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Le mot du mois : « Limpide »

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On s’attendrait à ce que l’origine du mot soit aussi lumineuse que la signification qui en est induite. Or, il n’en est rien. En latin, l’adjectif limpidus et la limpiditas, qui en est issue, sont des vocables peu fréquents et tardifs, et ils prêtent à méfiance dans l’histoire de la langue française dès le XIVe siècle. Faute d’une étymologie limpide, on invoque, sans aucune certitude, une obscure origine osco-ombrienne, d’une langue parlée dans la région centrale de la péninsule italienne, avant l’implantation des Latins.

Le rapprochement avec la lumière, *lux, lumen, logique au regard de la signification, est inapproprié au regard de la phonétique.

L’idée est celle de la transparence, d’une pureté sans équivoque. Et le concept fera florès dans le monde hispanique, dès le XVe siècle, avec l’exigence de limpieza de sangre. On doit pouvoir prouver qu’on n’est pas issu d’un métissage qui altèrerait la « pureté » d’une union, en mêlant les sangs, chrétien honorable d’un côté, juif ou musulman d’autre part. Haro sur le marrane ou le morisque, ces conversos qui ne seraient que des chrétiens de façade !

Cette triste persécution a trouvé des échos sinistres dans l’époque nazie !
Ce qui est intéressant dans cette revendication à la limpidité, c’est l’absurdité de penser qu’on puisse être pur, exempt de toute corruption. Alors que tout individu est, par essence, le produit d’un mélange, d’une mixité. Et on sait combien les sociétés hermétiquement closes sur elles-mêmes, endogamiques, produisent immanquablement des monstres physiologiques et des comportements monstrueux.

Pourquoi interdire à quiconque de revendiquer sa part d’ombre, son ambivalence, son ambiguïté, ce qui le rend singulier, non conforme au pluriel ambiant. Il en va de la fertilité, du renouvellement, de la richesse des relations et des sociétés.
Le regard limpide serait-il gage d’innocence ? Rien de moins assuré…
D’ailleurs, sans obscurité, la lumière est-elle envisageable ?

Annick DROGOU

La limpidité contre tout ce qui est turbide et altéré. La limpidité comme un idéal ou bien comme un fantasme de pureté, en défense de tout ce qui nous trouble ? Que dit de nous ce désir d’une eau limpide, vive comme un torrent de montagne, ou notre paresse à l’écoute d’un raisonnement limpide dans son apparente logique ? Besoin de désencombrement ou peur de la complexité ? C’est assurément toute notre ambivalence dans ce questionnement si peu limpide.

La vie bouillonne aussi comme le torrent , mais il sera bien difficile d’en faire la lecture limpide. Faut-il aimer ce qui est limpide ? C’est la lumière qu’il faut aimer quand elle se reflète dans les eaux bouillonnantes de nos jours, chargées de nos soucis, l’aimer et laisser cette eau reposer, décanter.

L’eau limpide peut-elle être une eau stagnante ? La limpidité suppose le jaillissement. Mais ce n’est pas une effervescence, un énervement. Cette eau limpide nous parle peut-être de sagesse et d’équilibre, de ces « cœurs limpides et joyeux » qu’évoquait Romain Rolland. Alchimie de la décantation, visage de la simplicité contre la duplicité. Quelle est la vérité cachée de l’eau limpide ?

Jean DUMONTEIL

Franc-maçonnerie, magnétisme et hypnose

Mais que diable, le rapprochement de la franc maçonnerie et de l’hypnose vient faire dans nos réflexions ?

Il se trouve que la maçonnerie, qui puise au XVII siècle bon nombre de ses racines, avait déjà intégré les ressources de l’alchimie, avec par exemple Elie Ashmole. Ainsi, la référence à la quête de la pierre philosophale et au vitriol peut « parler » à tout maçon.

De ce terreau ressortent les représentants de la médecine magnétique du XVIIe siècle, qui se présentent comme un courant de sagesse médicale, et qui ont, pour la plupart, subi l’ascendant des pères fondateurs du courant de la magie naturelle, tels que le médecin suisse Paracelse, Marsile Ficin, Roger Bacon. Ceux qui ont parcouru les cahiers d’Oxford connaissent bien le lien entre franc-maçonnerie et la Royal Society.

Mais l’hypnose dans tout cela ?

Estampe de Franz Anton Mesmer conservée au musée de la Révolution française – Vizille.

On situe les débuts de l’histoire de l’hypnose en France au XVIIIe siècle, où en 1778, Franz Anton Mesmer, initié à la franc-maçonnerie en Autriche, introduit le concept de magnétisme animal en France, marquant le début de l’hypnose moderne. Franz-Anton Mesmer, qui publie en 1766 à Vienne « De l’influence des planètes sur le corps humain », fut fortement influencé par les théories sur le magnétisme de ses prédécesseurs du XVIIe siècle.

Dans son livre, Mesmer s’inspire également des écrits du médecin anglais Richard Mead, et selon Frank A. Pattie, l’un de ses biographes, Mesmer aurait plagié une partie de son travail.

La diffusion de la FM et du magnétisme animal au XVIIIe siècle

Richard Mead, par Jonathan Richardson (mort en 1745)

Richard Mead (1673 – 1754), que nous venons d’évoquer, était un médecin britannique lui-même franc-maçon. Il est connu pour ses contributions importantes à la médecine, notamment son travail sur les maladies pestilentielles. Mead faisait partie d’un cercle savant composé de personnalités éminentes, incluant Benjamin Franklin, Martin Folkes, et Edward Gibbon, tous francs-maçons notoires. Ce réseau intellectuel était probablement lié à la franc-maçonnerie, qui jouait un rôle important dans la diffusion des savoirs et la formation de l’opinion publique internationale au XVIIIe siècle.

La Franc-maçonnerie de l’époque constituait un réseau transnational significatif, se développant rapidement en Europe, en Amérique, en Asie, en Océanie et en Afrique dès les années 1720-1730. Elle représentait un prototype fondateur de l’espace public international, facilitant l’échange d’idées et de connaissances entre ses membres.

L’appartenance de Mead à la franc-maçonnerie s’inscrit donc dans le contexte plus large de la circulation des savoirs et de la formation d’une communauté intellectuelle internationale au siècle des Lumières.

Pour en revenir à Mesmer, ses théories sur le magnétisme animal et ses méthodes de traitement ont suscité la méfiance et la controverse, en partie à cause de leur nature mystérieuse et des réactions spectaculaires qu’elles provoquaient chez ses patients.

Ainsi, les séances de Mesmer impliquaient souvent des réactions physiques intenses chez ses patients : des « crises » convulsives considérées comme thérapeutiques, des patients agités de mouvements violents dans la « salle des crises » ou « l’enfer des convulsions », des scènes de transe et d’extase effrayantes pour certains observateurs. Ces manifestations, incomprises à l’époque, ont pu être associées à des phénomènes diaboliques par certains critiques.

Bien que Mesmer lui-même cherchât à rationaliser des phénomènes jusqu’alors inexpliqués, ses théories ont souvent été assimilées à d’autres courants occultistes qui ont traversé la franc-maçonnerie, comme ceux de Cagliostro et le comte de Saint-Germain (relisons Gérard de Nerval).

Portrait de Armand de Chastelet, marquis de Puységur (1751-1825)

Dans le sillage de Mesmer, on trouve le somnambulisme et les sociétés harmoniques. En 1784, le marquis de Puységur, lui-même franc-maçon, découvre le somnambulisme, une forme d’hypnose plus profonde que le magnétisme mesmérien. Cette découverte a eu un impact significatif puisque Puységur fonde en 1785 la Société Harmonique des Amis Réunis à Strasbourg. Suite à la découverte du somnambulisme par le marquis de Puységur, de nombreuses loges ont adopté des pratiques d’induction d’états de transe hypnotique…

Louis-Claude de Saint-Martin, ami de Puységur, devient l’émissaire du somnambulisme dans les milieux maçonniques. Des sociétés harmoniques sont créées par les maçons pour étudier et pratiquer ces techniques.

Influence sur les pratiques maçonniques

L’intégration de ces pratiques dans la franc-maçonnerie a conduit à une transformation ésotérique de la médecine de Mesmer. Les symboles alchimiques et les interprétations mystiques ont pénétré ces échanges, mêlant catholicisme à d’autres spiritualités.

Ce courant spiritualiste du somnambulisme a persisté jusqu’au milieu du XIXe siècle et s’est intégré par la suite dans les thérapies magnétiques des médiums spirites. Cette évolution montre indéniablement la capacité de la franc-maçonnerie à absorber et transformer les pratiques ésotériques de son temps.

Plusieurs autres figures importantes ont contribué au développement des pratiques magnétiques au sein des loges maçonniques à la fin du XVIIIe siècle :

  • Alexandre de Monspey : Commandeur de l’Ordre des Chevaliers hospitaliers et franc-maçon, il s’est initié au magnétisme et a joué un rôle important dans sa diffusion au sein des loges. Ces personnages ont donc contribué à l’intégration dans certains rituels de la franc-maçonnerie des pratiques magnétiques, mêlant science, spiritualité et ésotérisme.
  • Jean-Baptiste Willermoz : Maître de la loge La Bienfaisance à Lyon, il a initié de nombreux membres à l’Ordre des Élus-Coëns, un système de hauts grades maçonniques intégrant des pratiques magnétiques.

La place des Femmes

Les femmes ont joué plusieurs rôles importants dans l’intégration des théories de Mesmer au sein des loges maçonniques, bien que leur participation ait été limitée et progressive :

Marie-Louise de Monspey (1733-1813), dite Églée de Vallière, dite l’«Agent inconnu»

Médiums et sujets : Certaines femmes déjà évoquées, comme Marie-Louise de Monspey (l’Agent inconnu), servaient de médiums lors de séances d’écriture inspirée. Leurs écrits étaient ensuite étudiés par les frères des hauts grades maçonniques.

Participantes aux loges d’adoption : Dès les années 1740 en France, des loges d’adoption ont commencé à admettre formellement les femmes, leur permettant de participer aux pratiques magnétiques et aux rituels inspirés des théories de Mesmer.

Membres des sociétés harmoniques : Après la découverte du somnambulisme par le marquis de Puységur en 1784, des femmes ont pu intégrer les sociétés harmoniques créées par les francs-maçons pour étudier et pratiquer le magnétisme animal.

Sujets d’expérimentation : Les femmes étaient souvent les sujets des expériences de magnétisme animal et de somnambulisme artificiel au sein des loges.

Il est important de noter que la participation des femmes était généralement limitée aux femmes de rang social élevé et que leur rôle restait souvent subordonné à celui des hommes dans toutes ces pratiques.

Certaines loges influencées par le magnétisme

Citons le nom de loges maçonniques particulièrement influencées par les théories de Mesmer sur le magnétisme animal à la fin du XVIIIe siècle :

  • La loge La Candeur de Strasbourg : Cette loge, à laquelle appartenait le marquis de Puységur, a joué un rôle crucial dans l’intégration du magnétisme animal et du somnambulisme dans les pratiques maçonniques.
  • La loge La Bienfaisance de Lyon : Dirigée par Jean-Baptiste Willermoz, cette loge était étroitement liée à La Candeur et a contribué à l’intégration des pratiques magnétiques dans le Rite Écossais Rectifié.
  • Les loges affiliées à la Stricte Observance Templière (S.O.T.) : Ce système de hauts grades maçonniques allemand, auquel appartenait Franz Anton Mesmer lui-même, a facilité la diffusion des théories mesmériennes dans les loges françaises.
  • Les loges pratiquant le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : Ce rite, largement répandu, a intégré des éléments du magnétisme animal dans ses pratiques et rituels.
    Ces loges ont servi de terreau fertile pour l’intégration et le développement des théories de Mesmer, transformant le magnétisme animal en un puissant mouvement spirituel et thérapeutique au sein de la franc-maçonnerie.
Étienne Félix d’Henin

Le XVIIIe siècle s’achève. Mais notre histoire mêlant l’hypnose, dont le nom définitif va bientôt être créé par le Dr Braid (le terme avait déjà été utilisé par le baron Étienne Félix d’Henin de Cuvillers en 1819), et la Franc-maçonnerie est loin d’être close, car les divers courants du magnétisme vont encore faire parler d’eux jusqu’à nos jours.

Je ne résiste pas, en conclusion provisoire, à vous dévoiler une réflexion de Milton Erickson, praticien révolutionnaire de l’hypnose moderne, dont les théories et pratiques en hypnose et en thérapie avaient certaines similitudes avec les principes de la Franc-maçonnerie, en mettant l’accent sur l’auto-éducation, l’accès aux ressources intérieures et la suggestion indirecte pour aider les individus à développer leur compréhension de soi et de la vie :

« Le véritable maître spirituel est l’énergie spirituelle que l’on développe soi-même. »

Avec l’aide de nos Frères et Soeurs que venons-nous faire en loge ?

Jean Luc ELISSALDE

Décrypter le Sphinx d’un point de vue maçonnique

De notre confrère universalfreemasonry.org – Par Pamela McDown

Les Sphinx de l’Égypte antique sont restés enfouis sous le sable pendant des siècles après la chute des puissantes dynasties qui les avaient construits. Découverts une fois de plus à l’époque napoléonienne, ils ont refait surface pour révéler leurs secrets silencieux. Quelle sagesse cachée le franc-maçon peut-il tirer de leur étude ?

Quel animal a quatre pattes le matin, deux à midi et trois le soir ?

Le Sphinx pose cette énigme dans la pièce Œdipe Roi de Sophocle. Le roi Œdipe, très malin, a deviné la réponse. Il s’agit d’un être humain qui rampe lorsqu’il est bébé, se tient debout sur deux jambes à l’âge adulte et marche avec une canne dans sa vieillesse. Cette énigme m’a fait réfléchir au parcours plutôt dégrisant de l’existence humaine.

Pendant des milliers d’années, l’école de mystère égyptienne a utilisé le symbole du Sphinx pour désigner certaines qualités des « humains parfaits », des êtres surdéveloppés, des adeptes et des maîtres saints. Aujourd’hui encore, le Sphinx reste l’un des symboles les plus mystérieux de l’Antiquité. On le retrouve dans de nombreuses cultures, notamment égyptienne, grecque, assyrienne, perse et zoroastrienne, et il est mentionné dans la Bible dans le livre d’Ézéchiel. Le Sphinx est une créature mythique généralement représentée avec la tête d’un humain, le corps d’un taureau, les pattes d’un lion et les ailes d’un aigle. Dans la maçonnerie de l’Arche royale, ces éléments sont représentés comme les quatre créatures vivantes. Le Sphinx est souvent placé sur les piliers d’un temple en tant que gardien et modèle sur lequel les chercheurs de lumière doivent baser la construction de leur caractère.

Les sphinx sont énigmatiques et impénétrables. Comment un franc-maçon peut-il déchiffrer leur mystère ? Sa sagesse peut-elle guider le chercheur sur le chemin de la perfection ?

D’après le livre « Un traité sur la magie blanche » de Frère Alice Bailey, il y a un message important sur le Sphinx écrit dans les salles d’initiation, dont elle parle comme suit :

« Vouloir, savoir, oser et se taire » a une signification particulière qui n’a pas été révélée jusqu’ici et à laquelle je ne peux que faire allusion. Ceux d’entre vous qui ont la connaissance intérieure comprendront immédiatement. »

Cette déclaration a certainement piqué ma curiosité. Que signifie-t-elle ? Prenons une phrase à la fois pour ensuite spéculer sur sa signification conjointe.

Le corps d’un taureau représente la volonté. Cela signifie avoir de la détermination et de la persévérance. Notre but dans la vie est intimement lié à notre pouvoir de volonté qui produit l’action. Pour être compétent dans l’art de la franc-maçonnerie, il faut étudier, pratiquer et travailler dur. Il faut du courage pour regarder à l’extérieur ce qui est nécessaire pour le bien commun et l’évolution de l’humanité. Être comme un taureau est associé au Taureau et à l’élément Terre. Ésotériquement, ces mots se rapportent à l’unification de l’âme et de la nature inférieure, et concernent le chakra à la base de la colonne vertébrale.

Connaître représente la tête d’un être humain et fait référence à l’idée que le voyage spirituel et maçonnique est un voyage de connaissance – et que la connaissance est sans fin. Nous devons rechercher la vérité, quelle que soit la difficulté de la recherche ou des révélations. Plus important encore, un maçon apprend d’abord à « se connaître soi-même » avant de pouvoir connaître le vrai chemin. Être comme la tête d’un être humain est associé au Verseau et à l’élément Air. Frère Alice Bailey relie « Connaître » au chakra Ajna et une allusion ésotérique se trouve dans les mots « Que la Mère connaisse le Père ».

Oser représente les pattes du Lion. Le lion est un symbole de courage. Il peut être interprété comme le fait d’avoir le courage dont nous avons besoin pour grandir spirituellement. La force d’âme est l’une des quatre vertus cardinales d’un maçon. L’artisan se familiarise avec la force d’âme et la patte du Lion à un certain stade de son parcours. De la main d’un frère de confiance, le candidat est élevé à un niveau supérieur de compréhension spirituelle et, avec la force ainsi acquise, se déplace dans un royaume bien au-delà de la terre. Être comme un lion est associé au Lion et à l’élément Feu. Esotériquement, il existe un lien avec le chakra du plexus solaire, le centre de purification du désir et des forces astrales.

Le silence est représenté par les ailes de l’aigle. Cela semble évident, mais c’est un peu plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Pour un franc-maçon, « se taire » pourrait signifier qu’il ne faut jamais révéler les secrets maçonniques. Cela signifie également qu’il faut apprendre la valeur du silence intérieur. Rares sont les personnes qui reconnaissent que parfois le non-dit est plus important que les mots que l’on prononce. Être comme les ailes d’un aigle est associé au Scorpion et à l’élément Eau. Sur le plan ésotérique, cette expression correspond au chakra sacré qui doit retomber dans le silence pour que le véritable travail créatif puisse avoir lieu.

Mon sentiment est que lorsque les quatre maximes ésotériques sont maîtrisées en tant que formule, nous représentons en vérité la pleine manifestation de la nature divine. Un véritable maître est celui qui devient maître de sa propre vie et gouverne les forces de sa nature en conséquence.

sphinx jumeaux batîment maçonnique
sphinx jumeaux bâtiment maçonnique

La perfection n’est pas seulement un concept philosophique, mais aussi un principe intrinsèquement maçonnique. Au sein de la création divine, en tant qu’êtres humains, nous sommes des reflets de la divinité unique, des facettes du Soi immortel unique. Notre destinée est de concrétiser les talents dont nous avons été dotés. Le candidat à chaque degré maçonnique a la possibilité de faire une introspection, de réfléchir aux leçons de sa vie et à la façon dont elles l’ont guidé sur cette voie vers la perfection. De plus, il lui est également demandé de prononcer des vœux et de se réengager dans son objectif supérieur. La perfection est une quête humaine particulière. Beaucoup d’entre nous la recherchent, mais peut-on réellement l’atteindre ? Nous pouvons nous en rapprocher, mais au prix de nombreuses erreurs.

La fontaine du Palmier, ou fontaine du Châtelet, détail. Sphinx sculpté par Henri-Alfred Jacquemart.
La fontaine du Palmier, ou fontaine du Châtelet, détail. Sphinx sculpté par Henri-Alfred Jacquemart.

Ce retour à notre état originel, celui de la création divine, est souvent comparé au feu d’un affineur. De même que nous pouvons vérifier la pureté de l’or en brûlant les impuretés, de même pouvons-nous rencontrer notre moi le plus authentique en éliminant les obstacles de la vie. Cette élimination des irrégularités pour retrouver ce qui est pur et immaculé peut être comparée au chef-d’œuvre dont rêve tout sculpteur sur pierre. Alors que le maçon opératif utilise le maillet et le ciseau, le maçon spéculatif s’engage dans le processus d’affinage en utilisant l’esprit comme outil par l’étude et un échange ouvert d’idées.

En dernière analyse, je crois que les francs-maçons sont appelés à rechercher la perfection parce qu’ils peuvent nous permettre d’améliorer non seulement nous-mêmes, mais le monde entier. Ce qui compte en fin de compte, ce ne sont pas nos collections de titres, d’expériences, d’insignes ou de diplômes. Le Grand Architecte de l’Univers désire simplement que nous redécouvrions la raison de notre place sur Terre. Pourquoi sommes-nous ici ? Que nous ayons quatre, trois ou deux pattes, c’est à nous d’agir de manière décisive sur la base de cette certitude que l’existence humaine a un but. L’énigme du Sphinx devrait en fait nous ramener à cette humble prise de conscience. La plus grande énigme du Sphinx est peut-être le Sphinx lui-même. Comment déchiffrer l’énigme du Sphinx ?

La Franc-maçonnerie rend hommage dans la pampa d’Ayacucho

Du site officiel de la Grande Loge du Chili granlogia.cl

Les Grands Maîtres des Grandes Loges du Pérou et du Chili se sont rendus à la Quinua Pampa, à Ayacucho, pour rendre hommage aux francs-maçons qui ont combattu dans la bataille finale, qui a permis l’émancipation de l’Amérique du Sud, le 9 décembre 1824.

La bataille opposa les troupes royalistes et l’armée libératrice, commandée par Simón Bolívar, qui laissa les forces entre les mains de Sucre, qui aurait la responsabilité de diriger les forces, ce qui aboutit à la défaite des forces du vice-roi (présent en la bataille) et leur capitulation à la fin de cette journée.

Dans l’obélisque érigé sur cette pampa, les Grands Maîtres, MR Carlos Tejeda et MRH Sebastián Jans, ont présidé une cérémonie solennelle, avec des délégations de loges péruviennes, une occasion au cours de laquelle lesdits autorités ont hissé leurs drapeaux nationaux respectifs et ont exprimé leurs visions sur l’importance de cet événement commémoratif mémorable.

C’est la première fois qu’un Grand Maître chilien participe à une activité maçonnique dans les montagnes péruviennes, ce qui a été largement apprécié et apprécié par le Grand Maître Carlos Tejeda et le QQHH présents ce jour-là.

La Vérité absolue : Une exploration maçonnique

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Munera Muñoz

L’absolu, ce mot qui parle de lui-même sans besoin de longs discours, résonne différemment selon le voyageur. Pour l’agnostique, c’est le comble de la subjectivité. Mais pour nous, les adeptes des chemins initiatiques ou spirituels, il évoque instantanément Le Créateur, L’Un, Dieu, sous toutes ses appellations : Allah, Jéhovah, Yahvé, Krishna, l’ineffable, Adonaï, le non-manifesté, et pour les francs-maçons : GADLU.

Si l’on cherche une définition, Lázaharo Hael l’a bien résumée : « Il doit être réel par lui-même, sans dépendre de rien d’autre, immuable et éternel dans tout le temps et l’espace. » Une définition impeccable pour l’absolu, bien que certains orthodoxes religieux trouveraient ce terme presque imprononçable.

Tout dépend, bien sûr, du niveau de Conscience à laquelle on se trouve. Car, comme le dit le proverbe, « personne ne donne ce qu’il n’a pas ». L’état de conscience ne dépend ni de la connaissance ni de l’ignorance. Les Grands Illuminés nous ont laissé des traces magnifiques sans étude formelle, grâce à des cycles de vie antérieurs.

Regardez quelqu’un de serviable et altruiste ; on le qualifie souvent de « humble« . Pourtant, l’humilité n’est pas une conquête mais un reflet d’un niveau spirituel élevé, comme l’ont démontré Bouddha et Jésus avec leurs « miracles« .

Récemment, j’ai médité sur cette phrase : « La vie n’est pas un problème à résoudre, c’est un mystère à vivre. » Appliquons cela à l’absolu : « Dieu n’est pas un problème à résoudre, Il doit être compris, Il est en nous. » Il n’y a pas à chercher Dieu dehors ; Il est l’énergie qui soutient l’univers, et nous en sommes partie intégrante.

Baruch Spinoza, admiré par Einstein, a dit : « Arrêtez de croire en moi… Je ne veux pas que tu croies en moi, je veux que tu me sentes en toi. » Nous sommes un microcosme du Macrocosme, mais notre faible niveau de conscience nous voile la vérité. Nous cherchons des réponses dans l’univers, oubliant que l’enfer est notre égoïsme et que le paradis, c’est la plénitude spirituelle, le Nirvana.

Pour le maçon, Dieu est GADLU, sans nom, et nous cherchons la parole perdue, celle qui nous relie à Lui. Ce secret, intransmissible, réside dans l’interprétation et la compréhension des symboles maçonniques. L’Escalier en Colimaçon, symbole clé, où chaque marche est une opportunité de compréhension, de vibration avec la grande énergie universelle.

Pour comprendre l’Absolu, il faut être un avec Lui. Il n’y a pas d’autre chemin. Dieu n’est ni observé ni cru, Il est seulement compris en nous. Voilà le véritable secret de la franc-maçonnerie.

Pour les francs-maçons, chaque pas sur ce chemin initiatique est une danse avec l’infini, une rencontre avec l’ineffable. Nous parlons de vibrations, de canaux d’énergie, de méditation et de prières, non comme des rituels vides, mais comme des moyens de connexion avec l’essence de l’univers.

Imaginez l’univers comme un gigantesque récipient d’énergie. Pour que cette énergie divine circule en nous, nous devons créer des canaux. Ces canaux ne sont pas des tuyaux physiques mais des voies intérieures, forgées par notre vie spirituelle, nos bonnes actions, notre dévouement. C’est à travers ces voies que la sagesse nous inonde, nous permettant de remplir notre mission ici-bas avec grâce et compréhension.

Lorsque nous vibrons à l’unisson avec les Vibrations Divines, notre perception de l’univers change radicalement. Nous devenons moins attachés aux choses matérielles, plus prêts à servir, à aimer, à être. L’objet et le sujet fusionnent dans l’observation, nous devenons un avec l’Un. Voilà le cadeau des grands avatars, ceux qui ont parcouru ce chemin avant nous, laissant des traces pour nous guider.

Mais comment comprendre l’Absolu ? En devenant un avec Lui. Il n’y a pas de raccourci, pas de formule magique. Dieu n’est pas une entité à observer ou à croire aveuglément; Il est une expérience à vivre, une réalité à comprendre de l’intérieur. Pour le maçon, GADLU n’est pas un nom, mais une résonance, une fréquence à laquelle on s’accorde.

Ainsi, la quête de la parole perdue est symbolique de notre recherche intérieure, de notre chemin vers la compréhension. Cette parole, ce secret, n’est pas un mot à murmurer mais une vérité à ressentir, à interpréter à travers les symboles maçonniques. L’Escalier en Colimaçon, avec ses marches en spirale, ne nous mène pas seulement vers le haut mais vers l’intérieur, chaque palier étant une révélation, une nouvelle couche de l’infini à découvrir.

Delta lumineux
Delta lumineux

Celui qui parvient à cette compréhension, à ce niveau de vibration, touche à l’essence même de la franc-maçonnerie. Il ne s’agit pas seulement de connaître les rituels ou les mots de passe, mais de sentir, d’être, de vibrer avec l’univers dans sa totalité.

Voilà, frères et sœurs, le véritable secret, non pas caché dans des manuscrits poussiéreux ou des coffres fermés à clé, mais dans la simplicité de chaque souffle, dans le battement de chaque cœur, dans la quête infinie de l’Absolu.

Les structures du Tarot

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Une recherche puissante et une analyse inédite des problématiques fondamentales du TAROT. Des processus de la divination, de la spécificité du Tarot par rapport à d’autres oracles comme des origines des éléments le composant, ancêtres des jeux de carte et des oracles modernes. Il s’agit d’un ouvrage de fond concernant la psychologie, l’introspection et la vie mystique.

L’Auteur

Charles Imbert est écrivain et conférencier, spécialisé dans l’ésotérisme, l’occultisme et la tradition. Ses travaux de recherche inédits s’intéressent aux lois et à l’histoire du monde invisible, aux problématiques des mythes, archétypes, des destins, de l’éveil, du salut.

Autres publications :

* Sources du Tarot dans l‘Art occidental et l’Art sacré
* Histoire du Tarot
* Sociétés secrètes
* Initiation et éveil
* Les 7 degrés de l’Initiation
* Les sources souveraines de la Franc-Maçonnerie

Il a participé à de nombreuse émissions radio et TvDepuis 2018 il est Rédacteur en Chef de la revue française d’études spirituelles : UN TEMPS

L’Homosexualité dans les Loges maçonniques : Une histoire de tolérance et de secret

Dans le monde mystérieux et hermétique de la franc-maçonnerie, l’homosexualité a souvent été un sujet caché derrière des portes closes, au moins pour ceux qui n’étaient pas initiés à ses mystères. On pourrait dire que si la franc-maçonnerie est une grande loge, l’homosexualité y a toujours eu une chambre secrète, non pas pour l’exclure, mais pour la protéger des regards indiscrets d’une société parfois moins tolérante.

Historiquement, les loges maçonniques ont été des espaces où l’égalité et la fraternité étaient prônées, mais pas toujours pleinement appliquées, surtout quand il s’agissait de l’orientation sexuelle. En France, des figures comme Jean-Jacques Régis de Cambacérès, connu pour ses contributions au Code Napoléon, ont été ouvertement homosexuelles sans que cela n’entache leur appartenance maçonnique. Cependant, l’acceptation n’était pas uniforme. Les loges masculines traditionnelles, avec leur interdiction des femmes, ont parfois aussi reflété des attitudes plus conservatrices envers l’homosexualité.

Les loges mixtes, comme « Le Droit Humain« , ont offert un terrain plus fertile pour l’acceptation. Fondées par des pionniers comme Maria Deraismes et Georges Martin, ces loges ont mis en avant l’égalité des sexes et, par extension, une tolérance accrue envers toutes les orientations sexuelles. Ici, l’homosexualité était moins un sujet de débat qu’une simple expression de l’amour et de la fraternité, les valeurs cardinales de la maçonnerie.

Olivia Chaumont

Pour les femmes, l’histoire a été encore plus complexe. La Grande Loge Féminine de France, créée en 1952, a apporté une nouvelle dimension à la question. Si les femmes maçonnes ont lutté pour leur place dans un monde dominé par les hommes, l’homosexualité parmi elles était souvent traitée avec encore plus de discrétion. Pourtant, des figures comme Olivia Chaumont, architecte et l’une des premières femmes transsexuelles à être initiée au Grand Orient de France, ont prouvé que la diversité était bel et bien présente.

Aujourd’hui, l’ère moderne semble apporter un vent de changement. Des Fraternelles maçonniques comme « Les Enfants de Cambacérès » au GODF se sont formées pour offrir un espace de discussion et de soutien aux maçons et maçonnes gais et lesbiennes. Ces loges mettent en avant non seulement la tolérance mais aussi l’engagement envers l’égalité des droits, y compris le mariage pour tous, une cause qui a divisé et unifié les francs-maçons à travers le monde.

Malgré tout, la franc-maçonnerie reste un reflet de la société, avec ses préjugés et ses progrès. Il y a encore des loges où l’homosexualité est traitée avec une certaine réserve, mais la tendance globale est à l’ouverture, à l’acceptation, et à l’inclusion. Après tout, dans un ordre où l’on cherche à améliorer l’humanité, comment pourrait-on exclure une part si importante de son propre cœur humain?

Dans les loges maçonniques, l’homosexualité n’est ni un sujet tabou ni un secret honteux, mais plutôt une part de la grande mosaïque de l’humanité, cherchant, comme tous, à comprendre l’univers et à améliorer le monde, un frère ou une sœur à la fois.

L’évolution de l’acceptation de l’homosexualité dans la franc-maçonnerie reflète un voyage fascinant de la discrétion à une forme d’émancipation. Si les loges ont historiquement été des lieux de refuge pour les idées et les individus marginalisés par la société, la réalité était souvent plus nuancée. Les membres homosexuels, hommes ou femmes, ont dû naviguer dans un labyrinthe de tolérance implicite et de silence stratégique.

Dans plusieurs pays, notamment dans le monde anglo-saxon, la franc-maçonnerie a parfois servi de couverture pour des réseaux d’hommes gays, offrant un espace où l’expression de l’amour pouvait se faire sous le couvert de la fraternité maçonnique. Les rituels, les symboles et le secret inhérent à la maçonnerie ont été des boucliers contre la persécution extérieure. Cependant, cela ne voulait pas dire que l’acceptation était universelle; dans certaines loges, la « prudence » était de mise, et les membres homosexuels pouvaient se retrouver à devoir cacher une partie de leur identité pour s’intégrer.

L’arrivée du XXIe siècle a marqué un tournant. La visibilité et l’acceptation croissantes de l’homosexualité dans la société ont commencé à se refléter dans les loges. Des maçons ouvertement gays et lesbiennes se sont fait connaître, non seulement pour leur orientation sexuelle mais pour leur contribution au travail maçonnique. Des loges spécifiquement consacrées à la défense des droits des personnes LGBTQ+ ont vu le jour, comme « Les Enfants de Cambacérès » en France, qui prend son nom de l’illustre juriste et franc-maçon homosexuel.

De plus, des personnalités maçonniques de premier plan ont commencé à militer pour l’égalité des droits, démontrant que la philosophie maçonnique de liberté, égalité et fraternité devait s’appliquer à tous sans distinction. Des débats ont émergé sur la place de l’homosexualité dans l’initiation, les rituels et la cohésion des loges, souvent menant à des discussions enrichissantes sur la tolérance et l’amour universel.

Pour les femmes maçonnes, cette évolution a été parallèle, bien que parfois plus discrète. Les loges féminines et mixtes ont progressivement ouvert des espaces de dialogue sur l’identité et l’orientation sexuelle, souvent avec une approche plus holistique de l’humain, reconnaissant que la diversité sexuelle enrichit la fraternité maçonnique.

Aujourd’hui, même si des poches de résistance persistent, la tendance générale est à l’ouverture. Les loges maçonniques modernes cherchent non seulement à être des lieux de réflexion et de croissance personnelle mais aussi des espaces où chaque membre, quel que soit son orientation sexuelle, peut trouver une place égale et respectée. La franc-maçonnerie, en tant que microcosme de la société, continue de se transformer, affirmant que la véritable fraternité ne connaît pas de barrières, ni de genre, ni d’orientation sexuelle.

Ainsi, l’homosexualité dans les loges maçonniques est devenue un symbole de cette quête éternelle de vérité, d’égalité et de fraternité universelle, un voyage qui, comme tous les voyages maçonniques, est aussi bien intérieur qu’extérieur, vers une compréhension plus profonde de l’humanité dans toute sa diversité.

La 1ere ligne télégraphique Minsk-Bobruisk espionnait les Francs-maçons

De notre confrère Russe bobruisk.ru – Galina CHIRUK. Photos de l’auteur et des archives éditoriales

Comment les premiers opérateurs télégraphiques travaillaient et se battaient pour leurs droits à Bobruisk : dédié à l’anniversaire du télégraphe. Il y a 165 ans, le 27 novembre 1859, les premières stations télégraphiques reliant Minsk et Bobruisk commençaient leurs travaux. La Gazette provinciale de Minsk l’a rapporté en première page. Rappelons-nous : où se trouvait le premier télégraphe à Bobruisk, qui y travaillait, comment tout s’est passé.

2020. L'année de construction de la Bérézina et de l'Hôtel Européen est conservée sur le fronton.
2020. L’année de construction de la Bérézina et de l’Hôtel Européen est conservée sur le fronton.

Avant la révolution, ce bâtiment abritait l’hôtel Bérézina et Européen, alors à la mode. Le bureau des postes et télégraphes était situé au rez-de-chaussée (entrée par la rue Olkhovskaya). Il était une fois le propriétaire du bâtiment, le propriétaire foncier Karol Nezabytovsky (futur sénateur et ministre de Pologne), qui a eu l’idée d’aménager un jardin d’hiver intérieur avec des plantes uniques dans son hôtel. Maintenant, il y a des mauvaises herbes et des arbres germés ici. Et la porte de l’ancien bureau des postes et télégraphes est fermée par des maçonneries…

Le premier télégraphe a-t-il été publié dans la rue Pochtovaya ?

L’exploitation commerciale du télégraphe électrique a commencé à Londres en 1837. Moins de 22 ans plus tard, dans l’un des numéros du journal « Minskie Gubernskie Vedomosti », une chronique parut sous le titre « Ordres des autorités », signée par le vice-gouverneur Luchinsky. « On annonce partout que dans la province de Minsk des stations télégraphiques ont été établies dans les villes de Minsk et de Bobruisk, qui ont ouvert leurs opérations le 27 novembre 1859. »…

1906 Bureau des postes et télégraphes de la rue Olkhovskaya.
1906 Bureau des postes et télégraphes de la rue Olkhovskaya.

Le bureau des postes et télégraphes de Minsk était situé dans la maison du citoyen Koriozovich, au 34, rue Gubernatorskaya (aujourd’hui Lénine). Le même bâtiment abritait le service postal, la distribution de l’imprimerie, la salle des équipements télégraphiques et les standards du service téléphonique.

Mais on ne sait pas exactement où se trouvaient le premier bureau postal et télégraphique et la première station télégraphique de Bobruisk.

Les historiens locaux de Bobruisk supposent qu’au XIXe siècle, le bureau et la station télégraphiques étaient situés dans la rue Pochtovaya (à la fin des années 1920, elle fut rebaptisée Zavodskaya). Ce n’est pas loin de l’actuelle rue Lénine, autrefois – Lukskaya. C’est le long de Lukskaya que passait auparavant la route principale vers Minsk. Cette rue menait à la forteresse de Bobruisk par la porte principale de Minsk. A l’appui de cette version, on peut se référer aux données de la carte topographique militaire de l’Empire russe de 1846-1863 de Schubert et Tuchkov.

Lorsque la construction de la forteresse de Bobruisk a commencé, tous les lieux publics (institutions gouvernementales), y compris le bureau de poste du comté, ont été déplacés de son territoire vers les banlieues (établissements situés en dehors de la ville ou de la forteresse). Une maison en bois fut construite spécialement pour elle en 1818. Très probablement, c’est la poste qui a donné le nom à la rue Pochtovaya. Et à l’aube de son développement, le télégraphe faisait partie du département des postes et télégraphes.

Interdiction de la franc-maçonnerie et de se marier uniquement avec les siens

Avant même l’avènement du télégraphe, en 1812, le Département des Postes fut intégré au ministère de l’Intérieur. Tous les fonctionnaires entrant dans le service (d’abord uniquement des postes, puis des postes et télégraphes) ont prêté serment et deux souscriptions : « Sur la non-appartenance aux loges maçonniques et autres sociétés secrètes » et « Sur la non-participation aux grèves ». Tous les employés devaient détenir un certificat de fiabilité politique. Ils étaient sous surveillance pour empêcher la pénétration de la propagande révolutionnaire.

Les opérateurs des postes et télégraphes ont été tenus de signaler à la police le contenu de toute correspondance suspecte. Toute la correspondance personnelle et officielle a été examinée, les lettres individuelles ont été copiées et les télégrammes éveillant des soupçons ont été confisqués. Toutes les opérations impliquant la réception et l’émission de fonds étaient soumises à une surveillance particulière.

2020 Balcon de l'Hôtel Bérézina et Européen.
2020 Balcon de l’Hôtel Bérézina et Européen.

Lors de l’embauche, il y avait des restrictions de nationalité et de religion. Leurs mentions se retrouvent à plusieurs reprises dans les mémoires des employés. On peut supposer qu’ils parlaient des Juifs. La politique de l’Empire russe était ouvertement antisémite. Et à la fin du XIXe siècle, la population de Bobruisk était à 70 % juive et il y avait environ 40 synagogues dans la ville.

Les femmes n’étaient autorisées à travailler dans le service des postes et télégraphes qu’en 1864, mais uniquement aux postes les plus bas. Fondamentalement, ils embauchaient les épouses de leurs propres employés. Par exemple, la télégraphiste Anna Ivanovna Golyevskaya, l’épouse du directeur de la gare, travaillait à la gare de Minsk. Sur Bobruiskaya – Leontina Kazimirovna Ern, également l’épouse du patron. Dans le même temps, ils devaient avoir un diplôme d’études très élevé pour l’époque – enseignement secondaire et connaissance d’au moins deux langues étrangères.

Et pendant longtemps, les jeunes télégraphistes célibataires n’ont pas pu trouver de mari en dehors du service des postes et télégraphes. Ce n’est qu’à partir de 1908 qu’elles furent officiellement autorisées à épouser d’autres hommes, mais « après avoir demandé l’autorisation du supérieur compétent à cet égard ».

Qui travaillait au télégraphe : tous les luthériens

Le «Livre mémorable de la province de Minsk», publié en 1870, indique que la station télégraphique de Minsk, trois ans plus tôt, était dirigée par l’évaluateur collégial Nikolai Karlovich Golyevsky, qui a reçu une médaille en mémoire de la guerre de Crimée (1853-1856). De religion, il était luthérien. Le principal opérateur télégraphique était Mikhaïl Boguslavovitch Reibnitz, également luthérien. Et le troisième employé de la station était l’épouse du patron – l’opératrice télégraphique susmentionnée Anna Golyevskaya.

Pourquoi y avait-il si peu d’employés ? Je suppose que pendant un certain temps, les tâches des opérateurs télégraphistes ont été réparties entre les travailleurs qui avaient auparavant servi dans le service postal. Plus tard, une réorganisation a eu lieu et davantage d’opérateurs télégraphistes sont apparus dans le personnel.

Début des années 1900. Le marché de Bobruisk vu du ciel. Au fond à droite se trouvent la Bérézina et l'Hôtel Européen.
Début des années 1900. Le marché de Bobruisk vu du ciel. Au fond à droite se trouvent la Bérézina et l’Hôtel Européen.

Cette version est également soutenue par le nombre d’employés de la station télégraphique de Bobruisk. En 1870, 14 personnes y travaillaient (chef de gare, chef télégraphiste, mécanicien senior, télégraphistes senior et junior). Ensuite, la station était dirigée par le conseiller titulaire Eduard Wernerovich Ern. Participant à la guerre de Crimée, il a également participé à la répression du soulèvement de Kalinovsky. Il est intéressant de noter que toute l’équipe était principalement composée de luthériens (à l’exception de deux catholiques et d’un orthodoxe).

En 1878, 20 personnes travaillaient déjà à la gare. Cela n’est pas surprenant puisque le télégraphe devenait un moyen de communication de plus en plus important. Par exemple, en 1909, à la station télégraphique de Bobruisk, il y avait sept appareils Morse qui communiquaient avec Minsk, Gomel, Parichi, Glusk, Osipovichi, Starye Dorogi et Urechye (aujourd’hui un village urbain du district de Lyubansky). Depuis 1910, Minsk échange des télégrammes avec Saint-Pétersbourg, Moscou, Kiev, Varsovie et Tchernigov.

Signaleurs peu fiables

Il semblerait que les opérateurs télégraphiques occupaient un métier d’élite. Mais en réalité, tout n’était pas si simple.

Leur salaire à cette époque était faible – 24 à 36 roubles. A titre de comparaison : en 1901, un ingénieur d’une des usines de Minsk recevait 70 roubles, son assistant – 50 roubles, un pompier – de 17 à 30 roubles, un gardien – 12 roubles. Mais la majeure partie de cette somme a été consacrée au logement et à la nourriture.

Les signaleurs avaient des journées de travail irrégulières de 12 à 14 heures. Les travailleurs des postes et télégraphes n’avaient pas droit à des congés. Seulement dans des cas extrêmes, sur ordre du chef du bureau, des absences allant jusqu’à 7 jours, parfois plus, étaient autorisées. On croyait qu’en échange de vacances, les employés pouvaient se reposer pendant les jours fériés chômés.

La situation des étudiants des postes et télégraphes était également peu enviable. Pour entrer au service d’un fonctionnaire dans un établissement des postes et télégraphes, il fallait avoir suivi un cours dans une école municipale, quatre classes d’un gymnase ou une autre formation équivalente. Pendant leurs études, qui ont duré six mois, ils n’ont rien reçu.

Malgré des exigences et des réglementations strictes, tous les employés ne se distinguaient pas par leur fiabilité. Les chefs des bureaux rapportaient régulièrement au district des postes et télégraphes de Minsk que des signaleurs avaient été aperçus en train de distribuer des tracts et de la littérature révolutionnaire. De tels rapports provenaient de Bobruisk, Rechitsa, Orsha, Shchedrin (un village de la région de Zhlobin) et de Logoisk.

Démarche des grévistes

Parmi les participants au premier Congrès panrusse des employés des postes et télégraphes, tenu en novembre 1905, se trouvaient également des délégués de Biélorussie. Le congrès a adressé des demandes au gouvernement pour améliorer « la situation financière et juridique des employés des postes et télégraphes » et pour que tous ceux qui ont été licenciés reprennent leur emploi. La grève des signaleurs débute le 15 novembre 1905. A 18 heures, le signal de grève est transmis par télégraphe : « AGIPTCH ». Les premiers à l’avoir lancé furent les facteurs et les opérateurs télégraphiques de Nesvizh ; ils furent soutenus par les ouvriers du chemin de fer Libavo-Romny, ce qui fut également rapporté par télégramme. Le bureau des postes et télégraphes de Bobruisk n’est pas non plus resté à l’écart. Les grévistes réclamaient de meilleures conditions de travail et une augmentation des salaires, ainsi que le retour au travail des collègues précédemment licenciés.

Mais leur démarche s’est largement soldée par un échec. La grève a été réprimée et de nombreux employés de Bobruisk ont ​​été licenciés ou rétrogradés. Certes, ils ont ensuite été réembauchés et leurs anciens rangs ont été rétablis. Mais les collègues pour lesquels ils se sont battus n’ont jamais été rendus.

années 1980 Voilà à quoi ressemblait la machine Morse.
années 1980 Voilà à quoi ressemblait la machine Morse.

Comment les nazis ont volé le drapeau rouge des signaleurs

À propos, les opérateurs télégraphiques de Bobruisk ont ​​une histoire amusante liée à la révolution. En 1923, le comité de travail du bureau de communication du district de Bobruisk a reçu le drapeau rouge de velours écarlate pour ses mérites professionnels. Et en 1941, les nazis… l’emmenèrent en Allemagne. Malgré le fait que la bannière disait : « Voyageurs de tous les pays, soyez méchants ! » Pour le reste de la journée, nous tricoterons ensemble la pensée adneyu kamunistychny. Rabachkom Babruisk Acre. Cantors suvyazi » (orthographe et ponctuation préservées). Personne n’a probablement pris la peine de traduire le texte à leur place. Après la guerre, en 1946, la bannière fut restituée à Bobruisk.

Comment se termine l’histoire du télégraphe ? En 2008, un projet d’intégration du réseau télégraphique et du réseau de transmission de données a été mis en œuvre en Biélorussie. Désormais, les télégrammes ne sont régulièrement utilisés que par les forces de l’ordre, les sauveteurs et les météorologues. Et la phrase, si familière à l’ancienne génération : « Un télégramme pour vous ! » allé dans le passé.

Salle pleine pour la présentation du livre de Stefano Bisi/Gazzetta di Siena

Du site officiel grandeoriente.it – Par Susanna Guarino

« Les dictatures ferment les cœurs », Stefano Bisi présente son livre devant une salle comble : « Je l’ai écrit avec passion »

« Le meilleur compliment qu’ils puissent me faire est que j’ai écrit ce livre avec passion »

c’est avec ces mots que Stefano Bisi conclut la présentation de son livre devant une salle comble.

Le dernier ouvrage de  Stefano Bisi , journaliste siennois et grand maître du Goi, raconte l’assassinat de  Giovanni Becciolini  et la fureur fasciste dans la nuit de la Saint-Barthélemy. Les commentateurs étaient Roberto Barzanti et Stefano Maggi, qui ont retracé les personnages et les épisodes.

Becciolini était républicain, franc-maçon et antifasciste et fut assassiné à Florence lors de la « Nuit de San Bartolomeo », le 3 octobre 1925. 2025 est l’année du centenaire de cette nuit de l’Apocalypse, comme la définissait Vasco Pratolini. Outre Becciolini, l’avocat Gustavo Console, l’entrepreneur Gaetano Pilati et quatre ouvriers dont les noms ne sont même pas connus ont également été abattus. 

« Dans le livre – explique Bisi – il y a de nombreuses parties qui concernent Sienne. L’un des protagonistes vivait à Poggibonsi, dans une famille paysanne qui l’a accueilli après son abandon. Le médecin qui l’a soigné était Gaetano Pieraccini, également originaire du Val d’Elsa. Dans ce livre, je parle de personnes et de faits, mais je voulais surtout parler d’émotions, car j’ai vécu certaines choses directement. »

« Les dictatures ferment les cœurs » sera présenté au Colle di Val d’Elsa le 4 décembre 2024 à 17h30 dans le foyer du Teatro del Popolo, Piazza Unità dei Popoli, 2.

La Franc-maçonnerie et la doctrine de la réincarnation

De notre confrère universalfreemasonry.org

La doctrine de la réincarnation, qui nous vient aujourd’hui de l’Orient mystique, est une philosophie pérenne des écoles de mystères. On la retrouve dans les systèmes de pensée mystique de tous les temps. Quel lien pouvons-nous discerner avec la franc-maçonnerie ?

Or, ce que je dis, frères, c’est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’hérite pas l’incorruptibilité. Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous en un instant nous serons transformés… Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité… Alors s’accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire. – 1 Corinthiens, XV, 50-4.

Il est quelque peu attristant de constater que, malgré les millions d’années de vie humaine sur cette planète, il n’existe pas de croyance générale quant à notre origine et notre destination, ni même quant aux raisons de notre venue et de notre départ. Le sens et le but de la vie échappent encore à la science physique ; ce sont au mieux des questions de foi et souvent de désespoir. La souffrance du monde, la cruauté transparente de la nature, les inégalités étonnantes de l’existence humaine, les graves injustices qui semblent régner dans la vie de la majorité, sont, pour notre raison, des énigmes aussi grandes aujourd’hui au XXe siècle qu’elles l’ont toujours été depuis que nous avons des traces de l’histoire humaine. Dans un tel état de choses, nous ne pouvons pas nous permettre de rejeter sans entendre aucune théorie qui tente sérieusement de jeter la lumière sur ces ténèbres.

L’hypothèse générale de la préexistence (sous laquelle tombe la doctrine spéciale de la réincarnation) ne résout pas, il est vrai, les problèmes fondamentaux, mais elle repousse certaines des difficultés initiales. Elle fournit au développement de l’individu un terrain plus vaste que le cadre confiné et clos d’une courte vie terrestre, et, en fournissant une scène ou une série de scènes pour les actes et les scènes du drame séculaire de l’âme humaine avant l’existence présente, nous permet d’envisager l’idée d’une loi de causalité morale qui conditionne notre relation actuelle aux circonstances d’une manière qui n’entre pas en conflit avec notre sens inné de la justice.

En tant que fait susceptible d’être démontré scientifiquement, la réincarnation ne peut être ni prouvée ni réfutée. Les preuves qui existent ne sont que circonstancielles et tendent à la probabilité. Cependant, si nous voulons accepter – ce qu’il serait imprudent d’ignorer – l’autorité du passé, nous trouvons les Ecritures et les traditions des races orientales qui ont un grand patrimoine spirituel et philosophique et qui ont inculqué avec force cette doctrine. Il en va de même pour les systèmes pythagoricien et platonicien. En dehors des écoles philosophiques et mystiques grecques, l’esprit européen n’a pas été familiarisé avec le dogme, mais rien ne dépend de l’ignorance de ce dogme par les peuples d’un continent dont la civilisation est de développement tout récent et dont la population était barbare longtemps après que l’Egypte et l’Extrême-Orient eurent décliné de leur position élevée en tant que centres de sagesse religieuse et philosophique. L’histoire de l’Europe civilisée est pratiquement synchronisée avec celle de l’Église chrétienne, qui a détenu (ou retenu) les clés de l’information sur les questions obscures, et comme cette Église est restée muette sur la réincarnation, il n’existait aucun moyen de propager cette idée en Occident jusqu’à ce qu’elle soit introduite par le mouvement « théosophique » vers la fin du XIXe siècle. Son acceptation fut alors facilitée par deux causes : d’abord, par la traduction et la vulgarisation parmi nous de la littérature sacrée et philosophique de l’Orient, où la doctrine est universelle ; et ensuite, par la reconnaissance par la science occidentale d’un processus évolutif à l’œuvre dans la nature, un processus suggérant que toute vie progresse par gradations et par une succession de changements morphologiques ascendants. L’esprit ne peut guère être que satisfait d’observer un processus de perfectionnement graduel impliquant une séquence de naissances et de morts, et de contempler la vie endormie dans le minéral, rêvant dans la plante, s’éveillant dans l’animal, atteignant la conscience de soi et la liberté d’action chez l’homme, avec en plus la perspective d’une spiritualisation et d’un progrès ultérieurs au fil du temps.

Ce que l’esprit mystique de l’Orient a intuitivement discerné et toujours tenu pour vrai, l’intellect pratique de l’Occident l’a enfin découvert par des recherches scientifiques inductives, dont les résultats suggèrent que toute vie progresse vers une conscience de plus en plus parfaite, par une lente et patiente gradation et par d’innombrables modes et formes. L’un des arguments les plus puissants en faveur de la préexistence et de la réincarnation est fourni par notre conception générale du pouvoir créateur divin et par l’analogie entre l’évolution psychologique et l’évolution biologique. Si les types biologiques supérieurs sont apparus successivement et non simultanément avec les espèces inférieures – si Dieu, s’abstenant d’intervention surnaturelle, fait dériver les espèces les unes des autres dans une succession naturelle – alors il semble également probable que les types psychologiques supérieurs au sein de la même espèce biologique ne soient pas créés soudainement, mais produits comme résultat d’un développement naturel de types inférieurs. La véritable conception du pouvoir créateur divin, telle que nous la connaissons par la biologie, conduit à la conclusion que ce qui nous frappe comme génie ou sainteté doit avoir été préparé par des efforts conscients d’une libre volonté humaine, et non créé soudainement par Dieu sans aucun lien avec l’évolution générale de la vie spirituelle. En effet, la création soudaine de types supérieurs qui n’ont rien fait pour mériter ce niveau supérieur serait injuste envers ceux qui s’élèvent lentement vers des niveaux plus élevés par des efforts conscients. Pourquoi les autres devraient-ils nous surpasser immédiatement dès le début sans avoir rien fait pour atteindre le but de nos propres aspirations ? Bien que tout esprit qui s’efforce connaisse l’action merveilleuse de la grâce divine en lui, même cette expérience nous montre que Dieu agit sur une âme vivante, élevant cette âme déjà existante à des niveaux supérieurs, et non pas comme introduisant soudainement dans la vie humaine la perfection angélique sans effort spontané ou expérience préalable.

Nous savons que cette action du Créateur en nous s’ajoute à quelque chose qui dépend de notre libre arbitre, et c’est au moins un sens de l’Évangile : « A celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ». Dieu agit selon ses lois générales, que l’homme est capable de découvrir et d’appliquer. Ces lois ne limitent pas la toute-puissance divine ; elles ne sont qu’un reflet de cette toute-puissance dans l’esprit humain. Percevoir une loi divine, c’est simplement donner une expression humaine (selon les capacités de l’intelligence humaine) à une réalité divine qui en Dieu n’a pas la forme d’une formule humaine. Avec cette restriction, nous pouvons considérer des formules clairement conçues comme des lois de l’existence et de la vie, et comme il existe une loi de la gravité qui explique la chute d’une pierre, et une loi du mouvement qui explique le vol d’un oiseau, de même nous tirons de l’expérience une loi tout aussi universelle de l’esprit, selon laquelle, dans notre expérience terrestre, des stades plus élevés de puissance intellectuelle ou morale sont atteints par l’effort, l’entraînement, le renoncement et la mortification volontaire. L’existence même d’un stade supérieur implique donc des efforts antérieurs, et si dans notre vie actuelle il n’y a pas eu de place pour eux, nous sommes en droit d’admettre que les efforts nécessaires ont été faits dans le passé oublié de chaque esprit supérieur, et, dans le cas des esprits humains, ils n’ont pu être faits que dans des incarnations humaines passées, impliquant, comme ils le font, une connaissance et une expérience des conditions humaines qui ne pouvaient être acquises que de cette manière. Les efforts de chaque esprit individuel sont soutenus par la grâce divine, mais seuls ceux qui ont atteint quelque chose par eux-mêmes peuvent espérer l’aide divine pour accomplir plus que ce qu’ils méritent. L’analogie entre l’évolution des organismes et la croissance d’une âme montre la nécessité de nombreuses incarnations humaines pour chaque esprit individuel, de sorte que la grandeur manifestée dans une brève vie peut être considérée comme s’étant développée au cours de nombreuses vies précédentes.

Aujourd’hui, l’évolution, bien que l’on admette aujourd’hui librement qu’elle est un processus universel de la nature, est encore généralement considérée comme une découverte moderne. Cette opinion est cependant incorrecte, car la Sagesse antique, qui constitue le fondement philosophique de notre Franc-Maçonnerie moderne, la connaissait et l’appliquait bien avant que les scientifiques n’acceptent cette théorie au XIXe siècle. L’enseignement de la Sagesse antique reconnaissait que dans tout l’Univers, il n’y a qu’une seule Vie, divisée et différenciée en d’innombrables formes, et évoluant à travers ces formes depuis des degrés de perfection moindres vers des degrés de perfection plus élevés. Dans la métaphore maçonnique, la Nature était considérée comme la vaste carrière et la forêt dans lesquelles les vies individuelles ont été taillées comme autant de pierres et de bois qui, une fois dûment perfectionnés, sont destinés à s’assembler et à former une synthèse nouvelle et supérieure, un Temple majestueux digne de la présence divine, et dont le Temple de Salomon était un type.

L’Ancienne Sagesse affirmait que toute vie est issue de l' »Orient » (le Grand Monde de l’Esprit infini) et a voyagé vers l' »Occident » (le Petit Monde de la forme et de l’incarnation finies), d’où, une fois finalement perfectionnée par l’expérience dans des conditions restreintes, elle est destinée à retourner à l' »Orient ». La vie était alors vue comme étant divisée et distribuée en d’innombrables vies ou âmes individualisées, et passant d’une forme corporelle à une autre dans une progression perpétuelle. Ces âmes individualisées étaient appelées « pierres », et tout au long du cours de l’histoire on retrouve cette similitude de l’âme humaine avec une pierre, ainsi que des instructions pour la travailler d’un état brut à un état parfait. Exprimées dans le langage de la Franc-Maçonnerie moderne, descendante directe de l’Ancienne Sagesse, ces « pierres » sont appelées « pierres de taille brutes » ou « pierres de taille parfaites », selon qu’elles existent à l’état brut ou qu’elles ont été équarries, travaillées et polies. La forme corporelle dont l’âme est revêtue en entrant dans ce monde était considérée comme transitoire, variable, périssable et de peu d’importance comparée à la vie ou à l’âme qui l’animait. Pourtant, elle a été considérée comme étant de la plus grande importance à un autre égard, car elle constituait un point d’appui ou de résistance pour l’éducation et le développement de l’âme. C’est pourquoi on l’appelait, et nous l’appelons encore ainsi en Franc-Maçonnerie, « le tombeau de la transgression », le « tombeau » dans lequel l’âme est descendue pour travailler à son propre salut, pour se transformer et s’améliorer, et d’où elle ressort plus forte et plus sage grâce à cette expérience. Pour nous permettre de saisir clairement l’enseignement de la Sagesse Antique, il est essentiel de garder à l’esprit la distinction qui est faite entre l’individualité et la personnalité, entre la vie et la forme, l’esprit et le corps. La Doctrine Secrète présuppose que l’homme est un Etre spirituel ou Ego, doté des triples pouvoirs de VOLONTÉ, de SAGESSE et d’INTELLIGENCE CRÉATRICE, et qu’il entre en relation avec la matière afin de se façonner une succession de corps qui constituent ses personnalités successives, et au moyen desquels il acquiert les expériences essentielles à la croissance mentale, morale et spirituelle, jusqu’à ce que progressivement sa nature réelle brille dans toute sa Sagesse, sa Force et sa Beauté. En conséquence, la personnalité est censée inclure l’âme (au sens où on l’entend dans notre terminologie moderne) aussi bien que le corps, ou, en d’autres termes, la personnalité embrasse l’expression aussi bien que la forme. L’âme, étant donc le reflet de la triple nature de l’Esprit, a nécessairement aussi trois attributs (modes d’expression), et ce sont les pensées, les sentiments et les actions familiers de la conscience personnelle humaine. Par conséquent, l’âme a besoin, pour la pleine expression de sa triple nature, de trois corps ou véhicules :

1..CORPS MENTAL – véhicule de la pensée. 2..CORPS ÉMOTIONNEL – véhicule de la sensation et de l’émotion. 3..CORPS PHYSIQUE – véhicule de l’action.

Enfin, l’Ancienne Sagesse proclame que le « centre » de l’Être est l’Intelligence Spirituelle, qui est le Soi Supérieur ou réel de l’homme, et la doctrine enseigne que si l’homme veut trouver ce Soi, il doit apprendre à se retirer vers l’intérieur au-delà de la conscience de l’âme.

Une partie importante du programme des Mystères Anciens était l’enseignement de la Cosmologie, ou science de l’Univers, et l’intention de cet enseignement était de révéler aux Candidats la constitution physique et métaphysique du monde, ainsi que la place et la destinée de l’homme en son sein. Par ce moyen, les Candidats apprirent le flux continuel de la matière, le caractère transitoire des formes corporelles et la permanence immuable de l’Essence Unique ou Esprit qui est descendu et s’est incarné dans la matière. On leur démontra aussi la double méthode cosmique de l’Involution et de l’Evolution, par laquelle la Force de Vie universellement diffusée s’enferme et se circonscrit dans les limitations matérielles et les conditions physiques, et de là évolue et surgit à partir de celles-ci, enrichie par l’expérience. On leur donna en outre des instructions concernant les différents niveaux et graduations de l’Univers, certains matériels et d’autres éthérés, les plans et sous-plans sur lesquels le grand projet est exécuté ; dont les niveaux et les plans, tous progressivement liés entre eux, constituent une vaste échelle de plusieurs tours, portées ou échelons, une véritable « Échelle de Vie ».

Les candidats comprirent ainsi que l’Univers est constitué de consciences incarnées et que ces consciences incarnées existent dans une gradation pratiquement infinie de degrés de perfection variés – une véritable « Echelle de Vie » ou « Escalier de Vie » s’étendant sans fin dans les deux directions, car notre imagination ne peut concevoir d’autres limites qu’une limite hiérarchique ; et une telle limitation hiérarchique n’est que spatiale et non réelle, qualitative et formelle. On leur montra que l' »Echelle de Vie » est marquée à certains intervalles par des points d’atterrissage, pour ainsi dire, que les Mystères appelaient « plans de l’être » (différentes sphères de conscience, pour exprimer l’idée en termes alternatifs). Les candidats des anciens systèmes recevaient des instructions sur ces questions avant d’être admis. L’initiation et les connaissances acquises servaient à leur expliquer leur propre nature et leur constitution, ainsi que leur place dans le système mondial. Aujourd’hui, la Franc-Maçonnerie, perpétuant l’ancien enseignement, montre aux Frères une simple échelle, un symbole qui, lorsqu’il est correctement interprété, est de nature à ouvrir largement les yeux de leur imagination. Il est vrai que l’échelle représentée sur le TB du Premier Degré a une signification morale dans le cours d’instruction, mais, comme les étudiants en mysticisme hébreu le savent bien, « l’échelle de Jacob » est aussi un symbole de l’Univers avec sa succession de plans en forme d’escaliers allant des hauteurs aux profondeurs. En effet, nous apprenons du V. du SL que la Maison du Père possède de nombreuses demeures, de nombreux niveaux et lieux de repos pour Ses créatures dans leurs différentes conditions et degrés de progrès ; et ce sont ces niveaux, ces plans et sous-plans, qui sont représentés par les barreaux et les barres de l’échelle symbolique. Parmi ces plans, il y en a, pour nous, dans notre état actuel de développement évolutif, trois principaux :

1 .. PLAN PHYSIQUE 2 .. PLAN DU DÉSIR ET DE L’ÉMOTION 3 .. PLAN MENTAL.

Ces trois niveaux du monde se reproduisent chez l’homme : le premier (plan physique) correspond à son physique matériel, à son corps sensoriel ; le deuxième (plan du désir et de l’émotion) à son désir et à sa nature émotionnelle ; et le troisième (plan mental) à sa mentalité, qui forme le lien entre sa nature physique et son être spirituel. L’Univers et l’homme lui-même sont donc construits en échelles, et l’échelle avec ses trois portées principales peut être vue partout dans la Nature. Elle apparaît dans l’échelle septénaire du son musical avec ses trois dominantes ; dans l’échelle prismatique de la lumière avec ses trois couleurs primaires ; dans les changements physiologiques septénaires de notre organisme corporel, et dans les périodicités similaires connues de la physique et de toutes les branches de la science. La Sagesse Ancienne enseigne que la substance universelle unique qui compose les parties différenciées de l’Univers « descend » d’un état d’éthérialité extrême, par des étapes successives de densification croissante, jusqu’à ce que la matérialisation grossière soit atteinte, et de là, « monte » par une gradation de plans ordonnée de façon similaire jusqu’à sa place originelle, mais enrichie par l’expérience acquise par ses activités au cours de ce processus. De la même manière, nous sommes tous descendus dans ce monde (le nadir de la matérialité), et nous devons tous en remonter par les mêmes marches de « l’échelle de Jacob », « qui atteint les cieux » (le zénith – « une demeure éthérée voilée aux yeux des mortels par le firmament étoilé »). Dans certains diagrammes maçonniques et planches à tracer, une petite croix est exposée sur l’échelle, dans une position instable et inclinée, comme si elle la gravissait ; cette croix représente tous ceux qui sont engagés dans l’ascension de l’échelle vers les hauteurs, et qui, selon les mots du poème :

« S’élever par des tremplins De leur moi mort vers des choses plus élevées ».

En effet, chacun de nous porte sa propre croix (corps cruciforme) en s’élevant, le vêtement matériel dont les tendances sont toujours en contradiction avec le désir de son esprit et militent contre l’ascension. Néanmoins, ainsi chargé, chacun doit grimper, et grimper seul ; mais en tendant (comme l’enseigne la tradition secrète et comme le signifient les bras de la croix inclinée) une main vers des aides invisibles au-dessus, et l’autre pour aider à l’ascension des frères plus faibles en dessous, car comme les côtés et les barreaux séparés de l’échelle constituent une unité, ainsi toute vie et toutes les vies sont fondamentalement une, et personne ne vit pour lui seul. Les étudiants maçonniques qui reconnaissent que chaque référence dans la Franc-Maçonnerie Spéculative est figurative et porte une signification symbolique derrière le sens littéral des mots, écarteront de leur esprit toute suggestion selon laquelle l’allusion à l’épisode biblique familier dans la Quatrième Section de la Première Leçon (voir Genèse, Chapitre 28), était destinée par les compilateurs de notre système à indiquer un sujet susceptible seulement d’une interprétation morale. Nous pouvons être assurés que les fondateurs de notre Ordre avaient en vue un but bien plus profond que celui de nous rappeler simplement la triade paulinienne des vertus théologales (Foi, Espérance et Charité), aussi excellentes soient-elles. Certes, l’interprétation morale est à la fois justifiée et salutaire, mais elle est néanmoins loin d’être exhaustive, car elle occulte plutôt qu’elle ne révèle le sens de la référence scripturale et ce que le symbole de l’Echelle est censé transmettre aux esprits perspicaces. Or, si nous voulons interpréter correctement le récit scriptural de « l’Echelle de Jacob » tel qu’il est donné dans l’Instruction-conférence, nous devons nécessairement avoir recours à une ancienne doctrine mystique hébraïque à laquelle la Franc-Maçonnerie est étroitement liée – la KABBALE. La Kabbale accorde une place de choix à ce que l’on appelle les sept rois d’EDOM, et l’étudiant découvrira que ces rois sont représentés dans le Livre de la Genèse comme sept anciennes royautés précédant l’établissement du Royaume d’Israël ; Mais la Kabbale explique en outre qu’il s’agit d’images descriptives de sept mondes créés avant celui habité par l’homme, mondes qui sont incapables d’endurance permanente car l’Image Divine n’est pas assumée en eux. L’humanité qui assume l’Image Divine (c’est-à-dire l’homme parfait) est appelée Israël, et les sept rois ou royaumes d’Edom sont présentés comme sept stations ou mondes planétaires par lesquels l’âme doit passer pour atteindre la perfection. Un tel état de perfection n’est atteint que lorsque, par la restauration et l’exaltation complètes de l’âme à l’unité avec l’Esprit, les principes masculin et féminin sont en parfait équilibre l’un avec l’autre. Ces principes (masculin et féminin) sont appelés le Roi et la Reine, et sont respectivement l’Idée Archétypique (Adam Kadmon), qui subsiste avant la création, et cette Idée réalisée dans la création. Et, comme le déclare le « Livre des Occultations » kabbalistique :

« Jusqu’à ce que l’équilibre soit établi, et tant que le Roi et la Reine ne se regardent pas face à face, les sept mondes d’Edom n’auront pas de continuité. Mais lorsque la Reine apparaîtra sur son trône, alors tous les sept royaumes d’Edom seront repris en Israël et renaîtront sous d’autres noms, car tout ce qui n’est pas, tout ce qui est et ce qui sera, sont portés par l’équilibre du Roi et de la Reine qui se regardent face à face. »

Une lecture attentive de ce passage du « Livre des Occultations » révèle que la condition signifiée est précisément celle décrite également par saint Paul dans son Épître aux Corinthiens, lorsqu’il dit : « Mais quand ce qui est parfait sera venu, alors ce qui est partiel disparaîtra ; car aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face » (1 Corinthiens 13, 10-12). Il est donc évident que les rois d’Edom (c’est-à-dire Adam ou la terre) sont une figure occulte des sept domaines progressifs, sphères, planètes ou étapes, par lesquels l’âme passe sur le chemin de la royauté céleste à l’intérieur et au-delà du plan terrestre, où l’homme perfectionné devient « un prince et un dirigeant en Israël ». D’où l’évanescence des sept royaumes d’Edom ; ils représentent des étapes rudimentaires et embryonnaires dans la « fabrication » (le perfectionnement) de l’homme. De là aussi la déclaration apocalyptique : « Le septième ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le ciel de fortes voix qui disaient : Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ ; il régnera aux siècles des siècles » (Apocalypse 11, 15). De plus, il est important, pour permettre à l’étudiant de comprendre le sens de la référence cryptique à Esaü dans l’Instruction-lecture, de garder à l’esprit que le V. de la LS nous informe que « Essaü est Edom et le père de ses rois » (Genèse, chapitre 36). Or, Esaü est le frère de Jacob, et comme c’est la dynastie de Jacob qui succède à celle d’Edom, il s’ensuit qu’Esaü est une figure de nature corporelle, tandis que Jacob est une figure de vie spirituelle. Voici le lien avec notre symbole de « l’échelle de Jacob », car nous pouvons discerner que les sept barres de l’échelle sont aussi les sept royaumes temporaires d’Esaü, dont Jacob est destiné, en franchissant l’échelle, à supplanter et à remplacer la domination ; ce faisant, et en atteignant le sommet (la place du Seigneur), Jacob devient ISRAEL, ou « Prince avec Dieu ». L’attention est particulièrement attirée sur Genèse, 28, verset 12 : « Et il songea, et voici une échelle dressée sur la terre, et son sommet atteignait le ciel ; et voici les anges de Dieu qui montaient et descendaient par elle. » Interprétant ce passage, la Kabbale explique que les anges sur l’échelle désignent les âmes qui descendent en incarnation, au degré le plus bas de l’Univers (la matière à son point le plus bas), et qui montent à nouveau au Ciel. Au pied de l’Echelle, en hauteur, Jacob (l’âme du pèlerin) dort, ayant pour oreiller une pierre, et comme le monde matériel est le lieu de la plus grande obscurité et de la plus grande séparation d’avec Dieu, le lieu de la vision est appelé Luz (ou Luza), signifiant « séparation ». Néanmoins, l’âme sait que le point le plus bas est aussi le point tournant du pèlerinage, et que désormais le voyage se fait vers le haut et « vers l’est ».C’est le stade où l’âme perçoit que même dans l’abîme le plus profond de la matière, il n’y a pas de séparation réelle de la présence et de la vie divines ; et que dans la Vallée même de l’Ombre de la Mort, la « Bâton et la Verge » (c’est-à-dire les Arbres de Vie et de Connaissance – symbolisés dans l’Art par le Carré, une variante de la Croix) la réconfortent – voir Psaume 23, verset 4, « Oui, quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal : car tu es avec moi ; ta houlette et ton bâton me rassurent ». D’où l’exclamation de Jacob au réveil : « Certainement, l’Éternel est en ce lieu, et je ne le sais pas » (Genèse 28, 16), et le changement de nom du lieu qui en résulte, BETH-EL (c’est-à-dire Maison de Dieu) – verset 18. La version kabbalistique du rêve de Jacob est l’expression hébraïque de la Doctrine Secrète sur laquelle, depuis le début, toutes les grandes religions d’Orient et d’Occident ont été construites, à savoir la doctrine du « Guilgal Neschamoth », ou la transmigration et la progression des âmes.

Dans de nombreux systèmes de mystères antiques, une échelle à sept marches ou portes était utilisée pour démontrer les sept étapes du progrès de l’âme dans le monde de la matérialité. Les mystères grecs, par exemple, représentaient l’existence par le fleuve Styx, la « fille » d’Océanus (l’eau de l’éternité) et que certains appelaient la « mère » de Perséphone (l’âme), comme le véhicule par lequel elle est entraînée dans le monde souterrain et transportée de maison en maison des demeures obscures. Le Styx fait sept circuits, dont chacun comprend et forme un monde ou une station. Au cours de ces cycles d’évolution planétaire, le Styx devient la mère de quatre enfants, qui désignent respectivement les quatre divisions de la nature humaine : émotionnelle, volontaire, intellectuelle et psychique. Ces enfants ont pour père le géant Pallas (force élémentaire), pour sa victoire sur laquelle la déesse Athéna fut appelée Pallas (c’est-à-dire Pallas Athone). Le mot Styx signifie littéralement « haïssable » et signifie la nature imparfaite de l’existence par rapport à l’être pur ; ce « fleuve d’existence » est aussi appelé de diverses manières le « fluide astral », le « serpent » et « Lucifer ». Les sept étapes de l’existence constituent ce que l’on appelle une chaîne planétaire, le terme « planétaire » désignant « l’errance » (c’est-à-dire le pèlerinage), et elles sont classées comme suit :

1.. ÉTHÉRÉ. 2.. ÉLÉMENTAIRE. 3.. GAZEUX. 4.. MINÉRAL. 5.. VÉGÉTAL. 6.. ANIMAL. 7.. HUMAIN

Il faut se rappeler que ces stades ne sont pas des lieux, mais des conditions, et que dans le passage de l’âme, aucun n’est laissé en arrière, tous sont absorbés dans l’homme, l’un après l’autre étant revêtu (pour ainsi dire) et l’être tout entier compris dans l’individu parfait. Chacun des sept stades a une part dans l’évolution de la conscience, qui, il faut le noter, est unique jusqu’à ce que le stade le plus bas (le minéral) soit atteint ; le stade minéral est le point le plus bas et se trouve au pied de l' »Echelle de Vie ». C’est là que se produit le « sommeil profond » d’Adam (comme aussi de Jacob), la conscience étant unique et n’impliquant pas la conscience de soi, ayant en cela le mode le plus grossier de la matière atteint son minimum. A partir de ce point commence le processus de redoublement, ou de réflexion de la conscience, au moyen duquel l’âme passe graduellement à la conscience du Soi et de Dieu. La conscience étant unique jusqu’à ce que le quatrième ou le plus bas stade de l’existence soit atteint (le monde de la nature minérale), le commencement de la réduplication a lieu dans la cinquième station (le monde de la nature végétale), et c’est à ce stade que l’âme se rassemble et se formule en une individualité lointaine. Dans la sixième station, la capacité de « pécher » naît par l’éveil d’une conscience sympathique ; à ce stade, le « péché » devient possible pour la première fois, car tant que l’individu n’a que la simple conscience de la nature rudimentaire, il ne connaît d’autre volonté que la Volonté Divine exprimée dans la loi naturelle, et il n’y a pour lui ni meilleur ni pire – tout est « bon ». En d’autres termes : Adam, tant qu’il est encore seul, ne peut être tenté, ne peut pécher, car le simple mental ne peut pécher ; seule l’âme peut vaincre. C’est par l’avènement ou la manifestation d’« ÈVE » (l’âme, « la femme ») que vient la « connaissance du bien et du mal » ; et c’est à elle, et non à Adam, que le tentateur, lorsqu’il fait enfin son apparition, adresse ses séductions. Le « péché » d’Eve ne consiste pas à manger elle-même « le fruit de l’arbre », mais à le donner à Adam (cf. Genèse 3, 12), car cela constitue une régression sur le chemin de l’évolution, en ce sens qu’il renvoie le point polaire (c’est-à-dire la Vie Unique qui est centrée dans l’âme) en arrière et en bas, vers la raison inférieure ; car le « péché » consiste en une régression volontaire du supérieur vers l’inférieur. Le « serpent » qui tente de « pécher » est le moi astral ou magnétique, qui, ne reconnaissant que la matière, prend l’illusoire pour le substantiel. Cédant au « tentateur », l’âme tombe sous le pouvoir de la nature inférieure (« Adam »), voir Genèse 4, 16 – « et ton désir se portera vers ton mari, et il dominera sur toi » ; comme la femme de Lot, elle (Eve ; l’âme) a regardé en arrière et devient aussitôt une « colonne de sel », le synonyme alchimique de la matière.C’est dans cette soumission de la « femme » à l' »homme » et dans les conséquences funestes qui en découlent que réside la « Chute », et le fait qu’elle entraîne ces conséquences démontre qu’une telle soumission n’est pas conforme à l’ordre divin, mais qu’elle en est l’inversion. L’âme doit toujours chercher vers le haut, vers la Volonté Divine (de l’Esprit) ; et au lieu de chercher vers le bas, vers le mental, elle doit attirer le mental vers le haut avec elle. Ainsi, dans la sixième station (le monde de la nature animale), qui correspond au sixième « jour » créateur de la Genèse, l’homme est encore en train de se faire, et pour atteindre la « mesure de stature du Christ », et de l’homme potentiel à l’homme actuel et parfait, il doit entrer dans le septième et dernier monde de l’évolution kabbalistique, le dernier tour de l’Echelle de Jacob, qui est le seuil du Divin. La septième station (le monde de la nature humaine) est le monde des demi-dieux et des héros du mythe grec, des saints de la chrétienté et des Bouddhas d’Orient. Ici l’homme n’est plus simplement un animal supérieur, car la nature de la bête est expurgée et des sens nouveaux et plus subtils remplacent les anciens ; l’illumination divine et la connaissance transcendante ont fermé les avenues de la passion et du péché – c’est le premier Nirvana, ou Résurrection. Mais un pas de plus et le second Nirvana est atteint, et « Regina et Rex se regardent face à face » (l’Idée et la Réalisation sont face à face) ; car le plan de la terre et du temps est entièrement transcendé, l’indissoluble, une individualité et une vie éternelle sont gagnées – l’humanité est prise en Dieu. Ainsi est célébré le mariage mystique de la Vierge Immaculée (l’Ame) avec son époux le Saint-Esprit ; le joug de l’esclavage d’Adam est brisé, et pour toujours la malédiction est renversée par l’Ave Maria de la Régénération.et des sens nouveaux et plus subtils remplacent les anciens ; l’illumination divine et la connaissance transcendante ont fermé les avenues de la passion et du péché – c’est le premier Nirvana, ou Résurrection. Mais un pas de plus, et le second Nirvana est atteint, et « Regina et Rex se regardent face à face » (l’Idée et la Réalisation sont face à face) ; car le plan de la terre et du temps est entièrement transcendé, l’indissoluble, une individualité et une vie éternelle sont gagnés – l’humanité est prise en Dieu. Ainsi est célébré le mariage mystique de la Vierge Immaculée (l’Ame) avec son époux le Saint-Esprit ; le joug de l’esclavage d’Adam est brisé, et pour toujours la malédiction est renversée par l’Ave Maria de la Régénération.et des sens nouveaux et plus subtils remplacent les anciens ; l’illumination divine et la connaissance transcendante ont fermé les avenues de la passion et du péché – c’est le premier Nirvana, ou Résurrection. Mais un pas de plus, et le second Nirvana est atteint, et « Regina et Rex se regardent face à face » (l’Idée et la Réalisation sont face à face) ; car le plan de la terre et du temps est entièrement transcendé, l’indissoluble, une individualité et une vie éternelle sont gagnés – l’humanité est prise en Dieu. Ainsi est célébré le mariage mystique de la Vierge Immaculée (l’Ame) avec son époux le Saint-Esprit ; le joug de l’esclavage d’Adam est brisé, et pour toujours la malédiction est renversée par l’Ave Maria de la Régénération.

Les Mystères grecs ne traitaient que de deux sujets : le premier était le drame du « viol » et de la restauration de Perséphone, le second celui de l’incarnation, du martyre et de la résurrection de Dionysos ; par Perséphone on entendait l’âme, et par Dionysos l’esprit. Le mythe de Déméter et de sa fille Perséphone racontait comment la jeune fille s’était éloignée de l’Arcadie (le ciel) et de sa mère pour cueillir des fleurs dans les prés d’Enna, et comment le sol s’était ouvert et l’avait fait tomber dans le monde obscur de l’Hadès, gouverné par Pluton. Le désespoir de sa mère à la suite de cette perte atteignit Zeus, le chef des dieux, avec pour résultat qu’il soulagea sa situation en ordonnant que, si la jeune fille n’avait pas mangé du fruit de l’Hadès, elle serait immédiatement rendue à sa mère pour toujours, mais que si elle en avait mangé, elle devrait rester un tiers de chaque année avec Pluton et retourner auprès de Déméter pour les deux autres tiers. Cela prouva que Perséphone avait malheureusement mangé une grenade dans le monde inférieur, de sorte que sa restitution à sa mère ne pouvait pas être permanente, mais seulement périodique.

Ce mythe et l’importance qu’on lui a attachée ne peuvent être appréciés qu’en comprenant son interprétation. C’est l’histoire de l’âme et elle est de la même nature que le mythe mosaïque d’Adam et Eve ; Perséphone est l’âme humaine et son éloignement de sa demeure céleste et de sa mère céleste à la recherche de fleurs (symbole d’expériences nouvelles) dans les champs d’Enna (signifiant l’obscurité et l’amertume), correspond aux mêmes impulsions de désir qui ont conduit à la désobéissance d’Adam en Éden et à sa chute dans ce monde extérieur. Le fait de manger le fruit de l’Hadès fait allusion à la dégradation ultérieure de l’âme par la convoitise des plaisirs inférieurs de ce plan inférieur qui, comme le symbolise la grenade, est rempli de graines d’illusion et de vanité. C’est pourquoi, tant que ces tendances fausses ne seront pas éradiquées et que les désirs du cœur ne seront pas complètement sevrés des plaisirs extérieurs, il est décrété qu’il ne peut y avoir de restauration permanente de l’âme à sa source, mais seulement un répit et un rafraîchissement périodiques (« du travail au rafraîchissement ») que la mort apporte lorsqu’elle retire l’âme du royaume de Pluton vers le monde céleste ; suivis encore et encore par des descentes périodiques dans les limitations matérielles et des remontées dans des conditions désincarnées, jusqu’à ce que l’âme soit finalement purgée et parfaite. Au moyen de ce grand mythe, des instructions ont été données concernant l’histoire de l’âme, sa destinée et ses perspectives, et la doctrine de la réincarnation a également été mise en avant.

Le grand drame des mystères grecs énonce, en même temps qu’il voile, deux vérités cardinales : la Chute et la Rédemption de cette Chute. Ainsi, de l’état triste et lamentable dans lequel tombe Persophone, elle est finalement sauvée et ramenée aux demeures célestes ; mais pas avant la venue du Sauveur, représenté dans la parabole hermétique sous le nom d’Osiris (« le ressuscité du tombeau ») – l’Homme régénéré. Ce Rédempteur, lui-même d’origine divine, est représenté dans d’autres allégories sous d’autres noms, mais l’idée est toujours définie et l’intention évidente. En effet, Osiris est le Jésus de notre doctrine chrétienne, l’Initié suprême ou le « Capitaine du Salut » ; il est le reflet et la contrepartie dans l’Homme du Seigneur suprême de l’Univers (en grec – Dionysos, en hébreu – Adonaï), le type idéal de l’humanité. Il est représenté comme étant en toutes choses « instruit » et dirigé par Hermès ; célèbre comme le conducteur céleste des âmes des « demeures obscures » ; le Dieu sage et omniprésent dans lequel l’étudiant reconnaît le Génie de l’Entendement, ou Raison Divine, le « nous » de la doctrine platonicienne – et le mystique « Esprit du Christ ». Comme la compréhension des choses saintes et la faculté de leur interprétation sont le don d’Hermès, le nom de ce Dieu est donné à toute science et révélation de nature occulte et divine. Hermès était donc considéré comme le Messager ou l’Ange des Dieux, descendant aussi bien dans les profondeurs du monde hadéen pour en faire remonter les âmes, que s’élevant au-delà de tous les cieux pour pouvoir remplir tous les Lactance (apologiste chrétien du début du IVe siècle) dit dans ses Institutions divines : « Hermès affirme que ceux qui connaissent Dieu sont à l’abri des attaques du démon et qu’ils ne sont même pas soumis au Destin. » Or, les pouvoirs du Destin résident dans les étoiles, c’est-à-dire dans la sphère « astrale », qu’elle soit cosmique ou microcosmique, et le pouvoir astral était, dans la fable grecque, symbolisé par Argos (le génie aux cent yeux de la zone étoilée), « Panoptes », le géant omniscient, qu’Hermès eut la gloire d’avoir déjoué et tué. Le sens de cette allégorie est que ceux qui possèdent le secret hermétique ne sont pas soumis au Destin, mais ont dépassé l’esclavage de la métempsychose et se sont libérés du « tourbillon incessant sur la roue » du Destin. Les sphères d’illusion, dominées par les sept pouvoirs astraux, se trouvent entre l’âme et Dieu ; Au-delà de ces sphères se trouvent les « Neuf Demeures » célestes dans lesquelles, disent les Mystères, Déméter chercha en vain la Perséphone perdue. Car de ces demeures, Perséphone était tombée dans un état terrestre et matériel, et était ainsi tombée sous le pouvoir des dirigeants planétaires, c’est-à-dire du Destin, personnifié par Hécate. Le dixième jour, le Drame Divin montre Déméter rencontrant la Déesse du Destin et de la Rétribution,la terrible Hécate Triforme (personnification du « Karma ») qui lui raconte l’enlèvement et la détention de Perséphone dans le monde Hadéen ; par la suite Hécate devient la servante constante de Perséphone. Tout ceci est, bien sûr, chargé de la plus profonde signification ; jusqu’à ce que l’Ame tombe dans la Matière, elle n’a ni Destin ni Karma, car le Destin est l’apanage et le résultat du Temps et de la Manifestation. Dans les sept sphères astrales, la Lune représente le Destin et présente deux aspects, le bien et le mal. Sous l’aspect bienveillant, la Lune est Artémis, reflétant à l’âme la lumière divine de Phébus ; sous l’aspect malin, elle est Hécate la Vengeuse, au visage sombre et à trois têtes, rapide comme un cheval, sûre comme un chien et aussi implacable qu’un lion. L’Arbre du Bien et du Mal, dit la Kabbale, a ses racines dans Malkuth – la Lune. On affirme parfois que la doctrine du Karma est particulière à la théologie hindoue, mais au contraire, elle est clairement exposée dans les mystères hébreux, helléniques et chrétiens ; les Grecs l’appelaient Destin, et les chrétiens le connaissent sous le nom de Péché Originel.

La Franc-Maçonnerie moderne, dans la lignée des Mystères antiques, suit la méthode traditionnelle de transmission de l’instruction au moyen de mythes, et son canon d’enseignement dans les degrés de l’Art contient deux mythes : l’un, la construction du Temple du Roi Salomon ; l’autre, la mort et l’enterrement d’Hiram Abiff. L’histoire de la construction du Temple est un mythe qui renferme des vérités philosophiques, revêtues d’une forme quasi historique, et qui se rapporte à la structure de l’âme humaine, le Temple de l’âme collective de l’Humanité. Cette « magnifique structure » a maintenant été détruite et renversée de son éminence et de sa grandeur primitives ; l’Humanité, au lieu d’être un tout organique collectif uni, s’est brisée en d’innombrables parties fragmentaires, pas une pierre sur l’autre de son édifice en ruine. Elle a perdu la conscience des véritables secrets de sa propre origine et de sa nature, et doit maintenant se contenter de la fausse connaissance substituée qu’elle recueille à partir d’impressions sensorielles dans ce monde extérieur. (Voir l’article « La quête mystique en franc-maçonnerie »). Le mythe maçonnique du martyre d’Hiram Abiff nous offre l’un des mystères les plus profonds qui soient ouverts à la contemplation. Les étudiants des mystères discerneront que le véritable but de la légende centrale de notre Art n’est pas de raconter l’événement temporel de l’agonie d’un Maître assassiné, mais de raconter la parabole d’une perte cosmique et universelle. Nous ne traitons pas ici d’une tragédie survenue lors de la construction d’un bâtiment dans une ville orientale, mais d’un désastre moral pour l’humanité universelle. Hiram Abiff est tué. La lumière et la sagesse élevées destinées à guider et éclairer l’humanité nous manquent, et le manque de plans et de projets pour régler les désordres de la vie individuelle et sociale nous indique à tous qu’une lourde calamité nous est arrivée en tant que race. En fait, l’absence de principes clairs et directeurs dans la vie du monde nous rappelle avec force la confusion totale dans laquelle nous a tous jetés la perte de cette Sagesse suprême, personnifiée par Hiram ; et fait que tout esprit réfléchi attribue à quelque catastrophe fatale sa mystérieuse disparition. Nous aspirons tous à cette lumière et à cette sagesse que nous avons perdues. Comme les artisans à la recherche du corps, nous suivons des chemins différents à la recherche de ce qui est perdu, et beaucoup d’entre nous ne font aucune découverte importante au cours de nos jours. Nous la cherchons dans le plaisir, dans le travail, dans toutes les occupations et les divertissements variés de notre vie ; nous la cherchons dans les activités intellectuelles, dans la Franc-Maçonnerie, et ceux qui cherchent le plus loin et le plus profondément sont ceux qui deviennent le plus conscients de la perte et qui sont obligés de confesser, selon les mots des Écritures chrétiennes : « Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis. » Où est enterré Hiram ? On nous apprend que la Sagesse du Très-Haut – personnifiée par le roi Salomon – a ordonné qu’il soit enterré dans un sépulcre approprié en dehors de la Ville Sainte.Il est enterré « hors de la Cité Sainte », dans le même sens que la postérité d’Adam a été toute placée hors des murs du Paradis, car « rien d’impur ne peut entrer dans le lieu saint » qui ailleurs dans l’Écriture est appelé le Royaume des Cieux.

Notre rituel, en termes cryptiques, indique que la tombe d’Hiram, c’est nous-mêmes ; chacun de nous est le sépulcre dans lequel est enterré le Muster frappé. Au centre de nous-mêmes se trouve enterré le « principe vital et immortel » qui nous affilié au Centre Divin de toute vie, et qui ne s’éteint jamais, aussi imparfaite que soit notre vie. En d’autres termes, Hiram Abiff représente le principe Christ immanent dans chaque âme ; crucifié, mort et enterré en tous ceux qui ne sont pas conscients de sa présence, mais résidant en tous comme une force salvatrice ; pour citer saint Paul – « Christ en vous, l’espérance de la gloire ». Ainsi, le temple de l’âme humaine, constitué primordialement des trois principes SAGESSE, FORCE et BEAUTÉ, en juste équilibre et proportion, et divinement déclaré « très bon », a dévié de cet état. Des trois piliers qui devraient la soutenir, la SAGESSE (la Gnose) est tombée et a été remplacée par un support flexible et changeant d’opinion spéculative ; La force (énergie dynamique divine) a remplacé la fragilité de la chair périssable ; et la beauté, cette forme rayonnante semblable à Dieu qui devrait orner l’homme et le rapprocher de son divin Créateur, a été remplacée par toute la laideur de l’imperfection. L’homme, alors séparé de toute relation consciente avec son principe vital et immortel, est maintenant prisonnier de lui-même et de sa nature temporelle inférieure. Il lui reste à revenir sur ses pas et à reconstruire son temple ; à ne plus rester esclave de ses illusions et des attraits des « possessions terrestres », mais à devenir un homme libre et un maçon, engagé à se façonner en une pierre vivante, pour le temple cosmique d’une humanité régénérée. Par conséquent, être installé sur la chaire du roi Salomon signifie, dans son vrai sens, retrouver une Sagesse que nous avons perdue et faire renaître en nous-mêmes l’Essence de Vie Divine qui est la base de notre être. En retrouvant cette sagesse, on retrouvera aussi tout ce qui est compris dans les termes Force et Beauté, car les trois piliers sont en association et en équilibre éternels. D’un autre côté, ne pas la retrouver, ne pas raviver l’Essence de Vie Divine, pendant notre séjour dans ce monde, c’est manquer l’occasion que nous offre la vie dans des conditions physiques, car l’état après la mort, comme l’enseignaient les Mystères Anciens, n’est pas un état de travail à ce travail, mais de rafraîchissement et de repos, où aucun progrès réel n’est possible. Le travail, entendu dans le sens défini ici, et le rafraîchissement qui s’ensuit, constituent un rythme d’activité et de passivité : un rythme semblable à celui que nous expérimentons quotidiennement en ce qui concerne la veille et le sommeil, le travail et le repos. Cependant, parler de rafraîchissement, dans le sens plus profond impliqué par la Franc-Maçonnerie, est encore plus difficile que de parler du Travail philosophique ; car il s’agit d’un sujet auquel peu de gens consacrent une réflexion profonde – le côté subjectif de la vie de l’âme par opposition au côté objectif qui, pour la plupart des hommes,C’est la seule qu’ils connaissent actuellement. Mais pour le sage, l’étude de la moitié subjective de la vie est aussi importante que celle de la moitié objective, et sans elle il ne peut pas compléter le cercle de sa connaissance de soi.

Même l’étudiant maçonnique observateur est conscient, par la formule utilisée lors de la fermeture de la Loge, que par un grand Gardien de la vie et de la mort, chaque âme est appelée dans ce monde objectif pour travailler sur elle-même, et est en temps voulu sommée de se reposer de ses travaux et d’entrer dans un rafraîchissement céleste subjectif, jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau rappelée au travail. Pour chacun, le « jour », l’occasion de travailler à son perfectionnement, est dûment donnée ; pour chacun, la « nuit » vient où aucun homme ne peut travailler à cette tâche ; le matin et le soir ne constituent qu’un seul jour créateur de la vie de l’âme, chaque partie de ce jour étant un complément nécessaire à l’autre. L’homme parfait doit unifier ces opposés en lui-même ; de sorte que pour lui, comme pour son Créateur, l’obscurité et la lumière deviennent toutes deux identiques. L’enseignement secret et universel sur ce sujet, commun à tout l’Orient, à l’Egypte, aux Pythagoriciens et aux Platoniciens, à tous les Collèges des Mystères, se trouve résumé aussi clairement qu’on pourrait le souhaiter dans le « Phédon » de Platon, auquel l’étudiant est renvoyé comme l’un des traités les plus instructifs sur le côté le plus profond de la science. Il témoigne du grand rythme de la vie et de la mort dont nous avons parlé plus haut et démontre comment l’âme, au cours de sa carrière, tisse et use de nombreux corps et migre continuellement entre les conditions objectives et subjectives, passant du travail au rafraîchissement et vice-versa à maintes reprises dans sa grande tâche d’accomplissement personnel. Et si Platon était, comme on l’a dit à juste titre, Moïse parlant le grec attique, nous ne serions pas surpris de trouver le même enseignement d’initié révélé dans les paroles de Moïse lui-même. Le psaume bien connu de Moïse ne déclare-t-il pas que l’homme est continuellement « conduit à la destruction », qu’ensuite une voix se fait entendre disant « Revenez, enfants des hommes ! » et que le monde spirituel subjectif est son refuge d’une manifestation objective à une autre ? Qu’est-ce qu’une paraphrase de cette grande parole de réconfort que la déclaration maçonnique selon laquelle, au cours de sa tâche de perfectionnement, l’âme est périodiquement appelée à des périodes alternantes de travail et de rafraîchissement ? Elle doit travailler, et elle doit se reposer de ses labeurs ; ses œuvres la suivront, et dans le monde subjectif, l’âme de chaque Frère recevra ce qui lui est dû pour son travail dans le monde objectif, jusqu’au moment où son travail sera achevé et qu’elle sera devenue « un pilier dans la Maison de Dieu et ne sortira plus » comme un ouvrier-constructeur dans cet atelier sublunaire.

« Priez pour la paix de Jérusalem ! Ceux qui l’aiment prospéreront. La paix est dans ses murs et l’abondance dans ses palais. Pour l’amour de mes frères et de mes compagnons, je dirai : Que la paix soit en toi. »
(Psaume CXXII)