Accueil Blog Page 26

« Le Gaïanisme – Un nouvel humanisme » de Frédéric Vincent – quand la Terre vivante recompose le sacré

Et si la crise écologique révélait moins une panne de nos techniques qu’un épuisement de notre manière d’habiter le monde ? Frédéric Vincent prend au sérieux cette hypothèse et observe, sous le nom de gaïanisme, la formation d’une sensibilité où la Terre cesse d’être un objet extérieur livré à l’usage humain pour devenir une totalité vivante et relationnelle. Entre l’hypothèse Gaïa de James Lovelock, la pensée écologique, les cosmologies anciennes, les spiritualités postmodernes et les engagements climatiques, son livre décrit une mutation du sacré qui ne se laisse enfermer ni dans la religion instituée ni dans la seule philosophie de l’environnement.

Pour le lecteur maçonnique, la question touche au cœur du travail initiatique, car elle oblige à déplacer la mesure de l’homme et à demander si la construction du Temple intérieur peut encore s’accomplir dans l’oubli de la Terre qui nous porte.

La Terre cesse d’être un objet lorsque notre regard accepte d’entrer en relation

Le point de départ demeure l’hypothèse Gaïa élaborée par James Lovelock (1919-2022) dans les années 1970. La planète y apparaît comme un système autorégulé, quasi organique, dont les interactions tendent à maintenir les conditions favorables à la vie. Frédéric Vincent suit cependant moins l’histoire d’une théorie scientifique que le destin imaginaire d’une idée. Dès que la Terre n’est plus perçue comme une matière inerte mais comme un ensemble vivant, le rapport humain au monde se modifie. Lynn Margulis, par ses travaux sur la symbiose et par sa lecture de Gaïa, contribue à cette transformation en rappelant que l’humain n’existe pas hors de la nature, mais au sein d’un tissu de relations biologiques et symboliques. Une proposition scientifique change alors de registre lorsqu’elle nourrit une vision du monde, une sensibilité et parfois une spiritualité.

Frédéric Vincent ne confond pas sans précaution la science et le mythe.

James_Lovelock_in_2005

Il observe la zone de contact où une hypothèse scientifique devient matrice culturelle, où la cosmologie rencontre l’écologie et où la crise climatique réveille des formes anciennes de sacralité. La question n’est pas de savoir si la planète possède une conscience comparable à la nôtre, mais de mesurer ce qui advient lorsque des femmes et des hommes se vivent comme membres d’un organisme plus vaste qu’eux-mêmes. La Terre devient alors moins une chose à administrer qu’une relation à habiter.

Le mythe du progrès se fissure lorsque l’homme découvre qu’il n’est pas extérieur au vivant

Le gaïanisme décrit par Frédéric Vincent naît d’une rupture avec l’imaginaire occidental de la maîtrise. L’auteur le confronte à l’hyperrationalisme moderne, au désenchantement et à la conviction selon laquelle le progrès humain devait se confondre avec l’extension de notre pouvoir sur la nature. Philippe Descola, Eduardo Viveiros de Castro, Isabelle Stengers, Vinciane Despret et Bruno Latour accompagnent ce déplacement ontologique. La séparation entre nature et culture cesse d’être tenue pour l’horizon indépassable de toute pensée et d’autres cosmologies redeviennent intelligibles.

Terre-Mère – Pachamama

Ce mouvement éclaire la place du mythe de la Terre-Mère, de Pachamama, des survivances animistes, des sensibilités néopaïennes et de certaines formes de spiritualité écologique. Frédéric Vincent ne les fond pas dans un système unique. Il montre leur proximité autour d’une intuition commune, celle d’un monde animé dont l’être humain ne saurait s’extraire sans mutiler sa propre condition. La nature ne se tient plus au-dessous de l’humain comme un réservoir de ressources. L’homme retrouve sa place dans un ordre de relations et de réciprocités. Une difficulté demeure pourtant. Toute réhabilitation du mythe devient ambiguë si la puissance symbolique de Gaïa se transforme en vérité littérale. Le mythe peut réorienter l’existence sans devenir une explication scientifique du monde. La vigilance critique reste inséparable de sa fécondité spirituelle.

Une religion sans Église peut-elle donner une forme commune au sacré

Frédéric Vincent avance l’idée d’une religiosité implicite, diffuse et postconfessionnelle, qui repose moins sur l’obéissance dogmatique que sur la reliance. Le gaïanisme ne possède ni clergé central, ni credo unique, ni institution comparable aux grandes traditions historiques. Il se reconnaît plutôt dans une constellation de pratiques, de récits, d’images et d’engagements. Rituels de reconnexion à la Terre, méditations, marches, offrandes symboliques à la nature, festivals éco-spirituels ou certaines formes de militantisme composent un paysage où l’expérience subjective compte davantage que l’orthodoxie.

Le gaïanisme circule dans des réseaux écologistes, des communautés alternatives, certains courants néopaïens, l’écoféminisme et des mobilisations contemporaines. Des organisations telles que Deep Ecology Network ou Extinction Rebellion peuvent accueillir une éthique proche de Gaïa sans adopter de doctrine religieuse. Le phénomène ressemble moins à une confession qu’à une grammaire commune permettant de penser la Terre comme totalité vivante et de traduire cette représentation en gestes ou en engagements.

La référence à Michel Maffesoli et à la « communion émotionnelle » aide à comprendre ce régime de croyance. La communauté ne se constitue plus toujours par l’adhésion à un corpus, mais par une expérience partagée, une sensibilité et des symboles. Une fragilité conceptuelle apparaît ici. Si le mot gaïanisme accueille trop largement l’écologie spirituelle, l’écoféminisme, les pratiques alternatives et certaines formes de militantisme, il risque de perdre en précision ce qu’il gagne en pouvoir descriptif. Cette hésitation révèle aussi la nature d’un phénomène encore diffus et en cours de cristallisation.

Les religions établies rencontrent Gaïa entre prudence, dialogue et résistance

Frédéric Vincent ne présente pas le gaïanisme comme le successeur des religions historiques. La confrontation avec le christianisme, le judaïsme, l’islam et le bouddhisme fait apparaître des zones d’accord et des lignes de fracture. Dans le christianisme, l’attention portée à la Création peut favoriser le dialogue, mais la personnification de la Terre ou sa sacralisation soulèvent une difficulté théologique lorsque la créature semble prendre la place du Créateur. Le judaïsme offre une éthique de la Création tout en maintenant une prudence envers toute divinisation du monde. L’islam peut accueillir une conception de la nature comme création divine confiée à la responsabilité humaine, tandis que le culte de la Terre demeure incompatible avec l’unicité divine. Le bouddhisme se montre plus aisément compatible avec une vision interdépendante du vivant, sans se confondre avec le gaïanisme.

La nouveauté ne réside donc pas dans l’apparition soudaine d’un sacré écologique. Les traditions religieuses possèdent depuis longtemps des ressources pour penser la mesure et la responsabilité envers le monde créé. Le gaïanisme déplace plutôt le centre de gravité et fait de la relation à la Terre l’un des foyers de la vie spirituelle.

Pour le Franc-Maçon, la Terre vivante devient une école de mesure

La lecture initiatique du livre naît de la question même de l’interdépendance. Le Franc-Maçon apprend que la construction de soi n’est jamais une entreprise solitaire. La pierre se taille dans un chantier commun, la liberté se règle par la responsabilité et le perfectionnement intérieur n’acquiert de sens que s’il transforme notre rapport aux autres. Frédéric Vincent élargit cette logique à la communauté du vivant. Si l’humain appartient à Gaïa, la responsabilité maçonnique ne peut plus s’arrêter aux portes du Temple ni aux frontières de l’espèce.

L’équerre peut rappeler la rectitude de nos actes envers le vivant, tandis que le compas retrouve sa fonction de mesure face au désir illimité de possession et de croissance. Il serait maladroit de baptiser maçonniquement le gaïanisme ou de substituer Gaïa au Grand Architecte ou à toute autre figure transcendante. La fécondité se situe ailleurs. Le livre oblige à demander quelle forme prend la fraternité lorsque la maison commune elle-même devient partie prenante de notre devoir. Le passage des ténèbres à la Lumière pourrait désigner aussi la sortie d’un aveuglement anthropocentrique, lorsque l’initié découvre que travailler à l’humanité suppose de ne plus traiter le vivant comme un dehors silencieux.

Connaître ne signifie pas accumuler des savoirs, mais transformer sa manière d’être. La conversion du regard engage le corps, les habitudes, le désir et la conduite. Le gaïanisme, lorsqu’il demeure critique et non dogmatique, peut être lu comme une école contemporaine de cette conversion.

Un nouvel humanisme ne peut naître qu’en renonçant à l’humanisme de domination

Le sous-titre du livre porte son enjeu le plus ambitieux. Parler d’un nouvel humanisme pourrait sembler paradoxal au moment où le gaïanisme conteste la centralité humaine. Frédéric Vincent assume cette tension. L’humanisme qu’il dessine ne célèbre plus l’homme comme maître d’un monde disponible. Il redéfinit la dignité humaine par la capacité à reconnaître des dépendances, à répondre de ses actes et à consentir à la limite. La crise écologique devient une crise de civilisation et une crise spirituelle. Elle révèle la pauvreté d’un rapport au réel fondé sur l’exploitation, la séparation et l’oubli des liens.

Bruno Latour, Donna Haraway et Edgar Morin donnent à cette réflexion une portée politique.

Gaïa n’est pas seulement une image intérieure. Elle devient un sujet de débat collectif. Comment gouverner lorsque la planète cesse d’être un arrière-plan et devient une condition active de toute décision humaine ? Comment articuler l’éthique écologique, la justice sociale, les générations futures et la pluralité des cosmologies ? Le gaïanisme oblige à replacer ces conflits dans un horizon plus vaste que la souveraineté humaine.

Frédéric Vincent
Frédéric Vincent

Frédéric Vincent, psychanalyste d’inspiration jungienne et docteur en sociologie, travaille sur les liens entre imaginaire, spiritualité et mutations sociales. Fondateur de la Maison de l’inconscient chrétien, il a notamment publié Le Complexe de Gaïa et Exercices maçonniques. Cette double attention au symbolique et au social explique la singularité de son approche. Gaïa n’y demeure jamais une croyance privée, car l’auteur examine la manière dont un imaginaire devient forme de vie puis langage politique.

Reste une question que le texte a le mérite de ne pas fermer

Le gaïanisme deviendra-t-il une religion identifiable, restera-t-il une spiritualité de transition, ou se diffusera-t-il dans nos cultures jusqu’à perdre son nom en transformant pourtant nos pratiques ? L’avenir décidera peut-être moins de l’existence d’une nouvelle Église que de notre aptitude à inventer une nouvelle alliance. Le véritable seuil se situe là, dans le passage d’une Terre possédée à une Terre reconnue, d’un monde exploité à un monde habité, d’une humanité souveraine à une humanité responsable. Pour le Franc-Maçon comme pour tout chercheur de sens, la question devient intérieure autant que collective. Que vaut la construction de l’homme si elle laisse s’effondrer la demeure du vivant ?

Le Gaïanisme – Un nouvel humanisme

Frédéric Vincent 6 Éditions Dervy, coll. Regards sur les nouvelles spiritualités, 2026, 112 pages, 9,90 €, édition numérique 6,99 € / Dervy, le SITE

Au Sénat, les radicalités religieuses placées face au miroir de la démocratie

6

Réunis le 14 septembre 2026 au Palais du Luxembourg à l’initiative d’EGALE, sous le patronage de Maryse Carrère, sénatrice et présidente du groupe RDSE, chercheurs, élus, essayistes et acteurs associatifs ont interrogé les formes contemporaines de radicalité religieuse, leurs relais numériques, financiers et politiques, ainsi que les réponses que la République peut leur opposer sans renier la liberté de conscience. La journée fut dense, parfois rugueuse, traversée de désaccords réels. Elle eut surtout le mérite de rappeler qu’une démocratie ne se protège ni par l’aveuglement ni par la stigmatisation, mais par le droit, l’éducation, le pluralisme et la capacité de nommer les difficultés.

Martine Cerf, vice-présidente d’EGALE1, a donné d’emblée le ton. La question ne pouvait plus se limiter à la seule laïcité. Il fallait interroger la démocratie elle-même lorsque des convictions religieuses cherchent à devenir des programmes politiques ou lorsque des mouvements organisés investissent les institutions. Le point de départ était donc moins la croyance que sa mutation possible en volonté de pouvoir. La liberté de croire ou de ne pas croire demeure entière. Le problème surgit lorsque la conviction particulière prétend commander la règle commune.

Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherche au CNRS, a fourni la grille d’analyse la plus structurante. La radicalisation, a-t-elle expliqué, constitue un processus de rupture et non un état soudainement apparu. Elle peut conduire à rompre avec les proches, les habitudes et les institutions, tout en promettant à la personne fragilisée une place, une dignité et parfois le sentiment de participer à une mission supérieure. Elle a distingué le fondamentalisme, retour littéral aux sources religieuses, de l’intégrisme, qui transforme cette référence en projet politique. Surtout, elle a insisté sur le rôle du numérique, accélérateur d’emprise capable d’offrir à toute heure des réponses immédiates à ceux qui vivent l’isolement ou la recherche identitaire.

Son analyse des phases de radicalisation a prolongé ce constat. La séduction vient d’abord, avec la promesse d’être enfin reconnu. Puis arrivent les signes de transformation et le prosélytisme. Enfin peut venir la dissimulation. Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherche au CNRS, a également relié ces phénomènes à la question du rapport entre les femmes et les hommes. Dans plusieurs radicalités, la hiérarchie des sexes reçoit une justification religieuse qui prétend soustraire l’inégalité à la discussion humaine.

Jean-Marc Isral, journaliste, spécialiste des questions de santé et membre fondateur d’EGALE, a ensuite modéré une première table ronde consacrée aux formes concrètes de l’influence religieuse. Alain Vivien, ancien président de la Mission contre les dérives sectaires, a rappelé la divergence entre les conceptions française et américaine de la liberté religieuse. Il a placé la liberté de penser avant la liberté religieuse elle-même et évoqué les pressions diplomatiques américaines exercées au nom d’une conception extensive de cette liberté sur des États européens engagés dans la surveillance de certains mouvements.

Adrien Antoniol, du CIERL à Bruxelles, s’est penché sur les réseaux de financement et d’influence liés au projet Périclès ainsi que sur la concentration croissante de moyens médiatiques, éducatifs et éditoriaux entre les mains de fortunes engagées dans une bataille culturelle assumée. L’intervention a conduit vers une question centrale. Que devient le pluralisme lorsque la même puissance économique peut financer des écoles, soutenir des associations, posséder des médias et orienter une politique éditoriale. La question touche directement à l’égalité d’accès au débat démocratique.

Milène Coitoux, professeure de Lettres, et Martine Cerf, vice-présidente d’EGALE, ont présenté un vaste panorama des églises évangéliques. Leur exposé a rappelé leur diversité, leur dynamisme missionnaire, leur usage des réseaux sociaux et leur capacité à proposer à des personnes parfois isolées une communauté chaleureuse, des responsabilités et une identité. Milène Coitoux, professeure de Lettres, a toutefois décrit plusieurs dérives observées dans certains courants, parmi lesquelles les thérapies de conversion, les promesses de guérison par la prière ou l’activité de pasteurs autoproclamés. Martine Cerf, vice-présidente d’EGALE, a ensuite développé la dimension politique du nationalisme chrétien américain et les stratégies par lesquelles certains mouvements cherchent à transformer une force militante en force électorale.

Stéphane Azihari, essayiste et consultant en politique, a livré l’intervention la plus controversée. Contestant la séparation habituelle entre islam et islamisme, il a soutenu que cette distinction masque selon lui la dimension juridique et politique historiquement attachée à l’islam. Il a appuyé son propos sur des comparaisons internationales et des enquêtes sociologiques, en insistant sur la condition féminine, l’homosexualité, l’antisémitisme, l’apostasie et le rapport aux institutions libérales. Son analyse a suscité des interrogations sur le risque d’essentialisation et sur la nécessité de distinguer religion, histoire, sociétés, pratiques et projets politiques. La vigueur de la discussion fut salutaire.

Les échanges avec la salle ont ramené le débat vers le terrain. Une intervention issue du Réseau d’Échanges Réciproques de Savoirs2 a rappelé l’utilité des formations « Valeurs de la République et Laïcité », tout en soulignant la faiblesse des moyens accordés à un dispositif qui ambitionne de former quarante mille personnes chaque année. Le témoignage rapporté était parlant. Des participants initialement très prosélytes étaient restés croyants après la formation, mais avaient acquis une compréhension beaucoup plus solide de la laïcité. Toute la philosophie républicaine tient dans cette transformation. Il ne s’agit pas de convertir les consciences, mais de permettre à chacun de vivre sa conviction sans empiéter sur la liberté d’autrui.

La seconde table ronde, modérée par Martine Cerf, vice-présidente d’EGALE, a cherché des réponses. Maryse Carrère, sénatrice et présidente du groupe RDSE, a défendu une position d’équilibre. La République doit lutter contre les ingérences religieuses et les projets séparatistes sans fabriquer une laïcité de suspicion visant une population entière. Elle a plaidé pour une meilleure formation des enseignants et des élus, davantage de transparence financière, un dialogue exigeant avec les cultes et des moyens renforcés pour l’État. Combattre les radicalités ne dispense jamais de protéger la liberté de conscience.

Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice, a adopté une ligne plus offensive. Forte de son expérience d’ancienne maire, d’enseignante et de rapporteure de travaux parlementaires sur la radicalisation islamiste, elle a décrit ce qu’elle considère comme un entrisme touchant l’école, le sport, l’hôpital et certaines collectivités. Elle a défendu une obligation de neutralité plus étendue pour les élus lorsqu’ils exercent leur fonction et appelé les responsables publics à refuser les accommodements dictés par le clientélisme ou la peur du conflit. Son propos a placé au centre une question difficile. Jusqu’où la puissance publique peut-elle aller pour affirmer l’unité de la règle commune sans restreindre indûment les libertés individuelles.

Pierre Ouzoulias, sénateur et vice-président du Sénat, a offert le contrepoint le plus net de l’après-midi. Athée revendiqué et chercheur au CNRS, il a refusé de considérer l’islam comme intrinsèquement plus antidémocratique qu’une autre religion. Pour lui, la religion doit être lue comme un fait social et politique dont les formes dépendent des sociétés qui la portent. Il a plaidé pour une application cohérente de la séparation des Églises et de l’État, pour une approche historique critique des religions à l’école et surtout pour le rattachement de la laïcité à un véritable projet républicain d’émancipation. Sa remarque sur les inégalités sociales fut l’une des plus fortes de la journée. La République devient difficile à croire lorsque les services publics s’éloignent et que l’égalité proclamée ne se traduit plus dans l’expérience quotidienne.

Jean Zay en 1936

Le débat final a longuement porté sur l’école, la formation des enseignants, Jean Zay, la loi de 2004, la peur de certains professeurs, le clientélisme électoral, les financements cultuels et l’égalité entre les filles et les garçons. Maryse Carrère, sénatrice et présidente du groupe RDSE, a rappelé que la loi ne pouvait tout résoudre et que la transmission de la laïcité exigeait des professionnels formés et soutenus. Une règle incomprise devient fragile. Une institution qui n’explique plus ce qu’elle protège laisse le terrain aux récits les plus bruyants.

Françoise Laborde, présidente d’EGALE, a clos le colloque en annonçant que l’association utiliserait la matière recueillie pour interpeller les futurs candidats à l’élection présidentielle. Sa conclusion a résumé la tension de la journée. La croyance appartient à la liberté personnelle. L’exercice d’une fonction publique ou d’un mandat oblige à servir l’ensemble des citoyens. Entre ces deux espaces, la laïcité ne dresse pas un mur contre la religion. Elle protège une frontière juridique qui empêche toute croyance de devenir la croyance de l’État.

Le regard maçonnique

Pour le Franc-Maçon, cette journée rejoint une exigence familière, celle de construire un espace où des convictions différentes peuvent se rencontrer sans qu’aucune prétende régner sur toutes les autres. La Loge n’abolit pas la conscience individuelle. Elle lui demande d’accepter l’épreuve de la parole, de l’écoute et de la contradiction. La liberté de conscience n’y vaut que si elle demeure également la liberté de celui qui croit autrement ou qui ne croit pas.

Panneau liberté égalité fraternité de la République Française
Panneau liberté égalité fraternité de la République française

La radicalité commence lorsque cette réciprocité disparaît, lorsque la vérité possédée dispense d’écouter et lorsque la fraternité se réduit au cercle de ceux qui se ressemblent. Le travail maçonnique invite au mouvement inverse. Il ne s’agit pas d’effacer les différences, mais de construire un ordre commun dans lequel elles cessent d’être des armes. La laïcité rejoint ici une intuition profondément maçonnique. Elle ne demande pas de renoncer à la quête intérieure. Elle exige que personne ne transforme cette quête en domination politique.

Une démocratie ne se transmet pas comme un patrimoine immobile. Elle doit être comprise, exercée, défendue et sans cesse remise à l’épreuve de la liberté. Face aux certitudes absolues, la République répond par le droit et l’éducation. Face aux enfermements identitaires, la Franc-Maçonnerie rappelle que l’être humain se construit dans le dialogue et dans la recherche jamais achevée d’un monde plus juste.

1 Présentation de l’association EGALE

2Présentation des formations du RERS

De la blague du « libre-arbitre » chez Arthur Schopenhauer

2

« Le caractère de l’homme est invariable : il reste le même pendant toute la durée de sa vie. Sous l’enveloppe changeante des années, des circonstances où il se trouve, même de ses connaissances et de ses opinions, demeure, comme l’écrevisse sous son écaille, l’homme identique et individuel, absolument insaisissable et toujours le même »

Arthur Schopenhauer (Essai sur le Libre-Arbitre)

Nous voilà encore dans un sujet qui fâche ! Quand naviguerons-nous enfin tranquillement sur une mer sans tempêtes ? Bon d’accord, j’avoue que le calme plat doit générer un ennui profond et que, de temps en temps, quelques vagues sont les bienvenues, histoire de troubler notre somnolence. Là, nous sommes gâtés, car il ne s’agit pas moins que du problème de la liberté qui est en question. Et là, « ça craint » comme avons-nous l’habitude de dire aujourd’hui, car cette notion est l’un des fondements même de la pensée maçonnique, humus de la notion de laïcité et, théoriquement, de celle de République. Frissons dans les loges.

De la blague du « libre-arbitre » chez Arthur Schopenhauer
Jean Calvin

La Franc-maçonnerie face à la querelle du libre arbitre

Pourtant, nous devrions en avoir l’habitude, car c’est un sujet débattu depuis la plus Haute Antiquité, en passant par la théologie, la politique et la Franc-Maçonnerie évidemment ! Cela d’ailleurs devrait, concernant la Maçonnerie, déclencher chez nous une certaine hilarité : en effet, les origines réformées de l’Institution devraient nous mener vers une critique du libre-arbitre, à l’image du très décisif combat entre catholicisme et protestantisme sur ce sujet : se ralliant à Saint-Augustin, Martin Luther condamnera fermement le libre arbitre en disant que l’homme, n’est qu’un « Serf arbitre » devant le Principe et que si il n’a qu’un semblant de pseudo liberté, il ne la doit qu’à la grâce divine, octroyée parcimonieusement par le Créateur par la prédestination, thèses adoptées par Jean Calvin, naturellement. Concernant le catholicisme, Saint Augustin s’affrontera au moine Pelage (1), partisan du libre arbitre et sera suivi en cela, par une majorité de théologiens catholiques, excepté par le courant janséniste et Port-Royal (Auquel se rallieront Blaise Pascal et Jean Racine notamment) qui, comme les Réformés, demeure fondamentalement augustinien. Tout ce court développement, afin de constater que la Maçonnerie en défendant le libre-arbitre, au détriment de ses origines réformées, se rallie à une vision catholique des choses ! Etrange évolution… Un philosophe va s’attaquer particulièrement à ce concept et en influencer la réflexion de manière déterminante…

I- LE DIABLE DANS LE BENITIER DES BONNES INTENTIONS !

De la blague du « libre-arbitre » chez Arthur Schopenhauer
Arthur Schopenhauer par Jules Lunteschütz

Incontestablement, Arthur Schopenhauer (1788-1860) s’attaquera très vite à l’idée que le « bon vouloir » de l’homme le mettait en position de choisir entre le bien et le mal. Né à Dantzig, dans un milieu luthérien, il est déjà hostile de nature à l’idée de libre arbitre, mais c’est la découverte et l’intérêt certain pour le bouddhisme qui sera déterminante pour son orientation philosophique. Pour lui, la mission fondamentale de la philosophie est d’imposer la désillusion : elle est donc une chasse à l’imaginaire, une étude du « Rien », du « Nichts », que recouvre des notions couramment utilisées par les hommes pour se guider dans la vie, comme celles de causalité, de finalité et de devenir. Pour Schopenhauer, l’illusion atteint un sommet, quand est aborder le concept de liberté : illusion vitale selon laquelle nous pourrions disposer de nous-mêmes au cours d’une vie, à l’intérieur d’un monde que nous n’avons pas choisi, mais indispensable à la conscience humaine.

Naïvement, l’homme croit être libre par il pense pouvoir faire ce qu’il veut, conception qui hante la philosophie depuis Descartes. Au contraire, chez Schopenhauer, comme dans la philosophie bouddhique, la pulsion, l’affect, le désir l’instinct, la passion, deviennent le lieu de mon asservissement car, pour choisir, il faudrait que je sois autre que mes affects, mes désirs ou mes passions qui me constituent et sont à la base de ma personnalité même. Pour viser à la liberté du libre arbitre, il faudrait que je sois « spectateur à distance de moi-même » alors que, quand je prétends à mon libre arbitre, je ne le fais que dans l’accumulation de mes désirs, non-détaché. Sigmund Freud y puisera un approfondissement de la notion d’inconscient par lequel nous sommes dirigés, alors que nous pensons qu’il suffit d’« être dans le rationnel » pour manifester son libre arbitre et donc sa liberté !

En fait, le sujet qui se croit libre ne fait que traduire la motivation la plus forte, en pensant que cela relève d’un choix ! Il n’y a pas d’intervention du libre arbitre, mais du jeu d’un ensemble de tendances et de désirs qui se sont livrés combat et dont l’homme est le seul spectateur : le désir à l’ordre du jour l’emporte aujourd’hui, mais peut facilement s’effacer devant un autre le lendemain. Pour Schopenhauer, le jeu compliqué des tendances qui s’affrontent constitue le caractère de toutes les volontés. Il écrit, dans « Essai sur le libre arbitre » : « Cette nature spéciale et individuellement déterminée de la volonté, en vertu de laquelle, sous l’influence des motifs identiques, la réaction diffère d’un homme à l’autre, constitue ce qu’on appelle le caractère de chacun ». Cela veut dire, pour lui, que ce qu’on appelle le libre arbitre, n’est qu’une réponse à des désirs changeants, provisoires, que l’on présente comme une victoire rationnelle, dans le sens du bon choix, de préférence taxé de morale satisfaisante. Mais Schopenhauer nous dit que ce n’est qu’une réponse au désir, dans laquelle aucune considération morale n’a court. Ce n’est qu’une mise en scène, pour donner priorité à un désir changeant qui l’emporte sur d’autres, en lui donnant une visée de courage pour mettre en œuvre une liberté qui n’existe pas, qui n’est que la traduction de la recherche permanente du plaisir, dont l’inconscient est le siège.

Un caractère invariable : l’homme agi plutôt qu’agissant

Le caractère de l’homme est invariable : il reste le même pendant toute la durée de sa vie. De cela, naît l’ennui de ne pouvoir se changer soi-même et qui cause souvent des états d’âme proche du désespoir et de l’angoisse. Dès lors, pour Schopenhauer, l’ennui est le principe central, le sentiment dominant. Alors, au regard du philosophe, le monde devient une tragi-comédie, où l’homme pense qu’il peut « choisir », qu’il a donc une liberté à exprimer, mais qui n’est en fait qu’une marionnette. L’homme croît agir, alors qu’il est « agi », vouloir, alors qu’il est « voulu ». Les injonctions dictées par le pseudo libre arbitre ne viennent que d’« ailleurs », sur ce qu’il n’a pas encore identifier comme l’inconscient. L’homme est incapable d’agir par lui-même, qui croit ce qu’on lui dit de désirer, de souffrir quand on lui dit de souffrir, et qui s’ennuie, quand on ne lui dit plus rien. Pour lui, le libre arbitre, réside dans la volonté qui permettrait à l’homme de choisir librement ce qu’il fait et ce qu’il est, en en soulignant l’échec programmé : « La dissemblance affective, originelle, des caractères est inconciliable avec la supposition d’un libre arbitre, consistant en ce que tout homme, dans quelque position qu’il se trouve, puisse agir également bien de deux façons opposées » (« Essai sur le libre arbitre »).

De la blague du « libre-arbitre » chez Arthur Schopenhauer

De Schopenhauer à Freud : la psychanalyse et le libre arbitre

L’homme est prisonnier de lui-même et condamné à être lui-même, et la seule liberté dont il puisse disposer, c’est une connaissance approfondie des tendances qui l’habitent. Sigmund Freud, grand lecteur de Schopenhauer, retiendra la pensée du philosophe et l’appliquera sur un plan thérapeutique : les hommes sont responsables de ce qu’ils font, mais innocents de ce qu’ils sont. L’homme doit assumer le hasard de ce qu’il est, car le caractère est un destin. En se ralliant en grande partie à la pensée de Schopenhauer, la psychanalyse en matière de la non-existence du libre arbitre, va y ajouter deux éléments importants :

– Un élément théologique : en laissant le choix des décisions de son orientation morale à l’homme, Dieu le « Père » ne peut être tenu pour responsable de la punition du sujet. Donc, le Père est au-dessus de tout. Réflexe œdipien qui ménage la justice immanente du Principe. Et ce, contrairement au « Livre de Job » de l’Ancien Testament, qui est une dénonciation du croyant fidèle, confronté à un jeu presque sadique de Dieu qui, ayant passé un accord avec Satan, l’autorise à mettre à l’épreuve celui qui se réclame de lui, tout en étant pas juif : il est Imunéen (2). Ce dernier, tout en protestant, subira les pires avanies mais restera fidèle à Dieu, jusqu’au bout, afin de défendre l’idée de la justice du « Très Haut », malgré tout. Donc, pas de « meurtre » du Père !

– Un élément psychanalytique : Pour la psychanalyse, le concept de libre arbitre, supposerait l’existence du bien et du mal dans le sujet. Mais, la psychanalyse manifeste la plus haute suspicion pour ce clivage qui, s’il existait, justifierait un choix, un libre arbitre. Freud, à qui le pasteur Pfister lui fait l’éloge d’être un humaniste, va lui répondre dans une lettre célèbre du 9 octobre 1918 (3) : « L’éthique m’est étrangère et vous êtes pasteur d’âmes. Je ne me casse pas beaucoup la tête au sujet du bien et du mal, mais en moyenne, je n’ai découvert que fort peu de « bien » chez les hommes. D’après ce que j’en sais, ils ne sont pour la plupart que de la racaille, qu’ils se réclament de l’éthique de telle ou telle doctrine-ou d’aucune »… Là, également, la psychanalyse se reconnaîtra dans la philosophie schopenhauerienne : le « bien » n’est qu’une conséquence d’un désir réalisé provisoirement et calmant une tension causée par les désirs (Schopenhauer y fait figurer aussi la notion d’amour !), ou du camouflage d’une peur par un soi-disant sacrifice qui reposerait sur le libre arbitre.

II- DU CÔTE DE LA GALERIE DES ANCÊTRES ET DE QUELQUES DESCENDANTS !

La pensée concernant le libre arbitre et la radicalité de son refus, ne se borne pas seulement aux grands débats de la Réforme ou de son adoption par les milieux psychanalytiques, mais prend racine dans la pensée humaine. Schopenhauer s’y référera et s’y ralliera, et donnera un vaste champ de réflexion à ses contemporains, en y incluant la richesse d’une pensée orientale. Nous ferons référence, ici, à quelques-uns de ces penseurs.

De la blague du « libre-arbitre » chez Arthur Schopenhauer
Arthur Schopenhauer en 1852

Les sources bibliques et antiques du refus du libre arbitre

Avant de faire référence aux philosophes, Schopenhauer souligne que la première interdiction à la libre interprétation est biblique et se trouve dans Jérémie (10-23) : « Je le sais Ô Eternel ! La voie de l’homme n’est pas en son pouvoir ; Ce n’est pas à l’homme, quand il marche, à diriger ses pas » (Version Louis Segond). Ce passage reflète l’orientation réformée vers la notion de « serf arbitre », où la libre interprétation serait proche de l’hérésie de se prendre pour l’égal de Dieu, ou en tout cas, en révolte contre ses volontés. Bien entendu, Luther va fulminer contre ce concept dans son « De Servo Arbitrio » : « C’est pourquoi il est écrit dans tous les cœurs que le libre arbitre n’existe pas : bien que cette vérité soit obscurcie par tant d’argumentations contradictoires, et l’autorité de grands hommes » ; « Je veux avertir ici les partisans du libre arbitre, pour qu’ils se le tiennent pour dit, qu’en affirmant le libre arbitre, ils nient le Christ » ; « Contre le libre arbitre militent tous les témoignages de l’Ecriture tout entière qui président la venue du Christ. Mais ces témoignages sont innombrables ; bien plus, ils sont l’Ecriture tout entière. Aussi si l’Ecriture doit-être juge de ce différent, notre victoire sera si complète, qu’il ne restera même plus à nos adversaires une seule lettre, un seul iota qui ne condamne la croyance au libre arbitre »…

Sur un plan religieux, bien que cela ne soit pas son sujet favori, Schopenhauer fera appel à d’autres sources ; notamment à Saint Augustin qui, lui-même, fut influencé par le manichéisme, la philosophie de Plotin et certains textes de l’Ancien Testament, notamment le Psaume 139 (4). Mais, Schopenhauer, de plus en plus attiré vers la philosophie bouddhiste et le panthéisme que nous retrouverons dans son œuvre célèbre, « Le monde comme volonté et comme représentation », recherchera ses justifications plutôt vers les logiques philosophiques, notamment chez Aristote dans l’« Ethique à Nicomaque » et Cicéron dans son livre « De Fato ». Nous rencontrerons aussi, naturellement, au 17 et 18em siècles, les influences de Vanini (5), Spinoza, Hobbes, Priestley, et surtout Kant à qui, il voue une véritable dévotion et qu’il défendra contre ses ennemis théoriques comme Hegel qu’il déteste particulièrement et qu’il attaquera sauvagement dans son « Essai sur le libre arbitre » : « Cet homme, pour anéantir de nouveau la liberté de pensée conquise par Kant, osa transformer la philosophie, cette fille de la raison, cette mère future de la vérité, en un instrument des intrigues gouvernementales, de l’obscurantisme, et du jésuitisme protestant : mais pour dissimuler l’opprobre, et en même temps pour assurer le plus grand encrassement possible des intelligences, il jeta sur elle le voile du verbiage le plus creux et du galimatias le plus stupide qui ait jamais été entendu, du moins en dehors des maisons de fous » !… Mais, sa réflexion philosophique, nous le sentons bien, ne donne pas totalement satisfaction à Schopenhauer : il perçoit une autre dimension qu’il n’arrive pas bien à cerner et que Freud élaborera, celle de l’inconscient et de la mise à mal définitive de la notion de libre arbitre. Ce dernier reconnaîtra d’ailleurs tout ce qu’il doit à la pensée d’Arthur Schopenhauer.

III- VOILA CE QUI N’ARRANGE PAS BEAUCOUP LES CHOSES !

De la blague du « libre-arbitre » chez Arthur Schopenhauer
Émile Chartier dit : Alain

Il faut bien dire que l’un des fonds de commerce de la Franc-Maçonnerie repose sur la notion de libre arbitre, donc de liberté du sujet face au destin individuel et collectif. Mais cela s’inscrit-il dans une réalité ou dans un mythe ? Tout tien, en fait, à l’affrontement entre la nécessité et la contingence. Dans le premier cas, la nécessité nous commande des actions, tandis que dans la contingence j’en aurai, théoriquement, le choix déterminé dicté par un libre arbitre. C’est ce dernier point qui pose problème par rapport à une distance rationnelle supposée entre moi, pur esprit indépendant et mes désirs que je serai censé maîtriser. Qui « Me » commande, ma raison ou mon inconscient ? Le philosophe Alain notait qu’« une preuve de liberté tuerait la liberté ». Le problème du libre arbitre est celui du rapport entre l’idéal et le réel. Pour Schopenhauer, la liberté doit résider là où la responsabilité réside, à savoir dans le caractère de l’homme. Il écrit : « C’est, à proprement parler, cette connaissance de plus en plus immédiate et intime avec nous-mêmes qui constitue la conscience morale, laquelle, par cette raison, ne fait entendre sa voix directement qu’après l’action. Avant l’action, elle intervient tout au plus indirectement, en nous obligeant, au moment de la délibération, à tenir compte de son entrée en jeu prochaine ». Les actions sont conformes à l’essence, « Operare sequitur Esse ». L’homme ne fait jamais ce qu’il veut : la raison est déjà ce qu’il veut, car de ce qu’il est, découle naturellement tout ce qu’il fait…

 NOTES

(1) Pelage (350-420) : moine ascète breton, se voulant fondateur d’une « élite de la vertu ». Très vite, il veut combattre l’influence du pessimisme issue de l’influence des manichéens dans le christianisme, dont Saint-Augustin avait été membre durant de longues années, avant sa conversion au christianisme. Pour Pelage, l’homme a une capacité à obéir à Dieu en direct, par l’action de le suivre comme modèle. Il écrit : « La raison n’est pas viciée par le péché originel. La perfection est possible ». Cette négation d’un péché originel et d’être coopérant à la grâce divine en direct, lui vaudra une condamnation en 418 au Concile de Carthage. Mais l’Église Catholique incorporera sa pensée théologique peu à peu, afin de faire un équilibre avec la pensée augustinienne, pour faire un équilibre entre le libre arbitre et l’importance de la grâce. En cela, l’Église Catholique peut se définir comme semi-pélagienne, alors que le protestantisme demeure d’essence nettement augustinienne.

(2) Imunéen : Le livre de Job, met en scène un habitant de Ouç, non juif, mais « Craignant Dieu » (volontaire pour se convertir au judaïsme), s’écartant du mal (Respectant donc déjà les interdits du judaïsme). Ce livre fut écrit aux alentours du V em siècle avant J.C. et est considéré comme l’un des livres du Tanakh. C’est l’un des livres les plus problématiques de la Bible, où Dieu est soupçonné de commettre le mal, la perversion, en passant une alliance avec Satan qu’il met ainsi comme interlocuteur privilégié à lui, déclenchant ainsi les thèses manichéistes de la présence de deux dieux dans l’univers.

(3) Freud Sigmund : Correspondance de Sigmund Freud avec le Pasteur Pfister (1909-1939). Paris. Ed. Gallimard. 1966. (Page 103).

(4) Le Psaume 139 : Il est, par excellence, l’un des textes qui nie le libre arbitre, et place l’homme dans une dépendance totale à Dieu. Nous pouvons nous en convaincre par certains passages. Par exemple :

Eternel tu me sondes et tu me connais

Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève

Tu pénètres de loin ma pensée ;

Tu sais quand je marche et quand je me couche

Et tu pénètres toutes mes voies

Car la parole n’est pas sur ma langue,

Que déjà, ô Eternel tu la connais entièrement.

Etc…

(5) Giulio Cesare Vanini (1585-1619) : Philosophe, médecin et naturaliste italien, il est l’une des références du libertinage érudit. Il sera l’un des premiers, avant Charles Darwin, à développer l’idée de l’évolution. Il sera exécuté à Toulouse pour atteinte à la religion.

 BIBLIOGRAPHIE

– Alain : Spinoza. Paris. Ed. Gallimard. 1949.

– Aristote : Ethique à Nicomaque. Paris. Librairie philosophique. J Vrin. 1983.

– Batini Ugo : Schopenhauer. Paris.Ed. Du Cerf. 2020.

– Battistini Yves : Empédocle. Légende et œuvre. Paris. Ed. Imprimerie nationale. 1997.

– Commelin Pierre : Mythologie grecque et romaine. Paris. Ed. Garnier.1960.

– Epicure : Lettres et Maximes. Paris. PUF. 1987.

– Descartes René : Discours de la méthode. Paris. Ed. Agora. 1990.

– Freud Sigmund : L’avenir d’une illusion. Paris. PUF. 1971.

– Freud Sigmund : Malaise dans la civilisation. Paris. PUF. 1971.

– Kant Emmanuel : Oeuvres philosophiques. Paris. Ed. Gallimard. 1980.

– Luther Martin : Oeuvres. Paris. Ed. Gallimard. 1999.

– Pascal Blaise : Oeuvres complètes. Paris. Ed. Du Seuil. 1963.

– Piat Clodius : Socrate. Paris. Ed. Robert Laffont1974.

– Roudinesco Elisabeth et Plon Michel : Dictionnaire de la psychanalyse. Paris. Ed. Fayard. 1997 ;

– Schopenhauer Arthur : Essai sur le libre arbitre. Paris. Ed. Rivage poche. 2018.

– Schopenhauer Arthur : Le monde comme volonté et comme représentation. Paris. Librairie Felix Alcan. 1912.

– Schopenhauer Arthur : L’art d’avoir toujours raison. Paris. Ed. Circé. 1999.

– Schopenhauer Arthur : Aphorismes sur la sagesse dans la vie. Paris. PUF. 2012.

– Trapé Agostino ; Saint-Augustin, L’homme, le pasteur, le mystique. Paris. Ed. Fayard. 1988.

– Weber Max : Le judaïsme antique. Paris. Ed. Plon. 1970.

À lire aussi sur 450.fm

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

0

Vendredi 18 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : du mercredi 16 septembre 2026 à 12h00 au jeudi 17 septembre 2026 à 12h00, heure de Paris.

FRANCE

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Corse : le rendez-vous manqué entre autonomistes et Grand Orient de France

Le Monde — France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Selon Le Monde, une « tenue blanche » consacrée à l’autonomie corse, envisagée rue Cadet avec plusieurs élus, a finalement été annulée ; le GODF et Gilles Simeoni n’avaient pas confirmé la rencontre. L’article replace cet épisode dans une histoire ancienne, mais délicate, des échanges entre loges et responsables politiques insulaires.

À Pradines, une première ouverture publique du temple maçonnique

Actu.fr / Medialot — France — 17 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26
La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Le temple de Cahors-Pradines doit accueillir le public le dimanche 20 septembre, de 10 heures à 17 heures, à l’occasion des Journées du patrimoine. Des membres de la loge Gambetta du Grand Orient de France annonceront une présentation des lieux et répondront aux questions : une démarche pédagogique qui cherche à substituer la rencontre aux représentations fantasmées.

À Carquefou, les locaux maçonniques s’inscrivent dans les Journées du patrimoine

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Ouest-France — France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

À Carquefou, près de Nantes, une visite des locaux maçonniques est proposée dans le programme patrimonial. Au-delà de la curiosité architecturale, l’ouverture permet de lire le temple comme un espace symbolique construit pour le travail collectif : mobilier, lumière et circulation y forment un langage que la visite rend intelligible aux profanes.

À Saint-Jean-d’Angély, les francs-maçons expliquent leurs symboles

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

L’Angérien Libre — France — 17 septembre 2026 — français – Lire la source

Le programme local des Journées du patrimoine prévoit une ouverture du temple avec la présence de francs-maçons pour commenter les symboles et répondre aux visiteurs. Le dispositif donne toute sa place à la parole directe : il rappelle que le patrimoine maçonnique n’est pas seulement bâti, mais aussi fait de rites, de récits et de transmission orale.

À Épinal, un parcours relie frontières visibles et invisibles

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Vosges Info — France — 17 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Le neuvième parcours urbain d’Épinal associe une étape au temple maçonnique à un temps d’échanges au temple protestant, autour des « frontières visibles et invisibles ». Le rapprochement de deux lieux symboliques invite à réfléchir aux seuils, aux appartenances et à la conscience : une lecture urbaine qui transforme la marche en exercice de dialogue.

Le Rite français face à l’actualisation de sa transmission

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

450.fm — France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

À propos des travaux de Jean-Francis Dauriac, 450.fm interroge la manière dont le Rite français peut actualiser son héritage sans le dissoudre. Le sujet touche au cœur de toute tradition initiatique : transmettre n’est ni répéter mécaniquement ni rompre avec le passé, mais rendre des formes anciennes à nouveau opérantes pour des consciences contemporaines.

« Les Ensorceleuses » : du cercle de malédiction à la chaîne d’union

450.fm — France — 16 septembre 2026 — français –Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Cette lecture culturelle des deux films « Les Ensorceleuses » observe comment le cercle, d’abord associé à la malédiction, devient figure de transmission et de solidarité. Le rapprochement avec la chaîne d’union est interprétatif, non documentaire ; il montre toutefois comment le cinéma populaire peut réactiver des archétypes familiers à l’imaginaire initiatique.

Ce que l’Église peut attendre de la franc-maçonnerie : une opinion polémique

InfoVaticana Blogs — Espagne/France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Dans un billet d’opinion catholique au ton nettement hostile, l’auteur soutient que l’Église ne devrait rien attendre de la franc-maçonnerie, sinon s’en éloigner. Il s’agit d’une prise de position éditoriale et non d’une information établie. Son intérêt tient surtout à la persistance d’un contentieux doctrinal et imaginaire plusieurs fois séculaire.

Mozart et la franc-maçonnerie, entre conférence et médiation musicale

Office de tourisme d’Obernai / Le Figaro TV sur X — France — date de publication non vérifiable, alertes reçues les 16 et 17 septembre — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Une conférence annoncée à Obernai le 16 octobre reviendra sur les sept dernières années maçonniques de Mozart ; parallèlement, une courte vidéo du Figaro TV présente « La Flûte enchantée » comme un hommage à la franc-maçonnerie et souligne la symbolique du trois. Deux formats de médiation qui relient œuvre musicale, rite et culture publique.

À Pujols, un concours invite les jeunes à créer autour de la laïcité

Sud Ouest — France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Un concours doté d’un prix de 1 500 euros propose aux jeunes de traiter la laïcité par un débat, une exposition, une vidéo ou une application. L’initiative privilégie la création et l’argumentation plutôt qu’un simple apprentissage de définitions ; elle rejoint une préoccupation maçonnique classique : faire vivre la liberté de conscience dans l’espace civique.

Jérôme Guedj accuse la gauche d’avoir délaissé la laïcité

Europe 1 — vidéo YouTube — France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Dans un extrait vidéo d’Europe 1, Jérôme Guedj affirme que « la gauche a renoncé à défendre et à promouvoir la laïcité ». Cette formule relève d’une appréciation politique attribuée à son auteur, non d’un constat neutre. Elle témoigne de la place centrale, mais disputée, que conserve la laïcité dans les recompositions partisanes françaises.

Actualitté — France — 16 septembre 2026 — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Infos Actualitté du 17.09.2026 publié sur le site 5 août 2026 – Romance ésotérique, thrillers, spiritualité : Lune noire, d’autres romans –

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Après le poche et la jeunesse, le groupe éditorial toulousain ouvre un nouveau territoire : la fiction pour adultes. Avec Lune noire éditions, Piktos entend prolonger ses domaines historiques à travers la romance, le thriller, le feel good et la littérature blanche. Cinq premiers romans paraîtront en septembre et octobre 2026.

MONDE — ITALIE | Droit, histoire et vie culturelle

Un agent public franc-maçon doit déclarer une possible interférence, sans révéler de secrets

Lente Pubblica — Italie — 16 septembre 2026 — italien – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

L’avocat Maurizio Lucca analyse un arrêt de la Cour de cassation italienne du 31 août 2026. Selon cette lecture juridique, l’agent public doit signaler son appartenance lorsqu’elle peut interférer avec son activité professionnelle, mais l’administration ne peut exiger la divulgation d’éléments couverts par la confidentialité associative. Une distinction importante entre transparence fonctionnelle et liberté d’association.

À Sassari, Fulvio Conti replace la franc-maçonnerie dans l’histoire

Sassari Today — Italie — 16 septembre 2026 — italien – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

La Bibliothèque universitaire de Sassari annonce une rencontre avec l’historien Fulvio Conti consacrée à la franc-maçonnerie et à ses secrets. L’enjeu annoncé est de dépasser l’alternative entre fascination et soupçon par les outils de l’histoire. La conférence rappelle combien la recherche académique peut éclairer des sociabilités longtemps décrites surtout par leurs adversaires.

À Alghero, les associations philanthropiques entrent au musée Garibaldi

Alghero Eco — Italie — 16 septembre 2026 — italien – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Massimiliano Fois doit présenter le 20 septembre « Fratelli nel Silenzio », consacré à la franc-maçonnerie et aux associations philanthropiques d’Alghero, dans la maison-musée de Garibaldi. Le lieu donne une profondeur civique au sujet : il met en regard engagement associatif, mémoire du Risorgimento et réseaux de solidarité locaux.

MONDE — ROYAUME-UNI ET IRLANDE | Solidarité et santé

Vingt-cinq ans de pêche maçonnique au service de l’inclusion

Craftcast / United Grand Lodge of England — podcast vidéo institutionnel — Royaume-Uni — 16 septembre 2026 — anglais – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Craftcast consacre un épisode aux vingt-cinq ans de la Masonic Fishing Charity, association bénévole qui organise des expériences de pêche et de pleine nature pour des personnes ayant des besoins particuliers. Cette communication institutionnelle met en avant une philanthropie de proximité : l’activité partagée devient un moyen de confiance, d’autonomie et de rencontre.

Une journée gratuite lance une campagne de santé à l’échelle de l’Irlande

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

News Letter — Royaume-Uni/Irlande — 16 septembre 2026 — anglais – Lire la source

Des francs-maçons annoncent à La Mon un événement gratuit destiné à lancer une initiative de santé couvrant toute l’Irlande. Le site étant inaccessible lors de la vérification, cette notice repose sur le titre et l’extrait de Google Alerts ; les modalités précises et le contenu médical de l’opération ne peuvent donc pas être présentés comme entièrement vérifiés.

La loge Averon réunit 2 000 livres pour une maison de retraite

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Ross-shire Journal — Écosse — 16 septembre 2026 — anglais – Lire la source

Une compétition de golf organisée autour de la loge Averon, à Alness, a permis de réunir 2 000 livres au bénéfice de Redwoods Nursing Home. Au-delà du chiffre, cette action illustre un modèle fréquent de philanthropie maçonnique britannique : mobiliser sociabilité locale, bénévolat et événement sportif au profit d’un établissement de soin identifié.

MONDE — ÉTATS-UNIS | Mémoire, culture et débats

Ionic Lodge n° 38 : plus d’un siècle de vie locale dans le Montana

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Bitterroot Star — États-Unis — 16 septembre 2026 — anglais – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Le Bitterroot Star retrace l’histoire de l’Ionic Lodge n° 38, en insistant sur la continuité d’une communauté fondée sur l’amitié, le perfectionnement personnel et le service. Ce portrait local montre comment une loge ancienne cherche à articuler mémoire institutionnelle et utilité présente, sans réduire son identité à la seule conservation patrimoniale.

Maryse Fauville et la visibilité contemporaine des femmes franc-maçonnes

Masons of California — magazine institutionnel — États-Unis — date de publication non indiquée, alerte reçue le 16 septembre — anglais – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Le magazine des Masons of California présente Maryse Fauville dans une série consacrée aux femmes qui dirigent aujourd’hui des loges féminines ou mixtes. Cette source institutionnelle ne représente pas une presse indépendante, mais elle documente une évolution majeure du paysage maçonnique international : la pluralité des formes d’appartenance et de gouvernance.

La mémoire comme palais mosaïque

Masons of California — annonce institutionnelle — États-Unis — date de publication non indiquée, alerte reçue le 16 septembre — anglais – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Une conférence de Martin Faulks est annoncée autour de la franc-maçonnerie et de l’art de la mémoire. L’image du « palais mosaïque » relie méthodes mnémotechniques, architecture intérieure et symbolisme rituel. La page est une annonce institutionnelle ; elle invite surtout à considérer le temple comme une organisation mentale autant que comme un bâtiment.

L’alchimie comme métaphore de la transformation maçonnique

Masons of California — magazine institutionnel — États-Unis — date de publication non indiquée, alerte reçue le 16 septembre — anglais – Lire la source

Giuseppe_Balsamo-Alessandro_Cagliostro
Giuseppe_Balsamo-Alessandro_Cagliostro

Un article du magazine californien relit l’alchimie comme métaphore du parcours maçonnique, jusqu’à évoquer Cagliostro et son Rite égyptien. Cette approche symbolique ne doit pas être confondue avec une filiation historique démontrée ; elle éclaire plutôt la fortune initiatique des images de purification, de transmutation et de recherche de l’or intérieur.

Comment répondre pastoralement aux soupçons de franc-maçonnerie ?

Catholic Review / OSV News — commentaire religieux — États-Unis — 16 septembre 2026 — anglais – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

À la question d’un prêtre confronté à des paroissiens voyant des francs-maçons partout au Vatican, Jenna Marie Cooper recommande catéchèse, raisonnement et refus des accusations sans preuve. Tout en rappelant l’interdiction catholique d’adhérer à la franc-maçonnerie, ce commentaire pastoral prend ses distances avec les rumeurs et la logique conspirationniste.

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Projet Manhattan : une réflexion maçonnique sur la responsabilité du savoir

Blue Collar Freemason — publication Facebook — États-Unis — date de publication non vérifiable, alerte reçue le 16 septembre — anglais – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Cette publication de réseau social propose une méditation sur le projet Manhattan, la connaissance scientifique et la responsabilité morale. Le contenu complet n’ayant pas été accessible, la notice repose sur l’extrait Google Alerts. Son intérêt est philosophique : le progrès du savoir ne dispense jamais d’interroger les conséquences humaines de son usage.

MONDE — CANADA | Laïcité et politique québécoise

Au débat québécois, la CAQ revendique son bilan sur la langue et la laïcité

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26
Christine Fréchette

La Presse — Canada — 15 septembre 2026 ; alerte reçue le 16 septembre — français – Lire la source

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Lors du débat télévisé, Christine Fréchette, première ministre du Québec, a cité la défense du français et la laïcité parmi les réalisations de la CAQ. L’article relève du suivi électoral : il rapporte un argument de campagne, non une évaluation consensuelle du bilan. Le parallèle français est éclairant, tant le mot « laïcité » change de contenu selon les histoires nationales.

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde…

La Revue de Presse FM France & Monde du 18/09/26

Il était une fois… la pierre brute

Il était une fois… la pierre brute

Petite histoire d’un symbole qui change de sens au gré des rites

Il était une fois… la pierre brute

Quatre rituels d’apprenti, quatre façons de tendre une pierre à celui qui vient de recevoir la lumière. Le Rite Écossais Rectifié, le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Rite Anglais style Émulation et le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm s’accordent sur l’image et divergent sur tout le reste, sur l’heure où la pierre paraît, sur l’état dans lequel elle se présente, sur les outils qui l’accompagnent et sur l’identité de la main qui frappe. Nous avons rouvert les textes.

La pierre avant la pierre

Au Rite Écossais Ancien et Accepté, la première pierre nommée au candidat n’est pas celle qu’il frappera. Le cabinet de réflexion porte sur ses parois noires la formule hermétique V.I.T.R.I.O.L., dont le rituel donne aussitôt le développement latin et la traduction française, invitation à visiter l’intérieur de la terre et à y trouver, en rectifiant, la pierre cachée. Cette pierre-là se situe au terme et non au commencement. La littérature alchimique promet un lapis comme aboutissement d’un long travail, la loge remet un bloc comme tâche inaugurale. Le même mot porte deux directions contraires, et l’apprenti écossais les reçoit à quelques heures d’intervalle, la première dans le noir du cabinet, la seconde dans la lumière rétablie du temple.

Il était une fois… la pierre brute

Le Rite Écossais Rectifié ignore cette formule. Sa chambre de préparation présente au candidat deux tableaux superposés, dont le premier porte en lettres d’or sur fond noir des réflexions qui l’avertissent qu’il devra chercher, persévérer et souffrir. Le travail pénible est annoncé avant que le moindre outil soit nommé, et le second tableau, découvert ensuite, montre la tête de mort et les ossements en sautoir. Le Rectifié installe d’emblée la peine, non la carrière.

Le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm dispose un cabinet dont les emblèmes viennent d’ailleurs, coq annonçant la fin de la nuit, faux, sablier, croix ansée dressée au cœur d’un pentagramme, sentences sur la renaissance d’Osiris et sur la connaissance de soi. Là encore, aucune pierre. Le Rite Anglais style Émulation, enfin, ne connaît pas de cabinet de réflexion. Sa préparation est corporelle et brève. Trois rites sur quatre organisent une descente solitaire avant toute frappe, et le quatrième s’en dispense entièrement.

Il était une fois… la pierre brute

L’heure tardive du premier travail

Dans les quatre textes, la pierre ne sert jamais d’épreuve. Elle vient après le serment, après la lumière, après le tablier. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, le Vénérable Maître consacre le néophyte par les trois mots qui le créent, le constituent et le reçoivent, fait communiquer les secrets du grade par le Second Surveillant, le revêt du tablier d’apprenti, fait battre la batterie d’allégresse, et alors seulement demande au Maître des Cérémonies de conduire le nouveau Frère au pied de l’Orient pour que l’Expert lui fasse exécuter son premier travail d’apprenti. Suivront les gants blancs, la rose rouge, la place en tête de la colonne du Nord, le discours sur les métaux et la destruction du testament par le feu.

Il était une fois… la pierre brute

Au Rite Écossais Rectifié, l’ordre des actes place la bienfaisance avant l’ouvrage. Le Vénérable Maître revêt l’apprenti du tablier de peau blanche, lui rappelle que cette blancheur indique la pureté qui est le but des travaux, puis l’envoie vers le Frère Eléémosynaire déposer dans le tronc des aumônes ce qu’il jugera à propos. C’est au retour de ce geste qu’il lui est dit qu’il doit travailler sur la pierre brute et que le Second Surveillant l’aidera dans cette œuvre importante. Donner d’abord, tailler ensuite. L’ordre subordonne le travail sur soi à un acte tourné vers autrui.

À Memphis-Misraïm, la consécration se fait par trois coups de maillet frappés sur la lame de l’épée flamboyante posée successivement sur l’épaule gauche, sur l’épaule droite et sur la tête. L’Expert ceint le tablier, puis le Vénérable Maître fait accomplir au nouveau Frère son premier travail d’apprenti. La séquence reprend celle du rite précédent, resserrée.

Aucun de ces rituels ne fait donc de la pierre une épreuve supplémentaire. Les voyages s’achèvent avec l’obscurité, la lumière est rendue, l’homme est reçu, et la pierre ouvre l’après. La réception ne se clôt pas sur une récompense mais sur une tâche, ce qui distingue l’initiation maçonnique de toute remise de titre. Un détail de posture le confirme. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, le récipiendaire prête son obligation agenouillé sur le genou gauche, et c’est le genou droit qu’il pose à terre devant la pierre. Memphis-Misraïm demande également le genou droit. Le genou change en même temps que change la nature de l’acte. Le serment se reçoit, le travail s’engage.

Une pierre déjà entamée, ou toute brute

Il était une fois… la pierre brute

Les textes ne s’accordent pas sur l’état de la pierre, et ce désaccord vaut mieux qu’une nuance. L’annexe du rituel écossais ancien et accepté précise que la pierre brute est une pierre déjà taillée, dégrossie, mais ni terminée ni polie. Le tableau de loge que l’Expert trace à la craie la figure d’ailleurs entre les colonnes, à côté du cube. L’homme qui arrive au temple a derrière lui une histoire, des enquêtes, trois tours de scrutin favorables, une nuit dans le cabinet. Il n’est pas matière vierge, et le rite le dit en toutes lettres.

Le Rite Anglais style Émulation affirme exactement le contraire. La pierre brute y est sans forme et telle qu’elle sort de la carrière, et l’habileté de l’artisan la dégrossit, la taille et la rend propre à prendre place dans un édifice futur. Le texte la rapporte à l’homme dans son enfance, que les soins des parents et des maîtres, dispensateurs d’une éducation libérale et vertueuse, élèveront jusqu’à en faire le membre digne d’une société ordonnée. La pierre d’Émulation regarde en arrière, vers l’éducation reçue, quand la pierre écossaise regarde le seuil que l’homme vient de franchir.

Le Rectifié tient une troisième position. Sa pierre ne décrit ni un état de matière ni une enfance mais un moment de conscience. L’instruction du grade en fait l’emblème de l’apprenti qui, sortant du tumulte des sociétés profanes, commence à se connaître, à sentir son ignorance et à reconnaître le besoin pressant de travailler sérieusement à améliorer tout son être. Et le Vénérable Maître lui dit que cette pierre est « un emblème vrai de vous-même » (Rituel du grade d’Apprenti, Rite Écossais Rectifié, Grande Loge Nationale Française, édition de 2015, page 69). Rien de plus direct dans aucun des quatre corpus. La Règle maçonnique en neuf points, que le Rectifié lit en loge, va jusqu’à identifier l’âme elle-même à la pierre qu’il faut dégrossir, dans son article consacré à la perfection morale de soi-même.

Ce que frappe le bras, et avec quoi

Le geste sépare les rites bien davantage que l’image. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, l’Expert fait approcher le nouveau Frère de la pierre brute, lui remet le maillet et le ciseau, lui fait poser le genou droit à terre et lui fait appliquer trois coups. Les outils passent dans ses mains. La batterie du grade étant de trois coups égaux, la frappe ne porte aucune inflexion, elle affirme une régularité.

Il était une fois… la pierre brute

À Memphis-Misraïm, l’Expert conduit l’apprenti devant la pierre, lui montre comment frapper les trois coups à l’aide du maillet et du ciseau, le laisse répéter, puis récupère les outils et les replace. Le prêt est bref, et cette reprise n’est pas anodine dans un rite qui tient la transmission pour un dépôt. La batterie du degré comportant deux coups rapprochés et un troisième détaché, le rythme de la main diffère de celui du rite précédent.

Le Rite Écossais Rectifié, lui, ne remet rien. Le Second Surveillant enseigne la manière de frapper les trois coups maçonniques en les frappant lui-même avec son maillet sur la pierre brute représentée au tapis, et il les fait répéter par l’apprenti avec le même maillet. Il n’y a ni ciseau, ni agenouillement, ni outil donné. La pierre est une image peinte ou tracée à l’angle occidental du tapis, du côté du Nord, et l’apprenti frappe sur une figure. L’instruction morale explique ensuite que les deux premiers coups précipités désignent la loi de nature donnée à l’homme pour le premier âge du monde et la loi écrite reçue par Moïse pour le second, et que le dernier coup détaché indique la perfection de la loi de grâce. Le rythme de la main devient une théologie de l’histoire. Aucun autre rite ne va aussi loin dans l’interprétation d’une cadence.

Pierre Brute, ciseau, maillet,

Le Rite Anglais style Émulation ne fait frapper personne. La pierre brute y compte parmi les joyaux inamovibles, avec la pierre cubique et la planche à tracer, et le texte précise qu’ils demeurent immuablement apparents dans la loge afin que les Frères puissent en tirer des enseignements moraux. Elle sert à l’apprenti « pour travailler, marquer et apprendre à s’exercer » (Rituel du Premier Grade, Rite Émulation, Grande Loge Nationale Française, édition de 2005, page 60), mais la cérémonie de réception ne prévoit aucun contact. La pierre est présente et intouchée. Elle instruit par sa permanence.

Quatre rapports à l’outil se dessinent, l’outil donné, l’outil prêté puis repris, l’outil emprunté à la main d’un autre, l’outil jamais tenu.

Ce que les outils disent, ce qu’ils taisent

Il était une fois… la pierre brute

Le Rite Anglais style Émulation est le seul des quatre à donner une glose complète. Le Vénérable Maître – ou le dernier initié – présente les trois outils de l’apprenti, la règle de vingt-quatre pouces, le maillet à dégrossir et le ciseau. La règle mesure l’ouvrage et représente les vingt-quatre heures du jour, dont une part revient à la prière, une autre au travail et au repos, une troisième au secours d’un Frère dans le besoin, sans préjudice pour sa propre famille. Le maillet dégrossit la pierre et figure la force de la conscience qui écarte toute pensée vaine ou indigne. Le ciseau l’aplanit avant qu’elle ne passe aux mains d’ouvriers plus habiles, et enseigne les avantages de l’éducation. Le rite explique tout et ne laisse rien faire.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté fait l’inverse. Il met les outils dans la main et se tait sur leur sens. Son instruction par demandes et réponses se borne à dire que les apprentis travaillent « à dégrossir la Pierre Brute afin de la dépouiller de ses aspérités » (Rituel du Premier Degré, Rite Écossais Ancien et Accepté, Grande Loge Nationale Française, édition de 2004, page 52) et que leurs outils sont le ciseau et le maillet. Ce silence est une pédagogie. Les gloses que la tradition française a fini par imposer, le maillet comme volonté et le ciseau comme discernement, ne figurent nulle part dans le texte du rite, et trois années symboliques attendent l’apprenti pour les éprouver.

Il était une fois… la pierre brute

Au Rite Écossais Rectifié, le maillet figure parmi les trois meubles mobiles avec le compas et la truelle. L’instruction historique lui reconnaît trois usages selon les mains qui le tiennent, aux apprentis pour travailler la pierre brute, aux compagnons pour mettre en œuvre les matériaux déjà préparés, au Vénérable Maître et aux Surveillants comme emblème de l’union et de la fermeté qui doivent diriger les travaux des ouvriers. Le même outil change de sens en changeant d’épaule. Le ciseau, lui, n’apparaît pas au grade d’apprenti.

À Memphis-Misraïm, les trois joyaux de la loge sont le compas, l’équerre et la règle, disposés sur un petit autel triangulaire représentant un fragment d’obélisque. Le maillet et le ciseau n’existent que dans le geste du premier travail. Une observation s’impose ici, formulée sans polémique. Le cahier ne mentionne la pierre brute qu’une seule fois, dans la rubrique de ce premier travail. Ni la disposition du temple, en tête du cahier, ni la liste du matériel nécessaire à l’initiation, en annexe, ne la nomment, non plus que le maillet et le ciseau. Le rite suppose la pierre sans la décrire. Les ateliers qui le pratiquent héritent donc d’un geste dont l’objet leur est laissé à imaginer, ce qui explique la diversité des usages observés d’une loge à l’autre.

Une pierre de pierre, ou une pierre dessinée

Il était une fois… la pierre brute

La matérialité n’est pas une question secondaire. Une pierre véritable pèse, résiste et laisse une trace sur le pantalon de celui qui s’agenouille. Une pierre peinte au tapis ne résiste pas. Le Rite Écossais Ancien et Accepté pose un bloc réel sur la première marche de l’Orient et fait frapper dessus. Le Rite Anglais style Émulation expose deux pierres réelles et interdit tout contact, ce que traduit le mot inamovible. Le Rectifié choisit la figure.

Il était une fois… la pierre brute

Ce choix rectifié n’est pas une commodité, il s’accorde avec une doctrine. Le rite de Jean-Baptiste Willermoz repose sur une anthropologie de la réintégration, où le travail porte sur l’être intérieur et non sur la matière. Frapper une image plutôt qu’un bloc revient à dire que la pierre n’est nulle part ailleurs que dans celui qui frappe. Le Rite Écossais Ancien et Accepté préfère la résistance du calcaire. Les deux gestes sont cohérents avec les deux systèmes, et le maçon attentif y lit mieux qu’une question d’intendance.

La pierre cubique et un malentendu français

Il était une fois… la pierre brute

Une idée court dans les ateliers francophones, selon laquelle la pierre brute deviendrait pierre cubique comme l’apprenti devient maître. Les textes résistent à cette lecture. Le Rite Anglais style Émulation attribue la pierre cubique à l’ouvrier expérimenté pour y essayer et ajuster ses outils. Elle est un étalon avant d’être un trophée, et sa forme régulière ne se vérifie qu’à l’équerre et au compas. Le même texte lui donne ensuite une seconde valeur, morale, celle de l’homme au déclin de ses années après une vie droite et bien employée. Les deux lectures cohabitent sans se confondre, et la première est la plus exigeante.

Il était une fois… la pierre brute

Le Rite Écossais Rectifié suit cette première voie. La pierre brute est attribuée aux apprentis pour la dégrossir, la pierre cubique aux compagnons pour aiguiser leurs outils, la planche à tracer aux maîtres pour tracer leurs dessins. La pierre cubique y sert donc à préparer l’instrument, non à couronner une carrière. Le Rite Écossais Ancien et Accepté procède autrement, en posant la pierre brute sur la première marche de l’Orient, du côté du Nord, et la pierre cubique en vis-à-vis, sur la deuxième marche, du côté du Sud. Une marche plus haut, et de l’autre côté. Le passage de l’une à l’autre traverse la loge et gravit un degré, mais nulle part le rituel n’affirme que la première devient la seconde. La montée est suggérée par l’architecture, non par le discours.

L’histoire du mot éclaire le malentendu.

Il était une fois… la pierre brute

Masonry Dissected, divulgation anglaise publiée à Londres en 1730 par Samuel Prichard, connaît déjà les joyaux immobiles du XVIIIe siècle et nomme la planche à tracer, la pierre brute et un troisième objet au nom obscur, le broached thurnel, que la tradition ultérieure a remplacé par la pierre cubique. La maçonnerie française a de son côté développé la pierre cubique à pointe, surmontée d’une hache, qui appartient au grade de compagnon. Une même fonction traverse ces trois objets, celle de fournir une référence extérieure au travail de l’ouvrier. La pierre cubique n’est pas le portrait de l’homme accompli, elle est la mesure à laquelle il se soumet.

Trois coups là où l’Écriture demande le silence

Il était une fois… la pierre brute

Le premier livre des Rois rapporte que la maison de Salomon fut bâtie de pierres toutes préparées à la carrière, en sorte que ni marteau, ni hache, ni aucun outil de fer ne se fit entendre dans le temple pendant sa construction. La pierre doit être achevée avant d’entrer. La Franc-Maçonnerie place donc la pierre brute au seuil et jamais dans le sanctuaire. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, elle repose sur la première marche, au pied de l’Orient, à l’endroit exact où s’arrête celui qui n’a pas le droit de monter. Au Rite Écossais Rectifié, elle est tracée dans la partie inférieure du tapis, celle qui représente le porche du temple, et forme un triangle avec la pierre cubique et la planche à tracer.

L’instruction rectifiée demande dans quelle partie du temple l’apprenti a travaillé, et la réponse tient en un mot, le porche. Il a monté trois des sept marches, puis son temps n’étant pas venu, il a été fait redescendre. Le bruit du maillet est ainsi le bruit du dehors. Le silence demandé à l’apprenti sur les colonnes et le vacarme de son outil disent la même chose, à savoir qu’il n’est pas encore dans l’édifice. Les trois coups qu’il frappe résonnent précisément là où le texte biblique exige qu’aucun fer ne s’entende. Nous tenons là une des articulations les plus fortes du premier grade, et elle passe souvent inaperçue.

L’homme mis à la place de la pierre

Le Rite Anglais style Émulation opère un renversement dont la portée dépasse la question des outils. Après le serment et la lumière, le Second Expert conduit le nouveau Frère à l’angle du Nord-Est de la loge et l’y place, pied gauche en travers, pied droit dirigé vers le bas de la loge. Le Vénérable Maître lui rappelle alors que l’usage veut que la première pierre des édifices considérables soit posée à l’angle du Nord-Est, et que sa présence en ce point symbolise cette pierre, sur la fondation édifiée le soir même. Il forme le vœu qu’il élève un édifice parfait en tous ses éléments et qui fasse honneur au constructeur. Suit aussitôt l’épreuve de la charité, où le nouveau Frère, dépouillé de tout objet de valeur, découvre qu’il ne peut donner.

Il était une fois… la pierre brute

Émulation ne donne donc pas une pierre au récipiendaire. Il en fait une. Les trois autres rites lui tendent un objet et lui demandent de s’y reconnaître, le rite anglais inverse le mouvement et met l’homme lui-même à la place du bloc fondateur. De là viennent les cérémonies publiques de pose de première pierre, et de là vient aussi la place attribuée aux apprentis au septentrion, dans la partie la moins éclairée du temple, celle où l’édifice commence.

Memphis-Misraïm élargit encore, dans un autre sens. Le Vénérable Maître explique au nouvel apprenti que le temple à rebâtir est d’abord intérieur, et que « Les pierres de ce Temple sont nos possibilités » (Cahier du grade d’Apprenti au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, Grand Orient de France, édition 6001, page 47), leur taille devant les faire devenir des vertus morales, intellectuelles et spirituelles. Le pluriel déplace le propos. Il n’y a plus une pierre et un homme, mais un chantier et des possibles. Ce cahier, adaptation par le Grand Orient de France de la version courte réécrite par Robert Ambelain, porte les traces d’une généalogie reconstruite après coup, et les dates avancées dans sa notice historique appellent la prudence que réclament toutes les origines égyptiennes de la maçonnerie.

Il était une fois… la pierre brute

Ce que la pierre interdit de croire

Reste à écarter une lecture répandue, celle qui fait de la pierre brute un exercice de perfectionnement personnel, affaire privée entre un homme et lui-même. Les quatre rituels subordonnent la taille à une destination, et aucun ne laisse l’ouvrier travailler pour son seul compte. Le Rite Écossais Rectifié est le plus sévère, qui avertit l’apprenti que sans ce travail la pierre serait rejetée de la construction du temple élevé au Grand Architecte de l’Univers.

Il était une fois… la pierre brute

La menace du rebut figure dans le texte. Émulation dit que la pierre est rendue propre à prendre sa place dans un édifice futur, le Rite Écossais Ancien et Accepté demande de la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination, Memphis-Misraïm parle de vertus à obtenir par la taille. Aucune de ces formules ne s’arrête à l’individu.

Une ambiguïté demeure, et les rites la conservent parce qu’elle porte toute la question de l’initiation.

L’apprenti frappe une pierre qui le représente. Il est donc à la fois le bloc et le bras, la matière et l’ouvrier. Qui travaille en nous lorsque nous travaillons sur nous-mêmes, voilà une question sans réponse théorique, à laquelle les rituels répondent par la mise en scène plutôt que par l’argument. Le Rectifié apporte la solution la plus fine en faisant frapper le Second Surveillant d’abord, puis l’apprenti après lui, avec le même maillet. Le geste est reçu avant d’être accompli. Nul ne commence seul, et la loge tout entière tient dans cette précision de régie.

Il était une fois… la pierre brute

Ce qui reste quand la poussière retombe

La pierre n’est remise qu’à la fin de la réception parce qu’elle en est le prolongement. Les quatre rituels le disent dans quatre langues, l’un en mettant le fer dans la main, l’autre en prêtant l’outil le temps de trois coups, le troisième en faisant répéter un geste appris, le dernier en n’accordant rien à toucher. Ce dernier dit peut-être le plus clairement ce que les trois autres montrent, à savoir que l’homme placé à l’angle du Nord-Est n’a pas besoin d’outil parce qu’il est l’ouvrage.

Trois années durant, l’apprenti écoutera. La pierre, elle, n’a pas de terme assigné, et le Frère qui la regarde encore après trente ans de colonnes sait que le dégrossissage ne s’achève pas, qu’il se transmet. Voilà sans doute la leçon commune de ces quatre familles rituelles, si différentes de tempérament et d’origine. Elles ne promettent pas un homme achevé. Elles promettent un chantier ouvert, et une place dans un mur que nul ne verra debout de son vivant.

Il était une fois… la pierre brute

Sources :

Rituel du grade d’Apprenti, Rite Écossais Rectifié, rédigé en Convent Général de l’Ordre l’an 1782, version complétée par Jean-Baptiste Willermoz et communiquée par lui en 1802 à la respectable loge La Triple Union à l’Orient de Marseille, Grande Loge Nationale Française, édition de 2015, 112 pages.

Rituel du Premier Degré, Rite Écossais Ancien et Accepté, ouverture, fermeture et réception au degré d’apprenti, Grande Loge Nationale Française, édition n° 2, avril 2004, avec le concours de la loge nationale d’instruction Hiram, 68 pages.

Rituel du Premier Grade, Rite Émulation, Grande Loge Nationale Française, loge nationale d’instruction Le Roi Salomon, édition de 2005.

Cahier du grade d’Apprenti au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, Grand Orient de France, Puissance symbolique régulière souveraine, édition 6001.

Il était une fois… la pierre brute

À lire aussi sur 450.fm

Dans la paume du monde : le singe qui marqua les colonnes

Première d’une série de chroniques sur la soustraction, tirées de « Dans la paume du monde » (Éditions L.O.L., 2026). Chacune démonte une figure pour en extraire un mécanisme, et chacune se termine par ce qui la réfuterait.

Taillons-nous encore notre pierre, ou la faisons-nous tailler ? À l’interrogation sur les machines qui écrivent, nous répondons d’ordinaire ce que tout le monde répond : que l’outil est neutre, que tout dépend de l’usage, qu’il faut de la vigilance. Ces réponses sont des pansements ; la question, elle, est chirurgicale. Ce qui suit, ici et dans les semaines qui viennent, est ma tentative d’y répondre.

Il faut dire d’abord de quoi il ne s’agit pas. Il ne s’agit pas de l’intelligence artificielle, bien qu’il en soit question à chaque page, jusqu’à des résultats de laboratoire donnés avec leurs limites. Il s’agit d’une opération. Retrancher. Décider, dans un état donné, de ce qui doit descendre en poussière autour de l’établi pour que quelque chose paraisse. C’est le geste inaugural de nos ateliers ; c’est aussi ce que fait un cerveau d’enfant lorsqu’il perd la moitié de ses connexions pour devenir quelqu’un, ce que fait un corps qui apprend à ne pas se détruire, ce que fait toute pensée qui progresse. Je soutiens qu’il s’agit d’une seule structure, un cycle de production excédentaire et de destruction ciblée, que je nomme soustraction récursive. La question de notre siècle, dans ces termes, n’est pas de savoir si les machines pensent. Elle est de savoir qui tient le ciseau.

Dans la paume du monde : le singe qui marqua les colonnes

Le Roi Singe, né d’une pierre que personne ne taille

Commençons par une pierre que personne ne taille. Au sommet du mont des Fleurs et des Fruits, dit Wú Chéng’ēn au seizième siècle, un bloc mesure trente-six pieds et cinq pouces de haut, pour les trois cent soixante-cinq degrés du ciel, et vingt-quatre pieds de tour, pour les vingt-quatre périodes de l’année. La pierre est un almanach avant d’être une matrice. Le vent la frappe, la pluie la creuse, cela dure des âges sans qu’aucune main s’en approche, et un jour elle se fend : il en sort un singe de pierre. Retenez l’ordre des opérations. Rien n’a été mis dans ce bloc. Pas un grain n’y est entré qui n’y fût déjà. Ce qui était de trop est tombé ; ce qui restait s’est trouvé vivant. Nous appelons cela une naissance parce que nous voyons le singe. Un tailleur y verrait une forme dégagée par un ouvrage sans ouvrier, selon un dessin que rien n’avait dessiné.

Le singe grandit, se fait roi, et découvre qu’il mourra. C’est le moteur du récit : non l’ambition, mais une soustraction annoncée. Il apprend soixante-douze transformations, il vole une aiguille de fer qui servait à mesurer les eaux de la mer de l’Est, il raye son nom du registre des morts. Rien ne suffit. Alors le Bouddha lui propose un pari courtois : s’il peut sauter hors de sa paume, il aura le ciel.

Cinq colonnes au bout du monde

On raconte d’ordinaire ce vol trop vite, et tout s’y joue. Wùkōng ne se contente pas d’aller loin. Il va jusqu’au bout, assez longtemps pour que la fin du monde devienne une question de fatigue. Il voit cinq colonnes couleur de chair monter dans la brume, il en conclut ce qu’un homme méthodique en conclurait : les piliers qui soutiennent le ciel, donc la limite, donc le terme du pari. Et il fait ce que fait tout homme sérieux qui atteint une limite : il la marque. Il écrit au pied de la colonne du milieu que le Grand Sage égal du Ciel est venu jusqu’ici. Ce n’est pas une fanfaronnade, c’est un procès-verbal. Il date sa borne, la signe, laisse une trace qu’un tiers pourra vérifier, et revient réclamer son dû. Le Bouddha ouvre la main. Sur le majeur, une inscription à l’encre. Les colonnes étaient les doigts.

Dans la paume du monde : le singe qui marqua les colonnes
Franz Kafka en1923

Aucun système ne vérifie seul ses propres bornes

On lit cette scène comme une leçon sur l’orgueil, et c’est la lecture la plus pauvre qu’on en puisse faire. Le singe n’a pas péché par vanité. Il a fait tout ce qu’un être peut faire pour vérifier une limite : aller au bout, constater, laisser une preuve signée, revenir témoigner. Sa méthode est irréprochable ; ce qui le perd n’est pas un défaut de caractère. Aucun système ne peut établir, du dedans de ses propres opérations, s’il a franchi ses bornes. Le saut, les colonnes, l’inscription, le retour : tout s’est déroulé à l’intérieur de ce que le singe prétendait mesurer. Sa vérification faisait partie de la chose vérifiée. Kafka a écrit la même scène en deux pages, sans singe et sans montagne : un homme attend des années devant une porte de la Loi, et apprend en mourant que cette entrée n’était destinée qu’à lui. L’un croit franchir une borne jamais atteinte, l’autre attend une permission pour une porte qui était la sienne, et dans les deux cas l’instrument qui permettrait de trancher se trouve à l’intérieur de ce qu’il faudrait trancher. Ce n’est pas une impossibilité logique. C’est une impossibilité de position. Wùkōng ne manquait ni de force ni de rigueur. Il manquait d’un dehors.

Voilà pourquoi cette scène vient en premier, et pour aucune autre raison. Tout ce qui suivra tourne autour d’une question unique : comment un être peut savoir ce qu’on lui a retiré, quand l’instrument dont il disposerait pour le savoir a été retiré avec le reste. La main se referme, la montagne tombe, cinq cents ans passent. Nulle prouesse ne sort le singe de là. Quelqu’un passe, qui a besoin de lui pour un long voyage. On lui pose au front un cercle d’or qui se resserre quand il s’égare, et il faut mesurer ce que cet anneau signifie avant d’y voir une servitude : le singe ne peut pas savoir seul qu’il s’égare, puisque c’est le propre de l’égarement. Le signal doit lui venir du dehors, sous la forme d’une douleur qu’il n’a pas demandée. Au terme du voyage l’anneau disparaît. Non parce qu’on l’a ôté. Parce qu’il n’a plus rien à serrer.

Reste à retirer une consolation. Le bloc que tu attaques a déjà été attaqué : par le gel dans la carrière, par le coin qui l’en a détaché, par la main qui l’a posé sur ton établi. Remonte encore, et le calcaire lui-même n’est qu’un dépôt, des coquilles broyées sous une mer disparue. Il n’existe nulle part une pierre première ; il n’y a que des états successeurs. Tu n’inaugures rien, et ton seul privilège est de savoir que tu tailles. Cela vaut pour les hommes exactement comme pour les blocs. Nous sommes façonnés par l’écriture avant d’écrire, par le calcul avant de compter, par une langue que nous n’avons pas choisie. La question de savoir si nous serons transformés par nos techniques est donc mal posée : nous le sommes déjà, et ceux qui promettent de nous en garder promettent une virginité qui n’a jamais existé. La question qui reste est plus étroite et beaucoup plus dure. Quelle opération cédons-nous, à qui, et le saurons-nous.

Bibliotheque
Bibliothèque

Ce que nous avons délégué aux machines

Nous avons cédé le stockage aux tablettes et aux bibliothèques ; nous avons cédé le calcul aux tables et aux machines ; et l’on cite ces deux abandons trop vite, toujours pour rassurer. Regardez ce qu’ils ont laissé. L’homme qui range des rouleaux a cédé le soin de retenir, et gardé celui de décider dans quel ordre on les cherchera ; ses rayonnages sont un raisonnement mis debout, et l’on peut être en désaccord avec un rayonnage. L’ingénieur qui lit un logarithme dans une table a cédé une exécution, et gardé la question de savoir quelle grandeur méritait d’être calculée, qui ne se trouve dans aucune table. Dans les deux cas l’homme demeure celui qui écarte : il a délégué un travail, non un jugement. Ce que nous cédons maintenant est le geste qui commandait les deux. Décider de ce qui doit tomber.

Voici donc ce que j’affirme, et je le donne sans détour parce que ce sera contesté. Ou bien un dispositif rend visible ce qu’il écarte, et il augmente la faculté de juger. Ou bien il le dissimule, et il la remplace. Il n’y a pas de troisième terme. Prenez deux instruments qui font le même travail. Le premier souligne le mot qu’il juge fautif et laisse la faute sous vos yeux ; vous pouvez refuser, et vous apprenez la règle en refusant. Le second réécrit la phrase et vous rend un texte propre. Le résultat du second est meilleur, presque toujours. Mais après cent phrases du premier vous savez quelque chose que vous ne saviez pas, et après cent phrases du second vous avez cent phrases. L’un montre son rebut, l’autre balaie.

Cette alternative exclut la position la plus tenue, la plus raisonnable, la seule qui permette de dormir : tout dépend de l’usage. Je soutiens que l’usage est second. Un homme scrupuleux devant un instrument qui cache ses retraits est mieux disposé qu’un négligent ; il n’est pas mieux placé. Le scrupule ne perce pas l’opacité, il s’y appuie avec plus de confiance. Wùkōng avait marqué les cinq piliers en toute bonne foi, et sa bonne foi faisait partie du problème. Je ne demande pas pour autant un instrument qui exhiberait chacune de ses exclusions, ce qui rendrait à l’homme la charge qu’il avait précisément confiée. Je demande que le critère soit formulable et que quelqu’un en réponde. Un tas près de la porte suffit, à condition qu’on ait le droit d’y regarder.

Ce qui réfuterait cette chronique

Ce qui fragiliserait cette chronique, et prolongerait le débat, se laisse nommer, et je le cherche : un dispositif qui dissimule ses écarts, et dont les usagers voient croître leur discernement, mesuré une fois l’instrument retiré. La semaine prochaine, une falaise que la mer ronge et un bloc que le maillet entame : même perte, deux destins, et la formule qui les sépare.

Autre article de la série

À lire aussi sur 450.fm

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »

Quatre-vingt-dix ans après l’été des congés payés, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et l’historienne Marie-Luce Nemo rouvrent le dossier d’un procès que l’État français voulut exemplaire et qui se retourna contre lui. Entre le 19 février et la mi-avril 1942, devant une Cour suprême de justice instituée pour l’occasion, Léon Blum, accusé d’avoir trahi les devoirs de sa charge, retourna l’accusation contre le régime qui la portait et fit de sa défense une plaidoirie pour la souveraineté du peuple. Préfacé par Rémy Pech, le livre tient du récit historique et du manifeste civique, et son intérêt le plus profond se loge dans ce qu’il dit de la parole donnée, de la sérénité devant l’épreuve et d’une espérance assez obstinée pour tenir tête à la fatalité.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »

Le maréchal avait rendu son verdict avant l’ouverture des débats

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Rémy Pech

Tout, dans cette affaire, avait été conçu pour que l’issue ne fît aucun doute. Dès l’été 1940, un acte constitutionnel installait à Riom une Cour suprême de justice chargée de rechercher les responsables du passage de l’état de paix à l’état de guerre, et le 16 octobre 1941, sans attendre les audiences, Philippe Pétain prononçait de sa propre autorité contre Léon Blum, Édouard Daladier et le général Maurice Gamelin une détention dans une enceinte fortifiée. Rémy Pech, historien et professeur émérite, résume la situation d’une phrase sans réplique, Blum « est alors l’accusé et le maréchal Pétain est son accusateur ». Le préfacier parle d’un « procès à grand spectacle », et la formule dit bien ce que Vichy attendait de Riom, une mise en scène où l’ancien président du Conseil porterait devant la France vaincue le poids de la défaite et de ce que la propagande appelait la décadence.

Les auteures montrent comment la machine s’est enrayée

La question de la débâcle militaire, qui aurait dû occuper le centre des débats, ne fut jamais posée, Maurice Gamelin s’étant muré dans le silence. Restait l’accusation d’avoir mal préparé la guerre, c’est-à-dire, au fond, d’avoir voulu la semaine de quarante heures, les congés payés et les conventions collectives. Léon Blum comprit aussitôt que ses juges lui offraient une tribune. Il parla, chiffres en main, avec la précision et la sérénité que relèvent les auteures, moins pour la salle que pour les journalistes qui portaient ses mots bien au-delà de l’Auvergne. Le régime, embarrassé par des audiences qui tournaient à sa propre mise en cause et pressé par un occupant que cette tournure irritait, suspendit le procès sine die. Rémy Pech y voit un élément décisif du basculement de l’opinion en faveur de la Résistance, et l’adjectif « improbable » du titre désigne autant l’anomalie d’un régime né de la défaite jugeant ceux qui l’avaient précédé que le renversement des rôles auquel aboutit l’audience.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »

Le lecteur de 450.fm n’oubliera pas que le même État français avait, dès août 1940, dissous les obédiences et bientôt livré au Journal officiel les noms de leurs dignitaires. Léon Blum n’appartint jamais à nos ateliers, mais la propagande de Vichy fit de lui, avec une constance haineuse, l’incarnation d’une République prétendument judéo-maçonnique. Riom fut le procès de cette République-là, et les frères et sœurs alors chassés de la fonction publique comparaissaient avec lui, sans être nommés, sur le même banc.

Ce n’était pas le procès d’un homme, mais celui de la Gueuse

Le cœur du livre tient dans l’argument que Blum oppose à ses accusateurs et que les auteures citent.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Carole Delga

Dans la Constitution républicaine, dit-il en substance, la souveraineté appartient au peuple, elle s’exprime par le suffrage universel et se délègue au Parlement. Poursuivre pénalement un chef de gouvernement sans rien alléguer contre sa probité ni son honneur, lui faire crime d’avoir pratiqué la politique commandée par le suffrage souverain et approuvée par le Parlement, ce n’est plus juger un homme, c’est juger « le régime républicain et le principe républicain lui-même ». Et Blum d’ajouter qu’il est fier de soutenir ce procès-là « au nom des convictions de toute ma vie ». Carole Delga lit dans cette réponse le vrai sujet de Riom. Ce qui comparaît, c’est « la Gueuse », cette République que l’hymne des Camelots du roi promettait de pendre le moment venu, cette démocratie que l’extrême droite jugeait contraire au génie national parce que la volonté du plus grand nombre ne saurait faire loi dans un pays qui réclame un chef.

Le franc-maçon reconnaît dans cette scène deux des choses qu’il tient pour sacrées.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Léon Blum

La parole donnée d’abord. L’un des chapitres les plus forts est consacré aux « Quatre-Vingts », ces parlementaires qui, le 10 juillet 1940, refusèrent de remettre les pleins pouvoirs au maréchal alors que tout, autour d’eux, cédait. Blum était de ceux-là, et son « au nom des convictions de toute ma vie » prolonge ce vote comme un serment prolonge une promesse. La liberté de conscience ensuite, dont la souveraineté populaire est la forme politique. Les loges se sont longtemps voulues les ateliers où la République se pensait avant de se dire dans la cité, et la plaidoirie de Riom, qui refuse que la responsabilité d’une politique collective soit imputée à un seul, pose avec netteté la question de la responsabilité individuelle dans une œuvre commune.

Une plaque émaillée dans l’escalier d’une mairie

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Le château de Bourrassol, prison de Léon Blum durant le procès de Riom (vers 1940).
Arch. dép. Puy-de-Dôme, photographie de Léon Gendre, 590 Fi 342

Le livre avance par stations, de la débâcle à l’arrestation, de l’arrestation au procès, puis de la prison de Bourrassol, près de Riom, au Clos-des-Metz de Jouy-en-Josas où la vie de Blum s’acheva en 1950, Buchenwald entre les deux. La voix qui conduit ce récit est celle de Carole Delga, qui écrit à la première personne, la main de l’historienne se devinant surtout dans les notes qui renvoient aux sources, sans que la part de chacune soit toujours lisible. Ancienne secrétaire d’État, présidente de la Région Occitanie depuis 2016 et de Régions de France,

Carole Delga avait déjà signé avec Marie-Luce Nemo, historienne et historienne de l’art, auteure de plusieurs biographies, un Jean Jaurès, les convictions et le courage (Privat, 2022). Le passage de Jean Jaurès à Blum n’est pas un hasard de catalogue, il dessine une filiation que la préface assume en désignant Carole Delga comme l’« héritière » de Blum.

La préface de Rémy Pech ajoute au volume une profondeur que le récit seul n’aurait pas

Né près de Narbonne, dans la circonscription de Blum, quatre ans après la fin de son troisième mandat, l’historien raconte la modeste plaque émaillée aperçue, enfant, dans l’escalier de la mairie de son village, puis les témoignages de vieux vignerons sur les campagnes du député et sur son aide aux coopératives viticoles, puis les récits de Serge Berstein, biographe de Blum. La mémoire se transmet ainsi, par une plaque et par des voix, bien avant les livres. Rémy Pech, spécialiste de Jaurès et du Midi viticole, salue au passage le bilan de la présidente de Région, et c’est ici que le critique doit garder l’œil ouvert. Un livre écrit par une élue socialiste sur un ancêtre socialiste court le risque du roman de famille. Les auteures en sont conscientes, elles qui reprochent à d’autres d’user de l’Histoire « à des fins immédiates ». La reconstitution du procès, documentée et sobre, résiste à ce reproche. Les dernières pages, tournées vers les adversaires d’aujourd’hui, quittent le terrain de l’historienne pour celui de la tribune, et le lecteur d’une autre sensibilité pourra juger que la démonstration s’y fait plaidoyer. Le lecteur exigeant guettera aussi les ombres du personnage, la non-intervention en Espagne, le « lâche soulagement » de septembre 1938, car un héros sans aspérités instruit moins qu’un homme aux prises avec ses contradictions.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Chautemps-Blum

Celui qui se moque du passé n’est pas digne du futur

La partie la plus stimulante de l’ouvrage est celle où Carole Delga refuse d’un même mouvement deux facilités, la fatalité, ce sentiment qui « écrase une société tout entière » et brise toute volonté de changement, et l’analogie paresseuse entre notre siècle et les années 1930, que le président de la République lui-même a pratiquée et qu’elle juge « simplificatrice » parce qu’elle balaie d’un revers de main « la construction humaine, bâtie, pierre après pierre ». Avec Nicolas Offenstadt, elle préfère la notion de basculement, qui rappelle qu’une situation historique peut aller beaucoup plus vite qu’il n’y paraît. L’Histoire ne se répète pas, elle bascule, et le basculement des années 1930, du krach de 1929 à l’affaire Stavisky, fut vertigineux. « Et pourtant, Blum a combattu et la République a gagné. »

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Rafle du Vel d’Hiv plaque en face de la station de métro Bir-Hakeim

Le second front est celui de la mémoire. Citant George Orwell, pour qui le contrôle du passé donne le contrôle du futur, et Charles Maurras, pour qui « le patriotisme sans l’Histoire n’est rien », les auteures décrivent la guérilla menée depuis les années 1980 pour réécrire la Seconde Guerre mondiale, du « détail » de Jean-Marie Le Pen aux propos de Marine Le Pen sur la rafle du Vél’ d’Hiv et à la réhabilitation de Pétain tentée par Éric Zemmour. Cette bataille, à leurs yeux, se jouait déjà en creux à Riom, puisqu’il s’agissait, hier comme aujourd’hui, de souiller la République. Le franc-maçon, qui fait de la transmission un devoir et de la mémoire une pierre de l’édifice, entend ici un langage familier. Celui qui se moque du passé n’est pas digne du futur, et une société qui laisse ses faussaires écrire l’Histoire consent d’avance au verdict de ses prochains juges.

Les pessimistes ne sont que des spectateurs

« Le pire n’est jamais certain. » Ainsi s’ouvre la conclusion, dans un écho au sous-titre que Paul Claudel donna au Soulier de satin, et cette phrase donne le ton de pages tout entières tournées vers l’optimisme comme vertu politique.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »
Jean Jaurès en 1904 par Nadar

Carole Delga le nomme « le carburant de la confiance en l’autre et en l’avenir » et rappelle ce que Blum disait aux mineurs de Lens en octobre 1936, qu’il était « un optimiste invétéré, incurable, incorrigible » et que Jaurès aimait à répéter un mot de François Guizot, « Les pessimistes ne sont que des spectateurs ». Blum ajoutait qu’il avait autre chose à faire que de prendre sa place au spectacle. Le livre se clôt sur la dernière phrase du dernier article que Blum publia de son vivant, gravée sur son monument de Narbonne, « Je l’espère et je le crois. Je le crois parce que je l’espère. »

Il y a dans ce renversement, où la croyance naît de l’espérance et non l’inverse, quelque chose que l’initié reconnaît.

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »

L’espérance figure parmi les degrés de l’échelle de Jacob dans plus d’un rite, et le franc-maçon qui prend ses outils ne le fait pas parce qu’il est assuré du résultat, mais parce que le chantier existe et qu’il a promis d’y travailler. Léon Blum, à Riom, ne croyait pas que la vérité triompherait parce qu’il en détenait la preuve, il le croyait parce qu’il l’espérait, et cette espérance fut assez incorrigible pour renverser une salle d’audience. La leçon vaut pour la cité comme pour le Temple intérieur, où le pessimisme est une manière de rester assis.

Reste, pour chacun de nous, une question que le livre ne pose pas en ces termes mais qu’il rend inévitable. Si la Gueuse comparaissait de nouveau, et rien n’assure qu’elle ne le fera pas, de quel côté de la salle nous tiendrions-nous, et notre espérance serait-elle assez incorrigible pour préférer la parole à la place au spectacle ?

« Quand Vichy jugeait Léon Blum »

Carole Delga et Marie-Luce Nemo, Quand Vichy jugeait Léon Blum. L’improbable procès du Front populaire, préface de Rémy Pech, Éditions Privat, Toulouse, 2026, 192 pages, 16,90 € / L’éditeur, le SITE

À lire aussi sur 450.fm

Il fut Pic de la Mirandole – Chapitre 13 – L’ombre du bûcher

Chapitre précédent ici.

L’amitié avec Savonarole était peut-être la relation la plus étrange de la vie de Giovanni, la plus inexplicable de l’extérieur, la plus profondément sensée de l’intérieur.

Ils n’étaient d’accord sur presque rien.
Savonarole pensait que l’humanisme florentin était une corruption, que les livres des Grecs et des Arabes pervertissaient les esprits, que la beauté des peintures et des sculptures était une tentation idolâtre, que Florence avait besoin non de Platon mais de repentir, de larmes, de conversion sincère.
Giovanni pensait que la beauté était une révélation, que les traditions non chrétiennes contenaient des vérités que le christianisme devait accueillir plutôt que condamner, que l’intelligence humaine était un don divin qu’on honorait Dieu en développant.

Ils n’auraient pas dû s’entendre. Ils s’entendaient profondément.
Ce qui les liait était plus profond que leurs désaccords doctrinaux : une exigence commune, un refus commun de la médiocrité, une incapacité commune à se satisfaire des demi-mesures. Savonarole était radical dans sa foi austère ; Giovanni était radical dans sa foi syncrétiste. Ils se reconnaissaient dans cette radicalité, au-delà de son contenu.

Pour comprendre Savonarole, il fallait comprendre ce que la certitude fait à un homme sincère.

Il n’avait pas commencé ainsi. Giovanni le savait par Politien, qui l’avait connu à Ferrare dans les années 1470, avant Florence, avant la célébrité : un jeune dominicain studieux et tourmenté, qui lisait Thomas d’Aquin avec une humilité sincère et doutait de lui-même avec la ferveur qu’il mettrait plus tard à ne plus douter de rien. Il avait été, à vingt ans, un homme qui posait des questions.

La transformation était venue lentement, et Giovanni, qui y avait réfléchi souvent, pensait en comprendre le mécanisme.
Le monde avait confirmé Savonarole trop tôt et trop souvent. Sa première grande prédication publique à Florence, en 1482, avait été un échec : les Florentins, raffinés et ironiques, n’avaient pas reconnu en lui ce qu’il croyait être. Il était reparti pour Bologne, blessé, convaincu que c’était leur faiblesse, pas la sienne. Puis il était revenu, en 1490, sur l’invitation de Laurent lui-même, Laurent qui collectionnait les esprits forts comme d’autres collectionnent les faïences, et cette fois, la ville l’avait entendu.

Les prêches à San Marco attiraient des centaines, puis des milliers de personnes. Les femmes pleuraient. Les hommes revenaient plusieurs fois dans la semaine. On rapportait des conversions, des restitutions de biens volés, des réconciliations entre familles ennemies.
Ce succès-là était dangereux pour un homme de sa nature, pensait Giovanni. Non pas parce qu’il l’avait corrompu, Savonarole n’était pas corruptible par l’argent ou par les honneurs, mais parce qu’il lui avait fourni la preuve. La preuve qu’il avait raison. Que Dieu parlait par lui. Que ses doutes de jeunesse n’étaient que la faiblesse de la chair, et que la certitude était la récompense de la fidélité.

La certitude, une fois acquise, ne se partage pas. Elle s’impose ou elle se tait. Et Savonarole n’avait jamais su se taire.

Giovanni était allé l’entendre prêcher une fois, au printemps 1489, dans la grande nef de San Marco. Il y était allé avec la curiosité du philosophe, avec ce détachement analytique qui était sa façon naturelle d’approcher les phénomènes humains. Il en était ressorti avec quelque chose de plus trouble.
Savonarole prêchait sans notes, debout dans la chaire de bois sombre, son corps maigre tendu comme un arc. Sa voix n’était pas belle. Elle avait quelque chose d’âpre, de presque discordant, qui contrastait avec la voix lisse des prédicateurs de cour. Mais elle portait. Elle portait avec une efficacité que Giovanni n’avait rencontrée dans aucun autre orateur, parce qu’elle ne cherchait pas à plaire. Elle cherchait à atteindre.

Il avait prêché ce jour-là sur le prophète Amos. Sur la ville corrompue qui se croit en sécurité parce qu’elle est riche et belle. Sur Dieu qui avertit avant de frapper, mais dont les avertissements sont lus comme de la métaphore par ceux qui ont trop à perdre pour vouloir comprendre. Sa voix, en décrivant la destruction à venir, ne tremblait pas. Elle avait cette sécheresse particulière des hommes qui ne doutent plus : ils n’ont pas besoin de convaincre, ils annoncent.

Giovanni, dans la foule, avait senti quelque chose de froid le traverser. Non pas la peur du jugement car il ne partageait pas la théologie de Savonarole et cette voix ne l’atteignait pas par ce chemin-là.
Ce qui l’avait traversé, c’était la reconnaissance d’une puissance réelle. Une puissance sans filet, sans ironie, sans la distance protectrice que l’humanisme florentin interposait toujours entre lui-même et l’absolu.
Et il avait vu, à cet instant, ce que cette puissance-là pourrait faire si elle cessait de rester dans les limites de la parole.

Il en avait parlé à Ficin le soir même.
— La différence entre un prophète et un fanatique, dit-il, c’est la même qu’entre le feu dans la cheminée et le feu dans la maison. Au départ, la même flamme. C’est la limite qui change tout.
— Et Savonarole, il est dans la cheminée ou dans la maison ? avait demandé Ficin.
— Pour l’instant, dans la cheminée. Mais il cherche la porte.

Savonarole vint à Querceto en septembre 1490, pour une de ses visites rares mais intenses. Il portait toujours le même habit dominicain usé, ses sandales de cuir brut, sa façon de tenir son corps comme une forteresse. Mais dans ses yeux, ces yeux d’une intensité presque douloureuse, il y avait, quand il regardait Giovanni, quelque chose de tendre.

Ils marchèrent dans le jardin. L’automne commençait, et les vignes rougissaient.
— J’ai lu votre Heptaple, dit Savonarole.
— Et ?
— C’est brillant. Et dangereux.
— Vous me le dites à chaque fois.
— Parce qu’à chaque fois, c’est vrai.

Un silence. Les vignes bruissaient dans le vent.
— Giovanni, dit Savonarole
C’était rare qu’il l’appelle par son prénom, plutôt que par le titre ou par un détachement formel qui lui servait de bouclier.
— Vous allez trop loin. Pas dans la logique, votre logique est souvent admirable. Mais dans le sens de votre projet. Vous voulez embrasser tout le savoir humain, réconcilier toutes les traditions, faire entrer la vérité dans un palais si vaste qu’il aurait des ailes dans tous les quartiers du monde. Mais la vérité n’est pas un palais. Elle est une épée.
— Une épée coupe, dit Giovanni. Un palais accueille. Je préfère accueillir.
— Et Jésus lui-même a dit qu’il n’apportait pas la paix mais l’épée.
— Il parlait de l’épée contre le péché, pas contre les traditions humaines qui cherchent sincèrement Dieu.

Savonarole s’arrêta. Il regarda Giovanni avec une expression qui mêlait l’admiration et la douleur.
— Vous êtes le seul homme à Florence à qui je puisse dire ce que je pense vraiment sans craindre la flatterie ni la condescendance, dit-il.
— Et vous êtes le seul homme à Florence qui me dise ce que je ne veux pas entendre sans que cela me blesse, dit Giovanni.
— Cela devrait vous blesser, parfois.
— Oui. Mais votre compagnie est si rare que la blessure en vaut le prix.
— Vous savez que Florence va changer, dit Savonarole.
— Tout change.
— Non. Je veux dire : Florence va connaître quelque chose de violent. J’en suis convaincu. Dieu parle dans l’histoire. Et ce qu’il dit en ce moment, les guerres qui viennent, l’instabilité des princes, la corruption de l’Église, ce n’est pas un avertissement. C’est un commencement.
— Un commencement de quoi ?
— D’un jugement.

Giovanni regarda le paysage de Toscane dans la lumière d’automne, les oliviers, les cyprès, les vignes rouges, Florence dans la plaine, et plus loin les collines bleues de l’Apennin.
— Si le jugement vient, dit-il doucement, où serons-nous, vous et moi ?
— Vous, dit Savonarole avec une douceur inattendue, vous serez dans vos livres. C’est là votre lieu.
— Et vous ?
— Moi, je serai dans la rue. C’est là le mien.

Ils rentrèrent à la maison en silence. On leur servit le dîner. Savonarole mangea peu, comme toujours, un peu de pain, des légumes bouillis, de l’eau, avec cette économie du corps qui n’était pas chez lui de l’ascétisme au sens théâtral, mais quelque chose de plus profond : une conviction que la chair consommait de l’énergie qu’il valait mieux garder pour autre chose.

Après le dîner, Giovanni le trouva seul dans la bibliothèque. Il n’avait pas pris un livre. Il était simplement assis, les mains à plat sur la table, les yeux ouverts sur quelque chose que les murs de la pièce ne contenaient pas.

Giovanni s’assit en face de lui sans rien dire. C’était une des choses qu’il avait apprises dans leur amitié : on ne dérangeait pas Savonarole quand il était ainsi. Il reviendrait de lui-même.

Il revint, après un long moment.
— Je vais vous dire quelque chose que je n’ai dit à personne, dit Savonarole. Pas parce que vous le comprendrez mieux que les autres. Mais parce que vous êtes le seul qui pourrait m’en dissuader si j’avais tort. Et si vous n’y arrivez pas, alors je saurai que j’ai raison.
Giovanni attendit.
— Je crois que Dieu m’a choisi pour un travail particulier. Pas pour enseigner, pas pour écrire, pas pour ajouter un commentaire de plus aux commentaires existants. Pour nettoyer. Florence est magnifique et Florence est pourrie ; pas corrompue au sens ordinaire, pas seulement l’argent, pas seulement la politique. Pourrie dans sa façon de confondre la beauté avec la vérité. D’admirer Platon quand il faudrait obéir à l’Évangile. De transformer la sagesse en ornement.

Il fit une pause. Ses mains sur la table ne bougeaient pas.
— Je sais ce que vous allez dire. Que la beauté est une forme de vérité. Que Platon et l’Évangile ne se contredisent pas. Vous le dites depuis dix ans et vous le dites avec une intelligence que j’admire sincèrement. Mais l’intelligence ne suffit pas. L’intelligence aussi peut être un ornement. Les enseignements de Platon conduisent à l’orgueil de l’âme, ceux d’Aristote à l’incrédulité. C’est pourquoi je vous invite instamment, à juste titre, à quitter les chemins et les clairières de la philosophie pour le porche de Salomon, où se trouve le chemin le plus sûr vers la vie et la vérité. C’est le moyen d’éviter de choisir.
— Choisir quoi ? dit Giovanni.
— Entre la connaissance et l’obéissance. Vous voulez les deux. Je comprends ce désir. Mais au moment de la décision vraie, pas la décision intellectuelle, la décision vitale, les deux ne tiennent pas ensemble. L’un cède. Et ce qui cède chez la plupart des hommes de ce temps, c’est l’obéissance.

Giovanni le regarda longuement. Il cherchait dans ce visage tendu ce qu’il avait cru y voir parfois : le doute, la fissure, l’endroit où la certitude n’était que la croûte sur quelque chose de plus vulnérable. Il ne le trouva pas. Ou plutôt : il le trouva, mais différemment de ce qu’il avait imaginé. La vulnérabilité de Savonarole n’était pas le doute. C’était la peur. Une peur très ancienne, soigneusement murée derrière les certitudes, mais présente. La peur que si l’on commence à accueillir, si l’on commence à réconcilier, si l’on commence à admettre que plusieurs chemins mènent à la vérité, alors peut-être n’y a-t-il plus de chemin du tout. Plus de boussole. Plus de nord.

Ce n’était pas la tentation du mal. C’était la tentation du vertige.
Et le dogme, comprit Giovanni à cet instant, était la façon qu’avaient certains hommes, des hommes sincères, des hommes de bonne foi, de ne plus avoir le vertige. De se donner un sol ferme sous les pieds, même si ce sol était une prison.
— Frère Jérôme, dit-il doucement, ce que vous appelez obéissance, je l’appelle abdication. Non pas parce que Dieu ne mérite pas l’obéissance. Mais parce que l’intelligence qu’il nous a donnée en faisant l’homme à son image, cette intelligence est aussi une forme d’obéissance. Renoncer à elle, c’est refuser une partie du don.

Savonarole secoua la tête, lentement.
— Le serpent aussi a offert un don à Ève. Le don de la connaissance. Et elle a accepté.
— Et sans ce don, dit Giovanni, nous ne serions pas ici à en parler.
Un silence long. Une bougie finit de brûler et s’éteignit. Personne ne la remplaça.
— Vous n’avez pas pu m’en dissuader, dit Savonarole.
Sa voix n’était pas triomphante. Elle était presque triste.
— Non, dit Giovanni. Je n’ai pas pu.
— Alors je suis sur le bon chemin.

Il se leva. Il inclina légèrement la tête, comme il faisait toujours en partant, ce geste à mi-chemin entre la révérence et le congé militaire. Et il sortit.

Giovanni resta seul dans la bibliothèque à demi obscure. Il pensa à la bougie éteinte. Il pensa à ce que Savonarole avait dit : que ne pas le convaincre était pour lui une preuve.

C’était là, comprit-il, le signe ultime de la clôture d’un esprit : quand les arguments contraires deviennent des confirmations. Quand la résistance du réel se lit non pas comme un signal à prendre en compte, mais comme une épreuve à surmonter. Quand l’obstacle devient la preuve que l’on va dans la bonne direction.
Un homme dans cet état ne peut plus être rejoint par la raison. Il peut seulement être aimé, ou combattu, ou attendu avec l’espoir fragile que quelque chose, un jour, fracture la carapace de l’intérieur.
Giovanni choisit d’aimer. C’était le choix le moins efficace et le plus honnête.

Ce fut leur dernière grande conversation avant que les événements  ne les séparent.

Si vous souhaitez commencer le roman depuis le début, cliquez ici

La Revue de Presse FM France & Monde du 17/09/26

0

 

Jeudi 17 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : du mardi 15 septembre 2026 à 12h00 au mercredi 16 septembre 2026 à 12h00, heure de Paris.

France

À Cognac, l’hôtel Rabayne ouvre un coin du voile

Charente Libre (presse régionale) · France · 16 septembre 2026 · français · Lire la source

À l’occasion des Journées du patrimoine, les Francs-Maçons de Cognac ouvriront l’hôtel Rabayne le 19 septembre. Le titre retient leur formule « nous sommes une anti-secte », destinée à distinguer démarche initiatique, liberté individuelle et emprise. La page n’étant pas accessible, la notice demeure strictement fondée sur l’extrait Google Alerts.

Dans l’Eure, les temples s’ouvrent au public

Actu.fr (presse locale) · France · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · français · Lire la source

Les Loges euroises annoncent des ouvertures les 19 et 20 septembre, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine. La page n’ayant pas pu être consultée, cette notice s’appuie sur l’extrait Google Alerts. L’initiative participe d’un mouvement national de médiation qui présente bâtiments, histoire et symboles sans prétendre dévoiler l’expérience rituelle.

À Carsac-Aillac, les mystères de l’Égypte ouvrent un Temple

450.fm et Unidivers (presse maçonnique et agenda culturel) · France · 15 septembre 2026 · français · Lire la source · Programme pratique

Le Temple de Carsac-Aillac accueille le public les 19 et 20 septembre autour d’un décor et d’un imaginaire égyptiens. L’article souligne la tension féconde entre ce qui peut être montré et ce qui relève de l’expérience initiatique. Unidivers précise l’adresse et les horaires, dont une visite commentée le 20 septembre à 10 heures.

Violences conjugales : la Loge Les Zélés ouvre le débat

Montceau News (presse locale) · France · 15 septembre 2026 à 18h15 · français · Lire la source

Le GODF et la Loge Les Zélés de Blanzy organisent le 18 septembre à Montceau-les-Mines une conférence gratuite sur les violences conjugales. L’avocate Myriam Blumberg, l’ancienne championne Laurence Fischer et Bénédicte Haubold croiseront justice, reconstruction par le sport et mécanismes du déni. L’événement relie réflexion maçonnique et responsabilité civique concrète.

Jean-Raphaël Notton donnera une conférence publique à Nantes

Jean-Raphaël Notton

Grande Loge de France (communication officielle) · France · date d’annonce non indiquée ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · français · Lire la source

La GLDF annonce une rencontre gratuite le 6 octobre à 18h30, salle de la Manufacture, 10 boulevard de Stalingrad à Nantes, avec inscription en ligne. Son Grand Maître entend dépasser les idées reçues pour présenter valeurs humanistes, démarche initiatique et réflexion sur l’Homme contemporain. Il s’agit d’une communication institutionnelle ouverte au dialogue public.

À Sète, une conférence demande pourquoi être Franc-Maçon en 2026

Unidivers (agenda culturel) · France · date de publication non indiquée ; alerte reçue le 16 septembre 2026 · français · Lire la source

Une conférence publique annoncée à Sète pour le 19 septembre pose directement la question du sens contemporain de l’engagement maçonnique ; elle sera suivie d’agapes payantes. La page n’ayant pas été consultable, la notice se limite à l’extrait Google Alerts. Le titre invite opportunément à distinguer héritage, sociabilité et véritable travail initiatique.

François Verdier, un engagement jusqu’au sacrifice

La Dépêche du Midi (presse régionale) · France · 16 septembre 2026 · français · Lire la source

François Verdier

Un hommage rappelle la figure de François Verdier, dignitaire maçonnique, secrétaire fédéral de la Ligue des droits de l’Homme, juge au tribunal de commerce et grand Résistant. La page étant inaccessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts. Son parcours montre comment engagements républicain, civique et maçonnique purent converger face à l’oppression.

Maria Deraismes avait-elle fondé une Loge « sauvage » chez elle ?

Guichet du Savoir, Bibliothèque municipale de Lyon (service documentaire public) · France · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 16 septembre 2026 · français · Lire la source

Le service documentaire examine une question d’histoire concernant Maria Deraismes et les « Libres Penseurs du Pecq », Loge qui initia en 1882 celle qui deviendrait une pionnière de la mixité maçonnique. La page n’étant pas accessible, cette notice s’en tient à l’extrait de l’alerte et ne tranche pas l’hypothèse d’une structure domestique irrégulière.

« Passage(s) » : la revue du Droit Humain met les seuils à l’épreuve du réel

450.fm (presse maçonnique, recension) · France · 15 septembre 2026 · français · Lire la source

La recension du cinquième numéro de Chemins de traverse suit le passage de George Sand aux migrations, du Shibboleth aux cagots et jusqu’à Ravensbrück. Le Temple reste un centre de gravité, jamais une clôture. L’enjeu majeur consiste à confronter le seuil symbolique aux frontières bien réelles qui excluent, humilient ou condamnent.

« La franc-maçonnerie a-t-elle tous les droits ? » : le retour du pouvoir occulte

Riposte Laïque (site militant, tribune d’opinion) · France · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 16 septembre 2026 · français · Lire la source

Le site affirme que la franc-maçonnerie exercerait un « pouvoir occulte » sur les destinées françaises, sans que l’extrait disponible fournisse les preuves nécessaires. Cette notice signale la persistance d’un imaginaire antimaçonnique classique : influence supposée, absence de mandat populaire et généralisation à partir d’appartenances réelles ou alléguées. Il s’agit d’une opinion militante, non d’un fait établi.

Jean Baubérot : la laïcité, un mot sans définition unique dans la loi de 1905

Le Club de Mediapart (blog d’auteur) · France · 14 septembre 2026 ; alerte reçue le 15 septembre · français · Lire la source

L’historien Jean Baubérot revient sur un principe au fondement de la séparation des Églises et de l’État, alors même que le texte de 1905 ne le définit pas explicitement. Cette contribution de blog rappelle utilement que la laïcité est une construction historique et juridique, non un slogan univoque disponible pour toutes les politiques publiques.

Voile dans l’espace public : deux arguments philosophiques opposés

Philosophie Magazine (presse culturelle) · France · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · français · Lire la source

Le philosophe Yves Michaud défend l’interdiction du voile dans l’espace public tandis que la sociologue Nathalie Heinich, pourtant attachée à la laïcité, s’y oppose. La page n’étant pas accessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts. Le dispositif contradictoire aide à distinguer protection de la neutralité publique et extension de celle-ci aux personnes.

À Beauvais, un « Koh-Lant’Laïcité » pour apprendre par le jeu

Communauté d’agglomération du Beauvaisis (communication publique) · France · date d’annonce non indiquée ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · français · Lire la source

Le 26 septembre, le Plan d’eau du Canada accueillera une journée gratuite, ouverte dès six ans, consacrée à la laïcité sous forme de défis ludiques. L’annonce institutionnelle privilégie une pédagogie active et familiale. Elle montre comment un principe souvent enfermé dans la controverse peut redevenir objet d’appropriation concrète, de discussion et d’éducation civique.

« Maison Croa Croa », un voyage initiatique aux couleurs saturées

ActuaBD (presse spécialisée bande dessinée) · France · 16 septembre 2026 · français · Lire la source

La critique présente un roman graphique qui joue consciemment avec les codes de la quête initiatique, dans une forme visuelle curieuse et vivement colorée. L’article rappelle que l’initiation est aussi une matrice narrative : départ, épreuves, déplacements du regard et dénouement incertain. La pertinence est culturelle plutôt que directement maçonnique.

Monde

Belgique — Histoire et exposition

Le château de Seneffe met en lumière la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle

La Libre Belgique (presse) · Belgique · 15 septembre 2026 · français · Lire la source · Site du château

La Libre remet en lumière l’exposition présentée à Seneffe jusqu’au 25 avril 2027. Conçue par Marjolaine Hanssens, elle aborde les Loges comme espaces de sociabilité des Lumières où se croisent nobles, savants, artistes, ecclésiastiques et voyageurs. Cette nouvelle couverture médiatique donne une actualité éditoriale à une exposition ouverte depuis avril.

Portugal — Politique et vérification

Luís Neves est-il Franc-Maçon ? Vingt obédiences répondent par la négative

Sábado (hebdomadaire d’information) · Portugal · 15 septembre 2026 à 7h00 · portugais · Lire la source

Après une question parlementaire de Rui Rocha au ministre de l’Administration intérieure, Sábado affirme avoir vérifié auprès des vingt obédiences actives au Portugal : aucune n’aurait enregistré Luís Neves parmi ses membres. Le député maintient son soupçon, mais l’article distingue clairement l’accusation politique, le démenti du ministre et le résultat de sa vérification documentaire.

Brésil — Démocratie interne

Une liste unique pour diriger la Grande Loge du Tocantins

O Coletivo et Gazeta do Cerrado (presse régionale) · Brésil · 15 septembre 2026 à 13h56 · portugais · Lire la source · Gazeta do Cerrado

La GLMET doit homologuer le 19 septembre la liste « Transparência e União », menée par Thiago Alves Miranda et José Humberto Alves ; l’élection est prévue le 20 novembre parmi trente-sept Loges. Deux médias décrivent une continuité consensuelle. Une candidature unique peut exprimer l’unité, tout en posant la question du pluralisme effectif.

Brésil — Mémoire

Mort de Waldir Araújo Castro, ancien Grand Maître de Bahia, à 99 ans

Tribuna da Bahia (presse régionale) · Brésil · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 16 septembre 2026 · portugais · Lire la source

Tribuna da Bahia annonce la disparition de Waldir Araújo Castro, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Bahia. L’extrait évoque une vie consacrée à la famille, à l’éducation, à la presse et à la franc-maçonnerie. Le site imposant JavaScript, ces éléments n’ont pu être contrôlés au-delà de l’extrait Google Alerts.

Royaume-Uni — Lutte contre les violences

Les Francs-Maçons du Bedfordshire soutiennent les familles après les violences conjugales

Luton Today (presse locale) · Royaume-Uni · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source

Un financement des Francs-Maçons du Bedfordshire doit aider Women’s Aid Luton à accompagner des familles confrontées aux violences domestiques. La page n’étant pas accessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts. La démarche fait écho, dans un registre philanthropique, au débat français de Montceau : protéger, reconstruire et rendre leur autonomie aux victimes.

Royaume-Uni — Handicap et soutien familial

55 000 livres pour les familles d’enfants ayant des besoins éducatifs particuliers

Greater Birmingham Chambers et InYourArea (publications locales) · Royaume-Uni · 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source · InYourArea

YMCA Burton reçoit 55 000 livres grâce aux Francs-Maçons du Staffordshire et à leur organisme caritatif. Le programme doit soutenir les familles d’enfants présentant des besoins éducatifs particuliers ou un handicap, afin de prévenir l’épuisement et les ruptures. Deux reprises décrivent la même opération ; elles sont ici regroupées pour éviter le doublon.

Royaume-Uni — Philanthropie locale

Dans le Somerset, une journée caritative recueille plus de 3 500 livres

Somerset Freemasons (communication institutionnelle) · Royaume-Uni · 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source

Le site officiel provincial relate le retour, le 5 juillet, d’un déjeuner caritatif dont deux volets ont permis de réunir plus de 3 500 livres. L’annonce, publiée le 15 septembre, relève de la communication institutionnelle. Elle illustre une bienfaisance de proximité fondée sur la convivialité et la mobilisation régulière plutôt que sur une campagne exceptionnelle.

Royaume-Uni — Ouverture au public

IMEx 2026 : un pavillon, une Loge ouverte et deux nouveaux membres

Somerset Freemasons (communication institutionnelle) · Royaume-Uni · 15 septembre 2026 · anglais ·Lire la source

La province du Somerset présente l’Ilminster Experience comme une réussite en matière d’intérêt public : présence extérieure, Loge ouverte et deux adhésions annoncées. Le récit émane de l’organisation elle-même et doit être lu comme tel. Il montre néanmoins que la visibilité contemporaine passe moins par le secret proclamé que par la rencontre locale.

Royaume-Uni — Petits dons, effets concrets

À Skegness, de petites contributions veulent produire une grande différence

Lincolnshire Freemasons (communication institutionnelle) · Royaume-Uni · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source

Le site provincial défend l’idée que des dons modestes, additionnés et orientés vers les besoins locaux, peuvent avoir un effet important. La page n’ayant pas été accessible, la notice repose sur l’extrait Google Alerts. Derrière le message promotionnel apparaît une conception décentralisée de la philanthropie : proximité, continuité et connaissance du terrain.

Royaume-Uni — Jeunesse et confiance

Un Craftcast de l’UGLE consacré à la pêche comme outil de confiance

United Grand Lodge of England (communication officielle sur X) · Royaume-Uni · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source

L’UGLE annonce un épisode spécial de Craftcast montrant comment une journée de pêche peut renforcer la confiance de jeunes défavorisés. Le réseau social n’ayant pas permis la consultation complète, la notice s’en tient à l’extrait Google Alerts. Cette communication associe action caritative, mentorat et expérience partagée hors du cadre de la Loge.

États-Unis — Mémoire locale

La Loge raconte l’histoire de St. Helena, une vie après l’autre

Napa Valley Register (presse locale) · États-Unis · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais ·  Lire la source

Une exposition à la bibliothèque publique de St. Helena rend hommage à plusieurs Francs-Maçons ayant contribué à façonner la ville. La page n’étant pas accessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts. L’intérêt historique réside dans cette microhistoire où les trajectoires individuelles éclairent réseaux civiques, mémoire urbaine et présence fraternelle locale.

États-Unis — Histoire urbaine

Pourquoi l’avenue maçonnique d’Albany ne mène nulle part

California Freemason Magazine (magazine institutionnel) · États-Unis · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais ·  Lire la source

Le magazine des Maçons de Californie explore l’histoire d’une Masonic Avenue devenue voie sans issue à Albany. Le contenu complet n’ayant pas été vérifié, cette notice s’appuie sur le signalement de l’alerte. Le sujet rappelle combien la mémoire maçonnique survit parfois dans la toponymie, même lorsque les usages urbains et les communautés ont changé.

États-Unis — Religion et maçonnerie

La franc-maçonnerie est-elle une religion ? La Californie répond

Masons of California (site institutionnel pédagogique) · États-Unis · date de publication non indiquée ; alerte reçue le 16 septembre 2026 · anglais ·  Lire la source

Le site californien répond par la négative et distingue pratique fraternelle, exigence spirituelle et confession. Il affirme aussi que des catholiques ont appartenu et appartiennent à la franc-maçonnerie, point qui doit être distingué de la position doctrinale officielle de l’Église catholique. Il s’agit d’une présentation institutionnelle, non d’une étude religieuse indépendante.

Inde — Solidarité maternelle

Cent jeunes mères honorées dans un Masonic Hall

Garhwal Post (presse régionale) · Inde · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source

Un événement organisé dans un Masonic Hall a distingué cent jeunes mères, chacune recevant un châle, un pull et un bonnet selon l’extrait Google Alerts. La page n’étant pas accessible, le rôle exact de la Loge ne peut être précisé. L’initiative associe reconnaissance symbolique, aide matérielle et célébration communautaire de la maternité.

Bénin — Littérature et initiation

Drapeau du Bénin

Olympe Bhêly-Quenum, ou la poétique initiatique du récit africain

Matin Libre (presse béninoise) · Bénin · 16 septembre 2026 · français · Lire la source

L’article présente l’œuvre d’Olympe Bhêly-Quenum comme dépositaire d’une mémoire vivante des traditions initiatiques africaines, nourrie par son héritage familial vodùn. La page n’ayant pas été accessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts. L’intérêt tient à une initiation pensée depuis les cosmologies africaines, au-delà des seules généalogies occidentales.

International — Ésotérisme et dérives

De Sirius à l’Ordre du Temple solaire : un podcast suit une piste ésotérique

Audioboom (plateforme de podcast) · portée internationale · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 16 septembre 2026 · anglais  · Lire la source

L’épisode annoncé relie Sirius, l’Égypte ancienne, Anubis, franc-maçonnerie, théosophie et Ordre du Temple solaire. Faute d’accès au contenu complet, cette notice repose sur le descriptif Google Alerts. Un tel enchaînement doit être reçu avec prudence : proximités symboliques et emprunts ne suffisent pas à établir une continuité historique ou institutionnelle.

International — Appartenance religieuse

Quand une Église demande à un membre de quitter la franc-maçonnerie

Reddit, r/freemasonry (témoignage d’utilisateur) · pays non établi · date de publication non vérifiable ; alerte reçue le 15 septembre 2026 · anglais · Lire la source

Un internaute affirme que son Église orthodoxe lui demande de renoncer à son appartenance maçonnique, ce qui ravive aussi la mémoire de son grand-père défunt. Il s’agit d’un récit personnel non vérifié. Sa portée tient au conflit intime entre fidélité confessionnelle, héritage familial et engagement fraternel, bien au-delà d’une controverse doctrinale abstraite.

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde…

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

0

Vingt-huit ans séparent Les Ensorceleuses de Les Ensorceleuses 2, qui ramène Sandra Bullock et Nicole Kidman dans l’étrange demeure des Owens, parmi les herbes, les grimoires, les blessures anciennes et les secrets transmis de mère en fille. Derrière l’apparente légèreté d’une saga de sorcières se dessine pourtant une méditation beaucoup plus profonde sur l’héritage, la différence, la puissance du féminin, la mort, la renaissance et la possibilité de rompre les fatalités reçues de ceux qui nous ont précédés. Le regard maçonnique y découvre alors un territoire étonnamment familier : celui de la pierre brute que chaque génération reçoit, du symbole qui ne prend vie que dans la conscience, du cercle qui rassemble les êtres et de cette vérité initiatique selon laquelle nous ne pouvons transformer l’héritage qu’en acceptant d’abord de le regarder.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Alice_Hoffman_at_BookExpo

Il est des films que leur époque accueille avec une certaine réserve et que le temps, ce merveilleux alchimiste, se charge ensuite de transmuter. Lorsqu’il paraît en 1998 aux États-Unis, avant d’arriver sur les écrans français l’année suivante, Les Ensorceleuses – Practical Magic dans son titre original –, réalisé par Griffin Dunne d’après le roman d’Alice Hoffman*, ne s’impose ni comme un grand succès critique ni comme l’une de ces œuvres immédiatement consacrées dont Hollywood aime fabriquer la légende.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Version 1.0.0

Sandra Bullock et Nicole Kidman y interprètent Sally et Gillian Owens, deux sœurs issues d’une famille de femmes auxquelles la magie a été donnée en partage, mais avec elle une malédiction aussi ancienne que leur lignée. Pourtant, les années passant, le film s’est installé dans l’imaginaire de toute une génération. Ce qui semblait n’être qu’un mélange parfois désordonné de comédie romantique, de fantastique, de sororité, de violence conjugale et de merveilleux domestique est devenu une œuvre culte, comme si le public avait finalement perçu sous ses dehors de conte gothique une histoire beaucoup plus universelle : celle des héritages dont on ne sait comment se libérer sans risquer de perdre en même temps une part de soi.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

La malédiction des Owens, un héritage reçu

Tout commence bien avant Sally et Gillian, avec Maria Owens, l’ancêtre dont la solitude et le désespoir ont donné naissance à la malédiction. Abandonnée par l’homme qu’elle aimait, elle avait voulu se protéger définitivement de la souffrance amoureuse ; mais le sort qu’elle avait lancé sur elle-même finit par se retourner contre ses descendantes et condamna les hommes qui aimeraient une femme Owens. Le verbatim du premier film insiste sur cette transformation de l’amertume en malédiction, comme si une souffrance que l’on ne parvient pas à traverser devait continuer à se transmettre sous une autre forme. La construction relève d’un imaginaire extrêmement ancien. Les Grecs connaissaient ces fautes dont les Atrides semblent condamnés à porter la mémoire sanglante ; la Bible est traversée par les généalogies, les alliances, les bénédictions et les conséquences des actes accomplis par les générations précédentes ; la psychanalyse parlera beaucoup plus tard de répétitions familiales, de secrets et de transmissions inconscientes. Alice Hoffman n’invente donc pas seulement une charmante famille de sorcières : elle donne une forme fantastique à cette inquiétude immémoriale selon laquelle ce que nous refusons de transformer peut finir par devenir l’héritage de ceux qui nous suivent.

Pour le franc-maçon, cette première donnée possède déjà une singulière résonance, car l’initiation elle-même commence par une transmission.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

Aucun initié ne se tient à l’origine de ce qu’il reçoit. Il entre dans un espace déjà construit, prononce des paroles que d’autres ont prononcées avant lui, découvre des symboles patinés par des générations de regards et reçoit des outils dont il lui appartient ensuite de comprendre l’usage. Mais recevoir n’est jamais répéter servilement. Toute tradition vivante exige un travail de discernement afin de savoir ce qui doit être conservé, ce qui doit être interrogé et ce qui demande peut-être à être transmuté. La malédiction des Owens peut alors se lire comme une pierre brute transmise de génération en génération, une matière reçue sans avoir été choisie et dont chacun pourrait se contenter de détourner les yeux, au risque de la remettre intacte entre les mains de ceux qui viendront après lui.

Sally Owens et la tentation de la normalité

Cette question de l’héritage se double, dans le premier film, d’une interrogation très fine sur la normalité.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

Sally ne rêve pas de puissance et ne désire nullement devenir une grande sorcière ; elle voudrait simplement ressembler aux autres, échapper aux regards, aux rumeurs, aux moqueries et à cette singularité familiale qui fait de chaque Owens une femme immédiatement reconnaissable comme différente. Elle aspire à une existence ordinaire, débarrassée du poids des dons reçus, mais sa tante lui répond que la normalité n’est pas nécessairement une vertu et peut parfois révéler un manque de courage. Toute l’histoire de Sally est déjà contenue dans cette remarque, car elle découvrira progressivement que la délivrance ne viendra pas de l’effacement de ce qu’elle est, mais de son acceptation consciente.

Là encore, le langage initiatique n’est jamais très éloigné.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Delphes

L’homme qui entre dans le Temple ne reçoit pas une personnalité neuve et ne se voit pas invité à devenir conforme à un modèle abstrait. Il vient avec ses aspérités, ses failles, ses contradictions et ses propres ténèbres. Le travail maçonnique commence moins par le désir de devenir « comme il faudrait être » que par l’acceptation lucide de la matière dont chacun est fait. Le vieux Connais-toi toi-même de Delphes ne promet aucune normalité ; il exige au contraire cette confrontation avec ce que nous sommes réellement, condition première de toute transformation. Sally passe longtemps à croire que le salut réside dans le reniement de la magie familiale ; le récit lui apprend peu à peu que l’on ne construit rien de durable sur le refus de soi.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

L’un des dialogues les plus intéressants du film surgit d’ailleurs presque incidemment lorsque Sally discute avec l’enquêteur Gary Hallet. Son insigne, lui fait-elle remarquer, n’est au fond qu’une étoile, autrement dit un symbole, un talisman incapable par lui-même d’empêcher un criminel d’agir. Gary lui répond que cet objet possède un pouvoir parce qu’il croit à ce qu’il représente. Tout le rapport initiatique au symbole pourrait presque tenir dans cet échange. Une équerre abandonnée sur l’établi d’un menuisier demeure un outil, un compas rangé dans une boîte n’est qu’un instrument de mesure, et une bougie n’est qu’une flamme tant qu’aucune conscience ne lui confère une autre profondeur. Le symbole ne possède pas de pouvoir magique propre ; il devient opératif parce qu’il met en relation une forme visible avec un sens invisible et qu’il engage celui qui le contemple dans une expérience intérieure.

La maison des Owens elle-même fonctionne selon cette logique

Elle est à la fois demeure, refuge, herbier, cuisine, laboratoire et mémoire familiale. Les plantes n’y sont jamais de simples plantes, les recettes portent la trace des générations précédentes, les objets semblent chargés d’une histoire, et la frontière entre le quotidien et le rituel demeure volontairement poreuse. La demeure finit ainsi par ressembler à une sorte de Temple domestique, non parce qu’elle cacherait quelque mystérieuse filiation maçonnique, ce qui serait évidemment absurde, mais parce qu’elle donne à l’espace une fonction symbolique : on y revient pour se retrouver, on y reçoit une transmission, on y affronte ce qui a été refoulé et l’on y découvre que les lieux peuvent conserver quelque chose de ceux qui les ont habités.

Cette vision rejoint l’un des grands imaginaires de la pensée hermétique occidentale.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Buste de Marsile Ficin

De Marsile Ficin à Paracelse, les traditions savantes de la Renaissance avaient développé tout un monde de correspondances entre les plantes, les astres, les métaux, les éléments et le corps humain. Practical Magic en propose évidemment une version hollywoodienne, sentimentale et joyeusement populaire, mais l’intuition demeure : l’univers visible peut devenir un langage à condition que le regard sache le lire. Ce ne sont donc pas les herbes ou les bougies qui rendent Les Ensorceleuses intéressant pour le regard maçonnique, mais cette conviction que les choses les plus ordinaires peuvent recevoir une profondeur nouvelle dès lors qu’elles sont intégrées à un système de signes, de mémoire et de transmission.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

Le premier film joue également avec une polarité presque alchimique entre l’ombre et la lumière, le désir et la peur, la vie et la mort. Lorsque Sally et Gillian veulent ramener Jimmy Angelov à la vie, leur rituel convoque explicitement le noir de la nuit et le blanc de la vie.

Leur faute n’est pas d’utiliser la magie en soi, mais de vouloir abolir une limite sans avoir compris ce qu’elle signifie

Elles refusent la mort et tentent de la supprimer comme si elle n’était qu’un accident pouvant être effacé. Le résultat leur échappe, car le mort ne revient pas véritablement à la vie : il revient altéré, dénaturé, porteur d’une violence nouvelle. Derrière l’humour noir du film surgit alors une intuition initiatique très ancienne : il n’existe pas de véritable renaissance qui ne passe d’abord par une transformation. Orphée ne peut reprendre Eurydice au royaume des morts comme on reprendrait un objet perdu ; Isis rassemble Osiris mais l’histoire qui renaît n’est plus celle qui précédait la mort ; les alchimistes, quant à eux, plaçaient la nigredo, l’œuvre au noir, au commencement du processus de transmutation. Sally et Gillian veulent éviter ce passage : elles voudraient la lumière sans l’ombre, la renaissance sans la mort symbolique, l’or sans la dissolution de la matière première.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Sandra_Bullock_at_The_Egyptian_Theatre_2024

La figure de la sorcière elle-même donne à l’ensemble une dimension historique qu’il serait dommage de négliger. Derrière l’imaginaire aujourd’hui séduisant des plantes, des chats, des balais et des sortilèges subsiste la mémoire de plusieurs siècles de persécutions, durant lesquels des milliers de femmes furent accusées d’entretenir un commerce avec le démon et condamnées au nom d’une peur collective de la différence. Alice Hoffman retourne cet héritage. La femme autrefois exclue du village parce qu’elle détenait un savoir suspect devient celle auprès de laquelle la communauté devra finalement revenir. Celle dont on craignait la parole devient dépositaire d’une mémoire ; celle dont on dénonçait la différence finit par incarner une forme de liberté. Ainsi, lorsque les habitants de la petite ville désignent les Owens comme des femmes inquiétantes, le film raconte moins la sorcellerie que la vieille tentation humaine consistant à transformer l’inconnu en menace et la singularité en faute.

C’est précisément ce qui donne toute sa force à la dernière partie du premier film

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

Pour délivrer Gillian de l’esprit qui la possède, Sally ne peut plus agir seule. Elle doit demander l’aide de ces mêmes femmes dont elle avait si longtemps désiré être acceptée, et elle ne peut le faire qu’en cessant de dissimuler ce qu’elle est. Elle active la chaîne téléphonique de la ville, se présente enfin comme sorcière et invite les autres à entrer dans la maison afin de participer à l’opération. La scène possède une force symbolique considérable, car la communauté ne se forme qu’au moment où Sally renonce à se déguiser en femme « normale ». Son intégration ne passe plus par l’effacement de la différence, mais par son dévoilement.

Le cercle des sorcières et la Chaîne d’Union

Le cercle qui se forme ensuite constitue probablement l’image la plus profondément initiatique de tout le film.

Lorsque celui-ci menace de se briser, il faut le reformer ; les mains se rejoignent, les individualités cessent un instant de s’opposer et la force du groupe devient supérieure à celle de chacune de ses composantes. Le récit lui-même se demandera finalement si ce sont les mains jointes qui ont permis de lever la malédiction de Maria. Sans établir quelque parallèle historique artificiel entre une assemblée de sorcières et une Loge maçonnique, la symbolique est trop forte pour ne pas évoquer la Chaîne d’Union, ce moment où les différences individuelles sont réunies dans une figure sans commencement ni fin visibles et où chacun devient à la fois celui qui reçoit et celui qui transmet.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

La malédiction était née de l’abandon et de l’isolement de Maria Owens ; elle commence à se défaire grâce à la réunion. Il y a là une véritable leçon sur la fraternité, ou plutôt ici sur la sororité : elle ne consiste pas à abolir les singularités mais à les relier. Le cercle ne demande à aucune des femmes de devenir identique à sa voisine ; il exige seulement que chacune accepte de prendre sa place et de maintenir le lien. Toute la scène pourrait alors devenir une métaphore du travail en Loge, où nul ne saurait accomplir à lui seul ce que permet la présence organisée de tous. L’initiation demeure une expérience intime, mais elle ne peut se déployer sans la communauté qui la rend possible.

PRACTICAL MAGIC Official Trailer (1998, Sandra Bullock, Nicole Kidman, Dianne Wiest)

Les Ensorceleuses 2, vingt-huit ans après

C’est à cet endroit précis que Les Ensorceleuses 2 trouve son véritable point de départ.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

Vingt-huit ans après le premier opus, Sandra Bullock et Nicole Kidman retrouvent Sally et Gillian, tandis que les générations se sont déplacées et que les enfants autrefois protégées sont devenues à leur tour les dépositaires de la mémoire familiale. Sous la direction de Susanne Bier, le récit ne peut donc plus se contenter de répéter la question du premier film. Sally et Gillian ont appris à reconnaître ce qu’elles sont ; elles doivent désormais répondre à une interrogation plus difficile encore : qu’allons-nous transmettre de ce que nous avons reçu ?

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Nicole Kidman (Women In Motion, Cannes 2025)

C’est toute la différence entre un héritage et une transmission

L’héritage nous arrive sans demander notre consentement ; la transmission suppose au contraire un acte conscient, un choix et une responsabilité. On peut transmettre fidèlement, transmettre aveuglément, refuser de transmettre ou tenter de transformer ce que l’on a reçu avant de le remettre à ceux qui viennent après soi. Le monde des Owens rend cette problématique littérale, puisque la magie, les secrets et les malédictions passent effectivement d’une génération à l’autre, mais la métaphore s’étend bien au-delà du fantastique. Nous recevons tous un nom, une langue, des manières de penser, des récits familiaux, des fidélités, des blessures parfois anciennes et des silences dont nous ne connaissons pas toujours l’origine. Nous ne sommes jamais les commencements absolus de notre propre histoire.

Toute tradition initiatique connaît cette difficulté.

La Franc-Maçonnerie transmet des rites, des gestes, des mots, des mythes et des symboles venus d’un passé dont les contours sont parfois lointains. Pourtant, être fidèle ne signifie pas momifier. La tradition ne demeure vivante que si celui qui la reçoit accomplit à son tour le travail nécessaire pour comprendre ce qu’elle contient, en préserver la lumière et distinguer celle-ci des habitudes qui peuvent s’y être déposées. Il ne s’agit jamais de conserver pieusement les cendres, mais de savoir entretenir le feu. De ce point de vue, l’histoire des Owens rejoint une interrogation très maçonnique : que faisons-nous de ce que nos prédécesseurs déposent entre nos mains ?

L’enseignement des deux films apparaît alors avec une étonnante cohérence

Le premier apprend que l’on ne se libère pas en reniant ce que l’on est ; le second pose la question de savoir comment transmettre sans reproduire. Or c’est peut-être là le cœur de tout travail initiatique : accepter l’héritage sans accepter la fatalité. Le maçon ne détruit pas sa pierre brute ; il la travaille. Il ne nie pas sa matière première ; il cherche à lui donner une forme. De même, les Owens ne peuvent effacer leur histoire comme si elle n’avait jamais existé. Elles peuvent seulement tenter d’interrompre ce qui, en elle, reproduit la souffrance.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

La véritable magie pratique du titre original se trouve peut-être là. Elle ne réside pas dans la possibilité de déplacer les objets, de fabriquer des potions ou de commander à quelque force invisible, mais dans la capacité beaucoup plus difficile de transformer un héritage avant de le transmettre. La malédiction apparaît alors comme la métaphore de toutes ces blessures anciennes qui deviennent des répétitions lorsque personne ne consent à les regarder. Le travail initiatique, comme le travail des Owens, consiste précisément à empêcher que les ombres reçues hier deviennent les chaînes de demain.

C’est pourquoi l’image qui reste finalement de Les Ensorceleuses n’est ni celle d’un grimoire ouvert sous la lune, ni celle d’un chaudron, d’une herbe ou d’un sortilège.

Ce sont des mains qui se cherchent, se rejoignent et referment un cercle autour d’une femme qu’il faut délivrer. Le geste est d’autant plus beau que la malédiction était née d’une solitude ; elle commence à disparaître lorsque cette solitude cesse. Les Ensorceleuses 2 prolonge désormais cette interrogation en demandant ce que le cercle fera de la lumière qu’il a retrouvée : la gardera-t-il pour lui, la laissera-t-il s’éteindre ou saura-t-il la transmettre sans transmettre avec elle les vieilles ténèbres ?

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

Nul ne se transforme entièrement seul

Sous ses dehors de saga fantastique, l’histoire des Owens nous ramène ainsi à une vérité que connaissent toutes les traditions initiatiques : nul ne commence avec lui-même et nul ne se transforme entièrement seul. Nous sommes faits de ce que d’autres nous ont donné, des blessures comme des lumières, des erreurs comme des outils, et notre responsabilité consiste peut-être moins à nous libérer du passé qu’à le travailler assez profondément pour que ceux qui viendront après nous puissent recevoir autre chose qu’une répétition.

Entre la maison des Owens et le Temple maçonnique, les distances historiques et spirituelles sont évidemment immenses, mais une même intuition demeure : la véritable transmission ne consiste jamais à léguer intact ce que nous avons reçu ; elle commence lorsque nous sommes devenus capables d’en faire une matière plus libre, plus consciente et, peut-être, un peu plus lumineuse.

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union

*Alice Hoffman est née à New-York en 1952 et est diplômée de l’université de Stanford en Création d’Ecriture. Elle est l’auteure de plus de quinze romans à grand succès (dont six pour adolescents) traduits dans plus de vingt langues. Elle a également écrit pour le cinéma. Elle est notamment l’auteur du scénario d’ Independence Day. Elle vit entre Boston et New-York avec son mari et ses deux fils.

Practical Magic (1995) est publié en français sous le titre Drôle de meurtres en famille, traduction de Marie-Odile Fortier-Masek, Paris, Flammarion, coll. État de choc, 1996, réédition sous le titre Les Ensorceleuses, Paris, Flammarion, 1998, réédition Paris, J’ai lu no 5039, 1999.

Les Ensorceleuses 2 | Bande-Annonce officielle (VF) | Sandra Bullock, Nicole Kidman

« Les Ensorceleuses » 1 & 2 – De la malédiction à la transmission, quand le cercle devient Chaîne d’Union
Images générées par IA

Certaines illustrations le sont par IA

À lire aussi sur 450.fm