
Fondé en 1972 et rebaptisé Rassemblement national en 2018, le Front national s’inscrit dans une histoire politique française où l’extrême droite a longtemps fait de la franc-maçonnerie un adversaire désigné. Cette notice ne prétend pas imputer à chaque électeur ou responsable du parti une hostilité aux loges. Elle examine la généalogie des thèmes, les déclarations publiques de ses dirigeants et les relations tendues entre le parti et les obédiences. L’enjeu est double : repérer les filiations antimaçonniques sans fabriquer soi-même l’amalgame que l’on prétend combattre.
Une fondation en 1972

Le Front national est créé le 5 octobre 1972, à l’initiative du mouvement Ordre nouveau, qui cherche à fédérer les droites radicales sous une présidence plus présentable : celle de Jean-Marie Le Pen, ancien député poujadiste. Le parti rassemble des courants très divers, nationalistes, catholiques traditionalistes, anciens de l’Algérie française, héritiers du maurrassisme et de Vichy. Plusieurs de ces familles portent un antimaçonnisme ancien, hérité de l’Action française et de la propagande des années 1940.
En 2018, sous la présidence de Marine Le Pen, le parti prend le nom de Rassemblement national. Ce changement s’inscrit dans une stratégie de normalisation, dite de « dédiabolisation », engagée depuis 2011.
Repères
- 1972 : fondation du Front national, présidé par Jean-Marie Le Pen.
- 1995 : Jean-Marie Le Pen accuse la franc-maçonnerie d’empêcher les alliances entre le FN et la droite, qu’il dit « enmaçonnée ».
- 2002 : après sa défaite au second tour de la présidentielle, il met en cause, entre autres, l’influence maçonnique.
- 2011 : Marine Le Pen succède à son père à la présidence du parti.
- 2017 et 2024 : plusieurs obédiences, dont le Grand Orient de France, appellent à faire barrage au parti.
- 2018 : le Front national devient Rassemblement national.
Les thèmes hérités
L’antimaçonnisme d’extrême droite s’est construit autour d’une dramaturgie constante : le peuple trahi, la nation confisquée, des élites déconnectées organisées en réseaux, une République présentée comme le produit d’influences cachées. Dans ce récit, la franc-maçonnerie désigne la coulisse, le pouvoir invisible, l’entre-soi supposé des décideurs. Les déclarations de Jean-Marie Le Pen dans les années 1990 et 2000 reprennent ce répertoire, sans en faire un axe doctrinal du programme.
Un rapport ambivalent
Le tableau n’est pas univoque. Des francs-maçons ont rejoint le parti ou s’en sont rapprochés : l’avocat Gilbert Collard, membre de la Grande Loge nationale française, élu sous l’étiquette du Rassemblement bleu Marine puis du RN, a animé un cercle destiné aux maçons proches du parti. En sens inverse, des obédiences ont sanctionné des membres engagés à ses côtés. Le Grand Orient de France a ainsi suspendu un avocat qui participait aux colloques d’un club animé par un dirigeant du FN. La question de la compatibilité entre engagement maçonnique et militantisme au RN reste débattue au sein des loges.
Distinguer plusieurs niveaux
La rigueur impose de séparer plusieurs plans : les discours officiels d’un parti, qui évoluent ; les cultures militantes, où circulent des références anciennes ; les héritages idéologiques, qui ne disparaissent pas avec un changement de nom ; enfin les usages numériques, où des thèmes antimaçonniques prospèrent à la périphérie, chez des sympathisants ou des relais complotistes, sans correspondre à une doctrine explicite de l’appareil.
Une lecture maçonnique
Les vieilles matrices changent de vocabulaire plus qu’elles ne disparaissent. Le complot judéo-maçonnique devient parfois dénonciation des « élites mondialistes », la République maçonnique devient le « système », l’universalisme devient déracinement. La vigilance consiste à reconnaître ces glissements sans céder à l’excès inverse, qui ferait de tout électeur un ennemi des loges. L’abécédaire qui inspire cette notice se veut un outil de discernement, non un réquisitoire.
Notice enrichie à partir de l’entrée correspondante de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti (Éditions L.O.L., 2026).
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Yonnel Ghernaouti, Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Éditions L.O.L., 2026.
- Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées, Seuil, 2014.
- Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, Les Droites extrêmes en Europe, Seuil, 2015.
- Emmanuel Kreis, Quis ut Deus ? Antijudéo-maçonnisme et occultisme en France sous la IIIe République, Les Belles Lettres, 2017.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Accusation de satanisme (antimaçonnisme), Antimaçonnisme d’extrême droite (antimaçonnisme), Action française (antimaçonnisme), Complot judéo-maçonnique (antimaçonnisme), Circulaire du Grand Orient de France saluant la Deuxième République, 1848 (date historique), Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Vichy et héritages antijudéo-maçonniques (antimaçonnisme).
À lire aussi sur 450.fm

















