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De la mort symbolique à la renaissance | Sous le Bandeau | Épisode #89

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De la Mort à la Renaissance : Secrets Initiatiques et Symboliques

Plongez dans un voyage introspectif et mystique à travers la symbolique de la mort et de la renaissance. Dans cet épisode personnel et immersif, Franco et Sylvain partagent leurs expériences de transformation profonde, mêlant traditions maçonniques, rituels amérindiens et secrets ancestraux. Une exploration captivante pour tous ceux en quête de spiritualité et d’initiation.


Découvrez comment le parcours de transformation personnelle, les rituels de passage et les traditions spirituelles se croisent pour révéler la voie de la renaissance intérieure. Franco et Sylvain évoquent leurs parcours, les loges funèbres, les sweat lodges amérindiens, la prophétie des sept feux, et l’importance du symbolisme dans la quête de sens. Un épisode riche en révélations et en inspirations pour enrichir votre cheminement initiatique.

Ce témoignage sincère et enrichi de connaissances ancestrales vous invite à réfléchir sur la transformation personnelle, le symbolisme maçonnique et les rituels de passage. Approfondissez votre compréhension des pratiques spirituelles qui façonnent la quête de renaissance et d’éveil intérieur. N’attendez plus pour explorer ces mystères et ouvrir la voie à une nouvelle étape de votre cheminement.


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Francs-maçons du Sussex : Appel aux dons d’ours en peluche pour les soins affectueux

Plus de deux millions d’oursons en peluche distribués

Du site officiel sussexmasons.org.uk

L’opération « Teddies for Loving Care » fournit gratuitement des ours en peluche et des jouets en peluche aux services d’urgences, afin que le personnel médical puisse les distribuer, à sa discrétion, aux enfants admis en grande détresse et pour lesquels le personnel estime qu’un ours en peluche ou un jouet en peluche à câliner contribuera à atténuer le stress et à les aider dans leur travail.

Le personnel utilise souvent les ours en peluche pour calmer les enfants, les récompenser pour leur courage et, dans certains cas, leur montrer des procédures. Grâce au soutien et à l’enthousiasme suscités par cette initiative, plus de 2 millions d’ours en peluche ont déjà été distribués dans tout le pays.

Les badges Teddies for Loving Care sont disponibles à l’achat auprès du bureau de l’association caritative et leur vente permet de financer deux ours en peluche TLC. 

Si vous souhaitez acheter un badge, veuillez remplir un formulaire de commande ici ou vous rendre au bureau de l’association caritative.  Vous pouvez en savoir plus sur l’association caritative  ici.

Si vous avez des questions concernant l’appel aux dons « Teddies For Loving Care » ou si vous souhaitez aider l’association caritative maçonnique de pêche à la truite et au saumon dans le Sussex, veuillez remplir le formulaire de contact.

La pierre et la parole

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La responsabilité alchimique est l’art d’assumer la responsabilité de ses actes de manière prévisible et juste, en mêlant liberté et devoir de façon à transformer l’individu et la communauté. En Franc-maçonnerie, cet art devient une discipline vivante : le franc-maçon façonne son intention, met sa parole en pratique et laisse les principes modeler ses œuvres.

La responsabilité, au sens originel de « respondere » , est un dialogue entre la conscience et le monde : être interpellé et savoir comment répondre. Il ne s’agit pas simplement de rendre des comptes, car ce n’est pas seulement « qui a fait quoi », mais « qui choisit comment et pourquoi », assumant le poids de l’avenir inhérent à chaque décision.

C’est une liberté située, qui reconnaît les limites comme cadre du bien et le temps comme matière première de l’action ordonnée. En ce sens, elle est déjà « alchimique » : elle transmute l’impulsion en volonté, la volonté en forme, la forme en exemple.

Dans la pensée maçonnique, la responsabilité est l’éthique de la liberté : le compas sans l’équerre devient caprice, l’équerre sans le compas est rigidité. Le Franc-maçon est appelé à faire le lien entre le temple intérieur et la cité : ce qu’il comprend au-delà des symboles doit se traduire concrètement dans ses actions profanes. Il ne suffit pas de croire au bien ; il faut en faire une pratique.

La règle ne mortifie pas mais guide, le rite n’emprisonne pas mais éduque, le silence ne cache pas mais prépare la parole juste.

Les devoirs d’un franc-maçon découlent de ce noyau : dire la vérité et la mettre en pratique ; respecter les lois, les statuts et les serments ; être constamment présent ; faire preuve de discrétion ; honorer sa parole ; s’élever moralement, intellectuellement et spirituellement ; privilégier le bien commun au gain personnel.

Des maximes comme

Legum omnes servi sumus, ut libera esse possimus

Et

Pacta sunt servanda

Ce ne sont pas des slogans, mais des critères de travail : la liberté se nourrit de modération, le pacte crée la confiance, la confiance rend possible toute grande œuvre.

La transition subtile par laquelle un Franc-maçon devient véritablement « responsable » se produit lorsque son intention se transforme : du désir d’être reconnu au désir d’être digne de confiance ; du désir d’avoir raison à la décision de rechercher ce qui est juste ; de parler pour briller à parler pour édifier.

Le centre de gravité se déplace : les excuses cèdent la place à l’engagement, les alibis à la guérison, la réactivité devient réponse. C’est une transformation intérieure : la vanité du geste disparaît, seule la noblesse de l’action demeure.

L’avertissement est alors compréhensible.

Des faits, pas des mots

Benjamin Franklin

Les faits ne sont pas la réfutation de la parole, mais son accomplissement. Cette responsabilité se traduit concrètement dans la vie séculière : fiabilité au travail, continuité familiale, citoyenneté active et une approche sobre et tenace des conflits. Le Franc-maçon responsable compose, il ne complique pas ; il construit, il n’occupe pas ; il donne de son temps et de son expertise, pas seulement de ses opinions.

Benjamin Franklin se souvient :

Si vous avez du temps, ne le perdez pas.

C’est une éthique de la ponctualité du bien.

Voltaire avertissait que la décision quotidienne d’être de bonne humeur est déjà un acte de courage moral : l’attitude précède l’action et la rend possible.
Mark Twain a observé que le courage est la résistance à la peur, et non son absence : la responsabilité est précisément ce courage discipliné.

Mais lorsque le cœur du Franc-maçon se dérobe à la responsabilité et sombre dans l’irresponsabilité, le symbole devient ornement, le rituel habitude, la parole donnée vaine. L’ambition remplace le service, la faction la fraternité, l’exception personnelle l’emporte sur la règle commune. Il en résulte une perte de crédibilité, une confiance qui s’effrite et la fragmentation de l’Œuvre. L’irresponsabilité a toujours un prix : isolement, méfiance, conflits stériles, occasions manquées et, parfois, des sanctions justifiées et proportionnées aux manquements. C’est une caricature du parcours initiatique : beaucoup de paroles, peu d’actes ; beaucoup de fuite, peu d’ascension.

Les conséquences d’un comportement responsable, en revanche, mûrissent lentement et profondément : une solide réputation, des relations solides, une autorité tacite, une satisfaction intérieure tranquille. La responsabilité engendre un capital symbolique et social : chaque fois qu’une parole donnée est tenue, la ville devient un peu plus vivable. Chaque fois que la médiation est préférée à la vengeance, la logique du Temple se répand dans les rues. Chaque fois qu’on réfléchit avant de juger, une mèche s’éteint et une lampe s’allume.

Un clin d’œil discret à la politique maçonnique : la responsabilité authentique est la seule voie vers une carrière digne. Ce n’est pas l’accumulation de titres qui forge le caractère, mais la patience au service des autres, la capacité à promouvoir des positions, le refus des raccourcis et la neutralité face aux factions lorsqu’elles menacent l’Œuvre.

L’art de gouverner, au sein de la Loge comme à l’extérieur, est l’art de l’équilibre : écouter sans chercher à plaire, décider sans humilier, déléguer sans abdiquer, en gardant à l’esprit que

ius est ars boni et aequi.

Non pas un pouvoir à exercer, mais une justice à pratiquer. La responsabilité est l’alchimie de la liberté. Elle transforme la promesse en action, l’impulsion en volonté, le talent en service. Chez le franc-maçon, cette alchimie devient style : choisir la juste mesure, respecter l’engagement, honorer le temps, concrétiser par les actes ce que le cœur a compris.

Facta superant verba.

Les actes sont plus éloquents que les paroles, et chaque pierre cubique répond au monde par une forme de bien.

« Ab initio » : quand la géométrie des compagnons révèle l’âme des bâtisseurs

Dans les replis de l’histoire où se lovent les mystères de la pierre taillée, Jean-Michel Mathonière apparaît depuis plusieurs décennies comme un gardien vigilant des traditions compagnonniques, un veilleur penché sur les arcanes du bâtir spirituel.

Né en France au cœur du vingtième siècle, il a consacré son existence à exhumer les strates oubliées du compagnonnage, fondant des lieux de savoir et de transmission – tel le Centre d’étude du compagnonnage – qui irriguent aujourd’hui la réflexion sur les métiers, les rites de métier et la pensée initiatique.

Son œuvre, à la fois foisonnante, précise et patiemment documentée, rassemble des titres qui sonnent comme autant d’invocations : Fragments d’histoire du compagnonnage, où il déplie les rituels enfouis et les sociabilités de métier ; Les chefs-d’œuvre compagnonniques, qui révèlent la symbiose intime entre l’artisanat, l’imaginaire, la symbolique ; sans oublier, en 2021, le colloque international organisé par l’INHA, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’IHMC et l’université de Nantes « Virtuosité(s), éthique et esthétique du geste artistique du Moyen Âge au XIXe siècle», où Jean-Michel Mathonière, dans sa conférence « Les chefs d’œuvres compagnonniques : typologie et histoire » relie le geste à la vision du monde qui le porte.

« Virtuosité » – Colloque international en 2021

À travers ces ouvrages, Jean-Michel Mathonière ne se contente jamais de documenter : il réinsuffle une vitalité nouvelle à la chaîne d’union qui relie les bâtisseurs d’hier aux quêteurs d’aujourd’hui, posant les fondations d’une compréhension plus profonde des voies hermétiques que nous empruntons collectivement dans notre quête de connaissance intérieure.

Avec Ab initio : la géométrie des compagnons tailleurs de pierre germaniques – ab initiose traduit le plus souvent par dès l’origine – nouveau volume des carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts, la focale se resserre sur ce qui, dans l’ombre des chantiers médiévaux et modernes, a constitué la véritable « langue maternelle » des bâtisseurs : la géométrie. Dès les premières pages, nous discernons comment Jean-Michel Mathonière tisse un voile subtil entre les tracés ancestraux des tailleurs de pierre germaniques et les pulsations ésotériques qui animent leur art. Chaque ligne gravée dans la pierre n’apparaît plus seulement comme une mesure, mais comme l’invocation discrète d’une harmonie cosmique. La géométrie qu’il explore, ab initio, c’est-à-dire depuis ses origines primordiales, se déploie comme un langage premier où le quadratum et le triangulum s’entrelacent pour évoquer la dualité sacrée du ciel et de la terre. Dans les loges de la Bauhütte – ces ateliers communautaires du Saint Empire, imprégnés de fraternité, de discipline et de foi – les compagnons maniaient le compas non pour dompter la matière brute, mais pour éveiller l’esprit à des vérités qui la dépassent.

Jean-Michel Mathonière insiste sur cette portée initiatique : le secret géométrique ne se présente pas comme un rideau opaque destiné à exclure, mais comme un seuil à franchir, invitant à la contemplation intérieure. La figure n’est jamais gratuite : elle est passage. La tradition pythagoricienne affleure en filigrane, là où les nombres cessent d’être simples quantités pour devenir symboles vivants de l’unité divine, se déployant dans la multiplicité des formes architecturales. De page en page, le lecteur comprend que cette géométrie n’est pas une décorative abstraction, mais la charpente invisible d’un univers où tout est rapport, proportion, relation, et où la cathédrale elle-même est perçue comme la projection dans la pierre d’un ordre supérieur.

Guidés par l’auteur, nous pénétrons plus avant dans les arcanes de cette géométrie compagnonnique. Les « figures mères » – ces matrices primordiales que sont le carré élevé en octogone, le pentagone inscrit dans le cercle, les systèmes de subdivisions qui gouvernent les élévations et les plans – ne servent pas seulement à ériger des voûtes, des flèches, des coupoles gothiques ou renaissantes. Elles condensent une philosophie du bâtir qui transcende le visible. Chaque transformation du carré, chaque rotation du triangle, chaque division du cercle renvoie discrètement à une métaphysique des passages : de la terre au ciel, du profane au sacré, de l’extérieur vers le cœur du sanctuaire.

Transmises au sein des confréries germaniques, ces figures portent l’empreinte d’une spiritualité que l’on pourrait dire « proto-maçonnique », tant le vocabulaire, les préoccupations, les gestes eux-mêmes préfigurent ceux que la franc-maçonnerie spéculative reprendra et transposera en symboles. Les marques lapidaires, ces signes gravés sur les blocs, se révèlent alors dans toute leur épaisseur : elles ne se réduisent pas à une attribution comptable ou à une simple signature de chantier. Elles témoignent de la continuité d’une chaîne de maîtres, reliée par des signes partagés de Strasbourg à Vienne, de Ratisbonne à Cologne. L’ouvrage nous immerge dans cette dimension symbolique où la pierre, taillée selon des règles ésotériques, devient le miroir de l’âme : les hésitations, les corrections, les reprises, les ajustements du trait répondent aux luttes intérieures de l’artisan face à l’imperfection du monde matériel.

Jean-Michel Mathonière montre avec finesse comment ces compagnons, profondément imprégnés de ferveur religieuse, ont intégré les mystères chrétiens dans leurs tracés. La croix peut s’inscrire au cœur d’un plan, le triangle trinitaire structurer une élévation, la mandorle christique se laisser deviner sous l’enchevêtrement des arcs. L’acte de construire devient alors une prière muette adressée à l’Architecte suprême, une liturgie du geste où les proportions exactes, la lumière dosée, la forme ajustée ont valeur d’offrande.

Maître bâtisseur (gravure sur bois de Jost Amman datant de 1536)

À mesure que l’ouvrage progresse, Jean-Michel Mathonière déploie ses analyses à partir de figures emblématiques de la recherche sur les marques de tailleurs, au premier rang desquelles Franz Ržiha, dont les travaux pionniers révèlent des réseaux souterrains de connaissance partagée. En s’appuyant sur ces études, il montre comment les loges de la Bauhütte, éparpillées sur le territoire du Saint Empire romain germanique, ont fonctionné comme de véritables sanctuaires initiatiques : communautés de travail, certes, mais aussi gardiennes d’un savoir géométrique et symbolique préservé face aux bouleversements des Réformes, aux mutations politiques, aux tensions économiques.

Cette géométrie, que l’auteur qualifie de « secrète » sans la réduire à un occultisme stérile, apparaît comme un fil conducteur reliant les traditions compagnonniques germaniques à leurs homologues françaises. Jean-Michel Mathonière suggère des circulations, des emprunts, des réappropriations, parfois discrets, mais toujours significatifs, qui enrichissent la tapisserie maçonnique européenne. Les rituels de réception, les serments sur le compas et l’équerre, les formes mêmes de la sociabilité de métier trouvent ici un soubassement commun : la conviction qu’il existe un « bon ordre » du monde, lisible dans les nombres, les formes et les proportions, et que le bâtisseur, en le servant, se transforme lui-même.

L’ésotérisme inhérent à ces pratiques, loin de se satisfaire de spéculations abstraites, élève le tailleur de pierre au rang d’alchimiste du minéral. En transmutant la roche brute en édifice sacré, il accomplit une œuvre qui n’est pas sans analogie avec l’Œuvre au noir, au blanc et au rouge des traités hermétiques. La pierre porte la trace de ce combat : elle garde mémoire de l’outil, du coup porté, de la rectification. Dans une belle continuité, Jean-Michel Mathonière nous convie, par sa plume engagée, à une introspection personnelle sur notre propre chemin initiatique : chaque lecture, chaque schéma reproduit, chaque plan reconstitué devient un pas vers l’illumination intérieure, éveillant en nous les échos d’une fraternité plus vaste que celle des seuls chantiers.

L’approche de Jean-Michel Mathonière assume pleinement sa part de subjectivité et de passion. Loin de neutraliser son objet, elle lui donne chair. La géométrie des compagnons n’est pas, sous sa plume, un art muséifié et inscrit dans le passé, mais une force vivante qui interroge notre rapport actuel au sacré dans un monde désenchanté. Les tracés du quadratum évoquent certes la stabilité terrestre, mais aussi l’aspiration à s’en extraire ; ils dessinent des axes, des diagonales, des passages qui rappellent les spéculations néoplatoniciennes sur la remontée de l’âme. Le cercle, image d’une éternité divine sans commencement ni fin, vient, par sa rencontre avec le carré, symboliser la tension féconde entre l’infini et le fini, entre le principe et la manifestation. C’est tout un imaginaire hermétique qui affleure : synthèse alchimique des contraires, correspondances entre microcosme et macrocosme, recherche d’une juste mesure capable de guérir les fractures de l’âme contemporaine.

En explorant ces ramifications philosophiques, Jean-Michel Mathonière rappelle aussi que l’initiation maçonnique, ancrée dans le geste du tailleur, demeure une voie de connaissance où la pierre devient métaphore de l’être intérieur. Dégrossie, équarrie, polie par les épreuves, elle révèle peu à peu sa lumière cachée. La géométrie, ab initio, offre alors non seulement les clefs des cathédrales, mais aussi celles de notre propre architecture intime. Elle invite à recomposer le plan de notre vie comme un temple à relever, dans une danse patiente entre le visible et l’invisible, entre ce qui se mesure et ce qui se contemple.

Notes à propos des anges bâtisseurs et du Grand Architecte

Ce volume prend encore plus de relief lorsqu’il est replacé dans la continuité des trois titres précédents de la collection Les carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts. Avec Notes à propos des anges bâtisseurs et du Grand Architecte, premier opus, Mathonière posait d’emblée la scène céleste : il y rassemblait des études consacrées au thème d’une richesse inépuisable, celui du Grand Architecte. En revisitant les miniatures médiévales où le Créateur façonne le monde au compas, en rappelant que l’expression de « Grand Architecte » apparaît déjà chez Philibert Delorme au XVIᵉ siècle et que l’iconographie du Deus Architectus parcourt tout le Moyen Âge, il montrait que la franc-maçonnerie spéculative, en reprenant cette figure, s’inscrit dans une longue tradition théologique et artistique. Déjà, le verset du Livre de la Sagesse – « Dieu a créé toutes choses selon le Nombre, le Poids et la Mesure » – offrait la clé d’une vision du monde entièrement ordonnée par la géométrie divine.

Tailler sa pierre aux sources d’un symbole maçonnique

Avec Tailler sa pierre : aux sources d’un symbole maçonnique, deuxième volume, le regard quittait le Ciel pour rejoindre l’atelier. À partir du moment où, au XVIIᵉ siècle, les francs-maçons s’approprient le langage symbolique du tailleur de pierre, ils ouvrent une porte où s’engouffre tout un corpus d’idées issues de la philosophie de l’architecture, des savoirs opératifs, de la culture professionnelle des « Maçons de pratique ». Jean-Michel Mathonière y montrait combien une part du symbolisme originel de la franc-maçonnerie ne peut se comprendre qu’en revenant à ces conceptions opératives : tailler la pierre, c’est répondre concrètement à la question « à quoi travaillent les francs-maçons ? », en montrant que l’édification du temple intérieur procède de la même logique que l’édification du temple de pierre.

Aux Arts et Sciences réunis les compagnons et le Trait

Dans Aux Arts et Sciences réunis : les compagnons et le Trait, troisième volume, l’auteur ouvrait la perspective vers les sciences exactes. Reprenant et développant le texte de sa conférence donnée à l’invitation d’Étienne Ghys à l’Académie des sciences, il montrait comment les compagnons tailleurs de pierre et charpentiers ont joué un rôle clé dans la construction des coupoles et des dômes, ces figures emblématiques de l’architecture savante. Curieux des arts et des sciences, comme le voulait leur code de conduite, les compagnons perfectionnaient et transmettaient le Trait, cette géométrie projective sophistiquée qui leur permettait de résoudre des problèmes de courbes, de surfaces, d’équilibres. Certains d’entre eux, outre leurs réalisations, ont laissé des ouvrages théoriques : ainsi se dessinait la figure du compagnon-architecte, à la croisée de l’intelligence manuelle et de la spéculation mathématique.

Avec Ab initio : la géométrie des compagnons tailleurs de pierre germaniques, quatrième maillon de cette chaîne, Jean-Michel Mathonière revient à la source de toutes ces approches : la géométrie comme matrice originelle. Après le Grand Architecte et les anges bâtisseurs, la pierre à tailler, le Trait des coupoles, il nous introduit au cœur des figures qui structurent, depuis des siècles, l’imaginaire et la pratique du bâtir en Europe germanique. Ce faisant, il propose au lecteur une sorte de tétralogie cohérente : du principe créateur à la main qui taille, de la main qui taille au trait qui calcule, du trait qui calcule aux figures mères qui donnent sens à l’ensemble.

Pour le lecteur maçon, compagnon, architecte, historien de l’art ou simplement amoureux des cathédrales, ces quatre carnets composent un véritable itinéraire initiatique. Ab initio en est l’un des jalons les plus lumineux, parce qu’il conjugue la rigueur de l’enquête historique, la précision du tracé et la profondeur d’une méditation symbolique. L’on referme ce petit livre dense avec le sentiment que, derrière chaque pierre marquée, chaque voûte, chaque coupole, subsiste encore la trace d’un geste qui, en cherchant à mettre de l’ordre dans la matière, cherchait aussi à mettre de l’ordre dans l’âme. Et que la géométrie, loin d’être un savoir « réservé », demeure une langue commune offerte à qui veut bien apprendre à lire, dans les lignes du monde, les lettres d’un alphabet sacré.

Ab initio : la géométrie des compagnons tailleurs de pierre germaniques
Les carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts
Jean-Michel Mathonière
Jean-Michel Mathonière, 2025, 104 pages, 17 € – numérique 5,98 €

21 au 23/11/25 : Les Éditions F. Deville à Paris – Venez les rencontrer durant le salon

Les Éditions F. Deville à Paris : une plongée contemporaine dans la Franc-maçonnerie

Installées à Bruxelles depuis 2015, les Éditions F. Deville poursuivent une aventure éditoriale née de la passion de deux anciens libraires pour la littérature sous toutes ses formes. Généraliste, la maison développe aujourd’hui un catalogue riche — romans, polars, essais, récits de voyages, littérature jeunesse — mais c’est une collection singulière qui attire un intérêt croissant : « Les Carnets littéraires des amateurs de pavés mosaïques », dédiée à la Franc-maçonnerie.

La Franc-maçonnerie demeure un sujet inépuisable, nourri par une tradition plurielle et une méthode initiatique qui, depuis des siècles, interpelle, questionne et transforme. À travers cette collection, les Éditions F. Deville s’inscrivent dans la continuité des travaux maçonniques contemporains : proposer des ouvrages qui redonnent toute leur place aux dimensions spirituelle, symbolique et transformatrice de la démarche maçonnique.

Les livres publiés explorent non seulement l’expérience initiatique en loge, mais tissent aussi des liens avec les enjeux du monde actuel. Témoignages, réflexions personnelles, cheminements intimes : les auteurs — frères comme sœurs — y partagent leur travail intérieur avec celles et ceux qui souhaitent œuvrer à une humanité plus consciente et plus éveillée.

La collection a déjà été remarquée, notamment avec Le Grand Architecte au service de l’athée d’Arnaud Waefelaer, récompensé par le Prix littéraire de la première œuvre du Masonica Lille 2025, dont le jury était présidé par le chroniqueur littéraire Yonnel Ghernaouti, bien connu des lecteurs assidus de 450.fm.
Parmi les nouveautés, plusieurs titres promettent de nourrir la réflexion des lecteurs :
La Parole et la Loge, une exploration du rôle fondateur de la parole dans l’espace initiatique ;
Culture et Franc-maçonnerie, même combat ? un essai qui interroge les rapports entre engagement culturel et cheminement initiatique.

Les Éditions F. Deville seront présentes à Paris du 21 au 23 novembre 2025 lors du Salon L’Autre Livre. L’occasion idéale pour les lecteurs parisiens de découvrir cette collection qui conjugue rigueur, ouverture et profondeur symbolique.

Un auteur de choix sera présent également (samedi et dimanche de10h à 12h) : Olivier Delacuvellerie, pour ses deux ouvrages : « Voyage à travers les fenêtres » et « La pioche et le roseau – critique de la symbolique maçonnique ».

SALON L’AUTRE Livre Salon International de l’édition indépendante – Mairie du Veme – place du Panthéon – 21 au 23 novembre 2025.

Mairie du 5ᵉ arrondissement – Place du Panthéon – 75005 Paris : ENTRÉE LIBRE
• Vendredi 14 h → 18 h
• Samedi 10 h → 19 h
• Dimanche 10 h → 18 h

Dans un paysage éditorial de plus en plus concentré entre les mains de quelques géants, l’édition indépendante reste le dernier bastion de la diversité, de la liberté de penser et de créer.

C’est cette conviction qui anime depuis plus de vingt ans l’association L’Autre Livre et qui donne tout son sens à ce rendez-vous annuel incontournable.Pendant trois jours, la majestueuse Mairie du 5ᵉ, place du Panthéon, se transforme en véritable agora du livre indépendant :

  • Plus de 200 maisons d’édition françaises, européennes et internationales
  • Des milliers de titres introuvables en grande surface
  • Des auteur·e·s, éditeur·rice·s, traducteur·rice·s et illustrateur·rice·s présent·e·s pour échanger directement avec le public
  • Rencontres, tables rondes, lectures, performances et signatures

Ici, un livre n’est pas un simple produit : c’est une voix, une prise de risque, une pensée qui refuse l’uniformisation.

Venir à L’Autre Livre, c’est choisir la biblio-diversité, soutenir la création sans compromis et affirmer que l’avenir de la culture passe par la pluralité des imaginaires.Deux rendez-vous par an (automne et printemps) et, toute l’année, l’espace librairie dédié au 13 rue de l’École-Polytechnique dans le 5ᵉ.

L’Autre Livre : Association loi 1901 créée en 2002
200 éditeurs indépendants unis pour la liberté d’éditer et de lire autrement www.lautrelivre.fr
• 09 54 38 21 65

Venez nombreux : chaque visite, chaque achat, chaque conversation est un acte concret de résistance culturelle.

Du sang de méduse à la foudre de Zeus – allégorie maçonnique de l’élévation spirituelle

Pégase, le Cheval Ailé d’Or

Au cœur de la mythologie grecque, Pégase émerge comme une énigme sublime : un cheval blanc aux ailes d’or, jailli du sang de Méduse décapitée par Persée. À peine né, il s’envole vers l’Olympe, devenant le porteur de la foudre et des éclairs pour Zeus. Ce récit n’est pas une simple fable antique ; il incarne un parcours initiatique parfait, miroir des étapes maçonniques : mort symbolique, renaissance, ascension, illumination.

Dans les temples du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), Pégase orne tabliers et bijoux, rappelant que la lumière naît des ténèbres, et que l’initié, tel ce coursier divin, doit s’élever au-delà de la matière pour toucher le Grand Architecte de l’Univers. Cet article explore les strates mythiques et symboliques de Pégase, en tissant des liens profonds avec la Franc-maçonnerie, où il devient l’archétype de l’âme ailée.

Les origines mythiques : naissance paradoxale et envol immédiat

La décapitation de Méduse : du monstre à la beauté divineLe mythe commence avec Persée, héros armé par les dieux :

  • Athéna lui offre un bouclier-miroir pour éviter le regard pétrifiant de Méduse.
  • Hermès lui prête une serpe incurvée.

Persée tranche la tête de la Gorgone. Du sang jaillissant de son cou naissent deux prodiges :

  • Chrysaor, guerrier à l’épée d’or.
  • Pégase, le cheval ailé aux plumes étincelantes.

Ce paradoxe – beauté surgissant de l’horreur – est fondamental. Méduse, avec ses serpents et son regard mortel, symbolise le chaos primordial, les passions non domptées, la Pierre brute du franc-maçon. Persée, guidé par la sagesse (Athéna) et le discernement (Hermès), représente l’initié affrontant son ombre. Le sang, substance vitale et alchimique, évoque la transmutation : de la matière brute naît l’esprit purifié.

L’envol vers l’Olympe : de la terre au divin

À peine né, Pégase ne touche plus le sol. Ses ailes d’or le propulsent vers le palais de Zeus. Il devient l’écuyer céleste, transportant foudre et éclairs – armes du maître des dieux. En franc-maçonnerie, cet envol immédiat symbolise l’élévation post-initiatique. Le cheval blanc évoque la pureté (comme dans l’Apocalypse de Jean, influençant les rituels Rose-Croix). Les ailes d’or représentent la lumière intérieure, forgée par le travail sur soi. L’Olympe n’est autre que le plan divin, accessible au Maçon après la Chambre de Réflexion et le serment sur le Volume de la Loi Sacrée.

Pégase au service des héros : Bellérophon et la Chimère

Capturé par Bellérophon à l’aide d’une bride d’or offerte par Athéna, Pégase l’aide à vaincre la Chimère – monstre hybride crachant le feu. Mais l’orgueil de Bellérophon, tentant de monter à l’Olympe, le fait chuter ; Pégase, lui, reste fidèle à Zeus. Cette épisode résonne avec le 14e degré du REAA (Parfait Élu), où le Maçon dompte ses vices intérieurs (la Chimère = ego, passions). La bride d’or symbolise la discipline maçonnique ; la chute de Bellérophon avertit contre l’orgueil, vice capital en loge.

Le coup de sabot magique : la fontaine Hippocrène et l’inspiration

Pégase frappe le Mont Hélicon de son sabot, faisant jaillir la fontaine Hippocrène – source sacrée des Muses, inspiratrice de poésie et de philosophie. En symbolisme maçonnique :

  • Le sabot = l’acte juste, le ciseau du tailleur de pierre.
  • La source = la Connaissance révélée, jaillissant du travail accompli.
  • Les Muses = les vertus cardinales : Sagesse, Force, Beauté – piliers du temple intérieur. Cette fontaine évoque les eaux lustrales des rituels, purifiant l’initié pour l’accès à la Sagesse.

Pégase dans la Franc-maçonnerie : un symbole vivant à travers les degrés

Pégase n’est pas anecdotique en maçonnerie ; il imprègne les hauts grades :

Degré REAALien avec PégaseInterprétation
1er-3eNaissance du sangMort symbolique → Renaissance en loge
14eDomptage de la ChimèreMaîtrise des passions → Pierre cubique
18e (Rose-Croix)Porteur de foudreIllumination → Union avec le divin
30e (Chevalier Kadosh)Ailes d’orVol vers la justice et la vérité

Dans les temples écossais, Pégase figure sur les tapisseries, évoquant le Pélican Rose-Croix (sacrifice et régénération). Oswald Wirth, dans La Franc-maçonnerie rendue intelligible, le décrit comme l’âme libérée, volant au-dessus des vicissitudes terrestres. Au 18e degré, le cheval ailé symbolise l’ascension christique-maçonnique, portant la lumière régénératrice.

Les attributs symboliques de Pégase : clés pour l’initié

  • Blanc immaculé : Pureté, innocence retrouvée après l’initiation.
  • Ailes d’or : Lumière divine, travail alchimique (or philosophal).
  • Foudre : Révélation soudaine, énergie cosmique canalisée.
  • Sabot créateur : Pouvoir génératif du Verbe, écho au Fiat Lux biblique.

Ces éléments rappellent les outils maçonniques : l’équerre (stabilité), le compas (aspiration au ciel), la règle (mesure divine).

Héritage culturel et ésotérique : de l’antiquité à la loge moderne

Pégase inspire au-delà de la Grèce :

  • Constellation céleste, guidant les navigateurs – comme la Polaris maçonnique.
  • Emblème de la poésie (Hippocrène) et de la mobilité aérienne (aviation moderne).
  • Dans l’ésotérisme, Golden Dawn l’associe à l’Arcanum VIII du Tarot (Force), domptant le lion intérieur.

En maçonnerie contemporaine, il orne les bannières de loges comme Pégase Étoilé (France) ou Winged Horse Lodge (USA), symbolisant l’aspiration universelle.

Conclusion : Pégase, miroir de l’âme maçonnique en vol

Pégase n’est pas un mythe figé ; il est l’incarnation du voyage maçonnique : du sang de l’ego décapité naît l’âme ailée, portant la foudre de la vérité vers les cieux. Comme le dit un rituel du 18e degré : « Monte, ô Pégase, et porte la lumière aux frères endormis. » L’initié, tel ce coursier, doit dompter ses chimères, frapper la pierre pour en faire jaillir la source, et s’élever sans orgueil. Dans un monde chaotique, Pégase nous rappelle que la plus grande victoire est intérieure – une ascension éternelle vers le Grand Architecte.

Que ses ailes d’or inspirent chaque pas en loge, transformant la Pierre brute en temple vivant.

Les Francs-maçons accomplissent des actions charitables le jour de la Chaîne des Bonnes Actions

De notre confrère brésilien oestegoiano.com.br

Le samedi 8 novembre 2025 après-midi, la loge maçonnique Paz e Trabalho d’Iporá a promu un autre acte de solidarité dans le cadre de l’initiative étatique connue sous le nom de Chaîne du Bien, un mouvement qui a mobilisé les loges maçonniques de tout l’État de Goiás pour des actions humanitaires et sociales.

À Iporá, les francs-maçons, accompagnés de leurs épouses et de leurs familles, ont concentré leurs efforts sur l’Association des personnes handicapées d’Iporá, une organisation liée à l’Église catholique qui accueille des personnes en situation de handicap physique et mental. Le groupe a apporté de nombreux dons, tels que des vêtements, des jouets, des articles de toilette et d’autres objets utiles, afin de répondre aux besoins des résidents.

Outre les dons matériels, les bénéficiaires ont partagé un moment de convivialité privilégié. L’équipe maçonnique a organisé une collation, accompagnée de musique, de détente et d’échanges entre les personnes aidées et les visiteurs, favorisant ainsi une atmosphère de fraternité et de bienveillance.

La présidente de l’Association des Dames Maçonniques des Filles d’Hiram, Vanessa Liaci da Silva, a salué l’initiative, se félicitant d’avoir contribué à l’institution et d’avoir apporté un peu de joie aux personnes aidées. Le vénérable maître de la Loge Paix et Travail, Fernando Augusto Xavier, a également souligné le succès de l’action et réaffirmé l’engagement de la Franc-Maçonnerie envers les causes sociales et le renforcement de la solidarité au sein de la communauté.

La « Chaîne du Bien » a mobilisé plusieurs loges maçonniques dans tout l’État de Goiás, et à Iporá, une fois de plus, l’esprit fraternel et communautaire a prévalu, marquant la journée par des gestes de générosité et d’hospitalité.

L’acacia méconnu

L’acacia… un arbre que l’on croit connaître, mais qui, à bien y regarder, ne se laisse jamais vraiment saisir. Il est là, modeste, épineux, presque banal. Et pourtant, il traverse les âges, les mythes, les rites, les hallucinations. Un arbre qui ne parle pas, mais qui murmure à ceux qui savent écouter.

Comme l’aurait peut-être suggéré un philosophe néoplatonicien tel que Plotin : et si l’acacia, dans sa modestie apparente, portait en lui une vérité cachée ? Bois de menuisier, plante sacrée, il devient le symbole des initiés, des bâtisseurs, des rêveurs. Il ne s’impose pas, il se révèle à ceux qui savent voir au-delà des formes.

L’acacia méconnu… si, si !

Que fait l’être humain quand il se passionne pour l’étude et la recherche de la connaissance ? Quel instinct profond le tire vers le haut ou le bas ? Voici deux aspects d’une question qui semble anodine, mais qui cache en réalité un fait d’une importance capitale :

« L’acacia m’est connu ou méconnu ? » « Connaître » n’est pas « savoir ». Savoir, c’est apprendre de l’autre. Connaître, c’est apprendre de soi, dans le rapport avec l’autre. René Guénon disait de lui qu’il était arbre de dualité, arbre de mort par sa partie enterrée, et arbre de vie par sa partie aérienne, un trait d’union entre le zénith et le nadir, entre l’ombre et la lumière.

Cette connaissance se transmet le plus généralement de façon orale, visuelle, écrite ou manuelle. On est dans l’apprentissage. Pour Albert Einstein, « la principale source de connaissance est l’expérience ». Et parfois, l’expérience pousse sous forme de branches épineuses.

Acacia ou Érica ? Le duel botanique

Barque d’Isis

Dans tous les Mystères antiques, la plante sacrée était un symbole d’initiation, elle-même symbole de résurrection et d’immortalité de l’âme. Les Égyptiens avaient choisi l’érica, la bruyère, comme plante sacrée. Une légende raconte qu’Isis, à la recherche du corps d’Osiris, le retrouva près d’un buisson d’érica. Ce lieu devint sacré, et l’érica fut adoptée comme plante rituelle.

Mais l’acacia n’a pas dit son dernier mot. Dans l’iconographie funéraire égyptienne, l’ished « acacia » signifie « ce qui donne la félicité ». Thot et Seshat y inscrivaient les noms des pharaons pour leur souhaiter prospérité et longue vie. Dans le sarcophage d’Aménophis II, on découvrit une branche d’acacia sur le corps du défunt. Le Livre des Morts d’Ani contient une invocation : « Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia ».

Alors, acacia ou érica ? L’un pour la mémoire, l’autre pour la renaissance. Et si la franc-maçonnerie avait simplement choisi le plus piquant des deux pour éviter les confusions florales ?

 L’arbre des barques sacrées

Les bateaux découverts près de la pyramide de Khéops étaient faits d’acacia et de cèdre. La barge sacrée d’Osiris au temple de Thèbes était en acacia. Ce bois protégeait la momie pendant que l’âme s’unissait à l’univers. Les inscriptions l’appellent « le solitaire dans l’acacia », et les images montrent le dieu comme une momie abritée par l’arbre.

L’acacia devient alors gardien de la promesse de rédemption. Il incarne la renaissance qui suit la mort, la barque de la conscience qui traverse les eaux troubles de l’existence. Et comme chacun sait, mieux vaut un bon bois pour naviguer dans l’au-delà qu’un radeau de fortune.

L’acacia du Nil : spiritualité et chimie sacrée

L’Acacia nilotica pousse en abondance le long du Nil. Il contient de la DMT, une molécule hallucinogène utilisée dans les rituels chamaniques. Les prêtres égyptiens glorifiaient ses pouvoirs psychiques. Osiris, psychopompe, guide des âmes, est né sous un acacia. Les anciens Égyptiens utilisaient cet arbre pour obtenir l’illumination et parler aux dieux.

Et là, on peut se permettre un clin d’œil :

 Moïse, le buisson ardent… et le DMT

Le professeur israélien Ben Shannon pense que Moïse était sous l’effet de DMT quand Yahvé lui remit les Tables de la Loi. Le buisson ardent serait un Acacia nilotica, présent dans le Sinaï et la vallée du Jourdain. Le judaïsme primitif considérait l’acacia comme sacré : l’Arche d’Alliance était faite de ce bois, recouvert d’or.

Comme toutes nos religions actuelles, le judaïsme a été influencé par le DMT et sa connexion au monde des esprits. À la Mecque, avant l’Islam, la déesse Al-Lat était aussi identifiée à l’Acacia nilotica. Sa religion était tout à fait conforme aux croyances égyptiennes, celtes et hébraïques.

 L’Afrique subsaharienne : entre cosmogonie et quotidien

Chez les Dogons du Mali, l’acacia est lié à la création du monde. Ses branches relient le ciel et la terre, et son bois sert à sculpter les masques rituels et les portes des greniers à mil, symboles de protection et de fertilité. L’arbre n’est pas seulement sacré : il est aussi pratique, résistant, et omniprésent dans la vie quotidienne.

Un arbre qui protège les récoltes, les âmes, et parfois les secrets de famille. L’acacia, c’est un peu le coffre-fort végétal de l’Afrique.

 L’acacia en Asie : entre médecine, spiritualité et esthétique

Chine et médecine traditionnelle

•  L’acacia est utilisé dans la pharmacopée chinoise, notamment pour ses propriétés astringentes et antiseptiques.

•  Le Gummi arabicum (gomme d’acacia) est parfois intégré dans des préparations pour calmer les inflammations et favoriser la cicatrisation.

•   Sur le plan symbolique, les arbres épineux sont souvent associés à la résilience et à la protection contre les mauvais esprits.

Inde et spiritualité védique

•   Bien que le neem et le banyan dominent les récits sacrés, certaines espèces d’acacia (comme Acacia catechu) sont utilisées dans les rituels ayurvédiques.

•   Le catechu, extrait de l’acacia, est considéré comme purificateur, utilisé dans les soins buccaux et les encens.

•   Dans les textes védiques, les arbres à épines sont parfois vus comme gardiens de seuils, entre le monde matériel et le monde spirituel.

L’acacia dans les traditions amérindiennes : entre terre, ciel et guérison

Symbolisme chez les peuples du Sud-Ouest

•   Les Navajos et Pueblos utilisent des bois résistants comme l’acacia pour fabriquer des objets rituels.

•   L’acacia est parfois associé à la force du désert, à la résistance à l’adversité, et à la connexion avec les ancêtres.

Médecine et spiritualité

•   Acacia farnesiana, aussi appelée cassier, est utilisée par certaines tribus pour ses propriétés médicinales : traitement des fièvres, des infections et comme plante de purification.

•   Les fleurs odorantes sont parfois brûlées pour inviter les esprits bienveillants ou accompagner les rites de passage.

Cosmologie et artisanat

•   Dans certaines légendes bambara (Afrique de l’Ouest, mais avec des échos dans les diasporas amérindiennes), l’acacia est lié à la création du monde par le son, serait né de ses branches « Le rhombe est un instrument à vent de la famille des aérophones se servant du frottement de l’air ambiant pour produire un son.

•   Ce lien entre vibration, bois et spiritualité se retrouve dans les tambours sacrés et les flûtes utilisées dans les cérémonies chamaniques.

Le rhombe

Vers une synthèse symbolique

L’acacia, arbre-monde, présent dans les rites de guérison, les objets sacrés, les mythes de création et les pratiques initiatiques. Qu’il pousse le long du Nil, dans les vallées du Gange ou sur les plateaux du Nouveau-Mexique, il incarne :

•   La résistance (épines, bois dur)

•   La transmission (rituels, médecine)

•   La connexion (visible/invisible, ciel/terre)

•   Et parfois… la transcendance hallucinée (merci la DMT)

Lien entre les mondes

L’acacia est le symbole du lien entre le visible et l’invisible. Il est l’analogue de l’aubépine, de la croix chrétienne, de la lettre hébraïque Vav, le lien. Il est gage d’immortalité. René Guénon note que les plantes sacrées sont souvent épineuses : rose, chardon, acanthe… L’acacia, « épine d’Égypte », est un symbole solaire.

Et comme tout bon symbole solaire, il pique un peu, mais éclaire beaucoup.

Cycle solaire et renaissance

L’acacia évoque le cycle du soleil : floraison en boules dorées, feuilles qui se ferment la nuit et s’ouvrent au matin. Le drame d’Osiris devient un rite solaire : mort et renaissance, comme le jour et la nuit. Les graines d’acacia retrouvées dans les tombes pharaoniques témoignent de cette symbolique.

 Bois sacré et usage pratique

Dur, imputrescible, riche en tanins, le bois d’acacia résiste aux parasites. Il servait à fabriquer des coffres à momies, des secrétaires à papyrus, des malles. Il est lié à la vie et à la mort, à la transformation et à l’immortalité.

Et en bonus, il fait de très bons piquets de vigne. Comme quoi, même les arbres sacrés ont une vie agricole.

L’Arche d’Alliance et le Tabernacle

Dans l’Exode, l’acacia est omniprésent : arche, table, autels, piliers… tout est en bois de shittim. Ce bois était choisi pour sa résistance, mais aussi pour sa symbolique. Il abritait la présence de Yahvé pendant la traversée du désert.

 Bien que la Bible ne spécifie pas le matériau exact dont était fait le bâton d’Aaron, la tradition juive et chrétienne suggère généralement qu’il s’agissait d’un bâton en bois d’acacia.

Tout y était en acacia : l’Arche d’Alliance, la table des pains, les barres de transport, les piliers, les autels. Une vraie maison en bois sacré. On pourrait presque dire que Yahvé avait un faible pour le mobilier rustique.

L’Arche d’Alliance

Exode 25, 10 : « Ils feront une arche de bois d’acacia, sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d’une coudée et demie, et sa hauteur d’une coudée et demie. »

Conclusion : l’acacia, arbre total

L’acacia est un arbre paradoxal : modeste et sacré, utilitaire et mystique, enraciné dans la terre et tourné vers le ciel. Il relie les civilisations, les croyances, les métiers et les mythes. Il est le témoin silencieux des rites anciens, le compagnon des bâtisseurs, le confident des initiés.

Il ne parle pas, mais il inspire. Il ne bouge pas, mais il relie. Il ne brille pas, mais il éclaire. Et parfois, il fait halluciner, ce qui, dans le monde des symboles, revient à peu près au même. Et s’il ne parle pas, il inspire, parfois jusqu’à l’extase. Ou du moins jusqu’à ce que Moïse entende des voix.

Aujourd’hui on a un peu perdu de vue les vertus hallucinogènes de l’acacia. Pourtant son culte a survécu, mais de façon purement symbolique, rassurez-vous ! On imagine mal les vénérables tabliers de cuir se rouler des pétards d’acacia du Nil. Quoique …

Postface

« Et si, dans un monde qui numérise tout, il fallait réapprendre à écouter les arbres ? L’acacia, lui, n’a jamais cessé de parler. »

Bibliographie indicative

  • René Guénon, Le symbolisme de la croix, Éditions Traditionnelles, 1931.

Pour la pensée initiatique et la symbolique du lien entre ciel et terre.

  • Jules Boucher, La symbolique maçonnique, Dervy, 1948.

Une référence incontournable sur les symboles maçonniques, dont l’acacia.

  • Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Gallimard, 1965.

Pour comprendre la place du végétal dans les rites et les mythes.

  • Plotin, Ennéades, trad. Émile Bréhier, Les Belles Lettres.

Source de la citation sur la forme visible et la vérité cachée.

  • Albert Einstein, Comment je vois le monde, Flammarion, 1934.

Pour la citation sur l’expérience comme source de connaissance.

  • Ibn Sina (Avicenne), Le Canon de la médecine, traduction partielle, divers éditeurs.

Pour les usages médicinaux de l’acacia dans la tradition arabe.

  • Kamal el-Mallakh, The Khufu Boat, Cairo University Press, 1954.

Étude sur la découverte des barques funéraires près de la pyramide de Khéops.

  • Ben Shannon, (hypothèse contemporaine sur Moïse et la DMT)

Mentionné dans des articles de recherche sur les interprétations psychotropes des récits bibliques.

La Papesse (II) : Chut… Le Secret est à l’intérieur

Et si nous jouions à un jeu ? Un jeu où vous n’êtes pas le spectateur, mais l’acteur. Imaginez que ce chemin initiatique qu’incarne le Tarot, c’est le vôtre. Que vous devez incarner, tour à tour, chaque arcane. La semaine dernière, vous étiez Le Bateleur (I). Vous aviez la fougue, la détermination, l’outil en main, le verbe haut. Vous étiez prêt à agir sur le monde. Et puis… vous faites un pas. Un seul.

L’énergie change. Après le feu, voici la glace. Après le bruit, l’immobilité. Vous rencontrez une nouvelle émotion, une sensation, une qualité indispensable à la quête : le silence intérieur. Vous devez maintenant apprendre à recevoir.

Vous devenez… La Papesse.

Cette transition, c’est le premier grand pivot de la quête. C’est le moment où le Héros (vous !) s’élance et tombe… sur la Gardienne.

La Papesse Tarot Oswald Wirth 1889

Dans la structure du conte, analysée par ce cher Vladimir Propp, c’est le moment de la rencontre avec le Donateur (ou la Donatrice). Sa fonction ? Tester le Héros. Non par le fer, mais par la Sagesse. Si le Héros se montre digne (patient, à l’écoute), il recevra « l’auxiliaire magique » – ici la sagesse.

Regardez-la : elle ne tient ni épée ni bâton. Elle tient les Clés.

La Papesse est donc ce moment suspendu, ce silence assourdissant après votre premier élan. Elle vous fixe et semble demander :

« Tu as l’énergie, petit Bateleur. Mais as-tu la Gnose ? »

(cette connaissance intime, directe et salvatrice du divin, au-delà du simple savoir intellectuel ou de la croyance)

Entre les Colonnes : Hérésie Historique ou Vérité Initiatique ?

Qui est-elle ? Le monde profane, friand de scandales, s’est précipité sur la légende sulfureuse de la Papesse Jeanne. Cette femme qui, dit-on, aurait usurpé le trône de Saint-Pierre au IXe siècle avant d’être démasquée en accouchant en pleine procession. Une histoire croustillante, parfaite pour railler l’idée même d’une autorité féminine.

Mais nous savons que le Tarot n’est pas un simple livre d’Histoire.

Quand Oswald Wirth, guidé par l’intuition de Stanislas de Guaita, redessine cet arcane en 1889, il ne s’intéresse pas à la polémique. Il grave dans le cuivre une vérité ésotérique. Sa Papesse n’est pas une usurpatrice ; elle est la Gardienne légitime du Voile.

La véritable problématique n’est pas de savoir si une femme a porté la tiare, mais de comprendre ce que symbolise cette figure assise, immobile, entre les deux colonnes du Temple. Wirth, lui, y voit l’incarnation de la Gnose, la Sagesse cachée.

Sous le Voile d’Isis : Pistes d’Analyse (inspirées)

Ne comptez pas sur moi pour déchirer le voile d’un coup sec. Le Tarot miroir des symboles explore ces pistes avec une profondeur que je ne saurais que vous recommander. Mais voici quelques clés (d’or et d’argent, bien sûr) pour nourrir votre méditation.

Du Un au Deux

La Lettre Beth (ב) Vous étiez Un (Aleph א), l’énergie primordiale. Vous devenez Deux (Beth ב), le Binaire, la réflexion. Et que signifie Beth ? « La Maison ». Vous n’êtes plus sur la place publique ; vous entrez dans le Temple. Vous devenez la vie intérieure, la gestation, le lieu où le savoir doit être mûri avant de devenir action. Le Saint des Saints. Le 1 est l’émission ; le 2 est la réception pure.

La Sagesse avant la Connaissance

Le lien Kabbalistique Si, en Bateleur, vous touchiez à Kether (l’Unité pure), en Papesse, vous incarnez Chokmah (חכמה), la Sagesse. C’est la deuxième Séphirah sur l’Arbre de Vie, la première émanation de Kether. Attention, ce n’est pas encore Binah (l’Intelligence, la compréhension, qui viendra avec l’Impératrice). Chokmah est la Sagesse divine pure, le « germe de toute idée », la lumière originelle reçue. Vous êtes donc la Sagesse en gestation, non encore formulée, le silence qui précède le Verbe. Le miroir qui reçoit la lumière sans encore la diffuser.

La Gardienne du Seuil : J… et B…

Regardez où vous êtes assise : entre deux colonnes. L’une est rouge (active), l’autre bleue (réceptive). Faut-il vous faire un dessin ? Vous êtes l’axe médian, l’équilibre parfait entre ces deux forces. Mais l’accès n’est pas libre. Entre les colonnes, Wirth a dessiné un voile, le paroketh qui sépare le profane du sacré. C’est le voile d’Isis, celui que « nul mortel n’a soulevé ». Vous le garde. Vous n’invitez pas à entrer ; vous obligez à s’arrêter.

Le Livre (entr’ouvert) de la Dualité

Vous tenez un livre, mais comme vous l’avez si bien noté, il n’est pas ouvert. Il est entr’ouvert. La Sagesse ne se donne pas, elle se mérite. Elle n’est ni totalement accessible, ni totalement cachée. Sur sa couverture, Wirth grave le Yin-Yang. Qu’est-ce, sinon une autre forme du pavé mosaïque ? C’est la confirmation que le savoir qu’il contient repose sur l’équilibre des contraires. Vous tenez aussi les clés qui ouvrent le visible (l’or, solaire) et l’invisible (l’argent, lunaire). Votre tiare, surmontée du croissant de lune, vous relie aux mystères de la nuit, à cette sagesse intuitive qui ne se saisit que lorsque le soleil de la raison (le Bateleur) s’est couché.

Le Miroir du Monde (L’Arcane XXI)

Dans le grand jeu des correspondances, qui fait face à La Papesse ? C’est Le Monde (XXI). La Sagesse cachée (II) répond à l’Accomplissement total (XXI). Le silence du Temple intérieur (Beth) trouve son écho dans la musique du Cosmos. La vérité voilée derrière le rideau en II est la même vérité qui danse, nue et victorieuse, au centre de la mandorle en XXI. L’une est la Gnose en gestation, l’autre est la Gnose manifestée.

Aparté : D’un simple Jeu de Cour à un Outil Initiatique

Il est bon de se rappeler, cher lecteur, que cette profondeur symbolique n’a pas toujours été une évidence.

Lorsque le Tarot, venu des cours italiennes (les Tarocchi) dès la fin du XVe siècle, s’implanta en France, il n’était encore qu’un gioco di trionfi (un jeu de triomphes). Pendant des siècles, il fut avant tout un divertissement de salon.

Il fallut attendre le bouillonnement intellectuel de la fin du XVIIIe siècle pour que des précurseurs, comme Antoine Court de Gébelin, y voient l’héritage perdu de l’Égypte ancienne, le fameux « Livre de Thot ». Puis, au XIXe siècle, le mage Éliphas Lévi opéra la synthèse magistrale en tissant de manière indélébile les liens entre les 22 arcanes majeurs, les 22 lettres de l’alphabet hébraïque et les sentiers de la Kabbale.

Mais c’est notre cher Oswald Wirth qui, sous l’impulsion de Stanislas de Guaita, gravera cette vision dans le cuivre. Son Tarot de 1889 n’est pas juste un « Marseille » redessiné ; c’est le premier jeu où les symboles ésotériques (lettres hébraïques, signes alchimiques, constellations) sont visiblement intégrés dans l’iconographie même des arcanes, faisant d’un jeu de cartes un livre muet pour Initiés. La Papesse de Wirth n’est pas qu’une image, c’est un enseignement.

Conclusion : Le Silence qui Enseigne

En devenant La Papesse, l’Initié fait l’expérience de l’introspection obligatoire après l’action. Vous êtes le silence du lieu sacré juste avant l’ouverture des travaux. Vous êtes l’image même du silence qui veille sur les Apprentis, leur enseignant la première des vertus : l’écoute.

Oswald Wirth a fait de cet arcane un véritable traité d’ésotérisme, héritier de cette lignée que nous venons d’évoquer.

L’ouvrage « Le Tarot miroir des symboles » plonge avec délectation dans ces mystères, analysant la signification de votre manteau, le pavé mosaïque que vous maîtrisez à vos pieds (et qui se reflète sur la couverture de votre livre), ou votre lien troublant avec les Vierges noires de nos cathédrales.

« Car si le Bateleur nous apprend à faire, La Papesse nous apprend à être »

Mais que faire de cet « Être » ? Cette Sagesse (Chokmah) reçue dans l’immobilité du Temple peut-elle y rester ? Non. Après la réception du 2, vient l’explosion créatrice du 3. La Gnose doit s’incarner. L’eau reçue dans la coupe doit irriguer la terre.

C’est la prochaine étape de notre jeu… Bientôt, nous quitterons le seuil sacré pour entrer dans le jardin fertile de L’Impératrice (III).

Mais n’allons pas trop vite…

« Ce n’est pas le bruit des mots qui enseigne, c’est l’écho qu’ils laissent dans le silence ».

la Papesse

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Les habitants des éléments : les forces de la nature

Toutes les cultures ont donné des formes humaines ou animales aux élémentaux, aux forces de la Nature, à travers les mythologies, les légendes ou les contes de fée : elfe (esprit de l’air), gnome (esprit des minerais), sylphe (esprit de l’air dans les arbres), salamandre(esprit du feu), ondine (esprit de l’eau),… Dans la mythologie populaire et le folklore, on les appelle péris, faunes, elfes, farfadets, gobelins, etc.

Les esprits Élémentaux sont définis dans Isis dévoilée comme : « Les créatures évoluant dans les quatre règnes de la terre, de l’air, du feu et de l’eau, et appelées par les cabalistes gnomes, sylphes, salamandres et ondines. On peut les appeler les forces de la Nature ; ils agissent, soit comme agents serviles des lois générales, soit comme des agents employés par les Esprits désincarnés, purs ou impurs, et par les adeptes vivants de la magie et de la sorcellerie pour produire des phénomènes déterminés. Ces êtres ne deviennent jamais des hommes. »

Le terme général « éléments » a été appliqué aux phases inférieures ou physiques de ces quatre principes primaires, et le nom « essences élémentaires » à leurs constitutions spirituelles invisibles correspondantes. Les minéraux, les plantes, les animaux et les hommes vivent dans un monde composé du côté grossier de ces quatre éléments, et construisent leurs organismes vivants à partir de diverses combinaisons de ceux-ci.

Les civilisations de la Grèce, de Rome, d’Égypte, de Chine et d’Inde croyaient implicitement en l’existence des satyres, des lutins et des gobelins. Elles peuplaient la mer de sirènes, les rivières et les fontaines de nymphes, l’air de fées, le feu de Lares et de Pénates, et la terre de faunes, de dryades et d’hamadryades. Ces esprits de la Nature étaient tenus en haute estime, et des offrandes propitiatoires leur étaient faites. Parfois, en raison des conditions atmosphériques ou de la sensibilité particulière du dévot, ils devenaient visibles.
De nombreux auteurs ont écrit à leur sujet en des termes qui suggèrent qu’ils avaient réellement vu ces habitants des royaumes plus subtils de la Nature.
Certains experts estiment que plusieurs des dieux vénérés par les païens étaient des élémentaux, car certains de ces invisibles étaient considérés comme ayant une stature imposante et une allure magnifique.

Pour Nicolas de Montfaucon, la nature de l’Adam avant sa chute possédait les perfections de ces quatre espèces  «Les salamandres, comme vous l’avez déjà peut-être compris, sont composés des plus subtiles parties de la sphère du feu, conglobées & organisées par l’action du feu universel, dont je vous entretiendrai quelque jour, ainsi appelle parce qu’il est le principe de tous les mouvemens de la nature. Les sylphes de même font composés des plus purs atomes de l’air, les nymphes des plus déliées parties de l’eau, & les gnomes des plus subtiles parties de la terre. Il y avoit beaucoup de proportion entre Adam & ces créatures si parfaites, parce qu’étant composé de ce qu’il y avoit de plus pur dans les quatre éléments, il renfermoit les perfections de ces quatre espèces de peuples, & étoit leur roi naturel».

Ainsi, Nicolas de Montfaucon, dit abbé de Villars, dans son fameux ouvrage de 1670,  Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes (Second entretien), les nomme les Sylphes, les Ondins ou Nymphes, les Gnomes & les Salamandres.

Pour William Adams, les esprits de la nature (également dénommés élémentaux) sont formés de matière éthérique et ils habitent par conséquent ce monde invisible qui anime et organise le monde visible.  Suit la liste de ces esprits éthériques :
Les Esprits de la Terre (Torn, lutin, gnome, kobolds, farfadet, nain, rhome, troll, faune, fée)
Les Esprits des Eaux (Vouivre, ondin et ondine, triton, sirelle, nymphe, néréide, sirène, fée de l’eau)Les Esprits de l’Air (Ryel, sylphe, sylphide, elfe, vestale, licorne, fée de l’air) Les Esprits du Feu (feu-follet, fée du feu, Salamandre)

L’air est donc de nature double : une atmosphère tangible et un substrat intangible et volatil que l’on peut qualifier d’air spirituel. Le feu est visible et invisible, discernable et indiscernable – une flamme spirituelle et éthérée se manifestant à travers une flamme matérielle et substantielle. En poursuivant l’analogie, l’eau se compose d’un fluide dense et d’une essence potentielle de nature fluidique. La terre, de même, possède deux parties essentielles : la partie inférieure, fixe, terreuse et immobile ; la partie supérieure, raréfiée, mobile et virtuelle.

Ces êtres sont considérés comme des entités vivantes réelles, souvent de forme humaine, mais habitant des mondes qui leur sont propres, inaccessibles à nos sens non développés. Paracelse affirme qu’ils possèdent chair, sang et os, mais ne sont pas de « véritables esprits » car ils se reproduisent, mangent et dorment, occupant une place entre les hommes et les esprits. Leur corps est composé d’une chair transsubstantielle, une « matière spirituelle » ou « éther », rendant leur substance un composite d’esprit et de matière. Composés d’un seul élément, ils n’ont pas d’esprit immortel et, à leur mort, se désintègrent dans l’élément dont ils proviennent, sans conserver de conscience individuelle. Leur durée de vie est longue, allant de trois cents à mille ans. Bien qu’incapables de développement spirituel, la plupart sont d’un caractère moral élevé et possèdent une intelligence spécialisée dans leur élément.

C’est dans Les Enseignements Secrets de Tous les Âges, de Manly P. Hall; l’encyclopédie ésotérique la plus complète que j’ai puisé les ressources de ce qui suit. C’est une lecture essentielle pour quiconque souhaite explorer la connaissance ésotérique.

Pour l’exposition la plus complète et claire de la pneumatologie occulte existante (la branche de la philosophie traitant des substances spirituelles), l’humanité est redevable à Philippus Aureolus Paracelsus (Theophrastus Bombastus von Hohenheim), détenteur du Secret Royal (la Pierre Philosophale et l’Élixir de Vie). Paracelsus croyait que chacun des quatre éléments primaires connus des anciens (terre, feu, air et eau) se composait d’un principe subtil et vaporeux ainsi que d’une substance corporelle grossière. La pneumatologie occulte, telle qu’exposée par Paracelse, laisse penser que chacun des quatre éléments primaires – la terre, le feu, l’air et l’eau – possédait une double nature : une substance corporelle grossière et un principe subtil, vaporeux ou spirituel. C’est dans ces essences spirituelles invisibles, appelées essences élémentales ou éthers élémentaux, que résident les élémentaux ou esprits de la nature. Paracelsus diffère quelque peu des mystiques grecs concernant les limitations environnementales imposées aux esprits de la nature. Le philosophe suisse les constitue d’éthers subtils invisibles. Selon cette hypothèse, ils ne seraient visibles qu’à certains moments et uniquement pour ceux en harmonie avec leurs vibrations éthérées

Paracelse a divisé ces habitants des éléments en quatre groupes distincts :

Les Gnomes (Esprits de la Terre) :

Les gnomes sont de tailles variées – la plupart bien plus petits que les êtres humains, bien que certains aient le pouvoir de changer de stature à volonté. Cela résulte de la mobilité extrême de l’élément dans lequel ils évoluent. À leur sujet, l’abbé de Villars écrivit : « La terre est presque remplie jusqu’à son centre de gnomes, un peuple de petite stature, gardiens des trésors, des minéraux et des pierres précieuses. Ils sont ingénieux, amis de l’homme et faciles à gouverner. »

Tous les auteurs ne s’accordent pas sur la disposition aimable des gnomes. Beaucoup affirment qu’ils sont d’une nature rusée et malicieuse, difficiles à gérer et traîtres. Cependant, les écrivains s’accordent à dire que, lorsqu’on gagne leur confiance, ils sont fidèles et loyaux.

Les esprits de la terre se réunissent à certaines périodes de l’année en de grands conclaves, comme le suggère Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, où les élémentaux se rassemblent pour célébrer la beauté et l’harmonie de la nature ainsi que les perspectives d’une excellente récolte.

Ils résident dans l’éther terreux et ont un immense pouvoir sur les roches, la flore et les minéraux.
ils sont les gardiens de trésors cachés et travaillent avec les pierres, les gemmes et les métaux. Le groupe inclut les pygmées, sprites des arbres et des forêts, sylvestres, satyres, pans, dryades, hamadryades, elfes, brownies et petits vieux hommes des bois.
Ils peuvent changer de taille à volonté.
Leur disposition est décrite comme ingénieuse et amicale envers l’homme, bien que certains les jugent rusés et malicieux. S’ils sont fiables, ils sont loyaux.
Ils sont gouvernés par un roi nommé Gob, d’où le terme « gobelins ».
Ils sont associés au Nord et à un tempérament mélancolique.
Ils se marient, ont des familles (gnomides) et des appétits insatiables. Les jeunes enfants les verraient souvent.

Les Ondines (Esprits de l’Eau) :

Il existe de nombreux groupes d’ondines. Certaines habitent les chutes d’eau, où elles peuvent être vues dans les embruns ; d’autres vivent dans les rivières à courant rapide ; certaines ont leur habitat dans les marais ou les fagnes suintantes ; tandis que d’autres groupes résident dans les lacs de montagne limpides. Selon les philosophes de l’Antiquité, chaque fontaine avait sa nymphe ; chaque vague océanique, son océanide. Les esprits de l’eau étaient connus sous des noms tels que oréades, néréides, limoniades, naïades, sprites d’eau, sirènes, et potamides. Souvent, les nymphes d’eau tiraient leurs noms des ruisseaux, lacs ou mers dans lesquels elles résidaient.
Elles évoluent dans l’éther humide (ou liquide) et contrôlent l’eau dans la nature.
La beauté est leur principale caractéristique, et elles sont le plus souvent symbolisées comme féminines.
Elles habitent les chutes d’eau, les rivières, les marais, les fagnes et les lacs.
Elles sont connues sous des noms comme oréades, néréides, limoniades, naïades, sprites d’eau, sirènes et potamides.
Elles peuvent prendre l’apparence humaine mais retournent toujours à l’eau.
Elles travaillent avec les essences vitales et les liquides des êtres vivants.
Leur souveraine est Necksa.
Elles sont associées à l’Ouest et à un tempérament vital et émotionnel.
Les sirènes, mi-humaines mi-poissons, sont parmi les ondines les plus célèbres.

Les Salamandres (Esprits du Feu) :

Pour l’alchimiste, Paracelse, la salamandre est l’élémental du feu, son esprit. Invoquée dans le «labo-oratoire» de l’adepte, la salamandre active la température du feu.
Dans l’Antiquité Pline décrivait déjà la salamandre comme un animal si froid que rien qu’à toucher le feu il l’éteint comme le ferait de la glace.
À la Renaissance, la salamandre prend pour nom Vulcanales, Vénus de Vulcain, le dieu forgeron de Rome qui vivait dans les flammes de sa forge. Le Roi François 1er la prendra pour emblème avec la devise « Nutrico et Extinguo » (j’entretiens et j’éteins).
Elles vivent dans l’éther spirituel atténué du feu et sont essentielles à l’existence du feu matériel.
La communication humaine avec elles est difficile à cause de leur élément ardent, mais peut être facilitée par l’encens.
Elles peuvent apparaître comme de petites boules ou langues de feu, ou sous une forme semblable à un lézard ou d’énormes géants flamboyants.
Elles sont les plus puissantes et les plus fortes des élémentaux, dirigées par un esprit flamboyant nommé Djin.
Elles sont dangereuses et les sages étaient mis en garde de s’en tenir éloignés.
Elles sont associées au Sud et influencent les êtres de tempérament ardent ou tempétueux, agissant sur la chaleur corporelle et la circulation sanguine.

Les Alchimistes l’associent au Mercure, le vif-argent, c’est à dire à l’esprit créateur. La salamandre est symbole d’immortalité : son corps peut s’autorégénérer.

Les Sylphes (Esprits de l’Air) :

Ils vivent dans un milieu invisible, intangible et spirituel, un éther bien plus subtil que l’atmosphère terrestre.
Ils sont les plus élevés des élémentaux en raison du taux vibratoire de leur élément.
Ils ont une longue durée de vie (centaines, voire mille ans) et des sens d’une grande perfection.
Leur tâche est de modeler les flocons de neige et de rassembler les nuages (avec les ondines). Les vents sont leur véhicule.
Leur chef est Paralda, qui résiderait sur la plus haute montagne de la terre. Les femelles sont appelées sylphides.
Ils peuvent prendre une forme humaine pour de courtes périodes et sont souvent représentés avec des ailes.
On pense qu’ils inspirent les rêveurs, les poètes et les artistes.
Ils sont associés à l’Est et à un tempérament joyeux, changeant et excentrique.
Ils travaillent avec les gaz du corps humain et le système nerveux.

Paracelsus ajoute que, tandis que l’homme est composé de plusieurs natures (esprit, âme, esprit et corps) combinées en une seule unité, l’élémental n’a qu’un seul principe, l’éther dont il est composé et dans lequel il vit. Il faut se rappeler que par éther, on entend l’essence spirituelle de l’un des quatre éléments. Il y a autant d’éthers que d’éléments, et autant de familles distinctes d’esprits de la Nature qu’il y a d’éthers. Ces familles sont complètement isolées dans leur propre éther et n’ont aucune interaction avec les habitants des autres éthers ; mais, comme l’homme possède en lui des centres de conscience sensibles aux impulsions des quatre éthers, il est possible pour n’importe quel royaume élémental de communiquer avec lui dans des conditions appropriées.

C’est pourquoi, les anciens croyaient que des guerres pouvaient éclater entre ces royaumes élémentaux ou au sein de leurs groupes, se manifestant par des phénomènes naturels comme la foudre brisant les rochers.

Il est crucial de ne pas confondre les esprits de la nature avec les démons. L’Église chrétienne a erronément regroupé toutes les entités élémentales sous le titre de « démon », ce qui a conduit à les percevoir comme maléfiques, alors qu’ils ne sont pas plus malveillants que les minéraux, les plantes ou les animaux. Ils se distinguent également des incubes et succubes, qui sont des créations parasitaires maléfiques issues des pensées et émotions négatives, et des vampires, corps astraux de personnes mortes ou vivantes volant l’énergie vitale.

Il est d’autres Esprits que l’on rencontre dans la nature (Géant, dragon, orbe)

L’idée, autrefois répandue, selon laquelle les éléments invisibles entourant et pénétrant la terre étaient peuplés d’êtres vivants et intelligents, peut sembler ridicule à l’esprit prosaïque d’aujourd’hui.
Pourtant, le folklore et la mythologie de tous les peuples regorgent de légendes concernant ces mystérieuses petites figures qui hantent les vieux châteaux, gardent des trésors dans les profondeurs de la terre, et construisent leurs demeures sous la protection des champignons. Les fées sont le délice de l’enfance, et la plupart des enfants y renoncent avec résistance.
Il n’y a pas si longtemps, les plus grands esprits du monde croyaient en l’existence des fées, et il reste une question ouverte de savoir si Platon, Socrate et Jamblique avaient tort lorsqu’ils affirmaient leur réalité.

L’élément eau des anciens philosophes s’est métamorphosé en l’hydrogène de la science moderne ; l’air est devenu l’oxygène ; le feu, l’azote ; la terre, le carbone.
Ainsi le biologiste Henry Drummond, dans Natural Law in the Spiritual World,  décrit le processus des commencements de la vie : « Si nous analysons ce point matériel où toute vie commence, nous le trouverons constitué d’une substance claire, sans structure, semblable à de l’albumen ou du blanc d’œuf. Elle est composée de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote. Son nom est protoplasme. Et elle est non seulement l’unité structurelle avec laquelle tous les corps vivants commencent leur vie, mais aussi celle avec laquelle ils sont ensuite construits. Le protoplasme, dit Huxley, simple ou nucléé, est la base formelle de toute vie. C’est l’argile du Potier. »

Le système de Leibniz a été qualifié d’atomisme spirituel. Pour lui, atomes et éléments sont de la substance, pas de la matière. . Ces particules élémentaires sont des forces vitales qui n’agissent pas mécaniquement, mais à partir d’un principe interne.

Ce sont des centres de force ou, mieux, des « êtres spirituels dont la nature même est d’agir »

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