Marxisme et antimaçonnisme (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le marxisme entretient avec la franc-maçonnerie une relation complexe, souvent marquée par la distance, la méfiance ou la critique. Dans certaines traditions marxistes, la franc-maçonnerie a été perçue comme une sociabilité bourgeoise, libérale, idéaliste, spiritualiste ou réformiste, étrangère à la lutte des classes et à la discipline révolutionnaire. Elle serait un lieu de compromis, de morale abstraite, de fraternité interclassiste, de réconciliation symbolique masquant les rapports sociaux réels.

Une critique politique légitime

Thierry Marx

Cette critique peut relever d’une analyse politique. Il est légitime d’interroger le rôle social des loges, leur composition sociologique, leur rapport aux élites, leur langage moral, leur position face aux luttes économiques, leur capacité ou non à penser les dominations matérielles. La franc-maçonnerie ne doit pas se croire dispensée d’être interrogée par les grandes critiques sociales. Elle a parfois parlé d’universel tout en demeurant sociologiquement étroite. Elle a parfois proclamé l’égalité symbolique sans toujours affronter les inégalités réelles.

Mais cette critique devient antimaçonnisme lorsqu’elle cesse de distinguer les obédiences, les époques, les pays, les pratiques, les individus et les engagements. Toute maçonnerie devient alors bourgeoise. Tout franc-maçon devient complice de l’ordre social. Toute fraternité devient mystification. Tout symbole devient diversion. Toute intériorité devient fuite devant la lutte. L’institution n’est plus étudiée. Elle est condamnée par fonction supposée.

Rencontres et divergences

Le marxisme et la franc-maçonnerie se rencontrent pourtant parfois autour de certaines questions. L’émancipation, la justice sociale, l’éducation, la dignité humaine, la critique des privilèges, l’aspiration à une société moins dominée par l’arbitraire. Des francs-maçons ont été socialistes, syndicalistes, républicains sociaux, défenseurs de l’école, de la protection sociale, des droits civiques. Des militants de gauche ont traversé des loges. Des loges ont travaillé sur la question ouvrière, la misère, l’instruction, les droits de l’homme. L’histoire réelle est moins simple que l’accusation.

La divergence demeure toutefois profonde. Le marxisme pense d’abord les structures sociales, les rapports de production, les classes, l’exploitation, les contradictions économiques. La maçonnerie travaille aussi la pierre intérieure, le symbole, la transformation personnelle, l’éthique de la parole, la fraternité initiatique, la responsabilité morale. Le marxisme soupçonne parfois l’intériorité de détourner l’homme de la transformation du monde. La maçonnerie peut soupçonner parfois la seule analyse structurelle d’oublier l’homme concret, ses passions, ses ombres, son besoin de sens.

Quand naît l’antimaçonnisme marxiste

Karl Marx

L’antimaçonnisme marxiste apparaît lorsqu’une lecture matérialiste de l’histoire devient incapable de penser la pluralité des voies d’émancipation. L’homme ne serait plus qu’un produit des structures. La conscience ne serait plus qu’un reflet. La spiritualité ne serait qu’un voile. Le rite ne serait qu’une mystification. Cette réduction peut devenir aussi pauvre que les lectures réactionnaires qu’elle combat. Elle remplace une prison par une autre.

Pourtant, la critique sociale peut enrichir la franc-maçonnerie si elle est reçue avec exigence. Elle rappelle que la fraternité ne peut rester un mot intérieur. Elle doit s’éprouver dans le monde. Elle rappelle que l’égalité symbolique n’excuse pas l’inégalité réelle. Elle rappelle que la liberté de conscience est fragile lorsqu’un homme est écrasé par la misère, la dépendance, l’humiliation ou l’exploitation. Elle rappelle que le Temple ne doit pas devenir un refuge confortable hors de la douleur sociale.

La réponse maçonnique

La réponse maçonnique n’a donc pas à nier la critique sociale. Elle doit l’entendre lorsqu’elle est fondée. Mais elle doit rappeler que l’homme n’est pas seulement produit par les structures. Il est aussi appelé à se transformer, à parler, à choisir, à se convertir intérieurement à plus de justice, à tailler sa pierre, à reconnaître en l’autre autre chose qu’une position de classe. Une société plus juste demande des institutions, mais aussi des consciences.

La vraie opposition n’est pas entre transformation du monde et transformation de soi. Elle est entre les pensées qui les séparent radicalement. Une initiation qui oublierait le monde deviendrait esthétisme spirituel. Une politique qui oublierait l’âme humaine deviendrait mécanique de pouvoir. L’enjeu est de tenir ensemble la pierre sociale et la pierre intérieure.

Dans cet abécédaire, l’entrée permet donc de distinguer critique marxiste et antimaçonnisme marxiste. La première peut interroger, déstabiliser, obliger à regarder les angles morts. Le second réduit, condamne, amalgame. La franc-maçonnerie n’est pas au-dessus des contradictions sociales. Mais elle n’est pas non plus réductible à une conspiration bourgeoise contre le peuple.

Voir aussi : Communisme et franc-maçonnerie, Extrême gauche, Bolchevisme et antimaçonnisme, Critique sociale, Émancipation, Justice sociale, Matérialisme.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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