L’ésotérisme et les rites d’initiation ont toujours accompagné l’humanité, depuis les premières civilisations jusqu’à nos jours. Ces pratiques secrètes et symboliques ont forgé des voies spirituelles, permettant aux individus d’accéder à des niveaux supérieurs de conscience et de compréhension de la réalité. Dans cette série d’émissions, je vous propose d’explorer les principaux mythes initiatiques qui ont traversé les âges et les cultures, en mettant en lumière leur rôle dans les traditions ésotériques.
Épisode 1 : La Catabase, « Le voyage aux enfers » ou la mort symbolique
Le premier épisode sera consacré au mythe de la Catabase, également appelé le voyage aux enfers ou la descente dans le monde souterrain. Ce mythe est omniprésent dans les traditions initiatiques à travers l’histoire, mais il prend une dimension particulière dans l’ésotérisme, où il devient le cœur du processus initiatique. La Catabase symbolise un rite de passage par lequel les novices doivent symboliquement mourir pour renaître. C’est un voyage intérieur profond où l’initié confronte ses propres ténèbres, pour en émerger transformé. Ce type de rituel de mort et de résurrection remonte aux pratiques chamaniques de la protohistoire et se retrouve dans les cultes à mystères de l’Antiquité, tels que les Mystères d’Éleusis ou d’Orphée. Même dans les sociétés secrètes modernes, comme la franc-maçonnerie, ce concept persiste sous une forme symbolique puissante. Dans cet épisode, nous étudierons les racines de ce mythe à travers les âges, en le reliant à des pratiques rituelles concrètes et à des expériences spirituelles intérieures.
La Catabase : Un Voyage Initiatique au Cœur des Mythes
Dans le monde fascinant de la littérature et de la mythologie, un motif narratif se distingue par sa puissance évocatrice et sa portée symbolique : la catabase. Ce terme, issu du grec ancien « katábasis » signifiant « descente », désigne le voyage d’un héros dans le monde souterrain, généralement associé aux Enfers.
Loin d’être un simple élément de décor, la catabase représente une épreuve cruciale dans le parcours initiatique du héros. Elle marque souvent un tournant décisif dans son évolution, le confrontant à ses peurs les plus profondes et à la réalité de la mort.
Des récits mésopotamiens aux épopées grecques, en passant par la littérature médiévale et moderne, la catabase a traversé les siècles, s’adaptant aux différentes cultures tout en conservant son essence. Le mythe d’Orphée descendant aux Enfers pour sauver Eurydice reste l’un des exemples les plus emblématiques, immortalisé par Virgile et Ovide.
Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse s’approche des portes de l’Hadès pour consulter le devin Tirésias, tandis que dans l’Énéide de Virgile, Énée entreprend un périple souterrain guidé par la Sibylle de Cumes. Ces voyages ne sont pas de simples aventures : ils sont porteurs de révélations et de prophéties essentielles à la quête du héros.
La tradition chrétienne n’est pas en reste, avec la descente du Christ aux Enfers après sa crucifixion, un épisode qui, bien que non relaté dans les évangiles canoniques, a profondément marqué l’imaginaire religieux.
La catabase trouve son apogée littéraire dans la Divine Comédie de Dante, où le poète florentin nous offre une vision syncrétique de l’Enfer, mêlant habilement traditions païennes et chrétiennes.
Au-delà de son aspect narratif, la catabase révèle une vérité profonde sur la condition humaine. Elle symbolise la nécessité de confronter nos démons intérieurs, de plonger dans les abysses de notre psyché pour en ressortir transformé et grandi.
Dans notre monde moderne, où les défis existentiels se multiplient, le motif de la catabase continue de résonner. Il nous rappelle que c’est souvent dans les moments les plus sombres que se forgent les plus grandes victoires, et que la descente aux enfers peut être le prélude à une renaissance.
Ainsi, la catabase demeure un thème intemporel, un miroir de nos propres quêtes et de notre aspiration à transcender nos limites. Elle nous invite à un voyage intérieur, rappelant que la véritable héroïsme réside peut-être dans notre capacité à affronter nos peurs les plus profondes pour en ressortir plus forts et plus sages.
Tout d’abord, souhaitons un joyeux anniversaire au Frère Michel Maffesoli
Les 14 et 15 novembre 2024, l’Université de la Sorbonne accueillera un colloque exceptionnel en l’honneur de Michel Maffesoli, figure majeure et controversée de la sociologie française, à l’occasion de ses 80 ans. Provocateur assumé et penseur prolifique, Maffesoli divise autant qu’il fascine, et cet événement promet de refléter la complexité de son parcours intellectuel et de ses idées.
Michel Maffesoli aime bousculer. Celui qui se définit lui-même comme un iconoclaste et un post-moderne se plaît à critiquer ce qu’il appelle la « bien-pensance ». Sa trajectoire académique, marquée par ses contributions à l’étude de l’imaginaire et du symbolisme, s’accompagne d’une tendance assumée à provoquer le débat, souvent en dehors des sentiers battus. Ses interventions, préférentiellement réservées à des médias alternatifs parfois proches de la droite radicale, en font un personnage aussi clivant qu’inclassable.
À ses admirateurs, il offre une lecture riche et parfois poétique de la société contemporaine, où l’imaginaire, les rituels et les traditions jouent un rôle central. À ses détracteurs, il est perçu comme un intellectuel réactionnaire, aligné avec des figures controversées comme Joseph de Maistre ou Carl Schmitt, qu’il cite abondamment dans ses écrits.
Un parcours intellectuel controversé
Michel Maffesoli
Longtemps mis au ban par une partie de ses pairs, notamment après l’affaire Elisabeth Teissier – qu’il avait soutenue dans sa thèse universitaire sur l’astrologie – Michel Maffesoli s’est taillé une réputation d’universitaire marginal mais influent. Ses maîtres à penser, qui vont de Gilbert Durand à Julien Freund, reflètent cette dualité entre une fascination pour l’imaginaire et une inclination pour des idées conservatrices ou réactionnaires.
Mais ce que l’on ne peut lui enlever, c’est la profondeur de ses analyses. Maffesoli a su mettre en lumière des aspects fondamentaux de la condition humaine, notamment le besoin de symbolisme et de rituels dans une société souvent jugée trop rationnelle. Sa critique des « prêcheurs de bonne parole » et des moralistes contemporains résonne avec une partie de l’opinion lassée par une élite politique et intellectuelle jugée déconnectée.
Un colloque riche en débats
Le colloque à la Sorbonne sera l’occasion de revenir sur les thèmes centraux de l’œuvre de Michel Maffesoli : la place de la Tradition dans le monde moderne, le rôle des cycles temporels dans les sociétés, ou encore l’importance de l’imaginaire dans les structures sociales. L’événement réunira des intervenants aux opinions variées, permettant un véritable échange intellectuel, fidèle à l’esprit de la disputatio universitaire qu’affectionne Maffesoli.
Parmi les moments forts attendus, des débats autour de son concept de « postmodernité », cette idée que la société contemporaine a dépassé les idéaux des Lumières pour entrer dans une ère marquée par un retour à l’émotionnel, au communautaire et au sacré. Ses détracteurs ne manqueront pas de pointer du doigt ses positions ambiguës, voire conservatrices, tandis que ses partisans souligneront son refus de la pensée unique et son amour des idées.
Un intellectuel libre, au-delà des étiquettes
MICHEL MAFFESOLI, SOCIOLOGUE, PARIS, LE 10 AVRIL 2014.
Malgré ses provocations et ses accointances controversées, Michel Maffesoli conserve un attrait indéniable pour ceux qui cherchent des idées nouvelles, même dérangeantes. S’il ne se revendique pas progressiste, il n’en reste pas moins un penseur de la liberté, un défenseur d’une société où l’ordre peut naître du chaos (ordo ab chao), une vision partagée par des figures aussi diverses qu’Elisée Reclus et Joseph de Maistre.
Pour ceux qui apprécient les débats vifs et les idées fortes, ce colloque s’annonce comme un moment d’échanges intellectuels particulièrement stimulant. Et pour ceux qui ne partagent pas ses convictions, il offre une occasion unique de confronter leurs idées à celles d’un penseur qui, pour le meilleur ou pour le pire, a marqué la sociologie française.
Rendez-vous à la Sorbonne pour célébrer un esprit libre et contesté, dont les réflexions, qu’on les aime ou les rejette, ne laissent personne indifférent.
Noam Chomsky, figure emblématique de la pensée critique américaine, a marqué le paysage intellectuel et politique depuis plus de six décennies. Le film « Chomsky & Cie », produit par les Productions Mutins de Pangée, offre un aperçu fascinant de ses travaux politiques et de leur impact durable.
Linguiste de formation, Chomsky s’est imposé comme l’un des critiques les plus acerbes de la politique étrangère américaine et du système capitaliste. Son approche, ancrée dans l’anarcho-syndicalisme et le socialisme libertaire, remet en question les structures de pouvoir établies et plaide pour une démocratie participative.
Le film « Chomsky & Cie » explore les idées fondamentales de Chomsky, notamment sa critique du « corporate state capitalism » qu’il considère comme le système dominant aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux1. Il met en lumière la vision de Chomsky d’une société sans travail rémunéré, où les individus seraient libres de choisir des activités à la fois gratifiantes et socialement utiles.
Noam Chomsky s’exprimant lors du Forum international pour l’émancipation et l’égalité à Buenos Aires, en Argentine, le 12 mars 2015. La conférence a été organisée par le ministère argentin de la Culture de la Nation par l’intermédiaire du Secrétariat de la coordination stratégique de la pensée nationale.
L’œuvre de Chomsky, qui compte plus de 150 livres, aborde des sujets aussi variés que la linguistique, la guerre et la politique. Parmi ses ouvrages les plus influents, « Manufacturing Consent », co-écrit avec Edward Herman, propose un modèle de propagande qui analyse comment les médias de masse façonnent l’opinion publique en faveur des intérêts des élites.
Le film met également en avant la critique de Chomsky envers l’impérialisme américain, notamment son opposition à la guerre du Vietnam et ses analyses des interventions américaines en Amérique centrale. Il souligne l’importance que Chomsky accorde à la responsabilité des intellectuels de dire la vérité et de résister aux mensonges d’État. « Chomsky & Cie » explore la pensée de Chomsky sur la démocratie et le capitalisme. Pour lui, la démocratie représentative actuelle est limitée car elle ne s’étend pas à la sphère économique. Il plaide pour une forme de démocratie plus directe, avec un contrôle ouvrier des moyens de production et des conseils de travailleurs.
La Fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie (Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media) est un essai coécrit par Edward S. Herman et Noam Chomsky sur l’industrie médiatique aux États-Unis. En français, le livre s’intitule Fabriquer un Consentement : la Gestion Politique des Médias de Masse dans sa deuxième traduction, et La Fabrique de l’Opinion publique : La Politique économique des médias américains dans la traduction de Guy Ducornet.
Le film aborde également la vision de Chomsky sur l’anarchisme, qu’il considère comme l’héritier légitime du libéralisme classique, étendant ses idéaux démocratiques à l’économie. Cette perspective fait de l’anarchisme une philosophie intrinsèquement socialiste selon Chomsky.
Chomsky, auditeur à l’Institut de technologie du Massachusetts, en 2002.
« Chomsky & Cie » met en lumière l’engagement constant de Chomsky dans l’activisme politique, depuis ses premières prises de position contre la guerre du Vietnam jusqu’à ses critiques récentes de la politique étrangère américaine et du conflit israélo-palestinien.
Le film des éditions Mutins de Pangée offre ainsi un portrait complet de Noam Chomsky, non seulement comme intellectuel, mais aussi comme figure morale et activiste engagé. Il permet de comprendre comment ses idées sur le langage, la cognition et la nature humaine ont influencé sa pensée politique et sa vision d’une société plus juste et égalitaire.
En conclusion, « Chomsky & Cie » présente Noam Chomsky comme un penseur dont l’influence s’étend bien au-delà de la linguistique, touchant aux questions fondamentales de pouvoir, de démocratie et de justice sociale. Le film offre une introduction précieuse à l’œuvre d’un intellectuel qui continue, même à presque 100 ans, à défier le statu quo et à inspirer des générations de militants et de penseurs critiques.
Vous trouverez à cette adresse le premier volet. Dans la deuxième partie de la série du Frère Leadbeater sur les liens entre les Anciens Mystères de la maçonnerie moderne, nous plongeons profondément dans l’architecture psychique qui se trouvait derrière la façade de l’ancienne religion égyptienne dont nous sommes les héritiers.
Il sera extrêmement difficile d’expliquer à un public australien ou européen du XXe siècle tout ce que cette œuvre signifiait pour nous dans le pays ensoleillé de Khem ; mais je vais essayer de donner une petite idée des quatre niveaux d’interprétation.
1. Il a été conçu comme un rappel à ceux qui l’ont fait et qui l’ont vu de la manière dont l’Univers a été construit par son Grand Architecte, les différents degrés pénétrant de plus en plus dans la connaissance de ses méthodes et des principes sur lesquels il travaille. Car nous soutenons non seulement qu’Il a travaillé dans le passé, mais qu’Il travaille maintenant, que Son Univers est une expression active de Lui. À cette époque, les livres occupaient une place moins importante dans nos vies qu’ils ne le font aujourd’hui, et on considérait que consigner la connaissance dans une série d’actions appropriées et suggestives faisait plus appel à l’esprit d’un homme et établissait cette connaissance mieux dans sa mémoire que de la lire dans un livre. Vous conservez donc, par vos actions diverses, la mémoire de certains faits et de certaines lois de la nature.
2. Parce qu’il en est ainsi, et parce que les lois de l’Univers doivent être universelles dans leur application et doivent agir ici-bas aussi bien qu’en haut, le fait que de telles lois existent prescrit une certaine ligne de conduite de notre part ; et donc, comme nous le disons vraiment, la maçonnerie est un système de moralité voilé d’allégorie et illustré par des symboles, mais c’est un système basé non pas sur un simple commandement, « Ainsi dit le Seigneur », mais sur des faits et des lois déterminés dans la nature qui ne peuvent être mis en doute.
3. L’œuvre est une préparation à la mort et à ce qui la suit. Les diverses expériences du candidat ont pour but de le préparer à ce qui lui arrivera lorsqu’il sortira de ce monde physique pour passer à l’étape suivante. En effet, je pourrais dire qu’il y a une grande quantité d’informations sur la vie après la mort à tirer d’une considération intelligente des cérémonies maçonniques. Par-dessus tout, il est souligné que les mêmes lois sont valables de l’autre côté de la tombe que de celui-ci, que dans les deux états, nous sommes également en présence de DIEU, et que là où ce Saint Nom peut être invoqué, il n’y a aucune raison de craindre.
4. La quatrième intention est la plus difficile de toutes à expliquer. Pour vous faire comprendre cela, je dois essayer de vous ramener, si je le peux, dans l’atmosphère de l’ancienne Égypte, et dans l’attitude qu’y prenaient les religieux. Je ne sais pas s’il est possible de reconstruire cela en ces jours modernes, qui sont si désespérément, si fondamentalement différents.
La religion que vous connaissez le mieux à l’heure actuelle est intensément individualiste ; le grand objectif central fixé à la plupart des chrétiens est celui de sauver leurs propres âmes. Ce devoir est présenté comme étant d’une importance primordiale. Pouvez-vous vous représenter une religion, une religion tout autant sérieuse, aussi fervente, aussi réelle que cette idée était totalement absente, à laquelle elle eût été tout à fait inconcevable ? Pouvez-vous penser, comme un commencement, à un état d’esprit dans lequel personne ne craignait que le mal, et ses résultats possibles en retardant le développement ; où nous attendions avec une parfaite certitude nos progrès après la mort, parce que nous savions tout à ce sujet ; dans lequel notre seul désir n’était pas le salut mais l’avancement dans l’évolution, parce qu’un tel avancement nous a apporté une plus grande puissance pour accomplir efficacement l’Œuvre Cachée que DIEU attendait de nous ?
Je ne dis pas que tout le monde dans l’Égypte ancienne était altruiste, pas plus que tout le monde dans l’Angleterre moderne. Mais je dis que le pays était imprégné de joie et d’intrépidité en ce qui concernait ses idées religieuses, et que tous ceux qui, par un effort de courtoisie, pouvaient être décrits comme des hommes religieux, n’étaient pas occupés par des pensées de leur salut personnel, mais par le désir d’être un agent utile de la puissance divine.
La religion extérieure de l’ancienne Égypte – la religion officielle à laquelle tout le monde prenait part, depuis le roi jusqu’à l’esclave – était l’une des plus splendides qui aient jamais été connues de l’homme. Des processions magnifiques parcourant des avenues de plusieurs kilomètres de longueur, au milieu de piliers si prodigieux qu’ils semblaient à peine être l’œuvre d’un homme, des bateaux majestueux aux couleurs de l’arc-en-ciel balayant majestueusement le Nil placide, une musique triomphante ou plaintive, mais toujours palpitante – comment décrirais-je quelque chose d’aussi absolument sans parallèle dans nos temps modernes chétifs ?
Sans doute, l’homme vraiment religieux prenait sa part à toute cette pompe extérieure ; mais ce qu’il appréciait bien plus que toute sa magnificence étonnante, c’était son appartenance à une Loge des Mystères Sacrés – une Loge qui se consacrait avec un enthousiasme respectueux à l’Œuvre Cachée qui était l’activité principale de cette noble religion. C’est de cette face cachée du culte égyptien, et non de ses gloires extérieures, que la franc-maçonnerie est une relique, et que le Rituel que vous avez conservé fait partie de celui des Mystères. Pour expliquer ce qu’était cette œuvre cachée, permettez-moi de faire un parallèle avec une méthode plus moderne pour produire un résultat quelque peu similaire.
Il y a quelque temps, j’ai écrit un article sur la magie de l’Église chrétienne, dans lequel j’ai mentionné la méthode chrétienne de propagation de la puissance ou de la grâce divine au moyen de la célébration de la Sainte Eucharistie, communément appelée la messe. Qui ne doit pas penser à cette grâce comme une sorte d’expression poétique, ou comme le moins vague et le moins nébuleux ; Il s’agit d’une force aussi certaine que l’électricité, d’une force spirituelle qui se répand d’une certaine manière sur le peuple, qui laisse derrière elle ses propres effets et a besoin de ses propres véhicules, tout comme l’électricité a besoin de ses machines appropriées. J’ai expliqué dans l’article comment j’avais pu, par la clairvoyance, voir l’action de cette force ; comment le service de la messe est destiné à construire une forme-pensée, à travers laquelle cette force est distribuée par l’intermédiaire du prêtre – heureusement sans tenir compte de son attitude, de ses connaissances ou même de son caractère ; Tant qu’il accomplit les cérémonies prescrites, le résultat est atteint. S’il est aussi un homme pieux, la valeur du sacrement s’en trouve accrue ; Mais quels que soient ses sentiments, la force se déverse sur le peuple dans une certaine mesure.
L’ancienne religion égyptienne avait la même idée de déverser une force spirituelle sur tout son peuple, mais sa méthode était tout à fait différente. La magie chrétienne est accomplie par le prêtre seul, et peut même être faite tout à fait mécaniquement ; le plan égyptien nécessitait la coopération sérieuse et intelligente d’un nombre considérable de personnes. Il était donc beaucoup plus difficile de le réaliser parfaitement, mais lorsqu’il était fait à fond, il était beaucoup plus puissant et couvrait un éventail beaucoup plus large de pays. Le projet chrétien a besoin d’un grand nombre d’églises disséminées dans tout le pays ; l’Égyptien n’avait besoin que de l’action de quelques Loges établies dans les principales villes pour inonder tout le royaume de la Lumière Cachée.
La doctrine centrale de la religion des anciens Égyptiens était que la puissance divine habitait en chaque homme, même le plus bas et le plus dégradé, et ils appelaient cette puissance « La Lumière Cachée ». Ils soutenaient que par cette Lumière, qui existait en tous, les hommes pouvaient toujours être atteints et aidés, et que c’était leur affaire de trouver cette Lumière en chacun, aussi peu prometteuse soit-elle, et de la fortifier. La devise même du Pharaon était « Cherchez la Lumière », ce qui impliquait que son devoir suprême en tant que Roi était de rechercher cette Lumière Cachée en chaque homme autour de lui, et de s’efforcer de la manifester dans une manifestation plus complète.
Égypte antique
Les Égyptiens soutenaient que cette étincelle divine qui existe en chacun pouvait être attisée de la manière la plus efficace en transmuant et en faisant descendre dans les trois mondes inférieurs la formidable force spirituelle qui est la vie des plans supérieurs, puis en la déversant sur le pays comme cela a été décrit. Sachant que cette force spirituelle n’était qu’une autre manifestation de la puissance multiple de Dieu, ils lui donnèrent aussi le nom de Lumière Cachée ; Et de ce double usage du terme naît parfois de la confusion. Ils reconnaissaient pleinement qu’un tel déluge de grâce divine ne pouvait être provoqué que par un suprême effort de dévotion de leur part ; et la réalisation d’un tel effort, ainsi que la fourniture de machines appropriées pour répartir la force lorsqu’elle se présenterait, constituait une grande partie de l’Œuvre Cachée, à laquelle les plus nobles des Égyptiens consacraient tant de leur temps et de leur énergie ; et c’était le quatrième des objets destinés à être servis par le Rituel sacré et secret dont le nôtre en Maçonnerie est une relique.
Nos Loges dans l’ancienne Égypte étaient strictement limitées quant à l’adhésion ; aucune loge ne pouvait contenir plus de quarante membres, et chacun des quarante était une partie nécessaire de la machine, et remplissait une place qui lui était propre. À l’exception des Officiers, dont l’affaire était la récitation de l’Office et l’aimantation de la Loge, chaque membre était le représentant d’une qualité particulière. L’un était appelé le Chevalier de l’Amour, un autre le Chevalier de la Vérité, un autre le Chevalier de la Persévérance, et ainsi de suite ; et chacun était censé être un spécialiste dans la pensée et l’expression de la qualité qui lui était attribuée. L’idée était que les qualités ainsi exprimées à travers la Loge dans son ensemble, feraient le caractère d’un homme parfait. Le titre utilisé ne correspondait pas exactement à notre « mot « chevalier », mais c’est ce qui se rapproche le plus de son interprétation.
L’un de mes premiers livres sur la Franc-Maçonnerie publié en France en 2000 s’intitulait « ABC de la spiritualité maçonnique ». Le chapitre 4 de ce livre portait sur « La Franc-Maçonnerie et la religion ». Je suis revenu sur ce sujet dans mon premier livre paru en anglais « secrets et pratiques des francs-maçons » dans un des chapitres auquel je reviendrai dans un instant.
En tant qu’ancien professeur de philosophie, ce sujet a toujours été essentiel. Avant de commencer, je voudrais souligner quelques points importants.
Religion – La Foi
Il faut garder à l’esprit que le mot « religion » est un mot générique qui englobe un très grand nombre d’interprétations. Le concept de religion s’est formé aux XVIe et XVIIe siècles même si des rituels liés à une dimension invisible ont été pratiqués dès l’aube de l’humanité.
Aujourd’hui, un certain nombre de disciplines étudient le phénomène religieux donnant naissance à diverses théories. En ce qui concerne son étymologie, nous devons également garder à l’esprit qu’elle a changé au fil du temps.
Cicéron, un homme si carré…
Depuis le XIIe siècle après J.-C., en vieux français, le mot « religion » signifie respect du sens du droit, obligation morale, sainteté, révérence envers les dieux. Mais il y a bien longtemps, Cicéron utilisait « relegère » pour nous inviter à « relire (legere) ».
Jules César utilisait le terme religiō pour signifier « obligation de serment » lorsqu’il évoquait les soldats capturés prêtant serment à leurs ravisseurs. Cicéron utilisait le terme religiō comme étant lié au cultum deorum (culte des dieux).
Les spécialistes ne parviennent pas à s’accorder sur une définition de la religion. Il existe cependant deux systèmes généraux de définition : le système sociologique et le système phénoménologique/philosophique.
Émile Durkheim
Aujourd’hui, je vous invite à réfléchir à la définition du sociologue Émile Durkheim (Les formes élémentaires de la vie religieuse). Il définit la religion comme un « système unifié de croyances et de pratiques relatives aux choses sacrées ». Par choses sacrées, il entend les choses « mises à part et interdites, croyances et pratiques qui unissent en une seule communauté morale appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».
Un objet sacré n’est pas seulement Dieu(x) mais peut être « un rocher, un arbre, une source, un caillou, un morceau de bois, une maison, en un mot, tout peut être sacré ». Les croyances religieuses, les mythes, les dogmes et les légendes sont les représentations qui expriment la nature de ces choses sacrées, ainsi que les vertus et les pouvoirs qui leur sont attribués.
En fait, on peut trouver d’autres définitions de la religion et notre discussion peut être différente. Dans le domaine spirituel aujourd’hui, et après les écrits de Mircea Eliade, il semble que cette définition sociologique prévale. Il en est de même dans la franc-maçonnerie.
Il est aussi intéressant de savoir que nous ne sommes pas les mieux placés pour voir nos contradictions. Nous avons besoin d’un regard extérieur pour comprendre différemment ce que nous disons et ce que nous faisons en tant que francs-maçons.
Car il faut garder à l’esprit ce que cela donne aujourd’hui à quelqu’un qui n’est pas franc-maçonet qui n’a pas pris le temps de replacer cette question religieuse dans son contexte. Encore une fois, que peut voir un non-maçon ?
La franc-maçonnerie prétend ne pas être une secte, une religion ou simplement une organisation religieuse.
Cependant, est-ce vraiment le cas ?
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment
La grande majorité des Grandes Loges du monde demandent une croyance en un « Être Suprême », demandent une foi en Dieu, utilisent un « livre sacré » et pour certains ce doit être la Bible, prient, utilisent les histoires de la Bible comme source principale de leurs enseignements, etc.
On pourrait même aller plus loin avec les exigences de certains rites spécifiques demandant spécifiquement d’être chrétien ou même catholique. Des degrés annexes pourraient aussi être considérés comme plus radicaux dans leur exigence de combattre et de protéger la foi chrétienne. Les degrés templiers ou le SRIA en sont deux exemples.
Mais tout cela se fait avec une affirmation très claire répétée à l’envi : la discussion religieuse est interdite dans une loge maçonnique.
Comment pouvons-nous concilier de telles contradictions ? Pouvons-nous le faire ? Devrions-nous le faire ?
Prêtre dans son église son missel à la main
Il est relativement facile de découvrir ce que les religions contemporaines pensent de la franc-maçonnerie. Les religions monothéistes, à l’exception peut-être du judaïsme, s’opposent à la franc-maçonnerie. Le catholicisme et une grande partie du christianisme, ainsi que l’islam, s’opposent à la vision maçonnique de la religion et de la morale. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de francs-maçons chrétiens ou musulmans, mais que l’institution religieuse est contre les principes maçonniques. Le catholicisme a déclaré que les francs-maçons sont des hérétiques parce qu’ils pensent, agissent et enseignent dans le monde entier différemment de ses dogmes et de ses vérités scripturales.
La religion est enracinée dans une croyance particulière selon laquelle l’homme est composé d’un corps physique et d’une partie invisible généralement appelée l’âme. De la même manière, les religions enseignaient l’existence de mondes immatériels et de divinités plus grandes que nous. La maçonnerie est née de la réforme protestante anglaise comme une fraternité universelle présente dans de nombreux endroits de la Terre. Ses portails sont ouverts à tout homme sans considération de sa religion. Au début de la maçonnerie ce point ne posait pas de problème car il n’y avait que quelques catégories de personnes : les protestants, les catholiques et plus tard les juifs. Il n’y avait pas d’autres religions que celles ayant un fond biblique. C’est le contexte originel de la naissance de la maçonnerie, et dans ses textes originaux, cette fraternité ne demandait pas de foi particulière.
Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.
La Constitution d’Anderson demande l’obéissance à la loi morale, c’est-à-dire ne pas être un athée stupide, ni un libertin irréligieux. Les francs-maçons de chaque pays étaient priés d’être de la religion de ce pays, quelle qu’elle soit. Dans ce cas, la vraie religion était celle sur laquelle tous les hommes s’accordaient, à savoir être des hommes bons et fidèles, ou des hommes d’honneur et d’honnêteté.
Ces déclarations se présentent comme un énoncé de la maçonnerie. Il existe des obligations et des conditions préalables avant d’être initié. Pour les francs-maçons fondateurs, la question était de trouver quel pouvait être l’élément commun à chaque homme. C’était un défi à une époque où la religion régissait le monde et était dotée de réels pouvoirs temporels.
Est-il possible de juger un être en fonction de sa foi et sa pratique religieuse ? D’après ce qu’a écrit Anderson, non !
Trois aspects étaient donc et restent importants aujourd’hui : 1- le préalable 2- l’énoncé, suivi de 3- la conséquence.
1- Il y a une Loi morale. Les athées et les irréligieux ne peuvent pas faire partie de la Confrérie. Quelqu’un qui veut faire partie de la Confrérie doit avoir la conviction intérieure de l’existence d’un monde spirituel, et d’une puissance divine. Mais ces deux éléments ne sont pas définis. Si Anderson avait expliqué ces aspects, le prérequis aurait fait appel à une déclaration de foi et serait donc confessionnel. Cependant, il recherchait un large consensus sans perdre le meilleur de la dimension religieuse.
2- Il existe une Religion dans laquelle tous les Hommes s’accordent, en gardant pour eux-mêmes sa définition. Si je ne puis trouver une définition unique pour tous, la seule chose à demander est d’être des Hommes bons et vrais, ou des Hommes d’Honneur et d’Honnêteté ; rien de plus. Tout est dit.
3- La conséquence : Si le prérequis et l’énoncé devenaient une réalité vivante pour le Franc-Maçon, alors la Maçonnerie deviendrait le Centre d’Union ; le lieu où des personnes différentes avec des compréhensions différentes pourront construire une véritable Amitié, révélant une véritable possibilité pour les êtres humains : la fraternité.
Il est important de rappeler qu’Anderson écrivait dans les premières années de la franc-maçonnerie, demandant une expression privée de la religion. La conséquence en est un esprit ouvert, et la possibilité pour la franc-maçonnerie d’être présente partout et à tout moment. Il n’y a pas de limite géographique, culturelle et historique à sa présence dans le monde car cette Fraternité se donne un centre : la Loge, le Métier, capable d’accueillir des humains ressentant ce monde intérieur commun et essayant de devenir meilleurs. C’est le fondement de la franc-maçonnerie. Ces questions étaient exceptionnelles à ce moment précoce de l’histoire.
Pour les Francs-Maçons, et les hermétistes antiques, il existe une puissance qui a créé, organisé et continue d’animer l’Univers. Mais cette puissance divine est loin de nous. Il s’agit d’un principe divin et le nom que lui donne la Maçonnerie en est la meilleure illustration : Grand Architecte de l’Univers.
Mais il faut être prudent avec ce nom car nous raisonnons aujourd’hui avec un a priori monothéiste. Pour ce pouvoir divin, présent partout dans l’Univers, la question du genre est un non-sens. Il est aussi impossible de savoir si ce pouvoir divin est personnel ou non. Peut-être est-il aussi impossible de dire si cette impulsion de création était ou est le résultat d’une intention. En tant que créatures humaines, ces questions dépassent notre entendement. Mais sans doute cette idée d’un être suprême est impossible à représenter. Ce fait a été ressenti dans les religions monothéistes, mais pas toujours avec le même succès. En termes philosophiques, l’Être suprême est immanent. Cela signifie que le Grand Architecte de l’Univers est à l’intérieur de sa création et non à l’extérieur. Après la création, la Nature n’a pas été abandonnée par son créateur divin.
Mais certains francs-maçons ne rejettent pas a priori l’existence d’un Être suprême qui puisse manifester une sorte de volonté. Même s’il est tout à fait impossible de dire quelque chose à ce sujet, une prudence philosophique réclame de rejeter cette possibilité. C’est pourquoi je peux dire que toute la nature est en Dieu et en même temps qu’un Être suprême a créé l’univers, ce qui est une théorie appelée le déisme.
Les déistes croyaient que la raison et l’observation du monde naturel pouvaient être les éléments principaux pour comprendre l’essence du divin. La foi et la religion organisée n’étaient pas nécessaires pour cela. Les hermétistes appelaient cela la « religion de l’esprit ». En fait, la foi n’est pas rejetée, mais apparaît en second lieu, après la raison. C’est pourquoi la religion et la philosophie sont liées. Parce que le divin est l’Être suprême, la religion peut être un sentiment intérieur et essentiel, demeurant toujours sous le contrôle de la raison, qui furt donnée à l’humanité également dans ce but.
Les francs-maçons et les déistes n’ont pas de véritables dogmes. Chacun peut choisir ce qui lui semble bon selon sa propre liberté intérieure, l’éclectisme étant le résultat de la considération bienveillante de toute expression de la foi humaine.
En général, les hermétistes, les francs-maçons et les déistes restent très prudents à l’égard des religions organisées.
La question des miracles ou de toute intervention surnaturelle est une autre question. En général, les déistes ne croient pas que Dieu intervient dans les affaires de la vie humaine ou qu’il est capable de suspendre les lois naturelles de l’univers. Les lois sont universelles et constantes. Même si toutes les lois ne sont pas encore comprises, il sera possible de le faire tôt ou tard.
Il est important de savoir ce qui s’est passé dans cette confrontation entre les religions monothéistes, et particulièrement entre le catholicisme et la franc-maçonnerie. Les francs-maçons choisirent d’être fidèles à leurs croyances et à leurs déclarations morales. Ils exprimèrent leurs idéaux de tolérance et de liberté en présence de Dieu, ouvrant leurs portes à tout homme de bien désireux d’œuvrer en paix pour le meilleur de l’humanité. La philanthropie, bien que n’étant pas une condition préalable religieuse, est devenue l’une des merveilleuses réalisations de la franc-maçonnerie. En même temps, cette dernière trouva un moyen de maintenir la présence du sacré séparée de la religion et des sacrements.
Ces quelques exemples nous montrent la réaction d’une Eglise détenant encore une certaine autorité politique. Il existe de nombreux exemples modernes de ce pouvoir appliqué contre la Liberté et la Tolérance. Les talibans et toutes les formes de fondamentalisme religieux sont l’aspect moderne de l’inquisition et un écho contemporain des milliers de femmes torturées et brûlées en Europe à la fin du Moyen-Age.
Les francs-maçons ne se sont jamais opposés à la croyance en Dieu, ni à la vie religieuse et spirituelle. C’est pour eux une manifestation naturelle d’un sentiment intérieur réel. Mais cette partie de la psyché de l’être humain se doit de rester sous le contrôle de la raison. C’est pourquoi le respect de l’autre empêche qu’un franc-maçon tente d’imposer sa vision du monde à un autre. Une preuve du danger d’une foi aveugle est la manifestation de l’intolérance et de la violence. Cette tendance n’a pas d’âge et demeure la même aujourd’hui. C’est pourquoi la démarche maçonnique profondément philosophique demeure une des meilleures réponses aux dogmes religieux, accueillant toutes les dimensions de l’être humain sans chercher à en imposer une seule.
« A la lumière de la philosophie, les hommes deviennent des dieux »
Marsile Ficin (Lettres)
Je l’avoue : la tentation est grande, en orientant nos pas vers le passé et l’avenir de la Maçonnerie de faire un court détour par Sigmund Freud ! En effet, ce dernier, au cours de l’élaboration de sa technique psychanalytique va découvrir un concept, admis aujourd’hui de manière générale, de « roman familial » : chaque sujet, dans l’enfance, va imaginer qu’il n’est pas l’enfant de ses parents, mais le fils ou la fille de parents prestigieux qui vont, à l’issu du suspense, les reconnaître et leur donner la place à laquelle ils ont droit.
Evidemment, le principe de réalité va reprendre le dessus et les « géniteurs imaginaires » rangés au magasin des accessoires de l’inconscient et admettre, avec plus ou moins de bonheur, que nous ne sommes que la progéniture de parents faillibles comme nous le redevenons ensuite. Nous sommes plus de la descendance du cordonnier que celle du prince ! Cependant, certains, de manière névrotique, continuerons à entretenir, inconsciemment, cette filiation imaginaire.
Sigmund Freud
Mais, le plus intéressant pour notre réflexion est que Freud attribue aux institutions le même fonctionnement que pour les individus, ce vécu relevant sur un culte et des idéologies que l’on prêterait à de « Grands Ancêtres » à qui l’on finirait par croire. Une sorte de galerie des portraits dans un château qui n’existerait pas !
Bien entendu, vous me voyez venir et vous attendez ma question :
« Mais alors, qu’est-ce qu’il en est du « roman familial de la Maçonnerie » sur lequel elle repose ?!
Pour répondre à cette question, nous nous limiterons à deux approches qui relèvent du mythe, tout en acceptant l’idée que le mythe est une construction nécessaire à la psychologie du sujet et à celui des institutions, de façon à échapper à ce que Lacan appelait « l’horreur du réel » d’où l’imaginaire et le symbolique seraient exclus. Claude Lévi-Strauss avance d’ailleurs l’idée que le mythe est le fondement de toute civilisation pour qu’elle fasse sens, si nous ne voulons pas sombrer dans la barbarie.
I- LE MYTHE DE LA MACONNERIE COMME CREATRICE DE LA REPUBLIQUE ET DE LA LAICÏTE.
Théophile Désaguliers
Une idée, très tardive, voudrait que la Maçonnerie soit la pierre angulaire du concept de laïcité mais, historiquement, cela s’avère douteux. En effet, née dans un pays où ce concept n’existe pas, elle est au contraire rattachée à l’histoire religieuse de la Grande-Bretagne et à l’idéal de créer un lieu d’entente des différentes Eglises réformées après des guerres civiles interminables, notamment entre les Anglicans et les calvinistes. C’est pourquoi nous en retrouvons comme fondateurs : Théophile Désaguliers, fugitif avec son père, pasteur à La Rochelle, pour fuir les persécutions catholiques. Il fut aussi secrétaire de Newton et influencé par lui (Le grand savant n’étant pas Maçon, mais étant lui-même unitarien antitrinitaire !), Anderson, rédacteur des fameuses Constitutions, pasteur écossais et calviniste, John Toland, philosophe, auteur du concept de GADLU que la Maçonnerie naissante adoptera comme symbole d’unité, suffisamment vague pour satisfaire tout le monde !
Naturellement, la mise en place de ce milieu ne concernait ni les juifs ni les catholiques, totalement tenus à distance. Le fonctionnement des loges étant construit sur le modèle des paroisses autonomes du calvinisme. Ce n’est que tardivement que la forme pyramidale se mettra en place, rattachée à la royauté, sous l’influence anglicane à l’intérieur de la Maçonnerie et de l’appartenance d’un grand nombre d’ecclésiastiques dans les loges (Notamment, la présence rapidement permanente des Archevêques anglicans de Canterbury). Digne d’un humour noir, historiquement, les Franc-Maçons seront assimilés aux juifs et persécutés par l’extrême droite, ce qui n’est que le constat de la très importante place donnée à l’Ancien-Testament et dans la constitution même de la Maçonnerie qui, paradoxalement, n’acceptait pas les juifs au départ car non-concernés par ce problème interne des Réformés.
A l’intérieur même de la Maçonnerie se déroulera, plus tardivement, un problème de contre-réforme catholique dont l’auteur en sera Ramsay, protestant d’origine, mais converti au catholicisme par Fénelon et madame Guyon et promoteur des « Hauts-Grades » et d’un très douteux rattachement et ennoblissement de la Maçonnerie à la chevalerie des croisades !
II-LA BONNE DISTANCE A MAINTENIR ENTRE LA FRANC-MACONNERIE, LE SIECLE DES LUMIERES, ET LA REVOLUTION FRANCAISE.
Dans sa vision historique, la Franc-Maçonnerie s’associe volontiers au discours des Lumières et de l’idéologie républicaine et laïque qui découlera de tout un courant de pensée prenant racines bien plus avant dans le monde des idées, car là aussi, historiens et philosophes ont changé largement leur fusil d’épaule sur cette question. Pour ces derniers, en effet, les Lumières ne sont pas celles du 18em siècle qui n’en sont que de pâles répercussions de ce qui va se jouer à la Renaissance avec la redécouverte, via les conquêtes arabes, de la pensée philosophique de l’Antiquité qui va s’opposer, voire s’affronter, à l’hégémonie théologique d’une Eglise catholique, elle aussi minée par des courants contradictoires et qui trouve parfois dans la théologie musulmane ou juive réponse à ses propres questionnements (Averroes, par exemple). Les vrais « révolutionnaires » de cette époque vont être ceux qui vont proposer une conciliation entre théologie et philosophie, souvent des ecclésiastiques (Marsile Ficin, par exemple, qui va christianiser pratiquement Platon et Plotin dans son approche spirituelle !). La Réforme protestante va accentuer les clivages et aussi tout un courant très radical au 17em siècle, à-travers le « libertinage érudit » (Cyrano de Bergerac, Saint-Evremond, La Mothe Le Vayer, Théophile de Viau, Charles Sorel, Gabriel Naudé, Ninon de l’Enclos, etc.), va porter un coup fatal à l’idéologie spirituelle et sociétale du Moyen-Âge. Le 18em siècle et la période révolutionnaire ne feront que récupérer, parfois de façon bien pâle et convenue, les fruits de cette évolution historique qui chemine, de manière souterraine, dans la société française, vers la libre pensée philosophique ou la libre interprétation théologique. La Franc-Maçonnerie britannique, durant ces périodes mouvementées, du fait de ses origines confessionnelles, demeurera dans le fonctionnement classique qu’elle avait mis en place et ce, dans le respect de la hiérarchisation de la société.
Montesquieu, un homme qui avait tout compris, dommage que nous ne le comprenions plus.
Il est un peu comique de voir un certain nombre d’institutions, jouant des coudes pour se réclamer des Lumières alors que leur participation historique est très douteuse (Ce qui est le cas de la Maçonnerie dans une certaine mesure !), mais de surcroît dans un temps où les historiens se posent un certain nombre de question sur l’idéologie qui était sous-jacente. Idéologie, plus portée sur le commerce libéral que sur des idées nobles au service de la liberté de chaque citoyen. Montesquieu (1689-1755) écrit (1) : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Ce qui va se faire jour, en revanche est de deux types : la désintégration chrétienne de l’histoire qui va amener, philosophiquement parlant à l’intérêt pour d’autres cultures : Indes, Monde musulman, monde chinois, dont les artisans seront, paradoxalement, les missionnaires chrétiens (Par exemple, les apports du jésuite Matteo Ricci sur la civilisation chinoise). Mais, en contrepartie, va se développer en Europe l’idée d’une « civilisation européenne » forte de sa population en augmentation, de sa culture, de ses initiatives commerciales. Bientôt va se faire jour l’idée d’imposer au monde son modèle de fonctionnement. Civiliser veut souvent dire domestiquer et le 18em siècle va voir une accélération de la traite des noirs (On évoque le nombre de 12 millions d’africains comme victimes de la traite), dont profiterons aussi, malheureusement, de nombreux tenants des Lumières. A commencer par notre Frère (tardif !) Voltaire. Rappelons qu’en France des villes ont vu leur développement économique croître de façon exponentielle grâce à la traite : nous ne citerons que Nantes, Bordeaux et La Rochelle, où existaient déjà des loges maçonniques. De là à supposer qu’un certain nombre de Maçons profitait des avantages commerciaux liés à ce commerce, cela ne relève pas, hélas, de la diffamation !
Jules Ferry
Les Lumières, d’une certaine manière, vont établir une hiérarchisation civilisationnelle des valeurs et favoriser, ce que nous verrons peu à peu s’installer dans le monde par le biais du colonialisme : Ah les discours républicains de Jules Ferry sur les bienfaits de la colonisation ! En étudiant cette période, nous décryptons qu’à l’intérieur même du mouvement, des critiques dénonçaient déjà les artifices verbaux dont personne n’était plus dupe. La Franc-Maçonnerie, d’une certaine manière, peut, peut-être, se féliciter d’avoir été grandement absente des artisans des Lumières ? …
Mais, durant cette époque de transformation, la Franc-Maçonnerie Française jouera-t-elle ce rôle machiavélique de pourvoyeuse de la Révolution Française que ses adversaires lui-prête allégrement ?! Les statisticiens, les sociologues et les historiens peuvent nous aider à répondre à cette question et là nous sommes loin de l’imaginaire d’un « complot maçonnique » ! Nous savons tous, sans nous rallier obligatoirement à la pensée marxiste, que la Révolution française fut une révolution bourgeoise mais qui, dans sa très large majorité, était ralliée, par ses intérêts, plus à une monarchie constitutionnelle de type britannique qu’à une république incertaine et porteuse de troubles à ses yeux.
Maximilien de Robespierre (1758-1794)
La Révolution française sera d’ailleurs souvent très brutale envers la Maçonnerie, comme l’exécution de « Philippe-Egalité » par exemple, car elle représentait une concurrence spirituelle au culte de l’Être Suprême de Robespierre et des sympathies souvent affichées pour les Girondins, partisans d’une monarchie constitutionnelle. La Terreur, va jeter sur toutes les routes européennes un grand nombre de Maçons qui vont offrir leurs services aux pays d’accueil et participeront souvent aux activités maçonniques locales, jusqu’à la Restauration qui, rappelons-le, durera 33 ans avant la restauration de la République…
Costume d’un Théophilanthrope, gravure sur acier, XIXe siècle.
Cependant une expérience peu commune mérite de retenir notre attention qui éclaire l’attirance (et la tentation !) de la Maçonnerie pour le religieux : de 1797 à 1801 va se créer une Eglise, les « Théophilanthropes », dont les Maçons seront à l’origine. C’est en effet Jean-Baptiste Chemin- Dupontes (1760-1852) qui sera à l’origine de cette création. Il était membre de la loge « Les neuf soeurs » et sera Vénérable de la loge des « Sept Ecossais réunis », et membre du Conseil du GODF en 1815. Il va s’entourer de personnalités connues (Valentin Haüy spécialiste des aveugles, Dupont de Nemours, Bernardin de Saint-Pierre, Marie-Joseph Chénier, le peintre David, etc.) et publier un recueil de cérémonies religieuses largement inspirées des rituels maçonniques. Cette initiative sera soutenue par la Révolution (notamment par le député Larevellière-Lepeaux) malgré son hostilité pour la Franc-Maçonnerie. L’échec du Culte robespieriste à l’ « Être Suprême », ainsi que la révolte interne de plus en plus forte après l’insupportable épisode de la Terreur va faciliter l’implantation nationale de cette Eglise à qui va être attribuée de très nombreuses églises catholiques, notamment une partie de Notre-Dame ! C’est Bonaparte qui mettra fin aux activités de la théophilanthropie en 1801, en regard de son hostilité pour les intellectuels et son désir de signer un Concordat avec l’Église catholique, afin de justifier aussi son futur couronnement comme Empereur. Nous avons sur les Théophilanthropes des archives considérables, notamment les rituels religieux qui étaient utilisés.
III- LA RAISON DEIFIEE OU UN RETOUR A L’HUMANISME ?
Les Lumières vont, dans leur idéologie, porter la raison comme assise de leur pensée, ce que ne se risquait pas trop à faire la philosophie classique, en connaissant les limites et les dangers. La raison est un concept extrêmement compliqué à cerner : comment se définit-elle et ne risque-t-elle pas de déboucher sur la pire des intolérances. Ne pourrait-on pas imaginer que les pires dictatures sont dans l’application de la « Raison d’Etat » ? L’histoire contemporaine ne fait, hélas, que confirmer notre réflexion.
Saint-Paul
De surcroît, les avancées dans les sciences humaines, notamment la psychanalyse, ne font que confirmer que notre raison est largement cernée par l’inconscient qui dirige en fait notre vie et met à mal notre volonté de la rationalité ou du désir de faire le « Bien et le Beau ». Par exemple, Saint-Paul, dans l’Epitre aux Romains, écrit (7, 15- 19) : « Car je ne sais pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux, et je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par-là que la loi est bonne. Et maintenant ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi. Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est à dire dans ma chair : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien, car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ». Paul découvre dans ce texte l’existence, en lui, de son inconscient, en lutte contre la rationalité du sujet pour imposer la réalisation de ses désirs instinctuels. Le corps contre l’esprit, dans un combat permanent ! Occupation d’un corps étranger que Guy de Maupassant reprendra dans son roman sur la psychose : « Le Horlà ».
Emmanuel Levinas
Le philosophe Paul Ricoeur nous apporte également un élément de réflexion important : pour lui, l’homme est plongé dans un combat permanent entre la « mêmité » qui serait que les autres soient semblables à moi, donc dans la vérité, et l’altérité et la différence fondamentale et définitive de l’autre, donc le mensonge !
La Maçonnerie devrait donc sortir de sa propre image pour interroger le visage de l’autre (Emmanuel Levinas) afin d’y découvrir, à la fois, un semblable (« Soi-même comme un autre ») mais aussi un étranger, hors vérité, et dont la dissemblance fait toute la richesse. La tolérance quoi !
NOTES
(1) Montesquieu : De l’esprit des Lois. Paris. Classiques Garnier. 2011. Livre XX, 1 et 2.
BIBLIOGRAPHIE
Voltaire : Essai sur les mœurs et l’esprit des nations. Paris. Editions Garnier. 1963.
Caroline Fourest se lance, avec son dernier opus « le vertige Metoo », dans un plaidoyer pour le discernement entre délits et crimes, entre présomption d’innocence et présomption de véracité : raison et justice au lieu d’émotions et narcissismes. Délicat mais salutaire exercice !
Steven Pinker in 2023 by Christopher Michel
Steven Pinker nous l’expliquait il n’y a pas si longtemps : la civilisation progresse en zig-zag. Et des retours en arrière sont fréquents lorsque les inconvénients du changement apparaissent. Pour autant, le changement en question peut garder de l’intérêt, d’où l’expression « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Il s’ensuit alors un peaufinage du dispositif afin de conserver le positif et éliminer autant que possible le négatif. C’est à cette tâche que s’est attelée Caroline Fourest dans son « le vertige Me Too ».
Caroline Fourest au rassemblement organisé par l’Inter-LGBT place Baudoyer à Paris pour fêter le vote de la loi instituant le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe en France.
On y découvre un florilège de tout ce qui peut tourner mal depuis que la parole s’est libérée autour des cas d’emprise toxique ( car il y a des emprises bénéfiques, Pygmalion, si tu nous regardes…). Chaque possibilité est illustrée par des cas célèbres, décortiqués afin de pouvoir servir en toute généralité. Evidemment, au passage, se trouve fort malmenée notre fainéantise intellectuelle. Ah bon ? Oui, celle qui nous donne envie de juger en 5 minutes, d’enfoncer le protagoniste qui ne nous plaisait déjà pas, et de nous apitoyer sur la pauvre victime.
Pas de chance pour le manichéisme, l’humain est et reste complexe.
Tout ce qu’il raconte est farci de chausse-trapes. Tiens, le verbe raconter. Dorothée Dussy, qui a interviewé plein de pédocriminels, l’a bien capté : tous se racontent une histoire qui les « autorise » à agir comme ils le font. Les jeunes en garderont une mémoire traumatique, susceptible plus tard d’entraîner une répétition traumatique. C’est ce phénomène qui déclenche des retours « incompréhensibles » vers le criminel : l’esprit blessé vient chercher cette part de lui-même qu’on lui a arraché.
La pédocriminalité reste pour ces raisons le berceau de l’enfer, et a été également touchée par la libération de la parole dans l’espace public du monde adulte. Cela s’y est traduit aussi par le cri « on te croit », compréhensible après tant de siècles d’omerta. Toute une frange des associations et des professionnels veut appliquer le « on te croit » de manière pure et dure, ou en confondant raison et émotion. Pourtant l’affaire Outreau a montré que le mensonge des jeunes comme des adultes, cela existe. Il est donc impératif d’en rester au « je t’écoute », en complément au « je te protégerai ».
Autre désir qui hante beaucoup de nos contemporains : le complotisme, si actif sur les réseaux sociaux. Le plaisir d’étaler aux yeux de monsieur tout-le-monde des « secrets » pleins de turpitudes commises par les « élites » fait que certains sites se spécialisent dans les rumeurs « croustillantes », bien sûr vite instruites et uniquement à charge.
Et, dans la même série, citons l’attrait des idéologies clivantes, au nom desquelles on décernera promptement le brevet de victime à ceux de notre camp et l’opprobre sera jeté sur tout membre « d’en face ».
Quel bon job que commissaire politique pour régler ses comptes !
Fine observatrice du monde d’aujourd’hui, Caroline souligne que la marche vers la notoriété ( et l’autorisation de se montrer agressif ) passe par la case « victime ». C’est pourquoi le terme de « narcissisme plaintif » peut caractériser certaines postures surjouées dans le monde médiatique.
Une manifestante brandissant un panneau arborant le hashtag #MeToo, à la marche des femmes de New York, en janvier 2018.
Ce qui n’empêche que la liste de personnes mises en cause dans les mondes du spectacle, du cinéma, des médias, est effarante, et occasionne un « rattrapage » avec des allures de raz-de-marée. On ne pleurera pas les monstres qui en ont profité trop longtemps.
Mais nos nouvelles pratiques ne se maintiendront durablement que si on évite les dérives vers l’intransigeance illimitée. On ne peut classer sous le même vocable une insistance lourde en phase de drague avec un passage à l’acte avec menaces ou coups et blessures.
Lors du lancement du mouvement Me Too et son corollaire Balance ton Porc, tout à son désir de se démarquer des anciennes pratiques, le grand public avait raillé Catherine Deneuve et son « droit à importuner ». Rétrospectivement, on peut voir dans la prise de position de C Deneuve un agacement devant le succès de la victimisation dans notre société. Caroline en déduit un vœu : « moins de victimes, plus de battantes ».
Bref, il s’agit de réintroduire de la raison et de la précision dans ce paysage dominé par les émotions.
Comme toujours, il est question de chercher un équilibre : de la présomption d’innocence avec la présomption de véracité, notamment. Les outils juridiques peuvent eux aussi être améliorés, mais pas à la va-vite. On parle beaucoup du consentement, actuellement absent de l’arsenal juridique en France. Mais, une fois introduit, la question du consentement présent ou absent deviendrait centrale dans les procès, d’où des pressions des avocats sur les victimes, déjà si bousculées comme nous le savons. Autre paramètre sensible : le délai de prescription. S’il devient infini comme pour les crimes contre l’humanité, une barrière qui retient les violeurs d’assassiner leurs victimes tombe…
Au terme de son panorama de la société actuelle, Caroline égrène une vingtaine d’astuces « ne pas ceci ou cela… » résumant son plaidoyer pour introduire nuance et précision dans le débat.
Et nous les maçons ? Une grosse partie du livre nous est directement utile. Cela commence par la recherche de la vérité et l’usage de la raison aux commandes. On se reconnait aussi dans la méfiance par rapport aux amalgames : tout est à peser au cas par cas, et pas question de se substituer à la justice. On ne l’ouvre que si l’on sait, et il faut traiter ses souhaits intimes avec circonspection. Il est important de ne pas céder pas à ses mauvais penchants, même couverts par l’impunité du pseudo. L’écoute est toujours due, et s’efforce de passer avec bienveillance par-dessus les divergences de vues en fonction des âges ou catégories sociales. Allons-y !
Le Grand Orient de France (GODF) et ses loges partenaires vous invitent à une conférence publique exceptionnelle qui se tiendra le 23 novembre 2024, de 14h à 17h30 à la Bourse du Travail de Saint-Denis. Cette conférence, intitulée « L’injustice des inégalités en santé », abordera un sujet crucial et urgent : les disparités de santé dans les zones urbaines précaires, avec un focus particulier sur le département de la Seine-Saint-Denis.
Contexte et raison d’être de la conférence
Les inégalités de santé restent une réalité dramatique en France, et ce fléau touche particulièrement les populations des zones urbaines défavorisées. Bien que l’espérance de vie globale ait augmenté ces dernières décennies, les personnes vivant dans des conditions précaires continuent de souffrir de manière disproportionnée de maladies chroniques, d’accès limité aux soins, et de mortalité prématurée. En Seine-Saint-Denis, département souvent cité en exemple, ces disparités sont amplifiées : les obstacles économiques, sociaux et géographiques creusent le fossé sanitaire entre les populations.
Les solutions efficientes ne peuvent venir que d’un accès aux populations les plus défavorisées ayant pour objet une éducation en santé portant sur les grands thèmes de prévention : alcool, tabac, nutrition, activité physique… Celles-ci passent par un réseau local territorial intégré œuvrant dans la cité, à l’école, au plus près de cette population peu accessible à l’information par les médias conventionnels (Télévision, radio, quotidiens, hebdomadaires, magazines, affichage extérieur et transcrit, circulaires, catalogues et autres imprimés)
Cette conférence vise à explorer cette problématique avec des experts du domaine et à réfléchir ensemble aux actions nécessaires pour construire une santé plus juste et équitable pour tous.
Intervenants et thématiques de la conférence
Pour aborder ces questions essentielles, trois thématiques seront présentées par des intervenants de renom sous la modération de M. Guy Arcizet, ancien Grand Maître du GODF et figure engagée dans les problématiques sociales et de santé publique. Voici les détails des interventions :
Thème 1: Inégalités sociales en santé avec un focus sur les zones urbaines défavorisées
Présenté par : M. Paul-Loup WEIL-DUBUC, philosophe et chercheur à l’Espace éthique d’Île-de-France.
Sujet : M. Weil-Dubuc traitera des déterminants sociaux de la santé et des facteurs structurels qui contribuent aux inégalités de santé dans les zones urbaines précaires. En s’appuyant sur des données et des cas concrets, il démontrera comment les disparités sociales impactent directement l’accès aux soins et la qualité de vie.
Thème 2 : Prévention et inégalités en santé
Présenté par : M. Philippe ZERR, représentant du collectif pour la prévention en santé du GODF.
Sujet : M. Zerr discutera de la prévention en santé, un levier essentiel pour réduire les inégalités. Il abordera les défis de l’accessibilité des programmes de prévention dans les quartiers défavorisés et proposera des pistes pour mieux intégrer ces populations dans des actions préventives.
Thème 3 : Inégalités d’accès aux soins dans les zones précaires
Présenté par : Pr Didier HOUSSIN, ancien directeur général de la santé, missionné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Sujet : Le Professeur Houssin s’intéressera aux obstacles spécifiques qui limitent l’accès aux soins dans les zones urbaines à faible revenu. En tant qu’expert de l’OMS, il partagera également des perspectives internationales et proposera des solutions concrètes pour améliorer l’accès aux soins de base pour ces populations souvent marginalisées.
Ces échanges riches et variés, animés par des experts en santé et en éthique, permettront de mieux comprendre les causes profondes de ces inégalités et d’identifier des pistes de solutions adaptées à notre contexte national et local.
Appel à mobilisation
Cette conférence se veut un moment de réflexion, mais surtout d’engagement. Elle s’adresse aux citoyens sensibilisés par la justice sociale, aux professionnels de la santé, aux acteurs associatifs, et à tous ceux qui souhaitent prendre part à la lutte contre les inégalités de santé en France. Nous encourageons également les médias à assister à cet événement pour relayer et amplifier ce message de solidarité et d’action collective
Inscription
Pour faciliter l’accueil des participants, l’inscription préalable est recommandée via le lien suivant :
Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, cet écart est plus faible : 8 ans séparent les plus aisées des plus pauvres. Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes, tandis que l’écart n’est plus que de 0,3 an et 0,2 an aux alentours d’un niveau de vie de 2 000 euros par mois.
Les femmes ont une espérance de vie plus élevée que les hommes (6 ans en moyenne). Elles vivent même en général plus longtemps que les hommes les plus aisés : celles dont le niveau de vie se situe parmi les 70 % les plus aisées ont une espérance de vie plus longue que les hommes parmi les 5 % les plus aisés.
Les personnes les plus aisées ont plus souvent un diplôme du supérieur, mais cela n’explique qu’en partie les écarts d’espérance de vie selon le niveau de vie. Avec ou sans diplôme, plus on est aisé, plus l’espérance de vie augmente.
Situé à Egmore, dans la banlieue de Chennai, le Hall des Francs-Maçons est un édifice majestueux qui se distingue comme un exemple vivant de l’héritage colonial britannique et de la tradition maçonnique. Il constitue un témoignage unique du patrimoine culturel de l’Inde du Sud et de l’importance de la franc-maçonnerie dans le monde moderne. Lors de votre séjour à Chennai, une visite de ce monument historique s’avère incontournable pour découvrir une facette fascinante de l’histoire maçonnique en Inde.
Histoire du Hall des Francs-Maçons de Chennai
Achevé en 1923, le Hall des Francs-Maçons a été construit par la Compagnie des Indes Orientales, une organisation britannique influente durant la période coloniale. La franc-maçonnerie, le plus grand ordre fraternel au monde, trouve ses origines en Europe au XVIIe siècle et s’est rapidement propagée à travers le monde. L’ordre maçonnique a non seulement établi des structures philanthropiques comme des écoles et des orphelinats, mais il a aussi joué un rôle clé dans diverses œuvres caritatives.
Le Hall de Chennai, érigé à une époque où la région était sous domination britannique, a d’abord servi de pavillon militaire pour les soldats coloniaux. Cette utilisation militaire a permis au bâtiment de bénéficier d’une protection particulière de la part des puissances coloniales. Au-delà de sa fonction de lieu de rassemblement maçonnique, le bâtiment a donc été un point stratégique durant la période coloniale.
La franc-maçonnerie a pris racine en Inde dès le début du XIXe siècle, et ce Hall de Chennai représente l’une des premières grandes réalisations maçonniques dans la région. Aujourd’hui, il reste un centre majeur pour les activités maçonniques, ainsi qu’un site de mémoire pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la fraternité et à ses liens avec le passé colonial.
L’Architecture du Hall des Francs-Maçons
Le Hall des Francs-Maçons de Chennai est un exemple remarquable de l’architecture néoclassique, inspirée des grands monuments grecs antiques. Sa construction a été pensée pour s’adapter aux conditions climatiques de la région, notamment à la chaleur intense de l’Inde du Sud, tout en conservant une grandeur imposante et élégante.
Le bâtiment, réparti sur deux étages, présente une structure symétrique et un fronton orné de détails architecturaux sophistiqués. Quatre piliers massifs soutiennent la façade, apportant à l’édifice une stabilité visuelle et une prestance imposante. L’intérieur du Hall est décoré avec des carreaux italiens de haute qualité, du marbre raffiné et des tableaux antiques célèbres qui font de chaque salle un lieu de contemplation.
La pièce centrale du bâtiment est la « Lodge Room », une grande salle de réunion maçonnique pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes. Ce lieu est le cœur du Hall, où se tiennent les cérémonies et les réunions des membres de la fraternité. Le bâtiment abrite également une salle à manger au premier étage, accessible par un escalier en spirale en pierre de Sholingar, avec des éléments de fer forgé et des grilles décoratives. Cette salle peut accueillir jusqu’à 150 personnes.
Les chambres individuelles du Hall, pouvant loger jusqu’à 60 personnes, sont disponibles pour les maçons et leurs invités. Le bâtiment est également doté de grandes fenêtres atteignant parfois 12 pieds de hauteur, offrant une vue panoramique sur la ville de Chennai et apportant une luminosité naturelle au sein du bâtiment.
Un Patrimoine Rénové et Préservé
Après plusieurs rénovations, le Hall des Francs-Maçons a été soigneusement restauré pour préserver sa beauté d’origine tout en offrant un confort moderne à ses visiteurs. L’édifice est un précieux témoin de l’histoire de Chennai et de la culture maçonnique, et son architecture en fait un monument incontournable pour tous les passionnés d’histoire et d’architecture.
Le Hall ne se limite pas à une simple bâtisse historique ; il est un symbole vivant des idéaux maçonniques, de fraternité, de tolérance et de philanthropie. Chaque élément du bâtiment, de la décoration à la disposition des salles, reflète les valeurs de l’ordre et son engagement à soutenir les membres dans leur quête de perfection personnelle et collective.
Comment S’y Rendre ?
Le Hall des Francs-Maçons de Chennai est facilement accessible depuis n’importe quel point de la ville. Il est bien desservi par les transports en commun, avec plusieurs lignes de bus et une station de train à proximité. Les visiteurs peuvent également se rendre en taxi ou en voiture privée. Le site étant situé dans le quartier d’Egmore, il se trouve à quelques minutes des attractions principales de la ville.
Horaires et Tarifs
Le Hall des Francs-Maçons est ouvert tous les jours de 09h00 à 18h00, y compris les jours fériés. L’entrée est généralement libre pour les membres de la franc-maçonnerie, mais un tarif modique peut être exigé pour les visiteurs extérieurs. Les visites guidées sont disponibles sur demande, permettant aux visiteurs de mieux comprendre l’histoire de ce monument fascinant et l’importance de la franc-maçonnerie à Chennai et dans le monde.
Conclusion
Le Hall des Francs-Maçons de Chennai n’est pas seulement un bâtiment impressionnant, mais un symbole de la profondeur historique et culturelle de la franc-maçonnerie en Inde. À travers son architecture, son histoire et son engagement pour des causes nobles, il constitue un véritable héritage vivant que les visiteurs peuvent découvrir et apprécier. Que vous soyez passionné d’histoire, d’architecture ou simplement curieux, une visite de ce lieu exceptionnel est une expérience enrichissante qui vous connecte aux idéaux universels de fraternité, de respect et de partage.
Retrouvez notre article du 28 novembre 2021 “INDE : Héritage maçonnique – La Grande Loge de l’Inde fête ses 60 ans” https://450.fm/2021/11/28/inde-heritage-maconnique-la-grande-loge-de-linde-fete-ses-60-ans/ Rappelons que Grand Lodge of India, fondée le 24 novembre est forte, au 1er janvier 2018, de 22 200 Frères et 438 Respectable Loges. Le siège – leur Freemasons’ Hall – est situé à New Delhi.
Clairvoyant et mystique doué, Charles Leadbeater était un auteur et écrivain prolifique sur une myriade de sujets ésotériques. Dans cet article, il expose les liens entre la Maçonnerie mixte moderne et les anciens mystères d’Égypte, de Chaldée et d’Israël. Ce sera la première partie d’une série en trois parties.
Je pense que je peux peut-être commencer ce que je veux vous dire par quelques mots personnels sur moi-même ; vous verrez pourquoi dans quelques minutes.
Bien que je sois membre de la Société Théosophique depuis trente-deux ans et que j’aie eu le privilège d’être en étroite relation avec notre V… Illus… VPGM, ce n’est que tout récemment que j’ai eu l’honneur et le plaisir d’entrer dans les rangs de la Franc-Maçonnerie mixte. La raison pour laquelle je ne l’ai pas fait auparavant est simplement que je suis un homme occupé et que, lorsque la Franc-Maçonnerie mixte se présente aux étrangers au siège d’Adyar, elle semble n’être qu’une autre réunion théosophique avec exactement les mêmes personnes présentes que lors des autres réunions, sauf qu’elles sont assises dans un ordre particulier et habillées différemment. Je n’avais bien sûr aucun moyen de savoir de quelle manière la vérité était présentée, mais je savais que ce devait être la même vérité.
Je crois que c’est le cas de tous les francs-maçons, et je suis convaincu qu’un homme ne doit pas adhérer à une organisation à moins d’être prêt à en être un membre actif et efficace. S’il adhère, il doit assister régulièrement à toutes les réunions de la Loge, à moins d’y être absolument contraint. Je me suis retenu parce que je ne voyais pas comment m’acquitter du travail supplémentaire que représenterait une réunion supplémentaire, et je ne voyais pas comment je pourrais être plus utile en venant. Lorsque j’ai discuté de ces questions avec le chef de la Maçonnerie mixte ici en Australie, il m’a assuré que j’étais dans l’erreur sur ce dernier point, et qu’il y avait un travail utile que je pourrais faire si je rejoignais l’Ordre. J’ai consulté le Grand Secrétaire de V. Illus., et il était également du même avis, aussi ai-je naturellement exprimé ma volonté de rendre service dans la mesure de mes moyens. C’est ainsi que je suis arrivé ici, à Sydney, où j’ai le plaisir et le privilège d’appeler ma Loge Mère.
Je ne savais pas, pas plus que n’importe quel autre candidat, à quoi m’attendre lorsque je me suis joint à vous ; mais ma première vision d’une loge maçonnique fut pour moi une grande et agréable surprise, car je découvris que j’étais parfaitement familier avec toutes ses dispositions, qu’elle rappelait exactement les mêmes dispositions que celles que je connaissais il y a six mille ans dans l’ancienne Egypte. Je suis tout à fait conscient que c’est une déclaration surprenante, mais je vous assure qu’elle est littéralement vraie. Et vous remarquerez qu’il ne s’agit pas d’un sujet sur lequel une erreur est possible ; ce n’est pas un cas dans lequel la coïncidence servira d’explication.
Égypte antique
La disposition de vos trois principaux officiers est remarquable. Ce n’est pas celle qui viendrait naturellement à l’esprit des hommes qui essaient de composer un rituel. Vos symboles sont significatifs et distinctifs, et leur combinaison est particulière. Pourtant, ils appartenaient tous à l’ancienne Égypte, et je les connaissais bien là-bas. Vous pouvez imaginer à quel point j’ai été surpris et ravi de constater que l’ancien travail se poursuivait encore après tant de siècles. Vous avez conservé presque toutes les cérémonies inchangées au cours de ces milliers d’années. Il y a certaines différences mineures que je remarque, mais ce ne sont en réalité que des points mineurs.
Archevêque Dionysius Latas de Zante
Je ne peux m’empêcher de penser que ce seul fait (même si c’était tout) devrait constituer pour vous un fait d’un intérêt extraordinaire. Mais je dois y ajouter bien plus encore ; je dois vous expliquer ce que nous avions à l’esprit à ce sujet : nous considérions une réunion de la Loge comme une manifestation de notre croyance religieuse de diverses manières, et nous détenions à ce sujet un grand ensemble de connaissances qui s’accordent parfaitement avec toutes vos cérémonies et la manière dont vous accomplissez le travail. Et il me semble, en y repensant, que ces connaissances seraient d’un grand intérêt pour nous, co-maçons, aujourd’hui, et nous permettraient de comprendre beaucoup plus pleinement ce que signifient toutes ces opérations.
Cette découverte m’intéressa vivement ; j’en parlai à notre V…..llus…. Grand Secrétaire, et nous essayâmes ensemble d’étudier quelque peu l’histoire de la Maçonnerie. Nous pûmes voir sans trop de difficulté quelles devaient être les grandes lignes de son origine ; mais nous vîmes bientôt que nous avions besoin de plus amples renseignements sur certains points, aussi rédigea-t-on quelques questions sur ces points et les soumit à Celui que vous appelez le Chef de tous les vrais Maçons du monde entier. Vous devez vous rappeler que ce grand Maître, qui est pour vous tous, je suppose, un nom auguste et honoré, est pour votre V…..Illus…. VPGM, pour moi et pour beaucoup d’entre nous un Homme vivant, personnellement connu et très hautement vénéré. Je ne savais pas, avant d’avoir eu le privilège d’entrer ici, quelle était exactement sa relation avec la Franc-Maçonnerie mixte, car je ne lui avais jamais parlé de ce sujet ; mais la dernière fois que j’ai eu l’honneur de le rencontrer en personne à Rome, en descendant le Corso, il m’a emmené dans les jardins publics sur la colline du Pincio, et là nous nous sommes assis et avons discuté pendant une heure et demie de la Société Théosophique et de son travail.
Ainsi, lorsque nous nous sommes trouvés en difficulté au sujet de l’histoire maçonnique, il était naturel que nous les lui soyons soumis immédiatement. Il a répondu avec beaucoup de gentillesse et de grâce à nos questions et nous a fourni de nombreuses informations ; et il s’est montré heureux de nous voir si vivement intéressés par ce travail. Il a confirmé mes souvenirs selon lesquels le rituel tel que vous le présentez ici est presque entièrement égyptien ancien, mais votre contexte historique est celui de la tradition hébraïque. Par exemple, vous pleurez la mort d’un certain Illus… Maître il y a longtemps ; nous, dans l’ancienne Égypte, pleurions la mort et le démembrement d’Osiris, Celui qui est devenu multiple, et nous célébrions une fête au cours de laquelle les parties démembrées se réunissaient à nouveau, et Osiris ressuscitait d’entre les morts. Vous verrez donc que certaines de nos formulations étaient nécessairement entièrement différentes, mais les formes étaient absolument les mêmes.
Voici en quelques mots ce que le grand Maître nous a raconté de l’histoire du mouvement. À l’époque où le christianisme commença à dominer le monde, des milliers de personnes s’accrochaient encore aux anciennes religions et préféraient exprimer leur opinion sous les formes les plus anciennes. À mesure que le christianisme devenait plus étroit, plus agressif et moins tolérant à l’égard des faits, ceux qui connaissaient quelque chose de la Vérité et souhaitaient la préserver sous ces formes plus anciennes, devaient de plus en plus garder leurs réunions secrètes ; ils se retirèrent donc de la connaissance publique et leurs cérémonies se déroulèrent en privé.
La même politique de suppression fut adoptée simultanément dans de nombreux pays, et par conséquent cette mise à l’écart du public eut lieu aussi dans de nombreuses localités ; par conséquent, nous n’avons pas un seul courant de tradition, mais plusieurs courants, de sorte que, dans la maçonnerie, nous ne sommes pas dans la situation des Églises, où il existe une institution orthodoxe et plusieurs variantes qui se sont éloignées de la forme originale. Chez nous, il existe plusieurs courants de tradition différents qui ont tous la même authenticité et le même poids. Par exemple, l’ancienne religion chaldéenne, suivant cette même idée, organisa ses officiers de façon assez différente, et cette tradition fut adoptée presque partout sur le continent européen. Vous trouverez un aperçu de cet arrangement au début de votre Rituel, de sorte que même là, nous avons la preuve de deux courants de tradition.
Bijou des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e et dernier degré du Suprême Conseil Grand Collège du Rite écossais ancien et accepté du Grand Orient de France.
Ceux qui ont étudié l’histoire maçonnique savent qu’il y a eu à différentes époques des écarts par rapport aux formes antérieures ; parfois un nouveau rite semble avoir été introduit, parfois de nouveaux degrés dans d’anciens rites ; et dans certains cas, le statut officiel des personnes qui ont introduit ces changements a été clairement sujet à caution. Vous remarquerez un certain degré de flou et une tradition quelque peu déplaisante entourant l’origine du rite écossais lui-même ; mais il semblerait que ces irrégularités n’aient pas eu d’importance sérieuse, car les Puissances qui guidaient l’évolution en arrière-plan ont repris tout ce qui avait été fait et l’ont utilisé autant que possible ; de sorte que, bien que l’origine du rite écossais soit quelque peu obscure, il a été aligné sur les degrés supérieurs des anciens mystères égyptiens, et il leur ressemble maintenant très bien. Les Maîtres ont toujours encouragé ce qui était bon dans tous ces efforts, afin de fournir un sanctuaire à ceux des égos nés en Europe qui ne pouvaient pas se développer sous les enseignements plus grossiers que l’on appelait à tort le christianisme. La philosophie s’efface peu à peu chez eux, mais les Maîtres profitent de toute occasion favorable pour en restaurer un peu.
J’ai entendu dire que beaucoup de gens ont essayé de montrer que la Maçonnerie dérive uniquement des Guildes Opératives du Moyen-Age ; bien que certains, remontant plus loin dans le temps, aient rattaché ces Guildes aux Collegia romaines. Mais quiconque est un tant soit peu familier avec les anciens Mystères verra immédiatement que c’est faux ; car vous avez certaines cérémonies qui ne peuvent avoir aucun lien avec la simple Maçonnerie Opérative, mais qui ont un rapport réel avec les enseignements intérieurs des Mystères. Les s…..s que vous prenez, les k…..s mêmes que vous utilisez, ont tous une signification occulte réelle qui ne peut être reliée aux secrets des Maçons Opératifs.
Il est cependant indubitable que la Maçonnerie Spéculative a été volontairement confondue avec la Maçonnerie Opérative. Nous avons demandé des précisions à ce sujet et le Maître nous a répondu que c’était à l’arrière-plan qu’ils en étaient responsables et qu’ils avaient délibérément organisé cette confusion, car l’Église était devenue très méfiante à l’égard des Sociétés Secrètes, les réprimant avec une grande vigueur. Elle ne persécutait cependant pas les Maçons Opératifs, qu’elle considérait comme un groupe d’hommes gardant sagement les secrets de leur métier ; les Maîtres confondaient donc intentionnellement la Maçonnerie Symbolique avec la Maçonnerie Opérative. L’effort pour préserver la première fut donc couronné de succès, et ils adoptèrent autant qu’ils le purent de la terminologie des Maçons Opératifs, et leur confièrent certains de leurs secrets ; ils les comprenaient peu, mais ils en pratiquaient fidèlement les formes sans comprendre plus de la moitié de ce qu’ils voulaient dire.
Les Hébreux sont responsables d’une grande partie de la terminologie maçonnique actuelle. Moïse avait appris la sagesse de l’Egypte, mais plus tard ils ont essayé de l’adapter à leur propre histoire, et ont attribué son origine à leur grand héros national, le roi Salomon. Ils lui ont donné une forme qu’ils pouvaient relier à la construction de son Temple plutôt qu’à l’érection de la grande Pyramide ; et naturellement cette forme pouvait être plus facilement confondue avec la maçonnerie opérative que le cadre philosophique égyptien. C’est pourquoi leur forme et leur légende ont été adoptées de préférence à celles de l’Egypte ou de la Chaldée ; c’est pourquoi nous pleurons encore la mort de HA au lieu de la descente d’Osiris dans la matière ; c’est pourquoi certains s……s sont censés nous rappeler certains p……s, alors qu’en réalité les p…..s ont été inventés beaucoup plus tard pour expliquer les s……s, qui se réfèrent en réalité à divers centres du corps humain.
Plusieurs points ressortent de cette connaissance. Il est remarquable que les cérémonies maçonniques, que l’on a longtemps considérées comme contraires à la religion reçue du pays, sont en réalité des cérémonies religieuses, bien qu’elles appartiennent à une religion beaucoup plus ancienne et plus philosophique. Comme tout produit de ces systèmes anciens et perfectionnés, ces rites sont pleins de sens – ou devrais-je plutôt dire de sens, car en Égypte nous leur attribuions une quadruple signification. Puisque chaque détail est ainsi plein d’importance, il est évident qu’aucun détail ne doit jamais être modifié sans le plus grand soin, et seulement alors par ceux qui en connaissent pleinement l’intention, afin que la symbolique de l’ensemble ne soit pas altérée.
Heureusement, nos ancêtres ont reconnu l’importance de transmettre le travail sans le modifier, ce qui fait que, d’après ma propre expérience d’il y a six mille ans, je peux suivre votre rituel assez précisément, même si le langage est différent. Quelques points ont été supprimés au cours de ce laps de temps considérable, quelques autres ont été légèrement modifiés ; mais ils sont merveilleusement peu nombreux. Vos devoirs sont devenus beaucoup plus longs, et je remarque que les non-officiels participent beaucoup moins au travail qu’auparavant. Autrefois, ils chantaient constamment de courts versets de louange ou d’exhortation, et chacun d’eux comprenait qu’il occupait une position définie – qu’il était un rouage nécessaire dans la grande machine.