Approche comparative et symbolique des 33 degrés comme système axial de transmutation
Et si la hiérarchie des 33 degrés du REAA, souvent perçue comme une construction pyramidale, était en réalité l’image d’un axe vivant — un itinéraire de transmutation spirituelle, culminant non dans le pouvoir, mais dans le silence du Principe ?
La structure hiérarchique du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) est à la fois un objet d’admiration, de critique et de malentendus. Certains y voient une codification lourde et administrative ; d’autres un escalier symbolique vers une lumière plus haute. Mais rares sont ceux qui y reconnaissent une véritable ontologie de l’être en voie de réintégration.
Une architecture de l’être, non du paraître
Les 33 degrés du REAA ne sont pas des titres, mais des étapes de transmutation. Loin d’un cursus honorum, il s’agit d’un déploiement du Moi vers le Soi, du centre de l’homme vers le Principe. Dans cette perspective, la hiérarchie n’est plus une organisation mais une colonne de lumière, un axis mundi traversant les trois plans de l’existence : métier, chevalerie, contemplation.
Ce triple ternaire — loges symboliques (1-3), loges de perfection/chapitres/aréopages (4-30), tribunaux/consistoires/conseil suprême (31-33) — s’articule selon une progression ascendante, mais se renverse au sommet : au 33e degré, il ne s’agit plus de monter, mais de rayonner.
« La véritable autorité est toujours impersonnelle ; elle ne s’impose pas, elle rayonne. »
Ananda K. Coomaraswamy
Trois lectures superposées
Ce travail s’est appuyé sur deux modèles complémentaires :
Taçarrûf : gestion cosmique, stratification fonctionnelle de l’ordre sacré. Les degrés expriment une correspondance entre castes spirituelles (Vaïshya, Kshatriya, Brahmane) et états de conscience.
Sulûk : cheminement mystique de l’être, fondé sur les structures du cerveau humain selon les six couches corticales décrites par Dominique Aubier. Ce modèle dévoile une spirale d’expansion, de rupture, de réintégration.
Ainsi, du grade 1 au grade 30, l’initié monte, progresse, s’épure. Mais au 30ᵉ degré surgit un seuil : la barrière infranchissable. Ce n’est plus l’effort personnel qui ouvre la voie, mais le renoncement. Le 33ᵉ degré est alors le retour au Principe.
« Plus on monte dans la lumière divine, plus on devient invisible à soi-même. »
Réginald Garrigou-Lagrange
L’état du 33ᵉ degré : une couronne vide
Au sommet du système se trouve un état d’effacement actif, à l’image de Melchisédech, prêtre sans commencement ni fin. Le Maçon devenu Souverain Grand Inspecteur Général n’a plus rien à acquérir. Il doit transmettre, non accumuler ; bénir, non juger ; disparaître, non régner.
« L’humilité parfaite n’est pas de se voir petit, mais de n’avoir plus besoin de se regarder. »
Dom André Louf
Dès lors, le 33ᵉ degré se conçoit non comme un dernier grade, mais comme le retournement de la couronne, la conversion de la verticalité en service invisible. Il n’y a plus d’ascension à accomplir, seulement un rayonnement à laisser passer.
En guise de conclusion
À l’heure où la société désacralise la hiérarchie, où l’autorité suscite rejet ou soupçon, la maçonnerie écossaise offre un modèle alternatif : non une pyramide à gravir, mais un axe à incarner. Une verticalité qui commence dans la pierre brute et s’accomplit dans le silence du sommet.
Le Maçon du 33ᵉ degré n’est pas un dépositaire de pouvoir, mais un veilleur au bord de l’invisible. Il n’a plus d’autre fonction que d’être, et d’aimer dans la justice. Son autorité est de celles qui s’évanouissent dans la lumière.
Depuis l’Antiquité, la plume est un symbole universellement associé à des valeurs profondes. Elle incarne la vérité dans l’Égypte ancienne avec Maât, l’honneur et la liberté pour les peuples amérindiens, et dans le christianisme, elle représente la pureté et la protection divine. Cette image de refuge et de guidance se retrouve notamment dans le Psaume 91:4, où Dieu « couvre de ses plumes » et offre ainsi une protection quasi maternelle.
Mais au-delà de ces connotations sacrées, la plume est aussi un instrument de communication et d’expression. À la fois canal entre le monde terrestre et spirituel dans les traditions chamaniques, elle devient également le symbole des écrivains, poètes et philosophes qui l’utilisent pour coucher leurs pensées sur le papier.
La plume et la franc-maçonnerie : un paradoxe d’expression
Bien que la plume ne soit pas un élément central des rituels maçonniques, elle incarne plusieurs valeurs propres à cette organisation : la quête de vérité, le savoir et la transmission des idées. Mais une ironie se dessine autour de cette liberté d’expression théorique.
Bien que la plume ne soit pas un élément central des rituels maçonniques, elle incarne plusieurs valeurs propres à cette organisation : la quête de vérité, le savoir et la transmission des idées. Mais une ironie se dessine autour de cette liberté d’expression théorique.
La plume du sage, le silence des loges La franc-maçonnerie prône la réflexion et l’élévation intellectuelle, mais en même temps elle cultive le secret et la discrétion. Si la plume représente la connaissance, elle semble bien silencieuse dans un espace où le non-dit prime.
Promesse d’ouverture vs réalité de la censure Les valeurs maçonniques célèbrent le dialogue et l’émancipation de la pensée. Pourtant, les membres doivent parfois s’adapter à une forme de conformité implicite. Écrire librement devient un exercice délicat lorsque l’encre est parfois indissociable de l’autocensure.
Les rituels écrits, mais interdits à la lecture Parmi les plus grandes ironies, on trouve le paradoxe des textes maçonniques : soigneusement rédigés, mais jalousement protégés. Un effort littéraire déployé pour produire des documents que seuls quelques initiés auront le privilège de parcourir.
Le pouvoir des mots dans un monde de gestes Dans la franc-maçonnerie, les gestes symboliques et les rites muets ont souvent plus d’importance que les discours écrits. Dans ce cadre, la plume perd de son éclat face aux actions silencieuses, soulevant la question : que vaut la parole dans un monde où tout se comprend sans mots ?
La plume comme instrument de contrôle Bien que vue comme un symbole de liberté, la plume peut aussi être un outil de pouvoir. Certains écrits maçonniques orientent le discours et limitent la diversité des opinions, renforçant ainsi une forme d’exclusivité élitiste sous couvert de démocratie et d’égalité.
Le secrétaire et l’orateur : deux figures de l’écriture invisible
Le secrétaire : écrivain du mystère
Au cœur de cette mécanique, on trouve le secrétaire, véritable incarnation vivante du paradoxe de la plume. Son rôle est fondamental, mais souvent discret, tel un écrivain de l’ombre.
Auteur de manuscrits invisibles : Ses écrits doivent être précis et réfléchis, mais au final, peu nombreux seront ceux qui les liront.
Un chroniqueur sans lecteurs : Il documente les réunions, prend des notes cruciales… mais ces documents sont souvent consultés par un cercle restreint. Il pourrait aussi bien écrire dans le vide.
Le paradoxe du mot enchaîné : Ce qui est rédigé ne sera pas forcément partagé, et ce qui est partagé ne reflète pas toujours la totalité des échanges.
L’humour d’un rôle sérieux : Et si le secrétaire troquait parfois sa plume pour une plume d’oie, histoire de chatouiller ceux qui prennent les choses trop au sérieux ?
L’orateur : une plume sans plume, mais un écrivain sans papier
Si le secrétaire grave les mots dans les archives, l’orateur les sculpte dans l’air, composant une œuvre dont la seule trace est l’écho de sa voix.
Un écrivain sans brouillon : Contrairement au secrétaire qui peut réécrire, l’orateur doit être impeccable dès la première prise de parole. Sa plume est un acte instantané, sans filet ni retouche.
Le drame des discours éphémères : Il soigne son texte, cherche les mots les plus élégants, mais au final, son audience retiendra surtout la qualité de l’agape.
L’illusion de la liberté d’expression : Il semble libre de parler, mais entre les impératifs traditionnels et les attentes implicites, il jongle plus avec les non-dits qu’avec les vérités.
Un grand auteur… sans lecteurs : Son discours est magnifique, vibrant d’intelligence… mais personne ne le relira jamais. Il est un dramaturge qui ne laisse aucune trace matérielle.
L’homme qui écrit dans l’air : Si le secrétaire possède une plume, l’orateur, lui, écrit directement dans le vent. Son art réside dans l’instant, et peut-être que c’est là la plus grande liberté : celle de ne jamais être enfermé dans l’encre et le papier.
Icare et Dédale, par Charles Paul Landon (1799) au musée des beaux-arts et de la dentelle.
La plume d’Icare et la plume d’Hermès : sagesse ou farce ?
L’histoire d’Icare nous rappelle que la quête du savoir et de l’élévation est précieuse, mais l’excès peut être fatal. Peut-être pourrait-on voir en lui le secrétaire trop audacieux, écrivant des vérités qui ne devraient pas être couchées sur le papier… ou l’orateur trop passionné, s’emportant dans des discours flamboyants sans penser aux conséquences.
Quant à Hermès, dieu des messagers et des voleurs, il serait un secrétaire rédigeant des textes énigmatiques ou un orateur captivant son auditoire sans jamais tout dévoiler. Sa plume est celle du mystère, celle qui écrit sans jamais être totalement comprise.
Conclusion :
Ainsi, la plume, censée incarner la liberté d’expression et la sagesse, se retrouve dans un paradoxe maçonnique où elle oscille entre un symbole d’ouverture et un instrument de contrôle. Et au centre de ce paradoxe, le secrétaire, écrivain du mystère, l’orateur, poète sans traces, Icare, rêveur trop ambitieux, et Hermès, maître du double sens… Quatre figures fascinantes, unies par une même mission : écrire sans toujours être lus, dire sans jamais totalement être entendus… et pourtant, influencer bien plus qu’on ne le pense.
Mais au fond… ne serait-ce pas là une farce symbolique de la plume elle-même ? Elle nous promet la vérité, mais ne livre que des fragments. Elle semble offrir la liberté, mais pose des limites. Elle donne du pouvoir, mais jamais sans ironie. Et peut-être que dans cette danse entre écriture, parole et silence, c’est la plume qui mène réellement le jeu, laissant chacun croire qu’il en est le maître… alors qu’il n’en est que le serviteur.
P.S. : Considérez, mes frères et sœurs, cette plume, humble mais puissante, comme un symbole dans notre quête de vérité. Chaque fois qu’elle s’égare sur la page, elle prononce à voix basse : « Que ce qui est écrit soit toujours sous l’œil vigilant du Grand Architecte de l’Univers ! » Et dans son élan créatif, elle murmure à l’encre : « Que chaque mot soit sculpté avec soin, comme une pierre taillée, car même les lettres doivent se conformer à l’harmonie des angles et des lignes. » Ainsi, lorsque vous la saisissez, rappelez-vous : chaque phrase est un acte de fraternité, et chaque essor de l’encre, un hommage à nos rituels sacrés. Que l’écriture soit la lumière guidant nos pensées, comme les étoiles dans le ciel nocturne des Initiés !
Le cerveau humain a parcouru une merveilleuse trajectoire évolutive, mais a pour cela posé beaucoup d’exigences. Notre cerveau est tyrannique, ce n’est pas moi qui le dis, mais le paléoanthropologue et auteur d’essais Jean-Jacques Hublin.
A notre époque contemporaine, nous disposons de l’organe qui fait la différence avec tout le reste du vivant, y compris les singes supérieurs. Même ces derniers ont des ratios cerveau/corps qui les placent plus près des autres animaux que de nous. Bref, superbe outil que ce cerveau de Sapiens, mais très énergivore. La nécessité de satisfaire ses besoins sera structurante pour la création de la « Niche Humaine », telle que l’appelle Hublin.
Niche humaine à construire, cela rappelle la construction du Temple maçonnique, non ?
La recherche de ressources exigées par le cerveau a eu plein d’impacts sur l’évolution. Il convient d’observer que l’évolution du rapport cerveau/corps n’est pas linéaire : les Néandertaliens avaient un ratio supérieur. Si finalement Sapiens a emporté la mise, c’est entre autres parce que son ratio était plus efficace, dans leur environnement bien entendu.
Une première réduction de la taille du cerveau s’est produite lors de l’adoption de la locomotion sur deux jambes ( homo erectus ). Cela a optimisé les déplacements dans les savanes, permettant ainsi la chasse aux herbivores « à l’endurance ». Et nous voilà au néolithique, son agriculture, ses villes, leur structure hiérarchisée et inégalitaire. Division des tâches, spécialisation…tiens on n’a plus besoin de « tout savoir » pour survivre, donc on peut laisser un peu « maigrir » le contenu de la boîte crânienne . Avec Wikipedia on a continué sur cette pente, et avec l’IA je ne vous en parle même pas. L’humain cherche depuis toujours à atteindre ses objectifs avec une dépense énergétique minimum, c’est cohérent avec les besoins biologiques du cerveau. Donc, soyons prévenus, la capacité et la motivation à faire de belles planches, il va falloir les pousser.
Et, sans vouloir verser dans le catastrophisme :
toute compétence déléguée à une machine crée la dépendance correspondante.
Mais revenons à nos aurochs. Les scientifiques ont observé que la réduction progressive de la taille de notre cervelle s’est accélérée sur la période -5000/-3000 ans . Cela fait donc un soupçon de corrélation avec la complexification de l’organisation sociale . La complexité sociale est traitée par une intelligence collective, laquelle fait baisser le besoin au niveau de l’individu. Voyons comment les fourmis arrivent à prendre de bonnes décisions sociales alors qu’individuellement elles sont peu équipées. Même tableau, en plus dystopique, dans « la Proie » de Michael Crichton, avec des drones militaires devenus incontrôlables volant en meute. Il l’a rêvé, nous y sommes. Complexité sociale, hiérarchies et suiveurs, wait…nos grands maîtres nous permettront-ils d’arrêter de toujours réfléchir et de devenir bêtes ?? La cordonnite rend elle idiot ? Ne nous prononçons point.
Alors, comment avons-nous construit notre Niche Humaine ?
Notons d’abord que chaque changement implique des coûts, énergétiques entre autres. A la sortie des sauts génétiques, il y aura des perdants, et des gagnants dont on dira qu’ils sont des « succès reproductifs ». Le premier niveau de la niche concerne l’adaptation à l’environnement. C’est l’évolution qui fait le job ? Oui mais pas que : cela peut se faire aussi en adaptant l’environnement à soi. Plein d’animaux pratiquent couramment ces actions : par exemple le castor, qui avec ses barrages exerce une profonde influence sur les écosystèmes de rivière. L’humain a bouleversé quasiment tous les écosystèmes sur terre, même les jungles que l’on croit primitives.
L’action gagne en efficacité dès l’usage d’outils. Les outils de pierre ont permis de récupérer la précieuse moelle osseuse des proies de nos ancêtres, puis de hacher les viandes afin de simplifier leur mastication. Idem pour la cuisson. Ces évolutions sont des économies, soit de dépense d’énergie quotidienne, soit sur la structure du corps. Les mastications plus faciles réduisent le besoin d’une mâchoire et des muscles associés surpuissants.
Du coup, l’humain peut se permettre de naître avec un cerveau encore loin d’être mature. Ceci réduit les difficultés de la naissance, avec ce petit bassin des mères du fait de notre bipédie. Mais cela impose, après la naissance, qu’un réseau plus grand que père et mère participe à la protection de l’enfant . Les alloparents ( grands-parents et autres membres du clan ) aideront , mais aussi transmettront.
L’enfance est très longue chez l’humain, à cause du cerveau à finir.
On voit donc que la niche humaine a une composante neurale qui impose le rythme. Une composante plus longue est la niche technique. Les outils se sont améliorés au cours des âges, et là le cerveau humain a permis des progrès impossibles chez les animaux . Les outils sont devenus des prolongements du corps, décuplant la force, repoussant les limites de la fatigue. Ils ont aussi permis l’action à distance ( armes de tir ) . Une troisième classe d’outils caractérise le côté cognitif de la niche humaine : c’est ce qui peut être transmis à distance ou à travers le temps. J’ai nommé : les rituels, images, symboles .
Au final, c’est notre cerveau qui a le plus évolué ces 300 000 dernières années.
Pour cela, il a fallu développer et complexifier le langage. Vous avez dit : « tradition orale » ? De là découlent mémoire, planification, pensée abstraite ( valeurs républicaines et démocratie ? ), mise en réseau ( vous êtes de quelle région ou province ? ) . On observe aussi l’élargissement progressif du cercle de l’empathie. On aime son prochain, plus petit à petit son lointain.
Le débat continue autour des mérites respectifs de l’empathie altruiste et de l’individualisme. La franc-maçonnerie n’a pas tranché et utilise conjointement les deux voies. C’est conforme à la pyramide de Maslow. Le socle collectif d’entraide est indispensable et procure de nombreuses satisfactions, la liberté au sommet permet de se réaliser pleinement
Néanmoins, les sociétés subissent le phénomène de différentiation culturelle.
La meilleure preuve est que l’on pratique 7000 langues sur terre. La racine du problème est que les signaux culturels, a priori porteurs de sens, se muent parfois en simples marqueurs d’identité. La culture permet de souder un groupe, mais parfois contre les autres groupes. Et on se retrouve à se focaliser surtout sur les différences. En franc-maçonnerie, on résiste un peu en ressassant qu’il s’agit de rassembler ce qui est épars. Soyons honnêtes, l’universalisme n’est pas encore pour demain.
Les religions sont une astucieuse combinaison d’éléments factuels et une portion d’éléments disons surprenants . Cette combinaison, souvent un narratif attirant, est aisément mémorisable donc facilement transmissible ; les symboles jouent comme renforçateurs de la cohésion du groupe. Cela nous rappelle bien des choses.
Deux dernières capacités fascinantes de notre cerveau .
La première est la détection des intentions, notamment en observant les yeux de son interlocuteur. Notons en passant que les yeux allongés de l’humain facilitent cette détection . Cette faculté est déjà présente, à divers degrés, chez les mammifères supérieurs. Tout ceci n’empêche pas nos congénères de faire des procès d’intention, souvent basés sur rien d’autre que leur propres préjugés.
La seconde se nomme « théorie de l’esprit ». C’est l’aptitude à attribuer des états mentaux inobservables, à soi mais surtout aux autres. D’une certaine manière, on « entre » dans la tête de l’autre, ce qui permet d’éprouver ses sentiments ( sauf erreur ). Cette capacité joue un rôle capital dans l’empathie, la communication, l’esprit d’équipe, la compétition, etc. Elle se développe dès l’enfance . Sans elle, nous ne serions pas ce que nous sommes.
J’espère que l’étroitesse du parallèle de l’élaboration de la niche humaine avec la construction de notre temple personnel et collectif vous a impressionnés autant que moi. Soyez fiers et dignes de votre humanité !
Dans les salles voûtées des loges maçonniques, où les murmures des siècles se mêlent aux reflets des symboles, une confusion persiste souvent entre deux notions fondamentales : le symbole et le signe. Certains les considèrent comme des synonymes, une erreur que cette réflexion se propose de dissiper. Bien que complémentaires dans certains contextes, ces deux concepts remplissent des fonctions distinctes, enracinées dans des origines étymologiques et des intentions différentes.
Cette exploration, audacieuse mais mesurée, comme une bourrasque printanière, vise à éclaircir ces distinctions, tout en invitant les esprits plus éclairés à enrichir ce travail. Si, par inadvertance, je devais décevoir certains d’entre vous, je vous présente d’ores et déjà mes excuses les plus sincères. Plongeons dans cette quête initiatique pour mieux comprendre la voie maçonnique.
I. Le Signe : Un Guide Profane et Fonctionnel
Définition et Origine
Le signe, dans son essence, est un indicateur extérieur, un outil destiné à guider, à transmettre une information claire et pragmatique. Son étymologie, puisée dans les racines indo-européennes liées au verbe « suivre », souligne cette fonction directrice. Les chiffres, les lettres, les panneaux de circulation, les devises – tous relèvent de cette catégorie. Ils nous orientent vers une destination, un sens, sans porter en eux une profondeur métaphysique.
Certains pourraient objecter : « Et les nombres 3, 5, 7 dans nos rituels ? Ne sont-ils pas des chiffres ? » Ma réponse est catégorique : non, ce ne sont pas de simples signes, mais des nombres symboliques, enveloppés de mystère selon nos traditions. Ces nombres transcendent leur fonction indicative pour évoquer des réalités spirituelles, une nuance que nous explorerons plus loin.
Limites du Signe
Main sur la Bible lors du serment
Même lorsqu’ils pointent vers un lieu sacré, les signes restent ancrés dans le profane. Prenons des exemples concrets : les mots de semestre en maçonnerie, le serment prononcé au tribunal avec le « Je le jure », ou encore les gestes rituels – ces éléments portent une signification sacrée, mais ne recèlent pas d’essence propre. Ils servent de substituts verbaux ou visuels, dépourvus de conscience spirituelle. Pour illustrer cette idée, je me permets de rappeler une planche antérieure où j’avais évoqué les gâteaux « Petit Lu ». Avec leurs 4 oreilles (comme les 4 saisons), 52 dents (comme les 52 semaines) et 12 trous (comme les 12 mois), ces motifs pourraient sembler symboliques. Pourtant, ils restent des signes, car ils ne sont pas habités par une valeur ou une essence spirituelle. Si, par une volonté collective, tous les temples maçonniques remplaçaient demain le Delta rayonnant par ce biscuit, il deviendrait symbole – non par sa nature intrinsèque, mais par l’intention spirituelle qui l’animerait.
II. Le Symbole : Un Pont vers l’Unité
Une Définition Historique et Spirituelle
Passons maintenant au symbole, cœur battant de la maçonnerie. Issu du grec ancien sumbolon (« mettre ensemble », « joindre », « comparer »), ce terme renvoie à une pratique antique : deux contractants brisaient une poterie en deux morceaux, conservant chacun une partie comme preuve de leur entente. Lors d’une rencontre ultérieure, l’emboîtement parfait des fragments scellait leur volonté commune. Le symbole, ainsi, est un outil de réunion, un appel à « rassembler ce qui est épars », un travail d’unité autour d’un centre.
À l’opposé, la division trouve son expression dans le mot « diable » (diabolos), qui sépare, désunit. Les religions, cherchant à consolider leur pouvoir, ont souvent remplacé le symbole par l’image de Dieu, posant le diable – puis Lucifer, l’ange déchu et porteur de lumière – comme son antagoniste. En maçonnerie, cette dualité se manifeste dans la tension entre Lumière et Ténèbres. Imaginons un point central entouré de 360 points : la Lumière est unique, les Ténèbres multiples. Même en superposant trois cercles de 1080 points, le centre reste un, indivisible. Entre ce centre et la périphérie s’affrontent deux forces : le diabolos qui divise, et le sumbolon qui unit, oscillant comme les deux faces d’une pièce en rotation.
Le Travail Maçonnique : Trouver l’Équilibre
Thich Nhat Hanh
La maçonnerie, outil neutre et objectif, invite à transcender cette dualité sans s’y opposer ni se comparer. Elle guide vers le centre, l’harmonie, au-delà des trois complexes identifiés par Thich Nhat Hanh : supériorité, infériorité, et – trop fréquent en loge – égalité. Le chemin vers l’unité est solitaire, un « Pas Sage » effectué dans le vide central, qu’il faut apprendre à aimer. Comme le soulignait Oscar Wilde : « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. »
En loge, cette quête commence avec l’Apprenti au Septentrion, mot latin signifiant « les 7 bœufs de labour ». Il doit labourer sa terre intérieure, un processus alchimique de solve et coagula – dissolution et coagulation –, semblable à la mort du grain de blé pour sa renaissance. Face à lui, le Midi réunit, car à midi, l’ombre portée est minimale, symbolisant la verticalité et l’unité solaire, ce point central tant recherché.
Une Danse Symbolique en Loge
Observons le Frère ou la Sœur Maître des Cérémonies, armé(e) d’une canne, ouvrant la voie avec une énergie féminine, attirant comme la Lune. Derrière, le Frère ou la Sœur Expert, avec son épée, pousse avec une force masculine, comme le Soleil. Le maçon, lien central, doit se tenir entre ces deux polarités, en rectitude, aligné comme le fil à plomb du V.I.T.R.I.O.L. Chez les Égyptiens, le pharaon incarnait cette unité en croisant les bras : dans sa main gauche, le sceptre Heka (crochet, féminin, recevant), dans sa droite, le fouet flagellum (masculin, donnant). Lors de la chaîne d’union, l’énergie dextrogyre – passant à gauche et revenant à droite – célèbre ce mariage des opposés, une alchimie des contraires.
III. L’Égrégore : Un Réveil Intérieur, Pas une Fusion Collective
Carl Gustav Jung
La loge baigne dans ces énergies symboliques, où rien n’est neutre. Nous y venons pour nous initier – commencer le chemin intérieur – et, avec persévérance, atteindre l’égrégore. Ce terme, souvent mal compris comme un esprit collectif à la Jung, est une erreur. Issu du grec egrègoraô (« faire lever », « éveiller »), l’égrégore désigne un réveil personnel, un alignement vertical, non une réunion rassurante. La maçonnerie n’est ni un sport d’équipe, ni une thérapie pour panser les blessures de l’âme, ni un centre de formation idéologique. Contrairement au coaching – héritier des cochers guidant des coches –, elle est une voie solitaire où la fraternité soutient, sans accompagner. Le centre n’accueille qu’une seule place.
IV. Une Réflexion sur la Pratique Maçonnique
Les Pièges de l’Intellectualisme
J’invite maintenant vos lumières : comment une franc-maçonnerie axée sur des débats intellectuels – laïcité, fin de vie, OGM avec des intervenants parfois superficiels – pourrait-elle mener à l’unité et à l’éveil ? Ces discussions, si distrayantes soient-elles, encouragent la division, le diabolos, loin de la sagesse maçonnique. Une tenue peut s’achever sur un consensus après deux heures de négociation, mais le mois suivant, un nouveau thème relance la discorde. Où est l’harmonie dans cette gymnastique mentale ?
Une Diversité à Préserver
Je n’impose pas une maçonnerie symboliste aux 160 000 maçonnes et maçons de France. Beaucoup démissionneraient par incompatibilité, et tous ne sont pas prêts à en saisir les arcanes, exigeant patience et travail. Dans une société avide de vitesse, beaucoup préfèrent le superficiel, courant après les grades ou les plateaux comme d’autres chassent l’argent – un veau d’or moderne. Chacun doit pratiquer selon sa capacité, mais gare à ce que la médiocrité ne ternisse pas l’Art Royal, évitant ainsi le sort de certaines églises vidées de leur symbolisme, réduites à des dogmes nostalgiques.
Une Transmission Exemplaire
Que les Maîtres, nourris de symbolisme, transmettent par leur exemplarité le sens profond de notre pratique. Ainsi, chaque Frère ou Sœur pourra un jour déclarer : « Chaque matin, je sens cet alignement en moi, me reliant aux trois règnes – minéral, végétal, animal – et à mon essence. » Alors, oui, le maçon travaillera à l’amélioration de l’humanité, libre, ambassadeur de l’univers, unissant pieds sur terre, tête dans les étoiles, et mains dans une chaîne d’union universelle.
Dans l’enceinte sacrée d’une loge, où les murmures des siècles résonnent sous la voûte étoilée, j’ai choisi d’aborder un sujet aussi rare qu’inhabituel en franc-maçonnerie : le serment. Ce thème, peu souvent exploré dans nos travaux, demande une approche prudente, compte tenu du temps limité dont nous disposons. Pourtant, je m’autoriserai quelques audaces, une bourrasque printanière en somme, avec l’espoir que des esprits plus éclairés que le mien apporteront leurs lumières pour enrichir cette réflexion.
Si, par inadvertance, je venais à décevoir certains d’entre vous, je vous présente par avance mes excuses les plus sincères. Ce voyage initiatique, à travers l’historique, la définition et la spécificité du serment maçonnique, vise à éclairer son rôle d’outil de liberté, de fidélité à la tradition et d’engagement librement consenti.
I. Comprendre le Serment : Définition et Enracinement Historique
Qu’est-ce qu’un Serment ?
Le Serment (Dionysos Tsokos, 1849) illustre une cérémonie d’initiation : le pope semble être Grigórios Phléssas, le combattant Theódoros Kolokotrónis.
Le mot « serment » tire ses racines du latin sacramentum, signifiant « sacré ». Le sacré, par essence, inspire un respect profond, une vénération, et revêt un caractère inviolable. Un serment est ainsi une affirmation solennelle, un jurement, une promesse prononcée en invoquant une entité ou un objet sacré – qu’il s’agisse d’une divinité, d’un symbole moral ou d’un gage de bonne foi. Prononcé en public, il devient un témoignage de sincérité et de fidélité envers ceux qui le reçoivent, un engagement irrévocable.
Universel à travers les âges et les civilisations, le serment se structure généralement en trois parties distinctes :
L’invocation (invocare, appeler à l’aide), une prière adressée à une divinité ou une puissance garante.
La promesse (promissa, ce que l’on s’engage à faire), cœur de l’engagement.
L’imprécation (imprecatio, souhait de malheur), qui énonce les sanctions encourues en cas de parjure.
Cette triade, vieille comme le droit lui-même, repose sur un principe juridique ancestral : nul engagement n’a de force sans sanction. Dès l’Antiquité, les châtiments imaginés étaient aussi variés que cruels – Charlemagne ordonnait la mutilation de la main, tandis que les rituels maçonniques évoquaient des supplices comme la gorge tranchée ou la langue arrachée, symboles d’une rupture morale et spirituelle.
Un Pilier de Confiance à Travers l’Histoire
2 mains posées sur le Bible pour le serment
Depuis la nuit des temps, les sociétés humaines, comme les individus, ont eu besoin de confiance pour s’organiser, entreprendre et préserver leurs acquis – sociaux, culturels, religieux ou initiatiques. Cette confiance, moteur de notre distinction du monde animal, s’est souvent cristallisée autour du serment. Quelques exemples illustrent cette universalité :
Au Moyen Âge, un marché se concluait par une poignée de main sur le champ de foire, avec l’adage « cochon qui s’en dédit ».
Dans le système féodal, le vassal prêtait allégeance au suzerain, la félonie étant la pire des trahisons.
En 1789, les révolutionnaires du serment du Jeu de Paume affirmèrent leur détermination face au marquis de Dreux-Brézé : « Dites à votre Maître, nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes. »
Le citoyen témoigne sous serment de dire « la vérité, toute la vérité », sous peine de faux témoignage.
Le serment d’Hippocrate guide les médecins, tandis qu’aux États-Unis, les immigrants prêtent serment sur la Bible et le drapeau.
Dans les sociétés primitives, le pacte de sang scellait une fraternité indéfectible, et même le Christ, dans l’humilité, offrit son sang comme symbole ultime.
Les chevaliers, par l’adoubement, juraient fidélité à leur ordre.
Pour arracher un sourire fraternel, évoquons aussi le serment de l’ivrogne ou du joueur, aussi légers que des vapeurs d’alcool, ou encore les serments d’amour, souvent aussi éphémères qu’un souffle. Ces exemples, qu’ils soient graves ou ludiques, soulignent un objectif commun : garantir une déclaration sur un fait passé, une promesse pour l’avenir. Le serment maçonnique, avec son caractère promissoire, s’inscrit dans cette lignée, mais avec une spécificité qui le distingue.
II. Le Serment Maçonnique : Un Acte de Transformation
Un Moment Clé de l’Initiation
Le serment maçonnique occupe une place centrale, pour ne pas dire primordiale, dans la cérémonie d’initiation. Il provoque un bouleversement mental, des modifications cognitives et des évocations d’états d’être inédits. Solennel par sa dénomination, il se déploie en plusieurs étapes entrelacées, marquant un passage irréversible.
Les Étapes du Serment
Le Cabinet de Réflexion : Avant même la cérémonie, l’impétrant rédige un testament philosophique, incluant un engagement écrit envers l’Ordre, signé en pleine conscience – comme le rappelait Corneille, « quiconque écrit s’engage ».
Les Avertissements Progressifs : Le Vénérable Maître, depuis sa chaire, interroge à plusieurs reprises l’impétrant, le prévenant des étapes à venir et des engagements croissants, jusqu’à l’avertissement final : au-delà, il ne pourra plus se rétracter.
La Coupe d’Amertume : Une libation symbolique, empreinte de remords, scelle un nouvel engagement.
Les Épreuves : À travers les épreuves de l’air, de l’eau et du feu, l’impétrant réitère son acceptation.
Le Serment Solennel : Agenouillé à l’autel des serments, les yeux bandés, il prononce : « Moi …, de ma propre et libre volonté, en présence du GADLU et de cette respectable loge de Francs-Maçons, je jure et promets solennellement et sincèrement de ne jamais révéler aucun des mystères de la Franc-Maçonnerie qui vont m’être confiés et de ne m’entretenir qu’avec de bons et légitimes maçons ou dans une loge régulièrement constituée. Je promets d’aimer mes FF:., de les secourir, de leur venir en aide en toute circonstance. Aussi, je préfèrerais avoir la gorge coupée et la langue arrachée plutôt que de manquer à mon serment et d’être rejeté comme parjure. »
Une Gestuelle Chargée de Symboles
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment
Ce serment, prononcé à l’autel des serments – au pluriel, en prévision des degrés futurs –, s’accompagne d’une gestuelle unique. L’impétrant, en pantoufles, agenouillé sur une jambe formant une équerre, pose la main droite sur le Volume de la Loi Sacrée et tient le compas, branches ouvertes à 90°, une pointe sur le cœur, l’autre vers le ciel. Ce geste unit matière et esprit, invoquant le GADLU comme créateur sacré. Le compas devient une antenne, offrant l’âme pour recevoir la lumière qui forge un homme nouveau. Dante, évoquant la Divinité, écrivait : « Celui qui par son compas marque les limites du monde et règle dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché. » Cette appartenance, paradoxalement, se vit comme « une liberté perdue pour une liberté éternelle ».
Le bandeau retiré, l’impétrant découvre les épées pointées vers lui et le parjure, allongé sur un drap noir, tête vers l’occident, sans gants ni tablier, un linge sanglant sur le cœur. Cette image, rare dans les serments profanes, symbolise la mort spirituelle du traître, dont le cœur est « soudé » au GADLU par l’initiation. Un proverbe berbère éclaire cette démarche : « Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. » Le combat hors du temple, pour rester digne de cet engagement « en toute circonstance », devient alors une quête quotidienne.
Les Imprécations : Symbole ou Réalité ?
Les imprécations – gorge tranchée, langue arrachée – intriguent. Aucun apprenti ne croit réellement à leur application littérale aujourd’hui. Mais pourquoi les avoir conservées dans le passage de l’opératif au spéculatif, alors que leur nécessité pratique a disparu ? La réponse réside dans la tradition, ce fil vivant qui relie notre passé à notre avenir. Renoncer à ces racines reviendrait à trahir notre histoire. Ces sanctions, bien que symboliques, structurent notre spiritualité : violer le serment menace notre élévation, nous transformant en nos propres bourreaux. Erasme le disait : « L’Homme ne naît pas, l’Homme il le devient. » Le serment, en révélant nos imperfections, devient un outil de liberté, un devoir de les corriger.
La pénalité de la langue arrachée, liée au signe d’ordre, vise la parole pervertie du parjure. Privé de parole, il ne peut plus donner les mots de reconnaissance ni restituer la parole sacrée, brisant son lien avec le Volume de la Loi Sacrée, où s’ouvre l’Évangile de Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. » C’est seulement après ce serment que l’impétrant, devenu néophyte, est créé, constitué et reçu franc-maçon.
III. Conclusion : Un Chemin vers la Lumière
Prêter serment est un acte rare, que beaucoup ne connaîtront jamais. J’ai tenté de montrer que, contrairement aux engagements profanes – souvent laïcisés, formels et parfois oubliés –, le serment maçonnique, pris sur les trois grandes lumières sous le regard du GADLU, marque la naissance de l’initié. C’est le premier pas vers une reconstruction métaphysique, du matériel vers le spirituel. Un sartrien pourrait dire : « Un homme est ce qu’il fait de lui-même. » Dans ce secret alchimique d’engagements, de promesses et de sanctions, méditons cette phrase de Tolstoï dans Anna Karénine :
« Si ce n’était que la raison pure, ce serait un vêtement de mousseline incapable de protéger du froid. » Que ce serment, vivace à chaque tenue, nous guide avec humilité vers une lumière toujours plus grande.
Le voyage est depuis toujours au centre de tous les imaginaires humains. S’appuyant sur les mythes, l’auteur montre en quoi le voyage est par nature » initiatique » et au c?ur de la dialectique sédentaire et nomade. Il explore les figures archétypales du voyageur, du chevalier errant, du savant cosmopolite. Il montre en quoi le voyage est une tentative de reliance avec l’altérité, ce qui relie à la fois le ici et le là-bas, ce qui unit ces pôles contradictoires que sont le foyer et l’aventure.
Ainsi le contact avec l’étrange et l’étranger, l’ambiguïté que cela induit, le poly-culturisme que la reliance sociale qui y est inhérente, ouvre à des références diverses et permet d’accéder à une plénitude que le rationalisme et le positivisme ne lui accorde pas : le voyage est une ouverture constante à un ailleurs autrement où » une présence invisible » se fait sentir.
AUTEUR
Michel Maffesoli a construit une oeuvre autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l’imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines. Directeur de la revue Sociétés, il est également secrétaire général du Centre de recherche sur l’imaginaire et membre du comité scientifique de plusieurs revues internationales, notamment Social Movement Studies, Space and Culture et Sociologia Internationalis. Michel Maffesoli a reçu le Grand Prix des Sciences humaines de l’Académie française en 1992 pour La transfiguration du politique. Il est vice-président de l’Institut international de Sociologie, fondé en 1893 par René Worms, et membre de l’Institut universitaire de France depuis septembre 2008,
Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, traduits dans une quinzaine de langues dont : – Le Grand Orient : les lumières sont éteintes – La franc-maçonnerie peut-elle réenchanter le monde ? – Apologie : Autobiographie intellectuelle
Initier, c’est commencer. Le mot vient du latin initium, qui signifie commencement, sens que l’on retrouve par exemple dans le mot français «initial». Le dictionnaire de l’Académie française donne pour le verbe initier le sens d’amorcer, engager, mettre en œuvre la phase initiale d’un processus.
L’initiation est donc un commencement.
C’est de ce sens premier, primordial, que dérive le sens particulier qui signifie, comme le précise encore le Dictionnaire « Admettre à la connaissance de mystères religieux et à la célébration du culte sacré ». Celui qui est initié entame une nouvelle phase, accède à un nouveau statut.
fete-vaudou-ife-voyages-benin
Dans de très nombreuses sociétés, l’initiation marque encore de nos jours le passage de l’irresponsabilité de l’enfance aux droits et devoirs de l’âge adulte. On connaît ainsi les rites et les épreuves, les cérémonies, qui marquent l’initiation des jeunes membres de la plupart des tribus du continent africain. Leur initiation fait d’eux des membres à part entière de la société.
Bien qu’il y ait presque toujours une part spirituelle, au cours d’un rituel fondé sur des archétypes mythiques auxquels s’associe l’évocation du divin et du sacré, l’initiation est avant tout un rite de passage profane, qui a ici une fonction d’intégration sociale.
Plus proches de nous non seulement par la géographie mais aussi par le jeu des influences philosophiques et historiques, on peut évoquer ici les initiations de l’ancienne Egypte ou de la Grèce antique.
Les Mystères d’Eleusis étaient les plus importants de ces rites. Le culte sacré se déroulait dans le secret du temple de Déméter, déesse de la fécondité et du cycle des naissances et des morts.
Tout hellène présenté par un parrain pouvait être initié, sous réserve de ne pas être souillé par un meurtre ou toute autre faute grave et notoire. On connaît l’essentiel des rituels de ces initiations, basées sur la symbolique de la mort et de la résurrection.
Surtout, bien qu’il fût possible à tout citoyen grec d’être initié à ces Mystères, ils devaient conserver leur caractère à la fois sacré et secret.
La Grèce antique pratiquait aussi les initiations tribales, ou plutôt civiques. On retrouve également des rites d’initiation parmi les artisans et bâtisseurs admis dans les Collegia fabrorum romains.
Eleusis
Comme leurs devanciers égyptiens et grecs, ils se transmettaient, selon un mode progressif, les secrets des justes dimensions et de la juste orientation des sanctuaires qu’ils érigeaient et décoraient à la gloire des dieux. Ils s’efforçaient de créer le beau et l’harmonieux en respectant les proportions, les angles, les rapports de la Nature elle-même, telle que la divinité les avait déterminés.
Ainsi ce qui était en bas était comme ce qui était en haut. Le microcosme était homothétique au macrocosme.
Quelques siècles plus tard, même si la continuité historique n’est pas parfaitement établie, les bâtisseurs des cathédrales du Moyen-âge ont sans nul doute hérité de ces connaissances sacrées. Ils ont aussi hérité de leur mode de transmission, en en conservant en particulier le caractère progressif.
La transmission se faisait sous le sceau du secret car il convenait que ces connaissances liées à l’essence même du projet divin ne soient pas divulguées à qui n’aurait pas eu qualité pour les connaître. De nombreux documents attestent que ces bâtisseurs, charpentiers, tailleurs de pierre et autres maçons appartenaient à des associations pratiquant des rituels d’initiation, respectant le secret et faisant vœu de solidarité.
Peu à peu, des membres n’appartenant pas au métier furent co-optés au sein des Loges. Clercs, érudits, membres de la noblesse des villes où s’érigeaient les cathédrales et basiliques, ils avaient à cœur de partager la Connaissance qui gouvernait la construction de l’édifice qu’ils avaient commandité. Ainsi les Loges s’enrichirent-elles de membres « acceptés« .
Dans tous les cas, l’essentiel est ce que l’on nomme le rite, c’est-à-dire un ensemble cohérent constituant un enseignement traditionnel, dispensé de manière progressive et discontinue, formant ainsi, palier après palier, un système à degrés.
La méthode initiatique telle qu’elle est par exemple pratiquée dans toutes les loges maçonniques du monde transmet ainsi graduellement à la fois le fond de l’enseignement – son contenu – et la forme traditionnelle qui véhicule cet enseignement – son contenant -.
Cette forme pluri-centenaire, pluri-millénaire même pour certains de ces composants essentiels, est constituée par les rituels correspondant à chaque degré, à chaque grade. Ainsi, le mode de transmission de la Tradition est lui-même inscrit dans la tradition, et le Rite se pérennise.
En fait, en Franc-Maçonnerie les trois premiers, Apprenti, Compagnon et Maître, tirent leur origine de la tradition initiatique du Métier. Les trente degrés suivants, qui permettent la poursuite du cheminement initiatique au Rite Ecossais Ancien et Accepté, ,sont placés sous la direction d’un Suprême Conseil et empruntent davantage aux traditions spirituelles de l’Orient et de l’Occident, et à la tradition chevaleresque.
Quel que soit le degré qu’il est atteint dans son cheminement, le Franc-maçon progresse selon une démarche initiatique qui est une quête spirituelle lui ouvrant, progressivement, la voie vers la Connaissance.
De quelle connaissance s’agit-il ici ?
De la connaissance de soi et du rapport du soi aux autres et au monde, d’une compréhension, d’une perception à la fois intime et profonde, d’une conscience.
C’est aussi la conscience de l’ordre universel, de l’unité de la Création, du caractère absolu du Un – Tout fondamental que les Francs-maçons appellent la Vérité. C’est la Lumière vers laquelle ils s’efforcent de progresser et qui éclaire leur chemin.
Chaque initiation est un passage, l’ouverture à un nouvel espace de la conscience, de la pensée et de l’action.
Mircea Eliade
Mircea Eliade a pu écrire que philosophiquement, l’initiation équivaut à une modification ontologique du régime existentiel. « Ontologique » signifie « essentielle », « fondamentale » : la modification ontologique qu’évoque Mircea Eliade correspond à une transformation de l’être même dans sa façon de voir, de penser et d’agir le monde.
Ce qui est une manière de dire qu’il y a un avant et un après, que l’initiation est bien un passage, un tournant, une mutation. Elle est une mort à l’état antérieur, immédiatement suivie d’une renaissance à un état nouveau. Chaque initiation transforme celui qui la vit.
Le Grand Architecte de l’Univers à la Gloire duquel travaillent les loges traditionelles est confondu avec Dieu pour les uns, considéré comme un principe métaphysique placé hors du champ des religions pour d’autres, ou encore assimilé à l’Ordre cosmique. Mais en tout état de cause, ce principe unique, universel, intemporel, dépourvu de tout caractère anthropomorphique, est créateur de l’ordre universel, organisateur d’un équilibre, d’une harmonie, qui assurent la cohésion et la cohérence de l’Univers, par-delà les désordres contingents, les agitations locales, les soubresauts et les accidents ponctuels.
C’est de cet Ordre universel que prend peu à peu conscience l’initié, en même temps que de son rôle, de sa mission.
L’initiation est ainsi au cœur même de l’éthique, c’est-à-dire relative aux conduites humaines et aux valeurs qui les fondent.
L’initié s’est un jour résolu à se mettre en chemin.
Le chemin de l’initié demeure un chemin individuel, s’il ne saurait être un chemin solitaire.
Peut-être, si l’on donne à cette expression le sens d’une démarche délibérée, volontaire, d’une détermination à se remettre en question, à aller à la recherche de soi.
En effet, la méthode initiatique va conduire le Maçon à découvrir non seulement l’importance de l’écoute de l’Autre, en invitant l’Apprenti à garder le silence, à se taire pour mieux écouter et mieux entendre, mais aussi et peut-être surtout le silence intérieur, qui loin d’être une attitude passive et inerte, permet d’être à l’écoute de l’Etre à l’intérieur de soi. Ce silence actif, cet éveil, cette écoute, conduit à l’Etre intérieur, d’où l’on peut percevoir le Tout, le Un, l’Universel. La démarche initiatique est donc une démarche de l’homme en lui-même, pour lui-même. Elle est en même temps une ouverture aux Autres, à leurs différences, à leurs particularités. Et cette progression, qui lui fait prendre conscience de lui-même, l’améliore, le transforme progressivement et transforme en même temps son rapport à l’autre, aux autres, à l’univers entier.
L’initié, étape après étape, degré après degré, va se construire et contribuer avec d’autres à construire le monde autour de lui, bâtir son temple intérieur et participer au Grand Œuvre, concourir à l’édification du temple de l’humanité, et à l’accomplissement du projet que les Francs-maçons attribuent au Grand Architecte de l’Univers.
La démarche initiatique est donc à la fois individuelle et universelle.
En pleine liberté de conscience, en pleine responsabilité, les Francs-Maçons vont travailler sur eux-mêmes, à leur propre perfectionnement en même temps qu’ils vont contribuer au perfectionnement de l’humanité. Ils œuvreront inlassablement, sans avoir besoin de bannière ni de mot d’ordre, sans espérer de récompense ni dans le présent ni dans une hypothétique vie future. Ils travailleront à créer davantage de justice et d’équité, davantage de vérité, davantage de respect de l’autre, de tolérance et d’Amour.
Ils feront vivre ces valeurs qui ne sont hélas pour beaucoup que des paroles vides de sens gravées au fronton de nos édifices publics et auxquelles nous nous vouons solennellement dans nos Loges : Liberté – Egalité – Fraternité.
Nous pouvons faire ensemble, assurément, le constat que le monde contemporain est en quête de repères, en quête de sens.
Le monde dans lequel nous vivons court le risque de perdre l’essentiel, que sont les valeurs de l’humain. Il est aussi, ce qui n’est peut-être qu’une manière de dire la même chose, en quête de spiritualité, en comprenant bien que ce principe que nous nommons Grand Architecte de l’Univers nous offre le champ infini d’une spiritualité ouverte, qui ne nous interdit ni ne nous impose aucune appartenance, aucune croyance ni aucune pratique.
Il ne s’agit pas d’arriver à un consensus, plus ou moins sincèrement partagé. Il ne s’agit pas davantage de recevoir une vérité qui aurait été conçue par quelque puissance supérieure. Au contraire, il s’agit, en faisant usage d’une méthode partagée, de donner à chacun l’occasion de progresser vers sa vérité, dans ce qu’elle a d’intime, comme dans sa vision de la vérité universelle. Une telle quête, un tel projet, un tel engagement, dont l’objet est le véritable humanisme compris comme une spiritualité universelle, n’a rien de contingent. Elle est émancipation, conquête progressive de la liberté intérieure. La voie maçonnique est aussi la voie qui permet en effet à mesure que l’initié progresse, de conquérir sa pleine liberté de conscience, sa pleine liberté de pensée.
Le Franc-maçon n’est pas asservi à une idéologie mais fondamentalement libre, pour créer davantage de liberté donc de responsabilité, et s’approcher de l’homme réalisé, en harmonie avec la Vérité éternelle et universelle. L’initiation, c’est une longue quête qui amène le Franc-maçon, par une démarche progressive, à la recherche du Bon, du Beau, du Vrai et du Juste. Nous sommes donc Maçons pour cultiver en nous et faire rayonner autour de nous des valeurs, des principes moraux susceptibles d’inspirer et de guider nos choix, nos pensées et nos actes.
La Franc-Maçonne ou le Franc-Maçon, au motif que le rituel, les décors, les appellations des Officiers ou les outils de la Loge perpétuent d’antiques traditions, ne saurait être le défenseur d’un passéisme nostalgique, d’un conservatisme poussiéreux. La Franc-Maçonne ou le Franc-Maçon doit inlassablement œuvrer au progrès de l’homme et de la société. Il doit être un homme de son temps, partager les interrogations de son époque, comme par exemple sur la pollution, l’énergie, mais aussi le respect de la différence et de la dignité de chacun. La Franc-Maçonne ou le Franc-Maçon doit être le gardien de l’éthique, le gardien des valeurs de l’humain dans tout ce que le progrès technologique peut apporter qui facilite, démultiplie, voire rend possible ce qui jusque-là semblait impossible.
il y a des principes fondamentaux dont nous avons choisi d’être, à notre place et à notre office, les défenseurs et les garants.
Les 20 et 21 septembre 2025, les Journées Européennes du Patrimoine offriront une nouvelle occasion de célébrer la richesse culturelle et architecturale de la France, sous le thème national du « patrimoine architectural ». Initiées en 1984 par le ministère de la Culture et placées sous le patronage du Conseil de l’Europe et de la Commission européenne, ces journées ouvrent chaque année des milliers de lieux exceptionnels au public.
Pour leur 42e édition, l’accent sera mis sur les savoir-faire artistiques et techniques qui façonnent nos paysages urbains et ruraux, avec une attention particulière portée au centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, berceau de l’Art déco. Parmi les temps forts, le vendredi 19 septembre sera dédié aux scolaires avec l’opération « Levez les yeux ! », en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, pour sensibiliser les jeunes à la préservation de ce patrimoine vivant.
Dans ce cadre festif, l’Ordre Maçonnique Mixte International « Le Droit Humain » invite le public à découvrir deux de ses temples parisiens, véritables joyaux architecturaux et symboles de son engagement pour l’égalité et la fraternité. Ces visites, ouvertes gratuitement de 14h00 à 18h00 les samedi 20 et dimanche 21 septembre, promettent une immersion unique dans l’histoire et la spiritualité maçonnique.
Les Lieux à Explorer : Maison Maria Deraismes et Maison Georges Martin
Maison Maria Deraismes – 9, rue Pinel, 75013 Paris
Nommée en l’honneur de Maria Deraismes, pionnière du féminisme et cofondatrice du Droit Humain en 1893, cette maison abrite un temple emblématique. Située dans le 13e arrondissement, elle témoigne de l’engagement de l’Ordre pour l’émancipation des femmes et l’universalité des valeurs maçonniques. Les visiteurs pourront admirer l’architecture intérieure, riche en symboles, et en apprendre davantage sur l’histoire de cette figure marquante, dont l’œuvre a inspiré des générations de francs-maçons et de francs-maçonnes.
Maison Georges Martin – 5, rue Jules Breton, 75013 Paris
Dédiée à Georges Martin, médecin et compagnon de Maria Deraismes, cette seconde adresse complète l’offre de découverte. Ce temple, également situé dans le 13e arrondissement, reflète l’héritage mixte du Droit Humain, où hommes et femmes travaillent ensemble depuis plus d’un siècle. Les espaces, décorés avec soin, invitent à une réflexion sur les rituels et les idéaux portés par l’Ordre, dans un cadre architectural chargé d’histoire.
Un Patrimoine Maçonnique à la Rencontre du Public
Ces deux lieux, habituellement réservés aux membres de l’Ordre, ouvriront leurs portes pour révéler au grand public leur beauté et leur signification. Les temples du Droit Humain ne sont pas de simples bâtiments : ils incarnent une philosophie d’égalité, de liberté et de progrès, inscrite dans la pierre et les symboles qui ornent leurs murs. Les visiteurs pourront profiter de cette occasion rare pour explorer des espaces empreints de mystère, accompagnés par des membres de l’Ordre prêts à partager leurs connaissances.
Cet événement s’inscrit dans l’esprit des Journées Européennes du Patrimoine, qui encouragent la découverte de lieux souvent méconnus, tout en sensibilisant à leur préservation. En mettant en lumière son patrimoine architectural, le Droit Humain contribue à enrichir le dialogue culturel et intergénérationnel, un objectif au cœur de cette manifestation nationale.
Informations Pratiques
Dates et horaires : Samedi 20 et dimanche 21 septembre 2025, de 14h00 à 18h00.
Lieux :
Maison Maria Deraismes, 9, rue Pinel, 75013 Paris.
Maison Georges Martin, 5, rue Jules Breton, 75013 Paris.
Accès : Gratuit, sans réservation préalable (sous réserve de places disponibles).
Conseil : Prévoyez une tenue confortable et arrivez à l’heure pour profiter pleinement des visites.
Que vous soyez passionné d’histoire, curieux de spiritualité ou simplement en quête d’une expérience culturelle, ces visites offrent une plongée fascinante dans le patrimoine maçonnique parisien. Ne manquez pas cette opportunité de lever les yeux sur un héritage méconnu, et laissez-vous guider par les lumières du Droit Humain lors de ce week-end patrimonial exceptionnel !
Le chemin vers les Droits de l’Homme : un rendez-vous citoyen incontournable
Le 5 juillet prochain, Marseille accueillera un événement d’exception consacré aux valeurs européennes et aux droits humains. Portée par l’Association Architecture et Patrimoine Maçonniques (AAPM), en partenariat avec les Heures Bleues et avec le soutien fraternel de la Grande Loge de France, cette matinée s’adresse à toutes celles et ceux qui souhaitent penser le monde de demain, débattre avec exigence et s’engager avec conviction pour un avenir plus juste, plus solidaire et plus fraternel.
Un programme riche en sens et en perspectives
Dès 9h30, Jean-Claude Joly, président de l’AAPM, ouvrira les portes de cette rencontre citoyenne et initiatique. À 9h45, Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la Grande Loge de France, posera les fondements symboliques et éthiques d’un colloque placé sous le signe de l’ouverture, du dialogue et de la responsabilité.
À 10h45, une table ronde animée par Clément Ledoux, Vénérable Maître de la Respectable Loge n°133 « La Justice », donnera la parole au public pour échanger, questionner et proposer ensemble des pistes d’action concrètes.
Enfin, trois jeunes intervenants viendront partager leurs expériences et réflexions autour d’un thème d’une brûlante actualité : « Droits humains en Europe : les sauvegarder, les affirmer, les vivre ».
Doctorant, Aix-Marseille University, Faculté d’économie et de gestion (FEG)Xavier Chatron-Collet (Aix-Marseille Université, FEG) interrogera la pérennité et l’effectivité des droits fondamentaux dans nos sociétés.
Xavier Chatron-Collet ouvrira la séquence des témoignages avec une réflexion fondamentale sur la place et la pérennité des droits de l’Homme dans nos sociétés européennes. Il rappellera que ces droits sont le fruit d’un long cheminement philosophique, historique et juridique, profondément ancrés dans le droit positif français et européen, mais aussi dans l’éthique collective.
Sa prise de parole interrogera la solidité de ces acquis :
Les droits de l’Homme sont-ils gravés dans le marbre, immuables et indiscutables ?
Sont-ils réellement aboutis ou demeurent-ils des idéaux à atteindre ?
Ne pourrait-on pas imaginer d’autres droits, comme un véritable droit au bonheur ?
Xavier insistera sur la nécessité de garantir l’effectivité de ces droits : il ne suffit pas qu’ils existent dans les textes, encore faut-il qu’ils soient vécus, respectés et défendus au quotidien. Il soulignera que la vigilance citoyenne et l’engagement de chacun sont indispensables pour que ces droits ne deviennent pas de simples mots, mais restent une réalité vivante et évolutive.
Apolline Presle (Sciences Po Aix) mettra en lumière le rôle essentiel de la culture et de l’art engagé dans la défense des droits humains.
Présidente du Bureau des Élèves de Sciences Po Aix-en-Provence
Apolline Presle mettra en lumière le rôle essentiel de la culture dans la défense et la promotion des droits humains en Europe. Elle montrera que la culture, loin d’être un simple divertissement, est souvent le premier rempart contre les violations des droits fondamentaux.
Son intervention s’articulera autour de deux axes :
D’une part, la culture est un miroir des abus et des oppressions : à travers l’histoire, l’art et la littérature ont dénoncé la censure, la persécution et la marginalisation.
D’autre part, la culture est un outil de résistance et de libération : les artistes, par leur créativité, offrent une voix à ceux qui n’en ont pas, dénoncent les injustices et font avancer la cause des droits humains, notamment à travers l’art engagé.
Apolline insistera sur la force de l’expression artistique pour éveiller les consciences, mobiliser la société et inspirer l’action collective, rappelant que la défense des droits de l’Homme passe aussi par la liberté de création et la diversité culturelle.
Julian Stieger (Université d’économie et de commerce de Vienne) rappellera l’importance de la démocratie et de l’engagement citoyen pour garantir ces droits.
Étudiant à l’Université d’économie et de commerce de Vienne
Julian Stieger abordera la question des droits de l’Homme sous l’angle politique et institutionnel. Il rappellera que la démocratie, les élections libres, les constitutions et les institutions représentatives ne sont pas de simples formalités, mais le socle même de la protection des droits humains.
Il insistera sur le fait que la santé d’une société démocratique se mesure à sa capacité à garantir ces droits à tous ses membres. Selon Julian, les droits de l’Homme ne sont pas un sous-produit de la démocratie, mais bien son fondement et son objectif ultime.
Il mettra en garde contre toute forme de banalisation ou de remise en cause de ces acquis.
Il soulignera que chaque citoyen a un rôle à jouer pour défendre la démocratie, condition sine qua non de la vitalité des droits humains.
Enfin, Julian conclura sur l’importance de l’engagement individuel et collectif pour préserver ces valeurs, qui sont à la fois un héritage et une responsabilité à transmettre aux générations futures.
La matinée s’achèvera à 11h45 par une conclusion de Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France.
Pourquoi ne pas manquer ce rendez-vous ?
Un événement ouvert à tous : jeunes, étudiants, citoyens engagés ou curieux, venez partager vos idées et enrichir le débat !
Des intervenants passionnés : des jeunes issus de parcours variés, porteurs d’une vision européenne ambitieuse et humaniste.
Un moment de réflexion et de partage : pour réaffirmer que les droits humains ne sont jamais acquis, mais se construisent chaque jour, ensemble.
Pour vous inscrire ou en savoir plus, contactez l’AAPM ou rendez-vous sur le site de la Grande Loge de France.
Un événement soutenu par Les Heures Bleues et la Grande Loge de France.
Infos pratiques
Date : Samedi 5 juillet 2025 Lieu : Château Saint-Antoine 10 boulevard Jules Sebastianelli 13011 Marseille, Bouches-du-Rhône Horaires : 9h30 – 12h00 Entrée libre, sur inscription https://route33.eu/inscription-registration-2/
Sous la reliure discrète et précieuse du n°71 d’Epistolæ Latomorum, la question posée n’est pas rhétorique. Elle ouvre une brèche. La Tradition peut-elle encore s’épanouir dans une démocratie moderne ? Non pas vivre, subsister, s’adapter – mais bien s’épanouir, c’est-à-dire fleurir, rayonner, porter du fruit. Loin d’une simple enquête intellectuelle, cette livraison tisse un chant à plusieurs voix, grave et clair, où chaque page devient pierre d’un Temple intérieur.
La parole du Très Respectable Frère Philippe Cangémi, Grand Maître de la GLTSO, résonne d’emblée comme un rappel fondamental : la Tradition n’est pas un bastion idéologique, ni un musée des formes. Elle est souffle. Respiration silencieuse et continue, non pour réanimer les vestiges du passé, mais pour habiter le présent. Elle ne s’oppose pas, elle relie. Elle ne s’enferme pas, elle irrigue. Face à une époque saturée de vitesses, de tensions, de fragmentation, Philippe Cangémi ne cherche pas à redessiner des frontières entre un monde ancien et un monde nouveau. Il perçoit, avec une lucidité fraternelle, le vertige d’un déracinement. Le lien n’est plus seulement distendu ; il est en passe de disparaître. La parole, elle, n’est plus fondée sur le silence. Elle devient bruit, tension, interruption.
Mais dans cette inquiétude, une voie subsiste. Une verticale. Et cette verticale, c’est le silence. Non pas une soustraction, mais une densité. Non pas une absence, mais une matrice. Là où tout bruit cherche à s’imposer, le silence devient une contre-force d’éveil. Il n’est pas fuite, il est fondement. Philippe Cangémi le dit avec pudeur : c’est de ce silence habité que peut naître, encore et toujours, une parole juste. Une parole fidèle.
À cette ligne vibrante répond, en miroir, l’éditorial de Claude Godard. Il évoque la « famille » – mais ce mot, dans sa plume, devient archétype. Non point cellule biologique ou affective, mais constellation initiatique. Ce que nous appelons « fraternité », il en révèle la source matricielle : une alliance symbolique, fondée sur l’altérité reconnue, sur la transmission vivante, sur la lente construction d’un nous. Ce que Claude Godard nomme, c’est la possibilité d’un lien qui ne se construit ni sur le sang ni sur le droit, mais sur la présence. Et dans ce tissage patient de reconnaissance, la Tradition retrouve non son autorité, mais sa fécondité.
Philippe Foussier, ancien Grand Maitre du Grand Orient de France. | VERNIER/JBV NEWS
C’est pourtant dans la contribution de Philippe Foussier, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, que la question centrale trouve l’un de ses développements les plus riches. Il ne théorise pas une conciliation artificielle entre Tradition et modernité. Il affirme que la voie traditionnelle, loin d’être archaïque, est une réponse possible au désordre du monde. Il n’y a pas de contradiction à être fils des Lumières et dépositaire d’un héritage initiatique. Bien au contraire. C’est dans l’alliance de ces deux dimensions que réside, peut-être, la mission maçonnique aujourd’hui.
Philippe Foussier ne cherche pas à simplifier. Il assume la complexité. Il reconnaît que notre monde, hyperconnecté et pourtant fragmenté, éreinté par les replis identitaires, asséché par la consommation du sens, a besoin d’une école d’émancipation. Et la Franc-Maçonnerie, dans sa structure même – rituelle, symbolique, initiatique – peut encore offrir cela. Elle n’est pas faite pour le spectacle, mais pour la transmutation. Elle ne propose pas une idéologie ; elle offre un rythme, un espace, un silence. Le silence, encore lui, comme fondation d’une liberté retrouvée.
Car c’est bien ce silence, exploré dans les textes denses de Pierre Franceschi, Jean-Claude Sitbon et Yvon Gal, qui devient la véritable clef de voûte de ce numéro. Le silence, ici, n’est plus un simple élément du rituel. Il devient organe de transmission, langage de l’invisible, chemin vers une parole vraie. Chez Ramsay, le silence est d’abord protection – le fruit d’un temps où le secret protégeait la parole. Mais dans cette revue, il devient sanctuaire. Le silence est ce qui prépare, ce qui recueille, ce qui féconde. Ce qui ne s’enseigne pas, mais se transmet par le corps, par le regard, par la tenue.
Dans cette polyphonie subtile, la Tradition n’apparaît ni comme un trésor à conserver ni comme un poids à délester. Elle est une exigence. Une tension vivante. Une fidélité non pas à ce qui fut, mais à ce qui nous relie. À travers elle, la démocratie ne devient pas ennemie, mais terrain de preuve. Car c’est bien là que la Tradition doit se risquer : dans le tumulte du monde, non pour s’y perdre, mais pour y porter lumière. Non pour imposer, mais pour éclairer. Non pour préserver, mais pour éveiller.
Epistolæ Latomorum ne proclame rien. La revue veille. Elle n’argumente pas. Elle éclaire. Elle ne répond pas à la question qu’elle pose ; elle nous apprend à la porter. Comme une pierre dans la poche, comme une prière sans mots. La Tradition, ici, n’est pas morte. Elle attend. Elle respire. Elle veille dans l’ombre des colonnes, dans le regard d’un Frère, dans le silence d’un Temple. Et il nous appartient, encore et toujours, de la faire vivre. Non en la répétant. Mais en l’habitant.
Epistolæ Latomorum – La tradition peut-elle encore s’épanouir dans une démocratie moderne ? La revue de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra GLTSO, Saint-Jean d’été, N°71, 64 pages, 14 €