Tout le monde est très fraternel… tant que vous êtes utile, influent ou solvable

« On ne trouve guère d’ingrats tant qu’on est en état de faire du bien. »

François de La Rochefoucauld

Dans les loges comme dans les obédiences, ceux qui ont occupé des fonctions le savent : le jour où vous êtes élu, vous découvrez soudain une foule d’amis inconnus ; le lendemain de votre sortie de charge, ils ont tous disparu avec une élégance remarquable — celle des oiseaux migrateurs, mais sans le retour au printemps.

Être gradé en maçonnerie, c’est un peu comme être riche au Monopoly : tout le monde s’incline devant des billets qui ne valent rien, et beaucoup prennent l’air admiratif devant une fortune de carton.
Les courbettes sont impeccables, les sourires généreux, les messages pleins de chaleur… et tout cela tient souvent jusqu’au prochain mandat. Après, le grand désert.
La fraternité, dans certains temples, est une vertu saisonnière : elle fleurit au moment des nominations et se fane à la fin des pouvoirs.

Le vrai problème, pourtant, est plus grave encore.

En matière de solidarité, la légende maçonnique est souvent plus robuste que la réalité.
Le Frère ou la Sœur qui vient vous voir à l’hôpital, qui prend des nouvelles sans calcul, qui vous dépanne discrètement en pleine mauvaise passe, qui vous aide sans faire de publicité morale sur le sujet, celui‑là appartient à une espèce rare, presque protégée.

À côté, il y a les insectes : ils pointent le nez dès qu’une lumière de pouvoir s’allume.
Et puis il y a les autruches : elles enfoncent la tête dans le sable dès qu’un frère ou une sœur appelle au secours.

Car il faut bien le dire : la complosphère imagine encore que les francs-maçons forment une immense tontine fraternelle, prête à intervenir dès qu’un des siens vacille.
La réalité est souvent plus prosaïque, plus sèche, parfois même plus triste : dans de nombreuses loges, on voit surtout les grands discours sur la fraternité… et beaucoup moins les actes quand il faut payer la capitation, franchir la porte d’un hôpital, ou tendre la main à quelqu’un qui n’a plus grand-chose à offrir en retour.

Le résultat est d’une ironie presque parfaite :

ceux qui ont de l’argent, du prestige ou des fonctions sont couverts d’attentions ;
ceux qui tombent, se taisent ou peinent à joindre les deux bouts découvrent souvent que la fraternité a des limites très précises, parfaitement calibrées… et étonnamment liées au montant du compte bancaire.

Bref : la solidarité maçonnique existe, bien sûr — mais elle a parfois des horaires, des conditions, et un sens du devoir qui ressemble beaucoup à celui d’un ascenseur social en panne.

12 Commentaires

  1. La gangrenne est partout les loges dites libres divisent et ne réunis pas ce qui est EPARS C EST L HOMME qui doit dominer SES PASSIONS . MOI LE PREMIER
    courage mes B. A F
    Notre liberté est de plus en plus limitée
    Ce n est pas la laïcité le problème ce sont
    TOUS LES POUVOIRS DIRIGEANTS

  2. Notre Loge a adhéré depuis bientôt vingt ans à l’ALMA universelle puis à la Fédération des Loges Libres et Souveraines, deux réseaux de Loges libres.
    Nous n’entretenons certainement pas l’illusion d’être des frères et des sœurs plus fraternels que les autres et nos faiblesses y sont semblables à celles des membres des obédiences et des juridictions.
    Cependant, certains démons y trouvent plus difficilement leur place : celui de la cordonite (car personne n’y est « grand » sauf l’Architecte de l’Univers), celui de l’exclusion (car tous et toutes sont reconnus comme frères et sœurs et reçus comme tels), celui de la recherche des relations (car nous sommes encore trop souvent isolés et rejetés par les « grandes obédiences »), celui de l’avidité (car nos loges sont généralement pauvres et perçoivent de faibles capitations).
    Tout ce que nous pouvons espérer c’est que se débarrasser du superflu nous aide à nous concentrer sur l’essentiel (dont la fraternité fait partie).

  3. Nous constituons une Loge provisoire dans un désert maçonnique. Le fait obedientiel est incontournable . La Fraternité et l’amitié nous lient dans cette aventure… heureusement, c’est pas évident sur le versant administratif!
    Mais nous sommes des maçons libres, dans une Loge libre ( même si elle est provisoire) avec l’ambition bien engagée de recruter dans ce désert des profanes, pour qu’ils deviennent des francs-maçons.

  4. Superbe article qui a le mérite de remettre les points sur les « i »…
    Avec le COVID, combien de nos anciens se sont sentis délaissés ? Il me semble que c’est la population qui a, à ce moment là, le plus déserté les loges ; personne ne prenait de leurs nouvelles…
    Dire « nous restons des hommes » n’est pas suffisant, quand on entre en Maçonnerie, c’est d’abord qu’on veut être « mieux », s’améliorer soi-même.
    Si on y entre pour des honneurs ou du pouvoir de dirigeant d’association loi 1901 (faut il le rappeler), c’est qu’on est un frustré de sa vie profane… et la Maçonnerie n’est pas là pour gérer les frustrations.

  5. En effet, la franc-maçonnerie comme tout groupe humain n’échappe pas à l’égoïsme et, de fait, rares sont les frères vraiment altruistes; j’entérine l’analyse; il est vrai aussi qu’il reste la chaleur des agapes qui nous fait oublier un moment les difficultés du quotidien.

    ;

  6. Les Rois de la cratophilie et des beaux décors dorés c est quand même à la GLNF que nous en trouvons le plus…

  7. Bonjour, quelle est la FM libre et souveraine dont vous parlez ? En quoi est-elle plus fraternelle. Merci pour la réponse.

    • Bonjour
      Je suis , depuis 5 ans sur 20 ans de FM, dans une L Libre (d’obédience) où tous ses membres, déçus de leur(s) atelier(s) , font très attention à ne pas écorner la Fraternité qui nous a réunis afin de ne pas réitérer les erreurs passées. De plus, libre d’obédience, nous avons constitué un rituel (mélange de ROS et REAA) qui nous convenait, un règlement intérieur respectueux de chacun(e) et une capitation de 180€/an sauf pour les FF&SS en difficulté .
      Pour autant nous respectons la règle maçonnique et les cérémonies.
      Nous sommes de plus en plus visités malgré l’interdiction des obédiences des visiteurs qui trouvent notre atelier bienveillant, travailleur et fraternel.
      J’espère Keidel avoir éclairé ta réflexion.
      TAF

  8. Bonsoir,

    C’est pour cela que cela fait 10 ans que j’ai quitté ces grandes obédiences (déjà l’adjectif est fort) pour aller vers la Franc maçonnerie e libre et souveraine.
    Pas besoin de reconnaissance car tout le monde vient nous visiter et on travaille bien.
    Vive la FM libre et si votre moins cher

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