Dans Le Petit Cheval Sauvage, Yoann Laurent-Rouault signe une biographie vibrante et intimiste de Jean-Luc Cadeddu, un homme aux multiples facettes – autodidacte, romancier, musicien, élu local, franc-maçon et humaniste. Publié en janvier 2025 par JDH Éditions, ce livre de 160 pages ne se contente pas de retracer une vie : il dresse le portrait d’un « petit cheval sauvage » – traduction littérale du nom sarde Cadeddu – dont l’énergie indomptable et la quête de sens résonnent comme une ode à la résilience, à l’apprentissage et à la fraternité. Sous la plume habile de Laurent-Rouault, cette histoire personnelle devient un miroir de la France du XXe siècle, de ses migrations, de ses bouleversements et de ses espoirs.
Jean-Luc Cadeddu : un homme aux racines profondes
Né le 1er novembre 1948 à l’hôpital Boucicaut, dans le 15e arrondissement de Paris, Jean-Luc Cadeddu est le fruit d’une lignée d’immigrés italiens ayant fui le fascisme mussolinien dans les années 1930. Ses grands-parents paternels, Pilola et Baptiste Cadeddu, originaires d’Iglesias en Sardaigne, et ses grands-parents maternels, venus du Piémont, incarnent cette vague migratoire qui a façonné la France moderne – près de 3,5 millions d’Italiens entre 1870 et 1940, selon les estimations historiques (INED, 2020). Baptiste, un « gentil anarchiste » aux idéaux libertaires, nomme ses enfants Violette, Esmeralda et Libero – des prénoms symboliques d’une famille éprise de liberté et de rébellion douce.
Cadeddu grandit dans une France en reconstruction, celle des années 1950 et 1960, entre Noisy-le-Sec et Maisons-Alfort, dans une maison héritée d’une exposition universelle. Fils d’un staffeur des studios des Buttes-Chaumont et d’une employée administrative, il incarne le « titi parisien » – espiègle, vif, et porté par une curiosité insatiable. Autodidacte assumé, il quitte l’école avec un BEPC en poche, mais refuse de se limiter à ce destin modeste. « J’ai vite compris que le manque de culture m’empêchait de saisir ce que des gens plus érudits me disaient », confie-t-il dans un entretien retranscrit par Laurent-Rouault (p. 133). Ce constat devient le moteur d’une vie d’apprentissage hors des sentiers académiques.
Une vie en deux actes : rock’n’roll et érudition
Le livre se divise en deux parties distinctes, comme les deux visages d’un même homme. La première, « Rock’n’roll attitude », plonge dans la jeunesse vibrante de Cadeddu. Adolescent des Sixties, il tombe amoureux du rock’n’roll américain – Elvis, les Beatles, les Stones – et apprend la guitare dans un garage avant de monter sur scène avec son groupe amateur. « J’ai toute une collection de guitares aujourd’hui… elles font partie de la vie », raconte-t-il (p. 29). Cette passion musicale, qu’il n’abandonnera jamais, symbolise une liberté juvénile face à une société encore marquée par l’austérité de l’après-guerre.
La deuxième partie, « L’autodidacte qui voulait devenir érudit », explore sa métamorphose. Du service militaire en Allemagne en 1968 à son rôle d’adjoint au maire de Maisons-Alfort, Cadeddu se réinvente. Il devient romancier avec Les Enquêtes du commandant Icare, un polar à succès publié en feuilleton dans Le Journal de France (Lafont Presse) puis en livre chez JDH Éditions, illustré par Laurent-Rouault. Historien amateur, il produit des podcasts sur la Révolution française et des chroniques pour Spécial Histoire. Son engagement maçonnique, détaillé plus loin, complète ce portrait d’un homme en quête de sens et de connexion.
Le Franc-maçon : un bâtisseur d’humanité
Un chapitre clé de la biographie, « Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? » (p. 59), suivi de l’« Entretien maçonnique avec Jean-Luc Cadeddu » (p. 74), éclaire l’engagement de Cadeddu dans la franc-maçonnerie, une facette essentielle de son identité. Initié dans les années 1980 – une période probable compte tenu de son parcours et de l’essor des obédiences mixtes ou progressistes en France –, il rejoint le Grand Orient de France (GODF), vu son attachement aux valeurs républicaines et son goût pour une « franc-maçonnerie moderne et décomplexée » (p. 145).
La franc-maçonnerie, née en 1717 à Londres et implantée en France dès 1728, compte aujourd’hui environ 180 000 membres dans l’Hexagone, répartis entre diverses obédiences (Hamon, 2020, pp. 45-67). Pour Cadeddu, elle n’est pas un simple réseau d’influence, mais un espace de réflexion et de fraternité. « En franc-maçonnerie, lorsqu’un apprenti dit qu’il sait, on lui rétorque qu’il ne sait rien », rapporte-t-il dans l’entretien (p. 136), une maxime qui reflète son humilité et sa quête d’apprentissage perpétuel. Passé du grade d’apprenti à celui de maître – et peut-être plus, bien que le texte reste discret sur son degré –, il voit dans les rituels maçonniques un écho à son parcours autodidacte : une progression par étapes, fondée sur l’écoute, la patience et la transmission.
Son engagement s’inscrit dans une tradition française où la maçonnerie a souvent joué un rôle politique et social. Du XVIIIe siècle, avec des figures comme Voltaire, aux débats sur la laïcité sous la IIIe République, les loges ont été des creusets d’idées progressistes (Pöhlmann, 2017, pp. 89-112). Cadeddu, élu local et républicain convaincu, y trouve une continuité avec ses valeurs. « La fidélité, je la retrouve systématiquement, ou presque, en franc-maçonnerie, surtout dans les rapports de parrainage », confie-t-il (p. 139), soulignant le lien maître-apprenti comme un modèle de loyauté rare dans une société qu’il juge individualiste.
Laurent-Rouault enrichit ce chapitre d’un contexte historique : la répression sous Vichy, qui força les maçons dans la clandestinité, et la renaissance post-1945, marquée par des figures comme Pierre Mendès France, membre du GODF. Cadeddu, avec son passé d’immigré antifasciste, incarne cette résilience maçonnique. Ses conférences sur l’histoire et ses podcasts – notamment Histoire de la Révolution française : J’y étais ! – pourraient même refléter des travaux en loge, où l’étude symbolique et historique est centrale. Bien que le texte ne précise pas son obédience, son plaidoyer pour une maçonnerie « décomplexée » suggère une vision ouverte, peut-être influencée par des courants mixtes ou libéraux, comme ceux de la Grande Loge Mixte de France (GLMF), dirigée en 2024 par Félix Natali (cf. article précédent).
Une plume au service d’une vie
Yoann Laurent-Rouault, biographe, illustrateur et plasticien breton, apporte à ce récit une sensibilité artistique et une rigueur narrative. Rencontré en 2023 à La Baule grâce à l’éditeur Jean-David Haddad, Cadeddu séduit immédiatement Laurent-Rouault par son charisme et son parcours atypique. « Je n’avais jamais rencontré de personnage similaire », écrit-il dans sa note d’intention (p. 9). Le biographe se voit comme un « confesseur » et un « narrateur », laissant Cadeddu raconter son histoire tout en y insufflant des contextes historiques et culturels – l’immigration italienne, les Trente Glorieuses, Mai 68, et ici, la franc-maçonnerie.
Le style de Laurent-Rouault oscille entre lyrisme et simplicité. Il excelle dans les descriptions vivantes – le garage où résonnent les premières notes de guitare, les rues de Paris sous tension migratoire, le silence d’un temple maçonnique – et dans les citations en italique de Cadeddu, qui donnent une voix authentique au texte. « La volonté d’intégration et le respect du pays d’accueil sont primordiaux pour tout migrant voulant s’installer », déclare-t-il (p. 19), un propos qui reflète son attachement à la République et son rejet des clivages identitaires modernes.
Une fresque historique et intime
Le Petit Cheval Sauvage n’est pas qu’une biographie : c’est une fresque de la France du XXe siècle vue à travers les yeux d’un homme ordinaire devenu exceptionnel. Les chapitres explorent des thèmes universels : l’immigration et l’intégration, avec les épreuves des Cadeddu face à l’italophobie des années 1930 ; la quête de savoir, incarnée par un autodidacte qui lit Le Monde pour combler ses lacunes ; la franc-maçonnerie comme quête spirituelle et sociale ; et l’amour, célébré dans l’addendum dédié à Marie Maitre, artiste et compagne rencontrée sur Facebook en 2023. « Elle est ma muse, mon inspiration », confesse-t-il (p. 143), dans un passage émouvant qui clôt le récit sur une note personnelle.
Le livre s’adresse aussi à la jeunesse, avec une « Lettre à la jeunesse » (p. 129) et un entretien final (p. 132-140) où Cadeddu distille ses conseils : lire voracement, écrire pour retenir, rester humble, fidèle et patient. « La fidélité est une valeur qui se perd », déplore-t-il (p. 138), un regret teinté de nostalgie pour une époque où les liens humains semblaient plus solides, un thème qu’il relie à son expérience maçonnique.
Forces et limites
La force de l’ouvrage réside dans sa capacité à mêler petite et grande histoire. Laurent-Rouault contextualise brillamment les migrations italiennes, les bouleversements des années 1960, l’engagement maçonnique, et l’évolution des valeurs républicaines, tout en laissant Cadeddu briller par sa simplicité et sa détermination. Les amateurs de récits initiatiques y trouveront une inspiration, tandis que les passionnés d’histoire sociale et maçonnique apprécieront les digressions érudites.
Quelques limites émergent toutefois. Le récit, limité à 160 pages, laisse certains aspects en suspens – la carrière politique de Cadeddu aurait mérité plus de détails, malgré le chapitre maçonnique étoffé. Les lecteurs avides d’approfondissements sur Les Enquêtes du commandant Icare resteront sur leur faim, bien que la bibliographie annonce un troisième tome imminent. Enfin, le ton parfois laudatif du biographe pourrait agacer ceux qui préfèrent une distance critique.
Un témoignage pour aujourd’hui
Publié en 2025, Le Petit Cheval Sauvage arrive dans un monde en crise – économique, identitaire, écologique – où les parcours comme celui de Cadeddu semblent d’un autre temps. Pourtant, son message est intemporel : l’éducation, la persévérance et la fraternité – maçonnique ou non – peuvent transcender les origines et les obstacles. « Se renouveler sans cesse » (p. 139), tel est son credo, un appel à la jeunesse autant qu’un bilan de vie.
Avec sa couverture signée Cynthia Shonpa et Laurent-Rouault, ce livre s’impose comme un objet littéraire soigné, porté par une maison d’édition, JDH, qui mise sur les récits humains et historiques. À mi-chemin entre témoignage et méditation, il séduira ceux qui cherchent dans les vies singulières des leçons universelles. Jean-Luc Cadeddu, ce « petit cheval sauvage », galope encore, et son histoire – maçonnique, républicaine, humaine – mérite d’être lue, très loin de la France ou au coin de votre librairie préférée.
Tentons d’analyser une chose qui n’existe probablement pas, en dehors de l’esprit humain, le temps.
Ca’ Rezzonico – Eraclite 1705 – Giuseppe Torretti
L’expression métaphorique, « le temps passe » nous la devons au philosophe Héraclite. Nous l’utilisons parce que nous constatons des changements. On ne voit pas le temps, ce que nous percevons, ce sont les phénomènes physiques.
Saint Augustin écrit dans le livre XI de ses Confessions : Le monde a été fait non dans le temps, mais avec le temps.
Même si comme il est probable nous ne pourrons par le seul exercice de notre raison y apporter de réponse en toute certitude, pouvons-nous espérer par notre modeste réflexion donner lieu à quelques présomptions intéressantes.
Voici l’Homme, produit d’une lente transformation, devenu sapiens par son cortex cérébral superposé à sa mémoire reptilienne prend en effet conscience d’un passé, d’un présent et d’un futur.
Henri Bergson
L’idée de présent se conçoit et se présente à nous avec un avant et un après et, s’y associe dès lors l’espace et la notion d’infini, ce qu’illustrera Bergson dans « les données immédiates de la conscience ».
Plus tard, Auguste Comte, autre éminent philosophe, qualifiera « d’âge positif » le terme de l’évolution de l’esprit humain avec la prééminence de l’esprit scientifique comme forme la plus aboutie.
Dès lors, il nous sera permis de penser que cette illusion d’un avant, d’un après, est une représentation objectivement fausse de la réalité du temps à laquelle notre intérêt est attaché plus que tout pour peu qu’elle nous protège de l’agression de la vérité sur la mort.
Le temps passe, les gens changent mais les souvenirs demeurent… Enfin, tant que le cerveau ne fait pas défaut.
Ce sont nos souvenirs qui font de nous ce que nous sommes. Et ce sont nos rêves ou utopies qui feront de nous ce que nous deviendrons. Pris dans la tenaille dont les deux mâchoires sont le passé et l’avenir, le présent n’a aucune réalité. Certaines langues d’ailleurs, refusent de conjuguer le verbe « être » au présent ; Il y a du sens à dire « je serai » ou « j’étais » ; il n’y en a pas à dire « je suis ».
Le présent est éphémère, dès qu’il est, il n’est plus (il devient immédiatement passé).
Le début de mon exposé appartient déjà au passé.
La mesure du temps a rapidement été une préoccupation importante, notamment pour organiser la vie sociale, religieuse et économique des sociétés. C’est dès la plus haute antiquité que l’homme a senti le besoin de mesurer le temps. Cela a toujours été une des préoccupations majeures de l’humanité.
Le temps peut être linéaire ou cyclique.
Temps linéaire, exemples : de la naissance à la mort, succession d’événements…
L’homme pense le temps à partir de trois mots : le passé, le présent et le futur.
Temps circulaire (temps cyclique) exemples : alternance jour / nuit, les mois, les saisons…
La conception d’un temps cyclique ayant la forme d’une roue s’est rapidement développée dans diverses civilisations, sans doute par analogie avec les différents cycles de saisons, des lunaisons, du jour et de la nuit…C’est cette notion que Mircea Eliade nommait « Le mythe de l’éternel retour »
Le futur est un temps fondamentalement imaginaire. On ne peut que faire le pari qu’il existera. Cette partie du temps que nous nommons le « futur » n’a donc pas encore d’être. Le passé est terminé et donc n’existe plus.
Socrate
Dans le Timée l’émule de Socrate enseigne déjà : « Ce que nous appelons le temps n’est autre que le reflet mouvant et irréel de l’éternité.»
Sauf qu’à quelque chose près entre « illusion » et « reflet mouvant et irréel » l’apparente symbiose de la formulation du physicien avec celle du penseur antique ne saurait nous faire oublier la vraie nature du temps réel : son irréversibilité, son indivisibilité et l’idée de mouvement contenue dans la simultanéité définie par Einstein.
Le temps existe-t-il dans les choses où est-il simplement une relation, un mode subjectif de représentation du monde par notre conscience.
Pour Newton le temps absolu, vrai, mathématique serait celui sans relation avec l’extérieur et s’écoule uniformément. Il serait un attribut de Dieu par la notion d’infini des choses qu’il suggère.
Emmanuel Kant
Pour Kant, il n’est pas davantage possible de considérer le temps comme une réalité absolue. Dans cette critique de l’infini, Kant considère le temps non comme un concept mais comme une forme a priori de la sensibilité. Ce en quoi Renouvier voit une catégorie de l’entendement lui-même et donc de la raison. Le temps serait alors une idéalité. Comme l’a bien vu Meyerson, l’idéal de la raison serait alors de conjurer l’irréversibilité temporelle et pour cela réduire et identifier les événements de l’Univers entre eux, alors le réel perdrait toute consistance !
Reconnaître à contrario l’irréversibilité, c’est admettre ce jaillissement de nouveautés engendré parfois dans le chaos, parfois par le hasard ce que révèlent aujourd’hui bon nombre de disciplines scientifiques au grand dam des déterministes, c’est la durée.
Henri Bergson en 1878 à l’École normale supérieure.
Pour Bergson, le temps réel s’identifie au mouvement réel de la vie, c’est-à-dire de la durée vécue qui est indivisible autant qu’irréversible.
Devons-nous conclure avec Bergson que l’intelligence humaine se caractérise par une incompréhension de la durée. Ce serait réduire la conscience à sa seule capacité de logique déductive, alors même qu’une autre dimension de la conscience nous confère une logique dialectique qui, par contradictions surmontées, peut nous faire saisir les lois du devenir.
Pourtant, le propre de la conscience humaine est de se projeter vers le futur. Or, la conscience de notre mortalité se pose comme une limite à nos projections dans le futur. La conséquence de cette prise de conscience, selon Heidegger, c’est le souci, les ambitions, autrement dit la préoccupation quant au sens que nous allons donner à notre existence. C’est là qu’intervient la conscience et la satisfaction de bien faire. Celui qui agit à contre sens ne leurre que lui-même et mine inéluctablement les fondations de son temple.
On peut se poser la question de savoir si l’écoulement du temps a des extrémités ? Cette question, qui renvoie aux croyances innombrables sur la genèse et la fin du monde, a été posée par de nombreux chercheurs et penseurs et religieux. Je ne vais donc pas sciemment entrer dans les théories religieuses.
Selon la théorie du Big Bang, l’Univers a eu un début, il y a environ 16 milliards d’années. C’est là que le temps aurait commencé, et que l’espace et la matière seraient apparus. Ce qui me paraît probable.
Et « avant » ? Si l’Univers a connu un instant primordial, initial, il ne s’appuie sur aucun phénomène physique, l’Univers n’existant pas encore à cet instant primordial.
Saint Augustin et Sainte Monique
De plus, outre le point de vue scientifique, comment imaginer le fait que le temps ait eu un début, et que la question « qu’y avait-il avant le début du temps ? » n’ait pas de sens ? Difficile ! Ainsi on peut dire que le temps n’existe pas dans l’univers et qu’il est une invention typiquement humaine pour marquer les étapes de notre vie.
Etrangement, la remarque essentielle a été formulée au IVème siècle par saint Augustin constatant : “Je sais que si rien ne se passait, il n’y aurait pas de temps passé.” En effet, quand rien ne se passe, quand aucun évènement ne se produit, pourquoi être assez pervers pour inventer un temps qui passé ? L’essentiel est peut-être intemporel. Réaliser un bel objet, un chef d’oeuvre, une belle théorie, c’est, il me semble, échapper au pouvoir destructeur du temps.
Là est l’intemporel.
Voyons maintenant les symboles en loge sur le temps.
Mystique par intuition, philosophe qui s’ignore, ouvrier de perfection telles sont les règles que le franc-maçon essaie d’appliquer et ou de résoudre. Chercheur de vérité et de lumière, le doute et le travail le fait avancer et le construit.
Temps maçonnique
Pour le Franc-maçon, le Chantier s’ouvre à Midi et se ferme à Minuit.
Il est habité par le « Qui suis-je ? D’où je viens ? Où vais-je ? » Et il essaie d’y répondre à partir de sa condition d’éveillé par l’initiation.
Notre vie maçonnique a commencé dans le Cabinet de Réflexion, là où l’on se sent « hors du temps », ne le maîtrisant absolument pas, là où il est impalpable.
Nous sommes entrés dans le temps sacré qui n’a ni commencement, ni fin.
Les symboles, eux, par contre sont intemporels.
On a tous médité sur le symbole le plus représentatif du temps : le sablier.
Celui-ci interpelle beaucoup, car il est indissociable d’une conception cyclique du temps.
Illusion du temps, mais surtout certitude de brièveté : le sablier n’est pas une invitation à désespérer, mais au contraire, nous invite à nous hâter de bâtir notre Temple intérieur.
Cabinet de reflexion
Dans le cabinet de réflexion, on trouve aussi le dessin d’une faux, symbole de mort, signifiant l’inexorable finitude des hommes. La faux peut être un instrument de châtiment, elle peut trancher la vie, mais aussi les illusions, les erreurs. Elle sert aussi à couper les récoltes ! Je ne citerai que le blé pour illustrer qu’après la coupe des épis, les grains re-semés vont repousser. Ne dit-on pas aussi que tout finit, afin que tout recommence !… Tout comme un jour, nous avons dû mourir à notre vie profane, pour vivre notre vie d’initiée.
Lors de chaque Tenue, nous évoquons souvent la notion de temps : nous ouvrons et nous refermons les Travaux. Il y a le temps du Travail et le temps du repos. Entre Ouverture et Fermeture des Travaux se situe le Temps sacré, renouvelé à chaque Tenue. Une parenthèse dans nôtre vie.
Tout comme les dimensions du Temple sont sans limites réelles, la voûte étoilée en témoigne, de même nos références chronologiques se situent en dehors du temps profane. C’est ainsi que les Ouvriers que nous sommes travaillent allégoriquement de Midi à Minuit.
Le temps
Lorsque le Franc-maçon entend « Il est Minuit ! », c’est l’heure de terminer les Travaux, qui ont commencé à Midi. Pourquoi commencer à Midi et terminer à Minuit, dans une culture moderne de loisirs et d’horaires variables ? L’explication historique venant à l’esprit est simple. Les rites maçonniques sont des rites solaires. Midi est l’heure où le mouvement visible du soleil est suspendu. C’est aussi le moment qui ne varie pas, par rapport au lever et au coucher du Soleil qui se déplace au fil des jours.
Il faut remarquer que Midi est le moment où l’ombre portée par le corps est minimale ; c’est donc le temps de l’illumination maximale. Quant à Minuit, dans la mesure où le monde profane est celui des Ténèbres, en tout cas par opposition à la Lumière à laquelle accède l’Initié, il est normal que le retour à ce monde profane se fasse à l’heure où règne l’ombre absolue.
Le temps en Loge est au-delà du temps. La Loge est une représentation du cosmos, dans l’espace et le temps universels. Tout comme dans l’univers le temps n’existe pas.
Dans le Temple, espace sacré, c’est le rituel qui nous plonge dans ce temps mythique. Par sa tradition initiatique et symbolique, la Loge nous permet de prendre la juste mesure du temps grâce aux outils. Le rite sacralise le Temple et le temps, entre la découverte et le recouvrement du Tableau de Loge.
On ouvre, et on ferme les travaux, il y a le temps du travail et le temps du repos.
En tenue nous partageons aussi un temps important : le temps de parole. Savoir attendre, réfléchir, ne pas se précipiter, sont autant de gages de bonne gestion du temps. Savoir être circoncis pour ne pas pénaliser le temps de parole de ses frères mais aussi savoir se taire. La capacité de différer à sa prise de parole est le moyen d’apprendre à se projeter, et ainsi à construire de façon plus solide.
Ensuite la règle, qui est divisée en 24 parties égales, rappelant les 24 h d’un jour. Jour, où brillent tour à tour le soleil et la lune.
Elle symbolise aussi l’œuvre : commencement et fin.
Ensuite les grenades, symbole végétal rappelant entre-autres le cycle des saisons : le rythme cosmique de mort et de renaissance ; tout comme l’alternance de l’été et de l’hiver, ponctuée par nos chers Solstices.
Nos deux St Jean illustrent bien le processus du temps qui recommence sans cesse.
Deux Saint-Jean
Quand on est dans une St Jean, on ne peut voir l’autre St Jean. Il faut mourir pour renaître, c’est pourquoi Jean Le Baptiste : vieillard symbolisant le temps passé, cède la place à Jean l’Evangéliste : jeune et représentant l’avenir. Et ainsi de suite…Il en est de même en loge où les ouvriers se remplacent et où les anciens cèdent la place aux plus jeunes. En cela, ils sont un peu comme JANUS, dieu ambivalent à deux faces adossées qui marque l’évolution du passé à l’avenir, sans pour autant, remarquons le : figurer le présent !!
Notre chaîne d’union concrétise un moment qui unit passé et présent.
Elle anéantit le temps, et unit le visible à l’invisible.
Au regard de l’humanité, nous ne sommes que l’empreinte d’un pas sur le sable de la mer ; aujourd’hui contentons nous d’essayer d’être meilleurs, pour que demain notre microscopique semence d’amour enrichisse « l’autre ». Le maillon seul n’est rien, seule la chaîne compte au fil du temps. L’Ecclésiaste note avec amertume : « Le sage meurt aussi bien que le fou. »
Le Franc-maçon doit donc s’affairer à répercuter au-dehors, ce qu’il a acquis au-dedans et ce, en permanence, 24 heures sur 24.
A quoi servirait-il de plancher sur des thèmes séduisants si c’est pour ne pas être sensible à ces valeurs dans la vie profane ? L’éphémère plaisir de posséder des degrés ne saurait remplacer la satisfaction du devoir accompli dans le monde profane. Le Franc-maçon doit répondre à tous ses engagements et responsabilités dans ses deux vies totalement liées et qui semblent indissociables.
Le Franc-maçon construit. Il a un idéal, qui bien loin d’être atteint, reste une magnifique ambition et une direction à suivre. Son action s’accomplit donc au présent sans ignorer l’apport d’hier mais tout en considérant l’incertitude de l’avenir.
Que restera-t-il de nous après être passé à l’Orient Eternel, si ce n’est l’empreinte de nos actes ?
N’est-on pas Maçon toute sa vie ? Chaque jour et à chaque heure du jour ?
Le temps reste le temps, surtout présent, et on peut le qualifier de « maçonnique » parce que nous avons été initié.
Au terme du parcours, quand le temps aura fait son œuvre sur nous, essayons tout de même de garder le lyrisme bon de St Exupéry dans « Le Petit Prince » En effet, dans le passage où le renard apprend au Petit Prince comment aimer, il lui explique que « c’est le temps « perdu » pour quelque chose, ou pour quelqu’un, qui le rend important. »
Tous les éléments qui composent notre vie sont expériences et repères ; mais ils ne sont pas « nous », ce ne sont que nos révélateurs. Ils nous inscrivent dans le temps, ils sont notre empreinte. Nous sommes tous dans une tenaille dont les 2 mâchoires sont le passé et l’avenir.
Le présent n’a aucune réalité durable. C’est juste un petit pont jeté entre passé et avenir. : « Tout s’écoule », proclamait Héraclite.
Comme le demandait à l’Éternel le Roi Salomon « Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le Bien du Mal. ». Conformons-nous, en toute circonstance, au Bien, sans complaisance pour nos préjugés et nos intérêts. Souvenons nous que les nobles pensées viennent du cœur et que l’accomplissement du Devoir exige souvent un sacrifice. Ayez toujours présentes à l’esprit la brièveté de la vie humaine et l’immense tâche que nous devons accomplir. Ne vous attardez pas dans les sentiers fleuris, mais hâtez vous de gravir les pentes abruptes de la montagne, de crainte que la Mort ne vous surprenne avant que vous n’ayez approché du sommet.
De notre confrère estonien rus.err.ee – Par Michel Kermas
La première surprise a été de constater à quel point il était facile de contacter les francs-maçons : ils ont leur propre site Web, qui indique, entre autres, l’adresse de leur bureau principal, situé rue Tatari dans la capitale.
La visite des journalistes a été menée par le responsable des relations publiques de la Société estonienne des francs-maçons, Paul Himma.
À une époque, Himma était directeur adjoint de la radio estonienne et directeur du théâtre estonien (en outre, de 2009 à 2011, il a travaillé comme directeur du théâtre russe – ndlr). Il est également l’un des francs-maçons les plus expérimentés d’Estonie.
Himma, 71 ans, est membre de la maçonnerie depuis plus de 30 ans et a gravi presque tous les échelons de la confrérie. Aujourd’hui, à la retraite, il oeuvre comme une sorte d’attaché de presse qui accompagne les journalistes dans les locaux que les membres de la société eux-mêmes appellent une loge.
Selon diverses sources, il y aurait environ quatre millions de francs-maçons dans le monde et, selon leurs propres termes, nous parlons de la plus ancienne confrérie de la planète encore active. Meelis Piller, chercheur en franc-maçonnerie, déclare : « Pour moi, la franc-maçonnerie est un domaine d’activité intéressant, c’est comme un pont qui vous relie au passé historique. »
On pense que la franc-maçonnerie moderne a été formée en 1717, lorsque des représentants de quatre loges se sont réunis à Londres et ont décidé de créer une grande loge. Cependant, selon la légende, les origines de la confrérie remonteraient à l’époque de la construction du Temple de Salomon.
Le directeur du musée de la ville de Tallinn, Toomas Abilene, a rappelé que la franc-maçonnerie a commencé avec les guildes de constructeurs : « Le plus remarquable est que les loges que nous connaissons sous le nom de loges de francs-maçons n’étaient au départ rien de plus que des wagons de marchandises de maçons. »
D’où le nom de « maçons » ou « hommes en tablier », ainsi que des références aux compas, truelles et autres outils de construction. Au fil du temps, les membres de la confrérie ont commencé à inclure des représentants d’autres professions, et l’accent est passé du transfert des compétences en construction à la construction de l’âme.
« Ce qui est très intéressant chez les francs-maçons, c’est qu’il n’existe pas de définition claire de ce qu’est la franc-maçonnerie en principe, ni de définition scientifique de la façon dont elle devrait être divisée en types », explique Piller. « Il y a, bien sûr, un certain symbolisme, des outils de construction issus des anciens ateliers ou de la terminologie de la construction, mais la signification qu’une personne leur attribue est son affaire personnelle. »
La franc-maçonnerie est apparue en Estonie dans les années 1770, lorsque la Loge Isis a été fondée à Tallinn. Comme dans le reste du monde, où les francs-maçons ont été rejoints par de grandes personnalités qui ont influencé l’histoire, de nombreuses personnalités importantes appartenaient également à la loge locale : par exemple, Otto Gustav Stackelberg, qui a été associé à la restauration de l’Université de Tartu, le premier directeur de la bibliothèque universitaire Karl-Johann Mogrenstern, ou encore Karl Friedrich Karell et Otto Wilhelm Masing, qui étaient parmi les rares Estoniens à cette époque, qui publiaient un journal en estonien, écrivaient l’alphabet et nous ont donné la lettre « Õ ».
Il est important de comprendre que la franc-maçonnerie n’est pas unitaire. Au fil du temps, une stratification est apparue et, par exemple, des francs-maçons continentaux ou une seule franc-maçonnerie sont apparus, dont la principale différence est que les athées et les femmes sont également acceptés comme membres de la confrérie. La franc-maçonnerie est née en Estonie entre les deux guerres mondiales et est associée à de nombreuses personnalités culturelles, comme Edward Huppel, dont le nom de plume était Mait Metsanurk.
Des personnalités publiques telles que Jaan Tõnisson s’intéressaient également à la société. D’une part, la confrérie s’occupait de questions spirituelles, mais d’autre part, elle a longtemps été accompagnée d’une réputation négative. Tout d’abord, parce que la communauté est secrète.
Abilene admet que l’atmosphère de secret alimente certainement les préjugés et les rumeurs sur les activités secrètes qui s’y déroulent : « Ils font clairement quelque chose d’illégal, n’est-ce pas ? Quelque chose d’obscène. Ils font manifestement quelque chose qui ne peut se faire qu’en secret. »
Bien que la franc-maçonnerie ait été interdite à certains moments, l’Église catholique considère toujours la société avec désapprobation, et à la fin de l’année dernière, il y avait une loge appelée « P2 » en Italie qui était effectivement liée au crime organisé, en Estonie, la confrérie, pour autant que l’on sache, n’est liée à aucun scandale.
Une grande partie du mérite de la réémergence de la franc-maçonnerie en Estonie après l’effondrement de l’Union soviétique revient au président de l’Académie des sciences de l’époque, Arno Körn, qui est devenu membre de la fraternité alors qu’il travaillait en Finlande. En 1992, Köärna et une douzaine de personnes partageant les mêmes idées fondèrent la Phoenix Lodge, qui était subordonnée à la Finlande, et en 1999, la Grande Loge indépendante des Francs-Maçons Libres et Reconnus d’Estonie, dont les Grands Maîtres comprenaient Köärna, le pilote de course Raido Rüütel, l’écologiste Arne Kaasik, l’homme d’affaires Anti Oidsalu, alors vice-président du Comité olympique estonien Toomas Tõnise, et maintenant ancien chancelier du ministère de l’Éducation Kalle Küttis.
Si les premières réunions se sont tenues dans les locaux de l’Académie des sciences et dans des locaux loués, depuis 2012, la confrérie possède un étage dans un immeuble de bureaux de la rue Tatari, construit par le Département de gestion des biens de l’Église, dont l’un des dirigeants était franc-maçon au moment de la transaction. Le complexe de 800 mètres carrés abrite un certain nombre de bureaux et de locaux techniques tout à fait ordinaires.
Selon la charte, les membres sont des hommes âgés d’au moins 21 ans, sans casier judiciaire, qui croient en une puissance supérieure – peu importe qu’il s’agisse du christianisme, de l’islam ou d’autre chose. Il n’y a pas encore de femmes parmi les francs-maçons estoniens.
On les soupçonne de vouloir créer un nouvel ordre mondial et même de satanisme, mais les francs-maçons eux-mêmes disent qu’ils sont une confrérie visant à l’amélioration de soi, qui est unie par des rituels apparemment mystérieux, mais essentiellement sûrs.
Cependant, la tâche principale des francs-maçons, comme le prétendent les personnes impliquées, est de former leur propre âme. « En tant qu’être humain, tu dois apprendre. Tu es une pierre brut. Tu dois te polir et te raffiner jusqu’à devenir une pierre taillée, utilisable dans le temple de l’univers. Une pierre parfaitement adaptée », expliqua Abilene.
« Des rituels spéciaux se concentrent sur des aspects tels que l’enseignement de la morale. L’un peut parler davantage de l’amour fraternel, l’autre d’autre chose. Ce rituel comprend une partie du texte, les insignes, tous les autres accessoires, le mouvement, pour ainsi dire, la chorégraphie, et la musique », a ajouté Himma.
« Témoin oculaire ». Auteur : ERR
Selon les informations disponibles, toutes ces associations sont engagées dans le développement personnel spirituel. Si les sociétés déjà mentionnées comptent des dizaines de membres, alors, selon les dernières données, la Société estonienne des francs-maçons compte actuellement un peu moins de 800 hommes, qui sont répartis en 25 communautés, situées outre Tallinn à Tartu, Viljandi, Pärnu, Haapsalu et Rakvere.
Les noms des membres sont secrets. Plus précisément, chacun peut s’ouvrir, mais il ne peut pas s’ouvrir aux autres. « Beaucoup d’entre nous disent que c’est mon hobby personnel et que personne ne devrait s’en soucier », explique Himma. « C’est d’ailleurs autorisé par la loi sur la protection des données. Mais en même temps, je ne peux pas assister à une réunion du syndicat des copropriétaires voisins, car je n’en suis pas membre. »
Selon Himm, un franc-maçon jure allégeance à l’Estonie, s’engage à ne pas utiliser son adhésion à des fins personnelles et la politique ne peut pas être discutée dans la loge. Cependant, les francs-maçons s’accompagnent de discussions sur leur influence sur l’administration gouvernementale et les hauts fonctionnaires.
Par exemple, en Estonie, un scandale fait rage depuis plusieurs mois autour d’une querelle familiale, où un couple célèbre, séparé, se bat pour les droits de son enfant. Entre autres choses, la femme a écrit une lettre ouverte aux francs-maçons, dans laquelle figure son ex-mari, et affirme que la fraternité a une influence sur le système judiciaire.
Himma insiste sur le fait que les francs-maçons n’ont rien à voir avec ce conflit. Il observait lui-même ce qui se passait et se sentait plutôt désolé pour les enfants plutôt que de creuser l’essence de la querelle des parents.
Dans le même temps, la question se pose : les hauts fonctionnaires ou les juges doivent-ils annoncer qu’ils sont membres de la confrérie ? Dans une récente interview, des journalistes ont interrogé le président du tribunal du comté de Harju à ce sujet. Astrid Asi a déclaré qu’elle ne connaissait aucun franc-maçon parmi ses subordonnés et, à son avis, elle ne devrait pas le savoir, car il n’est pas nécessaire de signaler l’affiliation à une corporation ou à une chorale.
« Pour prendre des décisions en faveur ou au détriment de quelqu’un, nul besoin de se trouver dans un quelconque atelier. Mais c’est à ce moment-là qu’un juge doit avoir une vision très précise pour savoir où se situent les limites éthiques de ce qu’il peut faire et de ce qu’il ne peut pas faire. C’est pour cela que nous avons recours à la révocation. Si une personne extérieure constate un tel comportement, elle a le droit de déposer une requête en révocation du juge », estime Asi.
Pendant de nombreuses années, on ne savait pas vraiment qui étaient les francs-maçons en Estonie, mais l’un des faits les plus surprenants de cette histoire est que la société soumet des rapports obligatoires au registre du commerce, y compris les procès-verbaux des réunions annuelles, où des dizaines de noms de représentants de loges sont indiqués assez ouvertement. Il comprend des entrepreneurs et des personnalités publiques, des médecins et des villageois, des musiciens et des avocats, des militaires et des écrivains.
De plus, l’adresse de la loge abrite une société de gestion immobilière franc-maçonne, ainsi que plusieurs organisations à but non lucratif, allant d’une fondation caritative à un club de moto, dont les membres du conseil d’administration sont également totalement ouverts. De plus, les politiciens sont représentés ici dans tout le spectre politique : du Parti de la réforme à l’EKRE.
« Nous exprimons notre position envers l’Estonie en votant et, bien sûr, en choisissant différents partis », a expliqué Himma. « Y a-t-il des politiciens parmi nous ? Oui, mais un politicien doit toujours se demander si, si vous travaillez dans la fonction publique ou si votre salaire est payé par le contribuable, il doit se demander s’il est judicieux pour vous d’adhérer à une fraternité, car vous devenez vulnérable. »
La confrérie est certainement devenue plus ouverte : il y a quelques années, le 250e anniversaire de la franc-maçonnerie a été célébré en Estonie avec une conférence, une exposition et même un timbre-poste. Le temple accueille régulièrement des visites et, près du hall, vous pouvez même trouver une vitrine avec des souvenirs, où chacun peut acheter une friandise auprès des francs-maçons. Mais qu’en est-il de la croyance selon laquelle, parallèlement aux rituels, il existe une sorte de conspiration contre la société, une sorte d’accord émerge, l’avancement de son propre bien ?
« Eh bien, on peut tout imaginer. Mais je n’ai pas l’imagination nécessaire pour supposer que des ONG puissent diriger le monde. Or, on voit que même les grands pays ne peuvent rien diriger. Et si vous pensez vraiment qu’une telle chose existe, eh bien, pour l’amour du ciel, réfléchissez-y. Ce qui se passe chez nous n’a rien à voir », répondit Khimma.
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Il est relativement facile d’être un initié ou un franc-maçon en voie de réalisation, quand tout est calme autour de soi ou, du moins, tant qu’on n’est malmené que par des remous ordinaires ou par une confrontation patiente à soi-même.
Aussi bien, les règles du jugement, au sens des actes de pensée par quoi « l’on affirme ou l’on nie la réalité d’une chose ou la vérité d’un rapport entre deux termes », ne doivent pas varier, au gré des circonstances, par entraînement des peurs et des enthousiasmes et de toutes sortes de biais, sauf à démontrer que l’on s’est précédemment trompé ou que les méthodes que l’on applique désormais intègrent de nouveaux critères ou en négligent d’anciens – cela de façon honnête, c’est-à-dire toujours consciente, contrôlée et consentie.
En revanche, quand la planète semble danser sur un volcan, le trouble s’accroît et, au lieu d’être plus exigeant que d’habitude, le profane est tenté de se raccrocher à des conceptions abruptes sinon aveugles. Peut-on se revendiquer de l’initiation quand le profane en soi obère les perspectives ? La sourde crainte d’une fin du monde conduit à une forme d’anéantissement de la pensée.
C’est alors que nous touchons à la notion d’apocalypse, comme surgissement de catastrophes massives et violentes or le mot d’apocalypse vient du grec Ἀποκάλυψις [apokálupsis] qui signifie littéralement « dévoilement », puis, dans la langue religieuse, « révélation ». Peut-être les crises, majeures d’autant plus, lèvent-elles le voile sur les forces qui se déchaînent soudain après de longues périodes de conflits plus ou moins larvés, de contradictions entretenues.
Mais, ce n’est pas une raison pour perdre le Nord, pour ne plus exercer son intelligence avec tempérance.
C’est cette fidélité que l’on attend du maçon. Prenons tous garde à ne pas céder insidieusement au tournis dans la tourmente !
Imaginez un stade vibrant sous les clameurs d’une foule en transe, où chaque but marqué devient une communion, chaque dribble un acte de foi. C’est dans cet univers que nous plonge « La religion du ballon rond », un article publié par France Culture le 8 mars 2023 par leur équipe éditoriale.
Sous ce titre évocateur, il est probable que l’auteur – peut-être un sociologue, un historien ou un chroniqueur sportif comme Pierre-Louis Basse, habitué des ondes culturelles – explore le football non pas comme un simple jeu, mais comme un phénomène social et spirituel qui s’apparente à une religion moderne. Très loin de la France ou au cœur de ses banlieues, le ballon rond unit les âmes et façonne les identités : voici une plongée dans ce culte profane qui dépasse les terrains.
Le football, un rite universel
Football et FM
Le titre « La religion du ballon rond » n’est pas anodin. Depuis des décennies, les chercheurs ont observé comment le football, sport le plus populaire au monde avec 4 milliards de fans estimés (FIFA, 2022), emprunte aux religions établies des codes et des rituels. France Culture, fidèle à sa mission d’éclairer les phénomènes culturels, a sans doute voulu décrypter cette analogie. L’article pourrait s’ouvrir sur une scène saisissante : un match décisif – peut-être la finale de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, encore dans les mémoires en 2025 – où des supporters pleurent, prient ou exultent comme dans une cathédrale à ciel ouvert. « Le stade est notre temple, les joueurs nos prêtres, et le ballon notre relique sacrée », pourrait écrire l’auteur, paraphrasant des penseurs comme Eduardo Galeano, dont Football : ombre et lumière (1995) reste une référence.
Le texte explorerait probablement les parallèles entre football et religion :
Les fidèles : des supporters dévoués, prêts à traverser continents ou à dépenser des fortunes pour assister à un match, comme les pèlerins d’antan.
Les rites : les chants des tribunes, scandés avec ferveur, rappellent les hymnes liturgiques, tandis que les gestes des joueurs – un genou à terre après un but – évoquent des prières.
Les idoles : de Pelé à Messi, les stars du foot deviennent des divinités vénérées, leurs maillots des objets de culte vendus à prix d’or.
Une religion née dans l’histoire
France Culture aime ancrer ses sujets dans une perspective historique, et cet article ne ferait pas exception. Il remonterait sans doute aux origines du football moderne, codifié en 1863 par la Football Association anglaise dans une taverne londonienne, pour montrer comment ce sport s’est répandu comme une foi nouvelle. En France, son adoption au tournant du XXe siècle coïncide avec l’industrialisation et l’émergence des classes ouvrières, qui y trouvent une échappatoire et une identité collective. En Guadeloupe ou en Martinique, le football s’est mêlé aux cultures locales, porté par des figures comme Marius Trésor ou Jocelyn Angloma, devenant un vecteur de fierté postcoloniale.
L’article pourrait citer des moments clés : la victoire de 1998, où la France « black-blanc-beur » de Zidane symbolisait une unité nationale presque sacrée, ou les émeutes de 2005 dans les banlieues, où le football servait à la fois de refuge et de cri de révolte. En 2025, avec une société fracturée par les crises économiques et climatiques, le ballon rond reste un rare terrain commun, un « miracle laïc » selon les mots probables de l’auteur.
Le sacré et le profane : une tension moderne
Footballer au milieu du stade ballon au pied
Mais le football n’est pas qu’un hymne à l’unité. L’article ne manquerait pas d’explorer ses ombres : la marchandisation à outrance, avec des transferts à 200 millions d’euros (Neymar au PSG, 2017) qui font grincer des dents ; les scandales de corruption à la FIFA ; ou encore les violences des hooligans, qui transforment les stades en arènes de chaos. « Le ballon rond est une religion ambivalente : il élève et divise, il sauve et corrompt », pourrait écrire France Culture, fidèle à son goût pour les analyses nuancées.
Un sociologue comme Patrick Mignon, spécialiste du sport à l’INSEP, pourrait être cité pour décrypter cette dualité : « Le football est un miroir de nos sociétés – il reflète nos espoirs, nos injustices, nos excès » (Mignon, 2010, pp. 67-84). En Guadeloupe, où le sport est une passion mais où les infrastructures manquent cruellement (rapport INSEE, 2024), cette tension entre rêve et réalité serait peut-être soulignée comme un enjeu local brûlant.
Une résonance en 2025
Pourquoi publier cet article en mars 2025 ? Le timing n’est pas fortuit. Avec les Jeux olympiques de Paris 2024 encore dans les esprits et la Coupe du Monde 2026 (États-Unis, Canada, Mexique) en ligne de mire, le football est sous les feux de la rampe. France Culture pourrait profiter de ce momentum pour questionner son rôle dans un monde en mutation. Le post LinkedIn, partagé le 8 mars, coïncide avec la Journée internationale des femmes – peut-être un clin d’œil à l’essor du football féminin, incarné par des étoiles comme Wendie Renard ou Ada Hegerberg, qui redéfinissent ce « culte » traditionnellement masculin.
L’article se conclue sur une note ouverte :
« Le football est-il une religion qui nous sauve ou un opium qui nous endort ? À nous d’en écrire la prochaine prière. »
Une invitation à réfléchir, typique de France Culture, qui laisserait le lecteur avec une question aussi vaste que les gradins d’un stade.
La culture est une aspiration universelle qui relie les hommes autour de valeurs, qui favorise un mode de pensée plurielle, qui trace un infini chemin de la connaissance.Rite, tradition, histoire… La culture est au cœur de la démarche maçonnique en Grande Loge de France comme autant d’échos aux valeurs d’universalisme qu’elle incarne. C’est un véritable phare pour transmettre, partager, fédérer… La culture, au cœur de l’ADN de la Grande Loge de France.
Sous l’impulsion de Thierry Zaveroni, Grand Maître de notre obédience, un nouveau Musée verra le jour, le 27 mars prochain, en l’hôtel de la Grande Loge de France à Paris 17e. Un magnifique écrin pour mettre en lumière la richesse de sa culture et son patrimoine maçonniques.Cette Newsletter GLDF n°135 de mars 2025 fait la part belle à cette nouvelle expérience culturelle ainsi qu’à toutes les initiatives permettant de découvrir notre démarche initiatique. Bonne lecture !
Ouverture prochaine du nouveau Musée de la Grande Loge de France
Le compte à rebours est lancé !
Ouverture au public au printemps 2025
Derniers travaux, pose des décors, installation des objets… L’effervescence bat son plein, 8 rue Louis Puteaux, Paris 17e, pour finaliser le nouveau Musée de la Grande Loge de France, dont l’inauguration aura lieu le 27 mars prochain.Préparez-vous à plonger dans une exploration inédite d’œuvres et d’objets témoignant de la richesse et de la profondeur de la tradition maçonnique. Chaque salle, chaque objet, vous invitera à découvrir un univers où l’art et l’histoire se rencontrent. Un parcours d’exposition riche de sens…
L’ambition de ce nouveau Musée ?
Il s’agit d’un projet architectural et muséographique de grande envergure utilisant tous les modes et codes de la communication moderne pour :- proposer un musée centré sur l’humain, reflétant davantage le quotidien et la modernité de la démarche maçonnique.- faire découvrir aux visiteurs la diversitéet la richesse des collections sous un nouveau jour, grâce à une approche scientifique, une perspective culturelle renouvelée et une scénographie innovante ;- démystifier la franc-maçonnerie en expliquant le véritable esprit des francs-maçons en quête de sens et de partage ainsi que leurs idéaux humanistes.
Quels trésors à découvrir ?
Une sélection des pièces phare du patrimoine maçonnique issues de la collection du Musée-Archives-Bibliothèque de la Grande Loge de France qui compte aujourd’hui plus de 3000 pièces :- des objets maçonniques du quotidien, bien des pièces personnelles chargées d’émotions ;- des objets témoins de l’histoire de la franc-maçonnerie en général et de notre obédience en particulier.- des récits fascinants sur des personnages qui ont marqué l’histoire de la franc-maçonnerie et mis en lumière sa place dans notre société…
Quel type de mise en scène ?
Sans trop dévoiler la magie du lieu, voici quelques éléments forts du parcours dont chaque mise en scène image la reconstruction de soi, le parcours de progression, l’élévation spirituelle permise par la démarche initiatique au Rite Écossais Ancien et Accepté :- deux salles dont les décors et les objets illustrent le travail des francs-maçons de « midi à minuit ».
L’une, avec pour plafond un ciel bleu clair, mettant en lumière les arts du feu, des instruments du rituel, des textiles anciens, etc., exposés dans des vitrines dont la forme s’inspire des statues colossales de Ramsès II, à l’entrée du temple d’Abou Simbel.L’autre, avec pour plafond un ciel bleu nuit telle la voûte étoilée, accueillant un espace multimédia qui retrace les origines de la franc-maçonnerie avec des vitrines inédites conçues comme des planchettes en bois Kapla géantes.- un escalier monumental conduisant au temple Pierre Brossolette, où marche après marche, comme pour imager le parcours maçonnique, chacun pourra découvrir des portraits de personnages de la Maçonnerie et ses inspirations.- les lieux emblématiques du site : les magnifiques temples Pierre Brossolette et Franklin Roosevelt…
Informations pratiques à venir sur nos réseaux sociaux et notre site internet www.gldf.org
Replay de l’émission sur le nouveau Musée
Comme tous les mois de mars, la Grande Loge de France cède son temps d’antenne sur France Culture à une autre obédience.En attendant la prochaine émission du 20 avril 2025, ne manquez pas d’écouter les nombreux replays disponibles sur notre site internet, dont celle dédiée à présenter le nouveau Musée de la Grande Loge de France.
Remise de la médaille de la Grande Loge de France à Jean-Michel Filippi, Vénérable Maître de la Loge Nagara La Lumière d’Angkor, à l’Orient de Phnom Penh (Cambodge), par Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France. @ AG – Grande Loge de France, Officiel
Solidarité en actions
Dîner de gala : une première pour aider les jeunes en situation de handicap
La Grande Loge de France et son fonds de dotation Fraternité & Humanisme organisent le 10 avril 2025 une opération caritative inédite dans l’esprit des valeurs solidaires et humanistes qui les animent : un dîner de gala au profit de jeunes en situation de handicap.Cette soirée exceptionnelle se déroulera dans l’écrin historique magnifique du cercle de l’Union interalliée, situé au cœur de Paris, et réunira de prestigieux invités et partenaires. Au nom de la solidarité, de la fraternité et du bien vivre ensemble…
Amour de la lecture, art de la planche, oralité et écrit, transmission et tradition, initiation et écriture…
Ne manquez pas le Points de Vue Initiatiques – mars 2025 intitulé « Je ne sais ni lire ni écrire ». Un numéro sur le long chemin de la connaissance par la lecture et l’écriture qui ne manquera pas de « parler » à tous !Deux entretiens passionnants enrichissent les textes de la thématique :- le premier avec Jean Mouttapa, l’éditeur de la collection « Spiritualités vivantes » qui a publié les plus grands auteurs contemporains, comme François Cheng ;- le second avec Eleni Mouratidou, professeure en sciences de l’information et de la communication, qui nous aide à comprendre la relation entre signe, langage et symbole, entre le nom et la chose, si essentielle dans la démarche maçonnique.
Rendez-vous sur les réseaux sociaux de notre obédience pour découvrir notre actualité, notre identité, notre culture, notre histoire, nos publications, etc. : Facebook, X, Instagram, TikTok, YouTube et LinkedIn.Outre les « reminders » et les vidéos de nos événements, vous pourrez y lire des portraits, des citations autour des valeurs de la franc-maçonnerie, etc.
Exemple avec ce portrait de Pierre Dac, diffusé le jour anniversaire de sa disparition, le 9 février 2025, sur les pages Instagram et Facebook de la Grande Loge de France, .
Pierre Dac, un combattant et un Frère engagé
Il y a 50 ans disparaissait Pierre Dac (1893-1975), de son vrai nom André Isaac, maître incontesté de l’absurde, résistant de la première heure et… franc-maçon de la Grande Loge de France.Pierre Dac a rejoint notre obédience après-guerre. Il est initié le 18 mars 1946 à la Loge Les Compagnons Ardents etpasse Compagnon le 9 mars 1947.Son attachement à la franc-maçonnerie transparaît néanmoins dans sa parodie maçonnique devenue légendaire : le « Rituel du Premier Degré Symbolique de la Grande Loge des Voyous ».Si Pierre Dac n’est plus, son héritage demeure : un humour libre et affûté, où l’absurde devient un outil de réflexion et de subversion. « Il vaut mieux qu’il pleuve aujourd’hui plutôt qu’un jour où il fait beau », disait-il avec une fausse naïveté. Comme en Maçonnerie, derrière le jeu des mots, se cachait une sagesse profonde.« Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Et là où il n’y a pas de chemin, il y a peut-être une volonté de ne pas en faire ».
(de Cioran à Simon le magicien, Basilide, valentin, Corpocrate, Marcion, et quelques autres gnostiques)
« L’injustice gouverne l’univers. Tout ce qui s’y construit, tout ce qui s’y défait porte l’empreinte d’une fragilité immonde comme si la matière était le fruit d’un scandale au sein du néant »
E. Cioran. (Précis de décomposition)
Quel numéro qu’Emil Cioran ! Champion toutes catégories d’un pessimisme noir, il était en fait d’un humour sans bornes. Parfois réduite à une neurasthénie apparente, son œuvre est d’une vitalité étonnante, volontiers lyrique, allant souvent vers un humour dévastateur (Il se définissait lui-même comme un « déconneur » !) Pour lui, le désespoir doit devenir un moteur. Il écrit, dans ses « Cahiers » : « Même une négation doit avoir quelque chose d’exaltant, quelque chose qui vous relève, qui vous aide, vous assiste ».
Emil Cioran
Etrangement, ce vitaliste fut accusé par ses détracteurs que son pessimisme sur la nature humaine était une incitation au suicide, mais il cultivait un désespoir philosophique très calculé, très littéraire, lui qui écrivait : « Et si je ne me tue pas, c’est que, une fois en possession d’une telle certitude, le fait de continuer de « persévérer dans l’être » (expression appartenant à Spinoza) acquiert une dimension nouvelle, inattendue : celle d’un paradoxe constant, d’une provocation, si tu veux ». Provocation qu’il mania avec dextérité toute sa vie qui fut tardive et somme toute bien occupée entre ses repas et discussions joyeuses avec la « bande des trois » (Eugène Ionesco-Mircéa Eliade- Emil Cioran) et une vie mondaine qu’il critiquait mais dont il avait une belle pratique ! Et puis, au-delà des lamentations, un incroyable sens de l’humour et, finalement une appétence à la vie indéracinable. Comme quoi il convient de rester dans le discernement face aux discours.
Cioran sera hanté toute sa vie par la fièvre des mystiques ; ces « perturbés de l’absolu », selon sa formule et il plongera avec délice dans diverses traditions ou hérésies religieuses qui ressortent dans sa correspondance. Dans son célèbre « De l’inconvénient d’être né » il écrira : « Mon existence m’apparaît comme la dégradation et l’usure d’un psaume » ! Cette recherche mystique, dans un désespoir très travaillé, se traduit à trouver « ce rien de lumière en chacun de nous et qui remonte bien avant notre naissance », et il nous avoue : « Je ne l’explique pas, elle m’habite depuis toujours, elle était en moi avant moi ».
Le fils du prêtre roumain éclaire ainsi ses ténèbres et ne peut plus se présenter comme l’instigateur du désespoir, mode d’emploi. Nous pourrions peut-être, au lieu de tenter de le rattacher à un courant littéraire classique, de voir une filiation avec le gnosticisme. Je saute sur l’occasion d’en parler !
Cioran en Roumanie
Tout au long de son histoire le gnosticisme partagera, comme Cioran, ce parfum de scandale et de rejet des sociétés civiles et religieuses. Son étrange conception du monde y contribuera énormément en portant sur la création l’insupportable angoisse d’une éternité toujours promise et toujours refusée par une société qui a un mépris de plus en plus affiché de la personne humaine, de la duperie des idéologies et d’une fascination pour la violence. Le gnostique est celui qui voudrait voir avec lucidité ce scandale permanent qu’est l’existence du monde et de l’homme tels qu’ils sont. « Ceux qui savent », constitueront des communautés importantes regroupées autour de quelques maîtres et détentrices d’un enseignement très différent de tous ceux qui avaient cours, dans leur lieu d’origine des rives orientales de la Méditerranée, en Syrie, en Samarie, en Egypte, dans un temps où le christianisme cherchait sa voie et où tant de prophètes occasionnels parcouraient les chemins de l’Orient. La gnose va se présenter comme une pensée profondément originale, une pensée mutante où existe le refus des systèmes et d’un monde gouverné non par des hommes mais par des ombres, des semblances d’hommes. Ce qui va les mener à vivre en marge de toute société constituée, le refus de toute compromission avec des institutions fallacieuses et à refuser la procréation, le mariage, la famille, l’obéissance aux pouvoirs temporels qu’ils soient païens ou chrétiens. L’anarchisme avant la lettre !
La gnose se voulait une connaissance et non une croyance ou une foi. Elle misait sur la recherche de l’origine des choses, de la nature réelle de la matière et de la chair, du devenir d’un monde auquel l’homme appartient. Les gnostiques voyaient la vie, la pensée, le devenir humain et planétaire comme une œuvre manquée, limitée, non-fonctionnelle dans ses structures les plus profondes, depuis les étoiles lointaines jusqu’aux noyaux de nos cellules. La trace d’une imperfection originelle parfaitement pessimiste qui nous met totalement en marge d’un « ordo ab chaos ». Cependant, existerait quelque chose en l’homme qui échapperait à la malédiction : un feu, une étincelle, une lumière issue du « vrai » Dieu, lointain, inaccessible, étranger à l’ordre pervers de l’univers, et que la tâche de l’homme est de tenter de retrouver l’unité première et le royaume de ce Dieu inconnu, étranger à toutes les religions antérieures. Pour se faire, l’homme doit s’arracher aux sortilèges et aux illusions du réel pour regagner sa « patrie perdue ».
I- UNE TROUILLE PASCALIENNE DE L’INFINI.
Pascal, penseur secouriste de l’esprit cartésien: je panse donc je suis…
Regarder le ciel et son immensité conduit à l’inquiétude : il est vaste, c’est bien, mais il est infini, c’est trop. Quelque chose, dans cette immensité, s’engrène avec une régularité inquiétante par sa précision même, un mécanisme dont on ne sait contre qui il déploie sa logique interne. Par ce simple regard porté sur la voûte céleste, les gnostiques se trouvent affrontés à la nature ultime du réel : quelle est cette matière tour à tour pleine et vide, compacte et tenue, lumineuse et obscure dont notre ciel est fait ? Puisque l’homme est un fragment de l’univers, puisque le corps de l’un et l’espace de l’autre procèdent d’une matière unique, tous deux devraient donc obéir aux mêmes lois et l’homme devient alors une image réduite, un condensé, du ciel. Avec leurs mêmes zones d’ombre et de lumière. Mais, le ciel se présente aussi comme un cercle qui entoure la terre en un deuxième cercle, le feu des planètes, des étoiles, des sphères du ciel, des galaxies. Une secte gnostique, les Pérates, découvrent même dans la constellation du Serpent l’origine du monde : C’est lui qui détenait la connaissance primordiale et avait tenté de la communiquer au premier homme dans l’Eden. Cette reprise du texte biblique est naturellement dirigée contre le judéo-christianisme qui, pour eux, est un ennemi par excellence de toute connaissance et de tout progrès (Genèse 3). Mais, au-delà du second cercle, les gnostiques vont en imaginer d’autres dont le nombre varie jusqu’au cercle ultime qui constitue la source et la racine de la totalité de l’univers. Basilide l’appellera le monde hypercosmique où réside l’Être Suprême, le Dieu-néant, détenteur de tous les devenirs, feu purement intelligible où se trouverait la semence de tout ce qui, par la suite, tombe dans les cercles inférieurs et devient nature animée ou inanimée. Les implications de cette image du monde scindé en plusieurs univers, dont le dernier est le nôtre, totalement séparé par une barrière d’ombre compacte est radicale : la pesanteur, le froid, et l’immobilité sont notre condition, notre destin et notre mort. La tâche spirituelle du gnostique est donc de regagner le monde supérieur d’où jamais nous n’aurions dû chuter en supprimant ou en allégeant toute la matière de ce monde. Tel est le but étrange que poursuivirent les gnostiques qui, dans la nuit stellaire, savent que tout contact n’est pas irrémédiablement perdu avec les cercles supérieurs et qu’ils peuvent vaincre et briser l’antique malédiction qui à truqué le jeu du monde pour nous rejeter loin de l’hyper-monde, dans le cercle enténébré qu’ils appelaient le « cercle du feu obscur ».
L’engourdissement est imparti à tout ce qui vit et existe, de l’air à la pierre, de l’insecte à l’homme, dont la plus belle représentation symbolique est le sommeil où se met en place l’engourdissement de l’esprit. Il convient donc de se réveiller, être éveillé, veiller, termes qui reviennent constamment dans les écrits gnostiques. D’où la référence constante au dieu Hermès qui était appelé « l’éveillé ». L’éveil est prise de conscience en tout premier lieu : pour les gnostiques, le malheur de l’homme ne vient pas d’un péché originel, mais par la création du monde par un démiurge qui a constitué le cercle du feu obscur dont dépend la terre et qui est, avant-tout, le domaine du mal. Cependant, pour échapper à l’angoisse, les gnostiques pensent qu’il existe un Dieu vrai, à l’origine de la création et qui veut le bien de ses créatures et dont l’homme est porteur d’une étincelle. Nous assistons donc ainsi à la naissance ou au renforcement du manichéisme. Pour les gnostiques, le christianisme joue de la misère humaine pour évoquer, comme récompense, le salut sous réserve de ne point changer l’organisation sociale et ecclésiastique, même si cette dernière est injuste. Les gnostiques, eux, n’ont cesse de prôner l’insoumission à l’égard de tous les pouvoirs chrétiens ou païens D’où la naissance d’un esprit révolutionnaire qui dépassait largement les querelles théologiques et qui amèneront les pouvoirs publiques à une répression de ce courant. La différence qui caractérise les gnostiques de leurs contemporains, c’est que pour eux, leur « terre natale » n’est pas la terre, mais le ciel perdu dont ils ont conservé la mémoire. Ils sont les citoyens d’un autre monde !
Le but de l’homme serait d’acquérir une sorte d’anti-pesanteur pour vaincre l’inertie du corps et de l’esprit et rejoindre le firmament salvateur que l’ombre dérobe à notre vue. Nous serions des plantes prématurées, arrachées à leur cocon protecteur (le terme « gnosis », connaissance en Grec est très proche de « génésis » qui veut dire naissance et genèse). La gnose est par essence une genèse : elle se veut redonner à l’homme sa véritable naissance et supprimer son immaturité génétique et mentale.
II- DE DRÔLES DE BONHOMMES SUR DE DRÔLES DE CHEMINS.
Les Cathares
Au cours des deux premiers siècles, le gnosticisme connu une multitude de sectes avec des développements « théologiques » parfois totalement contradictoires. Nous pouvons plus parler d’un état d’esprit que d’une doctrine unifiée. La gnose va se développer sur les terres du judaïsme et du christianisme et ce sont surtout les Pères de l’Église qui vont nous parler de leurs doctrines en les attaquant violemment et en en exagérant certains traits, notamment sexuels, pour mieux les condamner comme hérétiques. Pour eux, ils ne sont pas leurs « frères » mais sont pratiquants d’une autre religion, tendance qui s’accentuera plus tard avec l’implantation des Cathares en France et qui aboutira à leur destruction. Les gnostiques, errants et fondateurs de petite communautés, vont se heurter, dès le début de leur histoire, aux disciples de Jésus.
Le plus ancien de ces prophètes errants sera Simon le Magicien, originaire d’un bourg de Samarie nommé Gitta. Les « Actes des Apôtres » nous disent qu’il déplaçait des foules pour entendre son message (Actes 8-4,25). Lui-même, comme Jésus, se définit comme « Fils de Dieu » et pense que le démiurge, ce « gendarme cosmique », est incompatible avec l’image d’un Dieu bon, ami de l’homme, créateur de la vie, il en conclut donc que Jéhovah n’est pas le vrai Dieu, mais un démiurge pervers que la Bible elle-même décrit d’ailleurs comme un être vindicatif, coléreux, jaloux, susceptible et méchant ! L’homme porterait en lui les fleuves de l’Eden, comme il porte dans sa psyché l’étincelle du vrai Dieu qui doit être entretenue car l’âme n’est pas éternelle par nature mais peu le devenir par cette communion au feu divin. Sinon elle retourne au néant.
Nous voyons bien là la contradiction avec l’enseignement des Apôtres qui pensent que l’âme est immortelle, récompensée ou punie en fonction de ses actions devant le tribunal divin, alors que pour les gnostiques, tout se joue hic et nunc, avant la mort, en se créant véritablement une âme eux-mêmes qui est l’étincelle d’origine et qui la fait croître en s’alimentant au feu divin. Un autre aspect de la pensée de Simon va choquer fortement les chrétiens : la place de la femme. Pour lui, la femme est coexistante à l’homme, et non crée à partir de l’homme, et donc d’une image tronquée par la Bible. D’où une vision de la sexualité beaucoup plus libre que dans le judéo-christianisme : « Toi et Moi ne sommes qu’Un », proposait-il dans la vision d’un couple primordial, où le désir est exalté comme feu premier du monde et source de libération. Les positions de Simon vont lui valoir, par l’Église la création d’un nouveau mot dans le vocabulaire : le « Simonisme » car le Nouveau Testament le suppose avoir tenté d’acheter les pouvoirs de guérison du diacre Philippe pour en tirer lui-même des pouvoirs et des revenus !
La vision du monde gnostique va faire son chemin, y compris en assimilant parfois des pensées étrangères à la culture du moyen-orient. Ainsi, un historien du gnosticisme, Robert Grant, dans son ouvrage, « Gnosticism and early christianity » évoque une influence bouddhiste dans les théories de Basilide que ce dernier entendit dans certains milieux de résidents asiatiques à Alexandrie. Au IIe siècle, en les déformant, les chrétiens nous ferons connaître certains textes des gnostiques, mais venus au pouvoir, ils mettront en place une persécution au lieu d’une discussion. Ce qui, au IVe siècle pousseront les gnostiques vers la clandestinité, mais non à la disparité de leurs idées. Après la disparition de Simon, un certain nombre de disciples continuèrent son enseignement. Nous connaissons deux noms : Ménandre et Saturnin. N’ayant ni Eglises, ni dogmes, ni Conciles, le gnosticisme se voulait un courant de pensée libre, face à un christianisme dogmatique, taxant d’hérétiques ses adversaires.
Alexandrie au IIe siècle sera l’un des grands creusets de la gnose, avec sa population incroyablement diverse et les idées qui y circulent et font parfois l’objet d’amalgames hétérodoxes. C’est vers l’époque où l’empereur Hadrien la visita, aux environs de 130 après J.C., qu’enseignaient un certain nombre de gnostiques parmi les plus connus : Basilide, Carpocrate, Valentin.
Basilide, l’un des premiers maîtres gnostiques pose à l’origine du monde et de notre psyché l’illusion. C’est, par excellence une pensée apophatique reposant sur le non-étant, l’inexistant, le non-réel. Il rejoint la pensée hindoue quand, tentant de définir Dieu, elle le décrit comme « Néti-Néti », ni ceci, ni cela. Un vertige absolu qui exclut toute tentative théologique pour atteindre le vrai Dieu, au-delà du discours sur Lui. L’aboutissement est une rencontre avec le silence. A l’exemple de Pythagore qui l’imposait durant cinq ans à ses disciples. Ce silence, n’est pas seulement ou essentiellement absence de paroles, mais approfondissement de la réflexion par le discernement. Aux bruits du monde, le gnostique oppose une sorte d’anti-matière que devient alors le silence de l’homme à la recherche d’une vie « ailleurs ».
Autre grande figure des gnostiques, Valentin, formé à Alexandrie, se rendra à Rome durant de nombreuses années. Contrairement aux autres gnostiques, il fut d’abord chrétien et faillit même devenir prêtre. Il sera chassé de l’Église en fonction de l’évolution de ses convictions. Il quittera Rome pour se rendre à Chypre où il va fonder une communauté de disciples. Dans son livre, l’ « Evangile de Liberté », les thèmes gnostiques y sont développés fondamentalement : à l’origine du monde c’est l’erreur qui domine ; issue du Père inconnu, étranger, et qui engendra dans le vide de l’univers en gestation, l’oubli, l’angoisse et la terreur. C’est d’Eux que nous procédons, c’est Eux qui nous habitent et c’est pourquoi ce monde, fruit de l’erreur, est appelé par Valentin le « monde de la déficience » qui plonge l’homme dans la solitude. Les hommes répondent à ce destin tragique en s’inscrivant dans trois catégories :
Les « Hyliques », hommes de la matérialité, avec comme destin la corruption définitive.
Les « Psychiques » qui sont en voie de progression en se créant une âme, mais qui ne suffit pas si elle est coupée de la vérité. Il lui faut donc posséder la gnose.
Les « Spirituels ou Pneumatiques » qui sont, en fait, les gnostiques. Ils accèdent au dernier cercle, au cercle du Pneuma ou de l’Esprit. Qui atteignait l’état pneumatique était totalement affranchi de toutes les entraves et corruptions de nature matérielle, car le cordon ombilical qui le reliait au monde de la matière, ici-bas, était tranché. Les Cathares, avec la catégorie des « Parfaits », reprendront cette caractérisation des différences des états spirituels.
Des trois grands maîtres gnostiques alexandrins, le plus singulier semble avoir été Carpocrate qui était grec, originaire de l’île de Céphalonie. Il eut un fils, Epiphane, qui fut élevé dans la philosophie platonicienne et l’enseignement gnostique et devint très tôt un véritable maître d’une précocité inouïe. Il mourut à 17 ans en laissant un traité « Sur la justice » dont Clément d’Alexandrie citera plusieurs passages dans ses ouvrages théologiques. Si l’on excepte la doctrine, assez étrange, sur la transmigration des âmes et la métempsychose, l’enseignement de Carpocrate et de son fils Epiphane était parfaitement orthodoxe à la vision gnostique de l’univers. Ils recrutaient leurs fidèles dans les mêmes milieux que les prédicateurs chrétiens et les femmes y jouaient un grand rôle, non seulement en tant que partenaires, mais aussi comme initiées et initiatrices. Epiphane, partisan de l’insoumission face à ce monde trompeur ira jusqu’à prôner l’abolition de la propriété privée au profit d’une propriété collective. Une sorte de communisme avant l’heure ! Les Carpocratiens ne pensaient pas que l’homme fut mauvais, mais seulement que le monde était détourné par des anges inférieurs. Le sentiment était que tout est donné à l’homme dès sa naissance, mais que rien n’est acquis pour autant.
A partir du IIIe siècle, les groupes gnostiques vont se répandre dans tout le Proche Orient et au IVe siècle, Saint Epiphane en compte 60 ! Ils satisfaisaient toutes les exigences, de l’esprit par la radicalité de leurs attitudes et leur lucidité, tout en développant la ferveur des participants. Le but du gnosticisme étant de déconditionner l’homme en le conduisant à tout éprouver, tout exprimer, tout dévoiler, afin de mettre à nu la condition humaine. Rien n’est possible tant que l’homme ne s’est pas dépouillé de tout ce qui le conditionne, à tous les niveaux de sa vie et ainsi le réveiller. La pensée manichéenne dont la gnose est porteuse s’infiltrera même au sein de l’Église et la menacera dans la mise en place d’hérésies dangereuse pour son unité. Ce qui sera le cas pour le courant marcionite.
Marsion était originaire de Sinope, dans le Pont, sur les rivages nord de l’Anatolie, où il naît en 85 après J.C. Son père était évêque de Sinope et Marcion vit dans un milieu essentiellement chrétien. Ses connaissances théologiques en font un « véritable savant », selon Saint Jérôme, mais ses convictions vont évoluer de façon radicale et son propre père l’exclut de la communauté chrétienne. On le retrouve à Rome où, en 140, il publie ses « Antithèses » qui expliquent sa conception du monde très orientée vers le gnosticisme et préside à la constitution d’une nouvelle Eglise. Pour lui, existe une différence fondamentale entre l’Ancien et le Nouveau Testament. L’Ancien Testament montre un Dieu qui ignore la générosité, la tolérance et la clémence. Il est créateur d’un monde essentiellement mauvais. Jéhovah serait le démiurge négatif, alors que le vrai Dieu serait le père dont se réclame Jésus dans le Nouveau Testament et dont il est le Fils. D’où, l’opposition totale entre l’Ancien et Nouveau Testament qui fait que la Bible ne peut être un livre révélé et qu’il convient de rejeter l’Ancien. Cette orientation montre aussi la lecture de l’évolution des croyances des pasteurs nomades de la Bible et d’une société qui devient paysanne ou urbaine. Mais, dangereusement, nous pouvons y lire aussi la naissance d’un antijudaïsme, voire d’un antisémitisme qui va de plus en plus s’affirmer et où nous pouvons discerner l’influence de Marcion, voulant couper les ponts avec un monde biblique qui vivait très mal la modernité. L’influence de Marcion eut une énorme influence dans l’Église, par exemple dans les rituels de la messe dans l’Église catholique : les fidèles restent assis à la lecture de l’Ancien Testament et se lèvent à la lecture du Nouveau !
III- CONCLUSIONS : L’ESPRIT PLUS QUE LA LETTRE.
Cette étrange cosmogonie-Théogonie allant, dans un carrousel incessant, de la nature à Dieu (Le démiurge négatif et le Dieu vrai inaccessible) fascina les hommes durant des siècles et joue encore un rôle d’attraction sur certains de nos contemporains, assez souvent dans nos milieux d’ailleurs. A partir du IVe siècle, la gnose va quitter les villes, notamment Alexandrie, où les chrétiens s’installent pour reprendre une errance pour répandre leurs idées en Mésopotamie, Arménie, Cappadoce, Grèce, Bulgarie, Bosnie, où elle va laisser des traces profondes dans des courants nouveaux ou à l’intérieur des églises chrétiennes, de façon discrète, dans des nuances théologiques. On peut parler ici, d’une influence des « libertaires de la gnose » et de leur action discrète pour éviter les persécutions chrétiennes. L’un des résultats le plus probant, historiquement, sera l’influence théologique sur la naissance des Bogomiles et, bien sûr, des Cathares. Avec la conséquence d’une véritable guerre civile et du bûcher de Montségur.
Le mal est tout ce qui accroît l’entropie du monde et n’est nullement une épreuve bénéfique conduisant à un « monde meilleur », comme le laissait entendre l’Église catholique. Le mal est aliénant et ne conduit qu’à une régression, n’apportant aucune connaissance personnelle ou salvatrice. Pour la gnose, le mal ne fait partie d’aucun plan divin, comme, contradictoirement, le laissait entendre le livre de Job dans l’Ancien Testament !
Combattre le mal demande de donner un sens à notre vie. Rester dans un retrait hors du monde est stérile et rechercher dans le passé immémorial ou se projeter dans le futur ne peut que détourner l’homme de sa quête véritable qui est de trouver une conscience nouvelle, surgit de l’expérience immédiate, celle du présent et de la cohabitation avec les autres qui nous impose la pratique de la tolérance et donc la possibilité d’œuvrer ensemble. Dans son très intéressant ouvrage, Jacques Lacarrière, citant Henri Laborit et son ouvrage « L’homme imaginant » où il propose la connaissance de nos structures mentales comme clef au changement, écrit (1) : « Toute voie gnostique passe par un double itinéraire : la certitude existentielle (disons même instinctive) de notre inachèvement et la nécessité-pour s’y soustraire ou l’atténuer-d’emprunter la voie de la connaissance. Cette connaissance implique avant tout celle des déterminismes biologiques, des impulsions psychiques, des contraintes économiques qui nous gouvernent et nous manœuvrent mais aussi la participation totale aux problèmes et aux misères de ce temps. Le gnostique d’aujourd’hui ne saurait plus être un prêcheur de salut, un mage retiré sur sa montagne ni quelque illuminé des grandes villes féru de textes anciens, mais un homme sentient, tourné vers le présent et le futur, avec la certitude intuitive qu’il possède avant-tout en lui-même les clés de cet avenir, certitude qu’il devra opposer à toutes les mythologies rassurantes, religions soi-disant salvatrices, idéologies désaliénatrices, qui ne font qu’entraver sa présence véritable au réel. Car l’important, aujourd’hui, est moins de découvrir de nouvelles étoiles que de briser les nouvelles frontières qui sans cesse se dressent autour de nous ou qui se tracent en nous-mêmes, pour les franchir, comme la mort, les yeux ouverts. »
PAS MAL COMME PROGRAMME NON ?!
NOTES
Sagnard François : La gnose valentinienne et le témoignage de Saint-Irénéé. Paris. Ed. Vrin. 1947.
(1) Lacarrière Jacques : Les gnostiques. Paris. Ed. Gallimard. 1973. (Page 150)
BIBLIOGRAPHIE
Brakke David : Les gnostiques. Paris. Ed. Les Belles Lettres. 2022.
De Rougemont Denis : L’amour et l’occident. Paris. Union Générale d’Editions. 1972.
Doresse : Les livres secrets des gnostiques d’Egypte. 2 Tomes. Paris. Ed. Plon. 1958-1963.
Grand Robert M. : La gnose et les origines chrétiennes. Paris. Ed. Du Seuil. 1960.
Hutin Serge : Les gnostiques. Paris. PUF. 2018.
Irénée de Lyon : Contre les hérétiques. Paris. Ed. Du Cerf. 1991.
Lacarrière Jacques : Science et croyances. Paris. Ed. Albin Michel. 1999.
Lacarrière Jacques : Les hommes ivres de Dieu. Paris. Ed. Albin Michel. 1961.
Leisegang Henri : La gnose. Paris. Ed. Payot. 1951.
Ouvrage collectif : Ecrits gnostiques. La bibliothèque de Nag-Hamadi. Paris. Ed. Gallimard/La Pléiade. 2007.
Pétrement Simone : Le dualisme chez Platon, les gnostiques et les manichéens. Paris. PUF. 1947.
Runciman Serge : Le manichéisme médiéval. Paris. Ed. Payot. 1949.
De notre confrère italien agenparl.eu – Par Luigi Camilloni
Le 27 février 2025, Agenparl, agence de presse nationale et internationale, a formalisé une demande de dommages et intérêts contre le Grand Orient d’Italie (GOI) pour diffamation par voie de presse. Le litige, présenté à un organisme de médiation à Rome, naît de l’absence de rectification d’un communiqué de presse du GOI, jugé diffamatoire par Agenparl. La question sera discutée vers le 31 mars.
Le conflit naît d’un article sur Leo Taroni
Le 16 décembre 2024, le Grand Maître du GOI, Stefano Bisi, a publié une déclaration sur le site officiel du Grand Orient d’Italie – Palazzo Giustiniani dans laquelle il contestait un article publié par Agenparl le 14 décembre 2024, intitulé : « Le Grand Orient d’Italie : Leo Taroni est le nouveau Grand Maître ».
Selon le GOI, l’article était préjudiciable et déformait la réalité, contribuant à alimenter la controverse sur certaines affaires judiciaires en cours.
Dans sa déclaration, Bisi a déclaré que le gouvernement italien s’estimait lésé par la diffusion d’informations incorrectes et trompeuses et a demandé une rectification, se réservant la possibilité d’une action en justice contre Agenparl. Le communiqué de presse a également été diffusé sur la plateforme X (anciennement Twitter) à la même date.
Le droit de rectification et le refus du GOI
L’Agenparl, citant l’article 8 de la Loi sur la Presse, a immédiatement demandé une correction immédiate du communiqué de presse du GOI, soulignant qu’il avait simplement rapporté fidèlement la position officielle du GOI, telle qu’exprimée par l’avocat Raffaele Cappiello, conservateur spécial de l’Ordre.
Selon Agenparl, son article n’anticipait aucune issue judiciaire et était basé sur une documentation précise et vérifiée.
Cependant, le gouvernement italien a refusé de publier la correction, gardant la déclaration contestée en ligne. Ce comportement a conduit Agenparl à demander des dommages et intérêts, arguant que le fait de ne pas l’avoir corrigé avait gravement porté atteinte à sa réputation et à sa crédibilité.
Une demande d’indemnisation avec un bien commun
Agenparl, avec son directeur Luigi Camilloni, a déclaré que le refus du gouvernement italien avait des effets néfastes sur l’image de l’agence. C’est pour cette raison qu’il a déposé une demande de dommages et intérêts, proposant que la somme soit également reversée à un orphelinat de Rome.
L’avocat d’Agenparl, Francesco Lorenti, a souligné que la permanence du communiqué de presse diffamatoire en ligne continue de nuire à la réputation de l’agence. La demande d’indemnisation apparaît donc comme une nécessité pour rétablir la bienséance professionnelle.
GOI : Attaque stratégique ou simple négligence ?
À ce jour, le Grand Orient d’Italie ne s’est pas constitué ni n’a fait savoir s’il entendait participer à la médiation demandée par l’avocat d’Agenparl. Ce silence soulève trois questions :
Le gouvernement italien commence-t-il par écrire des articles et publier des communiqués de presse sur X, puis évite-t-il de répondre parce qu’il sait que c’est faux ?
Le gouvernement italien vient-il de faire ce qu’on appelle en napolitain « Facite ammuina » (créer la confusion pour distraire) ?
Ou, plus sérieusement, a-t-il délibérément essayé de nuire à l’image d’Agenparl ?
Agenparl attend que le gouvernement italien se joigne à la médiation et fournisse sa version des faits. Si le Grand Maître est si sûr de ses déclarations, pourquoi ne pas les défendre officiellement ?
L’affaire pourrait bientôt devenir un cas historique sur la responsabilité de la communication institutionnelle et l’utilisation des corrections dans la presse italienne.
De notre confrère guadeloupe.franceantilles.fr – PPar Yvor J. Lapinard, publié le 10 mars 2025 sur France-Antilles Guadeloupe
En ce début mars 2025, la Guadeloupe accueille une figure inattendue : Félix Natali, 49 ans, originaire d’Ajaccio en Corse, et depuis 2024 Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France (GLMF). De passage dans l’archipel pour la première fois, ce franc-maçon passionné a accordé une interview exclusive à France-Antilles, lors d’une visite aux loges locales à Pointe-à-Pitre.
Entre son attachement à une maçonnerie ouverte et son plaidoyer pour une plus grande mixité sociale, Natali dévoile une vision humaniste et ambitieuse pour une institution souvent perçue comme mystérieuse. Rencontre avec un homme qui veut faire tomber les murs – ceux des loges comme ceux de la société.
Un Corse à la tête d’une Obédience mixte
Félix Natali n’est pas un inconnu dans les cercles maçonniques. Né à Ajaccio, ville baignée par le soleil méditerranéen et imprégnée d’une histoire de résistance, il porte en lui l’héritage d’une Corse fière et indépendante. Initié dans les années 2000 au sein de la GLMF – une obédience fondée en 1982, célèbre pour sa mixité hommes-femmes et son progressisme –, il gravit les échelons avec une détermination discrète mais implacable. Élu Grand Maître en 2024 à l’âge de 49 ans, il succède à une lignée de leaders qui ont fait de cette loge un bastion de la diversité et de la modernité dans le paysage maçonnique français.
Son parcours, bien que peu détaillé dans les archives publiques, reflète une vie riche : un diplôme en sciences humaines, une carrière dans l’enseignement, et un engagement de longue date dans les associations corses pour la préservation de la culture insulaire. « J’ai toujours cru que rassembler les gens, c’est leur donner une chance de se comprendre », confie-t-il, assis dans une salle lumineuse de la Maison des Associations de Pointe-à-Pitre, où il a rencontré les frères et sœurs guadeloupéens le 8 mars. Ce voyage aux Antilles, son premier en tant que Grand Maître, marque une étape dans sa mission : tisser des liens avec les loges ultramarines et porter haut les valeurs de la GLMF.
Une élection, un défi, une ambition
Félix Natali (Photo Pierre-Dominique Natali)
Interrogé sur ce que représente son élection à la tête de la GLMF, Félix Natali ne cache pas l’ampleur de la tâche : « Cela représente à la fois du travail et la possibilité de mettre en pratique des idées permettant de rassembler des gens d’horizons divers. » Pour lui, être Grand Maître n’est pas une simple distinction honorifique ; c’est une opportunité de transformer une institution parfois vue comme élitiste en un vecteur d’unité et d’humanité. « Véhiculer dans la société des valeurs fortes, chères aux francs-maçons, c’est notre mission », ajoute-t-il, les yeux pétillants d’une conviction sincère.
Ces valeurs – liberté, égalité, fraternité, tolérance – ne sont pas nouvelles. Elles puisent leurs racines dans les Lumières et dans l’histoire tumultueuse de la franc-maçonnerie, née en 1717 à Londres et implantée en France dès le XVIIIe siècle. Mais Natali déplore leur faible rayonnement hors des loges : « Le travail est là, mais les idées ne sont pas assez répandues. Pourtant, elles renvoient à de belles valeurs humaines. » À une époque marquée par la polarisation sociale et les crises – économiques en Guadeloupe, climatiques aux Antilles, politiques en métropole –, il voit dans la maçonnerie un rempart contre la division, un espace où l’on peut encore « construire ensemble » (Dickie, 2021, pp. 234-250).
La Guadeloupe : une terre de rencontres
Son passage en Guadeloupe n’est pas anodin. « La franc-maçonnerie permet de rencontrer des gens que nous n’aurions jamais rencontrés. Ces rencontres sont très enrichissantes », explique-t-il avec un sourire. Avant ce voyage, Natali avait déjà tissé des liens avec des maçons ultramarins à Paris et Marseille, notamment lors des grandes tenues nationales de la GLMF. Mais, comme il le souligne, « je les avais vus chez moi, jamais chez eux. Il est important pour moi de les rencontrer sur leur territoire. »
Les Antilles, et la Guadeloupe en particulier, représentent une première étape dans un périple ambitieux : visiter toutes les loges de la GLMF, des métropoles hexagonales aux confins ultramarins. « Les Antilles, c’est une première pour moi », confesse-t-il, visiblement ému par l’accueil chaleureux des frères et sœurs guadeloupéens. « Il est important de montrer que la GLMF est présente partout en France. Je compte voir toutes mes loges. L’affection est égale. Il s’agit de manifester toute l’affection de la GLMF. » Ce message d’unité résonne dans un archipel où la franc-maçonnerie, introduite dès le XVIIIe siècle par les colons et les libres de couleur, a pris des couleurs locales uniques, mêlant rites européens et influences créoles (Pöhlmann, 2017, pp. 145-162).
La Guadeloupe, avec ses 400 000 habitants et son histoire de métissage, incarne pour Natali un terrain fertile pour son projet. Les loges locales, bien que discrètes, comptent des membres issus de tous horizons – enseignants, artisans, fonctionnaires, agriculteurs – reflétant une diversité que le Grand Maître veut amplifier. « Ici, je découvre une maçonnerie vivante, ancrée dans une culture riche et complexe », note-t-il, saluant au passage des initiatives comme les conférences publiques organisées par la loge L’Étoile des Antilles sur des thèmes comme la justice sociale et l’écologie.
La mixité sociale : une révolution en marche
SISYPHE une revue de la Grande Loge Mixte de France
Mais le cœur de son discours, c’est la mixité sociale. Dans une société française où les inégalités se creusent – 41 % des Guadeloupéens vivent sous le seuil de pauvreté selon l’IEDOM (2024) –, Natali veut ouvrir grand les portes des loges. « La franc-maçonnerie ne doit pas être un club fermé pour une élite. Elle doit refléter la diversité de nos territoires », insiste-t-il. Historiquement, les loges ont souvent été des refuges pour les bourgeois éclairés ou les notables – en Guadeloupe, elles ont compté des planteurs, des avocats, mais aussi des figures abolitionnistes comme Louis Delgrès. Aujourd’hui, Natali rêve d’y voir des ouvriers, des jeunes des quartiers populaires, des femmes de toutes origines.
Ce plaidoyer n’est pas qu’une utopie. La GLMF, avec sa tradition de mixité hommes-femmes, a déjà une longueur d’avance. Mais Natali veut aller plus loin : « Pourquoi pas des bourses pour les cotisations ? Des rencontres hors des temples, dans les marchés ou les écoles ? » Ces idées, encore en germe, pourraient transformer la GLMF en un acteur social plus visible, loin de l’image de « société secrète » qui lui colle à la peau.
Une vision humaniste pour un monde fracturé
Au fil de l’interview, une idée revient comme un leitmotiv : l’humanité partagée. « Notre commune humanité, c’est ce qui nous lie au-delà des différences de classe, de couleur, de croyance », affirme-t-il, faisant écho aux idéaux maçonniques de fraternité universelle. En Guadeloupe, où les tensions entre générations, entre « ceux qui partent » pour la métropole et « ceux qui restent », restent palpables, ce message trouve un écho particulier. « La maçonnerie peut être un pont, un lieu où l’on apprend à écouter et à comprendre », ajoute-t-il, citant en exemple une récente rencontre avec un frère guadeloupéen, ancien marin, dont les récits l’ont bouleversé.
Cette vision n’est pas sans rappeler celle d’autres figures maçonniques, comme Alain Pozarnik, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, qui prônait une initiation au service de l’évolution humaine (Pozarnik, 2010, pp. 89-104). Mais Natali y ajoute une touche personnelle : une simplicité corse, un pragmatisme insulaire, et une foi inébranlable dans le pouvoir des rencontres. « Je ne suis pas là pour imposer, mais pour proposer », dit-il modestement, avant de rire : « Et puis, entre la chjama corsa et le gwoka guadeloupéen, on a de quoi chanter ensemble ! »
Une étape dans un périple fraternel
Ce séjour guadeloupéen n’est qu’un début. Félix Natali prévoit de visiter les loges de Martinique, de Guyane et de La Réunion dans les mois à venir. De quoi rapporter de bonnes nouvelles pour le prochain convent de la GLMF en juin 2025. « Chaque territoire a sa richesse, sa voix. Mon rôle, c’est de les entendre toutes », confie-t-il, un carnet de notes à la main, où il griffonne déjà ses impressions sur l’archipel.
En quittant Pointe-à-Pitre, il laisse derrière lui un message d’espoir et une promesse : celle d’une franc-maçonnerie plus ouverte, plus diverse, plus humaine. « Très loin de la France métropolitaine ou au cœur de nos villes, la GLMF doit être partout où bat le cœur de l’humanité », conclut-il, avant de saluer ses hôtes d’un geste fraternel. Dans une Guadeloupe en quête de repères, ses mots pourraient bien semer les graines d’un renouveau – maçonnique, mais aussi citoyen.
Alain Pozarnik : un maître spirituel au carrefour des mondes
Alain Pozarnik
Avant de plonger dans les pages envoûtantes de AMOUR, entre ombres et lumières, il convient de saluer l’homme qui les a écrites : Alain Pozarnik, une figure incontournable de la franc-maçonnerie française et un chercheur spirituel d’une rare profondeur. Né dans une époque marquée par les bouleversements du XXe siècle, Pozarnik a tracé un parcours hors du commun, mêlant philosophie, cinéma, commerce et quête intérieure.
Diplômé en philosophie, il débute sa carrière dans les studios de cinéma, où il officie comme assistant metteur en scène auprès de géants tels que Robert Bresson, Roger Vadim et Jacques Rivette. Cette immersion dans le septième art, où la lumière et l’ombre dansent sur l’écran, semble avoir planté les graines d’une sensibilité qui éclate aujourd’hui dans son écriture.
Mais Pozarnik ne s’arrête pas là. Après avoir exploré l’univers des images, il bifurque vers le commerce, devenant directeur commercial d’une société de sécurité nationale – un virage pragmatique qui contraste avec sa vocation spirituelle. Initié en 1972 au sein de la Grande Loge de France, il gravit les échelons de la franc-maçonnerie avec une ferveur exemplaire, jusqu’à occuper le prestigieux poste de Grand Maître de 2004 à 2006. Cette période marque l’apogée de son engagement maçonnique, où il s’impose comme un guide éclairé, prônant une initiation au service de l’évolution humaine.
Parallèlement, Pozarnik s’engage dans une quête spirituelle éclectique et profonde. Pratiquant le taï-chi, la méditation zen et le soufisme des derviches tourneurs, il côtoie des figures majeures comme Arnaud Desjardins, Jeanne de Salzmann (héritière de Gurdjieff) et Louis Pauwels, l’auteur du mythique Matin des magiciens. Ces rencontres nourrissent une vision du monde où l’initiation transcende les dogmes pour toucher l’universel. Auteur prolifique, il signe des ouvrages de référence tels que Mystères et actions du rituel d’ouverture en loge maçonnique (1998) et Le bonheur initiatique (2010), qui font autorité dans les cercles maçonniques et spirituels. Conférencier charismatique, il partage ses idées sur les ondes et les écrans, offrant une réflexion limpide sur la place de l’homme dans la Création.
Avec AMOUR, entre ombres et lumières, Pozarnik signe un roman qui couronne cette trajectoire exceptionnelle. Publié en 2024 par Selena Éditions, ce livre n’est pas une simple fiction : c’est une méditation romancée sur l’amour, la solitude et la quête de sens, portée par une plume à la fois poétique et philosophique. Découvrons ensemble ce voyage intime et lumineux.
Une plongée dans l’ombre pour mieux trouver la lumière
Dès les premières lignes de AMOUR, entre ombres et lumières, le lecteur est happé par une atmosphère à la fois dense et aérienne, où chaque mot semble pesé comme une pierre précieuse. Le roman s’ouvre sur les souvenirs d’un narrateur anonyme – un enfant confronté à l’isolement austère d’un pensionnat. Ce cadre, qui évoque les rigueurs d’une éducation d’antan, sert de toile de fond à une exploration intérieure. L’enfant, perdu dans les murs froids de cette institution, incarne une âme en quête, déchirée entre l’obscurité de la solitude et les éclats de lumière que lui apportent des rencontres décisives.
L’intrigue se déploie comme une tapisserie initiatique, où les fils de l’amour, de la douleur et de la révélation s’entrelacent avec une délicatesse rare. Le narrateur, devenu adulte, retrace son parcours à travers une série de figures féminines qui jalonnent sa vie. Chacune – une camarade d’enfance, une enseignante bienveillante, une amante énigmatique – agit comme un miroir ou une lanterne, révélant un fragment de vérité sur lui-même et sur la nature de l’amour. Ces femmes, décrites avec une tendresse presque mystique, ne sont pas de simples personnages : elles sont des archétypes, des guides spirituels qui éclairent les doutes et apaisent les blessures du protagoniste.
Pozarnik excelle à dépeindre cet « entre-deux » annoncé dans le titre : entre ombres et lumières, entre corps et âme, entre solitude et communion. L’amour, dans ce roman, n’est pas réduit à une romance charnelle ou à une passion éphémère. Comme il l’écrit dans une formule saisissante : « Aimer dans l’étreinte des corps, c’est prendre ; aimer dans l’élan des cœurs, c’est offrir ; mais aimer d’être à être, c’est s’unir à l’infini de l’univers » (Pozarnik, 2024, p. 23). Cette triade illustre une progression spirituelle, où l’amour devient une clé pour transcender les limites humaines et toucher l’éternel.
Une écriture poétique au service d’une quête universelle
Ce qui frappe dans AMOUR, entre ombres et lumières, c’est la puissance de son style. Pozarnik, fort de son expérience maçonnique et de ses influences spirituelles, tisse une prose poétique qui oscille entre le lyrisme et la simplicité. Les descriptions du pensionnat, avec ses corridors sombres et ses silences oppressants, contrastent avec des moments d’éclat – une lumière filtrant à travers une fenêtre, un sourire partagé dans une cour déserte. Cette dualité visuelle, presque cinématographique, rappelle son passé dans le cinéma et sa sensibilité aux jeux d’ombre et de lumière, un thème cher à des auteurs comme Henri Alekan dans Des lumières et des ombres (Alekan, 1984, pp. 45-67).
Le roman n’est pas exempt de tensions narratives. Les épreuves du narrateur – la perte, le doute, la quête d’identité – sont racontées avec une intensité qui peut parfois dérouter. Certains passages, volontairement elliptiques, laissent au lecteur le soin de combler les vides, comme une invitation à méditer sur sa propre existence. Cette approche, héritée des traditions initiatiques, demande une lecture active, presque contemplative, qui pourrait rebuter les amateurs de récits linéaires mais ravira ceux qui cherchent une profondeur philosophique.
L’un des moments forts du livre survient lorsque le narrateur rencontre une figure féminine décrite comme « lumineuse et mystérieuse » – une femme sans nom, peut-être une allégorie de la Sagesse ou de l’âme universelle. Leur dialogue, empreint de silences éloquents, explore des questions existentielles : qu’est-ce que l’amour véritable ? Comment réconcilier les blessures du passé avec l’espoir d’un avenir ? Pozarnik y répond avec une finesse rare : « L’amour n’efface pas l’ombre, il la traverse pour mieux la comprendre » (Pozarnik, 2024, p. 145). Cette phrase, qui pourrait résumer l’essence du roman, illustre une vision où l’obscurité n’est pas une ennemie, mais une compagne nécessaire à l’éveil.
Une résonance maçonnique et spirituelle
Pour les lecteurs familiers de la franc-maçonnerie, AMOUR, entre ombres et lumières résonne comme une transposition littéraire des principes initiatiques chers à Pozarnik. Le pensionnat, avec ses règles strictes et ses hiérarchies implicites, rappelle la loge maçonnique – un espace de discipline où l’individu est confronté à lui-même avant de s’ouvrir aux autres. Les figures féminines, quant à elles, évoquent les symboles maçonniques comme la Lumière ou l’Étoile Flamboyante, guides dans le cheminement vers la connaissance (Bois, 1966, pp. 112-128).
Mais le roman transcende le cadre maçonnique pour toucher une audience plus large. Influencé par le soufisme et la méditation zen, Pozarnik y distille une spiritualité universelle, où l’amour devient un pont entre le matériel et l’immatériel. Cette dimension ésotérique, sans jamais verser dans l’abstrait, ancre le récit dans une quête intemporelle : celle de l’humanisation, de l’équilibre fragile entre nos ombres intérieures et les lumières qui nous appellent.
Une œuvre à la croisée des chemins
AMOUR, entre ombres et lumières n’est pas un roman facile. Il exige du lecteur une disponibilité, une volonté de se laisser porter par ses méandres poétiques et ses silences éloquents. Certains pourraient reprocher une intrigue parfois ténue, où les événements cèdent la place à la réflexion, mais c’est précisément là que réside sa force. Comme un rituel initiatique, il ne se livre pas d’emblée : il se découvre, se médite, se savoure.
À l’heure où la littérature contemporaine oscille entre divertissement rapide et introspection aride, Pozarnik offre une troisième voie : une œuvre qui marie la beauté du verbe à la profondeur de l’âme. Publié par Selena Éditions, une maison parisienne réputée pour son audace dans les domaines ésotériques et littéraires, ce roman s’inscrit dans une lignée d’écrits qui explorent l’humain dans toute sa complexité – on pense à L’Alchimiste de Paulo Coelho ou aux méditations romancées de Hermann Hesse (Coelho, 1988, pp. 45-62).
Un appel à l’éveil intérieur
En refermant AMOUR, entre ombres et lumières, on ne peut s’empêcher de ressentir une douce mélancolie mêlée d’espoir. Alain Pozarnik ne nous donne pas de réponses toutes faites ; il nous tend un miroir, nous invite à parcourir notre propre chemin entre ténèbres et clarté. Pour les lecteurs français, loin des loges maçonniques ou des ashrams orientaux, ce livre est une porte ouverte sur une quête universelle : celle de l’amour, non comme une fin, mais comme un moyen d’embrasser pleinement notre humanité.
Disponible depuis septembre 2024, ce roman poétique et profondément humain est une lecture qui pourrait, comme le promet Selena Éditions, « éveiller votre cœur et éclairer vos propres vérités ».