Le Temple de Salomon

Le premier travail que chacun de nous a accompli au soir où nous avons été reçus Apprenti Franc-maçon a consisté, genou en terre, à frapper trois coups distincts sur une pierre brute. Dégrossir cette pierre brute est depuis cet instant ce à quoi nous travaillons.

Selon l’antique légende d’Héliopolis, en Egypte, la pierre brute peut être considérée comme la pierre d’avant la genèse, celle qui est tombée du traîneau d’Atoum-Rê, le dieu originel. En tombant dans l’océan, cette pierre brute a donné naissance à la première émergence, celle à partir de laquelle la matière a pris consistance, les choses se sont solidifiées, le noyau du monde est apparu, une île s’est constituée.

Reprenant cette légende égyptienne, le Talmud dit que cette pierre est devenue, le socle de l’Arche d’Alliance dans le Temple de Salomon, à Jérusalem. Elle est considérée comme la pierre de fondation du monde.

Le Temple de Jérusalem
Le Temple de Jérusalem

C’est autour et à partir de cette pierre primordiale que le maître d’oeuvre de la construction du Temple de Jérusalem en aurait mesuré les fondations. Selon la tradition biblique, la pierre brute se situe après la « création » mais avant la « formation ». Elle apparaît entre barah, la création des premiers jours et yetsirah, le moment où Dieu modela l’homme avec la poussière de la terre.

Ainsi, la pierre brute considérée comme fondatrice du monde fut aussi, selon la légende, le fondement du Temple de Salomon…

La quête des Francs-maçons est celle de la Vérité, de la Lumière, c’est-à-dire de la connaissance de l’homme et de son mystère, comme de l’univers qui l’entoure. On conçoit que cette connaissance ne peut se concevoir sans en envisager la dimension spirituelle, sans considérer à la fois l’immanence et la transcendance, au-delà et plus encore en-dehors de tout dogme religieux particulier.

Page enluminée de la « bible de Carpentras », traduite en Franco provençal.

La Bible, qui est pour les Francs-maçons réguliers le Volume de la Loi Sacrée, l’une des trois grandes lumières de la Maçonnerie, est dans le monde occidental le Livre par excellence, mais aussi le support le plus représentatif de cette double voie de l’immanence et de la transcendance, dont on pressent qu’elle est la voie du Un-Tout, celle du Principe Créateur que nous nommons Grand Architecte de l’Univers. La Bible telle qu’elle est ci sur l’autel y figure, non pas en tant que recueil d’une Parole révélée mais comme vecteur d’une vision du monde reliée à l’idée du sacré, de l’inaccessible, de l’ineffable.

Or la Bible fait au Temple de Salomon une place toute particulière. Sa construction est détaillée à l’extrême, en particulier dans le premier livre des Rois (chap.5-6-7) ainsi que dans le deuxième livre des Chroniques (chap. 3 et 4). De là vient que le Temple de Salomon est la base invariable de toute la Franc-maçonnerie. Depuis les origines, la Franc-maçonnerie intègre dans ses rituels de nombreuses références au Temple de Salomon: le temple maçonnique, celui dans lequel nous sommes rassemblés ce soir, est conçu comme une reproduction symbolique de ce Temple jadis bâti à partir de la Pierre Brute originelle.

Pourquoi le Temple de Salomon, a priori l’édifice sacré érigé pour son Dieu par un peuple – un petit peuple, habitant un petit royaume -, occupe-t-il cette place, cette fonction symbolique, dans le corpus maçonnique ?

Pour répondre à cette question, il faut sans doute évoquer la place qu’occupe la tradition hébraïque dans la construction de la pensée et de la morale, au moins dans les pays occidentaux ou imprégnés de la vision occidentale du monde.

Depuis l’aube des temps, l’homme recherche le sens de son existence. Il a besoin de savoir d’où il vient, de placer sa destinée sous les auspices d’une autorité supérieure, créatrice et régulatrice du monde. Toutes les civilisations de l’Antiquité ont fait de cette quête de la dimension sacrée de l’homme le fondement de la morale.

C’est de cette relation de soumission de l’homme au divin, au travers de croyances et de dogmes mais surtout de pratiques cultuelles et culturelles, imposant au nom de la divinité des règles et des interdits pour chaque circonstance de la vie quotidienne, que s’organise au fil des siècles la relation de l’homme avec les autres hommes comme avec le monde qui l’entoure.

Même si l’idée d’un dieu unique avait été envisagée par certains, tels le Pharaon Akhenaton, c’est au peuple hébreu, sorti d’Egypte sous la conduite de Moïse, que l’on doit d’avoir fait d’un dieu unique, tout puissant, transcendant, exclusif, créateur et maître de l’univers, la source unique qui révèle l’œuvre divine aux hommes et leur en impose les règles.

Nul ne contestera, bien sûr, que la manifestation de ce monothéisme est un particularisme, mais son projet est délibérément universel : Dieu est le dieu de tous les hommes, pas seulement le Dieu des hébreux.

Lorsque le roi Salomon entreprit de construire à Jérusalem le Temple destiné à abriter l’Arche d’Alliance, dans laquelle étaient déposées les Tables de l’Alliance, c’est-à-dire les Tables portant les Dix Commandements, la Parole sacrée gravée dans la pierre arrachée au Mont Sinaï par l’Eternel lui-même, il manifestait ainsi de manière exemplaire la capacité de l’homme à « irriguer d’un flux infini le domaine du fini. »

On comprend dès lors que ce bâtiment, ce monument, ne pouvait ressembler à aucun autre, et que sa conception comme sa construction devaient témoigner de son caractère exceptionnel.

C’est de cet édifice sacré unique et majeur que nous allons parler maintenant, en évoquant d’abord ce qui en est dit dans la Bible, puis en revenant, pour conclure, sur sa présence en Franc-maçonnerie, telle qu’on peut l’aborder au 1er degré de notre REAA.

Le second livre de la Torah, l’Exode, raconte comme son nom l’indique ce qu’il advint du peuple hébreu lorsqu’il s’affranchit de l’esclavage auquel l’avaient soumis les pharaons égyptiens. Alors qu’ils se trouvaient encore dans le désert, pour un périple vers la Terre de Canaan qui avait jadis été promise à leur ancêtre Abraham, les enfants d’Israël reçurent une injonction divine sans ambiguïté :

« Et ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d’eux » (Exode 25. 8)

Durant la pérégrination dans le désert mais aussi dans les premiers temps du royaume d’Israël une fois que les Hébreux se furent établis, l’Arche d’Alliance fut abritée dans une tente dite « tente d’assignation » ou tabernacle. C’est dans cette simple structure de poutres de bois et de tentures de peaux de chèvre que Dieu faisait connaître sa Gloire à son peuple.

Talmud

Les commentateurs du Talmud expliquent que déjà la tente d’assignation était un véritable lieu de rassemblement, où la nation entière pouvait vivre dans l’unité d’un dieu résidant en son sein.

Ainsi la shekhina, la présence divine, résidait concrètement au milieu de tout Israël.

Alors que les Cohanim, descendants d’Aaron, remplissaient les fonctions sacerdotales, les Lévites, membres de la famille des Lévi, étaient chargées du service du tabernacle et de son entretien et campaient à proximité du centre.

Le Tabernacle abrita l’Arche d’Alliance pendant 440 ans, avant que Salomon fasse ériger la résidence permanente de l’Eternel dans sa ville, Jérusalem.

Le Temple devait être bien plus que l’abri de l’Arche sainte. Un midrash – c’est-à-dire un commentaire, une exégèse du texte biblique – explique ainsi que «Le temple est une maison de prière pour toutes les nations, ainsi que l’avait proclamé la prophétie d’Isaac. Le temple est l’embellissement du monde en ce qu’il représente l’essence même du beau sur terre. Il rend possible la relation spirituelle entre Dieu et l’homme »

L’idée de remplacer la Tente d’assignation par un édifice construit pour être la résidence divine fût d’abord celle du roi David. La Bible nous assure que l’ancien berger, vainqueur du géant Goliath devenu roi d’Israël, en avait pensé le moindre détail architectural. En fait, les Sages d’Israël enseignent qu’un « Rouleau du Temple » (tel ceux découverts en 1940 dans les grottes de Qumran) avait été remis par Dieu à Moïse et qu’il s’était transmis de génération en génération jusqu’à parvenir au roi David. Ce document était un plan conçu par Dieu lui-même et contenait l’ensemble des détails, des esquisses et des diagrammes du Temple et des ustensiles. En tout état de cause, il ne pouvait être question que la demeure de l’Eternel soit bâtie dans le fracas des armes.

Le Temple devait être le réceptacle terrestre de la sainteté, un lieu de paix, un lieu de force au sens de puissance sereine, un lieu de sagesse et de beauté, expression de l’harmonie qui préside à la Création.

Or le règne du roi David avait été une succession de conflits. Il avait du conduire d’incessantes guerres pour repousser les nombreux ennemis d’Israël et établir les frontières de son royaume. David ne pouvait donc construire le Temple.

La paix enfin établie, ce fut donc à son fils Salomon que revint la tâche d’érigerdemeure de l’Eternel.

« Le plus sage des hommes « c’est ainsi que la tradition juive appelle le roi Salomon, roi de Judée et d’Israël. On vante son érudition, ses connaissances, ses dons et ses pouvoirs. Homme d’Etat, écrivain, penseur, musicien, poète et grand séducteur, Salomon fut aussi et peut-être surtout un homme de paix. Son nom même est puissamment évocateur puisqu’en hébreu, Shlomo, nom dérivé de la racine shalom, signifie précisément« la Paix » mot qui dans la tradition hébraïque est un nom- attribut de Dieu.

Salomon est enfin connu pour sa grande sagesse et son sens aigu de la justice et de l’équité. Chacun connaît le célèbre thème du jugement du roi Salomon. Tel était le monarque fils de David qui avait reçu de son père la mission de bâtir la demeure de l’Eternel.

Pour implanter cet édifice sacré, Salomon choisit le mont Moriah, une colline qui domine Jérusalem. Le choix de ce lieu ne doit rien au hasard. Il s’y attache en effet de très nombreuses légendes talmudiques ; ainsi cette colline aurait été « conçue dans la pensée divine » avant même la création du monde, Dieu aurait prié l’ange Michaël d’y prélever la terre a partir de laquelle Adam fut façonné, l’épisode du sacrifice d’Isaac s’y serait déroulé, plus tard Jacob y aurait même séjourné.

Quand Salomon devint roi, il demanda l’aide de son allié, le roi Hiram de Tyr, pour la construction du Temple. Hiram fournit Salomon en bois de cèdre et de cyprès, ainsi qu’en or. Hiram envoya aussi à Salomon des artisans et des hommes de métier pour l’aider.

Parmi eux, la Bible mentionne un artisan habile, lui aussi prénommé Hiram, « le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, (une tribu d’Israël), et d’un père tyrien qui travaillait l’airain » (1 Rois VII, 13-14). L’airain, c’est le nom noble du bronze, c’est-à-dire d’un alliage fait de cuivre et d’étain, auxquels on ajoutait parfois un peu d’or et d’argent. Le texte biblique précise qu’« Hiram était rempli de sagesse, d’intelligence, et de savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain. Il arriva auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages.

Ainsi Hiram le fondeur d’airain fit les deux colonnes d’airain et leur chapiteau d’airain, Il fit les treillis en forme de réseaux, les festons façonnés en chaînettes, les grenades et les lys qui décoraient les chapiteaux Ainsi fut achevé l’ouvrage des colonnes.

Hiram le bronzier fit ensuite la mer de métal fondu, les coloquintes qui la décoraient et les douze bœufs d’airain sur lesquels elle reposait. Il fit les dix bases d’airain et leurs ornements ainsi que les dix bassins d’airain. Enfin, Hiram fit les cendriers, les pelles et les coupes.

Ainsi Hiram acheva tout l’ouvrage que le roi Salomon lui fit faire pour la maison de l’Eternel. La Bible précise encore que « tous ces ustensiles que le roi Salomon fit faire à Hiram pour la maison de l’Eternel étaient d’airain poli. ».

Il faut souligner que Hiram le fondeur d’airain est le seul artisan qui soit nommément désigné par le texte biblique, alors que plusieurs dizaines de milliers d’hommes avaient été loués à Salomon par le roi de Tyr.

La tradition maçonnique fera d’Hiram un héros mythique dont nos Frères Apprentis et Compagnons ne tarderont pas à entendre parler.

La construction commença la quatrième année du règne de Salomon (environ 964 avant J.C.) et dura 7 ans.

Le Temple était une construction magnifique, composée des matériaux les plus fins. Il mesurait 60 coudées (27 mètres) de longueur, 20 coudées (9 mètres) de largeur et 30 coudées de hauteur (13,5m). (I Rois, 6)

La construction de la Maison se fit avec des pierres préparées en carrière, ainsi l’on n’entendit ni marteaux, ni pics, ni aucun outil de fer dans la Maison pendant sa construction.

Le bâtiment principal se divisait en une pièce de 9 mètres sur 9, le Saint des Saints (ou Débir) et une autre beaucoup plus grande (l’hékal) prolongée, elle-même, par le vestibule (Ulam) sur lequel ouvrait le portique d’entrée.

De chaque côté de ce portique se trouvait un grand pilier de bronze, de 18 coudées – soit 8 mètres – de haut et de 12 coudées – soit 5 mètres – de circonférence (donc 1, 70 m de diamètre). Les deux piliers, de grandes colonnes de bronze, reçurent chacune un nom, l’un commençant par « J », l’autre par « B ». Chacune était surmontée d’un chapiteau de 5 coudées de haut, orné de treillis, de lotus et de grenades.

Alors que les travaux de gros œuvre s’achevaient, l’Eternel s’adressa à Salomon et lui dit :

« Tu bâtis cette Maison ! Mais si tu marches selon mes lois, si tu agis selon mes coutumes et si tu gardes tous mes commandements en marchant d’après eux, alors j’accomplirai ma parole à ton égard, celle que j’ai dite à David, ton père. Et je demeurerai au milieu des fils d’Israël et je n’abandonnerai pas mon peuple Israël ! »

Ainsi l’Eternel renouvelait la promesse faite à Abraham et à Moïse.

Salomon apporta un soin tout particulier à la décoration du Temple, selon les indications formulées jadis par son père le roi David.

Le Livre des Rois nous dit par exemple que Salomon fît recouvrir les parois intérieures de planches de cèdre, depuis le sol jusqu’aux poutres du plafond, qu’il fît revêtir de bois l’intérieur et qu’il fit couvrir le sol de planches de cyprès. Les boiseries de cèdre qui étaient à l’intérieur de la Maison portaient des sculptures en forme de coloquintes et de fleurs entrouvertes. Tout était en cèdre, on ne voyait pas la pierre.

L’espace le plus sacré était naturellement le Saint des Saints, le Débir, la salle destinée à abriter l’Arche d’Alliance.

Ici encore, le texte biblique est d’une grande précision quant aux dimensions et à la décoration intérieure :

« Devant la chambre sacrée aux 20 coudées de long, aux 20 coudées de large et aux 20 coudées de haut et que Salomon avait plaquée d’or fin, se trouvait l’autel qu’on lambrissa de cèdre. Salomon plaqua d’or fin l’intérieur de la Maison et fit passer des chaînes d’or devant la chambre sacrée qu’il plaqua d’or. Il avait plaqué d’or toute la Maison, la Maison dans son entier ; tout l’autel destiné à la chambre sacrée, il l’avait plaqué d’or. Dans la chambre sacrée, il fit deux chérubins en bois d’olivier ; leur hauteur était de 10 coudées; 10 coudées aussi d’une extrémité à l’autre de leurs ailes. […] Il plaça les chérubins au milieu de la Maison, à l’intérieur. Les chérubins avaient les ailes déployées : l’aile du premier chérubin touchait le mur et l’aile du second touchait l’autre mur ; et leurs deux ailes, celles qui étaient vers le milieu de la Maison, se touchaient, aile contre aile. Et il plaqua d’or les chérubins. Sur tout le pourtour des murs de la Maison, à l’intérieur et à l’extérieur, il sculpta des chérubins, des palmes et des fleurs entrouvertes. Et il plaqua d’or le sol de la Maison, à l’intérieur et à l’extérieur. A l’entrée de la chambre sacrée, il fit des battants de porte en bois d’olivier ; le linteau et les montants formaient un cinquième de l’ensemble. Sur les deux battants en bois d’olivier, il sculpta des chérubins, des palmes et des fleurs entrouvertes, et il les plaqua d’or […] Il fit de même pour l’entrée de la grande salle : des montants en bois d’olivier formant un quart de l’ensemble, et deux battants en bois de cyprès formés chacun de deux panneaux mobiles. Il y sculpta des chérubins, des palmes, des fleurs entrouvertes qu’il plaqua d’or ajusté sur le modelé. Puis il bâtit le parvis intérieur : trois rangées de pierres de taille et une rangée de madriers de cèdre.

Devant le Temple se trouvait une « Mer d’airain », en fait un grand bassin à eau en bronze supporté par douze bœufs … Tout autour se trouvaient dix petits bassins munis de roues. Un imposant autel de bronze se trouvait également dans la cour et servait pour les différents sacrifices communautaires et individuels.

Plusieurs instruments importants étaient disposés dans le Temple pour les offrandes de sacrifices ou pour d’autres aspects du service divin. A l’extérieur du Sanctuaire, sur le parvis, se dressait l’élément le plus important: l’autel sur lequel on offrait les sacrifices.

A l’intérieur même du sanctuaire se trouvaient trois autres ustensiles d’une grande beauté et d’une importance centrale pour le service quotidien du Temple. Tous trois étaient en or et d’apparence somptueuse. il s’agissait de l’autel de Encens, de la Menorah (ou Candélabre à sept branches) et de la Table des pains de proposition.

La Bible, dans le premier Livre des Rois, raconte avec force détails la cérémonie d’inauguration, ainsi que les prières récitées par le roi Salomon lors de l’achèvement du Temple. Dans sa prière, le roi supplie Dieu d’agréer la prière de tout homme s’adressant à cette Maison.

Ainsi commençait de s’accomplir la prophétie d’Isaac annonçant que le Temple sera une « maison de prières pour toutes les nations », car dès son achèvement affluaient dans le Temple de Salomon, venant de toutes les contrées du monde antique, des foules d’hommes en quête de spiritualité‚ et de la présence divine.

Le Temple construit par Salomon dura 410 ans jusqu’à sa destruction par Nabuchodonosor, roi de Babylonie. Selon les récits de cette époque, Josias, roi d’Israël, ordonna que l’Arche d’Alliance, le Candélabre et d’autres ustensiles soient dissimulés pour leur épargner la destruction.

L’Arche d’Alliance

De tous ces objets sacrés, le plus important, bien sûr, est l’Arche d’Alliance.

Plusieurs théories ont été proposées pour savoir ce qu’elle est devenue :

Pour certains, les plus matérialistes, il faut rechercher des indices de la présence de l’Arche dans la montagne du Temple. Des photos aériennes prises aux infrarouges du Mont Moriah ont en effet montré des cavernes jusque là inconnues. Mais les archéologues tenants de cette théorie ne parviennent pas à obtenir les autorisations nécessaires aux fouilles.

Une deuxième théorie voudrait que 200 ans après la mort du roi Salomon, l’Arche d’Alliance aurait été transportée et cachée en Ethiopie. Elle y serait toujours, on se sait où.

Enfin, une troisième théorie prétend que l’Arche d’Alliance aurait été dérobée par les Templiers lors de leur présence en Terre sainte pour être gardée secrètement dans la chapelle de Roslynn en Ecosse.

On sait que cette chapelle fût construite entre 1440 et 1480 sur les plans dessinés par William Sinclair, membre d’une noble famille écossaise liée aux Chevaliers du Temple, et qu’elle est connue pour deux de ses piliers, le pilier dit de l’Apprenti et celui dit du Maître. Il ne vous étonnera pas d’apprendre qu’en 1736, un autre William St-Clair de Rosslyn devint le premier Grand Maître de la Grande Loge d’Ecosse. Cela étant, nul ne sait où l’Arche pourrait être cachée, si elle est en terre écossaise.

Terminons ce propos par une réflexion sur la symbolique du Temple pour nous, Francs-maçons. Parce que le Plan du Temple de Salomon avait été inspiré par Dieu lui-même, cette symbolique renvoie d’abord aux Mystères que le Maçon ambitionne de connaître, au terme de son parcours initiatique.

Construit à partir de la géométrie sacrée, le Temple était, nous l’avons vu, divisé en trois lieux essentiels en relation aussi bien avec le macrocosme – c’est-à-dire le monde cosmique, l’Univers manifesté dans sa totalité – qu’avec le microcosme – c’est-à-dire le monde de l’homme, le monde individuel :

  • Le Vestibule (“Oulam”), relié à la Terre dans le macrocosme et au corps dans le microcosme humain. L’Oulam était inondé par la lumière du jour.
  • Le Saint lieu (“Hékal”), associé à l’Atmosphère dans le macrocosme et à l’âme humaine dans le microcosme, reçevait la lumière du jour réfléchie.
  • Le Saint des Saints (“Debhir”), représentant le Ciel dans le macrocosme ou l’Esprit dans le microcosme, était quant à lui plongé dans l’obscurité.

Sur les deux côtés du Vestibule, se tenaient les deux colonnes J et B, marquant ainsi un axe vertical reliant microcosme et macrocosme. Cet axe symbolise la voie spirituelle suivie par l’être humain qui entend s’élever constamment et atteindre finalement la pleine réalisation. Selon une vision que l’on retrouve par exemple dans la tradition hindoue, cette direction s’étend, dans les limites du microcosme – c’est-à-dire du corps humain – de la base de la colonne vertébrale à la couronne de la tête et se prolonge au-delà. C’est le long de cet axe que les Hindous placent les “chakras”, centres subtils de l’individu. Leur éveil successif correspond aux différentes étapes le long de la voie axiale de la pleine réalisation. La tradition dont étaient porteurs les concepteurs du Temple de Salomon comporte la même idée de progression, étape par étape, état par état. Le passage d’un état à un autre consiste toujours en une mort dans un cycle précédent et une naissance dans le cycle suivant. Ce processus de mort et re-naissance, appelé initiation, a lieu dans le Temple, creuset du voyage intérieur et image symbolique du Cosmos ou du monde manifesté. Les étapes essentielles du développement de l’être humain peuvent être reliées aux trois domaines que sont le corps, l’âme et l’esprit :

  • Le corps est associé à la naissance physique.
  • L’âme ou la psyché est en relation avec une seconde naissance. Liée au domaine des possibilités subtiles de l’individualité humaine, cette seconde naissance consiste en une ré-génération psychique produisant un être humain centré. Elle correspond à l’initiation aux petits mystères accessibles par la porte des hommes.
  • L’Esprit, rattaché à une troisième naissance, relève de l’ordre spirituel et non plus psychique. Elle donne accès au domaine des possibilités associées à la porte de dieux et à l’initiation aux grands mystères.

On voit donc que la symbolique du Temple renvoie également à la notion de construction, non plus d’un édifice fait de pierre et de bois mais d’un édifice intérieur, spirituel.

Il ne s’agit pas pour le Franc-maçon d’entrer dans une demeure spirituelle, mais bien de comprendre qu’il est appelé à être cette demeure.

Le Temple qui abrite aujourd’hui les travaux des Francs-maçons correspond à la représentation symbolique du Temple de Salomon, dont j’espère vous avoir fait comprendre comment il était la figuration d’un des mythes fondateurs de l’humanité.

Le temple maçonnique est orienté par les quatre points cardinaux. On entre par l’Ouest pour se diriger vers l’Est. On s’assoit au Nord et au Sud. En pénétrant dans le Temple, on passe entre les deux colonnes de bronze qui marquent symboliquement la transition entre le monde profane et l’univers des initiés, induisant la transformation de celui qui franchit cette limite.
Le temple est orienté de l’Occident vers l’Orient, du couchant vers le levant, du matériel vers le spirituel, de la matière vers l’esprit, de l’ « équerre vers le compas ».

Pour les religions du Livre, Salomon est à la fois un roi, un prêtre et un prophète. Il était dépositaire d’une triple transmission, d’une triple initiation, royale, sacerdotale et prophétique. Il incarne donc ainsi l’alliance du temporel et du spirituel.

Lorsqu’on lève les yeux alors que l’on se trouve dans un Temple maçonnique construit selon la tradition, on constate que con plafond est peint comme si il n’avait pas de toit. Le temple maçonnique semble ouvert sur la Voie Lactée, sur le cosmos, sur l’œuvre entière du Grand Architecte de l’Univers. Le Temple de Salomon spiritualisé – le Temple maçonnique – ne se situe par sur la surface de la Terre, mais dans l’espace, peut-être même est-il hors de l’espace comme du temps.

Il est l’œuvre à la fois matérielle et philosophique, inachevée et idéalisée d’hommes inspirés, d’initiés, l’ouvrage élevé par des tailleurs de pierre brute persévérants qui, étant allés au plus loin, au plus profond de leur connaissance d’eux-mêmes, ambitionnent de parvenir à connaître l’Univers et les Dieux.

1 COMMENTAIRE

  1. Salomon était-il gaucher comme sur l’illustration? En retournant l’image horizontalement, il serait apparu droitier 😄!
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    Vous y lirez entre autres : Y a-t-il eu cause à effet de ce que, en 1665 à Londres, un rabbin juif espagnol, Jacob Jéhu de Léon, exposa, sur requête du roi Charles II, une fort jolie maquette du Temple de Salomon conçue en Hollande, qui attira une énorme attention, exposition qui se poursuivit avec le même succès jusqu’en 1765, soit pendant un siècle ? Ou par la parution en 1688 d’un ouvrage « Le Temple de Salomon spiritualisé » de l’écrivain anabaptiste John Bunyan, auteur connu et réputé ? Desaguliers, en bon pasteur anglican pensa, peut-être, que les réunions des FM devaient se tenir dans un temple, pour promouvoir le déisme newtonien car la construction d’un nouveau temple sur un ancien est une pratique bien commune chaque fois qu’une « religion » prend le dessus sur une autre.

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Jean-Jacques Zambrowski
Jean-Jacques Zambrowski
Jean-Jacques Zambrowski, initié en 1984, a occupé divers plateaux, au GODF puis à la GLDF, dont il a été député puis Grand Chancelier, et Grand- Maître honoris causa. Membre de la Juridiction du Suprême Conseil de France, admis au 33ème degré en 2014, il a présidé divers ateliers, jusqu’au 31°, avant d’adhérer à la GLCS. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur le symbolisme, l’histoire, la spiritualité et la philosophie maçonniques. Médecin, spécialiste hospitalier en médecine interne, enseignant à l’Université Paris-Saclay après avoir complété ses formations en sciences politiques, en économie et en informatique, il est conseiller d’instances publiques et privées du secteur de la santé, tant françaises qu’européennes et internationales.

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