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« Nous » et « Eux »

Avertissement: ce billet n’est pas une exégèse de l’oeuvre éponyme de Pink Floyd.

Comme pas mal de monde sur Terre, je suis usager des réseaux sociaux. Mais je me demande si pour ma santé mentale, je ne devrais pas m’en éloigner. Après, ce serait me priver d’une source d’inspiration. En effet, on a rarement le temps d’appréhender autant de bêtise par unité de temps. Si j’utilise les réseaux sociaux pour avoir des nouvelles d’artistes et créateurs de contenus que je suis depuis un petit moment, j’ai réalisé que mon mur était envahi de publicités plus ou moins appropriées, mais aussi de partages de posts douteux de provenance peu claire, et emplis de formules à l’emporte-pièce.

Ainsi, dans ce que mes contacts se sentent obligés de partager, je vois régulièrement des messages contre les bobos/musulmans/noirs/migrants/juifs/islamo-gauchistes/bourgeois/francs-maçons/fonctionnaires/homosexuels, rendus responsables par leurs auteurs des maux de l’humanité, quand je ne vois pas des Soeurs comme des Frères faire ouvertement campagne pour des partis d’extrême-droite. Quelle que soit la population visée, je vois toujours ce message : il y a un « nous », le bon peuple, si pur, si vivant, et un « eux », les méchants, les envahisseurs, ceux qui veulent nous remplacer. Ce qui montre que nous avons un vrai problème avec l’altérité et l’étrangeté. Et c’est aussi oublier que nous grandissons et évoluons parce que nous avons un contact avec l’étrangeté, comme l’a très élégamment dit Delphine Horvilleur. Ces « eux » et « nous » pourraient être anecdotiques, s’ils n’étaient dramatiques. En fait, un documentaire récent diffusé sur la chaîne Arte, traitant de l’antisémitisme en ligne a montré comment fonctionnaient ces dynamiques : on désigne un ennemi, en l’occurrence, le juif, mais on le désigne par des noms de code (Rotschild, les cosmopolites, la locution « qui? », le « détail » et ce genre de joyeusetés). Et on emploie des vieilles recettes qui marchent toujours : une crise ? Les juifs. Une pandémie ? Les juifs. La trap ? Les juifs. Et malheureusement, le monde n’a pas changé.

Toujours selon les sociologues interviewés dans ce film, il est très facile de fabriquer un ennemi à bas coût. C’est un processus en quatre étapes. Prenez une population à peu près homogène, mais avec un gros problème de ressources et d’inégalités, qui cherche une réponse simple à un malheur complexe. Dans cette population que nous appellerons « nous », isolez un groupe qui aura de « petites différences » et qui sera jugé responsable des malheurs du groupe « nous ». De cette manière, on définit un « eux », face au « nous ». Ensuite, « nous » doit multiplier les messages et représentations caricaturales de « eux », afin de bien les couper du groupe. « Nous » peut aller plus loin en créant un parti politique en multipliant les allusions à « eux ». Pour renforcer les liens entre membre de « nous », les plus ultra ne devront pas hésiter à utiliser un message codé, ou à parler par allusions. En effet, il est très important pour la suite de bien déshumaniser le « eux ». Alors, comparez les à des animaux, de préférences antipathiques. Et au bout d’un moment, quand cette phase de signalisation est terminée, que le groupe « eux » est bien déshumanisé, « nous » peut passer à la dernière phase : l’élimination. Si le travail de déshumanisation a été bien fait, personne ne s’en plaindra.

Glaçant, n’est-il pas ? Et pourtant, c’est un mécanisme bien connu. Tous les groupuscules antisémites fonctionnent de la sorte…Mais il est possible d’étendre la portée de ce mécanisme à n’importe quelle catégorie de population, comme celles énoncées plus haut. L’économie ne fonctionne pas bien? La faute aux fonctionnaires, qui ont la sécurité de l’emploi. La violence et la délinquance? La faute aux immigrés et ainsi de suite. Bon, jamais, au grand jamais on ne prendra le temps de se poser la question des raisons des crises. Trouver un bouc émissaire est plus facile et moins coûteux.

Si on regarde comment fonctionne l’idéologie woke ou sa jumelle, la pensée décolonialiste, c’est à peu près pareil : il y a le « nous », le groupe victime, donc bon et pur, et le « eux », ceux qui ne font pas partie du groupe ou de la communauté, et donc qu’il faut éliminer par mesure de purification… Ceci dit, il faut garder à l’esprit qu’on est toujours susceptible d’être le « eux » d’un autre « nous ». « L’ennemi est con car il ne sait pas que c’est lui l’ennemi » (Pierre Desproges)

Très sérieusement, en ce temps d’élections, quand on prend le temps de lire les propagandes à droite et à gauche, ou les messages sur les réseaux sociaux, véritables caisses de résonance de la connerie humaine, on se rend compte que ce mécanisme de clivage est bien à l’oeuvre. Ainsi, par pur opportunisme électoral, des partis prétendument humanistes n’hésitent pas à faire alliance avec des gens dont les pensées et les propos ne sont pas forcément recommandables, ou affiliés à des organisations clairement ennemies (ce qui me fait faire du « eux » et du « nous »). Bon, on sait tous depuis René Girard qu’on va détester ceux qui diffèrent un peu de nous, je ne vous apprends rien. Il est juste dommage que notre société n’évolue pas.

Et en Franc-maçonnerie ? Sommes nous menacés par ce phénomène de « eux » et « nous » ? Hé bien, malheureusement, oui. J’en veux pour preuve la querelle des réguliers et des libéraux. Les premiers s’imaginent être les seuls et uniques Francs-maçons au motif qu’ils sont reconnus par la Grande Loge Unie d’Angleterre et considèrent que toute autre pratique maçonnique, toute autre Obédience ou Juridiction que « la leur » est une imposture, ou pour reprendre les mots de certains, une « fumisterie ». Dommage, quand on prétend défendre des valeurs universelles de paix et de concorde. En bon français, on dit Tartuffe. Au final, ça ne fait que confirmer ce que je craignais déjà : la démocratie, la concorde, tout ça n’est jamais que l’amour du Même. Heureusement, nous pouvons encore changer la définition du Même. A l’heure du repli des uns et des autres, des clivages, de la création de communautés, je crois que cet effort est plus que jamais nécessaire. Surtout quand la guerre, le chaos, la raréfaction des ressources sont désormais des scénarios possibles.

Et surtout, arrêtez de partager un post inutile (y compris ce billet). Ca fera du bien à tout le monde, et surtout à l’environnement.

Je vous embrasse.

La Minerve maçonnique

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La statue de Minerve orne les temples maçonniques. Elle est placée près de la chaire du Vénérable Maître, avec celle d’Hercule et de Vénus qui contribuent à définir une sorte de « triade maçonnique ».

Selon le mythe, Athéna, assimilée par les Latins à Minerve, serait née « pleinement armée » de la tête de Zeus. Platon, dans ‘Cratilo’ , à propos de la déesse, attribue à Socrate la définition de « theu noesis« , qui signifie « pensée divine« , et déclare qu’Homère a représenté en elle le « nous« , c’est-à-dire l’esprit, et le  » dianoia », c’est-à-dire l’intelligence. Ajout de la formule « a theonoa », puisque « theonoe » signifie « intelligence divine », un sens tout à fait cohérent avec le concept et le rôle qu’occupe le Vénérable Maître dans la Loge.

Vénérée à la fois par les Étrusques et les Romains, Minerve était célébrée par les premiers le 19 mars, tandis que les seconds attribuaient deux jours fériés, les 19 et 23 mars, les deux dates étant, sans surprise, placées dans le mois dédié à Mars, le dieu intermédiaire de la triade romaine archaïque.

Elle était honorée aux côtés du dieu de la guerre comme preuve des relations symboliques et opératoires étroites qui existent entre les voies initiatiques qui prennent respectivement pour support le métier ou l’exercice des armes.

Minerve résume les deux sens, puisqu’elle n’est pas seulement proposée à l’Art et à la Science, mais a une fonction belligérante trop clairement exprimée par la possession d’instruments symboliques typiques de Mars : le bouclier et la lance.

Il incarne la sagesse de Jupiter lui-même, de la tête duquel il est sorti et de lui il a tiré la foudre, expression de la volonté divine sagement orientée.

Minerve

On l’appelle aussi Pallas, en tant que dépositaire du palladium, une pierre tombée du ciel, sorte de Graal ante litteram , qu’Énée aurait apporté de Troie à Rome, préservant ainsi le dépôt de la tradition, assurant sa légitimité à une civilisation. C’est aussi pour cette raison qu’il est placé dans les Temples Maçonniques, pour vouloir garder, par sa présence, la Franc-Maçonnerie dans le monde à tout moment.

Sa disposition dans le temple n’est pas accidentelle : parmi ses attributs il y a celui de combat, mais avec des caractéristiques différentes de celles de Mars ; tandis que le premier représente la guerre comme la restauration de l’ordre, le second comme la destruction.

Penser à ses attributs militaires vient à l’esprit, tout d’abord, la lutte intérieure contre les « vices » et les « passions » que l’initié est tenu d’affronter sans relâche, visant à unifier et intégrer les « pouvoirs » initialement dispersés de sa propre individualité. .

En même temps, cependant, cette lutte ne peut que s’étendre à l’ensemble du milieu dans lequel se situe cette individualité car il s’agit en réalité d’une seule et unique « guerre », qui correspond d’ailleurs au travail constructif que le franc-maçon est appelé à jouer sur lui-même et donc, simultanément, sur le chantier du monde.

Dans le rituel maçonnique d’ouverture et de fermeture des travaux du temple, il appartient au Vénérable Maître qui célèbre la Sagesse :

 Que la Sagesse éclaire notre Travail.

 Que la Lumière de la Sagesse demeure dans nos cœurs.

La Sagesse dont on parle dans le domaine ésotérique est un savoir initiatique traditionnel et non une simple érudition historico-philosophique. Cette dernière agit plutôt comme un corollaire préparatoire à la Connaissance, entendue comme illumination spirituelle.

Partant de la racine étymologique de Minerve, il est mis en relation à la fois avec l’esprit, à la fois avec l’espèce humaine, et avec les facultés rationnelles.

La raison est le mode proprement humain de l’intelligence.

L’intuition intellectuelle peut être définie comme surhumaine parce qu’elle est une participation directe à l’intelligence universelle, qui, résidant au cœur, au centre de l’Être où se trouve le point de contact avec le Grand Architecte de l’Univers, le pénètre de l’intérieur. elle l’éclaire de sa lumière, qui rayonne dans tout l’être dans tous ses degrés et modalités.

Ce passage est d’une grande importance à des fins initiatiques et nous permet de comprendre l’attention qui, dans la voie maçonnique, est accordée au développement et à l’intégration corrects de tous les aspects individuels, en particulier de la raison, car cette faculté, seulement si elle est bien dirigée, est en mesure de refléter, dans la sphère humaine, les principes universels de la franc-maçonnerie.

La nature de la fonction de Minerve peut alors être considérée, de ce point de vue, comme « l’intelligence universelle » telle qu’elle se reflète et « se situe » dans l’être humain.

Gros plan sur Rudyard Kipling (Podcast de la Loge)

Durée : 10 min 19

Aujourd’hui La Loge va nous parler non pas de Rudyard Kipling l’écrivain britannique prix Nobel de littérature en 1907, mais du frère et de l’importance qu’aura pris la franc-maçonnerie dans ses écrits.

Franc-maçon, Kipling fit partie de la loge Hope and Perseverance no 782 aux Indes. Reçu le 5 avril 1886, il eut une dispense du Grand Maître du District du Pendjab lui permettant d’être initié avant l’âge de 21 ans et fut ensuite exalté Maître Maçon dans la loge de Marque Fidélité, puis élevé au grade de Marinier de l’Arche Royale dans la Loge d’Ark Mariner du Mont Ararat.

Rudyard Kipling, né le 30 décembre 1865 à Bombay, en Inde britannique, et mort le 18 janvier 1936 à Londres, est un écrivain britannique.

Ses ouvrages pour la jeunesse ont connu dès leur parution un succès qui ne s’est jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle (1894), Le Second Livre de la jungle (1895), Histoires comme ça (1902), Puck, lutin de la colline (1906). Il est également l’auteur du roman Kim (1901), de poèmes (Mandalay (1890), Gunga Din (1890) et Tu seras un homme, mon fils (1910) sont parmi les plus célèbres) et de nouvelles, dont L’Homme qui voulut être roi (1888) et le recueil Simples contes des collines (1888). Il a été considéré comme un « innovateur dans l’art de la nouvelle »5, un précurseur de la science-fiction6,7 et l’un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse. Son œuvre manifeste un talent pour la narration qui s’est exprimé dans des formes variées.

En complément de ce podcast et concernant l’activité maçonnique en France de Rudyard Kipling, rappelons que le 7 octobre 1921, le Souverain Grand Comité (SGC) de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises (GLNIR) – devenue en 1948 Grande Loge Nationale Française (GLNF) – émit un avis favorable à une requête de Maçons appartenant à l’Imperial War Graves Commission (Commission Impériale des Cimetières de Guerre), chargée de donner une sépulture décente aux 700 000 soldats du Commonwealth tombés dans les batailles du nord de la France. Parmi les pétitionnaires, figurait Rudyard Kipling dont le fils John avait disparu dans les combats sur la Somme en 1915. Le célèbre écrivain devait d’ailleurs donner son nom à la Loge, « Builders of the Silent Cities » (« Les Bâtisseurs des Cités Silencieuses ») et sa devise « Their names live for ever ». « Builders of the Silent Cities » N° 12 fut consacrée à Saint-Omer – actuelle sous-préfecture du département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France – le 7 janvier 1922 par le R.F. Edmund Heisch, Second Grand Surveillant, assisté par le R.F. Walter Herbert Hewson. Le maillet en avait été confié à Sir Herbert Ellissen, Contrôleur de la Commission. Les deux premiers initiés furent le Major-Général Sir Fabian Ware, son Vice-Président, et le Capitaine J.S. Parker. Rudyard Kipling resta membre de l’Atelier jusqu’à sa mort le 18 janvier 1936 mais il n’assista à aucune Tenue.

Extrait de « Cent ans de spiritualité maçonnique-Histoire de la Grande Loge Nationale Française » (Éd. Dervy, 2015), prix littéraire de l’Institut maçonnique de France 2015, catégorie Beaux-livres. Un texte que nous devons au TRF Francis Delon, Grand Archiviste de l’Obédience.

À la découverte de la Barcelone franc-maçonne

De notre confrère equinoxmagazine.fr – Par Clémentine Laurent

Barcelone regorge de petits détails et de lieux cachés francs-maçons, symboles d’une société secrète qui a presque toujours été présente dans la capitale catalane… et y est encore très active aujourd’hui.

Barcelone est un peu la capitale de la franc-maçonnerie, en Espagne. Elle regroupe la plus importante communauté de frères en Espagne, et ce depuis des années. Logique, donc, que l’on retrouve quelques symboles maçonniques cachés ici et là dans la ville. Et pourtant, ceux-ci ont bien failli disparaître, lors de la dictature. Jusqu’en 1979, les activités franc-maçonnes étaient illégales en Espagne, et Franco (bien que l’un de ses frères aurait été maçon) a tenté d’effacer tous les symboles qui y faisaient référence. Petit tour dans ce qu’il reste de la Barcelone franc-maçonne. 

La bibliothèque Arús

Un lieu plutôt caché du grand public, en apparence, et qui est pourtant accessible à tous : la bibliothèque Arús. Fondée en 1895 par l’intellectuel et maçon Rossend Arús, c’est l’un des rares bâtiments purement franc-maçons de Barcelone qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui, avec des symboles qui ne trompent pas : compas et équerre, sol en damier, statue de la liberté… On suppose qu’un influent franc-maçon l’aurait protégée de la destruction, durant la dictature. Aujourd’hui, la bibliothèque est ouverte à tous et regroupe de nombreux ouvrages sur la franc-maçonnerie. Elle peut d’ailleurs être visitée. 

Par ailleurs, il existe une hypothèse selon laquelle les couleurs du FC Barcelone seraient d’origine maçonnique. Une des loges ayant existé à Barcelone, la loge Avant, possède comme emblème les couleurs bleu et grenat. Le journaliste Xavi Casinos, auteur de divers ouvrages sur la franc-maçonnerie, avance qu’il y aurait peut-être un lien entre les membres de la loge et le fondateur du FC Barcelone, Joan Gamper. 

La bibliothèque Arús – Photo : We Like Bcn

Plus d’infos sur la bibliothèque ici.

Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi
Lundi, mercredi et vendredi de 10 h à 15 h
Mardi et jeudi de 15 h 30 à 20 h 30

Toutes les dates de visites guidées ici.

Prix : entrée libre, visite guidée 12 € par personne

Adresse : Biblioteca Pública Arús, Pg. de Sant Joan, 26, 08010 Barcelona

Le Parc de la Ciutadella

En sortant de la bibliothèque, on ne peut s’empêcher de voir l’Arc de Triomphe, dont certains avancent qu’il présente des symboles maçonniques. En le dépassant et en marchant sur le Passeig de Lluís Companys, qui mène au Parc de la Ciutadella, on peut aussi observer que les lampadaires modernistes, œuvre de Pere Falqués i Urpí (1850-1916), ont la forme d’un compas et d’une équerre. 

Arrivés à l’entrée du Parc de la Ciutadella, sur la droite, s’élève le Castell dels Tres Dragons, un magnifique bâtiment moderniste érigé pour accueillir le café-restaurant de l’Exposition universelle de 1888. On trouve notamment sur la façade une frise blanche montrant diverses espèces d’animaux et de plantes, et parmi eux, une étoile de mer à cinq bras et une sorte de “G”, au centre. Pour Xavi Casinos, l’étoile à 5 branches et le “G” de “God” (Dieu, en anglais) sont aussi des emblèmes de la franc-maçonnerie. 

Photo : Derrick Piggott

Plus d’infos sur le parc ici

Horaires d’ouverture du parc : tous les jours de 10 h à 22 h 30
Actuellement, le Castell dels Tres Dragons est fermé au public.

Adresse : Château des Trois Dragons, Passeig de Picasso, s/n, 08003 Barcelona

Le Centre civique-couvent de Sant Agustí

Non loin de là, dans le Born, se trouve un ancien couvent aujourd’hui réhabilité en centre civique : le couvent de Sant Agustí. Et sur l’entablement qui surmonte deux portes d’entrée, on peut distinguer un compas et une équerre taillés dans la pierre, autre indice de la valeur maçonnique de l’ancien couvent. 

Porte-Centre-Civic-Convent-Sant-Agusti

Plus d’infos sur le centre civique ici

Horaires d’ouverture : du lundi au samedi
De lundi à vendredi de 9 h à 22 h
Samedi de 10 h à 14 h et de 16 h à 21 h

Adresse : Centre Cívic Convent de Sant Agustí, Carrer del Comerç, 36, 08003 Barcelona

La Casa Xifré et le restaurant 7 Portes

Près du port de plaisance de Barcelone se trouve l’un des restaurants les plus célèbres de la ville : le 7 Portes. En plus d’être l’un des plus anciens établissements encore ouverts de Barcelone (fondé en 1836), on présume que son premier propriétaire était franc-maçon. À l’intérieur du restaurant, on trouve encore un sol carrelé en damier rappelant le design des loges maçonniques, et on peut observer des feuilles d’acacia dans la décoration, autre symbole de la société secrète. 

Le bâtiment en lui-même, la Casa Xifré, porte aussi un petit clin d’œil à la franc-maçonnerie. Du moins, c’est ce que porte à croire l’horloge qui surmonte la façade : elle n’indique que certains chiffres, dont la somme est 33, un nombre symbolique dans la franc-maçonnerie. 

Photo : Bcn Restaurantes

Plus d’infos sur le restaurant 7 Portes ici

Horaires d’ouverture : tous les jours de 13 h à 17 h

Prix : 70 € le menu du chef, 2 convives minimum (à réserver à l’avance)

Adresse : 7 Portes, Passeig d’Isabel II, 14, 08003 Barcelona

La Cathédrale de Barcelone

Tout le monde ne le sait pas, mais à l’origine, la franc-maçonnerie était avant tout un rassemblement de professionnels de la construction, dont le nom “maçon”. Lors de la construction de la cathédrale de Barcelone, des symboles que l’on pourrait attribuer aux francs-maçons ont ainsi été laissés par les ouvriers et sculpteurs : sur l’encadrement de certaines fenêtres de l’abside, à l’extérieur, on peut encore distinguer des symboles comme des équerres, des compas…

À l’intérieur de la cathédrale, d’autres emblèmes sont aussi visibles, précisément dans la chapelle dédiée à San Sebastián et Santa Tecla. Sur un écusson sont visibles un compas, mais aussi une rose et deux étoiles filantes. Une possible raison de la présence de ces symboles serait le fait que Joan Andreu Sorts, l’homme qui a financé la construction et l’aménagement de cette chapelle, soit lui-même maçon.

Cathedrale-franc-macon-Photo-Jose-Luis-Gimenez

Plus d’infos et réservations ici.

Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 10 h à 14 h

Prix : à partir de 9 € l’entrée ; visite du patio intérieur gratuite

Adresse : Cathédrale Sainte-Croix de Barcelone, Pla de la Seu, s/n, 08002 Barcelona

La Maison des Chanoines

La Maison des Chanoines ou “Casa dels Canonges”, résidence officielle du président de la Generalitat, s’élève à deux pas de la cathédrale. C’est d’ailleurs de ce bâtiment que part le célébrissime pont néogothique de la Carrer del Bisbe. Ici encore, au-dessus d’une porte, divers symboles de la société secrète sont exhibés : un compas, des étoiles filantes ou encore une rose. 

Casa-dels-Canonges-Maison-des-Chanoines-President-Generalitat-Gotic-franc-macon-architecture-Photo-Jose-Luis-Gimenez

Carrer de la Portaferrissa, 11

À seulement 5 minutes à pied de là, toujours dans le Gòtic, se trouve une auberge de jeunesse, au numéro 11 de la Carrer de la Portaferrissa. Mais à cette adresse si touristique aujourd’hui se situait peut-être auparavant un lieu franc-maçon, à en juger par les symboles qu’arbore sa décoration extérieure. Au-dessus de la corniche de la porte, une alcôve abrite deux enfants de pierre et plusieurs emblèmes maçonniques, comme un compas, une truelle ou encore une équerre.

Sculpture-architecture-Photo Ivan Giménez Chueca

Plus d’infos sur l’auberge de jeunesse ici

Adresse : Hostal Fina, C/ de la Portaferrissa, 11, 08002 Barcelona

Les loges maçonniques

En arrivant dans l’Eixample, on ne parcourt plus le passé de la franc-maçonnerie à Barcelone, on entre dans le présent. Le quartier, né à la fin du XIXème siècle, pourrait bien présenter des caractéristiques maçonnes, étant donné sa régularité et ses mesures précises. On suppose même que l’urbaniste Ildefons Cerdà, à l’origine du plan de l’Eixample, était lui-même membre de la société secrète. 

En entrant dans l’Exemple, on découvre donc la franc-maçonnerie d’aujourd’hui, avec la Grande Loge d’Espagne, qui se situe sur la Gran Via, toute proche du Passeig de Gràcia. 

Photo : Respectable Loge Minerva-Lleialtat de Barcelone

Ce n’est pas la seule loge présente à Barcelone : les francs-maçons se réunissent toujours à la Grande Loge Symbolique Espagnole, à la Grande Loge Féminine d’Espagne, au Grand Orient de Catalogne ou encore à la Grande Loge de France.

Les visites sont très rares dans les loges de Barcelone, mais les sites internet des diverses loges permettent aux curieux d’en savoir un peu plus sur cette société, aujourd’hui plutôt discrète que secrète, et qui partage volontiers ses traditions et son fonctionnement aux intéressés.

Merci à equinoxmagazine.fr

BRESIL : La construction d’un obélisque fêtera les 75 ans de la franc-maçonnerie

De notre confrère brésilien cgn.inf.br

L’obélisque, dont les dimensions ne sont pas encore totalement définies, a une forme pointue et devrait mesurer environ cinq mètres de haut, composé d’une base…

Ce jeudi (05), les vénérables des cinq loges maçonniques d’Apucarana ont présenté au maire Junior de Femac le projet de construction d’un monument architectural pour commémorer le 75e anniversaire de la présence de l’organisation fraternelle dans la commune.

L’obélisque, dont les dimensions ne sont pas encore totalement définies, a une forme pointue et devrait mesurer environ cinq mètres de haut, composé d’une base en forme de pentagone en symbologie des cinq magasins, une extension en pierre brute et une autre en pierre polie , le symbole de la franc-maçonnerie sera mis en évidence.

Avec l’autorisation de la mairie, la structure sera érigée sur le rond-point situé en haut de l’Avenida Curitiba, au confluent avec les avenues Rio de Janeiro, Paraná et Carlos Schmidt. Tous les frais de construction seront pris en charge par les loges maçonniques, qui seront également responsables de l’entretien permanent du monument et du jardinage du matériel routier. « Les loges maçonniques sont une des richesses d’Apucarana, qui est une ville basée sur le travail, sur la force des personnes et des institutions. C’est un honneur de pouvoir contribuer à ce moment historique, d’offrir un espace public aux commerces pour construire cet obélisque qui marque les 75 ans de présence de la franc-maçonnerie dans la commune », a souligné le jeune maire de la Femac en répondant à la réclamation.

Vénérable de la Loja Trabalho, Ciência e Virtude, Jorge Dovhepoly, a remercié la réceptivité de la part du maire junior de Femac. « Nous avons été très bien accueillis et nous sommes très reconnaissants du traitement de notre réclamation », a déclaré le président du magasin. Dovhepoly souligne que l’idée conceptuelle de l’obélisque vise à améliorer tous les magasins d’Apucarana. « La présence de la franc-maçonnerie dans la ville a commencé le 6 juin 1947 avec la Loja Trabalho, Ciência e Virtude », a-t-il contextualisé.

Avec l’approbation de la municipalité pour la construction du monument, le groupe des vénérables a également officialisé le programme commémoratif, qui a lieu le 4 juin. A 11h30, au bureau municipal, la pose de la première pierre de l’obélisque est prévue, à 15h30, à la Loge maçonnique du Travail, de la Science et de la Vertu, une séance publique et, en soirée, une commémoration dîner réservé aux francs-maçons. « L’inauguration du monument commémoratif du 75e anniversaire de la franc-maçonnerie à Apucarana est également déjà prévue pour le 20 août, jour de la franc-maçonnerie », a communiqué le vénérable Jorge Dovhepoly. Les cinq magasins d’Apucarana sont : Trabalho, Ciência e Virtude, Moreira Sampaio, Sá Carvalho, XV de Novembro et Cavaleiros da Luz II.

Projet Araucária – Les francs-maçons ont également tenu compte du projet Araucária, lancé lors du 70e anniversaire d’Apucarana. « L’objectif du projet a été atteint à la fin de l’année dernière, à savoir la plantation de 70 000 plants de l’arbre qui est le symbole du Paraná », a informé Dovhepoly.

Selon lui, en plus d’Apucarana, des plantations ont également eu lieu dans les municipalités de la région. « Pour marquer la conclusion de ce projet environnemental, également le 4 juin, vers midi, juste après la pose de la première pierre du monument, nous irons au parc municipal des années 70, à côté de Senac Apucarana, pour planter trois araucaria semis avec le jeune maire de Femac », a conclu le vénérable, notant qu’au cours des deux dernières années, la plupart des semis ont été donnés par la municipalité à travers le jardin forestier.

Source : Municipalité d’Apucarana

15/05/22 : Invitation à une conférence gratuite à Lille Lesquin du Grand Chapître du Rite Français

Invitation à une conférence gratuite
Organisée par le GRAND CHAPITRE DU RITE FRANÇAIS
Conférence de clôture du Grand Chapitre de Lille Lesquin

Dimanche 15 mai 2022, à 9 heures 30

Le Conférencier : Pierre Pelle Le Croisa
Le thème : La Quête de Vérité

Nietzsche: le poète lucide plus que le philosophe fou

Nietzsche : le poète lucide plus que le philosophe fou

Evoquer Nietzsche c’est d’abord partir en promenade sur la grève de la côte italienne. Mer calme, ciel azuré, il ne fait ni trop chaud ni trop froid et la foule compacte se dilue dans les embruns des Spritz en terrasse. Le monde trinque, le monde rit, le monde est tragique et peut être fou. Seul le sable est meuble et c’est parfait pour marcher pieds nus.

Un peu, beaucoup de solitude, dans laquelle luit la mer d’huile et son mouvement d’Eternel retour, la mer gonfle, oscille. Puis vient l’écume qui dénoue ses perles sur le sable et qui semble dire: j’étais ici, je suis ici, je serai toujours ici. Maintenant que la mer vient de soulever son voile avec fracas, mes pas ont déjà disparu. L’instant est tragique, risible comme une tragédie nietzschéenne où deux forces opposées sont à l’œuvre: le dionysiaque et l’apollonien. Et si j’étais sur cette plage, y suis-je encore, y serais-je éternellement ?

citation. Naissance de la tragédie; l’œuvre ontologique de Nietzsche

Nietzsche : le dionysiaque et l’apollonien

1900 est l’année terrible. Nietzsche meurt. Le premier de la classe disparu, ne restent que les cancres. Jean Cocteau avait le sens de la formule. Quand il aimait, il aimait sans détours ni tiédeur. Quand il détestait aussi. Il aurait pu détester Nietzsche, comme beaucoup de ses contemporains et lui reprocher son antisémitisme, son antiféminisme et tant qu’à faire le réchauffement climatique! Mais non! Jean Cocteau avait l’esprit trop libre pour ne pas sombrer dans la moralisation facile hors contexte, hors sujet, même après la guerre. Il avait les mains libres tout comme Boris Vian. Et puis c’était un artiste et de surcroît un homme qui cherchait à se bâtir un peu meilleur que celui qu’il était. Alors Nietzsche était le parfait compagnon de ses nuits sans sommeil, son baume sur le calvaire de la page blanche, sa force dionysiaque. Nietzsche lui permettait de concevoir que ce doute est tragique, mais nécessaire comme l’écroulement de la vague sur le sable appartenant au chaos et à l’ordre du monde apollinien. Ce monde qui aime se bercer dans l’illusion du beau sans reconnaitre la nécessité de la laideur.

Quelque chose meurt, une porte se ferme, mais une autre s’ouvre. Il faut savoir pactiser avec le doute, en faire un allié, écrit Rilke. Et la création a besoin de deux forces: le dionysiaque et l’apollonien. La face sombre mise en lumière, ou l’une après l’autre, peut être en même temps, éternellement avec certitude ?

Naissance de la tragédie : l’œuvre ontologique de Nietzsche

Le présent coule mais n’efface pas ce qui précède dans l’ombre qui est aussi nimbée de lumière. Tout doit s’accomplir avec violence et douceur, souvent les deux à la fois avec force instinctive contre les courants bien établis et les préjugés moralistes du judéo-christianisme. Le dionysiaque est d’abord l’antichristianisme. La naissance de la tragédie est l’œuvre ontologique de Nietzsche et sans doute celle de la création du monde, de la formation des mythes au courage héroïque des forces têtues et obstinées à s’auto-engendrer. Mais pour cela il faut d’abord tout détruire, y compris la pierre brute. Se comporter comme un enfant sur une plage qui amoncelle des cailloux et qui sans états d’âme, les renverse.

Quand Nietzsche dynamite Platon et Socrate

Après avoir brillement étudié Platon et Socrate, Nietzsche fait un constat sans appel: tous deux sont responsables de la décadence de l’hellénisme, véritable fruit de la connaissance et de l’art. Platon est qualifié d’escroquerie supérieure, ayant choisi l’idée du bien moraliste et préchrétien. Quant à Socrate, il serait décadent et un fanatique de la logique insupportable comme les guêpes. Le socratisme mépriserait l’instinct et nierait la sagesse là où se trouve son royaume, dans l’art. Et ferait état d’un esthétisme conscient qui fabrique un héros bavard cherchant toujours à avoir raison. Tout l’inverse du dionysiaque et de l’apollonien. Ainsi, par delà tout bien, par delà tout mal, la sagesse instinctive et non rationnelle aboutit à une sagesse harmonieuse mais tragique.

L’Amor Fati et la nudité du monde

Le tragique dionysiaque est le V.I.T.R.I.O.L du poète qui ne peut vivre que dans l’Amor Fati nietzschéen, dans l’amour de son destin. Accomplir ce qu’il doit par devoir et par-delà tout bien et par-delà tout mal. L’artiste ne peut vivre que l’Amour Fati quel qu’en soit le prix à payer, y compris la solitude absolue d’une promenade sur les rivages escarpés nietzschéens. D’ailleurs, Nietzsche voyageait, marchait, écrivait en pleine nature comme Rimbaud. Plus poète que philologue, vivant chichement, sans port d’attache, écrivant discrètement, accomplissant son devoir, il refusa la nationalité prussienne et fut apatride toute son existence.

En réalité, Nietzsche dynamite et fragmente tous les concepts, et son œuvre autant que sa pensée ressemble à un archipel d’Ilots comme l’écrivait René Char. Reste à lui trouver un bras de mer où donner un peu de stabilité à sa nature vagabonde: la Grèce.

Nietzsche et le terreau grec de sa pensée

La naissance de la tragédie son premier essai, souvent ignoré ou mal commenté, est tenue pour être une œuvre mineure. C’est dommage, car elle est le devenir de la philosophie et de la poésie Nietzschéenne. Et tout commence en Grèce.

Les grecs avaient besoin d’art tragique, par le biais de la musique ou la représentation théâtrale et mythologique. A une autre époque, Dante a cousu des forces dionysiaques et apolliniennes dans sa Divine Comédie. Chaque chant de l’enfer et du purgatoire est une coréférence à la mythologie grecque. Dante en paiera le prix, en étant banni de Florence, faisant naître une tragédie dans la tragédie. L’histoire se répète et reproduit les mêmes mouvements d’Eternel Retour. Ce qui est Amor Fati chez Ulysse et Hercule le sera aussi dans les girons de Dante. Les vagues creusent et cousent la grève du même mouvement que celui du premier jour. Ce même jour où Hélios a enfanté de lui-même et crée son mythe.

Le mythe sauveur de notre civilisation

Le mythe a une valeur de fondation civilisationnelle. Sans mythe fondateur, matriciel, point de terreau suffisamment stable pour y ancrer de la beauté dans ce qui est et sera. Il n’est question du présent que dans la possibilité de transformer ce présent. Sinon le présent est décadent. Nietzsche écrit ce mot en français et gardera toute sa vie un rapport très respectueux envers la littérature française, le siècle des Lumières, car selon lui, la France est la meilleure gardienne de l’art hellénique, du terreau grec.

Le mythe donne donc de la valeur à une civilisation dans son présent, pour éviter à l’homme d’être un affamé errant à la recherche constante de nourriture dans le futur. Et les Romains en s’emparant de la culture mythique grecque auraient condamné les générations futures à vivre dans la poursuite avide d’assembler une civilisation à une autre. La cohabitation, puis le phagocytage de l’âme grecque par les romains seraient causes primordiales, ontologiques de la chute de l’Empire, laissant entrer le christianisme par le biais de Socrate et Platon, puis vint le dogmatisme catholique et par glissade, le pessimisme.

Ce n’est pas nouveau: le monde de Nietzsche contemple l’Ouroboros qui ne s’arrête jamais de tourner. Comme la mer par nuit noire continue de charrier des corps vivants et morts…

Inverser l’ordre des choses et sortir du cercle

L’art Grec et plus particulièrement l’art tragique a besoin des plaies du crépuscule pour en tirer une forme de pathos, puis une forme d’orgiasme capable de résister à l’imperium romanum. L’art grec est l’œuvre du chaos engendrant le bien, ou le bien engendrant le mal. Il n’y’aurait pas d’ordre prédéterminé, mais un savant équilibre entre les deux forces par effet de levier. Le dionysiaque Nietzschéen est un combat contre le pessimisme chrétien et Schopenhauerien qui se bornent à voir dans l’art quel qu’il soit une représentation mensongère du monde. Or la peur de la Beauté engendre non pas la souffrance, mais la contrition et la ségrégation de l’homme cherchant à atteindre son phare dans la nuit.

Sans art tragique, l’humanité n’aurait pas survécu. La vie ne peut être méprisée. Et il n’est pas immoral de trop l’aimer selon Nietzsche qui était dans le fond un insouciant. L’art cherche en permanence la réconciliation entre la nature et son fils perdu: l’homme supérieur. Dionysos le démiurge capable d’enfanter de sa propre étoile, de sculpter lui même le marbre épais de son devenir, sous les auspices de la rêverie et du rire. Oui du rire!

L’homme supérieur et l’art de rire du tragique

Vous devriez apprendre à rire, mes jeunes amis si vous tenez à rester pessimistes! Cette formule, Nietzsche l’adresse aux romantiques et aux chrétiens, lesquels cherchent dans l’art, l’absolue consolation dans un ailleurs. Nietzsche c’est d’abord le philologue de l’ici-bas qui cherche à s’affranchir de l’ancien monde, de l’ancien Dieu, pour créer un homme supérieur, enrichi de toutes ses potentialités, un surhomme.

Dieu est mort et c’est normal car il était vivant, est vivant et sera vivant.

Ainsi Nietzsche dès la naissance de la tragédie, laisse entendre que l’homme peut être Dieu, libéré de toute doctrine, capable de devenir ce qu’il est. La naissance de la tragédie est une mise en miroir dans laquelle s’affronte la pensée ecclésiastique, l’idole qu’il a fallu renverser, avec l’impuissance de la philosophie à recoudre les plaies du monde. Il faut de la tragédie, du souffle, et par ailleurs avoir connaissance de toutes les imperfections du monde et de soi-même pour y entrevoir une forme de beauté. Quitte à basculer dans la folie et passer de l’autre côté du miroir?

Nietzsche: Ainsi parlait Zarathoustra

Il est dangereux de s’approcher trop de soi-même c’est de la folie. A moins d’apprivoiser cette folie. Nietzsche est Dionysos, il signe tous ses courriers du nom du Dieu Grec, juste après l’écriture de son œuvre qui résiste à la raison. Dionysos est un Dieu qu’il faut voir face à face, mais il plait trop à la nuit

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Lorsque Nietzsche compose Zarathoustra, il emprunte la pente ascensionnelle de son Himalaya. Mais comme toute montagne, si elle promet son sommet, a son versant opposé et Nietzsche après l’Illumination bascule dans l’hérésie. Tel Icare il finit échoué dans la mer mais quelle envolée!

La mer veut recevoir les baisers du soleil assoiffé et elle veut qu’elle l’aspire à lui; elle veut devenir la lumière elle-même! En vérité c’est à la manière du soleil que j’aime la vie et toutes les mers profondes. Et voici ce que j’appelle connaissance: toute profondeur doit s’élever jusqu’à mes hauteurs!

Ainsi parlait Zarathoustra

L’homme supérieur. Ainsi parlait Zarathoustra
Ecce Homo: comment devenir ce que l’on est ?

Après son Zarathoustra bouddhiste, mais surtout poétique et illuminé (Nietzsche n’a jamais croisé un seul moine tibétain), Nietzsche sombre dans la folie et régresse. Mais avant de refermer le rideau et devenir dépendant, il écrit en trois semaines à peine ECCE HOMO, œuvre déjà balbutiante dans son premier essai. Après avoir traversé l’Achéron, il connait le triomphe abyssal. Koselitz-Gast écrit: Nietzsche a été rendu fou par le triomphe de la raison humaine en lui, par l’achèvement de l’œuvre.

Raison Divine aurait été plus appropriée. Dieu est mort parce qu’il était, est et sera. Du chaos naît l’ordre et le chaos naît de l’ordre. Pour Nietzsche c’est le christianisme censé représenter l’ordre qui est responsable du chaos. Lui ne cherche qu’à mettre du chaos pour engendrer l’ordre et jette avec provocation: ce que la plèbe a appris à croire sans raison, qui pourrait le lui faire rejeter par raison?

Le tragique d’une idole

Nietzsche est devenu tragique tout comme l’aurore se lève avec Hélios tiré par le char d’Appolon dans lequel Dionysos sourit éternellement. Alors que lui-même prône de son vivant la fin des idoles, il en sera devenu une parce que c’est ce qu’il était, est et sera. Son œuvre laisse à l’homme immanent la capacité à rire du tragique de la totalité de l’existence pour vaincre l’absurde; oser tout sans regrets, faire ce que doit, mais surtout rire jusqu’à la déraison.

Cette couronne du rieur, cette couronne de roses, à vous mes frères, je lance cette couronne! J’ai sanctifié le rire: ô vous hommes supérieurs, apprenez donc à rire!

Ainsi parlait Zarathoustra

Retrouvez l’épisode précèdent du dimanche des grands philosophes ici et Hannah Arendt

A dans quinze jours pour votre prochain rendez-vous, avec Michel Serres et Pantope sur le chemin du compagnon.

D’ici là, riez de tout et surtout de vous-même !

Initiatique ou religieux ? Ou Mithra, Mithra pas

Parmi les sources de la franc-maçonnerie et des monothéismes occidentaux, le culte de Mithra joue un rôle trop longtemps méconnu. Les points communs entre les pratiques rituéliques maçonniques et mithraïques sont étonnamment nombreux. D’autre part, les reprises d’éléments religieux du culte de Mithra vers la chrétienté sont également importants.  

Les francs-maçons sont fous de recherches sur les origines : une chaîne a beau être longue, nous sommes fascinés par la découverte de ses extrémités. D’ailleurs cette biblique parole «  cherche et tu trouveras » booste nos énergies et justifie notre acharnement.

La littérature regorge d’essais ou romans décrivant une possible filiation entre la franc-maçonnerie et de glorieuses civilisations anciennes. Nombre d’épisodes romanesques ou héroïques émaillent cette filiation. Ils tiennent en haleine les écouteurs d’histoires que nous sommes tous, et font le bonheur des éditeurs . Dan Brown, Giacometti et Ravenne et pas mal d’autres vivent bien du phénomène.

Les religions dites du livre ont marqué l’occident pendant deux millénaires. Les historiens qui se sont penchés sans préjugés sur les évolutions ont constaté l’impact des modifications. Ces altérations sont les traductions, homogénéisations, intégrations, élimination des pensées gnostiques ou autres hérésies,  etc.

Au final on a du mal à discerner d’où proviennent les éléments de nos rituels et textes ; ceci nous laisse sur notre faim, aussi les fouilles continuent.

Les découvertes faites après la seconde guerre mondiale, manuscrits de Qûmran et de Nag Hammadi, ont profondément bousculé la communication faite par l’église catholique, pourtant stabilisée à l’époque.

Robert Ambelain a publié en 1972 un livre devenu best-seller :  « Jésus ou le mortel secret des Templiers ». Sa thèse est que Jésus était un zélote préoccupé de prise du pouvoir local et non un prophète/messie . Ce secret se serait plus ou moins transmis jusqu’aux francs-maçons via les templiers et les cathares.

La piste égyptienne, elle, a atteint un sommet avec Robert Lomas et Christopher Knight et leur « clé d’Hiram ». Ils affirment avoir découvert un pharaon assassiné dans des conditions similaires à celle d’Hiram. Le livre dévoile des formules à la consonance proche de certains mots sacrés de la franc-maçonnerie.

Le berceau de nos civilisations se place entre la Grèce et le croissant fertile qui va d’Égypte en Assyrie.

Ce croissant fertile inclut Israël, Phénicie, Perse. La Grèce fut un absorbeur de tout ce qui l’a précédée puis un diffuseur grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand . De ce fait on a du mal à distinguer ce qui fut découvert par les grecs eux-mêmes. Il s’avère que pas mal de découvertes scientifiques attribuées à Pythagore, Euclide et d’autres étaient déjà connues auparavant.

La civilisation hébraïque n’échappe pas à cette suspicion, comme le montre la grande similitude de l’épopée de Gilgamesh avec la civilisation assyrienne.

Les premiers siècles après Jésus-Christ ont vu une âpre lutte de la chrétienté avec les nombreuses variantes de gnosticisme. On sait aussi que Constantin fit un choix crucial en faveur de la chrétienté, défavorisant le culte de Mithra, pourtant installé bien avant.

Et nous voilà au 21e siècle.  Charles Imbert, dans son «  les 7 degrés de l’initiation », remarque que les monothéismes occidentaux sont maigrichons en ésotérisme. Seule la franc-maçonnerie en possède une bonne dose, avec activité sur une longue période.

Il faut remonter l’histoire avant de retrouver un tel ésotérisme fort, pérenne, initiatique : jusque dans le culte de Mithra.

La progression initiatique, au moins dans sa forme tardive telle que pratiquée par les Romains, comportait 7 degrés. Tout comme on comptait 7 planètes, métaux, tons musicaux, zones corporelles ( chakras ) et surtout 7 vices qu’il s’agissait de combattre pour progresser.

Charles Imbert dresse une vertigineuse liste de similitudes entre les pratiques rituéliques mithraïques et les maçonniques. Citons ainsi, à titre d’exemples, les trois premiers degrés, dédiés aux trois dieux (/planètes ) de la Sagesse, de la Beauté et de la Force.

Poursuivons : la disposition intérieure du temple (parvis, sièges en « colonnes », espace de déambulation central, estrade,…), initiation avec dénudation et glaives.

Et, au-delà : la référence aux 5 sens, l’usage d’un mythe comportant un meurtre, accent prononcé sur les dualités et surtout celle de Lumière/Ténèbres, rôle particulier des solstices,…

Mais on peut aussi dresser une liste d’éléments communs entre le culte chrétien et le culte de Mithra. On citera volontiers la naissance lors du solstice d’hiver, et la résurrection/renaissance de Jésus/Mithra. Plusieurs indices historiques laissent à penser que la communauté zélote de Cilicie est le lieu où le transfert s’est organisé : la ville centrale était la Tarse de Paul.

Bref, tout semble se passer comme si finalement Mithra avait survécu complètement, mais au prix d’une partition. 

Le christianisme a récupéré les éléments-clés religieux, et la franc-maçonnerie les rituels et méthodes initiatiques, par-delà deux millénaires !

C’est ce gigantesque « viaduc » de 2000 ans qui pose évidemment question, vu cette qualité de transmission . Serait ce inscrit dans nos gènes ? Sont-ce les archétypes communs à tous les humains qui ont permis cela, sans que nous en puissions mesurer la part innée et la part acquise ?  Les néoplatoniciens ont d’évidence joué un rôle de véhicule pour permettre une partie du saut, de l’Antiquité tardive jusqu’à la Renaissance : 13 siècles, pas mal !  Nul doute non plus que les kabbales et l’alchimie ont, elles aussi, servi de courroie de transmission pour nous mener où nous en sommes.

Les recherches continuent :  à bientôt pour de nouvelles aventures !

Dieu – La science – Les preuves : L’aube d’une révolution

Michel-Yves Bolloré-Olivier Bonnassies

Guy Trédaniel éditeur, 2021, 580 pages, 24 € – Format Kindle 16,99 €

Présentation de l’éditeur :

Trois ans de travail, une vingtaine de scientifiques et de spécialistes de haut niveau : voici révélées les preuves modernes de l’existence de Dieu.

Pendant près de quatre siècles, les découvertes scientifiques se sont accumulées, laissant penser qu’il était possible d’expliquer l’Univers sans avoir besoin d’un dieu créateur.

De façon imprévue, le balancier de la science est reparti en sens inverse. Les découvertes se sont succédées, venant dynamiter les certitudes ancrées dans l’esprit collectif du XXe siècle. Aujourd’hui le matérialisme, qui n’a jamais été qu’une croyance comme une autre, est en passe de devenir une croyance irrationnelle.

Dans une langue accessible à tous, les auteurs tracent de façon passionnante un panorama rigoureux des preuves de l’existence de Dieu. À l’orée du XXe siècle, croire en un dieu créateur semblait s’opposer à la science. Aujourd’hui, ne serait-ce pas le contraire ?

Une invitation à la réflexion et au débat.

Biographies des auteurs

À propos de Michel-Yves Bolloré

Michel-Yves Bolloré est ingénieur en informatique, maître ès sciences et docteur en gestion des affaires de l’Université Paris Dauphine. De 1981 à 1990, il participe avec son frère à la direction du groupe Bolloré dont il dirige la branche industrielle. En 1990, il fonde son propre groupe France-Essor dont l’activité est centrée principalement sur l’industrie mécanique.

À propos d’Olivier Bonnassies

Olivier Bonnassies est ancien élève de l’École Polytechnique (X86), diplômé de l’Institut HEC start up et de l’Institut Catholique de Paris (licence en théologie). Entrepreneur, il a créé plusieurs sociétés. Non croyant jusqu’à l’âge de 20 ans, il est auteur d’une vingtaine de livres et de vidéos et de quelques spectacles, scénarios, articles, newsletters et sites Internet sur des sujets souvent liés à la rationalité de la foi.

Regards Croisés
Regards Croisés

[NDRL : Revenons sur l’un des deux coauteurs le plus connu à savoir Michel-Yves Bolloré, invité de la soirée culturelle de la GLNF « Regards Croisés » le 19 mai 2022. Rappelons qu’il est invité à dialoguer autour du thème « Aux limites de la nature : Dieu, la Science, la Foi » avec Jacques-Noël Pérès, théologien luthérien, Professeur émérite de théologie patristique et d’histoire de l’Église ancienne à la faculté de théologie protestante de Paris – d’ailleurs, n’hésitez pas à aller voir les vidéos de présentation de l’événement

https://vimeo.com/user/41466363/folder/1352569

Afin de mieux comprendre encore son ouvrage qui est, pourrions-nous dire, le livre d’une vie, revenons sur le parcours de Michel-Yves Bolloré.

Sa vie de famille

Issu d’une famille d’industriels bretons, Michel-Yves Bolloré est le fils de Michel et Monique Bolloré. Né en 1945, il est le troisième de la fratrie et grandit avec son frère et ses sœurs, Chantal, Françoise, Laurence et Vincent. Marié en 1971, il est père de trois enfants.

Son parcours estudiantin

Après une scolarité à Gerson, puis à Janson de Sailly et une Maitrise d’informatique en 1968, il obtient le diplôme de l’École Nationale Supérieure d’Ingénieur de Toulouse en 1969. Il suit en parallèle un AEA de Mathématiques Appliquées, puis une maitrise et un Doctorat en Gestion des Entreprises à l’Université Paris Dauphine, obtenu en 1973.

Son service national et ses premiers pas dans le monde de l’entreprise

Après un service militaire d’un an dans l’Armée de l’Air, il entre en 1973 dans l’affaire familiale Papeteries Bolloré. Celle-ci en difficulté est cédée par son père en 1975 au groupe Edmond de Rothschild, qui ne réussit pas à la redresser et la cède alors aux deux frères pour un franc symbolique. Directeur Général de Papeteries Bolloré puis de Bolloré Technologies de 1981 jusqu’à 1990, il dirige la partie industrielle du groupe et participe notamment au développement des films métallisés pour condensateurs.

Michel-Yves Bolloré, le businessman

En 1990, souhaitant mener ses propres affaires, il fonde le groupe industriel, France Essor, dont il est Président Directeur Général. Entre les années 1990 et 2010, ce groupe a investi dans les industries de transformation du papier avec les affaires Claircell et Le Nappage Moderne dans les Vosges ; dans la fabrication de cartes électroniques avec la société SRPI à Redon ; dans le traitement de surface pour l’aéronautique avec Mecacoating ; dans la fabrication de rouleaux industriels avec les sociétés Polimiroir, Ouest-Coating, RCD et Polimiroir Wujan en Chine.

En 2000 France Essor rachète les sociétés Sfar et Civad situées au Creusot à une famille d’industriels locaux. En 2003, France Essor rachète la société Creusot Forge et 25 % de l’aciérie Creusot Métal à Industeel filiale d’Arcelor, puis la même année Creusot Mécanique, une ancienne défaisance de Framatome. Ces cinq affaires sont regroupées dans une nouvelle société holding Sfarsteel qui connaît une forte croissance à partir de 2004. En 2006, France Essor revend Sfarsteel à Areva. Michel-Yves Bolloré vend alors la plupart de ses participations dans le courant des années 2000 et réside depuis 2011 à Londres.

Un homme généreux

Intéressé par l’éducation, il créé trois écoles privées : The Laurels à Londres, Agnès School à Bruxelles, Les Vignes à Courbevoie. Il investit également dans une académie au Cameroun et dans l’académie de langues anciennes Polis à Jérusalem. Il participe au financement d’Aleteia, créé par l’autre coauteur Olivier Bonnassies en 2007, devenu le premier site Internet catholique du monde en huit langues et aujourd’hui propriété du Groupe Media Participation.

À l’heure où nous chroniquons, l’ouvrage est un déjà un très grand succès littéraire !

Il circule même déjà sous le manteau en PDF !!

Le classement du magazine d’actualité hebdomadaire, créé en 1953 par Jean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006) et Françoise Giroud (1916-2003), L’Express – n° 3695 semaine du 26 avril au 4 mai 2022 -, en catégorie ESSAIS-DOCUMENTS donne en 19e position Dieu – La Science – Les preuves : L’aube d’une révolution, en 25e semaine !!!

Pour le Maçon régulier et de tradition, respectueux des Principes Fondateurs de notre Grande Loge, Obédience reconnue comme régulière pour gouverner, en France, l’Ancienne et Très Vénérable Fraternité des Maçons Francs et Acceptés, Ordre maçonnique initiatique et traditionnel, dont l’essence repose sur la foi en Dieu, « Grand Architecte de l’Univers », la fraternité et l’exercice des vertus, ce livre lui donnera des pistes pour répondre à une question fondamentale : existe-t-il un dieu créateur ?

C’est justement ce que retrace, d’une façon très pédagogique, les deux coauteurs que sont Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, qui nous font entrer dans une histoire passionnante. À la découverte de nouvelles preuves de l’existence d’un dieu créateur, aussi bien dans le domaine scientifique que dans d’autres territoires du savoir…

Dieu le Père, Dieu créateur – un attribut où la perfection est réservée à Dieu – lui qui a fait, ex nihilo, toute chose par la répétition de la parole d’appel à la vie, en ce, en six jours.

Nous devons la préface Robert Woodrow Wilson, prix Nobel de physique en 1978 avec Arno Penzias, est le codécouvreur, en 1964, du rayonnement de fond cosmologique, écho du Big Bang.

Après une imposante introduction – p. 17à 52 – où le sous-titre – L’aube d’une révolution – est l’objet d’un chapitre passant en revue un galerie de portraits de découvreurs de Copernic à Freud en passant pas Galilée ou encore Buffon, Laplace et Darwin, ce fort volume se compose de deux grandes parties : « Les preuves liées à la science » et « Les preuves hors science ». Ce plan est surtout un support structurel à l’histoire de la science et de la cosmologie, mais aussi leurs implications philosophiques et religieuses.

Nous avons tout particulièrement aimé :

  • L’écriture faisant que ce livre, qui pourrait sembler difficile compte tenu du sujet, se parcourt avec plaisir ;
  • Les nombreuses illustrations qui jouent aussi leur rôle dans la compréhension des textes ;
  • La pédagogie employée pour leur démonstration. D’ailleurs Michel-Yves Bolloré s’est vu féliciter à la suite d’une conférence ; certains lui demandant s’il n’était pas lui-même Franc-Maçon, tellement sa méthode était compréhensible de tous ! ;
  • L’emploi d’encre noire et bleue. Cette option d’impression met de la couleur dans nos yeux. Pour mémoire, dans l’Egypte antique, le noir avait un symbolisme positif : le verbe « kem » (issu du mot « noir »), signifiait « mener à bien, s’élever à, accomplir, payer, compléter, servir à » et le mot « kem » voulait dire « complet, parfait, obligation, devoir ». Pour la couleur bleue, de nos jours et en matière de communication visuelle, elle est associée à l’intelligence et aussi à tout ce qui est nouveau et innovant ;
  • Les graphique sou croquis, notamment celui du « Grand Retournement » symbolisant cinq siècles de découvertes scientifiques ;
  • Les tableaux offrant une grille de lecture et permettant d’organiser, de présenter et de trier l’information, les idées mais aussi les principales composantes du texte ;
  •  Les repères chronologiques en annexe 1, allant de moins 13 800 000 000 années Big Bang – Ère de Planck à, dans un futur lointain, 10100 : mort thermique de l’Univers dilaté et fin de toute activité ;
  • Le glossaire.]

Philosophie opérative

Pour bien comprendre la franc-maçonnerie « moderne », il ne faut pas hésiter à remonter à la source. Et même s’y attarder, au début de ce premier millénaire avant notre ère. Laissons la fiction se mêler à la réalité : imaginons, écoutons…

…Dans la salle de lecture de la loge, ce soir frisquet de fin décembre, après le travail. Peter, un Maître-maçon, y forme ses trois apprentis, après le travail. Andrew, James et John.

Alors qu’un pâle soleil couchant londonien taquine les vitraux du majestueux édifice de Westminster et auréole la chevelure de l’expert, celui-ci propose à ses protégés de réaliser avec lui une expérience. Il prend une auge à mortier bien creuse et la pose vide sur la table de travail. Il la garnit lentement avec une dizaine de pierres brutes, qu’il pose les unes sur les autres. Lorsque le récipient est rempli de pierres, le Maître-maçon demande s’il est effectivement plein.

– « Sans aucun doute, Maître ! » répondent en chœur les trois jeunes gens.

  • « Moi, je ne crois pas, mes Frères ! » dit le Maître malicieux, tout en saisissant un broc de graviers, qu’il verse aussitôt dans l’auge. Ceux-ci s’infiltrent et roulent jusqu’au fond du récipient, entre les pierres.

A nouveau, Peter demande si l’auge est pleine. Les trois apprentis qui flairent une astuce de leur Maître, s’exclament d’une seule voix :

  • « Bien sûr que non, Maître ! »
  • « Effectivement, mes Frères ! » enchaîne le Maître Peter qui verse maintenant un broc de sable entre les pierres. Le sable glisse immédiatement entre les pierres et les graviers.

Une nouvelle fois, le Maître s’exclame :

  • « Et maintenant, l’auge est-elle vraiment pleine, mes Frères ? »
  • « Non, non, Maître ! » répondent narquois, les trois apprentis amusés.
  • « Vous avez raison, mes Frères ! » dit Peter, en versant cette fois un broc d’eau dans l’auge. L’eau s’écoule et remplit le récipient à ras bord.

– « Quelle vérité ai-je ainsi voulu vous démontrer, mes Frères ? demande alors le Maître Peter ?

  • « Que la tâche ne soit jamais finie, que l’on peut toujours ajouter un travail à un autre … ! répond Andrew, qui s’enflamme et parle toujours trop vite.
  • « Que l’on peut toujours enrichir son savoir, qu’il y a toujours un nouveau métier à apprendre et à faire… ! », ajoute James, qui aime les expériences créatives.
  • « Que notre emploi du temps ne soit jamais tout à fait plein, qu’il y a toujours une place pour une occupation de plus… ! ajoute John, qui est avide de rencontres.
  • « Non, mes Frères, vous n’y êtes pas ! » répond le Maître Peter. La vérité que j’ai voulue vous démontrer est que si vous ne mettez pas les pierres d’abord dans l’auge, vous ne pourrez pas les y faire entrer ensuite… !

A l’écoute de ces propos trop évidents, les trois apprentis restent dubitatifs : Andrew, penaud, regarde ses souliers, James lève les yeux au ciel et John fixe l’horizon… Le bon Maître Peter leur dit alors :

– « Imaginez-vous que ces pierres représentent les choses les plus importantes de votre vie. Par exemple, votre santé, celle de votre famille, de vos amis. Par exemple encore, votre désir d’apprendre, de comprendre, d’aimer et d’aider les démunis, d’éduquer la jeunesse. Par exemple enfin, de prendre des loisirs, de réaliser un rêve, de vous occuper de vous tout simplement…Si vous ne placez pas en premier vos pierres dans ce grand récipient qu’est la vie, vous risquez précisément de ne pas bien remplir la vôtre !

Si vous remplissez d’abord votre vie de petites choses sans importance, tels que les symbolisent ici le gravier, le sable, l’eau, vous n’aurez plus assez de temps à consacrer aux choses réellement importantes. Donc, mes Frères, demandez-vous quelles sont les pierres majeures de votre vie…et déposez-les en premier dans votre auge ! Vous y glisserez après seulement les petites choses… ! Il faut prendre le temps des choses et faire chaque chose en son temps… ! »

A ces mots, porteurs d’une philosophie si belle et si pratique, les trois apprentis restent cloués sur leur siège, l’air ravi et pensif : longuement, Andrew se gratte le crâne, James le menton, et John l’oreille. Le bon Maître Peter sourit, satisfait d’avoir conduit ses trois apprentis à la réflexion profonde. A leurs pieds, Oliver, le chat roux et blanc, qui lui paraît indifférent, se gratte le ventre…

Après cet exercice intellectuel, le sage invite ses disciples à boire une pinte de cervoise à la Golden Tavern, à deux pas de Westminster Abbay. A l’emplacement même, où mille ans plus tard, les francs-maçons français, entre autres, viendront admirer le travail de leurs illustres prédécesseurs, d’un coup d’Eurostar !

La construction est une vieille affaire : l’homme a vite compris que son court passage sur terre était lié aux pierres, ces « matériaux éternels » partout présents, à la fois objets concrets et symboles de survivance. Il a deviné leur utile superposition, et, depuis l’âge néolithique, les a empilées sur la planète entière. D’abord en montant des murs protecteurs, ensuite des abris et enfin des maisons habitables, qui, regroupées près des points d’eau, sont devenues villages. Y ont alors fait leur apparition, avec la vie en communauté, les animaux domestiqués puis d’élevage, et bien entendu, les indispensables cultures autour.

Ainsi, peut-on dire que la pierre a « maçonné » (de l’anglais to make, faire), a donc bâti l’homme et l’a élevé, dans les deux sens du terme ! Instruit par cette affinité avec « la roche mère », sa volonté, son effort de maîtrise des ressources naturelles, l’ont par étapes, modelé physiquement, en le dotant d’un corps mieux adapté, et sociologiquement, en induisant son nécessaire rapport aux autres. Et même aujourd’hui, la pierre, si elle remplacée dans les grands travaux immobiliers, par le béton et le fer, laisse d’évidence en eux son empreinte !