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Au-delà des dogmes : l’éveil du libre penseur

Depuis la nuit des temps, l’humanité cherche des réponses aux mystères de l’existence. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Face à l’insondable, des systèmes de croyances se sont formés, évoluant parfois en dogmes rigides. Mais que sont ces dogmes, sinon des prisons érigées par l’esprit humain, un refuge pour l’orgueil déguisé en certitude ?

L’illusion de la vérité absolue

Un dogme prétend offrir des réponses définitives aux questions fondamentales de l’existence. Il fixe des repères, trace des frontières entre ce qui est juste et ce qui est erroné, entre le sacré et le profane, entre le possible et l’impossible. Mais cette quête de certitudes cache une grande peur : celle de l’inconnu. Car l’univers, dans son essence, défie toute tentative de classification. Il est vaste, indéfinissable, et en perpétuelle transformation.

L’illusion de la vérité absolue repose sur un paradoxe : en croyant tout savoir, nous cessons d’apprendre. Nous nous fermons à la richesse des perspectives, à la beauté du changement. Pourtant, la nature elle-même nous enseigne l’impermanence. Les cycles de la vie, les étoiles qui naissent et meurent, les saisons qui se succèdent… tout témoigne de la fluidité de l’existence.

Pourquoi alors cherchons-nous à figer ce qui est mouvant ? La réponse se trouve dans l’orgueil. Accepter que nous ne savons pas tout, que nous ne comprendrons peut-être jamais tout, exige une humilité profonde. Cela nous confronte à notre petitesse dans l’immensité cosmique. L’ego, pour se protéger, construit des certitudes. Il s’enveloppe de dogmes comme d’un manteau, croyant ainsi se préserver du froid glacial du doute. Mais ce manteau devient rapidement un carcan.

La vérité, si elle existe, est bien plus grande que ce que nos esprits peuvent concevoir. Elle ne se laisse pas enfermer dans des mots ou des doctrines. Elle danse, insaisissable, entre les lignes, dans les silences, dans les mystères que seul un esprit libre peut entrevoir.

Les chaînes de l’esprit

Un esprit prisonnier d’un dogme perd sa liberté intérieure. Il échange la joie de l’exploration contre la stabilité de certitudes imposées. Pourtant, cette stabilité est illusoire. Car, en réalité, rien n’est plus changeant que l’esprit humain, et rien n’est plus frustrant pour l’âme que de ne pas pouvoir s’épanouir.

Les dogmes, comme des chaînes dorées, sont séduisants. Ils promettent des réponses simples à des questions complexes, une sécurité mentale face à l’inconnu. Mais cette sécurité a un prix : celui de l’étouffement. En suivant aveuglément un dogme, nous abandonnons notre pouvoir de questionnement, notre capacité d’émerveillement, et notre créativité. Nous nous contentons de marcher dans des sentiers balisés, incapables de nous aventurer dans les forêts sauvages de l’inconnu.

Pourtant, c’est précisément dans ces forêts que réside la sagesse. Le doute, loin d’être une faiblesse, est une force. Il ouvre des portes, éveille la curiosité, et nous pousse à chercher des vérités plus profondes. Il nous invite à déconstruire les murs que nous avons érigés autour de nos esprits et à embrasser la liberté d’une pensée fluide, en constante évolution.

L’esprit humain est conçu pour explorer, non pour se conformer. Lorsque nous brisons les chaînes des dogmes, nous découvrons des horizons insoupçonnés, des perspectives nouvelles, et une connexion plus authentique avec nous-mêmes et avec le monde. La véritable liberté ne réside pas dans la certitude, mais dans la capacité de danser avec l’inconnu.

L’orgueil masqué en piété

Les dogmes se présentent souvent comme des expressions de vertu, de sagesse, ou de dévotion. Ils prétendent guider les âmes vers la lumière, protéger des dérives, offrir une voie sûre. Pourtant, derrière cette façade se cache fréquemment un piège subtil : celui de l’orgueil, dissimulé sous le masque de la piété.

Cet orgueil se manifeste de multiples façons. Il nourrit un sentiment de supériorité chez ceux qui adhèrent au dogme, les poussant à juger, à exclure, ou à mépriser ceux qui pensent différemment. « Nous avons la vérité, ils sont dans l’erreur », proclame l’esprit enfermé. Ce besoin d’avoir raison, de dominer par le savoir ou la foi, trahit une insécurité profonde. C’est l’ego qui cherche à se rassurer, à exister en écrasant l’autre.

Mais en s’attachant à cette fausse supériorité, l’amour universel que beaucoup de dogmes prônent est trahi. Car l’amour véritable ne connaît ni divisions ni exclusions. Il ne s’attache pas aux formes, aux règles, ou aux doctrines. Il est libre, comme la vie elle-même.

L’orgueil masqué en piété est une des plus grandes tragédies de l’humanité. Il a nourri des conflits, des guerres, des persécutions. Il a enfermé des générations dans des schémas de pensée rigides, empêchant l’évolution spirituelle et collective. Pourtant, il est possible de transcender cet orgueil.

Cela demande un retour à l’essentiel : une humilité radicale, une ouverture sincère, une écoute profonde. Cela demande de reconnaître que, quels que soient nos croyances ou nos chemins, nous sommes tous des fragments d’un même tout, des explorateurs d’un mystère qui nous dépasse.

L’appel à une pensée libre et lumineuse

Et si la véritable quête de l’humanité n’était pas celle de réponses, mais celle de questions toujours plus vastes ? Et si, au lieu de chercher des certitudes, nous apprenions à danser avec le mystère, à embrasser l’inconnu comme un ami fidèle ? La vie, dans toute sa splendeur, ne se révèle pas à ceux qui la figent, mais à ceux qui s’ouvrent avec humilité et joie à sa perpétuelle transformation.

Devenir un libre penseur, ce n’est pas rejeter toute croyance, mais cultiver un esprit fluide, capable de voir au-delà des murs que nous avons érigés. C’est écouter les murmures de l’univers avec un cœur ouvert, un esprit curieux, et une âme en paix avec l’incertitude. Cela demande du courage : celui de remettre en question ce que nous pensions savoir, celui de reconnaître que chaque instant est une opportunité de grandir, d’apprendre, de se transcender.

La pensée libre n’est pas un acte de rébellion contre l’ordre, mais un acte d’amour envers la vérité vivante, changeante, infinie. C’est l’expression d’une joie profonde, celle de savoir que, dans ce grand théâtre de l’existence, il y a toujours plus à découvrir, à comprendre, à célébrer.

Alors, regardez autour de vous, regardez en vous. Quelles croyances, quelles certitudes, quels murs invisibles limitent votre liberté ? Quels champs de possibles se dévoileraient si vous osiez pousser une porte, briser une chaîne, abattre un mur ?

Quelles prisons êtes-vous prêt(e) à ouvrir ?

Relation entre Conan Doyle et Houdini : Spiritisme et Franc-maçonnerie

Arthur Conan Doyle, célèbre pour avoir créé le détective Sherlock Holmes, et Harry Houdini, le magicien et escapologue légendaire, partagent une histoire fascinante, marquée par leur approche divergente du spiritisme et par des liens supposés ou réels avec la Franc-maçonnerie. Leur relation, bien que complexe et souvent tendue, illustre une époque où le mysticisme, la science et l’illusion se croisaient dans l’esprit public.

Le Spiritisme : Un Pont et un Fossé

Sherlock Holmes au bord des chutes du Reichenbach. L’illustrateur Frederic Dorr Steele

Arthur Conan Doyle est devenu particulièrement connu pour son intérêt, voire son engagement profond envers le spiritisme, surtout après la mort de sa femme et de son fils durant la Première Guerre mondiale. Doyle voyait dans le spiritisme non seulement une preuve de la vie après la mort mais aussi une mission personnelle pour consoler ceux qui avaient perdu des êtres chers. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet, dont « The History of Spiritualism« , et a participé à de nombreuses séances spirites, convaincu de pouvoir communiquer avec les esprits.

Harry Houdini, au contraire, était un sceptique notoire des phénomènes spirites. Son parcours dans le monde de la magie et de l’illusion lui avait donné une compréhension profonde des trucs et des techniques utilisées par les médiums pour tromper le public. Houdini s’était fait une mission de démasquer les faux médiums, comme il le relate dans son livre « A Magician Among the Spirits« . Sa croisade contre le spiritisme l’a conduit à confronter directement Doyle, menant à une relation oscillant entre l’amitié et l’antagonisme.

La Séance Controversée : Un moment clé de leur relation fut une séance organisée par les Doyle où Houdini aurait reçu un message prétendument de sa défunte mère, mais en anglais et non en yiddish ou en hongrois, langues qu’elle utilisait dans la vie. Houdini, trouvant cela suspect, a renforcé son scepticisme, déclarant que le spiritisme n’était qu’une escroquerie.

La Franc-Maçonnerie pour ces deux hommes : Un lien discutable

Bien que les deux hommes aient été associés à la Franc-maçonnerie, les preuves directes de leur implication sont variées :

Conan Doyle et la Franc-Maçonnerie :

Conan Doyle habillé en Franc-Maçon – Image d’IA

Sir Arthur Conan Doyle a été initié à la franc-maçonnerie le 26 janvier 1887 à la loge Phoenix No. 257 à Southsea, Portsmouth, en Angleterre.

Il démissionne puis il revient. Il a démissionné de cette loge en 1889, mais il y est retourné en 1902 avant de re-démissionner à nouveau en 1911. À l’époque, la Franc-maçonnerie était une institution respectée qui attirait des hommes de diverses professions, y compris des écrivains, des médecins, et des personnalités publiques. L’adhésion à une loge maçonnique pouvait offrir des réseaux sociaux et professionnels, mais également un cadre pour explorer des thèmes philosophiques et moraux.

Affiche du film muet Sherlock Holmes contre Moriarty (1922).

Symbolisme et Influence dans son Œuvre : Bien que Conan Doyle soit plus célèbre pour avoir créé Sherlock Holmes, il a intégré des éléments symboliques et des thèmes qui pourraient être liés à sa brève expérience maçonnique dans certaines de ses œuvres. Par exemple, on trouve dans « The Valley of Fear » (La Vallée de la Peur) des allusions aux sociétés secrètes, bien que ce ne soit pas une représentation directe de la Franc-maçonnerie.

L’initiation de Sir Arthur Conan Doyle à la loge Phoenix No. 257 à Portsmouth est un aspect intéressant de sa vie qui témoigne de ses intérêts variés bien au-delà de la littérature policière. Cependant, son engagement avec la Franc-maçonnerie a été de courte durée, marqué par des périodes d’adhésion et de démission, reflétant peut-être une exploration plus large de ses convictions personnelles et philosophiques plutôt qu’une affiliation profonde avec les pratiques maçonniques.

Harry Houdini et la Franc-Maçonnerie :

Harry Houdini habillé en Franc-Maçon – Image d’IA

Houdini a été initié à la Franc-maçonnerie le 13 août 1923 à la St. Cecile Lodge No. 568 à New York. Cette loge était affiliée à la Grande Loge de l’État de New York.

Son initiation a été documentée et il a reçu les degrés de Compagnon et de Maître Maçon les mois suivants, le 17 septembre et le 21 octobre 1923, respectivement.

Affiche « Houdini roi des cartes », Chicago.

Motivations : Sa décision de devenir franc-maçon pourrait avoir été influencée par plusieurs facteurs. L’un d’eux pourrait être le désir de faire partie d’un réseau d’hommes influents et respectés, ce qui était typique pour beaucoup de professionnels de l’époque. Houdini était également connu pour son intérêt pour la mystification et la dénonciation de la fraude, ce qui pourrait lui avoir donné une curiosité pour les sociétés secrètes et leur symbolisme.

Sur le pont Harvard de Boston (1908)

Engagement : Contrairement à certains membres, l’engagement de Houdini dans la Franc-maçonnerie semble avoir été plutôt superficiel. Il n’a pas occupé de postes élevés dans l’ordre maçonnique ni ne semble avoir été particulièrement actif. Cela pourrait être dû à son emploi du temps chargé en tant que magicien et à ses autres intérêts, notamment sa lutte contre le spiritisme qu’il considérait comme une supercherie.

Légende et Mystère : Après sa mort, il y eut des spéculations et des histoires autour de Houdini et de la Franc-maçonnerie, alimentées par sa réputation de mystère et de défi. Des récits apocryphes racontent par exemple qu’il aurait laissé des indices maçonniques dans certains de ses tours ou écritures, bien que rien de concret ne soit réellement prouvé.

Tombe de Houdini et son épouse.

Synthèse et Influence Mutuelle

Houdini et Doyle durant une séance de spiritisme – Image d’IA

Le rapport entre Doyle et Houdini sur le spiritisme et la Franc-maçonnerie montre une dynamique complexe où l’amitié personnelle se heurte à des convictions profondes :

  • Dissonance et Débat Publique : Leur relation a été marquée par des débats publics, des conférences où ils exposaient leurs visions opposées du spiritisme. Doyle voyait Houdini comme un détracteur de la foi qu’il chérissait, tandis que Houdini considérait Doyle comme un homme intelligent trompé par des charlatans.
  • Légende et Héritage : Après la mort de Houdini, Doyle a affirmé que l’esprit de Houdini avait communiqué lors d’une séance, ce qui a encore plus alimenté la controverse autour de leur relation. Cette interaction posthume a contribué à la légende de Houdini, renforçant son image comme celui qui défiait même la mort par ses tours.

En conclusion, la relation entre Conan Doyle et Houdini est une illustration vivante des tensions entre scepticisme et foi, entre magie et réalité, dans une époque fascinée par l’invisible et l’inexpliqué. Leur connexion à la franc-maçonnerie, bien que de nature différente, montre comment les idées et les pratiques maçonniques pouvaient influencer ou être perçues à travers le prisme de leur propre quête de vérité ou de mystère. Leurs vies et leurs œuvres continuent de susciter l’intérêt et le débat sur ces sujets, reflétant les interrogations éternelles de l’humanité sur la vie, la mort et l’au-delà.

1/02/25 à Lyon – Villeurbanne : « Les confluences initiatiques » de la Grande Loge de France

« Être soi. Vivre ensemble. Devenir. »

Samedi 1er février 2025
Lyon – Villeurbanne

Locaux et temples de la Grande Loge De France
2 rue Aynard,
69100 Villeurbanne

Accueil du public à partir de 9h30

10h15 : Inauguration de la manifestation par le Très Respectable Grand-Maître Thierry Zaveroni ou son délégué
10h30 à 12h00 – Table Ronde 1

« Homme augmenté ou humain diminué ? L’imposture transhumaniste ». Par Monsieur Jean-Michel Besnier

Professeur émérite de philosophie (Sorbonne Université).
ex-directeur scientifique du Pôle « Santé connectée et Homme augmenté » au CNRS.

  • 12h00 à 13h45 : restauration et déjeuner sur place
  • 13h45 à 15h15 – Table Ronde 2

« Voulons-nous encore vivre ensemble ? ». Par Monsieur Pierre-Henri Tavoillot.

Maître de conférences en philosophie à Sorbonne Université.
Président du Collège de philosophie.
Créateur du diplôme universitaire  » Référent laïcité : gestion du fait religieux « .

  • 15h45 à 17h15 – Table ronde 3

Les principes du Rite Écossais Ancien et Accepté

Par Robert de Rosa. Ancien Conseiller fédéral.
Ancien directeur de rédaction de Points de Vue initiatiques, revue de la GLDF.

« Le symbolisme au REAA. »

Par Alain Graesel, Ancien Grand-Maître de la GLDF.

« Le Grand Architecte de l’Univers » et « L’Autel des Serments » au REAA.

Par Philippe Charuel, Ancien Grand-Maître de la GLDF.

« La prise de conscience initiatique au REAA. »

17h15 : Conclusion et clôture de la journée par le Grand-Maître Thierry Zaveroni ou son délégué.

Entrée Gratuite
Réservation obligatoire

Les non-maçons doivent être accompagnés de Frères ou de Sœurs

https://www.billetweb.fr/les-confluences-initiatiques-2025

Présence sur place des éditeurs et libraires,
Ouvrages des conférenciers et séances de dédicaces.

GODF : La lettre d’information du 17/01/25

ÉVÉNEMENTS
CINÉ-DÉBAT

Projection du film AMAL, un esprit libre suivie d’un débat Mardi 21 janvier 2025 à 19h30 – PARIS Projection du film de Jawad RHALIB, suivie d’un débat autour du thème : « L’école : la liberté absolue de conscience » dans le cadre du Ciné-Débat du GODF Louis Delluc.

Intervenante : Milène COITOUX, professeure de lettres, ancienne élue municipale, membre d’associations soutenant la laïcité, auteure du livre Le Puzzle de la République.­ AMAL, un esprit libreiné-débat mardi 21 janvier 2025 à 19h30 Grand Orient de France16, rue Cadet à PARIS

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CONFÉRENCE PUBLIQUE

Le parasport et ses enjeux humanistesJeudi 27 février 2025 à 19h00 – PARISConférence publique organisée dans le cadre des Chantiers de la République,en présence de Nicolas PENIN, Grand Maître du Grand Orient de France et d’une délégation du Conseil de l’Ordre.

Intervenants : Michel BOUDON, Para Judoka, Responsable du Para judo IDFJacques ROUSSEL, Médecin fédéral de la FSASPTT, Médecin du sport engagé en santé publiqueGilles BUI XUAN, Enseignant EPS, Professeur émérite des Universités­­Le parasport et ses enjeux humanistesConférence publique jeudi 27 février 2025 à 19h00Grand Orient de France – 16, rue Cadet à PARIS

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­COMMUNICATION DU GRAND MAÎTRE
Interview de Nicolas PENIN, Grand Maître du Grand Orient de France, le 12 janvier 2025 au journal Midi Libre : « La laïcité, c’est un cadre qui permet l’émancipation et la liberté » : les mots forts du Grand Maître du Grand Orient de France à l’occasion de ses vœux à Nîmes. 
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Averroès : Le Philosophe de Cordoue qui influence la Franc-maçonnerie

Au cœur de l’Andalousie musulmane, Cordoue resplendissait au XIIe siècle comme un phare de savoir et de culture. C’est dans cette ville, déjà célèbre pour sa bibliothèque immense et ses intellectuels, que naquit en 1126 Abū al-Walīd Muhammad ibn Ahmad ibn Rushd, mieux connu en Occident sous le nom d’Averroès. Sa naissance dans une famille de juristes et de savants aurait déjà prédestiné ce jeune homme à une destinée exceptionnelle, mais c’est son engagement dans la philosophie, la médecine et le droit qui allait véritablement forger sa légende.

Formation et débuts

Averroès, détail de L’École d’Athènes de Raphaël. Musées du Vatican

Averroès reçut une éducation de qualité, pluridisciplinaire, qui le fit naviguer entre les sciences religieuses, le droit islamique (fiqh), la médecine, et bien sûr, la philosophie. Sa formation fut marquée par l’influence de son père et de son grand-père, tous deux qâḍîs (juges) à Cordoue, et par ses études avec des maîtres comme Ibn Tufayl et Avenzoar. Ce dernier, un médecin éminent, joua un rôle déterminant dans son intérêt pour les sciences médicales.

Le Grand Commentateur d’Aristote

Portrait of Aristoteles. Copy of the Imperial era (1st or 2nd century) of a lost bronze sculpture made by Lysippos

Averroès est souvent surnommé « le Commentateur » pour sa contribution exceptionnelle aux œuvres d’Aristote. Il se lança dans une entreprise quasi titanesque de commentaires, visant à restituer ce qu’il voyait comme la pureté de la pensée aristotélicienne, souvent altérée par les interprétations néoplatoniciennes de ses prédécesseurs arabes. Ses travaux, qui comprennent des commentaires courts, moyens et longs, ont été largement diffusés et ont eu un impact majeur sur la pensée philosophique en Europe médiévale.

Philosophie et Religion : Un équilibre délicat

Averroès nous a laissé un commentaire de la Poétique d’Aristote (ici une édition de 1780).

Averroès a cherché à harmoniser la philosophie et la religion, défendant l’idée que la raison et la foi ne sont pas en conflit mais complémentaires. Dans des œuvres comme le « Faṣl al-Maqāl » (Discours décisif), il argumente que la philosophie est non seulement permise mais obligatoire pour ceux qui en sont capables, tout en préconisant une lecture allégorique des textes sacrés quand ils semblent en contradiction avec la logique rationnelle. Cette position lui valut des accusations d’hérésie de la part des théologiens plus conservateurs, notamment Al-Ghazâlî, à qui il répondit avec son « Tahâfut al-Tahâfut » (Incohérence de l’incohérence).

Carrière publique et disgrâce

Occupant divers postes de qâḍî à Séville et Cordoue, Averroès fut également médecin à la cour almohade, où il gagna la faveur des sultans. Cependant, son soutien à la philosophie contre les attaques des oulémas traditionalistes le mena à la disgrâce. En 1195, sous le règne du calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, il fut exilé à Lucena, une petite ville majoritairement juive. Bien que rappelé plus tard à la cour, il ne retrouva jamais pleinement son ancien statut et mourut à Marrakech en 1198, laissant derrière lui un héritage intellectuel immense.

Influence en Occident

Le Coran reste la source principale de la théologie d’Averroès. Il tentera de l’interpréter en se servant de la logique des Grecs.

L’œuvre d’Averroès, traduite en latin à partir du XIIIe siècle, a profondément influencé la scolastique médiévale, notamment à l’Université de Paris. Figures comme Thomas d’Aquin ont discuté ses thèses, parfois pour les critiquer, mais souvent pour s’en inspirer. L’averroïsme devint un courant philosophique en Europe, souvent associé à des débats sur la nature de l’âme et de l’intellect, et sur la relation entre foi et raison.

Un héritage controversé

La réception de ses idées a été marquée par des controverses, notamment avec la condamnation de certaines thèses averroïstes par l’Église catholique en 1270 et 1277, à Paris. Cependant, son œuvre a survécu à ces tempêtes, continuant de nourrir la pensée jusqu’à la Renaissance, où ses écrits furent étudiés à Padoue, et bien au-delà, influençant des penseurs comme Dante Alighieri et même, indirectement, la philosophie des Lumières.

Les multiples facettes d’Averroès

Outre sa philosophie, Averroès a laissé des contributions notables en médecine avec des ouvrages comme le « Kulliyāt » (Généralités sur la médecine), en jurisprudence avec la « Bidāyat al-Mujtahid » (Livre des commencements pour celui qui veut se vouer à l’effort d’interprétation), et même en astronomie, témoignant de son esprit encyclopédique.

L’héritage d’un esprit universel

Averroès oppose la théorie aristotélicienne de la démonstration aux théologiens asharites de son temps. Copie romaine d’un portrait d’Aristote, musée du Louvre.

Averroès a incarné une vision de la connaissance comme une quête sans fin, où les frontières entre les disciplines s’estompent au profit d’une compréhension plus profonde du réel. Sa vie et son œuvre sont un rappel puissant de l’importance de la curiosité intellectuelle, de l’ouverture d’esprit et du dialogue entre cultures et religions. Sa pensée continue de résonner dans le monde contemporain, non seulement dans les cercles académiques mais aussi comme un symbole de l’échange fructueux entre l’Orient et l’Occident.

Le lien entre Averroès et la Franc-maçonnerie, bien que non direct, peut être exploré à travers plusieurs angles :

Influence Philosophique :

Rationalisme et Scepticisme : Averroès est connu pour avoir défendu une interprétation rationnelle des textes religieux, une position qui résonne avec l’esprit critique et le rationalisme que la Franc-maçonnerie promeut. Les maçons, dans leurs loges, valorisent la recherche de la vérité à travers la raison et le libre examen, principes que l’on peut retracer dans la pensée averroïste. L’idée d’Averroès que la philosophie et la religion ne doivent pas être opposées mais complémentaires trouve un écho dans la philosophie maçonnique qui cherche une harmonie entre la spiritualité et la rationalité.

Raphaël : Platon et Aristote devisant sur la politique ?

Universalisme et Humanisme : La Franc-maçonnerie s’inscrit dans une tradition humaniste et universaliste, visant à l’amélioration morale et intellectuelle de l’humanité. Les écrits d’Averroès, qui prônent une compréhension universelle de la vérité et une éthique humaniste, ont influencé de manière indirecte cette vision maçonnique. Son travail sur la réconciliation de la foi et de la raison contribue à la notion maçonnique que le progrès de l’humanité passe par la connaissance et la tolérance.

Symbolisme et Rites :

Les deux maîtres grecs d’Averroès : Platon et surtout Aristote. Panneau en marbre provenant de la façade nord, registre inférieur, du campanile de Florence. Attribué à Luca della Robbia, vers 1437-1439.

La Loge Averroès : Il existe des loges maçonniques qui portent le nom d’Averroès, notamment la Loge Averroès de la Grande Loge de France, qui regroupe des francs-maçons musulmans. Le choix de ce nom illustre une reconnaissance symbolique des valeurs partagées comme le libre arbitre, la rationalité, et le dialogue interculturel. Cela montre comment la figure d’Averroès est utilisée comme un symbole de l’ouverture d’esprit et du respect des valeurs intellectuelles et spirituelles qui sont chères à la Franc-maçonnerie.

Symboles et Rites : Bien qu’Averroès ne soit pas à l’origine des symboles maçonniques, son travail sur la philosophie et la méthode scientifique a contribué à un climat intellectuel propice à l’émergence de sociétés initiatiques comme la Franc-maçonnerie. Les maçons, en particulier ceux de la tradition continentale, utilisent des symboles et des rituels pour transmettre des enseignements philosophiques, une approche qui trouve une certaine affinité avec la méthode d’Averroès pour enseigner et débattre des idées philosophiques.

Historique et Culturel :

Transmission des Connaissances : Averroès est souvent crédité de la « médiation arabe » dans la transmission des connaissances gréco-romaines à l’Europe médiévale, un rôle que la Franc-maçonnerie, dans son idéal, s’attribue également en tant que gardienne et transmettrice de connaissances ésotériques et philosophiques à travers les âges.

Statue de Platon
Statue de Platon

Réflexion sur la Laïcité et la Tolérance : La défense par Averroès de la laïcité intellectuelle et de la tolérance religieuse peut être vue comme une préfiguration des principes maçonniques de liberté de conscience et de fraternité universelle. Bien qu’Averroès soit antérieur à la Franc-maçonnerie, son influence sur la pensée médiévale a contribué à créer un terreau philosophique où de telles idées pourraient s’épanouir.

Influence sur les Lumières :

Héritage pour les Lumières : Les idées d’Averroès ont influencé la Renaissance et les Lumières, une période où la Franc-maçonnerie a pris une part active dans la diffusion des idées de tolérance, de raison, et de progrès humain. La philosophie des Lumières, qui imprègne beaucoup de la pensée maçonnique, doit en partie à Averroès son engagement envers la raison critique et la séparation des pouvoirs intellectuels et religieux.

Bien qu’Averroès ne soit pas directement lié à la fondation ou aux pratiques de la Franc-maçonnerie, son héritage philosophique, son approche de la raison et de la tolérance, ainsi que son rôle dans l’histoire du savoir, ont indirectement influencé la pensée et les valeurs que la Franc-maçonnerie promeut dans ses enseignements et ses rituels.

Averroes

Ainsi, l’histoire d’Averroès est tissée de fils divers, d’une érudition qui transcendait les domaines et les époques, d’un engagement envers la vérité philosophique et d’une influence qui a su traverser les siècles pour nourrir les esprits en quête de savoir. Pour comprendre le lien entre Averroès et la philosophie maçonnique, il faut maintenant explorer comment ses idées ont pu inspirer ou se refléter dans cette tradition ésotérique et initiatique.

Le Dessin de François Morel « Le Labyrinthe de Chartres »

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Cette semaine, notre Frère Morel nous emmène très sérieusement à la Cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui est hautement réputée pour son architecture gothique, ses vitraux exceptionnels, et ses symboles riches en significations. Parmi ces symboles, le labyrinthe de Chartres se distingue par son unicité et sa profondeur symbolique, notamment dans le contexte maçonnique.

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres, datant du XIIIe siècle, est un chef-d’œuvre de pavage au sol. Avec un diamètre de 12,89 mètres, il se trouve au centre de la nef principale, entre les troisième et quatrième travées. Ce labyrinthe est composé d’un seul chemin qui serpente à travers 11 anneaux concentriques, conduisant au centre sans aucune impasse, ce qui le distingue des labyrinthes traditionnels conçus pour dérouter ou égarer.

cathédrale Notre-Dame de Chartres, le Labyrinthe – Crédit photo Maksim.

Symbolisme Maçonnique : Dans la tradition maçonnique, le labyrinthe est souvent associé à la quête personnelle et spirituelle, à une initiation où le parcours représente les épreuves et les découvertes que doit affronter le chercheur de vérité.

Le Voyage Initiatique : Le labyrinthe peut être perçu comme un symbole du parcours initiatique que doit suivre tout franc-maçon. Ce chemin unique sans retour ni bifurcation représente la voie droite et morale, le devoir de ne pas s’égarer dans les tentations ou les impasses de la vie.

La Symbolique du Centre : Le centre du labyrinthe, souvent appelé « la Jérusalem céleste », symbolise la destination ultime de l’initiation maçonnique, le lieu de rencontre avec le divin ou avec sa propre vérité intérieure.

La Géométrie Sacrée : La construction du labyrinthe est empreinte d’une géométrie sacrée, où chaque mesure et chaque cercle concentrique pourraient représenter la perfection et l’harmonie des proportions, des thèmes chers à la maçonnerie.

Fonction Religieuse et Ésotérique : Bien que le labyrinthe de Chartres soit intrinsèquement lié à la foi chrétienne, sa nature symbolique s’étend au-delà de cette interprétation religieuse traditionnelle :

Méditation et Pèlerinage : À l’origine, le labyrinthe servait de substitut spirituel au pèlerinage à Jérusalem, un chemin symbolique de purification et de rencontre avec le divin. En parcourant ce labyrinthe, on simule le voyage vers le centre sacré, une expérience à la fois physique et spirituelle.

Combat du Bien contre le Mal : Inspiré du mythe grec de Thésée et du Minotaure, le labyrinthe de Chartres évoque le combat entre la lumière et les ténèbres, où le Christ est vu comme Thésée, triomphant du mal (le Minotaure) et guidant les fidèles vers la lumière et la vie éternelle.

Influence Maçonnique et Héritage : La construction de cathédrales par des bâtisseurs souvent liés à des guildes ou à des sociétés secrètes, précurseurs de la franc-maçonnerie moderne, laisse penser à une influence ou au moins une résonance maçonnique dans l’architecture et la symbolique des lieux sacrés comme Chartres. Le labyrinthe, par sa complexité et sa symbolique, est un vestige de cette époque où la connaissance ésotérique et la spiritualité étaient inextricablement liées à l’art de bâtir.

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres est bien plus qu’un simple motif au sol ; c’est un emblème d’un voyage spirituel, de la quête de la vérité et de l’initiation. Sa fonction symbolique et maçonnique illustre la fusion entre la tradition chrétienne et les mystères ésotériques, offrant aux visiteurs modernes une expérience méditative et un rappel des anciennes pratiques initiatiques.

Ainsi, le labyrinthe de Chartres demeure un symbole vivant, invitant à une introspection et à une compréhension plus profonde du chemin de la vie et de la quête spirituelle.

Lien aérien : Franc-maçonnerie et « Jonathan Livingston le Goéland » de Richard Bach

Richard Bach

Le roman de Richard Bach, « Jonathan Livingston le Goéland« , publié en 1970, offre une allégorie de la quête de la liberté et de la perfection qui résonne profondément avec les principes et les idéaux de la franc-maçonnerie.

L’Histoire de Jonathan : un goéland hors du commun

« Jonathan Livingston le Goéland » suit le parcours d’un jeune goéland qui refuse de se contenter de la vie monotone et limitée de sa colonie. Obsédé par l’art de voler, il cherche à aller au-delà des règles établies par son groupe, aspirant à la liberté, à la beauté et à la perfection du vol. Rejeté par ses semblables pour son ambition, il trouve finalement des compagnons qui partagent sa vision et enseigne à d’autres goélands l’art du vol et la quête de la liberté.

Parallèles avec la Franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie, connue pour son travail symbolique et initiatique, trouve dans l’histoire de Jonathan plusieurs points de résonance :

  • La quête de la lumière et du savoir : Comme Jonathan qui vole vers des hauteurs inexplorées pour une compréhension plus profonde de son existence, la franc-maçonnerie encourage ses membres à chercher la « lumière » symbolique, une métaphore de la connaissance, de la vérité et de l’éveil spirituel.
  • Le dépassement des limites : Jonathan défie les conventions de son clan pour explorer les limites de son potentiel. De même, la maçonnerie pousse à dépasser les contraintes matérielles et intellectuelles pour atteindre une vision plus élevée de soi et du monde, souvent illustrée par l’ascension symbolique de degrés maçonniques.
  • L’initiation et la transformation : Le voyage de Jonathan est un parcours initiatique où chaque étape lui enseigne de nouvelles leçons. En maçonnerie, l’initiation est un processus où le candidat passe par des rituels pour symboliquement « mourir » à son ancienne vie et « renaître » à une nouvelle compréhension de la vie.
  • La liberté comme droit et devoir : « Exigez la liberté comme un droit, soyez ce que vous voulez être », dit Jonathan. C’est un écho direct aux valeurs maçonniques de liberté, égalité et fraternité, où chaque membre est invité à se libérer des chaînes de l’ignorance et des préjugés pour devenir la meilleure version de soi-même.
  • La transmission du savoir : Après avoir atteint son propre éveil, Jonathan revient pour enseigner à d’autres goélands. La maçonnerie met l’accent sur le partage des connaissances et des valeurs morales entre frères, chaque franc-maçon devenant à son tour un guide pour ceux qui suivent.

Les symboles de vol et de lumière

Le vol chez Bach est plus qu’un acte physique ; c’est une métaphore de l’ascension spirituelle et de la libération de l’esprit, un thème central dans la symbolique maçonnique où l’élévation est souvent symbolisée par l’ascension vers la lumière. Le goéland, avec son désir de voler toujours plus haut et plus vite, incarne cette aspiration à transcender les limites du monde matériel pour toucher à l’universel et à l’éternel.

Une œuvre initiatique

« Jonathan Livingston le Goéland » est souvent perçu comme une œuvre initiatique, un conte philosophique qui, sous couvert d’une histoire simple, explore des questions profondes sur la nature de la liberté, de la connaissance et de l’individualité. La franc-maçonnerie, avec ses enseignements par symboles et allégories, reconnaît dans ce récit un reflet de sa propre quête de vérité et de perfectionnement personnel.

Une exploration plus profonde des symboles

Pour aller plus loin dans les parallèles entre l’œuvre de Bach et la franc-maçonnerie, examinons certains symboles spécifiques :

  • Le goéland comme symbole de l’âme : Dans la littérature mystique et spirituelle, les oiseaux sont souvent des symboles de l’âme ou de l’esprit qui cherchent à s’émanciper du corps. Jonathan, en tant que goéland, incarne cette aspiration à la liberté spirituelle, un concept clé en maçonnerie où l’on travaille à libérer l’esprit des chaînes matérielles.
  • Le vol et l’initiation : Chaque étape du vol de Jonathan peut être vue comme un degré initiatique. Dans la maçonnerie, chaque grade est une étape vers une compréhension plus profonde des mystères de l’existence. Le vol de Jonathan vers des hauteurs toujours plus grandes symbolise cette progression vers la connaissance et la maîtrise de soi.
  • L’importance de l’individu dans la collectivité : Jonathan, bien que d’abord isolé, revient pour enseigner et inspirer. Cela résonne avec la mission maçonnique de non seulement s’améliorer soi-même mais aussi de contribuer à l’amélioration de la société, en partageant les lumières acquises.

L’influence de l’histoire sur le travail maçonnique

« Jonathan Livingston le Goéland » peut influencer le travail maçonnique de plusieurs manières :

  • Motivation personnelle : L’histoire de Jonathan peut inspirer les francs-maçons à persévérer dans leur propre quête de perfectionnement, leur rappelant que chaque obstacle est une opportunité d’apprentissage et de croissance.
  • Discussion dans les loges : Ce livre peut servir de base pour des discussions philosophiques et morales dans les loges, permettant aux membres d’explorer ensemble des thèmes comme la liberté, la conformité sociale, et le dépassement personnel.
  • Symbolisme dans les rituels : Les loges peuvent intégrer des éléments de l’histoire comme des allégories vivantes dans leurs rituels, utilisant le voyage de Jonathan comme une illustration de la quête maçonnique.

L’universalité du message

Le roman de Bach n’est pas seulement une histoire pour les francs-maçons; il touche une corde universelle, parlant à tous ceux qui cherchent un sens plus profond à leur existence. La franc-maçonnerie, qui prône une quête de vérité et de sagesse accessible à tous, trouve dans « Jonathan Livingston le Goéland » un écho de cette universalité. C’est une leçon sur comment dépasser les limites imposées par la société ou par soi-même pour toucher à l’essence de la liberté et de la beauté de la vie.

« Jonathan Livingston le Goéland » et la franc-maçonnerie partagent une vision de transformation personnelle et de quête de l’idéal. La beauté de cette connexion réside dans la manière dont le roman de Bach offre une interprétation allégorique de principes maçonniques, rendant accessibles à tous des concepts qui, dans le contexte initiatique, sont souvent enveloppés dans des symboles et des rituels. Ce livre continue d’inspirer ceux qui, comme Jonathan, aspirent à voler au-delà des horizons visibles vers une compréhension plus profonde de l’existence et de notre place dans l’univers.

Richard Bach, bien que n’étant pas un franc-maçon, a écrit un livre qui parle directement au cœur de la tradition maçonnique. « Jonathan Livingston le Goéland » illustre de manière poétique et accessible les principes maçonniques de la recherche de soi, de la liberté et de la perfection. Ce roman est devenu, pour beaucoup, un symbole de la quête initiatique universelle, une invitation à tous à s’élever au-delà de ce qui est perçu comme possible, vers l’infini des possibilités humaines.

L’esprit maçonnique comparé à la pensée d’Hannah Arendt : des parallèles évidents

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Hannah Arendt, philosophe et théoricienne politique du 20e siècle, est souvent citée pour ses analyses profondes sur la nature humaine, la politique et la condition moderne. Si ses écrits ne font pas explicitement référence à la Franc-maçonnerie, il existe des convergences remarquables entre sa pensée et certains principes maçonniques, particulièrement en ce qui concerne la notion de l’homme comme « animal politique » qu’elle reprend à Aristote et les dynamiques de la vie en société. Cet article explore ces liens, en s’appuyant sur des sources historiques et contemporaines pour dessiner un portrait fascinant de l’intersection entre deux mondes a priori distincts.

L’Animal Politique et la Pluralité

Arendt, dans son œuvre majeure « La Condition de l’Homme Moderne » (1958), décrit l’être humain comme un « animal politique« , une créature qui ne peut se réaliser pleinement que dans l’espace public, à travers l’action et la parole. Elle insiste sur la « pluralité » comme condition fondamentale de la politique, où l’identité de chaque individu émerge et se définit en relation avec autrui.

La Franc-maçonnerie, avec son modèle de loges comme espaces de rencontre et de délibération, reflète cette vision. Les loges sont conçues comme des lieux où les « frères » se réunissent pour discuter, apprendre et agir ensemble, promouvant ainsi une forme de pluralité où chaque membre est à la fois indépendant et interdépendants des autres. Cette structure rappelle l’importance arendtienne de la « vita activa » où l’action politique est une manifestation de liberté et de créativité humaine.

Liberté de Pensée et de Conscience

Un autre point de convergence réside dans la liberté de pensée, une valeur centrale dans la philosophie d’Arendt et dans la pratique maçonnique. Arendt critique sévèrement la mentalité de conformité qui mène à la banalité du mal, décrite dans son analyse du procès d’Eichmann. Elle souligne l’importance de la pensée critique et de la responsabilité individuelle. De même, la franc-maçonnerie encourage le libre examen et la recherche personnelle de la vérité, loin des dogmes et des préjugés, ce qui est évident dans les rituels et les discours maçonniques où le développement de la conscience morale et intellectuelle est central.

Le Rôle de la Communauté et la Fraternité

Arendt estime que la politique n’est pas seulement une affaire de pouvoir ou de domination, mais bien de création d’un monde commun où les individus peuvent agir et vivre ensemble. Sa vision de la politique comme un espace de naissance et de renouveau est proche des idéaux maçonniques de fraternité et de construction d’une société plus juste et éclairée. La Franc-maçonnerie, avec son engagement dans l’éducation, la charité et l’amélioration sociale, reflète cette conception de la communauté comme un lieu de transformation positive et de développement éthique.

Critique de la Modernité et de la Bureaucratie

Arendt critique la modernité pour sa tendance à réduire l’homme à une fonction administrative, perdant ainsi le sens de l’action politique authentique. Elle analyse comment la bureaucratie peut mener à des atrocités par simple conformité, un thème qu’elle explore dans « Les Origines du Totalitarisme ». Bien que la franc-maçonnerie ne critique pas directement la modernité de la même manière, elle a souvent servi de contre-pouvoir à des systèmes autoritaires, en particulier lors de périodes où la liberté était menacée, offrant ainsi un espace où la pensée critique et l’engagement civique pouvaient fleurir.

En conclusion

Hannah Arendt au 1er Congrès des critiques culturelles, 1958

Bien que Hannah Arendt, à ma connaissance n’ait jamais été affiliée à une loge maçonnique, ses réflexions sur l’action politique, la liberté de pensée, la pluralité et la communauté résonnent profondément avec certains des principes fondamentaux de notre organisation séculaire. Les deux courants de pensée partagent une foi en l’humain comme créateur de son destin à travers l’action collective, la recherche de la vérité et le respect de l’altérité. Cette convergence montre comment des idées philosophiques peuvent trouver des échos dans des pratiques sociales et rituelles, enrichissant notre compréhension de l’engagement citoyen et de la vie politique dans la cité.

Sources Utilisées :

  • Arendt, Hannah. La Condition de l’Homme Moderne, Paris, Gallimard, 1983.
  • Cairn.info. « La Franc-maçonnerie : une certaine idée du politique ».
  • Cairn.info. « Franc-maçonnerie et politique : attirance et répulsion ».
  • Arendt, Hannah. Les Origines du totalitarisme, Paris, Le Seuil, 1972.
  • Presses de l’Université de Bruxelles. Franc-maçonnerie et histoire : bilan et perspectives.
  • Raison Publique. « Absence de pensée et responsabilité chez Hannah Arendt ».

Cet article vise non seulement à éclairer les lecteurs sur des parallèles peu explorés, mais aussi à inviter à une réflexion plus profonde sur la manière dont la philosophie et les pratiques sociales peuvent s’interpénétrer pour enrichir notre compréhension maçonnique de la vie politique et de l’engagement civique.

Jules Ferry Héros ou Raciste ?

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Jules Ferry est-il un mythe républicain ? Au pouvoir pendant 6 ans sous la troisième République entre 1879 et 1885, il a accompli une œuvre considérable en enracinant en France les libertés publiques (Réunion – Presse – Syndicat) et rendu aux élus locaux une légitimité accordée non plus par le gouvernement mais par le peuple. Développeur de l’Ecole libre, laïque et obligatoire comme fondement de la pérennité républicaine.

Il a permis une multiplication par 10 de l’empire colonial français renouveau de la fierté française suite au désastre de la perte de guerre en 1870. Homme le plus haï de France durant son vivant il fut statufié, après sa mort pour ses réalisations scolaires et universitaires.

En 2025 les tenants de la culture de l’effacement colonial et de l’aspect non assez féministe de son programme scolaire le contestent violemment sans prendre en compte les contextes historiques.

Les deux auteurs proposent donc d’appréhender la modernité de son parcours en rappelant les faits dans leur contexte pour illustrer les légendes noires comme les légendes dorées qui courent sur son action.

Paul Baquiast est docteur en histoire et proviseur de lycée. C’est un spécialiste de l’histoire, de l’idée, de la culture et du personnel républicain. Il a consacré à l’histoire de l’éducation une vingtaine d’ouvrages. Celui-ci est le troisième qu’il a co-signé avec Bertrand Sabot

Bertrand Sabot, ancien maire adjoint à la culture de Meudon est un érudit et collectionneur de manuscrits anciens

Un café maçonnique à Paris

C’est à Paris qu’aurait été ouverte la première maison célébrant une boisson venue de Turquie : le café. Quelques siècles après, le café d’aujourd’hui, lieu de réflexion solitaire pour une pause méditative dans sa journée, lieu d’attente de l’être aimé, comme dans les Fragments du discours amoureux qui hantèrent notre jeune âge adulte, est resté lieu de discussions, d’échanges, lieu de sociabilité où les rencontres se font et se défont, où les idées se croisent.

quand la maçonnerie prend le café…

Le café philosophique est venu, il y a quelques décennies, installer la discussion et les échanges dans les salles du fond. Mais souvenons-nous que les francs-maçons avaient inauguré cette formule en tenant leurs premières réunions maçonniques dans les arrière-salles d’auberge, où s’installaient leurs rencontres éphémères qui ne s’appelaient pas encore « tenues ». L’idée d’un café maçonnique est donc une idée ancienne mais, chose curieuse, à part quelques expériences sans suite, il n’y avait pas de café maçonnique à Paris.

Le café maçonnique vu par l’IA : des hommes, des hommes, des hommes et question ambiance c’est un peu guindé… Quant à la déco, elle ne brille pas par sa discrétion…

Je fais ici une distinction entre, d’une part, les rencontres organisées par des obédiences et, d’autre part, l’idée d’un café inter-obédientiel, lieu de rencontres et de partage d’expériences et de ressentis divers ; non pas bien sûr que j’oppose l’un ou l’autre ou que j’imagine une hiérarchie entre ces deux modalités : elles ont des buts et des économies différentes ; et vive la diversité !

Toujours est-il qu’un frère de grande expérience, Bernard, s’est mis en tête de relever ce défi : créer à Paris un espace de parole, ouvert aux francs-maçons de différentes obédiences et également aux profanes et ce, une fois par mois. Bernard fit, pour cela, un pèlerinage dans la bonne ville de Lyon où un café maçonnique existe depuis plus de 15 ans et avec grand bonheur. Le grand avantage de notre frère Bernard c’est d’être un passionné de la chose maçonnique : il appartient à plusieurs loges d’obédiences différentes, il visite un nombre important de Loges plusieurs fois par mois, parfois par semaine et partage son temps et sa passion avec toutes les obédiences présentes sur la place de Paris, au gré de ses inspirations, privilégiant avant toute chose la rencontre humaine. La grande difficulté pour lui dans Paris intramuros a été de trouver un local convivial, l’idée de Bernard étant que personne n’irait dans un café maçonnique au-delà du périphérique. Pari gagné, puisqu’il finit par trouver un local en sous-sol, dans une belle cave voutée du 18° siècle (et du 5° arrondissement), à deux pas de Notre-Dame et de la Fontaine St-Michel, c’est tout dire !

Poussons la porte du café maçonnique de Paris…

Comment se passent les séances ? Il y a eu pour l’instant trois réunions assez différentes les unes des autres. Pour la première, la cave était bondée et aucun thème n’avait été prévu par le maître de céans ; c’était plus une présentation du projet, une discussion à bâtons rompus. Mais l’envie d’échanger permit que d’emblée le dialogue s’engage entre les différents présents, essentiellement des francs-maçons, avec toutefois deux ou trois non-maçons, nullement intimidés d’ailleurs. La réunion suivante fut plus restreinte en nombre de participants. Pour cette deuxième rencontre, un thème avait été prévu et envoyé aux intéressés quelques jours auparavant ; l’intelligence artificielle. Enfin troisième rendez-vous avec une affluence plus grande et deux thèmes proposés aux visiteurs, sur la place du sacré dans nos sociétés sécularisées, et une question sur le but de la franc-maçonnerie : changer le monde ou changer les individus ?

« Après le café maçonnique… » Pour l’IA, qui dit Paris dit Tour Eiffel… Mais le mot-clé Paris apporte déjà un peu de fantaisie et nous propose des portraits de francs-maçons d’aujourd’hui très crédibles !

Alors, quels ressentis dégager de ces trois réunions si différentes ? Personnellement, je craignais beaucoup le thème sur l’intelligence artificielle et l’effet « café du Commerce » qu’un tel thème peut engendrer, avec des points de vue nourris soit par une technophobie irrépressible et passéiste, ou, à l’inverse, une technophilie enthousiaste et fébrile. Le tout vaguement appuyé sur des « on-dit-que » ou « j’ai-entendu-dire par-un-spécialiste ». En fait, le débat était très intéressant, nourri des échanges entre de jeunes maçons, porteurs d’expériences professionnelles réelles sur le sujet. J’avoue que ces paroles, d’un public jeune, m’ont beaucoup séduit et j’ai retrouvé dans les échanges une liberté de ton réelle, détachée des postures que l’on prête habituellement à telle ou telle obédience, et que l’on retrouve parfois chez les francs-maçons aguerris (moi le premier, je le confesse volontiers). J’y ai vu un espace de dialogue réel, nourri de valeurs maçonniques transversales sur des sujets que, par ailleurs, je ne traite pas dans ma loge qui ne s’intéresse qu’aux sujets symboliques. C’était ni mieux ni moins bien, mais différent, différent également des fraternelles que je fréquente et où les échanges, entre frères et sœurs qui possèdent déjà un long parcours maçonnique, sont plus codifiés.

Bien entendu, la bonne circulation de la parole n’empêche pas certains ajustements. L’enthousiasme conduit parfois certains participants vers des jugements à l’emporte-pièce sur telle ou telle intervention et les positions se raidissent très vite ; il faut une bonne dose de tolérance pour abandonner le conflit stérile et lui préférer une joute constructive, même et surtout si tout le monde ne possède pas le même avis ; on retrouve d’ailleurs ce type de nécessaires accommodations dans tout débat, qu’il concerne des francs-maçons ou pas. La présence apaisante de notre frère organisateur a pour conséquence de lisser souvent quelques éclats un peu coupants, et il faudra quelques sessions pour que les tensions s’apaisent et que le groupe, qui voit se créer de session en session un noyau dur d’habitués, trouve un centre de gravité. Un groupe qui vit, se construit dans l’harmonie, mais également sur une dimension agonistique, de combat, d’échanges parfois rudes ; il faut trouver le bon état d’équilibre entre le trop et le trop peu.

L’IA nous propose ici un savant contre-jour avec un discret symbole posé sur la table. Chose étonnante, les francs-maçons ne boivent que des boissons chaudes, ce qui dénote le manque de connaissance de l’IA des habitudes du maçon…

Le café maçonnique explore en tout cas, des types d’échanges qui ne sont pas éloignés de l’art de la conversation, tel qu’il se pratiquait au 18° siècle, et que même l’austère Kant a célébré : « le plaisir de la conversation n’est certainement pas la chose la moins importante1 ». Si l’on voulait pousser le bouchon philosophique un peu plus loin, pourquoi ne pas convoquer ici d’autres philosophes comme Apel et Habermas et leur proposition d’une discussion exigeante, entre humains libres, qui n’exige de personne l’adoption d’un système de normes universel, sans pour autant se conclure par la recherche d’un consensus à tout prix. La recherche mérite sans doute d’être un peu poussée dans ses retranchements de ce côté-ci, j’y reviendrais sans doute un jour, convaincu que « de la discussion jaillit la lumière » alors que du consensus mou ne jaillissent que de la bête soumission, ou de la soumission bête ; ce que mon maître Daniel Béresniak avait déjà, en son temps, montré du doigt.

D’autres thématiques ont été abordées, je les ai déjà évoquées, lors des réunions suivantes, comme la place du sacré dans nos sociétés ou le rôle de la franc-maçonnerie dans la société d’aujourd’hui. Sur ce genre de questions, l’apport des non-maçons est plus qu’intéressant, il apporte une vision différente et surtout nous renvoie, en tant que francs-maçons, à une image exigeante de nous-mêmes, que nous avons parfois du mal à assumer. Et pourtant, nos textes ne prévoient-ils pas, tous, d’améliorer la condition humaine, voire de réaliser « la concorde universelle » ? Ces textes sont-ils à revoir à la baisse pour adapter la franc-maçonnerie d’aujourd’hui à un projet plus pragmatique, voire utilitariste ? Ou bien oserons-nous assumer d’être porteurs d’utopie, peut-être d’en être les derniers ? Nos différents catéchismes et enseignements sont-ils dépassés par une sorte de principe de réalité, ou sont-ils, plus que jamais des textes d’avant-garde ? La question reste ouverte, mais la façon dont je la pose devrait vous permettre de voir de quel côté mon cœur balance…

Et les non-maçons dans tout ça ?

« Les francs-maçons rencontrent un impétrant », vu par l’IA.

Bien entendu les trois ou quatre « non-maçons » présents à chaque réunion sont vite entourés et les propositions d’intégrer une loge, ou en tout cas d’aller plus loin, fusent. Les non-maçons qui fréquentent le café maçonnique de Paris n’auront, à mon avis, que l’embarras du choix pour commencer un parcours, si tel est leur désir. Une solution qui en vaut largement d’autres : ne vaut-il pas mieux rencontrer physiquement des maçons, plutôt que de cliquer sur Internet ?

Journal avec Quoi de neuf en 1ère page

D’ores et déjà, quelques habitués constituent un petit noyau qui aime à se retrouver ; la clochette qui annonce le début de la réflexion est le signal du début des échanges, autour d’une simple boisson que chacun chacune s’engage à prendre pour financer le restaurateur qui fournit le local (au passage je me dois de signaler que le vin blanc en carafe est excellent, avec modération bien entendu !). Il suffit maintenant au café maçonnique de Paris de trouver ses marques, proposer des thèmes, s’installer dans la durée ; tout en veillant à laisser l’espace de liberté individuelle qui permette à chacun d’avoir envie de s’exprimer et de le faire dans l’idée d’une belle co-construction.

Finissons en beauté sur la conversation, en écoutant ce qu’en disait le sociologue américain Goffman pour la définir : « cet engagement spontané et conjoint est une unio mystica, une transe socialisée […] c’est un îlot de dépendances et de loyauté, avec ses héros et ses traîtres . » Une « transe socialisée », une « unio mystica », je vois là deux belles définitions de la franc-maçonnerie !

Pour tout renseignement sur les dates, l’adresse et les modalités fines :
cafemaconparis@gmx.frGroupe Facebook

  1. Cité par Alain Milon, L’art de la conversation, 1999, PUF. ↩︎