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Londres : l’obligation de se déclarer Franc-maçon à la Met – état des lieux au 15 janvier 2026

Il y a, dans toute société, des moments où la transparence bascule en soupçon. Le débat londonien sur l’obligation faite aux policiers de la Metropolitan Police de déclarer une appartenance maçonnique appartient à cette zone de frottement : celle où la nécessité de restaurer la confiance publique rencontre le droit à la vie privée et la liberté d’association. Depuis l’automne 2025, l’affaire a quitté le terrain des échanges internes pour devenir un dossier politique, juridique et symbolique et, désormais, un contentieux porté devant la High Court.

1) Ce que la Met a décidé exactement et à qui cela s’applique

Le 11 décembre 2025, la Metropolitan Police a annoncé l’ajout des « organisations hiérarchiques dont l’adhésion est confidentielle et qui exigent que leurs membres se soutiennent et se protègent mutuellement » à sa politique des declarable associations. La franc-maçonnerie y est explicitement nommée, avec l’idée que d’autres organisations pourraient être ajoutées si des informations le justifient.

Concrètement, à compter du 11 décembre, les policiers et personnels de la Met doivent déclarer toute appartenance passée ou présente à une organisation entrant dans cette définition, et cette déclaration devient également obligatoire dans les procédures de vetting (filtrage/agrément).

La Met insiste sur un point : il ne s’agit pas d’interdire l’appartenance, mais d’identifier un risque possible de conflit de loyauté (réel ou perçu) et de gérer ce risque.

2) La justification avancée par la Met : confiance, impartialité, « New Met for London »

Dans sa communication officielle, la Met relie cette mesure à une stratégie plus large de redressement moral et disciplinaire (New Met for London plan). Le Commander Simon Messinger explique que « la confiance du public et des personnels doit primer sur le secret de toute organisation d’adhésion » et évoque des inquiétudes persistantes concernant l’impact – « réel ou perçu » – sur enquêtes, promotions, procédures disciplinaires.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

La Met met aussi en avant les résultats d’une consultation interne (octobre 2025) : un peu plus de 2000 répondants, avec environ 66 % jugeant que l’appartenance à ce type d’organisation affecte la perception d’impartialité et la confiance, et 66 % favorables à l’inclusion de la franc-maçonnerie dans les declarable associations.
(Chiffres contestés ensuite par les organisations maçonniques, qui soulignent une participation faible relativement à l’effectif global.)

3) Le déclencheur « macro » : Daniel Morgan (1987) et l’ombre longue de la corruption institutionnelle

L’argument le plus structurant vient d’un arrière-plan. La crise de confiance autour de la Met depuis des années, et en particulier le rapport du Daniel Morgan Independent Panel (publié en 2021) sur l’enquête du meurtre de Daniel Morgan (1987) et la question des défaillances systémiques. La Met rappelle explicitement que ce panel recommandait que les personnels déclarent l’appartenance à des organisations, dont la franc-maçonnerie, pouvant présenter un conflit d’intérêt potentiel.

Autrement dit : la Met ne dit pas “la franc-maçonnerie est corruptrice”. Elle dit : dans une institution déjà fragilisée, certaines formes d’adhésions hiérarchiques et confidentielles alimentent une perception de cercle fermé, donc un risque réputationnel et parfois opérationnel qui doit être encadré.

4) La riposte maçonnique : « illégal, injuste, discriminatoire » + droits fondamentaux

Face à la décision du 11 décembre, la United Grand Lodge of England (UGLE) – agissant aussi pour l’Order of Women Freemasons (OWF) et la Honourable Fraternity of Ancient Freemasons (HFAF) – a engagé une stratégie frontale.

a) Sur le fond : stigmatisation et atteinte à la liberté d’association

Le 17 décembre 2025, l’UGLE (Grand Loge Unie d’Angleterre) annonce l’envoi d’une letter before claim en vue d’un judicial review, estimant la décision unlawful, unfair and discriminatory, et jugeant la consultation wholly inadequate.

Le cœur du raisonnement : une obligation de déclaration généralisée « jette une aura de méfiance » sur l’ensemble des maçons, alors même que l’UGLE revendique une politique d’ouverture accrue depuis des décennies.

b) Les bases juridiques invoquées, telles qu’UGLE les met sur la table

Dans son communiqué, l’UGLE évoque des atteintes potentielles :

  • à l’Equality Act 2010,
  • au UK GDPR (données personnelles),
  • et plus largement aux droits fondamentaux des membres.

Dans la presse, les requérants articulent aussi un argument « à fort pouvoir symbolique »: l’adhésion maçonnique régulière exigeant une croyance (au sens d’une référence au “Grand Architecte”/principe supérieur), l’obligation de dévoilement toucherait à une dimension assimilable à une conviction protégée, donc à un risque de discrimination liée à la religion ou aux croyances (source The Guardian).

5) Un point crucial : « registre public » ou déclaration interne ?

Là se joue une grande partie du malentendu médiatique. La mesure actuelle est une obligation de déclaration à l’employeur (Met), adossée au vetting, pas l’annonce d’un registre public accessible à tous. Dans l’histoire britannique, l’idée d’un registre public a déjà existé comme débat politique – mais ici, on est d’abord dans le registre du contrôle interne, de la conformité et de la gestion des risques.

Cela n’empêche pas l’UGLE de voir une pente : si l’institution considère l’appartenance comme “signal” à surveiller, la confidentialité, même interne, devient un marqueur et ce marqueur, dans un climat de soupçon, peut produire de la stigmatisation.

6) Où en est le contentieux devant la High Court (au 15 janvier 2026)

a) Une procédure de judicial review est enclenchée

L’UGLE et ses partenaires ont lancé l’action.

b) L’épisode « injonction » : pas de suspension immédiate, débat en cours

Un juge de la High Court (Mr Justice Chamberlain) a rendu une ordonnance datée du 2 janvier 2026, publiée le 12 janvier 2026. Elle est très éclairante sur l’instant procédural :

  • L’ordonnance rappelle que la décision contestée impose bien une exigence applicable immédiatement.
  • Mais elle note qu’il n’y a pas de besoin pressant de mesures provisoires immédiates, notamment parce que plus de 300 personnels ont déjà déclaré une implication dans des associations maçonniques ou autres, et parce que la Met n’envisage pas, à très court terme, des sanctions disciplinaires dans les semaines suivantes.
  • Elle prévoit que la question de l’interim relief (suspension) soit tranchée “sur pièces” pendant la semaine commençant le 12 janvier 2026 (donc : décision attendue à brève échéance à partir de cette date).

c) L’incident d’anonymat : « FSK »

L’ordonnance accorde aussi une mesure d’anonymat provisoire à un quatrième requérant « FSK », avec un passage piquant : le juge demande des observations sur une possible contradiction entre l’attente de confidentialité et le fait qu’une mention d’appartenance apparaisse sur une page Facebook publique (source Courts ans Tribynals Judiciary).
Ce détail, apparemment anecdotique, touche à la philosophie du dossier : la frontière entre discrétion et secret, entre choix intime et exposition, n’est pas uniforme chez tous les membres.

d) Le chiffre « 300+ »

Au 13 janvier 2026, la presse indique 316 déclarations et rapporte que plus de 300 personnels ont obtempéré. En effet, Guardian, ITV, etc. reprennent ensuite le chiffre 316 déclarations, à date, dans le même mouvement.

e) Et c’est là que l’écho médiatique français prend tout son sens

Le 14 janvier, La Voix du Nord – rare média, en France, a avoir abordé ce sujet – relaie que « plus de 300 » employées et employés de la police britannique ont déjà déclaré une appartenance maçonnique non comme une rumeur, mais comme un fait procédural adossé à la justice. L’émetteur, au fond, n’est pas un commentateur : c’est le juge.Dans une ordonnance de la High Court (Administrative Court), signée par Mr Justice Chamberlain, datée du 2 janvier et rendue publique le 12 janvier, la Cour constate que la décision contestée « s’applique immédiatement », mais qu’il n’y a pas de nécessité pressante d’une suspension immédiate, notamment parce que « some 300 officers and staff have already declared » leur implication dans des associations maçonniques ou autres associations hiérarchiques.

La Voix du Nord, Lille

Le juge ajoute deux éléments qui, politiquement, pèsent lourd : d’une part, l’absence d’intention annoncée de sanctions disciplinaires dans les prochaines semaines pour les retardataires ; d’autre part, l’engagement de la Met à reconsidérer sa décision à la lumière des observations des requérants. Autrement dit, l’argument d’urgence – clé des mesures provisoires – se trouve mécaniquement affaibli par la réalité déjà produite par la mesure.

VDN – logo

Et c’est précisément cette bascule que l’article de La Voix du Nord met en scène pour un lectorat français. La controverse n’est plus seulement doctrinale, elle est devenue comptable. Dans la presse britannique, cette barre des 300 est précisée à 316 déclarations à la date évoquée, chiffre brandi comme indice d’une conformité déjà largement engagée, tandis que les obédiences y voient, à l’inverse, la preuve d’une pression institutionnelle qui force la main au choix de la transparence.

7) L’argument Hillsborough : quand un rapport officiel démonte l’imaginaire du complot

Un des éléments les plus intéressants, et souvent mal exploités, est la manière dont un rapport officiel récent traite frontalement la rumeur d’influence maçonnique.

Dans son chapitre No evidence found of masonic influence, l’Independent Office for Police Conduct (IOPC) explique avoir examiné l’allégation selon laquelle certains officiers auraient cherché à protéger un supérieur parce qu’il était franc-maçon ; l’IOPC décrit sa méthode (questions systématiques, vérifications, sollicitation de l’UGLE, liste de noms, correspondances de fichiers) et conclut ne pas avoir trouvé d’éléments soutenant l’idée d’une conspiration maçonnique ou d’une protection motivée par l’appartenance.

Ce point ne clôt pas la question de la perception, mais il éclaire la mécanique : le soupçon maçonnique peut devenir une explication prête à l’emploi dans les crises de confiance, même lorsque les investigations documentées n’en confirment pas la structure fantasmatique.

8) Le précédent historique Blair/Straw : oui, le Royaume-Uni a déjà tenté… puis reculé

Le feuilleton ne sort pas de nulle part. À la fin des années 1990, un régime de déclaration avait été imposé à certains segments (magistrature, police, pénitentiaire), avant d’être abandonné.

Tony-Blair-en-2024

Une réponse officielle citée dans un échange public de la London Assembly rappelle que des registres ont été mis en place à partir de 1998 (à l’initiative du Home Secretary Jack Straw), puis qu’ils ont été supprimés en 2001, à la suite d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme et d’un réexamen par le Home Office.

Jack_Straw en 2015

Ce précédent est essentiel : il fournit à l’UGLE une mémoire juridique et politique, et il rappelle à la Met qu’elle marche sur une corde raide : ce qui se veut aujourd’hui mesure de confiance peut redevenir demain mesure illégale si la proportionnalité n’est pas démontrée.

9) Police Federation : une opposition corporate mais pas maçonnique

Autre acteur clé : la Metropolitan Police Federation, le syndicat. Elle a publié des déclarations critiques, dénonçant une mesure jugée attentatoire aux droits des agents et s’inquiétant d’un engrenage. la question peut se poser : où va s’arrêter la liste ?

Ce soutien est stratégiquement important pour l’UGLE : il évite de réduire le conflit à « maçons contre police ». Il installe plutôt une triangulation : management (Met) vs représentations professionnelles (Federation) + associations initiatiques (UGLE/OWF/HFAF).

10) Ce qui se joue vraiment (au-delà du droit) : une affaire d’équerre et de regard

Freemasons’ Hall

Au fond, l’angle initiatique aide à nommer l’invisible :

  • La Met veut rétablir un regard d’équerre – celui qui vérifie les conflits de loyauté et redresse les verticales.
  • Les obédiences maçonniques défendent le droit au voile mesuré – non pas le secret coupable, mais la part de réserve qui appartient à la liberté intime, à la conscience, à l’association.

Et ce qui fait crise, c’est que la même chose – la fraternité, l’entraide, l’appartenance – peut être lue comme vertu (solidarité) ou comme risque (réseau). La politique des declarable associations tente d’objectiver le risque ; la riposte maçonnique pointe la stigmatisation et l’amplification d’un soupçon.

11) À surveiller maintenant : les prochaines marches du dossier…

  1. Décision imminente sur l’interim relief (suspension provisoire), annoncée comme devant être tranchée “sur pièces” la semaine du 12 janvier 2026.
  2. Si la suspension est refusée, la politique continue de s’appliquer pendant que le judicial review suit son cours (fond : légalité, proportionnalité, consultation, data protection, égalité).
  3. Si la suspension est accordée, la Met devra geler l’application en attendant le jugement au fond, ce qui serait un signal fort sur la fragilité juridique de la mesure.

Au 15 janvier 2026, le dossier est entré dans sa phase la plus révélatrice : celle où le droit va contraindre chacun à prouver ce qu’il affirme. La Met devra démontrer que la mesure est nécessaire et proportionnée au but poursuivi (confiance, impartialité). L’UGLE, l’OWF et la HFAF devront démontrer que l’obligation produit une atteinte excessive aux droits, et qu’elle vise, de fait, une communauté déjà surchargée d’imaginaires.

Le paradoxe est là : la franc-maçonnerie anglaise, historiquement engagée depuis des décennies dans une politique d’ouverture, se retrouve sommée d’être transparente à la demande, non plus librement, mais sous menace disciplinaire potentielle. Et la police, institution de l’État, se retrouve à manier une matière hautement inflammable : le symbolique, ce carburant des peurs collectives.

Affaire à suivre…

Temple de la GLUA – UGLE

Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini

En raison des nombreux éléments propre au christianisme, tels que la croix latine, la formule INRI et toutes les références verbales issues du texte même des Evangiles, le 18ème degré reçoit couramment l’appellation de rite « christique », qualificatif au sens extrêmement large. Pas d’erreur possible, le 18ème degré est véritablement en lien avec la figure et les paroles de celui qui est l’origine de la religion chrétienne – peut-être conviendrait-il de dire des religions chrétiennes ?

Le point de départ, bien entendu, c’est cet homme natif de Jérusalem, il y a environ deux mille ans, dont le nom complet est Yéshoua ben Yossef, ben David, ce qui donne en français courant : Jésus, fils de Joseph, de la lignée de David…, homme jeune, porteur d’un charisme exceptionnel, qui a entraîné à sa suite de nombreuses personnes à qui il délivrait un enseignement nouveau, et qui prodiguait des guérisons miraculeuses, tout en prononçant des discours séditieux et provocateurs à l’encontre des autorités de sa propre religion. Comme chacun sait, selon la tradition, il a fini de manière infâme, sur une croix, à la suite d’un procès expéditif. Les écrits se rapportant à lui disent qu’il avait alors trente-trois ans.

On peut donc s’interroger, pour décider quelle appréciation s’avère la plus pertinente pour caractériser le 18ème degré : s’agit-il d’un rite chrétien ou d’un rite christique ? Il convient avant tout de s’entendre, sur le sens des mots. Pour l’adjectif chrétien nous retiendrons le sens de « ce qui se rapporte, à proprement parler, à la figure du christ » et pour l’adjectif christique nous retiendrons le sens de « dérivé du christianisme ». Sur cette base, j’examinerai tout d’abord, dans cette planche, la dimension chrétienne du rite, c’est-à-dire en rapport direct avec les paroles et la vie du christ ; dans un deuxième temps je considèrerai les aspects christiques, c’est-à-dire les dimensions d’ordre spirituel qui s’y sont rajoutées. Je terminerai en me concentrant sur le sens profond de ces deux termes à travers la notion de messianité qui définit, pour le mieux, la réalité ontologique du christ.

1 La dimension chrétienne

Depuis notre initiation au premier degré et le serment prêté sur le Volume de la Loi sacrée, ouverte au Prologue de l’évangile de Jean, nous sommes familiers du lien qui rattache la maçonnerie avec la tradition chrétienne. Cependant, pour celui qui accède au 17ème degré et qui entend pour la première fois les paroles qui y sont prononcées, ce dernier découvre, à condition de disposer d’un minimum de culture religieuse, que la maçonnerie qui se présente à lui maintenant s’appuie sur de solides et nombreux fondements néotestamentaires, autrement dit chrétiens. Cette constatation a lieu lorsqu’il apprend que le 17ème degré se situe en référence à l’Apocalypse, soit le dernier livre du Nouveau Testament, celui qui achève la Bible dans sa totalité.

 Différents éléments vont attirer l’attention des nouveaux candidats, dès lors qu’ils apprennent que le temple sombre où se réalise la première partie de l’initiation au 18ème degré prend le nom de « Golgotha ou calvaire ». De même, ils reconnaîtront au cours de cette cérémonie, puis dans le rite ordinaire, des fragments du texte sacré qui relatent la crucifixion. Citons par exemple l’heure du parfait maçon définie dans le rituel de reprise des travaux comme l’heure où le voile du Temple s’est déchiré. Chez Marc nous lisons ceci au chapitre XV, versets 37 et 38 :

« Jésus poussa un grand cri et expira. Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ».

L’allusion ésotérique de ce phénomène est celle que la connaissance secrète de l’ancienne religion juive se trouve désormais offerte aux yeux de tous.

 Autre élément symbolique lié à la crucifixion, la pierre qui sue « sang et eau ». Ici nous avons dans l’Evangile de Jean, chap. XIX, verset 34, cette phrase : Un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. En associant les deux liquides à la pierre cubique, le rituel désigne clairement la figure de Jésus, qui reprenant d’anciens propos du psaume 118 et d’Isaïe XXVIII, s’était identifié lui-même, à la pierre d’angle du Temple :

« Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ! »

(Mt. XXI – 42)

 Autre métaphore du rituel qui introduit la figure de Jésus dans la cérémonie : je veux parler de la rose sur la croix. Voici ce que dit le rituel :

« Cela se produisit quand la rose mystique sacrifiée sur une croix plantée sur une montagne s’éleva au ciel par trois carrés, trois triangles, et trois cercles ».

Étrange formule que cette « rose mystique qui monte au ciel » ! L’image fait partie des allégories poétiques inventées par les alchimistes dans lesquelles, je ne saurais entrer. Cependant, la phrase reprend trois éléments fondamentaux de la passion du christ : le sacrifice sur une croix, le site constitué d’une montagne, soit le Golgotha (lieu du crâne), et pour finir, le principe d’une montée vers le ciel…

 Ce relevé d’éléments chrétiens n’est pas exhaustif. Notons encore, toutefois, la référence aux trois jours de la descente aux enfers de la tradition chrétienne : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. (Mt. XII – 40). Le rituel dit sobrement : « Après trois jours le Grand architecte de l’univers rendit tout son éclat à la lumière ». Terminons ce relevé en rappelant l’âge symbolique des Chevaliers Rose-Croix : trente-trois ans, l’âge du christ.

 Nous avons là, par conséquent, un nombre important d’indices qui nous confrontent avec les sources éminemment chrétiennes de ce rite. On ne peut, cependant, s’en tenir là, d’autres éléments se rajoutent qui élargissent cette thématique. C’est ce qu’on appellera la dimension christique.

2 La dimension christique

 Sur un mode ironique on dira peut-être, que vie du christ aura enflammé bien des imaginations ! En effet, depuis le moment de sa mort, jusqu’à notre présent le plus contemporain, elle aura inspiré des comportements, des engagements spirituels innombrables et variés qui se réfèrent tous à l’exemple et à la parole de Jésus. Le livre le plus publié après la Bible, depuis la Renaissance, d’un auteur anonyme, s’intitule L’Imitation de Jésus-Christ, et, sur la base de cette phrase de l’Evangile de Jean, « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres… » (Jn. VIII-12) enseigne à mener sa vie sur le modèle du Christ. Cette amplification du message chrétien imprègne totalement notre 18ème degré ce qui nous autorise à lui reconnaître une dimension christique.

 En premier lieu nous sommes obligés de mettre ici en évidence les trois vertus théologales, Foi, Charité, Espérance.

Ces trois vertus, sont commentées par le rituel de manière très prudente, de façon à ne pas tomber dans l’ornière du dogmatisme catholique. « Grâce à l’Espérance, l’humanité a toujours tendu vers le bien ». « La Foi est une tension qui se manifeste dans le cœur de l’homme et le porte à consacrer son énergie et même sa vie, à la poursuite de l’idéal engendré par l’espérance ». « La Charité est la beauté de l’âme qui permet d’adoucir l’existence si dure de tant d’êtres vivants ». Rien d’incompatible dans ces trois définitions, avec le message chrétien, bien au contraire.

Cependant il s’agit d’un développement christique sur la base de l’enseignement du premier apôtre, Paul. Le rituel- même lui rend son crédit en citant la Première Épitre aux Éphésiens :

« Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaitrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la FOI, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la CHARITÉ, je ne suis rien… ».

Paul est postérieur d’une vingtaine d’année à la naissance du christ et ses Épitres participent du développement du christianisme à travers les communautés juives, du pourtour méditerranéen, favorables à l’évolution de leur religion et qui vivaient dans leur chair les persécutions dont ils étaient l’objet. L’écrivain Emmanuel Carrère, dans son livre intitulé Le Royaume, consacré à sa foi personnelle, a sur Paul une appréciation pleine de sens. Il dira de lui : transposé dans les dix premières années de la révolution bolchévique, en Russie, le personnage de Paul me fait penser à un général de l’armée blanche, qui, ayant épousé la cause du communisme, cherche à être plus léniniste que les premiers acteurs de la Révolution rouge… 

 Autres aspects qui correspondent à ce que nous pouvons considérer comme des éléments de nature christique, ce sont toutes ces petites formules qui émaillent le rituel, pas vraiment présentes dans le Nouveau Testament, mais toutes porteuses d’une connotation chrétienne. Exemple : « Qui vous a reçu ? Le plus humble de tous…parce qu’il était le plus éclairé, sachant que toute inspiration vient d’en haut… ». Cette dernière formulation, toute inspiration vient d’en haut, fait écho indirectement aux multiples citations relatives à « ce qui est donné » aux hommes, venant du Tout-Puissant.

Ne parlons pas des notions de Lumière dissipant les ténèbres, ou de Lumière revenue dans tout son éclat… qui renvoie au Prologue de l’Evangile de Jean. De même l’usage de la formule hoshée, qui veut dire sauveur, soit le nom-même de Jésus.

On ne saurait oublier la symbolique de la « table fraternelle » où nous procédons à la cérémonie de la cène, avec le partage du pain et du vin, et la formule ambiguë, à mes yeux, dans ce contexte : « Tout est consommé ! »

3 Au-delà des mots (conclusion)

chemins dans les champs

 Je terminerai ce texte par quelques réflexions qui répondent directement à la question posée : Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini ? Compte tenu de ce que je viens de dire, démontrant que les qualificatifs sont tous deux justes et pertinents à la base. Il en ressort selon moi, que la question ne se pose pas : par définition les parallèles ne se rejoignent jamais. Ici le point de départ à ces deux mots, « christique ou chrétien », est commun, car il s’agit du christ, plus précisément ses paroles et son exemple. Dans la distinction entre chrétien et christique il y a un sous-entendu dans lequel, pour ma part, je ne rentre pas, sous-entendu qui attribuerait a priori le qualificatif de « chrétien » aux églises se réclamant de Pierre, et celui de « christique » à la maçonnerie laquelle se réclame de Jean. Si l’on veut voir les choses de près, je ne pense pas qu’il n’y ait de grosses différences. Ce qui peut varier c’est l’intensité dans la référence au christ, et certainement la qualité de cœur qu’on y met. Le reste est une affaire de forme, de mise en scène…

Ces deux termes procèdent de la même racine grecque, à savoir l’adjectif christos dont le sens est : qui a reçu l’onction. En français il faudrait dire l’oint, mais la sonorité de ce mot passe mal dans cette langue. Ce mot, oint est un décalque de l’hébreu biblique mashiah qui a donné le terme messie en français. Cela correspond à la désignation d’un être particulièrement consacré pour accomplir la volonté du Tout-Puissant, au moyen d’un geste fait par un grand prêtre ou prophète, selon le Lévitique, qui verse l’huile contenue dans une corne évidée de bélier sur le front d’un personnage d’exception, futur chef, en général. Ce geste a été repris lors du couronnement des rois de toute la chrétienté occidentale. L’huile étant appelée le « saint chrême », faisant ainsi des personnages oints, autrement dit des « christs » à leur tour. Le rite écossais ancien et accepté reprend ce geste hautement sacré au 14ème degré, dès lors que le T.F.P.M. prononce ces mots :

« En mémoire de l’onction que reçurent Aaron, David et Salomon, je vais imprimer sur vous la marque du G.A.D.L.U. ! ».

S’ensuit le geste symbolique que nous avons tous connu exécuté avec une truelle d’or appliquée sur les yeux, la bouche et le cœur…

Ce mot Mashiah francisé, via les communautés juives de France, en « messie », désigne l’envoyé de Dieu qui doit sauver le monde à la fin des temps. Une expression populaire reprend cette idée employée pour évoquer une personne en retard : « Tu tardes comme le messie ! » Il importe donc de ne pas perdre de vue cette notion quand on emploie ces mots, chrétien, ou christique. Toutefois devons-nous nous satisfaire de ces deux qualificatifs. Pour ma part je ressens une certaine restriction dans ces termes, restant, pour ma part, attaché à une conception judéo-chrétienne de la maçonnerie. Si elle est chrétienne elle est aussi judéenne. Le cadre le veut avec les deux colonnes J. et B., les dix offices hérités du minyan juif etc.

Cependant, il y a encore autre chose qui caractérise la spiritualité juive dont nous avons reçu l’héritage, même si cela n’est pas dit très clairement : le propre de cette spiritualité qui résume et exalte les dix commandements est la suivante : c’est « l’étude de la Loi ». Jésus brodera en insistant sur l’amour à avoir pour le Dieu unique et l’amour pour notre prochain, mais conclura en disant : « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes » (Mt. XXII – 40). « La Loi et les prophètes » résument ainsi la marche du monde qu’en tant qu’initiés nous sommes appelés à méditer.

Tel est bien le message judéo-chrétien donné au 18ème degré !

Jacques Carletto fait son Interview : « La bibliothèque idéale de l’initié » de Thierry Viquerat

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La Bibliothèque idéale de l’Initié n’est ni un manuel d’érudition, ni une bibliographie exhaustive, ni un ouvrage prescriptif au sens dogmatique. L’auteur adopte d’emblée une posture singulière : celle d’un grand lecteur désabusé de l’illusion culturelle, conscient que l’accumulation de savoirs ne garantit ni la sagesse, ni la vertu, ni même l’éveil spirituel. À travers une réflexion très personnelle, nourrie par plus de trente ans de pratique maçonnique (au Rite Écossais Ancien et Accepté), il affirme une idée centrale : la lecture n’est ni une condition suffisante, ni une condition nécessaire à l’accomplissement humain, mais elle peut devenir un puissant levier initiatique lorsqu’elle est intégrée à une démarche existentielle cohérente.

Le ton, volontairement ironique et parfois provocateur, sert à désacraliser la posture de l’érudit et à libérer le lecteur de tout complexe intellectuel. L’auteur refuse explicitement le rôle de gourou ou d’arbitre de la vérité : il propose un outil, pas une norme.

L’un des apports majeurs de l’ouvrage est la redéfinition radicale de la notion de « lecture initiatique ». Pour Thierry Viquerat, un livre n’est pas initiatique par essence, par son sujet ou par l’intention de son auteur. Il le devient dans la relation singulière qu’il entretient avec son lecteur. Le caractère initiatique est donc relatif, contextuel et subjectif. Cette approche rompt avec toute vision ésotérique élitiste ou figée. Elle explique aussi des choix qui peuvent surprendre : l’exclusion volontaire de nombreux ouvrages « classiques » de l’ésotérisme au profit de textes littéraires, mythologiques ou philosophiques capables de provoquer un déplacement intérieur.

Le socle théorique du guide repose sur une défense assumée du syncrétisme intégral, présenté non comme une confusion des traditions, mais comme une nécessité ontologique du chemin initiatique. Il exige un recours à l’ensemble des traditions humaines : mythologies antiques, religions révélées, philosophies grecques, hermétisme, alchimie, kabbale, sciences modernes, poésie et littérature.

Ce syncrétisme n’est pas décoratif : il répond à l’idée que la Vérité ne peut être approchée par exclusion, mais seulement par intégration de perspectives multiples. Dans cette optique, la bibliothèque idéale n’est pas un empilement de livres, mais une boîte à outils spirituelle, destinée à offrir une vision horizontale large, quitte à renoncer à toute spécialisation approfondie.

Enfin, l’ouvrage propose une véritable éthique de la lecture initiatique. L’auteur insiste sur trois attitudes fondamentales : L’humilité : accepter de ne pas comprendre, de relire, de différer une œuvre trop difficile. La patience : certaines lectures n’ont de sens qu’à un moment précis du chemin. Le refus de la compétition intellectuelle : lire n’est pas un concours de performance spirituelle.

L’auteur : Thierry Viquerat dirige un cabinet de Conseil en gestion de crise des PME. Il a enseigné et publié dans ce domaine. ll est titulaire de la Légion d’honneur pour ses contributions au monde de la petite entreprise. En parallèle, il poursuit une quête initiatique, humaniste et philosophique de littérature et de théologies comparées. Il est membre de la Grande Loge de France et de la juridiction du Suprême Conseil de France.

« Tintin en Amérique », ou la grande initiation du monde marchand

Sous la ligne claire, une inquiétude persiste. Dans Tintin en Amérique, Georges Remi dit Hergé compose moins un récit d’aventures qu’une traversée morale d’un continent devenu machine, où l’or commande, où la loi se déguise, où l’innocence doit apprendre à tenir debout sans se dissoudre dans le spectacle.

Il faut regarder ce livre comme un miroir tendu à la modernité, un miroir volontairement abrupt, parfois brutal, toujours nerveux

Dès les premières pages, Chicago se dresse comme un théâtre de la puissance grise. La ville ne sert pas de décor, elle impose un régime intérieur. Dans l’album, la rue n’est pas un espace, c’est une épreuve. Les façades ressemblent à des parois, les couloirs d’hôtel à des antichambres de pièges, les portes à des seuils qui claquent. L’air même paraît chargé de menaces, comme si la cité possédait son propre égrégore, un esprit collectif alimenté par la peur et par l’argent. Le lecteur le sent très vite dans cette manière qu’a Hergé de faire surgir le coup, l’embuscade, l’enlèvement, puis de relancer aussitôt, sans répit. La cadence devient un langage. Elle dit l’époque. Elle dit la vitesse comme violence, la vitesse comme argument.

Le fait que le visage d’Al Capone apparaisse si tôt, et qu’il soit traité comme une évidence, révèle une intuition profonde

Le crime n’est pas une anomalie. Le crime est une structure parallèle, presque officielle, un autre visage de l’organisation. Dans cette Amérique-là, la puissance ne se contente pas de menacer, elle administre. Le gangster devient une figure de souveraineté clandestine. Et c’est ici que la lecture initiatique trouve une première prise. Le monde profane se présente souvent comme un ensemble de règles, mais il s’avère fait de rapports de force dissimulés, d’influences, de couloirs. Hergé ne théorise pas, il montre. Il met Tintin dans un réseau, et ce réseau a des tentacules. Nous comprenons alors que le véritable adversaire n’est pas tel individu, mais une forme de domination qui circule, se démultiplie, se recompose.

Tintin, lui, n’a ni cynisme ni goût du compromis

Il entre dans la ville avec cette rectitude presque scandaleuse, celle qui dérange parce qu’elle refuse d’être achetable. Il ne cherche pas à briller, il cherche à dénouer. Sa morale n’est pas une posture, c’est un axe. Dans une perspective maçonnique, cet axe fait penser à une colonne intérieure. Non pas l’assurance d’avoir raison, mais l’exigence de rester juste quand tout conspire à brouiller la mesure. Hergé installe très tôt une opposition entre la droiture et la comédie sociale. Les policiers, les notables, les hommes “respectables” peuvent être ridiculisés ou manipulés. Le salut ne vient pas du prestige, il vient de la tenue.

Nous remarquons aussi que l’album travaille une idée rarement dite à voix haute, mais sans cesse vérifiée dans l’expérience humaine

La chute vient souvent de ce que nous croyons reconnaître. Ici, les uniformes, les bureaux, les titres, les cartes de visite, les sourires officiels, tout peut être masque. Les ennemis savent se faire passer pour des alliés. La vérité doit donc apprendre à se défendre, non par la brutalité, mais par la vigilance. L’œil initiatique, celui qui ne confond pas l’apparence et l’être, devient une nécessité de survie. Hergé, par le comique et l’action, raconte une ascèse du discernement.

Cette ascèse passe par le corps

L’album est une suite d’atteintes, de captures, de fuites, de chutes, de reprises. Tintin y devient un athlète du refus. Il se dégage, il échappe, il recommence. Ce mouvement répétitif possède une valeur symbolique. Chaque enlèvement est une tentative de le faire taire. Chaque évasion est une réaffirmation de la parole libre. Chaque piège déjoué redit qu’aucune force ne peut durablement tenir un être debout s’il garde sa conscience en éveil. Nous pouvons lire cette dynamique comme une série d’épreuves purificatrices, non pas parce que Tintin deviendrait “meilleur” au sens moral, mais parce que l’album vérifie sa capacité à demeurer identique à lui-même, sans se laisser contaminer.

La question de l’argent traverse tout…

La question de l’argent traverse tout, comme une rivière sombre

Dans Tintin en Amérique, la richesse n’est pas une récompense, elle est un principe de désordre. Elle attire la convoitise, produit la trahison, finance la violence, et surtout elle transforme les êtres en fonctions. Le monde du capital se présente comme rationnel, mais Hergé le montre animé par une passion froide. Il n’y a pas ici d’éloge de la réussite, mais la radiographie d’une avidité qui finit par ressembler à une religion. Une religion sans transcendance, sans prière, mais avec ses rites, ses temples de verre, ses sacrifices. Le lecteur initié entend, derrière les gags et les poursuites, la question brûlante. Qu’est-ce qui gouverne réellement nos cités, nos décisions, nos fidélités.

Cette interrogation se prolonge dans la figure du spectacle

L’album aime les retournements, les mises en scène, les coups médiatiques avant la lettre. Le monde moderne est aussi un monde de représentation. La vérité, pour se frayer un chemin, doit traverser des images fabriquées. C’est une leçon spirituelle autant que politique. Celui qui cherche la lumière ne peut se contenter de croire ce qui s’exhibe. Il doit apprendre à lire les signes, à déceler la main qui tire les ficelles, à reconnaître le théâtre du pouvoir.

Une lecture exigeante ne peut cependant éluder l’ombre qui habite ce volume

La représentation des peuples autochtones, telle qu’elle apparaît dans l’imaginaire européen du premier vingtième siècle, charrie des stéréotypes aujourd’hui insupportables.

Hergé écrit depuis un continent qui projette, simplifie, caricature. Il serait trop confortable de détourner le regard. Il faut au contraire tenir ensemble deux réalités. D’une part, la force satirique de l’album contre la corruption urbaine et la brutalité capitaliste. D’autre part, l’aveuglement colonial qui traverse certaines scènes, comme si l’Amérique « authentique » ne pouvait être pensée qu’à travers un folklore. Une lecture initiatique ne cherche pas l’innocence, elle cherche la vérité, et la vérité inclut la part d’ombre. Cela aussi travaille le lecteur. Lire, c’est apprendre à ne pas s’absoudre trop vite.

Dans cette tension, Tintin lui-même apparaît comme une figure paradoxale

Il est à la fois le héros occidental qui traverse, juge, répare, et le témoin d’un monde qui lui échappe. Il possède l’énergie de l’action, mais il ne maîtrise pas l’histoire longue. Les puissances qu’il affronte sont immédiates, et les injustices profondes demeurent. Cette limite fait partie de l’intérêt du livre. Elle rappelle que la vertu individuelle, si admirable soit-elle, ne suffit pas à elle seule à guérir les structures. Le récit propose une éthique de résistance, pas une refondation. Et cette distinction, pour nous, pèse. Elle invite à interroger ce que nous appelons engagement. Elle invite à discerner entre sauver, réparer, transformer.

Si nous cherchons une clef plus hermétique, nous la trouvons dans la manière qu’a Hergé d’opposer la ligne et le chaos

La ligne claire n’est pas qu’une esthétique. Elle peut être comprise comme une volonté d’ordonner le monde par la forme. Elle trace, elle découpe, elle donne des contours. Or le monde raconté ici déborde sans cesse. L’album met donc en scène une lutte secrète entre la mise en ordre et la déferlante des passions collectives. Chaque case est une tentative d’intelligibilité. Chaque poursuite est l’aveu que le réel fuit. Et c’est peut-être là que l’œuvre touche, au-delà de son âge et de ses naïvetés. Nous vivons tous dans cette tension entre ce que nous voudrions rendre lisible et ce qui résiste, s’emballe, se déchaîne.

À ce stade, il devient juste de rappeler qui est Hergé, sans transformer la lecture

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Georges Remi, né en 1907 et mort en 1983, a bâti avec Tintin une mythologie moderne, immédiatement reconnaissable, qui a façonné des générations de regards. Son art tient à une discipline du trait, à une puissance narrative, à une capacité d’absorber les imaginaires de son temps, parfois pour les refléter, parfois pour les questionner. Dans sa bibliographie, les albums de Tintin dessinent une sorte de long apprentissage, depuis les premières aventures marquées par l’esprit d’époque jusqu’aux œuvres de maturité où le doute, la psychologie et l’ambiguïté gagnent du terrain. Citer quelques jalons suffit à situer l’onde longue. Tintin au Congo, Le Lotus bleu, L’Oreille cassée, Le Sceptre d’Ottokar, Le Secret de la Licorne, Les Sept Boules de cristal, Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore témoignent de cette évolution, et permettent de comprendre Tintin en Amérique comme un moment où la satire sociale se mêle encore à des représentations héritées, avant que l’œuvre ne se complexifie.

Pour une sensibilité maçonnique, ce livre vaut aussi comme méditation sur la loi

Non pas la loi écrite, mais la loi vécue. Il y a la loi des institutions, souvent prise de court, parfois ridiculisée. Il y a la loi des gangs, brutale, immédiate, efficace. Et il y a la loi intérieure de Tintin, qui ne se négocie pas. La question devient alors celle-ci. Quelle loi mérite obéissance. Quelle loi élève. Quelle loi protège. Dans l’album, la vraie justice ne se confond pas avec la force, et ne se confond pas non plus avec l’ordre apparent. Elle ressemble à une rectitude en marche, parfois comique, parfois héroïque, toujours exposée.

Nous comprenons ainsi que Tintin en Amérique n’est pas seulement un récit d’action

C’est une fable sur la contamination. Un monde peut rendre les hommes semblables à ce qu’ils combattent, s’ils se laissent gagner par les méthodes qu’ils dénoncent. Tintin, lui, traverse sans se souiller, non parce qu’il serait « pur » au sens moral, mais parce qu’il demeure attaché à une idée du vrai qui ne dépend ni des applaudissements ni des résultats immédiats. C’est une fidélité qui ressemble à une initiation permanente. Non pas l’acquisition d’un savoir, mais la pratique d’une tenue.

Et c’est peut-être la beauté secrète de cet album

Sous ses outrances, sous ses stéréotypes, sous sa mécanique de gags et de périls, il conserve une nervure éthique. Une nervure qui dit ceci.

Quand le monde devient marché, la conscience devient résistance.

Quand la violence devient système, la droiture devient scandale. Quand tout s’achète, il reste encore, pour celles et ceux qui ne renoncent pas, la possibilité de tenir une parole, de sauver un lien, de refuser la peur.

Tintin en Amérique laisse derrière lui une poussière de routes, de coups de feu, de rires et de malaise, et cette poussière n’est pas un défaut. Elle oblige à penser. Elle oblige à reconnaître ce que l’époque projetait, et ce que l’œuvre, malgré elle parfois, met déjà à nu. Une Amérique comme laboratoire, une modernité comme vertige, et, au milieu, un jeune homme qui ne possède rien d’autre que sa conscience, et qui prouve que cela peut encore suffire à déranger les empires.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre d’Hergé, nous ne reproduisons pas d’images issues des albums de Tintin : ni premières de couverture, ni planches, ni représentations des personnages. Les illustrations proposées pour cet article sont donc des créations originales, sans reprise d’éléments graphiques de l’univers de Tintin.

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31/01/2026 au Mans : « Nuit des Arts Martiaux » – Un Voyage épique au cœur de la force et de l’esprit

Imaginez une soirée où la grâce du kung-fu rencontre la puissance du MMA, où les sabres dansent au rythme des percussions japonaises, et où des scènes cultes de Matrix ou Kill Bill prennent vie sous vos yeux. C’est exactement ce que promet La Nuit des Arts Martiaux & Sports de Combat, un spectacle grandiose organisé par le club Samouraï 2000 pour célébrer ses 40 ans d’existence. Le 31 janvier 2026, à l’Antarès Arena du Mans, plus de 200 experts et champions internationaux se réuniront pour un show de 2h30 qui mêle performances athlétiques, cascades vertigineuses et chorégraphies inspirées du cinéma d’action.

Que vous soyez un passionné chevronné ou un curieux en quête de sensations fortes, cet événement est conçu pour vous émerveiller et vous inspirer. Et si on vous disait que c’est l’occasion idéale pour plonger dans un univers où le corps et l’esprit se transcendent ? Ne tardez pas : les billets sont déjà en vente, et les places s’envolent !

Un spectacle inédit en province : 30 disciplines pour un hommage vibrant

Pour la première fois en province, un événement de cette ampleur voit le jour. Imaginé par les co-fondateurs du Samouraï 2000, Didier Moreau et Philippe Lhommeau, ce show n’est pas seulement une vitrine des talents du club : il rend hommage à toutes les disciplines martiales, même celles non enseignées au Mans. Plus de 30 arts martiaux et sports de combat seront représentés, avec des démonstrations synchronisées impliquant enfants, ceintures noires et athlètes de haut niveau.

Parmi les disciplines phares :

  • Karaté : Des katas précis et puissants, comme celui du champion du monde de para-karaté Nohan Dudon, qui interprétera le Gankaku avec une maîtrise inspirante malgré son défi visuel.
  • Kung-fu et Wing Chun : Ling Xia Zhou, prodige chinoise et trésor national, manipulera bâtons, doubles bâtons, mains nues et éventails avec une fluidité hypnotique. Didier Beddar, héritier direct de la lignée de Bruce Lee via Yip Man, démontrera le mannequin de bois et la self-défense.
  • Jiu-jitsu brésilien et Krav Maga : Patrick Bittan, ex-formateur du GIGN et plus haut gradé européen, accompagné de champions mondiaux, présentera des techniques au sol et des scénarios réalistes de défense.
  • Taekwondo : Hoang Nghi et Pascal Gentil recréeront le combat mythique de Bruce Lee contre Kareem Abdul-Jabbar dans Le Jeu de la Mort, alliant vitesse et puissance olympique.
  • Boxes et Muay Thaï : Des combats d’exhibition en boxe anglaise, kick-boxing et full contact, avec Jo et Carolina Prestia pour un focus féminin explosif.
  • MMA et Judo Féminin : Laëtitia Blot, championne du monde de judo et pionnière du MMA, s’associera à Alexandra Tekenah (« L’Animal ») pour des démonstrations percutantes.
  • Autres Perles : Nunchaku avec Thibault Gassmann en hommage à Bruce Lee, sabres par Ling Xia Zhou, Vovinam par les frères Crozon-Cazin (dont la doublure d’Omar Sy), Kempo bulgare par Velin Hadjolov, Aïkido, Self-défense, et même des casses impressionnantes de planches, battes et glace.

Le tout rythmé par les percussions Taïko Amitié Saint-Cyr Japon, pour une immersion tribale et martiale.

Et pour les fans de cinéma, des reconstitutions live de Opération Dragon, Matrix et Kill Bill par la Team Cascade (doublures de Jet Li et Keanu Reeves) vous plongeront dans l’action hollywoodienne !

La spiritualité des Arts Martiaux : un lien profond avec la Franc-maçonnerie

Au-delà des coups et des cascades, les arts martiaux portent une dimension spirituelle profonde, souvent méconnue du grand public. Comme dans la Franc-maçonnerie, ces disciplines ne se limitent pas à la force physique : elles sont un chemin initiatique vers la maîtrise de soi, l’harmonie intérieure et la transcendance. Le symbolisme y est omniprésent – pensez au compas et à l’équerre maçonniques comparés au kata karaté, qui représente un rituel codifié pour polir l’esprit comme on taille une pierre brute.

Dans le kung-fu ou l’aïkido, par exemple, l’énergie vitale (qi ou ki) guide les mouvements, favorisant une connexion cosmique et une régulation des passions, similaire au travail introspectif des loges maçonniques. Bruce Lee lui-même parlait de « l’art de l’âme » : une quête d’équilibre entre corps et esprit, où la frustration se transforme en sagesse, et l’erreur en leçon. À l’image des rituels maçonniques qui utilisent des symboles pour développer l’abstraction et l’esprit de substitution, les arts martiaux enseignent la discipline, le respect et la fraternité – des valeurs que le Samouraï 2000 incarne depuis 40 ans.

percussions Taïko Amitié Saint-Cyr Japon

Cet événement met en lumière cette spiritualité : à travers les démonstrations, vous assisterez à des moments de pure élévation, où les athlètes transcendent leurs limites, rappelant les initiations maçonniques qui visent l’amélioration personnelle et collective. C’est une invitation à réfléchir sur soi, tout en vibrant au rythme des combats.

Un engagement sociétal : inclusion, femmes et bien-être

La Nuit des Arts Martiaux n’est pas qu’un spectacle : c’est un projet de société. Le club Samouraï 2000, labellisé « Maison Sport Santé », utilise ces disciplines comme outils d’inclusion. Un hommage spécial aux femmes, avec des démonstrations mettant en avant leur place croissante dans un univers autrefois masculin, combat les stéréotypes et inspire la relève. Dès 18h30, un village pré-spectacle propose ateliers gratuits de self-défense, sensibilisation au bien-être et rencontres, particulièrement pour les femmes victimes de violences ou en quête de confiance.

Le club agit aussi auprès des jeunes contre le harcèlement, des publics fragiles (réinsertion carcérale, sans-abri) et des seniors via des programmes d’activité physique adaptée. Ces arts martiaux deviennent des barrières contre la violence, favorisant diversité, respect et santé globale – une spiritualité appliquée au quotidien.

Prêt à Vivre l’Aventure ?

Réservez Vos Billets Dès Maintenant !

Ne manquez pas cette opportunité unique de voyager à travers les arts martiaux du monde entier, dans une mise en scène digne d’un blockbuster. L’Antarès Arena, avec sa capacité de plus de 4 000 places, s’apprête à vibrer comme jamais. Billets de 15 à 39 € selon la catégorie, disponibles sur https://samourai2000.com/elementor-6586/.

Pour des places VIP (loges, restauration, animations), contactez l.heurtault@samourai2000.com.

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Préparez-vous à une soirée qui non seulement coupe le souffle, mais élève l’âme. Achetez vos billets aujourd’hui – c’est plus qu’un spectacle, c’est une initiation !

Devenir plus intelligent grâce à la Franc-maçonnerie… mais c’est pas gagné

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Dans un monde obsédé par le quotient intellectuel (QI), qui mesure souvent une intelligence étroite et linéaire, les travaux de Howard Gardner, psychologue américain, ont révolutionné notre compréhension de l’intelligence humaine. Dans son ouvrage fondateur Théorie des intelligences multiples, publié en 1983, Gardner propose que l’intelligence ne soit pas une entité unique, mais un ensemble de capacités distinctes et autonomes, influencées par l’hérédité et l’environnement.

Initialement, il identifie sept formes d’intelligence, auxquelles il ajoute plus tard une huitième (naturaliste) et suggère même une neuvième potentielle (existentielle).

Ces intelligences multiples – linguistique, logico-mathématique, spatiale, musicale, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste – nous invitent à voir l’intelligence comme un spectre diversifié, où chacun peut exceller dans des domaines variés.

Mais comment la Franc-maçonnerie, cette société initiatique aux rituels ancestraux et au symbolisme riche, s’inscrit-elle dans cette perspective ? Fondée sur des principes de travail intérieur, de fraternité et d’exploration symbolique, la Franc-maçonnerie offre un cadre propice au développement de ces intelligences multiples. À travers ses exercices sur le symbolisme, elle favorise l’abstraction, l’esprit de substitution et une meilleure maîtrise des passions, menant à une régulation émotionnelle accrue – des éléments qui résonnent directement avec les traits d’intelligence mis en lumière par des études inspirées de Gardner. Pourtant, comme le titre l’indique, ce n’est pas gagné d’avance : une pratique maçonnique maladroite peut au contraire émousser l’esprit critique et mener à une forme d’appauvrissement intellectuel. Explorons cela en détail.

Les intelligences multiples de Howard Gardner : un cadre pour comprendre le potentiel humain

Pour contextualiser, rappelons les sept intelligences originales proposées par Gardner en 1983, auxquelles s’ajoute la naturaliste en 1995 :

  1. Intelligence linguistique : La capacité à utiliser les mots efficacement, à l’oral ou à l’écrit. Elle se manifeste chez les écrivains, orateurs ou poètes, avec une sensibilité aux sons, rythmes et significations des mots.
  2. Intelligence logico-mathématique : L’aptitude à raisonner de manière abstraite, à résoudre des problèmes logiques et à manipuler des concepts numériques. Typique des scientifiques, mathématiciens ou ingénieurs.
  3. Intelligence spatiale : La visualisation mentale d’objets et d’espaces, utile pour les architectes, artistes ou navigateurs, impliquant la manipulation d’images et de patterns.
  4. Intelligence musicale : La sensibilité aux rythmes, tons, mélodies et timbres, chez les musiciens ou compositeurs.
  5. Intelligence corporelle-kinesthésique : Le contrôle du corps et des objets, avec précision et coordination, comme chez les athlètes, danseurs ou artisans.
  6. Intelligence interpersonnelle : La compréhension des émotions et motivations d’autrui, favorisant l’empathie et les relations sociales, chez les leaders ou thérapeutes.
  7. Intelligence intrapersonnelle : La connaissance de soi, la régulation émotionnelle et la réflexion introspective, essentielle pour l’auto-développement.

Et la huitième : Intelligence naturaliste, la reconnaissance et la classification des éléments naturels, chez les biologistes ou écologistes.

Ces intelligences ne sont pas figées ; elles peuvent se développer par l’expérience et la pratique.

C’est ici que la Franc-maçonnerie entre en jeu, en offrant un terrain fertile pour leur épanouissement.

Comment la Franc-maçonnerie développe les intelligences multiples

La Franc-maçonnerie n’est pas une simple association ; c’est une école de vie basée sur des rituels symboliques, des débats philosophiques et un travail constant sur soi. Ses exercices, centrés sur l’interprétation de symboles comme l’équerre, le compas ou la pierre brute, stimulent l’abstraction et l’esprit de substitution – c’est-à-dire la capacité à voir au-delà du littéral, à remplacer un concept par un autre pour en extraire une leçon profonde. Ce processus conduit naturellement à une meilleure maîtrise des passions, car il encourage l’introspection et la tempérance, des piliers maçonniques.

À la lumière des travaux de Gardner, voyons comment cela booste les intelligences :

  • Stimulation de l’intelligence linguistique et logico-mathématique via le symbolisme : Les tenues maçonniques impliquent des discours, des planches (exposés) et des débats. Interpréter un symbole comme le delta lumineux requiert une maîtrise des mots pour exprimer des idées abstraites, tout en appliquant une logique deductive pour relier des concepts. Cela développe l’abstraction, similaire à la résolution de puzzles mathématiques, et renforce l’esprit de substitution – remplacer un outil maçonnique par une vertu morale, par exemple.
  • Développement de l’intelligence spatiale et musicale : Les rituels maçonniques sont chorégraphiés, avec des mouvements précis dans l’espace du temple, stimulant la visualisation spatiale. De plus, la musique et les chants rituels éveillent l’intelligence musicale, aidant à percevoir les rythmes symboliques de la vie.
  • Renforcement des intelligences corporelle-kinesthésique et naturaliste : Bien que moins évidente, la Franc-maçonnerie encourage le travail manuel symbolique (tailler la pierre brute pour polir l’esprit) et une connexion à la nature via des allégories cosmiques, favorisant une conscience du corps et de l’environnement.
  • Amplification des intelligences interpersonnelle et intrapersonnelle : La fraternité maçonnique repose sur l’écoute et l’empathie, développant l’interpersonnelle. Mais c’est surtout l’intrapersonnelle qui brille : le chemin initiatique vise la maîtrise des passions, ce qui mène à une régulation émotionnelle supérieure. Comme le souligne un article de Psychologies Magazine, les personnes intelligentes maîtrisent mieux leur frustration en verbalisant leurs émotions négatives, ce qui booste l’intelligence émotionnelle – un aspect clé de l’intrapersonnelle. En Franc-maçonnerie, cela se traduit par des exercices introspectifs qui apprennent à transformer la colère en sagesse.

De même, un rapport sain à l’erreur est cultivé : l’initiation maçonnique voit les échecs comme des étapes d’apprentissage, encourageant l’auto-compassion et la résilience. Quant au trait surprenant de dire des injures, il pourrait s’apparenter à une libération verbale maîtrisée, bien que la Franc-maçonnerie prône plutôt la mesure dans le langage – un point où elle affine encore plus cette compétence.

En somme, la pratique maçonnique, en s’affranchissant du QI traditionnel, aligne parfaitement avec la vision de Gardner : elle décuple les forces individuelles par un travail holistique, rendant potentiellement « plus intelligent » en élargissant le spectre des capacités cognitives et émotionnelles.

Les risques : quand la Franc-maçonnerie rend plus idiot

Cependant, rien n’est automatique. Si la Franc-maçonnerie peut élever l’esprit, une pratique dévoyée peut au contraire l’appauvrir, menant à une forme d’idiotie – non pas au sens clinique, mais comme un rétrécissement intellectuel.

Ce chapitre explore ces pièges, pour souligner que l’intelligence n’est pas « gagnée » sans vigilance.

Premièrement, le risque de dogmatisme : les symboles maçonniques, s’ils sont interprétés de manière rigide sans esprit critique, peuvent mener à une fermeture d’esprit. Au lieu de développer l’abstraction, on tombe dans le littéralisme, limitant l’intelligence logico-mathématique et spatiale à des schémas préétablis qui conduisent au dogmatisme. Nous connaissons tous des Frères ou des Soeurs enfermés dans leurs convictions qui confirment que chaque tenue est destinée à renforcer et à rigidifier leurs œillères.

Gardner insiste sur la flexibilité des intelligences ; une loge dogmatique étouffe cela, rendant l’initié moins adaptable.

Deuxièmement, l’exclusion et le sectarisme : Bien que promouvant la fraternité, certaines obédiences peuvent favoriser un entre-soi élitiste, affaiblissant l’intelligence interpersonnelle. Au lieu d’empathie universelle, on cultive un biais de groupe, ignorant les perspectives extérieures – un piège qui contredit la multiplicité gardnérienne. Le piège des différences rituelles, obédientielles, hierarchiques, électives… conduit tout droit dans ce travers.

Troisièmement, le manque de pratique constructive : Si les rituels deviennent routiniers sans réflexion profonde, la maîtrise des passions reste superficielle. Au lieu de réguler la frustration, on réprime les émotions, menant à une intrapersonnelle défaillante. Comme dans l’article de Psychologies, un rapport malsain à l’erreur peut s’installer si les échecs initiatiques sont stigmatisés plutôt qu’analysés.

Enfin, le risque d’illusion ésotérique : Une focalisation excessive sur le mysticisme sans ancrage rationnel peut déconnecter de la réalité, affaiblissant l’intelligence naturaliste et logico-mathématique. Des études sur les sociétés secrètes montrent que sans équilibre, cela peut mener à des croyances irrationnelles, rendant « plus idiot » en isolant de la science et du monde. Certains nomment ce biais l’orgueil spirituel.

Pour éviter cela, une pratique intelligente implique ouverture, critique et application éthique des symboles.

La Franc-maçonnerie, bien menée, n’est pas une garantie d’intelligence accrue, mais un outil puissant – à condition de ne pas passer à côté de son essence constructive.

En conclusion, à la lumière de Gardner, la Franc-maçonnerie offre un chemin vers une intelligence élargie, via le symbolisme et la maîtrise de soi. Mais vigilance : sans intelligence dans la pratique, le risque est grand de stagner, voire de régresser.

L’intelligence, après tout, se cultive activement.

Allumage des feux d’une loge universitaire à la Barbade

De notre confrère stvincenttimes.com

Les Francs-maçons de la Barbade et des Caraïbes orientales ont récemment créé la loge universitaire n° 10074, une nouvelle initiative spécifiquement conçue pour recruter et encadrer de jeunes hommes dans l’enseignement supérieur. En rejoignant le programme universitaire de la Grande Loge, cette branche vise à offrir un développement personnel structuré et un accompagnement entrepreneurial aux étudiants et aux professeurs.

Les dirigeants de l’organisation estiment que cette expansion permettra de combler le fossé entre l’obtention du diplôme universitaire et la réussite professionnelle grâce à une approche axée sur le service et la collaboration régionale.

Une fois leurs études terminées, les membres sont encouragés à mettre leur expérience au service de leurs territoires d’origine respectifs afin de renforcer les communautés locales.

Ce lancement historique représente un effort significatif pour moderniser cette ancienne fraternité en investissant dans la prochaine génération de dirigeants.

« Alpina », le mag de la GLSA : la fraternité mise à l’épreuve du courage

Avec Alpina, la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA) donne au mot tradition une densité qui oblige. La revue ne cherche ni la vitrine ni l’autosatisfaction. Elle travaille la question la plus rude, celle de ce que vaut une chaîne d’union quand le monde secoue, quand la peur parle plus fort que la loyauté, quand l’époque réclame des positions nettes et que les habitudes préfèrent la prudence.

L’arrivée de Gregor Lüthy comme rédacteur pour la Suisse alémanique accentue ce mouvement vers une parole plus partagée, plus plurielle, plus exigeante, où l’écriture n’est pas une annexe de la vie maçonnique mais un de ses lieux d’épreuve.

La tonalité se fixe dès le message de vœux du Grand Maître, qui n’abrite pas la fraternité derrière des formules. Il rappelle l’arrestation arbitraire du Grand Maître de la Grande Loge de Turquie, survenue à la veille de la Conférence européenne des Grands Maîtres à Istanbul, puis il pointe ce qui blesse davantage encore. La réaction d’une part du paysage maçonnique, un retrait par crainte, timidité et pusillanimité, une disparition au moment précis où un Frère avait besoin de soutiens. Le texte va jusqu’à reprendre la mise en garde d’une lettre venue des Grandes Loges britanniques, craignant l’intérêt des médias et un préjudice pour la franc-maçonnerie, avant de retourner l’argument comme un gant. Le plus grand dommage ne vient pas du regard extérieur, il vient de l’intérieur, de ceux qui diminuent la fraternité en s’évanouissant dans les temps difficiles. Tout est là, et tout fait mal, parce que cela vise l’os du serment, cette promesse silencieuse qui ne vaut que si elle tient quand elle coûte.

Nous percevons alors ce que ce numéro réussit avec une rare justesse

Il ne confond pas le spirituel et l’éthéré. Il ne prend pas l’initiatique pour un refuge. Il met au contraire la vie intérieure en demeure de produire des actes, des lignes, une tenue. Le courage, ici, ne se réduit pas à la bravoure. Il devient une discipline de la conscience, une capacité à ne pas céder au confort des silences opportunistes. La fraternité, elle, cesse d’être un sentiment. Elle redevient un verbe, se manifester, soutenir, répondre, demeurer présent quand le réflexe social conseille l’effacement.

Cette exigence se prolonge dans la réflexion sur le sens et le non-sens des conférences internationales

Derrière la question logistique ou protocolaire, se cache un problème plus grave. À quoi servent les grandes rencontres si elles ne font que produire de l’entre-soi, si elles n’osent pas nommer les violences qui atteignent des Frères, si elles préfèrent la gestion d’image au risque de la solidarité. Le magazine place la franc-maçonnerie devant sa propre tentation diplomatique. La diplomatie a sa noblesse, mais elle devient trahison lorsqu’elle se substitue au devoir de présence.

Le numéro respire ensuite par des textes qui réinstallent l’expérience au centre, comme si l’Art Royal devait se vérifier dans la matière et le souffle.

Le voyage dans le silence aux Gole della Breggia fait entendre une vérité que nos Temples connaissent, mais que nos vies profanes oublient trop vite. Le silence n’est pas l’absence de mots, il est un travail du dedans, une chambre d’écho où la pierre, la lumière et l’esprit cessent d’être des notions pour redevenir des réalités. Dans ce registre, la revue ne théorise pas pour le plaisir d’argumenter. Elle évoque pour réveiller en nous une mémoire corporelle, celle d’un monde qui apprend par le pas, par l’arrêt, par l’attention, par le retrait nécessaire à l’ajustement.

À cette poétique de la traversée répond une autre figure, plus rigoureuse encore, celle du fil à plomb

Le texte sur l’apprentissage sous le Lot rappelle que la verticalité n’est pas un slogan de morale. Elle est un instrument intérieur. Elle nous place face à nos penchants, à nos torsions, à nos compromis. Elle réintroduit une idée devenue presque subversive, celle d’un axe. Dans une époque où tout s’équivaut, où tout se négocie, où le relatif se prend pour la sagesse, l’axe redevient une exigence initiatique, non pas pour condamner, mais pour mesurer. Mesurer nos écarts, nos arrangements, nos facilités, et retrouver la droiture sans dureté, la rectitude sans arrogance.

Vient alors l’un des points de force du numéro, l’étude de Didier Planche sur l’antimaçonnisme entretenu

Nous y retrouvons une intelligence du phénomène qui refuse le piège de la victimisation. L’antimaçonnisme est décrit comme une industrie mentale, une fabrique de silhouettes, de soupçons, de récits faciles. Il ne se contente pas de calomnier, il propose une explication totale, un monde où tout s’explique par un centre caché. Cette mécanique, Didier Planche la met en perspective avec l’imaginaire médiatique analysé par Yonnel Ghernaouti, ce lieu où la répétition tient lieu de preuve, où l’image devient tribunal, où le slogan se substitue à l’enquête. Ce rapprochement est précieux, car il rappelle que la lutte contre l’antimaçonnisme n’est pas une querelle de réputation. C’est une bataille pour la qualité du réel. Dès que la société accepte les récits automatiques, elle s’habitue à croire sans vérifier, puis elle apprend à haïr sans connaître. La franc-maçonnerie, dans cette lumière, n’a pas à se justifier sans fin. Elle a à rappeler ce qu’elle travaille, l’éthique du discernement, le refus des passions tristes, la patience du jugement.

Le thème générationnel, lui, donne à cette vigilance une profondeur nouvelle

La question n’est pas seulement celle de l’attractivité. Elle devient celle de la transmission dans un monde qui a changé de texture. Gregor Lüthy évoque une jeunesse inquiète, traversée par les conflits, la désinformation, le sentiment de perte de contrôle. Il insiste sur ce point décisif. Les valeurs maçonniques peuvent orienter, mais encore faut-il que les loges prouvent qu’elles ne se contentent pas d’administrer un héritage. Nous comprenons alors que la tradition peut mourir de deux manières, par abandon ou par conservation stérile. L’abandon jette le fil, la conservation le momifie. Entre les deux, se tient la seule fidélité qui compte, une tradition qui se transmet en se risquant, une forme qui demeure, mais qui demeure vivante parce qu’elle accepte d’être habitée par des existences neuves.

Dans ces pages, la figure du millennial est traitée sans caricature

Il ne s’agit pas d’opposer jeunes et anciens, ni de flatter l’air du temps. Il s’agit d’admettre une réalité. Le temps s’est fragmenté, les vies sont saturées, l’engagement associatif se mesure, se pèse, se justifie. La loge, dès lors, ne peut plus se contenter de proposer un rendez-vous. Elle doit offrir une expérience, une densité, une cohérence. Gregor Lüthy écrit que la qualité de la participation, le sentiment d’une chaîne plus largement tendue, le sérieux des réponses, la possibilité d’une vraie co-construction, deviennent déterminants. Nous retrouvons là un principe initiatique ancien, qui n’a rien de managérial. L’être humain ne s’ouvre que là où il se sent réellement reçu, réellement entendu, réellement convié à travailler, et non assigné à écouter.

Didier Planche

Le texte de Didier Planche consacré au mode d’emploi de la Grande Loge Suisse Alpina, en revenant sur la structure, pose une idée subtile, presque provocante

L’obédience n’a aucune valeur initiatique ou symbolique en elle-même, elle relève du particulier, des conditions sociales, religieuses, économiques et politiques d’un pays, elle organise, elle administre, elle garantit des règles. Cette phrase pourrait surprendre. Elle est pourtant d’une grande salubrité. Elle rétablit une hiérarchie intérieure. Le symbolique vit dans la loge, dans le travail des degrés bleus, dans la lente métamorphose de la pierre humaine. La structure demeure nécessaire, mais elle ne doit jamais être confondue avec le cœur. Nous y lisons une leçon plus vaste, et très contemporaine. Toute institution risque de se prendre pour sa propre finalité. Toute organisation peut devenir le substitut du sens. L’initiation, elle, nous ramène sans cesse à ce qui ne se délègue pas, le travail sur soi, la fidélité au lien, la probité du regard.

Le numéro ouvre aussi une fenêtre forte sur l’interrogation spirituelle

En particulier avec l’entretien conduit par Michel Jaccard avec Thierry Falissard*. Le titre, « Arrêtons de faire notre propre malheur ! », agit comme une secousse. Il refuse l’alibi de l’époque, ce plaisir sombre de se dire victime du monde tout en préservant intactes nos mécaniques intérieures. Thierry Falissard propose un bouddhisme qui n’est ni une décoration exotique ni un fourre-tout. Il parle d’une pratique psychologique, curative et cathartique, visant à libérer l’esprit. Il insiste sur ce pivot. La théorie ne vaut rien sans la pratique, mais une mauvaise théorie peut fausser toute progression. Cette phrase rejoint notre tradition initiatique. Toute parole rituelle, si elle n’est pas travaillée, devient un bruit. Tout symbole, si nous nous y attachons comme à une idole, cesse de montrer. Thierry Falissard rappelle que les symboles peuvent aider au début, puis devenir entraves si nous les figeons en objets d’adhésion. Il cite la comparaison du doigt qui montre la Lune. Nous reconnaissons ce danger, nous qui savons combien le signe peut remplacer la chose, combien l’insigne peut faire oublier l’œuvre, combien l’apparence peut se substituer à la transformation.

L’entretien est remarquable aussi par son effort de pont

Thierry Falissard évoque Arthur Schopenhauer, présenté comme un possible premier bouddhiste occidental, et il explique comment cette pensée l’a aidé à apprivoiser une discipline si éloignée de la culture religieuse et philosophique européenne. Il évoque les convergences, l’insatisfaction existentielle, l’illusion égotiques, le vouloir-vivre et le renoncement. Nous y lisons une prudence féconde. La revue ne cherche pas le syncrétisme. Elle cherche des correspondances qui éclairent, sans dissoudre les différences. Le geste est profondément maçonnique. Nous ne confondons pas les traditions. Nous les faisons dialoguer pour affiner notre discernement, pour agrandir notre capacité d’entendre, pour mieux reconnaître le même combat sous des langages divers.

À cette veine intérieure répond un fil plus explicitement ésotérique, consacré à l’imitation du Christ et à la figure de l’Ami et modèle.

Dans ce passage, la revue assume une tonalité spirituelle qui ne cherche pas à plaire. Elle rappelle que l’ésotérisme n’est pas un supplément de mystère, mais une discipline de l’être. Ce qui importe, ce n’est pas l’exceptionnel, c’est l’ordinaire transfiguré, la patience du cœur, l’attention au prochain, l’éducation de l’ego. La revue, en cela, échappe à deux écueils fréquents, la sécheresse rationaliste et le vertige de l’occultisme. Elle tient une ligne de crête, où l’expérience intérieure demeure liée à une éthique, et où l’élévation ne vaut rien si elle ne se traduit pas en meilleure humanité.

Drapeau de la Suisse
Drapeau de la Suisse

Le registre symbolique, lui, s’enrichit lorsqu’il met en regard des traditions culturelles éloignées

Le crâne, entre Bamilékés et Francs-maçons, rappelle que certains motifs traversent les peuples comme des archétypes. Ils parlent de finitude, de mémoire, de transmission, de responsabilité. Nous savons que la mort, en initiation, n’est pas seulement l’horizon biologique. Elle est un miroir. Elle rend la vie plus vraie. Elle oblige à choisir ce qui mérite d’être travaillé, ce qui mérite d’être donné, ce qui mérite d’être sauvé de la dispersion.

Même la modernité technologique trouve sa place, avec une réflexion sur l’intelligence artificielle et les cadres juridiques et éthiques du jugement humain. Le propos n’est pas de diaboliser l’outil. Le propos est de rappeler le lieu où rien ne peut être remplacé, le jugement.

L’Art Royal, dès ses outils les plus concrets, nous apprend cela

L’outil prolonge la main, il ne remplace pas la conscience. Nous pouvons accélérer, déléguer, automatiser, mais nous ne pouvons pas déléguer la responsabilité de discerner. Cette idée, posée dans une revue maçonnique, prend une portée singulière, parce qu’elle touche au nœud de notre époque, le désir de simplicité, le désir de réponses instantanées, le désir de solutions sans travail intérieur. Or l’initiation dit l’inverse. Elle dit que la lumière se mérite, qu’elle se patiente, qu’elle se paie d’efforts, de corrections, de retours sur soi.

Dans cette dynamique, la page où Gregor Lüthy invite les Frères à écrire, à transformer leurs morceaux d’architecture en articles, a une beauté discrète. Elle montre que la revue n’est pas une estrade réservée. Elle peut devenir un chantier commun. Plus il y a de plumes, plus la revue devient diverse, plus la diversité devient une joie partagée. Nous entendons là une pédagogie de la fraternité. La parole n’est pas un privilège, elle est une responsabilité offerte.

GRA Groupe de recherche Alpina

Alpina refuse le confort des postures

Il rappelle que la franc-maçonnerie n’a jamais été un musée de symboles, mais une discipline de l’humain. Il rappelle aussi que la fraternité ne se mesure pas à ce que nous proclamons, mais à ce que nous supportons, acceptons et risquons pour l’autre. Quand le Grand Maître écrit que le plus grand dommage est causé par ceux qui disparaissent, il touche un nerf. Nous pouvons supporter les maux d’autrui avec une certaine aisance, mais nous éprouvons plus durement l’exigence d’affronter nos propres faiblesses, et c’est pourtant là que commence la véritable fraternité, celle qui ne se contente pas de compassion, mais qui accepte une épreuve de vérité.


Ce numéro donne à la revue maçonnique une vocation haute, veiller, transmettre, relier, et surtout rappeler que la lumière n’est pas un décor. Elle est un devoir intérieur qui se reconnaît à un signe très concret, notre capacité à rester présents lorsque la présence devient difficile.

*Thierry Falissard, né en 1959, est ingénieur-informaticien et développe une réflexion rationnellement critique sur le bouddhisme, en privilégiant une approche psychologique, curative et cathartique, visant à libérer l’esprit plutôt qu’à accumuler des croyances. Son parcours est marqué par un choix assumé pour le Theravāda, et plus précisément pour l’École des Moines de la Forêt, qu’il présente comme proche du bouddhisme primitif, moins encombrée de spéculations et de dévotions. Il revendique un Éveil progressif, une éthique exigeante, et une pratique continue de la pleine conscience, de l’investigation, de l’énergie, de la sérénité et de l’équanimité.
Bibliographie indiquée dans la revue, Thierry Falissard, Métaphysique bouddhique, Éditions Almora, 2024. La revue mentionne aussi des ouvrages de Ajahn Brahm traduits par Thierry Falissard, dont Manuel de méditation selon le bouddhisme theravada, Éditions Almora, 2016, et La sagesse du moine, 108 histoires sur l’art du bonheur, Éditions Almora, 2013.

Ce qui demeure, après lecture, ressemble à une impression de probité.

Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina
GLSA, N°1, janvier 2026, 52 pages
Paraît 6 fois par an ; abonnement CHF 60 (64,18 €)

Il est possible d’acquérir un numéro ou de s’abonner en s’adressant à :
kanzlei@grossloge-alpina.ch

La Suisse geographique
La Suisse geographique

Christian Eyschen exclu du GODF : une « Déclaration » qui accuse et qui fracture

Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre Pensée, rend publique une « Déclaration » qui tient à la fois du récit personnel, du réquisitoire et du manifeste après sa suspension puis son exclusion du Grand Orient de France. Il affirme que la sanction ne relève pas d’un simple contentieux disciplinaire, mais d’un conflit politique interne lié à la laïcité, à la place de l’islam dans l’espace public, et à ce qu’il décrit comme une « normalisation » de l’obédience. Le texte revient longuement sur deux séquences de procédure, sur l’épisode du rassemblement laïque du 6 décembre 2025 au Gymnase Japy, et s’élargit à une critique de gouvernance, d’orientation et de finances (GODF / SOGOFIM, 2019 – 2024).

Document brut, polémique, assumé, il pose une question sensible qui dépasse le cas Christian Eyschen : qu’advient-il d’une obédience quand l’esprit de conciliation cède la place à la logique de camp, et quand la procédure devient elle-même un langage politique ?

Il y a des textes qui ne cherchent pas d’abord à convaincre

Ils cherchent à trancher, à séparer, à faire apparaître une ligne de fracture qu’ils estiment déjà là, mais masquée par les usages, les prudences, les équilibres d’appareil. La « Déclaration » de Christian Eyschen appartient à cette famille. Elle ne se présente pas comme une plainte ordinaire, ni comme un simple plaidoyer : elle prend la forme d’un acte de rupture, écrit depuis un dehors qui se revendique, presque comme un parvis. L’auteur y parle en homme blessé et en militant aguerri, et il assume d’assigner à son exclusion une signification plus large qu’un dossier individuel.

Christian-Eyschen

Le fil directeur est constant.

Christian Eyschen soutient qu’il n’a pas été sanctionné pour des « écarts » maçonniques au sens initiatique ou moral, mais pour avoir contesté publiquement une orientation qu’il juge dangereuse et contraire à la laïcité de 1905. Il décrit l’émergence d’une majorité interne et il raconte ce basculement comme une prise de contrôle culturelle autant qu’organisationnelle : il ne s’agirait plus seulement de gérer une obédience, mais de cadrer un discours, d’ordonner le dicible, de transformer la divergence en faute. Dans cette narration, le mot « chasse aux sorcières » n’est pas un effet de style : il sert à caractériser un climat, et à installer l’idée que la discipline serait devenue un outil de régulation politique.

La question de la laïcité occupe le cœur battant du texte. L’auteur construit une opposition frontale entre la loi de 1905 et la loi dite « séparatisme » (2021) : « Il faut choisir », écrit-il en substance, comme si deux régimes de laïcité s’affrontaient désormais, l’un émancipateur, l’autre soupçonné de glisser vers une gestion sécuritaire du religieux. Dans cette perspective, sa propre histoire disciplinaire est présentée comme une conséquence de ce conflit doctrinal : il estime avoir payé le prix d’une fidélité à une laïcité de combat, là où l’obédience, selon lui, se serait engagée dans une autre logique.

Le texte se fait ensuite très concret avec l’épisode du rassemblement laïque du 6 décembre 2025, annoncé au Gymnase Japy.

Christian Eyschen en fait un révélateur. Il raconte les obstacles administratifs, les tensions, et interprète ces difficultés comme des tentatives d’empêchement. Il élargit même le tableau en évoquant des initiatives concurrentes au même moment, attribuées à d’autres structures maçonniques, l’ensemble étant présenté comme un système de neutralisation : non pas débattre, mais disperser, diluer, détourner l’énergie militante. Là encore, l’enjeu est moins l’événement lui-même que ce qu’il symbolise : la bataille de la laïcité devient une bataille de visibilité, donc de légitimité.

Gilbert Abergel

Au centre de la « Déclaration », deux séquences disciplinaires sont longuement récapitulées La première naît d’une polémique avec Gilbert Abergel (Comité Laïcité République) : Christian Eyschen décrit une mécanique où la justice maçonnique aurait été saisie et instrumentalisée, et il conteste ce qu’il estime être des approximations, des « impostures » procédurales, ou une partialité de traitement. La seconde affaire s’appuie, selon son récit, sur une condamnation profane limitée impliquant Eddy Khaldi (FNDDEN) : il affirme que cet élément a servi de prétexte pour aller jusqu’à l’exclusion. Dans les deux cas, l’auteur entend démontrer que la procédure n’est pas seulement un cadre : elle devient le message, et le message est politique.

C’est ici que la lecture maçonnique du document se révèle, au-delà des noms et des dates. Christian Eyschen semble dire : lorsqu’une institution se met à juger davantage des positions que des actes, lorsqu’elle privilégie la pacification administrative au détriment du débat de fond, elle glisse vers une forme de bureaucratie morale. Dans cette logique, la justice interne n’apparaît plus comme une protection de l’Ordre, mais comme une manière de produire du consensus par la sanction. Qu’on partage ou non ce diagnostic, il touche un point sensible de toute obédience : la frontière entre discipline et gouvernement, entre régulation et mise au pas.

La fin du texte élargit encore la focale

Christian Eyschen critique l’idée de « corps intermédiaires » et associe cette notion à un arrière-plan doctrinal (subsidiarité, doctrine sociale), qu’il juge incompatible avec l’esprit républicain qu’il revendique. Il relie ce débat à l’orientation publique du GODF et à une stratégie d’influence. Puis il introduit une note chiffrée sur la situation financière (GODF/SOGOFIM, 2019–2024), avec un tableau et des commentaires sur l’immobilier et certaines décisions présentées comme problématiques. Le mouvement est clair : l’auteur veut montrer que la crise n’est pas seulement idéologique, mais aussi structurelle : gouvernance, finances, ligne publique, tout serait, selon lui, connecté.

On peut lire ce document comme un geste de vérité personnelle, ou comme une construction polémique.

Mais on ne peut pas le lire comme un simple « communiqué » ». Il s’agit d’une parole qui se place au bord d’une faille, et qui entend la rendre visible. Sa force vient de sa cohérence interne : tout y est ramené à une même thèse, celle d’un conflit de laïcité et d’appareil. Sa fragilité, elle aussi, est là : parce qu’en accusant largement, le texte appelle mécaniquement la contradiction, la vérification, le contradictoire, et le droit de réponse.

La « Déclaration » de Christian Eyschen n’est pas un document d’apaisement

C’est un texte qui pose ses pierres, une à une, pour construire un mur de séparation : entre 1905 et 2021, entre débat et discipline, entre institution initiatique et machine de gouvernance. À chacun d’en mesurer la portée, et d’entendre, derrière le tumulte, la question essentielle qu’il laisse dans l’air : lorsqu’une obédience se protège, protège-t-elle encore l’esprit qui l’a fondée ou seulement son propre équilibre ?

Encadré « Précautions éditoriales » Le document présenté est une déclaration d’auteur, comportant des accusations nominatives et des interprétations politiques. 450.fm le mentionne comme élément de débat et rappelle que ces affirmations engagent la responsabilité de leur auteur. Les personnes et institutions citées peuvent exercer un droit de réponse. Une lecture complète suppose, comme toujours en matière de gouvernance obédientielle, contradiction, vérifications et mise en contexte.

EXCLUSIF – Interview de Hassan El Azhari : Grand Maître de la GLNM

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Interview d’Hassan El Azhari, Grand Maître de la Grande Loge Nationale Marocaine (GLNM)

Le Grand Maître de la Grande Loge Nationale Marocaine (GLNM), reçoit notre journal avec cette simplicité sûre qui n’a pas besoin d’effets. Dans un pays où la Franc-maçonnerie demeure souvent prisonnière des fantasmes et des préjugés, il accepte de partager des repères, de nommer une méthode, de rappeler une exigence. Sans rien dévoiler du secret initiatique, il éclaire ce qui peut l’être, il distingue la discrétion de l’ombre et il situe la GLNM dans une fidélité à la tradition, à la conscience croyante et aux constantes du Maroc.

Nous l’avons interrogé sur un parcours, une mission, une manière de travailler et sur cette question qui traverse toute démarche d’initiation : comment se construire en silence sans se retrancher du monde.

A) Parcours personnel et initiation

Delta placé au temple Al Andalus de la GLNM où travaille la RL Zilis n°7 à l’Orient de Tanger

1. Vous racontez être arrivé à la Franc-maçonnerie presque « par hasard », via une recherche sur internet. Qu’est-ce qui, à ce moment-là, a fait basculer la curiosité en démarche initiatique ?

Réponse d’H. E. A. : J’ai toujours été attiré par les sciences occultes et le soufisme. En 2001, en surfant sur Internet, j’ai découvert l’existence de la Franc-maçonnerie. Je m’y suis intéressé, un heureux hasard a fait qu’un ami proche m’en a parlé. Il m’a même révélé que la Franc-maçonnerie existait au Maroc. Il m’a encouragé à postuler en me donnant une adresse postale, ce que j’ai fait très rapidement. Quelque temps plus tard, j’ai reçu un courrier m’invitant à me présenter pour des entretiens dans un hôtel de la ville, « Lieu, date, et heure » étaient bien clairs.

2. À rebours des fantasmes, vous dites ne rien avoir à cacher « en dehors du vrai secret maçonnique », qui requiert l’initiation. Comment définiriez-vous ce secret sans le trahir ?

H. E. A. : Il n’y a pas un secret, mais des secrets ; Le secret maçonnique réside d’abord dans l’initiation qui est le premier secret que l’initié découvre. Si on trahit ce secret maçonnique, on déflore les secrets de l’initiation. C’est vraiment dommage, parce que la base de l’initiation dans n’importe quelle société initiatique, c’est la découverte du secret pour pouvoir y réfléchir et travailler sur soi pour avancer sur le chemin de la sagesse. Les autres secrets sont liés aux passages des autres degrés et grades.

3. Qu’est-ce qui vous a attiré vers la GLNM plutôt qu’une autre voie maçonnique présente au Maroc ?

Convent GLNM – 2021

H. E. A. : Je suis le Grand Maitre fondateur de la GLNM. Ce qui m’a poussé à fonder cette Obédience, c’est la recherche de la régularité et la pureté du Rite. En 2016, quelques Frères et moi-même, animés par cet idéal, avons décidé de franchir le pas. Je ne critique jamais les autres Grandes Loges au Maroc.

Grâce à la création de la GLNM, qui est une Obédience observant les critères de la régularité, les Landmarks qui sont des principes intangibles, on a complété ainsi le paysage maçonnique marocain. La Grande Loge Nationale Marocaine est un Ordre maçonnique initiatique et traditionnel dont l’essence repose sur la foi en Dieu, ou si vous préferez le « Grand Architecte de l’Univers », la Fraternité et la Tolérance.

4. Vous avez occupé des responsabilités jusqu’à devenir Grand Maître. Quel a été, dans cette montée en charge, le moment le plus « éprouvant » – celui où l’on comprend que l’on ne représente plus seulement sa Loge, mais un ordre de travail ?

H. E. A. : Depuis que j’ai rejoint cette grande famille, j’ai accepté beaucoup de charges au sein des Loges dont j’étais membre. Pour l’exemple, j’ai fondé deux Loges avant d’entreprendre la création de l’Obédience. C’est « éprouvant » comme parcours, comme n’importe quel parcours profane d’ailleurs, car le démarrage est toujours assez ingrat. Heureusement, la confiance de mes Frères et leur aide sans faille m’ont prouvé qu’on peut bâtir l’impossible et bien au-delà. Etre Grand Maître fondateur ne suffit pas, sans l’aide des Frères, tout cela ne serait que mirage.

B) Mission, structure, rite

5. Quelle est, selon vous, la mission principale de la GLNM dans l’espace africain et méditerranéen : transmettre une méthode, construire un pont, ou tenir une ligne de crête entre intériorité et cité ?

Bannière de la RL Menara à l’Orient de Marrakech

H. E. A. : La position de la Franc-maçonnerie marocaine est d’abord un trait d’union entre le Nord et le Sud, entre l’Europe et l’Afrique. En effet, le Maroc dispose d’une culture plurielle. Plusieurs ethnies composent le tissu social marocain ; Berbère, Arabe, Sahraoui et Andalou. En terme de religions, il y a des musulmans et des juifs, tous ces ingrédients font que le Maroc est ce qu’il est ; Et donc la tradition ésotérique est également multiple : Soufisme et Kabbale ; ce qui va distinguer la Franc-maçonnerie Marocaine de celle Européenne (Christique) et celle de l’Afrique subsaharienne (Animiste). Ce triptyque crée une richesse extraordinaire dans la qualité des travaux maçonniques et l’interprétation des symboles maçonniques.

6. Dans l’entretien Maroc Hebdo, vous insistez sur les « constantes nationales ». Concrètement, comment une obédience initiatique s’accorde-t-elle au cadre religieux et institutionnel marocain sans ne se diluer ni se raidir ?

H. E. A. : Comme je l’ai déjà dit plus haut, le Maroc dispose d’une culture diverse et riche de ses composantes religieuses. Il y a donc deux traditions ésotériques, Musulmane et Juive, qui influencent profondément le symbolisme maçonnique. Sur le volet institutionnel, La Grande Loge Nationale Marocaine est fidèlement et entièrement dévouée à sa Patrie et à son Souverain. Ses membres doivent se soumettre aux lois et respecter les autorités constituées.

7. Vous pratiquez le REAA, quelles sont les spécificités de votre REAA « à la marocaine » : dans l’esprit, dans le symbolisme, dans la pédagogie… ?

Anniversaire du Suprême Conseil du Maroc en 2022 (tenue-des-33, en présence de délégations étrangères)

H. E. A. : En effet, on pratique le REAA, il n’y a pas de spécificité marocaine particulière. On respecte à la lettre le rite que nous pratiquons, tel qu’il est pratiqué à travers le monde. On le pratique dans les deux langues, le Français (version pratiquée dans les Loges Françaises) et l’Arabe classique (version pratiquée dans les Loges Libanaise). Le symbolisme y est très riche parce que les travaux en langue Arabe apportent un plus.

8. Vous faites une analogie avec le soufisme. Est-ce une analogie de méthode (cheminement), de discipline (adab), de symbolique (voilement/dévoilement) ?

H. E. A. : La Franc-maçonnerie et le Soufisme sont deux voies initiatiques parallèles, l’une n’annule pas l’autre, car les deux voies nous éclairent. Des Soufis travaillent avec nous, qui affirment qu’avec une lampe on voit bien, mais avec deux lampes on voit mieux.

9. Vous dites que, chez vous, l’initiation concerne des croyants (religions abrahamiques). Comment travaillez-vous l’unité initiatique sans uniformiser les consciences ?

Présence de la GLNM à la World Conférence organisée par la Confédération H&H en Colombie – Juillet 2024

H. E. A. : La Franc-maçonnerie tire ses origines du mythe Hiramique et Salomonien. Pour appréhender les symboles et le symbolisme, il faut au minimum croire au Dieu d’Abraham, qui est le Grand Architecte de l’Univers pour les Francs-maçons. Chaque Frère en travaillant sur sa propre Pierre invoque le Grand Architecte de l’Univers qui est le même pour tous les Frères (Dieu pour les Musulmans, Jesus pour les Chrétiens, JHVH pour les Juifs). Les trois religions révélées sont unanimes en ce qui concerne Salomon et le Temple de Salomon.

10. Sur l’instruction : quelles sont vos priorités actuelles – formation des officiers, qualité des catéchismes, exigences de passage, culture symbolique, accompagnement des jeunes maîtres ?

H. E. A. : Actuellement, nos priorités sont mises sur la formation des Officiers, la qualité des catéchismes et l’accompagnement des jeunes maitres, pour assurer la relève.

C) Défis et contexte marocain

Maroc Hebdo – Nos francs-maçons sortent de l’ombre

11. Maroc Hebdo rappelle un cadre de tolérance institutionnelle et cite un épisode judiciaire marquant (1973, loge Espérance). Que vous dit, aujourd’hui, cette mémoire juridique sur la place réelle de la maçonnerie au Maroc ?

H. E. A. : Je pense que cet épisode judiciaire a facilité les choses au Maroc en donnant une image positive de la Franc-maçonnerie, loin du traditionnel complot judéo-maçonnique. Cela a permis à la justice de s’affirmer.

12. Le magazine insiste sur une tension durable : tolérance, discrétion assumée, soupçon persistant. Qu’est-ce qui nourrit encore le soupçon : l’histoire, la géopolitique, le complotisme numérique, ou l’ignorance du travail symbolique ?

H. E. A. : La discrétion est imposée dans tous les pays, pas uniquement au Maroc. D’ailleurs, selon les Frères italiens, c’est pire dans leur pays, ce qui nourrit plus encore le soupçon, c’est l’ignorance du travail symbolique.

13. Sur la perception publique : vous préférez parler d’institution discrète plutôt que secrète. Comment décide-t-on, très concrètement, ce qui peut être dit – et ce qui doit rester du domaine de l’expérience ?

H. E. A. : Je pense que les choses sont claires, ce qui est du domaine du secret ne doit en aucun cas être révélé à celui qui n’a pas qualité à le connaitre. Comme dans la vie profane, les secrets qui concernent une famille ne doivent jamais être divulgués aux étrangers.

Tenue spéciale organisée entre Loges en novembre 2023 à Casablanca

14. Le dossier raconte comment une simple page Instagram (septembre 2021) a déclenché des lectures politiques délirantes. Comment gérez-vous, en tant que Grand Maître, cette époque où la rumeur fabrique des causalités instantanées ?

H. E. A. : Une simple page Instagram en 2021 a déclenché une vague de complotismes populaires que nous avons bien observé de près. Nous l’avons transformé en opportunité pour mieux faire comprendre la Franc-maçonnerie à travers notre page Instagram (les Frères I. R. et A. B. qui gèrent cette page, ont fait des sessions questions réponses en Arabe dialectal « Darija » à maintes reprises. Nous avons ainsi réussi à transformer les objections en avantages)

15. Vous dites être « ouverts à tout le monde, toutes catégories sociales confondues », tout en constatant une sociologie plus aisée. Comment élargir sans perdre l’exigence initiatique ?

H. E. A. : Il y a un principe connu dans la Franc-maçonnerie, un Franc-maçon doit être « Libre et de bonnes mœurs ». Si un profane qui frappe à la porte du Temple est Libre et de bonnes mœurs, en principe il a beaucoup de chance d’être accepté puis initié. On interprète « Libre » par indépendant financièrement et capable de prendre ses décisions sans demander la permission à autrui. Quant à « Bonnes Mœurs », cela signifie qu’il a un casier judicaire vierge. A partir de là, on ne contrôle pas son origine ethnique, son niveau social, ou sa religion.

D) Relations internationales et « régularité »

16. Quelles sont vos relations avec les obédiences étrangères, et comment articulez-vous reconnaissance, régularité, et souveraineté symbolique marocaine ?

H. E. A. : D’abord nous sommes une Obédience Régulière et Souveraine, et nous ne tissons des relations qu’avec des Obédiences qui nous ressemblent. La GLNM est actuellement membre de trois grandes confédérations internationales,

  • CGLEM Confédération des Grandes Loges d’Europe et de la Méditerranée. (12 membres)
  • Conf. H&H Confédération Universelle Maçonnique Hope & Humanity (GLNM est membre fondateur) (25 membres)
  • SOGLIA SDWA Society Of Grand Lodges In Alliance – Side Degrees World Agreement (31 membres)

Avec toutes les Obédiences membres, nous avons l’obligation de nous respecter, de ne jamais interférer ou nous immiscer dans les affaires internes des autres membres. Pour rester membre, nous devons obligatoirement observer les règlements de la maçonnerie régulière.

17. Un passage du dossier évoque l’émotion patriotique lors des rencontres internationales (hymne, drapeau) et même l’idée d’un « rite marocain » à venir, avec la darija. Est-ce une perspective sérieuse ou un horizon symbolique ?

H. E. A. : Concernant l’émotion patriotique lors de nos rencontres internationales, il est légitime que nous éprouvions de la joie et des émotions patriotiques lors de réceptions sous le drapeau marocain accompagnées de l’hymne national. Concernant le projet d’un « Rite Marocain » le Frère G. B. est l’instigateur de cette idée, il y travaille activement.

18. En Afrique du Nord, la maçonnerie est souvent prise dans des tensions géopolitiques et narratives. Comment voyez-vous l’évolution régionale : repli, prudence, ou maturation discrète ?

H. E. A. : Pour ne pas entrer dans un débat politique, je vais juste poser une phrase : La Franc-maçonnerie ne peut exister que dans un pays démocratique.

E) Perspectives d’avenir et message final

19. Votre vision pour la GLNM à 5 – 10 ans : consolidation interne, qualité rituelle, croissance maîtrisée, présence publique plus lisible – ou fidélité stricte à la réserve ?

H. E. A. : Au mois de novembre 2026, la GLNM fêtera ses 10 ans. Notre objectif initial était d’être plus visible à sa dixième année, le pari a été tenu. Notre objectif pour les 5 prochaines années est d’être plus nombreux (doubler les effectifs) pour pouvoir briller plus encore et donner aux jeunes marocains l’opportunité de découvrir le symbolisme maçonnique. Nous souhaitons aussi reussir la transmission initiatique pour assurer la relève.

20. Le mot inclusion est devenu un slogan. Pour vous, que signifie une inclusion initiatique (qui n’est pas une simple ouverture sociologique) ?

H. E. A. : Sincèrement, on vise à démocratiser l’accès à la Franc-maçonnerie. Cela peut être bénéfique pour la société. On pense que notre contribution est un outil entre autres qui peut favoriser la transformation d’un citoyen bon en un citoyen encore meilleur.

21. Message aux profanes curieux : si vous deviez résumer en une image ce que la GLNM « produit » chez un homme, quelle image choisiriez-vous : une pierre, une lampe, une mesure, une clé ?

H. E. A. : Pour les Profanes curieux, je peux leur dire que la GLNM est une Lampe, ses Membres sont des Pierres. Le cheminement maçonnique est une mesure et le secret maçonnique en est la Clé.

Nous remercions très chaleureusement le Grand Maître pour la qualité de son accueil et la clarté de ses réponses. En acceptant cet échange, il a permis que le débat se tienne à son niveau juste, celui de la méthode, de l’éthique et du discernement, loin des raccourcis et des procès d’intention. Que cet entretien soit reçu comme une invitation à mieux comprendre et à mieux sentir la patience du travail intérieur aux bruits de la rumeur.