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Franc-maçonnerie : l’art de se construire soi-même

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Dans un monde saturé de solutions miracles et de vérités préfabriquées, où les réseaux sociaux dictent souvent nos identités, la Franc-maçonnerie offre une voie singulière, à la fois ancienne et résolument moderne : celle de la transformation intérieure par ses propres efforts. Loin des clichés conspirationnistes qui la réduisent à des réunions secrètes et des symboles énigmatiques, cette institution fraternelle invite chaque individu à devenir l’architecte de sa propre personnalité. Plus qu’un mystère voilé, elle se révèle comme un atelier vivant où l’homme taille, pierre par pierre, la matière brute de son être.

Une initiation au-delà des apparences

Le port de Rhodes menacé par les Turcs : réception de compagnons près des fortifications Bibliothèque nationale de France

Pour le profane, le Franc-maçon évoque des images de cérémonies occultes, de rituels codés et de symboles cryptiques dévoilés seulement aux initiés. Pourtant, l’essence de cette tradition dépasse ces stéréotypes. Le mot « Maçon » tire son origine du français médiéval, désignant un artisan habile à modeler la pierre, tandis que « Franc-maçon » – du terme « Franc-maçon » – suggère une liberté de travailler en tout lieu, un écho de la conception démocratique qui anime cette confrérie. Dès le Xe siècle en Italie, les Maçons, d’abord « opératifs », bâtissaient des cathédrales et des châteaux avec des outils physiques. Avec le temps, ils ont troqué les marteaux et les ciseaux pour des outils symboliques, devenant « spéculatifs », dédiés à la construction d’un Temple intérieur.Ce Temple n’est pas de pierre ou de mortier, mais un édifice immatériel, façonné par la conscience et les vertus. Comme l’écrit un penseur maçonnique contemporain, « le Maçon est un bâtisseur de Temples, mais sans l’intervention de ses mains physiques : le Temple Intérieur ». Cette métamorphose reflète une évolution profonde : là où l’opératif polissait des blocs pour des édifices majestueux, le spéculatif utilise le symbolisme – sa « Sainte Écriture » – pour induire réflexion et méditation, ouvrant ainsi les portes de la conscience.

La pierre brute et l’art royal

Taille de la pierre cubique

Au cœur de ce cheminement se trouve la métaphore de la pierre brute. Dans le monde profane, l’homme est comparé à une pierre informe, marquée par des passions désordonnées, des préjugés, des dogmes et des vices. Cette matière première, bien que précieuse par son potentiel, est « irrégulière » et demande un labeur ardu. Avec des outils symboliques – l’équerre, le compas, le maillet –, le Franc-maçon s’attelle à tailler cette pierre, un processus qui exige discipline, persévérance et une volonté inébranlable. L’objectif ? Transformer cette rudesse en une pierre cubique parfaite, symbole d’une conscience élevée et d’une personnalité harmonieuse.

Ce travail, qualifié d’« Art Royal », est à la fois manuel et intellectuel. Sur le plan horizontal, l’homme travaille pour vivre ; sur le plan vertical, il vit pour travailler, élevant son Temple intérieur par la pratique des vertus. Chaque coup de ciseau symbolise un effort pour dompter l’ignorance, l’orgueil ou le fanatisme, tandis que le « salaire » promis n’est autre que le savoir et la sagesse acquis. En Franc-maçonnerie, ne pas s’investir dans cette tâche équivaut à « voler le nom de Maçon », une médiocrité que la confrérie réprouve. Le véritable ouvrier, en revanche, devient un temple de perfection, une œuvre d’art magistralement construite sur soi-même.

Un cheminement collectif et universel

Ce processus d’édification personnelle ne se vit pas en solitaire. L’atelier maçonnique, héritier des loges de tailleurs de pierre médiévales, est un espace de fraternité où les frères se soutiennent, se corrigent et s’inspirent mutuellement. Comme un échafaudage indispensable, cette solidarité renforce la délicate tâche de se façonner. L’objectif transcende le bien-être individuel : en cultivant la tempérance, la justice et la force d’âme, le Maçon devient un meilleur citoyen, contribuant à une société plus juste et éclairée.

La Franc-maçonnerie ne cherche pas à imposer une vérité unique, mais à encourager chaque initié à découvrir ses propres principes – Liberté, Égalité, Fraternité – par l’introspection et l’étude. Elle enseigne à bien penser, à développer l’intuition, à pratiquer le silence et à s’affranchir des dogmes. Ce chemin vers une « conscience ouverte » est un idéal, jamais pleinement atteint, mais toujours poursuivi. Comme le souligne un adage maçonnique, « être travailleur de soi-même est ce qui maintient la Franc-maçonnerie vivante depuis des siècles ».

Une réponse moderne à un monde en quête de sens

À une époque où l’on cherche des réponses rapides et une validation extérieure via les réseaux sociaux, l’approche maçonnique apparaît presque révolutionnaire. Alors que la société profane valorise les solutions instantanées, la Franc-maçonnerie insiste sur un travail intérieur, silencieux et constant. Son plus grand secret, accessible à tous mais rarement pratiqué, réside dans cette décision de devenir l’artisan de sa propre vie. En s’engageant dans cette quête, chaque Maçon nourrit spirituellement l’institution, tandis que ses efforts collectifs édifient une société meilleure, pierre par pierre.

Ainsi, loin des légendes obscures, la Franc-maçonnerie se révèle comme un art intemporel : celui de se construire soi-même, avec patience et humilité, pour mieux éclairer le monde.

Un appel à l’action qui, en 2025, résonne avec une urgence nouvelle dans un monde en quête de sens.

Le point de rencontre

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Il n’y a pas de chemin initiatique sans attirance vers un centre. Il n’y a pas de Franc-maçonnerie sans la recherche d’un lieu sacré où tout se rassemble, se réconcilie et se transmute. Ce lieu n’est pas sur une carte, il n’a ni murs ni frontières, et pourtant chaque vrai Frère et chaque Sœur authentique l’a cherché et, parfois, l’a entrevu. C’est le point de rencontre. Non pas un espace physique, mais un… Un point qui se trouve dans chaque cérémonie, chaque geste rituel, chaque mot prononcé en silence.

C’est l’ umbilicus mundi , le centre symbolique d’où tout émane et vers lequel tout retourne. C’est la lumière dans la chambre noire. La graine qui porte en elle la mémoire de l’arbre. La Franc-maçonnerie a toujours attribué une valeur inestimable au concept d’équilibre et de centralité.

Ce n’est pas un hasard si dans de nombreuses loges est évoqué le symbolisme du point à l’intérieur du cercle : une image parfaite de l’homme qui, placé au centre de son propre univers, affronte les limites, les directions et les frontières qui l’entourent.

Au milieu des statistiques virtuelles.

La vertu se trouve au milieu.

les Latins avaient déjà prévenu. Et ce moyen n’est pas la médiocrité, mais l’art subtil de savoir rester ferme au cœur des polarités.

Éliphas Lévi, maître de l’occultisme du XIXe siècle, a écrit :

Le point est le commencement. Sans point, pas de ligne ; sans ligne, pas de surface ; sans surface, pas de corps. Ainsi, le point est l’origine de toute création.

Ici, nous pouvons percevoir le lien entre microcosme et macrocosme : chaque individu, en tant que point, contient en lui-même le potentiel infini du Tout. Trouver le point de rencontre, c’est alors retrouver sa nature la plus authentique, le lien secret qui nous unit au cosmos.

Dans le monde maçonnique, le point de rencontre est la réponse à une fracture originelle. L’homme est divisé, séparé : de lui-même, des autres, du divin. Le rituel existe pour guérir cette fracture. Non pas pour l’effacer, mais pour l’illuminer.

Réconciliatio oppositorum.

Réconcilier les contraires.

C’est l’œuvre de l’Initié.

Feu et eau, Soleil et Lune, parole et silence. Et ce n’est qu’au milieu, au cœur battant du Temple, que cela est possible. La plus puissante des vérités initiatiques se cache dans le sol à damier, qui comprend à la fois le noir et le blanc : le centre ne juge pas, le centre intègre.

Pourtant, on n’atteint pas le centre en restant immobile. Il faut marcher, trébucher, s’effondrer, et seulement alors, retrouver son calme. Il ne suffit pas de dire « Je veux te rencontrer » : il faut être prêt à être rencontré, à être transformé.

Le point de rencontre, dans son essence maçonnique, est le lieu de la transmutation. Il ne s’agit pas de médiation, mais de fusion. Non pas de compromis, mais d’élévation. C’est la flamme bleue qui n’apparaît que lorsque deux polarités opposées cessent de se combattre et choisissent de se reconnaître.

Jung parle d’ individuation : le processus par lequel on devient soi-même en incluant ce qu’on a rejeté.

Quod in aliis videmus, in nobis agnoscimus

Ce que nous voyons chez les autres est ce que nous n’avons pas encore reconnu chez nous-mêmes.

En Franc-maçonnerie, cela se produit chaque fois qu’une Loge s’ouvre, chaque fois que les Lumières sont allumées, chaque fois que des mains sont enchaînées. C’est bien plus qu’un rituel formel. C’est une liturgie de la conscience.

Quand les frères trinquent

Aux pauvres et aux affligés dispersés sur terre et sur mer

ils prononcent une ancienne formule alchimique :

Je vois dans l’autre le fragment de moi-même que j’ai oublié.

Pas très Covid friendly, tout ça!

Même le banquet, l’Agapè, n’est pas seulement convivialité. C’est l’épiphanie du point de rencontre. La table, disposée en fer à cheval ou en demi-cercle, orientée selon les mouvements célestes, devient le lieu où s’entremêlent espace sacré et temps mythique.

La nourriture nourrit non seulement le corps, mais évoque aussi des souvenirs archétypaux : l’œuf, la renaissance ; le pain, le partage ; le vin, le sacrifice et la joie. Chaque geste à table fait écho à d’anciens mystères. Et le silence qui ponctue les toasts est peut-être la plus puissante des rencontres.

Dans le Corpus Hermeticum, nous lisons :

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Le point de rencontre est le seul endroit où cette vérité se révèle pleinement. C’est l’instant où ce qui semblait lointain – le ciel, le sens, l’autre – devient proche, intérieur, palpable. C’est le centre où le Divin se laisse toucher.

C’est pourquoi le Maçon ne cherche pas la vérité à l’extérieur : il la construit au centre, au cœur du Temple et dans le cœur de son Frère. Le centre n’est jamais un point d’arrivée. C’est une invitation éternelle. Un magnétisme qui nous maintient en vie, agités, vigilants.

Le point de rencontre est, en fin de compte, une promesse. Que, malgré les fragilités du monde, nous pouvons encore trouver un lieu où nous pouvons être entiers. Où les mots ne séparent pas, mais unissent. Où le silence est présence, non absence. Où la Lumière n’aveugle pas, mais guide.

Et peut-être, Frère, Sœur, sommes-nous ce point. Chaque fois que nous choisissons le chemin difficile de l’Écoute. Chaque fois que nous rompons le pain, sans jugement. Chaque fois que nous construisons des ponts, sans frontières.

Dans ces moments-là, ne serait-ce que pour un instant, le monde se rassemble à nouveau. Et le centre brille, unissant tout.

Evolution…

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Avant-propos

On mélange tout, par exemple naturisme et libertinage. On entend même dire que dans certains centres naturistes réputés on pratique l’échangisme… Sous prétexte de vivre dans une tendance évoluée au niveau des mœurs on n’hésite pas, sur les réseaux sociaux, à banaliser par exemple « le plan à trois » comme un jeu érotique inévitable et nécessaire à l’épanouissement, lequel se doit maintenant de faire partie de notre vie.

« Les réseaux sociaux valident les nouveaux comportements à venir »

tout comme certains médecins de plateaux valident parfois des recherches un peu douteuses.

Les nouveaux précurseurs qui se croient investis de nouvelles philosophies n’ont à mon avis rien inventé. Un vent de contestations a soufflé depuis paraît-il les années 1968, il nous aurait conduit à la libération politique des mœurs et de la sexualité et dans les autres domaines tels que sociaux et politiques vers des apogées qui relèvent parfois de l’expérimentation.

« Chaque époque propose de nouveau les mêmes questionnements »

et les relèguent au même rang des « marronniers » de la presse afin d’élargir cette pseudo culture censée nous faire progresser et élever notre niveau vers une plus grande connaissance et vers une simplification intellectuelle des symboles.

Notre appartenance à la Franc maçonnerie peut-elle changer notre regard sur les mœurs et ce type de nouveaux comportements ?

Coluche dans un sketch où il évoluait dans un centre naturiste faisait dire à une femme à qui il avait dit « je vous aime » : « je vois ! ». J’aborde un sujet délicat, mais en Franc-maçonnerie nous pratiquons la tolérance. Ceci dit j’ai un grand respect de l’intimité et j’en resterai là. Cependant Il faut avouer que des situations peuvent parfois paraître assez causasses et prêter à sourire également en franc-maçonnerie dans nos loges

Mon propos n’est pas pas d’aborder une étude qui risquerait de déboucher sur une pseudo conclusion psychologique du comportement humain et de ses dérives. Je l’ai souvent dit je n’en suis pas capable car pas qualifié pour.

Je survole, j’en reste à ce type d’analyse. Je ressens fortement en examinant la situation de la franc-maçonnerie, un parallèle avec le contenu que je viens d’évoquer dans le succinct « avant propos » de cet article. Dans ce cas il y a volontairement absence de thématique maçonnique.

« Nous avons ouvert la franc-maçonnerie au monde profane, ce qui est un choix certes inévitable »

mais qui peut nous conduire à des analyses et des situations elles aussi plus proches du monde de la vie de tous les jours que nous côtoyons sur les réseaux sociaux…

La parole circule sur le net et je pense à Coluche qui pourrait dire aujourd’hui: « je me marre Lol ! »

Enfin, quelques fois en visionnant ce que l’on appelle « les perles ou les pépites » nous finissons par découvrir des analyses dignes d’intérêt.

C’est le jeu et le prix à payer.

La culture au rayon des supermarchés pour lui donner un nouveau label afin de la reléguer dans le circuit digne des campings culturels validés.

Je me demande ce qu’en pense Le Grand René dans la vidéo ci-dessous :

La carte postale du 12 octobre : Saint-Étienne, l’escalier des deux arts

Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique,

Nous gravissons les marches de l’Hôtel de Ville comme nous montons vers l’Orient. De part et d’autre, deux gardiennes veillent, dressées depuis 1872 par la main d’Étienne Montagny (1816-1895). La Métallurgie et La Rubanerie ne sont pas juste des ornements civiques : elles forment un porche initiatique, un seuil où la cité industrielle se dit à la manière d’un Temple.
Elles parlent un langage que nous reconnaissons, celui des ateliers où l’on dompte la matière et des métiers où l’on tisse les liens invisibles. Ici, l’acier et le ruban, le feu et la trame, la force et la patience se répondent comme deux colonnes gémellaires.

L’hôtel_de_ville

Étienne Montagny (1816-1895) : un sculpteur stéphanois au service d’une « ville-atelier »

Sculpteur stéphanois, né au cœur d’une cité qui devient au XIXᵉ siècle l’un des laboratoires de la modernité industrielle, Étienne Montagny inscrit son œuvre dans la matière même de la ville : la fonte, l’acier, la mécanique des gestes et la mémoire des métiers. Il n’est pas seulement un praticien du style académique ; il est un ordonnateur de symboles, un metteur en forme de l’identité civique. En 1872, au lendemain des grandes secousses politiques et sociales, il reçoit la commande de deux allégories destinées à encadrer la montée du grand escalier de l’Hôtel de Ville. Le choix de la fonte – le métal industriel par excellence – ancre les statues dans l’économie morale et matérielle de Saint-Étienne.
Étienne Montagny, que l’on retrouve aussi auteur de deux cariatides disparues intitulées Le Jour et La Nuit, aime composer par diptyques : il pense la cité comme une balance d’opposés à réconcilier. Cette logique traverse son œuvre publique : portraits d’acteurs de l’essor technique, figures allégoriques, programmes décoratifs qui parlent à tous, parce qu’ils mettent la vertu au centre et le labeur en haut de l’escalier. Nous honorons aujourd’hui ce statuaire non pour la seule élégance de sa main, mais pour sa capacité à donner aux métiers un visage, et à la cité un récit.

Saint_Étienne-Les_industries_mécaniquesLa Métallurgue

La Métallurgie : le feu réglé et la transmutation de soi

Le forgeron, presque nu – nudité improbable à la forge mais éloquente au plan symbolique – incarne le courage de s’exposer au feu purificateur. Nous reconnaissons sous ses traits l’archétype du forgeron primordial, Vulcain pour les anciens, Tubalcaïn pour la mémoire biblique : celui qui reçoit le feu, l’enferme dans un foyer, le règle par le souffle, et, par l’art des coups mesurés, transmute la masse inerte en forme juste.
Que fait l’initié, sinon la même œuvre au dedans ?
Il allume en lui le brasier des vertus actives, maîtrise ses scories, tempère ses ardeurs, éprouve ses angles, jusqu’à ce que sa pierre porte sans écraser et relie sans rompre. La forge est un laboratoire d’alchimie. Le Soufre y anime, le Mercure y relie, le Sel y fixe ; la matière résiste, puis consent. Le maillet frappe, mais c’est l’Équerre qui décide, et le Compas qui élève. Nous entendons, dans le silence martelé du marteau, l’antique leçon : la violence du feu ne sauve rien, seule la mesure ouvre à la beauté.


Étienne Montagny compose ici une véritable grammaire opérative : l’enclume comme fidélité à l’axe, l’outil comme volonté réglée, l’attitude comme assomption de la peine. La Métallurgie n’est pas l’apologie de la force brute ; elle est l’éloge de la force qui consent à la loi. Elle nous rappelle que la pierre brute devient pierre cubique à la condition d’être éprouvée, trempée, polie – et que la Force ne vaut que conductrice de Justice.

Saint_Étienne-La_rubanerie_et_la_passementerie

La Rubanerie : la trame invisible et l’égrégore qui relie

Face à lui, la passementière demeure vêtue. C’est une femme tenant dans sa main droite la navette des tisseurs et à ses pieds le mécanisme Jacquard.
Elle ne brandit pas la force mais ordonne le temps. À la navette qui va et vient, nous voyons se nouer la figure même de l’égrégore : fils parallèles, tension juste, alternance régulière, patience têtue. Le ruban n’est pas un luxe superflu, il est la signature de la trame. Il ceint, distingue, rassemble ; il épouse la courbe des choses et les rend lisibles.
Nous y lisons une pédagogie fraternelle : rien n’existe seul, tout s’attache, s’ourdit, se trame. Le métier à tisser, avec sa chaîne et sa trame, nous enseigne la loi du Temple : la verticalité des principes ne tient que si l’horizontalité des liens demeure solide. Le Maître d’œuvre n’impose pas mais compose. Sa victoire n’est pas d’avoir dominé, mais d’avoir accordé.
Dans la Rubanerie, Étienne Montagny ne célèbre pas l’ornement pour l’ornement : il montre la syntaxe du monde. Chaque fil est une conscience ; chaque passage de navette, une rencontre ; chaque motif, une fraternité devenue visible. L’allégorie fait œuvre de méthode : unir sans confondre, distinguer sans séparer, orner sans étouffer. Cette Beauté de relation est, pour nous, un devoir d’atelier.

L’académisme retourné en éthique

Qu’Étienne Montagny ait choisi la langue académique n’ôte rien à la vigueur de la leçon. Oui, les corps idéalisés occultent les déformations et la misère du labeur. Mais c’est précisément là que l’interprétation initiatique renverse la stratégie sociale de l’époque : sous le vernis triomphant de la Révolution industrielle, nous rétablissons la dignité des ouvriers, femmes et hommes, comme véritables artisans de la cité. Nous savons que l’idéalisation peut tromper ; faisons-en une injonction à la justice.
L’art, lorsqu’il pare la souffrance, doit à la Fraternité le devoir de mémoire.
Quiconque monte cet escalier est invité à se souvenir que l’ornement public a un coût humain, et que le Temple, pour être beau, doit d’abord être juste.

Polarités réconciliées : le seuil, la balance, la voie

Il n’est pas indifférent que l’auteur ait sculpté ailleurs Le Jour et La Nuit, cariatides disparues mais parlantes. Jour/Nuit, Métal/Tissu, Force/Patience : trois diptyques pour une même sagesse, celle des polarités réconciliées. Le Temple n’est pas un camp ; il est une balance. Nous n’opposons pas la main qui frappe à la main qui tresse : nous les faisons travailler ensemble. La puissance sans douceur brutalise ; la douceur sans puissance abdique. Dans la forge, la trempe exige l’eau ; sur le métier, la trame exige la tension. La voie royale tient dans ce double consentement : brûler assez pour purifier ; tenir assez pour relier.

Les outils comme vertus

Regardons encore les outils. Au forgeron, l’enclume, l’étau, le marteau ; à la rubandière, le peigne, la canette, la navette. Dans nos loges, ces outils deviennent des vertus : fermeté, rectitude, constance ; délicatesse, précision, patience. Nous ne sommes pas convoqués à l’ébahissement patrimonial mais à l’examen de conscience. Que faisons-nous de notre force ? Que faisons-nous de nos liens ? Savons-nous tempérer la première et nourrir les seconds ? Chaque tenue nous remet à cet escalier : descendre au cœur de la matière, monter vers la lumière, tenir la pente entre les deux.

Le viatique des deux arts

Alors, la ville-atelier devient Temple vivant. Saint-Étienne parle à toutes les cités : nous sommes ce que nous faisons de nos mains et de nos liens. La Métallurgie nous apprend à frapper juste, La Rubanerie à nouer juste. L’une nous garde des angles qui blessent ; l’autre des fils qui étranglent. Ensemble, elles composent la devise de tout chantier spirituel : transformer sans mutiler, unir sans confondre. Au terme de l’ascension, nous ne voyons plus deux statues, mais une seule leçon : la Beauté naît de la Justice quand la Force et la Tendresse acceptent de s’accorder.
Il suffit, pour qui sait voir, d’un pas en retrait et d’un salut silencieux. Nous posons la main sur la pierre froide de la rampe comme sur la pierre brute de nos commencements. Nous respirons la poussière des ateliers, la chaleur des forges, le murmure des métiers à tisser. Nous entendons la ville battre comme un cœur d’atelier. Et nous recevons, en guise de mot de passe, ce simple viatique : travaille ta matière, tisse tes liens. Le reste – la lumière, la paix, la joie – viendra à son heure.

Blason de la ville

Saint-Étienne tire son nom de Sanctus Stephanus, traduction française d’Étienne, lui-même issu du grec Stéphanos qui signifie « couronne ». La ville, familièrement dite « Sainté », fut rebaptisée Armeville pendant la Révolution française, en écho à son puissant foyer métallurgique et armurier. Chef-lieu du département de la Loire, elle se situe à environ 60 km au sud-ouest de Lyon et 130 km au sud-est de Clermont-Ferrand, au cœur de l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Pour nous, le nom dit déjà un symbole : la « couronne » nimbant Étienne annonce la vocation d’une cité-atelier où l’effort se fait dignité, et où le labeur – du fer aux rubans – cherche sa consécration dans l’œuvre commune.

Que cette carte postale vous guide vers l’intérieur, où la vraie Loge est le cœur. Bons baisers de Saint-Étienne, ville des Frères et Sœurs éternels !

Saint-Étienne, panoramique

Illustrations : Wikimedia Commons ; http://www.nella-buscot.com/

De la mêlée au Temple : le rugby comme initiation

Ce texte ne cherche pas l’image rare. Il cherche la tenue. Olivier Chebrou de Lespinats pose le rugby comme école de l’accord et la franc-maçonnerie comme école du sens. Dans l’une comme dans l’autre, la même question demeure. Comment rester droit, comment transmettre, comment avancer ensemble.

Cette évidence tient à la vie même d’Olivier Chebrou de Lespinats. Nous entendons parler un homme qui a respiré la craie des lignes blanches et la poussière des parquets de Temple. Il a porté le maillot tricolore chez les moins de vingt et un ans, il a connu le Paris Université Club, les vestiaires au cuir humide et les fins d’après-match où la voix baisse pour laisser passer la gratitude. Officier parachutiste, il a appris l’exemple plutôt que le commentaire, la sobriété plutôt que le geste qui se met en avant. Dans l’Ordre, il a pris place, il a ordonné les travaux, il a fondé et présidé, il a conduit au REAA la méditation d’un rituel qui ne promet rien qu’il ne puisse exiger. Cette double fidélité éclaire chaque page. Rien de théorique. Une expérience tenue par l’exigence du service et par la parole donnée.

Ballon de rugby
Ballon de rugby

Dès lors, le terrain n’est pas décor.

Il devient l’espace d’une conscience mise à l’épreuve. Les lignes ne sont pas des barrières. Elles deviennent des appuis. Nous y lisons un rappel discret. Rien ne s’obtient sans la juste place et sans l’angle maîtrisé. Le rectangle d’herbe travaille les corps à la mesure. Il contraint la fougue pour en faire un élan. L’adversaire n’est pas un ennemi. Il devient révélateur. Un plaquage net peut ressembler à une accolade rude. Nous y reconnaissons la présence réelle de l’autre, non sa négation. Cette anthropologie du choc loyal se transpose naturellement dans la dialectique du combat intérieur. Le rite polit ce qui déborde et ne réduit pas la vigueur du désir. La ligne du terrain devient axe moral. Le match se fait catharsis. Le respect forme une école d’humanité.

Le vestiaire bat comme un cœur.

Avant le jeu, il écoute. Après, il recueille. Là se tiennent les larmes sans honte, le rire de fatigue, la main qui s’attarde sur l’épaule. La voix du capitaine n’impose rien. Elle incarne. L’art du commandement consiste à tenir les fils et non à les tirer. Dans le Temple, le Vénérable dispose le temps et la parole. Sur le pré, le capitaine connaît les rythmes invisibles et porte le groupe vers son visage le plus juste. Nous lisons une fraternité des regards, un langage nu qui précède les mots et vaut bien des discours. Ce cercle qui se forme avant de sortir rappelle la chaîne d’union. Il ne consacre ni vainqueurs ni vaincus. Il consacre la probité de l’effort partagé.

La mêlée concentre la leçon.

Architecture vivante, liturgie musculaire, elle demande science de l’appui et générosité du don. Trois devant pour prendre l’impact, deux secondes lignes pour propulser, deux troisièmes lignes pour stabiliser, un huit pour tenir l’axe et relancer. Cette ordonnance réveille la mémoire des nombres qui structurent le Temple. Le trois qui fonde, le cinq qui éclaire, le sept qui rend juste et parfait. La mêlée devient un édifice en mouvement. Le moindre angle perdu et l’ensemble se défait. La puissance ne vaut que soumise à l’accord. Le courage se reconnaît à la confiance donnée. L’avancée véritable suppose de renoncer au forçage. Nous touchons à une chevalerie du lien.

La passe est l’âme de ce monde.

Elle refuse la capture solitaire pour laisser courir un dessein plus vaste que nos jambes. Le ballon devient parole. Il voyage de main en main comme une pensée que le groupe comprend avant de l’entendre. L’alignement récapitule l’art du redressement. Chacun à sa place, ancré et disponible. Nous retrouvons ce que l’initiation réclame à chaque degré. Justesse du geste. Modestie du rôle. Fidélité à une voix intérieure qui sait attendre le tempo favorable. L’essai ne se gagne pas seul. Il se reçoit. Celui qui plonge n’est pas celui qui se relève. Nous avons changé, ne serait-ce que d’un souffle.

Le livre tend un miroir trop rarement proposé.

Le rugby des femmes y brille d’une lumière nette. Dans la discrétion des stades, loin des projecteurs voraces, s’accomplit une initiation sans faste. Des noms, des trajectoires, des fidélités. Jessy Trémoulière, Gaëlle Hermet, Sarah Hunter, Portia Woodman, Kendra Cocksedge, Marjorie Mayans. Chacune affirme que l’esprit de corps ne connaît pas le genre. Chaque plaquage réaffirme un droit d’exister. Chaque passe devient acte de reconnaissance. La capitainerie sonne comme un soin, non comme une bannière. La loge au féminin cherche la même élévation et demande la même rigueur. Le texte pose cela avec gratitude. La fraternité se dit aussi sororité. Le Temple se construit pareillement. Essai après essai. Pierre après pierre.

La sortie a sa dignité.

Deux rangs s’ouvrent et forment le couloir d’hommage. L’adversaire salue l’effort accompli. Le geste prolonge la noblesse du jeu. Il répond au départ ordonné des officiers lorsque la Tenue se clôt sans perdre son sens.

Puis vient l’hospitalité.

Pain. Vin. Chanson peut-être. Moquerie qui guérit. Nouvelles qui circulent. La troisième mi-temps n’a rien d’un folklore creux. Elle répare et elle unit. Elle ressemble à une agape profane où le sacré trouve sa table. Nous y déposons la fatigue à côté de la gratitude. Nous y mettons en réserve ce que nous avons reçu. Nous y faisons place à ceux qui viendront.

Olivier de Lespinats
Olivier de Lespinats

Si le propos touche juste, c’est que la voix d’Olivier Chebrou de Lespinats traverse sans se hausser. Nous sentons l’éducateur, l’entraîneur, le dirigeant. Nous entendons le Frère qui a conduit des ateliers et qui sait que la verticalité n’annule jamais l’horizontalité. Le lecteur familier de son œuvre retrouve ce fil. Dans Dieu et la Conscience maçonnique, il explore le passage de la règle au Principe et l’exercice d’une présence intérieure qui n’éloigne pas de la cité. Dans La Voie du Maître Maçon, il médite la transformation par le rite et la manière de tenir la parole reçue. Ces livres entourent celui-ci comme des compagnons discrets. Ils partagent une même patience. Ils refusent la grandiloquence. Ils cherchent la tenue.

Des auteurs se tiennent en arrière-plan, compagnons de route plutôt que cautions. Jean Tourniac pour l’axe métaphysique. Jean-Pierre Bayard pour les figures vivantes du symbolisme. Jean-Baptiste Willermoz pour la discipline intérieure. Roger Dachez pour la clarté historique. Louis-Claude de Saint-Martin pour la voix du cœur. Cette constellation n’écrase rien. Elle nourrit la marche.

Nous refermons ces pages avec la sensation d’avoir traversé un terrain qui ressemble à notre propre vie.

Les victoires ne s’y additionnent pas. Elles se respirent. Elles se mesurent à la qualité de la main tendue et à la sobriété du pas suivant. L’ouvrage rappelle une chose simple et haute. Il existe un art de former des êtres debout. Le rugby le propose par le geste juste et par la loyauté en acte. L’initiation l’exige par la discipline du rite et par la lumière qui ne se crie pas. Entre l’ovale et le compas, il n’y a pas juxtaposition. Il y a passage. La fraternité n’est pas un mot. Elle s’éprouve. Elle se donne. Elle se reçoit. À cet endroit précis, le jeu rejoint la voie. Il la rend visible. Et nous rend plus capables de la vivre.

Rugby et franc-maçonnerie – L’ovalie intérieure

Olivier de Chebrou de LespinatsCépaduès, coll. de Midi, 2025, 166 pages, 20 €

Éditions Cépaduès – Transmettre les Savoirs, le site

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Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung : (5/6) « L’expérience numineuse des archétypes »

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La pensée analogique est la troisième grande méthode d’éveil initiatique des Maçons, avec celle des pas de côtés et des pensées cycliques, trois procédés stimulant l’intelligence et structurant le mental pour accéder au royaume de l’imaginaire où règne le chaos. Pour être souverain en ce royaume imaginaire et y faire régner l’ordre, l’être conscient doit descendre en son subconscient et affronter les forces désordonnées qui le parcourent en tous sens, pour apprendre à les connaître, les apprivoiser, les unifier et coordonner leurs actions.

Il scelle par là même un pacte entre le subconscient et le conscient devenus deux forces aux puissances complémentaires alliées au service d’une unité indivise, enveloppées l’une et l’autre par une lumière commune qui les transcende, et cet ordonnancement des forces cosmiques doit être respecté, au risque de tout perdre et d’anéantir tous les efforts faits pour relier le conscient et le subconscient. Cet anéantissement est symbolisé par le mythe d’Orphée, coupable de s’être retourné vers son subconscient avant d’atteindre la lumière commune transcendant le conscient et le subconscient.

Le Sublime Docteur Orphique, 55è degré de la Maçonnerie égyptienne, confère une dimension dramatique inégalée à la cinquième étape du voyage vers l’individuation de C.G. Jung et le Soi Atman, où la « numinosité » des archétypes découverts lors des étapes précédentes (le trauma, la persona, les ombres, et le couple anima/animus) est à l’œuvre en puissance dans la psyché. C’est toute l’énergie des archétypes qui se découvre et se manifeste à ce degré à travers le mythe d’Orphée. Les archétypes sont des formes instinctives des représentations mentales, et sont issus des instincts les plus anciens de la bio-psychologie humaine qui conditionnent et déterminent les pensées ou les perceptions reliant la personne à son environnement. Ils ne sont pas de simples traces mnésiques ou cognitives, mais sont avant tout une forme donnée à un potentiel d’énergie psychique.

Archetypes

Ils représentent les thèmes universels à la source de toute interrogation humaine sur son devenir ou sa nature, et forment un champ de significations regroupant la totalité des représentations humaines, semblable au champ physique énergétique généré par un groupe d’électrons. Les symboles archétypiques sont ainsi corrélés les uns aux autres, Jung les dit « contaminés » les uns par les autres. La « loi de contamination » est le concept au moyen duquel Jung décrit cette réalité, impossible à schématiser tant les archétypes sont fusionnés et tant l’espace imaginaire humain est étendu. Ils forment un ensemble idéel aux limites indéfinies, structurent et bornent la conscience humaine, et leurs thèmes se font mutuellement écho.

Les degrés de la Maçonnerie égyptienne traversés par les Maçonnes et les Maçons reflètent cette diversité d’archétypes prêts à éclairer leur imaginaire tout en les comblant d’énergie. Les archétypes sont répartis sur l’échelle des degrés de cette Maçonnerie pour qu’en se reliant les uns aux autres ils s’appuient les uns sur les autres et fassent levier pour délivrer les forces primaires de la nature humaine qui n’attendent que cela pour se déployer en puissance. Ces structures « contaminées » deviennent ainsi « contaminantes » et propulsent l’imaginaire des initié(e)s dans d’inimaginables révélations « dérangeantes » sur soi-même et le monde environnant.

Dieu grec et égyptien

Mais à force de se laisser « contaminer » pour la bonne cause et de se dé-ranger soi-même pour en recueillir les bienfaits psychiques, les initié(e)s peuvent aussi être tentés de déranger le monde environnant, et sont invariablement sanctionnés en retour pour ce dérèglement. Car il ne faut pas mélanger les plans spirituel et matériel, divin et humain, qui doivent d’abord être découplés l’un de l’autre pour bien se développer et fonctionner, avant de tendre l’un vers l’autre grâce à la présence active des archétypes qui les relient l’un à l’autre. Les mythes de l’Ancienne Égypte et de la Grèce Antique, vécus et intégrés mentalement par les peuples égyptien et grec, témoignent de ce décalage préalable entre les humains et leurs dieux. Ce décalage est destiné à être réduit jusqu’à disparaître dans la conscience cosmique des égyptiens, alors qu’il est maintenu et entretenu par la pensée des grecs. Les égyptiens « pensaient leurs dieux » et les intégraient en eux-mêmes jusqu’à devenir des dieux en puissance, et les grecs « pensaient à leurs dieux » en les maintenant toujours à distance, une attitude mentale détachant le Dieu du peuple de soi-même au fondement de la pensée judéo-chrétienne.

L’ Égypte fut le terreau, la terre noire (kemet) de la philosophie et des connaissances scientifiques des grecs anciens, mais à quel niveau ? À l’époque, comme aujourd’hui, il y avait deux niveaux de connaissances : exotériques délivrées au plus grand nombre, et ésotériques réservées à des initié(e)s lors de cérémonies secrètes dans des lieux où les grecs comme Hérodote, le grand historien, n’avaient pas accès. Il le dit dans son livre « Histoires » à propos d’un immense labyrinthe souterrain : « les Égyptiens gouverneurs du labyrinthe ne permirent point qu’on me les montrât« . Et on peut deviner pourquoi quand on met en regard la pensée égyptienne où la magie et les forces invisibles sont très actives et la pensée grecque où ne règne que la raison.

Les forces qui se concentrent et s’expriment dans la psyché sous la forme d’archétypes ont pour fonction de la propulser à un niveau de conscience transcendante. Jung postulait que la vraie essence de l’archétype est transcendante, la conscience ne pouvant la percevoir mais juste la pressentir. L’archétype transgresse ainsi la réalité psychique, évoluant dans sa forme inconsciente et indéterminée dans un non-lieu et un non-temps où règne la « synchronicité« , où le sens de l’existence est donné par des événements a priori déconnectés les uns des autres et pourtant donnant ensemble un sens inattendu à la vie. Dans ces grands moments de révélation, l’âme ressent un sentiment de vertige et d’arrêt devant le grand vide du tout cosmique indéterminé qui l’attire.

Le mythe d’Orphée évoque le grand choc de l’âme qui se produit en ce moment charnière déterminant la poursuite de l’élévation spirituelle, l’état « numineux » qu’il engendre marquant cette cinquième étape vers l’individuation de C.G. Jung. En ce moment de tension extrême, l’avenir et la croissance spirituelle se réalisent devant soi et non derrière soi, car l’avenir contenu dans la dimension cosmique qui s’annonce contient et sublime tout du passé, du présent, et de l’avenir, un tout incommensurable et insécable absolument et définitivement.

Mais Orphée néglige cette règle ultime, lui qui sublime toute réalité matérielle et spirituelle, et charme de sa lyre la Nature, les humains, et les dieux, perdant ainsi tout sens des lois et des limites aux forces qui existent et s’exercent à tous les niveaux dans l’univers, y compris sur ses charmes apparemment sans limites. Et il se retourne vers son amour immédiat incarné par Eurydice revenant des enfers, mettant au même niveau l’amour cosmique et l’amour humain, alors que le cosmique est la matrice de l’humain, une puissance exigeant de lui qu’il patiente (la Patience, vertu alchimique) et attende la lumière du jour, du grand jour quand son amour et lui sortiront des enfers.

Orphée, pris de vertige en cet instant déterminant, choisit ainsi de ne pas attendre et de se retourner au lieu de poursuivre avec Eurydice sa remontée des enfers vers la lumière, et ce faisant, annihile son union fusionnelle avec elle, l’œuvre d’amour de toute sa vie, semblable à une « Œuvre au blanc » alchimique brutalement interrompue. En se retournant sans attendre le terme lumineux de son œuvre sacrée, il confond le temps sacré et le temps matériel de la montre et réduit l’un à l’autre, ce qui a pour effet de détruire toute l’œuvre déjà effectuée, car on ne compose pas et on ne fait pas montre d’impatience matérielle au temps cosmique et sacré de l’être.

Autrement dit, il doit croire comme un alchimiste à la dimension cosmique de son œuvre de transmutation intérieure, et l’incarner pour qu’elle se réalise, sinon elle disparaît de ses pensées et de son horizon mental. « C’est ici le vrai portrait des Artistes impatients qui s’ennuient de la longueur de l’œuvre. Ils aiment la Pierre éperdument ; ils aspirent sans cesse après l’heureux moment où ils la verront dans le séjour des vivants, c’est-à-dire sortie de la putréfaction et revêtue de l’habit blanc, indice de joie et de résurrection. Mais cet amour outré les pousse à ne pas attendre le terme prescrit par la Nature. Ils veulent la forcer à précipiter les opérations, et ils gâchent tout. C’est pourquoi, dit Basile Valentin, chaque Artiste, diligent opérateur des effets merveilleux de l’Art et de la Nature, doit prendre garde de ne pas se laisser emporter par une curiosité dommageable, de peur qu’il ne recueille rien, et que la pomme des Hespérides qui aurait dû avec le temps parvenir à une maturité parfaite, ne lui tombe des mains. » (Dom Pernety, Fables Égyptiennes et Grecques)

Ce temps est celui de la dialectique du Moi et de l’inconscient archétypal, sixième et dernière étape de l’Opus alchimique vers l’individuation.

Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

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Motus ou cartes sur table

Dans toutes les bandes humaines — qu’elles fassent du son, de la bouffe, du spirituel ou de l’associatif — y’a toujours ce tirage entre ce qu’on cause et ce qu’on garde sous le coude. La musique, tu vois, c’est l’exemple parfait : trop d’bruit et tout s’casse la goule ; trop d’mutisme et y’a plus d’air dans l’biniou.

Pareil pour les groupes : faut jongler finement entre la clarté (qui montre, éclaire et fait confiance) et le silence (qui protège, rassemble et évite les embrouilles). Depuis les moines jusqu’aux musiciens, en passant par les frangins des loges, on l’a pigé : la longévité d’une bande, c’est une question d’équilibre entre parler juste et se taire à temps.

Le silence, c’est pas rien. C’est le vrai bruit de l’écoute. Dans une bande soudée, c’est là qu’le lien s’fait, peinard. C’est l’instant où chacun range son ego et tend l’oreille à l’autre.

« Le silence, c’est l’endroit où la musique prend forme. »— Debussy, un mec qui savait se taire pour mieux causer.

Le silence, c’est pas du vide, c’est d’la matière fraternelle :

  • silence pour écouter sans couper la parole,
  • silence pour pas juger,
  • silence avant d’ouvrir sa boîte à camembert.

Les moines, les zicos, les Francs-maçons — tous ont capté l’truc : une bande bien réglée, c’est comme un orchestre. Chacun sait quand fermer sa boîte à paroles pour laisser la respiration commune faire sa musique.

Mais attention : trop de silence, et ça sent l’secret qui pue. Une communauté, ça vit aussi de clarté — faut que la lumière passe, sinon ça moisit.

La transparence, c’est pas raconter sa vie ni faire la confession sur la place publique. C’est juste montrer ce qui concerne tout l’monde : les décisions, les intentions, les valeurs.

« La lumière, c’est bien, mais faut pas qu’ça crame tout. » — Hannah Arendt, une nana qui savait causer juste.

De nos jours, y’a quand même un blème, tu vois : y’en a qui voudraient s’servir du silence pour boucler le clapet à ceux qu’aimeraient jouer franc jeu, histoire d’montrer qu’on n’a rien à planquer et qu’on bosse réglo !

Ces gu-guss tu vois, faut qu’y fassent attention ! A ce jeu là, la chambrée, elle risque de tourner au vinaigre ! Tu vois ce que je veux dire !

Dans un orchestre, c’est le geste clair du chef ; dans une asso, c’est la parole qui circule, les comptes nickel, la confiance qui tient la route. Mais si on veut tout montrer, tout contrôler, tout commenter, on finit par étouffer la respiration du groupe.

L’histoire, c’est une valse entre le secret utile et la transparence à outrance.

  • Les vieilles sociétés initiatiques — de Pythagore aux frères en tablier —, elles gardaient leurs affaires entre elles : le secret, c’était leur coffre à trésor. Pas du mutisme, mais du silence qui protège.
  • Les modernes, eux, ont voulu tout mettre en vitrine : la vérité, la lumière, la République.
    Ça a libéré des dogmes, ouais, mais parfois ça a foutu tout le monde à poil.

Aujourd’hui, avec Internet et compagnie, on cause plus qu’on n’écoute, et plus on parle, moins on s’comprend.

Comme dit Byung-Chul Han :

« Trop d’transparence tue la confiance. Ce qu’on matte tout l’temps, on finit par plus l’aimer. »


Un orchestre, c’est une école de fraternité. Le soliste brille un instant, mais sans les autres, y’a plus d’musique.
Le chœur, c’est pareil : des voix différentes, mais un même souffle.

« La musique, c’est c’qu’il y a entre les notes. » — Debussy encore, un vrai sage à l’ancienne.

La transparence, ça rend l’ensemble juste. Le silence, ça garde l’âme du truc.
Si t’en vires un des deux, t’as soit le bazar, soit le trou noir. C’est pas différent pour la vie d’une asso, d’une loge ou d’un orchestre de potes : faut savoir parler clair sans faire d’esbroufe, et se taire sans faire le mystère.

Une vraie fraternité, c’est pas un chœur de clones ni un forum sans fin : c’est un endroit où la parole circule avec pudeur et où la lumière n’éblouit pas.

Inventer une « musique du lien », comme disait Ricœur, c’est mêler le devoir d’être clair et le droit de garder son jardin secret. C’est s’accorder sur la même tonalité sans jouer tous la même note.

Faut pas confondre « jouer ensemble » et « jouer pareil ».

Le silence et la transparence, c’est comme la basse et la mélodie : l’un soutient, l’autre éclaire. Trouver la bonne mesure, c’est faire vibrer le groupe sans le casser.

Être fraternel, c’est savoir quand ouvrir sa boîte à paroles, quand tendre l’oreille, et quand laisser le silence causer tout seul. Parce qu’au fond, la musique de la fraternité, elle s’joue pas dans le vacarme des grandes gueules ni dans le secret des planqués, mais dans le va-et-vient vivant entre la lumière et le retrait.

Lire aussi

la GLUA répond à la proposition de la police métropolitaine sur les déclarations de Franc-maçonnerie

De notre confrère britannique ilkestonlife.com

La Grande Loge Unie d’Angleterre est préoccupée par les informations rapportées ce matin selon lesquelles la police métropolitaine envisagerait de forcer les agents à déclarer leur appartenance à la Franc-maçonnerie. Notre position sur cette question a toujours été claire : nos membres doivent déclarer toute activité ayant un lien avec leur travail. Or, une obligation générale de déclaration constitue une violation des droits fondamentaux des agents à la vie privée et à la liberté d’association.

Nous attendons avec impatience notre conversation avec la police métropolitaine sur cette question. Nous exigeons de tous les membres qu’ils respectent les lois du pays, sans exception. Depuis trois siècles, les francs-maçons sont restés fidèles à leur engagement envers les principes immuables d’intégrité, d’amitié, de respect et de service. Cette fidélité perdurera.

Autre article sur ce thème

Petit-déjeuner à la GLFF : nos Sœurs ouvrent la lumière des 80 ans

Au siège de la Grande Loge Féminine de France (GLFF), rue de Reuilly, le 12ᵉ arrondissement respire l’histoire. Ici, bien avant les boulevards et les façades haussmanniennes, s’étendait le « membre de Reuilly », l’un des premiers domaines parisiens des Templiers, alors hors les murs de la ville.

En 1152, Mathieu de Beaumont, grand chambellan du roi, en fit don aux frères du Temple de Salomon avec four banal, cens, setiers d’avoine, basse-cour et justice seigneuriale. Un petit port jouxtait la maison, signe d’échanges et de passages. Le lieu relevait du prieuré hospitalier du Temple, dans la Langue de France. Reuilly garde ainsi la mémoire d’un seuil, d’un service rendu aux voyageurs, d’une hospitalité organisée.

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C’est dans ce terroir d’Ordre et de route que nos Sœurs parlent d’anniversaire. Non pour compter les années mais pour remettre en marche un chemin. Le quartier leur va bien, lui qui associe travail, hospitalité et passage. Du domaine templier à la Maison des Sœurs, la continuité est lisible : une terre de fraternité où l’on reçoit, où l’on transmet, où l’on met en forme la lumière.

Au petit matin, la porcelaine tinte et les carnets s’ouvrent. La Grande Maîtresse, la Très Respectable Sœur Liliane Mirivlle, rappelle que l’année jubilaire s’étendra du 21 octobre 2025 au 21 octobre 2026 afin que chaque région – treize au plan national et international – puisse inscrire sa contribution et faire rayonner la parole des Sœurs, avec une labellisation des manifestations et la constitution d’un livret-mémoire à remettre au Convent 2026.

Le souffle est donné : « visibilité » et « lisibilité ». Longtemps rétive à l’extériorisation, l’Obédience assume désormais une présence claire dans la cité. Cette inflexion, actée dans les orientations de la Grande Maîtresse, s’appuie sur un pôle communication réorganisé et sur la refonte d’un site grand public annoncée pour le début de l’année 2026. L’objectif n’est pas l’effet, mais le sens : dire ce qu’est une démarche initiatique féminine, ce qu’elle change en chacune, ce qu’elle propose au monde.

Cité du couvent

Le 21 octobre prochain lancera l’année : accueil à la Cité du Couvent à Paris, ouverture par la Grande Maîtresse Liliane Mirville, puis la parole donnée aux quatre loges fondatrices de l’Union Maçonnique Féminine de France (UMFF)Le Libre-Examen N°1, La Nouvelle-Jérusalem N°2, Minerve N°4, Thébah N°5 – avant un dialogue des commissions Histoire & Recherche maçonnique et Droits des femmes. Intermèdes musicaux par des Sœurs, conclusion « Les clés pour l’avenir », présentation d’un film, et remise de sautoirs aux Passées Grandes Maîtresses : la fête cherche la joie et la transmission autant que la mémoire.

Petit déjeuner de travail avec la presse et la Grande Maitresse Liliane Mirville au siège de la GLFF.

Le film, justement. Réalisé par Dominique Elody-Denys, il vient en deux formats complémentaires : vingt minutes pour le grand public – démystifier, témoigner, relier – et une version institutionnelle d’environ une heure pour accompagner les manifestations dans les loges. Son leitmotiv tient en trois mots, qui sont presque une devise : « des femmes initiées, libres et engagées ». Mise en ligne à compter du 21 octobre.

Le samedi 25 octobre, la Cité du Couvent se fera plus largement hospitalière : expositions d’œuvres de Sœurs, moments musicaux, et surtout des « temples ouverts » à la manière d’un atelier-découverte. Des planches pensées pour le regard profane, expurgées de tout secret, permettront de montrer une méthode, un rythme, un art de la question. L’intention est claire et assumée : susciter des rencontres, peut-être des vocations.

Blason GLDF
Blason GLDF

Au fil du café, l’on parle aussi d’alliances et de fidélités. Une conférence commune avec la Grande Loge de France (GLDF) se tiendra le 6 novembre, sur les 80 ans de l’Obédience, avec intervention conjointe des deux Grands Maîtres. Mémoire oblige : « sans la GLDF, nous ne serions pas là », dit la Grande Maîtresse, rappelant la tutelle d’hier et l’émancipation de 1945. Le dialogue interobédientiel se poursuit par ailleurs sur des thèmes partagés, notamment l’antimaçonnisme.

Dans l’atelier intérieur, deux axes structurent la feuille de route : transmission et renouvellement. Donner vite des responsabilités aux jeunes Maîtresses – secrétariat, cérémonies – pour qu’elles s’enracinent dans la vie des loges ; ouvrir des perspectives au-delà du troisième degré en travaillant de concert avec les juridictions de hauts grades ; et répondre aux attentes des Sœurs de tous rites, y compris par la mise en place d’une juridiction « ordre égyptien » récemment patentée, avec l’ouverture annoncée d’une loge Imhotep à l’île Maurice. La Loge nationale de recherche, quant à elle, déploie des tenues décentralisées et prépare un colloque sur la cosmogonie, tout en rendant accessible un vaste référentiel de planches pour favoriser la circulation des savoirs.

Dans la cité, la GLFF tient son cap adogmatique et apolitique, et choisit ses prises de parole. Elle n’a pas signé certains communiqués jugés trop politiques ; elle a, en revanche, appelé à une marche pour la paix le 21 septembre, maintenue dans quelques villes lorsque les circonstances l’ont permis. L’Institut Maçonnique Européen (IME), fondé par l’Obédience, demeure actif à Bruxelles : prochaines réunions sur le thème de la démocratie et projet de colloque l’an prochain. Là encore, il s’agit de visibilité juste, au service des valeurs et non de l’agitation.

Sans oublier « Femmes Ensemble » – le bras solidaire –, le fonds de dotation créé en 2017 par la GLFF, prolongeant ainsi  le travail des Loges dans la cité. Il finance des actions de solidarité au bénéfice du monde associatif et caritatif, là où la GLFF ne peut agir qu’au profit de ses membres. Passerelle entre l’atelier et la rue, il soutient des projets qui relèvent de l’éducation, de la dignité, de la santé, de la culture. C’est une main tendue qui donne corps à nos vertus, une économie du don au service de la liberté et de l’égalité vécues.

On se lève de table avec l’impression d’un chantier ouvert. Le trait est net, les équipes rassemblées, l’échelle appuyée entre mémoire et avenir. Quatre-vingts ans n’achèvent rien. Ils redisent l’audace du « oui » de 1945 et la patience d’un ouvrage qui préfère la pierre bien taillée aux façades bruyantes.
Déjà, un signe avance le pas : La beauté et la joie. Inspiration, création, transmission en Grande Loge féminine de France. Ce livre augure ce que souhaite la Grande Maîtresse. Une commémoration qui ne soit pas un rite de comptable, mais une fête de l’esprit. Une année d’anniversaire vécue dans la joie.
Unies par un idéal profond, vivifié par la tradition,
les Sœurs de la Grande Loge féminine de France prennent la route avec détermination. Elles pratiquent une maçonnerie joyeuse, et c’est une très belle chose, car la joie est la respiration de la lumière quand elle trouve à se donner. Femmes Ensemble prolonge ce mouvement dans la Cité, donnant des mains et des pieds à ce que nos cœurs désirent.
Alors que s’ouvre l’année jubilaire, que chacune et chacun reconnaisse la part de lumière qui lui revient et l’offrande fraternelle qu’elle appelle. Marchons pas à pas, pour que la beauté devienne acte, que la joie devienne service, et que le travail intérieur, humble et persévérant, contribue un peu plus à l’amélioration de l’humanité.

Prix Masonica Nice 2025 : catégorie « Symbolisme »

Le Prix Masonica « Symbolisme » distingue un ouvrage consacré à la profondeur des symboles maçonniques, ces langages de l’âme qui relient le monde matériel et le monde spirituel, le profane et le sacré, et qui nourrissent sans cesse la quête intérieure.

Parmi les nominés : Collectif, De la beauté – symboles, outils et représentations, « Les Cahiers de la GLFF », Grande Loge Féminine de France, 2024.

Cette nomination résonne avec l’année jubilaire : célébrer 80 ans de lumière, c’est rappeler que la beauté n’est pas parure mais voie de connaissance, que nos outils – équerre, compas, levier, maillet – ne sont pas seulement des instruments de mesure, mais des médiateurs entre la pierre et l’esprit. En proposant une méditation sur la beauté, la GLFF affirme que le symbole n’orne pas l’œuvre, il l’engendre. Et c’est bien ce que nous avons senti, ce matin, autour du café : une tradition vivante qui, par le langage des formes, continue d’ouvrir le cœur et l’intelligence à plus de justice, de liberté et de fraternité.

Autres articles récents sur la GLFF

6/11/25 – 19h30 à la GLDF : Conférence publique « Célébrons les 80 ans de la GLFF »

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6 novembre 2025, 19 h 30
Grand Temple Pierre Bossolette de la GLDF
8 rue Louis Puteaux Paris 17e

Célébrons les 80 ans de la Grande Loge Féminine de France (21 octobre 1945)

conférence publique ouverte à toutes et tous, maçon(ne)s ou non.

Le 21 octobre 1945, au sortir des années noires de l’occupation et du régime de Vichy, un noyau de quelques loges de femmes se constituait en obédience féminine maçonnique, prenant le nom d’Union Féminine Maçonnique de France, puis, en 1952, celui de Grande Loge Féminine de France.

Ainsi, il y a 80 ans se créait la première obédience féminine « mono-genre » qui célèbre cette année ses 80 ans.

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Si la Grande Loge de France, obédience masculine « mono-genre » célèbre aussi cet anniversaire, c’est que ce noyau de loges fondatrices provient de la Grande Loge de France. Ainsi, la GLFF est-elle soeur -aujourd’hui- mais aussi fille de la GLDF.

Les Loges féminines appelées « d’adoption » existent depuis le XVIII° siècle. A la fin de celui-ci, Louise-Marie d’Orléans, duchesse de Bourbon est-elle désignée comme « grande maîtresse des loges d’adoption du royaume de France » tandis que Marie Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe est déclarée « grande maîtresse des loges d’adoption régulières écossaises« .

Sous l’empire, Joséphine de Beauharnais est à la tête de ces loges d’adoption qui s’étiolent pendant le XIX° siècle.

A la fin de celui-ci, la question de l’initiation des femmes se pose de nouveau et se réalise au sein de petites obédiences issues de la scission en 1880 de la Grande Loge de France (« Grande Loge centrale » à l’époque) donnant naissance à la Grande Loge Symbolique Ecossaise.

Alors qu’en 1899, le Grand Orient affirme que les femmes ne sont pas initiables, en 1901, à l’initiative de son Grand Maître Gustave Mesureur, la Grande Loge de France réactive en son sein des loges féminines.

Ce sont ces loges qui, avec le plein accord et le soutien de la Grande Loge de France, prendront leur indépendance et deviendront la Grande Loge féminine de France que nous connaissons aujourd’hui.

Programme de la soirée

Jean Pierre Thomas : Les Loges d'adoption aux XVIII° et XIX° siècles
Françoise Moreillon : 1901-1945, la marche vers l'indépendance de la GLFF
Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
avec la participation chantée de l'ensemble vocal "Vox Hominis"

Lien d’inscription :
https://my.weezevent.com/80-anniversaire-de-la-glff-conference-publique-commune-gldf-glff