sam 02 juillet 2022 - 03:07

Le mystère du Shamir

John Yarker, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne Maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l’insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres». Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ?

De même, dans la présentation du Rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de «Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué» ; l’utilisation d’abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l’information.

Dans son Miscellanea Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d’un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours

Le shamir, de l’araméen chamira, «comme un silex», était un organisme surnaturel.

Le shamir était-il un minéral, une plante ou un animal ?

Dans une légende abyssinienne, il est supposé avoir été une sorte de bois ou d’herbe.

En hébreu biblique, le mot shamir (שָׁמִיר) a été utilisé dans deux sens : soit une pointe faite d’une substance très dure comme le diamant (Jérémie 17,1 ; Zacharie 7,12), soit des épines acérées (Isaïe 5,6).

Le Talmud puis, plus tard, de grands rabbins ont décrit comment le shamir, en passant le long de la surface d’une pierre, peut la fendre de manière parfaite en deux morceaux. Le Talmud affirme que c’est le «regard» d’une créature vivante qui provoquait la cassure de bois ou de pierre. Selon Rabbi Ba’hya, le shamir aurait été utilisé par Betsaléel du temps de la construction du Tabernacle afin de graver les noms des tribus sur les pierres précieuses enchâssées dans le pectoral du Grand prêtre. Le bâton de Moïse éventuellement fait en shamir aurait ainsi pu fendre cette roche en deux pour en faire couler l’eau. Son essence surnaturelle venait du fait qu’il aurait été créé au crépuscule, la veille du premier shabbat, pendant les Six Jours de la Création[1].

Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d’outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l’injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m’ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre.

Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran.

Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu’il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d’un grain d’orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d’un puits, transmis à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

On suppose que la légende est basée sur une corruption du mot Smiris, le grec pour l’émeri, qui a été utilisé par les antiques graveurs dans leurs œuvres et médaillons, et que le nom de Shamir est simplement la forma hébreu du mot grec[2].

Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonide et d’autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu’il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l’avis des auteurs modernes, l’expression «montré à Shamir» indique clairement que c’était le regard d’un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante. Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?[3]   

Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l’ère actuelle, se réfère à Shamir comme une pierre verte, le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance[4].

Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ?

Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il aurait été utilisé par Betsaléel (ל אֵ לְ צַ בְּ), et non Moïse, du temps de la construction du Tabernacle pour graver les pierres du pectoral porté par le grand prêtre (minimannamoments.com/sapphire-ten-sayings-part-2-and-a-rebel-lion/ ). D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre.

On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver.  

La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l’intérieur d’une boîte de plomb rempli de son d’orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c’était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert.

Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l’encre, et les pierres étaient exposées l’une après l’autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n’étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l’encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses  (la plupart des gemmes, tels que le diamant, le saphir, l’émeraude ou la topaze, sont décolorés par la radioactivité. D’autres pierres précieuses, comme l’opale, sont constituées de cristaux de silice hydratée. Le rayonnement alpha les désintègre en rompant la liaison avec l’eau ; celle-ci se volatilise sans laisser de résidu).

La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n’a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l’histoire, «le Shamir disparu», ne correspond pas à la traduction exacte du texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir  n’a qu’une seule signification : « Pour devenir inactif. ». Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive (le radium perd environ un pour cent de sa radioactivité tous les 25 ans).

Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif que les mauvais compagnons auraient voulu arracher à Hiram.

Le kabbaliste Adolph Grad en donne une semblable interprétation ; une sorte de laser :

<https://youtu.be/87pmTSPjBkQ?t=611>.

Pour compléter cet aspect lire le texte La physique moderne et le chamir : http://lamed.fr/index.php?id=1&art=1424&mode=print

Et pour des représentations de l’animal  Schamir – shamira, and the building of king Solomon’s temple  : thesunkeepers.net/22-blog-posts/sacred-texts,-ancient-studies-myth/10.

Article extrait de l’ouvrage Il était une fois un mythe, Hiram, coédition Ublik et Institut maçonnique de Provence, 2021, p.81à 86 : http://ubik-editions.com/product/il-etait-une-fois-un-mythe-:-hiram


[1] Dans le sixième chapitre du cinquième livre du Pirké Avot –le livre des pères- il est écrit : Dix choses ont été créées la veille du Shabbat au crépuscule : la bouche de la terre, la bouche du puits, la bouche de l’ânesse, l’arc-en-ciel, la manne, la verge (de Moïse), le shamir, l’écriture, la (pointe) graveuse, et les tables (de la Loi)

[2] Mackey, Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, p. 709. : butlincat.files.wordpress.com/2015/04/an-encyclopedia-of-freemasonry-a-g-mackey.pdf

[3] karlshuker.blogspot.com/2014/02/the-shamir-and-stone-worm.html

[4] D’après les chroniques de Tabari Med Ibn Djarir, par Sabine Baring-Gould, Ahimaaz bin Tsadok, Louis Ginzberg, John D. Seymour, Chap.7, page 10 note 31 : archive.org/details/9782981161338SALOMON/page/n15/mode/2up

Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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3 Commentaires

  1. J’ai toujours pensé que ce mot »Shamir » ou comment qu’on l’écrive faisait partie des mots dont nous ne connaissons pas le sens exact et pour lequel depuis des siècles nous inventons des correspondances (il y en a beaucoup dans la bible, en fait ). Pour ma part, j’y vois plus logiquement un outil venant d’Egypte, pays dont ne connaissons pas grand chose sur sa technologie pour cause de traduction là encore !

  2. Bonjour Solange,
    merci pour cet article article particulièrement édifiant ; la notion de « Shamir » m’avait complètement échappé.
    Quoi que ce soit la « chose » ou l « l’objet », le fait que cela puisse fendre la pierre ait gravé dans le métal ou la pierre précieuse (de cette précision que « cela doit regarder » l’objet à façonner) fait, évidemment, penser à une sorte de rayon laser.
    Il m’est d’avis que, comme souvent lorsqu’il s’agit objet mystérieux et légendaire qu’il s’agit là de plus urgent chose à la fois.
    Le fait que des traditions fondues Shamir un « insecte » ne doit pas être anodin.
    On sait que les dieux sumériens utilisaient des machines « vivantes » et autonomes qui les aidaient dans leurs travaux de terra formation.
    Le propre de l’insecte et son Exo squelette : il est facile à moi modeste animateur féru de science-fiction d’imaginer quelque « dieu » sumérien ou autre revêtu de Exo squelette utilisant une technologie optique façon « rayon laser ».
    Le fait que l’on assimile le « Shamir » a une plante me fait rappeler que Robert Charroux dans un de ses ouvrages nous relate que les Indiens de la région de Nasca raconté que leur ancêtre été capable de faire fondre les pierres grâce à une plainte du désert.
    Quoi qu’il en soit dorénavant le Shamir aura toute mon attention.
    Encore une fois merci Solange..

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