À Naples, le Collège des Maîtres Vénérables de Campanie a organisé une journée portes ouvertes dans la « maison de la franc-maçonnerie », un événement relayé par ANSA. Cette initiative, qui s’est tenue dans un lieu symbolique pour l’obédience maçonnique locale, visait à démystifier la franc-maçonnerie et à présenter au public sa « véritable image », loin des clichés et des idées reçues. À une époque où la méfiance envers les institutions secrètes ou perçues comme telles est palpable, cette ouverture marque une volonté de transparence et de dialogue avec la société.
Un événement pour briser les préjugés
La franc-maçonnerie, souvent entourée d’un halo de mystère, est régulièrement accusée d’élitisme, d’opacité, voire de complotisme dans l’imaginaire collectif. À Naples, le Collège des Maîtres Vénérables, affilié à la Grande Loge d’Italie, a décidé de répondre à ces critiques en ouvrant les portes de son siège régional pour la première fois au grand public. Selon ANSA, l’objectif était clair : « donner une image vraie » de la franc-maçonnerie, en mettant en avant ses valeurs fondamentales de fraternité, de réflexion philosophique et d’engagement sociétal.
Les visiteurs ont eu l’occasion de découvrir les espaces de la maison maçonnique, souvent ornés de symboles comme l’équerre, le compas ou l’œil de la providence, qui peuvent sembler énigmatiques aux non-initiés. Des membres de l’obédience étaient présents pour expliquer leur fonctionnement, leurs rituels et leur philosophie, qui repose sur la quête de perfection morale et intellectuelle. Cette démarche s’inscrit dans une volonté croissante de transparence, à l’heure où les réseaux sociaux et les théories complotistes amplifient les malentendus sur les sociétés initiatiques.
Un contexte régional et international favorable
Cette journée portes ouvertes à Naples intervient dans un contexte où la franc-maçonnerie cherche à se réinventer face aux défis contemporains. En Campanie, région marquée par des enjeux sociaux comme la précarité économique et l’influence de la criminalité organisée, la franc-maçonnerie souhaite montrer qu’elle peut jouer un rôle positif. Des initiatives philanthropiques, comme le soutien à des projets éducatifs ou culturels locaux, ont été mises en avant lors de l’événement, bien que ANSA ne précise pas les détails de ces actions.
Sur le plan international, cette ouverture fait écho à d’autres initiatives similaires. Par exemple, le même jour, la Logia Simbólica Mazatlán 37 au Mexique a célébré ses 104 ans, mettant en avant son engagement philanthropique envers les enfants défavorisés, comme le rapporte El Debate. De même, en France, le 5 mai 2025, Emmanuel Macron a visité la Grande Loge de France (GLDF) à Paris, prononçant un discours sur la laïcité et appelant les francs-maçons à être des « vigies » des valeurs républicaines. Ces événements simultanés suggèrent une volonté globale de la franc-maçonnerie de redéfinir son image publique et de s’ancrer dans les débats sociétaux actuels.
Une démarche louable, mais des défis persistants
Si l’initiative napolitaine est un pas vers plus de transparence, elle soulève aussi des questions sur son impact réel. La franc-maçonnerie, par sa nature initiatique et ses rituels réservés aux membres, reste difficilement accessible au grand public. Même en ouvrant ses portes, elle risque de ne pas dissiper entièrement les soupçons d’opacité. À Mazatlán, par exemple, des critiques relayées par Mazatlán Interactivo en 2021 pointaient une « distance émotionnelle » entre les maçons et les non-initiés, qualifiés de « profanes », lors de célébrations similaires. À Naples, le Collège des Maîtres Vénérables devra probablement multiplier ce type d’initiatives pour véritablement changer les perceptions.
De plus, l’événement intervient dans un contexte politique tendu en Italie. En 2025, les débats sur la transparence des institutions et des réseaux d’influence sont particulièrement vifs, notamment après des scandales impliquant des élites locales. Bien que la franc-maçonnerie napolitaine affirme vouloir se concentrer sur des valeurs humanistes, elle n’est pas à l’abri des accusations de collusion avec le pouvoir, un soupçon récurrent dans l’histoire italienne, notamment sous le fascisme ou lors de l’affaire de la loge P2 dans les années 1980.
Une invitation au dialogue dans un mois riche en événements
Cette journée portes ouvertes s’inscrit dans un mois de mai 2025 marqué par des initiatives culturelles et philosophiques à travers le monde. En Campanie, elle coïncide avec d’autres événements d’envergure, comme la visite de la nave Amerigo Vespucci à Porto Empedocle, dans le cadre d’Agrigento 2025, Capitale italienne de la culture, comme le rapporte ANSA. À Deauville, en France, le Cercle Condorcet-Voltaire-d’Holbach organise un dîner-débat le 21 mai sur « Ovni littéraire et énigme astrophysique » avec Jean-Charles Stasi, tandis que le 24 mai, le Grand Orient de France à Paris accueillera la Journée Claude Gaignebet, explorant les traditions initiatiques. Ces événements témoignent d’une effervescence intellectuelle et d’un regain d’intérêt pour les valeurs humanistes et initiatiques.
En ouvrant ses portes le 7 mai 2025, la maison de la franc-maçonnerie à Naples a fait un geste audacieux pour se rapprocher du public et déconstruire les préjugés. En mettant en avant ses valeurs de fraternité et d’engagement sociétal, le Collège des Maîtres Vénérables de Campanie cherche à s’ancrer dans les réalités contemporaines de la région. Cependant, pour que cette « véritable image » s’impose durablement, la franc-maçonnerie devra continuer à dialoguer avec la société, en s’ouvrant davantage et en répondant aux attentes de transparence. Cet événement, bien que symbolique, est un premier pas vers une meilleure compréhension mutuelle, dans un mois de mai riche en réflexions sur l’humanisme et la quête de sens.
Le mercredi 21 mai 2025, de 20h00 à 22h30, l’Hôtel de la Maison des Maçons, situé au 12 rue Christine de Pisan dans le 17e arrondissement de Paris, accueillera la 4e édition des Entretiens Pic de la Mirandole, un événement d’exception organisé conjointement par la Grande Loge de France (GLDF) et la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Cette conférence publique, ouverte à tous – francs-maçons ou non – explorera un thème d’une actualité brûlante :
« Que reste-t-il du sacré dans ce monde ? La place d’un ésotérisme occidental ».
À une époque marquée par la sécularisation et les bouleversements sociétaux, cette soirée promet d’offrir des perspectives riches et nuancées sur la quête de sens et la survivance du sacré. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cet événement incontournable.
Une rencontre au croisement de la philosophie, de l’ésotérisme et de la spiritualité
Les Entretiens Pic de la Mirandole, initiés en 2020 par la GLDF et la GLNF, tirent leur nom du célèbre humaniste de la Renaissance, Jean Pic de la Mirandole, connu pour son ouvrage De la dignité de l’homme et sa quête d’une synthèse entre les savoirs profanes et sacrés. Fidèles à cet esprit, ces rencontres annuelles ambitionnent d’éclairer les grandes questions de notre temps à travers des dialogues interdisciplinaires. Après avoir exploré des thèmes comme « Les Temps de la Renaissance » (2023) ou « L’Être humain est-il maître de son destin ? » (2024), cette 4e édition s’attaque à une problématique essentielle : la place du sacré dans un monde où les repères traditionnels semblent s’effacer.
Le thème choisi, « Que reste-t-il du sacré dans ce monde ? La place d’un ésotérisme occidental », invite à réfléchir à la manière dont le sacré – qu’il s’exprime à travers la religion, la spiritualité ou les traditions ésotériques – peut encore trouver sa place dans une société dominée par le matérialisme et la rationalité. L’ésotérisme occidental, riche de ses racines alchimiques, kabbalistiques et maçonniques, sera au cœur des discussions, offrant une grille de lecture pour comprendre les aspirations spirituelles contemporaines. Cette soirée s’annonce comme un espace de réflexion rare, où la pensée philosophique, l’art et l’initiation maçonnique se croiseront pour interroger notre rapport à l’invisible.
Un panel de conférenciers prestigieux
Pour éclairer ce sujet complexe, les Entretiens Pic de la Mirandole réunissent un panel de conférenciers et de grands témoins d’exception, chacun apportant une perspective unique :
Bertrand Vergely
Bertrand Vergely, philosophe et essayiste, est connu pour ses ouvrages sur la spiritualité et le sens de l’existence, tels que Retour à l’émerveillement ou La Tentation de l’homme-Dieu. Son approche, à la fois accessible et profonde, explorera la manière dont le sacré peut résister à la désacralisation du monde moderne.
Jean-Louis Duquesnoy, Grand Orateur de la GLNF, apportera une vision maçonnique à la discussion. En tant que figure éminente de la Grande Loge Nationale Française, il mettra en lumière le rôle des traditions initiatiques dans la préservation du sacré, s’appuyant sur les valeurs et les rituels de la Franc-Maçonnerie.
Robert de Rosa, plasticien, offrira une perspective artistique, explorant comment l’art peut devenir un vecteur du sacré. Ses créations, souvent imprégnées de symbolisme, témoigneront de la capacité de l’esthétique à révéler l’invisible.
Bruno Pinchard, philosophe et universitaire, spécialiste de l’humanisme et de l’ésotérisme, clôturera ce panel. Auteur de nombreux travaux sur la Renaissance et les traditions hermétiques, il proposera une réflexion sur la manière dont l’ésotérisme occidental peut répondre aux crises spirituelles contemporaines.
Bruno Pinchard
Ces intervenants, par leur diversité et leur complémentarité, promettent des échanges d’une grande richesse, mêlant érudition, sensibilité et vision initiatique.
Un événement ouvert à tous dans un lieu emblématique
Organisée à l’Hôtel de la Maison des Maçons, siège de la GLNF, cette conférence se tiendra dans un cadre chargé d’histoire et de symbolisme. Situé au 12 rue Christine de Pisan, à proximité du métro Pont Cardinet, ce lieu incarne l’esprit de la Franc-Maçonnerie, une fraternité initiatique qui, selon la GLNF, « met en pratique un idéal de paix et d’amour » à travers une quête d’élévation spirituelle.
L’un des atouts majeurs des Entretiens Pic de la Mirandole est leur accessibilité. Ouverte à tous, sans distinction, cette conférence s’adresse aussi bien aux francs-maçons qu’aux profanes curieux de découvrir les perspectives maçonniques et philosophiques sur des enjeux contemporains. L’événement, qui se déroulera de 20h00 à 22h30, offrira un format dynamique, combinant interventions des conférenciers et moments d’échanges avec le public. Comme lors des éditions précédentes, qui ont attiré jusqu’à 500 participants, une librairie sera probablement présente pour permettre aux participants d’acquérir les ouvrages des intervenants.
Pourquoi participer aux Entretiens Pic de la Mirandole ?
Dans un monde où les crises – écologiques, sociales, spirituelles – redéfinissent notre rapport au sens, cette 4e édition des Entretiens Pic de la Mirandole offre une opportunité unique de réfléchir à la place du sacré. À travers les interventions de Bertrand Vergely, Jean-Louis Duquesnoy, Robert de Rosa et Bruno Pinchard, les participants seront invités à explorer des questions fondamentales : Le sacré a-t-il encore un rôle à jouer dans nos sociétés sécularisées ? L’ésotérisme occidental peut-il offrir des réponses aux aspirations spirituelles d’aujourd’hui ? Comment l’art, la philosophie et les traditions initiatiques peuvent-ils nous reconnecter à l’invisible ?
Cet événement s’inscrit dans une démarche humaniste et universaliste, fidèle à l’esprit de Pic de la Mirandole, qui cherchait à réunir les savoirs pour mieux comprendre la condition humaine. Pour les francs-maçons, il représente une occasion de nourrir leur réflexion initiatique ; pour les non-initiés, c’est une porte ouverte sur les valeurs et les questionnements de la Franc-Maçonnerie, une institution qui, depuis le XVIIIe siècle, s’efforce de conjuguer tradition et modernité.
Informations pratiques et inscriptions
Date et horaire : Mercredi 21 mai 2025, de 20h00 à 22h30
Lieu : Hôtel de la Maison des Maçons, 12 rue Christine de Pisan, 75017 Paris (métro Pont Cardinet)
Accès : Ouvert à tous, francs-maçons et non-maçons
Contact : Pour toute question, consulter le site de la GLNF ou de la GLDF
L’inscription en ligne est indispensable pour garantir sa place, les éditions précédentes ayant connu un vif succès. Les organisateurs recommandent de s’inscrire rapidement pour ne pas manquer cette soirée d’exception.
Une invitation à réenchanter le monde
La 4e édition des Entretiens Pic de la Mirandole s’annonce comme un moment de réflexion et de dialogue, où philosophes, artistes et initiés uniront leurs voix pour interroger la place du sacré dans notre monde. Dans un contexte de désenchantement, cet événement rappelle que l’ésotérisme occidental, loin d’être une relique du passé, peut être une source d’inspiration pour repenser notre rapport à la spiritualité et à l’humanisme.
Que vous soyez en quête de réponses philosophiques, curieux des traditions maçonniques ou simplement désireux d’explorer les mystères du sacré, cette conférence est une invitation à franchir les portes de la Maison des Maçons pour une soirée de découverte et d’émerveillement. Réservez votre place dès maintenant et préparez-vous à une exploration fascinante de l’invisible au cœur du monde moderne
Le pape américain Léon XIV lance « un appel de paix à tous les peuples », lors de son premier discours
Le 8 mai 2025, à 18h08, une fumée blanche s’est élevée en bouillonnant au-dessus de la cheminée de la chapelle Sixtine, annonçant l’élection du nouveau pape, ce qui marquait la fin du deuxième jour de conclave. Le cardinal Robert Francis Prevost, un Nord-Américain de 69 ans, venait d’être élu 267e pape de l’Église catholique, sous le nom de Léon XIV, devenant ainsi le premier Nord-Américainde l’histoireà porter le titre d’évêque de Rome. Quelques instants plus tard, à 19h31, le nouveau souverain pontife lança, « à la ville et au monde », par ses premiers mots depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, un vibrant «appel de paix à tous les peuples ».
Un discours inaugural axé sur la paix et l’unité
S’exprimant en italien, Léon XIV, qui parle cinq langues, a commencé ainsi son discours :
« Chers frères et sœurs, j’aimerais que ce salut de paix puisse entrer dans vos cœurs, dans vos familles. Je m’adresse à tous les peuples, à la terre entière. »
Photo humoristique d’une fumée qui signalerait l’élection d’un pape pro maçons…
Ce message, rapporté par Le Figaro, reflète une volonté d’universalité et de réconciliation, dans la lignée de son prédécesseur, le pape François, décédé le 21 avril 2025.
Le pape Léon XIV semble vouloir s’inscrire dans une continuité pastorale, tout en apportant une touche personnelle marquée par son passé de missionnaire lors de sa longue expérience péruvienne. Le cardinal Robert Francis Prevost, membre de l’ordre de Saint-Augustin, a choisi le nom de Léon XIV en hommage à Léon XIII, pape de la fin du XIXe siècle, principalement connu pour son encyclique Rerum Novarum (« des choses nouvelles » ou, selon la traduction du Vatican, « des innovations »), qui abordait, en 1891, les droits des travailleurs et la justice sociale. Ce choix symbolique suggère une intention de s’intéresser aux défis sociaux contemporains, se situant dans le sillage de François et de son engagement en faveur des pauvres, des migrants et de l’écologie.
Le pape Léon XIV (Robert Francis Prevost)
Position probable de Robert Francis Prevost sur la Franc-maçonnerie
Le nouveau pape, Robert Francis Prevost, était donc hier encore un cardinal américain de 69 ans. C’était un proche collaborateur du pape François, ayant été nommé préfet du Dicastère pour les évêques en 2023 et élevé au rang de cardinal-évêque en février 2025 (Conclavoscope, Wikipedia). Son alignement sur la vision de François, marquée par une approche pastorale inclusive, une attention aux pauvres et une disposition au dialogue, pourrait-elle le conduire à plus d’ouverture vis-à-vis de la franc-maçonnerie, sachant que son prédécesseur était, cependant, resté plus que réservé à cet égard ? En effet,
Depuis 1738, l’Église catholique OBSERVE UNE LIGNE CONSTANTE, QUOIQUE DéSORMAIS MOINS SéVèRE, envers la Franc-maçonnerie : LA doctrine de la première est considérée comme incompatible avec la nature de la seconde.
Le défunt pape Benoit XVI dans sa chapelle ardente
Cette incompatibilité a été réaffirmée en 2023 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), dirigé par un Préfet argentin, le cardinal Víctor Manuel Fernández, avec l’approbation du pape François. Le document cite la déclaration de 1983 signée par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ultérieurement plus connu sous son nom de pape : Benoit XVI, déclaration aux termes de laquelle il est interdit aux catholiques de rejoindre les loges maçonniques sous peine d’être en état de péché grave et de ne pouvoir recevoir la communion (Catholic Herald). Les objections de l’Église reposent sur les fondements suivants : la franc-maçonnerie est accusée de promouvoir le naturalisme, le rationalisme et une vision déiste ou panthéiste incompatible avec la foi catholique et c’est ce qu’avait antérieurement condamné avec la plus vive fermeté l’encyclique Humanum Genus (« le genre humain ») donnée à Rome, le 20 avril 1884, par le pape… Léon XIII. On peut donc se demander s’il n’est pas d’assez mauvais augure que le nom spontanément choisi par le nouveau Vicaire du Christ soit susceptible de comporter un tel signal dans l’orientation générale du pontificat qu’il inaugure.
Ainsi, Léon XIV, au surplus ancien préfet du Dicastère pour les évêques, a peu de chance de rompre avec cette tradition, même si, connaissant bien la très philanthropique franc-maçonnerie américaine, il ne juge plus l’ensemble de ces sociétés ésotériques comme autant de sectes immorales et impies.
Le pape François
Aucun élément dans son parcours n’a, d’ailleurs, suggéré la moindre divergence avec la position officielle. Son engagement dans la réforme de l’Église sous le règne du pape François, notamment sa participation à la synodalité et son soutien à des changements pastoraux (comme l’accès à la communion pour les divorcés remariés) indiquent, certes, une approche progressiste sur certains aspects doctrinaux, mais cela n’a pas mécaniquement vocation à étendre ces assouplissements à tous les sujets de crispation, comme l’est la franc-maçonnerie (Conclavoscope). Sans doute, son expérience missionnaire au Pérou, où il a travaillé dans des contextes culturels variés, manifeste-t-elle une ouverture au dialogue interreligieux, mais elle ne l’a jamais conduit à témoigner quelque abandon ni a fortiori quelque assentiment que ce soit, à l’égard d’institutions jugées contraires à la foi catholique (The Pillar). Au demeurant, l’encyclique précitée de Léon XIII n’empruntait-elle pas déjà un raisonnement articulé sur les célèbres deux cités d’Augustin d’Hippone (celle de la terre et celle du ciel), pour démontrer une incompatibilité conceptuelle entre les idéaux maçonniques et la révélation chrétienne ? C’est a priori, pour le nouveau pape se réclamant aussi de saint Augustin, un dernier facteur de doute quant à ses possibilités d’évolution sur ce plan. Au reste, il y a seulement un peu plus d’un an, en février 2024, qu’un prélat majeur quoique non revêtu de la pourpre cardinalice, Mgr Antonio Staglianò, crut devoir réitérer, ès qualités de président de l’Académie pontificale de théologie, dans une interview accordée aux médias du Vatican, les raisons de l’incompatibilité entre la foi catholique et la pensée maçonnique. Faute d’une actualité particulière, on se demandait pourquoi le sujet resurgissait à nouveau. Sans doute, la désobéissance de catholiques jugés trop nombreux dans les loges et le trouble de certaines consciences au sein de la curie romaine, aussi bien dans un sens que dans l’autre, ont-ils conduit à ce cinglant rappel, preuve qu’on reste tout de même loin d’un apaisement qui permettrait une évolution rapide.
Rôle potentiel, en tant que « jeune pape », vis-à-vis de la franc-maçonnerie
Toutefois, même devenu pape sous le nom de Léon XIV, Robert Francis Prevost pourrait être amené, au long cours, à reconsidérer la question et ce, tout d’abord, en raison de son âge (69 ans, lors de son élection, c’est relativement jeune pour un pape et cela lui laisse du temps), de son style de gouvernance (il est décrit comme pragmatique et discret et il pourrait s’adapter à un état du monde qui deviendrait favorable à la cause) et des priorités de son pontificat, s’il y trouvait une convergence d’intérêts (Cruxnow, AP News). Encore faudrait-il que s’estompassent quelque peu l’hostile incompréhension voire l’antimaçonnisme impénitent d’un grand nombre de catholiques de par le monde, si l’on excepte quelques pays occidentaux où le catholicisme n’est pas très affirmé, sa tolérance étant souvent inversement proportionnelle à sa puissance. Donc, peut-être à la faveur d’une crise internationale nécessitant de coaliser les forces humanistes. Qui sait ?
Voici quelques éléments d’analyse prospective :
Le Duc de Kent – Grand maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre
Continuité doctrinale : En tant que proche du pape François, le cardinal Prevost devenu pape maintiendra probablement la ligne officielle de l’Église sur la Franc-maçonnerie. Il manque jusqu’à présent le moindre indice permettant d’espérer qu’il puisse un jour lever l’interdiction pour les catholiques de rejoindre les loges maçonniques. Au contraire, son rôle au Dicastère pour les évêques, où il était chargé de nommer des évêques alignés sur la vision de François, suggère qu’il continuera de préférer des pasteurs fidèles à la doctrine catholique traditionnelle sur des questions comme celle-ci (The Pillar).
Approche pastorale et dialogue : Léon XIV est connu pour son style pastoral, humble et axé sur la proximité avec les fidèles (AP News). Il pourra encourager une approche pastorale plus nuancée envers les catholiques affiliés à la Franc-maçonnerie, sans pour autant modifier la position doctrinale. Par exemple, il pourra suivre la suggestion du cardinal Fernández en 2023, qui recommandait aux évêques philippins une catéchèse approfondie pour expliquer l’incompatibilité entre la foi catholique et la Franc-maçonnerie, tout en évitant une confrontation directe (Catholic Herald). Cela s’inscrira dans sa volonté de dialogue et d’inclusion, sans, pour autant, conduire à écorner la formulation des principes.
Contexte géopolitique et régional : En tant que Nord-Américain ayant passé beaucoup de temps au Pérou, Léon XIV est perçu comme un « homme qui transcende les frontières » (The New York Times). Il pourra être confronté à des contextes régionaux où la Franc-maçonnerie est influente, comme en Italie (voir l’événement de Naples du 7 mai 2025) ou en France. Il est peu probable qu’il « initie » un rapprochement officiel avec les obédiences maçonniques, étant donné les précédents historiques et la fermeté de l’Église sur ce point (Wikipedia, art. « Église catholique et Franc-maçonnerie »).
Focalisation sur d’autres priorités : À 69 ans, Léon XIV devrait connaître un pontificat potentiellement assez long (au bas mot, de 10 à 15 ans, au moins, souhaitons-le lui !), mais il est probable qu’il se concentre sur des priorités plus urgentes pour l’Église, comme :
la gestion des affaires d’abus sexuels commis par des prêtres et, qui pis est, le plus souvent sur des mineurs – en l’occurrence, d’authentiques et d’innombrables déviances perverses –, sujet d’autant plus sensible pour lui que, dans sa propre carrière, il fut accusé d’avoir contribué à étouffer de tels scandales tant au Pérou qu’à Chicago (malgré la défense opposée par ses partisans),
la synodalité, mot d’origine grecque qui signifie littéralement « ensemble sur la route » et qui désigne la participation de l’ensemble des fidèles de l’Église locale –et non des seuls membres du clergé– à une large part de l’activité ecclésiale, et, enfin,
l’engagement pour les pauvres et les migrants, ce que laisse pleinement supposer le choix spontané de son nom de pape (The Pillar, Conclavoscope).
Aussi bien, la Franc-maçonnerie, toute importante qu’elle soit sur le plan doctrinal, ne semble pas constituer une préoccupation centrale dans le contexte actuel de l’Église, sauf dans des régions particulières comme les Philippines ou l’Italie, où des initiatives maçonniques récentes ont visé à dissiper cette incompatibilité (Agence italienne ANSA, Naples, 7 mai 2025).
Divers événements maçonniques manifestent la volonté des obédiences de s’ouvrir au public, certes, pour faire connaître la nature de leurs objectifs et de leurs méthodes, ainsi que l’esprit de leurs travaux, mais aussi pour contrer en parallèle les préjugés, les médisances et les calomnies qui se sont de tout temps répandus à leur sujet. Cependant, ces initiatives n’entraînent pas ipso facto de changement dans la position officielle de l’Église catholique. Le nouveau pape pourrait, au besoin, saluer ces efforts de transparence, cela ne l’entraînerait pas nécessairement à modifier la ligne traditionnellement rigoureuse qu’a rappelée, encore récemment, en 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF). Pour autant, le pape pourrait tenir compte, dans ses discours, de certaines déclarations solennelles comme celle d’Emmanuel Macron, le 5 mai 2025, à la GLDF, où il a incité les Francs-maçons à se dresser comme des « vigies » de la laïcité, ce principe républicain que Léon XIV, francophone et d’origine en partie française, saurait sans doute mieux comprendre que ne l’a fait le Pape François, qui y était resté hermétique voire réfractaire. Ainsi se dessineraient plus nettement des voies d’accommodement variant selon les contextes géopolitiques, ce qui est déjà localement un cas assez fréquent.
En conclusion, il est fort probable que Léon XIV conserve une position catégorique contre l’adhésion des catholiques à la Franc-maçonnerie, conformément à la doctrine actuelle de l’Église. Cependant, son style pastoral et son inclination au dialogue devraient l’inciter à privilégier des approches éducatives et pastorales pour gérer diplomatiquement cette question, en dehors de toute confrontation directe, sans compter que l’agnosticisme et l’athéisme sont des réalités répandues dans beaucoup de nations et qu’il ne peut se limiter à n’en exprimer qu’une sainte horreur. Dans ces conditions, son pontificat se concentrera sans doute davantage sur des enjeux comme la synodalité, les abus sexuels dans l’Église et l’engagement social, reléguant la Franc-maçonnerie au second plan de ses préoccupations, sauf s’il doit faire face à des situations ponctuelles envenimées.
Le samedi 31 mai 2025, le Grand Temple du Suprême Conseil pour la France, à Neuilly-sur-Seine, accueillera la 5e Journée des Auteurs, un événement d’exception organisé sous l’égide de la prestigieuse Bibliothèque Chevalier Ramsay. Ce haut lieu de mémoire et de réflexion ouvrira ses portes pour une journée placée sous le signe de l’alchimie, une discipline à la croisée des sciences anciennes, des arts initiatiques et des quêtes spirituelles.
Cette rencontre, conçue comme une exploration des métamorphoses de l’âme, promet d’éclairer les participants sur cet « art royal » qui transcende le simple rêve de transmutation des métaux pour devenir un miroir de la Connaissance intérieure.
L’alchimie : un thème universel et intemporel
L’alchimie, bien plus qu’une proto-science ou une quête d’or matériel, est une voie initiatique qui invite à dissoudre le « plomb de l’ignorance » pour révéler la lumière de la Sagesse. Cette journée s’articule autour de cette vision hermétique, où chaque étape – l’Œuvre au noir, au blanc et au rouge – symbolise un degré de transformation intérieure. Loin des clichés des « souffleurs d’or », l’alchimie sera abordée comme une discipline spirituelle et philosophique, un cheminement où l’alchimiste, en écoutant la matière, devient l’interprète de la nature et de ses mystères.
Le choix de ce thème résonne particulièrement dans le cadre du Grand Temple, un espace chargé de symbolisme et dédié à l’élévation de l’esprit. Sous les auspices de la Bibliothèque Chevalier Ramsay, gardienne d’un savoir ésotérique et maçonnique, cette journée s’annonce comme une occasion rare de plonger dans les arcanes de l’Hermétisme et de ses enseignements.
Trois voix pour éclairer le Grand Œuvre
Pour guider les participants dans cette exploration, trois figures éminentes partageront leurs perspectives uniques sur l’alchimie :
Françoise Sabadell
Françoise Sabadell, gardienne de la mémoire des arts subtils, apportera son érudition et sa sensibilité pour dévoiler les liens entre l’alchimie et les traditions spirituelles. Son approche mettra en lumière la dimension sacrée de cet art, où la transmutation matérielle reflète celle de l’âme.
Jean-Paul Holstein, passeur d’images et d’analogies, proposera une lecture poétique et symbolique de l’alchimie. À travers ses réflexions, il explorera les correspondances entre les images alchimiques et les étapes de l’initiation, invitant à voir l’invisible derrière le visible.
Dominique Jardin, architecte du regard et du symbolisme, offrira une approche visuelle et analytique, décryptant les motifs et les figures qui peuplent les manuscrits alchimiques. Son intervention mettra en évidence la richesse des représentations hermétiques comme clés d’accès à la Connaissance.
Dominique Jardin
Ces trois voix, complémentaires et harmonieuses, tisseront un dialogue vibrant, levant les voiles sur les mystères de l’alchimie et ses résonances dans la quête intérieure.
Un programme structuré comme un parcours initiatique
La 5e Journée des Auteurs est conçue comme une expérience immersive, rythmée par des moments d’écoute, de partage et de réflexion. Le programme, tel un cheminement alchimique, s’organise en trois temps :
9h30 : Accueil des participants Les portes du Grand Temple s’ouvrent, invitant les participants à pénétrer dans un espace de recueillement et de fraternité. Ce moment d’accueil prépare le terrain pour une journée d’élévation spirituelle.
10h00 – 12h30 : Conférences des auteurs Les interventions de Françoise Sabadell, Jean-Paul Holstein et Dominique Jardin se succéderont, chacune explorant une facette de l’alchimie. Ces conférences, véritables « paroles levées », dévoileront les étapes du Grand Œuvre – de l’Œuvre au noir, symbole de la dissolution, à l’Œuvre au rouge, apogée de la transmutation. Les participants seront invités à réfléchir aux analogies entre ces processus et leur propre cheminement intérieur.
12h30 – 14h00 : Déjeuner fraternel et dédicaces Un déjeuner partagé, moment de convivialité et d’échange, permettra aux participants de tisser des liens et de prolonger les discussions. Cette pause sera également l’occasion d’une séance de dédicaces, où les auteurs présenteront leurs ouvrages et échangeront avec le public autour de l’encre, de la mémoire et du secret.
14h00 – 16h00 : Les manuscrits L’après-midi sera consacré à l’étude des manuscrits alchimiques, ces trésors de papier et de symboles qui renferment les clés de l’Hermétisme. Sous la conduite des intervenants, les participants exploreront ces textes anciens, décryptant leurs images et leurs significations cachées. Ce moment d’immersion offrira une expérience rare, mêlant érudition et contemplation.
Une invitation à franchir la porte étroite
Comme le souligne l’annonce de l’événement, « l’alchimiste n’ajoute rien à la matière : il l’écoute. Il ne dompte pas la nature : il s’en fait l’interprète. » Cette philosophie imprègne la 5e Journée des Auteurs, qui s’adresse à tous – Apprentis curieux, Compagnons de l’esprit ou Maîtres des arcanes. Que l’on soit novice ou initié, cette journée est une invitation à franchir la « porte étroite », celle qui mène de l’extérieur à l’intérieur, du visible à l’Invisible.
L’événement, organisé dans le cadre solennel du Grand Temple, bénéficie du soutien de la Bibliothèque Chevalier Ramsay, un lieu emblématique pour les chercheurs et les amateurs de traditions ésotériques. Cette synergie garantit une expérience à la fois intellectuelle et spirituelle, où chaque participant pourra trouver des clés pour avancer sur son propre chemin.
Informations pratiques et inscription
La 5e Journée des Auteurs se tiendra le samedi 31 mai 2025 au Grand Temple du Suprême Conseil pour la France, à Neuilly-sur-Seine.
Les inscriptions sont ouvertes via la plateforme officielle :
https://agapaeshop.org. Pour toute question ou information complémentaire, les organisateurs peuvent être contactés directement via le site.
Pourquoi participer ?
Cette journée est une occasion unique de s’immerger dans l’univers de l’alchimie, guidé par des experts passionnés et dans un cadre chargé d’histoire. Elle s’adresse à ceux qui cherchent à approfondir leur compréhension des traditions initiatiques, à explorer les symboles qui façonnent la pensée hermétique, ou simplement à vivre une expérience de partage et de réflexion. Comme une pierre taillée dans le Grand Œuvre de la pensée, la 5e Journée des Auteurs promet de laisser une empreinte durable dans l’esprit et le cœur des participants.
Ne manquez pas cette opportunité de découvrir l’alchimie non pas comme une relique du passé, mais comme une voie vivante, un miroir des métamorphoses de l’âme.
Inscrivez-vous dès maintenant et préparez-vous à franchir la porte vers l’Invisible !
Les histoires à travers le prisme de Napoléon nous transportent dans des fictions fantasmatiques sous couvert de romans policiers historiques. L’intrigue mêle, ici des événements et personnages réels et des personnages fictifs. Des uchronies remontant au Premier Empire aboutissant à des enquêtes policières du XXIe siècle. Quel est ce secret familial transmis depuis si longtemps qui attire encore de nos jours des hiérarques des services secrets de Russie. Que cache donc la cassette de l’empereur recherchée par tant de politiques depuis 212 ans ? Richesse nationale ? Secrets d’état réactualisés en 2025 aux conflits économiques récents ? Le suspense sera-t-il à la hauteur d’un nouveau Da Vinci Code ?
L’AUTEUR Bernard Denis-Laroque, polytechnicien, spécialiste de l’audio-visuel a construit son thriller historique comme un scénario de film. Il a consacré une partie de sa carrière au ministère des Affaires étrangères, en charge des échanges culturels de la France. Il est l’auteur de plusieurs romans, d’un recueil de fables et d’un recueil de nouvelles. Après SHAVAS ouvrage lié à l’Alchimie et aux mystères des glyphes de Nazca, Son précédent ouvrage : LA CONJURATION DE SYRACUSE a traité des complots autour du combustible du futur lié aux éruptions électromagnétiques décelées sur la lune. Imagination et sciences sont-elles les sources permanentes et innovantes de son écriture ?
La Logia Simbólica Mazatlán 37, une institution maçonnique emblématique de Mazatlán, dans l’État de Sinaloa au Mexique, a célébré son 104e anniversaire lors d’une conférence de presse organisée dans un restaurant reconnu de la ville. Cet événement, relayé par El Debate, marque plus d’un siècle de contribution à la formation d’hommes libres, de bonnes mœurs et dédiés à la philanthropie, selon les valeurs fondamentales de la Franc-maçonnerie.
Un héritage centenaire au service de la société
Fondée le 5 mai 1921, la Logia Simbólica Mazatlán 37 est l’une des plus anciennes loges maçonniques de Sinaloa, avec une histoire qui remonte à la fin de la Révolution mexicaine. Lors de sa célébration du centenaire en 2021, rapportée par El Debate, le chef de la loge, Alfonso Aguilar Calderón, avait souligné l’objectif de l’organisation : être un exemple moral pour les familles et la société. Quatre ans plus tard, cet engagement reste au cœur de la mission de la loge, qui continue de promouvoir des valeurs de solidarité et de perfectionnement personnel à travers le savoir.
Avec seulement 27 membres actifs, la loge est une communauté restreinte mais influente, qui se définit comme une école de philosophie et de morale. Elle s’appuie sur les enseignements maçonniques pour encourager ses membres à devenir de meilleurs citoyens, maris et pères, tout en s’engageant dans des actions philanthropiques, notamment en faveur des enfants et des familles vulnérables de Mazatlán. Comme l’avait rappelé Aguilar Calderón en 2021, la loge cherche à « se rapprocher de la perfection » grâce à la connaissance, une aspiration qui guide ses initiatives depuis plus d’un siècle.
Une célébration empreinte d’histoire et de mémoire
La célébration des 104 ans s’inscrit dans la continuité des traditions établies lors des anniversaires précédents. En 2021, pour son centenaire, la loge avait organisé une série d’événements, incluant une offrende florale déposée sur la tombe de son fondateur, Manuel Bonilla, au Panteón numéro 2 Ángela Peralta, ainsi qu’une exposition photographique et digitale à la Casa Haas, dans le centre historique de Mazatlán. Ces activités, suivies d’une réunion virtuelle, avaient permis de rendre hommage à Bonilla, une figure majeure de l’histoire maçonnique mexicaine, connu pour avoir été un proche collaborateur du président Francisco I. Madero.
Bien que les détails précis de la célébration de 2025 n’aient pas été entièrement divulgués, la conférence de presse tenue dans un restaurant reconnu de Mazatlán, comme mentionné par un post sur X de
@mazinterac, suggère une volonté de maintenir une visibilité publique et de renforcer les liens avec la communauté locale. Cette démarche fait écho à l’évolution de la franc-maçonnerie au Mexique, qui, après avoir été une organisation secrète jusqu’à l’Indépendance de 1821, est devenue plus discrète mais toujours active dans la société, comme le souligne Noroeste.
Un engagement philanthropique constant
La philanthropie est au cœur des activités de la Logia Simbólica Mazatlán 37. Depuis ses débuts, elle s’est engagée à soutenir les plus démunis, en particulier les enfants. En 2019, lors de la célébration de ses 98 ans, El Sol de Mazatlán rapportait que la loge collaborait avec le Shriners Hospital aux États-Unis, permettant à des enfants de familles à faibles revenus d’accéder à des soins médicaux gratuits. Cette initiative illustre l’engagement de la loge envers les plus vulnérables, une mission qui reste d’actualité en 2025.
De plus, la loge participe à des campagnes locales pour apporter joie et soutien aux communautés marginalisées. En 2019, selon Noroeste, elle s’était jointe à l’initiative « Se Busca Rey Mago » du Grupo Editorial Noroeste, en faisant don de jouets (muñecas, pelotas, figurines, jeux de société) pour les enfants des quartiers défavorisés de Mazatlán à l’occasion de l’Épiphanie. Ces actions témoignent de la volonté de la loge de concrétiser ses idéaux de fraternité et de solidarité dans des gestes tangibles.
Une institution sélective aux valeurs intemporelles
La Logia Simbólica Mazatlán 37 se distingue par son caractère élitiste et sélectif, une tradition maçonnique qui perdure. Comme l’expliquait Aguilar Calderón en 2021, pour rejoindre la loge, un candidat doit répondre à des critères stricts : être majeur de 18 ans, faire preuve de bonnes mœurs, croire en un Grand Architecte de l’Univers, être financièrement indépendant, et remplir ses devoirs envers son pays. Ces exigences reflètent l’idéal maçonnique de former des hommes responsables et moralement irréprochables, capables de contribuer à la société sans jamais compromettre leurs valeurs familiales ou patriotiques.
Cependant, cette sélectivité n’est pas exempte de critiques. Lors de la célébration du centenaire, Mazatlán Interactivo notait une absence notable de femmes dans les instances dirigeantes de la loge, soulevant des questions sur l’inclusion de genre au sein de la franc-maçonnerie traditionnelle. Bien que des loges féminines, comme la Logia Mujeres Libres de México, aient été créées à Sinaloa en 2019 sous l’égide de María Teresa Lizárraga Ochoa, la Logia Mazatlán 37 reste une organisation exclusivement masculine, un choix qui peut sembler anachronique face aux revendications contemporaines d’égalité.
Un regard critique sur l’impact et la perception publique
Malgré ses contributions philanthropiques, la loge n’échappe pas à certaines critiques. En 2021, Mazatlán Interactivo observait une certaine distance émotionnelle lors des célébrations du centenaire : les membres, bien que disciplinés et élégants, semblaient manquer de chaleur ou d’empathie envers les non-maçons, qualifiés de « profanes ». Cette perception d’élitisme, voire d’austérité, pourrait limiter l’impact de la loge sur la société au sens large, malgré ses actions altruistes. De plus, l’absence de transparence sur certaines activités alimente parfois les malentendus autour de la franc-maçonnerie, souvent entourée d’un halo de mystère dans l’imaginaire collectif.
Néanmoins, la Logia Simbólica Mazatlán 37 continue de jouer un rôle important dans la communauté de Sinaloa. Sa longévité témoigne de sa capacité à s’adapter tout en restant fidèle à ses principes fondateurs. Comme le soulignait Ismael Gutiérrez Loera, dirigeant des logias mexicaines, en 2021, Mazatlán a contribué de manière significative à la franc-maçonnerie dans la juridiction de Sinaloa, un héritage que la loge perpétue avec constance et loyauté.
Une célébration dans un contexte culturel riche
La date du 5 mai 2025 coïncide avec d’autres événements maçonniques d’importance en France, comme la visite historique d’Emmanuel Macron à la Grande Loge de France (GLDF) à Paris, où il a prononcé un discours sur la laïcité. Bien que les contextes soient différents, ces deux événements soulignent l’actualité et la pertinence des valeurs maçonniques dans le monde contemporain, qu’il s’agisse de laïcité en France ou de philanthropie au Mexique. De plus, à Deauville, le Cercle Condorcet-Voltaire-d’Holbach de Normandie organise un dîner-débat le 21 mai 2025 avec Jean-Charles Stasi, illustrant la richesse des initiatives culturelles et philosophiques en ce mois de mai.
En célébrant ses 104 ans, la Logia Simbólica Mazatlán 37 réaffirme son engagement à former des hommes libres et de bonnes mœurs, tout en contribuant au bien-être des communautés vulnérables de Mazatlán. Malgré les critiques sur son élitisme et son manque d’inclusion, la loge demeure un pilier de la franc-maçonnerie à Sinaloa, portée par un héritage de philanthropie et de réflexion morale. Cette célébration, sobre mais significative, rappelle que la franc-maçonnerie, loin d’être une relique du passé, continue d’inspirer des valeurs universelles dans un monde en quête de sens et de solidarité.
Samedi 10 mai 2025, la commune de Gémenos, dans les Bouches-du-Rhône, accueillera un événement inédit organisé par la GLTSO : une journée portes ouvertes intitulée « Les Francs-Maçons s’ouvrent au dialogue ». Prévue de 10h à 17h à la Maison de l’Ordre, située au 380, avenue du Garlaban, 13420 Gémenos, cette manifestation vise à faire découvrir au grand public la richesse de la parole maçonnique et à démystifier une institution souvent perçue comme secrète.
Comme le souligne Destimed, cet événement s’adresse aux citoyens curieux, maçons ou non, désireux d’explorer les fondements historiques et spirituels de la franc-maçonnerie.
Un programme riche pour éclairer les valeurs maçonniques
La journée débutera à 10h par une cérémonie au 1er degré, dirigée par le Vénérable Maître de la loge Les Chemins de la Sagesse. Cette cérémonie, bien que symbolique et adaptée pour un public profane, offrira un aperçu des rituels maçonniques, souvent méconnus, qui s’appuient sur des symboles comme l’équerre, le compas ou la lumière, représentant la quête de perfection morale et intellectuelle.
À la suite de cette cérémonie, une conférence intitulée « Les Francs-Maçons, histoire et spiritualité » sera animée par Loïc Montanella, un spécialiste de la franc-maçonnerie. Cette intervention se concentrera sur le Rite Écossais Rectifié, un rite initiatique introduit au XVIIIe siècle sous l’influence de Jean-Baptiste Willermoz, un franc-maçon lyonnais qui s’inspira des idéaux chevaleresques et des enseignements de Louis Claude de Saint-Martin, surnommé le « Philosophe inconnu ». Ce dernier, figure majeure de l’illuminisme, a marqué des écrivains comme Balzac, Chateaubriand, Lamartine et Sainte-Beuve par sa pensée mystique et universaliste. Les participants pourront ainsi plonger dans les origines de ce rite, qui mêle spiritualité chrétienne et quête de vérité intérieure, tout en explorant son rôle dans l’histoire maçonnique.
Jean-Claude Sitbon, auteur de Hiram – Exégèses bibliques et maçonniques du mythe fondateur de la Franc-Maçonnerie, apportera un éclairage complémentaire sur les aspects symboliques et historiques du Rite Écossais Rectifié. Son intervention mettra en lumière le mythe de Hiram, architecte légendaire du Temple de Salomon, figure centrale de la mythologie maçonnique symbolisant la mort et la renaissance spirituelle. Cette conférence permettra d’aborder les racines bibliques et ésotériques de la franc-maçonnerie, souvent mal comprises par le public.
Un dialogue entre tradition et modernité
L’événement ne se limitera pas à des exposés théoriques. Des artisans d’art, spécialisés dans des métiers traditionnels comme la création de vitraux, seront présents pour illustrer le lien entre la franc-maçonnerie et les savoir-faire ancestraux. Ce clin d’œil aux origines des maçons opératifs, ces bâtisseurs de cathédrales du Moyen Âge dont les francs-maçons modernes se revendiquent les héritiers spirituels, rappellera la dimension concrète et historique de cette tradition.
Les invités, qu’ils soient maçons ou non, refléteront la diversité des expressions intellectuelles, conformément à l’esprit de la GLTSO, une obédience maçonnique qui se définit comme traditionaliste et spiritualiste, selon son site officiel. Ouverte à tous, cette journée vise à établir un véritable dialogue entre les francs-maçons et la société, dans un contexte où les préjugés sur la franc-maçonnerie persistent. Comme le soulignait Victor Hugo, cité par Destimed, « la Franc-Maçonnerie est une école de liberté et de fraternité, un rempart de la République contre l’obscurantisme ». Cet événement ambitionne d’incarner cette vision, en montrant comment la franc-maçonnerie peut contribuer aux enjeux contemporains, tels que la défense de la laïcité et la promotion de la fraternité.
Un mois de mai marqué par l’actualité maçonnique
Cette initiative à Gémenos s’inscrit dans une série d’événements maçonniques en mai 2025, témoignant d’un regain d’intérêt pour cette institution séculaire.
Ces initiatives, bien que différentes dans leurs contextes, partagent un objectif commun : briser les barrières entre la franc-maçonnerie et le public, souvent marquées par des malentendus. À Gémenos, l’accent mis sur le dialogue et la diversité des intervenants reflète cette volonté de transparence, tout en valorisant l’héritage spirituel et philosophique de l’obédience.
Une invitation à la découverte et à la réflexion
La journée du 10 mai à Gémenos promet d’être une occasion unique de découvrir la franc-maçonnerie sous un jour nouveau, loin des clichés d’élitisme ou de secret. En mêlant cérémonies, conférences et échanges avec des artisans, l’événement offrira un panorama complet de cette tradition tricentenaire, tout en soulignant son actualité dans un monde en quête de sens et de fraternité. Que vous soyez curieux de l’histoire, attiré par la spiritualité ou simplement désireux de mieux comprendre cette institution, cette journée portes ouvertes est une invitation à explorer les « chemins de la sagesse » dans un cadre convivial et ouvert à tous.
Informations pratiques :
Date et horaire : Samedi 10 mai 2025, de 10h à 17h
Lieu : Maison de l’Ordre, 380, avenue du Garlaban, 13420 Gémenos
Entrée : Gratuite et ouverte à tous
Ne manquez pas cette opportunité de dialoguer avec les francs-maçons et de découvrir une tradition.
La gnose désigne une littérature à contenu à la fois métaphysique et initiatique d’une grande diversité qui a connu son apogée entre le 2ème et le 3ème siècle où elle s’éteint parce qu’elle est
vigoureusement combattue comme hérésie par l’Eglise catholique.
Le terme de gnose recouvre deux significations sensiblement différentes; il désigne d’abord toutes les recherches et spéculations sur les enseignements ésotériques véhiculées par les religions judaïque, chrétienne mais aussi par la philosophie grecque, principalement le platonisme. Les écrits gnostiques le plus souvent rédigés en langue grecque sont fortement imprégnés par Phellénisme.
L’idée de ce type de connaissance est apparue très probablement dans le judaïsme, à l’époque et dans le milieu même où est né le christianisme et elle est restée vivante à la fois au sein du christianisme orthodoxe ou hérétique et dans les mouvements religieux apparentés au judéo- christianisme. Mais dans le sillage de cette gnose religieuse à caractère initiatique ont proliféré de nombreuses sectes et écoles qui ont élaboré des théogonies et des cosmogonies radicalement dualistes séparant le monde divin et le monde matériel et opposant le Dieu de l’esprit à une divinité du mal maîtresse du monde terrestre. Cette métaphysique dualiste qui s’oppose totalement à la conception judaïque et chrétienne du divin est désignée par le terme général de « gnosticisme » qui serait le versant subversif et antireligieux de la gnose.
C’est la raison pour laquelle elle a été combattue par les pères de l’Eglise. Seuls ceux qui sont capables d’accéder à la connaissance de cette gnose dualiste sont assurés de trouver la voie du salut. Nous marquerons fortement les différences entre ces deux traditions gnostiques, d’autant que si notre Maçonnerie hérite de l’esprit et de la méthode de la gnose religieuse, elle est très éloignée ou radicalement étrangère à notre pensée.
Avant d’aller plus loin dans l’approfondissement des thèses gnostiques, je voudrais souligner que la gnose est une idéologie de synthèse née au confluent de la philosophie platonicienne, de l’ésotérisme judaïque, du christianisme évangélique et apocalyptique, dans une cité méditerranéenne illustre : Alexandrie. Elle fut au cours du second et du troisième siècle de l’Empire romain un véritable carrefour des religions et des cultures d’Orient et d’Occident, agité par un grand nombre de mouvements prophétiques et apocalyptiques liés à l’émergence du christianisme qui a exercé sur elle une très forte influence, même si les sectes dualistes ont rompu avec lui.
Mais si Alexandrie est un lieu d’élection de la gnose, elle est sans doute née ailleurs, sur les mêmes terres que le judaïsme et le christianisme naissant : la Palestine, Syrie, Samarie, Anatolie. C’est là dans ce creuset de tous les messianismes, sur ces terres enfiévrées par la quête de Dieu, qu’apparaissent les premiers penseurs de la gnose.
Partie d’un syncrétisme entre les religions du Livre et la pensée grecque, la gnose s’est transformée en une métaphysique singulière et opposée aux dogmes religieux.
Les genres de la littérature gnostique sont très variés. Il y a tout d’abord un certain nombre d’évangiles apocryphes où le Christ est censé révéler à un personnage privilégié (apôtre, disciple ou sainte femme) un enseignement secret. C’est le cas de l’Evangile de Thomas, de Marie des « livres de secrets » attribués à Jean et à Jacques, l’Evangile de Vérité sans doute composé pas Valentin, un des maîtres de la pensée gnostique. Mais on cite bien d’autres textes comme « le livre du grand traité initiatique » et aussi plusieurs Apocalypses attribuées à Paul et à Jacques.
De récentes découvertes faites récemment en Egypte ont mis à jour plusieurs traités dogmatiques qui ont permis de préciser et même de renouveler la connaissance des gnostiques. Dans le cadre de ce travail, il m’est impossible de présenter séparément les doctrines des maîtres de la gnose comme Simon le mage, Basilide ou Valentin.
Je me bornerai à exposer les thèmes et les thèses majeurs des gnostiques et de les comparer aux conceptions initiatiques qui sont les nôtres
Caractéristiques communes de la gnose religieuse
En apparence la gnose pose les mêmes questions existentielles que la philosophie:
« D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Que devons-nous faire ? »
En réalité les questions qu’elle soulève implique une interrogation sur les plus grands mystères de la destinée humaine et de la création, ceux auxquels les religions s’efforcent de donner une réponse.
»Qui étions-nous ? Que sommes- nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Par quelles voies pouvons-nous nous délivrer et assurer notre salut ? » A ces questions tous les gnostiques tentent de répondre par une représentation initiatique du monde, de l’homme et de sa destinée, y compris des chrétiens orthodoxes comme Clément d’Alexandrie et Origène qui tentent justement d’éclairer le message initiatique du Christ.
Leur souci est d’éclairer à la fois l’origine divine de l’âme humaine, la nature du monde matériel dans lequel elle a été condamnée à vivre, celle du corps qui sert de médiateur entre l’âme et le monde. La gnose est une connaissance de la destinée de l’âme, révélée seulement à quelques initiés capables de la recevoir et qui leur permet de connaître les secrets du monde céleste, la topographie et l’histoire de l’univers divin.
Elle prétend puiser cette connaissance dans des traditions secrètes confiées par le Christ à Paul et aux Apôtres dont les gnostiques sont les héritiers. Ces traditions enseignent comment interpréter rituellement les textes de l’Ancien Testament ou les paroles du Christ et ses paraboles. La gnose dans son ensemble apparaît comme une méthode d’exégèse qui découvre des secrets initiatiques dans les textes sacrés, tout spécialement dans le récit de la Création.
L’origine de la méthode serait à rechercher dans les spéculations judaïques et judéo-chrétiennes sur le sens ésotérique de la Bible et la configuration du monde invisible.
Il est évident que l’approche maçonnique des Ecritures doit énormément à cette herméneutique ésotérique et symbolique de la Bible que nous appelons Volume de la Loi sacrée en raison des révélations initiatiques dont il est porteur.
Si on examine les idées directrices de cette gnose religieuse, on peut considérer qu’elle est un commentaire de l’idée biblique de la Chute mais dans une vision profondément transformée puisqu’il ne s’agit plus de la transgression d’Adam et d’Eve et de la malédiction divine qui en a été la conséquence, mais de la chute de l’âme humaine dans le monde naturel du fait de l’incarnation d’Adam.
C’est un axe central et général de la gnose parce qu’il est le vecteur des spéculations sur la nature et l’origine de l’âme et l’incompréhensible incarnation dans un corps animal et un monde matériel qui, au regard de la gnose, lui sont radicalement étranger. On retrouve là le thème platonicien de la patrie céleste, de l’homme en exil dans le monde de l’imperfection.
De l’idée de la chute et de l’incompatibilité radicale de l’âme spirituelle et de la vie naturelle, résulte la recherche d’une délivrance de l’âme par la purification intérieure et de l’ascèse, et surtout l’idée de la mort comme retour dans la substance et la lumière divine, qui occupe également une place essentielle dans la théologie chrétienne.
Certes la Maçonnerie ne partage pas la métaphysique de la chute et ne considère pas comme une malédiction l’incarnation de l’homme dans l’ordre naturel, mais elle reste proche de la pensée gnostique par une certaine défiance à l’égard d’une nature biologique, source de passions qui aliènent l’homme au monde sensible et le détourne de sa vocation spirituelle.
Que signifieraient les constantes mises en garde à l’égard des pulsions et impulsions de l’ego si nous ne considérions pas qu’il existe des dispositions immorales ou perverses inscrite dans une nature si dépendante de la matière. La valorisation de la maîtrise de soi et de l’ascèse intérieure comme résistance à la nature en constitue une preuve supplémentaire.
L’opposition centrale de notre Rite entre la Lumière et les Ténèbres de l’âme me paraît tout à fait accordé à la vision gnostique.
L’idée que l’âme est une émanation du divin, donc d’essence spirituelle est commune à la fois aux théories initiatiques de Pythagore et Platon comme à la pensée judaïque et chrétienne.
Mais la chute de l’âme spirituelle dans un corps matériel qui l`enferme et l’asservit par l’entremise du corps est pour toutes les gnoses une contradiction incompréhensible, un mystère sinon un scandale. Selon elles l’explication ne peut se trouver que dans le jeu de forces sataniques. Elles ne cessent d’opposer le monde divin non matériel d’où émanent un certain nombre d’entités dotées de pouvoirs et de vertus spirituels et la naissance d’un univers matériel qui leur serait radicalement étranger en raison de ses imperfections et de ses limites. C’est la contradiction du fini et de l’infini, de l’immanence et de la transcendance, de la source du mal et de celle du Bien absolu. On trouve déjà chez Platon l’idée d’origine initiatique que la matière ne peut être qu’une dégradation de l’ordre céleste gouvernée par une pensée divine où réside le Bien absolu et l’idée de Perfection.
L’idée que le monde matériel est inférieur au monde divin, qu’il est pour l’homme un lieu d’exil, voire une prison est un corollaire de la notion de chute. Mais si la divinité du Logos et de l’Esprit est la seule créatrice de la matière, il devient logique de 1’attribuer à une dégradation de l’ordre divin, autre thème propre à la gnose religieuse.
La naissance d’une forme inférieure de la Création ne peut être attribuée qu’à une perte de pouvoir de la divinité, trahie par la liberté et la perversion de ses propres créatures.
Les raisons de cette défaillance divine dans les récits gnostiques sont aussi obscures que sophistiquées. Ils évoquent des émanations de la puissance suprême dénommées éons ou archontes, possédant la connaissance et dotés d’un pouvoir de création, qui à l’insu de Dieu, auraient généré un Démiurge initiateur du monde matériel.
Le Démiurge, terme d’origine grecque signifiant « architecte », est Lui être qui ne cherche qu’à manifester sa puissance à travers sa création et ne crée un univers séparé du Dieu spirituel que pour étendre sur lui sa complète domination.
La gnose met l’accent sur son action hostile, désagrégatrice à l’égard de la Création du Dieu de Lumière. De là découle l’idée que le but de l’âme éclairée par la conscience de sa vraie nature, le sentiment de son inadéquation au monde matériel, et surtout par la connaissance initiatique est de chercher sa délivrance en remontant vers les sources divines de son être. Il faut se préparer dès cette vie au « voyage céleste » par l’ascèse, la purification exigeant une certaine mise à distance du monde sensible.
Il y a dans cette vision de la vocation de l’âme à se libérer des servitudes de la vie matérielle, à s’élever spirituellement par la maîtrise des passions et un détachement à l’égard des biens désirables, une démarche assez proche de la conception maçonnique de l’initiation bien que nous n’ayons pas un regard aussi négatif et dévalorisant du monde naturel qui est aussi pour nous celui du plein accomplissement de l’humain par Faction et le travail.
Notre recherche du perfectionnement n’est pas seulement, comme chez les gnostiques une préparation à la mort, mais une volonté de maîtriser la vie en la soumettant au devoir.
Il est également évident que la conception maçonnique du Grand Architecte n’a rien de commun avec la théorie gnostique du Démiurge travaillant à la dégradation de l’œuvre de Dieu. Dans la Maçonnerie écossaise il n’y a que deux symbolisations du mal moral : les Ténèbres et les trois mauvais Compagnons assassins d’Hiram qui représentent le mal présent dans l’homme.
Pour nous le Grand Architecte, principe créateur de la Lumière spirituelle comme du monde matériel, symbole du Verbe et de l’Esprit ne peut être qu’un Etre transcendant incarnant l’amour de la Perfection, de l’Harmonie et du Bien moral.
Une gnose « extrémiste » : le gnosticisme
La raison d’être de la gnose est peut-être d’apporter une réponse satisfaisante pour la raison au problème du mal. Elle est sans doute née de l’incohérence profonde entre la divinité de l’Esprit toute puissante et moralement parfaite, et la réalité du mal.
L’attribuer au monde matériel, à sa pesanteur, à toutes les servitudes et aux souffrances qu’il impose à l’homme, en rendre responsable un Démiurge perverti et séparé de Dieu constituait un commencement d’éclairage de ce mystère. Mais la finalité de la gnose n’est pas seulement d’expliquer la misère de l’homme dans un monde que la religion représente comme la création d’un Dieu de perfection. Son souci majeur sera d’innocenter totalement ce Dieu des maux inscrits dans le désordre du monde et générés par l’homme. C’est en poussant cette logique que des gnostiques vont inventer le dualisme absolu inspiré de ce grand prédicateur gnostique que fut Mani ou Manès, dont la doctrine se nomma manichéisme. Elle s’inspire du dualisme de Zoroastre qui, sept siècles avant Jésus, opposa deux divinités co-éternelles : le Dieu de Lumière Ormuzd ou Mazda et le dieu des Ténèbres Hariman.
Il ne vous échappera pas que ce conflit Lumière-Ténèbres occupe une place centrale dans notre Rite, sans doute parce qu’il figure dans le Prologue de l’Evangile de Jean.
C’est donc Mani héritier du dualisme iranien, et par ailleurs adepte du christianisme bien que celui-ci le tienne pour hérétique, qui va inspirer aux gnostiques radicaux l’idée que le monde a été créé par la divinité des Ténèbres. Il est vrai que la thèse d’une émanation de Dieu qui se pervertit au point de créer un monde où triomphe le mal était une explication compliquée, obscure, peu convaincante, qui laissait planer un doute sur l’innocence du Créateur.
Avec la théologie du mal métaphysique, on avait une théorie carrée, radicale qui avait le mérite d’innocenter totalement le Dieu spirituel de la création du monde. Mais les gnostiques radicaux ne se contenteront pas de reprendre à leur compte la version de Mani qui inclut un dieu du mal dans sa cosmogonie. Ils vont prétendre qu’ils ont identifié le véritable dieu mauvais dans le texte même de la Genèse et selon eux ce dieu ne peut être que Yaveh, si souvent présenté comme un Dieu guerrier qui se dit jaloux, implacable dans ses châtiments et peut se montrer injuste comme au moment de la destruction de Sodome malgré le plaidoyer d’Abraham en faveur des justes qui pourraient s’y trouver.
Cette fois le gnosticisme devient une véritable déclaration de guerre contre le judaïsme et le christianisme, d’où les condamnations réitérées des Pères de l’Eglise à son égard. Ils pensent avoir élaboré une théologie cohérente du mal qui rend compte de l’absence du Dieu de l’Esprit dans l’Empire des Ténèbres qui selon eux, domine souverainement le monde terrestre. Les imperfections de la nature et les perversions de l’homme deviennent les produits d’une divinité maléfique, ce qui présente l’avantage d’innocenter le Dieu de Lumière de la totalité du mal.
Le mal c’est 1’existence de la matière elle-même en tant que parodie de la Création, subversion du dessein de Dieu. Elle est responsable du sommeil de l’âme qui nous porte à confondre le réel avec l’univers des songes. D’où le caractère fondamentalement vicié de toutes les entreprises et institutions humaines: histoire, pouvoirs Etats, religions, tous ces systèmes inventés par l’homme sont entachés de cette tare première et portent l’empreinte d’une nature pervertie par l’empire du mal.
Les termes par lesquels ces gnostiques stigmatisent le monde d’ici-bas se résument à quelques termes de mépris qui reviennent à tout instant: prison hermétiquement close, cloaque, bourbier, désert ». De même le corps humain est un « tombeau », un « vêtement grossier » une « Chaîne », un « intrus », un « vampire ». C’est que l’homme est comme l’univers, une création manquée. La première conséquence d’un anathème si absolu sur le monde et par conséquent sur notre condition et notre existence d’êtres incarnés, c’est d’éviter le plus possible la participation à la vie naturelle, perçue comme une sorte de collaboration à l’œuvre du principe maléfique. « Le gnostique est au monde mais il n’est pas de ce monde »
Ils admettent que le simple fait de vivre, de se nourrir et surtout de procréer implique un accroissement du mal. Toutefois les gnostiques ne prônent pas pour autant le suicide. Ils avent seulement qu’ils sont étrangers à vie dans un corps, prison de l’âme. Mais ils s’astreignent en général à une ascèse rigoureuse qu’aggrave leur volonté de séparation du monde détesté.
Delta lumineux
Certains comme Basilide prônaient un silence méthodique, mais la plupart s’enferment dans une vie spirituelle vouée à la recherche de la connaissance initiatique, préparation à la vie dans l’hyper monde et condition absolue du salut. Cet idée de l’initiation comme libératrice de l’esprit et transformatrice de notre être se retrouve en Maçonnerie où le premier devoir est de rechercher la Parole perdue et le décryptage des mystères, même si nous ne partageons pas l’anathème gnostique sur le monde
Le gnostique radical sait qu’ il existe dans l’homme quelque chose qui échappe à la malédiction du monde comme un feu, une étincelle léguée à chaque homme par le Dieu qui règne bien au delà du bruit et de la fureur de la vie terrestre, dans le Ciel inaccessible de la Plénitude et de la Perfection.
Ce feu de l’esprit l’aide à vaincre la pesanteur aliénante de la matière, de son corps et même sa psyché alourdie des mêmes servitudes que le corps.
Se considérant victime d’une tragédie cosmique dont il n’est pas responsable, le gnostique dualiste se juge à la fois déresponsabilisé du mal du monde mais aussi du mal qu’il porte en lui puisqu’ il est le fruit de son incarnation dans un corps de chair par la divinité du mal, soumis à tous les désirs inhérents à sa nature physique comme aux lois implacables du monde matériel.
Il regarde le Ciel comme le signe d’une présence divine et le lieu où s’accomplit l’unique espérance, où l’âme retrouve à la fois sa fin et son bonheur originel. Ce rayonnement céleste qu’ il nomme le Plérôme, il l’imagine comme une succession de cercles concentriques de plus en plus lumineux au fur et à mesure qu’on s’éloigne de notre planète, tels que Dante les décrira bien plus tard dans le poème mystique de la « Divine Comédie ». Le dernier cercle est la source suprême de l’Univers secret de l’Harmonie et de la Paix, l’origine de l’âme et de toute vie spirituelle.
Les gnostiques dualistes ressentent donc la condition humaine issue de la chute comme une immense injustice. D’où un sentiment de révolte qui va générer d’une part des critiques radicales de l’ordre établi, des revendications égalitaires d’une étonnante modernité, mais aussi un certain amoralisme qui s’explique par le rejet de toutes lois et institutions émanant de la société ainsi que par leur croyance en l’irresponsabilité de l’homme en vertu de leur théologie particulière.
Contestataires fanatiques du désordre établi par une divinité de la puissance favorable aux puissants, potentats, monarques, personnages fortunés régnant sur la matière, ils vont invoqué le Dieu d’amour et de justice qui a institué l’égale dignité de tous les êtres humains.
Sur ce point, le gnosticisme ne semble pas très éloigné du christianisme évangélique qui osa proclamer l’égale dignité devant Dieu du patricien et de l’esclave.
A partir de ce principe, les maîtres de la pensée gnosticisme, Simon le Mage, Basilide, Valentin s’insurgent contre les inégalités et les lois qui les instituent. C’est ainsi qu’un de leurs prédicateurs les plus réputés, Carpocrate prêche contre le droit de propriété qui installe la division au sein de la société dans des termes assez proches de ceux de Rousseau sur les origines de l’inégalité. Et il développe une sorte d’utopie anarchiste qui nie l’autorité des pouvoirs politiques et des églises et propose une mise en commun de tous les biens.
Le côté très subversif au point de vue social, parfois provocateur à l’encontre des interdits de la morale religieuse explique l’hostilité générale des Pères de l’Eglise. Mais il existe une autre raison de l’hostilité des chrétiens et aussi des Juifs au gnosticisme, c’est la manière dont les gnostiques extrémistes traitent le texte biblique. J’ai déjà donné l’exemple du renversement absolu du rôle et de l’image du Dieu de l’Ancien Testament.
Je vais prendre un autre exemple, celui du Serpent tentateur dans le récit de la Genèse, qui pousse Eve à commettre la transgression fatale à l’espèce. Ici le Serpent incarne de toute évidence une puissance de perversion et l’attrait de la connaissance qu’il propose à la créature humaine se trouve dévalorisé par le récit de ses effets postérieurs: la Chute et la malédiction de Dieu sur l’espèce humaine. Sur ce point les gnosticistes vont procéder à une véritable inversion de sens puisqu’ ils vont d’abord affirmer que le Serpent représente la divinité véritable, créatrice du monde de la Lumière, vision qui trouve peut-être son origine dans des croyances venues de l’Inde où la religion représente l’œuf originel reposant sur un serpent enroulé sur lui-même
La justification de cet hommage rendu au Serpent, c’est qu’il a voulu transmettre à l’homme la conscience avec la connaissance du bien et du mal. Les gnosticistes en tirent la conclusion qu’il est le véritable initiateur de la gnose. C’est pourquoi il a existé plusieurs sectes appelées « Ophites » qui furent adoratrices du Serpent qu’ils confondent d’ailleurs avec la Déesse- Mère de la Nature adorée des Grecs et des Romains.
Analogies et oppositions entre la Maçonnerie et la gnose
Je terminerai ce survol de la pensée gnostique par une comparaison avec les enseignements du Rite écossais. J *ai déjà eu l’occasion de signaler au passage quelques analogies entre gnose et Maçonnerie ainsi que plusieurs divergences essentielles. En quoi sommes-nous les héritiers de la gnose prise dans sa totalité ?
D’abord par le binaire Lumière-Ténèbres dans son sens ésotérique (différence et complémentarité du sensible et de l’intelligible, du masculin et du féminin) et dans son sens moral (conflit entre l’é1an spirituel et les pulsions égoïstes de la nature physique)
Dans notre rite il est évident que le mal existe dans l’homme, l’assassinat d’Hiram par les trois mauvais compagnons en est la figure symbolique. Depuis l’initiation au 1er degré, nos rituels nous invitent à résister aux Ténèbres de notre nature, ce qui se traduit par une incitation à nous défier des désirs et des passions de l’ego, des mirages du monde sensible, à nous détourner des séductions de la puissance pour nous engager dans la quête de la maîtrise de soi et de la sagesse. Notre sagesse, nous la concevons non comme une rupture avec le monde comme la gnose le préconise, mais comme un effort de détachement à l’égard des choses profanes qui est le corollaire de l’amour du sacré.
Pour nous aussi l’ascèse est une ascension vers les hautes régions de la Connaissance des mystères, un éveil et une délivrance de l’esprit, une préparation ininterrompue à 1’initiation finale. Sur tous ces points nous sommes proches des gnostiques.
Par contre, je le répète nous ne partageons pas la radicalité de leur dualisme, nous refusons l’anathème sur le monde matériel et sur la nature qui ont procuré tant de bienfaits et de pouvoirs à l’humanité dans la mesure où les hommes ont su en faire un usage utile et favorable à la vie. Nous ne croyons pas que ce monde soit l’œuvre d’une divinité des Ténèbres car il comporte plus d’ordre et d’harmonie que de chaos et de violence.
L’incarnation de l’homme que la gnose nous présente comme une malédiction absolue nous a permis de maîtriser la matière et d’y trouver les outils nécessaires à l’édification de toutes les cultures. Je crois que l’existence terrestre est le lieu où la raison et l’esprit de l’homme ont reçu mission de s’accomplir en humanisant le monde, ce que nous symbolisons à travers
1° Idéal du Temple de l’humanité.
A l’inverse des gnosticismes nous répudions toute forme de révolte anarchique contre les lois, les institutions, les morales de la société. A l’instar de Socrate nous préconisons de leur obéir tout en travaillant à les améliorer.
Comme nos ancêtres de l’époque des Lumières, nous croyons en la perfectibilité de l’homme et notre idéal de l’initiation est totalement fondé sur cette confiance.
En ce qui concerne le Grand architecte la représentation que nous en exprimons est proche des définitions et des images que nous ont léguées le judaïsme et le christianisme, mais à la différence de la gnose et des religions nous récusons toute forme de théologie dogmatique.
Le Rite écossais nous impose seulement de le considérer comme un Principe créateur et un symbole du Bien absolu puisque sa compréhension et l’amour de ce qu’il incarne sont la finalité de l’initiation.
Je voudrais en guise de conclusion faire part d’une interrogation personnelle.
Que signifie pour nous ce qui est la figuration symbolique du mal et de la négativité : les Ténèbres ? Le chaos opposé à l’Ordre, tout désorganise le Grand Œuvre divin, les métaux passionnels qui font obstacle au perfectionnement de l’esprit.
Y a-t-il une parenté entre nos Ténèbres et Satan, interlocuteur de Dieu, notamment dans le livre de Job ou avec le Prince des Ténèbres des Evangiles qui tente plusieurs fois de faire tomber Jésus lui-même dans les filets de ses ruses et de ses pièges ?
Dans le Volume de la Loi sacrée la présence du mal est symbolisée par des entités personnelles dotées d’une pensée et d’une volonté maléfique alors que les Ténèbres en Maçonnerie sont bien une puissance mais impersonnelle et indéfinie.
Je ferai observer que des expressions symboliques des forces du mal sont présentes dans toutes les religions comme dans les systèmes mythologiques, parfois sous la forme d’un dualisme qui n’est pas propre à la gnose
C’est sur ce questionnement susceptible d’amorcer la discussion que j’’arrête cette réflexion si riche d’enseignements et parfois si troublante sur ce grand bouillonnement métaphysique et moral que fut la pensée gnostique, si chargée d’ambivalence comme toutes les histoires humaines.
Classiquement l’initiation maçonnique a pour but de conduire l’initié près de la Lumière, c’est-à-dire près du Grand Architecte de l’Univers ! Cette conception primordiale ne concerne naturellement que les hommes car les autres êtres humains ont théoriquement une autre voie pour y arriver !
Comme cet objectif est bien difficile à atteindre, et qu’il faut bien vivre, d’autres objectifs ont été inventés : être un bon républicain, recevoir des cordons, recevoir des éloges, pouvoir vendre quelque chose, etc. ; ils ont tous en commun de générer parfois des profits et c’est peut-être aussi pour cette espérance que ça marche !
Et pourtant, dans ce monde si féroce, où les embûches ne manquent, ne pourrait-on pas comprendre que l’initiation maçonnique et le vécu en loge pourrait avoir un autre intérêt ?
Fondamentalement !es êtres humains sont rongés par l’inquiétude ! Ils ont besoin de protection. Sensibles aux discours des apprentis sorciers, les peuples papillonnent vers les plus séducteurs.
La loge pourrait être ce lieu magique où le rituel aidant on pourrait apprendre à se rassurer au contact de compagnons et de compagnes ayant le même besoin et pratiquant une même approche de l’absence de perversion !
Tout cela serait très possible mais la Vérité m’oblige à préciser que des conditions seraient à remplir pour y arriver !
Je vous en propose huit !
Bannir le clanisme : Sous prétexte d’entre-soi, le clanisme cultive la division. Prébendes, retours d’ascenseur, petits arrangements entre amis, c’est vraiment nul !
Refuser la polémique : Chacun a le droit d’avoir une opinion et chacun a le droit à l’erreur ! No comment !
Cultiver la bienveillance : C’est un réflexe empathique qui permet d’éviter les interprétations capables de créer des conflits !
Jouer collectif : Le premier droit de l’être humain n’est il pas d’abord de préserver l’intérêt du Bien commun ?
Arrêter la brosse à reluire : C’est pourtant une de nos règles de conduite mais manifestement cette hypocrisie qui ne leurre personne sauf les affidés continue à être pratiquée !
S’engager au service de celles et de ceux qui souffrent ! Ce devrait être la marque des dirigeants sincères soucieux de s’investir auprès des plus faibles. Faire la tournée des popotes pour serrer des pognes, cela ne sert à rien !
Rejeter les ors ! Le clinquant n’apporte rien, la simplicité doit prévaloir !
Retrouver l’authenticité : Notre idéal le réclame, les rituels en ont besoin !
Une neuvième condition semble incontournable :
Arrêter de se détruire !
Il suffit de regarder vivre nos concitoyens pour s’apercevoir que ce qu’ils disent ne correspond pas à ce qu’ils font ! De belles paroles mais un art de vivre autodestructeur au plus haut degré du raffinement ! Pauvres individus malheureux qui utilisent le Verbe pour faire croire qu’ils existent alors qu’ils ou elles sont déjà morts !
Courage et persévérance, la vie peut aussi être belle !
L’absurdité contemporaine ramène inévitablement sur le devant de la scène la réflexion sur ce qui constitue la notion de juste. Des conflits tous azimuts sont orchestrés par des tyrans au grand ou petit pied, sinistres « Ubu » des temps modernes dont l’exemple contribue à légitimer tout affrontement, minuscule au niveau des individus, majuscule à celui des États.
Le droit est bafoué, remis en cause ou dévoyé, parlements et cours de justice ne suffisent plus à la tâche.
On aura toujours besoin d’un tiers équilibrant entre deux plateaux…
La racine indo-européenne *ye-yous- désigne l’état de régularité, de normalité, et seul le latin en a formé un champ sémantique, fondamental dans l’organisation et le maintien de la société.
Le *jus romain, loin d’être un concept abstrait, énonce une décision d’autorité, un corpus de textes figés, de formules établies, au strict usage de quelques individus issus de certaines familles, de certaines corporations. Avec la légitimité du *justus. Le *judex, le juge a pour rôle de *jus dicere, prononcer la formule de normalité, en prescrivant ce à quoi il faut se conformer, par son jugement. Au coeur de toute société organisée, cet abondant champ lexical détermine le droit, ses acteurs, ses lieux de mise en oeuvre. Justicier, justifier, juridiction, jurisconsulte, jurisprudence.
La justice, initialement religieuse à Rome, en se « laïcisant », permet ensuite de retrouver la paix sans avoir recours à la vengeance individuelle ou étatique, à la mort. *Jurare, en latin, suppose de toucher l’objet sacré et le parjure est fauteur de malédiction individuelle et collective. La conjuration, en tant que pacte solennel, est synonyme de mort pour tous. Dans l’enceinte moderne de la justice, avec ses jurés et son jury, l’acception demeure. On y jure de dire la vérité, on ne peut pas abjurer, nier avec un faux serment. L’injure est d’abord une entorse à la loi, avant de devenir l’invective grossière voire violente, avec force jurons de charretier ou de garnement.
Or, toute société équilibrée requiert des cohabitations apaisées. Difficile de s’approcher,*ad-, de ce qui est juste, en pesant la valeur et les sacrifices à consentir, ajuster voire rajuster gestes et propos pour que tout soit dans l’ordre. Le maillet du commissaire-priseur est signifiant, lorsque par adjudication il fixe un prix, en principe loyal. Adjugé, vendu ! Il sanctionne ainsi moins la justice que la justesse. Pour préserver l’équilibre entre les individus, en actes et en paroles, pour détourner toute velléité de contestation et de conflit. Le vaste champ clos des préjugés et des préjudices… La juste disance est à ce prix de vigilance.
Justesse, justice, nous y voilà ! Et l’abus de langage attise une confusion entre les deux termes, d’où l’ambiguïté dans l’acception de l’adjectif juste.
La justesse d’un calcul se mesure à son exactitude, la justice d’une décision prouve son caractère équitable, pour un respect équivalent de la parole de chacune des parties en regard de ses droits et de ses devoirs.
Le militant s’autoproclame soldat de Dieu ou de quelque cause qu’il défende, et s’arroge le droit moral de justifier, « faire justes » toutes ses actions, jusqu’à contredire la juste harmonie de la société dans laquelle il vit, sa justesse. Meurtres, attentats, terreur organisée, tout devient « juste » et bon, au nom d’une justice supérieure et incontestable, et nie toute autre justice, qui ne serait qu’un avatar humain et illégitime. « C’est pas juste ! », « j’ai le droit de… » … J’ai le droit de mes caprices, trépigne l’enfant ou l’adulte dévoyé dans ses exigences, même au sommet de l’État. Et surtout pas le devoir qui l’assortit.
Il revient à la société de fixer les règles d’une juste distance entre les individus, de la juste appréciation de leur cohabitation pacifique. Enjeux d’une tension permanente entre la justesse d’une harmonie en constante évolution, et la justice, sévère gardienne de la stabilité de ses décisions et de ses lois. Une quadrature bien circulaire… Nos sociétés contemporaines n’ont hélas plus rien de jovial, c’est-à-dire heureux « né sous l’influence de Jupiter », jus pater, père du droit.
Peut-être ne nous reste-t-il qu’à lire ou relire la Conjuration des imbéciles (A Confederacy of Dunces, 1981) de John Kennedy Toole ? Sardonique et jubilatoire…
Annick DROGOU
De justesse, d’extrême justesse, “tout juste“ avec ce “tout“ qui résonne comme un oxymore, comme un équilibre à peine atteint, comme un écho à l’adage delphique “Rien de trop“. La justesse ne connaît pas l’excès. La recherche de la justesse est une mécanique de précision, une appréciation, un contact avec le réel qui oblige à une nuance millimétrée pour tomber juste. Un effort de la pensée et de l’action qui nous permettra peut-être d’être repêché, de justesse, dans notre exigence morale de justice.
La justesse comme une fragilité d’action pourtant portée par la force de ses fondements, qui permet d’agir avec justesse. C’est l’effort de justesse du traducteur qui recherche le mot juste mais sait que, toujours, il adapte et peut trahir. C’est la justesse au moment des choix essentiels, celle qui allie vulnérabilité et force d’âme. Mais qui peut se vanter d’être un juste ?
La justesse enfin comme une harmonie, comme on chante juste, un état où tout est juste et parfait. Accomplissement de cette justesse dans un chant secret sur un air de paix, d’amour et de joie. Entrer dans cette justesse comme dans une contemplation pour laquelle il suffit d’ajuster la vue. En reconnaissance et confiance.