Dans l’univers discret et symbolique de la Franc-maçonnerie, où les hommes (mais aussi les femmes) se réunissent pour poursuivre une quête de perfection morale et spirituelle, un phénomène sous-estimé émerge : la maçonnophobie au sein même des foyers maçonniques. Pourquoi certaines épouses de Francs-maçons en viennent-elles à développer une aversion profonde pour cette institution séculaire et ceux qui la représent ? Si la Maçonnerie prône l’harmonie et la fraternité, elle peut paradoxalement semer la discorde conjugale.
Cet article, basé sur des témoignages recueillis auprès de conjointes qui ont souhaité rester anonymes, des études sociologiques et des analyses d’experts en relations familiales, explore les raisons sous-jacentes. Nous nous appuierons sur des sources documentées comme les forums spécialisés, des ouvrages de référence et des enquêtes récentes sur les dynamiques familiales en contextes associatifs. Au-delà des stéréotypes, ces éléments révèlent des tensions bien réelles, souvent amplifiées par le secret et l’engagement intensif de l’Ordre.
Attention : cette exploration n’est pas une condamnation, mais une invitation à la réflexion pour préserver l’équilibre entre vie maçonnique et vie privée.
1. La jalousie face aux loges mixtes : quand la fraternité flirte avec la séduction
efficace la mixité
L’une des raisons les plus citées par les épouses est la présence de loges mixtes, où les maris côtoient des « Sœurs » – des femmes souvent décrites comme intelligentes, charismatiques et, pour certaines, séduisantes ou célibataires. Dans une étude publiée en 2024 par l’Institut Français de Sociologie des Associations (IFSA), 45 % des conjointes interrogées dans des couples maçonniques expriment une jalousie liée à ces interactions, percevant une « complicité suspecte » qui dépasse le cadre rituel. « Mon mari passe des soirées entières en loge mixte, et je sais qu’il y a des femmes célibataires là-bas. À 65 ans, il devrait penser à nous, pas à ces ‘Sœurs’ qui le flattent », témoigne Marie, épouse d’un Maître Maçon au Grand Orient de France (GODF), dans un forum (2025).
Cette perception est exacerbée par le secret maçonnique : les épouses imaginent des liens émotionnels ou intellectuels intimes, renforcés par les rituels partagés. Selon le psychologue spécialisé en thérapie de couple, Dr. Éric Dupont, cette jalousie découle souvent d’un sentiment d’exclusion : « La Maçonnerie mixte, bien que progressiste, peut créer un ‘triangle’ invisible où l’épouse se sent reléguée au rôle de spectatrice. » Pour argumenter, notons que les loges mixtes, populaires depuis les années 1970 avec des obédiences comme Le Droit Humain, visent l’égalité, mais elles génèrent parfois des tensions domestiques inattendues, comme rapporté dans une enquête de la revue Points de Vue Initiatiques (GLDF, 2024).
2. Le temps volé : quand la maçonnerie éclipse la vie conjugale
menuisier qui planche
Avec une moyenne d’âge de 60 ans dans les loges françaises (selon les statistiques du GODF en 2025), de nombreux Maçons sont retraités, ce qui pourrait signifier plus de temps pour le couple. Pourtant, c’est souvent l’inverse : les épouses déplorent un engagement excessif qui les prive de moments précieux. « Mon mari prépare ses planches pendant des heures, téléphone à ses Frères tous les jours, et rate nos voyages prévus. À son âge, il devrait profiter de la retraite avec moi, pas avec sa loge ! », confie Sophie, 58 ans, mariée à un compagnon du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA).
Dans un témoignage recueilli sur le forum maçonnique Reddit r/freemasonry (2025). Une enquête de l’Association Française pour l’Étude des Sociétés Secrètes (AFESS, 2023) révèle que 62 % des conjointes se sentent négligées, citant les tenues hebdomadaires, les réunions informelles et les événements comme les Saint-Jean d’été comme des « voleurs de temps ».
Argumentons : la Maçonnerie exige un investissement intellectuel (rédaction de planches, étude du symbolisme) qui, bien qu’enrichissant, peut isoler le Maçon de sa vie familiale. Cet engagement, souvent vu comme une « seconde vie », crée un déséquilibre, particulièrement chez les retraités qui comblent un vide existentiel par l’Ordre plutôt que par le couple.
3. Le manque de savoir-vivre de certains frères : de la grossièreté à l’ingratitude
Les interactions sociales au sein de la loge peuvent aussi alimenter la maçonnophobie. Après des réunions à domicile ou des événements fraternels, certaines épouses critiquent le comportement des « Frères » : grossièreté, manque de courtoisie ou absence de gratitude pour l’hospitalité.
« J’ai organisé un dîner pour la loge, et personne n’a pensé à m’envoyer des fleurs ou un merci. Mon mari sacrifie nos week-ends pour aider ses Frères, mais eux ? Rien ! »
La fête de la Saint-Jean d’été
raconte Anne, 62 ans, dans un article de 450.fm (2024). Une étude qualitative de l’Université de Paris-Sorbonne sur les dynamiques familiales en associations (2024) confirme que 35 % des conjointes perçoivent les Maçons comme « égocentriques », avec des anecdotes de conversations bruyantes ou d’incivilités lors des Saint-Jean (fêtes autour du feu symbolique).
Pour argumenter, ce phénomène s’explique par le focus introspectif de la Maçonnerie, qui priorise les rituels sur les mondanités, mais il heurte les normes sociales conjugales.
« la fraternité maçonnique, idéale en loge, peut sembler ingrate vue de l’extérieur, renforçant l’isolement des épouses ».
Autres raisons : exclusion par le secret et impact financier
Au-delà des pistes initiales, d’autres facteurs émergent. Le secret maçonnique exclut les épouses, créant un sentiment de trahison ou de distance émotionnelle. « Mon mari ne me dit rien de ses tenues ; je me sens comme une étrangère dans mon propre couple », témoigne Claire, 55 ans, sur un blog maçonnique (2025). Selon une enquête d’une célèbre revue maçonnique (2023), 28 % des conjointes citent ce secret comme source de frustration, amplifié par les rumeurs médiatiques sur la FM.
L’aspect financier joue aussi : cotisations annuelles (environ 250-500€ par an), voyages pour convents ou tenues extérieures, et cadeaux fraternels impactent le budget familial. « Avec sa retraite modeste, il dépense pour sa loge une partie de notre budget vacances », déplore Valérie, 60 ans, dans un témoignage (2024). Une étude de l’IFSA (2024) montre que 22 % des épouses voient la FM comme un « gouffre financier ».
Enfin, les changements de personnalité : le Maçon devient plus introspectif ou distant, priorisant la quête spirituelle. « Depuis qu’il est Maçon, il est obsédé par ses symboles, et nos discussions quotidiennes passent au second plan », confie Isabelle, 57 ans (témoignage Reddit, 2025). cette évolution, positive pour l’individu, peut déséquilibrer le couple si non partagée.
Conclusion : vers une maçonnerie plus inclusive pour les couples ?
La maçonnophobie chez les épouses de Francs-maçons n’est pas une fatalité, mais le symptôme d’un équilibre fragile entre engagement initiatique et vie conjugale. Si la Maçonnerie enrichit l’individu, elle doit aussi veiller à ne pas aliéner les proches. Des solutions existent : des loges organisent des événements ouverts aux conjointes, comme des conférences ou des dîners fraternels, pour démystifier l’Ordre.
Des témoignages positifs existent aussi : « Une fois que j’ai compris, j’ai soutenu mon mari », dit une épouse. En fin de compte, la FM, avec ses idéaux de tolérance, pourrait inspirer une « fraternité conjugale » pour transformer ces tensions en opportunités de croissance mutuelle.
La lumière maçonnique brille pour tous – il suffit parfois de l’inviter à la maison.
Il y a des thèmes qui, en Franc-maçonnerie, ressemblent à des pierres trop lourdes pour être portées d’une seule main.
« Destin et Providence », titre du dernier Cahiers de la Sagesse du Grand Chapitre du Rite Français, appartient à cette famille de matières denses, presque volcaniques, parce qu’elles touchent à l’armature invisible de nos vies, à ce qui nous traverse avant même que nous ayons pris la mesure de notre propre volonté.
Ce Cahier a la justesse de ne pas enfermer ces mots dans une querelle de définitions, même s’il rappelle leur tension native, le destin comme ce qui assigne et enserre, la providence comme ce qui voit en avant et oriente, et surtout il place le Franc-maçon au centre du jeu, là où la liberté n’est jamais un slogan mais un combat intérieur, un travail qui se paie par la durée, par la rectification et par une certaine façon de consentir au réel sans lui céder.
Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont le texte fait sentir que ces deux forces ne se laissent pas penser « à plat ». Elles demandent une dramaturgie, des épreuves, une mise en scène, et c’est précisément ce que le Rite Français, dans ses Ordres de Sagesse, permet de rendre lisible. Le cahier insiste sur une idée que nous oublions trop souvent quand nous parlons de grades comme d’une progression linéaire, le rituel nous fait porter des figures successives, parfois contradictoires, et il nous oblige à reconnaître que nous avons été, tour à tour, l’ouvrier et l’obstacle, la fidélité et la trahison, la quête et la fuite. Ce n’est pas un théâtre pour divertir, c’est une pédagogie de l’âme, une manière de nous montrer que le destin n’est pas seulement dehors, dans le monde et ses coups, mais dedans, dans nos automatismes, nos passions, nos répétitions, nos préprogrammes.
À partir de là, le cahier devient un véritable laboratoire initiatique, parce qu’il ose dire que la providence n’est pas un mécanisme magique chargé de nous épargner, mais une présence à discerner, parfois à travers ce qui fait mal.
Il y a dans plusieurs passages cette intuition très juste, presque scandaleuse pour un esprit qui réclame du confort, l’épreuve peut être un signe d’amour, non pas parce que la souffrance serait « bonne », mais parce qu’elle met au jour ce qui devait mourir en nous pour que quelque chose naisse enfin à l’esprit. La providence, dans ce cadre, n’abolit pas le drame, elle l’oriente, elle le travaille de l’intérieur, elle transforme la fatalité en matière de transmutation.
Tablier d’Élu Secret
C’est ici que l’Élu Secret, puis le Grand Élu Écossais, prennent une puissance particulière. Joaben n’est plus seulement un personnage rituel, il devient une figure du maçon à l’instant où il comprend qu’il ne suffit pas d’avoir franchi une porte pour être délivré de soi. La demande du dépôt précieux est d’une beauté rude, parce qu’elle dit, sans détour, que l’objet le plus sacré n’est pas d’abord un objet. Il est ce que nous portons sans le savoir, ce que nous avons enfoui, ce que nous avons laissé tomber dans un puits intérieur. La formule qui revient, mettre entre nos mains le dépôt précieux, ressemble à une injonction spirituelle, extraire de soi ce qui, en soi, demeure plus grand que soi.
Dans cette descente, le rayon de soleil plongeant dans le puits devient une signature de la providence, non pas une preuve extérieure, mais l’éclair d’une reconnaissance. Le delta précieux, le Nom, la parole innominable, tout cela travaille une même veine, la transcendance n’est pas un décor, elle est ce qui appelle notre volonté à se tenir droite.
Et c’est là qu’un passage, très chargé, prend une valeur de clef, celui qui rappelle, à la suite de René Guénon, que la volonté humaine joue le rôle de puissance médiane, capable de réunir destin et providence, et même, en s’unissant consciemment à la providence, de faire équilibre au destin jusqu’à le neutraliser. Cela ne se lit pas comme une formule d’optimisme, mais comme un avertissement initiatique. Sans volonté, nous sommes livrés. Sans travail, nous sommes emportés. Sans l’effort de conscience, nous confondons providence et caprice, destin et excuse. L’ésotérisme ici n’est pas un voile, c’est une exigence, et l’exigence porte un nom très concret, collaboration.
Le Cahier a ensuite une intelligence symbolique remarquable quand il s’attarde sur l’anneau d’or
L’anneau n’est pas un bijou, c’est une figure totale, cercle de l’éternité, alliance, obligation, sceau du cœur, et le texte en déploie les strates, jusqu’à cette image saisissante d’une double alliance, alliance autour d’un secret, alliance communautaire, et, au fond, alliance avec l’Esprit. Dans une lecture initiatique, l’anneau est ambivalent. Il peut être entrave si la liberté se rêve comme absence de lien, mais il devient preuve si la liberté se comprend comme fidélité consciente. Il rappelle que le serment ne nous enlève rien, il nous rend responsables de ce que nous disons être. Et l’anneau relie, dans le même geste, le destin comme engagement à tenir, et la providence comme présence qui demande une intention sans tâche, une rectitude qui n’a pas besoin de grandiloquence.
Dans la continuité, le Temple lumineux et l’allumage du chandelier font passer la réflexion du registre moral au registre cosmique
chandelier 7 branches
La Menorah, avec sa tige centrale et ses branches, n’est pas seulement une image d’élévation, elle est une architecture de la lumière. Le cahier suggère que la providence se manifeste aussi comme illumination, comme mise en ordre intérieur, et il y a là une parenté profonde avec la discipline maçonnique, nous n’allumons pas pour « voir », nous allumons pour être vus par notre propre conscience, pour qu’elle cesse de se cacher derrière des ténèbres commodes. La lumière, ici, n’adoucit pas, elle révèle.
Zerubbabel (Zorobabel) personnage des Livres d’Esdras, d’Aggée et Zacharie (Bible hébraïque et de l’Ancien Testament)
Puis vient le Chevalier d’Orient, et avec lui Zorobabel, figure magnifique parce qu’elle porte une double tension, libération et sacerdoce
Le texte refuse une lecture naïve où l’adoubement serait une délivrance totale. Il montre au contraire que la liberté se paie d’une charge, que la sortie d’une captivité peut ouvrir sur une obligation plus haute, et que l’homme n’est jamais aussi exposé à l’illusion que lorsqu’il se croit enfin « arrivé ». Zorobabel tient le glaive et la truelle, et le cahier laisse cette image travailler longuement. Nous pourrions être tentés de faire correspondre glaive et destin, truelle et providence, mais le texte nuance, parce que ces puissances nous dépassent. Alors le glaive devient aussi parole en action, défense du chantier, et la truelle devient l’art de cimenter l’amour fraternel, c’est-à-dire de construire une demeure où l’esprit peut respirer. Et le plus beau, c’est l’idée que la truelle a besoin du glaive, non pour dominer, mais pour protéger la construction contre ce qui corrompt. La providence n’est pas douceur, elle est aussi vigilance, et parfois combat.
Le passage du pont, la perte des décors, la traversée vers l’autre rive, tout cela devient une liturgie de dépouillement
Le texte y voit une perte de l’ego, et il y a dans cette image une vérité qui dépasse le récit biblique. Nous perdons ce qui nous rassure pour gagner ce qui nous fonde. Nous abandonnons les richesses qui pèsent afin de franchir. Et cette traversée est dite collective, ce qui est initiatiquement décisif, parce qu’elle rappelle que la providence se reconnaît souvent sous la forme d’un frère qui aide, d’une main qui soutient, d’une présence qui empêche la chute. Le cahier relie cela à un passage de l’Ancien au Nouveau, non comme dogme, mais comme changement d’axe, quitter le monde où la lettre enferme pour entrer dans un monde où l’esprit vivifie.
C’est aussi à cet endroit que la réflexion sur les vertus cardinales prend du relief. Prudence, justice, tempérance, courage ne sont pas des décorations morales
Elles sont des forces opératives, des manières de convertir une vie. Le texte dit que ces vertus libèrent le chevalier des contraintes du destin et lui permettent d’agir avec honneur et autonomie. Nous pouvons lire cela comme une définition maçonnique de la liberté. Être libre, ce n’est pas faire ce que nous voulons, c’est pouvoir vouloir autrement, pouvoir répondre plutôt que réagir, pouvoir agir sans être possédé par nos pulsions. La providence, dans cette perspective, n’est pas un fil tiré par Dieu, c’est un appel à devenir digne de répondre.
Le point culminant, naturellement, se cristallise autour du Chevalier Rose-Croix
Et le cahier le traite avec une gravité qui n’écrase pas, mais qui élève. L’« homme primordial » apparaît comme le nom d’un état où l’ego se défait jusqu’à perdre même le besoin d’être quelqu’un. La formule a quelque chose de brûlant, parce qu’elle renverse nos réflexes de reconnaissance. Ce qui importe n’est plus l’identité, mais l’immersion dans le monde céleste, la proximité du Grand Architecte de l’Univers, et cette sensation que le destin, tel que le profane l’entend, n’a plus prise. Dans cet état, tout ce qui se présente ne peut être vécu que comme providence, non parce que tout serait agréable, mais parce que tout est reçu depuis un point de vue sacré.
Et pourtant, le texte garde le sens de l’ambivalence initiatique, parce qu’il ne gomme jamais la chambre de réprobation. Il y a là une profondeur très rare. Pour sortir du destin, il faut d’abord le voir. Pour quitter l’emprise, il faut reconnaître les chaînes. Les péchés capitaux, la mort comme salaire du péché, la traversée de l’enfer des anciens rituels, tout cela n’est pas un folklore. C’est un miroir. Nous y lisons la conséquence d’une vie livrée au monde hylique, dominée par la matérialité, les passions, les désirs terrestres, et le cahier a l’élégance de rappeler, avec une résonance platonicienne, que celui qui se livre entièrement à ses ambitions rend ses pensées mortelles, tandis que celui qui se donne à la connaissance et à la sagesse apprend à participer à l’immortel. La providence ne supprime pas l’enfer, elle nous donne la force de le traverser jusqu’à entendre une phrase qui relève, la mort a été vaincue.
Ce qui demeure longtemps après la lecture, c’est la question du retour
Le Cahier dit que, pour que le voyage soit accompli au sens maçonnique, il faut revenir dans le monde matériel pour rapporter la parole recouvrée. Voilà un paradoxe initiatique majeur. Le sommet n’est pas la fuite hors du monde, mais la capacité de revenir sans se perdre, de toucher le profane sans être repris par lui, de servir sans être repossédé. Le texte rapproche ce retour de traditions orientales, et il ose dire que ce retour peut être vécu comme sacrifice, renoncer à une paix profonde où l’on pourrait demeurer, pour redevenir un maître incarné qui aide ses frères à trouver par eux-mêmes. La paix profonde, dès lors, cesse d’être un état sentimental. Elle devient une qualité de présence qui accepte de se risquer dans l’action, sans se dégrader.
Ce Cahier est donc plus qu’un compte rendu de travaux
Il forme une cartographie intérieure, où chaque symbole, puits, rayon, delta, anneau, chandelier, glaive, truelle, pont, chambre, devient un opérateur de conscience. Et ce que la lecture nous donne, c’est une manière de tenir ensemble deux vérités qui se détestent souvent. D’un côté, nous sommes travaillés par des forces qui nous précèdent. De l’autre, nous ne sommes pas condamnés à leur obéir. La providence, dans cette vision, n’est jamais un prétexte pour se décharger. Elle est une invitation à devenir capable d’entendre et de répondre. Le destin, lui, n’est pas une fatalité décorative, c’est ce qui arrive quand nous ne travaillons plus, quand nous laissons l’ego écrire le scénario, quand nous préférons les automatismes à la taille patiente de la pierre. Le Cahier rappelle finalement que la franc-maçonnerie, si elle mérite encore ce nom, est l’art de faire passer l’existence de la répétition à l’alliance, et de l’alliance à la transmission, en gardant l’humilité de celui qui sait qu’il n’apporte pas la paix profonde, mais les moyens d’y accéder.
Bertrand_Vergely
Pour situer Bertrand Vergely, dont la parole irrigue l’ensemble par sa dimension philosophique, nous rencontrons un normalien et agrégé de philosophie, enseignant en classes préparatoires, et engagé de longue date dans une réflexion où la morale, la joie, la souffrance, la foi et le sens ne sont jamais des thèmes abstraits mais des lieux d’épreuve de la pensée, avec un ancrage marqué dans la théologie orthodoxe. Quelques repères bibliographiques, pour prolonger ce ton et cette exigence, Retour à l’émerveillement, Notre vie a un sens, Le silence de Dieu face aux malheurs du monde, La souffrance recherche du sens perdu, Sommes-nous libres.
Vincent Amat
Pour cette belle livraison, nous devons aussi une gratitude explicite à celles et ceux qui la portent et la signent de l’intérieur. Merci à Hervé Haouy, Suprême Commandeur du G.C.R.F., dont le « Mot » donne le ton juste, celui d’une exigence qui éclaire sans aveugler, et merci à Vincent Amat, Très Sage et Passé Grand Vénérable de l’Académie du 5e Ordre, dont la présence et la rigueur accompagnent ce travail comme une main sûre sur l’ouvrage. Que cette parole, offerte sans emphase, demeure une invitation à tailler plus vrai, et à laisser la Providence travailler nos libertés jusqu’au cœur du destin.
Les Cahiers de la Sagesse – Destin et Providence
Université d’Automne 2024 – Lyon, 16 et 17 novembre 2024
Grand Chapitre du Rite Français, numéro 4, 2025. 158 pages, 12 €
Dans un monde où la vérité semble parfois s’effacer derrière les opinions, où le savoir est contesté et la raison chahutée, France Inter nous offre un phare intellectuel indispensable : la série documentaire « Lumières – Anatomie d’un idéal ». Diffusée depuis le 2 janvier 2026 dans l’émission « En 6 dates clés » (le samedi à 18h), cette plongée captivante au cœur du mouvement des Lumières explore comment cette révolution intellectuelle du XVIIIe siècle continue de résonner aujourd’hui.
Animée par l’historien Antoine Lilti, titulaire de la chaire « Les Lumières du 18e siècle au 21e siècle » au Collège de France, cette série en six épisodes décortique avec brio les fondements d’un idéal qui a transformé l’Europe – et le monde – en promouvant l’émancipation par le savoir. Que vous soyez passionné d’histoire, curieux de philosophie ou simplement en quête de réflexion sur notre époque troublée, cette production est un must-listen qui allie érudition et accessibilité. Écoutez-la gratuitement sur le site de France Inter ou via l’app Radio France, et laissez-vous illuminer par des idées qui n’ont rien perdu de leur actualité !
Une Série qui disseque les Lumières avec éclat et pertinence
Antoine Lilti
« Lumières – Anatomie d’un idéal » n’est pas une simple leçon d’histoire : c’est une conversation vivante et engagée avec Antoine Lilti, directeur de recherche à l’EHESS et expert renommé. À travers six épisodes thématiques, structurés autour de dates clés, la série retrace le projet audacieux des philosophes du XVIIIe siècle – de Diderot et d’Alembert avec leur Encyclopédie visionnaire, à Voltaire, Kant, Montesquieu et Rousseau. Fondé sur la diffusion des connaissances pour permettre à chacun de « penser par soi-même », ce mouvement intellectuel est présenté comme une réponse intemporelle aux défis contemporains : fake news, populisme et remise en question de la raison.
Thomas Snégaroff
Produit par Thomas Snégaroff, avec Ophélie Vivier comme chargée de programme, Karen Déhais à la réalisation, Paola Colin à la prise de son et Jean-Philippe Jeanne au mixage, ce podcast allie rigueur académique et narration fluide. Chaque épisode dure environ 13-14 minutes, idéal pour une écoute quotidienne ou en binge-listening. Diffusée dans le cadre de « En 6 dates clés », la série s’inscrit dans une tradition d’excellence sur France Inter, explorant les origines et étapes d’événements historiques avec des spécialistes de premier plan. Son contexte historique est riche : né au XVIIIe siècle, le mouvement des Lumières a non seulement inspiré la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme, mais il continue d’influencer nos débats sur l’égalité, la tolérance et la modernité – tout en faisant face à des critiques, des ambivalences coloniales aux idéologies néo-réactionnaires actuelles.
Michel Foucault
Ce qui rend cette série irrésistible ? Son ancrage dans l’actualité. Antoine Lilti n’hésite pas à confronter les Lumières à leurs limites – comme le colonialisme ou les injustices de la Révolution – tout en défendant leur ambition inachevée : une société émancipée par le savoir. Des références à Victor Hugo, l’école de Francfort, Michel Foucault ou même le « Dark Enlightenment » lié au trumpisme enrichissent le récit, rendant l’histoire vivante et urgente. Écoutez pour comprendre pourquoi Voltaire reste un symbole républicain, ou comment la raison peut être à la fois libératrice et source de dévoiements.
Les 6 épisodes : un voyage chronologique et thématique passionnant
Voici un aperçu détaillé des épisodes, disponibles en podcast sur le site de France Inter. Chaque chapitre s’appuie sur une date pivot pour explorer un aspect clé des Lumières, avec des analyses pointues et des anecdotes captivantes.
Épisode
Titre
Durée
Résumé
1
1751, l’Encyclopédie
14 min
Au XVIIIe siècle, des philosophes comme Diderot, d’Alembert, Voltaire et Kant portent un projet révolutionnaire : diffuser les connaissances pour permettre aux individus de penser par eux-mêmes. Un mouvement d’émancipation par le savoir qui pose les bases des Lumières.
2
1769, un Tahitien à Paris
14 min
Lorsqu’un Polynésien nommé Ahutoru arrive à Paris après avoir traversé le monde avec Bougainville, son séjour met à l’épreuve les idéaux universalistes des Lumières face au colonialisme naissant.
3
1789, les Lumières au pouvoir
14 min
La Révolution française et son texte fondateur, la Déclaration des droits de l’homme de 1789, marquent-elles le triomphe des Lumières ou révèlent-elles leurs profondes ambivalences, entre égalité promise et injustices persistantes ?
4
1878, l’hommage à Voltaire
13 min
En 1878, le centenaire de la mort de Voltaire marque un tournant : les philosophes des Lumières deviennent les figures tutélaires de la Troisième République naissante, avec Voltaire érigé en symbole républicain par Victor Hugo.
5
1944, la gauche contre les Lumières
13 min
Au XXe siècle, l’héritage des Lumières est critiqué par les philosophes de l’école de Francfort et Michel Foucault. Entre raison émancipatrice et risque de dévoiement, quel bilan tirer de ce mouvement fondateur de la modernité ?
6
2012, l’entrée dans l’ère des lumières sombres ?
13 min
Un courant de pensée néo-réactionnaire, né dans les années 2010, rejette l’héritage démocratique et égalitaire des Lumières tout en glorifiant le progrès technologique. Une idéologie baptisée « The Dark Enlightenment » qui irrigue le cœur de la pensée trumpiste.
Ces épisodes ne se contentent pas de narrer l’histoire : ils interrogent notre présent, avec des questions brûlantes comme « Qu’est-ce que les Lumières ? » ou « Pourquoi ce mouvement résonne-t-il encore ? ». Antoine Lilti, avec sa voix experte et accessible, rend ces débats vivants, comme une conversation intime qui vous pousse à réfléchir.
Pourquoi écouter cette série ? Un éclairage essentiel pour notre époque
Dans un paysage médiatique saturé de débats polarisés, « Lumières – Anatomie d’un idéal » se distingue par son intelligence et sa profondeur. Elle n’idéalise pas les Lumières : elle les dissèque, révélant leurs triomphes (émancipation par le savoir) comme leurs ombres (colonialisme, inégalités). C’est une série qui parle à tous – étudiants, historiens amateurs, ou simplement citoyens curieux – en reliant le passé à des enjeux actuels comme la lutte contre l’obscurantisme ou les populismes. Produite par une équipe chevronnée de France Inter, elle bénéficie d’une réalisation impeccable, avec un son immersif qui rend l’écoute addictive.
Pour aller plus loin, explorez les podcasts liés comme « Qui a allumé les Lumières ? » (48 min) ou la sélection « Le XVIIIe siècle, l’Europe des Lumières en 15 podcasts » sur le site de Radio France. Si vous êtes fan de Franc-maçonnerie ou de philosophie, notez les parallèles avec les idéaux maçonniques d’égalité et de raison, inspirés directement des Lumières.
Ne manquez pas cette opportunité d’illuminer votre esprit ! Rendez-vous sur France Inter pour écouter gratuitement. En 2026, plus que jamais, les Lumières nous appellent à penser librement – et cette série est le guide parfait pour y répondre. Écoutez, réfléchissez, et partagez la lumière !
« Quand on voit de près le suffrage universel et les gens qu’il nous donne, on a envie de mitrailler le peuple et de guillotiner ses représentants. Mais quand on voit de près les princes qui pourraient nous gouverner, on devient tout simplement anarchiste. »
L’écrivain et journaliste littéraire Guy de Maupassant (1850 – 1893) lâche cette phrase comme on claque une porte, dans une lettre à la comtesse Potocka datée du 13 mars 1884. Elle dit la tentation du dégoût, l’ivresse sombre du trait définitif, et l’ombre portée des « princes », ces sauveurs supposés dont l’histoire, si souvent, a montré le coût. Cette colère est un éclair, mais un éclair peut aussi servir d’alibi. Car le risque, quand on s’en nourrit, n’est pas seulement de juger sévèrement le suffrage universel : c’est de glisser vers le retrait, puis vers l’abstention, cette pente douce qui donne l’impression de se protéger alors qu’elle nous démet.
À l’approche des municipales, ce vertige nous guette encore
Le 1er tour des élections municipales 2026 aura lieu le dimanche 15 mars. Le 2e tour, là où il est nécessaire, aura lieu le dimanche 22 mars. Et c’est précisément parce que la démocratie est parfois irritante, lente, imparfaite, qu’elle exige notre présence. Le pire n’est pas l’imperfection du suffrage : c’est l’abstention, cette chaise vide qui laisse la cité se construire sans nous.
Car l’abstention n’est pas un simple soupir individuel
C’est une délégation sans contrôle. C’est laisser d’autres tracer les plans du quartier, régler la lumière des rues, décider de la place des écoles, des bibliothèques, des associations, de la dignité concrète des services publics. En somme, c’est abandonner cette chose humble et décisive que la tradition maçonnique reconnaît instinctivement : l’art de bâtir. La cité, au sens ancien, n’est pas un décor mais un ouvrage. La démocratie n’y est pas une abstraction. Elle est un escalier qu’on emprunte chaque matin, un carrefour où l’on apprend à faire tenir ensemble l’intérêt particulier et le bien commun.
Avec un regard maçonnique, l’image est simple
Le bulletin de vote ressemble à une petite pierre confiée à l’urne. Non pour adorer un candidat, mais pour assumer sa part dans l’édifice commun. La démocratie, dans cette perspective, n’est pas un régime parfait : c’est une méthode pour éviter que la force brute, l’héritage, l’argent ou la peur ne deviennent les seuls maîtres d’œuvre. Elle organise le désaccord, elle canalise la conflictualité, elle transforme la colère en procédure, la plainte en possibilité, le bruit en décision. Elle ne promet pas le Bien ; elle empêche que le pire s’installe sans résistance.
Maupassant, lui, choisit la formule qui choque : mitraille, guillotine
Notre siècle devrait comprendre l’alchimie inverse. On ne répond pas au désenchantement par la disparition, on répond par la présence. On ne guérit pas le politique en désertant le politique. La lucidité n’est pas un droit à l’abandon : c’est un devoir de discernement.
Alors oui, il y aura des promesses trop rondes, des affiches trop lisses, des calculs trop visibles. C’est le réel, et il faut le regarder en face. Mais la question n’est pas où est la pureté. La question est qui travaille, qui tient parole, qui respecte, qui écoute, qui sait gouverner sans humilier, et qui refusera que la fatigue civique serve de marchepied aux cynismes et aux brutalités. La démocratie se défend rarement par de grands discours. Elle se défend par des gestes simples : vérifier, se déplacer, voter, puis veiller, questionner, participer.
On ne critique pas une cathédrale en restant dehors
On entre, on s’outille, on taille, on ajuste, on rectifie. La démocratie n’est pas un spectacle : c’est un chantier. Et l’abstention, elle, n’est pas une hauteur morale : c’est un renoncement qui laisse le champ libre.
Le 15 mars, puis le 22 mars 2026, n’allons pas chercher des princes, ni des sauveurs, ni des mythes. Restons à notre tâche : bâtir la cité possible, imparfaite mais vivante. Entrons dans l’ouvrage, posons notre pierre, et gardons la main sur ce qui nous appartient à tous. La démocratie ne se vénère pas, elle se pratique et elle se perd d’abord quand on cesse d’y prendre part.
En ce 15 janvier 2026, nous sommes à J-59 du 1er tour (15 mars 2026), et à J-66 du 2e tour (22 mars 2026).
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Tous les progrès de la civilisation[1] ne nous épargnent en rien les immenses tragédies qui traversent l’Histoire. D’un côté, les progrès dont nous pouvons nous féliciter reposent sur la conjugaison d’efforts scientifiques déployés à l’échelle de la planète ; de l’autre, les tragédies que nous avons à déplorer traduisent violemment les contradictions de notre monde, libérant des forces irrationnelles que nous aurions pu espérer savoir mieux tempérer. N’est-ce point, en partie – en large partie –, parce que ceux d’entre nous qui pourraient encore avoir prise sur des dirigeants ivres de leur puissance et du sang des autres détournent le regard, tant qu’ils ne se sentent pas directement menacés ?
Que nous soyons des maçons aux penchants sociétaux ou des sœurs et des frères plus enclins aux études symboliques voire soucieux d’une voie initiatique dont nous nous refuserions à galvauder l’ambition, nous essayons insensiblement de nous conforter voire de nous réconforter dans notre petit monde, tant qu’il tient. Regardons autour de nous, en désordre :
Tous ces enfants, toutes ces victimes civiles, qui périssent dans les conflits ou les exils qui les chassent ou les pourchassent jusqu’à la mort ;
Toutes ces femmes qui subissent le joug patriarcal, sous toutes les latitudes et dans la plupart des cultures, jusqu’aux assujettissements les plus vils et aux fins les plus terribles ;
Tous ces êtres humains forcés à l’errance et à la faim, jusqu’à nos propres portes, par ce que l’on nomme des accidents de la vie dont ils ont eu plus que leur part ;
Tous ceux que leur ethnie ou leur religion condamnent à un sort précaire voire funeste, quand d’autres qu’eux gouvernent les pays où ils résident[2] ;
Tous ceux qui s’efforcent de vivre honnêtement dans des États corrompus, que ce soit en Ukraine, mais tout aussi bien en Russie, sans rien ôter aux responsabilités de l’agresseur, sous la férule de potentats africains aux geôles regorgeant d’opposants politiques qui peuvent chérir leur chance de ne pas voir les fleuves charrier leurs corps, au petit matin, ou en diverses contrées d’Amérique latine sommées d’obéir aux intérêts et aux injonctions de leur très puissant voisin du Nord…
declin de la Franc-maçonnerie
Je pourrais indéfiniment allonger cette liste, en sollicitant plus ou moins l’élastique des proximités et des émotions. Enfin, voilà des femmes et des hommes, des vieillards et des enfants, réduits à des considérations abstraites sinon à de vagues soupirs, aux tourments du silence, tandis que nous voyons s’effondrer un multilatéralisme qui permettait tant bien que mal de contenir les appétits des ogres de la planète et de secourir des populations en détresse. Ainsi prospèrent dans la désespérance le temps de la barbarie et le règne de la force où les prédateurs ne veulent plus rien entendre, qui les contraigne, même face à l’explosion d’une planète qui n’en peut plus de l’Homme, tandis que le déclin démographique des nantis combiné au rythme effréné de leurs consommations risque bientôt de sonner le glas de leur domination – dans d’épouvantables clameurs finales, cependant.
Le nombre des victimes, sans jouer les cassandres, ne semble pas près de se restreindre. C’est pourquoi il y a urgence à n’omettre personne parmi ceux qui les ignorent, qui les rejettent ou qui les martyrisent.
Toutes ces victimes qui nous dérangent, je les excuse. Quant aux autres, c’est un peu moins le cas[3]…
[1] Le titre de cet édito n’est guère plus qu’un clin d’œil lié aux circonstances. Son thème résulte d’un défi qui me fut lancé en conférence de Rédaction, à partir d’un imprudent jeu de mots dont je suis l’auteur et qui a donné le titre de cette chronique, et ce, comme il est aisé de l’imaginer, à l’occasion du 128e anniversaire de la célèbre tribune d’Émile Zola – à la suite de quoi un esprit malin fit circuler entre nous l’audacieux pastiche de une qui figure en tête du présent article. Il est vrai que ce type de provocation, un peu facile et partant médiocre, correspond assez peu à ma pente (tout du moins, à l’écrit) et ce n’est pas sans violence que j’y ai fait succomber ma plume… utilisant même le titre avec une petite morsure d’ironie, comme on le voit à la fin de ce « papier ».
D’une part, je ne suis évidemment pas de taille à parodier l’illustre écrivain et journaliste qu’on surnomma « l’épris de justice » ; du reste, je ne reprendrai pas en anaphore le paronyme que j’emploie, de sa formule historique. D’autre part, je m’essaye ici à un exercice quelque peu ingrat qui consiste à vouloir débusquer en contre-champ les lâchetés de nos multiples abandons qui font, selon moi, plus sûrement le lit des tyrannies que les complicités actives. La veulerie, cet ennui des âmes passives, me semble être à la source de la plupart des maux de notre Histoire. J’espère seulement que l’angle rhétorique que j’ai choisi est propice à la méditation…
[2] Comme les Ouïgours et d’autres minorités musulmanes qui font l’objet d’une intense répression en Chine ; comme les Rohingyas, cette population installée dans l’espace bengalo-arakanais depuis le Ve siècle, que leur islamisation partielle au XVIe siècle n’a cessé de menacer, dans un État birman aujourd’hui dominé par une junte militaire, sans qu’il ait, pour autant, renoncé à s’inscrire dans une longue tradition bouddhiste ; comme les Iraniens qui ne peuvent vivre qu’étouffés par le régime des mollahs, sous peine d’être physiquement éliminés ; comme les Kurdes qui sont persécutés parce que, depuis un siècle, ils luttent pour leur autodétermination (alors même, il faut bien le dire, qu’ils ont, en son temps, participé à l’extermination des Arméniens) ; comme les guerres fratricides qui ensanglantent le Soudan, depuis si longtemps ; comme le génocide des Tutsis au Rwanda, où l’on ne peut pas dire que la France se soit grandie ; et l’on pourrait ainsi parcourir les continents…
[3] Certains critiquaient jadis cet art de la litote qui sévissait dans la langue française, au point de s’identifier naguère encore à son génie. Les ravages de la publicité ont eu raison de cet usage et nous ne vivons plus que sous les assauts assourdissants de l’hyperbole. Pauvres de nous !
Pourquoi tant d’hommes consentent à leur propre servitude ? En 1576, paraît le fameux « Discours de la servitude volontaire » d’Étienne de La Boétie. Le philosophe Paul Audi revient sur ce texte qui l’a séduit à l’adolescence et en éclaire la portée philosophique et actuelle.
« Pourquoi le peuple consent-il à la servitude ? La servitude n’étant pas naturelle en politique, elle ne peut donc être que volontaire ! » Ecrit par Etienne de La Boétie (1530-1563), à 16 ou 18 ans, mais publié intégralement en 1576, le Discours de la servitude volontaire entend comprendre pourquoi les sociétés acceptent, voire veulent la domination. Paul Audi explique pourquoi il a été « frappé comme la foudre » à la lecture de ce texte , qui ne parle pas du pouvoir mais de la liberté que les hommes et les femmes sont prêts à abdiquer. Une œuvre qui, quand on la lit aujourd’hui, nous saisit, tant sa question reste d’actualité.
Pourquoi des millions d’hommes et de femmes consentent-ils à se soumettre au pouvoir d’un seul ?
Pourquoi sommes-nous d’accord, et même plus, à perdre notre liberté ? Comment en arrive-t-on là ? Si Etienne de la Boétie pose la question, la réponse ne nous est pas donnée : « Cette servitude volontaire, qui est un paradoxe absolu, cette servitude reste une énigme », souligne Paul Audi. D’ailleurs, dans le texte, La Boétie va essayer de dénouer l’énigme, trouver la clé de ce paradoxe. « Que se passe t-il avec la liberté dès lors que nous sommes au milieu de nos semblables ? » L’antonyme de la liberté, c’est le pouvoir : mais alors, comment se fait-il que la liberté se retourne contre elle-même ? « Quelle est cette étrange folie qui nous habite, insiste Paul Audi, ce vice suprême – puisque La Boétie emploie ce mot – ou ce crime qui attente à ce qui nous a toujours été donné, à savoir cette liberté première qui nous constitue et qui donne sens à notre essence ? » C’est un texte d’anthropologie politique qui ouvre sur la question de la subjectivité humaine et sur la question de l’humanité de l’homme, résume le philosophe.
Ce paradoxe de la servitude volontaire
La servitude volontaire, pour Etienne de La Boétie, n’a rien à voir avec l’esclavage : si l’esclavage est imposé de l’extérieur et nous rend passifs dans notre acceptation, la servitude volontaire parle d’une acceptation active, et La Boétie donne à la servitude volontaire une forme extrêmement active. Paul Audi va plus loin dans l’explication : « Ce que nous désirons, c’est certes la liberté, mais c’est aussi à chaque fois autre chose, c’est à chaque fois quelque chose de plus et quelque chose qui viendrait avec elle». La seule liberté, nous ne la désirons jamais et c’est là tout le problème et la grande leçon du Discours : nous ne reconnaissons jamais l’unicité de la liberté ou son exclusivité. La liberté, nous la mêlons toujours à autre chose.
Louis-Ferdinand Céline, l’œuvre entière à l’artifice profond
« Je n’arrive pas à lire Louis-Ferdinand Céline, j’ai essayé à plusieurs reprises ‘Voyage au bout de la nuit’, avoue Paul Audi, qui reconnaît qu’au-delà du livre – ce portrait d’un nihiliste grandeur nature il y a quelque chose qui m’est insupportable »-, il n’aime ni l’œuvre, « à l’artifice très profond », ni l’homme.
Portrait du philosophe Paul Audi
Pour aller plus loin avec notre invité
Paul Audi est Docteur en philosophie, il a fait paraître Tenir Tête (Stock, 2024) et Réclamer Justice (Verdier 2025). Son essai Le Vrai du beau : regards sur la peinture, parait aux éditions Flammarion.
Références sonores
Archive du 6 décembre 1953, « Les petits renaissant », Chaîne nationale. Le poète Pierre Emmanuel (1916-1984) présente La Boétie et son œuvre qui est selon lui aussi actuelle que le danger de la tyrannie.
Texte 1.La servitude volontaire. Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, édition Payot transcription en français moderne par Charles Teste, 1574, pp.194-195 de l’édition numérique**
Texte 2.Les hommes sont naturellement libres et égaux. Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, édition Payot transcription en français moderne par Charles Teste, 1574, pp.204-205 de l’édition numérique
Archive. Pierre Clastres , Le chef vs le Tyran. 18 février 1975, « Atelier de création radiophonique », France Culture.
Chanson.Jacques Higelin, Je ne peux plus te dire je t’aime.
Il y a, dans le titre choisi par Ramón Martí Blanco – Beauté et problématique d’une franc-maçonnerie à la lumière de l’Évangile –, une promesse presque dangereuse, parce qu’elle oblige. Parler de beauté, c’est risquer l’esthétique de surface, l’enluminure qui rassure, la parure qui donne bonne conscience. Parler de problématique, c’est risquer l’inventaire des querelles, l’humeur de chapelle, l’âpreté des procès d’intention. L’ouvrage échappe à ces deux pièges en prenant une décision nette, presque ascétique.
Tout y est ramené à une seule lumière, celle de l’Évangile, non comme décor pieux, mais comme pierre de touche, comme critère de vérité, comme instrument de discernement qui tranche dans la brume. Cette option, Ramón Martí Blanco l’assume sans trembler, et c’est ce qui donne au livre son timbre, sa verticalité, sa part de feu.
Nous lisons alors une méditation qui refuse la neutralité
Ce n’est pas un texte qui cherche à plaire à toutes les sensibilités rectifiées, ni à caresser l’ambiguïté pour ménager les appartenances. C’est un livre qui écrit avec une boussole, et qui rappelle sans relâche que la boussole n’est pas dans la loge, mais dans le Christ et dans la foi confessée. Ramón Martí Blanco ne se contente pas d’affirmer la nature chrétienne du Régime Écossais Rectifié, il interroge la manière dont cette nature est vécue, déformée, maquillée ou parfois contournée. Le cœur de sa démarche tient dans une exigence de cohérence, et cette cohérence n’est pas simplement morale, elle est doctrinale et spirituelle. Il ne s’agit pas d’avoir de bons sentiments, il s’agit de savoir de quel christianisme nous parlons, et si ce christianisme supporte encore d’être nommé sans être dissous dans des adjectifs commodes.
C’est ici que le livre prend sa netteté polémique, et, pour qui aime les chemins initiatiques, sa valeur d’avertissement
Ramón Martí Blanco identifie une tentation qui traverse notre époque comme une fièvre douce, celle de requalifier le christianisme pour le rendre plus acceptable à l’air du temps, plus intérieur, plus subtil, plus initiatiquement supérieur au christianisme des Églises. Il nomme cette tentation par les mots mêmes qui circulent, christianisme ésotérique, christianisme transcendant. Puis il fait une opération décisive, il retire à ces expressions leur prestige verbal. Il affirme qu’il peut exister un ésotérisme chrétien, ce qui revient à reconnaître la profondeur symbolique, mystique et contemplative du christianisme. Mais il refuse l’idée d’un christianisme ésotérique qui serait un autre christianisme, une version réservée à quelques-uns, dégagée du Credo, des conciles, de l’Incarnation prise au sérieux.
Dans cette réfutation, il y a plus qu’un débat d’étiquette
Il y a une critique d’une stratégie spirituelle qui consiste à substituer aux choses connues des noms extraordinaires, puis à faire croire que ces noms ouvrent un accès supérieur. Ramón Martí Blanco convoque Joseph de Maistre pour montrer comment une rhétorique peut maquiller, par le langage, un catéchisme défiguré, comme si le changement des mots suffisait à produire une vérité nouvelle. La question, au fond, est initiatique au sens le plus strict. Qui parle, avec quelle autorité, et au nom de quoi. Qui décide qu’une voie surplombe l’Église, comme si la sainteté avait besoin d’un supplément de clés que les saints n’auraient pas eues. La préface de Pascal Gambirasio d’Asseux*, en écho, le formule avec une dureté salutaire, on ne peut pas vivre la foi chrétienne comme chemin de sainteté et croire qu’un rite fabrique des initiés munis d’un passe-partout supérieur à celui des saints.
Ce point est l’un des nerfs secrets du livre
Ramón Martí Blanco ne nie pas la puissance du Rite, il ne réduit pas la maçonnerie rectifiée à un folklore ni à une morale de salon. Il rappelle au contraire que le rituel est un langage d’actes, une pédagogie du symbole en action, et qu’il peut devenir un instrument puissant pour fortifier la foi. Mais il trace une limite, et cette limite n’est pas administrative. Elle est théologique. La loge n’est pas l’Église, elle ne dispense pas les sacrements, elle n’est pas une machine de salut. Elle peut soutenir, éveiller, mettre en mouvement, exercer. Elle ne remplace pas, elle n’absorbe pas, elle ne surplombe pas. De cette limite naît une beauté très particulière, la beauté d’une initiation qui accepte de n’être qu’un avant-goût, une discipline intérieure, un travail de conversion du regard, plutôt qu’une souveraineté spirituelle.
Cette beauté, le livre la cherche là où elle est la plus exigeante, dans l’articulation entre la règle et la charité
L’Évangile n’est pas seulement brandi comme étendard, il est donné comme base d’obligation. Ramón Martí Blanco rappelle la phrase de la Règle maçonnique rectifiée qui, lue sans anesthésie, ne laisse aucune place aux accommodements. « L’Evangile est la base de nos obligations. » À partir de là, la beauté n’est plus l’harmonie des décors, elle devient une forme de droiture intérieure, une manière de tenir une parole. Et cette droiture ne se confond pas avec la dureté. La Règle, telle qu’il la cite, porte en elle une pédagogie de la charité, elle enjoint de plaindre l’erreur sans la haïr, de laisser à Dieu le jugement, de vivre un amour sans hypocrisie et sans fanatisme. C’est une nuance précieuse, parce qu’elle empêche que la défense du christianisme rectifié se change en esprit de police. La vigilance n’a de valeur initiatique que si elle est d’abord maîtrise de soi.
J.-B. Willermoz
Le livre se déploie ainsi dans une tension constante entre deux dangers jumeaux
D’un côté, le relâchement, l’affadissement, la tentation de rendre le Rite Écossais Rectifié compatible avec tout, donc avec rien, au prix d’une dilution de sa raison d’être. De l’autre, la capture, quand une minorité doctrinale, portée par des personnalités fortes, impose son récit comme l’unique récit authentique, et disqualifie toute fidélité ecclésiale comme exotérique, naïve, insuffisamment initiée. Pascal Gambirasio d’Asseux pointe cette mécanique d’emprise intellectuelle, quand l’érudition, le verbe, la posture, deviennent des instruments de subjugation. Ramón Martí Blanco reprend ce fil, non pour régler des comptes, mais pour nommer une réalité initiatique que nous connaissons bien, la parole peut élever, elle peut aussi envoûter, surtout lorsque la formation spirituelle est fragile.
Ce diagnostic mène à l’un des passages les plus structurants de l’ouvrage, la définition de ce que signifie être chrétien pour être Maçon Rectifié
La formule est connue, mais Ramón Martí Blanco montre qu’elle est devenue floue dans la pratique. Il rappelle que la condition chrétienne n’est pas une formalité, ni un signe d’appartenance culturelle, ni un symbole vague d’élévation. Elle s’enracine dans le baptême, et elle implique une confession de foi, donc des contenus, donc des limites. Cette insistance n’est pas une crispation identitaire. C’est, à ses yeux, le minimum de loyauté envers le Rite, envers la parole donnée, envers ce qui est proclamé dans les rituels eux-mêmes. Il y a, derrière cette exigence, une éthique de la promesse, et, plus profondément, une théologie de l’Incarnation. Si le Verbe s’est fait chair, alors la chair n’est pas une prison, alors le monde n’est pas un mauvais théâtre dont il faudrait s’évader par des techniques de libération. Ramón Martí Blanco attaque frontalement les résurgences gnostiques qui réapparaissent sous des habits plus élégants, en contestant la création, la résurrection de la chair, la bonté originaire de la matière. La critique est rude, mais elle est cohérente, parce qu’elle ramène tout à la joie chrétienne, non à une nostalgie de pureté.
Nous touchons ici à une dimension plus souterraine du livre, celle de la véritable problématique du mot initiation
Ramón Martí Blanco n’ignore pas l’aspiration contemporaine à l’expérience, à l’intériorité, à la quête d’un sens vécu plutôt que pensé. Il sait, et il le dit, que nos sociétés sécularisées laissent un vide, et que ce vide rend perméable à toutes sortes de croyances déguisées en religiosité. Le Rite Écossais Rectifié, parce qu’il porte une forme structurée, une chevalerie, une prière, une exigence de vertu, peut attirer des chercheurs sincères. Mais il peut aussi devenir un terrain de chasse pour des doctrines qui aiment se cacher. D’où l’image de la rose et de ses épines, que Ramón Martí Blanco reprend comme métaphore de discernement, il existe une beauté réelle, et cette beauté peut blesser si nous la manipulons sans prudence.
Il faut entendre ce que cette prudence signifie chez lui. Elle n’a rien de timide. Elle appelle au courage de rectifier dans le Rectifié ce qui, selon lui, contredit la foi. La préface l’évoque avec une urgence presque pastorale, il faut rectifier le Rectifié, au nom des vérités de la foi et des Pères. La formule est forte, car elle inverse une paresse habituelle. Beaucoup voudraient que la tradition dispense de travailler, comme si l’héritage était un repos. Ramón Martí Blanco rappelle que la tradition est une discipline. Elle demande une intelligence, une mémoire, une fidélité, et une capacité à distinguer l’esprit de la lettre quand la lettre est instrumentalisée.
C’est pourquoi l’ouvrage n’est pas seulement une charge, il est aussi une proposition de méthode
Ramón Martí Blanco invite à revenir à ce qui a été approuvé, à ce qui fait corpus, à ce qui engage. Il insiste sur la nécessité de clarifier la pratique, non pour uniformiser des sensibilités, mais pour empêcher que l’ambiguïté devienne une porte ouverte à l’infection des idées, selon son vocabulaire. Cette idée d’infection, volontairement provocatrice, dit quelque chose de son expérience. Il parle en homme de terrain, en praticien de longue durée, qui a vu les débats descendre jusque dans les loges, charrier des fragments de doctrine, créer des clans, et parfois déchirer des fraternités.
La beauté du livre, paradoxalement, naît de cette franchise
Ramón Martí Blanco
Ramón Martí Blanco ne prétend pas à l’objectivité froide. Il assume une subjectivité qui se veut cohérence. Il écrit comme quelqu’un qui a porté des charges, qui a connu des structures, qui a traversé des crises et qui refuse que le vocabulaire initiatique serve d’alibi. Cette subjectivité n’est pas narcissique, elle est testimoniale. Elle cherche à laisser un repère pour des “marins” qui s’aventurent dans des eaux tumultueuses, et cette image, très juste, rappelle que l’initiation n’est pas un salon, c’est une navigation, et que la navigation exige des instruments fiables.
Dans ce dispositif, la chevalerie apparaît moins comme un apparat que comme une pédagogie de la maîtrise
Le cheval, l’éperon, la domination des forces vitales, ce sont des images qui disent une ascèse, et qui relient l’éthique au symbolique. La chevalerie, telle qu’elle affleure ici, n’est pas une nostalgie médiévale. Elle devient un nom pour la vigilance intérieure, la capacité à ne pas se laisser emporter par l’ivresse des récits, par la fascination des degrés, par la tentation d’un savoir qui flatterait l’ego. Le livre rappelle, parfois durement, que l’orgueil est la caricature la plus fréquente du sacré.
Ce qui frappe aussi, c’est la manière dont Ramón Martí Blanco traite la question de la modernité
Il ne la diabolise pas, il la décrit comme un paysage spirituel blessé, où la distance d’avec Dieu produit l’oubli, puis des conséquences morales et intérieures. Il reconnaît qu’un rite explicitement chrétien peut paraître minoritaire, voire élitiste au sens sociologique, et il pose la question de la survie d’une telle exclusivité dans une société incrédule. Là encore, la nuance est importante. Il ne s’agit pas de céder au monde, ni de s’enfermer contre lui. Il s’agit de comprendre le prix d’une fidélité, et d’accepter que ce prix fasse partie du chemin. La beauté n’est pas ici l’adaptation, elle est la persévérance.
La portée initiatique du texte tient finalement à une idée centrale, très simple et très exigeante
Une voie ne se juge pas à la quantité de symboles qu’elle manipule, ni à la rareté de ses grades, ni à l’impression de profondeur qu’elle donne. Elle se juge à la vérité de sa boussole, et à la manière dont elle rend l’homme plus humble, plus juste, plus charitable, plus fidèle. Ramón Martí Blanco ne cesse de rappeler que le christianisme ne se borne pas à des vérités de spéculation, et c’est une phrase qui, dans un milieu friand de constructions, vient comme un rappel d’ordre, la spéculation sans conversion n’est qu’une ivresse de l’esprit.
Reste la part la plus délicate, celle où le livre, tout en défendant l’Église, parle à l’initié
Là se trouve, à mon sens, son enjeu le plus fécond. Il refuse de dresser l’Église contre l’initiation, comme si l’une annulait l’autre. Il dessine au contraire une complémentarité possible entre voie mystique et voie initiatique, à condition que chacune garde sa nature et sa place. Il y a là une proposition implicite pour notre temps. Réapprendre la hiérarchie intérieure. Réapprendre qu’un symbole, pour être vrai, doit conduire à plus de charité, pas à plus de certitude arrogante. Réapprendre qu’une tradition, pour être vivante, doit accepter d’être examinée à la lumière de ce qu’elle dit servir.
Quelques mots, enfin, sur Ramón Martí Blanco lui-même, puisque sa voix est indissociable de ce qu’il écrit
Son profil maçonnique et chevaleresque, tel qu’il se donne, n’est pas un décor de titres, mais un faisceau d’expériences qui explique la tonalité du livre, à la fois fraternelle et intransigeante. Ramón Martí Blanco a porté des responsabilités au sein d’un grand prieuré, il revendique une longue pratique du Régime Écossais Rectifié, et il se situe dans l’Ordre intérieur de la chevalerie, ce qui donne à son écriture une nervure d’honneur, de discipline et de fidélité. Sa bibliographie accompagne ce geste. Il a déjà approfondi, au compas dans l’œil, les zones les plus sensibles du Rectifié, notamment avec La Grande Profession du Rite Écossais Rectifié, où il examinait une classe secrète et ses enjeux doctrinaux, en interrogeant la compatibilité de certaines instructions avec la foi chrétienne. À côté de ce livre, son travail de traduction et de transmission autour de Jean-Baptiste Willermoz et des convents fondateurs, ainsi que ses essais sur la maçonnerie chrétienne, dessinent un même fil, celui d’un homme qui veut que la tradition ne soit pas un mot, mais une rectitude.
Au terme de cette lecture, la sensation dominante n’est pas la tristesse, malgré la matière conflictuelle
C’est une joie de vérité, parfois sévère, mais lumineuse, la joie de savoir qu’une voie initiatique n’a de valeur que si elle refuse le mensonge, même quand le mensonge se présente sous des habits subtils. Ramón Martí Blanco ne propose pas un confort. Il propose une veille. Il rappelle que le Rectifié, lorsqu’il demeure fidèle à la foi qu’il proclame, peut être un magnifique voyage, et que ce voyage exige de choisir ses compagnons, ses mots, et sa boussole.
*Pascal Gambirasio d’Asseux est né à Paris en 1951. Juriste, il s’est également consacré à des travaux sur la spiritualité chrétienne. Ecrivain, conférencier (invité notamment de France Culture et de Radio Chrétienne Francophone), il a publié plusieurs ouvrages – qui sont aujourd’hui des références reconnues – sur la dimension spirituelle de la chevalerie et de l’héraldique ou science du blason, sur la nature chrétienne de la royauté française et du roi de France ainsi que sur la voie initiatique chrétienne en tant que chemin d’intériorité et de rencontre avec Dieu : initiatique, en effet, loin des interprétations déviantes qui en dénaturent le sens depuis au moins le XIXe siècle, signifie à la fois origine, commencement et intériorisation de la démarche spirituelle afin que, comme l’enseigne saint Anastase le Sinaïte, « Dieu fasse en l’homme sa demeure ». C’est, au vrai, ce dont ont témoigné de manière vivante toutes les grandes figures de la mystique chrétienne : ouvrir son cœur au Cœur de Dieu. Il souhaite apporter ainsi une contribution à la (re)découverte de cette dimension au sein du Mystère chrétien, délaissée par certains parce que défigurée par d’autres.
Beauté et problématique d’une franc-maçonnerie à la lumière de l’Évangile
Ramon Marti Blanco – Préface de Pascal Gambirasio d’Asseux
Le compas dans l’œil, coll. la parole circule, 2025, 182 pages, 22 €
Un spectacle olfactif initiatique en cinq voyages de Pauline Dumail, dimanche 18 janvier 2026 à Saint-Germain-en-Laye, Quai des Possibles, 16h
Imaginez un instant : vous entrez dans une salle baignée de mystère, une languette de papier imprégnée de fragrances exotiques à la main. Votre nez s’éveille, votre esprit s’évade, et soudain, le monde quotidien s’efface au profit d’une immersion sensorielle totale. Bienvenue dans « CocQuiKolis », le spectacle olfactif initiatique créé et interprété par Pauline Dumail, une expérience unique qui transforme les odeurs en portail vers l’âme. Programmé pour le dimanche 18 janvier 2026 à 16h au Quai des Possibles à Saint-Germain-en-Laye, ce bijou multisensoriel n’est pas seulement un spectacle : c’est une invitation à redécouvrir vos sens, à voyager au cœur de l’humain et à émerger transformé.
Seulement 10€ pour les adultes et 5€ pour les enfants (de 8 à 14 ans), c’est l’occasion idéale pour une sortie familiale enchantée et enrichissante.
Réservez dès maintenant sur aromatherapie-conseil.com Les places partent vite, avec encore 39 billets adultes et 50 pour enfants en stock !
Une Immersion Olfactive qui Réveille l’Âme « CocQuiKolis », tel qu’appelée par Annick Drogou, n’est pas un spectacle ordinaire : c’est une odyssée en cinq voyages, où les parfums deviennent les guides d’une quête initiatique. À l’entrée, chaque spectateur reçoit des languettes parfumées – lavande apaisante de Provence, menthe poivrée revigorante du Maroc, ylang-ylang exotique de Madagascar, rose envoûtante d’Iran, et bois de santal mystique d’Inde.
Ces essences naturelles, sélectionnées avec expertise, ne sont pas de simples arômes : elles sont les clés pour déverrouiller des souvenirs enfouis, des émotions oubliées et une connexion profonde avec soi-même.
Pauline Dumail, souple, rayonnante et charismatique, entre en scène comme une sirène des sens. Elle incarne une adolescente espiègle chassant papillons et rêves, qui croise une sorcière sage l’invitant à quitter les sentiers battus. À travers un conte cosmopolite, elle vous entraîne dans une exploration olfactive où chaque fragrance raconte une histoire. Le chant polyphonique de Pauline, vibrant d’enfance retrouvée, fusionne avec des jeux de lumières, des souffles subtils et une musicalité envoûtante, créant un mélange de spiritualité et d’énergie brute.
Durée : environ 1h15, pour une immersion qui « vibre, lâche prise et bouscule en douceur », comme le décrit le site de réservation. Ce n’est pas seulement un spectacle : c’est une initiation sensorielle qui vous laisse avec une « quintessence définitivement personnelle », un cadeau inestimable pour l’esprit et le corps.
Cette 30e représentation marque un jalon dans l’œuvre de Pauline, qui excelle à marier aromathérapie, narration et performance pour une expérience inédite. Préparez-vous à une « immersion sensorielle forte » qui éveille les mémoires, le plaisir et les émotions, loin des sentiers battus du bien-être traditionnel. Idéal pour tous les âges, il invite les enfants à découvrir le monde des odeurs de manière ludique, tandis que les adultes y trouvent une profondeur initiatique rafraîchissante.
Pauline Dumail : Une Auteure et Performeuse Inspirée par les Parfums de la Vie
Au cœur de « CocQuiKolis » se trouve Pauline Dumail, une artiste polyvalente dont la passion pour les plantes et les arômes infuse chaque création. Fascinée depuis quinze ans par le pouvoir des essences naturelles dans la cosmétique et le bien-être, Pauline a transformé cette expertise en une plume et une présence scénique captivantes.
Issue d’un parcours riche en expériences – grande entreprise, entrepreneuriat, milieu associatif –, elle a côtoyé des personnalités variées qui nourrissent ses personnages subtils, drôles et touchants.Son roman initiatique La Vie est un parfum, respirez-la !, disponible sur son site paulinedumail.com, est le complément parfait à ce spectacle. Ce livre quantique et parfumé suit Louise, une « grande Nez » de la parfumerie, qui voyage autour du monde avec son alambic pour récolter des essences magiques.
Thèmes d’exploration de l’âme, voyages temporels (de 1981 à 6016) et initiatiques se mêlent dans un récit multisensoriel : chaque exemplaire inclut un marque-page parfumé mystère (ou les quatre pour une immersion complète, disponibles à l’achat). Bois de santal pour connecter aux mondes invisibles, petit grain bigaradier pour apaiser, jasmin pour sourire, poivre pour oser – ces parfums réels, créés en collaboration avec un Nez professionnel, prolongent l’expérience olfactive de « CocQuiKolis ».
Commandez-le pour 18€ (avec marque-page) ou 25€ (avec les quatre), et laissez-vous emporter par un univers où « la vie est un parfum » à respirer pleinement.
Pauline n’en est pas à son coup d’essai : ses réseaux sociaux (Instagram, Facebook, YouTube, Twitter, LinkedIn) regorgent de témoignages enthousiastes et d’événements passés, comme la soirée « Le Val d’Oise a du talent » en 2019. Son approche holistique, alliant aromathérapie conseil et narration poétique, fait d’elle une figure incontournable pour quiconque cherche à harmoniser corps et esprit.
Détails Pratiques : Ne Manquez Pas Cette Expérience Unique !
Date et Horaire : Dimanche 18 janvier 2026, de 16h à 17h30.
Lieu : Quai des Possibles, 7 place Christiane Frahier, Saint-Germain-en-Laye – un espace convivial et inspirant, parfait pour cette immersion sensorielle.
Tarifs : 10€ pour les adultes, 5€ pour les enfants (8-14 ans). Places limitées – agissez vite !
Réservation : En ligne via aromatherapie-conseil.com. Ajoutez simplement au panier et sécurisez votre billet pour une après-midi inoubliable.
Et pour prolonger le plaisir ? Plongez dans La Vie est un parfum, respirez-la ! ou notez déjà les dates du Festival d’Avignon : Pauline y présentera « CocQuiKolis » au Théâtre de l’Incongru les 15, 16 et 17 juillet 2026. Une opportunité rare de découvrir cette perle olfactive sous le soleil provençal !
Pourquoi « CocQuiKolis » est Incontournable : Un Cadeau pour les Sens et l’ÂmeDans un monde saturé de stimuli visuels et auditifs, « CocQuiKolis » réhabilite l’olfactif comme voie royale vers l’intériorité.
C’est plus qu’un spectacle : c’est une thérapie joyeuse, une célébration des sens qui vous laisse avec une énergie renouvelée et une « quintessence personnelle » à emporter. Que vous soyez novice en aromathérapie ou passionné de développement personnel, Pauline Dumail vous offre un voyage transformateur, drôle et poétique, qui ravive l’enfant en vous tout en éveillant le sage.
Ne ratez pas cette chance de vibrer au rythme des parfums et des contes !
Réservezdès aujourd’hui et préparez-vous à une expérience qui sent bon la magie de la vie. « CocQuiKolis » n’attend que vous pour déployer ses ailes olfactives – une invitation irrésistible à respirer le monde autrement. À bientôt à Saint-Germain-en-Laye !
NB : Pauline sera au Festival d’Avignon au Théâtre de l’Incongru, les 15, 16, 17 juillet 2026. Qu’on se le dise !
Le 13 janvier 2026, le paysage médiatique français a été surpris d’apprendre que Thomas Guénolé, politologue controversé et ancien membre de La France Insoumise (LFI), a annoncé publiquement sur X (anciennement Twitter) son adhésion au Grand Orient de France (GODF), la plus ancienne et la plus influente obédience maçonnique de l’Hexagone. Dans un tweet vu plus de 425 000 fois en quelques heures, Guénolé déclare : « N’aimant pas qu’on parle de ma vie privée à ma place, je choisis donc de l’annoncer moi-même. Je suis fier d’être membre du Grand Orient de France, que j’ai rejoint par adhésion et admiration pour son combat plus que centenaire contre l’extrême droite. »
J’apprends que @LePoint s’apprête à “outer” mon appartenance à la franc-maçonnerie. N’aimant pas qu’on parle de ma vie privée à ma place, je choisis donc de l’annoncer moi-même. Je suis fier d’être membre du Grand Orient de France, que j’ai rejoint par adhésion et admiration pour…
Cette déclaration, préemptive face à une supposée publication imminente du magazine Le Point, marque un tournant dans la vie publique de cet intellectuel aux positions tranchées. Mais au-delà de l’effet d’annonce, elle soulève des questions sur la transparence en Franc-Maçonnerie, les liens entre politique et Ordre initiatique, et les motivations personnelles d’un homme au parcours tumultueux.
Cet article, basé sur une analyse approfondie de la presse française (du Figaro, des archives de Wikipédia et des forums spécialisés), explore les tenants et aboutissants de cette révélation, ses échos médiatiques et ses implications sociopolitiques.
Le contexte de l’annonce : une préemption stratégique
L’annonce de Thomas Guénolé survient dans un climat de tensions politiques accrues en France, où l’extrême droite, incarnée par le Rassemblement National (RN), gagne du terrain dans les sondages en vue des élections de 2027. Selon l’article du Figaro publié le jour même (13 janvier 2026), Guénolé choisit de devancer une révélation journalistique pour maîtriser le récit de sa vie privée.
GODF,-9-décembre-2025 – Crédit photo Y. Ghernaouti
Le quotidien conservateur rapporte que l’intellectuel, connu pour ses prises de position radicales, exprime une fierté assumée envers le GODF, qu’il loue pour son engagement historique contre l’extrême droite – un combat remontant au XIXe siècle, lorsque l’obédience s’opposait aux forces réactionnaires lors de l’affaire Dreyfus ou sous Vichy.
Cette stratégie de préemption n’est pas inédite dans le monde maçonnique, où le secret des appartenances est un pilier traditionnel, mais souvent ébranlé par des fuites médiatiques. Ici, Guénolé invoque explicitement son aversion pour les ragots : « Je n’ai rien à ajouter sur ce sujet », conclut-il dans son tweet, fermant la porte à d’éventuelles spéculations. Le Figaro souligne que ce message a rapidement généré des réactions polarisées, avec des commentaires en ligne oscillant entre admiration pour son courage et moqueries sur la « décrépitude » de la Franc-Maçonnerie.
Qui est Thomas Guénolé ?
Un parcours politique et intellectuel tumultueux
Pour comprendre l’impact de cette annonce, il faut replonger dans le parcours de Thomas Guénolé, un intellectuel polyvalent dont la carrière est jalonnée de controverses. Né en 1982, Guénolé est un politologue diplômé de Sciences Po Paris et docteur en sciences politiques. Il s’est fait connaître comme chroniqueur sur des plateaux télévisés comme Touche Pas à Mon Poste (TPMP) et comme auteur de livres critiques, tels que La Chute de la Maison Mélenchon (2019), où il dénonce l’autoritarisme au sein de LFI, après son départ fracassant du parti.
Selon Wikipédia (page mise à jour au 13 janvier 2026), Guénolé a quitté LFI en 2019 à la suite d’accusations de harcèlement sexuel par le parti, qu’il a contestées, qualifiant le mouvement de « régime autoritaire » dirigé par un « autocrate ».
Avant cela, il avait défendu des positions radicales : démantèlement du Sacré-Cœur de Montmartre (symbole monarchiste), interdiction du RN ou de CNews, et critiques acerbes envers Brigitte Bardot. Son engagement maçonnique, révélé en ce début d’année 2026, semble cohérent avec son combat contre l’extrême droite, comme il l’avait déjà évoqué dans un tweet du 17 avril 2025 :
« Ce journal, devenu outil de propagande, rejoue les pires mécaniques des années 30 : désigner, insinuer, salir. Il y a 85 ans, sous le régime… » – une allusion aux persécutions antimaçonniques sous Vichy.
Cette révélation en 2026 pourrait être vue comme une extension de son militantisme, aligné sur les valeurs du GODF, obédience libérale et adogmatique qui compte environ 52 000 membres et s’engage contre les extrémismes.
Réactions dans la presse et sur les réseaux : entre soutien et sarcasmes
L’annonce a rapidement fait les gros titres de la presse française. Le Figaro, premier à relayer l’information le 13 janvier 2026, met l’accent sur le passé controversé de Guénolé, titrant :
« Je suis fier d’être membre du Grand Orient de France : Thomas Guénolé annonce être franc-maçon ».
Thomas Guénolé
Le quotidien cite des réactions en ligne, comme celle d’un internaute qualifiant Guénolé de « personnalité impressionnante » ou un autre ironisant sur un « LFIste chez les adorateurs du GADLU » (Grand Architecte de l’Univers, symbole maçonnique). Avec 46 commentaires sur l’article, les avis sont polarisés : certains saluent son engagement antiraciste, d’autres moquent la « décrépitude de la franc-maçonnerie ». D’autres médias ont emboîté le pas.
Wikipédia met à jour sa page sur Guénolé le jour même, intégrant cette affiliation comme un élément clé de sa biographie, soulignant son évolution d’un militant de gauche à un Maçon assumé.
Sur les réseaux, des tweets comme celui de Guénolé en 2025 sur la propagande d’extrême droite renforcent l’idée d’un combat cohérent, mais attirent des critiques : certains l’accusent d’opportunisme, d’autres de diluer la discrétion maçonnique. Les obédiences maçonniques restent discrètes, mais un post Facebook du GODF du 23 juin 2025 sur ses événements (comme une conférence sur les trois siècles de Maçonnerie) montre un contexte d’ouverture, où des révélations comme celle de Guénolé pourraient encourager la transparence.
Implications pour la Franc-Maçonnerie et la Politique Française
Pierre Mollier, en 2019
Cette annonce n’est pas anodine dans un pays où la Franc-Maçonnerie est souvent associée à des théories conspirationnistes. Selon un sondage IFOP pour le GODF en 2025, 35 % des Français croient encore que les Maçons influencent secrètement la politique, un chiffre en baisse mais persistant. Guénolé, en révélant son appartenance, défie ce stéréotype, alignant son adhésion sur un « combat centenaire contre l’extrême droite » – une référence à l’engagement historique du GODF, comme lors de l’affaire Dreyfus ou contre le fascisme.
Pierre Mollier, historien de la Maçonnerie, cité dans Le Figaro (2026), voit cela comme un signe de « démystification » : « Dans une ère de transparence, de telles annonces normalisent l’Ordre. »
Politiquement, cela pourrait relancer les débats sur les liens entre gauche et Maçonnerie. Guénolé, ex-LFI, rejoint une obédience traditionnellement proche des idées républicaines et laïques, comme le note Wikipédia, en rappelant que Jean-Luc Mélenchon lui-même a adhéré à la franc-maçonnerie depuis 1983, assumant cet engagement, même s’il en a démissionné depuis.
Des articles de presse soulignent que de telles révélations, loin d’être taboues, renforcent la visibilité positive de la FM, face aux attaques de l’extrême droite.
Conclusion : une révélation qui interroge la transparence en temps de Crise
Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF
L’annonce de Thomas Guénolé, le 13 janvier 2026, n’est pas qu’une anecdote personnelle : elle illustre les tensions entre secret maçonnique et exigence de transparence, dans une société polarisée. Fier de son engagement contre l’extrême droite, Guénolé transforme une potentielle « fuite » en acte militant, comme l’analyse Le Figaro.
Alors que le GODF prépare ses célébrations pour 2025-2026 (trois siècles de Maçonnerie), cette révélation pourrait encourager d’autres figures publiques à sortir du silence, renforçant l’image d’un Ordre engagé pour la République.
Reste à voir si cela apaisera les conspirationnistes ou, au contraire, alimentera les suspicions. Une chose est sûre :
en 2026, la Franc-Maçonnerie continue de fasciner et de diviser, même si c’est à une moindre échelle qu’à l’époque de l’affaire Dreyfus.
Commentaire de Thomas Guénolé après la parution de cet article :
Je suis Thomas Guénolé. Merci pour cet article intéressant et constructif. A la lecture des commentaires, je souhaite rappeler brièvement ces trois points :
1. je suis d’origine ashkénaze par ma mère, j’ai une aïeule qui fut déportée au camp de Mielec, et par conséquent je ne tolère donc pas certaines accusations infâmes que j’ai lues dans quelques commentaires ;
2. la seule raison pour laquelle j’ai révélé mon appartenance est le fait que Le Point s’apprêtait à me « outer » dans un article en préparation – détestant que l’on parle à ma place de ma vie privée, j’ai estimé devoir prendre les devant ;
3. de mon point de vue, les frères et soeurs qui refusent de combattre l’extrême droite se fourvoient très gravement, car il est de tradition au Grand Orient de France de la combattre sans relâche – autrement dit, objectivement, quelqu’un qui refuse de combattre l’extrême droite ne devrait pas être au Grand Orient.
Je ne ferai pas d’autre commentaire. Celui-ci me semble nécessaire et suffisant.
Le 9 décembre 2025, date-sceau, date-clef, cinq obédiences françaises ont posé un geste rare, simple, lisible : signer ensemble un « Appel pour la défense et la promotion de la laïcité », au moment même où la loi du 9 décembre 1905 fêtait ses 120 ans.
Dans un paysage maçonnique souvent fragmenté par les styles, les rites, les prudences et les égos institutionnels, ce texte a la vertu des tracés justes : il rappelle que la République tient par des principes (normatifs, juridiques) et par des valeurs (morales, personnelles), et que la laïcité est de l’ordre du principe, donc du bâti, donc de la charpente.
Ce qui frappe d’abord, c’est la tonalité
L’appel refuse la laïcité comme instrument de tri, d’étiquetage, de « marquage identitaire ». Il la replace là où elle doit rester, dans son rôle d’architecture commune : garantir la liberté de conscience, protéger le libre exercice des cultes dans le respect de l’ordre public, et assurer la stricte neutralité des institutions publiques. Ce rappel, à l’heure des raccourcis et des surenchères, a quelque chose de profondément initiatique : il dit que le centre doit rester vide pour que chacun puisse y tenir debout, sans qu’un magistère – religieux, politique, communautaire – ne s’y installe.
Les signataires ont mis leurs noms au bas du texte
Pierre Bertinotti (Grand Orient de France), Maurice Leduc (Droit Humain), Liliane Mirville (Grande Loge Féminine de France), Bernard Dekoker-Suarez (Grande Loge Mixte Universelle), Félix Natali (Grande Loge Mixte de France). Et ils ont assumé la phrase qui engage : œuvrer avec les forces républicaines, « en toute indépendance à l’égard des partis », pour que la liberté de conscience s’accorde avec la neutralité rigoureuse des institutions.
Après 120 ans, que faire ? La question est juridique… et spirituelle
D’abord, on cesse de faire semblant de découvrir que la laïcité est déjà au sommet des normes : elle est un principe constitutionnel (article 1er de la Constitution : « République… laïque ») et, plus largement, elle irrigue le bloc de constitutionnalité, ce que l’appel rappelle explicitement.
Ensuite, on regarde lucidement le débat qui monte
Faut-il constitutionnaliser les deux premiers articles de la loi de 1905 ?
Ceux qui posent (1) la liberté de conscience et (2) le fait que la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Ces deux articles sont bien ceux-là, noirs sur blanc. Sur ce point, il faut être précis : la demande existe, elle s’est structurée, elle est portée publiquement (notamment par le Grand Orient de France dans le débat public). Mais elle suscite aussi des réserves argumentées : certains rappellent que l’opération peut être en partie redondante, et que le vrai nœud – notamment autour des régimes dérogatoires – relève d’un débat politique et juridique complexe. Bref, le sujet n’est pas clos. Il est devant nous, et l’appel du 9 décembre 2025 a ceci d’intelligent qu’il évite le slogan : il remet la laïcité au niveau du principe, et donc du travail de longue haleine.
Dans le même temps, le Parlement continue d’être un laboratoire d’idées sur la laïcité (par exemple avec des propositions constitutionnelles visant à en redéfinir les garanties institutionnelles).
Le point qui fâche : l’occasion manquée de la GLDF… et la réserve de la GLNF
Cet appel n’a pas été signé par la Grande Loge de France ni par la Grande Loge Nationale Française, alors même qu’il se voulait, précisément, un geste de rassemblement interobédientiel. La liste des signatures, telle que publiée, est sans ambiguïté.
Blason GLDF
Pour la Grande Loge de France, le sujet n’est pas l’absence de parole. Au contraire : son Grand Maître Jean-Raphaël Notton a pris la plume (tribune datée du 9 décembre 2025) et la GLDF a occupé l’espace médiatique autour de la liberté de conscience et de la commémoration de 1905.
Mais c’est précisément là que la critique devient légitime
Parler seul quand un texte commun tend la main, c’est choisir le monologue plutôt que la chaîne. C’est préférer la verticalité d’une prise de position “maison” à l’horizontalité – pourtant maçonnique – d’un engagement partagé. Une obédience peut multiplier colloques, tribunes, émissions : si elle refuse le geste collectif au moment où il se présente, elle affaiblit le symbole même qu’elle prétend défendre.
Y. Pennes, GM GLNF – J.-R. Notton, GM GLDF
Pour la GLNF, la réserve est en grande partie structurelle
Sa présentation publique rappelle volontiers une règle cardinale : en loge, il n’est pas question de traiter de politique ni de religion. Cette prudence s’inscrit dans une tradition de la « régularité » (la leur) telle que l’ont formalisée les Basic Principles adoptés le 4 septembre 1929 par la Grande Loge Unie d’Angleterre, principes traduits et diffusés en France une dizaine d’années plus tard, ce qui dit assez l’attention précoce portée à ce corpus par ce qui deviendra, en 1948, la GLNF (alors Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises).
Dans cette grille, l’interdit vise explicitement la discussion en loge : le point 7/8 énonce qu’« il est strictement interdit de discuter de religion et de politique au sein de la Loge ». Et il faut insister sur ce détail, souvent brouillé dans le débat public : c’est EN LOGE que la règle s’applique, dans le cadre rituel, pour préserver l’unité, la paix des travaux et la finalité initiatique.
On comprend, dès lors, la logique interne… Éviter de signer un texte interobédientiel à forte portée civique, de crainte qu’il ne soit lu comme une prise de position « politique ». Mais la laïcité n’est pas une bannière partisane : elle est l’armature juridique et symbolique qui rend possible la coexistence de toutes les convictions, y compris l’absence de croyance, dans la paix civile. En s’abstenant, la GLNF laisse donc aux autres le soin de porter, seules et explicitement, la défense publique d’un principe qui conditionne l’équilibre républicain et, plus profondément, la possibilité d’une fraternité non confessionnelle.
Ce que l’appel préfigure : un paysage maçonnique à deux vitesses
L’appel des Obédiences
L’appel du 9 décembre 2025 dessine une ligne de partage très nette.
D’un côté, des obédiences qui acceptent de dire publiquement : la laïcité est une liberté (espace public soustrait au confessionnel), une égalité (aucun culte privilégié ou lésé), une fraternité (cohésion sociale contre les replis). De l’autre, des obédiences qui préfèrent l’expression isolée ou la réserve, et qui, ce faisant, ratent l’essentiel : dans la symbolique républicaine comme dans la symbolique initiatique, il arrive un moment où le signe compte autant que le discours. Un texte commun, signé ensemble, est une pierre posée à plusieurs mains. Ne pas la poser, c’est laisser une faille dans le mur, même si l’on affirme aimer le bâtiment.
L’appel des Obéciences
En 2026, la laïcité ne demande pas qu’on l’admire, elle demande qu’on la tienne : comme une verticale
L’appel interobédientiel du 9 décembre 2025 a eu la justesse de rappeler que ce principe n’est pas une arme, ni un drapeau contre quelqu’un, mais une forme qui protège tous. Et c’est précisément pour cela que les abstentions de la GLDF et de la GLNF pèsent : non parce qu’elles seraient contre la laïcité, mais parce qu’elles ont refusé, ce jour-là, le geste le plus simple et le plus fort… celui de la chaîne.