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Les silencieux

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Le vacarme envahit l’espace social. Il faut y faire du bruit pour exister. Ce Journal fait grand cas des perturbations qu’engendrent dans les têtes et dans les relations les clameurs qui fusent de partout, comme, à un moindre degré, le brouhaha permanent des conversations. Comment se concentrer et se recentrer, sans faire le calme en soi ? Serait-ce devenu une trop vaine espérance ?

L’actualité nous prend à partie et, dans ce tohu-bohu d’indignations qui s’entrecoupent, devons-nous céder à l’injonction de… prendre parti sur toutes choses, comme nous sommes sommés à tout instant de le faire ? Première règle d’hygiène mentale : examiner en quoi des réactions vives résolvent un tant soit peu les difficultés qu’elles prétendent trancher. La réponse est sous-jacente à la question.

Franc-Maçon faisant un doigt d’honneur – Image d’IA purement imaginaire, toute ressemblance…

Il y a, en effet, des débats entre Frères et Sœurs dont la Rédaction s’est fait l’écho, qui brouillent sérieusement l’écoute, comme on aime à dire au Canard enchaîné. Toutes et tous ont appris à lever le doigt pour demander la parole en loge. Quand je dis le doigt, c’est tout au plus l’index. Mais dès qu’ils s’expriment en ligne sur des forums ou des blogs et parfois physiquement à l’extérieur des temples, c’est le majeur qu’ils brandissent, sans demander la permission, en agonisant d’injures leurs semblables, en les frappant d’anathèmes. C’est ainsi qu’ils se condamnent mutuellement aux ténèbres extérieures de la franc-maçonnerie, c.-à-d. à errer irrémédiablement en des lieux totalement privés de Lumière.

Ici, nous ouvrons des débats. Certaines questions préoccupent nos consciences habituées à moins d’outrance et de radicalité. Nous offrons des angles nouveaux d’interprétation, en sollicitant les apports des sciences biologiques et humaines. Nous souhaitons comprendre comment de tels phénomènes déferlent, désormais, sur nous, sans crier gare.

Nous constatons tristement que nos exercices spirituels et sociaux ne sont pas assez fréquents pour nous éduquer avec robustesse à la mesure et nous obliger patiemment au résultat. Nous demandons plus d’engagement maçonnique et, pour tout dire, osons le mot : initiatique, afin que le franc-maçon ou la franc-maçonne échappe aux dérives voire aux dérapages que nous déplorons et conserve une vision d’ampleur, certes, lourde des contrastes ravageurs qu’on observe, mais riche de nouvelles possibilités constructives voire constructrices.

Avant toutes choses, imposons-nous de faire régulièrement silence en nous et d’en approfondir les disciplines. Laissons, alors, advenir les paroles et les actes qui, ne participant jamais au fracas du monde, ne se coupent pas davantage des voies du cœur. Et, pour celles et ceux que mes propos iréniques agaceraient, je leur dirais :

« Regardez l’Histoire ! Ne croyez-vous pas que la lenteur aurait corrigé les erreurs et apaisé les violences que produisent ou ravivent constamment toutes les formes de haine ou d’excitation, dans un jeu perpétuel d’effets et de contre-effets ? »

Oui, les cieux sont silencieux. Ne soyez pas trop pressés. Accoutumez-vous à élever votre âme et vous le constaterez vous-même : on ne fait jamais sans dommage l’économie des si lents cieux. Écrivez le comme vous voulez…

GODF – Vernissage de l’expo « Lumières dans la ville Paris et les francs-maçons » au musée de la franc-maçonnerie

Au musée de la franc-maçonnerie, au siège du Grand Orient de France, le vernissage de « Lumières dans la ville Paris et les francs-maçons » a réuni une assistance nombreuse, passionnée et érudite.

Autour de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée, et de Laurent Segalini, conservateur du musée, cette exposition ouverte du 29 avril au 20 décembre 2026 invite à relire Paris comme un immense livre de pierre, de mémoire et de Lumière. Le catalogue qui l’accompagne, remarquable par son ampleur et sa richesse, fera prochainement l’objet d’une note de lecture approfondie.

Il est des expositions qui ne se contentent pas de présenter des objets, des documents ou des images. Elles déplacent le regard. Elles nous conduisent à traverser un lieu familier comme si nous le découvrions pour la première fois.

« Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons » appartient à cette famille d’expositions qui déplacent le regard et nous conduisent à traverser un lieu familier comme si nous le découvrions pour la première fois.

Inaugurée au musée de la franc-maçonnerie, au « 16 Cadet », elle propose bien davantage qu’une promenade historique dans la capitale

Elle donne à voir un Paris traversé par trois siècles de présence maçonnique, un Paris de signes, de bâtisseurs, d’artistes, de musiciens, de républicains, de savants, d’artisans, de figures célèbres et de noms oubliés.

Le vernissage s’est déroulé devant une assistance nombreuse, passionnée et érudite, comme à l’accoutumée lorsque le musée de la franc-maçonnerie ouvre ses portes à une histoire qui touche autant à la culture qu’à l’initiation.

Parmi les personnalités présentes, il convient de relever la présence de deux anciens Grands Maîtres du Grand Orient de France, Guillaume Trichard, Grand Maître 2023-2024, et Jean-Michel Quillardet, Grand Maître 2005-2008. Leur présence donnait à cette soirée une profondeur institutionnelle supplémentaire, comme si plusieurs générations de l’obédience venaient saluer, dans un même mouvement, le travail du musée et la fidélité d’une mémoire vivante.

Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée de la franc-maçonnerie, a ouvert cette soirée en donnant immédiatement au titre de l’exposition sa pleine résonance.

Lumières dans la ville n’est pas seulement une belle formule. C’est une promesse de lecture

Dans son propos, il a rappelé combien les francs-maçons avaient contribué, depuis près de trois siècles, à faire briller Paris par leurs idées, leurs combats et leurs idéaux, mais aussi par leur participation concrète à l’espace urbain lui-même. L’exposition permet ainsi de comprendre comment la franc-maçonnerie a laissé dans la capitale une empreinte discrète, délicate et pourtant remarquable, souvent méconnue, parfois oubliée, mais toujours perceptible pour qui sait regarder et écouter la ville.

Ce mot d’ouverture donnait le ton

Le Paris maçonnique qui se dévoile ici n’est pas celui d’une mythologie facile ni celui d’une chasse aux signes cachés. Il est celui d’une présence patiente, parfois silencieuse, inscrite dans la pierre, dans les institutions, dans les jardins, dans les musées, dans les combats civiques et dans les idéaux républicains. Paris n’apparaît plus seulement comme décor de l’histoire maçonnique. Elle en devient l’un des grands théâtres, l’un des ateliers, l’un des temples à ciel ouvert.

Laurent Segalini, conservateur du musée, a ensuite donné à cette exposition sa respiration savante et presque initiatique

Son intervention a pris la forme d’une déambulation à travers une ville que nous croyons connaître, mais dont les couches profondes demeurent encore à déchiffrer. Paris y apparaît tour à tour comme ville lumineuse, ville des Lumières, ville gauloise, ville égyptienne, ville rebelle, ville fraternelle.

Des premières loges du faubourg Saint-Germain au mythe d’Isis, de Jacques Louis David à Bartholdi, de Carmontelle à Vivant Denon, du Conservatoire de musique à Notre-Dame, de la Commune aux fêtes laïques de la Belle Époque, c’est tout un paysage intérieur de la capitale qui surgit.

L’exposition invite ainsi à comprendre que le symbole maçonnique n’est jamais un simple décor

Il est une méthode du regard. Il apprend à lire ce qui se tient derrière l’évidence. Il fait apparaître des continuités là où le passant ne voit parfois que des façades, des rues, des plaques ou des monuments. Dans cette perspective, Paris devient un grand palimpseste. La ville conserve, efface, recouvre, révèle. Elle est mémoire et chantier. Elle garde les traces de celles et ceux qui voulurent travailler à l’amélioration de la condition humaine, selon cette formule chère au Grand Orient de France.

Il faut saluer ici le travail de toute l’équipe du musée, des bénévoles, des médiateurs culturels, des prêteurs, des auteurs du catalogue et de toutes celles et ceux qui ont rendu possible cette exposition.

Leur présence fortement représentée lors du vernissage rappelait que la transmission patrimoniale ne repose jamais seulement sur les vitrines. Elle suppose des voix, des regards, des passeurs, une disponibilité fraternelle. Le pot de la fraternité qui clôtura la soirée prolongea naturellement cette ambiance, dans cette alliance si particulière entre exigence intellectuelle et chaleur humaine.

Le musée de la franc-maçonnerie bénéficie depuis 2003 de l’appellation Musée de France, délivrée par le ministère de la Culture. Créé en 1889, victime de spoliations sous l’Occupation, rouvert en 1973, il est devenu depuis 2000 le musée de la franc-maçonnerie, avant d’obtenir cette reconnaissance patrimoniale majeure.

Le catalogue de l’exposition

Le magnifique catalogue publié à l’occasion de « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons » mérite, à lui seul, une attention particulière. Nous y reviendrons prochainement dans une note de lecture approfondie, tant cet ouvrage apparaît déjà comme bien davantage qu’un simple accompagnement d’exposition, afin d’en mesurer toute la richesse historique, culturelle, symbolique et initiatique.

Il constitue un véritable livre de référence, à la fois savant, vivant et superbement construit, où la mémoire maçonnique de Paris se lit comme une autre histoire de la capitale.

Publié à l’occasion de l’exposition temporaire, ce catalogue, proposé au prix de 15 €, rassemble des contributions qui composent une cartographie intellectuelle, historique et symbolique du Paris maçonnique.

L’ouvrage s’ouvre par un avant-propos de Pierre Bertinotti qui inscrit d’emblée l’exposition dans une relation profonde entre les francs-maçons et Paris. Cette relation, écrit-il en substance, ne pouvait être autre chose qu’une histoire d’amour, discrète parfois, décisive souvent, mais toujours enracinée dans la vie de la cité.

L’introduction de Laurent Segalini, conservateur du musée, donne ensuite au parcours sa respiration propre. Elle invite à regarder Paris autrement, non pour y chercher les signes d’une omniprésence fantasmée, mais pour y reconnaître des empreintes, des œuvres, des lieux, des noms et des gestes.

Le catalogue devient alors une promenade initiatique dans la ville, une manière d’apprendre à lire ce qui demeure visible, ce qui s’est effacé, ce qui subsiste dans la pierre, les jardins, les musées, les monuments, les cimetières et la mémoire des rues.

Le sommaire confirme l’ampleur du projet. Jean-Marie Mercier et Thierry Zarcone reviennent sur « Une loge à Paris en 1725, un faisceau d’indices convergents », tandis que Laurent Segalini explore le paysage des premières loges parisiennes autour de Saint-Germain-des-Prés. Jean-Luc Le Bras propose une « Esquisse d’un atlas maçonnique de Paris 1725-1825 », Séverine Laporte-Dupuis étudie les « Artisans, commerçants et francs-maçons à Paris au XVIIIe siècle », René Perinelli et Laurent Segalini croisent les figures de « Casanova et Cagliostro, deux aventuriers italiens à Paris ».

Pierre Mollier

Pierre Mollier éclaire ensuite « Les « 33e » à la table de l’Archichancelier », dans une étude consacrée à la franc-maçonnerie et à la gastronomie sous le Premier Empire. Jean-Marc Schivo ouvre les allées de « Paris et ses jardins maçonniques », Patrice Verrier suit les traces du « Paris maçonnique des musiciens », François Mairesse interroge le lien entre francs-maçons et musées, tandis que Pierre Mollier redonne toute sa place à un Frère parisien redécouvert, Jacques Louis David.

Le catalogue s’aventure aussi vers les mythes et les profondeurs symboliques

Laurent Segalini signe « Par-Isis, la franc-maçonnerie et le mythe de l’Isis parisienne », puis une étude sur « Le sculpteur Antoine-Denis Chaudet et l’interprétation alchimique de Notre-Dame de Paris ». Bernard Brangé met en lumière « Auguste Bellu et Eugène Milon, deux bâtisseurs au cœur du Paris monumental ». Sylvain Solustri revient sur « Paris, la Commune et les Francs-maçons ». Jean-Claude Momal (OE) clôt ce parcours par « Le funéraire maçonnique, de la mémoire à l’oubli ».

Ainsi présenté, le catalogue apparaît comme un véritable chantier de lecture

Il ne juxtapose pas des articles. Il assemble des pierres. Chacune éclaire une façade différente du Paris maçonnique. Ensemble, elles composent une ville intérieure, une capitale de signes, de filiations, d’engagements et de transmissions.

Avec « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons », le musée de la franc-maçonnerie ne propose pas seulement une exposition

Il tend un miroir à Paris. Dans ce miroir, la capitale n’apparaît pas comme une ville achevée, mais comme un chantier toujours ouvert, travaillé par la mémoire, la liberté, la fraternité et la transmission. La Lumière y circule de la loge à la rue, du symbole à la pierre, du passé au présent. Elle ne s’impose jamais. Elle affleure, elle suggère, elle invite à regarder mieux. Et le visiteur comprend alors que lire le Paris maçonnique, c’est peut-être apprendre à mieux lire Paris lui-même, non comme un décor, mais comme une œuvre humaine encore inachevée, où chaque génération reçoit mission de poursuivre le travail.

Informations pratiques

Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons
Exposition du 29 avril au 20 décembre 2026
Musée de la franc-maçonnerie
, siège du Grand Orient de France – 16 Cadet, 75009 Paris

Horaires habituels du musée : Du mardi au vendredi, de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00
Le samedi, de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 19h00 / Le dimanche, de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00 / Fermeture le lundi et les jours fériés selon les informations touristiques régionales disponibles.

Tarifs habituels : Plein tarif 8 € / Tarif réduit 5 €
Gratuité notamment pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi, les journalistes, les guides-conférenciers nationaux, les membres ICOM et les visiteurs handicapés, sur justificatif selon les informations pratiques recensées.

Musée de la franc-maçonnerie, la librairie

La billetterie en ligne du musée propose la réservation pour la visite libre du musée, collection permanente et exposition temporaire, ainsi que pour la visite guidée du musée et des temples du Grand Orient de France. Elle indique aussi le téléphone du musée, 01 45 23 74 09, et l’adresse de contact museefm@godf.org.

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

Remplacé ou Augmenté ?

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L’ouvrage explore d’abord un basculement majeur : l’intelligence artificielle ne se limite plus à un outil technique, elle entre dans notre sphère psychique et relationnelle car l’IA devient un interlocuteur (chatbots, assistants), un miroir (recommandations personnalisées), parfois même un substitut relationnel. L’auteur insiste sur une idée centrale : l’IA transforme notre manière d’être en relation, non seulement avec les autres, mais aussi avec nous-mêmes. Elle agit comme un révélateur de nos attentes, de nos projections et de nos fragilités.

L’auteur analyse ensuite la relation entre l’individu et ces systèmes. Il montre que l’IA donne une illusion de compréhension car elle simule l’empathie sans la vivre, elle répond sans conscience, elle renvoie une image flatteuse ou adaptée de l’utilisateur .Cela pose une question fondamentale : Qui suis-je lorsque je dialogue avec une entité qui me reflète sans me comprendre ? L’auteur met en garde contre un risque subtil : celui de se construire dans un miroir artificiel, où l’altérité (le vrai autre) disparaît.

Un des axes majeurs du livre est l’impact de l’IA sur les relations humaines. L’auteur explique que les interactions humaines sont imprévisibles, exigeantes et parfois conflictuelles, que, les interactions avec l’IA sont fluides, rapides et sans friction. Il en résulte une tentation de préférer la machine à l’humain. Cela pourrait entraîner un appauvrissement des relations réelles, une baisse de la tolérance à la frustration, une difficulté croissante à gérer l’altérité. L’auteur ne parle pas d’une disparition du lien social, mais d’une transformation profonde de sa qualité.

L’ouvrage met en lumière une forme émergente de dépendance à la réponse immédiate, à la validation algorithmique, à la facilité cognitive. L’IA devient une extension de nos capacités, mais aussi un risque d’atrophie de certaines facultés comme réflexion ralentie, imagination non autonome, affaiblissement de l’effort intellectuel. L’auteur insiste : L’enjeu n’est pas l’IA en soi, mais la manière dont nous nous appuyons sur elle. Dans une approche nuancée, l’auteur ne diabolise pas l’IA. Au contraire, il la voit comme un outil révélateur qui met en lumière nos besoins affectifs, expose notre rapport au savoir, questionne notre autonomie. L’IA agit alors comme un test philosophique :
Cela nous oblige à redéfinir ce qui fait notre humanité.

Dans sa conclusion, l’ouvrage appelle à une posture lucide : ne pas anthropomorphiser l’IA, préserver des espaces de relation humaine authentique, cultiver l’esprit critique. Il propose une voie médiane : coexister avec l’IA sans s’y dissoudre. Cela suppose une éducation aux usages, une vigilance psychologique, une redéfinition des limites entre humain et machine

AUTEUR :

Frédéric Soussin est conseil indépendant, spécialisé dans l’usage des technologies de l’information dans les organisations. Son approche : comment améliorer les relations humaines par un usage pertinent des technologies. Auteur de deux livres : Le manager métanoïque et Internet @ visage humain

« Alpina », la voie helvétique entre silence intérieur et combat de l’esprit

Dans son numéro de mai 2026, la revue Alpina ne se contente pas d’aligner des sujets maçonniques. Elle propose une traversée. Entre spiritualité laïque et religieuse, mémoire des loges, interrogation sur la guerre, vigilance face au numérique et fidélité au symbole, la Grande Loge Suisse Alpina livre ici un ensemble d’une rare tenue, où la réflexion initiatique demeure liée à la vie du siècle.

La première intelligence de ce numéro tient dans son image inaugurale

Une figure humaine, songeuse, descend vers l’intérieur d’une tête ouverte, comme si la pensée véritable exigeait non pas l’exhibition de soi, mais le courage d’une immersion. Tout le dossier semble contenu dans cette scène. La spiritualité n’y est pas présentée comme un refuge vaporeux, encore moins comme une parure de langage. Elle apparaît comme un exercice de profondeur, une discipline de descente, une mise à l’épreuve de la conscience. Revue quadrilingue de la Grande Loge Suisse Alpina, paraissant six fois l’an dans sa cent cinquante-deuxième année, Alpina affirme ici une vocation éditoriale précise. Faire travailler ensemble les langues, les sensibilités, les traditions, sans jamais rompre l’unité d’une même exigence intérieure.

Le grand mérite de cette livraison est de ne pas enfermer la spiritualité dans une opposition stérile entre foi et libre pensée

L’éditorial de Daniele Bui donne le ton avec justesse en rappelant que la spiritualité religieuse et la spiritualité laïque peuvent s’éclairer l’une l’autre, la première portant la mémoire de la tradition et de la communauté, la seconde rappelant le prix de la liberté de conscience, du doute et de la recherche. Les textes consacrés à « une spiritualité sans religion », au sens de la vie et à la laïcité prolongent cette intuition avec une tenue remarquable. André Nahum y fait sentir qu’une quête intérieure peut demeurer fidèle au mystère sans se soumettre à la clôture dogmatique. Didier Planche, dans un registre plus civique et philosophique, rappelle que la laïcité n’est pas un appauvrissement du sacré mais une protection de la dignité humaine, un feu de veille contre toutes les captations de conscience. Ce que défend Alpina, en filigrane, c’est une transcendance sans tyrannie, une hauteur qui n’humilie pas, une verticalité qui n’écrase pas. C’est là une position profondément maçonnique.

Cette revue touche juste parce qu’elle ne dissocie jamais l’ésotérique du réel

L’article de François Füllemann sur l’ésotérisme et l’initiation compte parmi les plus beaux de l’ensemble. Il refuse les grimaces du faux mystère, les séductions du superficiel, les ivresses de l’initié imaginaire. Il reconduit l’ésotérisme vers ce qu’il devrait toujours demeurer, non une marchandise obscure, mais un art du dévoilement, une écoute du presque imperceptible, une disponibilité à la présence. De la même manière, la méditation de Jean-Jacques Schwab sur les cinq outils maçonniques à l’ère des réseaux accomplit un geste salutaire. Le fil à plomb, l’équerre, le compas, la règle et l’étoile flamboyante cessent d’être des emblèmes convenus pour redevenir des instruments de sauvegarde intérieure face à la dispersion numérique. Nous touchons ici à une vérité essentielle. La symbolique maçonnique n’a pas pour fonction d’orner un discours, elle sert à rétablir un axe quand l’homme contemporain se perd dans la circulation infinie des signes.

L’autre force d’Alpina est de ne pas abandonner l’histoire ni le monde profane aux seuls chroniqueurs de l’événement.

La revue se souvient que la maçonnerie pense mieux lorsqu’elle se mesure aux pierres du temps

Drapeau de la Suisse
Drapeau de la Suisse

Le très bel article « Du Temple au musée » sur la loge La Régénérée à l’Orient de Fribourg fait apparaître la continuité fragile d’une présence maçonnique dans un terreau catholique longtemps hostile. Il y est question d’archives ouvertes, de transmission, de survivance, de lieux menacés puis relevés. De même, l’étude sur la franc-maçonnerie dans le monde arabe contemporain rappelle avec force que la régularité n’est jamais une abstraction innocente lorsqu’elle se confronte à la peur, aux interdits et aux fantasmes complotistes. Ces pages ont une gravité particulière. Elles disent que la fraternité n’existe vraiment que lorsqu’elle demeure pensable sous pression, dans la discrétion, parfois dans le risque. Même la réflexion sur la guerre juste ou injuste participe de cette densité. Elle montre que l’idéal fraternel ne dispense pas de penser le tragique, mais qu’il oblige à le penser sans complaisance.

Il faut aussi saluer la lucidité avec laquelle la revue regarde notre présent technique

L’article de Gregor Lüthy sur le langage de l’intelligence artificielle aurait pu n’être qu’un papier d’actualité. Il devient davantage. Parce qu’il pose une question de civilisation. Si la langue est la maison de notre rapport au monde, que devient notre jugement lorsque des machines prennent en charge une part croissante de nos formulations, de nos résumés, de nos récits, bientôt peut-être de nos convictions mêmes. La réponse d’Alpina n’est ni technophobe ni naïve. Elle tient dans une ligne de crête que nous devrions méditer plus souvent. Les outils peuvent assister, jamais absoudre du travail du discernement. Rien ne remplace l’effort du jugement, rien ne dispense du labeur intérieur. Sous cet angle, ce numéro tout entier peut se lire comme une défense du libre arbitre contre ses dissolutions modernes.

Publication collective portée par la Grande Loge Suisse Alpina, coordonnée notamment par Jean-Daniel Sauterel, Didier Planche, Daniele Bui et Gregor Lüthy, Alpina confirme ici ce qui fait les revues de tradition lorsqu’elles demeurent vivantes.

Elles ne parlent pas seulement de maçonnerie, elles la mettent en acte par leur composition même

Quant à sa bibliographie vivante, elle se lit dans les signatures de ce numéro, de Daniele Bui à André Nahum, de Didier Planche à François Füllemann, de Jean-Jacques Schwab à Gregor Lüthy. Toutes concourent à une même œuvre de tenue intérieure. Ce numéro ne cherche pas l’effet. Il cherche mieux. Il cherche la justesse. Et c’est peut-être cela, au fond, qu’une revue initiatique digne de ce nom devrait toujours offrir à ses lecteurs, non des certitudes supplémentaires, mais une manière plus haute, plus nue et plus fraternelle d’habiter la question humaine.

Avec Alpina, numéro 3 de mai 2026, la Suisse maçonnique ne parle ni fort ni pour rien

Elle élève la voix à l’endroit exact où notre temps s’égare le plus souvent, dans la confusion entre information et sagesse, identité et intériorité, visibilité et vérité. Une revue qui rappelle, avec une sobriété lumineuse, que l’initiation n’est jamais une fuite hors du monde mais une manière plus exigeante de lui demeurer fidèle.

Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina GLSA, N°3 , 2026 – mai, 52 pages
Paraît 6 fois par an ; abonnement CHF 60 (64,18 €)

Il est possible d’acquérir un numéro ou de s’abonner en s’adressant à :
kanzlei@grossloge-alpina.ch

Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina / Magazin der Schweizerischen Grossloge Alpina / Rivista della Gran Loggia Svizzera Alpina / Revista da la Granda Loscha Svizra Alpina / Magazine of the Grand Lodge Alpina of Switzerland
GLSA - 1 rue du Petit-Beaulieu à Lausanne (Confédération suisse)
GLSA, Orient de Lausanne (Confédération suisse)

Pour mettre d’accord les partisans du RN, de LFI… et tous les autres

Depuis plusieurs semaines, nos commentaires sur 450.fm ressemblent à un ring de boxe où les supporters du RN et ceux de LFI se livrent à un combat sans merci, à coups de formules assassines, de raccourcis grossiers et d’insultes à peine voilées. On se croirait revenus aux repas de famille chez tonton Maurice, dans les années 80.

D’un côté, Maxime, le beau-frère pharmacien, capitaliste assumé, libéral jusqu’au bout des ongles. De l’autre, Lucien, ouvrier spécialisé chez Citroën à Aulnay-sous-Bois, communiste pur et dur, qui citait Marx entre le fromage et le dessert. Les débats étaient violents, les arguments fusaient, les verres se vidaient… et pourtant, Maurice finissait toujours par les mettre d’accord sur un point : ils finiraient tous les deux au cimetière. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Ils reposent aujourd’hui à cinquante mètres l’un de l’autre.

Au moins, là-haut (ou là-dessous), ils ont enfin trouvé un terrain d’entente.

Eh bien mes Très Chers Frères et Sœurs, je ne vais pas attendre que vous soyez tous sous terre pour vous mettre d’accord. Je vais même vous départager tout de suite.

Après avoir lu avec attention tous vos commentaires enflammés, je suis arrivé à une conclusion définitive. J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle : les deux camps ont raison.
La mauvaise nouvelle : les deux camps ont tort.

Et non, je ne suis pas devenu normand. Je vais vous expliquer. Je n’ai jamais prétendu être un grand politologue. Depuis longtemps, j’adhère à la pensée coluchienne :

« Si voter servait à quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit. »

Cela dit, j’ai pris le temps de lire vos arguments, vos certitudes, vos indignations et vos prophéties apocalyptiques respectives.

Et j’en arrive à ce constat terrible pour vos egos : vous êtes tous les deux à la fois gagnants et perdants. Parce que la vérité, comme souvent, n’est ni toute blanche ni toute noire. Elle est grise, nuancée, inconfortable. Exactement ce que beaucoup d’entre vous refusent d’admettre.

Car voilà le vrai problème : trop d’entre vous êtes entrés en Franc-maçonnerie comme on entre dans un parti politique. Vous avez apporté vos passions profanes, vos haines recuites, vos certitudes idéologiques, et vous les avez simplement posées sur le plateau de la loge, comme si le tablier suffisait à sanctifier vos opinions. Vous ânonnez des rituels depuis des années, vous parlez de Lumière, de travail sur soi, de voie du milieu… et dès que vous sortez de la loge (ou même dans les commentaires), vous vous comportez comme les pires vulgus profanes, excités du clavier et sectaires du dimanche.

Permettez-moi de vous rappeler trois postulats maçonniques élémentaires, que certains semblent avoir oubliés quelque part entre le premier et le troisième degré :

Postulat n°1 : Un franc-maçon travaille exclusivement à rassembler ce qui est épars. Pas à choisir un camp et à massacrer l’autre. Son rôle est de chercher, dans chaque idéologie, ce qui est constructif, et d’écarter ce qui est destructeur. Cela s’appelle la désacralisation de son propre camp et la dédiabolisation de l’adversaire. C’est difficile. C’est inconfortable. C’est précisément pour cela que c’est maçonnique.

Postulat n°2 : Si, après des années de rituels, de symboles et de travail en loge, vous vous comportez exactement comme n’importe quel militant lambda sur les réseaux sociaux, alors à quoi bon ? Pourquoi porter le tablier ? Pourquoi perdre des soirées à réciter des textes que vous ne mettez jamais en pratique ? Le jour où les francs-maçons se comporteront comme les supporters de l’OM et du PSG en tribune, la Franc-maçonnerie sera morte.

Postulat n°3 : Quand un profane lit vos échanges haineux, vos insultes à peine masquées et vos certitudes imbéciles, pensez-vous sincèrement qu’il aura envie de frapper à la porte d’une loge ? Vous êtes en train de faire le plus beau travail de propagande anti-maçonnique qui soit, gratuitement, avec zèle et enthousiasme.

Alors voilà mon message, clair et sans filtre : Respirez par le nez.
Redescendez sur terre.
Reprenez votre travail de maçon là où vous l’avez abandonné : sur vous-mêmes.

Ceux qui ne sont pas capables de s’élever au-dessus de leurs passions politiques partisanes, ceux qui continuent à se comporter en militants déchaînés plutôt qu’en francs-maçons, ceux-là n’ont rien à faire dans nos temples. Ils nuisent à l’institution, ils découragent les bons éléments et ils donnent aux apprentis l’envie de rendre leur tablier avant même d’avoir commencé à comprendre ce qu’est vraiment la Franc-maçonnerie. À ceux-là, je le dis sans plaisir mais avec fermeté : envoyez votre lettre de démission. Vous ne servez à rien, sinon à ternir l’image de l’Ordre et à transformer nos colonnes en vulgaire champ de bataille profane.

Quant aux autres, ceux qui ont encore un peu d’humilité et de conscience maçonnique, remettons-nous au travail. Le vrai. Celui qui consiste à extraire le meilleur des deux mondes sans se prosterner devant aucun.

Parce que rassembler ce qui est épars, ce n’est pas un slogan. C’est notre raison d’être. Et si cela vous dépasse, alors effectivement : bon vent.

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INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR

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Blason OITAR

Nous recevons aujourd’hui Laurent Lemaire, fraîchement élu Grand Maître Général de l’OITAR lors de la cérémonie d’Installation du samedi 28 mars 2026 au Temple de la GLNF rue Pisan.

Le Saviez-vous ?

Laurent Lemaire dit Calonnois Cœur Authentique, enseignant en CM2, âgé de 57 ans, initié en 2008 dans la Juste et Parfaite Loge le Puits de Sydrach à l’Orient de Béthune, est le nouveau Grand Maître Général de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal.

Originaire des cités minières du Pas de Calais, fils de mineur, engagé dans l’Éducation Populaire, la tradition, la transmission la fraternité sont pour lui des outils nécessaires à l’évolution positive de l’Être Humain.

Laurent Lemaire – Grand Maître Général de l’OITAR

Un Regard sur les Débuts

450.fm : Comment vous sentez-vous après votre récente élection en tant que Grand Maître de l’OITAR ?

Laurent Lemaire : Pour l’instant je me sens très bien. En fait même mieux que la dernière semaine avant mon Installation. Cela ressemblait aux semaines qui précédaient mes matchs de rugby. On y pense, on y repense, on s’imagine on se projette…on attend. J’ai été choisi par mes pairs et la décision est officielle depuis novembre.

450.fm : Si vous deviez résumer ce début de mandat en un mot ou une image, lequel choisiriez-vous ?

LL : L’énergie, celle qui m’a été transmise à travers les sourires et les regards bienveillants des FF et des SS qui m’ont accompagné et qui m’ont soutenu lors de mon élévation à la charge de GMG.

450.fm : Que signifie pour vous porter la charge de Grand Maître de l’OITAR ?

LL : C’est une grande responsabilité et une grande marque de confiance que je dois honorer.

Thomas Denicourt – Ancien Grand Maître Général de l’OITAR

Je dois honorer la confiance des PGMG, des Dignitaires qui ont validé la proposition de mon Prédécesseur mon F Thomas Dénicourt. C’est une grande responsabilité car je serai, et je le dis en toute modestie, le visage visible de OITAR, ce qui m’oblige à la rigueur et à l’exemplarité.

Les Objectifs Initiaux


450.fm : Lors de votre installation le 28 mars, quels étaient vos objectifs prioritaires pour l’OITAR ?

LL : Poursuivre l’héritage de mes prédécesseurs sur trois axes :

a) Le rayonnement de notre Ordre : en soutenant les Territoires existants mais aussi en soutenant les initiatives pour accomplir notre vocation missionnaire c’est à dire développer notre implantation permettant à des cherchant de trouver un espace sacré pour pratiquer le ROS…

b) De nous faire connaitre le mieux possible en participant à des moments de communication

c) De maintenir, de garder, d’ouvrir des liens fraternels avec les obédiences de la Franc-maçonnerie Universelle.

450.fm : Quelles ambitions espérez-vous concrétiser au cours de votre mandat de trois ans ?

LL : Les 3 axes cités précédemment effectivement.

OITAR

450.fm : Pouvez-vous citer une initiative ou un projet que vous souhaitez rapidement mettre en avant pour marquer votre mandat ?

LL : Avec beaucoup de modestie, je vous répondrai que j’ai un peu commencé à répondre, à donner vie à ces 3 axes.

Le 5 avril, nous avons ouvert une loge à Porto qui se nomme « Sol Invictus » et nous avons signé un traité d’amitié avec la Grande Loge Symbolique de France Fédération du Portugal.

Le 11 avril j’ai participé à un café maçonnique organisé par la J et P Loge « La Rose et le Sable » à l’orient du Touquet.

Le 18 avril j’ai participé à une table ronde sur l’Antimaçonnisme.

Le 31 mai le 6 juin le 7 juin je serai présent aux Convents de la GLFF GLSF GLDF.

Le 13 juin j’accompagnerai les FF et SS du Territoire de Rhône Bourgogne pour ouvrir une nouvelle loge » Les Tailleurs de Pierre » à l’Orient de Valence.

Ce n’est pas la panacée mais c’est un début.

450.fm : Y a-t-il une priorité imprévue qui s’est déjà imposée depuis votre prise de fonction ?

LL : A ce jour aucune difficulté aucun imprévu n’est venu contrarier mon agenda mon calendrier de travail.

Le Saviez-vous ?

L’OITAR, fondée en 1974, est un ordre initiatique composé en neuf degrés. Le Suprême Conseil Universel, dirigé par le Souverain Grand Commandeur,administre les degrés d’avancement. Le GMG, membre du Suprême Conseil Universel, reçoit une délégation du SGC pour administrer en compagnie des Grands Maîtres Territoriaux les degrés bleus

Les Défis à Venir

450.fm : Quels sont les principaux défis, internes ou externes, que vous anticipez pour l’OITAR sous votre mandat ?

LL : Défis internes : Comme de nombreuses obédiences maçonniques, l’âge des Sœurs et Frères est une préoccupation. En effet le parcours, le chemin maçonnique en 9 degrés est un parcours exigeant, encadré, réglementé par une maturation de découverte et maîtrise de chaque degré. L’initié à l’OITAR a entre 45 et 55 ans ce qui fait que lorsqu’il ouvrira la porte du 9 degré il se pourrait que son âge soit avancé.

Quelles conclusions en tirons-nous ? Voici un défi non dénué de sens !

Il y aussi le « serpent de mer » de l’initiation des jeunes. Comment attirer des jeunes à OITAR tout en conservant nos traditions et notre héritage.

Défis externes : Poursuivre le travail de mes prédécesseurs c’est à dire installer de façon pérenne et reconnue OITAR, dans le paysage maçonnique français mais aussi hors de nos frontières 

450.fm : Y a-t-il des projets spécifiques que vous aimeriez voir aboutir avant la fin de votre mandat en 2029 ?

LL : Comme je vous l’ai précédemment énoncé les 3 axes me semblent prioritaires mais je ne les considère pas comme des objectifs chiffrés à atteindre mais plutôt comme des devoirs que je me suis librement imposé.

Thomas Denicourt – Ancien Grand Maître Général de l’OITAR

450.fm : Quelles leçons tirez-vous des expériences de votre prédécesseur Thomas DENICOURT, pour aborder ces défis ?

LL : Il faut incarner la charge car elle l’humanise, elle lui donne un visage et une vie à une fonction pour :

– L’ensemble des SS et FF de OITAR dont certains ne me connaissent pas.

– Pour les obédiences amies

– Pour les non-initiés maçons. Cela permet de concevoir que OITAR est composé d’hommes et de femmes ordinaires mais qui ont choisi un chemin maçonnique pour s’élever.

C’est un travail chronophage dans lequel notre F Thomas, maintenant PGMG, s’est lancé avec énergie. Mais notre F Thomas n’aspire pas au repos. Et c’est aussi une spécificité de OITAR. Notre F Thomas en devant PGMG va rester à mes côtés durant 3 ans pour m’épauler et me conseiller.  Je conduirai selon mes principes en ayant à l’oreille l’héritage et la tradition.

L’Évolution de l’Obédience

450.fm : Comment envisagez-vous l’évolution de l’OITAR sous votre direction, en termes de vie rituelle, d’organisation et de rayonnement public ?

LL :  J’espère que le rayonnement de OITAR durant ces trois ans, sera le plus lumineux possible par ses travaux à l’intérieur de nos loges, par les animations maçonniques sur chacun des territoires, par nos coopérations fraternelles avec nos obédiences amies. L’évolution rituéliques et statutats dépendent du Suprême Conseil Universel dirigé par le Souverain Grand Commandeur. Je suis de fait membre du Suprême Conseil Universel et j’ai une délégation du Souverain Grand Commandeur pour être dépositaire du ROS dans les trois premiers degrés. Pour l’instant personnellement je ne suis pas porteur d’une idée d’une évolution rituélique.

450.fm : Quelles avancées espérez-vous dans le dialogue inter-obédientiel et les relations avec la société civile ?

LL : le dialogue inter obédientiel est un dialogue vivant, existant, créatif, assumé. Ce dialogue est le résultat d’un travail, d’une préoccupation, d’une volonté de mes prédécesseurs. C’est donc un héritage qu’à minima je dois présenter, dans l’idéal faire prospérer.

450.fm : En quoi les valeurs fondamentales de l’OITAR guideront-elles vos choix stratégiques ?

LL : Personnellement, je réfléchirai, je m’appuierai sur différents axiomes avant de prendre une décision.

– Suis-je dans la transmission ? Suis-je dans la fraternité, la concorde, l’harmonie ?

– Est-ce que mes choix ne seront pas le résultat, d’une soumission à la charge des honneurs, à l’orgueil, à la vanité ?

– Me suis-je entourer de sages conseils ? Ai-je obtenu l’accord, le consensus du Collège des Grands Maitres Territoriaux ?

Cette instruction m’a été donnée par le Souverain Grand Commandeurs lors de mon installation pour me protéger des erreurs, des fautes. Pour que je ne cède pas à la solitude du pouvoir personnel et que mon chemin soit toujours dirigé vers l’élévation spirituelle la plus haute.

Le Saviez-vous ?

L’OITAR a eu 50 ans en 2024. C’est un ordre avec des loges souveraines et non une obédience. C’est un ordre qui s’appuie uniquement sur le Rite Opératif de Salomon. Les sujets des travaux sont essentiellement symboliques et se déclinent à l’oralité.

Les Moments Forts

450.fm : Quel moment vous a particulièrement marquée durant votre week-end d’élection le 28 Mars 2026 ?

LL : Mon passage sur le point de centre. J’ai eu l’impression de flotter, porté par une énergie, une force qui me transperçait de part en part. Il y a eu durant ce moment un égrégore durant lequel toutes les énergies positives ont été orientées vers moi. Le dimanche 29 Mars, lorsque je me suis installé à la Chaire de Salomon pour diriger mon 1er collège des Grands Maitres Territoriaux, je me suis dit : « Là ça y est, il n’y a plus qu’à »

450.fm : Une rencontre ou un échange qui vous a profondément touchée ?

LL : Lors de mon installation, les mots et la bienveillance de notre Souverain Grand Commandeur, notre F Hugues SIDERSKI m’ont particulièrement touché car ils étaient pou moi élogieux, positifs et engageant pour l’avenir. Être choisi par ses pairs est un moment très émouvant, être reconnu par le SGC est une étape, indélébile sur mon cheminement maçonnique personnel.

450.fm : Un événement maçonnique marquant depuis votre prise de fonction ?

LL :  L’ouverture de la Loge « Sol Invictus » à Porto. Notre F Thomas DENICOURT en GMG pour assister à la transformation du Triangle en Loge.

Plus qu’une transmission, qu’un passage de maillet c’est un travail collaboratif entre le Passé GMG et le GMG et cela est une vraie spécificité de l’OITAR.

En plus, mon F Thomas m’a fait l’honneur d’entrer maillets battants.

Regard Vers l’Avenir

450.fm : Quelle est votre vision pour l’avenir de l’OITAR d’ici la fin de votre mandat ?

LL :  Je le souhaite, j’ai le désir de ne pas décevoir la confiance que mes pairs ont placé en moi. De ce fait, l’avenir de l’OITAR est d’apparaitre toujours plus accueillant, toujours plus rayonnant, toujours plus méritant.

450.fm : Quels conseils croyez-vous que pourrez donner à votre successeur ou successeure en 2029 ?

LL : Très honnêtement je n’ai pas du tout réfléchi à ce moment.

450.fm : Quels chantiers prioritaires devraient, selon vous, être lancés ou poursuivis immédiatement ?

LL : Poursuivre le renforcement de nos loges, de nos territoires existants. Dans notre volonté, missionnaire aller rayonner, aller s’implanter durablement dans des régions de la métropole ou nous n’offrons pas encore aux cherchant un chemin initiatique.

Vision sur la Franc-Maçonnerie

450.fm : Comment percevez-vous l’évolution générale de la franc-maçonnerie en France et à l’international ?

LL :  Depuis quelques années, la Franc Maçonnerie en France est plus visible. La 1ère cause étant la multiplication des conférences publiques et des cafés maçonniques.

Les conférences publiques sont souvent bien relayées par la presse régionale, et l’image qui en ressort est souvent plutôt positive et humanisée. La Franc Maçonnerie Française est aussi très morcelée même si on parle de 10 grandes obédiences.

Comment analyser cette multitude d’Obédiences ?

Est-ce le résultat d’une course aux honneurs et aux tabliers ?

Est-ce la preuve que le chemin est multiple pour atteindre la vérité ?

Je me garderai de donner une réponse définitive.

450.fm : Quels défis majeurs attendent les obédiences maçonniques dans les années à venir ?

LL : la Franc Maçonnerie, mais d’ailleurs comme toutes les autres institutions anciennes basées sur la tradition, est face à une époque aux changements multiples et rapides.

La FM doit-elle accompagner ses changements multiples au risque de se renier ?

La FM est basée sur l’initiatique, l’intime à l’opposé du tout image. Elle enseigne la lenteur, la maturation à l’opposé de l’instantanéité.

Les idéaux maçonniques sont universels et solides. Ils ont traversé les siècles et sont plus que jamais des idéaux nécessaires à un monde tourné vers le vivre ensemble. La FM n’a pas à devenir moderne, elle l’est. Son plus grand défi, c’est de rester juste et exigeante.

450.fm : Quels sont, selon vous, les atouts et les défis spécifiques de l’OITAR dans le paysage maçonnique contemporain ?

LL : L’OITAR a pour fondement l’initiatique. La démarche initiatique enseigne le temps long, le travail personnel, le travail collectif. Nous travaillons sur les symboles, ouvrant des portes sur notre intériorité. Nous pensons, à l’OITAR que la démarche initiatique est une expérience à vivre, favorisant notre amélioration individuelle, favorisant l’amélioration collective dans la Loge, mais aussi sur le forum. L’Art Royal est une science du bonheur et un art de vivre. Ce qui favorise chez les SS et les FF de l’OITAR le don de soi, le don d’Amour. Voilà des atouts non négligeables de l’OITAR pour participer à l’amélioration de l’humanité. De nombreux non maçons sont en recherche de sens et de spiritualité. Notre pratique initiatique, adogmatique, apolitique voulant réenchanter le monde (héritage du projet de mon F Thomas DENICOURT) est un chemin qui peut leur correspondre.

Conclusion

450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à tous les membres de l’OITAR…

LL : MTCSS, MTCFF, vous êtes un maillon de la chaine humaine qui constitue l’OITAR. C’est votre investissement, votre travail, votre quête initiatique de la vérité, qui font briller, rayonner, vivre la flamme de l’OITAR. Le rayonnement de l’OITAR est donc une œuvre collective même si notre chemin maçonnique est individuel. Les valeurs, les idéaux que nous découvrons, que nous développons, transcendent l’individualisme, proclame la fraternité et nous permettent d’acquérir une vision partagée du parcours initiatique. A l’image de mes prédécesseurs, comme un héritage, je m’efforcerai de cimenter les liens qui nous unissent. Cette fraternité favorisera mon élévation spirituelle et favorisera aussi, à votre contact, l’existence d’une aventure enrichissante et innovante.

450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?

LL : C’est avec détermination, mais aussi avec humilité, que je poursuivrais l’œuvre entreprise par mes prédécesseurs, c’est-à-dire le renforcement de nos liens fraternels. Je suis persuadé que nos travaux respectifs mais aussi collectifs dans le respect de nos traditions, sont une source, un point d’appui pour la recherche de la lumière.

C’est la responsabilité de chacun d’entre nous, de faire preuve d’exemplarité et de tolérance.

450.fm : Enfin, quels sont vos projets, maçonniques ou profanes, pour les années à venir ?

LL : C’est continuer ce que je fais dans le monde profane :
Être vecteur de la transmission de valeurs, de traditions et de fraternité, que ce soit dans l’Éducation Nationale, que dans l’Éducation Populaire.

Rendre la tradition vivante dans la bienveillance en étant parfois innovant sur les pratiques. Être actif sur le forum pour y répandre les vérités acquises à la lumière le la loge.

💬 450.fm remercie chaleureusement Laurent Lemaire pour cet entretien fraternel et transparent, qui témoigne de l’engagement profond pour l’OITAR envers ses valeurs fondatrices.

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

L’émission Enquête d’Esprit diffusée sur CNews et Europe 1, produite en lien avec France Catholique, revue chrétienne riche en actualité et en spiritualité pour nourrir sa foi, a récemment consacré un numéro aux « dangers de l’occultisme ». Sous couvert de témoignages et d’analyses, l’émission propose une mise en garde ferme contre toutes les pratiques ésotériques, énergétiques ou spirituelles non chrétiennes : soins énergétiques, Reiki, pendule, tarot, médiumship, littérature New Age, etc.

À travers les interventions du père Guy Emmanuel Cariot* (prêtre exorciste), de Cécilia Rançon (réalisatrice), d’Agnès (ancienne praticienne de soins énergétiques) et d’Adrien Bourg (bibliothécaire), l’Église catholique y expose une vision très claire, et surtout très binaire, de la vie spirituelle. Une vision qu’un franc-maçon ne peut écouter sans se perdre en perplexité, tant elle semble éloignée de l’esprit de tolérance, de recherche intérieure et de quête de la Lumière qui animent la Franc-maçonnerie.

Le récit de l’emprise : une réalité à ne pas nier

Les témoignages présentés sont sincères et parfois poignants. Agnès décrit avec justesse comment une pratique de soins énergétiques, initialement vécue comme bienveillante, a progressivement envahi sa vie, isolé sa famille, généré angoisses, cauchemars et une forme d’obsession. Cécilia Rançon évoque sa propre curiosité juvénile pour les sciences occultes avant de s’en détourner. Ces récits ne sont pas à balayer d’un revers de main : toute pratique spirituelle, qu’elle soit ésotérique ou religieuse, peut se révéler pathologique lorsqu’elle devient addictive, exclusive et qu’elle coupe l’individu de sa vie terrestre.

Mais c’est précisément dans l’interprétation que l’Église réserve à ces phénomènes que le bât blesse profondément.

La réponse de l’Église catholique, apostolique et romaine : une vision manichéenne et réductrice

Pour le père Cariot, exorciste**, la grille de lecture est d’une simplicité radicale : « Tout ce qui ne vient pas de Dieu vient du démon ». Les dons qui ne sont pas ceux du Saint-Esprit seraient donc, par défaut, d’origine diabolique. Le bien apparent procuré par ces pratiques ne serait qu’un appât du Malin pour mieux ligoter l’âme.

Cette vision binaire – Dieu d’un côté, le Diable de l’autre – est typique d’une certaine théologie catholique traditionnelle. Elle nie toute possibilité d’une spiritualité intermédiaire, d’une quête personnelle légitime en dehors du cadre ecclésial. Elle transforme toute expérience spirituelle non chrétienne en une porte ouverte à l’influence maléfique. Qui pis est, elle assimile presque systématiquement la recherche de pouvoirs (guérison, guidance, intuition) à de l’orgueil spirituel (« Vous serez comme des dieux »).

Du point de vue maçonnique, cette approche présente, d’emblée, une difficulté majeure : elle infantilise l’être humain et lui refuse le droit à l’expérimentation spirituelle. Elle remplace la quête individuelle par l’obéissance à une autorité extérieure. Elle transforme la spiritualité en un champ de bataille cosmique où l’individu n’est qu’un pion entre Dieu et le Démon.

La Franc-maçonnerie face à la quête de Lumière

La spiritualité maçonnique repose sur une tout autre conception. Elle ne nie pas l’existence du Mal, ni celle des forces invisibles, mais elle refuse de les essentialiser dans un dualisme simpliste. Le franc-maçon travaille sur sa pierre brute, cherche la Lumière à travers le symbole, le rituel et le travail intérieur. Il sait que la vraie initiation n’est pas l’acquisition de pouvoirs, mais la maîtrise de soi, la tempérance et l’élévation de l’âme.

Contrairement à ce que suggère l’émission, la Franc-maçonnerie n’encourage pas l’occulte au sens de pratiques magiques ou de manipulation de forces surnaturelles. Elle prône plutôt une voie du milieu : pas plus majoritairement un matérialisme athée qu’une crédulité superstitieuse. Elle invite à la prudence, au discernement et à la raison éclairée par l’intuition. Le compas et l’équerre ne servent pas à invoquer des entités, mais à tracer des limites et à construire un temple intérieur.

Là où l’Église voit dans la curiosité spirituelle une menace diabolique, le maçon revendique un droit sacré : celui de chercher la Vérité par soi-même, sans intermédiaire imposé. La Franc-maçonnerie a toujours soutenu la liberté de conscience contre l’autoritarisme dogmatique.

Une stratégie de reconquête plutôt qu’une véritable analyse spirituelle ?

L’émission révèle surtout la profonde inquiétude d’une Église qui voit son influence culturelle reculer face à la montée des spiritualités alternatives. En assimilant tout ce qui n’est pas catholique à de l’occultisme dangereux, elle opère une stratégie classique : créer la peur pour mieux ramener les brebis au bercail.

Les solutions proposées – chapelet, neuvaine à Marie, confession, pèlerinage, recours à un prêtre exorciste – sont parfaitement légitimes pour ceux qui trouvent leur voie dans le catholicisme. Point plus discutable : elles sont présentées comme l’unique issue possible. C’est là que réside le véritable danger intellectuel et spirituel : le refus de la pluralité des chemins.

La Franc-maçonnerie, elle, ne prétend pas détenir l’unique vérité, surtout qu’elle n’en professe pas ! Elle se contente de proposer une méthode de travail sur soi, ouverte à toutes les sensibilités spirituelles ou philosophiques, pourvu qu’elles respectent la liberté d’autrui.

Discerner sans condamner

Il est légitime de mettre en garde contre les dérives sectaires, les emprises psychiques ou les pratiques commerciales déguisées en spiritualité. Certaines personnes se perdent effectivement dans l’ésotérisme mercantile. Mais réduire toute quête spirituelle hors de l’Église à une œuvre du démon relève d’une vision pour le moins réductrice, voire quelque peu obscurantiste…

Le franc-maçon, fidèle à sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » appliquée à la sphère spirituelle, préfère la lumière de la raison, le travail sur soi et la tolérance, plutôt que la peur du Malin. Il sait que la vraie Lumière ne se gagne pas par la soumission à une institution, mais par la conquête patiente et humble de sa propre conscience.

Au lieu de diaboliser l’occultisme dans son ensemble, peut-être faudrait-il d’abord se demander pourquoi tant d’âmes en recherche se tournent aujourd’hui vers ces pratiques ? La réponse se trouve probablement moins dans le « démon » que dans l’absence ou l’inadéquation d’une certaine parole religieuse contemporaine.

La Franc-maçonnerie, école de liberté et de spiritualité symbolique, continue d’offrir une voie exigeante : celle qui enseigne à l’homme à devenir pleinement homme, éclairé par sa propre raison et guidé par sa conscience, sans crainte ni soumission.

Guy-Emmanuel Cariot, Babelio

*Le père Guy-Emmanuel Cariot est prêtre du diocèse de Pontoise, ordonné en 1996. Curé et recteur de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, il s’est fait connaître par un ministère profondément tourné vers l’accompagnement spirituel, la guérison intérieure, la réconciliation et le combat spirituel. Il a notamment été présenté comme prêtre exorciste du diocèse de Pontoise, fonction au titre de laquelle il a reçu de nombreuses personnes en souffrance, avec ce souci pastoral de discerner, d’écouter et de ramener l’épreuve humaine vers la lumière de la foi.

Membre de l’Oratoire de Saint Philippe Neri, il a également exercé des responsabilités auprès des Guides et Scouts d’Europe en France comme conseiller religieux national. Son itinéraire conjugue ainsi la rigueur du ministère sacerdotal, la proximité avec les jeunes et une expérience reconnue de l’accompagnement des âmes.

Auteur de La citadelle imprenable, publié chez Mame en 2020, le père Guy-Emmanuel Cariot propose une lecture concrète du combat spirituel à partir de l’image d’une ville fortifiée. L’ouvrage invite chacun à reconnaître les lieux intérieurs exposés, à fortifier sa vie spirituelle et à comprendre que la véritable libération ne relève ni du spectaculaire ni de la peur, mais d’un chemin de foi, de vérité et de pacification intérieure.

**Dans l’Église catholique, un exorciste est un prêtre mandaté par son évêque pour exercer un ministère particulier de prière, de discernement et de délivrance auprès de personnes qui se disent éprouvées spirituellement. Ce n’est pas un « magicien » ni un guérisseur ni même un personnage spectaculaire. C’est un ministre de l’Église chargé d’agir selon un rituel précis, dans l’obéissance à son diocèse.

La position la plus récente sur la pratique de l’exorcisme dans l’Église catholique

Le droit canonique est très clair. Personne ne peut pratiquer légitimement un exorcisme sur une personne supposée possédée sans une permission particulière et expresse de l’Ordinaire du lieu, c’est-à-dire généralement l’évêque diocésain. Cette mission ne peut être confiée qu’à un prêtre reconnu pour sa piété, sa science, sa prudence et l’intégrité de sa vie. Il faut distinguer deux choses. D’une part, il existe des prières d’exorcisme simples, présentes par exemple dans certains rites baptismaux, qui signifient la libération du péché et l’entrée dans la vie du Christ. D’autre part, il existe le grand exorcisme, beaucoup plus rare, qui concerne les cas où l’Église discerne une possible possession ou influence démoniaque grave. Concrètement, l’exorciste reçoit les personnes, les écoute, prie avec elles, cherche à discerner ce qui relève d’une souffrance spirituelle, psychologique, psychiatrique, familiale ou existentielle. Dans les cas sérieux, il ne travaille pas dans l’improvisation. L’Église insiste sur la prudence, le discernement, la discrétion et le respect du rituel officiel. L’exorciste agit normalement dans son diocèse, sauf dérogation spéciale.

L’Église met aussi en garde contre les personnes qui se prétendent exorcistes sans mandat officiel. Un véritable prêtre exorciste est reconnu par son diocèse. Les personnes non mandatées qui se présentent comme « évêques », « monseigneurs » ou « prêtres exorcistes » et demandent de l’argent doivent susciter la plus grande prudence.

Sources : vatican.va ; Église catholique de France

au delà du mystère de la foi, C’est là, sans doute, un bien plus grand « danger » encore, pour ceux qui préfèrent l’obéissance voire la soumission, en renonçant à un éveil ou à une émancipation spirituels, guidés par un authentique et libre chemin de conscience..

Le feu et la couronne : le 33e degré du REAA

Pourquoi ai-je écrit cet ouvrage ?

Le rituel du trente-troisième ajoute à tous les enseignements contenus dans les grades précédents un enseignement particulier, qui apporte la lumière la plus vive sur les principes, les moyens et ce qui pourrait être la finalité de ce rite. C’est ici seulement que se trouve, dans son intégrité, le fameux « Secret Maçonnique » mais pas le « secret » tout court, on y reviendra à la fin !

On a publié fort peu de livres sur ce trente troisième degrés. Ceux qui existent se gardent naturellement de donner l’explication entière du grade, beaucoup trop secrète pour être confiée à une indiscrétion du papier.

De plus, tout insignifiant qu’ils sont, ces livres restent, comme exceptionnels qu’ils sont aussi, scrupuleusement enfermés, sous triple clé, dans les coffres-forts les plus secrets des Suprêmes Conseils, sauf à être soi-même Souverain Grand Commandeur, ce qui est le cas de l’Auteur.

Écrire sur le 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) peut sembler audacieux, voire présomptueux. Ce degré, souvent enveloppé de mystère, d’honneurs et de solennité, suscite à la fois fascination et réserve. Pourtant, c’est précisément cette tension entre lumière et silence qui m’a poussé à prendre la plume.

Contrairement à ce qui est généralement répandu par les « sachant » ce degré est profondément symbolique et philosophique. Il ne s’agit pas simplement d’un titre honorifique, administratif comme il est courant de le dire, mais d’un engagement à incarner les valeurs les plus élevées du REAA.  Il repose sur une tension entre la réalité imparfaite et l’idéal moral à atteindre. Il invite à dépasser les contradictions du monde pour incarner la justice, la sagesse et la vérité.

Ce degré mobilise des archétypes puissants, devoir, justice, amour, pouvoir, qui renvoient à des questionnements philosophiques profonds sur la condition humaine. Le Souverain Grand Inspecteur Général est censé être un guide, un modèle de vertu et de discernement, capable de juger avec équité et de transmettre les valeurs du rite.

Ce livre n’est pas un manuel, encore moins une révélation interdite par la bien-pensance maçonnique. C’est le fruit d’un cheminement, long, exigeant, parfois douloureux, de transgressions à travers les degrés du REAA, jusqu’à son sommet symbolique. Si j’ai décidé d’écrire sur le 33e degré, ce n’est ni pour en dévoiler les arcanes, ni pour le sacraliser à outrance, mais pour en partager la portée humaine, philosophique et spirituelle.

Le 33e degré n’est pas une fin. Il est, à mes yeux, un commencement : celui d’une autre manière d’être au monde, d’assumer ses engagements, de comprendre le pouvoir et le service, la justice et la paix. Il ne consacre pas une élite, il exige une responsabilité. Il ne donne pas un titre, il rappelle une mission.

A ce degré, il ne s’agit plus seulement de recevoir,  il s’agit aussi de transmettre.

À travers ces pages, je souhaite proposer une lecture vivante, incarnée, respectueuse de la tradition mais ancrée dans notre temps. Je m’adresse autant au Franc-maçon qu’au chercheur sincère, aux sœurs et aux frères de tous degrés qui revivront le processus initiatique qu’à celui qui regarde le temple de l’extérieur.

Ce livre est une tentative de dialogue, non un monologue docte.

De nombreux observateurs et francs-maçons eux-mêmes constatent que l’avenir de la franc-maçonnerie semble s’orienter vers une quête spirituelle, délaissant peu à peu les engagements politiques ou syndicaux qui ont marqué et encore, certaines obédiences dans le passé.

Et après !

En somme, pour un chrétien, « au-delà du 33e degré » ne signifie pas un grade caché, mais une invitation à vivre la grâce, à dépasser les formes pour atteindre l’essence : la communion avec le divin. C’est là que l’initiation devient contemplation, et que le rituel devient prière.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) s’arrête officiellement au 33ᵉ degré, qui est celui de « Souverain Grand Inspecteur Général ». Il représente l’aboutissement du parcours initiatique maçonnique dans ce rite.

Il n’existe pas, dans la structure formelle du REAA, de degré supérieur reconnu au-delà du 33ᵉ.

Cependant, certaines spéculations ou traditions ésotériques évoquent des chemins spirituels parallèles ou complémentaires, parfois qualifiés de « voies secrètes » ou « initiations intérieures », qui ne sont pas codifiées dans les rituels officiels mais qui peuvent être explorées dans des cercles très restreints ou dans des lectures symboliques.

Il est important de noter la dimension chrétienne dans les hauts grades du REAA

Les degrés supérieurs du REAA, notamment du 15ᵉ au 33ᵉ, intègrent des éléments issus de la tradition judéo-chrétienne, de la symbolique johannique (Évangile de Jean, Apocalypse) et de la chevalerie chrétienne liée aux Templiers.

– Certains grades comme le 18ᵉ (« Chevalier Rose-Croix ») sont profondément marqués par une spiritualité chrétienne mystique, évoquant la résurrection, la lumière du Christ, et la rédemption.

Au-delà du 33 degré : mythe ou réalité ?

– Il n’existe aucun degré officiel au-delà du 33ᵉ dans le REAA. Toutefois, certains courants ésotériques parlent d’initiations intérieures, parfois appelées « degrés invisibles » ou « degrés de conscience », qui ne sont pas transmis par des rituels mais par une expérience spirituelle personnelle.

– Ces voies sont souvent liées à des traditions hermétiques, gnostiques ou mystiques chrétiennes, et peuvent inclure des pratiques de méditation, de prière contemplative, ou d’étude des textes sacrés.

Le travail de Raoul Berteaux sur la symbolique des degrés supérieurs du REAA est une excellente porte d’entrée pour comprendre les fondements spirituels et mythiques du rite.

Le blog de Jean-François sur la spiritualité universelle du REAA aborde aussi la diversité des croyances et la tolérance dans le chemin initiatique.

Chercher une voie chrétienne plus profonde ou secrète, il se pourrait que ce ne soit pas une question de degré, mais de transformation intérieure.

Et ça, c’est un chemin que seul le cœur peut mesurer.

Le terme « l’ultime degré » peut évoquer plusieurs choses selon le contexte, mais dans les sphères ésotériques et initiatiques, il prend une signification particulièrement profonde.

Dans la franc-maçonnerie, notamment au sein du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), les derniers degrés, comme le 31e, 32e et 33e,  sont appelés les ultimes degrés de vaillance et de sagesse. Ils représentent l’aboutissement d’un long cheminement spirituel et symbolique. Ces degrés ne sont pas simplement honorifiques : ils incarnent une synthèse des enseignements précédents et une quête vers l’unité, la vérité et la lumière.

Symboliquement, atteindre « l’ultime degré » signifie franchir les dernières étapes d’un parcours initiatique. Cela peut être vu comme :

– Une élévation vers la connaissance suprême

– Une intégration complète du corps et de l’esprit dans une démarche de perfection

– Une reconnaissance de la sagesse acquise et du pouvoir de transmettre cette vérité

La Grande Loge Féminine d’Argentine a mis en lumière l’excellent travail des Francs-maçons de Santiago del Estero

De notre confrère argentin elliberal.com.ar

Elle a mis en lumière le travail du triangle maçonnique « Olimpia Righetti », déjà actif au sein du temple situé dans le quartier de Los Flores, au sud de la capitale. ENTRETIEN EXCLUSIF avec la Grande Maîtresse María Elena Castillo, par EL LIBERAL. Un discours clair et percutant sur le rôle des femmes en franc-maçonnerie.

« Ils sont audacieux, dynamiques, intellectuels, attachés à leur territoire et à leur époque, et ils s’engagent dans ce grand effort bénévole, car la franc-maçonnerie est un effort bénévole. Santiago del Estero dispose aujourd’hui d’un terreau fertile avec les membres de l’« Olimpia Righettii ». »

La Grande Maîtresse María Elena Castillo – Très Sérénissime Grande Maîtresse de la Grande Loge des Femmes d’Argentine, s’est entretenue sans les réseaux sociaux avec EL LIBERAL.

C’est la Grande Maîtresse María Elena Castillo , Très Sérénissime Grande Maîtresse de la Grande Loge des Femmes d’Argentine, qui exprime ce point de vue concernant le rôle des femmes franc-maçonnes du Triangle maçonnique « Olimpia Righetti » . La loge « Olimpia Righetti » est déjà installée dans le temple de la Grande Loge d’Argentine des Francs-Maçons Libres et Acceptés, situé dans le quartier de Los Flores, au sud de la capitale.

Dans un entretien exclusif accordé à EL LIBERAL via Zoom, Castillo a détaillé le rôle des femmes franc-maçonnes au Portugal. Elle a également souligné qu’en ces temps de polarisation, la franc-maçonnerie « est un espace de tolérance, de dialogue et d’épanouissement, auquel les femmes peuvent désormais participer ».

– Comment avez-vous observé le travail accompli par les femmes franc-maçonnes dans cette province lors de votre récente visite à Santiago ?

Je suis immensément fière du groupe de femmes qui composent le nouvel espace maçonnique créé à Santiago del Estero, le Triangle maçonnique « Olimpia Righetti », premier espace maçonnique établi par la Grande Loge des Femmes d’Argentine dans cette juridiction. Je les crois audacieuses, curieuses et intellectuelles, profondément attachées à leur région et à son histoire, et engagées dans cette belle aventure de bénévolat, car la franc-maçonnerie est par essence un engagement volontaire. Nous consacrons une partie de notre vie et de nos connaissances à notre développement personnel et au bien-être de nos communautés. De ce point de vue, le groupe est dynamique et prometteur pour la croissance de l’institution, ainsi que pour le travail que chaque membre accomplit dans sa profession, son domaine d’expertise, etc. Je suis donc convaincue que Santiago del Estero dispose aujourd’hui d’un terreau fertile grâce aux membres d’« Olimpia Righetti », et qu’elles sauront assurément se développer et se multiplier harmonieusement, à l’image de la Grande Loge des Femmes d’Argentine. Nous devons consolider les espaces par le renforcement et la formation, non pas en formulant simplement des projets vides, mais bien au contraire.

– Quel rôle jouent les femmes franc-maçonnes dans la société argentine actuelle ?

Notre rôle est celui d’une participation active dans tous les espaces où nous sommes présentes. La franc-maçonnerie féminine n’a pas une histoire institutionnelle aussi longue que la franc-maçonnerie traditionnellement masculine. Nous, les femmes, sommes conscientes d’être des actrices du changement, des piliers de la construction d’un tissu social qui nous permette de former des citoyennes. De ce point de vue, chacune d’entre nous, dans sa sphère d’activité respective, participe activement à l’exercice de la responsabilité civique – une responsabilité propre à chaque sphère. Que ce soit au sein de nos domaines d’expertise, de nos organisations, de nos municipalités, de nos syndicats ou de nos établissements scolaires, nous sommes conscientes que la participation des femmes est fondamentale, car nous représentons 52 % de la société. En quelque sorte, nous sommes l’autre moitié de la société, longtemps restée invisible.

– Ainsi rompent-ils avec les préjugés, laissant de côté cette crainte d’être stigmatisés parce qu’ils sont francs-maçons, une crainte qui englobe tout un mysticisme ?

Il est clair que la franc-maçonnerie, dans notre pays, reste stigmatisée et souffre d’une mauvaise réputation. Cela est principalement dû à une méconnaissance de notre institution par le public. Cette méconnaissance engendre une série de préjugés dénigrants à son égard dans l’imaginaire collectif. En réalité, la franc-maçonnerie est une organisation de la société civile, enregistrée et soumise à la juridiction et au contrôle des lois de la République.

– Pourquoi avez-vous l’impression que c’est encore stigmatisé d’une certaine manière ?

Ce manque de compréhension conduit certaines personnes, dans certaines régions, à nous qualifier de sectes ou de groupes antireligieux, nous accusant de pratiquer des rituels sataniques. Tout cela est totalement faux. Pourquoi ? Parce que, comme nous l’avons mentionné, il existe un manque de compréhension, lequel découle de la perception, longtemps ancrée, que la franc-maçonnerie est une organisation totalement secrète. En réalité, la franc-maçonnerie cultive la liberté de pensée. Or, la liberté de pensée est une subjectivité qui ne se soumet à aucune idéologie, autorité ou forme d’asservissement, ce qui permet d’exercer pleinement sa pensée et son libre arbitre. Par conséquent, la présence d’un libre penseur crée un malaise au sein des communautés. Nous sommes encore confrontés à une forte stigmatisation, à des préjugés et, d’une certaine manière, à de l’hostilité. Nombre de nos membres travaillent au sein de l’institution, y sont actifs, mais ne s’identifient pas ouvertement comme tels. Et lorsque nous avons ouvert notre premier atelier à l’intérieur du pays, à Mendoza en 2009, ils ont tout au plus exigé de nous brûler vifs. Et cela remonte à moins de vingt ans.

Craintes et réalités de la franc-maçonnerie féminine

Castillo a affirmé : « Nombre de femmes franc-maçonnes œuvrent dans l’ombre pour éviter la persécution et les préjugés, et pour ne pas perdre leur emploi, leur réputation et leur honneur, car ce choix reste encore incompris et mal accepté. Je crois que le fait que certains groupes, notamment ceux liés à la religion, nous perçoivent comme une menace joue également un rôle important. La franc-maçonnerie est loin de manifester un respect fervent des convictions religieuses de ses membres. Néanmoins, elle défend avec vigueur la nécessité de promouvoir des États laïques qui respectent toutes les croyances et toutes les absences de croyances, car l’État se doit de représenter chacun de nous de manière impartiale. »

Castillo : « C’est un espace de tolérance, de dialogue. »

Castillo a souligné qu’en ces temps de division, la franc-maçonnerie « est un espace de tolérance, de dialogue et de progrès, auquel les femmes peuvent désormais participer. La franc-maçonnerie renforce la démocratie et les principes républicains car elle contribue à la coexistence pacifique de tous ses membres et place l’harmonie nationale au-dessus de tout. Elle est la grande agora, l’espace de construction du consensus, l’opportunité de bâtir un tissu social diversifié, pluraliste et collectif, dont l’axe fondamental est le progrès de l’humanité fondé sur la dignité. Aujourd’hui, la franc-maçonnerie a l’occasion de démontrer qu’elle est une institution pertinente pour construire le présent et l’avenir, pour créer une nation prospère, diverse, pluraliste, fédérale, juste, égalitaire et souveraine. »

Le Druidisme, ou la sagesse retrouvée des clairières

Avec Le Druidisme, Morgane Camiret rend à une tradition trop souvent réduite à l’imagerie sa véritable hauteur spirituelle. Elle y restaure une voie de connaissance où la nature, le nombre, le symbole, la parole et la transmission composent une même quête d’équilibre. Un ouvrage dense, habité, qui intéressera autant les chercheurs de mémoire que les lecteurs sensibles aux chemins initiatiques.

Il est des livres qui ne se contentent pas d’informer mais qui redressent un paysage intérieur. Le Druidisme – Origines, philosophie et pratiques d’une tradition antique appartient à cette famille.

Morgane Camiret y accomplit un travail de restitution au sens le plus noble du terme

Elle arrache le druidisme à la brume des caricatures, aux rêveries approximatives, aux reconstructions hâtives, pour lui rendre sa densité de tradition, sa rigueur de discipline, sa profondeur de voie spirituelle. Ce qu’elle nous donne à lire n’est pas un folklore des forêts anciennes, encore moins un assemblage de motifs séduisants pour sensibilités en mal d’enracinement. Elle nous restitue une structure de pensée, une ascèse, une vision du monde fondée sur la connaissance, la hiérarchie du savoir, la transmission et l’accord patient de l’être avec les lois du cosmos.

Cette restitution est précieuse parce qu’elle procède d’une double fidélité

Fidélité du travail intellectuel d’abord, nourri d’histoire, de philosophie, de littérature et d’histoire de l’art. Fidélité initiatique ensuite, puisée dans un long compagnonnage avec la tradition druidique. À chaque page, nous sentons que Morgane Camiret n’écrit pas depuis une curiosité extérieure mais depuis une proximité vécue. Son écriture demeure claire sans dissiper le mystère. Elle expose sans profaner. Elle éclaire sans rabattre. Cet équilibre donne à l’ouvrage sa tenue la plus remarquable.

L’un de ses mérites majeurs consiste à rappeler qu’aucune authenticité spirituelle ne relève de l’improvisation

Le druide n’y apparaît jamais comme une figure décorative, ni comme l’emblème commode d’un retour imaginaire à la nature. Il est un être formé, éprouvé, instruit, lentement façonné par l’étude, par la mémoire, par l’expérience et par une discipline de soi. Cette insistance sur la durée, sur l’apprentissage, sur la nécessité d’une transmission légitime, donne au livre une portée qui dépasse largement son objet apparent. Toute tradition initiatique sérieuse reconnaît là son propre langage. La lumière n’est pas un ornement. Elle engage une conversion. Le savoir n’est pas accumulation mais transformation. En cela, le livre de Morgane Camiret touche profondément le lecteur maçon, familier de cette idée que l’être ne s’élève qu’à proportion du travail qu’il accepte sur lui-même.

Le druidisme que l’auteure met au jour ne vit pas dans l’isolement d’une singularité close

Il s’inscrit dans une vaste famille de sagesses anciennes. Les rapprochements qu’elle tisse avec le monde grec, avec Platon, avec Pythagore, avec les visions cosmologiques fondées sur l’harmonie et la proportion, n’ont rien d’un syncrétisme de facilité. Ils dessinent des parentés de structure. Le monde y apparaît comme un ordre vivant, traversé de correspondances, de rythmes, de rapports invisibles entre les plans de l’être. Le visible ne s’y oppose jamais à l’invisible. Il en procède. Il le révèle. Il en porte la trace. Cette intuition est capitale. Elle restitue au druidisme sa hauteur philosophique et sa portée métaphysique. Elle rappelle aussi que les traditions anciennes ne séparaient pas la science du symbole, la poésie de la connaissance, la contemplation de l’observation du réel.

Œuf cosmique

C’est dans cette cohérence qu’il faut lire les pages consacrées à l’Œuf cosmique, aux alphabets sacrés, au Colbren y Berdd, à l’ésotérisme des sons, à l’Harmonia Mundi, au Nombre d’Or, aux énergies vibratoires ou encore à la magie des pierres.

Sous la plume de Morgane Camiret, ces thèmes ne deviennent jamais des curiosités ésotériques offertes à la fascination

Ils s’ordonnent dans une architecture. Les lettres ne servent pas seulement à noter la parole. Elles ouvrent des seuils. Les sons ne sont pas de simples émissions vocales. Ils portent des qualités vibratoires et des puissances d’orientation. Les pierres ne sont pas des masses inertes. Elles conservent, polarisent, transmettent. L’univers tout entier devient ainsi lisible comme un tissu de résonances. Nous retrouvons là, sous une forme celtique, des intuitions qui rejoignent l’hermétisme, certaines méditations de la Kabbale, la science symbolique des bâtisseurs et, plus profondément encore, toute tradition pour laquelle le monde est un livre sacré offert à une lecture intérieure.

Le lecteur initié reconnaîtra aussi, dans cette vision, une proximité profonde avec la sensibilité maçonnique.

Non qu’il faille forcer les analogies, mais parce que certaines constantes apparaissent avec évidence

Le respect des degrés, la transmission orale, la hiérarchie des fonctions, le lien entre connaissance et rectification de l’être, la centralité du symbole, le rôle du lieu consacré, tout cela compose une grammaire familière. La forêt druidique, dans sa dimension la plus haute, répond au Temple comme espace orienté de transformation. La pierre, l’arbre, la source, le rythme des saisons et la parole mesurée forment autant d’images d’un apprentissage de la justesse. Le druidisme, tel que Morgane Camiret le présente, nous rappelle que l’initiation ne consiste jamais à s’arracher au monde mais à l’habiter selon une intelligence plus profonde, plus accordée, plus fraternelle avec le vivant.

Le livre est également traversé par une méditation très juste sur la mémoire des peuples

L’inconscient collectif, les survivances symboliques, la géographie sacrée, les sites druidiques et la persistance des formes anciennes dans les sensibilités contemporaines montrent que l’auteure pense la tradition comme une présence continue, parfois voilée, jamais tout à fait abolie. Les racines poursuivent leur œuvre bien après la chute visible du tronc. Une telle pensée de la permanence souterraine donne à l’ouvrage sa gravité la plus émouvante. Elle nous rappelle que les civilisations ne meurent pas entièrement lorsque leurs sanctuaires sont détruits. Quelque chose subsiste dans la langue, dans les rythmes, dans les paysages, dans les rêves, dans les gestes. C’est peut-être là que réside l’une des plus belles leçons de ce livre.

Une tradition n’est vivante que si des veilleurs savent encore en reconnaître la braise sous la cendre.

Morgane Camiret apporte à cette œuvre une légitimité singulière

Morgane Camiret – source Éd. Atlantes

Formée dans des universités britanniques et françaises en littérature, philosophie analytique, histoire et histoire de l’art, elle conjugue une vaste culture à une authentique expérience de transmission. Enseignante et auteure, elle a publié des essais consacrés à l’histoire des croyances, aux peuples anciens et à l’art, ainsi que des romans historiques. Son parcours au sein de la Clairière de l’Ambre, après de longues années de maturation et d’étude, éclaire d’une lumière particulière ce livre où la connaissance acquise ne cherche jamais à dominer mais à transmettre. Chez elle, l’érudition n’est pas un surplomb. Elle devient hospitalité.

Ce volume mérite donc d’être salué pour ce qu’il accomplit réellement

Il rend au druidisme sa noblesse intellectuelle, sa verticalité spirituelle, son épaisseur symbolique. Il rappelle que le sacré ne relève ni du divertissement ni de l’impatience identitaire. Il demande de l’humilité, de la patience, une fidélité au temps long et le consentement à être transformé par ce que l’on cherche. Dans une époque qui confond volontiers expression de soi et voie intérieure, Morgane Camiret oppose la belle austérité d’une tradition où l’homme ne grandit qu’en se mettant à l’écoute d’un ordre plus haut que lui. C’est cette exigence qui fait la valeur de son ouvrage. C’est aussi elle qui lui donne sa lumière durable.

Parce qu’il unit l’étude à la ferveur, la mémoire à la pensée, la nature au symbole et le visible à l’invisible, Le Druidisme laisse dans l’esprit une impression de rectitude rare. Il ne flatte ni les nostalgies ni les impatiences. Il rappelle, avec une force paisible, que toute sagesse véritable commence lorsque nous acceptons enfin de servir ce qui nous dépasse.

Le Druidisme – Origines, philosophie et pratiques d’une tradition antique 

Morgane Camiret – Druide Becolloudios (préf.) – Grancher, coll. ABC Spiritualité-Religion, 2026, 176 pages, 16,50 € / L’éditeur, le SITE