Dans une Europe que nous disons volontiers désenchantée, un geste simple réapparaît. De jeunes lectrices et lecteurs achètent la Bible, non comme un objet de musée, mais comme une boussole. Et si ce frémissement disait quelque chose de notre époque, de ses peurs, de ses soifs, et de sa manière neuve de chercher la lumière.
L’Irlande offre un premier signal, presque paradoxal
En 2025, 29 755 Bibles y ont été vendues, soit une hausse de 11 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis plus d’une décennie. Le fait décisif n’est pas seulement le chiffre. Le moteur de cette hausse se situe chez les 18 à 24 ans, génération que nous pensions vouée au détachement, et qui revient pourtant à un texte ancien comme à une source.
À ce stade, l’observateur pressé crie au retour du religieux
Nous préférons entendre autre chose, une mutation de la quête. Les récits convergent vers une même intuition, les jeunes cherchent du sens, de la structure, une communauté, mais sans forcément repasser par les chemins institutionnels. Une partie de cette redécouverte se fait dans le flux numérique, par extraits, par citations, par formats courts, comme si le verset devenait une étincelle partageable. Une Bible circule désormais comme circule une parole, elle passe de l’atelier intime au forum, du silence de la chambre au tumulte des plateformes. Et ce détour n’annule pas le besoin, il le révèle.
Ce qui nous trouble, c’est l’écart entre le mouvement et son décor
Veritas , Irlande
Tandis que les ventes progressent, Veritas, le principal éditeur religieux et détaillant d’articles religieux en Irlande, a pourtant annoncé sa fermeture, symptôme d’un ancien monde qui se replie même lorsque la demande se déplace. La scène change, le désir demeure. Les librairies généralistes, les circuits hybrides, l’achat en ligne, la recommandation algorithmique, tout cela recompose l’accès au Livre. Nous assistons moins à un réveil de la boutique confessionnelle qu’à une migration du sacré vers des lieux inattendus.
Le phénomène, surtout, ne s’arrête pas aux rivages irlandais. Aux États Unis, les ventes ont atteint 19 millions d’exemplaires en 2025, au plus haut depuis vingt et un ans selon Circana BookScan, avec une hausse de 12 % sur un an. Au Royaume Uni, la presse a rapporté une envolée des ventes en 2025, avec un chiffre d’affaires estimé à 6,3 millions de livres sterling, en forte progression depuis 2019. Les mêmes traits reviennent, la jeunesse comme pointe avancée, et le texte comme point d’ancrage.
Une lecture maçonnique s’impose ici, non pour annexer, mais pour comprendre
Dans bien des rites, la Bible fut longtemps Volume de la Loi Sacrée (VLS), placée au centre, ouverte, non comme un fétiche, mais comme un rappel. Rappel que la parole dépasse nos humeurs. Rappel que la conscience s’éclaire en se mesurant à une altérité. Rappel qu’un texte, lorsqu’il est travaillé, devient miroir, il renvoie notre propre mesure et notre propre vertige. La génération des 18 à 24 ans, souvent décrite comme fluide, fragmentée, saturée d’images, semble redécouvrir la force d’un objet qui oblige à la continuité, à la durée, à la lenteur. La page ne scrolle pas. Elle résiste. Elle réclame une respiration.
Ce retour au texte ne signifie pas forcément retour à la doctrine
Il peut être une réponse à l’instabilité du monde, au bruit des crises, à la fatigue des certitudes jetables. Plusieurs acteurs du livre religieux l’assument ouvertement, parlant d’une actualité rude et d’un besoin d’espoir. Mais là où le marketing voit un segment, nous voyons une énigme. Pourquoi ce besoin de commencer par la source, par le texte fondateur, plutôt que par la galaxie des ouvrages de développement personnel ou de spiritualités parallèles. L’Irlande, dit-on, ne connaît pas une explosion générale du rayon religion, mais une focalisation sur la Bible elle-même. Autrement dit, une soif de première eau.
Or la Bible n’est pas un livre simple
Elle est bibliothèque, archipel de voix, de genres, d’époques, de tensions. Elle est, comme nos symboles, un lieu de travail. L’erreur serait de la réduire à des slogans, de l’aplatir en phrases choc, de la transformer en arsenal de citations. Le numérique favorise ce danger, le verset isolé devient projectile. L’initiation, elle, enseigne l’art inverse. Elle invite à replacer, relier, comparer, méditer, laisser le sens naître de l’ensemble. Dans notre langage, nous dirions que l’équerre doit garder la lettre juste, et que le compas doit ouvrir l’esprit à ce qui dépasse la lettre. Sans ce double mouvement, il n’y a plus lecture, il n’y a que capture.
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment
Il est significatif que, dans le même temps, les grands éditeurs se positionnent comme des architectes de parcours, plateformes directes, événements virtuels, stratégies de métadonnées, et tout un écosystème qui se construit autour du Livre, de l’audio au dévotionnel, du cadeau aux formats jeunesse.
Nous retrouvons ici une loi de notre époque, toute source devient un centre de gravité commercial.
Cela n’invalide pas l’élan spirituel, mais cela l’expose à la tentation de la consommation. Acheter une Bible n’est pas encore l’ouvrir. L’ouvrir n’est pas encore la lire. La lire n’est pas encore la laisser travailler la pierre intérieure.
Et pourtant, ce frémissement reste précieux
Il dit que la jeunesse ne se contente pas du cynisme. Elle soupçonne qu’un monde sans récit profond devient inhabitable. Elle cherche une verticalité, même si elle ne porte pas ce nom. Elle cherche une grammaire de l’épreuve, une manière de traverser la douleur, la solitude, l’inquiétude. L’initiation, maçonnique ou autre, connaît ce moment. Il arrive quand la parole facile ne suffit plus, quand la conscience réclame une langue plus vaste que l’opinion. Alors, parfois, nous revenons aux textes qui ont traversé les siècles, non pour y dormir, mais pour y veiller.
Nous n’avons pas à proclamer un triomphe, ni à agiter une peur
Nous avons à écouter ce que signifie, aujourd’hui, le retour d’un livre qui fut tant commenté, tant combattu, tant aimé. Le titre facétieux de la presse évoque une Bible devenue virale. Très bien. Mais le plus important n’est pas la viralité, c’est la fidélité au travail intérieur. Car la vraie modernité n’est peut-être pas d’ajouter un écran à la parole. Elle est de retrouver, au milieu des flux, un centre, une page ouverte, une lumière patiente.
Au fond, la question n’est pas de savoir si la jeunesse revient à la religion
La question est plus nue. Dans un monde qui change trop vite, elle revient à l’idée même de Livre, au sens fort, un texte qui oblige à se tenir debout, à traverser la nuit sans se mentir, à chercher une parole qui ne flatte pas mais qui éclaire. Si la Bible se vend, tant mieux. Si elle se lit, mieux encore. Si elle devient travail, alors, peut-être, quelque chose s’ouvre, comme une porte basse qui conduit à une chambre plus haute, celle où le sens ne s’achète pas, mais se taille.
De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz
Le sacrilège est l’action qui rompt consciemment et volontairement le lien avec le sacré, en profanant le symbole, en trahissant le serment et en adultérant le mystère. Le sacrilège est un irrespectueux envers une personne, un lieu ou une chose sacrée. Le sacrilège se commet lorsque l’on fait un mauvais usage d’un objet consacré au religieux, entrer dans un lieu saint ou vociférer des paroles dissonantes liées à Dieu ou à la religion. Le mot a des racines latines : « sacer », sacré et « legere », voler.
Sacrilège se réfère également à tout vol d’objets sacrés. Le sacrilège est un acte de mépris envers les choses ou les personnes considérées comme sacrées, il implique la violation de la sainteté des choses, des lieux et des personnes dédiées au culte divin. Le maître Jésus a enseigné que le Temple et tout ce qui y était associé était en dernière instance consacré à Dieu, de sorte que tout serment fait sur n’importe quelle partie du temple était sacrilège, avait une valeur obligatoire devant Dieu (Matthieu 23 :16-22).
Le temple de l’Ancien Testament a disparu et maintenant nous sommes « l’édifice de Dieu » (1 Corinthiens 3 :9). Paul demande : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’esprit de Dieu habite en vous ? » (Verset 16). Une forme de sacrilège avec notre temple intérieur est de ne pas pratiquer les vertus et de tomber dans le fanatisme, le dogmatisme, l’hypocrisie et l’ambition démesurée (le pouvoir). Les sacrilèges peuvent être de trois types : locaux, personnels ou réels.
Sacrilège réel
Le manque de respect envers les sacrements.
Sacrilège personnel
La violence contre une personne sacrée.
Sacrilège local
Lorsque l’on dédie un lieu sacré à un usage profane et même un homicide, ôter la vie à une personne à l’intérieur du lieu sacré.
Les théologiens sont fondamentalement d’accord pour considérer sacré cela et seulement cela qui, par un rite public et par institution divine ou ecclésiastique, a été dédié au culte de Dieu. Depuis la perspective initiatique, le sacrilège acquiert une profondeur et une gravité qui transcende complètement sa conception religieuse ou sociale conventionnelle. Il ne s’agit pas simplement d’offenser une croyance ou de profaner un objet, mais d’attenter contre la loi spirituelle elle-même et contre le propre chemin de l’initié. Sacrilège, ici nous décomposerons son sens :
Le sacrilège comme maladie de l’âme. Plus qu’un « péché », c’est une pathologie spirituelle : cécité volontaire : avoir eu accès à un symbole ou une vérité et l’avoir rejeté ou distordu par orgueil, cupidité ou peur. Fragmentation : l’âme, au lieu de s’unifier autour du centre sacré, se disperse en multiplicités contradictoires, ce que Platon appellerait la « chute dans la multiplicité ». Endurcissement : le cœur, qui devait être l’autel du sacré, se pétrifie. Il devient incapable de recevoir l’influence subtile. Dans les anciennes écoles, les avertissements étaient très sévères. Il ne s’agissait pas de contrôle, mais d’une compréhension profonde des lois qui régissent le monde spirituel et la conscience humaine.
Une porte mystérieuse – Escalier qui monte vers la porte de la Lumière
« Ce n’est pas une offense externe, mais une trahison interne ». Pour l’initié, le sacré ne réside pas primordialement dans des temples physiques ou des statues, mais dans : le temple intérieur, la propre conscience, le cœur comme centre. La chaîne de transmission : le lignage spirituel et les serments. « Les symboles vivants : ce sont des portes vers des réalités supérieures ». Par conséquent, le sacrilège initiatique est, avant tout, une violation du pacte sacré que l’initié a établi avec lui-même et avec la tradition. C’est une trahison envers son propre serment de recherche de la Lumière.
La profanation du symbole et du rite : « Le rite et le symbole sont des canaux d’influence spirituelle ». Les profaner, les exposer au ridicule, les utiliser à des fins égoïstes, déformer leur sens, a des conséquences graves. Depuis cette optique : ferme les portes à l’influence spirituelle : « Le symbole vidé de son sens sacré devient une coquille morte ». L’initié qui le profane coupe le canal par lequel il reçoit la « courant » ou la « lumière ». Attire des forces chaotiques : on croit que l’énergie sacrée, lorsqu’elle est distordue ou invoquée avec une intention profane, peut s’inverser et attirer des forces de désharmonie et de fragmentation, ce que dans certaines traditions on appelle « magie noire » ou « contre-initiation ».
Le sacrilège suprême : la profanation du Mystère. Le noyau de toute voie initiatique est le mystère, l’expérience directe et ineffable du sacré. Le sacrilège majeur est : vulgariser l’ineffable : tenter d’exprimer avec un langage commun ou à des fins de prestige personnel ce qui ne peut être vécu que dans le silence et le recueillement. Prostituer la connaissance : vendre ou commercer avec les clés spirituelles ou les utiliser pour manipuler les autres. Cela est considéré comme un crime contre l’esprit lui-même. Simuler l’initiation : créer des rites faux, des titres vides ou de fausses traditions pour tromper les chercheurs. Cela non seulement endommage les personnes, mais « souille » le plan spirituel avec des formes creuses, des agrégats parasitaires.
Conséquences selon la vision traditionnelle. Les conséquences ne se voient pas nécessairement comme un « châtiment divin » externe, mais comme une loi causale spirituelle implacable : rupture de l’harmonie (le chaos) : le sacrilège introduit le désordre dans le microcosme (lui-même) et, par résonance, dans le macrocosme. Il perd son « centre ». Isolement spirituel : il se sépare du courant de la tradition et de la guidance intérieure. Il entre dans un état de « ténèbres » plus profond que l’ignorance du profane, parce que c’est une obscurité choisie après avoir vu quelque chose de lumière. Perte de la « semence » : dans de nombreuses traditions, l’initiation implante une « semence » spirituelle. Le sacrilège la stérilise ou la détruit, rendant presque impossible un nouveau commencement authentique dans cette vie. La « mort seconde » : concept présent dans l’hermétisme et certaines écoles. Ce n’est pas la mort physique, mais la dissolution définitive du principe spirituel individuel, son retour au chaos indifférencié pour avoir trahi son but essentiel.
Trois considérations vont articuler ce propos, qui est un hommage à Pierre-Frédéric Ténière-Buchot :
Pierre-Frédéric Ténière-Buchot
La fidélité au passé. C’est le devoir de transmission résultant de l’étude de la Tradition qui nous a permis d’entamer un cheminement initiatique, faisant de nous des Francs6maçonsde R.E.A.A. Le rituel du 1er Degré symbolique d’Apprenti, son manuel d’instruction, leur référence au Convent de Lausanne de 1875 sont les points d’ancrage de ce passé traditionnel et de sa volonté de permanence
La liberté au présent. C’est une nécessité qui rend possible d’adapter une démarche traditionnelle aux enjeux contemporains, lui évitant ainsi la répétition passive, le vieillement d’un vocabulaire ayant perdu ou changé sa signification initiale, tout en veillant à ne pas franchir, par irrespect ou pis par incompréhension, les limites de régularité de notre Rite
L’attente du futur. C’est pour renforcer notre espérance dans un idéal maçonnique que nous souhaitons construire tant individuellement que collectivement, que nous nourrissons cette attente qui fait vivre notre Tradition en sagesse, force et beauté.
Reprenons brièvement les trois aspects de l’actualité de la Tradition maçonnique qui caricaturalement sont successivement plutôt conservateurs, quelque peu libéraux et enfin prospectifs.
La permanence de la Tradition, raison de la fidélité qu’on lui doit
Ce qui caractérise la Franc-Maçonnerie en général et notre démarche initiatique en particulier est l’observance d’un Rite, le Rite Ecossais Ancien et Accepté pour ce qui nous concerne.
Nous prêtons des serments pour cela, pas question de nous y soustraire. Ils sont le vivier de nos valeurs et vertus. Apprenti, Compagnon plus tard, puis Maître en devenir, nous sommes un peu comme des enfants, ensuite adolescents et plus tard jeunes adultes, qui s’affirment peu à peu vis-à-vis des parents et aïeux.
D’abord obéissants puis, dans le meilleur des cas, compréhensifs, enfin reconnaissants à la longue bien que cela ne signifie d’aucune manière devoir adopter une attitude résignée, voire servile à l’égard de ceux qui ont précédé. Durant cette évolution, ni l’opposition ni la révolte ne sont interdites mais au contraire recommandées comme propices à une maïeutique entre F؞, accoucheuse d’idées nouvelles.
Être fidèle, c’est réussir à revenir dans le chemin tracé après avoir osé s’en écarter. Ne pas tenter cet écart par rigidité, voire crainte obsessionnelle, empêche d’acquérir une fidélité dynamique sans laquelle la démarche initiatique risque d’être rapidement bloquée. Sans gouvernail, le navire ne peut éviter les récifs sur lesquels il finirait par se fracasser.
La permanence d’une Tradition, base de sa légitimité nécessite un ancrage historique solide. En pratique, pour nous, il remonte au 18ème siècle avec les Lumières : tolérance, ouverture d’esprit, humanisme, universalité. Mais en théorie, rien n’interdit d’emprunter à un passé beaucoup plus lointain, voire censé devenir primordial, qu’il soit visible (les religions, les Grecs) ou archéologique et même imaginaire (les peuples premiers et leurs chamans, l’Egypte prébiblique, les civilisations extrême-orientales disparues et j’en passe).
Il convient en fait de trouver un équilibre entre ces deux parentés possibles. La Franc-Maçonnerie est l’art d’accommoder des paradoxes. Prenons par exemple l’influence reçue de la philosophie grecque.
l’Ecole d’Athènes – Platon, Aristote au centre… et tous les autres philosophes
Le tableau de Raphaël, connu de tous et intitulé « l’Ecole d’Athènes », nous montre Platon, un doigt levé vers le Ciel, tandis qu’Aristote pointe le sien vers le sol. Bien d’autres personnages sont présents sur la toile mais l’essentiel est exprimé dans ce raccourci saisissant qui évoque la complémentarité traditionnelle et éternelle entre le factuel et le spirituel.
Pour ce qui concerne les fondements préhistoriques de la Tradition, nous remontons très vite aux mythes culturels fondateurs qui localisent nos origines. De la même façon que tous les Africains francophones ont appris à l’école qu’ils avaient des grands ancêtres gaulois, la F؞M؞ relève du bassin méditerranéen et de son Dieu unique. Ses origines sont donc électives. Seul le travail de ses Adeptes, nous tous, permet d’ambitionner d’aller plus loin que ces limites.
Être fidèle est d’abord le souvenir d’une promesse, d’un serment. Mais il est aussi recommandé de ne pas oublier qu’un souvenir n’est qu’une projection du passé sur le présent, une interprétation due aux circonstances actuelles. L’aspect historique, s’il est essentiel, ne doit jamais étouffer la réflexion critique en la noyant dans des croyances immuables. Trop regarder derrière soi rend dangereuse, à tout le moins incertaine la conduite de la marche et distrait des buts éventuels du voyage. Un mythe doit rester dans l’espace symbolique qui provoque et agite la pensée de chacun.
Evitons de transformer les mythes en contes que l’on répète aux enfants et aux F؞ implicitement considérés comme tels. Un conte est une structure mentale, un arrangement dont la variété est finie. Le conte est ce qui reste d’un mythe quand celui-ci est mort, à l’état desséché. Pour faire vivre les mythes, il faut bien au contraire les théâtraliser et les incarner.
En bref, la Franc-Maçonnerie a pour raison d’être de faire vivre la Tradition, que celle-ci soit historique et positive ou mythologique et faisant appel à l’imaginaire. La connaissance de ces éléments constitutifs est un préalable nécessaire rendu possible par la fidélité respectueuse observée à l’égard du contenu des rituels.
Mais cela ne suffit pas : le Franc-Maçon ou la Franc Maçonne est aussi un homme ou une femme libre. Ilo u elle est d’abord au service d’une Tradition pérenne tout en l’interprétant dans le présent de tous les évènements qui viennent à sa rencontre.
La liberté d’actualiser la Tradition est donc une vertu vivifiante. A la manière d’un acteur jouant sur les planches, il ne s’agit pas pour lui de modifier le texte ou l’intrigue mais bien d’animer le rôle par l’intonation, la scansion, la déambulation, les gestes et attitudes qui conviennent. Il réussit ainsi à « faire passer » le texte traditionnel en l’adaptant à une intention d’enseignement et de partage, à délivrer un message qui tient compte de l’attente des F؞ auxquels celui-ci s’adresse et, plus largement, à tous ceux qui observent et écoutent.
Alors quelle liberté nous est laissée puisque l’existence du texte précède celui qui l’interprète tout comme le Maçon est soumis à un Ordre initiatique, traditionnel et symbolique ?
Eh bien un grand acteur ne cabotine pas. Il oublie son ego pour mieux incarner (et non pas imiter) le caractère qu’il s’efforce de transmettre.
Un Franc-Maçon ou une Franc-Maçonne ne se perd pas à vouloir changer le sens d’un rituel qu’il ne perçoit qu’imparfaitement, tentant lui substituer une vision limitée à sa personne. Son travail inlassable est de chercher à exprimer par l’exemple la nature de sa quête initiatique aussi bien ascendante qu’inspirée.
Celle-ci réunit son comportement matériel et temporel – la vie de tous les jours, en quelque sorte – et son aspiration spirituelle où l’imaginaire est convoqué au service d’un idéal de paix, d’amour des autres et d’alacrité communicative, source d’une joie sereine.
Le ciment qui rend possible cette union entre le matériel séculier et le spirituel imaginé est une langue symbolique dont le choix et l’usage sont laissés à chacun d’entre nous dans une totale liberté. Le symbolique permet d’accorder le langage (parfois de forger des mots) à un sens supérieur idéal qu’il s’agit de signifier. C’est ainsi que l’on peut passer du vécu à un inexprimable, un perçu impensable et réciproquement. La liberté symbolique permet d’accéder à la possibilité d’une unité cohérente et totale.
Actualiser la Tradition est une figure de rhétorique – l’oxymore – qui en bon paradoxe disjoint la Tradition – les Tables de la Loi – d’un temps perpétuel ou considéré comme tel. Pas question d’y ajouter ou d’en retirer quoi que ce soit avec ce mot incongru, actualiser, dont l’emploi dispersif et distrayant ne peut conduire qu’à la purée de pois des illusions.
Et puis actualiser est à l’origine des substantifs actualité et actualisation, avec pour celle-ci ses deux acceptions : la financière (horreur !) et la remise à zéro (consternation !). Elles sont néanmoins toutes deux intéressantes bien que situées dans des contextes profanes différents.
L’actualisation financière consiste à supputer la variation de valeur d’un projet au cours du temps avec le coût du risque à entreprendre. En termes simples : jouer son va-tout à très court terme quand l’actualisation est forte et violente ou gérer en bon père de famille quand les temps sont calmes et longs (les taux sont alors faibles) au point de construire des cathédrales ?
L’actualisation technique, la réinitialisation ou remise à zéro est un redémarrage qui nécessite un nouveau réglage, un « aggiornamento », dus à des circonstances jugées inacceptables : le réveil s’est arrêté, il faut changer les piles ou le remonter mécaniquement. Mais plus important, il faut aussi le remettre à l’heure du monde contemporain.
Gustave Doré : Moîse
Lorsqu’il s’agit de notre Tradition, l’actualisation financière fait immédiatement penser à l’épisode biblique du veau d’or (Ex. 32), qui se termine mal pour ceux qui n’ont pas su attendre le retour de Moïse et de ses Tables. Pour ce qui concerne une réinitialisation actualisée, la prudence semble s’imposer également. Quels seraient donc les articles ou critères de régularité qu’il conviendrait d’amender pour satisfaire des exigences présentes, qu’elles soient profanes et administratives ou initiatiques et spirituelles ? Remonter le réveil périodiquement afin d’éviter son arrêt, sans aucun doute. Mais le démonter complètement, saura-t-on trouver les compétences pour en réassembler les rouages ?
Les pièces les plus essentielles de notre Rite Ecossais Ancien et Accepté le font reconnaître comme traditionnellement régulier.
Tout cela fonctionne dans son ensemble mais est délicat et fragile pour chacun de ses constituants. Couper les cheveux est au niveau de la plupart. Couper les têtes ôte la vie. Primumnon nocere. Les trois autres principes d’Hippocrate (combattre autrement le mal, avec tempérance et patience) sont également à méditer.
Méditer ? Oui méditer spirituellement selon une attente que je vais modestement évoquer maintenant.
Progresser dans l’attente (et l’espérance) d’un accomplissement spirituel initiatique est donc le vœu formulé et la proposition avancée pour surmonter le paradoxe d’une Tradition susceptible d’être actualisée.
D’abord ne pas se contenter de paraître en répétant recto tono ce qui deviendra vite un catéchisme dogmatique et stérile. En revanche, donner envie, écouter attentivement, inciter à la pensée individuelle, développer en soi l’être, à la fois celui qui est enfoui et celui qui est enrichi par des acquis extérieurs.
L’apport de ces derniers peut conduire à rendre la transmission de la Tradition plus actuelle, plus moderne par l’emploi d’un vocabulaire renouvelé plus immédiatement compréhensible. Mais attention à ne pas fabriquer des Frères ou des Sœurs clonés qui ne feraient que répéter sans aller au-delà de la mode, souvent éphémère, des mots nouveaux.
L’ouverture spirituelle, le travail commun à accomplir apparaissent chaque fois que la diversité des prises de conscience est sollicitée. Il n’y a pas qu’une seule façon de s’approcher du Divin, de l’Unique mais autant de manières qu’il y a de postulants à cette quête. Loin des chicaneries d’ici-bas – sans pour autant les négliger ou pis les ignorer – la démarche vers une conception unificatrice de la pensée avec la vie maçonnique ne peut qu’être variée et sereine, c’est-à-dire sans précipitation.
Ce sont les chemins empruntés qui sont importants et non leur destination supposée. Le temps de l’initiation est à construire et non pas à subir.
L’actualité de la Tradition est une expression polymorphe. Elle mélange l’héritage du passé et sa transmission, au risque d’être déformée par un jugement passéiste (« c’était mieux avant ») ou par un effet de mode passager (l’emploi excessif du mot résilience est un exemple).
Mais cette prise de risque, quand elle est tournée vers l’avenir est normale. C’est celle de la vie, la sienne mais aussi celle des autres ; une vie fonctionnelle et matérielle, tout autant qu’une vie spirituelle guidée par des inspirations soudaines.
Comment appréhender puis intégrer ce futur sous toutes ses formes ? Cela relève de la capacité à se projeter symboliquement, de l’effort et de l’émotion mis à le faire sans cesse et d’une sensibilité à s’impliquer soi-même dans cette action.
La projection symbolique recourt à un langage imagé permettant de saisir le mieux possible la totalité du problème posé : que va-t-il se passer et pourquoi se pose-t-on cette question ?
Cela n’a donc rien à voir avec un scénario prospectif qui fait semblant d’imaginer « raisonnablement » le futur en modifiant quelques paramètres empruntés aux expériences passées et récentes.
Il s’agit ici plutôt d’une vision globale onirique (« j’ai un rêve ») que l’on cherche à interpréter dans le langage compréhensible d’une attente (quel cheminement pour aider à rendre concret ce rêve, quels pourraient être les signes qui manifesteraient une direction à suivre ?).
Ce travail d’imagination entre des perceptions concrètes et des ouvertures spirituelles venant les transformer est un effort exigeant un entraînement constant. C’est en symbolisant, c’est-à-dire en utilisant un vocabulaire symbolique différent de celui qui ne permet que de raisonner, que l’on progresse dans l’art maçonnique Mais oui : parler la langue des oiseaux permet peut-être de voler avec eux un jour…
Mais en attendant, acquérir et mettre en pratique les valeurs maçonniques demande de notre part une sensibilité à un au-delà libre, celui de la Tradition qui n’est ni à ânonner ni à réinventer mais tout simplement à vivre et à faire vivre à tous les instants, c’est-à-dire actuellement en la pratiquant.
C’est cela, d’après-moi, l’attente. Être prêt, toujours prêt à prendre la meilleure voie possible, risquer cette orientation, en supputer les conséquences, dépasser les contradictions par le haut, c’est-à-dire par un effort de spiritualité.
L’actualité se projette. Il ne faut pas lui donner un sens présent qui serait immédiatement dépassé. Attendre qu’elle apparaisse toute seule est aussi à éviter : ne pas s’endormir le long du chemin en regardant passer les autres mais veiller et s’ingénier à aider les autres.
La Franc-Maçonnerie est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : obéir aux lois de son pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l’Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique. C’est ainsi que la Tradition nous permet d’accéder à l’Idéal maçonnique, un Idéal inspiré qui réalise l’harmonie entre le souci d’un temporel à ne jamais négliger et le désir spirituel atemporel qui donne de l’amour sans faire semblant. Cela permet de faire vivre éternellement une Tradition (mais en prenant soin de l’entretenir régulièrement), une Tradition bienfaisante qui affirme qu’à tout moment tout est un. Un le tout.
Tahiti, le 16 février 2026 – Psychologue de l’Éducation nationale en maternelle et primaire, Fabienne Boll est entrée dans la franc-maçonnerie il y a 23 ans, faisant le choix d’une obédience uniquement féminine, la Grande loge féminine de France, où elle occupe la fonction de Grande chancelière. Elle donnera une conférence le 3 mars à Tahiti.
Vous faites partie de la Grande loge féminine de France, pourriez-vous nous décrire cette obédience ?
Liliane-Mirville-GLFF
Fabienne Boll :La Grande loge féminine de France est une organisation maçonnique exclusivement féminine. Elle compte actuellement 13 000 membres présentes en France et dans le monde, réparties en plus de 450 loges (nom donné aux lieux de réunion). Sa présidente, appelée Grande maîtresse, est Liliane Mirville. Elle est aidée dans sa tâche par deux adjointes. La Grande chancelière est l’une de ses deux adjointes qui s’occupe plus particulièrement des relations avec les autres obédiences en France et à l’étranger, ainsi que des loges qui se situent en outre-mer et à l’international. J’occupe la fonction actuellement de Grande chancelière et c’est à ce titre que j’effectue aujourd’hui ce déplacement en Polynésie.
Comment décrire cette obédience, quels sont ses valeurs et messages ?
Fabienne Boll : D’un point de vue juridique, la Grande loge féminine de France, ou GLFF, est une fédération d’associations, ce qui implique, entre autres, l’organisation d’une assemblée générale annuelle au cours de laquelle est élu son conseil d’administration, est voté son budget… Mais, c’est avant tout un ordre initiatique. On y entre par une initiation, étymologiquement un début, une mise en route, un chemin intime, singulier, que l’on poursuivra toute sa vie. On y travaille et on y réfléchit selon une méthode et à partir de rituels dont nous avons hérité du siècle des Lumières. Nous pratiquons plusieurs rites mais toutes les sœurs – c’est ainsi que nous nous appelons – partagent un même idéal, les mêmes valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité et tendent vers la même recherche de perfectionnement de l’humanité. Nous aspirons à un monde plus juste, et en paix, où tous les êtres humains et les femmes en particulier puissent être et agir en toute liberté. Alors que les obédiences masculines et mixtes existent depuis plusieurs années, la GLFF ouvre un espace strictement réservé aux femmes. Spécificité féminine ne signifie ni un repli, ni une défiance par rapport à un travail partagé avec des hommes, ce qui n’aurait aucun sens dans une société où la mixité est de règle, mais ce choix répond à une nécessité de trouver un temps et un espace de réflexion et de parole qui nous soient propres et qui nous permettent de prendre pleinement conscience de notre identité féminine et de notre responsabilité dans l’accomplissement de notre rôle de femme dans le monde.
Quels seront les thèmes de votre intervention ?
Fabienne Boll : Mon intervention consistera tout d’abord à décrire ce qu’est une démarche initiatique, de présenter la Grande loge féminine de France et en quoi elle peut ouvrir un espace d’émancipation pour les femmes d’aujourd’hui qui peuvent être en recherche d’une spiritualité.
De quelle spiritualité est-il question ?
Fabienne Boll : D’une spiritualité ouverte, libre, un pari sur l’esprit, qui est différent de la spiritualité de la croyance religieuse. Les sœurs de la GLFF sont athées, agnostiques ou croyantes. Nous affirmons simplement que nous sommes des ‘êtres d’esprit’ ou des ‘êtres spirituels’.
Pourquoi cette intervention ?
Fabienne Boll : La Grande loge féminine de France est présente dans les outre-mer : Guyane, Martinique, Guadeloupe, Réunion, Nouvelle-Calédonie, Tahiti. Avant de venir à Papeete, je serai passée en Nouvelle-Calédonie pour rencontrer les sœurs des deux loges que nous comptons là-bas. Je profiterai ensuite de ma venue à Papeete pour présenter cette conférence, informer les personnes qui s’y intéressent et proposer aux femmes qui le souhaitent de nous y rejoindre.
Quelle place ont les femmes dans la Franc-maçonnerie aujourd’hui ?
Fabienne Boll : J’ai envie de répondre que dans l’espace maçonnique aussi, les femmes ont la place qu’elles se sont faite ! La franc-maçonnerie a d’abord été masculine jusqu’à l’arrivée de l’Ordre international du droit humain qui est mixte depuis sa fondation. Il a fallu attendre 1945, l’après-guerre, pour que des femmes qui pratiquent le rite d’adoption dans des loges ‘souchées’ à la Grande loge de France se constituent en obédience autonome ouvrant ainsi une voie différente pour les femmes qui souhaitent entamer un parcours au sein d’un groupe de femmes.
Quelle est l’histoire de la franc-maçonnerie en Polynésie ?
Fabienne Boll : Elle est présente depuis le XIXe siècle. Elle a été introduite par des marins, commerçants, administrateurs venus de France. La franc-maçonnerie a d’abord été exclusivement masculine. La mixité s’est installée par la suite. Aujourd’hui, ces loges constituent le tissu maçonnique local et accueillent des résidents polynésiens ainsi que des expatriés intéressés par l’initiation. Les effectifs restent modestes comparés à la métropole. Une loge de la GLFF s’est ouverte en 1994 à Papeete. Dans une société pluraliste, il est souhaitable que soit offert le choix de la mixité ou de la non-mixité pour ce qui ressort de l’ordre privé, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’une démarche initiatique. Qu’il soit clair que notre choix d’appartenir à une association exclusivement féminine est un choix fait en toute liberté par chacune et n’a rien à voir avec un désir de séparation et d’exclusion des hommes ailleurs qu’au sein de notre association. Ce choix est d’ailleurs limité dans nos réunions, dans nos loges, nous sommes profondément attachées aux principes d’ouverture puisque nous recevons tout franc-maçon ou toute franc-maçonne d’obédiences régulières souhaitant partager nos travaux. Une ancienne Grande maîtresse disait : ‘Entrer en franc-maçonnerie est le plus beau cadeau que je me suis fait à moi-même’. Je fais miens ses propos et espère le partager avec de nombreuses femmes encore.”
Pratique
À l’occasion de ses 80 ans, la GLFF a réalisé un court documentaire qui présente son histoire. Vous pouvez le visionner en allant sur son site : http//glff.org.
Conférence le 3 mars à 18 heures dans la salle Hibiscus de l’hôtel InterContinental Tahiti. Renseignements : conf.glff.030326@gmail.com Haut du formulaire
Un patrimoine qui interroge encore les chercheurs de lumière…
D’azur à trois tours d’argent maçonnées de sable.
Ce vendredi 27 février 2026, à 20 h 30, la salle polyvalente d’Arnac-Pompadour – Arnac e Pompador en occitan –, nichée en Corrèze en Nouvelle-Aquitaine, ouvrira ses portes pour une séance du cycle « Le Cas Fait Débat » dédiée aux « Templiers et Hospitaliers en Vallée de la Vézère ».
L’intervenant ne sera autre que Marc-Olivier Agnès, chargé de projet « Patrimoine Templier et Hospitalier en vallée de la Vézère »
Spécialiste reconnu, il œuvre depuis plusieurs années à la mise en réseau et à la valorisation de ce patrimoine discret mais riche, souvent méconnu du grand public comme des passionnés d’histoire ésotérique. Son travail, soutenu par les offices de tourisme de Brive, de la Haute-Corrèze et du territoire Vézère, met en lumière un ensemble d’une vingtaine de sites – commanderies, granges dîmières, églises, fontaines, croix – répartis le long de cette vallée stratégique.
Au Moyen Âge, la vallée de la Vézère, axe de passage entre Massif central et bassin aquitain, attira les deux grands ordres militaires nés à Jérusalem : les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (Templiers) et les Chevaliers de l’Hôpital Saint-Jean de Jérusalem (Hospitaliers). Terres données par les puissantes familles seigneuriales locales (Ventadour, Comborn, Turenne, Hautefort…), ces implantations servaient de bases arrière : fermes de rapport, lieux de recueil, points logistiques pour soutenir les croisades et protéger les pèlerins. Après la dissolution brutale de l’Ordre du Temple en 1312, nombre de ses biens passèrent aux Hospitaliers, qui maintinrent et développèrent ces commanderies jusqu’à la Révolution.
Aujourd’hui, les vestiges – parfois modestes, parfois impressionnants comme la commanderie de Mons à Varetz – rappellent cette présence : une architecture fonctionnelle, des signes discrets (croix pattées, orientations symboliques), un héritage qui mêle histoire économique, spirituelle et militaire.
Bausseant, le gonfanon
Pourquoi ce sujet fait-il encore débat dans nos cercles ?
Les mythes persistants autour des Templiers – trésors cachés, savoirs occultes, filiations ésotériques – croisent la réalité historique d’ordres qui furent avant tout des institutions religieuses, financières et charitables. Les Hospitaliers, eux, incarnent une voie de service et d’accueil qui résonne avec certains idéaux maçonniques. Explorer ces traces en Corrèze, c’est aussi questionner : quelle part de légende, quelle part de transmission réelle ?
Quel sens donner, aujourd’hui, à ces vestiges d’une chevalerie qui se voulait au service d’un idéal supérieur ?
Marc Olivier Agnès – source France Bleu
Marc-Olivier Agnès, par ses conférences et visites guidées (souvent aux flambeaux lors des Journées européennes du patrimoine), propose une approche rigoureuse et accessible, loin des spéculations hasardeuses. Sa présentation à Arnac-Pompadour promet d’éclairer les participants sur les spécificités locales : commanderies de Varetz, granges supposées templières à Saint-Robert, traces hospitalières à Condat-sur-Vézère ou ailleurs.
Que vous soyez passionné d’histoire médiévale, curieux des racines symboliques de la chevalerie ou simplement en quête d’un éclairage sur ce pan du patrimoine corrézien, cette soirée s’annonce comme un moment propice au débat raisonné et à la réflexion partagée.
Dans la tradition maçonnique, interroger le passé n’est pas nostalgie ! C’est outil pour mieux opérer au présent. Rendez-vous donc à Arnac-Pompadour pour creuser ensemble ces traces anciennes et voir ce qu’elles nous renvoient de notre quête de lumière.
Suivre l’actualité maçonnique, les conférences et les débats qui font progresser la réflexion : telle est aussi notre mission.
Infos pratiques
Date et heure : 27 février 2026, 20 h 30 / Lieu : Salle polyvalente, 19230 Arnac-Pompadour / Entrée : Libre ou participation libre
À l’unanimité, la deuxième chambre de la Cour suprême fédérale a confirmé le rejet d’une requête exigeant l’identification des juges Francs-maçons pour garantir « l’impartialité » des jugements. Le deuxième panel du Tribunal suprême fédéral (STF) a décidé à l’unanimité le 18 février 2026 de confirmer le rejet d’une demande visant à identifier et à divulguer les noms des magistrats brésiliens qui sont membres de la franc-maçonnerie.
Cette décision confirme l’interprétation antérieure du Conseil national de justice (CNJ), qui considérait la demande irrecevable faute d’intérêt légitime. En jugeant l’appel interlocutoire dans Mandamus (MS) 40556, les ministres ont compris qu’il n’y avait aucune illégalité dans l’acte du CNJ qui interdisait la divulgation de ces noms.
La requête initiale soutenait que la divulgation était nécessaire pour garantir l’indépendance des juges vis-à-vis de l’organisation, invoquant les principes de publicité et d’impartialité.
Toutefois, le Tribunal suprême fédéral (STF) a suivi le vote du rapporteur, le ministre Nunes Marques, qui a souligné que la mesure constituerait une « ingérence indue de l’État dans la sphère privée des magistrats ».
Selon le tribunal, l’appartenance à des associations est protégée par des droits fondamentaux tels que le droit à la vie privée et la liberté de croyance philosophique, garantis par l’article 5 de la Constitution fédérale.
Conséquences de cette décision pour le pouvoir judiciaire en 2026
Le rejet sommaire de la demande était fondé sur le Règlement intérieur du CNJ (Conseil national de la justice) et sur le Règlement de la Corregedoria nationale de la justice.
La décision de la Cour suprême confirme que le contrôle judiciaire des actions de CNJ n’est admissible qu’en cas d’illégalité flagrante ou de violation des droits de la défense, ce qui n’a pas été constaté en l’espèce.
Respect de la vie privée : Le tribunal a compris que la divulgation de ces informations pouvait entraîner un traitement discriminatoire.
Juge naturel : La divulgation des noms permettrait la « sélection indirecte » du juge fondée sur des convictions personnelles, ce qui violerait le principe du juge naturel.
Décision : Le vote a été unanime en deuxième chambre.
Le 21 juin 2026, La Voûte Étoilée vous propose sa 4e Saint-Jean d’Été, dans un nouveau lieu et sous une forme renouvelée. Cette célébration, ouverte aux Sœurs, aux Frères et aux profanes dont vous répondez, se veut un temps fort de rencontre, de partage et de cheminement symbolique, au-delà de nos Obédiences et ateliers respectifs.
Le thème retenu pour cette édition est :
« De l’Ombre à la Lumière, de la Haine à la l’Amour »,
Un parcours décliné sous la forme d’un spectacle en plusieurs volets, mêlant textes, chants et vidéos, et s’inscrivant pleinement dans la symbolique du solstice. Spectacle organisé par NTCF Eddy Cakelberghs et sa troupe Un apéritif en terrasse et un repas dans la grande salle.
Les places restent volontairement limitées à 250 personnes afin de préserver la qualité du moment.
Le rituel du feu de la Saint-Jean, moment central de la soirée, se déroulera en extérieur autour d’un grand feu, permettant à plusieurs centaines de Sœurs et de Frères de se rassembler dans une même intention.
Nouveau lieu – plus central Cette édition se tiendra à la Ferme de Mehaignoul, un cadre authentique et chaleureux, propice à la rencontre et au partage. Idéalement situé entre Bruxelles, Waterloo, Namur et Liège : https://www.mehaignoul.com/
Horaires
de 18h à 1h du matin, pour une soirée complète mêlant rituel, culture, convivialité et fraternité.
Participation
Le prix de la soirée est fixé à 115 € par personne, incluant :
Privatisation du Domaine : Salle et technique Set up tables rondes / mange-debouts + nappage + vaisselle + transport Technique Audioplus (scène – micros – écran – mixage) Apéritif, repas, spectacle Feu de la Saint-Jean
L’invitation par un (e) initié (e) d’un « profane » à rejoindre une instance maçonnique ne relève traditionnellement d’aucune intention influente, obédientielle ou autre. C’est une démarche individuelle, en toute liberté qui peut naître d’une conversation, d’un « dévoilement » de l’un et provoquer le désir de l’autre, « d’en savoir davantage » …
Recruter n’est donc absolument pas un « devoir » – au sens d’une obligation – pour le franc-maçon, la franc-maçonne. Ce qui reviendrait à une contrainte. Il, elle, n’a pas pour mission de se transformer en « sergent-recruteur » comme dans les armées au XVIIIème siècle ! Il ne s’agit pas de métamorphoser un citoyen, qui n’a rien demandé, en candidat à la franc-maçonnerie. L’initié (e) est d’abord, en l’occurrence, un informateur (trice), un « agent de liaison », en quelque sorte.
C’est le plus souvent la rencontre qui met en présence un maçon et un non-maçon et dont peut en sortir l’idée d’un parrainage, avec le consentement des deux parties. Si un désir « d’aller plus loin », d’en savoir davantage, se précise effectivement chez le second, si le premier, veut en connaître « un peu plus » sur le candidat potentiel, il lui revient d’observer « de plus près » sa personnalité. Sans indiscrétion, bien entendu. C’est à mon avis son « aptitude relationnelle » qui doit d’abord capter l’attention au gré d’entretiens renouvelés.
L’Être en relation
N’oublions pas, en effet, qu’entrer en Franc-maçonnerie, cela veut dire intégrer un groupe dans une loge et donc en devenir un « acteur ». Il n’est d’Être qu’en relation. D’où la réciprocité nécessaire en termes d’information. Le bon entretien, chaleureux et respectueux, permet un questionnement mutuel.
Certes, la récente épidémie de Covid a « vidé » sérieusement un certain nombre de loges. Il s’agit donc de repeupler les bancs ! Ce qui ne veut pas dire « engager » à visée de remplissage ! Recruter signifie à l’évidence, à la fois sélectionner et répondre aux souhaits du demandeur éventuel. En l’espèce, il s’agit d’approcher et d’intéresser quelqu’un qui, notamment, a le sens des autres et du partage, un attrait pour le symbolisme, le goût de la littérature, de l’histoire et des arts, le désir d’apprendre et de comprendre. Et le tout avec bienveillance. La Franc-maçonnerie a pu être comparée à une auberge espagnole. Trouver ce qu’il apporte implique tout de même que le postulant trouve aussi son bonheur en recevant. ! Dans ce contexte d’échange, le parrainage a repris et, à nouveau se manifestent les candidatures spontanées. D’où l’importance de l’information « à double sens » préalable. La Franc-maçonnerie qui vit au rythme de l’aventure humaine, continue ainsi de traverser le temps.
Serment, serrement
Qui dit recrutement dit transmission. Si la rencontre évoquée provoque une candidature, c’est bien que l’un a transmis un « désir » à l’autre. En fait, chacun, chacune de nous, n’est-il, n’est-elle, une personne « désirante » curieuse des êtres et des choses, « appétente » de contacts, de découvertes, d’étonnements. En cela, la Franc-maçonnerie est à même d’apparaître sous divers angles aux yeux des observateurs. Et desdits acteurs !
Cette organisation, en soi « une réunion d’individus de diverses provenances et de bonne volonté », n’a pas la charge de « transformer » les initiés (es) mais de les « former » à l’acquisition d’un nouveau regard sur le monde. Elle n’est pas une secte, nous le savons, ni un centre de thérapie, ni même, non, un lieu « d’appartenance ». Un mot trop ou mal employé et dont il faut se méfier ! Nous n’appartenons à personne : la soudaine maladie, entre autres vilénies de la Nature, est là pour nous rappeler que nous n’avons pas le total « gouvernement de nous-même ». Nous sommes locataires de notre corps et de l’univers ! En l’occurrence, membres et non appartenant (au sens de la non- possession) d’une association. Dans la mesure d’un commun accord. L’appartenance enferme, l’adhésion ouvre un chemin.
Partant, nous prêtons des suites de serments et de promesses … qui demandent attention ! Ces « contrats verbaux », leur autre nom, pourraient signifier, à y bien regarder, qu’existe un soumis et un soumettant. Et qu’il y a, de ce fait, « condition » des deux parties, puisque besoin d’un « enrôlement » devant témoins. Un « serrement » de mains et non un serment suffisent habituellement entre hommes de confiance, à certains marchands, rappelons-le. La tradition se déploie en traditions dont il convient de mesurer la portée et les conséquences !
Un lien accepté
Suprême Grand Chapitre de l’Ancienne Maçonnerie d’York GODF
Dans le cadre maçonnique, nous avons en nous un « Suprême Conseil » qui s’appelle la Conscience. C’est bien elle seule qui décide de notre intérêt, de notre investissement ou de notre retrait. Le demandeur doit logiquement entrer en Art royal, à partir de renseignements fiables et guidé par les cinq critères qui définissent la vie en société : DONNER, SE DONNER (la permission) RECEVOIR, DEMANDER, REFUSER. Nous ne pouvons d’ailleurs donner que ce que nous avons reçus. Ou plus tard, nos acquisitions. Nous sommes ici dans le cadre d’une « servitude volontaire » (Étienne de La Boétie). Donc un lien accepté mais…après juste information.
Il est à remarquer que toutes les Obédiences se disent « conservatrices et gardiennes » d’un rite (en soi suite « d’articles de morale« ) ! En ce qui concerne le Rite Écossais Ancien et Accepté, celui-ci est parti de France avec le négociant lotois en tissus Estienne Morin, finalisé en Amérique à Charleston et revenu à Bordeaux, avant de gagner Paris par les soins du militaire désargenté de Grasse TILLY qui en a « négocié » la patente successivement avec plusieurs Suprêmes Conseils (Paris, Milan, Madrid entre autres de 1805 à 1811). Donc, en l’état, aucun ne peut se prévaloir d’être le conservateur et gardien exclusif d’une « précieuse relique » ! Cette affirmation, voire cette croyance, pourrait constituer une forme « d’hubris » (vanité, démesure). Elle est, de mon point de vue, un mauvais compagnon à écarter !
De la sorte, le rite maçonnique, quel qu’il soit (ils sont tous plus ou moins copiés les uns sur les autres, au fil des créations, c’est à dire des scissions obédientielles !), indispensable certes, est avant tout un guide cérémoniel. Il structure les tenues et invite les membres à transposer les fictions moralisatrices qu’il contient en actes positifs dans la cité. C’est essentiel mais à compléter encore pour vraiment « instruire » un citoyen.
Les matériaux fictionnels qui « charpentent » la Franc-maçonnerie (mythes, légendes, allégories, métaphores, symboles) ne doivent pas l’éloigner pour autant de la réalité. Il convient de ne pas oublier que, par les actions valeureuses de ses acteurs au fil du temps, depuis sa création, elle a sa place dans l’histoire de France. Est ainsi recommandé au candidat qui veut l’intégrer d’en connaître et mieux, d’approfondir les motivations de l’institution. Avant même de frapper à la porte du Temple. J’insiste sur ce point.
L’Homme, créature sacrée
Lorsqu’il a bien séparé la mythologie des faits historiques, le postulant constate que bâti sur le mythe (la construction du Temple de Salomon) le mouvement vise par analogie l’amélioration des conditions de vie de l’Homme et de la société (Ex : Depuis le début de l’ère industrielle, droit des femmes, des enfants, et des vieillards, durée du travail, congés payés, etc.). Et par là même, le futur franc-maçon découvre que la franc-maçonnerie est profondément attachée à cette notion essentielle : l’Homme est une créature sacrée. C’est à dire qu’il est intouchable, inviolable, vénérable. Ce n’est pas par hasard si la franc-maçonnerie a repris ce dernier terme dans son vocabulaire pour désigner le Président de loge.
Le Temple de Jérusalem
Le SACRÉ (ce pourquoi on est prêt à se sacrifier, ce que l’on a de plus cher) doit être rappelé, dans sa dimension de RESPECT DE SOI MÊME ET D’AUTRUI. Un impératif qui se retrouve bien entendu à tous les degrés des rites, de la base au sommet.
Curieusement, ce principe de sacralisation peut sembler banal au point d’être oublié. Il est simple comme… bonjour, bonsoir, pardon, merci, au revoir, ces cinq mots du quotidien, qui ont tendance à disparaître alors qu’ils sont sacrés eux aussi, en tant que « clés d’ouverture » du dialogue ! Si ce Sacré était appris en famille, enseigné à l’école, rappelé dans nos activités, professionnelles, associatives, il y aurait sans doute moins d’incivilités et de violences de toutes sortes ! « Un homme, çà s’empêche ! », fait dire Albert Camus, à l’un de ses personnages de roman. La liberté est dans la retenue.
L’escalier initiatique n’est pas une échelle progressive de valeurs humaines. Celles-ci sont égales sur tous les barreaux. Ce n’est pas le savoir ni la ou les connaissances qui qualifient le niveau moral et mental d’un individu : Marcel Proust nous le souffle : c’est la bonté qui est le comble de l’intelligence. Naturelle et non artificielle !
Une école de pensée
Ainsi informé, bien conscient de ces notions capitales, le demandeur peut sereinement actionner le heurtoir de la porte du Temple pour en demander l’ouverture. Quelle que soit l’Obédience choisie. La notion de « régularité » ou de « reconnaissance » entre Obédiences – formalités administratives hors de toute spiritualité – est ici totalement secondaire. A savoir par le postulant : Idéalement, le parcours de l’échelle initiatique précitée doit lui permettre l’accès à tous les degrés du rite maçonnique en cause (33 degrés pour le REAA). Aucun degré n’est supérieur ou inférieur à un autre. La progressivité ne doit pas être confondue avec la valeur.
Porte d’entrée de temple maçonnique anglosaxon
A noter que les candidats – frappant souvent de plus en tard à la porte du Temple (au moment de la retraite quelquefois) – n’atteindront jamais les degrés sommitaux. Pour faire image : Décrocher le pompon en haut du mât de Cocagne, n’est pas le « Graal » d’une vie maçonnique. Il s’agit surtout de vivre la spiritualité (de la famille spir, respiration, inspiration)du degré obtenu dans une joie instructive. Et non la fébrilité de l’attente d’un tablier supérieur ! Le rite est comme le vin, ce n’est pas le degré qui fait le nectar.
« Qu’est-ce finalement que la Franc-maçonnerie ? « est une question qui reste fondamentale. Cette institution, tout en étant un lieu pédagogique est un « centre d’entraînement » à la vie sociale et sociétale, à l’extérieur du Temple. En ce sens, que serait la franc-maçonnerie aujourd’hui – qui prétend à juste titre être une « école de pensée » – sans l’apport essentiel de LA SCIENCE, LA PHILOSOPHIE, LA SOCIOLOGIE, LA PSYCHOLOGIE, LA PSYCHANALYSE, bref, toutes les sciences humaines ?!!
L’apport des sciences humaines
De la sorte, il ne convient pas de minimiser ces disciplines (alors qu’elles sont présentes à tous les degrés de la précitée échelle initiatique) en constants progrès (fulgurants pour ce qui concerne la science!). Que serait le contenu de nos planches sans qu’y apparaissent constamment et à raison les noms de SOCRATE, de PLATON, de SPINOZA, de DESCARTES, de FREUD, de LACAN, d’EINSTEIN, de PASTEUR et de FERRY, COMTE-SPONVILLE, FINKELKRAUT, penseurs actuels, entre des dizaines d’autres… Soyons justes, ce n’est pas le SYMBOLISME (souché sur les outils de la construction, la fiction, l’analogie) qui peut seul agir sur le monde! Certes, nous rappelle Théodore Monod : l’utopie n’est pas l’irréalisable mais l’irréalisé.
SPINOZA
C’est donc bien dans le passage au réel de l’action que s’épanouit l’HUMAIN avec toutes ses créations. A partir de la pensée ternaire (ouverte) prioritaire sur la pensée binaire (enfermante). SEMER, ESSAIMER ET S’AIMER, n’est -ce pas le programme idéal, précisément à réaliser ?!
La Franc-maçonnerie, en soi « modèle de communication » ne nous dit pas « quoi penser » mais nous suggère « comment penser ». Ainsi l’Apprenti apprend des autres, Le Compagnon apprend avec les autres, le Maître apprend aux autres.
Puissent les réflexions que je me permets d’apporter ici ne pas être perçues comme des critiques négatives ou de prétentieux ajouts mais simplement comme des observations et des instruments additionnels proposés. A prendre en compte et à utiliser ou non, en toute liberté, dans cette délicate démarche » qu’est le recrutement, au vrai, antichambre de la franc-maçonnerie de demain.
Nous avons le bonheur d’être réunis dans une Institution qui, à l’aide de son cortège fictionnel nous fait… le présent d’un passé pour préparer ce futur ! Nous sommes des êtres consciemment provisoires. En ce sens, c’est en qualité de « passant » que j’offre à la lectrice, au lecteur, mes réflexions d’humble PASSEUR.
La Grande Loge Féminine de France (GLFF), première obédience maçonnique féminine au monde, continue d’ouvrir ses portes au public pour démystifier et partager ses valeurs. Le 21 février 2026, à Périgueux, une conférence publique intitulée « Être franc-maçonne à la GLFF aujourd’hui et demain » invite à un regard clair et engagé sur le parcours, les enjeux et l’avenir de la Franc-maçonnerie féminine. Cet événement, organisé par la GLFF, s’inscrit dans une série de rencontres destinées à éclairer le rôle des femmes dans cette tradition initiatique.
Un rendez-vous ouvert à tous
La conférence se tiendra au Centre Départemental Joséphine Baker, situé à Périgueux dans le département de la Dordogne (24). Prévue à 14 h 30, cette manifestation publique est accessible à tous, sans inscription préalable, et vise à attirer un large auditoire curieux de découvrir les facettes contemporaines de la Franc-maçonnerie. C’est une opportunité rare de plonger dans l’univers d’une obédience qui, depuis sa fondation en 1945, promeut l’égalité, la liberté de pensée et l’engagement sociétal au féminin.
Le thème : aujourd’hui et demain
Au cœur de cette rencontre, le thème « Être franc-maçonne à la GLFF aujourd’hui et demain » explore les réalités actuelles et les perspectives futures de l’initiation maçonnique féminine. Les intervenantes, membres éminentes de la GLFF, aborderont les parcours initiatiques, les défis contemporains et les visions d’avenir pour une Franc-maçonnerie engagée dans la société moderne. Un regard clair et engagé sera porté sur les enjeux éthiques, spirituels et sociaux qui animent cette obédience, soulignant comment les Franc-maçonnes contribuent à un monde plus juste et fraternel.
La GLFF : une histoire de pionnières
Fondée en 1945, la Grande Loge Féminine de France est l’héritière d’une longue tradition de Franc-maçonnerie mixte et féminine en France. Elle compte aujourd’hui des milliers de membres et des loges dans tout le pays, ainsi qu’à l’international. La GLFF met l’accent sur l’initiation spirituelle, le travail symbolique et l’engagement humaniste, tout en préservant une indépendance vis-à-vis des obédiences masculines. Cette conférence à Périgueux s’inscrit dans une série d’événements similaires, comme ceux prévus à Toulon ou à Foulayronnes, démontrant l’ouverture et la vitalité de l’obédience.
Pourquoi participer ?
Cette manifestation n’est pas seulement une occasion d’information ; elle est une invitation à la réflexion sur les valeurs maçonniques au féminin. Dans un monde en mutation, la GLFF propose un espace de dialogue sur l’émancipation, la spiritualité et l’avenir collectif. Que vous soyez novice ou curieux averti, cette conférence offre un aperçu authentique de ce que signifie être franc-maçonne aujourd’hui, et comment cela façonne demain.
Pour plus de détails, contactez la GLFF via l’adresse de courriel. Ne manquez pas ce rendez-vous enrichissant à Périgueux, où la tradition rencontre la modernité.
Dans son numéro de janvier 2026, Chemins de Traverse choisit la vérité non comme un drapeau, mais comme une épreuve de justesse, à l’heure où l’image se déguise en preuve, où le flux dépasse la source, où l’intelligence artificielle accélère nos certitudes. Un miroir brisé en couverture, des figures gardiennes, une polyphonie d’auteures et d’auteurs, et une même exigence, apprendre à discerner sans se griser de conclure.
Maurice Leduc : Grand Maître National
Dès les premières pages, Maurice Leduc situe l’époque, le numérique, l’usage généralisé des réseaux, la puissance des images dites plus vraies que nature, la circulation planétaire des fake news qui rendent la preuve plus lente que le flux et la source plus fragile que la rumeur. Mais le texte ne cède ni au catastrophisme ni à la nostalgie. Il rappelle une discipline de méthode, très maçonnique, chercher notre vérité, maintenir l’esprit critique, garder le libre arbitre, accepter la pluralité des facettes sans renoncer à la rectitude.
Ce refus d’une vérité posée d’un bloc se lit jusque sur la couverture, commentée comme un petit traité symbolique.
Le miroir brisé dit la vérité fragmentaire, à réunir par un patient travail. Le lion, le phénix, le serpent deviennent gardiens initiatiques, force morale, résurrection intérieure, énergie vitale qui élève autant qu’elle expose à la chute. Lune et étoiles rappellent que la lumière du Temple n’est ni brutale ni totale, mais mesurée, ajustée au cheminement de chacune et de chacun. Ici, la vérité n’est pas un projecteur, elle est une graduation.
Avant même d’entrer dans le dossier, la revue ouvre un autre seuil, la cité
Dans la Place de l’histoire, Sylvain Zeghni raconte La Fronde, fondé en 1897 par Marguerite Durand, entièrement produit par des femmes et destiné à être lu par des femmes, comme une pointe avancée d’un combat pour l’égalité. La vérité, ici, se mesure à ce qu’elle coûte, tenir tête aux évidences sociales, ouvrir un espace où la parole des invisibilisées devient événement.
Puis vient le grand dossier, construit comme une polyphonie
Annick Drogou
Chaque voix saisit la vérité par un outil différent, langage, symbole, droit, soin, éducation, ethnographie, cinéma, médias, histoire, initiatique. Annick Drogou ouvre la veine des mots. Elle montre comment la vérité commence par une hygiène du langage, et comment le mensonge se fabrique aussi par les glissements, les facilités, les travestissements de vocabulaire. La même auteure poursuit avec « Vérité et mensonge ? », qui place la question au cœur de notre responsabilité intérieure. La vérité n’est pas seulement ce qui se dit, elle est ce qui nous oblige.
Dominique Segalen
Dans une autre tonalité, Dominique Segalen, avec « Dame Vérité », rappelle que la vérité a longtemps porté un visage, allégorie médiévale, figure qui ne démontre pas mais révèle, non par éclat mais par dévoilement progressif. Et, avec « Ponce Pilate et la question de la vérité », la revue replace la formule célèbre dans son théâtre moral. La vérité s’y tient au point exact où la politique voudrait s’en laver les mains, et Ponce Pilate demeure le nom propre de cette hésitation, quand le pouvoir cherche à se rendre innocent.
Le dossier avance ensuite par contrastes. Michel Dronne, en opposant vérité et vraisemblable, touche un nerf contemporain. Notre époque adore ce qui sonne juste et se dispense de ce qui oblige à vérifier. Or le vraisemblable flatte, persuade, apaise, tandis que la vérité corrige et coûte.
Pierre Pelle Le Croisa
Dans le même esprit de mise à l’épreuve, Yonnel Ghernaouti inscrit la vérité comme quête initiatique, non comme possession. Revenir aux textes, peser les mots, refuser la séduction de l’opinion prête à penser, rendre au jugement son temps long, faire de la lecture une ascèse de discernement. La réflexion se prolonge par des notes de lecture, dont celle consacrée à Pierre Pelle Le Croisa, afin que la lecture devienne vérification, nuance, fidélité au texte, et apprentissage patient du temps long.
Laure-Scheffel
Cette progression trouve une respiration singulière avec Laure Scheffel. Ses textes « Sable et plomb » et « Nos autres visages » ne décorent pas. Ils travaillent au cœur même du dossier, en rappelant que la vérité n’est pas seulement affaire d’argument, mais affaire de seuil, de profondeur, de dépouillement, ce qui demeure quand nous cessons de nous regarder dans les reflets.
Le dossier se fait ensuite plus institutionnel, sans perdre sa nuance
Avec Jean-Philippe Derosier, la vérité passe par le droit. Il y est question de vérité juridique, de l’office du juge, de la différence entre l’être, les faits, et le devoir être, la norme. L’entretien, mené en propos recueillis par Anne Amis, donne à entendre une vérité non souveraine mais procédurale, une construction qui protège autant qu’elle limite.
Avec Jean-Jacques Rassial, la vérité se déplace encore. « Vérité et psychanalyse » rappelle qu’il existe des vérités qui ne se prouvent pas comme un dossier, mais se rencontrent, parfois au prix d’une traversée de soi.
À hauteur d’existence, la revue confie ensuite la vérité au soin, à l’école, aux sciences humaines
La Commission éthique bioéthique propose « La relation soignant patient sous le prisme de la Vérité ». Dire vrai, ici, n’est jamais brutalité. C’est mesure, rythme, délicatesse, responsabilité, comme une lumière qu’il faut donner sans aveugler. Jean-Jacques Pettier, avec « Vérité, quelques perspectives pour une éducation », réinstalle la vérité du côté de la formation. Apprendre à discerner, à douter loyalement, à construire un jugement qui ne soit ni docilité ni cynisme. Nadine Wanono apporte la double focale du terrain et de l’image. « Ethnographie et ethnologie, quelle vérité ? » puis « La vérité en perspective. Du cinéma vérité au multi perspectivisme » montrent que la vérité dépend aussi du point de vue, de l’angle, du montage, de ce que la caméra révèle et de ce qu’elle fabrique, et que le réel n’entre jamais pur dans nos récits.
La revue revient alors à la cité dans sa forme la plus inflammable, l’information
Laurence Rey, avec « Médias, approcher de l’exactitude plus que chercher la vérité », refuse la pose héroïque. Elle décrit une discipline, un artisanat, une humilité, viser l’exactitude comme pratique quotidienne plutôt que brandir la vérité comme totem. Et Jean Dumonteil traite un front où la contre vérité devient violence. « Les nouvelles formes de l’antimaçonnisme à l’heure des fake news et de la post vérité » montre comment, à l’ère des réseaux, l’ancienne mécanique complotiste change d’échelle et peut conduire à l’agression concrète, au harcèlement, aux atteintes. La vérité n’y est plus un débat abstrait. Elle devient protection, dignité, sécurité des personnes.
Le fil qui relie ces pièces demeure net. La revue ne sacralise pas la vérité. Elle éduque au rapport à la vérité. Elle rappelle que dire vrai ne consiste pas à triompher, mais à ne pas trahir, que la correction n’est pas humiliation, mais travail, que le doute authentique n’est ni posture ni faiblesse, mais méthode. Et c’est précisément parce que le dossier refuse la fermeture qu’il est fécond. Il ouvre des chemins au lieu de poser des conclusions.
Dans cette architecture, il faut rendre justice à celles et ceux qui tiennent l’atelier éditorial
Le numéro est porté par la rédaction en chef et un comité où figurent Bernard Dat, Catherine Domas, Anthony Faure, Marc Jeanjean, Jean-Paul Richart, ainsi que les contributrices et contributeurs déjà rencontrés au fil du dossier. Côté images, la revue précise que les illustrations sont signées Hervé Laurent et Laure Scheffel. Tout y devient symbole, et l’œuvre se taille comme la pierre, dans la lenteur.
Enfin, la revue ne se referme pas sur elle-même
Un espace numérique prolonge les échos, et le prochain numéro est annoncé sous le signe de « passage(s) », autre seuil, autre apprentissage. Au fil des pages, la vérité n’apparaît jamais comme un trophée à brandir. Elle ressemble plutôt à une lampe réglée, offerte sans aveugler, tenue sans se prendre pour propriétaire de la lumière. Ce numéro le rappelle avec une sobriété rare. Le vrai n’est pas ce qui triomphe, c’est ce qui ne trahit pas. Et l’on comprend, à l’annonce de « passage(s) », que la quête continue, non pour posséder, mais pour marcher plus droit, ensemble.
Chemins de Traverse, « La vérité » Revue maçonnique de la Fédération française du Droit Humain Éditions Numérilivre, N°4, janvier 2026, 80 pages, 22 €