« Flamme électrique » : quand la sécurité sanitaire éteint le feu du soldat inconnu

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Comme chacun a pu le constater cette semaine, raviver une flamme sur la tombe du Soldat inconnu a soudain alimenté les chroniques de tous bords, pour des raisons… disons « modernes ». Apparemment, personne n’a été dérangé par cette flamme hautement dangereuse pour la santé, pour les yeux, et ne parlons même pas des risques d’incendie qui ont tétanisé toute l’assemblée. Alors ce matin, je m’y mets aussi : puisque le feu est désormais suspect, remplaçons-le proprement, proprement, proprement.

Voilà donc ma proposition, dans l’esprit de ce que nous faisons en loge chaque quinzaine : un allumage respectueux, avec une bougie électrique conforme aux normes des assurances, de la Convention de Genève… et du Règlement général de nos obédiences. Pas de flamme, pas de fumée, pas de CO₂, pas de particules fines, pas de déclencheur de trauma collectif. Juste une petite LED clignotante, certifiée « safe », « inclusive » et « non-offensante pour les yeux sensibles ».

Du feu sacré à la LED certifiée ISO

Autrefois, on allumait une flamme pour honorer les morts. Aujourd’hui, on risque de nous expliquer que la flamme elle-même est une agression : agression visuelle pour les photophobes, agression thermique pour les thermosensibles, agression symbolique pour ceux qui estiment que le feu, c’est violent, c’est colonial, c’est patriarcal, c’est pyromane. Alors soyons cohérents : si la flamme est un danger public, éteignons-la et branchons-la sur secteur.

Imaginez la scène, version 2027 :

  • Plus de torche ni de flambeau, mais un petit boîtier en plastique blanc, design épuré, style « Apple Store du souvenir ».
  • À l’intérieur, une LED « blanc chaud » 2700K, avec un filtre « effet flamme » en option, pour ceux qui tiennent absolument à l’illusion du danger sans le danger lui-même.
  • Un câble USB-C, parce que même le Soldat inconnu doit pouvoir se recharger sur une power bank.
  • Une appli dédiée : « Flamme Inconnue™ », avec modes « Hommage », « Minute de silence », « Story Instagram » et « TikTok 15 secondes ».

Et bien sûr, un petit pictogramme : « Ne pas utiliser près de l’eau, des enfants, des idées subversives et des métaphores sur la révolution. »

Une flamme « woke-friendly », sans brûlure ni mauvaise conscience

Dans cette logique, tout devient plus simple. Plus de risque que quelqu’un se brûle en voulant raviver la flamme: la LED ne chauffe pas, elle ne consume rien, elle ne transforme rien. C’est propre, lisse, aseptisé. Parfait pour une époque où l’on veut bien se souvenir, mais sans que ça sente la cire, la suie ou l’engagement.

On peut même imaginer les arguments :

  • « Enfin une flamme accessible aux personnes électro-sensibles ! »
  • « Une lumière qui ne discrimine personne : elle clignote pour tous, quelle que soit leur identité de genre, leur orientation spirituelle ou leur rapport au carbone. »
  • « Un dispositif neutre, décolonisé, dégenré, déflammé. »

Et si jamais quelqu’un trouve encore ça dangereux, on pourra toujours ajouter :

  • Un cache-LED anti-éblouissement.
  • Un mode « basse luminosité » pour les yeux fragiles.
  • Un avertissement : « Cette lumière peut rappeler des souvenirs de flammes réelles. En cas de malaise, éteignez l’appareil et consultez votre thérapeute. »

Quand la loge anticipe la nation

Comme nous le faisons en loge chaque quinzaine, j’ai donc imaginé un allumage conforme : pas de vrai feu, pas de vrai risque, pas de vrai symbole qui pourrait fâcher. Juste un petit rituel électrique, bien calibré, bien normé, bien assuré. On allume, on éteint, on coche la case « devoir de mémoire » dans l’appli, et on passe à la suite.

Le Soldat inconnu, lui, ne dira rien. Il a l’habitude : on l’a déjà délogé de son anonymat pour en faire un outil politique, un décor de commémoration, un fond d’écran de smartphone. Alors une LED de plus ou de moins…

Au moins, avec ma bougie électrique, on est tranquilles :

  • Pas d’incendie.
  • Pas de fumée dans les poumons.
  • Pas de flamme qui pourrait « blesser » quelqu’un, physiquement ou symboliquement.
  • Et surtout, pas de feu qui rappelle qu’on peut encore, parfois, se brûler pour des idées.

Dans le fond, c’est ça, la vraie victoire du progrès : avoir réussi à transformer le feu du souvenir en une petite lumière inoffensive, pilotable depuis un iPhone, et parfaitement conforme à toutes les normes.

Le Soldat inconnu est sauf. Et nous, on peut continuer à commémorer sans jamais risquer de se brûler les doigts… ni la conscience.

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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