations politiques ou encore de fraternités universitaires. Comptant dans leurs rangs des philosophes, des artistes, des présidents et même des astronautes, les membres menaient généralement leurs affaires en privé, cachant leurs activités et parfois leur identité au public. Certains utilisaient des poignées de main et des symboles secrets, tandis que d’autres portaient des vêtements ou des bijoux codés. Ils renversèrent des dirigeants et remodelèrent des nations, influencèrent des écrivains et des artistes, et changèrent la façon dont les humains pensaient à Dieu. Et ils existent encore de nos jours.
Que faisaient-ils exactement dans l’ombre ? Que cachent leurs mystérieux rituels ? Voici les véritables histoires de certaines des sociétés les plus secrètes de l’Histoire.
L’ORACLE DE DELPHES
Dans la Grèce antique, les citoyens qui avaient une question importante à poser pouvaient solliciter la sagesse des dieux par le biais d’oracles, et il n’existait pas d’oracle plus influent que celle de Delphes. Au maximum de son influence entre les 8e et 6e siècles avant notre ère, ce temple massif dédié au dieu Apollon se trouvait au cœur du sanctuaire de Delphes qui, la plupart du temps, servait de lieu de culte. Mais neuf jours par an, le temple se transformait en oracle lorsqu’une médium, appelée la Pythie, recevait un groupe limité de visiteurs sélectionnés pour les dons importants qu’ils avaient faits.
Gauche:
La sibylle de Delphes est l’une des cinq sibylles représentées sur la fresque du plafond de la chapelle Sixtine réalisée par Michel-Ange en 1512.
Au jour fixé, la Pythie, généralement une jeune femme originaire de Delphes, buvait et se baignait dans les eaux de la fontaine Kassotis. Elle entrait ensuite dans le temple pour prendre place dans le sanctuaire intérieur, l’adyton. L’oracle elle-même ne « parlait » jamais. Au lieu de cela, elle entrait en transe, provoquée, selon l’historien grec Plutarque, par de mystérieuses « vapeurs », se tordant et convulsant tout en émettant des sons et des cris étranges. Les prêtres interprétaient ses paroles et produisaient une réponse, et étaient ainsi dotés d’un pouvoir énorme, surtout si la question portait sur des sujets politiques importants.
LE CULTE DE MITHRA
Les mystères mithriaques, ou mithraïsme, une société secrète qui se développa au 1er siècle de notre ère dans tout l’Empire romain, en grande partie grâce à sa popularité auprès des troupes romaines, s’inspiraient d’une divinité indienne et perse connue sous le nom de Mithra, censée être née d’un rocher. Dépeint comme un dieu sauveur, Mithra était souvent représenté en train d’abattre un taureau sacrificiel ou de partager un banquet avec Sol, le dieu du Soleil.
Le mithraeum sous la basilique Saint-Clément-du-Latran à Rome.
PHOTOGRAPHIE DE Ice Boy Tell, Wikimedia Commons
Nous ne savons pas grand-chose du fonctionnement interne de ce culte exclusif, mais l’accent aurait été mis sur la glorification de la guerre, la victoire sur le mal et l’obtention du salut. Tous les candidats devaient passer sept niveaux complexes d’initiation, y compris les sacrifices d’animaux, avant d’être considérés comme des membres à part entière ou syn-dexioi, « scellés par une poignée de main ».
Jusqu’à 30 fidèles se réunissaient dans un espace caverneux appelé mithraeum (les archéologues découvrirent plus de 45 mithraeums sur au moins 680 dans la seule ville de Rome) pour partager un repas de pain et de vin, et mener des cérémonies secrètes devant une effigie du dieu tuant un taureau. À son apogée, le culte représenta un défi majeur pour une autre religion en plein essor : le christianisme. Les premiers chrétiens les persécutèrent, et la société fut éliminée avant la fin du 4e siècle.
Un panneau montrant Mithra terrassant le taureau, daté à environ 200 de notre ère.
PHOTOGRAPHIE DE Cincinnati Art Museum, Ohio, USA, Gift of Mr. and Mrs. Fletcher E. Nyce, Bridgeman Images
LES TEMPLIERS
Des sept grandes croisades lancées pour libérer la Terre sainte de la domination musulmane, seule la première obtint des résultats tangibles : la prise de Jérusalem en 1099 et le massacre de la plupart des habitants juifs et musulmans qui tentaient de défendre la ville. Le mouvement des croisades inspira la fondation de plusieurs ordres militaro-religieux dont le rôle était de tenir et de défendre la Terre sainte. Les plus célèbres étaient les Templiers.
Reconstitution moderne de Templiers en armure de combat.
Formé vers 1119 lorsque Baudouin II, alors roi de Jérusalem, chargea un groupe de chevaliers de protéger tous les pèlerins chrétiens en Terre sainte, les Templiers de l’Ordre du Temple étaient facilement reconnaissables à leurs robes blanches marquées d’une croix rouge. Ils développèrent une expertise particulière en matière de finance et devinrent rapidement l’une des plus puissantes organisations chevaleresques. On leur attribue même le développement d’un nouveau système bancaire.
Après la défaite des croisés lors du siège de Saint-Jean-d’Acre en 1291 et leur fuite de la Terre sainte vers Chypre, les Templiers n’entreprit jamais de nouvelle mission. Le roi Philippe IV, qui était très endetté envers l’ordre, exploita son désarroi et sa réputation de secret en arrêtant la plupart des dirigeants templiers en France. Plusieurs furent brûlés sur le bûcher sur la base d’accusations forgées de toutes pièces, ce qui ne fit qu’accroître la mystique de l’ordre.
L’Ordre du Temple fut officiellement dissous en 1307, mais sa légende perdure. Aujourd’hui, de nombreuses sociétés secrètes en France, en Allemagne et en Italie prétendent descendre des Templiers, notamment l’Association française des chevaliers du Christ, qui bénéficie du soutien du Vatican.
LES FRANCS-MAÇONS
Connus pour leurs tabliers blancs, leurs poignées de main secrètes et leurs symboles mystérieux, les francs-maçons auraient participé à la préparation des révolutions américaine et française et à la conception de la ville de Washington. Avec des branches dans le monde entier, ils comptent parmi leurs membres Voltaire, George Washington, Wolfgang Amadeus Mozart, Harry Houdini, Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill, Gerald Ford et Buzz Aldrin.
Le Freemasons’ Hall de Londres, construit en 1933, est le siège de la Grande Loge unie d’Angleterre.
PHOTOGRAPHIE DE Baloncici, Shutterstock.com
Les origines de cette mystérieuse organisation sont obscures, mais elle aurait vu le jour en Europe dès le Moyen Âge. Les premiers membres étaient une guilde de maçons ou de tailleurs de pierre professionnels qui, contrairement à la plupart des autres roturiers, avaient les moyens de voyager dans différentes villes et différents pays, ce qui donnait à ces artisans une vision du monde unique et libérale qui transcendait les coutumes locales.
Au fil du temps, les francs-maçons diminuèrent le travail de la pierre pour discuter des idées philosophiques et intellectuelles occidentales fondées sur le siècle des Lumières, dont l’antimonarchisme, le gouvernement constitutionnel et le républicanisme. En tant que société non religieuse et apolitique, la franc-maçonnerie définit un nouvel ensemble de valeurs morales et spirituelles, inculquées par une série de cérémonies et de rituels, grâce auxquels les membres gravissaient progressivement les échelons (en utilisant la maçonnerie comme métaphore, ils passaient d’apprentis à compagnons, puis à maîtres). Les francs-maçons restent aujourd’hui une organisation florissante, avec de nombreuses unités de membres à travers le monde qui se consacrent à la charité et à des bonnes œuvres.
LES TIANDIHUI, HUNG MUN ET LA TRIADE
Au cours du tumultueux 18e siècle en Chine, les Tiandihui, la Société du Ciel et de la Terre, se forma comme un culte spirituel dirigé par des leaders charismatiques dans la province de Fujian. Contraints à la clandestinité par la dynastie Qing, ils devinrent un mouvement de résistance féroce contre les dirigeants mandchous des Qing. Ils avaient recours au vol à main armée pour maintenir leur stabilité financière.
Les Tiandihui inspirèrent d’autres sociétés, notamment une organisation similaire à la franc-maçonnerie connue sous le nom de Hung Mun. Parmi les membres, on peut trouver Sun Yat-sen, fondateur de la première république chinoise, et le général Chiang Kai-shek, fondateur de Taïwan. Certains restèrent fidèles aux idéaux de patriotisme, de loyauté et de justice des Tiandihui, mais d’autres dérivèrent vers la criminalité, inspirés par le penchant des Tiandihui pour les braquages de type Robin des Bois. Le plus célèbre est un groupe connu sous le nom de la Triade, qui est aujourd’hui l’un des plus grands groupes criminels asiatiques au monde.
Gauche:
Sceau chinois Hung Mun du 19e siècle.
PHOTOGRAPHIE DE Chinese Researches by Alexander Wylie, Shanghai, 1897
Droite:
Ce portrait sur soie de 1806 représente Yinghe de la dynastie Qing.
Chaussez vos bottes de sept lieues. Je vous emmène à la découverte d’une dizaine de châteaux peu connus. Leur architecture bizarre, leur audacieux site d’implantation ou leur histoire orageuse les rendent uniques.
Au programme, vous rencontrerez des forteresses semi-troglodytes, intégrées dans la roche, des ruines nichées au cœur d’une nature luxuriante, en passant par des points fortifiés suspendus à flanc de falaise. Peut-être ajouterez-vous quelques destinations à votre liste de visites futures.
Le château de Fleckenstein (Bas-Rhin)
Dokape/Wikimedia Commons
À la limite de la frontière allemande, ce château édifié au XIIe siècle par les empereurs Hohenstaufen domine la forêt vosgienne. Sa particularité est d’être semi-troglodyte : il est aménagé en partie dans une barre rocheuse. Une garantie de solidité inébranlable.
A Fleckenstein, tenez-vous aux barres ! Quoique, elles ne sont pas très rassurantes (Ji-Elle/Wikimedia Commons).
Le château de Lastours (Aude)
Sébastien Loubet/Flickr.com
Dans ce département, les touristes se précipitent à Carcassonne pour voir la puissante cité fortifiée. Mais poussez 18 km plein nord et vous tomberez sur ces 4 châteaux qui n’en forment en réalité qu’un. Au milieu du XIIIe siècle, saint Louis fait construire cet ensemble fortifié sur ce site qui fut un haut lieu du catharisme, et un foyer de rébellion à son autorité. Par là même, le roi contrôle une voie de communication importante et les mines de fer à proximité.
Les tours de Merle (Corrèze)
StefanLD/Wikimedia Commons
Il est surprenant de découvrir ces ruines fortifiées au milieu de la nature. Ce site du Limousin est densément fortifié, moins à cause de son importance stratégique que son mode de gestion. Plusieurs seigneurs codirigeaient le territoire, chacun disposant de son logis ou de sa tour.
Les châteaux de l’Ortembourg et de Ramstein (Bas-Rhin)
Le château de l’Ortenbourg au premier plan et celui de Ramstein en contrebas (Remi Simonnin/Wikimedia Commons)
Ces deux châteaux alsaciens voisinent à un jet d’arbalète, mais, à la différence de Lastours ou de Merle, se menaçaient l’un l’autre. Pendant longtemps, les historiens pensaient Ramstein comme un contre-château : dans sa volonté de prendre le château de l’Ortembourg, Otto IV d’Ochsenstein auraient construit en 1293 un château en contrebas, Ramstein. Aujourd’hui ces circonstances sont moins assurées, mais il n’empêche que les deux châteaux étaient bien hostiles. Étant donné leur proximité, j’imagine les garnisons s’échanger oralement quelques amabilités.
Les châteaux de Bruniquel (Tarn-et-Garonne)
Thérèse Gaigé/Wikimedia commons
Là encore deux châteaux se font face, non plus à un jet d’arbalète, mais à un jet de postillons : le « château vieux » du XIIIe siècle et le « château neuf » de la fin du XVe siècle. Deux cousins ennemis se partageaient la vicomté de Bruniquel et donc les châteaux. Rivalité qu’exacerbèrent les guerres de religion, l’un des vicomtes étant protestant, l’autre catholique. Mais en 1780, le maître du château vieux rachète le château neuf, éteignant définitivement les tensions. Le lieu est aujourd’hui connu pour avoir servi de décor au Le Vieux Fusil , film de Robert Enrico, avec Philippe Noiret et Romy Schneider.
Le château de Brézé (Maine-et-Loire)
Manfred Heyde/Wikimedia Commons
Vous avez sûrement déjà fait quelques châteaux de la Loire. Allez, je vous en ajoute un sur la liste de vos futures visites. Nicolas Faucherre, castellologue, le surnomme « le château fort invisible ». Car sous le château Renaissance, se cache une forteresse souterraine du XIIe siècle creusée dans le tuffeau. Au total 4 km de galeries. Elles servaient à la défense et à accueillir la population en cas de siège. Plus tard, on aménagea d’autres pièces souterraines dont une salle des pressoirs et une boulangerie équipée de deux fours à pain. Au moins le boulanger travaillait au frais.
Galerie souterraine du château de Brézé (Marc Ryckaert/Wikimedia Commons)
Le château de Fère-en-Tardenois (Aisne)
Hugluc/Wikimedia Commons
À l’origine, ce château était une forteresse sur motte. La Renaissance le transforma : Anne de Montmorency, connétable de France (oui, c’est un homme malgré son prénom), recouvrit la motte d’une maçonnerie puis jeta un pont couvert pour y accéder. Une sorte de Chenonceaux, mais sans le Cher.
Le château de La Ferté-Milon (Aisne)
Chabe01/Wikimedia Commons
C’est un rêve inachevé. Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, fait raser l’ancien château pour construire une demeure de plaisance. Son assassinat en 1407 arrête soudainement le projet. Les bâtisseurs n’ont eu le temps que de construire la façade. Le visiteur a l’impression d’être face à un décor de théâtre. Un décor long de 102 m tout de même.
Le donjon de Septmonts (Aisne)
Vous allez croire cet article sponsorisé par le département de l’Aisne. Car voici encore un troisième château du même secteur que les deux précédents. Avec ses cylindres emboîtés, la forme de ce donjon — XIVe siècle — m’a toujours intrigué. Il appartenait à un château, résidence des évêques de Soissons. Comme quoi, même un homme d’Église pouvait s’inquiéter pour sa défense.
Les châteaux de falaise
La Roque de Brengues (P. Danilo Royet/Wikimedia Commons)
« Parents pauvres de l’architecture défensive médiévale », ces châteaux insolites passent inaperçus. Et pourtant on en compte par centaines en France selon l’archéologue Florence Guillot. De préférence dans les montagnes calcaires où se forment facilement des grottes, des vires (paliers) et des porches. Leur position perchée, à flanc de falaise, permettait de surveiller les environs et les rendait difficilement accessibles. La maîtrise de l’escalade est aujourd’hui nécessaire pour les approcher. Autrefois, on utilisait sûrement des échelles et des planchers suspendus de bois. Voici quelques exemples : la Roque d’Autoire (Lot), le château-grotte de Gars (Alpes-Maritimes) ou la Roque de Brengues (Lot).
Le château d’Hesdin (Pas-de-Calais)
À côté du château, les comtes d’Artois puis les ducs de Bourgogne développent un parc qui fut sans doute le premier « parc d’attractions conçu pour amuser et surprendre en même temps que pour plaire à ceux qui recherchaient l’agrément d’une nature domestiquée par l’homme » selon Danielle Queruel, professeure de littérature médiévale
On y venait pour chasser. Mais à l’intérieur de la forêt, se trouvait un zoo dont la composition variait selon les époques : au temps du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, les sources mentionnent un chameau et un buffle. Quelques décennies auparavant, on cite des animaux locaux : un castor, un ours, un loup et un chat sauvage.
Le visiteur pouvait aussi se perdre dans la « maison Dédalus », un labyrinthe dont les vignes composaient les allées.
Le plus étonnant était les automates de bois et métal que le personnel animait à l’aide de cordages et de rouages. Certains faisaient jaillir de l’eau.
Malheureusement, il ne reste rien de ça. Seuls les textes nous révèlent l’existence de « parc d’attractions » pour nobles.
L’AUTEUR : Laurent Ridel
Ancien guide et historien, il vous aide à travers son blog à décoder les églises, les châteaux forts et le Moyen Âge.
Sa recette : de la pédagogie, beaucoup d’illustrations et un brin d’humour.
Louis-Claude de Saint-Martin, connu sous le nom de « Philosophe inconnu », est né le 18 janvier 1743 à Amboise et décédé à Châtenay-Malabry le 14 octobre 1803 (21 vendémiaire an XII). Il était un philosophe français.
Portrait au physionotrace de Louis_Claude de Saint_Martin (1743_1803), dessiné par Jean_Baptiste Fouquet et gravé par Gilles_Louis Chrétien. Original perdu. L’ésotériste Stanislas de Guaïta affirme que la gravure date de l’année 1801 ; il l’a reproduite dans son ouvrage Essais de sciences maudites, publié en 1891. (Crédit : Gilles_Louis Chrétien)
Louis-Claude de Saint-Martin est une figure majeure du courant illuministe dans l’histoire des idées. Contemporain de l’Allemand von Eckartshausen, auteur de La Nuée sur le sanctuaire, recommandé plus tard par Éliphas Lévi, l’illuminisme inclut également l’extatique suédois Emmanuel Swedenborg, bien que ses ouvrages soient réputés difficiles à lire.
Louis-Claude de Saint-Martin, né le 18 janvier 1743 à Amboise, était issu d’une famille noble. Son père, Claude François de Saint-Martin, était maire d’Amboise et conseiller avocat du roi. Sa sœur s’est mariée avec le général Antoine Auguste Desherbiers de Létanduère. Une éducation éclairée par sa belle-mère a cultivé en lui de nobles sentiments et une sensibilité profonde.
Maison natale de Louis-Claude de Saint-Martin à Amboise (37) (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Après des études de droit, Louis-Claude est devenu avocat, mais la profession ne lui plaisait guère. En 1765, avec l’aide d’un ami influent, il obtient un poste de sous-lieutenant au régiment de Foix à Bordeaux, lui permettant de consacrer plus de temps à ses études ésotériques.
Grâce à un ami, il a rejoint l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, fondé par Martinès de Pasqually. Les enseignements de cet ordre, basés sur les théosophies judéo-chrétiennes et les secrets d’Égypte, de Grèce et d’Orient, ont profondément influencé sa philosophie.
En 1771, il quitte l’armée pour se consacrer entièrement à sa vocation, servant comme secrétaire de Martinès de Pasqually pendant plusieurs mois.
En 1773 et 1774, Louis-Claude de Saint-Martin séjourne à Lyon chez Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). Ce dernier, également disciple de Martinès de Pasqually, créa en 1778 le Rite Écossais Rectifié (RER), pratiqué par les francs-maçons, dans lequel il intégra l’essentiel de la théosophie martinésiste. Durant ce séjour chez Willermoz, Saint-Martin rédigea son premier ouvrage, Des erreurs et de la vérité, ou les Hommes rappelés aux principes de la science. Lors de sa parution en 1775, l’auteur, alors à Paris, devint déjà le « Philosophe inconnu », surnom qui lui restera attaché à travers les siècles. Son Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu, l’Homme et l’univers (1782) prolonge et approfondit les enseignements de son premier livre.
Maison natale de Louis-Claude de Saint-Martin à Amboise (37) (Crédit photo : Franck Fouqueray)
À cette époque, Saint-Martin commence à se détacher des pratiques actives de la magie pour s’orienter vers une spiritualité plus « intérieure », estimant que le Réparateur a montré la voie d’un contact direct avec le divin par la prière. Il en vient même à se méfier de la franc-maçonnerie, malgré une brève appartenance au rite rectifié de Willermoz. Son séjour à Strasbourg (1788-1791) marque un tournant : il y rencontre Mme de Böcklin, qui lui fait découvrir la philosophie de Jacob Boehme, dont il traduira cinq ouvrages.
Concernant la Révolution française, Saint-Martin la perçoit comme un châtiment temporaire envoyé par la Providence, conséquence de la décadence des trônes et des autels. Il va jusqu’à monter la garde devant le Temple, devenu prison de la famille royale. Louis Blanc, à tort, lui attribua même la célèbre devise « Liberté, Égalité, Fraternité », bien que Robert Amadou ait démontré cette erreur dans un numéro spécial de Renaissance traditionnelle avec des arguments détaillés.
Après L’Homme de désir (1790), puis Le Nouvel Homme et Ecce Homo (écrit pour instruire la duchesse de Bourbon) parus en 1792, Saint-Martin écrit principalement sous l’influence de Boehme, dont il concilie les enseignements avec ceux de son « premier maître » Martinès de Pasqually. C’est aussi à cette époque qu’il commence sa correspondance théosophique avec le Bernois Niklaus Anton Kirchberger (1739-1799). Il publie d’autres ouvrages, dont Le Ministère de l’homme-esprit (1802), qui est sans doute son travail le plus abouti, conciliant au mieux les doctrines de Boehme et de Martinès de Pasqually. En parallèle, il traduit et fait publier les œuvres de Boehme. Il rencontre Chateaubriand en janvier 1803 à la Vallée-aux-Loups, avant de s’éteindre le 13 octobre de la même année à Aulnay, près de Sceaux, chez le sénateur Lenoir-Laroche.
Il a également adressé une lettre à Johann Christian Ehrmann, plusieurs fois publiée.
Le cœur de la loge… Il porte l’emblème de l’amour, de la sollicitude fraternelle, de l’entraide… Voici l’hospitalier.
Comme la définition l’indique, anciennement celui qui abrite, accueille, nourrit ; se rapportant anciennement aux hôpitaux et aux soins qui y sont donnés, l’hospitalier est bien celui qui porte la « marque » de l’amour fraternel. En loge, on ne rencontre que rare difficulté, ou pas du tout, à ce que ce plateau soit tenu, eu égard peut-être à ce qui paraît être une moindre charge ? Pas de tracé à rédiger, « juste » un rapport annuel, pas de prises de parole rituelle, pas de déplacement, sauf à circulambuler pour faire circuler le tronc hospitalier ou tronc de la veuve, en fin de tenue.
C’est bien dans ce sac, reconnaissable par son cœur rouge cousu en son centre, que l’hospitalier se charge de faire récolte généreuse de dons des membres pour aider ceux et celles qui en auraient besoin.
Imaginez-le, longer les colonnes, brandissant le tronc, sourire aux lèvres, main sur le coeur plus que sur la gorge, quémander à chacun « Alors ? Combien pouvez-vous donner ? Vous n’avez pas de pièce ? Glissez donc un billet ! Plaie d’argent n’est pas mortelle ! » 😉 Mais là n’est pas sa seule mission, car, au delà de considération matérielle, c’est à lui de s’inquiéter, dans le ciment de la fraternité, de ses frères, de ses sœurs, en loge ou pas, et des anciens. Il doit tenir son engagement pour que cette entraide et la manifestation de la fraternité soient plus solides qu’un château de cartes qui attise la première envie de souffler dessus pour le voir s’écrouler !
Alors, tenue après tenue, kilos et fragments amassés, il faut bien espérer que notre cher hospitalier n’ait pas tendance fâcheuse à oublier l’essentiel : s’enquérir des uns et des autres, principalement les absents et faire le lien, surtout s’il n’a pas, dans sa trousse de secours, le thermomètre de l’empathie et de la souffrance.
Que peut nous apprendre l’histoire ancienne de Caïn et Abel sur le cheminement humain et notre relation avec Dieu ?
En Franc-Maçonnerie, le terme « frère » est utilisé pour exprimer une proximité qui n’est pas nécessairement fondée sur des liens de sang. Elle est formée d’un lien commun, d’obligations et d’expériences partagées. De plus, le fait d’être un enfant du Père Divin (ou du Grand Architecte) constitue un lien de parenté sacré et cimenté entre les membres.
Dernièrement, la question « Suis-je le gardien de mon frère ? » a résonné dans mon esprit en ce qui concerne mes propres obligations maçonniques. Cette question touche au fondement de ce que signifie être au service du Grand Œuvre. Le but ultime des enseignements maçonniques est la maîtrise de soi, par la réflexion, les actions et l’acceptation des sublimes leçons de l’immortalité. L’étudiant est encouragé à modérer ses émotions et à contrôler ses vices et à pratiquer les principes de l’amour fraternel, du soulagement et de la vérité.
Cette ligne de pensée m’a amené à revisiter l’histoire de Caïn et Abel, et la véritable source de l’expression « gardien de son frère ». Comme dans tout livre sacré comme la Bible, il y a un débat légitime sur la question de savoir si les passages doivent être traités littéralement ou comme une allégorie malléable. Les contradictions apparentes sont courantes dans les écrits qui s’étendent sur plusieurs siècles. La foi de chaque individu, son point de vue académique, sa vision de la religion ou sa vision personnelle du monde entrent certainement en jeu dans l’interprétation du texte. J’espérais trouver une certaine perspicacité maçonnique dans cette histoire biblique séculaire.
En gros, les passages de Genèse 4:1-16 peuvent être résumés ainsi : Caïn était le premier fils d’Adam et Ève et Abel était le deuxième fils. Caïn était agriculteur et Abel était berger. Quand vint le moment d’apporter une offrande à l’Éternel, Caïn offrit des fruits et Abel offrit un agneau immolé. L’Éternel fut satisfait de l’offrande d’Abel, mais insatisfait de celle de Caïn. Caïn, rempli de jalousie, tua son frère.
Après le meurtre, nous lisons dans Genèse 4:9 :
L’Éternel dit à Caïn : « Où est Abel, ton frère ? »
Il dit : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? »
Les choses ne se sont pas bien passées pour Caïn.
Traduit de l’hébreu original, le mot « gardien » désigne quelqu’un qui « veille sur » ou « surveille ». Quelle est la signification symbolique de ces deux personnages ? Pourraient-ils avoir un lien avec la quête d’un franc-maçon ?
Caïn et Abel – Des ténèbres à la lumière
Certaines théories affirment que Caïn et Abel étaient des jumeaux et que chacun d’eux pouvait représenter notre nature supérieure et inférieure. Cela nous renvoie au cœur du travail maçonnique qui consiste à apprendre à naviguer dans la dualité de notre existence. Par exemple, il n’y aurait pas de lumière sans obscurité, pas de bien sans mal, pas d’amour sans haine, etc.
Comparer la lumière et l’obscurité est une étude importante. Cependant, ce qui est curieux dans le sujet de la lumière, c’est que tout le monde sait ce que c’est jusqu’à ce que vous le leur demandiez. Dans la Bible, nous lisons que « Dieu est lumière ». Cette citation évoque un mystère. Elle suggère qu’il existe un lien plus profond avec le sujet de la lumière qu’il n’y paraît. Il semble peu probable que lorsque vous entrez dans une pièce et appuyez sur un interrupteur, vous allumez Dieu. Le concept d’obscurité est tout aussi mystérieux.
Récemment, lors d’une réunion de la Loge, nous avons étudié l’ouvrage de Frère Leonard Bosman, « La lumière d’un maître maçon ». Bosman propose que le mythe de Caïn et Abel parle de la bataille du franc-maçon entre deux aspects opposés de l’esprit. La grande lutte porte sur l’incompatibilité de ces deux natures, en particulier lorsque l’ego est aux commandes.
Dans « Lumière d’un maître maçon », nous lisons :
Abel est l’Esprit d’Amour, Caïn la Tête ou l’esprit cérébral ; Abel est le cœur ou l’esprit, Caïn la mentalité terrestre. C’est pourquoi, symboliquement comme en réalité, Caïn tue son frère Abel, c’est-à-dire que l’esprit dur de Caïn tue la nature d’amour pure (Abel) en l’empêchant de fonctionner.
Bosman fait remarquer à juste titre que ce n’est pas Abel qui lutte. La lutte concerne Caïn car l’ego est toujours en lutte constante pour tuer la nature supérieure. L’ego veut le contrôle total car sacrifier l’ego c’est mourir à soi-même et laisser la nature de Lumière vivre à travers vous. Ce n’est pas une tâche facile.
Les deux aspects de l’esprit ont une fonction. Caïn, selon le sens profond de son étymologie, représente l’arme dure et pointue de l’esprit. Caïn est l’esprit égoïste et avide, celui qui « acquiert », celui qui « centralise », tandis qu’Abel est celui qui cède, celui qui « donne ».
Si tout cela est vrai, alors comment pouvons-nous « maîtriser » ces deux aspects de notre nature ?
La clé symbolique réside peut-être dans Tubal-Caïn , un personnage de forgeron de la Bible qui était le fils de Lamech, un descendant de Caïn. Il était connu comme un artisan des métaux de laiton et de fer. Dans la légende, il existe un lien biologique ainsi qu’un lien symbolique. Bosman écrit que la franc-maçonnerie peut être « considérée comme une expérience alchimique, la Loge étant dans ce sens le chaudron du Grand Alchimiste dans lequel le métal de base de la nature inférieure sera transformé en or de la nature spirituelle ».
Plus loin, dans « Lumière d’un maître maçon », on lit :
Dans tout cela, l’étudiant de la Franc-Maçonnerie verra la signification intérieure et secrète de Tubal-Caïn, l’abandon de la puissance centrale ou de l’esprit égoïste, l’abandon, pour ainsi dire, du moi personnel alors qu’il s’étend pour devenir un moi plus grand, l’UN qui est en tout.
En d’autres termes, plus nous nous accrochons à l’importance personnelle et à l’ego, plus nous vivons sans aucun doute dans l’obscurité.
Le travailleur mystique s’écrie souvent : « Quand je ne suis rien, je suis tout ! » C’est peut-être pour cela que si peu de gens cherchent véritablement un chemin authentique vers l’illumination. Qui veut n’être rien ? On nous a tous dit que le but ultime est d’être quelqu’un.
Nous pouvons tirer deux conclusions de tout cela. Nous pouvons décider que la légende de Caïn et Abel est simplement une bonne histoire – un conte illusoire à raconter à nos enfants. Ou nous pouvons supposer qu’elle a une certaine valeur symbolique. Je préfère personnellement la deuxième option, ne serait-ce que parce qu’elle correspond à ma propre intuition de travailleur maçonnique selon laquelle nous pouvons apprendre sur nous-mêmes à partir de symboles.
Suis-je le gardien de mon frère ? En effet, j’essaie. « Progresser chaque jour dans la lumière maçonnique » semble simple, mais c’est probablement le concept le plus difficile à apprendre pour un franc-maçon. Ce n’est pas grave, car cela offre également une valeur à vie.
Ce dont le monde a besoin – ce dont chacun de nous a besoin – c’est de plus de lumière, de plus d’amour, de plus de clarté d’esprit et de plus de charité de cœur ; et c’est ce que la Franc-Maçonnerie nous donne en grande quantité – si seulement nous laissons la lumière de l’amour pénétrer dans les recoins sombres de nos cœurs. – Fr. Jyothindra Kumar
Depuis l’aube de l’humanité, les hommes ont dédié leurs plus beaux temples au Soleil et à sa lumière divine.
Cette folie créatrice a connu son apogée au Moyen Âge, avec les cathédrales gothiques et leur incroyable architecture en dentelle de pierres et de verre. L’histoire officielle raconte que ces cathédrales furent bâties à proximité des carrières de pierres car elles pouvaient alimenter les chantiers en matériaux. Mais selon certains historiens, la plupart de ces cathédrales ont en fait été bâties sur d’anciens sites païens christianisés dès le IVe siècle.
00:00 Le secret des édifices 04:20 l’ésotérisme 14:37 Basilique Saint-Denis 18:40 Les francs-maçons 25:58 Le carré de Sator 32:49 La Jérusalem Celeste 55:28 Les miracles 01:03:01 Les images pour les fidèles
Cette série en quatre parties examinera l’aspiration et l’activité « maçonniques » concernant la Terre Sainte et les Lieux Saints ; les leitmotivs incluent : le pèlerinage, la prophétie, le tourisme, l’exploration, la colonisation et l’empire.
Et, « ramener la franc-maçonnerie à son lieu de naissance »
Partie 1 : Introduction et Les Hauts Degrés envisageait la possibilité que les degrés supérieurs chrétiens soient un moyen par lequel l’Église pourrait assimiler et contrôler les francs-maçonneries. Il a été noté qu’un ordre maçonnique aspirait à « acquérir la possession du Saint-Sépulcre à Jérusalem… » ; on a examiné comment cette décision a été prise et jusqu’où l’Ordre pourrait aller pour atteindre cet objectif. À la même époque, même Napoléon n’a pas réussi à prendre possession de la Terre Sainte !
Deuxième partie : La Grande Loge Américaine et l’American Grand Tourist ont étudié l’aspiration de la Grande Loge du Maine à «… vérifier si des vestiges de l’ancienne maçonnerie peuvent être découverts en Palestine ». Ils ont également examiné le récit scandaleux du Fr. Mark Twain sur sa visite en Terre Sainte, qu’il a décrit comme « le récit d’un voyage d’agrément… le récit d’un pique-nique ».
Partie 3 : La tournée des francs-maçons américains et l’exploration impériale anglaise, qui a été l’occasion de découvrir le « voyage d’affaires » coloré du frère Rob Morris et son projet d’établir la franc-maçonnerie américaine en Terre Sainte. Elle a également évoqué la manière dont la franc-maçonnerie a soutenu l’aspiration impériale britannique à la Terre Sainte.
Partie 4 : L’explorateur militaire maçonnique et le touriste pathétique maçonnique.
Chaque partie cherchera à identifier l’intérêt, l’aspiration et l’activité maçonniques de la Terre Sainte avec des leitmotivs : pèlerinage, prophétie, tourisme, exploration, colonisation et empire. Et les aspirations à « ramener la franc-maçonnerie au lieu de sa naissance ».
La tournée du franc-maçon américain et l’exploration impériale anglaise.
Le livre de Kevin Shillington, « Charles Warren à l’ère de l’Empire », a été commenté dans The Square en novembre 2020 et l’auteur a été interviewé un mois plus tard. Cet article en est ainsi facilité.
Il est peut-être peu probable qu’un « établissement » investisse dans l’exploration simplement pour le plaisir d’explorer.
Le capitaine Charles Warren, de l’armée américaine , a été nommé pour diriger l’exploration de Jérusalem par le Palestine Exploration Fund (PEF) de 1868 à 1871.
Vue aérienne du Mont du Temple Image : Andrew Shiva
IMAGE LIÉE : wikimedia Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)
Sir George Grove , la force motrice organisatrice du PEF, a demandé à Warren de « faire des découvertes à Jérusalem , plus particulièrement dans la partie connue sous le nom de Haram Area [Mont du Temple] qui contenait le site du Temple ».
Sir George Grove photographié dans The Musical Times Vol 38, No 656 (octobre 1897)
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Dans « la zone du Haram », Mark Twain a qualifié les prétendus vestiges du Temple du roi Salomon (KST) de « fraude et d’imposture » : pour Rob Morris , « … le Temple de Salomon a complètement disparu ».
Compte tenu du niveau de connaissance, peut-être ces deux observations étaient-elles, et demeurent-elles, « grandement exagérées ».
Grove n’était pas franc-maçon : pourquoi la KST était-elle sa priorité ? La preuve de l’existence de vestiges de la KST est-elle fondamentale pour la crédibilité et les projets futurs des trois religions révélées abrahamiques ?
Pour certaines francs-maçonneries, le soutien « scientifique » à la croyance religieuse supplante-t-il le rôle de l’allégorie maçonnique ?
La communication trimestrielle de l’UGLE de mars 1868 enregistre la proposition, l’argumentation et l’approbation d’un don de cent guinées (14 500 £ d’aujourd’hui) au PEF. Le raisonnement comprenait :-
Que le PEF était destiné à «… l’investigation scientifique de la Terre Sainte en lien avec l’histoire biblique ».
« Une élucidation et une illustration plus complètes du Livre sacré et des événements qui se sont produits en Terre Sainte mériteraient l’estime et le soutien des francs-maçons ».
« Pour montrer la lumière jetée sur ce Livre Sacré que tous les Francs-Maçons respectent et vénèrent. »
« Il n’y avait rien dont les francs-maçons étaient plus fiers que de faire remonter leur origine à ceux qui, sous la direction du roi Salomon, ont élevé le Temple de Jérusalem ».
« Lord Derby, Lord Russell, Sir R. Murchison, et parmi eux on peut citer le Grand Maître de l’Ordre de Westminster lui-même, qui avait généreusement souscrit pour soutenir l’œuvre. » (Et aussi le Prince de Galles qui avait visité Jérusalem en 1862 et était devenu Grand Maître en 1874.)
« Le surveillant des lieux est W.Bro. Charles Warren, qui a su concilier la bonne volonté des habitants de ces lieux et surmonter les préjugés religieux qui, pendant des siècles, avaient empêché les étrangers de mettre le pied sur ces lieux. »
Il semblerait que pour la Grande Loge d’Angleterre, comme pour la GL du Maine quarante ans plus tôt, il n’y ait pas eu de différence significative entre les vestiges du judéo-christianisme et ceux de la franc-maçonnerie.
Peut-être que l’acquisition de possession de lieux saints faisait partie de la politique étrangère impériale britannique ; la franc-maçonnerie universelle a peut-être facilité « l’entrée sur ces lieux ». (Voir partie 3.)
Warren était consciencieux, religieux, méticuleux, athlétique, aventureux et studieux ; un soldat de l’Empire et un arpenteur militaire.
En 1859, à l’âge de 20 ans, il fut initié à L.278, Gibraltar ; la franc-maçonnerie rassembla des aspects de son important capital humain.
Une conférence donnée dans une loge de Gibraltar a soutenu l’idée selon laquelle la franc-maçonnerie a commencé avec la construction du KST et a fait référence à ses « fondations toujours visibles ».
Après avoir succédé à Wilson, c’est peut-être ce que Warren a eu à l’esprit lorsqu’il a poursuivi son travail, notamment en maintenant des relations de travail satisfaisantes avec les autorités de Jérusalem, même si, comme d’habitude, il a remis en question les frontières !
Cependant, il faut conclure que Warren n’a pas trouvé de vestiges consensuellement acceptés du KST.
Sans surprise, en tant que fondateur du Quatuor Coronati en 1886 et désormais Sir Charles Warren, son article s’intitulait « Sur l’orientation des temples ».
Il a écrit;
Nous avons deux points de vue :
(a) La théorie qui suppose que l’homme a progressivement développé des pensées et des inspirations et qu’après une série d’années, il est parvenu à la conception d’une divinité. [Charles Darwin, L’origine des espèces .]
(b) La théorie qui suppose que l’homme a été créé à l’image de Dieu et qu’il est tombé.
Avec la première, la Maçonnerie n’a plus de rôle ni d’existence, car elle est fondée sur le volume de la loi sacrée.
– Ars Quatuor Coronatorum Vol 1.
Pour Warren, il n’était pas possible de servir la franc-maçonnerie et Darwin !
Pourtant, le grand-père de Darwin, son frère Érasme Darwin, était un pionnier de la théorie de l’évolution.
Une visite à la maison d’ Erasmus Darwin, à Litchfield, est un incontournable pour quiconque s’intéresse à la franc-maçonnerie primitive et à la science des Lumières ; tout cela est résumé dans son ouvrage, Le Temple de la nature ou L’origine de la société : un poème avec des notes philosophiques.
Il est également clair que Warren souhaitait dissocier le judéo-christianisme et la franc-maçonnerie du culte du soleil, et pourtant il a écrit.
La franc-maçonnerie n’est après tout ni plus ni moins que l’ancienne religion du monde — avec les Hébreux il y avait la vraie franc-maçonnerie — avec les païens la franc-maçonnerie dégénérée — perpétuée côte à côte…
Si nous ne pouvons pas faire remonter notre descendance aux artisans phéniciens qui travaillèrent au Temple de Salomon, et si ce n’est qu’une allégorie, alors notre position descend du sublime au ridicule.
[Note de l’auteur : Le texte de la partie 4 a été soumis à l’éditeur de The Square avant la résurgence tragique du conflit actuel au Moyen-Orient.
Dans la partie 1, l’attention a été attirée sur le fait que Jérusalem est « la ville la plus recherchée et la plus combattue de la terre ». Il a également été suggéré que « chacune des trois principales religions révélées a une tradition prophétique basée sur Jérusalem et son Temple. Divers prophètes et leurs interprètes ont des points de vue divergents sur un programme pour « les derniers temps ».
Depuis la soumission de la partie 4, ces mots sont d’une pertinence contemporaine et poignante.
La section suivante commence par un bref paragraphe rendant compte d’une visite en Terre Sainte en 2019. Il est écrit dans le style, je l’espère, inimitable de Mark Twain (voir la partie 2) que j’ai surnommé le « Voltaire américain » ; Voltaire et Twain ont tous deux écrit sur l’échec humain dans un style très irrévérencieux, c’était une façon de contenir, mais de communiquer, le chagrin et la colère.
Je souhaite conserver inchangé le style Voltaire/Twain de l’ouverture de « … et le pèlerin pathétique maçonnique ». Les lecteurs de The Square liront facilement entre les lignes. Telle qu’elle est écrite, la section passe rapidement à l’aspect poignant du monde. (GR) ]
En parlant de cela…
…et le pèlerin pathétique maçonnique
C’est donc avec joie que j’attendais avec impatience de poser le pied pour la première fois en Terre Sainte, le 13 novembre 2019.
À 05h45, alors qu’il s’approchait du port d’Ashdod, le fidèle navire (alias paquebot de croisière) a été la cible d’une attaque à la roquette non maçonnique.
Les courageux, sur le pont supérieur, ripostaient avec leurs fidèles smartphones ; les indifférents prenaient leur petit-déjeuner tôt ; les inquiets se retranchaient sous les tables et armés de leurs fidèles caisses de champagne.
L’armée avançait à toute vapeur dans une retraite tactique, arrivant un jour plus tôt à Haïfa.
Les noms des camps de concentration et de la mort, donnés en hébreu et en anglais, sont tous disposés autour de la Flamme éternelle. Par Mrbrefast – Travail personnel)
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Pour un pèlerin, la priorité était de visiter le Centre mondial de commémoration de l’Holocauste de Jérusalem [Yad Vashem] et son Mémorial des enfants ; peut-être un épicentre de la poignance mondiale, une lumière pour chacun des 1,5 million d’enfants disparus.
Le Mémorial des enfants à Yad Vashem – Par צילום:ד”ר אבישי טייכר,
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Une autre priorité était de rencontrer à Haïfa pour une journée W.Bro. Dan Doron (ancien contributeur de The Square ) avec qui nous avions communiqué pendant vingt ans sur le groupe électronique Masonic Light.
Et ainsi à Jérusalem, sur les traces de Twain, Morris, Wilson et Warren.
Lors de leur voyage vers la « Vieille Ville », les pèlerins ont été confrontés à des catastrophes qui auraient mis au défi les pieds qui parcouraient Jérusalem dans l’Antiquité : embouteillages, pèlerins en retard au retour à la voiture et perte temporaire du sac du guide !
Malheureusement, comme cela ne figurait pas sur l’itinéraire, la voiture des pèlerins « passa de l’autre côté » de l’entrée des carrières de Salomon (grotte de Sédécias) .
Rob Morris, le capitaine Warren et d’autres n’ont pas eu ce problème. Morris a écrit :
L’un des épisodes les plus agréables de ma visite ici fut un rassemblement de francs-maçons dans les vastes carrières qui sous-tendent le quartier nord-est de la ville de Jérusalem, et l’ouverture d’une Loge Moot [informelle] à cet endroit : cet événement eut lieu l’après-midi du mercredi 13 mai. [1868]
La grotte de Sédécias, également connue sous le nom de carrières de Salomon, est une carrière de calcaire située sous une partie de la vieille ville de Jérusalem, en Israël. – Par Chmee2 – Travail personnel,
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Lors de cette réunion, Morris prétend avoir conféré l’ Ordre du Secret Monitor à tous les présents, Warren n’a rien noté de cela dans son copieux journal. (Ou rejoindre le Secret Monitor lors de sa formation en Angleterre en 1887 – peut-être préoccupé par son sort, pas heureux.)
Le 7 mai 1873, comme l’exigeait la GL du Canada, « les vastes carrières » ont accueilli la consécration de la Royal Solomon Mother Lodge No. 293, « pour travailler à Jérusalem et ses environs ».
W.Bro. Dan Doron GDC présidant une réunion dans les carrières de Salomon sous la vieille Jérusalem ; au moins une réunion maçonnique y est organisée chaque année.
La question posée dans la partie 3 est peut-être la question : qui a nivelé le sommet du mont Moriah ?
Le Mont du Temple / Haram est une zone de 36 acres, à 740 m au-dessus du niveau de la mer : quelle aurait pu être la taille de Moriah pré-Abrahamique ?
Pourquoi le prédécesseur fortifié de la Cité de David a-t-il été construit bien en dessous du sommet ?
Peut-être était-il suffisamment haut pour des raisons stratégiques ;
l’approvisionnement en eau disponible; et,
Peut-être n’y avait-il pas à ce moment-là les capacités de génie civil pour construire plus haut. Quand ces capacités auraient-elles pu apparaître : avec Hérode Ier, les Romains, ou plus tard ?
Envoi : De nombreuses questions découlent de l’examen des intérêts maçonniques en Terre Sainte en général, et dans le KST en particulier, notamment :
Existe-t-il une différence entre les vestiges de l’ancienne franc-maçonnerie et ceux de l’ancien judéo-christianisme ?
Est-il nécessaire pour les francs-maçonneries exigeant la croyance en un Être suprême (fondée sur la foi) de croire, par la foi, que le KST a réellement été construit sur le mont du Temple ?
Si tel est le cas, une preuve « scientifique » devrait-elle être nécessaire ou recherchée ?
Les francs-maçonneries fondées sur la foi pourraient-elles accepter le KST uniquement comme une allégorie ?
Certaines francs-maçonneries confessionnelles considèrent le travail maçonnique comme « l’œuvre de Dieu ». Existe-t-il une activité maçonnique digne de ce nom qui puisse être considérée comme exclusivement humaniste dans son origine, son but et ses résultats ?
Les francs-maçonneries confessionnelles considèrent-elles celles qui ne le sont pas comme des francs-maçonneries ?
Existe-t-il des circonstances imaginables qui pourraient amener les francs-maçonneries confessionnelles à reconnaître les francs-maçonneries humanistes ?
La même personne ne peut pas jouer au football et au baseball en même temps – leurs règles sont différentes ; il faut choisir l’un ou l’autre. (Voir Partie 3)
Connaissance religieuse = VSL x logique.
Connaissances scientifiques = données empiriques x modèles mathématiques. (Hariri)
La tentative de confirmer la connaissance religieuse par la connaissance scientifique est-elle intellectuellement honnête ? Le vice-gouverneur et président de la Royal Society , Martin Folkes , a honnêtement poursuivi la connaissance scientifique (meilleure méthodologie scientifique) et a soutenu que la franc-maçonnerie devait être comprise comme une allégorie et un symbolisme.
Certaines francs-maçonneries se définissent comme des systèmes moraux particuliers, voilés d’allégorie et illustrés par des symboles ; cela pourrait très bien définir de nombreuses religions.
Ce qui est honnête, c’est le « temple non construit par les mains ».
Ces choses sont une allégorie; car ce sont les deux alliances; l’une du mont Sinaï, qui engendre la servitude, qui est Agar.
Car cette Agar est la montagne de Sinaï en Arabie, et elle correspond à la Jérusalem actuelle, qui est dans la servitude avec ses enfants.
Mais Jérusalem d’en haut est libre, elle est notre mère à tous.
Dans certaines francs-maçonneries, le Temple de la Nature ou l’Origine de la Société d’Érasme Darwin s’applique allégoriquement à la « construction du temple », qui fait allusion à l’amélioration/à l’avancement des francs-maçons.
Non pas dans le but des francs-maçons eux-mêmes, loin de là ; mais plutôt dans le but de reconstruire une société humaine meilleure et universelle.
Le travail maçonnique est au service de la cause de l’humanité – qui « répond » à la « liberté » des francs-maçonneries.chapitre précédent←
Article de Gerald Reilly
Gerald Reilly a été initié en 1995 à la Loge 2063 du Prieuré de St Osyth. Essex. Angleterre (UGLE).
Il est membre fondateur de Allthingsmasonic de Josh Heller et a co-écrit avec Josh « Le Temple qui ne dort jamais » (Cornerstone Books, 2006). Il s’engage dans le développement de la franc-maçonnerie électronique.
Tous les mois, la Grande Loge de France organise un petit-déjeuner-débat dont le fil directeur de l’année 2024 est « croire »
Le jeudi 24 octobre (à 8 h 30, en l’hôtel de la GLDF, 8 rue Louis Puteaux Paris 17) l’invité de Dominique Losay, 1er Grand Maître adjoint, sera Mr David Milliat, écrivain, essayiste et présentateur de l’émission télévisée du dimanche matin « le jour du Seigneur ».
David Milliat parlera de son tout récent ouvrage, « la force de croire » (sortie le 17 octobre, Editions le Cerf). Il expliquera comment, pour lui, « croire nous fait agir et parfois nous sauve dans un monde où le Mal est à l’œuvre ».
Voici ce qu’en dit son éditeur :
« Présentateur de l’émission Le Jour du Seigneur, David Milliat enquête sur la force de croire. Qu’est-ce qui nous fait avancer et agir ? Quelle espérance nous permet d’imaginer que le monde peut changer ? Le journaliste est allé interroger des personnalités de tous horizons, juives, chrétiennes, musulmanes, agnostiques et athées. Il évoque également la sienne en fil rouge, lui, qui, enfant, a perdu ses parents. À 6 ans, David Milliat perd ses parents dans un accident de voiture. Miné par le chagrin, pétri d’angoisse, l’enfant, l’adolescent, l’adulte ne s’abandonne pas au désespoir. Le journaliste s’interroge sur l’origine de cette résilience, qu’il identifie à la foi. Mais quelle foi ? Peu importe en quoi l’on croit – Dieu, l’humanité, la science. Car la foi nous fait agir et nous sauve. Elle nous permet de combattre le mal. Sur le terrain, le journaliste a questionné ceux qui rayonnent et agissent, qui osent agir pour transformer le monde. C’est à redécouvrir l’immense pouvoir des croyances que nous convie l’auteur. »
Le château du Clos Lucé, autrefois appelé le manoir du Cloux, est une demeure située en France, au cœur du Val de Loire, dans le centre-ville d’Amboise. Construit à l’origine en 1471 comme un ancien fief dépendant du château d’Amboise, il passe entre plusieurs propriétaires avant d’être acquis par Charles VIII, qui en fait une résidence d’été pour les rois de France. Cette fonction perdurera jusqu’en 1516, lorsque François Ier met le château à la disposition de Léonard de Vinci, qui y vivra pendant trois ans, jusqu’à sa mort le 2 mai 1519.
Façade du Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
En tant que dernière demeure de Léonard de Vinci, le château du Clos Lucé est classé monument historique depuis la liste de 1862 et figure au Journal officiel de la République française du 18 avril 1914.
Aujourd’hui, le château du Clos Lucé est un lieu d’interprétation, de découverte et de synthèse, dont la vocation est de faire découvrir au grand public l’univers de Léonard de Vinci.
Propriété de la famille Saint Bris depuis 1854, le château est actuellement dirigé par François Saint Bris, frère de l’écrivain Gonzague Saint Bris.
Le château de Cloux était un ancien fief relevant du château d’Amboise. La terre de Lucé avait été annexée au domaine dès le XIVe siècle. Par un acte du 26 octobre 1460, Pierre du Perche céda le lieu du Cloux à Marc Rabouin en échange de la Grange-aux-Lombards.
Peu de temps après, le domaine passe aux mains des religieuses du prieuré de Moncé, qui le vendent, par acte du 26 mai 1471, à Étienne Le Loup, maître d’hôtel et premier huissier d’armes, puis conseiller du roi Louis XI et bailli d’Amboise. Face à l’état de délabrement des bâtiments, c’est lui qui donna au Clos Lucé son aspect actuel, avec « sa tour carrée, sa guette, reliée à l’aile droite par une galerie couverte (…) et ses murs bientôt percés de fenêtres gothiques ».
Jardin au Clos Lucé. Vue sur le Château de François 1er à Amboise – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Le logis, construit sur des fondations gallo-romaines, s’articule autour d’une tour d’angle octogonale abritant un escalier à vis, entouré de deux bâtiments à deux étages disposés en équerre. La façade élégante, faite de briques roses et de pierre de tuffeau, reflète l’architecture du XVe siècle.
Le 2 juillet 1490, Charles VIII rachète le Clos Lucé à Étienne Le Loup pour la somme de 3 500 écus d’or. Charles VIII transforme alors la forteresse médiévale en un château d’agrément, qui devient la résidence d’été des rois de France pendant 200 ans. Charles VIII y fit également construire un oratoire pour son épouse, Anne de Bretagne, qui y vécut jusqu’à son départ pour le château royal de Blois.
Prière pour initiation dans la Chapelle au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
En 1492, Charles VIII fait construire pour Anne de Bretagne une chapelle gothique en pierre de tuffeau, l’oratoire d’Anne de Bretagne. L’oratoire est orné de peintures murales réalisées par les disciples de Léonard de Vinci : une Annonciation, un Jugement dernier et une Vierge de lumière (Virgo Lucis), située au-dessus de la porte, qui aurait donné son nom au Clos Lucé.
Charles IV d’Alençon et Marguerite de Valois s’installent au Clos Lucé en 1509. En 1515, le duc d’Alençon vend le château à Louise de Savoie, mère de François Ier. Louise de Savoie, régente de France, y vécut et éleva ses deux enfants : le bouillant duc d’Angoulême, futur François Ier, et Marguerite de Navarre, femme de lettres et auteur de L’Heptaméron.
Léonard de Vinci au château du Clos Lucé
Reproduction de la Joconde au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Lit ou est mort Leornard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Lit où est mort Leornard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Lit où est mort Leornard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Mauble dans la chambre de Leornard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
En 1516, à l’âge de 64 ans, Léonard de Vinci quitte Rome et traverse l’Italie, emportant avec lui, dans ses sacoches de cuir, tous ses carnets de dessins ainsi que trois de ses tableaux les plus célèbres : La Joconde, La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, et Saint Jean Baptiste. Ces trois œuvres sont aujourd’hui conservées au musée du Louvre. Léonard est accompagné en France de ses disciples Francesco Melzi et Salai, ainsi que de son serviteur Batista de Vilanis. Selon Benvenuto Cellini, le roi François Ier lui accorde une pension de 700 écus d’or, en plus de la rémunération pour les œuvres qu’il achève, et lui offre le château du Clos Lucé pour y vivre. François Ier le nomme « Premier Peintre, Ingénieur et Architecte du Roi ».
Francesco Melzi – Portrait de Léonard de Vinci attribué à Francesco Virgolini
Installé au château du Clos Lucé, Léonard de Vinci se montre extrêmement prolifique. Il travaille sur de nombreux projets, organise les fêtes de la Cour à Amboise, conçoit les plans de la Cité idéale de Romorantin, ainsi que l’escalier à double révolution du château de Chambord. Il projette également un système de canaux pour relier le Val de Loire au Lyonnais. À cette époque, il est considéré comme l’un des meilleurs peintres de son temps.
Le 10 octobre 1517, Léonard de Vinci reçoit la visite du cardinal Louis d’Aragon. Son secrétaire, Antonio de Beatis, décrit cette rencontre dans son Itinerario.
« Messer Léonard de Vinci, âgé de plus de 70 ans, excellentissime peintre de notre époque, qui montra trois tableaux à Notre Seigneurie, un d’une Dame florentine, faite au naturel, à la demande de feu le Magnifique Julien II, un autre de saint Jean-Baptiste jeune, et une Vierge à l’Enfant, qui sont sur les genoux de sainte Anne ; les trois sont d’une rare perfection. Il est vrai qu’en raison d’une paralysie de la main droite, on ne peut plus attendre de chef-d’œuvre de sa part. »
Cabinet de curitosités dans la pièce à côté du bureau de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Bureau de travail de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Atelier de travail de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Atelier de travail de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Atelier de travail de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Reproductions de tableaux de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Le 19 juin 1518, Léonard de Vinci organise une grande fête au château du Clos Lucé pour exprimer sa gratitude envers le roi François Ier. Cet événement reprend certaines idées que Léonard avait déjà mises en œuvre lors de la Fête du Paradis à Milan, le 13 janvier 1490 (la Festa del Paradisio, une pièce du poète Bernardo Bellincioni). Une machinerie y représentait la course des astres : un chapiteau fut installé, et une toile peinte en bleu figura la voûte céleste, avec les planètes, le soleil, la lune et les douze signes du zodiaque.
L’ambassadeur Galeazzo Visconti rapporta dans une lettre : « Le Roi Très-Chrétien fit banquet dans une fête admirable […]. Le lieu en était le Cloux, très beau et grand palais. La cour était recouverte de draps bleu-ciel, puis il y avait les principales planètes, le soleil d’un côté et la lune de l’autre […]. Il y avait 400 candélabres à deux branches, et tellement illuminés, qu’il semblait que la nuit fut chassée ».
Vitrine d’objets de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Vitrine d’objets de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Ancêtre de l’hélicoptère inventé par Leonard de Vinci au Clos LucéVitrine d’objets de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Léonard de Vinci s’éteint dans sa chambre du château du Clos Lucé le 2 mai 1519, léguant ses manuscrits, carnets de dessins et croquis à son disciple bien-aimé, Francesco Melzi. La scène imaginée où Léonard meurt dans les bras de François Ier a inspiré de nombreuses œuvres, dont La Mort de Léonard de Vinci de Jean-Auguste-Dominique Ingres, tableau aujourd’hui conservé au Petit Palais.
Un château de plaisance souvent modifié
Vue de la Chambre de Marguerite de Navarre au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Après la mort de Léonard de Vinci, Louise de Savoie reprend possession du château du Clos Lucé. En 1523, Philibert Babou de La Bourdaisière et son épouse, surnommée la belle Babou, qui fut l’une des favorites de François Ier, s’y installent. Par la suite, en 1583, Michel de Gast, capitaine des Gardes du roi Henri III et impliqué dans l’assassinat du Cardinal de Guise, devient propriétaire du domaine.
En 1632, le château passe dans la famille d’Amboise par le mariage d’Antoine d’Amboise avec la petite-fille de Michel de Gast. Durant la Révolution française, le château échappe de peu au pillage grâce à l’intervention de Henri-Michel d’Amboise. Le domaine reste ensuite dans la famille d’Amboise jusqu’en 1832.
La plupart des pièces du château du Clos Lucé sont modifiées à plusieurs reprises au fil des siècles. Au XVIIIe siècle, les espaces sont réorganisés et redécorés avec l’ajout d’importantes boiseries et cheminées. Les jardins subissent également un réaménagement à cette époque.
Salle à Manger au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Tapisserie dans la chambre de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Chambre voisine de Leornard de Vinci. Occupée par Marguerite de Navarre au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Cuisine au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Le château devient la propriété de la famille Saint Bris le 30 juillet 1855. Hubert Saint Bris décide de l’ouvrir au public en 1954, marquant un tournant dans l’histoire de la demeure.
Le Clos Lucé est classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862. L’ouverture au public entraîne de nouvelles modifications des espaces afin de mieux accueillir un grand nombre de visiteurs. En 2017, les propriétaires décident de supprimer les salons du XVIIIe siècle, pourtant classés monuments historiques, pour recréer des décors supposés se rapprocher de ceux qui auraient existé à l’époque de Léonard de Vinci. Toutefois, aucune description précise des espaces occupés par Léonard, ni de mobilier d’origine, n’a été conservée. Cette intervention fait l’objet d’un signalement de la Direction régionale des Affaires culturelles auprès du procureur de la République.
Description du château aujourd’hui
Cheval de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
Le château du Clos Lucé est situé au cœur d’un parc de 7 hectares, traversé par l’Amasse, un petit affluent de la Loire. Sa façade en briques roses et pierres blanches, pratiquement inchangée depuis la Renaissance, témoigne de son histoire. Un ancien chemin de ronde subsiste encore de cette époque. Certaines pièces du château ont été réaménagées aux XXe et XXIe siècles pour évoquer celles du XVIe siècle, telles qu’elles auraient pu être à l’époque de Léonard de Vinci, bien qu’aucune description précise ne soit disponible. Les visiteurs peuvent découvrir une chambre, une cuisine, un atelier imaginaire (où est exposée une reproduction de son cheval sculpté par un artiste contemporain), ainsi que la salle du Conseil, l’oratoire d’Anne de Bretagne et la chambre de Marguerite de Navarre.
Lit ou est mort Leornard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
La chambre où Léonard de Vinci mourut, ainsi que celle de Marguerite de Navarre, ont été restaurées en 2011 et décorées avec des meubles et objets d’époque, provenant de diverses sources. Elles sont situées au premier étage du château.
Quarante maquettes, réalisées par IBM à partir des dessins de Léonard de Vinci, sont exposées dans quatre salles du sous-sol. Des animations en 3D permettent de comprendre le fonctionnement des inventions de Léonard et de les voir s’animer.
Le parc abrite un pigeonnier, construit au XVe siècle par Estienne Le Loup, bailli d’Amboise, qui comptait environ 1 000 niches pour pigeons. En 2003, Jean Saint Bris a mis en place un parcours culturel dans le parc, avec des bornes sonores et 20 machines géantes inspirées des croquis de Léonard. Un jardin met en avant les travaux de l’artiste sur les plantes, ainsi qu’un pont à deux niveaux, réalisé d’après l’un de ses croquis.
Chard de Guerre inventé par Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)
En 2021, deux nouvelles galeries consacrées aux travaux de Léonard dans les domaines de l’architecture et de la peinture ont été ouvertes au public dans un ancien bâtiment industriel de 500 m², réhabilité pour l’occasion. Un nouvel espace multimédia expérimental permet aux visiteurs de « survoler » les machines volantes de Léonard au-dessus du Palais royal de Romorantin, reconstitué en 3D.
Dans la culture populaire
Dans la bande dessinée Le Guide ou le Secret de Léonard de Vinci (tome 18 de la série Les Aventures de Vick et Vicky) de Bruno Bertin (Éd. P’tit Louis, 2012), un ouvrier travaillant dans une chambre du Clos Lucé en 1954 découvre une petite boîte de métal dissimulée dans un mur. À notre époque, un groupe d’enfants venus en Touraine pour préparer un exposé tombe par hasard sur cette boîte. L’intrigue se déroule dans les lieux emblématiques d’Amboise, le château d’Amboise et le château du Clos Lucé, et sert de cadre à la découverte de Léonard de Vinci, de la ville d’Amboise et de son patrimoine historique. La bande dessinée a également été adaptée en roman jeunesse par Eve-Lyn Sol (Éd. P’tit Louis, 2013).
Chambre vosine de Leornard de Vinci. Occupée par Marguerite de Navarre au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Tapisserie dans la chambre de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)Bureau de travail de Leonard de Vinci au Clos Lucé – (Crédit photo : Franck Fouqueray)