Fonjallaz, votation suisse de 1937 (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La votation suisse dite Fonjallaz, du nom du colonel Arthur Fonjallaz (1875-1944), militant fasciste et antimaçon, constitue un épisode majeur de l’antimaçonnisme politique européen. Elle montre qu’une hostilité aux loges ne cherche pas toujours à s’imposer par le décret autoritaire ou la violence d’État. Elle peut aussi tenter d’emprunter les formes mêmes de la démocratie directe pour restreindre une liberté fondamentale, en l’occurrence la liberté d’association.

L’initiative « Interdiction des sociétés franc-maçonniques »

Affiche Fonjallaz

L’initiative populaire « Interdiction des sociétés franc-maçonniques » est lancée dans le climat troublé des années 1930, au moment où l’Europe voit monter les fascismes, les nationalismes autoritaires, l’antiparlementarisme, l’antilibéralisme et la haine des sociétés dites secrètes. Déposée le 31 octobre 1934 par le Comité de l’Action helvétique, munie de plus de 56 000 signatures selon le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), elle vise à réviser l’article 56 de la Constitution fédérale relatif au droit d’association, afin d’interdire en Suisse les sociétés franc-maçonniques, les loges maçonniques, les Odd Fellows, la société philanthropique Union et les associations affiliées ou similaires.

Le texte est révélateur. Il ne se contente pas de critiquer la franc-maçonnerie. Il veut l’exclure explicitement du champ des associations autorisées. La loge n’est plus seulement suspecte dans la presse ou dans le discours militant. Elle devient objet d’une demande constitutionnelle d’interdiction. Le soupçon cherche à s’inscrire dans le droit. L’antimaçonnisme veut passer du pamphlet à la norme, de la dénonciation à la suppression juridique.

Un contexte politique

Arthur Fonjallaz n’agit pas dans un vide politique. L’initiative s’inscrit dans le mouvement des « fronts » et des courants de rénovation nationale d’extrême droite de l’entre-deux-guerres. Le Dictionnaire historique de la Suisse souligne que, pour ces mouvements opposés à la démocratie libérale, la franc-maçonnerie était perçue comme l’une des « internationales » à abattre. Cette formule est décisive. Elle montre que l’antimaçonnisme de Fonjallaz ne vise pas seulement une société initiatique. Il s’inscrit dans une vision plus vaste de combat contre les forces supposées cosmopolites, libérales, parlementaires et internationales.

Le vote du 28 novembre 1937

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L’initiative est soumise au vote le 28 novembre 1937. Le résultat est net. Elle est rejetée par le peuple suisse à 68,7 % de non, avec 515 327 voix contre 234 980, et par les cantons, avec 18 cantons et 6 demi-cantons opposés, seul Fribourg se prononçant favorablement. La participation est d’environ 65,9 %. La Chancellerie fédérale suisse donne ces résultats officiels et confirme le rejet du projet.

Cet épisode est essentiel parce qu’il montre que l’antimaçonnisme peut emprunter les formes démocratiques pour combattre une liberté démocratique. La votation ne relève pas d’un décret dictatorial. Elle relève d’une procédure populaire. C’est précisément ce qui la rend instructive. Une majorité peut être sollicitée pour réduire les droits d’une minorité désignée comme suspecte. La démocratie n’est donc pas seulement menacée par ses ennemis extérieurs. Elle peut être éprouvée de l’intérieur, lorsque la peur cherche à transformer le suffrage en instrument d’exclusion.

La campagne suisse de 1937 révèle aussi la force du soupçon dans les années de crise. La franc-maçonnerie y apparaît comme symbole d’un monde libéral honni, d’une sociabilité internationale, d’une fraternité discrète et d’un réseau mal compris. Les accusations contre les loges deviennent le lieu où se cristallisent des angoisses plus larges, peur du cosmopolitisme, peur des élites, peur des minorités organisées, peur de la modernité politique, peur de la liberté de conscience. La loge devient le nom commode d’un ennemi à interdire.

Le sens d’une défaite

Mais la défaite de l’initiative est tout aussi importante que son existence. Le refus massif du peuple et des cantons rappelle que la société suisse sut alors résister à cette tentative d’interdiction.

Le Conseil fédéral et le Parlement avaient recommandé le rejet de l’initiative, notamment au nom de la liberté d’association. Le Musée Maçonnique Suisse souligne que la Suisse est le seul pays où la franc-maçonnerie fut ainsi légitimée par le rejet populaire d’une initiative à une majorité des deux tiers.

Cette victoire ne doit pas être lue comme une simple victoire maçonnique. Elle est d’abord une victoire civique. Ce qui fut défendu en 1937, ce n’est pas un privilège des loges, mais un principe démocratique. La liberté d’association ne vaut véritablement que lorsqu’elle protège aussi les groupes que l’on ne comprend pas, que l’on critique ou que l’on soupçonne. Elle perd son sens si elle ne s’applique qu’aux associations consensuelles.

Une épreuve de discernement

Dans une lecture initiatique, la votation Fonjallaz est une épreuve de discernement collectif. Le peuple suisse fut invité à choisir entre la peur et le droit, entre l’interdiction et la liberté, entre le soupçon et la mesure. Il aurait pu faire de la loge un bouc émissaire constitutionnel. Il refusa. Cette décision rappelle que la démocratie peut aussi être un lieu de rectification, lorsque le suffrage ne cède pas à la passion d’exclure.

L’affaire Fonjallaz nous enseigne enfin que l’antimaçonnisme ne se contente pas toujours de parler. Il cherche parfois à devenir loi. Il cherche à passer des journaux aux urnes, des meetings aux constitutions, des fantasmes aux interdictions. C’est pourquoi cette entrée mérite une place forte dans l’abécédaire. Elle rappelle que le soupçon, lorsqu’il se donne les habits de la volonté populaire, demeure un danger pour les libertés si la cité ne garde pas le sens de la mesure.

Voir aussi : Suisse, Régimes autoritaires, Fascisme, Liberté d’association, Secret maçonnique, Votation populaire, Antimaçonnisme politique, Boucs émissaires.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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