Entre Saint Jean d’Été et Saint Jean d’Hiver

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Autour du 21 décembre, nous nous réunirons pour célébrer la Saint-Jean d’hiver, dédiée pour le monde chrétien à Jean l’Évangéliste. Mais elle n’est que l’incorporation par l’Eglise chrétienne d’une tradition plurimillénaire, celle de la célébration des fêtes solsticiales, marquant le début l’une de l’hiver et l’autre de l’été.

Le solstice d’hiver, de la nuit la plus longue au retour du soleil

Paradoxalement, ces fêtes solsticiales, autour du 21 juin et du 21 décembre, ne reflètent pas le caractère des saisons qu’elles inaugurent. Car si, dans notre hémisphère, le solstice d’hiver marque le début d’une saison froide, triste et sombre, il inaugure en fait le début de la phase ascendante du soleil dans le ciel vers la lumière.

Dit autrement, le jour du solstice d’hiver, le trajet du soleil dans le ciel est le plus court et le plus bas au-dessus de l’horizon, et la position de la Terre par rapport au soleil atteint son inclinaison extrême : l’inégalité jour-nuit est à son maximum. Concrètement, ce jour de solstice est celui où le jour est le plus court et la nuit la plus longue. Et donc, à partir du Solstice d’Hiver, les jours vont s’allonger et la lumière, symboliquement, vaincra les ténèbres.

C’est la raison pour laquelle dans les temps anciens, le Solstice d’hiver était marqué par des fêtes païennes en l’honneur du soleil invaincu, Sol invictus.

Stèle de Sol Invictus, Rome
Stèle dédiée à Sol Invictus, le soleil invaincu (musée national romain, domaine public, Wikimedia Commons)

De Janus aux deux Saint-Jean

Buste de Janus bifrons aux musées du Vatican
Janus « bifrons », le dieu aux deux visages (musées du Vatican, domaine public, Wikimedia Commons)

Avant que le christianisme se répande dans l’Empire, les deux fêtes solsticiales étaient associées par les Romains au dieu Janus, le dieu « bifrons », c’est-à-dire à deux visages, qui symbolisait ainsi le passé et l’avenir, l’année qui finit et celle qui commence, la mort et la renaissance, le caractère cyclique de l’univers. Janus, dont le mois de Janvier commémore le nom, représente donc la dualité apparente en même temps que l’unité fondamentale de l’univers.

Cette fête comme d’autres festivités païennes a ensuite été assimilée par la tradition religieuse et le calendrier chrétien. Peu d’entre nous savent que ce n’est qu’en 354 que le pape Libère a décidé que Noël, jour de la naissance de Jésus, devait être fêté le 25 décembre.

On voit donc comment, après avoir tenté de les empêcher, l’Eglise catholique a christianisé ces fêtes païennes, les dédiant aux deux Saint-Jean, mais sans participer aux rituels qui se sont conservés au moins jusqu’au XIXe siècle dans une grande partie de l’Europe.

Cette fête solsticiale et païenne est ainsi encore célébrée dans certaines provinces françaises, notamment en Bretagne, en Galice, ainsi qu’en Roussillon, et principalement à Perpignan.

On peut, en tout état de cause, retenir qu’au-delà de leur caractère religieux, ces deux fêtes ont un rapport étroit avec le symbolisme de la lumière, plongeant leurs racines dans les anciens cultes païens dédiés au soleil et au feu. C’est d’abord sur ce symbolisme qu’il nous faut nous arrêter.

La Saint-Jean d’hiver, fête du retour de la Lumière

Saint Jean-Baptiste par Léonard de Vinci
Saint Jean-Baptiste, par Léonard de Vinci (musée du Louvre, domaine public, Wikimedia Commons)

Le solstice d’hiver évoque en apparence la nuit et les ténèbres. Mais s’il s’agit bien du jour où la nuit est la plus longue, le solstice d’hiver est d’abord porteur d’une espérance, car il marque le début du rallongement des jours.

Ainsi au fur et à mesure que les jours suivants vont se succéder, les ténèbres vont progressivement se dissiper, le soleil va finir par triompher. Retenons que le solstice d’hiver marque le début du retour de la lumière, de lumière extérieure certes, mais aussi, mais surtout lumière intérieure, donc de la régénération.

Le solstice d’hiver marque en effet la capacité de la Nature et de l’Homme à émettre une énergie régénératrice. Pour chaque être humain, cette régénération se fait en puisant dans les forces intérieures,

Vous connaissez tous cette phrase que vous avez entendue, au cœur de votre initiation : « Que recherchez-vous ? » « La Lumière ». ?

Et nous savons tous que la démarche maçonnique tout entière est quête de Lumière, c’est à dire quête de Vérité et d’Absolu.

Le lac de Tibériade vu de Capharnaüm
Le lac de Tibériade vu de Capharnaüm (photo Eduard Marmet, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons)

Jean l’Évangéliste, gardien de la porte des dieux

Lorsqu’ils évoquaient les solstices, les Grecs parlaient de « porte des hommes » et de « porte des dieux ». Si Jean le Baptiste peut être considéré comme le gardien de la porte des hommes, Jean l’Evangéliste est quant à lui le gardien de la porte des dieux, qui ne peut être qu’intérieure, puisqu’elle concerne la conscience.

Ceux d’entre-nous qui ont lu l’Evangile de Jean y ont vu cette idée d’une porte qui ouvre sur l’harmonie et l’équilibre intérieur, énoncée par Saint-Jean lui-même, qui rapporte cette parole de Jésus « Je suis la porte, si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. « (Jean 10, 9)

Saint Jean l’Évangéliste à Patmos par Jérôme Bosch
Saint Jean l’Évangéliste à Patmos, par Jérôme Bosch (Gemäldegalerie, Berlin, domaine public, Wikimedia Commons)

Alors qu’au solstice d’été, le 21 juin, il s’agit de fêter Jean le Baptiste, Jean le Précurseur, le soir, de la Saint-Jean d’hiver c’est l’apôtre Jean qui est célébré.

Ce Yohanan, ce Jean, était un pêcheur du lac de Tibériade, vivant avec sa famille dans une petite localité du nom de Capharnaüm,

Lorsqu’ils entendent Jean le Baptiste proclamer que Jésus est le Messie Rédempteur, l’Agneau de Dieu, Jean et son frère Jacques décident d’abandonner leurs filets et de devenir pêcheurs d’âmes, en se mettant au service du nouveau Maître.

Saint Jean l’Évangéliste par le Dominiquin
Saint Jean l’Évangéliste, par le Dominiquin (domaine public, Wikimedia Commons)

Et de tous ses disciples, c’est Jean que Jésus, si l’on en croit les Evangiles, aimait le plus.

Jean devait survivre de longues années à son Maître.

Mais on ne dispose d’aucune précision fiable sur la suite de sa vie. Il est cependant vraisemblable qu’il se serait fixé à Ephèse, ancienne cité de la côte d’Asie Mineure, capitale de l’Asie romaine. Après diverses vicissitudes, il semble qu’il ait été un temps déporté à Patmos, où il rédigea probablement son premier ouvrage majeur, l’Apocalypse. Il revint finir sa vie à Ephèse, où l’on vénère aujourd’hui encore son tombeau.

C’est là qu’il aurait écrit le livre aujourd’hui considéré comme Evangile canonique.

Petits et grands mystères

A dire vrai, les deux solstices, et donc les deux Saint Jean, ne renvoient pas aux mêmes « mystères » de l’Antiquité.

Ruines de la basilique Saint-Jean à Éphèse
Les ruines de la basilique Saint-Jean, élevée sur le tombeau présumé de l’apôtre à Éphèse (photo Bernard Gagnon, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Jadis en effet, le solstice d’été renvoyait à l’initiation aux « petits mystères » produisant un être centré en lui-même et véritablement humain. Les feux extérieurs du solstice d’été sont autant de sources de la lumière visible, pâle reflet de la véritable Lumière invisible.

Les célébrations du solstice d’hiver faisaient quant à elle écho à l’initiation aux « grands mystères » au cours de laquelle l’individu était mis en situation de rejoindre non seulement son propre centre, mais le Centre du monde.

Le feu intérieur symbolise alors la Lumière de l’être pleinement accompli.

Saint-Jean le Baptiste a énoncé la valeur de la vertu, de la rigueur, du respect des autres et de soi-même.

Son disciple Saint-Jean l’Evangéliste a mis dans la bouche du Christ ce fondement de l’harmonie entre les hommes : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », commandement qui était déjà cité dans le Lévitique, donc dans l’Ancien Testament, au chapitre 19.

Respect et Amour de l’Autre, mais aussi de soi-même, au sens d’être digne de sa propre estime, sont des valeurs universelles dans lesquelles tout homme juste peut reconnaître ce qui fonde son comportement et son espérance. Pour tout Franc-Maçon, ce sont sans aucun doute les fondements de son engagement.

Mettre le Temple de l’Homme en harmonie avec le Temple de l’Univers

Lorsque nous célébrons la Saint-Jean d’Hiver, ce n’est pas simplement pour partager la chaleur d’agapes fraternelles. Notre célébration est porteuse d’une signification initiatique et spirituelle bien plus considérable. La Saint Jean que nous sommes invités à partager n’est pas une fête religieuse, elle est une fête des lois cosmiques. Et il s’agit au fond, en vivant consciemment ce temps fort qui nous rassemble, de mettre le Temple de l’Homme en harmonie avec le Temple de l’Univers.

À lire aussi sur 450.fm

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Jean-Jacques Zambrowski
Jean-Jacques Zambrowski
Jean-Jacques Zambrowski, initié en 1984, a occupé divers plateaux, au GODF puis à la GLDF, dont il a été député puis Grand Chancelier, et Grand- Maître honoris causa. Membre de la Juridiction du Suprême Conseil de France, admis au 33ème degré en 2014, il a présidé divers ateliers, jusqu’au 31°, avant d’adhérer à la GLCS. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur le symbolisme, l’histoire, la spiritualité et la philosophie maçonniques. Médecin, spécialiste hospitalier en médecine interne, enseignant à l’Université Paris-Saclay après avoir complété ses formations en sciences politiques, en économie et en informatique, il est conseiller d’instances publiques et privées du secteur de la santé, tant françaises qu’européennes et internationales.

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES