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Rassembler ce qui est épars

A l’instant où j’ai pris ma plume pour rédiger ces pages, le sujet de celles-ci m’apparait encore plus nécessaire. Ma table de travail est jonchée de notes, de livres, de même mon esprit est encombré d’idées éparses, comme pour la définition courante du mot épars « répandu ça et là, en désordre ». Le labyrinthe est devant moi, il va falloir rassembler, réunir ce qui était auparavant.

Auparavant, au début….

Au commencement dans le Principe était le Chaos. La terre était déserte et vide, le tohu bohu, les ténèbres, recouverte par l’abîme des eaux au dessus desquelles planait le souffle d’Elohim,

Dieu, le Grand Architecte De L’Univers alors Elohim dit

« sera la Lumière et fut la Lumière, Elohim vit la Lumière, Elohim sépara la Lumière, Elohim appela la Lumière »

Au commencement était le Big Bang, création de notre univers de l’Univers, résultat de l’explosion il y a des milliards d’années d’une boule de matière extraordinairement dense. Cette hypothèse scientifique ne vient là en aucune manière troubler ma réflexion. Je crois en Dieu, profane le jour de mon initiation « souvenez-vous » ce jour là nous avons tous mis notre confiance en Dieu.

Première phrase de notre règle en 12 points :

« la Franc-maçonnerie est une fraternité initiatique qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, Grand Architecte De L’Univers »

Profane que nous étions, notre quête de Dieu non révélé vers Dieu révélé est en chemin.

De cette certitude absolue nait dans mon esprit le sens de la relativité. L’absolu est ; la relativité est ma possibilité intellectuelle de le prouver, de démontrer l’existence de Dieu ! L’Unité Primordiale l’UN qui est le TOUT !

Buste de Platon. Marbre, copie romaine d’un original grec du dernier quart du IVe siècle av. J.-C.

Platon nous dit (extrait de Parménide) « Dans l’absolu l’un c’est l’un, n’est il pas vrai qu’il pourrait être plusieurs ? il ne faut donc qu’il n’y ait ni partie ni qu’il soit un tout, il n’est ni un tout ni partie, ni droit ni circulaire, ni soit même ni autre chose, ni en repos ni en mouvement, ni identique ni différent, ni semblable ni dissemblable, ni égal ni inégal, ni plus vieux ni plus jeune, il échappe à l’être et à la connaissance.

Dans la position relative l’un EST. Conséquence il est un tout et il se dédouble en une infinité de parties, comporte une égale infinité de l’être et de l’un, il a configuration, il est à la fois lui-même et autre chose, il est dans l’espace, il est en mouvement et en repos, identique et différent. L’absolu est sans nuance sans condition, ce qui existe indépendamment de toute condition, la relativité nous permet d’y réfléchir, rassembler les pièces du puzzle pour comprendre.»

                                     Rassembler ce qui est épars !

Au début : L’Eden, en ce temps Dieu parlait à Adam, Adam créé par Dieu à son image. Le temps primordial en ce temps là, Adam « l’homme » était parfaitement intégré à la nature, comprenait tout, participant de tout, à tout. Puis la chute, la faute, Adam désobéit, le fruit défendu, il mordit au fruit défendu, il mordit au fruit de l’arbre de la Connaissance…

Mais Dieu avait dit

« Le jour où tu auras mangé, de mort tu mourras » et il est dit « Et ce jour là pour la première fois Dieu sourit »

Le premier discours divin précise les limites de la liberté de l’homme, posé dans ce jardin, pour le cultiver et le garder et non pour y flâner à sa guise, variation sur le thème : « Tu peux tout faire sauf cela » thème qui fonde la loi ; qui établit la vie en société. Formuler l’interdit c’est annoncer qu’il se passera quelque chose donc qu’il sera transgressé. Pour quelle raison Dieu interdit à Adam, son cultivateur, son gardien, d’apprendre à distinguer ce qui est utile de ce qui est nuisible à sa survie ?

Deux réponses à cette question :

La première c’est que le créateur veut mettre en route l’histoire, c’est à dire les histoires, les péripéties du devenir sans lesquelles l’œuvre ne serait totalement achevée. Il ne se passerait rien, le temps n’existerait pas, ce serait un éternel présent.

La Seconde, non contradictoire, enrichi le sens. Ce sont il est question comme pour la plupart de tous les récits sur l’origine, ce sont les relations nécessairement conflictuelles entre créateur et créature, dominant et dominé. Et ainsi puisque « l’homme Adam » a voulu acquérir le pouvoir de distinguer le profitable du préjudiciable et bien que l’homme en assume les conséquences.       

Rassembler ce qui est épars » Comprendre !

La parole est perdue, l’homme s’est ainsi lui-même donné cette obligation « Rassembler ce qui est épars » pour retrouver cette parole perdue. Le chemin est tracé et si l’homme veut rejoindre…..approcher le Grand Architecte De L’Univers, être auprès de lui, il lui faudra lui-même reconstituer le puzzle « Rassembler ce qui est épars »

Ce puzzle infiniment grand composé de pièces infiniment petites ; les mathématiques peuvent alors effrayer et , en effet, la somme des infiniment petites reste petite et l’édifice parfait doit pourtant comporter toutes les pièces qui le composent.

Rassembler ce qui est épars, c’est alors le seul moyen de se rapprocher de la construction parfaite, la construction de notre édifice de la Connaissance.

Et c’est ainsi que « profane » ou tout était épars, par cette intuition….une sensation qui incite à chercher le moyen, la méthode : L’Initiation ! le point de départ de cette recherche que trouvera l’initié. Des ténèbres du cabinet de réflexion, de la mort au mode profane à la

seconde naissance, humble en entrant par la porte basse..il va vers la quête de la révélation, l’initiation (d’initialiser : mettre au point de départ, comme un compteur qui dès cet instant compte juste) du désordre passager vers l’ordre.

« Rassembler ce qui est épars »

Ainsi entré dans cet espace sacré, tout s’organise, la lumière est perçue, même si elle ne parvient que faiblement, des outils simples apparaissent pour permettre de dégrossir la pierre brute : c’est « l’Apprentissage »

« Qu’avez-vous aperçu en entrant en Loge ? »

« Rien que l’esprit humain ne puisse comprendre »

Compagnon j’ai vu l’étoile flamboyante, la Lumière, l’Harmonie, la Divine Proportion…tout m’a été révélé de ce que nous pouvons être. les Sens, les Arts Libéraux, les Ordres d’Architecture ; les propriétés de la Sphère, la révélation de ce que nous sommes, de ce qui est, à l’image de Dieu, TOUT nous est donné, pour comprendre, rassembler, le travail est le moyen, passions vaincus, volonté soumise, le voyage permettant de rechercher les éléments épars, pièces manquantes du puzzle.

Matière et esprit « mélangés » ; Equerre et Compas entrelacés ; Compagnon on nous a appris à nous connaitre nous-mêmes, on nous a dirigé vers l’étude des arts utiles à la société des hommes. Par l’étude des facultés intellectuelles et des secrets de la Nature, nous avons été amenés à la connaissance jusque devant le trône du Grand Architecte De L’Univers lui-même.

A cet instant il serait possible de croire que tout est acquis !

C’est alors que survient la révélation de l’élévation au Sublime Grade de Maître, entrant dans le Temple à reculons, face à l’étoile flamboyante, de la Lumière reçue à la Lumière vue.

La mort du Maître Hiram, tué par les 3 mauvais compagnons, la chair quitte les os… tout se désunit… symbole de dispersion de ce qui fait corps… mais signification supplémentaire de l’Union à faire… Désintégration, dispersion, reconstitution… »

Rassembler ce qui est épars » Résurrection !

C’est le processus infini qui conduit à comprendre que de « rassemblement » en « rassemblement » la multiplicité se rapproche de l’Unité, de l’Un, du Grand Architecte De L’Univers. La manifestation retourne à l’Unité Primordiale, au Commencement, Maître Hiram meurt, le Maitre renait !

Que demande t on au Maitre ?

« Voyager de l’Occident à l’Orient et sur toute la surface de la terre »

Pourquoi ?

             « Pour y répandre la Lumière et rassembler ce qui est épars »

Voyager de l’Occident à l’Orient, c’est-à-dire en sens contraire de la description de la Loge au 1er degré, ce qui indique clairement que la Lumière vient de l’Orient. Information délibérée enjoignant de parcourir la surface de la terre, de l’univers même pour ensuite retourner à la source de ce Lieu Primordial….le Paradis Perdu !

Voilà le parcours du rassemblement à l’intérieur de Soi d’abord épelerchaque partie de l’ensemble jusqu’au jour où nous auront appréhendé l’Essence, le Principe afin d’aller à la Connaissance. Ce jour là, nous aurons rassemblé ce qui était épars et, en nous, compagnons et dans le Cosmos, Maitre Maçon rassemble les hommes passés, présents et à venir épars dans l’univers.

Notre chaine d’union appelée à se grandir infiniment mais qui restera UNE nous rassemblera, nous réintègrera en cette Unité Primordiale…notre retour au Paradis Perdu où tout homme partagera le pain de la connaissance et de l’Amour.

Nous devons aspirer à nous perfectionner, apprendre encore apprendre plus, répandre la Lumière ramener le tout à l’UN !

« La Connaissance de Dieu auteur de tout ce qui est »

Un jour les disciples demandèrent à Jésus :

« Dis-nous quelle sera la fin ? »

Jésus répondit

Jesus Christ

« Que savez-vous du commencement pour que vous cherchiez aussi la fin ? Heureux qui se tiendra dans le commencement, il connaitra la fin et ne goutera pas la mort »

Ainsi rassembler ce qui est épars, ce qui était auparavant, répandu ça et là , en désordre, c’est le chemin de la compréhension qui commence. L’important n’est pas d’atteindre le but mais de prendre le chemin qui y mène.

Le chemin est long, souhaitons ne jamais le quitter. L’initiation n’est pas une fin… mais un nouveau commencement !

Le Grand Architecte de l’Univers

Le sujet du Grand Architecte de l’Univers est à la fois merveilleux, car ce concept est au cœur même du Rite Ecossais Ancien et Accepté, et redoutable, car il importe de ne pas en donner une vision restrictive, qui serait dogmatique alors que nous affirmons vouloir nous préserver d’un tel enfermement de la conscience et de l’esprit.

Commençons par le commencement.

Le concept de Grand Architecte de l’Univers a-t-il été inventé par la Franc-Maçonnerie ? La réponse est sans ambiguïté : non.

L’idée d’une religion naturelle, qui revient à envisager qu’une entité, un Être Suprême, a organisé l’Univers est fort ancienne. Platon évoque dans le Timée un suprême ordonnateur, et écrit « Il est une autre question qu’il faut examiner à propos de l’univers, à savoir d’après lequel des deux modèles son architecte l’a construit ». Plus loin il évoqueun divin ouvrier qui « organisa l’univers de manière à ce qu’il fût, par sa constitution même, l’ouvrage le plus beau et le plus parfait. »

Cicéron, il y a presque 21 siècles, reprend la même idée : « « quoi de plus manifeste et de plus clair, quand nous avons porté nos regards vers le ciel et contemplé les corps célestes, que l’existence d’une divinité d’intelligence absolument supérieure qui règle leur mouvement ?… Non seulement la demeure céleste et divine a un habitant, mais celui qui l’habite exerce sur le monde une action directrice, il est en quelque sorte l’architecte d’un si grand ouvrage et veille à son entretien. »

Et cette idée n’a depuis cessé de venir à l’esprit d’hommes éclairés. Ainsi, Calvin, vers 1550, avait choisi de qualifier Dieu de « Grand Architecte » ou d’« Architecte de l’Univers ». C’est au philosophe allemand Leibniz que l’on doit, dans les dernières années du XVIIème siècle, d’avoir porté de la manière la plus aboutie l’idée que partageaient ses contemporains philosophes des Lumières selon laquelle Dieu, du fait de sa perfection suprême, a choisi pour créer l’univers le meilleur plan possible. Et il va de soi que « plan » renvoie à « architecte ».

Descartes dans les Méditations métaphysiques parle d’un Grand Horloger, et Voltaire a repris la même image dans ses célèbres vers : « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. ».

Donc le concept de Grand Architecte de l’Univers est ancien et n’est pas exclusivement un concept maçonnique.

Mais s’ils ne l’ont pas inventé, quand les Francs-maçons ont-ils commencé à se référer à ce concept ?

Le Manuscrit Dumfries n°4, de 1710, rapporte qu’au Xème siècle, le roi Edwin avait exhorté les maçons à honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du ciel et de la terre, unique protecteur de l’homme et des bêtes, qui régit et gouverne le soleil, la lune et les étoiles, fontaine et source de tout bien, …

C’est enfin aux Constitutions rédigées par le Pasteur James Anderson en 1723 pour la première Grande Loge de Londres que l’on doit d’avoir institutionnalisé l’expression. La première page de ce texte fondateur devait être lue à l’admission d’un nouveau Frère, et dit ceci :« ADAM, notre premier ancêtre, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les Sciences libérales, particulièrement la Géométrie, inscrites dans son cœur, … ».

L’expression, ou des équivalents, ne va plus quitter le vocabulaire maçonnique. On connaît par exemple la divulgation dite des « Trois Coups Distincts » (Three Distinct Knocks) publiée en 1760. La Prière à Notre Seigneur Jésus-Christ qui figure au cœur du rituel d’ouverture des travaux commence par la formule : « O Seigneur Dieu, Grand et Universel Maçon du Monde, et premier constructeur de l’Homme comme s’il était un temple ; sois avec nous, O Seigneur, … ».

On le voit, la Maçonnerie des origines était indiscutablement théiste, et même indiscutablement chrétienne. Tous les Frères étaient soit catholiques, soit protestants. Or en peu de temps, les Loges vont s’ouvrir. Des adeptes d’autres religions sont admis. La présence de Frères non chrétiens, et en particulier juifs, est en effet attestée dès le milieu du XVIIIème siècle, notamment aux Pays-Bas. En même temps sont également reçus en loge des tenants d’un déisme nettement différent des religions révélées.

L’expression Grand Architecte de l’Univers pouvait sans nul doute satisfaire les uns comme les autres. Les premiers la voyaient comme désignant à coup sûr le Dieu auxquels s’adressaient leurs prières et leurs louanges, les seconds ne se sentaient pas contraints par un vocable qui les enfermait dans un dogme particulier.

Il semble important de préciser ici le sens de quelques mots qui décrivent la position d’un homme vis-à-vis de Dieu ou du divin. Il faut commencer par définir dieu. Le mot « dieu » est à la fois un nom commun et un nom propre.

C’est un nom propre lorsqu’on l’écrit avec une majuscule pour désigner l’être transcendant et unique créateur de l’univers. « Dieu » est aussi un nom commun que l’on écrit avec une minuscule, pour désigner un être supérieur à l’homme, plus puissant, mais souvent anthropomorphe, c’est-à-dire ayant des traits et un comportement tels qu’en ont les humains, et doté de pouvoirs surnaturels.

Mais avec ou sans majuscule, « dieu » est un mot humain, forgé par l’esprit humain, pour désigner ce que la raison et la science ne suffisent pas à expliquer. Les philosophes des Lumières ont défendu une conception non religieuse de Dieu, une conception rationnelle, hors de toute révélation.

En d’autres termes, s’il est vrai qu’il existe des religions sans dieu, notamment le bouddhisme, il est tout aussi vrai que Dieu n’est pas l’apanage des religions.

Certains se définissent comme croyants, et parmi eux certains comme pratiquants. D’autres sont croyants non pratiquants, mais revendiquent leur appartenance à une religion révélée.

Ils sont théistes, au sens où ils adhèrent à l’idée selon laquelle Dieu existe, qu’il a créé l’univers et qu’il influe sur son fonctionnement. Cette ingérence du divin dans les affaires humaines peut être directe, ou être médiée par des hommes inspirés, des prophètes, mais aussi par les institutions religieuses, dépositaires de la volonté divine. Suivre les règles et les rites qu’ils imposent est essentiel pour obtenir le salut.

D’autres croient en Dieu mais n’adhèrent à aucune religion telle que des hommes les ont organisées et les administrent. Ceux-là sont déistes.

Les déistes considèrent qu’à l’origine de l’univers existe une source originelle universelle et intelligente qu’ils nomment Dieu. Leibniz, que j’ai déjà évoqué, posait à ce sujet la question majeure « Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». C’est ce que les philosophes appellent « le paradoxe de la cause première », idée forgée par Aristote vers 350 avant notre ère, et qui a donné à cette cause première la qualité de principe : « de toute nécessité, ce principe existe ; en tant que nécessaire, il est parfait tel qu’il existe ; et c’est à ce titre qu’il est le principe. […] C’est à ce principe, sachons-le, qu’est suspendu le monde, et qu’est suspendue la nature. » Cette idée fût reprise par Thomas d’Aquin au XIIIème siècle.

Tout dans l’univers a une origine et une suite. Dès lors, on ne peut concevoir un début et une fin à l’espace, au temps et à la matière qui sont ensemble les constituants qui définissent l’univers. Voilà pourquoi, pour les déistes, le paradoxe de la Cause première ne peut trouver son explication que dans un principe à l’origine de tout ce qui existe, et qui est appelé « Dieu ».

En tout état de cause, et à la différence des théistes, pour affirmer l’existence d’un dieu et son influence dans la création de l’Univers, les déistes refusent de s’appuyer sur des textes sacrés et plus encore de se soumettre aux dogmes d’une religion révélée.

D’autres enfin se définissent comme athées ou comme agnostiques : un athée ne croit pas à l’existence de Dieu au singulier ou de dieux au pluriel, et la pensée athée se revendique comme fondée sur le principe du rationnel, tandis qu’un agnostique considère que l’absolu est inaccessible à l’esprit humain et refuse d’adhérer à une conception définitive sur les questions métaphysiques. Il considère néanmoins que les religions peuvent aider à assurer un minimum d’ordre et de cohésion sociale. L’agnostique reconnaît volontiers à chacun la liberté de pratiquer si et comme il le désire.

Si différents que nous soyons, nous pouvons faire le choix de travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

L’invocation au Grand Architecte de l’Univers est riche de sens. Elle rattache l’engagement, l’initiation, la quête, à ce qu’elle a d’immatériel, de transcendant, c’est-à-dire au-delà du perceptible, au-delà des possibilités de l’intelligible. On constate ici encore que la transcendance n’est pas l’apanage des religions.

On oppose à la notion de transcendance celle d’immanence. Les Stoïciens ou Spinoza sont représentatifs de ces philosophies pour lesquelles le divin est présent dans toute chose. En d’autres termes l’immanence caractérise ce qui a son principe en soi-même tandis que le transcendant a une cause extérieure et supérieure.

Le Grand Architecte de l’Univers est un concept constituant une référence métaphysique, c’est-à-dire appartenant à un domaine non susceptible d’être accessible par la raison ni perceptible par les sens. Dès lors, il nous est impossible, à nous humains qui sommes limités par les capacités de nos sens et de notre raison, de véritablement le connaître. Ainsi, la conception du Grand Architecte de l’Univers n’est pas religieuse mais bien métaphysique. Invoquer le Grand Architecte, c’est placer le travail sans ambiguïté dans une dimension métaphysique, qui est celle de la spiritualité.

La particularité de la démarche des obédiences maçonniques traditionnelles, c’est qu’elles envisagent le parcours qu’elles proposent en termes d’éveil spirituel et de quête de transcendance sans que cela n’implique aucune croyance, aucune adhésion religieuse particulière. Il va de soi que cela ne l’exclut pas davantage. Là se trouve la force d’un Rite comme le Rite Ecossais Ancien et Accepté, parmi d’autres : sa capacité à ne rien imposer et à ne rien exclure en matière de vie spirituelle.

La démarche, vouée à la spiritualité, que propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté montre bien que la spiritualité n’est pas l’apanage des religions.

Spinoza, on le sait, fût rejeté par les esprits étroits de sa communauté, coincés dans la stricte observance de la forme plutôt qu’attachés à rechercher le sens profond derrière les mots et l’idée derrière les symboles. Il croyait en l’existence du Principe : pour lui, « tout ce qui est dans la nature, considéré dans son essence et dans sa perfection, enveloppe et exprime le concept de Dieu ». Cette conception est qualifiée de panthéiste, au sens qu’elle conçoit que Dieu est en toute chose, ou plutôt, d’une certaine manière, que Dieu EST toute chose. La Création se confond avec le Créateur ; Dieu comme le Un-Tout, comme le tout de l’univers manifesté, et donc comme l’ensemble des règles qui animent et donnent sa cohérence à cet univers, au-delà de la multiplicité de ses formes.

On peut rapprocher cette vision de celle exprimée par Emmanuel Kant en 1788 dans Critique de la raison pure : « Deux choses remplissent mon esprit d’admiration et de craintes incessantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique, le ciel au-dessus de moi et la morale en moi. ».

En fait, ceux qui adhèrent à cette vision du Un-Tout, quelle que soit la dénomination qu’ils emploient pour le désigner, sont bien dans une spiritualité dans laquelle tout cherchant d’aujourd’hui, et en particulier tout Franc-Maçon de Rite Ecossais Ancien et Accepté, peut se reconnaître, quelles que soient ses croyances ou ses convictions personnelles.

C’est ce que le Convent de Lausanne a posé comme fondement spirituel de ce Rite en 1875, en adoptant le concept du Principe Créateur qu’est le Grand Architecte de l’Univers.

En plaçant les travaux sous l’invocation « À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers« , les franc-maçonnes et les francs-maçons ne s’obligent pas à honorer une entité divine personnalisée ni révélée mais à témoigner de l’admiration que ne peut manquer de leur inspirer « le Mystère de la Création à l’œuvre dans le monde. »

N’ayant aucun parti pris religieux ou philosophique, le Rite reste étranger à toute controverse sur ces sujets ; et sa neutralité et son universalité font qu’il les transcende toutes. Le Rite laisse à ses membres la libre détermination et la pratique privée de leurs convictions dont il n’a pas à se préoccuper.

En ayant choisi de travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et en ayant pris pour devise ORDO AB CHAO, le Rite Écossais Ancien et Accepté reconnaît l’existence d’un Principe d’Ordre à l’œuvre dans l’Univers, on pourrait aussi parler d’un Principe d’Unité. Par cette reconnaissance fondamentale, fondatrice, le Rite engage à œuvrer dans le sens de l’ordre, de la construction, de la paix, de l’harmonie, en même temps qu’à combattre le désordre, la violence destructrice, le chaos.

En fait, le Rite engage à ressentir l’unité de la Vie, au-delà de la diversité et de la multiplicité des formes, ce qui conduit naturellement à devenir solidaires de toute existence. Le Rite invite dès le Premier Degré à reconnaître l’Unité au-delà des dualités apparentes que sont par exemple le noir et le blanc du pavé mosaïque, ou encore l’Équerre et le Compas, le Soleil et la Lune, etc.

L’expression « Grand Architecte de l’Univers » suggère l’existence d’un principe unique, à l’origine de toute chose, donc créateur, et qui demeure aussi régulateur de toute chose, car tout élément de la création ou de la manifestation ne peut qu’obéir aux lois émanant de ce principe. En fait, le concept de Grand Architecte de l’Univers permet d’exprimer l’unité fondamentale de notre univers, sa cohérence, par-delà sa diversité.

Point n’est besoin à qui n’en ressent pas la présence ni la nécessité d’envisager rien qui soit de l’ordre du surnaturel, du surhumain. Le spirituel et le sacré ne sont pas l’apanage des religions révélées. La spiritualité du Rite Ecossais Ancien et Accepté est ouverte à ceux qu’une religion révélée aide à s’accomplir comme êtres moraux et vertueux, comme à ceux qui y parviennent sans recourir à ce cadre.

Pour les maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté, en même temps qu’il est un principe, le Grand Architecte de l’Univers est un symbole. Contrairement à ce que dénoncent les anathèmes de certains qui se veulent les seuls à être à la fois adogmatiques et libéraux, le Grand Architecte de l’Univers est le symbole de l’absolue liberté de conscience.

Chacun de nous en effet est libre de l’interpréter comme il l’entend. Son invocation à l’ouverture des travaux, au moment où les individualités des Frères se fondent pour former la Loge, témoigne de notre indéfectible attachement au droit de chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, et au respect que chacun doit à l’autre en la matière, quelles que soient ses convictions personnelles.

A la vérité, n’en déplaise aux tenants d’un anticléricalisme radical et aux partisans de l’éradication du fait religieux, le symbole ouvert qu’est le Grand Architecte de l’Univers illustre ce ce qu’est la véritable laïcité.

Car la véritable laïcité, c’est ce respect mutuel, ce sont quatre principes cardinaux : la garantie absolue de la liberté de conscience, le respect de la diversité des options spirituelles, l’invitation à la tolérance partagée, et la détermination à construire un vivre-ensemble qui fonde l’espace commun.

Par-là, le Grand Architecte de l’Univers est aussi le symbole même de l’initiation, dont la finalité est de nous donner la possibilité de se perfectionner. C’est la définition même de la démarche maçonnique, celle d’une Franc-maçonnerie de tradition, initiatique, spiritualiste et humaniste.

Dans la dernière partie de ce propos, évoquons plus précisément le Convent de Lausanne de 1875 et donc l’introduction formelle du Grand Architecte de l’Univers dans le corpus maçonnique.

En 1773, une scission d’avec la Grande Loge de France de l’époque conduit à la création du Grand Orient de France. Pour échapper au contrôle que Napoléon voulait exercer sur la franc-maçonnerie sous l’égide du seul Grand Orient, nombre de loges de la Grande Loge choisirent de se placer sous la protection du Suprême Conseil, créé par Alexandre Auguste de Grasse-Tilly en 1804. Ainsi se constitua la Grande Loge Centrale Ecossaise, adhérant aux principes du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

En 1849, le Grand Orient de France se dote d’une Constitution, qui stipule qu’il est « une association philosophique, philanthropique, et progressive… Elle a pour fondement la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme. » Mais cette conception n’est pas partagée par tous les Frères du Grand Orient, tant s’en faut. Des débats véhéments agitent les Convents. Finalement, en 1877, le Grand Orient supprimera le paragraphe concernant l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme de sa Constitution.

Ces interrogations sur le lien entre franc-maçonnerie et religion avaient également concerné des Frères de la Grande Loge Générale Ecossaise et du Suprême Conseil de France auquel elles étaient rattachées.

Or en 1875, un Convent Universel est organisé à Lausanne, réunissant 12 des 23 Suprêmes Conseils de REAA pour débattre de divers sujets et revoir les traités d’alliances entre juridictions. Les délégués en profitèrent pour adopter, sous l’instigation de Grand Commandeur du Suprême Conseil de France Adolphe Crémieux, une formulation propre à rassembler ce qui risquait d’être épars, et que nous connaissons tous : « La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur connu sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. »

Le texte évoque la notion de Force supérieure et qualifie le Grand Architecte de Créateur Suprême. L’Ecossisme s’affirme ainsi comme proche des conceptions déistes proposées par les philosophes des Lumières.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne se prononce ni sur l’immortalité de l’âme ni sur la résurrection. Il ne recourt à aucune révélation, n’impose la croyance en aucune vérité dogmatique. Il affirme, sous le nom de Grand Architecte, l’existence d’une force commune à tout l’univers, qui lui donne sa cohérence au-delà de sa diversité.

Pour conclure, souvenons-nous du premier paragraphe de la partie réglementaire des Constitutions d’Anderson, les Anciennes Obligations des Maçons Francs & Acceptés, qui postulent que la Franc-maçonnerie doit être le centre de l’Union d’hommes d’origines, de confessions, de conditions sociales et de cultures différentes qui, autrement, ne se seraient jamais rencontrés.

Il s’agit de rester fermement attachés à ces principes. Et c’est dans cet esprit, garantissant à chacun une entière liberté de conscience, que plusieurs Grandes Loges invoquent dans tous leur travaux le Grand Architecte de l’Univers, expression symbolique d’un Principe créateur librement interprétable par chacun des membres de l’obédience selon ses convictions spirituelles ou religieuses.

Les travaux sont ouverts à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, comme le matérialise la présence, sous l’Equerre et le Compas, du Volume de la Loi Sacrée. C’est la Loi qui est sacrée, en ce qu’elle a d’universel, en ce que le Volume a de symbolique.

Le Prologue de Jean auquel est ouvert ce Volume ne doit pas être compris comme une soumission à une vision religieuse, et donc à un dogme. Il renvoie plutôt à la raison, et à la quête de la Lumière et de la Vérité.

Parce qu’il serait vain de penser si ce n’était pour agir, la voie sur laquelle chacun de nous s’est résolument engagé en tant que francs-maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté travaillant à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, est d’abord une voie de réalisation personnelle. C’est aussi une voie de réalisation collective. La finalité de la voie spirituelle et humaniste que propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté est de parvenir à notre propre accomplissement, c’est aussi celle de l‘engagement et de l’action au service de l’Homme et de l’Humanité.

Pour ou contre une charte éthique des sociétés secrètes modernes : une réflexion sur les francs-maçons et les néo-druides

Inspiré de notre confrère agoravox.fr

Introduction : Le besoin d’éthique dans les traditions ésotériques

Dans un monde où la sécularisation progresse et où les anciennes traditions spirituelles sont souvent reléguées au rang de curiosités historiques, les sociétés secrètes et les mouvements néo-spirituels, tels que la franc-maçonnerie et les néo-druides, connaissent un regain d’intérêt. Ces groupes, ancrés dans des héritages symboliques profonds, se retrouvent aujourd’hui confrontés à des défis éthiques majeurs : scandales de pouvoir, dérives sectaires, et accusations d’opacité.

La question d’une charte éthique, visant à encadrer leurs pratiques et à restaurer la confiance du public, divise autant qu’elle intrigue. Faut-il imposer un code moral à ces organisations qui se revendiquent héritières d’une liberté de pensée ancestrale, ou cela risque-t-il de trahir leur essence même ? Cet article explore cette problématique à travers une analyse historique, philosophique et sociologique, en s’appuyant sur les exemples des francs-maçons et des néo-druides, deux traditions souvent mal comprises mais profondément influentes.

I. Contexte historique : Les racines des sociétés secrètes

A. La franc-maçonnerie : une quête de lumière sous surveillance

La franc-maçonnerie, née officiellement au début du XVIIIe siècle en Angleterre avec la création de la Grande Loge de Londres en 1717, s’inspire de guildes médiévales de constructeurs de cathédrales. Cependant, ses racines ésotériques puisent dans des traditions plus anciennes, notamment les mystères égyptiens, les écoles pythagoriciennes et les enseignements alchimiques. Organisée en loges, elle promeut des valeurs de fraternité, de tolérance et de recherche de la vérité à travers des rituels symboliques. Pourtant, son histoire est marquée par des controverses : interdictions par des régimes autoritaires (comme sous le nazisme ou dans certains États catholiques), accusations de complotisme (notamment avec les Protocoles des Sages de Sion, un faux antisémite), et des affaires internes de corruption ou de népotisme.

B. Les néo-druides : un renouveau spirituel controversé

Druides

Les druides, prêtres et philosophes des anciens Celtes, ont disparu en tant que groupe organisé avec la romanisation et la christianisation de l’Europe (vers le Ier siècle après J.-C.). Leur revival au XVIIIe siècle, notamment avec la fondation de l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides (OBOD) en 1717 par John Toland, s’inscrit dans le mouvement romantique et le regain d’intérêt pour les cultures préchrétiennes. Aujourd’hui, les néo-druides, souvent perçus comme écologistes ou païens, revendiquent une connexion avec la nature et une spiritualité non dogmatique. Cependant, des affaires comme celle de Roger Surin, druide accusé de dérives sectaires et d’abus (mentionnée dans un article d’AgoraVox du 3 janvier 2025), soulignent les risques d’interprétations abusives de ces traditions.

II. La nécessité d’une charte éthique : arguments en faveur

A. Protéger les membres et le public

Les sociétés secrètes, par leur nature fermée, peuvent devenir des terrains propices à des abus de pouvoir. Dans la franc-maçonnerie, des enquêtes ont révélé des cas où des loges ont servi à blanchir de l’argent ou à favoriser des carrières politiques (exemple : l’affaire P2 en Italie dans les années 1980). Chez les néo-druides, l’absence de structure centralisée facilite les dérives individuelles, comme l’exploitation psychologique ou physique sous couvert de rituels. Une charte éthique pourrait établir des garde-fous : consentement explicite, transparence sur les objectifs, et mécanismes de signalement des abus.

B. Restaurer la crédibilité

L’opacité de ces groupes alimente les théories du complot, qui les dépeignent comme des manipulateurs occultes. Une charte éthique, publiquement accessible, pourrait démontrer leur engagement envers des valeurs universelles (liberté, égalité, respect), contrecarrant ainsi les narratifs conspirationnistes. Par exemple, la franc-maçonnerie pourrait clarifier son rôle dans la promotion des droits humains, tandis que les néo-druides pourraient s’éloigner de l’image de sectes New Age.

C. S’adapter à une société moderne

Dans un contexte de mondialisation et de surveillance numérique, les anciennes structures secrètes peinent à rester pertinentes sans s’adapter. Une charte éthique, alignée sur les normes contemporaines (droits humains, écologie), permettrait à ces groupes de dialoguer avec la société civile et de justifier leur existence au-delà de la nostalgie.

III. Les objections : une menace pour la liberté spirituelle ?

A. Risque de standardisation

Critiques comme celles exprimées sur AgoraVox suggèrent que codifier l’éthique pourrait trahir l’esprit originel de ces mouvements. La franc-maçonnerie repose sur une quête individuelle de lumière, tandis que le druidisme valorise une connexion intuitive avec la nature. Imposer des règles pourrait transformer ces traditions en institutions rigides, similaires aux religions qu’elles ont souvent cherché à contourner.

B. Hypocrisie potentielle

Comme le souligne un article sur L’Oréal et ses chartes éthiques (AgoraVox, 2005), les documents officiels peuvent être de simples outils de communication, déconnectés des pratiques réelles. Une charte mal appliquée risquerait de discréditer davantage ces groupes, en exposant leur incapacité à respecter leurs propres engagements.

C. Conflit avec la souveraineté des loges ou cercles

La franc-maçonnerie fonctionne sur un modèle décentralisé, chaque loge ayant une certaine autonomie. De même, les néo-druides s’organisent en cercles indépendants. Une charte imposée pourrait être perçue comme une intrusion, menaçant leur indépendance et leur diversité.

IV. Une proposition : une éthique flexible et participative

Plutôt qu’une charte rigide, une approche participative pourrait être envisagée. Par exemple :

  • Consultation interne : Laisser chaque loge ou cercle définir ses propres principes, dans un cadre général validé par un consensus.
  • Transparence graduelle : Publier des rapports annuels sur les activités, sans révéler les rituels sacrés.
  • Médiation indépendante : Créer un organe neutre pour enquêter sur les abus, inspiré des modèles comme le Comité Consultatif National d’Éthique en France.

V. Conclusion : Un équilibre à trouver

La question d’une charte éthique pour les francs-maçons et les néo-druides ne se résume pas à un choix binaire. Elle reflète un dilemme plus large : comment préserver la liberté spirituelle tout en répondant aux exigences d’une société qui demande accountability ? L’histoire montre que ces groupes ont survécu grâce à leur capacité d’adaptation. Une éthique bien conçue, respectueuse de leur héritage mais ouverte au dialogue, pourrait être leur salut, à condition qu’elle ne devienne ni un carcan ni une façade. À l’heure où les valeurs humaines sont remises en question, peut-être est-ce l’occasion pour ces traditions de prouver leur pertinence dans le monde de 2025.

Le Corps et le Temple

Le Temple le reflet du corps de l’homme et celui de l’univers (suite et fin)

Revoir la partie n° 1 de cet article (cliquez ici)

Rappelons pour commencer quelques points sur lesquels tous sont d’accord

  • La loi d’Hermès : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, soit le corps de l’homme, le microcosme est le reflet de l’univers, le macrocosme.
  • L’univers est un temple où siège celui qui l’a construit, le G.A.D.L.U. le Grand Architecte De L’Univers.
  • L’homme, tout comme l’univers, est un temple où il lui appartient de faire vivre en lui le Principe suprême.
  • L’homme construit des temples, soit à l’origine des lieux d’où l’on observe le ciel. Puis ces temples deviennent des constructions rappelant son corps et celui de l’univers. Sans oublier les principes énergétiques qui les constituent :

Par exemple les chakras en Inde, les séfiroth dans la kabbale hébraïque pour le corps de l’homme ; les étoiles, les constellations et les planètes pour l’univers.

Le Corps de l’homme et celui de l’univers

On sait en effet que le zodiaque se projette sur ce grand corps humain dont la tête est sur la constellation du Bélier et les pieds sur celle des Poissons.

Cette projection du zodiaque sur le corps humain se trouve partout comme en Inde sur cette image du XVIII° siècle : Les constellations et les inscriptions en sanskrit nous montrent : Les étoiles du Bélier sur la tête, celles du Taureau sur le cou et la gorge ; celles des Gémeaux sur les épaules et les bras ; c elles du Cancer sur la poitrine, l’estomac ; celles du Lion sur le cœur ; celles de la Vierge sur le ventre : celles de la Balance sur les hanches ; celles du Scorpion sur bas du ventre ; celles du Sagittaire sur les cuisses ; celles du Capricorne sur les genoux ; celles du Verseau sur les jambes et celles des Poissons sur les pieds.

C’est ainsi que le Christ, ce Poisson signant l’arrivée de l’ère des Poissons, naquit d’une Vierge, la constellation opposée à celle des Poissons et lava les pieds de ses disciples.

Les correspondances entre le corps de l’homme et celui de l’univers ont été exprimées à toutes les époques sous différentes images. Ainsi au Moyen Age on voit sur cette image, extraite du document l’Hortus delicarum écrit pour des religieuses à la fin du XII° siècle[1] le corps nu de l’homme surmonté du mot microcosmus « Microcosme » en latin avec ses éléments constitutifs :

Les quatre éléments, les signes du zodiaque, les sept planètes et le corps de l’homme

Les quatre éléments :

L’élément Air en haut à gauche avec aer inscrit au-dessus de l’aile supérieure de l’ange qui souffle. L’élément Feu, en haut à droite, avec le mot ignes inscrit à gauche des flammes : Les flammes près de la tête évoquent la constellation du Bélier signe de feu et en rapport avec la tête de l’homme tout comme les Poissons sont en rapport avec les pieds. L’élément Eau, en bas à gauche, avec aqua inscrit au-dessus de l’eau, dans laquelle nagent deux poissons. L’élément Terre, en bas à droite, avec terra inscrit sur la colline où broute une chèvre.

Ces éléments sont en correspondance avec les signes du zodiaque :

Ainsi la constellation des Poissons, en bas à gauche, avec l’élément Eau, près des pieds du corps de l’homme avec lesquels ils sont en rapport, comme c’est inscrit à côté ; celle du Capricorne, en bas à droite, avec l’élément Terre, les collines et les pierres, près des genoux du corps de l’homme avec lesquels le Capricorne est en rapport.

La sphère céleste et les sept planètes :

La tête de l’homme par sa forme ronde représente la sphère de l’univers et les sept ouvertures de la tête les sept planètes (dont les noms sont inscrits sur les rayons) : en commençant en bas à gauche par Saturne. Soit Saturne, Mars, Jupiter, Soleil, Lune, Mercure, Vénus.

Le corps maison univers

Dans toutes les civilisations traditionnelles le corps de l’homme et comme une maison.

Par exemple, chez les Dogons, la façade représente le visage (face, façade) les poutres le squelette ; la porte extérieure le sexe de l’homme ; la grande pièce centrale la matrice ; les pièces latérales les bras ; le foyer donnant sur la terrasse la respiration.

Les manuscrits de Qumram parlent de la bâtisse (le corps) de l’homme.

Et un peu partout on voit le toit de la maison crâne de l’homme comme la voûte du ciel ou sa limite les pieds comme la Terre

Le corps temple ou le corps dans le Temple

Si le corps de l’homme s’inscrivait dans la maison il était logique que celui de la divinité s’inscrive à son tour dans son temple d’une façon ou d’une autre, puisque celui-ci est sa demeure quel que soit le nom qu’on lui donne : « Homme cosmique » chez les Hindous ; Pharaon devenu Osiris en Egypte ; Nom de l’Éternel chez les Hébreux, corps du Christ chez les chrétiens.

Les sources principales qui ont influencé le tracé du temple maçonnique sont évidemment le temple égyptien, le temple de Salomon et le temple chrétien tel qu’on le construisait à la grande époque des cathédrales.

Ces temples, tout comme le corps humain, sont divisés grosso modo en trois parties, les jambes avec les pieds ; le tronc avec la poitrine et le cœur ; la tête.

La représentation d’un corps humain sur le temple de Salomon semble venir d’Égypte où cela était particulièrement marqué.

Le corps dans le Temple en Egypte

L’exemple  le plus célèbre est celui de Louxor, dont la construction commença avec Aménophis III ( -1388 à -1351) avec son architecte Amenhotep.

Situé au bord du Nil sur sa rive Est (droite), on peut voir sur le schéma tout en comparant avec l’architecture des cathédrales gothiques :

Les pieds sur les pylônes (B)

Les jambes sur les colonnes de Grande cour, équivalent du Narthex (12)

Les genoux sur le mur séparant le narthex de la nef (C)

Les cuisses sur l’allée processionnelle aux quatorze colonnes de plus de vingt mètres de hauteur équivalant de la Nef.

Cette allée fait référence à la traversée du ciel au cours des quatorze jours de la Lune croissante.

C’est pourquoi sur les bas-reliefs on y voit la procession des trois barques celle d’Amon, celle de Mout et celle de Khonsou.

Le ventre sur la cour centrale entourée de son péristyle aux soixante-quatre colonnes moins hautes que les précédentes (11) équivalent du transept.

Les soixante-quatre colonnes faisant allusion à un remplissage de l’œil lunaire. Ainsi cette immense cour faisait allusion à la Pleine Lune.

L’œil lunaire étant utilisé comme un symbole de mesure des volumes

Cette unité de volume se fragmentant en six fractions : ½, ¼, 1/16, 1/32, 1/64

La poitrine sur la salle hypostyle, forêt de colonnes, composée de chaque côté de quatre rangées de quatre colonnes, seize d’un côté, seize de l’autre soit trente-deux. (D)

Les bases de ces colonnes étaient taillées de façons à évoquer des croissants lunaires. Mieux encore l’initié s’avançant vers les profondeurs du Temple voyait décroître, sur huit files parallèles, les croissants depuis le dernier croissant jusqu’à la Lune invisible. Arrivé à la quatrième colonne immédiatement sur sa droite il pouvait voir l’amorce du nouveau croissant préfigurant la renaissance du Dieu[2]

Sous les clavicules une zone intermédiaire composée de huit colonnes (9).

Puis vient le temple couvert qui commence au niveau des clavicules et va jusqu’à la calotte crânienne, équivalent du chœur.

Sur la bouche le sanctuaire de la barque, symbole du croissant lunaire, le Verbe créateur.(5)

Au niveau des yeux la salle à douze colonnes

Symbole des douze mois lunaires et des douze signes du zodiaque, mais surtout salle solaire comportant le faucon solaire au centre de son naos, douze singes faisant la salutation au soleil

Rappelant que les yeux du ciel sont le Soleil et la Lune.

Au niveau du cerveau les trois sanctuaires secrets

Le corps dans le temple chrétien

Les chrétiens évidemment issus du judaïsme placèrent à leur tour, dans leurs temple le corps de l’homme Dieu Jésus.

Mais on peut aussi penser qu’ils s’inspirèrent également des temples égyptiens car la projection du corps humain est plus marquée que dans ceux-ci que sur celui de Salomon.

Si dans le temple égyptien les pieds se projetaient sur les deux blocs du pylône et les deux obélisque et dans le temple de Salomon sur les deux colonnes Yakhin et Boaz, dans les cathédrales les constructeurs les placèrent sur les deux tours clochers qui rappellent ces deux colonnes.

Les jambes au début de la nef.

La poitrine avec le cœur dans la nef où se trouvent les douze piliers en rapport avec les 12 apôtres et les douze signes du zodiaque , les bras sur le transept.

La tête dans le chœur.

Le temple reflet du corps de l’homme et de l’univers dans le temple maçonnique

Le Temple maçonnique reflet de l’univers

Tout nous le montre : la voûte étoilée peinte en bleu descendant jusqu’au sol, les signes du zodiaque représentés sur le pourtour du temple ou à défaut par une corde à douze nœuds, le Soleil, la Lune, Vénus (L’étoile à cinq branches) et le Delta (la constellation du Delta au-dessus de la tête du Bélier)…

Sans oublier les deux colonnes Yakhin et Boaz marquant les solstices.

Le temple maçonnique, les séfiroth et le corps de l’homme

Le corps de l’homme et les séfiroth étant indissociables, on peut s’aider en plaçant d’abord les séfiroth sur le schéma,

Sans oublier de projeter le corps de l’homme de la divinité ou de l’Adam Kadmon, visage tourné vers le sol et donc vu de dos, ce qui permet de respecter l’orientation de l’arbre des séfiroth, Kéter se trouvant à l’Est et Malkhouth à l’Ouest

Dans le temple maçonnique, on peut placer les éléments en partant de la tête de la tête de la façon suivante en commençant par le plus facile :

Commençons par le haut soit par l’Orient :

Kétér sur le Delta et la calotte crânienne

La « Couronne » se place logiquement sur le cercle de brume entourant le Delta lumineux symbole du Principe créateur et évocateur de la calotte crânienne du corps de l’homme. Kéter est en analogie avec l’Arche d’Alliance dans le temple de Salomon.

L’œil, au centre du Delta, aïn en hébreu (qui s’écrit Ayin, Yod, Yod Noun), est en homophonie avec le ein (qui s’écrit Alef, Yod Noun) (image ci-dessous) le néant d’où sort l’infinie lumière Ein Sof Or la source ultime sur laquelle s’ouvrira peut- être un jour la onzième porte du Royal Arche.

‘Hokhmah sur le Soleil, sur l’œil droit et le cerveau droit

« Sagesse », « Le Père » est sur le Soleil, Œil droit du Ciel et œil droit du corps de l’homme. Ainsi que son cerveau droit, l’intuitif et englobant

Nous avons vu dans la première partie que dans le temple de Salomon ‘Hokhmah se plaçait sur le bourrelet orné de deux cents grenades du chapiteau de la colonne Yakhin celle du Sud[3].

Or nous voyons que Yakhin dans le temple maçonnique, celle où se tiennent les Compagnons et les Maîtres, se projette sur le sol et est dominée par ‘Hokhmah.

Binah sur la Lune. Sur l’œil gauche et le cerveau gauche

« Intelligence », « La Mère » est sur la Lune l’œil gauche du Ciel et celui du corps de l’homme ainsi que son cerveau gauche celui qui raisonne qui découpe, qui analyse.

C’est dans Binah que se trouvent toutes les lettres avec lesquelles l’Eternel a construit le monde.

Dans le Temple de Salomon elle se trouvait sur le bourrelet du chapiteau de Boaz.

Daath sur l’Autel et la gorge

« Connaissance » se place sur l’Autel sur lequel se trouve VLS le Volume de la Loi sacrée.

Sur le corps de l’homme il est sur la gorge ou la bouche en fait sur les organes de la parole.

Daath est une non séfirah elle est l’enfant de ‘Hokhmah et Binah

‘Hessed sur la Pierre cubique à pointe, l’épaule droite

« Clémence » se plaçant sur cette pierre est donc sur la deuxième des trois marches qui montent à l’Orient. Dans le temple de Salomon, elle se trouvait sur Yakhin colonne de droite au niveau du chapiteau. On voit bien sur le schéma que ‘Hessed est au-dessus de la colonne de droite, celle où s’assoient les compagnons et les maîtr, soit le fût de cette colonne !

Sur le corps de l’homme elle se place sur l’épaule droite.

Din sur la Pierre brute et l’épaule gauche

« Rigueur, Justice » placée sur la pierre brute se trouve alors sur la première marche à gauche. Dans le temple de Salomon, elle se plaçait sur le chapiteau de la colonne du Nord.

Sur le corps de l’homme sur l’épaule gauche

Tiféréth sur les trois piliers et le cœur

« Beauté » la séfirah centrale, qui reçoit directement l’influx séfirotique de Kétér par Daath, se place au centre du Temple dans l’espace délimité par les trois piliers, Sagesse, Force et beauté[4] que l’on peut mettre en analogie avec le triangle ‘Hokhma, Binah et Daath.

Sur le corps de l’homme Tiféréth est sur la poitrine avec le cœur : on remarquera que les trois piliers entouré de loin par les douze signes du zodiaque forment un triangle tout comme le cœur.

Dans le Temple de Salomon Tiféréth se plaçait logiquement au centre du Temple soit dans le Héikhal

Netsa’h sur la colonne du Sud et la hanche droite

« Victoire » se trouve sur la colonne du Sud, celle de droite qui dans le Temple de Salomon correspondait au fût de la colonne Yakhin.

Dans le corps de l’homme on la place sur la hanche droite parce qu’elle correspond à l’insertion de la jambe. En fait « Victoire » correspond à la jambe droite.

Hod sur la colonne du Nord et la hanche gauche

« Gloire » se place sur la colonne du Nord, celle des Apprentis. Dans le Temple de Salomon, elle correspondait au fût de la colonne Boaz et à la jambe gauche du corps de l’homme.

Il en est de même ici.

Yessod sur la porte et le sexe

Dans notre temple le corps projeté aurait- il un sexe ?

Il est obligatoirement androgyne.

On pourrait dire alors que la porte gardée par l’épée du couvreur est masculine, mais que lors de l’initiation, devenue porte basse, elle est féminine évoquant la sortie de la matrice représentée alors par le cabinet de réflexion.

Quoiqu’il en soit, frapper à la porte de la recherche de la Connaissance est bien le commencement, le fondement Yessod de celle-ci.

Malkouth sur le parvis et les pieds

Sur le Parvis on est dans le monde profane

Ainsi, comme dans tous les temples, on entre en passant entre les pieds du corps de l’homme.

Puis on avance vers la tête la partie la plus secrète, la plus mystérieuse, la plus sacrée du temple, en passant par le cœur, ce centre.

En conclusion : La leçon universelle du corps dans le temple

La première est bien évidemment de rappeler que le corps de l’homme est potentiellement un temple et qu’il appartient à chacun, sous l’impulsion donnée par l’initiation d’y faire descendre l’esprit ou la divine Présence, suivant la culture de chacun. De sorte que le temple symbolise la fixation de l’influence spirituelle dans la conscience corporelle.

L’autre leçon est aussi de rappeler le vieil adage : Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux puisque le temple, image du cosmos, est aussi celle de l’homme.

Vaste programme …


[1] Emile Mâle p 317

[2] D’après Schwaller de Lubicz, Le Temple de l’homme tome II

[3] Rappelons que pour les Hébreux on s’oriente face à l’Est. Aussi quand on parle de la droite on signifie le Sud et de la gauche du Nord.

[4] Sinon sous le fil à plomb placé au Zénith lorsque les trois piliers n’existent pas dans le rite

Partie 1 de cet article

La Sauterelle Égarée et l’Équerre Tordue : Manifeste contre la Tyrannie de la Rectitude

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L’équerre, outil fondamental des bâtisseurs depuis des millénaires, est plus qu’un simple instrument : elle est un symbole de droiture, de justesse et d’ordre. Pourtant, à force de sacraliser l’alignement parfait, elle se transforme en carcan limitant l’expression du réel. Est-il réellement nécessaire que tout soit toujours droit ?

Dédale et la Sagesse des Bâtisseurs

Dédale, maître des constructions, savait que l’art de bâtir dépassait la simple rectitude. Dans les temples antiques et les palais labyrinthiques, il enseignait que chaque angle avait son importance, mais que la rigidité excessive pouvait nuire à l’adaptation. Le compas et l’équerre, disait-il, étaient autrefois entre les mains d’Anubis ou d’Horus pour guider les laboureurs et mesurer leurs terres. Ce geste ancien rappelait aux hommes que la géométrie devait servir la réalité, et non l’inverse.

Prélude : La Sauterelle Égarée

Comme la sauterelle qui bondit hors du chemin tracé, notre pensée doit explorer l’inattendu. Ce prélude nous invite à remettre en question notre soumission à une perfection rigide, au profit de l’adaptabilité. Car si la ligne droite rassure, elle ne suffit pas à embrasser la complexité du monde. L’harmonie naît souvent de l’équilibre entre structure et souplesse. Reconnaissons que l’ordre et la beauté existent aussi dans l’irrégularité et le mouvement.

Le Dogme de la Rectitude : Une Illusion Bien Entretenue

Depuis des siècles, la rectitude domine : tout doit être droit, impeccable, sans défaut. Que ce soit en architecture, en pensée ou au sein des institutions, on traque la moindre irrégularité comme une faute. Mais qui a décrété que la ligne droite est l’unique voie vers l’excellence ? La nature nous enseigne le contraire : les fleuves serpentent, les montagnes se dressent sans régularité, et même la lumière se courbe sous certaines forces. Ce que nous appelons chaos n’est parfois que la structure d’un ordre plus subtil.

L’Équerre Tordue : Une Dissidence Salutaire

Face à ce dogme, l’équerre tordue surgit comme un cri de rébellion. Elle est une invitation à repenser nos certitudes. Brisant l’illusion de la rectitude parfaite, elle affirme que l’irrégularité n’est pas un défaut, mais une nécessité. Que devient une ligne trop droite face aux mouvements du monde ? Elle se fissure, cède sous la pression de la réalité. La véritable maîtrise réside non dans l’inflexibilité, mais dans l’intelligence de l’adaptation.

La Fausse Équerre : L’Outil des Bâtisseurs Éclairés

Plus subtile encore, la fausse équerre ne cherche pas à imposer un angle fixe. Elle s’ajuste, mesure et accompagne la construction sans rigidité dogmatique. Elle est l’outil des maîtres artisans et des penseurs lucides, ceux qui savent que chaque structure doit s’accorder au réel plutôt qu’à un idéal figé. Là où l’équerre impose, la fausse équerre observe et corrige.

La sauterelle ou la fausse équerre

L’Équerre du Vénérable : La Rectitude Assumée

Il existe une autre équerre qui mérite sa place dans cette réflexion : l’équerre du Vénérable. Portée avec droiture et honneur, elle incarne une rectitude consciente et éclairée, bien loin d’une rigidité dogmatique figée dans le temps. Elle symbolise un équilibre subtil entre la force des traditions et la nécessité du questionnement, entre l’héritage des Anciens et l’évolution portée par le discernement.

Cette équerre, plus qu’un simple outil symbolique, est le témoin d’un savoir forgé par l’expérience et consolidé par les épreuves. Elle rappelle que la droiture du Vénérable ne réside pas dans l’immobilisme, mais dans la capacité à tenir le cap tout en ajustant la trajectoire lorsque cela s’avère nécessaire. Elle est le pilier sur lequel repose une guidance éclairée, capable de préserver l’essence du rite sans l’enfermer dans un carcan rigide.

Ainsi, l’équerre du Vénérable est un phare au sein de la loge, un repère pour ceux qui cheminent vers la connaissance. Elle ne dicte pas, elle éclaire ; elle ne contraint pas, elle inspire. Son porteur, conscient du poids de sa mission, incarne cette rectitude assumée qui fait la grandeur d’un guide véritable : ferme sans être intransigeant, constant sans être inflexible, et toujours prêt à ajuster avec justesse, afin que l’édifice initiatique demeure solide et vivant.

L’Équerre Secrète : L’Angle Oublié du Savoir

Depuis l’aube des bâtisseurs et des penseurs, des équerres ont été forgées et transmises comme des symboles du perfectionnement humain. L’équerre rigide a imposé sa loi, l’équerre tordue a défié l’ordre établi, et la fausse équerre a révélé l’intelligence de l’adaptation, et l’équerre du Vénérable a incarné la droiture consciente.

Mais une équerre manque à l’appel. Une équerreoubliée, ignorée, cachée, qui pourtantdétiendrait peut-être la clef de la véritable maîtrise.

Une équerre qui échappe aux dogmes !

Si elle est secrète, c’est qu’on l’a reléguée aux marges du savoir établi. Peut-être parce qu’elle refusait d’être un instrument d’imposition, ou parce qu’elle ne pouvait être enfermée dans une forme fixe. Contrairement aux autres, cette équerre ne cherche pas à tracer des lignes, ni même à ajuster des angles.

L’angle mystérieux

Une Inspiration Biblique et Ésotérique : Le Chemin Juste

La Bible elle-même enseigne la rectitude comme une quête de vérité et de sagesse. Proverbes 4:26-27 nous éclaire sur cette notion :
« Considère le chemin par où tu passes, et que toutes tes voies soient bien réglées; Ne te détourne ni à droite ni à gauche, et éloigne ton pied du mal. »
Cette exhortation nous invite à une réflexion profonde sur l’importance de la direction que nous choisissons dans notre vie.

« Le chemin juste est souvent tortueux, mais il mène à la lumière. »

Dans les traditions ésotériques, l’équerre symbolise la rigueur du monde matériel et le cadre nécessaire à l’apprentissage. Elle représente la construction méthodique de la pensée et de l’action, permettant aux initiés de structurer leur compréhension de l’univers. Certains y voient l’épreuve de la dualité, le défi de maintenir l’ordre face au chaos, ainsi que la quête d’un équilibre entre les lois terrestres et une sagesse transcendante.

Maîtriser l’équerre, c’est apprendre à façonner la matière, à organiser le réel et à dépasser les limites imposées par la condition humaine.

En franc-maçonnerie, ce symbolisme prend une dimension essentielle : l’équerre devient un outil de perfectionnement, guidant l’initié dans la construction de son « temple intérieur ». En cultivant discipline et stabilité, l’équerre incarne le chemin vers l’auto-transcendance. Plusieurs auteurs ont exploré ces principes, notamment :

Oswald Wirth, qui a examiné les outils maçonniques et leur signification ésotérique, offrant des perspectives sur leur rôle dans l’initiation ;

René Guénon, qui a analysé la dualité entre matière et esprit dans une perspective métaphysique, soulignant l’interconnexion entre les deux ;

Dominico Rossi, qui a écrit sur la symbolique du compas et de l’équerre, apportant une touche unique à la compréhension de ces outils dans un contexte polonais.

En somme, l’équerre, qu’elle soit perçue à travers le prisme de la foi ou de l’ésotérisme, nous enseigne que la recherche de vérité et d’équilibre est un chemin qui exige réflexion et engagement.

L’Équerre de l’Intuition : Une Dimension Supplémentaire

En complément des équerres déjà évoquées, il existe également l’équerre de l’intuition, qui incarne la capacité à naviguer dans l’incertain et à faire confiance à notre instinct. Cette équerre ne se mesure pas en angles ou en lignes droites, mais en sensations et en ressentis. Elle nous enseigne que, parfois, les décisions les plus justes ne découlent pas d’une logique rigide, mais d’une connexion profonde avec notre vérité intérieure.

L’équerre de l’intuition nous rappelle que, tout en bâtissant nos structures de vie et en cherchant l’harmonie entre créativité et rigueur, il est essentiel de laisser une place à notre instinct et à notre sensibilité. En intégrant cette équerre dans notre cheminement, nous pouvons véritablement enrichir notre approche, en nous permettant d’explorer des avenues inattendues et de trouver des solutions originales aux défis qui se présentent à nous.

La Richesse de l’Équerre dans notre Vie

L’équerre pittoresque, avec sa capacité à transcender les simples mesures, nous invite à envisager nos projets avec une créativité renouvelée. Dans le grand atelier de la vie, chaque angle représenté par nos actions et nos choix est une opportunité de bâtir non seulement des structures matérielles, mais aussi des rêves, des aspirations et des valeurs.

En fin de compte, l’équerre, sous toutes ses formes, est le reflet de notre quête de vérité et d’authenticité. Elle nous rappelle que le cheminement vers la réalisation de soi est tout aussi important que les résultats que nous atteignons. En alliant rigueur et imagination, nous pouvons créer un équilibre harmonieux qui enrichit notre existence.

C’est pourquoi l’adage résonne avec encore plus de force : « Ce que tu fais, te fait. » Que nous soyons bâtisseurs de murs ou d’idées, ayons toujours à l’esprit que la véritable mesure de notre parcours réside dans la justesse de nos intentions et dans notre capacité à embrasser la complexité de la vie. L’équerre et le compas, comme guides éclairés, nous rappellent que l’harmonie entre structure et créativité est essentielle pour bâtir un avenir prometteur.

A⸫G⸫D⸫G⸫A⸫D⸫U⸫ acclamation maçonnique : la récupération du mot

Au fil des siècles, le mot primitif qui composait notre salutation rituelle a été oublié, remplacé par un autre de son semblable mais de sens obscurci. Ainsi, le geste est demeuré, mais le symbole s’est vidé. Lorsque le mot se tait et que le geste ne porte plus sa véritable signification, le rituel court le risque de devenir une simple répétition. C’est pourquoi, au nom de la Lumière que nous cherchons et de la Vérité que nous vénérons, nous proposons de restaurer le sens de la salutation, en l’élevant à son objectif le plus noble : affirmer, en pleine conscience, l’engagement envers l’Œuvre.

Le Rituel est le fil d’or qui unit l’invisible au visible.

Le Mot, lorsqu’il est prononcé avec une intention pure, transcende le son et devient Action. Ressurgi d’un passé voilé par le délicat voile de l’écoulement du temps — où les échos se dissipent, les mots se corrompent et les sens s’endorment —, apparaît la proposition de restaurer une salutation oubliée, non pas comme une simple archéologie rituelle, mais comme un geste vivant de reconnexion à l’essence de l’Œuvre

non par manque d’usage,
mais par excès de bruit.

Par coutume, au début et à la fin de nos travaux, nous exclamons trois fois des mots tels que :
« Huzzá ! », « Huzzé ! » , « Houzzai! » ou des variantes similaires.
Et nous le faisons avec enthousiasme, vigueur et joie.

Cependant, nous proposons quelque chose au-delà de l’exultation.
Nous proposons le sens.
Nous proposons la continuité.
Nous proposons le souvenir de qui nous sommes.

Le mot Houzzai, utilisé comme exclamation rituelle dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), a une origine incertaine selon toutes les références existantes, depuis un passé lointain jusqu’à nos jours. Il n’apparaît pas dans les premiers rituels symboliques de 1804, mais surgit en 1820 dans des rituels belges sous la forme Houzzai, transcription phonétique française de Huzzah, terme anglais. En 1872, Albert Pike adopte la forme Huzza, et Mackey l’enregistre comme salutation maçonnique, mais reste imprécis quant à son origine et sa signification.

Selon les dictionnaires dans diverses langues, huzzah est une interjection de joie, d’encouragement ou de salutation, dont l’origine est généralement attribuée à l’usage naval et militaire des XVIIe et XVIIIe siècles, comparable à hurrah. Dans le contexte maçonnique, cette acclamation pourrait avoir été héritée du Rite d’Heredom, lié aux exilés jacobites et aux troupes de Frédéric II de Prusse. Bien qu’il existe des interprétations ésotériques sur ses effets dans le Temple, historiquement il s’agit simplement d’un cri d’acclamation rituelle, comme “Vivat, vivat, vivat” ou “Liberté, Égalité, Fraternité” dans d’autres rites.

La présente Planche d’Architecture est une recherche d’unité sémantique et phonétique entre textes sacrés et pratiques rituelles.


I. Le Mot “‘Oséh” (עֹשֶׂה) – La récupération

Bien qu’elle ne soit ni une religion, ni une secte, la Franc-maçonnerie opère sur le plan symbolique. C’est pourquoi elle recourt à des récits, des personnages et des expressions extraits des Écritures (particulièrement de l’Ancien Testament) comme véhicules d’enseignement moral, éthique et initiatique.

La Bible, le « Livre de la Loi » pour la Franc-maçonnerie — en particulier dans le Rite Écossais Ancien et Accepté — est perçue comme un livre de sagesse traditionnelle, une référence de loi morale et un répertoire d’archétypes symboliques, et non nécessairement comme un texte sacré confessionnel. Elle est l’une des « Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie », aux côtés de l’Équerre et du Compas.

Dans les versets suivants :

  • Psaume 115:15 — « Soyez bénis du Seigneur, qui a fait (עֹשֵׂ֣ה – ‘oséh) les cieux et la terre. »
  • Jérémie 10:12 — « Il a fait (עֹשֶׂה – ‘oséh) la terre par sa puissance, il a établi le monde par sa sagesse, et il a étendu les cieux par son intelligence. »

     Et encore :

  • Deutéronome 10:17-18
    « Celui qui fait (עֹשֶׂה – ‘oséh) justice à l’orphelin et à la veuve. » (Tanakh)

« ‘Oséh » vient du verbe hébreu עָשָׂה (asáh), qui signifie : faiseur, constructeur, réalisateur, agent, opérateur, restaurateur, c’est-à-dire un état continu de création.

Sous sa forme active, participe masculin singulier (‘oséh), cela signifie littéralement

« celui qui fait », « le constructeur » ou « le réalisateur ». Cependant, lorsqu’il est proclamé à l’unisson par tous les Frères de l’Atelier, il dépasse la grammaire du singulier pour assumer une valeur collective et symbolique. Ainsi, « ‘oséh » n’est pas un nom propre, mais une désignation fonctionnelle du Grand Architecte de l’Univers en tant que créateur en action — à la différence de « El » (Dieu comme Être), « Adonai » (Seigneur) ou « Elohim » (puissance plurielle).

L’Écriture nous dit:

« Soyez bénis du Seigneur, qui a fait les cieux et la terre. » (Psaume 115:15):

בְּרוּכִים אַתֶּם לַיהוָה, עֹשֵׂה שָׁמַיִם וָאָרֶץ

בְּרוּכִים (Berukhim) – Bénis,
אַתֶּם (Attem) – Vous,
לַיהוָה (LaYHVH) – du Seigneur,
עֹשֵׂה (‘Oséh) – qui a fait,
שָׁמַיִם (Shamayim) – les cieux,
וָאָרֶץ (Va’aretz) – et la terre

« Il a fait la terre par sa puissance, il a établi le monde par sa sagesse, et il a étendu les cieux par son intelligence. »
(Jérémie 10:12)

עֹשֶׂה אֶרֶץ בְּכֹחוֹ, מֵכִין תֵּבֵל בִּתְבוּנָתוֹ; וּבִתְבוּנָתוֹ נָטָה שָׁמָיִם

עֹשֶׂה אֶרֶץ בְּכֹחוֹ (ʿōśê ʾāreṣ bəḵōḥō) – Il fait / la terre / par sa force
מֵכִין תֵּבֵל בִּתְבוּנָתוֹ (mēkônēn tēbēl bəḇināṯô) – Il établit / le monde habité / par sa sagesse
וּבִתְבוּנָתוֹ נָטָה שָׁמָיִם (ûbiṯəḇûnāṯô nāṭâ šāmayim) – Et par son intelligence / il étend / les cieux

« Celui qui fait justice à l’orphelin et à la veuve. »
(Devarim (Paroles) – Deutéronome 10:17-18 – Tanakh)

עֹשֶׂה מִשְׁפַּט יָתוֹם וְאַלְמָנָה

עֹשֶׂה (‘Oséh) – celui qui fait
מִשְׁפַּט (mishpát) – justice / jugement
יָתוֹם (yatóm) – orphelin
וְ () – et
אַלְמָנָה (almaná) – veuve

Dans ces versets, le terme ‘Oséh est utilisé pour décrire le Grand Architecte de l’Univers comme l’Agent actif, l’Ouvrier Sacré de la Création, le Restaurateur.

Mais ce même terme désigne aussi l’homme juste, le sage, celui qui agit avec droiture — l’Initié.

II. Signification ésotérique de “‘Oséh”

Dans l’effort de présenter une salutation initiatique (et non une exclamation euphorique), ‘Oséh vient offrir une valeur symbolique puissante, surtout lorsqu’il est inséré dans le langage rituel de la Franc-maçonnerie :

Mot                Origine                                  Valeur ésotérique possible

Houzzai!   Anglais archaïque      Cri d’action, affirmation de la volonté (exotérique)

Osé!           Hébreu biblique        Celui qui fait, réalise — l’artisan divin (ésotérique)

III. Un parallèle initiatique : du mythe à l’acclamation

Étape                     Personnage              Mot            Signification

Réalisation               Hiram                  ‘Oséh        La forge de la création

Ainsi se forme une acclamation initiatique de nature transformatrice, et non seulement commémorative. C’est comme un cri contenu de continuitéun signe entre Initiés que l’Œuvre est toujours en cours.

L’exclamation עֹשֶׂה (‘Oséh), répétée trois fois comme proclamation maçonnique — pratiquée par les anciens Bâtisseurs spéculatifs et peut-être même par les Opératifs — fut recouverte par Houzzai, dans un palimpseste sonore et symbolique qui révèle, sous un nouveau vêtement, les échos du verbe ancestral. Toutefois, sa reprise ne respecte pas seulement la phonétique et le rythme propres aux rites : elle restaure aussi un profond sens de continuité et de finalité créatrice, contrastant avec des acclamations détachées de racines authentiques.


IV. LA TRIPLE RÉPÉTITION

C’est pourquoi nous proposons qu’au lieu d’une acclamation générique, nous répétions à l’unisson, avec force et vigueur, l’exclamation « Osé ! », en faisant ainsi la voix de tout l’Atelier, proclamant : « nous faisons », « nous sommes en train de faire », « nous sommes des constructeurs ».

L’action de chaque Ouvrier se fond dans l’action plus grande de la Loge, dans un effort commun d’édification morale, spirituelle et symbolique.

Osé ! Osé ! Osé !

(עֹשֶׂה – עֹשֶׂה – עֹשֶׂה)

(Nous œuvrons ! Nous œuvrons ! Nous œuvrons !)

Chaque répétition marque un degré :

  • Le premier Osé ! est l’Intention, la tradition (travail rituel, alchimie intérieure),
  • Le deuxième Osé ! est l’Action, la continuité (le « labeur » était commun tant chez les anciens que chez les fondateurs spéculatifs),
  • Le troisième Osé ! est la Consécration, l’élévation et l’exaltation de la persévérance de l’Ouvrier qui comprend que l’Œuvre est infinie.

V. LE DÉFI DE L’ACTION

Dans la kabbale,

la racine ע-ש-ה (Ayin-Shin-He) est associée au Monde d’Assiyah (עשיה), le monde de l’Action, le plus « bas » des quatre mondes kabbalistiques (Atziluth, Beriah, Yetzirah, Assiyah).

Assiyah est le plan où la force divine se matérialise. C’est là que l’Initié agit.

En termes kabbalistiques, Oséh est l’être conscient agissant dans le monde d’Assiyah, agissant en co-créateur avec l’Éternel.

Selon la Kabbale, nous vivons dans le monde d’Assiyah — le monde de l’action, de la matière, des choix. C’est en lui que le Maçon révèle sa Lumière.

En acclamant « Osé !Osé !Osé ! », nous ne célébrons pas une victoire — nous affirmons un Engagement.

Il ne s’agit pas d’une simple salutation, mais d’une affirmation rituelle de l’identité active du Maçon. C’est la conscience que l’Œuvre n’est pas terminée, que le Temple est encore en train de s’élever — en nous et entre nous.

Ainsi, en proclamant « Osé ! Osé ! Osé ! », nous réaffirmons notre mission, dans le Temple et hors de celui-ci — œuvrant encore dans le monde, dans le silence, sur la pierre.

Nous nous rappelons que la Loge ne se ferme pas :

Elle continue dans chacun de nos gestes là-dehors,

dans chaque parole juste, dans chaque pierre que nous laissons moins brute qu’hier.

Dans l’affirmation de celui qui reconnaît que le Temple n’est pas achevé,

mais qu’il continue à s’élever,

pierre par pierre,

silence après silence,

par des mains qui œuvrent.

Osé ! Osé ! Osé !

Que la Lumière se renouvelle dans l’Œuvre de chacun.

Auteur :

Valton Sergio von Tempski-Silka (78) – Past Master R⸫E⸫A⸫A⸫, Paraná G⸫ R⸫ A⸫ C⸫ Past Gr. Scr., M.M.M. M.M.M. York Rite, Past Gr⸫ Sec⸫ RRel⸫ EExt⸫ à la G⸫L⸫P⸫ – Or⸫Curitiba-PR, Brésil –

© von Tempski-Silka, Valton Sergio – 2025 – 11903 – REGISTRO DE OBRAS FBN E60701190202506050100DY52OTRIVVI -All rights reserved    https://mitosesimbolos.blogspot.com/

Sources :

King James Bible ; The Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania ; Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry – Albert Pike, 1872 ; An Encyclopaedia of Freemasonry and its Kindred Sciences – Albert G. Mackey, 1873 et 1878 ; Rituels (Port. ; Angl. ; Fr.) divers du REAA. Illustrations générées par IA.


Hoschea (Hōšēa: heb., הוֹשֵׁעַ, “Osée”, un nom propre signifiant « Salut » – Note de l’Auteur.). The word of acclamation used by the French Masons of the Scottish Rite. In some of the Cahiers it is spelled Ozee. It is, I think, a corruption of the word huzza, which is used by the English and American Freemasons of the same Rite.”– Albert G. Mackey, p. 350, 357. Trad. : Le mot d’acclamation utilisé par les maçons français du Rite Écossais. Dans certains des Cahiers, il est orthographié Ozee. C’est, je crois, une corruption du mot huzza, utilisé par les maçons anglais et américains du même Rite (An Encyclopaedia of Freemasonry and its Kindred Sciences – Albert G. Mackey, 1873 et 1878, p. 350, 357).

Prendre un vent !

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Prendre un vent ! Cette expression est une expression familière francaise qui signifie « se faire ignorer, rejeter »… Un bref moment de vie, inattendu, brutal, blessant que nous ne souhaitons à personne !

Si, hèlas, vous avez vécu ce type d’expérience, à des fins de consolation ou de compassion, rattrapons le souvenir d’un sentiment cuisant en brillant par l’érudition et en parlant des vents !

Zeus tenant dans sa main un éclair du ciel
Zeus tenant dans sa main un éclair du ciel

Connaissez-vous Eole ? Oui Eole ! Il est le plus connu des vents. Il a été choisi par Zeus lui même le Dieu de la mythologie grecque. A l’origine il aurait été un simple marin repéré par le Dieu du Panthéon depuis l’Olympe pour son habileté et son expérience en matière de navigation. Le roi aurait décidé de lui confier la garde des vents  sur l’île d’Eolia. Afin de les retenir, Eole les tient enfermés dans des grottes dont ils ne peuvent sortir sans son aide.

Ainsi sous terre les vents mugissent, rugissent, et, dit on, s’ils pouvaient s’échapper de leur prison, ils réduiraient à l’état de poussière la Terre et le ciel tant leur impatience et leur fureur sont grandes ! 

Un CEO et son DRH en visite dans un service en restructuration et se réjouissant des profits à venir.

Sur une telle vision, Horace et Virgile, dans l’Eneïde, ont su nous apporter des précisions. Ainsi ont- ils identifié Eurus le vent d’Est et Norus le vent chaud du sud. D’après eux, le Norus sans pitié fit tournoyer trois navires et les jetât sur des rocs cachés, affleurant au milieu de la mer, sous la surface trompeuse. L’Eurus  lui en précipitât trois autres de la haute mer sur les bas fonds, les broyant contre les écueils ou les enlisant dans les sables.

Trop forts les Aztèques ! Eux, surent reconnaitre le vent Ehecalt  et même le représenter avec un masque à bec de canard  ou quelquefois sous l’aspect d’un singe. Pour eux, Ehecalt symbolise pas moins que les quatre points cardinaux. Lors de la création du monde, Ehecatl a d’ailleurs attribué avec précision aux astres leur place dans le ciel. Il acommencé par souffler de toutes ses forces sur le soleil pour lui faire parcourir sa trajectoire d’est en ouest. Puis, quand le soleil eût disparu pour la première fois à l’horizon, la lune a beneficié de son aide pour commencer à son tour son périple dans le ciel. Mais nous ne pouvons vous en communiquer plus de peur de révéler des secrets cachés sur l’Univers !

Par contre, bien au Nord, dans la mythologie des peuples de la Scandinavie, le dieu du Vent et de la Mer s’appelle Njord. En Norvège et en Suède, le dieu Njord était vénéré par les anciens, très anciens et pour lui, ils  accomplissaient de nombreux sacrifices. Njord est compté comme l’un des Vanes, une des deux grandes familles divines… Mais, on en convient toujours  et raisonnablement : ce dieu garde le pouvoir de contrôler les éléments, en particulier la mer qu’il peut calmer afin d’aider les marins. Les bulletins météréologiques de part le monde quotidiennement données par les médias manifestent de ce souci de bien informer des caprices du vent les capitaines des gros cargos comme des canoës kayak légaux (ou clandestins) voyageant sur toutes les mers intercontinentales avec leurs «  marchandises » !

Leçon de vie : soyons brefs !  Partout où vous irez sur la planète, que cela soit : à pied, en bateau, ou en avion, sachez nommer le vent… Mais restez droit si vous le prenez en pleine face… Par exemple, descendez de l’avion comme si de rien n’était ! Cela sera digne et bienséant !

III –  La Scolastique et la méthode maçonnique

Pour lire l’article précédent ici

Rappelons ici seulement quelques aspects de la méthode maçonnique mieux connue de nos lecteurs.

La Méthode Maçonnique : Une Approche Symbolique et Initiatique

La méthode maçonnique, développée au sein de la Franc-maçonnerie à partir du XVIIIe siècle, est une démarche initiatique et symbolique visant à l’amélioration morale et spirituelle de l’individu, ainsi qu’à la construction d’une société plus juste. Elle repose sur des rituels, des symboles et une réflexion collective.

La Franc-maçonnerie utilise des symboles et paraboles (équerre, compas, temple de Salomon) pour transmettre des enseignements philosophiques et éthiques. Ces symboles incitent à la réflexion personnelle et à l’interprétation.

La méthode maçonnique s’appuie sur des rituels d’initiation qui marquent les étapes de progression du maçon, de l’apprenti au maître. Ces rituels favorisent une transformation intérieure par l’expérience.

L’objectif de la méthode maçonnique est de « polir la pierre brute », c’est-à-dire de perfectionner l’individu à travers l’introspection, le dialogue et l’engagement social.

Malgré leurs contextes très différents, la scolastique et la méthode maçonnique présentent des similitudes intéressantes.

Bien que la scolastique et la méthode maçonnique opèrent dans des sphères distinctes – l’une académique et théologique, l’autre initiatique et philosophique –, elles partagent des traits fondamentaux : une aspiration à saisir des vérités profondes, une méthode structurée pour guider la réflexion, une valorisation du travail collectif et une capacité à conjuguer tradition et innovation. Ces similitudes révèlent une convergence inattendue entre deux démarches qui, à travers les siècles, ont cherché à éclairer l’esprit humain, chacune à sa manière, dans sa quête de sens et de perfection par leur volonté de structurer la pensée et de favoriser une compréhension profonde des principes fondamentaux.

Une quête commune de vérités fondamentales

La scolastique, florissante au Moyen Âge, vise à explorer et à comprendre les vérités théologiques et philosophiques, principalement dans le cadre de la foi chrétienne. À travers l’étude des textes sacrés, des écrits des Pères de l’Église et des philosophes antiques comme Aristote, les scolastiques cherchent à harmoniser la raison et la foi pour éclairer les mystères divins. De son côté, la méthode maçonnique, ancrée dans les traditions des loges depuis le XVIIIe siècle, poursuit une quête de vérités morales et philosophiques, avec un accent sur l’amélioration personnelle et la compréhension des valeurs universelles telles que la fraternité, la liberté et la justice. Bien que leurs objets diffèrent – théologique pour l’une, éthique et humaniste pour l’autre –, les deux démarches partagent une ambition commune : transcender les connaissances superficielles pour accéder à une compréhension plus profonde et universelle.

Des méthodes structurées pour guider la réflexion

La scolastique repose sur une méthode rigoureuse, centrée sur la logique et la dialectique. Les scolastiques, comme Thomas d’Aquin ou Duns Scot, utilisent des outils intellectuels tels que les distinctions conceptuelles, les syllogismes et les disputations pour analyser et résoudre les questions complexes. Ce processus structuré permet de clarifier les concepts et d’avancer dans la compréhension par un dialogue raisonné. De manière analogue, la méthode maçonnique s’appuie sur des rituels, des symboles et des degrés initiatiques pour guider la réflexion des membres. Les symboles maçonniques, tels que l’équerre, le compas ou le maillet, servent de supports à une méditation introspective et collective, incitant les francs-maçons à explorer des vérités morales à travers une progression ordonnée. Dans les deux cas, la réflexion est encadrée par un cadre méthodologique qui donne à la quête intellectuelle ou spirituelle une cohérence et une profondeur.

L’importance du collectif dans la recherche de la vérité

La scolastique s’épanouit dans le cadre des universités médiévales, où les débats collectifs, ou disputations, jouent un rôle central. Ces joutes intellectuelles, où les arguments sont présentés, défendus et critiqués, permettent de tester la robustesse des idées et d’affiner les positions. Ce travail collaboratif favorise une approche dynamique de la vérité, nourrie par l’échange et la confrontation des points de vue. De façon similaire, la franc-maçonnerie valorise le travail en loge, un espace où les membres se réunissent pour partager leurs idées, expériences et réflexions. Les discussions en loge, bien que moins formellement dialectiques, sont guidées par des principes de respect mutuel et d’écoute, favorisant une élaboration collective des valeurs et des enseignements maçonniques. Dans les deux contextes, la vérité n’est pas seulement une conquête individuelle, mais le fruit d’un effort partagé au sein d’une communauté de pensée.

Une tension entre tradition et innovation

Un autre point de convergence réside dans la manière dont ces deux approches articulent tradition et innovation. La scolastique, tout en s’appuyant sur des autorités établies (Écritures, Aristote, Augustin), encourage l’innovation intellectuelle par l’élaboration de nouvelles synthèses, comme en témoigne la Somme théologique de Thomas d’Aquin. De même, la franc-maçonnerie, bien qu’enracinée dans des rituels et des symboles hérités de traditions anciennes, invite ses membres à réinterpréter ces éléments à la lumière de leur propre expérience et du contexte contemporain. Cette tension entre respect de la tradition et ouverture à la nouveauté confère aux deux systèmes une dynamique d’évolution continue.

Cependant, les deux approches diffèrent sur plusieurs points essentiels.

La scolastique et la méthode maçonnique, bien qu’émanant de contextes philosophiques et historiques très différents, présentent des divergences marquées qui éclairent leurs approches respectives de la quête de vérité et de la réflexion humaine. La scolastique, profondément enracinée dans le christianisme médiéval, s’attache à défendre et à clarifier des vérités dogmatiques, tandis que la méthode maçonnique, non dogmatique et humaniste, valorise la liberté de pensée et la diversité des croyances. Ces différences fondamentales se manifestent non seulement dans leurs objectifs, mais aussi dans leurs méthodes et leurs finalités.

Une opposition entre dogme et liberté de croyance

La scolastique, développée dans les universités médiévales à partir du XIe siècle, est indissociable de la théologie chrétienne. Elle vise à approfondir la compréhension des dogmes de l’Église, tels que la nature de Dieu, la Trinité ou la rédemption, en s’appuyant sur les Écritures, les Pères de l’Église et les philosophes antiques, notamment Aristote. Des figures comme Thomas d’Aquin ou Anselme de Cantorbéry cherchent à harmoniser la foi et la raison pour défendre des vérités considérées comme universelles et immuables, dans un cadre strictement théologique.

À l’inverse, la méthode maçonnique, née au XVIIIe siècle dans le contexte des Lumières, rejette tout dogme unique. Elle se veut un espace de réflexion humaniste, où les membres, indépendamment de leurs convictions religieuses ou philosophiques, sont encouragés à explorer des vérités morales et éthiques dans un esprit de tolérance. Comme le souligne le terme « Gadlu » (Grand Architecte de l’Univers https://450.fm/2025/03/01/le-grand-architecte-de-lunivers-au-coeur-de-la-demarche-maconnique/), souvent utilisé dans la franc-maçonnerie, cette approche n’impose pas une conception spécifique de la divinité, mais laisse place à des interprétations variées, qu’elles soient théistes, déistes ou même agnostiques. Cette ouverture contraste fortement avec l’ancrage dogmatique de la scolastique.

Des méthodes distinctes : raison discursive vs symbolisme rituel

La scolastique privilégie une méthode rationnelle et discursive, fondée sur la logique aristotélicienne et la dialectique. Les scolastiques s’engagent dans des disputations, des débats structurés où les arguments sont soigneusement analysés, réfutés ou validés à travers des syllogismes et des distinctions conceptuelles. Cette approche rigoureuse vise à clarifier les concepts théologiques et à résoudre les apparentes contradictions entre foi et raison. Par exemple, la Somme théologique de Thomas d’Aquin illustre cette méthode par son organisation systématique et son recours à une argumentation rationnelle. En revanche, la méthode maçonnique repose sur des rituels et des symboles, tels que l’équerre, le compas ou les cérémonies initiatiques, qui invitent à une réflexion introspective et subjective. Ces symboles, loin d’imposer une interprétation unique, offrent une richesse de significations que chaque franc-maçon est libre d’explorer selon sa sensibilité et son expérience. Là où la scolastique cherche la précision et l’objectivité à travers le discours, la méthode maçonnique privilégie l’intuition et l’interprétation personnelle, favorisant une approche plus suggestive que directive.

Des finalités divergentes : vérité universelle versus amélioration personnelle et sociétale

La scolastique s’inscrit dans une quête de vérités universelles, considérées comme absolues dans le cadre théologique chrétien. Son objectif est de construire un système cohérent de connaissances qui éclaire les mystères divins et renforce la doctrine de l’Église. Les scolastiques ne cherchent pas seulement à comprendre, mais à établir des vérités qui s’imposent comme des références pour la communauté des croyants. À l’opposé, la méthode maçonnique ne vise pas à établir une vérité absolue, mais à promouvoir l’amélioration personnelle et sociétale. À travers les rituels et les échanges en loge, les francs-maçons sont invités à travailler sur eux-mêmes – ce que l’on appelle « tailler sa pierre brute » – pour développer des vertus comme la tolérance, la fraternité et la justice. Cette démarche s’étend à une vision collective, visant à contribuer à une société plus harmonieuse et éclairée, en phase avec les idéaux des Lumières. Ainsi, tandis que la scolastique cherche à ériger un édifice intellectuel stable, la méthode maçonnique privilégie un processus dynamique et évolutif, centré sur l’individu et la communauté.

Une approche du collectif : débat académique vs fraternité initiatique

La scolastique et la méthode maçonnique, bien qu’elles valorisent toutes deux le travail collectif, le font de manière différente. Dans la scolastique, le collectif se manifeste dans les universités médiévales, où les débats publics et les disputations permettent de confronter les idées pour affiner la compréhension des vérités théologiques. Ce cadre est compétitif et académique, visant à établir une vérité partagée. Dans la franc-maçonnerie, le collectif prend la forme d’une fraternité initiatique, où les membres se réunissent en loge pour partager des expériences et des réflexions dans un esprit d’égalité et de respect mutuel.

La loge maçonnique n’est pas un lieu de débat visant à établir une vérité unique, mais un espace de dialogue où la diversité des perspectives est célébrée comme une richesse.

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La liberté maçonnique : une quête authentique ou une illusion confortable ?

Chaque maçon parle de liberté, mais combien la pratiquent réellement ? À longueur de tenues, nous entendons vanter cette sacro-sainte liberté : le maçon libre, la loge libre, la parole libre… Des mots qui résonnent comme des mantras, des idéaux brandis avec ferveur, mais qui, à l’épreuve des faits, semblent souvent se dissoudre dans les méandres des conventions, des hiérarchies et des vanités humaines. Si, comme le disait notre Frère Winston Churchill, « je suis toujours prêt à apprendre, bien que je n’aime pas toujours qu’on me donne des leçons », force est de constater que peu de maçons accueillent avec humilité le miroir de leurs propres contradictions. Les idées qui suivent ne plairont pas à tous, et je m’en excuse d’emblée, mais le travail maçonnique n’est-il pas précisément celui de confronter ses turpitudes pour mieux s’en libérer ?

La liberté : un idéal exigeant

Diogène de Sinope: un homme cohérent!

Combien de maçons sont véritablement sur la voie de la liberté, celle qui exige le dépouillement de ses chaînes ? Combien, dans nos ateliers, incarnent l’esprit de Diogène de Sinope, ce philosophe cynique qui, par son détachement radical, incarnait une liberté absolue face aux conventions sociales et aux illusions du pouvoir ? La liberté maçonnique, celle que nous proclamons, n’est pas un simple mot d’ordre ; elle est une quête ardue, un chemin semé d’embûches où l’ego, les structures et les distinctions honorifiques viennent sans cesse entraver notre progression.

Pour comprendre cette quête, commençons par identifier nos chaînes. Elles prennent des formes multiples : les grades, les charges, les reconnaissances, les savoirs accumulés, tout ce qui, en loge, devient un critère de comparaison, un diabole – ce qui divise, sépare, oppose. À l’inverse du symbolum, qui rassemble et unit, ces éléments de différenciation nourrissent une dynamique perverse : celle de l’orgueil et de la vanité, ces poisons de l’âme qui éloignent le maçon de la véritable liberté. Car la liberté maçonnique n’est pas un état acquis par un titre ou une médaille ; elle est un processus, un travail incessant de dépouillement intérieur.

Grades ou degrés : une question de sens

Permettez-moi une digression sémantique, mais essentielle. Depuis longtemps, je m’efforce de bannir le mot « grade » de mon vocabulaire maçonnique. Ce terme, hérité d’une maçonnerie militaire et hiérarchique, évoque une récompense accordée à la soumission, à la conformité, à l’obéissance aveugle. Il est le reflet d’une structure où l’on gravit des échelons, non pas pour se rapprocher de la Lumière, mais pour s’élever au-dessus des autres. À l’opposé, le mot « degré » me semble infiniment plus juste. Il évoque une progression, une évolution dans l’espace et le temps, mue par les lois naturelles de l’univers. N’est-ce pas l’action du soleil qui fait monter les degrés du thermomètre ? De même, le maçon en quête de Lumière progresse par degrés, en harmonie avec les cycles de la nature et de la connaissance, sans chercher à dominer ou à se distinguer.

Dans nos loges, combien de fois voyons-nous des maçons se congratuler pour un grade obtenu, comme si celui-ci était une fin en soi ? Qui célèbre, en revanche, la chaleur du soleil qui fait réagir le mercure ? La véritable progression maçonnique ne se mesure pas à l’aune des décorations ou des titres, mais dans la capacité à se transformer, à polir sa pierre brute, à s’approcher humblement de l’harmonie universelle.

La vanité des charges et des décors

Cette logique s’étend aux charges obédientielles ou aux fonctions en loge. N’est-il pas paradoxal de féliciter un frère ou une sœur pour une élection à une charge, avant même que le travail ne soit accompli ? Dans le monde profane, personne ne reçoit un salaire avant d’avoir travaillé. Pourtant, dans nos ateliers, nous voyons trop souvent des maçons s’enorgueillir de leurs décors, de leurs tabliers richement ornés, comme si ces ornements étaient une fin en soi. Cette pratique, loin d’être un encouragement, frise la flatterie, alimentant l’orgueil de celui qui, pendant trois ans, portera ses insignes avec une satisfaction mal placée.

La seule reconnaissance légitime pour un officier de loge devrait intervenir à l’issue de son mandat, lorsque son travail aura contribué à l’harmonie de l’atelier, à l’élévation collective des frères et des sœurs. C’est là la véritable fierté maçonnique : celle qui naît du service désintéressé, de l’effort sincère pour faire progresser la loge sur la voie de l’Art Royal. Tout le reste n’est que vanité, un dévoiement de l’idéal maçonnique qui transforme l’atelier en un théâtre d’ego.

Fierté, Vanité, Orgueil : une distinction essentielle

Trop de maçons confondent la fierté, noble moteur du travail intérieur, avec la vanité et l’orgueil, ces vices qui gangrènent l’âme. La fierté est un sentiment intime, une satisfaction personnelle tirée d’un travail bien fait, d’une vérité approchée, d’une pierre polie avec soin. Elle n’a besoin d’aucune validation extérieure. La vanité, en revanche, est un besoin malsain d’être vu, admiré, reconnu par les autres. Quant à l’orgueil, il est le pire des maux : il pousse à nier, rabaisser ou écraser autrui pour se sentir supérieur. Ces deux vices sont des cancers pour le maçon en quête de liberté, car ils le rendent dépendant du regard d’autrui, prisonnier d’une validation extérieure qui le condamne à une servitude volontaire.

Pire encore, l’orgueilleux et le vaniteux deviennent à la fois otages et bourreaux de leurs propres chaînes. Croire qu’un gourou exerce un pouvoir absolu sur ses victimes est une erreur : il est lui-même prisonnier de son besoin de contrôle, tout comme le maçon qui se soumet aux hiérarchies, aux grades ou aux charges. Souvenons-nous de la réponse cinglante de Diogène à Alexandre le Grand, qui lui demandait ce qu’il pouvait faire pour lui : « Écarte-toi un peu du soleil ! » Cette injonction, d’une simplicité désarmante, est un appel à la liberté véritable : celle qui rejette les faux-semblants, les hiérarchies artificielles et les illusions du pouvoir.

Une maçonnerie étouffée par ses propres vices

Combien de maçons sont de véritables libres-penseurs, affranchis des structures, des médailles et des reconnaissances ? Notre maçonnerie souffre d’un mal profond, non pas extérieur, mais intérieur. Ce qui ronge l’Art Royal ne vient pas du monde profane, mais de nos propres faiblesses : l’orgueil, la vanité, la quête de pouvoir, le besoin de se distinguer. Chaque maçon connaît la formule rituelle qui nous enjoint de maîtriser nos passions, mais combien en saisissent les subtilités ? Combien savent en débusquer les effets insidieux dans leur propre cœur ?

Friedrich Nietzsche

Le maçon qui sacrifie sa liberté au profit de la sécurité, de la reconnaissance ou de l’orgueil fait un choix conscient. Il troque son âme contre une illusion de confort, cherchant un maître, une structure, une médaille pour se rassurer. Mais ce choix a un prix : il le condamne à pourchasser ceux qui incarnent une liberté authentique. Car l’être libre, par sa simple existence, devient un miroir insupportable pour celui qui a renoncé à sa propre liberté. Comme le disait Nietzsche, « celui qui ne peut commander à lui-même doit obéir ». Le maçon qui se soumet aux chaînes de l’orgueil ou de la vanité devient l’esclave de ses propres illusions, incapable de tolérer ceux qui osent marcher libres.

Vers une maçonnerie de la libération

La Liberté guidant le peuple. Eugène Delacroix

Alors, que faire ? La liberté maçonnique n’est pas un idéal abstrait, mais une pratique quotidienne. Elle exige de renoncer aux oripeaux de la vanité, aux mirages des grades et des charges. Elle demande de cultiver l’humilité, de se confronter à ses propres failles, de polir sans relâche la pierre brute de son ego. Elle invite chaque maçon à devenir un Diogène moderne, à rejeter les conventions inutiles et à chercher la Lumière dans la simplicité, la sincérité et le travail intérieur.

Nos loges doivent redevenir des ateliers de libération, des espaces où l’on apprend à se détacher des chaînes de l’ego, des hiérarchies et des illusions. Cela passe par un retour à l’essence de l’Art Royal : le travail collectif, l’écoute, le respect de l’autre, la quête d’une vérité toujours fuyante. Cela exige aussi de repenser nos pratiques : pourquoi glorifier les grades, les charges, les décorations ? Pourquoi ne pas célébrer, à la place, les progrès intérieurs, les efforts sincères, les petites victoires sur soi-même ?

La liberté comme horizon

Diogène le Cynique et Alexandre le Grand

La liberté maçonnique n’est pas un acquis, mais un horizon. Elle n’est pas un titre que l’on arbore, mais un chemin que l’on parcourt. Elle demande du courage, de l’humilité et une vigilance constante face aux séductions de l’orgueil et de la vanité. Comme Diogène, nous devons apprendre à dire « Écarte-toi du soleil ! » à tout ce qui nous détourne de la Lumière : les hiérarchies, les médailles, les flatteries. Car la véritable liberté, celle que nous chérissons dans nos rituels, ne se trouve pas dans la reconnaissance des autres, mais dans la conquête de soi.

Alors, maçons, combien d’entre nous sont prêts à emprunter ce chemin ? Combien sont prêts à abandonner les chaînes de l’ego pour embrasser la liberté véritable ? La réponse, comme toujours, se trouve dans le silence de notre cœur, là où la Lumière commence à poindre.

Itinéraire alchimique et spirituel

Le Temple de La Chapelle-des-Pots (Charente-Maritime)

« Le Temple est le monde, et le monde est le Temple. Le Rite est ce qui les traverse. »

Un décor oublié, une sagesse silencieuse

Dans un petit village de Charente-Maritime, à La Chapelle-des-Pots, un ancien temple maçonnique reconstruit, accueillant la même loge « La Sincérité » depuis 1745 conserve des fresques symboliques d’une richesse exceptionnelle. Ces décors peints, typiques des premiers temps de la Franc-Maçonnerie française, proposent bien plus qu’un ornement : ils constituent une véritable carte initiatique, un chemin de transformation.

Au sein de cette configuration, chaque élément n’est pas seulement chargé de symbolisme : il est placé avec une intention précise, destinée à créer un espace sacré où l’homme, le cosmos et le divin dialoguent silencieusement.

Explorons ce langage visuel à la place de l’initié qui va cheminer dans ses dimensions symbolique, spirituelle et alchimique, avant de le mettre en mouvement par la dynamique rituelle du parcours initiatique.

À l’Occident : la manifestation du monde

L’Occident est le seuil. C’est là que l’initié entre — non comme spectateur, mais comme voyageur intérieur.

La Ruche d’or couronnée, posée sur une table de pierre, d’où s’échappent les abeilles, symboles de travail, d’ordre, de coopération. Le paysage verdoyant en arrière-plan figure la nature régénérée.

La sphère armillaire est un ancien instrument astronomique composé d’anneaux concentriques (appelés armilles), représentant les principaux cercles de la sphère céleste (équateur, écliptique, tropiques, méridiens, etc.).

À droite des colonnes : La Ruche couronnée, matrice vivante de la sagesse collective.

Placée face à la femme lunaire, la ruche ouverte, surmontée d’une couronne flamboyante, irradie une sagesse douce, fertile, invisible mais ordonnée. Elle incarne la société initiatique en ordre, non par autorité imposée, mais par harmonie intérieure. La couronne, ouverte et lumineuse, signifie que cette royauté n’est pas de domination mais de rayonnement spirituel.

Les abeilles en vol — messagères discrètes entre le visible et l’invisible — sont le reflet d’un travail sacré, silencieux, collectif. Elles illustrent la rigueur et la douceur, l’obéissance et la liberté, l’action juste au service de la communauté. Leur mouvement est à la fois ordonné et vivant, à l’image de la Loge idéale : un organisme intelligent plutôt qu’une structure rigide.

Face à la femme sous la Lune, la ruche exprime une polarité féminine, liée à la nourriture spirituelle, à l’intuition féconde, à la vie communautaire. Le lien avec la Lune suggère le rythme, le cycle, la régénération : la ruche est un ventre sacré, un sanctuaire matriciel d’où naît l’ordre du monde.

Placée à gauche des colonnes, elle figure l’origine du chemin initiatique, le point de départ incarné dans la matière organisée et vivante. Face à la sphère armillaire (côté droit), elle propose un équilibre : la sagesse du cœur face à la rigueur de l’intellect, la nature en ordre face au cosmos en rotation.

La ruche n’est pas un simple décor : elle est le modèle vivant d’une société éclairée, où chacun, à l’image de l’abeille, trouve sa place dans une œuvre commune, au service d’un bien supérieur. Elle est l’utopie incarnée — non rêvée, mais vécue, bâtie, offerte.

À droite des colonnes : La Sphère armillaire, miroir du cosmos, clef de l’unité

Placée face à l’homme solaire, la sphère armillaire représente le cosmos ordonné, l’univers tel qu’il peut être compris et intégré par la conscience éveillée. Sous le regard du Soleil — principe de lumière et d’intellection — elle devient instrument d’alignement, pont entre le monde visible et les lois invisibles.

À sa gauche, la ruche couronnée, en vis-à-vis de la femme lunaire, symbolise l’ordre naturel et social, la sagesse collective, la fécondité de l’action. À sa droite, la sphère incarne l’ordre céleste, la contemplation, le savoir structurant. Ces deux pôles — ruche et sphère — ne s’opposent pas : ils sont complémentaires et articulés par les deux colonnes, blanche et rouge, symboles du passage initiatique, du dialogue des contraires.

Ce triptyque dessine une dynamique alchimique :

  • La ruche figure la nigredo : matière première, confuse mais féconde ;
  • Les colonnes sont l’albedo : purification, discernement, franchissement du seuil ;
  • La sphère, enfin, manifeste la rubedo : réintégration des principes, retour à l’unité lumineuse.

Le pavé mosaïque, au centre, accueille cette tension symbolique. Il est le lieu de l’Œuvre, de la transmutation. L’initié, marchant entre la ruche et la sphère, apprend à réconcilier la nature et le ciel, la société et le divin, l’action et la contemplation.

Ainsi, le monde devient Temple. La sphère, loin d’être un objet figé, devient le miroir de l’âme alchimique, celle qui, dans le silence et la lumière, épouse les lois du cosmos pour mieux servir l’humanité.

Le Passage entre les Colonnes et l’Enceinte sacrée

Temple de La Chapelle-des-Pots

Entre la ruche couronnée et la sphère armillaire, se dressent deux colonnes, Jakin (blanche, à gauche) et Boaz (rouge, à droite). Elles forment la porte symbolique du Temple, le seuil que l’initié franchit pour quitter le monde profane et entrer dans l’espace sacré.

Ces colonnes ne sont pas seulement des piliers architecturaux : elles représentent les forces complémentaires de l’univers. Jakin, associée à la ruche, à la femme et à la Lune, incarne le principe réceptif, passif, matriciel : la mémoire, la tradition, la fécondité. Boaz, du côté de la sphère et de l’homme solaire, incarne le principe actif, dynamique,structurant : la volonté, la puissance, l’élévation.

Au sommet de chaque colonne, une grenade ouverte dévoile ses grains : symbole de vie, d’unité dans la multiplicité, et de connaissance partagée. La grenade, dans la tradition maçonnique et biblique, évoque l’abondance spirituelle et la communion de l’ensemble des Frères et Sœurs dans la diversité de leurs travaux. C’est aussi un fruit d’immortalité, une promesse de régénération.

Fait rare et hautement significatif : c’est au pied même de ces deux colonnes que prend naissance une corde à 12 nœuds, qui serpente ensuite tout autour du Temple. Cette corde sacrée, souvent suspendue aux murs ou représentée en corniche, prend ici racine à la frontière entre les deux mondes, marquant que l’espace sacré est entièrement ceinturé, protégé et ordonné par les lois initiatiques. Les douze nœuds évoquent à la fois les douze mois de l’année, les douze signes zodiacaux, les douze tribus d’Israël ou encore les douze apôtres : autant d’images de la totalité cyclique, de l’ordre cosmique, et de l’alliance entre le divin et l’humain. Chaque nœud est un jalon sur le chemin, un point de rappel que la progression dans le Temple est une marche rythmée, ordonnée, harmonique.

Le passage entre ces colonnes est un rite de transformation. Il marque le point où le voyage commence, non dans l’espace, mais dans la conscience. L’initié entre dans un monde de symboles, où chaque forme devient enseignement. Il est désormais enveloppé par la corde des anciens, le lien sacré de la tradition qui entoure silencieusement les Travaux.

Les colonnes Jakin et Boaz sont ainsi les gardiennes de la voie initiatique, celles qui soutiennent le seuil entre l’ombre et la lumière, entre l’ignorance et la compréhension, entre le multiple et l’Un. Passer entre elles, c’est naître une seconde fois — et c’est sous le regard muet de la corde à 12 nœuds, qui veille depuis l’origine, que cette nouvelle naissance est scellée.

Le centre sacré : pavé mosaïque, colonnettes et lumière filtrée

Après avoir franchi le seuil des colonnes Jakin et Boaz, l’initié progresse jusqu’au centre du Temple, là où repose le pavé mosaïque — ou, selon le rite pratiqué, un tableau de loge placé sur ce pavé. Ce damier noir et blanc, emblème universel de la dualité du monde, représente la condition humaine : clair-obscur de l’existence, tension permanente entre le bien et le mal, la lumière et l’ombre, l’esprit et la matière.

Mais ce centre n’est pas chaos : il est ordonné. Autour du pavé se dressent trois colonnettes, chacune surmontée d’une lumière, symboles de la présence des Vertus essentielles (selon certaines traditions : Sagesse, Force, Beauté). Ces lumières guident l’initié, l’éclairent sans l’aveugler, le protègent sans l’enfermer. Elles font du centre non pas un lieu neutre, mais un sanctuaire de discernement et d’équilibre.

À sa droite, le mur du Midi — direction de la pleine lumière — est percé de trois fenêtres grillagées. Elles ne laissent pas entrer la lumière brute : elles la filtrent, la disciplinent. Elles évoquent l’idée que la vérité ne s’offre jamais dans l’éclat violent, mais dans la mesure, la gradation, l’enseignement progressif. Le grillage devient ainsi symbole de la maîtrise, du temps initiatique, de la protection de l’invisible.

Ce centre, lumineux mais mesuré, est le cœur opératif du Temple : c’est là que l’initié œuvre, contemple, reçoit, et devient à son tour lumière dans la lumière. : il est le cœur vivant de la Loge. Le point de bascule. Le lieu où l’homme, entrant profane, meurt à son ancienne vie pour renaître à la Lumière. Il est creuset alchimique, chambre d’échos spirituels, centre initiatique.

L’Orient : lieu de la synthèse, regard de l’Un

Au terme de sa progression, l’initié se tient face à l’Orient, source de la Lumière, direction du verbe fondateur et du principe d’éveil. Ce n’est plus un seuil à franchir, ni un centre à traverser, mais une vision à recevoir.

À sa gauche se tient la femme sous la Lune, bras droit levé portant une feuille verte, bras gauche appuyé sur une canne flamboyante et ondulée. Elle incarne la sagesse intuitive, la vie offerte, la connaissance vivante. Elle est la matrice du mystère, la gardienne des cycles, de l’ombre fertile, de la lumière réfléchie. Elle incarne la sagesse intuitive, la vie offerte, la connaissance vivante. Elle est la matrice du mystère, la gardienne des cycles, de l’ombre fertile, de la lumière réfléchie.

À sa droite, l’homme sous le Soleil, tenant de la main gauche un triangle suspendu à un fil à plomb, et levant de la main droite deux doigts à sa bouche, enseigne par le silence, lamaîtrise du verbe, l’alignement avec la loi céleste. À ses pieds, le sablier, rappel de l’urgence de l’œuvre et de la finitude assumée.

Ces deux personnages ne sont pas deux moitiés : ils sont deux polarités unies, deux archétypes complémentaires dans une lecture alchimique du Solve et Coagula. Ensemble, ils rappellent que tout travail initiatique est une réconciliation des contraires — raison et intuition, lumière du jour et clarté nocturne, feu et eau.

Entre ces deux polarités se trouve le plateau du Vénérable Maître, surélevé, point focal du Temple. Il est surmonté d’un triangle radiant, en son centre un œil ouvert : symbole de la présence du Principe, de l’Intelligence divine, du regard intérieur.

Face à cet Orient, l’initié ne reçoit pas une parole, mais un appel silencieux : incarner l’unité des contraires, devenir lui-même axe vivant entre la mémoire et la vision, entre l’intuition et la loi, entre le monde et le Divin. Il ne contemple plus : il est contemplé.

Le parcours circulaire de l’initié

Le Temple maçonnique n’est pas un simple lieu : il est un corps symbolique, un miroir du monde et une carte de l’âme. L’initié ne s’y déplace pas horizontalement, mais en spirale intérieure, porté par une dynamique sacrée.

Il entre par l’Occident, là où le monde s’ouvre dans sa dualité. À sa gauche, la ruche couronnée, vibrante et ouverte, entourée d’abeilles, figure la sagesse communautaire, le travail harmonieux, la fécondité sociale. Elle est matrice vivante, liée à la femme lunaire, intuition, offrande, gestation du Verbe. À sa droite, la sphère armillaire, représentation du cosmos structuré, miroir des lois célestes, répond à l’homme solaire, principe de mesure, silence et verticalité.

Entre ces deux pôles, les colonnes Jakin et Boaz, blanche et rouge, surmontées de grenades ouvertes, forment le seuil de la séparation. Elles gardent la porte du mystère. Les franchir, c’est laisser derrière soi le profane, et entrer dans la voie des symboles.

C’est là aussi, à leurs pieds, que prend naissance un élément rare et fondamental : la corde à douze nœuds. Elle serpente discrètement le long des murs du Temple, comme un fil sacré liant le tout. Cette corde ne délimite pas l’espace : elle le consacre. Ses douze nœuds sont autant de rappels du cycle cosmique, des étapes de transformation, des signes de l’alliance entre le visible et l’invisible. Elle est mémoire des anciens, souffle de l’Éternel, cercle de lumière nouant la tradition aux pas de l’initié. Ce lien discret mais essentiel l’enveloppe et l’enseigne, comme un murmure de sagesse tressée dans la pierre.

Le centre du Temple s’offre alors : le pavé mosaïque, tissé de noir et de blanc, accueille le tableau de loge, image de l’Œuvre. Autour de lui, quatre colonnettes lumineuses, telles les sentinelles des vertus, éclairent sans aveugler. À sa droite, les trois fenêtres grillagées du Midi filtrent la lumière solaire : la vérité, ici, ne se donne que par initiation progressive.

Enfin, l’initié s’avance vers l’Orient. Là se dressent la femme sous la Lune et l’homme sous le Soleil, archétypes du Féminin et du Masculin réconciliés. Au centre, le plateau du Vénérable Maître, surmonté d’un triangle radiant, en son cœur l’Œil omniscient, lui révèle le but ultime : se reconnaître dans le regard du Principe.

Il est invité à se diriger vers l’Orient, vers la rencontre avec l’Homme solaire et la Femme lunaire, c’est-à-dire avec les principes de sa propre unité retrouvée. Là, il comprend :

  • que le temps est une matrice (sablier)
  • que le silence est une voie (gestuelle)
  • que la feuille verte est une promesse (vie renaissante)
  • que le feu intérieur est une flamme divine (canne flamboyante)

Son regard, ayant traversé la dualité du globe et de la ruche, se pose sur l’unité vivante de l’Orient. Il devient centre en mouvement, cercle devenu point, alchimiste de sa propre matière.

Ce parcours n’est pas linéaire. Il est circulaire et ascendant, comme une danse autour du centre. L’initié n’a pas simplement avancé : il a tourné autour de lui-même, découvert que l’entrée était sortie, que l’Orientétait déjà en lui. Ainsi s’accomplit l’Œuvre :par le mouvement du dehors vers le dedans, et du moi vers l’Un — sous l’œil discret mais constant de la corde sacrée, gardienne des cycles et du lien éternel.

Une lecture alchimique et universelle

Ce Temple, tel qu’il se présente dans sa richesse iconographique — ruche, sphère, colonnes, pavé, luminaires, Soleil et Lune, figures humaine, œil dans le triangle — n’est pas un édifice, mais une cosmogonie vivante, un microcosme qui reflète les lois éternelles de l’univers et les étapes de la transmutation intérieure.

Chaque élément y trouve place selon un axe vertical (du monde à Dieu) et un axe horizontal (du multiple à l’Un). C’est une alchimie spatiale, où le Temple devient athanor de l’âme.

Nigredo – La matière première et le monde séparé

Le parcours débute à l’Occident : l’initié est plongé dans le monde de la dualité, le pavé mosaïque n’est pas encore traversé. À gauche, la ruche couronnée, ouverte et peuplée d’abeilles, représente la matière vivante en fermentation : société humaine, instincts, désirs, mais déjà ordonnés par le travail collectif. À droite, la sphère armillaire, miroir du cosmos et de la géométrie divine, est encore extérieure à lui.

L’initié, comme le plomb de l’alchimiste, est dense, opaque, ignorant de sa propre lumière. C’est l’état de nigredo, la noirceur initiale, la phase de dissolution.

Albedo – La séparation, le passage, la lumière voilée

Les colonnes Jakin et Boaz, blanche et rouge, gardiennes du seuil, surmontées de grenades ouvertes, marquent le passage de la séparation à la conscience. Ce franchissement est l’acte de discernement, de séparation des contraires (solve), mais aussi de leur mise en dialogue.

C’est au pied même de ces colonnes que se manifeste un symbole discret mais essentiel : la corde à douze nœuds. Elle entoure le Temple dans un tracé invisible aux profanes, mais tangible pour l’initié. Cette corde, tressée comme un écho des temps antiques, noue les lois de la tradition à l’espace sacré. Ses douze nœuds sont autant d’étapes initiatiques, de passages lunaires et solaires, de mois, de signes et d’épreuves, où la matière du monde devient matière de l’âme. Elle agit comme un cercle protecteur et opératif : elle relie, ordonne, préserve. À travers elle, le Temple devient un tout organique, un champ vibratoire dans lequel l’initié évolue avec conscience.

Le pavé mosaïque devient lieu de polarité consciente. L’initié y marche en pleine lumière mais sous protection : les trois colonnettes lumineuses l’entourent, guides et gardiennes de son équilibre. À sa droite, les fenêtres grillagées du Midi diffusent une lumière disciplinée : la vérité ne brûle pas, elle enseigne, progressivement, comme le bain d’eau purificatrice de l’alchimie.

Rubedo – L’union, la vision, la transmutation

En s’approchant de l’Orient, l’initié entre dans la phase du rubedo : la lumière rouge de la transfiguration, l’union des contraires. Il rencontre les deux grandes figures :

  • La femme sous la Lune, sage, féconde, intuitive, portant une feuille verte (la vie) et une canne flamboyante (le feu intérieur maîtrisé).
  • L’homme sous le Soleil, vertical, mesuré, silencieux, tenant le triangle suspendu au fil à plomb (loi céleste) et gardant le sablier à ses pieds (conscience du temps).

Entre eux se dresse le plateau du Vénérable Maître, surmonté du triangle radiant à l’œil central : l’Œuvre est achevée, l’initié peut regarder dans l’Œil de l’Un, parce qu’il est devenu Un avec lui.

Un Temple universel

Ce Temple est alchimique, mais aussi universel : il parle à toutes les Traditions. La ruche rappelle la Terre-Mère, la sphère les sphères célestes de Pythagore, les colonnes le Temple de Salomon, le pavé les yin-yang taoïstes, l’œil le Nous d’Hermès, la lumière filtrée la Sophia chrétienne, la corde à douze nœuds le fil d’or de la Tradition Primordiale, le parcours entier la Voie de l’Unité.

Ainsi compris, ce Temple n’est pas celui d’une Obédience : c’est le Temple de l’Humanité, le sanctuaire du Cœur, le plan de la Grande Œuvre à accomplir en chacun de nous. Et la corde silencieuse qui en fait le tour rappelle, à chaque pas, que toute transformation véritable est un lien renoué — entre l’homme et le cosmos, entre la pierre brute et la lumière.

Conclusion : Un Temple comme matrice de l’Être

Ce Temple n’est pas une architecture figée, mais une cosmographie vivante, un miroir sacré dressé à l’image de l’homme et du monde. En ses colonnes, ses symboles, ses orientations et ses lumières, il déploie le langage universel de la transformation.

La ruche ouverte, féconde et communautaire, enseigne le sens du devoir et du lien fraternel. La sphère céleste, rigoureuse et cosmique, rappelle que l’esprit ne s’élève qu’en se mesurant aux lois éternelles. Les colonnes jumelles, blanches et rouges, ne ferment rien : elles ouvrent, elles posent une tension féconde. Le pavé mosaïque, au centre, accueille la lutte et la réconciliation des contraires, dans une lumière progressive. Et l’Orient, enfin, n’est pas un but extérieur mais un état d’éveil, où l’initié, devenu axe entre les mondes, se laisse regarder par l’Œil de l’Un.

Mais ce sanctuaire serait incomplet sans la corde à douze nœuds qui l’enlace en silence. Elle est le fil d’or de la mémoire, le cercle invisible qui relie chaque symbole, chaque pas, chaque silence. Chaque nœud, comme un battement d’éternité, marque une étape du devenir, un seuil franchi dans l’obscurité du travail intérieur. Elle ne limite pas : elle enrobe, elle enseigne, elle rappelle. Elle est la Tradition tressée dans l’espace, la vigilance initiatique qui veille, immobile et vivante, aux marges du visible.

Ce parcours, de l’Occident à l’Orient, du multiple à l’Un, de la matière à la conscience, retrace en silence le grand itinéraire de toute initiation authentique : celle qui ne prétend rien conquérir, mais qui transmute, éclaire, pacifie.

Ainsi, le Temple devient plus qu’un lieu : il est une échelle entre les mondes, un mandala vivant, une matrice de résurrection intérieure. Savoir y marcher, y respirer, y œuvrer, c’est déjà naître à nouveau. L’initiation n’est plus une idée : elle devient un corps en lumière, un cœur en offrande, une conscience en prière.

Et lorsque le Temple se tait, il ne disparaît pas : il se dresse alors en nous, avec ses piliers, son pavé, sa corde silencieuse et ses lumières — intérieur, éternel, inviolable.

« Il faut reconstruire le Temple à l’intérieur de soi. Il faut replacer la pierre au centre, y tracer le cercle, et faire danser la lumière sur les ombres. Alors seulement, le silence devient Verbe. »

Par Olivier de Lespinats

VM de la RL Saint-Jean de Saintonge « souchée dans ce temple »