NDLR : La rédaction s’est entretenue durant 20 minutes au téléphone avec Félix Natali avant la parution de cet article. Ce dernier en sa qualité de Grand Maître n’a pas souhaité répondre à nos questions ou encore commenter les deux précédents articles qui se trouvent en fin de reportage. Nous publions à partir de témoignages concordants, de documents internes portés à sa connaissance et d’échanges préalables avec plusieurs personnes concernées. Les personnes ou institutions mises en cause disposent naturellement d’un droit de réponse, que 450.fm publiera dans les conditions prévues par la loi.

Nous évoquions il y a quelques jours les difficultés en matière de gestion de la Grande Loge Mixte de France, présidée par son Grand Maître Félix Natali. Le lendemain, nous avons rapporté le conflit qui existe actuellement avec le Grand Commandeur du REAA. Ce dernier ayant d’ailleurs été réélu à 73% des voix lors de l’Assemblée générale du week-end dernier. Ce troisième et dernier volet, et non des moindres, concerne des témoignages qui font état de comportements ressentis comme autoritaires par des dignitaires de la GLMF, qui ont une conception verticale et intimidante de l’autorité.
Pour étayer notre propos, nous avons interviewé plusieurs membres des loges concernées par cette attitude qui n’a plus rien à voir avec l’esprit fraternel dans lequel une obédience doit s’inscrire.
Il s’agit d’un climat ressenti comme intimidant par plusieurs témoins dans le cadre d’inspections de Loges par un duo de « Frères » mandatés par le Conseil de l’Ordre.

Les inspections : de nombreuses obédiences pratiquent l’inspection régulière des Loges afin de s’assurer que les travaux sont conformes au règlement général de la maison, que le rituel est respecté, que les membres sont tous à jour de leurs capitations, que les invités sont légitimes… Toute cette procédure s’effectue bien évidemment dans un esprit de fraternité et surtout de bienveillance. Il ne s’agit pas d’exercer un quelconque pouvoir par la force ou la manipulation, ni de soumettre les membres de ces inspections à des pressions psychologiques.
Or il se trouve que 450.fm est en possession de plusieurs témoignages de membres de diverses Loges de la GLMF inspectées au cours de l’année 2025 ou avant, par le Grand Orateur de l’époque accompagné du Grand Secrétaire, duo que nous avions présenté dans notre article du 30 juin 2024 – Ce fameux tandem fait donc l’objet de nombreuses plaintes de Frères des Loges de La Ciotat, Paris, Saint-Avold… et une Loge de Bastia auprès de notre rédaction. Nous avons recueilli, lors de chaque interview, des discours très ressemblants de la part de témoins décrivant les mêmes procédés :

Les deux inspecteurs placent les Frères et Sœurs de la Loge sur les colonnes, Vénérable et Collège compris. Les deux « envoyés spéciaux » se positionnent ensuite au plateau du Vénérable, dans une position évidente de domination, surplombant volontairement cette assemblée regroupée en vue de subir leur interrogatoire . Dans les techniques d’oppression et de manipulation, le positionnement revêt une importance cruciale. Il permet d’asseoir une autorité, qui peut être légitime si elle est bienveillante, mais qui, en l’occurrence, a été vécue par plusieurs membres comme une forme de pression assortie de reproches, scénario qui n’a plus rien à voir avec l’Art Royal, pas plus qu’il ne relève d’une relation normale avec une Obédience.
Les témoignages concordent tous : cette mise en scène a pour but de créer un climat de soumission et de malaise.
Comment opère cette mise sous pression ?
La méthode est bien rodée et, selon les témoignages recueillis auprès des membres passés sur le grill, ce décorum crée immanquablement un sentiment de contrainte assorti d’une crainte de représailles. Un membre de la rédaction a eu l’occasion d’y participer, en témoin, et il confirme que cette expérience est fortement éprouvante pour les nerfs des participants. Aucune contestation ni débat n’est possible : tout est manifestement à charge contre la Loge.

Un Frère de Saint-Avold, qui ne souhaite pas se dévoiler, affirme qu’à l’appel de son nom, il s’est vu reprocher les paiements de ses capitations en plusieurs mensualités. Des reproches agressifs de la part d’un des deux inspecteurs lui ont laissé un souvenir très humiliant de cet échange, qui n’avait rien de fraternel. Quelques jours plus tard, il était encore sous le choc et s’interrogeait sur la pertinence de rester à la GLMF. Un autre de La Ciotat se souvient du passage en revue qui lui a rappelé ses jeunes années à l’armée. Tous les témoignages reçus confirment que ces séances d’inspection, de la part des deux Frères en cause, toujours membres éminents du Conseil de l’Ordre de la GLMF, ont été perçues par plusieurs témoins comme dévalorisantes et vexatoires.
Notre rédaction n’aurait aucunement dévoilé les méthodes internes de la GLMF si ces nombreux témoignages n’avaient pas révélé une ambiance anxiogène et le sentiment d’un pouvoir unilatéral et injustement oppressif, lors de ces inspections. Il est intéressant de noter que l’un des deux inspecteurs en question, chargé de s’assurer du sérieux des loges, est précisément celui qui avait été nommé par Christiane Vienne pour transmettre à 450.fm les informations de l’Obédience dans le cadre d’une action de chargé de communication durant la période post-COVID et qui, pour une raison inconnue, avait totalement failli à sa mission, ne se manifestant en aucune sorte. Drôle d’attitude pour un Frère aussi attaché à la rigueur.
Le dernier chapitre de ce troisième volet sera consacré à un fait qui pose question quant à l’indépendance de la GLMF.

Lors du Convent de Lille, fin juin 2024, Félix Natali est élu Grand Maître de la GLMF avec 77,20% des voix. Deux mois plus tard, c’est au tour de Nicolas Penin d’être élu dans la même ville à la tête du GODF.

Les deux hommes deviennent très vite de proches relations. Les articles de 450.fm sur le GODF agacent profondément Nicolas Penin du GODF. Selon les éléments dont dispose la rédaction, un courrier à en-tête du GODF a été adressé à la GLMF au sujet des publications de 450.fm consacrées au GODF. La rédaction estime que cette démarche, dans son intention et sa portée, pose une question de principe sur l’indépendance éditoriale et sur les relations entre obédiences. La GLMF prend très au sérieux cette demande et délègue deux Conseillers de l’Ordre pour explorer le journal afin de détecter un quelconque acharnement contre cette obédience « amie » qu’est le GODF. Rien ne transparaît et les Conseillers qui analysent le journal rentrent bredouille. Le Grand Maître tente de minimiser l’opération et passe discrètement, dans la séance du Conseil de l’Ordre des 8 et 9 novembre 2024, un communiqué dont voici un extrait ci-dessous :


Ce n’est que partie remise… car la fidélité entre les deux Grands Maîtres devient une « amitié sincère ». Quelques mois plus tard, le journal 450.fm dénonce l’affaire Henri Sandillon : cet ancien médecin à Jonzac (Charente-Maritime), Conseiller de l’Ordre au GODF, Grand Officier délégué à la réflexion sur la fin de vie, à la santé et aux droits des femmes et des enfants (sic – ce n’est pas nous qui inventons : c’est l’exact libellé !), avait émis un avis favorable à la nomination du Docteur Joël Le Scouarnec, celui qui a abusé sexuellement de plus de 300 enfants. Le Canard enchaîné s’était fait l’écho de cette affaire et 450.fm avait de nouveau posé la question le 2 juillet 2025, plus d’un mois après l’annonce de cet insupportable maintien du Conseiller de l’Ordre en poste au GODF par Nicolas Penin. Henri Sandillon sera finalement sacrifié, la veille du Convent.
Quelques mois passent et aucun grief ne peut être retenu contre le membre de la GLMF, directeur de la publication de 450.fm. Cependant, la Loge dans laquelle il officie comme simple Maître des Cérémonies est bizarrement inspectée pour la première fois. Et, simple coïncidence, elle le sera par les deux cosignataires du PV du Conseil de l’Ordre des 8 et 9 novembre 2024, dont un extrait figure ci-dessous. Il s’agit des mêmes deux inspecteurs dont il est question dans les inspections que nous relatons dans cet article : le monde est donc très petit et les coïncidences bafouillent.

À la différence des autres inspections dont il est question depuis le début, celle-ci prendra une tournure très particulière.
Tout d’abord, elle se produit juste quelques jours avant le dernier Conseil de l’Ordre de la saison 2025, afin d’expédier rapidement la sanction… déjà connue trois mois plus tôt par quelques membres de la GLMF. Cela rend la contestation très compliquée, car nous arrivons en juillet et seule une Tenue officielle peut rendre valide un appel auprès du Conseil des Sages (organisme d’appel de la GLMF).
La rédaction a interrogé et a obtenu les témoignages de deux membres de la GLMF qui confirment leur parfaite connaissance de la sanction envisagée, trois mois avant l’inspection. Un hasard bien troublant…

Nous n’entrerons pas dans le détail des irrégularités relevées dans la procédure, ni dans les inexactitudes ou omissions alléguées dans le rapport, qui était partiellement rédigé avant l’inspection (nous en possédons copie). En l’état des témoignages recueillis et des documents consultés par la rédaction, plusieurs membres concernés considèrent que la procédure a été conduite d’une manière préalablement orientée dans un sens défavorable à la Loge. Ils y voient moins une inspection ordinaire qu’une voie disciplinaire détournée dont l’issue semblait, selon eux, largement prévisible pour ne pas dire jouée d’avance. Un avocat est donc mandaté par la Loge début juillet pour établir un dossier de plaidoirie auprès du Cercle des Sages, qui est l’instance d’appel de la GLMF. Renseignement pris auprès d’anciens Grands Maîtres, elle est généralement neutre et ces derniers s’interdisent toute interférence. En tous cas, d’ordinaire…
Il faudra plus de 16 semaines à ce Cercle pour rendre son verdict. Pour rappel, tous ceux qui ont lu le volet n°2 de cette série ont pu observer que ce même Cercle, prétendument indépendant, n’avait mis que quelques heures pour statuer dans l’affaire du Grand Commandeur. Lorsqu’il y a urgence, pour les intéressés, il sait se montrer diligent. Bilan de cette opération :
La Loge est exclue de la GLMF et le Frère Directeur de la Publication, enfin éliminé. On satisfait ainsi aux desiderata ou plus crûment aux pressions extérieures d’une obédience amie étant allée jusqu’à les exprimer dans une lettre officielle, comme il en irait de vassal à suzerain !
Nous touchons au terme de ce troisième volet, et la question qui se pose est la suivante : à qui profite ce récent désordre à la GLMF ?
Plusieurs hypothèses se dessinent, mais selon quelques anciens Grands Maîtres que nous avons contactés et qui préfèrent conserver l’anonymat, dans un tel contexte, la proximité du Grand Maître Natali avec la rue Cadet pose de réelles questions quant au projet qui pourrait se tramer entre les deux obédiences. En effet, la rumeur enfle qu’une fusion des deux entités ou, plus habilement, une absorption des Loges de la GLMF par le GODF serait de nature à dissiper, au plan financier, les nuages qui s’amoncellent à l’horizon. Il resterait à trouver le moyen d’associer commodément les membres à la manœuvre.

Une chose est, cependant, certaine : les membres de la GLMF seront réunis en Convent dans quelques jours. Ils devront accorder leur confiance pour un troisième et dernier mandat à Félix Natali. Ils voteront aussi pour confirmer dans ses fonctions sa garde rapprochée, c’est-à-dire lors du renouvellement des membres du Conseil de l’Ordre qui descendent de charge. Chacun des votants pourrait être bien inspiré en n’appliquant pas avec le même zèle les consignes usuelles…

Parmi les nombreuses propositions soumises au vote, il sera demandé aux loges de la GLMF de valider la « destruction » de la Loge n°346 (unique Loge de la GLMF concernée cette année par une fermeture), dont la procédure expéditive mise en œuvre par la GLMF aurait pu mériter de passer sous les feux de la justice profane, c.-à-d. être examinée par les tribunaux de la République. Connaissant le risque de panurgisme sévissant souvent dans ces assemblées, il ne serait pas surprenant que les votants appuient sur la touche verte : « favorable », sans réellement avoir pris connaissance des ressorts de l’affaire, ni mesurer l’injustice qu’il couvriront.
Les Sœurs et les Frères de la GLMF auront bientôt à se prononcer. Il leur appartient, désormais, en conscience, de demander les éclaircissements nécessaires, d’exiger la transparence des procédures et de rappeler qu’une obédience maçonnique ne peut durablement vivre que si l’autorité demeure au service de la fraternité, sans jamais faillir ni même faiblir.
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