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Ukraine : Le Grand Maître Anatoliy Dymchuk déclare « Nous utilisons notre influence pour arrêter la guerre »

De notre confrère italien adnkronos.com

Il affirme que « la franc-maçonnerie, persécutée par la Russie impériale et soviétique, n’accepte ni la tyrannie, ni l’agression, ni la guerre » ; il explique qu’entre « les deux obédiences », la Grande Loge d’Ukraine et la Grande Loge de Russie, « il n’y a actuellement aucune reconnaissance mutuelle », aussi parce qu’elles ont été les premières à nous renier » ; il souligne que « les offenses » à leur encontre viennent « du Grand Maître de la Grande Loge de Russie, Andrey Bogdanov », qui « en 2014 sur son profil Facebook les a exhortés à diviser ou envahir l’Ukraine ».

Cependant, explique-t-il, « je ne crois pas que la loge maçonnique russe soit libre », car la Russie « est un régime totalitaire et nous avons des informations selon lesquelles la loge maçonnique russe était soutenue, dans le passé, par le Kremlin ». Les soldats russes, ajoute-t-il, et « il suffit de voir ce qu’ils font à Marioupol », sont « des loups déguisés en brebis ». Mais je « suis fier que nos frères ukrainiens soient engagés dans la défense du territoire et l’assistance aux populations sinistrées ». En même temps, « nous usons de notre influence pour essayer d’arrêter la guerre ».

Des mots forts et des accusations sans rabais sont ceux adressés à AdnKronos par le Grand Maître de la Grande Loge d’Ukraine, Anatoliy Dymchuk, qui a participé le 8 avril dernier, via Zoom, à la « Grande Loge 2022 » du Grand Orient d’Italie qui a eu lieu au Palacongressi de Rimini, en présence également du Grand Maître de la Grande Loge de Russie, Andrey Bogdanov.

« La franc-maçonnerie – le Grand Maître a commencé à parler avec AdnKronos – n’accepte ni la tyrannie, ni l’agression ni la guerre. C’est l’un des fondements traditionnels sur lesquels la loge maçonnique est fondée. Nous ne pouvons soutenir ni la guerre ni la tyrannie, ni la violence morale et physique « . C’est impossible sur le plan métaphysique. Nous, les maçons, en tant que citoyens ukrainiens, luttons activement contre. La franc-maçonnerie reconnaît comme frontières d’un État celles reconnues par les différentes institutions internationales et par le gouvernement, à moins qu’il ne s’agisse d’un État totalitaire, étant donné que pendant les périodes totalitaires, la franc-maçonnerie a toujours été persécutée, comme en témoigne ce qui s’est passé en Russie impériale et aussi en Russie soviétique ».

« La franc-maçonnerie – poursuit-il – lutte contre la guerre, et je dois dire qu’en tant que Grand Maître, je suis fier que mes « frères » francs-maçons n’aient pas trahi le serment. Beaucoup d’entre eux servent dans la défense du territoire, beaucoup ont quitté leur foyer, contraints d’évacuer parents et amis, à l’étranger ou dans des régions reculées, presque tous sont impliqués dans des opérations humanitaires et des projets de volontariat, mais regardez plutôt les soldats russes, ce sont des loups déguisés en brebis, voyez ce qu’ils font à Marioupol. Je suis vraiment fier de mes Frères ukrainiens qui ont fait confiance à leurs serments maçonniques et à leurs devoirs civiques envers la Patrie ».

Le Grand Maître n’en est pas seulement fier: « J’ai une entreprise qui s’occupe des affaires maritimes à Odessa, mais comme toute la mer est maintenant minée, je ne peux pas m’en occuper. C’est pourquoi je me consacre au bénévolat , en plus de travailler sur le front diplomatique. La Loge maçonnique a organisé trois groupes de bénévoles. Nous nous occupons également de la logistique des marchandises qui arrivent de l’étranger de nos « Frères » et que nous distribuons à l’intérieur du pays. Il existe également des groupes qui se sont organisés par eux-mêmes. Nous travaillons 24 heures sur 24, sept jours sur sept, avec nos bénévoles. »

Mais c’est en parlant des « frères » russes qu’Anatoly Dymchuk se réchauffe. « Nous ne reconnaissons pas la Loge maçonnique russe – observe-t-il -, ils ont été les premiers à nous renier, par conséquent nous aussi. Et il y a plus d’une raison valable, dont l’une est qu’il existe en Russie un régime totalitaire, qui sait pourquoi les francs-maçons libres, par définition, ne peuvent pas exister en Russie. Une autre raison valable est que la Loge maçonnique russe répand des mensonges et a trahi ses traditions maçonniques. Elle a commencé à répandre des mensonges sur la Loge ukrainienne, pour nous offenser, et c’est inacceptable ».

« Selon les traditions – poursuit le Grand Maître -, les conversations entre les Loges se déroulent de manière confidentielle par l’intermédiaire des Secrétaires. Mais dans l’un des e-mails de correspondance entre nos Secrétariats, la partie russe a oublié d’annuler leur conversation interne, bien sûr dont, comme on a pu le voir, ils nous appelaient « khokhly », mot utilisé par les Russes pour exprimer leur mépris envers le peuple ukrainien. C’est un peu comme appeler les Italiens « mangeurs de spaghettis ». C’est absolument inacceptable, c’est un provocation . Et ils ne se sont pas excusés. Les offenses viennent du Grand Maître russe Bogdanov lui-même ». « J’ai souvent parlé avec des ‘Frères’ étrangers – souligne alors le Grand Maître -, et je peux dire que j’ai beaucoup de doutes sur la liberté de la Loge maçonnique russe, qui est située dans un pays au régime totalitaire.

Immédiatement après, Anatoly Dymchuk revient à son homologue russe : « En 2014, le Grand Maître de la Loge russe – dit-il – a publié à plusieurs reprises sur son profil Facebook des exhortations à diviser ou à envahir l’Ukraine. Bogdanov était le chef du Parti communiste, qui comme vous, savent qu’il ne reconnaît pas la religion. Il est candidat à la présidence. Mais les francs-maçons, par définition, ne peuvent pas être athées. De plus, la franc-maçonnerie doit reconnaître les frontières d’un État souverain reconnu par les organisations internationales, telles que l’ONU. « Frères russes croient qu’ils sont libres, mais en réalité ils ne le sont pas. »

« Mais il y a aussi une autre chose que j’ai l’intention de révéler – souligne le Grand Maître de la Grande Loge d’Ukraine -, nous avons découvert, à partir des conversations des francs-maçons russes expulsés, que la Loge maçonnique russe est soutenue par le Kremlin, et notamment par Sourkov, un entrepreneur et conseiller de confiance de Poutine pendant des années ». « Selon les traditions de la Franc-maçonnerie – poursuit le Grand Maître -, il est interdit de parler de religion et de politique dans les Loges. C’est pourquoi je me suis tourné vers les ‘Frères’ étrangers, ainsi que les citoyens de pays étrangers, pour leur demander d’essayer d’user de leur influence à tous les niveaux pour tenter d’arrêter cette guerre sanglante et injuste. Les francs-maçons du monde entier aident le peuple ukrainien en envoyant de l’aide humanitaire, en transférant de l’argent à la Croix-Rouge, à Caritas et à d’autres organisations caritatives internationales et ukrainiennes. Chaque jour, des centaines de propositions d’aide, d’asile et de prières pour le peuple ukrainien souffrant arrivent au Secrétariat. De tous les pays du monde. Mais un… ».

« La franc-maçonnerie – conclut le Grand Maître Anatoly Dymchuk à Adnkronos -, a toujours cultivé activement les valeurs humaines en général, les valeurs d’humanité, l’humanisme italien, la liberté, la dignité, a toujours lutté contre l’esclavage, l’ignorance, la tyrannie, le totalitarisme, le manque. Dans les loges maçonniques, grâce au système philosophico-symbolique, a lieu l’enseignement des principes moraux et éthiques, qui sont réalisés par les « Frères » dans la société. L’objectif principal des « francs-maçons », du point de vue du développement civil, est l’évolution de la société tout en préservant ses meilleurs acquis pour la construction d’une société harmonieuse et idéale, ce que les francs-maçons appellent l’Âge d’Astrée, ou le Troisième Temple de Salomon ».

MEXIQUE : Franc-maçonnerie et littérature – Colonne J

De notre confrère mexicain lja.mx – Par Roberto Valdès Ahumada

« Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’Épeler »

Lire et écrire sont ces possibilités qu’a l’être humain d’entrer et de sortir de son esprit, c’est la capacité qu’il a de reconstruire son âme et aussi de poursuivre un rêve. L’être humain se trouve dans un moment historique où il est évident que le manque d’identité est une constante dans la société, les bagarres intellectuelles se sont estompées avec le temps. La lecture n’occupe que certains espaces qui ne cèdent pas encore aux personnes qui poursuivent encore une certaine vérité. Écrire de nos jours est une manière extrinsèque de pouvoir exprimer une courte pensée dans certains réseaux sociaux numériques, la communication a été dirigée vers ces nouvelles supports et brochures. 

Bien que la littérature soit l’art de l’expression verbale, de la même manière qu’elle s’avère être une revue de la réalité et des moments d’une cosmogonie, dans la littérature on peut trouver un infini qui émane des réalités absolues ou compose des poèmes subjectifs qui incitent à la réflexion. La littérature est passé et futur, elle est histoire et larmes, elle peut être repos et dictature. Dans la perception de chaque humain réside l’extension d’une réalité, c’est l’ombre du vent.

Il y a trois ans, lors de la célébration des 300 ans de la franc-maçonnerie, Aguascalientes eût la présence notable du Dr Ferrer Benimelli, l’un des historiens les plus renommés de la franc-maçonnerie contemporaine. Il convient de souligner sa lucidité et sa haute capacité dialectique, permettant de discourir avec lui. À cette occasion, nous sommes d’accord que la franc-maçonnerie s’est démarquée sur trop de bords et sur plusieurs fronts, y compris la littérature. L’être humain a différentes manières de transcender, qui a la capacité d’écrire et de laisser une œuvre, n’est pas seulement un numéro des statistiques d’un éditorial, c’est un héritage, c’est une graine qui germera en plus de connaissance et de sentiment.

Des maîtres renommés de l’ordre ont façonné et laissé des traces indélébiles, certains lauréats du prix Nobel de littérature, d’autres de récompenses nationales, et tous dans le dur labeur qui consiste à polir leur Pierre brute. Dans l’allégorie que mentionne Martin Luther King (1929-1968), chaque être humain doit planter un arbre, écrire un livre et avoir un enfant, cette invitation est encore poussée plus loin, puisqu’il faut que l’arbre ne soit pas abattu et qu’il porte des fruits. Il est nécessaire que le livre ait des lecteurs et que ces idées transcendent. Que le fils ou la fille qui vient au monde, soit une bonne personne, car l’être humain doit toujours avoir foi en ses idéaux. 

Le passage de l’homme à travers ce monde n’est qu’un instant, mais la littérature permet de briser la pression du temps, permet d’éterniser les mots, et dans la persévérance dans le bien elle manie la consolidation des connaissances, pour qu’un jour elle puisse être un outil qui fouette l’ignorance et ouvre les possibilités, car par l’éducation on accède à la liberté. La littérature n’est pas passée, la littérature est toujours présente ; elle ne s’oublie jamais, elle est toujours là. 

Une autre chose qui caractérise la franc-maçonnerie est la pensée critique développée par ses membres, l’écriture et la lecture constantes de textes esquissent la conception ineffable des textes des piliers fraternels et des principes généraux de l’ordre ; sans aucun doute, l’école d’initiation actuelle contient des éléments essentiels de constructivisme et de cognitivisme, qui génèrent un développement élémentaire dans une dynamique propre et collective. 

L’homme libre et de bonnes mœurs, se plaît à lire et à écrire, à s’interroger encore et encore sous la maïeutique nécessaire, le résultat et ce qui en émane se traduit par des héritages où la philosophie maçonnique est incarnée dans des milliers d’ouvrages, de discours et de poésie. Chaque œuvre émane d’un point de vue individuel, mais rassemble les valeurs morales par lesquelles l’homme d’honneur marche sur le pavé mosaïque.

Les hommes qui sont le sang de notre terre continueront d’être demain, pour le simple fait de laisser au temps le temps. C’est leur manière de vivre, en lettres, en esprit, en réminiscence.

Pour ne citer que quelques-uns des maçons qui ont laissé une trace indélébile, on peut citer Charles Dickens qui propose un cheminement initiatique dans son ouvrage David Copperfield ; Sir Winston Leonard Spencer Churchill, récipiendaire du prix Nobel de littérature, a développé une prose allégorique sans fin dans ses discours ; Mark Twain, Rubén Darío, Arthur Conan Doyle, Alexander Dumas, Victor Hugo, Eugenio Onieguin et Boris Godunof, Tagore, Rousseau, Goethe, Voltaire, ces noms sont une très brève liste des francs-maçons qui ont été porté au firmament de la littérature. [À suivre]. 

Dans le silence des mots

la parole est au pouvoir

La franc-maçonnerie, fille des Lumières

Cécile Révauger – Préface Philippe Guglielmi

Conform édition, Coll. Pollen maçonnique, N° 24, 2022, 128 pages, 10 €-13 € port inclus

Présentation de l’éditeur : Les francs-maçons se sont efforcés de porter les valeurs des Lumières tant dans le domaine culturel que politique et religieux. Universalistes convaincus, praticiens de la tolérance religieuse et de la laïcité, ils ont souvent été les artisans des grandes évolutions de la société. Les Lumières sont plus que jamais d’actualité dans la lutte contre l’intolérance et tous les fanatismes.

Cécile Révauger

Biographie de l’auteure : Cécile Révauger, agrégée d’anglais, professeure émérite de l’université Bordeaux-Montaigne, est l’auteure d’une thèse sur la franc-maçonnerie en Angleterre et aux États-Unis au XVIIIe siècle, de cinq ouvrages et d’une cinquantaine d’articles sur la franc-maçonnerie.  Elle a codirigé avec Charles Porset un dictionnaire biographique des francs-maçons, Le Monde Maçonnique à l’époque des Lumières, Europe, Amériques, colonies, qui a réuni cent dix-huit collaborateurs pour plus de mille entrées, paru aux Éditions Champion en 2013 (2800p). Elle a écrit Noirs et Francs-maçons, Comment la ségrégation raciale s’est installée chez les frères américains, deuxième édition revue et augmentée (Paris : Dervy, 2014. Traduction en italien, Neri e Massoni chez Etica, 2015 et en anglais, Black Freemasonry. From Prince Hall to the Giants of Jazz, chez Inner Traditions, parution janvier 2016). Avec Ludovic Marcos elle est l’auteure des Ordres de Sagesse du Rite français, au cœur de la franc-maçonnerie libérale (Paris, Dervy, 2015). Elle a publié La longue marche des franc-maçonnes, un ouvrage sur voie féminine et mixité en France et dans le monde anglo-saxon (Dervy, 2018). Elle a dirigé cinq doctorants sur l’histoire de la franc-maçonnerie. Dans son dernier ouvrage, Que Faire… en Loge ? (Dervy, 2021), elle étudie l’évolution des travaux de loge du dix-huitième siècle à nos jours, en Angleterre, en France et aux États-Unis.

Initiée à la Grande Loge Féminine de France en 1982, elle est membre du Grand Orient de France depuis 2013 et du Grand Chapitre Général de Rite Français depuis 2014.

[NDLR : Philippe Guglielmi, le préfacier, a été grand maître du Grand Orient de France pendant deux ans entre 1997 et 1999. En 2015, il est élu à la tête du Grand Chapitre général – Rite Français du Grand Orient de France, organe autonome de l’Obédience chargé de la gestion des Chapitres de Rite Français. Il en est donc le Très Sage & Parfait Grand Vénérable.

Philippe Guglielmi

Il nous précise que Cécile Révauger, dignitaire des Ordres de Sagesse du GODF, nous éclaire sur les origines de la franc-maçonnerie moderne. Elle naît au XVIIIe siècle qui porte le nom de siècle des Lumières. Un siècle où la philosophie est en plein essor et où la pensée axée sur la raison se développe ainsi que l’émergence et l’exaltation de toutes les sciences. Rappelons que tous les philosophes des Lumières mettent en avant-plan le pouvoir de la raison humaine et le pouvoir du progrès. Par progrès, les philosophes entendent le progrès des connaissances, le progrès des techniques et le progrès de la morale.

Des Lumières qui se répandent dans toute l’Europe, en Angleterre – « Enlightenment –, en Allemagne et en Italie.

L’auteure nous l’écrit. Sans les Lumières et Newtown, la Franc-Maçonnerie n’aurait jamais vu le jour. Précisant que la recherche historique relève de la démarche scientifique, et donc ne serait s’accommoder d’improvisation, l’auteure, avec le sérieux que nous lui connaissons, pose différents jalons et les bonnes questions.

Qu’entend-on par Lumières et de quelles Lumières s’agit-il ? Comment en parle-t-on et pourquoi ? C’est ainsi que nous pouvons établir une filiation directe entre la pensée rationnelle et les Loges maçonniques. Nous découvrons aussi quel a été le rôle de la sociabilité des Maçons, leur esprit et leur influence culturelle. Il ne saurait être question d’oublier l’engagement des Maçons dans la cité. Des citoyens engagés menant de grandes évolutions et pratiquant aussi la tolérance religieuse.

Nous vous invitons à prendre connaissance de la table des matières :

Introduction

Chapitre 1. Quelles Lumières ?

Chapitre 2. Des Lumières aux premières loges

Chapitre 3. La fin des dogmes et l’apprentissage de la raison

Chapitre 4. La sociabilité des Lumières : forces et faiblesses

Chapitre 5. De la soif de découvertes à la transmission des connaissances

Chapitre 6. Arts, lettres et culture

Chapitre 7. L’apprentissage des libertés politiques et de la citoyenneté

Chapitre 8. Cosmopolitisme et universalisme

Chapitre 9. De la tolérance religieuse à la liberté absolue de conscience et à la laïcité

Conclusion. Les Lumières aujourd’hui

Bibliographie

Découverte et connaissance de l’autre, dans sa conclusion Cécile Révauger rappelle que la franc-maçonnerie, fille des Lumières a aussi rejeté tous les dogmes et préjugés. Adoptant même la devise républicaine Liberté-Égalité-Fraternité héritée de la Révolution française et exalté par le poète et romancier Alphonse de Lamartine (1790-1869), non maçon mais proches des valeurs maçonniques.

Selon l’auteure, des Lumières qui rayonnent encore au XXIe siècle ! Acquérir l’ouvrage sur le site de Conform édition https://bit.ly/38SdeMs]

Notre Frère Pierre Klees, ancien Grand Maître du Grand Orient de Belgique, est passé à l’Orient Éternel

Pierre Klees aura dirigé l’aéroport national durant dix ans, de 1993 à 2003, avant d’en prendre la présidence jusqu’en 2005. Bruxellois, il est décédé en début de semaine, rapporte le journal L’Écho ce mercredi 12 avril.

Après une carrière aux Acec et à l’Union Minière, cet ingénieur de formation, spécialiste du nucléaire, dirigera l’aéroport de Bruxelles durant plus d’une décennie, avant de prendre la présidence de La Poste (2000-2006) et de Vinçotte (2011), ainsi que la vice-présidence de la Commission Énergie 2030.

Il fût également professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB), université belge francophone fondée en 1834 – régulièrement citée comme faisant partie des 250 meilleures universités mondiales –, à la faculté des Sciences appliquées, et Grand Maître du Grand Orient de Belgique de 1996 à 1999.

Nous devons aussi Le Franc-maçon au XXIème siècle – Une réalité maçonnique dévoilée (Avant-propos, 2015) où il écrivait que « Ni insolite ni mystérieuse, la franc-maçonnerie ouvre une voie salutaire qui s’oppose à la pieuvre des fanatismes religieux ». Il avait 88 ans.

Source : bx1.be

03/05/22 : Conférence de François RACHLINE à la GLDF

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Au Temple Franklin Roosevelt, à 20h00

Cette Conférence organisée par la RL 676 « Abbé Grégoire » et la Commission Obédientielle  » Le Monde qui nous entoure » recevra François RACHLINE qui traitera du sujet :

Esprit de Résistance d’hier et d’aujourd’hui.

L’esprit de Résistance dont nous avons su faire preuve tout au long de notre histoire,  apparaît souvent comme un marqueur de notre attachement à nos valeurs républicaines. Il est un révélateur de l’intensité de nos engagements, du jusqu’au-boutisme de nos convictions et de l’esprit de Sacrifice dont parfois nous nous réclamons. 

Le mardi 03 mai à 20h, venez réfléchir sur ce thème avec le professeur François RACHLINE.

Universitaire et écrivain, il est Docteur en science économique, Professeur d’économie, ancien Professeur à HEC et à l’Ecole Militaire, Vice-Président de la LICRA, nous lui devons de nombreux ouvrages dont ses derniers, essais humanistes, « Moïse et l’humanisme« (Hermann, septembre 2021), « Eprouver Auschwitz » (Hermann, janvier 2020).

Il est le fils de Lazare RACHLINE qui fut un membre important de la loge Abbé Grégoire. Grand résistant pendant la guerre, organisateur de plusieurs réseaux d’évasions, proche de Général de Gaulle qui le considérait comme un ami, Lazare RACHLINE eut après la guerre une activité sociale, économique et humaniste très importante. François lui a consacré un essai en forme d’enquête : « L.R. Les silences d’un Résistant « , publié en 2015 (Albin Michel) qui a reçu le prix de la LICRA en 2016.

Face aux multiples défis du monde qui nous entoure, qu’est-il advenu de notre esprit de Résistance ?

François RACHLINE, essayiste et romancier, est aussi l’auteur d’une trilogie biblique éditée chez Hermann : La loi intérieure (2010), Au commencement était le futur (2015) et Un monothéisme sans dieu (2018). Il a publié en novembre 2017 (Albin Michel) son cinquième roman intitulé Coupures. Il a reçu le prix Cabourg 2014 du roman pour Le mendiant de Velázquez (Albin Michel). 

Vice-président de la LICRA, Président du Paris Mozart orchestra, il a été, de 2011 à 2015, le conseiller spécial du président du Conseil économique, social et environnemental, Jean-Paul Delevoye.

Économiste de formation et conseil auprès de dirigeants d’entreprises, il a publié des ouvrages d’économie, dont le premier remonte à 1985 et le plus récent à 2011, ainsi que plus d’une centaine d’articles dans des revues, des magazines et des quotidiens.  

GLDF 8, rue Puteaux 75017 Paris, inscription obligatoire sur le lien ci dessous :

Les Lumières au XXI -ème siècle, du savoir à la connaissance.

Un document ARTE VIDEO. Science et raison, démocratie et droits de l’homme : l’époque des Lumières a émergé il y a trois siècles. Elle a apporté liberté et progrès – et a posé les bases de la modernité. Mais qu’en est-il du projet des Lumières au 21e siècle ? Dans cette série documentaire, nous partons pour un road trip autour du globe, autour des idées de justice, de responsabilité, de liberté et de connaissance.

Les Lumières au XXIe siècle – Où commence la responsabilité de chacun ?

Raison, progrès et droits humains semblent menacés. Aurions-nous besoin de nouvelles Lumières ? Cette série documentaire passe notre monde contemporain au tamis des valeurs héritées du mouvement intellectuel du XVIIIe siècle. Dans ce volet, le philosophe autrichien Armen Avanessian s’interroge sur la notion de responsabilité.

Comment arrêter le réchauffement de la planète ? Les êtres humains peuvent-ils rester raisonnables à l’ère du numérique, quand les technologies leur confèrent des pouvoirs quasi divins ? Entre Zurich, New York, la Silicon Valley et l’Afrique de l’Ouest, le philosophe autrichien Armen Avanessian s’interroge sur la notion de responsabilité : est-ce les États, les multinationales ou les individus qui portent la responsabilité de notre avenir ? Au XVIIIe siècle déjà, Emmanuel Kant, précurseur de la charte des Nations unies et de l’Union européenne, se penche sur la question et constate ce qu’il appelle l’immaturité de l’être humain, c’est-à-dire son incapacité à être guidé par son seul entendement. À l’époque, ce penseur éclairé avance une idée révolutionnaire en reconnaissant la raison, et non plus Dieu, comme le grand juge de nos actions.  

L’humanisme revisité 
Cette série documentaire en quatre volets questionne les notions de justice, de responsabilité, de connaissance et de liberté au XXIe siècle, des valeurs passionnément prônées et étudiées trois siècles plus tôt par les philosophes des Lumières. Au cours de chaque épisode, une personnalité part à la rencontre de philosophes et de scientifiques qui s’interrogent sur les grands défis du monde contemporain, tout en s’inspirant de la vie et des écrits d’un homme ou d’une femme emblématique des Lumières.

Réalisation :

  • Max Langfeldt

Avec :

  • Armen Avanessian

Pays :

  • Allemagne
  • Etats-Unis
  • Royaume-Uni

Année :

  • 2020

Franc-Maçonnerie traditionnelle et monde moderne

Louis Arnolphe – MdV Éditeur, Coll. Les Symboles Maçonniques, N° 102, 2022, 128 pages, 10,90 € – E-book 6,49 €

Présentation de l’éditeur

Analysant la société contemporaine à l’aide des concepts de la sociologie introduits par Durkheim, l’auteur constate combien elle est marquée par le désenchantement et la perte du sens du sacré. Est-ce un obstacle insurmontable pour vivre la quête initiatique ? Louis Arnolphe ne le croit pas.

Pour retrouver le sens de l’expérience humaine, il propose de suivre le chemin de l’initiation maçonnique traditionnelle qui cherche à libérer les potentialités individuelles et à renforcer la spiritualité, celle de l’individu comme celle de la société. En réaccordant toute sa valeur au travail personnel et à l’œuvre collective, l’initiation contribue à éveiller l’intelligence du cœur sans laquelle nul ré-enchantement du monde n’est possible.

Ce message d’espoir s’adresse autant à tous ceux qui sont désireux de mieux saisir le monde qui les entoure et de trouver des clés d’épanouissement spirituel et personnel.

Biographie de l’auteur

S’appuyant sur sa triple expérience de franc-maçon, d’enseignant et de chercheur en sciences sociales, Louis Arnolphe apporte un regard à la fois scientifique et pratique sur l’institution maçonnique l’initiation individuelle. Il signe ici son premier ouvrage dans cette collection.

[NDLR : Comment concilier tradition et modernité ?

Il est vrai que la Maçonnerie est une « ancienne et honorable Institution. Elle est ancienne, en effet, car elle existe de temps immémorial. Elle est honorable, il faut le reconnaître, car elle contribue naturellement à rendre tel celui qui suit ses enseignements » (Rite Anglais de Style Émulation).

Il est vrai que la Maçonnerie est moderne car actuelle et contemporaine, car universelle et toujours présente dans notre moderne, mais aussi post-moderne.

Il est vrai que la Maçonnerie est affaire de tradition – pratique transmise de siècle en siècle, originellement par la parole ou par l’exemple – et de transmission – action de faire passer tel que reçu un enseignement.

Il est vrai que la Maçonnerie s’enrichit continuellement de nouveaux maçons, véritable chaîne d’initiés porteurs de valeurs, qui font vivre perpétuellement l’Art Royal. Des Maçons qui vivent dans leur siècle et qui ne restent aps confinées dans un passé lointain et désuet.

Il est vrai que la Maçonnerie, qui est une Fraternité initiatique traditionnelle, rend l’homme bon meilleur et le prépare donc à mieux assumer son devenir d’abord.

C’est tout cela que Louis Arnolphe – vraisemblablement un pseudo – traite en parlant de tradition et de monde moderne. En optique, il s’agirait du passage d’un rayonnement à travers un milieu, sans changement de fréquence des radiations qui le composent. En Maçonnerie, c’est exactement la même chose : rayonnement – de soi-même et de l’Ordre –, sans changement de fréquence car elle est authentique, respectable, glorieuse et pareille à elle-même depuis la nuit des temps…

En trois chapitres, l’auteur nous entretient de la société moderne, de ses buts et obstacles à la quête maçonnique comparant édifice social et édifice maçonnique. Il pose aussi la question de savoir comment retrouver le sens de la nature humaine. Sans doute l’essence même de notre démarche. La dernière partie nous amène à découvrir quel est l’apport de la Franc-Maçonnerie de tradition, s’appuyant sur les travaux de l’historien des religions, mythologue et philosophe Mircea Eliade (1907-1986) et de cette « figure inclassable de l’histoire intellectuelle du XXe siècle » qu’est René Guénon (1886-1951), entre autres.]

« Regard sur… L’art, un chemin pour le Maçon », le dernier Villard est paru !

Vecteurs du rayonnement de la Grande Loge Nationale Française, les Cahiers Villard de Honnecourt s’affirment comme un outil de réflexion et de travail indispensable pour tous les Maçons quels que soient leurs grades et leurs rites. Vous pouvez vous le procurer sur : https://bit.ly/3LVSe5E

Offert pour tout abonnement, le n° 95 « Les Trésors cachés de la Franc-Maçonnerie » https://bit.ly/3E6FkPJ

Les Cahiers Villard sont désormais reconnus en France comme à l’étranger et ils sont traduits en anglais et en espagnol, et diffusés à toutes les Grandes Loges régulières de par le monde. Depuis 1964, nous maintenons le cap qui nous a permis de préserver les valeurs fondamentales et le niveau d’exigence qui caractérisent Villard de Honnecourt afin de répondre aux attentes de nos lecteurs.

Les Cahiers Villard de Honnecourt, c’est plus de 120 numéros, 16 000 pages, 600 auteurs et plus de 5 000 thèmes abordés… Les plus grand noms du monde maçonnique, comme du monde profane (philosophes, académiciens, théologiens, historiens, etc.) ont participé à ce qui est devenu une anthologie en matière d’étude maçonnique, de recherche et de spiritualité.

Par la publication de ses travaux et conférences, Villard de Honnecourt participe à la transmission maçonnique.

Présentation du numéro https://www.scribe.fr/medias/documents/VdH122_presentation_.pdf

Mot du mois : Echelle et Escalier

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Qui irait se douter que l’échelle, le scandale, l’échantillon, l’ascenseur, la condescendance, l’escale, l’escalier, participent du même sémantisme ?

*Skan- indo-européen exprime l’idée générale de monter, sauter.

Scander fait allusion au pied qui monte et descend pour marquer la mesure. En musique, en versification poétique.

Le grec *skandalon s’empare de l’idée pour nommer la pierre d’achoppement, en obstacle au milieu du chemin, concret ou symbolique. Et le scandale, très vieux mot religieux, devient la pierre qui fait trébucher sur le sentier du péché, le piège qui précipite dans le mal. Comme le trébuchet que fait fonctionner l’animal dans sa hâte à saisir l’appât. Ainsi la souricière matérialise le désir du fruit défendu, l’acte délictueux par excellence. Comment échapper dès lors à l’émotion publique, tant comédie que tragédie, que suscite le fautif pris au piège ? Et chacun d’y aller de son indignation, réelle ou feinte, devant l’acte déloyal ou criminel. Quel exécrable exemple pour l’enfant et la société ! La faute peut s’avérer plus vénielle, sans amoindrir pour autant l’indignation que soulève la provocation faite à la morale, dans la publicité par exemple. S’est-on assez interrogé sur le choix d’une appellation – et le succès qu’elle remporta en son temps…, celle d’une gaine nommée Scandale ? Ah, ces corps voilés et suggestifs…

La foule, de tout temps, a été friande d’esclandres, quitte à se répandre en trémolos et cris d’orfraies. Et la vox populi se récriait à foison au Capitole romain devant la gigantesque pierre que l’on forçait les banqueroutiers, ainsi dévêtus, à heurter à cul nu.

*scala désignela marche d’escalier qui permet l’ascension vers les échelons de la reconnaissance, vers les hauteurs de la gloire, de la cime montagneuse qu’on escalade, d’une sainteté que les peintres ont si souvent représentée en regard de la chute brutale des maudits. On s’élève vers la transcendance lumineuse et paradisiaque, celle de l’échelle de Jacob, mais on tombe abruptement dans l’enfer de la punition. On vogue vers les escales du repos.

Et l’imaginaire linguistique est très signifiant à propos de l’escalier, de la réticence à le descendre, comme s’il était immanquablement associé à l’image de la chute.

Sauf à être une diva en paillettes et plumes qui pose la question mutine : « L’ai-je bien descendu ? »…

Sans doute inventé à l’âge du bronze dans une mine de sel, à Hallstatt en Autriche, l’escalier est préféré à l’échelle parce qu’il permet l’usage simultané des deux mains pour porter une charge.

Plus éprouvant à la montée, mais plus périlleux à la descente, source d’accidents réitérés et souvent mortels, il est le pain bénit des cinéastes.

En colimaçon et toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, il ralentit la progression des agresseurs médiévaux empêtrés entre le fourreau de leur épée et l’inévitable rambarde.

Au 15e siècle, l’expression « descendre l’escalier » traduit paradoxalement l’ascension sociale pour habiter dans les étages inférieurs, parce que l’ascenseur n’est pas encore inventé.

Echelles et escaliers ont fait l’objet de nombreuses inventions, dès l’Antiquité.

Le premier calendrier égyptien, un « nilomètre », « année du Nil » en usage dès 4241 av.JC, est une échelle verticale sur laquelle est gravé chaque année le niveau de la crue du fleuve.

Un échantillon en somme, *scandiculum petite échelle, jauge en encoches le long d’une planche. La  marque de mesure est similaire dans les échelles graduées du calendrier astronomique d’Archimède, actionné par manivelle.

Les techniques de siège ont associé des échelles sophistiquées à l’assaut des murailles. L’hélépole d’Epimaque, utilisée au siège de Rhodes en 304 av.JC, offrait sur une hauteur de 40m deux escaliers intérieurs sur roues orientables, débouchant sur une passerelle mobile en accès au mur ennemi. Le sambyque de Damios de Colophon faisait tourner, en vis sans fin, une échelle intérieure protégée.

Redoutable est la propension à toujours mesurer, définir une échelle de valeur. Telle cette « échelle métrique de l’intelligence » que mettent au point en 1905 Alfred Binet et Théodore Simon, pour mesurer le développement mental de l’enfant, et non ses connaissances. Binet en inférera le célèbre QI, quotient intellectuel, source de tant de stigmatisations hasardeuses.

L’idée de descente est fréquemment assortie de dépréciation. Ne serait-ce que dans la condescendance avec laquelle on regarde de haut…

Ou encore l’« esprit d’escalier », que Diderot décrit, dans son Paradoxe sur le comédien (1773) : « L’inspiration nous vient en descendant l’escalier de la tribune ». Trop tard, difficile répartie…

Question grisante : comment avoir l’esprit d’escalier dans la Relativité du graveur M.C. Escher (1898-1972) ?

Selon les codes de bonne morale, un homme se doit de monter devant la dame pour ne pas voir ses chevilles, entre autres. Et pourtant, le meilleur moment n’est-il pas quand on monte l’escalier…?

Annick DROGOU

Monter, toujours monter. Pour aller où ? Pour s’élever, dominer. Vertige et exaltation de l’escalier. Faut-il le grimper (quatre à quatre) comme sur une montagne quand on part à l’assaut des cimes, ou le gravir pesamment. Tout est affaire de degré, le beau nom originel qui désigne les marches de l’escalier. Alors, avançons degré par degré, au rythme de nos vies, pied à pied. Loin des facilités de l’impatient ascenseur qui ignore les charmes et les épreuves de l’ascension. Avant de t’envoler, as-tu remarqué que la cage d’escalier reste toujours ouverte quand celle d’ascenseur est définitivement fermée ? Marche après marche, le degré permet de passer d’un niveau à l’autre. Niveau : encore un mot qui ouvre des horizons. Horizontalité toujours renouvelée du changement de niveau.

Verticalité. Y avait-il un escalier dans la Tour de Babel ? Assurément. Pour toucher le ciel. Mais ne sais-tu pas que tu peux déjà le toucher au bout de ton nez ? Ici commence le ciel, pas besoin d’échelle de Jacob pour faire le pont entre la terre et le tout-là-haut. Escaliers d’honneur ou de service, escaliers à vis et en colimaçon, escaliers à révolution, à double hélice ou en fer à cheval : beauté de l’escalier qui s’élève toujours au-dessus de sa fonction utilitaire. Trois marches du poète ou du temple, l’escalier est un immobile véhicule qui toujours exhausse et exauce.

Esprit d’escalier. L’important est de ne pas lâcher la rampe, de ne pas dégringoler, de ne pas partir en vrille. Espérance de la dernière marche, qu’y a-t-il en haut de l’escalier ? Avant de le savoir, il faudra goûter la halte des paliers pour reprendre souffle. Nous avons besoin de paliers comme d’oasis. Comme nous avons besoin de rêver, d’imaginer et de désirer des escaliers dérobés. Dérobés comme s’ils avaient été volés. À qui ? Seulement aux apparences. Escaliers dérobés comme autant de secrets et d’affranchissements. 

Jean DUMONTEIL

René Girard : une vie pour un concept universel

Baruch Spinoza nous confirme que l’Homme est un être de désirs. Simone Weil nous montre que son désir est le bonheur de l’autre. Henri Laborit suggère la réalisation du désir dans l’imaginaire. René Girard (Avignon1923- Stanford 2015) ouvre à son tour le mécanisme de ce désir et nous  donne à voir une autre facette de son fonctionnement.

Le sujet du désir constitue en effet pratiquement toute l’œuvre de cet anthropologue-philosophe. Formé à l’Ecole Nationale des Chartes            à Paris (recherches historiques), René Girard part en 1947 aux Etats-Unis où, après l’obtention de son doctorat  d’histoire à l’université d’Indiana,  il fait carrière comme professeur de littérature. C’est dans la Bible d’abord puis chez les grands romanciers, de Shakespeare à Stendhal, qu’il puise sa démonstration, en remarquant que les personnages en situation  sont tous animés par le même comportement : le désir mimétique. L’Être humain est désir, lequel naît, vit et meurt des effets de l’imitation.  « Tout désir est désir d’être » dit René Girard. Cet observateur perspicace fait une distinction entre « la mimésis d’apprentissage » et  « la mimesis de rivalité ». La première, très tôt, qui nous incite à répéter les jeux faciaux, la gestuelle et le comportement de nos semblables,  nous permet de sourire,  de parler, de marcher, de nous conformer à la culture ambiante. La seconde, au contraire, par  le désir douloureux d’appropriation qu’elle déclenche – Raphaël le petit garçon veut le jouet de sa grande sœur Nathalie – nous oppose à nos semblables : elle est la source même de tous les conflits humains !

Cette mimesis de rivalité crée un désir triangulaire : Au vrai, Raphaël (A) ne veut pas le jeu électronique (B) de sa sœur Nathalie(C) pour uniquement jouer avec, mais parce qu’elle le possède et en est heureuse. Il désire, par identification, « posséder »  aussi le bonheur  de sa sœur! Le désir du désir de l’autre provoque ce que René Girard nomme « la crise mimétique ». Dieu préfère l’agneau qu’il reçoit d’Abel aux fruits offerts par Caïn. Celui-ci traduit que le Seigneur aime Abel davantage que lui et il désire cet amour aussi. Ainsi que l’amour que porte Abel à Dieu. Cette double aspiration devient impérieuse et Abel un rival. Le désir s’exacerbe et Caïn ne se contient plus : il  tue Abel au coin d’un champ. Dieu ne punit pas le mal par le mal et  le criminel par la mort. Il  exclue Caïn de la communauté des hommes et, terrible châtiment, le condamne à l’errance, ce qui le promet de toutes façons à une mort certaine. Le meurtre perpétré par Caïn et  rapporté par la Bible (comme celui de Romulus qui tue son frère Romus, dans la mythologie romaine)  n’empêchent pas l’humanité de continuer à commettre des crimes ! Pour évacuer responsabilité et culpabilité, comment réagit-elle ? René Girard le remarque : En instaurant la « stratégie » du bouc émissaire, c’est à dire en rejetant  sans vergogne aucune la faute commise sur un tiers !

Rappelons que l’expression provient du rite hébraïque ancestral des Expiations.  Au cours de la cérémonie, un bouc était conduit devant le Grand Prêtre qui étendait ses mains sur sa tête cornue. En prononçant des imprécations, il le chargeait des péchés du peuple d’Israël. Puis, sous les huées du peuple, l’animal était bouté hors du territoire (du latin emissarius) vers le désert, pour s’y perdre et mourir. A l’image de Caïn !

Les sociétés « primitives » ont  progressivement remplacé le bouc émissaire par des sacrifices d’animaux. Puis les religions païennes et les pratiquants de rites divers sur la planète,  ont procédé à des simulacres. Au XXème siècle, les sociétés « modernes » se sont parfaitement accordées pour trouver des vrais boucs émissaires et commettre les pires barbaries (génocides ukrainien, arménien,  juif, cambodgien, tutsi).

Aux deux temps de son concept (désir mimétique et bouc émissaire)  René Girard  en ajoute un troisième : l’intervention du Christianisme et du sacrifice de Jésus, qui révèlent l’innocence du bouc émissaire et instaure sa sacralisation. Evènement capital, car le bouc émissaire n’assume son rôle que lorsqu’il est coupable dans l’esprit de ses accusateurs. Malheureusement, au début de ce troisième millénaire, toujours privés d’un centre de l’amour dans le cerveau, nous ne savons pas encore nous passer de « porteurs de torts des autres ». Le livre majeur de l’anthropologue (La violence et la sacré – 1972) – traduit dans les langues principales, comme tous ceux qu’il a écrits sur le sujet – n’a manifestement  pas encore pénétré les esprits  des Etats et des peuples!

A l’évidence, nous retrouvons la théorie girardienne en franc-maçonnerie. Le mythe d’Hiram  nous montre  par le détail  le processus  qui aboutit au meurtre de la « victime innocente » par les trois mauvais compagnons et à ses conséquences.  La rivalité mimétique conduit les tricheurs à désirer le degré supérieur et l’Architecte devient le bouc émissaire dès lors qu’il refuse de leur permettre l’accès à cette promotion indue. On retrouve cette logique funeste dans les phases de la mort du Christ, celui dont la résistance « dérange ». L’origine de la violence – quelle soit familiale, professionnelle, scolaire, urbaine ou routière – est  toujours  dans  cette rivalité, démasquée par René Girard. 

Ainsi mis en lumière, le mythe d’Hiram nous renvoie à la JALOUSIE, vrai cancer mental. Ce rongeur sévit aussi dans nos rangs (avec le syndrome du « tablier supérieur » !). Se satisfaire de vivre chaque instant à notre place, savourer pleinement notre bonheur «d’être» fait barrage au désir nocif «d’avoir» en plus celui de l’autre !