Situé au cœur de Crowland, dans le Lincolnshire en Angleterre, le Pont de la Trinité, souvent surnommé le « pont triangulaire, » est un chef-d’œuvre d’ingénierie médiévale. Ce pont en arc de pierre se distingue par sa forme unique et ses trois voies distinctes, un agencement rare dans l’architecture de ponts. Construit au 14ᵉ siècle, il représente une innovation technique fascinante, destinée à relier trois routes convergeant vers le centre de la ville.
On pense que la statue sur le pont de la Trinité est celle du Christ ou du roi Æthelbald et provient peut-être de la façade ouest de l’abbaye de Croyland.
Autrefois, le Pont de la Trinité avait une utilité pratique cruciale. Il enjambait la divergence de la rivière Welland et de l’un de ses affluents, facilitant le passage entre les différentes rives pour les habitants et voyageurs. En effet, la Welland se divisait alors en deux canaux, l’un suivant largement le cours actuel de la rivière tandis que l’autre s’écoulait vers le South Eau, un ancien cours d’eau, pour finalement rejoindre la rivière Nene à proximité de Wisbech. Cette bifurcation formait une sorte de triangle naturel autour du pont, d’où il tire d’ailleurs son appellation.
Cependant, au fil du temps, le cours des rivières de la région a été profondément modifié pour des raisons d’ingénierie hydraulique et de gestion des eaux. La Welland et son affluent ont été redirigés, et les canaux originaux qui passaient sous le Pont de la Trinité ont complètement disparu, ne laissant derrière eux que le pont. Aujourd’hui, le pont n’enjambe plus aucune rivière ni cours d’eau significatif et semble suspendu dans le vide, un vestige insolite des infrastructures passées de Crowland.
Malgré son apparente inutilité, le Pont de la Trinité est bien plus qu’un simple vestige de l’histoire. Classé monument historique, il symbolise le patrimoine architectural médiéval et attire des visiteurs curieux de découvrir ce pont unique. Il offre également un aperçu rare sur la manière dont les infrastructures médiévales répondaient aux défis posés par les paysages naturels. De nombreuses légendes locales et histoires entourent le pont, qui serait, selon certains, un ancien lieu de passage sacré ou de rassemblement pour les communautés locales.
Aujourd’hui, les visiteurs peuvent gravir ses trois arches et admirer la vue sur la ville de Crowland, imaginer les rivières anciennes qui le traversaient et se replonger dans le passé fascinant de cette région du Lincolnshire.
Vue sous le pont de la Trinité
Un Pont du XIVe Siècle : Entre Patrimoine et Ingéniosité Médiévale
Le pont de la Trinité que nous connaissons aujourd’hui a été construit entre 1360 et 1390, remplaçant les anciennes structures en bois qui reliaient autrefois les berges de la Welland. Ce monument de pierre a traversé les siècles, portant en lui l’histoire et les légendes de Crowland. La première mention historique de ce pont remonte à une référence du roi Æthelbald de Mercie en 716, bien qu’il ait également été évoqué dans une charte controversée d’Eadred en 943, un document aujourd’hui considéré comme apocryphe.
Aujourd’hui, le Pont de la Trinité est classé monument historique de Grade I, ce qui témoigne de son importance patrimoniale et de son intérêt architectural. Construit principalement en pierres de Barnack, un matériau de qualité extrait à environ 16 kilomètres de Crowland, ce pont est le fruit d’un savoir-faire exceptionnel. Les pierres auraient été transportées par bateau sur la rivière Welland jusqu’à Crowland, une tâche logistique impressionnante pour l’époque.
L’architecture du pont est aussi remarquable que sa construction. Il se compose de trois escaliers en arc, chacun convergeant vers un point central en haut de la structure. Cette conception unique répondait à un défi topographique : permettre aux passants de traverser deux cours d’eau divergents sans nécessiter trois ponts distincts. En réunissant les trois accès en une seule structure, les bâtisseurs médiévaux ont su résoudre un problème de manière économique et ingénieuse, créant ainsi une solution architecturale unique qui reste admirée à ce jour.
Le détournement des rivières environnantes au XVIIe siècle a profondément modifié le rôle du pont de la Trinité. Désormais, il se tient seul, un « pont sec » qui ne franchit plus aucun cours d’eau. Ce phénomène n’est pas unique dans le monde, mais reste rare et symbolique, témoignant de l’évolution des infrastructures et des paysages. Un autre exemple de pont sec se trouve en Serbie, à Zrenjanin, bien qu’il soit de dimensions bien plus imposantes que le pont de Crowland.
Ce pont a su capturer l’imagination des artistes et du public à travers le temps. En 1952, il est immortalisé par l’artiste F.W. Baldwin dans une aquarelle qui figure sur un menu du paquebot RMS Strathmore de la compagnie maritime P&O. L’œuvre, aujourd’hui conservée au Victoria and Albert Museum, témoigne de l’aura unique de ce pont, qui inspire un mélange de curiosité historique et d’admiration pour son esthétique intemporelle.
Le pont de la Trinité est ainsi bien plus qu’un simple ouvrage d’ingénierie ; il est une porte vers le passé et un symbole de l’innovation médiévale. Il continue d’attirer les visiteurs, fascinés par sa forme triangulaire et par les mystères que recèle son histoire.
De notre confrère ukrainien 33kanal.com – Par Andrei Vlasenko
Notre confrère Ukrainien relate la découverte de tombes maçonniques dans le village de Yalanets, une bourgade de 1500 habitants, au sud de l’Ukraine, à la frontière de la Moldavie.
Les Francs-Maçons : Histoire, Mystères et Influence dans le Monde Moderne
La franc-maçonnerie suscite depuis des siècles curiosité et fascination. Considérée par beaucoup comme un mouvement mystérieux et élitiste, elle a aussi nourri de nombreuses théories du complot. Aujourd’hui, nous vous proposons de plonger dans l’histoire et les réalités de cette fraternité souvent méconnue.
La Naissance et les Fondements de la Franc-Maçonnerie
La franc-maçonnerie, telle que nous la connaissons aujourd’hui, trouve ses racines dans des documents du XIIIᵉ siècle, même si la première Grande Loge officielle a été fondée en 1717. Initialement, les loges maçonniques rassemblaient des bâtisseurs de cathédrales et de temples. Avec le temps, ces associations de maçons artisans ont évolué vers une forme de société philosophique, mettant l’accent sur le développement moral et spirituel.
Les symboles maçonniques, comme l’œil omniscient, la boussole et le triangle, témoignent de cette quête de perfection et de sagesse. Ces symboles servaient aussi de moyen de communication et d’instruction pour les membres analphabètes des premières loges.
Les Mystères et Mythes Entourant les Francs-Maçons
Parmi les idées fausses les plus répandues, celle d’une franc-maçonnerie secrète et religieuse persiste. Bien que la franc-maçonnerie soit un mouvement spirituel, elle ne s’identifie pas comme une religion. Ses membres doivent cependant croire en une puissance supérieure, le « Grand Architecte », mais restent libres de leur interprétation.
La Franc-Maçonnerie et les Femmes
Les règles varient d’une région à l’autre : aux États-Unis, les femmes ne sont généralement pas admises dans les loges maçonniques, alors que plusieurs pays européens acceptent les deux sexes. Des loges féminines et mixtes existent d’ailleurs en Europe, reflétant une ouverture croissante au sein du mouvement.
Les Francs-Maçons et la Politique
Les francs-maçons sont officiellement tenus de rester neutres en matière politique. Historiquement, cette fraternité a parfois traversé les camps ennemis pour se soutenir mutuellement, comme pendant la guerre civile américaine où des francs-maçons des deux camps coopéraient en reconnaissance de leur appartenance commune.
La Franc-Maçonnerie et le Communisme
Crédit photo churchmilitant.com – Maçonnerie et communisme
Les francs-maçons ont souvent été persécutés sous les régimes communistes, où leur influence était perçue comme une menace. L’exception notable est Cuba, où la franc-maçonnerie a pu se développer et influencer les idées révolutionnaires.
Francs-Maçons Célèbres
Les rangs de la franc-maçonnerie comptent de nombreuses figures emblématiques : George Washington, Benjamin Franklin, et Buzz Aldrin, qui devint le premier franc-maçon à voyager dans l’espace. Des écrivains et penseurs comme Mark Twain et Charles Darwin ont également été affiliés, et même en Ukraine, des personnalités telles que Simon Petlioura et Mykhaïlo Hrouchevsky ont participé au mouvement.
L’Œil du Billet de 500 Hryvnia : Un Symbole Controversé
En Ukraine, le billet de 500 hryvnia a provoqué des spéculations, car il comporte un œil dans un triangle, un symbole fréquemment associé à la franc-maçonnerie. Toutefois, cette représentation provient des œuvres de Hryhoriy Skovoroda, philosophe ukrainien, sans aucun lien maçonnique.
Comment Devenir Franc-Maçon
Rejoindre une loge maçonnique nécessite d’être âgé d’au moins 21 ans, de bonne réputation et de ne pas être athée. Le processus d’initiation passe par des tests, et chaque membre est soigneusement sélectionné pour garantir le respect des valeurs de la fraternité.
Aujourd’hui, la franc-maçonnerie compte environ cinq millions de membres à travers le monde, avec des concentrations importantes aux États-Unis et en Grande-Bretagne. C’est une fraternité qui, malgré son ancienneté, continue d’éveiller l’intérêt et de susciter la curiosité.
Que vous croyiez aux mystères de la franc-maçonnerie ou que vous soyez simplement curieux, la franc-maçonnerie est une institution fascinante dont l’impact dépasse les frontières géographiques et temporelles.
La Franc-Maçonnerie en Ukraine : Histoire, Développement et Influence
Près d’un village de Mykulychyn, l’inscription rupestre se lit comme suit : « Tout passera, mais l’œil de Dieu ne vous dépasse pas. »
La franc-maçonnerie, connue en Ukraine sous les termes de « Вільне мулярство » ou « Вільне каменярство », s’est implantée dans le pays dès le milieu du XVIIIe siècle, une période marquée par les bouleversements politiques dans l’Europe de l’Est et l’influence croissante des idées des Lumières. À cette époque, le territoire ukrainien était en partie sous le contrôle du Commonwealth polono-lituanien, ce qui facilita les échanges intellectuels et l’émergence des premières loges maçonniques.
L’Émergence des Loges Maçonniques : 1742 – XIXe siècle
La première loge maçonnique, appelée les Trois Frères, a été fondée en 1742 dans le village de Vyshnivka, en Volhynie, par des nobles polonais, démontrant l’influence polonaise et l’intérêt de l’aristocratie pour ce mouvement philosophique et social. Peu après, en 1758, la loge des Trois Déesses vit le jour à Lviv, qui faisait alors partie de l’Empire austro-hongrois. Cette loge devint un centre intellectuel important, attirant des membres influents de la société autrichienne et polonaise.
Muzeum Narodowe w Krakowie; www.zbiory.mnk.pl ;MNK IX-13;;fot. Pracownia Fotograficzna MNK
En 1784, après la première partition de la Pologne, la franc-maçonnerie gagna Kiev, une région contrôlée par l’Empire russe, avec la création de la loge Bessmertie. Parmi ses membres notables figurait Hryhoriy Skovoroda, un philosophe ukrainien respecté, dont les idées d’égalité et de liberté résonnaient avec les valeurs maçonniques. Cette même année, trois nouvelles loges s’installèrent à Krementchouk : Mars, Dobry Pastyr, et Minerve – la dernière ayant été déplacée de Nemyriv, en Podolie, jusqu’aux rives du Dniepr.
La franc-maçonnerie s’étendit rapidement à d’autres villes comme Kharkiv, Vinnytsia, Yekaterinoslav (aujourd’hui Dnipro), et Berdichev. Dans les années 1780-1790, des loges de « couple » (loges jumelles) se développèrent dans les villes de Dubno, Jytomyr, et Kiev, parmi lesquelles les loges Bessmertie et Tri kolonny. Cette dernière loge fut d’ailleurs recréée en 1993, symbolisant la persistance de la tradition maçonnique malgré les obstacles.
La Franc-Maçonnerie et les Mouvements Nationalistes Ukrainiens
Vasyl Zinkevych. L’ex président de l’Ukraine, V. Iouchtchenko, remet l’Ordre d’État à V. Zinkevich
Au début du XIXe siècle, la franc-maçonnerie prit une dimension politique plus marquée. En Ukraine de Sloboda, la loge Palitsynska Akademia et d’autres groupes maçonniques devinrent des foyers de réflexion et de résistance. C’est dans ce contexte que la Confrérie Secrète Malorusienne, fondée par Vassyl Loukachevitch, vit le jour, prônant l’indépendance ukrainienne. L’organisation se lia aux loges locales, renforçant les liens entre les idées nationalistes et les idéaux maçonniques. Dans la même région, la loge Umirayushchiy Sfinks (ou « Sphinx mourant ») de Kharkiv joua un rôle similaire en attirant l’intelligentsia, qui voyait en la franc-maçonnerie un moyen d’échapper au contrôle tsariste.
L’Interdiction et la Période de Clandestinité : 1822 et Après
Face à la propagation rapide et aux ramifications politiques du mouvement, l’empereur Alexandre Ier émit en 1822 un décret interdisant la franc-maçonnerie dans tout l’Empire russe. Pourtant, cette interdiction ne fit que pousser les activités maçonniques dans la clandestinité, et de nombreuses loges poursuivirent leurs réunions en secret. L’influence de la franc-maçonnerie resta donc présente, mais plus discrète, jusque dans les années 1910, quand les idées révolutionnaires émergèrent avec force dans la région.
La Franc-Maçonnerie en Ukraine Moderne
DRAPEAU UKRAINE
Aujourd’hui, la franc-maçonnerie continue d’exister en Ukraine, avec la création en 1993 de la Grande Loge d’Ukraine, qui comprend environ 30 loges et représente près de 1 000 membres en 2023. Les maçons ukrainiens, souvent des personnalités influentes dans le domaine politique, économique, et culturel, soutiennent activement les initiatives sociales et humanitaires, notamment en faveur de la paix et de l’éducation. L’Ukraine compte parmi ses figures maçonniques historiques des personnalités comme Mykhaïlo Hrouchevsky et Simon Petlioura, qui jouèrent un rôle clé dans la lutte pour l’indépendance du pays.
Les Statistiques Mondiales et le Contexte Ukrainien
À l’échelle mondiale, on estime que plus de 5 millions de personnes sont affiliées à la franc-maçonnerie, dont environ 2 millions aux États-Unis et 480 000 en Grande-Bretagne. Bien que le mouvement soit moins étendu en Ukraine, son impact est significatif. L’implantation des symboles maçonniques a même suscité un vif débat dans les années 1990, avec l’apparition d’un billet de 500 hryvnia comportant un triangle et un œil, symboles souvent associés à la franc-maçonnerie, mais ici inspirés du philosophe Hryhoriy Skovoroda.
Conclusion : Héritage et Influence Durable
La franc-maçonnerie ukrainienne, riche d’une histoire mouvementée, continue d’évoluer, portée par un héritage qui combine idéal humaniste, quête de liberté et défense de valeurs morales. En Ukraine, elle demeure un symbole de la résilience face aux régimes oppressifs et de l’engagement pour l’indépendance intellectuelle et politique.
William Morgan, un nom presque oublié dans l’histoire américaine, a pourtant laissé une empreinte indélébile en inspirant l’une des premières vagues d’anti-maçonnisme aux États-Unis. Né dans les années 1770, cet homme énigmatique, ancien capitaine pendant la guerre anglo-américaine de 1812, vivait modestement à Batavia, dans l’État de New York, avec sa femme et ses enfants.
Mais c’est sa relation tumultueuse avec la franc-maçonnerie et sa disparition en 1826 qui allaient provoquer une onde de choc nationale.
Dessin de Willima Morgan dont la disparition et le meurtre présumé en 1826 ont déclenché un puissant mouvement contre les Francs-maçons, une société fraternelle secrète qui était devenue influente aux États-Unis.
Morgan s’initia à la franc-maçonnerie, mais il y rencontra rapidement des différends. En 1826, il prétendit écrire un livre intitulé Illustrations of Masonry, dans lequel il menaçait de révéler les secrets et rituels des loges maçonniques. À une époque où les serments de silence étaient strictement respectés, cette décision fut perçue comme une trahison grave par la communauté maçonnique. Lorsqu’un groupe de francs-maçons apprit la publication imminente de ce livre, ils cherchèrent à intimider Morgan pour l’empêcher de révéler ce qu’ils considéraient comme des secrets sacrés.
Gravure anti-maçonnique du canular de Taxil qui représente l’assassinat de William Morgan, illustration de Pierre Méjanel.
Le 11 septembre 1826, Morgan fut arrêté sous un prétexte mineur de dettes impayées et incarcéré à la prison de Canandaigua. Quelques jours plus tard, des hommes qu’on soupçonne être des francs-maçons le firent libérer, officiellement pour régler ses dettes. C’est à ce moment que la situation prit un tournant tragique. Morgan fut emmené de force hors de la ville et disparut sans laisser de trace. Son corps ne fut jamais retrouvé, mais les rumeurs circulèrent rapidement qu’il avait été assassiné par des membres de la franc-maçonnerie pour le faire taire. Bien que certains témoins affirmèrent l’avoir vu se faire conduire vers les chutes du Niagara, aucun fait concret ne put étayer cette hypothèse.
L’affaire William Morgan provoqua une vague d’indignation, et la presse s’empara de cette mystérieuse disparition.
Monument à William Morgan
De nombreuses personnes se mirent à craindre le pouvoir occulte de la franc-maçonnerie, convaincues qu’elle exerçait une influence inquiétante sur la société. L’affaire devint un symbole du danger supposé des sociétés secrètes, et des mouvements anti-maçonniques naquirent à travers tout le pays. Ce climat donna naissance au premier parti politique basé sur l’opposition à la franc-maçonnerie : le Parti Anti-maçonnique, fondé en 1828. Ce parti connut un succès bref mais significatif, influençant la scène politique des États-Unis en soutenant des candidats qui s’opposaient ouvertement à la franc-maçonnerie.
Le mystère entourant la disparition de Morgan persiste jusqu’à aujourd’hui, alimentant des théories et des spéculations. Bien que des membres de la franc-maçonnerie aient été arrêtés et jugés pour l’enlèvement de Morgan, aucun ne fut directement accusé de meurtre, et l’emplacement de son corps demeure inconnu. Ce cas reste un exemple marquant de la tension entre les sociétés secrètes et le besoin de transparence dans une démocratie.
Ainsi, William Morgan, par sa disparition, devint une figure de l’anti-maçonnisme et poussa l’Amérique à remettre en question le pouvoir de ces sociétés secrètes.
Demain nous aborderons le volet des effets sur la Franc-maçonnerie américaine suite à cette dramatique affaire.
Le 1er septembre 2024 a marqué, pour la Martinique, le début d’une période troublée, caractérisée par une montée de la violence, la destruction de biens, la disparition du dialogue social, en toile de fond d’un mouvement social de lutte contre la vie chère.
Nous, Francs-Maçons de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte du DROIT HUMAIN en Martinique, sommes conscients des difficultés rencontrées par la majeure partie des Martiniquais pour satisfaire ses besoins essentiels et exprimons notre solidarité avec tous ceux qui souffrent. Nous sommes convaincus que la lutte menée contre la vie chère est une cause noble car tout être humain doit pouvoir bénéficier d’une vie digne.
Profondément attachés à la paix, nous condamnons toute discrimination, toute haine et toute violence d’où qu’elle vienne car elle ne résout rien et ne fait que renforcer les divisions.
Nous réprouvons les actes de violence d’une minorité qui, comme partout, discréditent le combat mené et ont des conséquences graves pour les populations martiniquaises déjà victimes de la vie chère.
En tant que Francs-Maçons, nous croyons aux valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de tolérance, aujourd’hui plus que jamais en danger. Elles doivent guider les actions de chacun dans la construction d’une société plus juste et solidaire.
Nous appelons à l’arrêt de la violence et exhortons toutes les parties prenantes à la recherche de solutions viables et pérennes par un dialogue constructif et respectueux.
Nous invitons tous les Martiniquais à se mobiliser pour construire ensemble une société apaisée et prospère.
Le 5 novembre 2024
FM-en-Martinique
DES FRANCS-MAÇONS DU DROIT HUMAIN EN MARTINIQUE
avec le soutien de Sylvain Zeghni, Président du Conseil National Fédération française de l’ordre maçonnique mixte international LE DROIT HUMAIN
La Table d’émeraude, ou Tabula Smaragdina en latin, occupe une place centrale dans la littérature alchimique et hermétique. Ce texte bref, composé d’une dizaine de phrases énigmatiques, reste célèbre pour son aphorisme principal : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. »
D’après la légende, la Table d’émeraude transmet les enseignements d’Hermès Trismégiste, figure mythique à l’origine de l’alchimie. Le texte aurait été découvert gravé sur une tablette d’émeraude dans le tombeau d’Hermès. La version la plus ancienne connue figure dans un traité arabe, daté au plus tard du début du IXe siècle. De nombreux commentaires médiévaux et renaissants témoignent de l’attrait durable de ce texte, surtout auprès des penseurs de la Renaissance.
Si l’alchimie a perdu son statut scientifique avec l’essor de la chimie moderne au XVIIIe siècle, la Table d’émeraude continue de captiver occultistes et passionnés d’ésotérisme.
Parlons un peu histoire
Aux alentours du IIIe ou IIe siècle avant notre ère, en Égypte hellénistique, surgissent des textes en grec attribués au mystérieux Hermès Trismégiste, figure mythique considérée comme détenteur de la sagesse universelle. Ces écrits, formant un ensemble varié connu sous le nom d’Hermetica, abordent des thèmes aussi divers que l’alchimie, la magie, l’astrologie, et la médecine. C’est dans cet ensemble qu’émergent les traités mystico-philosophiques du Corpus Hermeticum, datés du IIe ou IIIe siècle. Dans l’un des textes, intitulé Koré Kosmou (la « Pupille du Monde »), Hermès grave ses précieux enseignements et les dissimule avant de s’élever au ciel, afin que « toute génération née après le monde » les cherche et tente d’en percer le mystère.
La transmission de cette tradition évolue considérablement au fil des siècles. En 640, lorsque l’Égypte chrétienne et byzantine est conquise par les Arabes, ces derniers reprennent et enrichissent l’héritage hermétique et alchimique, intégrant des concepts issus des écrits d’Hermès Trismégiste dans leurs propres recherches. C’est dans ce contexte que la fameuse Table d’émeraude trouve sa place et survit dans la tradition arabo-islamique.
Jusqu’au début du XXe siècle, seules des traductions latines de la Table d’émeraude, datant du XIIe siècle, étaient connues en Occident. Ce n’est que grâce aux travaux de deux chercheurs du XXe siècle, l’historien des sciences anglais E.J. Holmyard (1891-1959) et l’orientaliste allemand Julius Ruska (1867-1949), que les premières versions en langue arabe ont été identifiées et étudiées. Ces découvertes ont apporté des éclairages nouveaux sur les origines et la diffusion des textes hermétiques et alchimiques, renouvelant l’intérêt pour Hermès Trismégiste et pour son influence durable dans les traditions ésotériques.
Saviez-vous qu’il existe des versions arabes ?
Une page du Secret des secrets (Kitâb Sirr al-asrâr), avec deux tableaux permettant de déterminer si un patient va vivre ou mourir en fonction de la valeur numérique de son nom.
La Table d’émeraude, célèbre texte hermétique, est apparue dans plusieurs versions dans diverses œuvres arabes anciennes, la plus ancienne étant en annexe d’un traité du IXe siècle intitulé Kitâb sirr al-Halîka (Livre du secret de la Création). Ce texte se présente comme la traduction d’un ouvrage attribué au philosophe Apollonius de Tyane, ou Balînûs dans la tradition arabe. Bien qu’aucun manuscrit grec n’ait été retrouvé, l’hypothèse d’un texte d’origine grecque semble crédible, l’attribution à Apollonius étant une pratique fréquente dans les ouvrages arabes de magie et d’alchimie de l’époque médiévale.
L’introduction du Kitâb sirr al-Halîka évoque la théorie des quatre qualités élémentaires – chaud, froid, humide et sec – qui, selon la philosophie aristotélicienne, expliqueraient les sympathies et antipathies entre les êtres. Balînûs, qualifié de « maître des talismans et des merveilles, » découvre la Table d’émeraude dans une crypte sous la statue d’Hermès Trismégiste. Elle repose entre les mains d’un vieillard assis, accompagnée d’un livre mystérieux. Le traité en lui-même est largement alchimique et introduit la notion, fondamentale pour l’alchimie médiévale, que tous les métaux seraient composés de soufre et de mercure. La Table d’émeraude apparaît en appendice, soulevant la question de savoir si elle est seulement un ajout cosmogonique ou bien un élément intrinsèque de l’ouvrage, et par extension, de la pensée alchimique.
Certains chercheurs ont récemment proposé que la Table d’émeraude aurait des origines dans la magie talismanique, une confusion qui aurait été renforcée par une mauvaise interprétation de l’arabe en latin au Moyen Âge. Ce texte, dont l’interprétation reste sujette à débat, s’inscrit dans la continuité de la symbolique hermétique où l’émeraude est traditionnellement associée à Hermès, au même titre que le mercure, tandis que Mars est liée aux pierres rouges et au fer, et Saturne aux pierres noires et au plomb. Dans l’Antiquité, les Égyptiens et les Grecs désignaient comme « émeraude » divers minéraux verts, notamment le jaspe et le granit, une confusion qui persiste jusqu’au Moyen Âge avec des objets en verre vert tels que la Sacro Catino de Gênes – une coupe prise lors des Croisades, et longtemps associée à la légende du Graal.
Cette version de la Table d’émeraude figure également dans d’autres textes hermétiques, comme le Kitab Ustuqus al-Uss al-Thani (Livre élémentaire du fondement) attribué à l’alchimiste Jâbir ibn Hayyân, plus connu en Europe sous le nom de Geber. Au Xe siècle, on retrouve aussi des références dans le Secretum secretorum (Secret des secrets), présenté comme une lettre d’Aristote à Alexandre le Grand. Ce livre, sans le récit de la découverte de la tablette, touche à des domaines variés tels que la politique, la physiognomonie, et bien sûr, l’alchimie et l’astrologie, témoignant de l’intérêt pour les savoirs cachés.
Le motif littéraire de la révélation de la sagesse cachée d’Hermès, comme celle de la Table d’émeraude, est également présent dans d’autres textes arabes du Xe siècle. Dans un ouvrage attribué à Cratès, ce dernier décrit une vision d’Hermès, sous forme d’un vieillard majestueux tenant un livre contenant les secrets du monde. On retrouve aussi cette thématique dans la Tabula Chemica d’Ibn Umail, où une table de pierre couverte de symboles repose sur les genoux d’Hermès dans une chambre secrète de la pyramide, rappelant les mystères alchimiques et la fascination pour Hermès Trismégiste comme gardien des secrets de l’univers.
Les traductions latines et la diffusion médiévale
La Table d’émeraude, texte fondamental de la pensée hermétique, a connu plusieurs traductions latines qui ont largement circulé au Moyen Âge. L’une des premières traductions du Livre du secret de la Création, connue en latin sous le titre de Liber de secretis naturae, a été réalisée par Hugues de Santalla au début du XIIe siècle. Cependant, cette version n’a pas rencontré une diffusion importante, peut-être en raison de sa complexité ou de son caractère ésotérique, qui ne répondait pas encore aux attentes du lectorat latin de l’époque.
Une autre version importante, le Secretum Secretorum, a été traduite en latin sous deux formes : une version courte par Jean de Séville, ou Johannes Hispalensis, vers 1140, et une version longue par Philippe de Tripoli autour de 1220. Cette traduction est rapidement devenue l’un des ouvrages les plus célèbres du Moyen Âge. Présenté comme une lettre d’Aristote à Alexandre le Grand, le texte aborde des sujets aussi variés que la morale, la politique, l’alchimie et l’astrologie. Cette popularité témoigne de l’intérêt croissant pour les textes hermétiques, que l’on pensait porteurs d’une sagesse cachée.
Une troisième version, datée du XIIe siècle et intitulée Liber Hermetis de alchimia (Livre d’alchimie d’Hermès), a également influencé la pensée alchimique de l’époque. Cette version dite « vulgate » est la plus répandue et a fait l’objet de nombreuses copies. Toutefois, le traducteur latin a commis une erreur significative : le mot arabe tilasm, signifiant « talisman, » a été transcrit en latin sous les formes telesmus ou telesmum. Cela a ouvert la voie à des interprétations variées par les alchimistes, le terme télesme devenant un concept vague mais central de l’alchimie occidentale, évoquant tantôt une force mystérieuse, tantôt un objet possédant des pouvoirs occultes.
Le texte original et sa traduction française
Le texte latin de la Table d’émeraude, également intitulé Tabula smaragdina Hermetis Trismegisti, commence par une affirmation célèbre : « Verum, sine mendacio, certum et verissimum… » et développe une série de principes mystiques sur l’union entre le supérieur et l’inférieur, symbolisés par l’unité cosmique entre le Soleil et la Lune, la Terre et le Vent. Ce texte a fasciné les alchimistes, qui y voyaient une clé pour comprendre les lois de la nature et l’essence des métaux. La phrase emblématique « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » reflète l’idée d’un univers miroir, où les processus terrestres et célestes sont liés.
La traduction française la plus connue, attribuée à l’alchimiste Hortulain, conserve la symbolique profonde du texte en la rendant accessible aux lecteurs francophones. Dans cette version, la Table d’émeraude explore le processus de séparation et de recombinaison des éléments, symbolisant l’alchimie et le mystère de la création : « Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement, avec grande industrie. » Ce passage, souvent cité, est interprété comme une description voilée des processus de distillation et de purification chers aux alchimistes.
Les trois parties de la philosophie hermétique
À la fin du texte, Hermès Trismégiste se décrit comme le détenteur des « trois parties de la philosophie de tout le monde. » Cette phrase a donné naissance à de nombreuses interprétations : certains y voient une référence aux trois piliers de l’alchimie, de l’astrologie et de la théurgie. D’autres pensent qu’il s’agit d’un appel à la compréhension de la matière, de l’esprit et de l’âme dans une quête d’illumination.
La Table d’émeraude a marqué non seulement les alchimistes du Moyen Âge mais aussi les penseurs de la Renaissance, qui y voyaient un texte révélant les secrets de l’univers. La fascination pour ce texte a survécu à la période médiévale et continue d’intéresser les chercheurs et les ésotéristes aujourd’hui, qui y cherchent encore la sagesse intemporelle attribuée à Hermès Trismégiste, le « Trois fois Grand. »
Les commentaires : une interprétation mystique et alchimique de la Table d’émeraude
La Table d’émeraude, dont la découverte est entourée de légendes, a suscité de nombreux commentaires dès son introduction en Occident. Elle est mentionnée pour la première fois par Herman de Carinthie dans son De essentiis en 1143. Ce dernier, ami de Robert de Chester, traducteur en 1144 du Liber de compositione alchimiæ, s’intéresse aux écrits alchimiques alors émergents. Ce texte de Chester est considéré comme le premier traité d’alchimie en langue latine et marque le début de l’attrait occidental pour les mystères hermétiquesXIIe siècle, un commentateur anonyme décrit le terme « télesme » comme signifiant « secret » ou « divination » dans le contexte arabe, notant que cette divination était perçue comme supérieure aux autres formes. Ce sens ésotérique s’est réduit par la suite au simple concept de « secret » en Occident. Albert élèbre philosophe et théologien, mentionne également la Table d’émeraude dans son De mineralibus vers 1256, soulignant son intérêt dans le cadre de l’alchimie chrétienne naissante.
Quelques décennid, entre 1275 et 1280, Roger Bacon traduit et commente le Secret des Secrets. En interprétant la Table d’émeraude comme une allégorie du Grand Œuvre, Bacon enrichit la tradition alchimique européenne, reliant chaque phrase à une étape symbolique de la transmutation alchimique, où la transformation de la matière symbolise la quête de perfection spirituelle.
Le commentaire de l’Hoa quête symbolique du Grand Œuvre
La découverte de la Table d’Hermès dans l’Aurora consurgens.
L’interprétation la plus célèbre de la Table d’émeraude demeure celle de l’Hortulain, un alchimiste dont la biographie reste obscure, actif au début du XIVe siècle. Dans un commentaire influent, il se présente comme un « jardinier » cherchant à éclairer le sens caché des mots d’Hermès Trismégiste. L’Hortulain lie les concepts hermétiques à la doctrine chrétienne, affirmant que le Grand Œuvre imite la création divine à partir du chaos originel. Ainsi, selon son interprétation, la phrase « comme toutes choses ont été et sont venues d’un » reflète la création divine de l’univers. Pour lui, le soleil et la lune symbolisent respectivement l’or et l’argent alchimiques.
L’Hortulain propose également une leélesme » comme un « secret » ou un « trésor », qualifiant la pierre philosophale de « père de tout le télesme » — c’est-à-dire, la clé de tous les secrets alchimiques. Sa vision symbolique et métaphysique se démarque en rejetant l’approche purement technique, centrée sur les métaux et la matière : il insiste sur la « voie intérieure » comme source ultime de sagesse hermétique.
Transmission et iconographie au Moyen Âge aissance
1er emblème de l’Atalanta Fugiens : le vent l’a porté dans son ventre.
Au cours des siècles suivants, la Table d’émeraude inspire de nombreux textes alchimiques et représentations iconographiques. La Tabula Chemica de Senior Zadith, datée du XIIe ou XIIIe siècle, est l’une des premières interprétations illustrées, et associe la table à des symboles gravés représentant le savoir alchimique secret. À partir de 1420, des extraits de cette Tabula se retrol’Aurora consurgens, un manuscrit illuminé de l’un des premiers cycles de symboles alchimiques. Parmi les illustrations, on voit la redécouverte de la Table d’émeraude dans un temple orné d’aigles sagittaires symbolisant les éléments volatils.
2e emblème de l’Atalanta Fugiens : sa nourrice est la terre.
Ces motifs, récurrents dans les manuscrits de la Renaissance, célèbrent l’idée d’une sagesse antique redécouverte et préservée des interprétations déformantes de l’esprit humain. Les hiéroglyphes, qui ornent les représentations de la Table, deviennent le symbole visuel du savoir sacré, transmis de génération en génération comme un héritage précieux et intemporel.
De la Renaissance aux Lumières : L’évolution de la légende d’Hermès Trismégiste et la Table d’émeraude
Durant la Renaissance, Hermès Trismégiste est reconnu comme le père fondateur de l’alchimie. Cette image s’enrichit de récits bibliques et de mythes, notamment dans des ouvrages comme Le Livre de la philosophie naturelle des métaux (XVe siècle) du pseudo-Bernard le Trévisan. L’auteur y dépeint Hermès Trismégiste découvrant sept tables de marbre après le déluge, dans la vallée d’Hébron, où Adam aurait vécu après son expulsion du paradis. Sur ces tables, Hermès aurait trouvé les principes des sept arts libéraux, lesquels, après avoir été transmis à des figures telles que Pythagore, Platon, et Aristote, seraient parvenus à Alexandre le Grand, qui aurait poursuivi cette lignée de savoir antédiluvien.
La Table d’émeraude – version latine, édition princeps – Extrait du De Alchimia, Nuremberg 1541 – l’introduction en latin et grec dit : « La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste sur l’alchimie, par un traducteur inconnu. Secrets d’Hermès qui étaient écrits en ces termes sur la table d’émeraude trouvée entre ses mains dans un antre obscur où fut découvert son corps inhumé »
Au tournant de la fin du XVe siècle, Jérôme Torella introduit une autre version dans son Opus Praeclarum de imaginibus astrologicis (1496), où Alexandre découvre une « Tabula Zaradi » dans un tombeau égyptien d’Hermès. Cette histoire est reprise par l’alchimiste Michael Maier dans son Symbola aureae mensae (1617), texte enrichi par ses travaux pour Rodolphe II, empereur d’Europe et protecteur des sciences ésotériques. La même année, Maier publie son célèbre Atalanta Fugiens, une œuvre en cinquante emblèmes alchimiques illustrée par Théodore de Bry. Les deux premiers emblèmes sont inspirés de la Table d’émeraude, représentant Hermès comme « l’explorateur le plus diligent de tout secret naturel ».
Page de garde du Traittez de l’harmonie, et constitution generalle du vray sel, secret des Philosophes, & de l’esprit universel du monde (1621)
La Table d’émeraude connaît une première édition imprimée en 1541 dans le De alchemia, publié par Johann Petreius et édité sous le pseudonyme de Chrysogonus Polydorus, probable alias d’Andreas Osiander. L’édition latine, dite « vulgate », est accompagnée du commentaire de l’Hortulain, un texte majeur de l’hermétisme européen.
En 1583, Gérard Dorn, disciple de Paracelse, propose un commentaire où il lie la Table d’émeraude au récit de la Genèse, intégrant l’œuvre alchimique dans une perspective chrétienne, où la création du monde reflète les étapes du Grand Œuvre. Au cours des XVe et XVIe siècles, des versions en vers de la Table émergent également, telles qu’un sonnet attribué au poète Clovis Hesteau de Nuysement en 1621, qui explore les mystères de la « vraie pierre des philosophes ».
Du scepticisme aux Lumières : La remise en question de l’origine hermétique
Au XVIIe siècle, certains érudits commencent à remettre en question la légitimité de la Table d’émeraude et son association à Hermès Trismégiste. L’alchimiste et médecin Nicolas Guibert est parmi les premiers à exprimer ses doutes en 1603. Mais c’est Athanasius Kircher, érudit jésuite, qui émet une critique décisive dans son ouvrage Oedipus Aegyptiacus (1652-53). Kircher soutient que la Table n’apparaît dans aucun texte avant le Moyen Âge et qu’aucun auteur antique ne mentionne une découverte par Alexandre le Grand. En comparant le vocabulaire de la Table avec le Corpus Hermeticum, il conclut que la Table d’émeraude est probablement une invention médiévale, un faux attribué à un alchimiste postérieur à Hermès.
Cette contestation s’accompagne de recherches linguistiques, telles que celles de Wilhelm Christoph Kriegsmann, qui en 1657 avance que la Table aurait été écrite en phénicien plutôt qu’en égyptien. Il développe cette hypothèse en 1684 en affirmant qu’Hermès Trismégiste correspond non pas au Thot égyptien, mais au dieu phénicien Taaut, qu’il associe au dieu germanique Tuisto, mentionné par Tacite. Ces hypothèses illustrent un mouvement intellectuel visant à déconstruire les origines sacrées des textes hermétiques.
L’héritage de la Table d’émeraude et le déclin de l’alchimie
En 1668, l’alchimiste danois Ole Borch tente de réconcilier la Table d’émeraude avec l’antique tradition hermétique en distinguant les écrits tardifs des œuvres attribuables au véritable Hermès égyptien dans son De ortu et progressu Chemiae. Ses analyses sont reprises dans la Bibliotheca chemica curiosa (1702) de Jean-Jacques Manget, où les travaux de Borch et de Kriegsmann sont compilés et diffusés, illustrant l’intérêt persistant pour les mystères alchimiques malgré la montée de la science moderne.
Bien que des auteurs comme Isaac Newton continuent de commenter et traduire la Table d’émeraude, l’alchimie perd progressivement de son crédit scientifique. L’avènement de la chimie moderne, consolidé par les travaux de Lavoisier au XVIIIe siècle, marginalise l’alchimie. Toutefois, la Table d’émeraude conserve une place de choix dans les récits hermétiques et continue d’influencer la pensée mystique, marquant la transition entre un univers symbolique et les premières bases de la science expérimentale.
L’emblème hermétique de la Tabula Smaragdina Hermetis : Une symbolique entre alchimie et ésotérisme
La Tabula Smaragdina Hermetis.
La Tabula Smaragdina Hermetis, connue aussi sous le nom de Table d’émeraude, devient, dès la fin du XVIe siècle, un emblème majeur de l’alchimie et de la pensée hermétique. Cette figure symbolique, riche en références mystiques et ésotériques, s’articule autour d’un acrostiche en latin : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem (« Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée »). Les initiales de cet acrostiche forment le mot VITRIOL, qui désigne l’acide sulfurique, un élément fondamental dans les pratiques alchimiques de l’époque.
Cette illustration complexe intègre de nombreux symboles alchimiques : en haut, le soleil et la lune versent leur influence dans une coupe au-dessus du symbole du mercure, entourée des symboles des quatre autres planètes. Chaque planète est associée à un métal (Or pour le Soleil, Argent pour la Lune, Mercure pour Mercure, Étain pour Jupiter, Fer pour Mars, Cuivre pour Vénus, et Plomb pour Saturne), symbolisant la correspondance entre les corps célestes et les éléments matériels. Ce schéma lie les couleurs et les métaux aux étapes de la transmutation alchimique, où chaque métal représente un stade de purification et d’élévation de la matière.
Au centre, l’emblème présente un anneau et un globe impérial, symboles de l’union entre le macrocosme (l’univers) et le microcosme (l’homme), un concept central de la philosophie hermétique. Deux mains prophétiques encadrent l’image, semblant attester de la véracité de cette « doctrine sacrée ». En bas, les sphères de la terre et du ciel rappellent l’interconnexion de tous les plans de la réalité, un thème que les alchimistes de l’époque associent au Grand Œuvre, la recherche spirituelle ultime.
Origine et diffusion de l’emblème
L’emblème de la Tabula Smaragdina Hermetis au frontispice du traité alchimique de La Toyson d’or (1613)
La première représentation connue de cet emblème remonte aux années 1588-89, sous forme de manuscrit anonyme, probablement écrit par un adepte de Paracelse. Ce texte allemand, Du secret des sages, se présente comme un poème alchimique didactique qui explique la symbolique de la Table d’émeraude en lien avec le Grand Œuvre, dont les objectifs sont la santé, la fortune et la longévité. Rapidement, cet emblème devient un symbole visuel et philosophique associé à la Table d’émeraude, qui se diffuse largement au XVIIe siècle.
En 1733, l’alchimiste Ehrd de Naxagoras mentionne dans son Supplementum Aurei Velleris une version mythique selon laquelle Hermès aurait laissé une « plaque d’émeraude précieuse » gravée d’inscriptions, découverte plus tard dans la vallée de l’Hébron par une femme nommée Zora. Pour les alchimistes et mystiques de la Renaissance, cette imagerie complexe représente les secrets cachés de la nature et l’idée platonicienne que les vérités profondes ne peuvent être révélées qu’à travers des symboles voilés.
De l’occultisme à l’ésotérisme et au surréalisme
Aux XIXe et XXe siècles, la Table d’émeraude continue de captiver l’imaginaire des occultistes. L’ésotériste Éliphas Lévi voit dans ses inscriptions le « résumé de toutes les doctrines du vieux monde », tandis que des figures comme Helena Blavatsky, fondatrice de la Société théosophique, et le pérennialiste Titus Burckhardt en reprennent les enseignements dans leurs explorations mystiques. L’intérêt des ésotéristes pour la Table d’émeraude s’inscrit dans une quête de sagesse universelle, où la matière et l’esprit s’unissent pour révéler la nature ultime de la réalité.
L’influence de la pensée hermétique se manifeste aussi au sein du mouvement surréaliste, qui voit dans la Table d’émeraude une invitation à dépasser les oppositions conventionnelles. André Breton, dans son Second manifeste du surréalisme (1930), évoque l’idée d’un « point de l’esprit où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur cessent d’être perçus contradictoirement ». Bien que certains commentateurs attribuent cette vision à l’influence de Hegel, cette pensée s’inspire aussi des concepts de Jakob Böhme, philosophe mystique du XVIIe siècle, qui avait influencé Hegel lui-même.
Aujourd’hui encore, la Table d’émeraude et son emblème demeurent des symboles fascinants pour les chercheurs d’une spiritualité unissant science et mystère, témoignant d’une époque où la quête de l’absolu était autant scientifique que mystique. Les éléments de cette quête résonnent dans la culture contemporaine, entre les sciences occultes et les nouvelles formes d’ésotérisme qui explorent toujours la « pierre cachée » de l’univers.
La Table d’Émeraude : un symbole ésotérique au cœur de la franc-maçonnerie
La Table d’émeraude, attribuée à Hermès Trismégiste, est depuis des siècles une source de fascination pour les cercles ésotériques, y compris la franc-maçonnerie. Ce texte alchimique, datant du Moyen Âge, est réputé contenir les secrets de la transformation spirituelle et matérielle, un concept qui trouve un écho profond dans les enseignements maçonniques. Composée de quelques vers énigmatiques, la Table d’émeraude renvoie à l’idée d’une unité cosmique et à la quête de la pierre philosophale, symboles clés de l’initiation alchimique et maçonnique.
Dans la franc-maçonnerie, la Table d’émeraude est souvent interprétée comme une allégorie de l’ascension spirituelle. Tout comme l’alchimiste cherche à purifier la matière pour obtenir la pierre philosophale, le franc-maçon s’efforce de purifier son âme pour atteindre la perfection morale et spirituelle. La devise célèbre de la Table d’émeraude, « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », reflète la dualité de l’existence humaine et divine, un thème qui trouve un écho dans la symbolique maçonnique du « Grand Architecte de l’Univers ». Cette vision incarne l’idée que le microcosme humain est une image du macrocosme universel, un concept central dans la philosophie maçonnique.
Le terme « VITRIOL », qui provient de la formule alchimique « Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem » (« Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée »), joue également un rôle essentiel dans les rituels maçonniques. Ce terme est gravé dans certains temples et rappelle aux initiés l’importance de l’introspection. En se tournant vers leur monde intérieur, les maçons espèrent trouver la sagesse et la vérité, tout comme l’alchimiste recherche la transformation de la matière.
Les loges maçonniques se sont approprié ce texte pour sa portée universelle et pour son appel à la transformation personnelle et cosmique. Dans les hauts grades, notamment le rite écossais, la Table d’émeraude est souvent évoquée pour illustrer la quête de connaissance. Ainsi, la franc-maçonnerie s’est largement inspirée de l’alchimie hermétique pour construire une symbolique riche et complexe, orientée vers la perfection spirituelle. La Table d’émeraude incarne ainsi un pont entre alchimie, mysticisme et franc-maçonnerie, reflétant l’aspiration commune de ces disciplines à déchiffrer les mystères de l’univers et de l’âme humaine.
De nos jours, la « Franc-Maçonnerie » est protéiforme, ses adeptes pouvant aller de la quête spirituelle à des pratiques beaucoup plus ancrées dans le social, le quotidien matérialiste. Il n’en demeure pas moins que les voies dites « initiatiques » ont toujours visé prioritairement le domaine spirituel (qu’aujourd’hui on pourrait qualifier de « vibratoire ») et, malgré cela, il est de coutume de considérer tous les membres de la Franc-Maçonnerie comme des « initiés(e) » quelles que soient leurs obédiences ou leurs aspirations personnelles.
De coutume certes, mais quid de la réalité ? Que faut-il entendre par initié ? Etymologiquement, cela renvoie à une idée d’initialisation, de mise en route. Factuellement, cela revient à initier une recherche personnelle sur soi-même avec l’appui d’un corpus symbolique qui s’enrichit peu à peu.
Ces « progrès » sont assortis de titres (parfois très « ronflants ») et de décors de parade derrière lesquels il est aisé de s’imaginer parvenu à la connaissance.
Toutefois, « savoir » et « connaissance » (« ça voir » et « con essence » pour ceux qui sont familiarisés avec la langue des oiseaux) ne sont pas à confondre et, trop souvent, ces atours ne parent que de brillants intellectuels plus attirés par les honneurs et le « pare être » que par une réelle évolution personnelle à laquelle ils substituent une apparence de « brave homme » et de « bon citoyen ».
Alors comment s’y retrouver ?
De mon point de vue, devenir un exégète dans l’approche intellectuelle de l’un des domaines qui imprègnent les rites maçonniques (histoire, kabbale, ésotérisme chrétien, alchimie…) n’offre qu’une satisfaction égotique assortie d’une indéniable capacité à « briller ». Mais ce qui brille n’éclaire pas. En fait, j’ai la faiblesse de penser que la Franc-Maçonnerie mène à tout… à condition d’en sortir.
En effet, notre cursus symbolique renferme de nombreuses idées vouées à déboucher sur des applications quotidiennes, et non sur des explications alambiquées. Encore faut-il se donner la peine d’accéder aux dites idées dissimulées sous les symboles et les éléments du rituel, parcours dans lequel le mental analytique se révèle souvent comme un handicap.
Et c’est une quête incessante tant nos symboles sont nombreux et porteurs de sens ; on n’est jamais « parvenu » et aucun titre ou degré ne peut s’y substituer. Bien évidemment, chacun(e) est libre de ses aspirations personnelles et de la voie qui lui semble adaptée pour y parvenir. Simplement, le terme « initiatique » ne s’applique pas vraiment à la pluralité des démarches.
Dessins et photographie
Reste que, même si nous ne sommes pas les plus nombreux(ses), d’aucuns(es) ne se lassent pas de suivre ces pistes, de chercher hors des sentiers intellectuels régulièrement développés, de s’investir dans une quête plus quantique que linéaire.
Ils suivent le chemin de réhabilitation du féminin sacré (Si, si,… il est inscrit dans nos rituels…en filigrane) en eux(elles)-même, s’ouvrant à l’intuitif délaissé par l’analyse intellectuelle : ils(elles) s’éveillent.
Ces quelques considérations préalables, sont simplement destinées à offrir une piste supplémentaire, plus particulièrement à ces derniers(ères), en présentant l’ouvrage de Régis BELAMICH : « Le corps sacré ».
Régis Belamich
Régis, n’est pas franc-maçon, et cela ne lui serait d’aucune utilité. Guérisseur énergéticien, conférencier, auteur, rédacteur en chef du magazine Métamorphose, il est formé à la médecine ayurvédique et au yoga. Accessoirement, il met gratuitement à disposition de ses contemporains de nombreuses méditations sur sa chaîne Youtube.
Cette brève présentation peut sembler nous éloigner du principe de l’initiation précédemment développé et pourtant…
Dans cet ouvrage, écrit dans un langage très clair et très imagé, Régis partage, en toute humilité et sans fausse pudeur, sa propre initiation de Vie. Toutes les étapes en sont détaillées et les synchronicités avec nos rites et symboles sont étonnantes.
Des nombres qui nous sont connus à l’approche de ce que l’Inde nomme un « Vénérable Maître » en passant par le nécessaire travail sur notre temple intérieur et sa dimension sacré, tout est présenté avec clarté. Mais Régis ne se contente pas de relater sa propre expérience. Il émaille son récit en détaillant les pratiques qui lui ont été enseignées, faisant de son ouvrage un référentiel, un guide à l’usage de chacun(e).
Mieux encore, les liens vibratoires entre les plans physique, énergétique et spirituel sont exposés en phase avec nos évolutions scientifiques. A titre personnel, je témoigne que la simple lecture (en conscience) de certains des mantras dévoilés n’est pas sans provoquer un réel bien-être ; étonnant ! Si Régis était un Compagnon opératif, je dirais qu’il présente ici son « chef-d’œuvre ». Comme il est habituel de reconnaitre un initié au fait que « ses frères le reconnaissent comme tel », c’est un plaisir pour moi de le reconnaître sous ce vocable, voire comme « Vénérable Maître » au sens étymologique de ce titre.
Bref, pour toutes celles et tous ceux qui s’inscrivent dans une réelle démarche spirituelle, « Le corps sacré » est à considérer comme un vrai guide et je remercie 450.fm de me donner l’opportunité de ce partage.
Cet ouvrage est disponible dans toutes les bonnes librairies dès le 7 novembre 2024.
Notre confrère le Blog des Spiritualités, animé par notre Frère Jean-Laurent Turbet annonçait ce mardi qu’une Avenue parisienne de poids changeait de nom pour rendre hommage à un Frère contemporain, ayant appartenu longtemps à la Grande Loge de France. Il s’agit du Frère Hubert Germain qui remplace le Frère Thomas Robert Bugeaud dont le passé martial est nettement moins glorieux.
Le maréchal Bugeaud avait été initié à L’Union Africaine d’Oran vers 1836 (On peut lire dans un compte-rendu de la loge Bélisaire d’Alger, en date du 4 juillet 1849 : « il est tiré une batterie de deuil pour le frère Bugeaud, ex-gouverneur général, membre honoraire de la Loge d’Oran »).
Communiqué de Jean-Laurent Turbet
Renommer l’avenue Bugeaud en avenue Hubert Germain (1920-2021) dans le 16ème arrondissement à Paris a une forte portée symbolique.
Cela s’inscrit dans un mouvement plus large visant à valoriser des figures qui incarnent des valeurs de courage, de résistance et de liberté, en lieu et place de celles associées à des périodes sombres de l’histoire, à des massacres et à des crimes contre l’humanité.
Voici pourquoi ce changement a été unanimement bien accueilli tant par la population que par la communauté historique.
Car le Maréchal Thomas Robert Bugeaud (1784 – 1849), c’était qui ? Je le dis simplement en quelques lignes mais la « carrière » de Bugeaud dans l’horreur est très vaste.
Bugeaud c’est un homme d’ordre, raciste et antisémite qui a commis de nombreux crimes. Les 13 et 14 avril 1834, sa brigade réprime sévèrement (Adolphe Thiers, Ministre de l’Intérieur lui avait écrit : « Il faut tout tuer. Amis, pas de quartier, soyez impitoyables ») une émeute en tuant notamment douze femmes et hommes réfugiés dans une maison rue Transnonain et en blessant des dizaines d’autres.
Mais c’est en Algérie que Bugeaud va faire preuve de toute sa cruauté. De retour à Alger en 1841 il explique que son but n’est pas de faire fuir les arabes mais de les soumettre. Il pratique la « Terre Brûlée » en détruisant les récoltes et les habitation des autochtones. « Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes […], ou bien exterminez-les jusqu’au dernier »
Il pratique aussi les « enfumades » : lorsque la population, terrorisée par les exactions des soldats de Bugeaud se réfugie dans des grottes pour se cacher, les soldats allument de grands feux à l’entrée de la grotte. L’atmosphère se réduit et disparait dans les grotte et toutes les personnes meurent asphyxiées par les fumées et le gaz carbonique.
Des milliers de personnes – hommes, femmes et enfants – vont ainsi mourir asphyxiées dans les « enfumades » de Bugeaud.
Les enfumades de Sbéhas le 11 juin 1844 et du Dahra le 18 juin 1845 par le colonel Pélissier sous les ordres de Bugeaud (et appliquant la « doctrine Bugeaud« ) font des milliers de victimes. Ces crimes épouvantent en France (un peu…) et en Europe (beaucoup).
Le Times à Londres écrit le 14 juillet 1845 : « Il est impossible de réprimer la plus forte expression de l‘horreur et du dégoût à propos des atrocités d’un acte commis par le général Pélissier, commandant un détachement français en Algérie… Ceci n’est pas une guerre mais le massacre d’une population par celui qui a assumé le pouvoir de gouverner cette région, un monstre qui déshonore son pays, son époque et sa race ».
Je sais qu’il existe encore – malheureusement – des nostalgiques de l’Algérie française et du bon temps des colonies.
L’Emir Abdelkader
Mais l’intervention française de 1830 ne s’est pas faite sur un terrain vierge, sans population.
Au contraire, la résistance héroïque de l’Emir Abdelkader (1808 – 1883, qui était d’une envergure politique, intellectuelle et spirituelle incomparablement supérieure à celle de Bugeaud) et des centaines de milliers d’Algériens prouve qu’il s’est bien agit d’une guerre de colonisation.
Et cette guerre s’est faite avec des massacres de masse d’hommes de femmes et d’enfants innocent.
Oui, il faut le répéter, Bugeaud invente la mort de masse par asphyxie d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, préfigurant par là-même les chambres à gaz nazies de la Seconde Guerre Mondiale.
Non, il ne faut jamais oublier que la conquête de l’Algérie et sa colonisation commence par des massacres de masse, d’hommes de femmes et d’enfants…
A l’inverse qui est Hubert GERMAIN ? Résistant de la première heure, il rejoint Londres dès 1940 pour s’engager dans les Forces Françaises Libres.
Il participe en 1941 à la campagne de Syrie. En février 1942 il participe à la bataille de Bir Hakeim. Il est sous-lieutenant quand il participe à la bataille d’El Alamein. Puis en mai 1944 c’est la campagne d’Italie et la terrible bataille de Monte Cassino où il est blessé. En août 1944 il participe au débarquement en Provence et suit la 1ère armée française jusqu’en Allemagne.
Il sera par la suite plusieurs fois élu député (gaulliste) et sera même Ministre des PTT et des relations avec le Parlement.
Il était l’un de ces 1038 hommes et femmes décorés de la croix de la Libération pour leur action dans « la Libération de la France, dans l’honneur et par la Victoire ».
Il était le dernier Compagnon de la Libération vivant et est inhumé dans la crypte du mémorial de la France combattante au mont Valérien, où le dernier caveau du Mémorial lui était réservé.
Hubert Germain était membre de la Grande Loge de France (où il a été Grand Maître Honoris Causa) et 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté au sein du Suprême Conseil de France. Il est le fondateur de la loge « Pierre Brossolette, Compagnon de la Libération » au sein de la Grande Loge de France.
Hubert GERMAIN arborant sa médaille de Compagnon de la Libération
Depuis les années 2020 de nombreuses actions avaient eu lieu pour dénoncer l’avenue Bugeaud.
Le changement de nom a été voté à l’unanimité par le Conseil de Paris le 11 juillet 2024.
Le 14 octobre 2024, lors d’une cérémonie très émouvante, l’avenue Bugeaud, baptisée en 1863, a changé de nom à Paris car Thomas Robert Bugeaud était non seulement lié à la répression à Paris de manifestations populaires mais aussi aux massacres de populations en Algérie lors de la conquête coloniale.
La Maire de Paris, Anne Hidalgo l’explique en ces termes :
« […] Au coin de nos rues, sur nos places, au détour d’un grand boulevard ou d’un rond-point mythique, nous nous interrogeons parfois sur l’histoire de nos figures historiques dont les noms recouvrent les iconiques plaques bleues parisiennes.
Ces lettres blanches devraient toujours nous emplir de fierté et non pas nous condamner au malaise. Mais c’était malheureusement le cas de l’avenue du jour, alors que nous avons célébré le 25 août dernier les 80 ans de la libération de Paris. J’ai avec vous aujourd’hui l’honneur de renommer cette avenue l’avenue Hubert Germain.
Beaucoup a été dit à l’instant sur ce Parisien illustre, ce grand héros de la Résistance, qui avait rejoint la France libre dès le mois de juin 1940… Cette décision n’était pas évidente, Hubert Germain, c’était évident.
Mais faire en sorte que nous débattions cette avenue, cela n’était pas en soi une chose simple. Vous souhaitiez inscrire le nom de ce héros de la Résistance dans les lieux publics de ce bel arrondissement. Et désormais, c’est chose faite. Mais renommer cette avenue au nom d’Hubert Germain, c’est un geste fort qui réaffirme l’attachement de la ville de Paris aux valeurs républicaines et à la défense d’une mémoire dont chaque Parisienne, chaque Parisien peut être fier […]. »
À propos de Bugeaud elle précisait : « Déjà à son époque, ses techniques inhumaines et ses agissements barbares suscitaient l’effroi. Ses actes et ses écrits étaient imprégnés de racisme et d’antisémitisme envers les Algériens. Et ils ont laissé des séquelles durables et honteuses. Or, vous le savez, la dénomination de nos espaces publics, de nos rues, n’a rien d’anodin.
À travers chaque allée, chaque rue, chaque place, nous nommons, nous façonnons aussi notre modèle de valeurs et nos références. Décider de conserver ce nom dans un espace public était un choix de société. C’était en 1863. Ce choix avait été fait par le Second empire et nous affirmons aujourd’hui qu’il n’est plus le nôtre. Nous prenons aujourd’hui une autre décision collective, elle est importante, elle est démocratique. Elle est le fruit d’une mûre réflexion, le résultat d’un dialogue constant avec de très nombreuses personnalités, les associations mémorielles, des historiens que je veux remercier pour leur précieuse expertise.
[…] Après plusieurs années d’échanges, je suis vraiment très fière, très heureuse, très honorée que le Conseil de Paris ait entériné à l’unanimité, cette décision de changement de nom en juillet dernier. »
Et de préciser qu’au musée Carnavalet, les plaques Bugeaud et Germain seront exposées côte à côte « afin d’éclairer l’Acte démocratique et l’acte de mémoire ».
L’avenue qui portait le nom d’un massacreur porte désormais le nom d’un Grand Résistant.
Le spectre de la mort plane sur toute œuvre créatrice de l’humanité. C’est le grand moteur, la fin inconnue contre laquelle nous nous efforçons tous de nous souvenir. Mais est-ce aussi notre plus grand libérateur ?
Comme les anciens Mystères, dans la mesure où nous avons confiance en leurs enseignements, la Franc-Maçonnerie offre à ses adeptes une méthode d’approche de ce test final de notre philosophie de vie, digne de la dignité humaine et en harmonie avec notre devise honorée, Suivre la Raison. Alan Seagar a écrit pour nous tous :
« Mais j’ai rendez-vous avec la Mort à minuit dans une ville en flammes, et je suis fidèle à ma parole : je ne manquerai pas ce rendez-vous. »
Nous aussi, nous avons rendez-vous avec le Faucheur, et nous ne pouvons y échapper, même si la science nous aide à le retarder. Et bien que peu de gens soient capables de le rencontrer avec les sentiments que nous a exprimés Horatius
« Comment un homme peut-il mourir mieux Que lorsqu’on fait face à des obstacles effrayants Pour les cendres de ses pères Et les temples de ses dieux ?
Mais nous ne devons pas le regarder venir avec une amère reconnaissance de notre faiblesse humaine. Une telle attitude est indigne de ceux qui suivent vraiment la raison et ont élaboré une philosophie de la vie qui ne voit dans la mort qu’un changement de circonstances, si important soit-il. Nous devrions adapter à notre propre usage le salut offert par les gladiateurs d’autrefois, sauf qu’au lieu de saluer un César humain qui considérait leurs luttes comme un amusement, nous devrions tout aussi courageusement considérer l’Ancien des Jours, en disant à chacun de nous : « Ave, Maoister Vitae, moriturus te saluto », et aller de l’avant sans crainte.
Il existe de nombreuses expressions nobles de l’attitude envers la mort, et parmi elles, ce remarquable poème, « Thanatopsis », écrit il y a un siècle par un jeune homme de 18 ans, occupe une place de choix avec ses phrases sonores, sa confiance qui trouve dans les faits un fondement solide pour la foi. Naturellement, il reflète d’abord l’éducation sombre de son auteur dans la Nouvelle-Angleterre, mais aucun ne surpasse sa conclusion en dignité naturelle :
« … soutenu et apaisé par une confiance inébranlable, approche de ta tombe, comme quelqu’un qui enveloppe son lit de draperies et s’étend pour faire des rêves agréables. »
Examinons les raisons qui nous ont poussés à croire en cette espérance, afin qu’elle soit renforcée par une raison aussi concrète que par des barres de fer. À cette fin, permettez-moi d’attirer votre attention sur un essai de Maeterlinck, auquel je suis profondément redevable (« La Mort », publié par Dodd, Mead & Co., 1912). Il écrit :
« Il serait salutaire pour chacun de nous de se faire une idée de la mort à la lumière de ses jours et de la force de son intelligence et d’apprendre à la supporter. Il dirait à la Mort : « Je ne sais pas qui tu es, sinon je serais ton maître ; mais, dans des jours où mes yeux voyaient plus clair qu’aujourd’hui, j’ai appris ce que tu n’es pas ; cela suffit pour t’empêcher de devenir mon maître. »
« Il porterait ainsi, imprimée dans sa mémoire, une image éprouvée contre laquelle la dernière agonie ne prévaudrait pas et dans laquelle les yeux frappés de fantômes trouveraient un réconfort nouveau. Au lieu de la terrible prière du mourant, qui est la prière des profondeurs, il dirait sa propre prière, celle des sommets de sa vie, où se rassembleraient, comme des anges de paix, les pensées les plus limpides, les plus limpides de sa vie. N’est-ce pas là la prière des prières ? Après tout, qu’est-ce qu’une prière véritable et digne, sinon l’effort le plus ardent et le plus désintéressé pour atteindre et saisir l’inconnu. »
Voilà la clé de notre problème : apprenons ce que n’est pas la mort ; par cette méthode consacrée par le temps, nous arracherons les masques sous lesquels notre imagination l’a déguisée. Ce n’est pas la maladie, ni la souffrance, ni l’agonie atroce. Ce n’est pas un linceul, ni un voile, ni une tombe, ni les horreurs de la désintégration. Tout cela a à voir avec les méthodes et les usages de la vie. Les erreurs et les faiblesses de la nature ou de la science ont causé leurs débuts ; la mort souligne leur futilité. Si nous nous rétablissons, nous les oublions ; si nous ne le faisons pas, nos survivants abusent de la mort qui les arrête.
Comme Spencer l’explique si soigneusement, notre vie est un ajustement continuel des relations internes aux relations externes, de la croissance intérieure à la pression extérieure ; et lorsque nous ne pouvons plus nous adapter, pourquoi blâmer la Mort d’avoir nettoyé l’échiquier et de nous avoir donné une nouvelle donne ?
Accusons-nous le Sommeil de la fatigue qui nous accable si nous lui résistons ? Il semble que toutes nos connaissances ne nous servent qu’à mourir dans de plus grandes souffrances que les animaux qui ne savent rien, et nous ajoutons à nos peines en imputant à la Mort ces opérations de sauvetage par lesquelles nos éléments se rendent utiles dans l’atelier de la Vie.
« … La Terre, qui t’a nourri, réclamera ta croissance pour se résoudre à nouveau à la terre, et après avoir perdu toute trace humaine, abandonnant ton être individuel, tu iras te mélanger pour toujours aux éléments. »
Nous ne voyons pas avec horreur ou angoisse la fleur fanée ou le mur qui s’écroule, mais, en ce qui concerne nos corps, nous nous efforçons généralement de retarder par tous les moyens possibles leur dissolution naturelle. Embaumements, cercueils, tombes et caveaux sont mis en action, et ce qui s’y passe empoisonne nos pensées, offense nos sens, décourage notre courage. Pourtant, tout cela est de la vie et impossible sans la vie. Dans quelle mesure notre civilisation si vantée a-t-elle donc accru la valeur éthique de nos cérémonies funéraires ?
Il ne reste donc qu’une terreur associée à la mort, celle de l’inconnu dans lequel elle semble nous forcer ; mais celle-ci aussi peut être dissipée considérablement, sinon totalement, en suivant la raison. Il y a au moins quatre méthodes de solution qui s’offrent à nous :
L’annihilation totale. Survivre avec notre conscience présente. Survivre sans conscience. La survie avec la conscience universelle.
Il n’y a rien à gagner à inclure ici des dictons religieux, car le fait de la mort n’est pas plus – et certainement pas moins – soumis à ce mode de pensée que n’importe quelle autre activité de la vie. La naissance est aussi importante que la mort, mais ce n’est que chez certains peuples « païens » et « non civilisés » que nous, la solennité et les dangers de la naissance sommes considérés comme des occasions d’action sacerdotale, de sorte que nous avons encore beaucoup à apprendre. L’annihilation n’est pas seulement impensable, c’est une erreur. Un changement infini, oui, sûrement.
« Rien de ce qui se fane ne subit un changement radical en quelque chose de riche et d’étrange. »
Diversité infinie de lieux et de conditions, mais supposer la non-existence, c’est essayer de limiter l’infini, et comme un état de néant ne peut être du tout, il ne peut en aucun cas rendre la mort terrible. Comme l’a écrit Sir Edwin Arnold :
« Jamais l’Esprit n’est né, l’Esprit ne cessera jamais d’être ;jamais il n’y a eu de temps, la fin et le commencement sont des rêves.Sans naissance, sans mort et sans fin, l’Esprit subsiste à jamais, la mort ne l’a pas touché du tout, même si sa demeure semble morte. »
L’alternative suivante – survivre avec notre conscience actuelle – implique cette énigme ancienne : « Que suis-je ? » Pour la plupart d’entre nous, le « je » s’identifie à la mémoire. Le « je » ne peut être ni le corps ni l’esprit, car nous savons qu’ils ne sont constants que par leur changement. Le corps fournit et l’esprit organise nos perceptions sensorielles, tandis que notre mémoire consciente préserve les résidus de celles-ci qui établissent l’expérience et construisent le caractère. La mémoire semble être une enveloppe pour le « je », très facilement perturbé par la maladie, mais très réclamant une existence ininterrompue. Qu’importe que, par l’alchimie de la Mort, le « je » puisse participer à toute la gamme des forces naturelles ? Ni la connaissance, ni la beauté, ni le pouvoir ne l’attirent, s’ils ne sont pas accessibles par son intermédiaire.
Si « je » est plus grand que la mémoire et qu’il est dans la mémoire, alors les souffrances et les désirs corporels doivent être insignifiants pour cette conscience survivante, car avec la perte du corps, ses services sont également perdus, privés de perceptions sensorielles sur lesquelles les construire, les douleurs et les changements mentaux et moraux doivent disparaître, et l’esprit personnel est dissous. Il ne reste donc de notre conscience actuelle que la mémoire, si pitoyablement limitée et, séparée de ses anciens collaborateurs, comment continuera-t-elle à se connaître elle-même ? Nous savons avec quelle facilité elle s’éteint en pleine santé physique, à quoi ressemblera-t-elle alors lorsque le grand changement viendra ? Pourtant, l’espoir que cette alternative véhicule a rendu de grands services aux âmes courageuses de nos prédécesseurs, et est bien exprimé dans le « Chant d’Ulysse » alors qu’il attendait la mort par la torture :
« Endure mon cœur ; tu ne supporteras pas longtemps La honte, la douleur. Le bien et le mal sont faits, la fin est sûre ;Endure mon cœur.« Il y a deux vases d’or près du trône de Zeus au sommet, d’où il répand la joie et les gémissements Aux hommes qui meurent. Et tu as eu ta part de nombreuses joies, Ta part parfaite ; Bataille et amour, et choses mauvaises et belles ; Endure mon cœur.« Combats une dernière grande bataille sous le bouclier, Mene cette guerre bien, Puis rejoins tes compagnons dans les champs ombragés D’asphodèle.Là est le roi Hector, là sont les hommes Qui ont combattu pour Troie ; Ne combattrions-nous pas à nouveau nos batailles, Si ce n’était pas la joie ? « Bien qu’aucun soleil ne brille au-delà de l’ouest sombre, Ta part parfaite, Là tu auras du repos ininterrompu ! Endure mon cœur. » (Traduit par Andrew Lang.)
Nous abordons donc notre troisième alternative, la survie sans conscience. Elle ne contient pas non plus de terreur, ni même de regret. Nous accueillons le sommeil sans rêve comme « le doux réparateur de la nature », mais pas comme un état durable. Une telle attente ne s’accorde pas avec les idéaux qui conviennent aux hommes et aux femmes ordinaires en bonne santé, et encore moins aux constructeurs. Une analyse plus poussée nous montre que par cette alternative nous sous-entendons en réalité le négatif direct de notre deuxième alternative ; nous sentons plutôt s’ouvrir à notre vision ce qui contient la satisfaction possible pour laquelle tous semblent lutter, la seule réalisation possible de cette impulsion intérieure qui est le ressort principal de notre évolution.
« Non, mais comme lorsqu’on dépose ses vêtements usés,et qu’on en prend d’autres, et qu’on dit: « Je veux les porter aujourd’hui. »Ainsi l’Esprit se débarrasselégèrement de son vêtement de chair,et passe hériterd’une nouvelle résidence. »
Nous voici donc arrivés à notre quatrième alternative, la survie avec la Conscience universelle, et à ce point les propres mots de Maeterlinck suffisent à eux seuls : « Ici commence la mer ouverte. Ici commence la glorieuse aventure, la seule qui soit à la hauteur de la curiosité humaine, la seule qui s’élève à la hauteur de ses plus hautes aspirations. Habituons-nous à considérer la mort comme une forme de vie que nous ne comprenons pas encore ; apprenons à la regarder avec le même œil qui regarde la naissance ; et bientôt notre esprit sera accompagné jusqu’aux marches du tombeau avec la même attente joyeuse qui salue une naissance.
Si, avant de naître, il nous était permis de choisir entre la grande paix de la non-existence et une vie qui ne s’achèverait pas à l’heure magnifique de la mort, qui d’entre nous, sachant ce qu’il devrait savoir, accepterait le problème inquiétant d’une existence qui ne se terminerait pas dans le mystère rassurant de sa conclusion ? Qui d’entre nous voudrait venir dans un monde où il y a si peu à apprendre, s’il ne savait pas qu’il faut y entrer pour en sortir et en apprendre davantage ? La meilleure partie de la vie est qu’elle nous prépare cette heure, qu’elle est la seule et unique voie qui mène à la porte magique et à cet incomparable mystère où les malheurs et les souffrances ne seront plus possibles, parce que nous aurons perdu le corps qui les a produits ; où le pire qui puisse nous arriver est le sommeil sans rêve que nous comptons au nombre des plus grands bienfaits de la terre ; où, enfin, il est presque inimaginable qu’une pensée puisse survivre pour se mêler à la substance de l’univers, c’est-à-dire à l’infini qui, s’il n’est pas un gaspillage d’indifférence, ne peut être qu’une mer de joie.
C’est vers cela que nous nous dirigeons, après avoir « suivi la raison », « soutenus et apaisés par une confiance inébranlable ». Jusqu’à présent, nous avons vu à travers un miroir, de manière obscure ; les limites étroites de notre être nous cachent l’infini, comme le dit Pascal, ou, pour utiliser un idiome occidental, nous ne pouvons pas voir la forêt à cause des arbres. Nous devons nous préparer à l’avance en apprenant à changer notre point de vue. Par exemple, lorsque nous regardons à travers une porte moustiquaire, nous voyons le jardin à travers un flou de lignes ; ou nous pouvons, au contraire, voir l’écran remplir notre vision d’un flou de lumière et de verdure filtrant à travers.
Pour nous tous, la mort n’est qu’un écran, et pour la plupart d’entre nous, elle remplit notre vision. Pouvons-nous réajuster notre attention et renforcer notre confiance inébranlable en essayant de comprendre l’infini ? Cet effort, même s’il est infructueux pour le moment, sera aussi utile que celui de notre talentueux frère de Rochester (M. Claude Bragdon) dans ses livres éclairants sur « La Quatrième Dimension ».
A titre d’analogie, considérons l’expérience de l’embryon humain à l’approche de la naissance. Combien son expérience de la vie est limitée ! Il a peu d’espace et de pouvoir pour se mouvoir, mais sa volonté ne peut s’exprimer autrement ! La vue, l’ouïe, le choix de la nourriture, la protection contre les accidents, tout cela est hors de sa portée. Il ne connaît rien d’autre qu’une douce et chaude obscurité, et même ces qualités ne sont pas aussi connues de sa conscience, car il n’a aucune base de comparaison avec quoi que ce soit de différent. Si on pouvait lui communiquer la nouvelle du grand changement qui va bientôt se produire dans sa condition, avec quelle terreur et quelle répugnance considérerait-il cette perte totale de tout ce qu’il connaît, pour un état d’être tellement plus vaste qu’il en serait incompréhensible ! Et pourtant, nous, les adultes, nous nous trouvons dans la même situation lorsque nous approchons de la porte d’une autre vie.
Et si, comme nous le savons, l’embryon, en vertu de sa qualité vitale inhérente, peut passer d’une petite particule de zooplasme à un être humain, il n’y a aucune raison pour qu’il ne puisse pas aller plus loin et entrer en harmonie avec l’Infini. La mort ne peut pas être pire pour nous que la naissance pour l’embryon, et toute l’évolution affirme que « l’âme est éphémèrement logée dans les profondeurs de la Nature ».
Qu’est-ce donc que cet Infini, tel que notre raison le juge, c’est-à-dire tel que nous le comparons à la vie telle que nous la connaissons ? Il est pour la plupart négatif. Il n’a ni commencement ni fin. Il ne peut avoir ni but ni destination, car l’un aurait été accompli et l’autre atteint dans la longue suite des âges qui se sont écoulés, s’il n’avait pas été autonome. S’il n’est pas toujours conscient, alors il ne le sera jamais, car il doit tout savoir ou rien puisqu’il n’a que lui-même à connaître.
Si nous essayons de comprendre l’infini par nos sens, le résultat est tout autre. Aussitôt, le diamant dur devient une masse d’activités. Chaque partie va quelque part, la connaissance complète expérimente sans cesse de nouvelles découvertes, le but accompli cherche continuellement un nouvel accomplissement. Cette incohérence est-elle réelle ou seulement apparente ? Ici, nos limites nous obligent à passer de l’opératif à la spéculation. Nous sommes, pour la plupart, incapables d’atteindre une connaissance exacte avant le fait, mais nous pouvons espérer, car nous en avons posé les bases. Nous ne pouvons nier l’infini, mais nous pouvons voir que toutes ses parties (faute d’un meilleur mot) doivent être de la même nature. Il n’y aurait alors pas encore de finalité immuable de connaissance parfaite ou de but accompli. Il s’agit plutôt d’une série infinie de transformations et de combinaisons, d’une conscience toujours croissante qui s’efforce de se connaître elle-même, qui cherche à exprimer une idée cachée dans sa propre nature, qui a besoin de tous les mondes de tous les univers comme champs d’expérimentation, de toutes les formes de vie comme instruments, comme collaborateurs de cette découverte, comme pionniers de cette grande aventure. Voici notre espoir :
« Si petits que soient l’homme et sa pensée, ils ont exactement la valeur des forces les plus énormes qu’il soit capable de concevoir, car il n’y a ni grand ni petit dans l’incommensurable. L’esprit seul, peut-être, occupe dans l’infini un espace que les comparaisons ne réduisent pas à néant. »
Tableau de Bernard Bonave
N’est-il pas alors puéril de parler de bonheur ou de tristesse éternelle, quand c’est de l’infini qu’il s’agit ? Nos idées sur ces conditions sont si humaines, si spécialisées, si entièrement fondées sur l’idée que les lois de notre vie ici-bas régiront notre vie dans toutes les autres conditions. Pourtant, nous devons admettre que nos idées procèdent entièrement de la sensibilité de notre système nerveux, qui n’est accordé qu’à une gamme restreinte de perceptions, et qui aurait tout aussi bien pu tout ressentir à l’inverse, et prendre plaisir à ce qui fait maintenant de la douleur.
Il est donc plus sage de « suivre la raison » et de reconnaître qu’il suffirait d’un rien, de quelques papilles de plus ou de moins sur notre peau, de la moindre modification de nos yeux et de nos oreilles, pour que la température, le silence et l’obscurité de l’espace se transforment en un délicieux printemps, en une musique sans égale, en une lumière divine. Nous pouvons alors nous persuader aisément que les catastrophes que nous croyons voir sont les actes de la vie elle-même, que le choc même et la pulvérisation des mondes marquent le début de quelque expérience nouvelle et merveilleuse, que tout n’est que naissance et renaissance, départ vers l’inconnu, plein de l’attente de cet événement divin lointain vers lequel se meut toute la création : d’immenses fêtes de l’esprit et de la matière où la Mort, la Libératrice, écartant enfin nos deux ennemis, le temps et l’espace, nous permettra bientôt de prendre notre part, comme compagnons du métier dont le Grand Architecte est le Maître.
Le 2 novembre, la 17ème Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité nous rappelle l’importance de garantir à chacun la liberté de choisir sa fin de vie.
La Grande Loge Mixte Universelle invite ses membres et tous les citoyens à rejoindre les actions organisées notamment par l’ADMD. Car mourir dans la dignité, c’est respecter la liberté de conscience de chacun et affirmer le droit de disposer de sa propre vie.
En tant qu’obédience maçonnique républicaine, la GLMU défend depuis de nombreuses années le droit de mourir dans la dignité. Ce droit fondamental s’inscrit pleinement dans les valeurs républicaines de Liberté, d’Egalité et de Fraternité et conformément au principe de laïcité.
En soutenant l’ADMD, vous contribuez à faire avancer un combat essentiel : celui de garantir à chacun le droit de décider de sa fin de vie, dans le respect de la liberté et de la dignité.
(Cette demande a d’ailleurs été relayée auprès des Parlementaires qui débattaient d’un projet de Loi avant la dissolution du 9 juin dernier et ne manquera pas d’être représentée)
Dans le catalogue très fourni des reliques chrétiennes, on peut trouver des morceaux parfois inattendus et des éléments insolites liés au Christ et à la Vierge. Les reliques chrétiennes, c’est un peu comme un cabinet de curiosités : préparez-vous à y trouver des parties du corps pour le moins inattendues !
Certaines reliques, d’ailleurs, ne sont ni des restes corporels, ni même des objets : tout ce qui avait un lien, même lointain, avec Jésus ou la Vierge devenait précieux. Pour les églises, ces trésors étaient inestimables, attirant des foules de pèlerins venus en quête de guérison ou d’un vœu exaucé.
Entre légende et dévotion, ce patrimoine sacré touche parfois des sommets d’étrangeté
Le Saint Prépuce
De ce petit morceau de chair retranché lors de la circoncision du Christ, 18 églises en revendiquaient la possession dans l’Europe du Moyen Âge : l’abbaye de Charroux, la cathédrale du Puy-en-Velay, les basiliques de Conques et de Saint-Jean de Latran à Rome, la collégiale d’Anvers, Saint-Jacques de Compostelle…
La circoncision de l’Enfant Jésus, peinture, XVe siècle, Musée des Beaux-Arts de Lyon
Dans la même veine, notez d’autres lieux qui estimaient détenir une dent du lait, ou le « saint nombril » de Jésus, autrement dit son cordon ombilical. Ces exemples témoignent de l’appétit des fidèles et des clercs pour les restes corporels du Christ alors même que, par son ascension au Ciel, la Terre en est normalement dépourvue. Grand collectionneur, le duc de Jean de Berry, frère du roi de France Charles V, conservait plusieurs reliques dignes d’un magasin de farce et attrapes : l’alliance de mariage de la Vierge, une coupe ayant servi aux noces de Cana, une épine de la couronne et un fragment du Buisson ardent.
Les reliques de l’âne de Vérone
Après que le Christ fut entré à Jérusalem, la légende explique qu’il rendit la liberté à sa modeste monture. L’âne partit vers l’ouest, mais se heurta à la Méditerranée. Miraculeusement les vagues s’aplanirent et la mer durcit. L’animal en profita pour marcher jusqu’en Italie où il termina sa vie. Une chapelle de Vérone conserve les restes de cet infatigable voyageur.
Des églises possédaient des statues de bois représentant Jésus monté sur une ânesse et qu’on déplaçait en procession notamment lors de la fête des Rameaux. Exemple ici du XVe siècle, exposé au musée du Moyen Âge à Paris, en provenance d’Allemagne du Sud.
Les larmes du Christ
Si on a bien réussi à retrouver le prépuce du Christ, ne soyons pas surpris qu’on ait mis la main sur une de ses larmes.
Depuis le XIe ou le XIIe siècle, l’abbaye de la Trinité-de-Vendôme conservait une larme que Jésus aurait versée sur la tombe de son ami Lazare. Les pèlerins s’en approchaient dans l’espoir de guérir leurs problèmes d’yeux, dont la cécité. Concrètement, la relique constitue un cas d’ »aberration minérale » selon l’historienne de l’art Isabelle Isnard : un cristal de roche emprisonnait une goutte d’eau. Nous perdons la trace de cette sainte Larme au XIXe siècle.
Le suaire de Turin
Cette relique textile a fait couler beaucoup d’encre, car il correspondrait au linceul du Christ. Plus extraordinaire, l’image du crucifié se devine sur le tissu !
En 1988, une analyse au carbone 14 a conclu à une origine médiévale du suaire. Il n’aurait donc aucun lien avec le Christ. Toutefois, des scientifiques et des amateurs remettent en cause les conditions de l’analyse et donc la fiabilité des résultats. Comme l’Église refuse une nouvelle étude, la vérité sera difficile à établir. Chez les historiens, le débat existe aussi. Pour ma part, j’ai de fortes réserves sur l’authenticité (voir ma vidéo). Prudemment, le Vatican ne reconnaît pas le suaire comme une relique, mais comme une image.
Partie du linceul de Turin photographié par Giuseppe Enrie en 1931. On devine l’image du corps du Christ (Wikimedia Commons).
Le lait de la Vierge
En Europe, 69 sanctuaires revendiquaient la possession de ce lait dont Rocamadour ou la cathédrale de Laon. « Au XIIe siècle, les clercs [laonnais] n’étaient pas dupes de la nature de ce lait », explique l’universitaire Paule-Vincenette Bétérous. « Celui-ci était tenu pour de la poudre provenant de la grotte de Bethléem, donc une sorte de craie diluée, qui passait pour favoriser une lactation abondante ». Par contre, les fidèles saisissaient-ils cette subtilité ?
Vierge allaitante, marbre, vers 1330-1350, Musée des Beaux-Arts de Lille.
La maison de la Vierge
Une relique ne se limite pas à des restes corporels. À Lorette, sur la rive italienne de mer Adriatique, on conserve depuis 1291 les murs de la maison de la Vierge, celle qu’elle habitait à Nazareth et dans laquelle elle reçut la visite de l’ange de l’Annonciation. Selon l’historien Yves-Marie Bercé, cette possession originale généra le plus grand et le plus fameux pèlerinage du monde occidental aux XVIe et XVIIe siècles.
Comme l’âne de Vérone, la construction a aussi traversé la Méditerranée, cette fois grâce à l’aide d’anges qui la transportèrent. Vous savez qui appeler pour votre prochain déménagement.
Les reliques des rois mages
Le Christ et la Vierge ne monopolisent pas les reliques les plus incroyables. La cathédrale de Cologne a l’insigne honneur de posséder les corps de Melchior, Balthazar et Gaspard. Ils trônent dans une superbe châsse longue de plus de 2 m. Quand l’empereur Frédéric Ier Barberousse s’empara de Milan, il récupéra les reliques et les offrit à l’archevêque de Cologne, ravi d’augmenter la réputation de son siège par un tel don. À la différence du saint Prépuce ou du lait de la Vierge, ces reliques sont uniques dans la chrétienté.
Le reliquaire des rois mages dans la cathédrale de Cologne, œuvre d’orfèvrerie fabriquée entre 1190 et 1225 par Nicolas de Verdun. Cette châsse est considérée comme le plus grand et le plus ambitieux reliquaire conservé du Moyen Âge (Elya/Wikimedia Commons)
La barbe de saint Pierre
Dans la cathédrale de Poitiers, les évêques et chanoines prêtaient serment, lors de leur intronisation, sur les « barbes de saint Pierre ». Apparemment l’apôtre en avait plusieurs. La changeait-il ? Une telle relique ne manqua pas de déclencher les sarcasmes du protestant Calvin. En fait, le reliquaire conservait selon un prêtre érudit du XIXe siècle « une portion de la mandibule inférieure » de l’apôtre, « à laquelle la barbe était encore adhérente » ! L’information ne manque pas de piquant.
La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers se devait d’avoir des reliques de son saint patron.
La sainte ampoule de Reims
Les moines de l’abbaye Saint-Remi de Reims étaient fiers d’être les gardiens d’une fiole originale : apportée par la colombe du saint Esprit, elle contenait une huile sacrée qui aurait servi à l’occasion du baptême de Clovis.
Traditionnellement, cette sainte ampoule sortait du monastère lors de chaque sacre dans la cathédrale de Reims afin que son contenu oigne le corps du roi de France à plusieurs endroits (…que j’oigne, tu oignes, qu’il oigne, que nous oignons ). En 1793, un député conventionnel Rühl brisa la fiole en public afin de faire disparaître ce symbole monarchique. Mais un abbé aurait, la veille, retiré en cachette un peu du baume. Si bien qu’aujourd’hui l’archevêché de Reims déclare posséder encore du contenu de la sainte ampoule.
Sacre de Louis XII en 1498. Détail d’une peinture du Puy d’Amiens, réalisé en 1502. Musée du Moyen Âge, Paris.
Le saint Mors
On parle ici de la pièce métallique que l’empereur Constantin utilisait pour conduire son cheval. Là encore, à défaut d’avoir des os du premier empereur chrétien, on se rabat sur des éléments supposés plus durables. La sacralité de l’objet était augmentée par son origine : il aurait été fabriqué à partir du fer d’un clou de la crucifixion.
Reliquaire du saint Mors dans l’ancienne cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras (Marianne Casamance/Wikimedia Commons)
L’historien Thierry Pécout s’est interrogé sur la présence saugrenue d’une telle relique à Carpentras. Pour lui, elle est le fruit d’une association métaphorique et linguistique entre un évêque de Carpentras nommé Siffrein et le mors. S’est opéré un double processus : d’abord un rapprochement sonore — « Siffrein » sonne comme « saint-frein » (saint-mors) — ; ensuite, parce que les récits hagiographiques ont associé le mors à la fonction pastorale de l’évêque. Saint Siffrein, en tant qu’évêque, incarne ainsi à la fois la figure de guide (comme un mors contrôle le cheval) et le protecteur spirituel de la cité de Carpentras, renforçant l’idée d’un « frein sacré » qui éloigne les maux et protège la communauté.
Pour ma part, j’étais bien éloigné de cette idée.
La liste des reliques incroyables pourrait être prolongée. Je compte sur vous pour le faire dans les commentaires.