jeu 23 septembre 2021 - 04:09

Les chroniques d’Ascelin : Pour faire un enfant, il faut être deux!

Présentation : Ascelin est Franc-maçon, au grade de Maître, initié dans une Loge parisienne de la Grande Loge de France. Il est un Frère très actif et vous propose de partager ses expériences et ses vues, sous l’angle maçonnique.

J’étais en Loge hier soir, et nous avons parlé de la question ô combien délicate de l’interruption volontaire de grossesse. En fait, j’allais écouter un Frère que je connais, mais dans une Obédience majoritairement de Rite Français et traitant majoritairement de questions de la Cité. Bref, j’écoutais le conférencier parler des lois Neuwirth et Weil, ainsi que de la vie et de l’œuvre du docteur Pierre Simon. La question est d’autant plus délicate qu’en ce moment, des mouvements fondamentalistes religieux font pression pour revenir sur le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Généralement, ces questions sont surtout abordées par des hommes. A ce propos, il me paraît important de clarifier certaines choses avant d’aller plus loin. Les femmes ont le droit de disposer de leur propre corps et de procéder à une interruption volontaire de grossesse et la société a le devoir de leur fournir le cadre le plus sûr possible, pour qu’elles puissent avorter sans y laisser leur vie. Que ceux que l’extinction prochaine de l’espèce humaine effraie soient rassurés : le droit à l’IVG n’augmente pas de façon drastique le nombre d’avortements.
Par contre, je pense qu’on a oublié deux choses fondamentales : le traumatisme que l’intervention peut engendrer, mais surtout le rôle de l’homme ! 
Il est facile d’imaginer le rôle du mâle : il dépose sa graine et s’en va son chemin. Par contre, les conséquences, c’est la femme qui les subit. Et dans le cas d’une grossesse non désirée, ce n’est pas l’homme qui va aller au planning familial, ni l’homme qui va subir le traitement médical et ses conséquences, ni l’homme qui va subir le regard culpabilisant de notre société patriarcale !
Chez les Francs-maçons, Il n’y a pas de droit sans devoir. Avec ce principe, si la femme a le droit d’interrompre sa grossesse, l’homme a logiquement le devoir de prendre ses précautions et d’éviter à la femme d’avoir à recourir à l’IVG. Donc, messieurs … à vos condoms ! J’ai eu vent également de techniques de contraception masculine : caleçons adaptés, vasectomie (peut-être un peu radicale)… Bref, nous n’avons aucune excuse pour rejeter la faute sur la femme.
Au-delà de cette considération, je crois qu’il est temps de changer un peu les mentalités. Nous vivons un héritage latin et une forte « méditerranéisation » de nos mœurs. Ainsi, un homme qui séduit, qui a plusieurs partenaires, provoque, se bagarre et qui n’assume pas les conséquences de ses actes est vu comme un homme viril. A l’inverse, une femme qui aurait le même comportement qu’un homme est vue comme une salope. Cette disparité existe dès l’enfance, où les petites filles sont reléguées dans les coins de la cour, quand les garçons en occupent la majeure partie. Du point de vue de la psychanalyse, c’est plus subtil : si le modèle freudien de l’Œdipe est adapté aux garçons, il n’en est pas de même pour les filles. En fait, la culture occidentale demande en effet aux petites filles d’être adultes quand elles sont enfants (et une fois adultes, il ne leur est plus permis d’avoir des attentes d’enfant, contrairement aux hommes). Il suffit de regarder les catalogues des marchands de jouets pour se rendre compte de ce clivage subtil. Pas étonnant que le paradigme patriarcal soit maintenu dans ces conditions. La société permet donc aux hommes de prendre l’ascendant sur les femmes et donc de faire leurs affaires à leurs dépens, en cantonnant les femmes au maintien du foyer. Et si on changeait un peu la donne ? Et si on expliquait aux petites filles qu’elles ont le droit de jouer aux mêmes choses que les petits garçons et réciproquement, que les petits garçons ont le droit de jouer aux mêmes choses que les petites filles ?
Si j’en reviens à l’IVG, et si on expliquait aux hommes que pour faire un enfant, à moins d’un miracle, il faut être deux ? Et si on expliquait aux mêmes hommes qu’aller au planning familial n’est jamais une partie de plaisir pour une femme, et qu’une IVG n’est jamais une intervention de confort ? Et si on inculquait un minimum d’empathie et de responsabilisation aux hommes pour qu’ils prennent leurs responsabilités, en faisant le nécessaire pour éviter à leur partenaire de subir l’intervention ? Bref, si on apprenait aux hommes à se comporter en adultes et si on laissait les femmes tranquilles ?

Josselin Morand
Josselin Morand est ingénieur de formation et titulaire d’un diplôme de 3e cycle en sciences physiques, disciplines auxquelles il a contribué par des publications académiques. Il est également pratiquant avancé d’arts martiaux. Après une reprise d’études en 2016-2017, il obtient le diplôme d’éthique d’une université parisienne. Dans la vie profane, il occupe une place de fonctionnaire dans une collectivité territoriale. Très impliqué dans les initiatives à vocations culturelle et sociale, il a participé à différentes actions (think tank, universités populaires) et contribué à différents médias maçonniques (Critica Masonica, Franc-maçonnerie Magazine). Enfin, il est l’auteur d’un essai : L’éthique en Franc-maçonnerie (Numérilivre-Editions des Bords de Seine).

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2 Commentaires

  1. Pour faire un enfant, parfois il faut être trois. La femme peut juger utile de dissocier le “fécondateur” de “l’éleveur”. Cela vous surprend-il? Nous, les hommes, dissocions aisément ces deux fonctions…

    • Cher ami,
      Je pensais plutôt aux grossesses non désirées, ou accidentelles. Je vois trop de femmes culpabilisées du fait de leur recours à l’IVG alors que dans l’éducation occidentale, rien ne responsabilise les hommes jeunes. Plus simplement, mon propos est:
      1-laisser les femmes décider librement de la suite de la grossesse
      2-éviter les grossesses non désirées par une plus grande information sur la contraception
      3-inculquer un semblant d’éthique aux hommes pour qu’ils puissent prendre conscience de la souffrance que leur maladresse peut occasionner.
      Pour le reste (géniteur/père), c’est une toute autre histoire, qui se passe bien après.

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