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13/06/25 chez DETRAD : Giacometti et Ravenne célèbrent « Les Éveillées » et « Les Ressuscités »

Dédicace événement chez DETRAD : Éric Giacometti et Jacques Ravenne

Le vendredi 13 juin 2025, à partir de 17h30, la librairie DETRAD, située à Paris, accueillera une rencontre exceptionnelle avec Éric Giacometti et Jacques Ravenne, figures emblématiques du thriller maçonnique et historique. Cette séance de dédicace, organisée à l’occasion de la sortie de leurs nouveaux romans, Les Éveillées (Giacometti) et Les Ressuscités (Ravenne), promet d’attirer les amateurs de suspense et de mystères ésotériques.

L’événement DETRAD, s’inscrit dans le cadre d’une expérience littéraire unique, marquée par la complicité des deux auteurs et leur volonté de tisser des liens subtils entre leurs œuvres.

Une séparation pour mieux se retrouver

Eric Giacometti

Après vingt ans de collaboration fructueuse, ayant donné naissance à 22 romans, 7 adaptations en bande dessinée et 4 millions d’exemplaires vendus, Giacometti et Ravenne ont choisi de relever un nouveau défi. Pour la première fois, ils se séparent pour explorer chacun leur genre de prédilection :

Jacques Ravenne

le thriller contemporain pour Giacometti avec Les Éveillées, et l’enquête historique pour Ravenne avec Les Ressuscités. Cependant, cette séparation n’est qu’apparente. Comme le souligne la communication autour de l’événement, « se séparer pour mieux se retrouver » : les deux romans, publiés le 7 mai 2025 par les éditions JC Lattès, forment un diptyque en miroir, relié par des clins d’œil, des indices et un message dissimulé à découvrir par les lecteurs attentifs.

Les intrigues : un voyage entre ombre et lumière

Les Éveillées d’Éric Giacometti entraîne le lecteur au Mexique, sur le site archéologique de Teotihuacan, où un cardinal se trouve confronté au secret de l’Œil Soleil. À Paris, une jeune femme reçoit un appel mystérieux, murmure d’un nom étrange qui agit comme un code, bouleversant sa vie. De l’Amazonie à Rome, en passant par les fresques de Michel-Ange et les mystères de la chapelle Sixtine, Giacometti tisse une intrigue où science, traditions immémoriales et symboles oubliés s’entrelacent.

Les Ressuscités de Jacques Ravenne, quant à lui, plonge dans le Paris médiéval d’avril 1309. Dans l’ombre du Châtelet, où résonnent les cris des Templiers torturés, une relique mystérieuse attise les convoitises. Ravenne, maître de l’enquête historique, livre un roman documenté et captivant, où la vengeance du Temple se mêle aux secrets de la famille royale. Un rituel interdit, un objet symbole de puissance et des fidèles clandestins viennent enrichir cette fresque historique.

Les deux œuvres, bien que distinctes, partagent une ambition commune : révéler « un secret qui est… en vous », selon les mots de la campagne promotionnelle. Les lecteurs sont invités à résoudre une énigme, incarnée par « quatre piliers soutenant le pont entre l’ombre et la lumière ». Un oracle illustré, inspiré des livres, est même proposé comme lot à gagner pour ceux qui perceront le mystère.

Une rencontre incontournable à DETRAD

La librairie DETRAD, haut lieu de la culture maçonnique et ésotérique, offre un cadre idéal pour cette dédicace. Les fans pourront échanger avec les auteurs, faire signer leurs exemplaires et peut-être glaner des indices sur les liens entre Les Éveillées et Les Ressuscités. L’événement s’annonce comme un moment de partage, où la passion pour la littérature et les mystères se conjugue avec la complicité légendaire du duo Giacometti-Ravenne.

Un rendez-vous pour les curieux et les initiés

Que vous soyez un fidèle des enquêtes d’Antoine Marcas, le héros maçonnique créé par le duo, ou un nouveau venu attiré par ces récits envoûtants, cette dédicace est une occasion rare. Rendez-vous le 13 juin 2025 chez DETRAD pour plonger dans un univers où les secrets du passé éclairent les énigmes du présent. Comme le promettent les auteurs, « deux livres, deux lèvres, deux livres » : une expérience littéraire à ne pas manquer.

 La Beauté dans le Rite Ecossais,  entre tradition et modernité

Je voudrais étudier, dans cet article, le mystère que recouvre la notion de Beauté, au cœur de notre pratique du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Que signifie-t-elle ? Quel message porte-elle ? D’où vient-elle ? Qu’en ont fait les hommes, des temps les plus anciens de notre civilisation jusqu’aux époques modernes ? Et si l’on veut se tourner vers le futur, qu’annonce-t-elle ? Telles sont les questions sur lesquelles je vais m’appliquer à jeter quelques éclairages.

1 La Beauté au R.E.A.A.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté introduit dans nos tenues au premier degré la notion de Beauté de deux manières. Elle se présente, d’une part à l’ouverture du rite, lorsqu’on allume une flamme sur le troisième pilier, après les deux premières valeurs fondamentales de notre tradition : Sagesse et Force. Elle apparaît, au contraire en première position au moment de l’initiation, dès lors que le néophyte sollicite l’accès à la lumière auprès du second surveillant. Inutile de poser la question, comme pour l’œuf ou la poule, pour décider qui en a la prééminence du processus, le rite ou l’initiation? Question vaine et sans réponse ! Le rite suit une logique imparable qui part de la Sagesse, c’est-à-dire d’une intention pleinement réfléchie pour construire un bâtiment : « Que la sagesse préside à la construction de notre édifice ! » La réalisation appelle ensuite la mobilisation des énergies physiques, autrement dit de la Force, pour lui donner sa dimension concrète et sa solidité : « Que la Force le soutienne ! » Enfin, troisième qualité pour ce qui est de l’apparence : « Que la Beauté l’orne ! ». En d’autres termes la Beauté sous-entend beaucoup plus de choses que d’offrir un aspect plaisant aux yeux car la beauté, à un niveau supérieur, dans l’invisible, participe de l’harmonie et du plaisir à vivre en un endroit quelconque.

Si l’on considère tout d’abord le processus de l’initiation maçonnique, la Beauté constitue en effet le tout premier don de la transmission maçonnique. Pour comprendre cela il faut prendre de la hauteur, et considérer le sens profond de cette cérémonie, depuis le séjour dans le cabinet de réflexion jusqu’au moment de retrait du voile : nous apprenons que nous rejouons là notre vie en vue d’une seconde naissance selon les étapes consacrées : le temps passé dans le ventre maternel, la venue au monde proprement dite, puis, le temps de l’enfance qui suggère la beauté, celui de l’âge adulte à laquelle se rattache la notion de force, enfin l’âge mûr qui s’accompagne de la sagesse. Tel est le schéma fondamental de l’initiation dans laquelle le premier « voyage », dans le temple, donne tout son sens à la Beauté, en lien avec la première étape de la vie, c’est-à-dire la jeunesse.

2 La Beauté et le sacré

3 Piliers
3 Piliers – Sagesse Force et Beauté

Cela dit, examinons de façon historique la notion de Beauté tout en restant dans une optique initiatique, en nous demandant ce que les hommes de notre temps ont fait de la Beauté. La tradition judéo-chrétienne, dans laquelle nous nous situons, repose sur deux cultures, la grecque et la juive. La première a modelé, via l’expansion romaine, tout l’espace européen jusqu’aux premiers siècles de notre ère, qui a progressivement évolué sous l’influence du christianisme, sans toutefois renier ses valeurs fondamentales, pour preuve le rapport à l’image. La culture grecque, nous le savons, a valorisé la beauté à travers l’image du corps humain, mais aussi du visage, dont nous avons hérité le souvenir dans la statuaire et la peinture. Les églises catholique et orthodoxe ont conservé cette tradition de représenter l’humain depuis les premiers temps de leur histoire, pour des motifs de valorisation de la création divine, ainsi que de pédagogie spirituelle. L’âge d’or de l’expression de la beauté dans le cadre du sacré se situe certainement dans la période de la fin du Moyen Âge jusqu’à la Renaissance, qui verra tout d’abord l’édification des cathédrales richement imagées, et puis l’art de la peinture et de la sculpture où s’illustrent les grandes figures d’artistes principalement en Italie parmi lesquelles on ne peut pas ne pas citer a minima, Michel-Ange et Léonard De Vinci. Le judaïsme, arguant du commandement de la Bible (Exode 20.4)

« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. »

est resté délibérément étranger à cette démarche. Le protestantisme qui s’appuie sur le même argument adopte de bonne foi la même position. Idem la franc-maçonnerie, qui, pour des raisons historiques (rappelons le rôle du pasteur Anderson) se situent dans cette filiation et donc refusent toute représentation dans leurs temples (il y a parfois des exceptions comme j’ai pu l’observer !). Cependant la notion de Beauté est dument présente comme un des trois piliers de la franc-maçonnerie, de même que dans le judaïsme.

Deux exemples : la présence de tipheret au coeur-même de l’arbre des sephirot, dans la Kabbale, la tradition ésotérique du judaïsme. Il y a aussi un éloge de la Beauté de la bien-aimée, dans le cantique des cantiques. Par extension, posons donc la question : qu’en est-il dans les Evangiles ? Jésus était-il sensible à la beauté ? Et comment ? Mis à part un intérêt notable de ce dernier pour la sensualité concernant les personnages féminins dans le témoignage de Jean (la samaritaine, la femme adultère, Marie de Magdala), une phrase rapportée par Mathieu, introduit véritablement la notion de beauté dans la bouche de Jésus lorsqu’il dit : « Ne vous souciez pas de quoi vous vous vêtirez ! Observez les lis des champs…, Salomon n’a pas été vêtu avec plus de splendeur… » (MT 6.29) C’est ce dernier mot qui parle pour nous dire que la beauté participe du sacré auquel nous sommes tenus d’être attentifs…

3 La Beauté aux temps présents

Est-ce en pleine conscience de cette idée que Dostoïevski fait dire au prince Muichkine, le personnage central de L’idiot, cette phrase bien connue: « La beauté sauvera le monde ! » Le roman a été publié en 1869, à peine cinquante ans avant les horreurs indicibles survenues avec la révolution bolchévique. En réalité l’expression de la beauté a été mise à mal bien plus tôt, à l’ère moderne. Les révolutionnaires français ont martelé ce qui était à leur hauteur dans les édifices religieux, sous la Terreur. Et il n’est pas inapproprié de dire que des cohortes de jeunes gens ont été sacrifiées à plusieurs reprises au cours du XIXème siècle. Dans son inspiration poétique, Arthur Rimbaud a écrit ce vers fameux extrait de Une saison en enfer : « Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux, et je l’ai trouvée amère, et je l’ai injuriée … ». Le déni du sacré, et par là, de la beauté a atteint des sommets avec la guerre de 1914-18 qui a vu, côté français, 1,3 millions de morts et un nombre incalculable de gueules cassées. C’est aussi le moment où naissent le mouvement surréaliste et l’ « art moderne » qui, en tant que nouvelles expressions artistiques abandonnent toute prétention de servir la Beauté, selon les conceptions antérieures. André Breton, surnommé le « pape du surréalisme » termine Nadja, le charmant roman de son temps, par cette phrase, en gros caractères, phrase parfaitement transgressive : « La beauté sera frénétique, ou ne sera pas ! » Car telle est désormais la question qui va courir tout au long du XXème siècle jusqu’à aujourd’hui, comment exprimer le besoin de Beauté ? La réponse nous l’avons tous devant les yeux : la beauté s’exprime dans les réalisations technologiques d’usage quotidien, une casserole comme une automobile, ou alors la beauté sera survalorisée à travers le corps humain, féminin ou masculin, celui des mannequins et autres porteurs de leur image… ou encore à travers des réalisations complexes, au théâtre ou au cinéma dans lesquelles la forme prime sur le contenu, lorsqu’il existe… Mais entrons dans un musée d’art contemporain – cette réflexion n’est pas de moi – nous n’y trouverons pas un seul visage souriant, aucune figure exprimant la sérénité et la confiance dans le monde, seulement des visages grimaçants et des images de la déconstruction… Sans tomber dans le discours réactionnaire de ceux qui restent attachés au passé, force est de constater que la peinture classique, dont la Joconde est peut-être l’expression la plus achevée, avait conscience de l’idée de Beauté et de sa très haute valeur spirituelle. Aux yeux des tenants de la religion orthodoxe, cette exigence se retrouve toujours vivante dans le message des icones, porteuses d’une dimension d’intériorité et de spiritualité qui rejaillit sur ceux qui les vénèrent.

Conclusion

Réfléchir sur la notion de beauté c’est se demander pourquoi, la vraie beauté est-elle indispensable à l’être humain quelle que soit son époque? Pourquoi la beauté factice, le tape-à-l’œil, l’esthétique de frime ou de convention ne satisfait pas au-delà de quelques heures ou quelques semaines? La réponse est nécessairement initiatique et s’inscrit dans notre quête. Que venez-vous chercher en entrant en franc- maçonnerie ? « La Vérité et la Lumière ! » Dès lors, les trois piliers de notre Temple : Sagesse, Force et Beauté qui constituent nos fondamentaux, représentent d’un seul mouvement les trois aspirations à la liberté dans lesquels l’humanité cherche son salut, jusqu’au sacrifice ultime : la Sagesse ouvrant à la liberté de penser et à défendre sa foi, la Force évoquant les forces de vie sous toutes ses formes, et la Beauté l’admiration portée à la Création. A l’inverse dans les pays où dominent les fausses vérités, la brutalité institutionnelle et la laideur généralisée, la vie humaine ne peut que se dégrader et se détruire…

 C’est bien la raison pour laquelle Dostoïevski dans son étonnante intuition prophétique fait prononcer au personnage de L’Idiot, cette phrase que je me plais à redire : « La beauté sauvera le monde ! »

II – La Scolastique et la méthode maçonnique

Pour lire l’article précédent ici

Le franciscain Guillaume d’Ockham (vers 1285-1347) est l’une des figures majeures de la scolastique tardive, connu pour sa pensée novatrice et son rôle dans la transition vers la modernité intellectuelle. Sa philosophie, souvent associée au nominalisme, à la logique et au principe dit du « Rasoir d’Ockham », a profondément influencé la théologie, la métaphysique et l’épistémologie

Guillaume d’Ockham[1] est considéré comme le précurseur du nominalisme, critiquant les excès de la scolastique et prônant une séparation plus nette entre foi et raison.

L’apport le plus célèbre d’Ockham réside dans son nominalisme, une rupture avec le réalisme métaphysique défendu par des penseurs comme Thomas d’Aquin ou Duns Scot (voir l’article précédent). Le réalisme soutient que les universaux (comme « humanité » ou « justice ») existent réellement, soit comme des essences dans l’esprit de Dieu, soit comme des réalités indépendantes. Ockham, au contraire, affirme que les universaux ne sont que des concepts mentaux ou des termes linguistiques, sans existence propre en dehors des individus concrets.

En conséquences métaphysiques, pour Ockham, seule la réalité individuelle existe (les choses particulières, comme cet homme ou cet arbre). Les universaux sont des outils de pensée, des « noms » (nomina), qui permettent de regrouper des objets similaires mais n’ont pas de réalité ontologique. Cette position simplifie la métaphysique en éliminant les entités abstraites superflues.

Le nominalisme théologique d’Ockham met l’accent sur la toute-puissance divine. Si les universaux n’existent pas indépendamment, Dieu est entièrement libre de créer le monde selon sa volonté, sans être contraint par des essences préexistantes. Cela renforce l’idée que l’ordre du monde est contingent et dépend uniquement de la volonté divine.

Le « rasoir d’Ockham » est un principe méthodologique attribué à Guillaume d’Ockham, Le « rasoir d’Ockham » est un principe méthodologique attribué à Guillaume d’Ockham, « Pluralitas non est ponenda sine necessitate ». En d’autres termes, lorsqu’on explique un phénomène, il faut privilégier l’hypothèse la plus simple, celle qui fait appel au moins d’entités ou d’hypothèses possibles. C’est un principe de simplicité, principe d’économie ou principe de parcimonie. Il l’énonce comme un leitmotiv dans son texte Quaestiones et decisiones in quatuor libros Sententiarum cum centilogio theologico (p. 121, 123, 128, 135, 189, 262, 297).

Cependant,  Le rasoir » ne prétend pas désigner quelle hypothèse est vraie, il indique seulement laquelle il vaut mieux considérer en premier.

Aristote le disait déjà : «Le plus limité, s’il est adéquat, est toujours préférable. En somme, il est inutile de chercher une explication compliquée quand une explication simple à partir de ce que nous connaissons déjà suffit à rendre compte d’un phénomène qui se manifeste à nos yeux. L’analogie du rasoir se réfère au fait de sabrer ou de couper de la théorie les variables ou concepts superflus qui introduisent toutes sortes de complications.
C’est ce principe qui, au XVIe siècle, poussa Copernic à accorder foi à la théorie héliocentrique du système solaire. Il réfuta la théorie géocentrique dominante de l’époque sur la base que les orbites régulières et symétriques d’un modèle héliocentrique, attribué aux planètes, était plus séduisant.

Le rasoir d’Ockham sert d’argument dans les disputations concernant la nature de Dieu, immanente, transcendante ou inutile. Les créationnistes utilisent son principe en posant l’hypothèse que, après tout, un Dieu créateur de toutes choses est une explication beaucoup plus simple que l’évolution, processus particulièrement complexe.
Ce principe vise à éliminer les concepts inutiles ou spéculatifs. Par exemple, dans un débat théologique ou scientifique, Ockham rejette les explications complexes impliquant des entités abstraites si une explication plus directe, basée sur des réalités observables, suffit.

Ockham opère une distinction plus nette que ses prédécesseurs entre la théologie et la philosophie. Pour lui, la théologie repose sur la foi et la révélation, tandis que la philosophie s’appuie sur la raison et l’expérience.

Cette séparation marque un tournant dans la scolastique, qui cherchait souvent à fusionner les deux.

Terminus prolatus est pars propositionis ab ore prolatae et natae audiri aure corporali
(Un terme parlé est une partie d’une proposition prononcée par la bouche et adaptée à être entendue par l’oreille corporelle)

Au point de vue théologique, Ockham soutient que certaines vérités, comme l’existence de Dieu ou la Trinité, ne peuvent être prouvées par la raison seule et relèvent de la foi. Il critique les tentatives de Thomas d’Aquin ou d’Anselme pour démontrer rationnellement des dogmes chrétiens.

Philosophiquement, Ockham développe une logique rigoureuse, notamment dans son Summa logicae où il analyse le langage et les propositions. Il y distingue les termes selon leur signification (connotation, dénotation) et pose les bases d’une logique formelle qui influencera la philosophie analytique moderne.

Selon lui, le Langage Mental joue un rôle fondamental dans sa philosophie, en particulier dans sa logique et sa sémantique. Il est considéré comme le sujet propre de la logique (scientia sermocinalis).

Ockham ne considère pas les langues conventionnelles comme l’anglais ou le français comme le sujet principal de la logique, mais plutôt ce qui les rend possibles en premier lieu : le Langage Mental. Ce dernier sert de base sémantique pour les langues parlées et écrites conventionnelles. Selon Guillaume d’Ockham, la réduction des catégories aristotéliciennes fait partie intégrante de son programme nominaliste visant à simplifier la métaphysique en éliminant les entités abstraites superflues. Ockham utilise principalement sa théorie sémantique, développée dans la Summa logicae, comme un « rasoir » pour atteindre cet objectif de réduction ontologique. Son approche s’appuie fortement sur l’analyse du Langage Mental, considéré comme le sujet propre de la logique, et sur les distinctions sémantiques qu’il établit, notamment entre termes absolus et connotatifs, et entre les différents types de supposition.
Pour Ockham, la pensée est littéralement un langage – le Langage Mental. Les concepts sont les éléments de base de la pensée elle-même. L’acquisition de concepts se fait par l’interaction avec le monde. La psychologie cognitive peut être une science naturelle universelle, et Ockham la considère comme la fondation de la logique.
Ockham distingue trois niveaux de langage : Écrit, Parlé et Mental, associés respectivement à l’écriture, la parole et la pensée. Les niveaux Écrit et Parlé sont conventionnellement corrélés aux concepts du Langage Mental (par subordination). En revanche, les concepts du Langage Mental sont naturellement corrélés aux choses du monde.
Les concepts, en tant que vocabulaire de base du Langage Mental, sont naturellement liés aux choses dont ils sont les concepts. Ockham identifie cette relation naturelle avec la propriété sémantique de signification. Les concepts signifient naturellement leurs objets. Les mots parlés ou écrits, subordonnés à un concept donné, signifient ce que le concept signifie, mais de manière conventionnelle et dérivée, et non naturelle. Ils ne signifient pas le concept lui-même. Le Langage Mental explique ce qu’est la signification d’un terme conventionnel (être subordonné à un concept).
Les termes des langues parlées ou écrites sont synonymes lorsqu’ils sont subordonnés au(x) même(s) concept(s) dans le Langage Mental. Un terme est équivoque s’il est subordonné à des concepts distincts en même temps.

Ce Langage Mental est universel dans sa structure pour tous les êtres pensants.
Tout ce qui peut être pensé est exprimable dans le Langage Mental.
Contrairement aux langues conventionnelles, le Langage Mental ne peut contenir d’ambiguïté.

Sa syntaxe (les règles grammaticales) est entièrement déterminée par sa sémantique ; il ne contient que les caractéristiques syntaxiques qui font une différence sémantique. Les expressions sont complètement articulées par rapport à leur structure logique. Cela rend le Langage Mental idéal pour la logique.
La théorie de la supposition explique l’usage référentiel des termes dans les phrases. Ockham distingue la supposition personnelle (référant à ce que le terme signifie), la supposition matérielle (référant au terme lui-même en tant que signe concret ou mental) et la supposition simple (référant au concept – l’élément du Langage Mental – qua général). Le concept est un élément clé de cette théorie de la référence.
Le Langage Mental est un outil central dans l’argumentation d’Ockham contre l’existence des universaux et de nombreuses entités abstraites. Selon Ockham, les universaux ne sont pas des réalités existant en dehors des individus concrets, mais seulement des concepts mentaux (ou des termes linguistiques). Le nominalisme théologique d’Ockham met l’accent sur la toute-puissance divine et la nature contingente du monde. L’analyse des termes dans le Langage Mental, en particulier la distinction entre termes absolus et connotatifs et la théorie de la supposition, permet à Ockham de réinterpréter des affirmations métaphysiques (comme « Le cheval est une espèce ») comme des affirmations méta-linguistiques portant sur les concepts dans le Langage Mental, plutôt que sur des entités abstraites dans le monde. Par exemple, « Le cheval est une espèce » est vraie parce que le terme ‘cheval’ a une supposition simple, référant au concept-de-cheval, et ‘espèce’ signifie des concepts généraux (concepts de seconde intention). Cette stratégie sémantique vise à éliminer les entités superflues de la métaphysique.

Son nominalisme, en insistant sur l’individualité, ouvre la voie à une conception plus moderne de la liberté et des droits individuels, bien qu’il ne formule pas explicitement ces notions.

Ockham s’engage également dans des débats politiques, notamment dans le conflit entre le pape Jean XXII et l’empereur Louis de Bavière.

Il défend une séparation entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, critiquant l’ingérence de l’Église dans les affaires séculières.
Dans ses écrits, comme le Dialogus, Ockham remet en question l’infaillibilité du pape et soutient que l’autorité ecclésiastique doit être limitée. Il prône un retour à la simplicité évangélique, influençant les idées de réforme.

Ockham valorise l’expérience comme source de connaissance. Contrairement aux scolastiques antérieurs, qui s’appuyaient fortement sur les autorités (Aristote, Augustin), il insiste sur l’observation et l’intuition directe des réalités individuelles. Ockham distingue la connaissance intuitive (perception directe d’un objet existant) de la connaissance abstraite (concepts généraux). Cette distinction préfigure les approches empiriques de la modernité. Il rejette l’idée que tout phénomène doit être expliqué par une cause finale (un but ou une intention). Cela ouvre la voie à une vision plus mécaniste du monde, influençant les prémices de la science moderne.

La pensée d’Ockham, bien que révolutionnaire, n’est pas sans critiques. Son nominalisme a été accusé de fragiliser la théologie en rendant l’ordre du monde trop contingent. Certains y voient un pas vers le scepticisme, car si les universaux ne sont que des noms, la connaissance générale devient moins certaine. De plus, son insistance sur la toute-puissance divine a parfois été interprétée comme un frein à l’autonomie de la raison.

Pour clore la présentation de la scolastique, disons très schématiquement que la scolastique a permis des avancées majeures dans la théologie, la philosophie, le droit et les sciences. Elle a jeté les bases de la méthode scientifique en valorisant la logique et l’analyse systématique. Ses débats sur la nature de la vérité, la morale ou la justice restent pertinents. Aujourd’hui, la néo-scolastique, notamment à travers le thomisme, continue d’influencer la pensée catholique et philosophique.

Ne vous impatientez pas, nous aborderons demain la comparaison entre la scolastique et la méthode maçonnique, mais vous avez déjà pu en dégager les convergences et les différences


[1] L’un des personnages du Nom de la rose le moine franciscain Guillaume de Baskerville, est, de l’aveu même d’Umberto Eco, une référence à Guillaume d’Ockham dont il partage le prénom.

Autres articles de cette série

17/06/25 à 9h : Alain Bauer face à la justice maçonnique du GODF

Le 17 juin 2025, à 9h, le Temple La Fayette, 16 rue Cadet, siège du Grand Orient de France (GODF), accueillera une réunion exceptionnelle de la Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique qui est composée de 3 personnes.

 Alain Bauer, ancien Grand Maître du GODF (2000-2003), y sera déféré à la demande du Conseil de l’Ordre, présidé par Nicolas Pénin.

Cette audience, publique conformément à l’article 141, paragraphe 7, des principes fondamentaux de la justice maçonnique, permettra à tous les maîtres du GODF et des obédiences admettant la réciprocité d’y assister, s’ils sont munis de leur carte d’identité maçonnique. Compte tenu de la notoriété d’Alain Bauer et de cette première historique, le Temple La Fayette risque de se révéler trop exigu pour accueillir l’affluence attendue.

Un événement inédit dans l’histoire récente du GODF

16 rue Cadet Paris 9e – GODF

C’est la première fois en un demi-siècle qu’un ancien Grand Maître est traduit en justice maçonnique à l’initiative du Conseil de l’Ordre. Le précédent cas, celui de Jean-Philippe Hubsch, sanctionné par un blâme et une interdiction d’exercer des fonctions pour des irrégularités, avait été initié par des membres individuels, non par l’exécutif du GODF. L’affaire Bauer, membre influent de la loge Intersection à l’Orient de Paris, qui réunit des personnalités administratives, politiques et syndicales de premier plan, marque donc une rupture avec la protection dont ont pu bénéficier d’autres grands maîtres

Les motifs de la comparution

Le Conseil de l’Ordre s’appuie sur l’article 93 du Règlement Général, qui autorise la saisine en urgence de la Section Permanente pour suspendre un Franc-maçon à titre conservatoire en cas de faits graves. Huit motifs potentiels sont listés, parmi lesquels :

  • Violation de la Constitution ou du Règlement Général : rien n’indique qu’Alain Bauer relève de ce chef.
  • Usage indu de la qualité maçonnique : Bauer mentionne régulièrement son passé de Grand Maître sur son site personnel et sur LinkedIn, en contravention potentielle avec l’article 23, qui interdit de se prévaloir de fonctions électives après la fin d’un mandat. Cependant, d’autres anciens Grands Maîtres, comme Hubsch ou Trichard, n’ont jamais été poursuivis pour de telles pratiques qui ne présentent, qui plus est, aucun caractère d’urgence correspondant à la procédure .
  • Inconduite ou immoralité : les activités professionnelles d’Alain Bauer (criminologue, écrivain, journaliste) et son comportement public, marqué par une urbanité reconnue et une notoriété élevée sans aucun lien polémique, rendent ce motif improbable.
  • Atteinte à la laïcité : ce grief est particulièrement étranger à la cause, sachant que l’intéressé en est le chantre par excellence, à la fois dans ses analyses et ses conclusions.
  • Faux ou usage de faux : aucun élément, en l’espèce, ne donne la moindre matière à une telle accusation.
  • Poursuites judiciaires profanes : c’est ici que réside le cœur de l’affaire.

 Alain Bauer est impliqué dans deux dossiers judiciaires qui traînent depuis des années mais qui sont arrivés en première instance

  • Le 30/09/24 : Affaire Proglio-EDF :

Poursuivi par le Parquet National Financier (PNF) pour une facture de 650 000 euros à EDF, il a été relaxé en première instance le 30 septembre 2024, tout comme Loïck Le Floch-Prigent et quelques autres consultants de haute volée dont certains avaient opté au préalable pour un plaider coupable comme son ami Stéphane Fouks.

  • Le 05/03/25 Affaire Caisse des dépôts et consignations

Il faut rappeller ici que la Caisse des dépôts et consignations gère 60% de l’argent issu du Livret A, du Livret de développement durable et solidaire et du Livret d’épargne populaire, que c’est la banque de la sécurité sociale et des organismes de logement social. Les souscripteurs de ces livrets plafonnés ne s’imaginaient pas que l’argent qu’ils y ont placé pouvait être détourné de leur objectif, à savoir l’intérêt général.

  • Alain Bauer, pourtant très au fait des procédures publiques, avait conclu des contrats sans mise en concurrence et sans publicité pour 925 000 euros alors que la CDC était dirigée, tout d’abord, par Augustin de Romanet puis par Jean-Pierre Jouyet.
  • De plus, alors qu’il était actionnaire des guides Champérard à 50% et qu’il était en relation d’affaires avec elle, la CDC avait acheté un nombre considérable d’exemplaires des éditions 2010 et 2011 de ce guide gastronomique et ce, pour 333 596 €, montant correspondant à plus de 10 000 exemplaires au prix public.
  • En première instance, il fut ainsi condamné à 12 mois de prison avec sursis et 375 000 € d’amende avec interdiction de participer à des marchés publics.

Alain Bauer a interjeté appel de cette décision, ce qui devrait rétablir à son profit le respect de la présomption d’innocence. Cette affaire, où il est jugé aux côtés de Xavier Raufer, criminologue aux positions souvent controversées, a profondément marqué Bauer, qui aurait tenté de se suicider (selon Nicolas Penin).

  • Il s’avère qu’Alain Bauer a coécrit des ouvrages avec Xavier Raufer. Si le premier est moins marqué à droite que le second, on relève aussi leurs liens communs avec la Chine (Université de Shudan). Dans ce tableau, la nomination d’Alain Bauer comme professeur au CNAM par décret du président de la République, Nicolas Sarkozy, pouvait suggérer une proximité idéologique avec l’ancien chef de l’Etat. Les questions de sécurité qui ont fait la réputation internationale d’Alain Bauer peuvent-elles lui être imputées à crime ?
  • Comportements visant à déstabiliser l’humain : ce dernier motif serait lunaire, en la circonstance…

Une relaxe contestée, une condamnation sans ambiguïté, un double appel : des questions en suspens

La relaxe dans l’affaire EDF, qualifiée de surprenante par certains observateurs, et la condamnation en première instance dans l’affaire CDC placent Alain Bauer sous le coup de deux appels judiciaires. Ces « poursuites devant la justice profane » pourraient justifier une suspension conservatoire jusqu’aux jugements définitifs, conformément au paragraphe 6 de l’article 93.

Mais d’autres interrogations émergent. Une suspension, seule sanction envisageable à ce stade, serait-elle un signal fort ou une mesure symbolique ? La Section permanente peut aussi débouter le conseil de l’Ordre en raison de la présomption d’innocence puisque l’appel est suspensif des sanctions ? Toutefois, une sanction maçonnique peut être prononcée car il suffit que les poursuites soient engagées et il n’est pas nécessaire que des condamnations définitives soient intervenues…

Alain Bauer se présentera-t-il devant la Section Permanente pour défendre sa cause ou choisira-t-il l’absence ?

Une audience sous haute tension

Cette comparution, publique et médiatisée, met en lumière les tensions internes au GODF et permettra de tester la rigueur de sa justice maçonnique.

Alors qu’Alain Bauer continue d’apparaître sur BFMTV et vient d’être recruté par Marianne pour une chronique mensuelle, l’issue incertaine de cette audience pourrait redéfinir sa place dans l’obédience et au-delà… Réponse le 17 juin 2025.

Autres articles sur Alain Bauer

Les 3 étapes de la vérité selon Schopenhauer appliquées à la Franc-maçonnerie

La célèbre maxime d’Arthur Schopenhauer :

« Toute vérité passe par trois étapes : d’abord elle est ridiculisée, ensuite elle est violemment combattue, et enfin elle est acceptée comme une évidence »

offre un cadre pertinent pour analyser l’histoire et la perception de la Franc-maçonnerie. Cette organisation initiatique, souvent mal comprise, a traversé ces trois phases au fil des siècles, évoluant dans l’imaginaire collectif et dans sa place au sein des sociétés. Cet article explore comment la pensée de Schopenhauer éclaire l’évolution de la Franc-maçonnerie, de ses origines à nos jours.

Première étape : la ridiculisation

À ses débuts, au XVIIIe siècle, la Franc-maçonnerie, née dans les loges spéculatives d’Angleterre, était souvent perçue comme une curiosité exotique. Ses rituels, ses symboles (équerre, compas, tablier) et son caractère secret ont suscité moqueries et dérision. Les non-initiés, ignorant les véritables objectifs de la Maçonnerie – recherche de la vérité, perfectionnement personnel et fraternité universelle –, la caricaturaient comme un club d’érudits excentriques ou une société de divertissement élitiste. Dans la France prérévolutionnaire, par exemple, des pamphlets satiriques décrivaient les maçons comme des individus se livrant à des cérémonies absurdes, voire grotesques, dans des cercles fermés réservés à une élite autoproclamée.

Cette ridiculisation n’était pas seulement le fruit de l’incompréhension, mais aussi d’une méfiance envers une organisation qui prônait des idées progressistes, comme l’égalité entre ses membres, dans une société encore profondément hiérarchique. Les rites maçonniques, bien que sérieux pour les initiés, étaient souvent tournés en dérision par ceux qui y voyaient une parodie de la religion ou de l’autorité établie.

Deuxième étape : la violente opposition

Arthur Schopenhauer

La deuxième phase décrite par Schopenhauer, celle de l’opposition violente, a marqué l’histoire de la Franc-maçonnerie à plusieurs reprises. Dès la fin du XVIIIe siècle, avec l’essor des idéaux des Lumières, la Maçonnerie est devenue une cible pour les pouvoirs établis. Ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité, ainsi que son rôle dans la diffusion des idées révolutionnaires, ont suscité la méfiance des monarchies et des institutions religieuses.

En 1738, le pape Clément XII interdit la Franc-maçonnerie par la bulle In Eminenti Apostolatus, la qualifiant de menace pour la foi catholique et l’ordre social. Cette condamnation, renouvelée par plusieurs papes, a entraîné des persécutions dans les pays catholiques, notamment en France, en Espagne et en Italie. Les maçons étaient accusés de comploter contre l’Église et l’État, alimentant des théories du complot qui persisteront jusqu’à nos jours.

Au XXe siècle, cette opposition a pris des formes encore plus extrêmes. Sous les régimes totalitaires, comme le nazisme en Allemagne ou le régime de Vichy en France, la Franc-maçonnerie a été violemment réprimée. Les loges furent dissoutes, leurs archives confisquées, et de nombreux maçons furent emprisonnés, déportés ou exécutés. Ces persécutions s’appuyaient sur l’idée que la Maçonnerie représentait une menace pour l’ordre autoritaire, en raison de ses valeurs humanistes et de son fonctionnement démocratique interne.

Même dans des contextes moins extrêmes, la Franc-maçonnerie a souvent été combattue par des accusations de favoritisme, de corruption ou d’influence occulte, notamment dans les sphères politiques et économiques. Ces critiques, parfois fondées sur des dérives réelles, ont souvent amplifié la méfiance envers une organisation perçue comme secrète et élitiste.

Troisième étape : l’acceptation comme évidence

La troisième étape de Schopenhauer, celle de l’acceptation, est plus nuancée dans le cas de la Franc-maçonnerie. Si elle n’a jamais atteint une acceptation universelle, elle est aujourd’hui reconnue dans de nombreux pays comme une institution légitime, bien que toujours entourée d’un certain mystère. Dans les démocraties modernes, comme en France, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, la Franc-maçonnerie est souvent perçue comme une organisation philosophique et philanthropique, dont les valeurs – tolérance, liberté de conscience, recherche de la vérité – résonnent avec les principes des sociétés ouvertes.

En France, par exemple, certaines obédiences maçonniques jouent un rôle discret mais influent dans les débats sociétaux, notamment sur des questions comme la laïcité ou les droits humains. Les contributions historiques de maçons célèbres, tels que Voltaire, Benjamin Franklin ou encore Pierre Simon Laplace, ont aidé à légitimer la Maçonnerie comme un espace de réflexion intellectuelle et morale.

Cependant, cette acceptation reste partielle. Dans certaines régions du monde, notamment dans des pays à forte influence religieuse ou autoritaire, la Franc-maçonnerie demeure suspecte ou interdite. Même dans les pays où elle est tolérée, elle continue d’alimenter des fantasmes de complots, comme en témoigne la persistance de théories conspirationnistes sur les réseaux sociaux ou dans certains médias.

Une vérité maçonnique en perpétuelle évolution

La Franc-maçonnerie incarne une quête de vérité qui, par sa nature initiatique, ne peut être pleinement révélée aux non-initiés. Cette opacité, essentielle à son fonctionnement, alimente à la fois la fascination et la méfiance. En appliquant la pensée de Schopenhauer, on peut voir que la « vérité » maçonnique – celle d’une démarche spirituelle et humaniste visant à améliorer l’individu et la société – a suivi un chemin semé d’embûches : moquée pour son apparente excentricité, combattue pour ses idées subversives, et progressivement acceptée, du moins en partie, comme un acteur légitime du paysage philosophique et social.

Pour les maçons eux-mêmes, cette maxime de Schopenhauer peut aussi s’appliquer à leur travail interne. Les idées nouvelles au sein d’une Loge, qu’il s’agisse d’une réforme des pratiques ou d’une réflexion audacieuse, passent souvent par ces trois étapes : elles sont d’abord ridiculisées par les tenants de la tradition, puis combattues par ceux qui craignent le changement, avant d’être intégrées comme une évidence dans l’évolution de la Loge.

La Franc-maçonnerie, par son histoire et ses valeurs, illustre parfaitement la dynamique décrite par Schopenhauer. Ridiculisée à ses débuts, violemment combattue par les forces conservatrices, elle a su, dans certains contextes, s’imposer comme une institution respectée, bien que jamais totalement exempte de critiques. Cette résilience témoigne de la force de ses idéaux et de sa capacité à s’adapter aux évolutions des sociétés tout en restant fidèle à sa mission : bâtir un monde plus juste et plus éclairé. Comme le souligne Schopenhauer, la vérité maçonnique, bien que parfois malmenée, continue de tracer son chemin vers une acceptation, sinon universelle, du moins significative.

COSMOS : Revue légendaire – Une exploration audacieuse de l’occultisme nazi

Les Éditions du Doggerland dévoilent le premier numéro de COSMOS : Revue légendaire, une publication audacieuse et érudite qui se propose d’explorer les liens complexes entre ésotérisme, occultisme, complotisme et politique, avec pour thème inaugural « L’occultisme nazi : Histoire d’un fantasme et réalité d’une croyance ». Dirigée par Cédric Lévêque et Thibault Brice, cette revue, soutenue par un comité scientifique de renom composé de Stéphane François, Damien Karbovnik et Jean-Loïc Le Quellec, offre une plongée fascinante dans un sujet aussi sulfureux que méconnu.

À travers une série d’articles rigoureux et une démarche documentaire, COSMOS ambitionne de devenir une référence incontournable pour comprendre comment des imaginaires mystiques et conspirationnistes façonnent les idéologies politiques, en particulier celles de l’extrême droite.

Une ambition encyclopédique

Dès les premières pages, COSMOS affiche une ambition claire : offrir un panorama exhaustif des interactions entre ésotérisme, occultisme, complotisme et politique. Ce premier numéro, centré sur l’occultisme nazi, ne se contente pas d’explorer un phénomène historique marginal, mais s’interroge sur son influence durable dans les sous-cultures contemporaines et les mouvements extrémistes. Comme l’explique le comité éditorial dans son introduction, l’extrême droite est un paysage idéologique hétérogène, où des croyances ésotériques et occultes jouent un rôle dans la construction d’identités collectives et de projets politiques radicalisés. L’objectif n’est pas de valider ou de réfuter les phénomènes paranormaux, mais d’analyser leur impact social et politique avec une rigueur historique et sociologique.

Le choix de commencer par l’occultisme nazi n’est pas anodin. Ce mythe, popularisé dans les années 1960 par des ouvrages comme Le Matin des Magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, a imprégné la culture populaire, de la littérature de science-fiction (Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick) au cinéma (Indiana Jones, Iron Sky). Pourtant, comme le souligne Ludovic Richer dans son article introductif, la réalité historique de l’occultisme nazi est bien plus nuancée que le fantasme véhiculé par la culture populaire. Si des figures comme Heinrich Himmler ou des institutions comme l’Ahnenerbe ont flirté avec des idées ésotériques, le Troisième Reich était avant tout une entreprise rationnelle, marquée par une logique froide et bureaucratique. COSMOS démêle ainsi le mythe de la réalité, tout en explorant comment ces récits continuent d’alimenter des imaginaires complotistes et extrémistes.

Un sommaire riche et varié

Le sommaire de ce premier numéro témoigne de la diversité des approches adoptées. Chaque article, rédigé par des spécialistes reconnus, explore un aspect spécifique du lien entre occultisme et nazisme, offrant un équilibre entre études historiques, analyses culturelles et réflexions critiques. Voici un aperçu des contributions majeures :

  1. Occultisme et nazisme : Genèse d’un lien imaginaire (Ludovic Richer)
    Cet article pose les bases en définissant l’occultisme et en retraçant son histoire avant l’émergence du nazisme. Richer questionne la pertinence du terme « occultisme nazi », souvent galvaudé, et explore comment la culture populaire a amplifié ce mythe à travers des œuvres de fiction et le concept d’« occulture ».
  2. Un fantasme historique : L’occultisme nazi (Stéphane François)
    Stéphane François, spécialiste de l’extrême droite et de l’ésotérisme, analyse la construction du mythe de l’occultisme nazi, en s’appuyant sur des travaux comme ceux de Nicholas Goodrick-Clarke. Il montre comment des cercles proto-nazis, comme l’ariosophie, ont intégré des éléments ésotériques, tout en relativisant leur influence réelle sur le régime nazi.
  3. Par-delà les souffles du froid Borée : Notice sur les notions d’Hyperborée et de Thulé (Comité éditorial)
    Cet article explore les concepts mythiques d’Hyperborée et de Thulé, souvent associés à des récits ésotériques sur l’origine des peuples indo-européens. Ces notions, popularisées par des idéologues völkisch, ont nourri des visions racialistes et mystiques.
  4. Le « Centre du Monde » : Des origines du Soleil noir à sa banalisation (Ricardo Parrera)
    Le symbole du Soleil noir, popularisé dans les milieux néonazis, est analysé ici dans ses origines ésotériques et sa diffusion dans la culture populaire, illustrant comment des symboles mystiques deviennent des marqueurs idéologiques.
  5. Le nazi, les Cathares et le Graal : La naissance du mythe Otto Rahn (Cédric Lévêque)
    Cet article revient sur la figure d’Otto Rahn, qui a lié le mythe du Graal aux Cathares dans une tentative de réécrire l’histoire à des fins idéologiques. Lévêque explore comment ces récits ont été instrumentalisés par le régime nazi.
  6. Karl Maria Wiligut : Un aliéné à l’état-major d’Heinrich Himmler (Christian Bouchet)
    Cette contribution examine le rôle de Karl Maria Wiligut, un occultiste influent au sein de la SS, dont les théories délirantes sur une proto-histoire aryenne ont marqué l’imaginaire nazi.
  7. Carl Gustav Jung, Jakob Wilhelm Hauer et le kundalini yoga : Une rencontre en boucle (Jean-Loïc Le Quellec)
    Jean-Loïc Le Quellec explore les liens entre Carl Gustav Jung, le spécialiste des religions Jakob Wilhelm Hauer et les influences orientales dans l’ésotérisme nazi, révélant des connexions inattendues.
  8. Hitler est la neuvième incarnation de Vishnu : La cyclologie nazifiante et nazifiée de Savitri Devi (Thibault Brice)
    Cet article analyse les théories de Savitri Devi, figure du néonazisme ésotérique, qui a tenté de relier le nazisme à des croyances hindouistes, illustrant le syncrétisme idéologique de l’extrême droite.
  9. Les ovnis nazis, avatars d’un mythe complotiste (Antonio Dominguez Lena)
    Ce texte décrypte le mythe des ovnis nazis, un trope complotiste qui mêle science-fiction et révisionnisme historique, montrant comment ces récits continuent d’alimenter des théories conspirationnistes.
  10. Paganisme, occultisme et néonazisme dans une subculture contemporaine : La scène Black Metal (Alexander Samuel)
    Alexander Samuel explore la scène Black Metal, où paganisme, occultisme et néonazisme se croisent dans une sous-culture complexe, marquée par des tensions entre radicalité politique et quête spirituelle.
  11. Doctrine secrète : Jörg Lanz von Liebenfels et la théozoologie (Stéphane François et Alexander Samuel)
    Cette section propose une analyse et une traduction d’extraits de Théozoologie de Jörg Lanz von Liebenfels, un texte emblématique de l’ariosophie. François et Samuel décortiquent les théories racialistes et ésotériques de Lanz, qui mêlent pseudo-science, antisémitisme et visions mystiques délirantes.

Une démarche rigoureuse et inclusive

COSMOS se distingue par sa volonté d’adopter une approche pluridisciplinaire et inclusive. Les contributions, soumises à l’évaluation d’un comité scientifique, mêlent les perspectives d’historiens, de sociologues et d’acteurs ou anciens acteurs des milieux étudiés. Cette diversité permet d’offrir une vision nuancée, évitant les jugements hâtifs tout en maintenant une rigueur académique. La revue ne se contente pas de décrire des phénomènes historiques, mais s’interroge sur leur résonance contemporaine, notamment dans les sous-cultures et les mouvements complotistes.

Le choix d’inclure des auteurs aux profils variés, y compris ceux issus de milieux radicaux, est assumé comme une nécessité pour comprendre la complexité des phénomènes étudiés. Comme le souligne le comité éditorial, « pour accéder à une meilleure compréhension du phénomène, il nous paraît nécessaire de leur donner la parole, quels que soient par ailleurs leurs engagements militants ». Cette approche, bien que risquée, est encadrée par un processus de validation scientifique rigoureux, garantissant la crédibilité des analyses.

Un objet éditorial soigné

Au-delà de son contenu intellectuel, COSMOS se présente comme un objet éditorial de grande qualité. Publié par les Éditions du Doggerland, ce premier numéro, achevé d’imprimer en juin 2025 à Mérignac, bénéficie d’une mise en page soignée par Morgane Parisi et d’une direction artistique signée Cédric Lévêque, avec un logotype original réalisé par Alexandre Martien. Vendu au prix de 25 €, cet ouvrage de 274 pages, richement documenté, est conçu pour devenir une référence durable, avec l’ambition de constituer, à terme, une somme encyclopédique sur les liens entre ésotérisme et politique.

Une revue au service de la compréhension

COSMOS ne se contente pas de revisiter un passé trouble ; elle s’inscrit dans une démarche contemporaine, à une époque où les théories complotistes et les récits alternatifs gagnent du terrain dans un monde polarisé. En explorant l’occultisme nazi, la revue met en lumière les mécanismes par lesquels des croyances marginales peuvent nourrir des idéologies radicales, influençant des sous-cultures aussi variées que le Black Metal, les mouvements néo-païens ou les communautés New Age. Elle invite ainsi à une réflexion critique sur la manière dont les imaginaires mystiques continuent de façonner notre rapport au politique.

Ce premier numéro, dédié aux souscripteurs et aux contributeurs anonymes, témoigne de l’engagement des Éditions du Doggerland à produire un travail rigoureux et accessible, capable d’éclairer un public large tout en s’adressant aux spécialistes. En remerciant des figures comme Jean-Loïc Le Quellec, Stéphane François et Damien Karbovnik, ainsi que les médias et contributeurs techniques qui ont soutenu le projet, COSMOS s’affirme comme une entreprise collective, portée par une passion pour la connaissance et une volonté de décrypter les zones d’ombre de notre histoire.

COSMOS : Revue légendaire est bien plus qu’une simple publication académique. C’est une invitation à explorer les méandres de l’imaginaire humain, là où le mysticisme, la politique et la culture se rencontrent pour produire des récits à la fois fascinants et inquiétants. En abordant l’occultisme nazi avec rigueur et nuance, ce premier numéro pose les bases d’un projet ambitieux, promettant de futures explorations tout aussi captivantes. Pour les curieux, les chercheurs et les amateurs d’histoire, COSMOS est une lecture incontournable, disponible dès maintenant aux Éditions du Doggerland.

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Les Journées Ramsay 2025 : un rendez-vous international pour la défense européenne et l’unité maçonnique

Philippe Guglielmi

Les 21 et 22 juin 2025, Paris accueillera un événement d’envergure internationale avec les Journées Ramsay, un colloque organisé sous l’égide du Grand Chapitre Général de Rite Français (GCG-RF) et présidé par Philippe Guglielmi, figure emblématique de la Franc-maçonnerie française et internationale. Cet événement, qui réunira des représentants de 21 grands chapitres à travers le monde, s’annonce comme une célébration de l’unité maçonnique et un espace de réflexion sur des enjeux contemporains cruciaux, notamment la défense européenne. Voici un aperçu détaillé de ce rendez-vous historique, basé sur les documents fournis et les informations complémentaires.

Un programme riche et structuré

Le programme des Journées Ramsay, tel que détaillé dans le document de travail DÉROULE RAMSAY – PARIS, 21 ET 22 JUIN 2025, s’articule sur deux jours d’échanges et de débats.

  • Le samedi 21 juin débutera à 14h30 avec une plénière au Temple 16 Lafayette, marquée par la présentation et l’organisation du colloque par Rui Lopes, Grand Secretaire aux Affaires Extérieures (GSAE) du GCG-RF, suivi d’un discours d’ouverture par Philippe Guglielmi, président de Ramsay.
  • De 15h00 à 16h30, des travaux en commissions permettront d’explorer deux pré-rapports de synthèse (n°1 et n°2), avec des présentations et débats animés par des secrétaires et présidents désignés parmi les Très Sage et Parfait Grand Vénérable (TSPGV).
  • Une pause de 16h30 à 17h30 offrira un moment de réflexion avant la plénière de 17h30 à 18h00, où Rui Lopes présentera un rapport synthétique général suivi d’un vote. La journée s’achèvera par une session de la Grande Chancellerie du Vème Ordre, en présence de Pierre Lambicchi, Grand Chancelier, et Philippe Guglielmi, président du Vème Ordre,
  • avant un dîner fraternel de 19h30 à 22h00 réunissant la chambre d’administration et les membres de Ramsay.
  • Le dimanche 22 juin, de 09h30 à 13h00, le colloque se poursuivra avec une conférence et un débat sur le thème « Quelle défense européenne ? », qui se tiendra au Temple 16 ou Temple 1. Ce sujet, d’une actualité brûlante en 2025, reflète les préoccupations géopolitiques face aux tensions internationales et aux défis de sécurité en Europe. Deux intervenants de haut niveau sont en cours d’approche : un général et une ancienne ministre, dont les profils promettent d’apporter une expertise militaire et politique de premier plan. Ce choix vise également à intéresser les amis étrangers, notamment ceux éloignés du théâtre d’opérations européen, renforçant ainsi la dimension internationale de l’événement.

Une refondation réussie de la franc-maçonnerie internationale

Les Journées Ramsay s’inscrivent dans une dynamique de refondation des hauts grades de rite français, initiée par Philippe Guglielmi en 1998 lorsqu’il était Grand Maître du Grand Orient de France. À cette époque, le Grand Chapitre Général comptait 19 chapitres et 315 membres. En 2025, cette structure a considérablement évolué, avec 225 chapitres et 6 320 frères et sœurs au sein du Grand Chapitre Général Rite Français du Grand Orient de France, témoignant d’une croissance impressionnante. Cette expansion s’accompagne d’une diversification géographique, avec 21 grands chapitres signataires ou adhérents à la Charte de Lisbonne, dont les récents ajouts du Québec, de la Hongrie et de la Roumanie.

Ramsay, regroupement des Grands Chapitres de rite français à travers le monde, repose sur une autonomie des obédiences mères, qui reçoivent une patente du Grand Orient de France pour pratiquer les hauts grades. Seule l’entité présidée par Philippe Guglielmi dépend directement du Grand Orient de France, soulignant une structure fédérative plutôt que centralisée. La Charte de Lisbonne, bien que le document joint semble incomplet dans son contenu OCRisé, est un texte fondamental qui unit ces chapitres autour de principes communs, renforçant l’identité et la cohésion du réseau Ramsay.

Un enjeu géopolitique au cœur des débats

Le thème de la défense européenne, choisi pour le colloque du dimanche, reflète l’urgence de repenser les politiques de sécurité dans un contexte mondial marqué par des conflits persistants et des rivalités géopolitiques. En 2025, l’Europe fait face à des défis comme l’expansion de l’influence russe en Ukraine, les tensions en Méditerranée orientale et les incertitudes autour de l’OTAN. La participation d’un général et d’une ancienne ministre promet d’apporter des perspectives éclairées, mêlant stratégie militaire et vision politique. Cet échange pourrait également inspirer des résolutions ou des recommandations que les grands chapitres pourraient porter dans leurs obédiences respectives, amplifiant l’impact de l’événement au-delà de Paris.

Une invitation à la fraternité internationale

Les Journées Ramsay 2025 ne se limitent pas à un exercice intellectuel. Elles offrent une occasion unique de renforcer les liens entre les 21 grands chapitres, représentant des juridictions aussi diverses que l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Afrique. Pour les membres éloignés, comme ceux du Québec ou de Roumanie, ce colloque est une opportunité de participer à un dialogue transcendantal, aligné avec les valeurs maçonniques d’universalité et de fraternité. Le dîner fraternel du samedi soir et les moments informels renforceront cette dimension humaine, favorisant des échanges culturels et spirituels.

Un avenir prometteur pour Ramsay

En organisant ces Journées Ramsay, Philippe Guglielmi et son équipe posent les bases d’une nouvelle étape dans l’histoire de la franc-maçonnerie internationale de rite français.

Avec un programme équilibrant réflexion philosophique, débat géopolitique et célébration fraternelle, cet événement illustre la vitalité du réseau Ramsay et son engagement à relever les défis du XXIe siècle. Le programme définitif, qui sera transmis dès sa finalisation, promet de préciser les noms des intervenants et les détails logistiques, mais déjà, cet aperçu témoigne d’une ambition de rassembler et d’inspirer. Les 21 et 22 juin 2025, Paris deviendra ainsi le cœur battant d’une franc-maçonnerie mondiale tournée vers l’avenir, unie par une charte commune et animée par une quête de sens dans un monde en mutation.

I – La Scolastique et la méthode maçonnique

La scolastique et la méthode maçonnique sont deux approches intellectuelles et spirituelles qui, bien que distinctes dans leurs contextes historiques et philosophiques, partagent un intérêt commun pour la quête de la vérité, la structuration de la pensée et l’amélioration de l’individu.

Attardons-nous un peu, pour commencer, sur la scolastique

La Scolastique : Une Méthode Médiévale de Raisonnement

La scolastique naît dans un contexte où l’Église catholique joue un rôle central dans la société médiévale. Avec la redécouverte des œuvres d’Aristote au XIIe siècle, grâce aux traductions arabes et grecques, les penseurs chrétiens se trouvent confrontés à une philosophie rationnelle puissante. La question centrale devient : comment harmoniser les vérités révélées de la foi avec les vérités accessibles par la raison ? Ce défi donne naissance à une méthode d’enseignement et de réflexion qui cherche à structurer le savoir de manière systématique.

Ce courant de pensée théologique et philosophique dominera la vie intellectuelle de l’Europe médiévale, particulièrement entre le XIe et le XVe siècle. Il tire son nom des scholae, les écoles monastiques et cathédrales où elle s’est développée, et se caractérise par une tentative rigoureuse de concilier la foi chrétienne avec la raison, en s’appuyant sur les méthodes dialectiques et les textes de la tradition, notamment ceux d’Aristote, de la Bible et des Pères de l’Église. Ces textes sont commentés et interprétés avec minutie.

Le développement des universités, comme celles de Paris, Bologne ou Oxford, favorise l’essor de la scolastique. Ces institutions deviennent des lieux de débat où les maîtres, tels qu’Anselme de Cantorbéry, Pierre Abélard ou Thomas d’Aquin, développent des outils intellectuels pour explorer les mystères de la foi et les réalités du monde.

La méthode scolastique repose sur la quaestio disputata[1], une méthode qui consiste à poser une question, examiner les arguments pour et contre, puis proposer une solution raisonnée. Cette approche, visible dans les Sic et Non d’Abélard ou la Somme théologique de Thomas d’Aquin valorise la logique et la clarté. Les scolastiques organisent le savoir en systèmes cohérents. La Somme théologique de Thomas d’Aquin est un exemple emblématique, couvrant des questions allant de l’existence de Dieu à l’éthique et à la politique.

Qu’elle vienne de la révélation divine ou de l’analyse rationnelle, les scolastiques estiment que la vérité est une.

Les Grandes figures de la scolastique

Anselme de Cantorbéry (XIe siècle) est considéré comme l’un des premiers scolastiques, il développe l’argument ontologique pour prouver l’existence de Dieu par la raison.

Pierre Abélard (XIIe siècle). Pionnier de la dialectique, il met l’accent sur le questionnement critique, ce qui suscite des controverses avec les autorités religieuses.
On retient davantage sa liaison sensuelle et intellectuelle avec sa jeune élève Héloïse, où l’érudition la plus fine se mêle à la passion la plus crue. Il n’y a qu’à lire l’Histoire d’Héloise et d’Abailard ; suivie des lettres les plus mémorables des deux immortels amants de Marc de Montifaud

Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) Figure centrale, il intègre la philosophie aristotélicienne dans la théologie chrétienne, proposant une vision unifiée de la foi et de la raison.

Saint Thomas d’Aquin, est l’un des contributeurs les plus influents à la théologie, à la philosophie et à la pensée chrétienne médiévale. Surnommé le « Docteur angélique », il a cherché à concilier la foi chrétienne avec la raison philosophique, en s’appuyant notamment sur la philosophie aristotélicienne, tout en intégrant des éléments de la tradition chrétienne, du néoplatonisme, et des penseurs juifs et musulmans comme Maïmonide et Avicenne. Son œuvre majeure, la Somme théologique (Summa Theologica), ainsi que d’autres écrits comme la Somme contre les Gentils (Summa Contra Gentiles), structurent sa pensée.

Thomas d’Aquin distingue la théologie (basée sur la révélation divine) et la philosophie (basée sur la raison humaine), mais il soutient qu’elles ne sont pas en contradiction. Pour lui, la vérité est une, car elle vient de Dieu, source ultime de toute vérité. Ainsi, la raison et la foi se complètent ; il rejette l’idée d’une « double vérité (une vérité philosophique et une vérité théologique opposées), prônée par certains averroïstes.

Certaines vérités sur Dieu (son existence, son unicité) peuvent être atteintes par la raison seule, sans révélation. D’autres vérités, comme la Trinité ou l’Incarnation, nécessitent la révélation divine, car elles dépassent les capacités de la raison humaine.

Thomas d’Aquin est célèbre pour ses quinque viae (cinq voies), des arguments philosophiques pour démontrer l’existence de Dieu par la raison. Inspirés d’Aristote, ces cinq arguments ne décrivent pas la nature de Dieu, mais établissent son existence comme cause première et nécessaire en s’appuyant sur une observation du monde et une logique causale.

  1. Argument du mouvement : Tout ce qui est en mouvement est mû par autre chose. Cette chaîne ne peut être infinie, donc il faut une cause première immobile, Dieu.
  2. Argument de la cause efficiente : Tout effet a une cause. Remontant la chaîne des causes, on arrive à une cause première non causée, Dieu.
  3. Argument de la contingence : Les êtres contingents (qui peuvent ne pas exister) dépendent d’un être nécessaire, qui existe par lui-même : Dieu.
  4. Argument des degrés de perfection : Les qualités (bonté, beauté, etc.) varient en degré et impliquent une perfection maximale, qui est Dieu.
  5. Argument du dessein : L’ordre et la finalité observés dans la nature suggèrent un dessein intelligent, attribué à Dieu.

Pour lui, Dieu est simple : Dieu n’est pas composé de parties, contrairement aux créatures. Il est son essence même (esse ipsum subsistens). Immuable : Dieu ne change pas, car il est parfait et éternel. Éternel : Dieu existe hors du temps, dans un présent éternel. Omniscient, omnipotent, et parfaitement bon : Dieu connaît tout, peut tout ce qui est logiquement possible, et sa bonté est la source de toute perfection. Acte pur : Dieu est pure actualité (actus purus), sans potentialité, contrairement aux créatures qui passent de la potentialité à l’acte.

Thomas utilise la distinction entre essence (ce qu’une chose est) et existence (le fait qu’elle est) pour expliquer que, chez Dieu, essence et existence sont identiques, ce qui le distingue de toute créature. Il conçoit la création comme un acte libre et volontaire de Dieu, qui crée ex nihilo (à partir de rien). La création reflète la bonté divine et manifeste un ordre hiérarchique : les créatures vont des entités matérielles (minéraux, plantes, animaux) aux êtres spirituels (anges) et humains, qui combinent matière et esprit.

Dieu gouverne l’univers par sa providence, mais laisse une place à la liberté humaine et au hasard dans les événements contingents. Les créatures participent à l’être de Dieu, mais de manière limitée, car seul Dieu est l’être par lui-même. Rappelons que pour le néo-platonisme, Dieu contient toutes choses, et il n’y a rien qui ne soit en Dieu, et rien qui ne soit pas Dieu.

L’être humain, selon Thomas, est une unité de corps et d’âme, une idée qu’il emprunte à Aristote. Ainsi, pour lui, l’âme humaine est la « forme » du corps, lui donnant vie et intelligibilité. Elle est immortelle, car sa capacité à connaître des vérités universelles (via l’intellect) dépasse la matière. L’homme possède deux facultés principales : l’Intellect qui permet de connaître la vérité et les concepts universels et la Volonté qui permet de choisir librement en fonction du bien. La liberté humaine est essentielle, mais elle est orientée vers le bien ultime, qui est Dieu.

Le bonheur (beatitudo) est la fin ultime de l’homme, atteint pleinement dans la vision béatifique (la contemplation directe de Dieu dans l’au-delà).

Thomas d’Aquin développe une éthique téléologique, centrée sur la finalité de l’homme : atteindre Dieu. Sa morale repose sur la loi naturelle et les vertus : La raison humaine peut discerner des principes moraux universels inscrits dans la nature par Dieu (par exemple, préserver la vie, vivre en société, chercher la vérité). Ces principes découlent de la loi éternelle, qui est le plan divin pour l’univers. Thomas distingue les quatre Vertus cardinales (prudence, justice, force, tempérance), accessibles par la raison des trois Vertus théologales (foi, espérance, charité), données par la grâce divine. Pour lui,le péché est un désordre moral, un acte qui s’éloigne du bien et de la fin ultime. Le péché originel a blessé la nature humaine, mais la grâce divine permet de la restaurer.

Thomas intègre des dogmes chrétiens dans sa pensée philosophique :
La Trinité : Bien que la Trinité soit un mystère accessible uniquement par la révélation, Thomas tente de l’expliquer rationnellement en décrivant les trois Personnes comme des relations au sein de l’unique essence divine.
L’Incarnation : Le Christ est pleinement Dieu et pleinement homme, unissant deux natures (divine et humaine) en une seule personne.
Les sacrements : Thomas analyse les sacrements comme des signes visibles de la grâce divine, en particulier l’Eucharistie, où il défend la doctrine de la transsubstantiation (le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang du Christ, tout en conservant leurs apparences).

Influencé par Aristote, Thomas considère la société comme naturelle à l’homme, qui est un « animal politique ». Ses idées politiques incluent : le bien commun : L’autorité politique doit viser le bien commun, guidée par la justice et la loi naturelle. La loi humaine : Les lois humaines doivent être conformes à la loi naturelle et divine pour être justes. Une loi injuste n’est pas une vraie loi Thomas préfère la monarchie comme forme de gouvernement, mais il soutient que le pouvoir doit respecter la liberté et la responsabilité des individus et des communautés.

Sa méthode scolastique est rigoureuse, caractérisée par  la Dialectique; posant une question, présentant les objections, puis exposant sa position (souvent avec une distinction conceptuelle), enfin répondant aux objections et par la synthèse, intégrant des sources variées (Écritures, Pères de l’Église, Aristote, néoplatonisme) pour construire un système cohérent.

Son influence sera immense : son thomisme a façonné la théologie catholique, notamment lors du concile de Trente et au-delà. Le thomisme a été renouvelé au XIXe et XXe siècles (néothomisme) et reste une référence dans la philosophie et la théologie contemporaines.

Duns Scot (XIIIe-XIVe siècle) : Il insiste sur la distinction entre théologie et philosophie, mettant en avant la volonté divine. La pensée de Scot est connue pour sa difficulté, qui lui valut après sa mort le titre de « docteur subtil ».
Sa thèse, le plus célèbre étant « l’argument par les concepts certains et douteux » (Ord. I, d. 3, pars 1, q. 1-2, n. 27). Supposons qu’un intellect est certain d’un concept, mais doute d’autres, nécessairement le concept dont il est certain est distinct des concepts dont il doute. Or l’homme est certain que Dieu existe, alors qu’il peut douter s’il est infini. Donc le concept d’étant est distinct du concept d’étant infini, et il est univoque à Dieu et à la créature. La première prémisse, qui porte sur la distinction entre les concepts dont on est certain et ceux dont on doute, est posée comme évidente. La seconde prémisse est considérée comme vraie de facto, du fait que, des pré-socratiques au XIIIe siècle, les philosophes se sont interrogés sur la question de savoir si le premier principe était fini ou infini.
On se reportera à l’excellente présentation du personnage et de sa pensée par Magali Roques, (2016) du «Duns Scot (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique,


[1] Ce qui me rappelle les terribles affrontements rhétoriques décrits dans  le roman La septième fonction du langage de Laurent Binet

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La Grande Loge de France bientôt à Singapour

D’après un article publié par notre confrère lepetitjournal.com – signé Jean-Michel Bardin

Le 3 juin 2025, l’Alliance Française de Singapour a été le théâtre d’un événement aussi symbolique qu’historique : la Grande Loge de France, l’une des plus anciennes et prestigieuses obédiences maçonniques françaises, a annoncé son intention de s’implanter durablement dans la Cité-État à travers la création d’une loge symbolique francophone. Lors d’une conférence publique intitulée « Être Franc-Maçon aujourd’hui à la Grande Loge de France : Entre Tradition et Modernité », le Très Respectable Grand Maître Thierry Zaveroni a partagé sa vision de la franc-maçonnerie, révélant les ambitions de cette institution séculaire dans un contexte mondialisé.

Cet événement, marqué par une dégustation de vins et de fromages français, a attiré un public francophone et international curieux de découvrir les valeurs et les aspirations d’un ordre souvent entouré de mystère. Voici une exploration approfondie de cette annonce et de ses implications, dans une ville où se conjuguent diversité culturelle et dynamisme économique.

Une ambition universaliste dans une cité-monde

Singapour, surnommée la « Cité du Lion », est bien plus qu’une métropole économique d’Asie du Sud-Est. Avec ses 5,8 millions d’habitants répartis sur 700 km², dont 75 % d’origine chinoise, 15 % malaisienne, 6 % indienne et 4 % d’expatriés de toutes nationalités, cette cité-État incarne une mosaïque culturelle unique, un véritable « archipel d’identités » où cohabitent harmonieusement traditions orientales et modernité occidentale. C’est dans ce contexte de pluralisme et d’ouverture que la Grande Loge de France voit une opportunité de s’enraciner, portée par une vision universaliste de la franc-maçonnerie.

Thierry Zaveroni

Lors de la conférence, Thierry Zaveroni a souligné les parallèles entre Singapour et les valeurs maçonniques : « Singapour n’est pas qu’un lieu : c’est une cité-monde, un pont entre Orient et Occident. Cette ville incarne une forme d’unité dans la diversité, ce que la Franc-Maçonnerie s’efforce de bâtir. » Pour le Grand Maître, Singapour, avec sa coexistence harmonieuse de croyances et sa tension féconde entre tradition et modernité, est un terrain idéal pour promouvoir un chemin initiatique qui invite à l’élévation personnelle et à la fraternité. La création d’une loge francophone s’inscrit dans cette volonté de dialogue et d’ouverture, adressée à un public international et francophone, dans une ville qui attire une communauté française dynamique, ayant triplé depuis 2005 pour atteindre environ 14 000 membres.

La Grande Loge de France : Une tradition vivante

Fondée en 1894, la Grande Loge de France est une des plus anciennes obédiences maçonniques françaises et l’une des plus importantes, comptant aujourd’hui 32 000 membres répartis dans 940 loges en France, dans les territoires d’Outre-Mer et à l’international, sur les cinq continents. Cette institution, qui s’appuie sur le Rite Écossais Ancien et Accepté, se définit comme un ordre initiatique dédié à l’élévation spirituelle et au perfectionnement moral de ses membres. « Définir la Franc-Maçonnerie, c’est tenter de nommer l’indicible », a déclaré Thierry Zaveroni.

« C’est une expérience vivante, intime, transformatrice, dont la vocation est double : élever l’Homme vers sa propre lumière, et faire de cette élévation une force de fraternité. »

La Grande Loge de France se distingue par son attachement à une spiritualité non dogmatique, souvent symbolisée par la référence au « Grand Architecte de l’Univers ». Cette approche, qui exclut les débats politiques et religieux au sein des loges, vise à créer un espace de réflexion et de dialogue centré sur l’éthique, la connaissance de soi et l’humanisme. À Singapour, cette philosophie trouve un écho particulier dans une société multiculturelle où la coexistence pacifique des croyances est une réalité quotidienne.

Une implantation dans un contexte maçonnique riche

Jean-Pierre Servel

L’annonce de la Grande Loge de France intervient dans un contexte où la franc-maçonnerie est déjà présente à Singapour, notamment à travers la Grande Loge Nationale Française (GLNF) et la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA). En 2016, Jean-Pierre Servel, Grand Maître de la GLNF, avait donné une conférence publique dans un bâtiment historique de Coleman Street, offert à Sir Stamford Raffles en 1845, qui abrite aujourd’hui des loges maçonniques. En 2019, la GLUA a marqué l’histoire en lançant une fondation caritative à Singapour, en présence de figures comme Sir David Hugh Wootton, ancien maire de Londres, et du Dr David Staples. Cette fondation, qui soutient des étudiants méritants et défavorisés, illustre l’engagement maçonnique dans des actions concrètes au service de la société.

La franc-maçonnerie ne se comprend réellement qu’à travers l’expérience de l’initiation. Les mots, aussi justes soient-ils, ne sauraient remplacer ce vécu intime, lent et profond.

La Grande Loge de France, en s’installant à Singapour, souhaite compléter cette dynamique en proposant une approche francophone et en s’appuyant sur son héritage spirituel et initiatique. La création d’une loge symbolique francophone, annoncée lors de la conférence du 3 juin 2025, vise à répondre à l’appel de la communauté française, qui représente la troisième plus grande communauté d’affaires française en Asie. Cette initiative s’inscrit également dans une volonté de renforcer les liens entre la France et Singapour, comme en témoigne la visite récente du futur Premier ministre singapourien, Lawrence Wong, à Paris en avril 2024, pour consolider le partenariat stratégique entre les deux nations.

Une conférence pour lever les voiles sur la franc-maçonnerie

Thierry Zaveroni

La conférence du 3 juin, organisée à l’Alliance Française, a été l’occasion pour Thierry Zaveroni de démystifier la franc-maçonnerie, souvent entourée de fantasmes et de préjugés. Avec humilité, il s’est présenté comme un homme au service de la communauté, fort de son expérience de marin-pompier à Marseille et de son cheminement maçonnique. « La Franc-Maçonnerie n’est ni un vestige ni une nostalgie », a-t-il affirmé. « Elle est un levain, une fermentation intérieure qui prépare les pains de demain. »

L’événement, suivi d’une dégustation conviviale, a permis d’illustrer l’esprit d’ouverture de la Grande Loge de France. En choisissant l’Alliance Française, un lieu emblématique de la culture francophone à Singapour, l’obédience a marqué son intention de s’adresser à un public large, incluant non seulement les francophones, mais aussi les francophiles et les curieux d’horizons divers. Cette démarche reflète la vocation universaliste de la franc-maçonnerie, qui cherche à bâtir des ponts entre les cultures et les individus.

Singapour : Un terrain fertile pour la franc-maçonnerie

Alliance Française à Singapour

L’implantation de la Grande Loge de France à Singapour s’inscrit dans un contexte favorable. La Cité-État, connue pour son extraordinaire réussite économique depuis son indépendance en 1965, est un hub international où se croisent des influences multiples. Sa position stratégique, à la croisée des routes commerciales entre l’Asie-Pacifique et l’Europe, en fait un lieu d’échanges et d’innovation. La communauté française, jeune, féminisée et familiale, y est particulièrement active, avec des réseaux comme la Chambre de Commerce Française de Singapour (FCCS) qui facilitent les échanges professionnels et culturels.

De plus, Singapour a une histoire maçonnique notable, marquée par la figure de Sir Stamford Raffles, franc-maçon et fondateur de la ville moderne en 1819. Cette connexion historique renforce l’attractivité de la Cité-État pour les obédiences maçonniques, qui y voient un lieu où tradition et modernité se rencontrent. La Grande Loge de France, avec son accent sur le Rite Écossais Ancien et Accepté, propose un itinéraire initiatique qui pourrait séduire ceux qui cherchent à donner un sens à leur engagement dans un monde en mutation.

Une vision pour l’avenir

L’installation de la Grande Loge de France à Singapour ne se limite pas à la création d’une loge. Elle s’inscrit dans une ambition plus large : faire rayonner les valeurs maçonniques dans une région où la diversité culturelle et les défis de la modernité appellent à une réflexion profonde sur l’humanisme et la fraternité. Comme l’a souligné Thierry Zaveroni, « là où d’autres imposent des modèles, nous venons proposer un chemin, une parole de sens, une présence fraternelle. »

Cette initiative pourrait également renforcer les liens entre les différentes obédiences présentes à Singapour, comme la GLNF et la GLUA, et encourager des collaborations dans des projets philanthropiques, à l’image de la fondation caritative lancée par la GLUA en 2019. Dans un monde marqué par la polarisation et les crises, la franc-maçonnerie, avec son idéal de paix et d’élévation spirituelle, a un rôle à jouer pour promouvoir le dialogue et la solidarité.

L’annonce de l’implantation de la Grande Loge de France à Singapour marque une étape significative dans l’histoire de cette obédience, qui célèbre son rayonnement international tout en restant fidèle à ses racines spirituelles et initiatiques. En choisissant Singapour, une cité-monde où se conjuguent diversité et modernité, la Grande Loge de France affirme sa volonté de s’adapter aux enjeux du XXIe siècle tout en portant un message intemporel de fraternité et de perfectionnement personnel. La conférence du 3 juin 2025, organisée à l’Alliance Française, a posé les bases de ce projet ambitieux, invitant les Singapouriens, francophones et internationaux, à découvrir une franc-maçonnerie vivante, ouverte et ancrée dans son époque. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, la Grande Loge de France reste une porte ouverte vers un chemin d’élévation et de partage, dans une ville qui incarne déjà l’unité dans la diversité.

La connaissance ésotérique et la Franc-maçonnerie

La connaissance ésotérique se distingue fondamentalement du savoir profane et constitue un élément central de la démarche initiatique en Franc-maçonnerie.
Une analyse du contenu du « Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie » met en évidence que la Franc-maçonnerie peut conduire à une connaissance ésotérique. En voici quelques éléments rassemblés.

Nature et Acquisition de la Connaissance Ésotérique

Contrairement à la science profane qui s’enseigne par des mots, le savoir initiatique s’acquiert à la lumière de symboles. Le franc-maçon y puise sa connaissance en lui-même (la gnosis), en discernant des allusions subtiles et en devinant ce qui se cache dans les profondeurs de son esprit. Même mis en présence d’un signe muet, l’adepte est tenu de le faire parler ; penser par soi-même est le grand art des Initiés. L’ésotérisme est l’aspect intérieur de la Tradition. Son étude permet le dévoilement des Mystères. C’est une recherche désintéressée. L’ésotérisme offre l’intérêt de maintenir dynamique le système de comparaison, permettant de relier des objets apparemment éloignés et de découvrir partiellement la mécanique du symbolisme universel.

L’enseignement véritable n’est pas une accumulation de savoir, mais un éveil de conscience qui exige des étapes successives, chaque étape consistant à découvrir la clé de la porte suivante.

Contenu et Thèmes de la Connaissance Ésotérique

La connaissance ésotérique enseigne l’ultime raison des choses et initie l’homme aux lois par lesquelles le monde invisible ou spirituel est uni au monde physique ou matériel. Elle propose à ses adeptes de connaître le secret de l’univers. Elle embrasse d’une manière synthétique les sciences, les résumant en un tout et établissant un ensemble de lois générales.

Elle concerne les mystères, qui sont des rites secrets ou doctrines secrètes, inexprimables par des mots.

La gnose est une connaissance pleine, profonde et même mystique. Le dictionnaire grec la décrit comme une connaissance si profonde que l’objet connu exerce une influence puissante sur la personne qui la reçoit. Elle est une « supra-connaissance ». La Gnose pourrait être comprise comme la « connaissance dans toutes les directions ». Albert Pike a proclamé que la gnose est l’essence et la moelle de la Franc-maçonnerie. La Gnose, en tant que questionnement sur l’origine et les causes de l’univers et de la vie, est une des voies de connaissance privilégiée qui a inspiré beaucoup de francs-maçons.Elle cherche à se libérer du monde matériel pour rencontrer l’Absolu, qui est objet de connaissance. Elle permet l’accès à un ordre de réalité supra-sensible. La gnose propose une révélation intérieure qui découvre le véritable soi différent du moi. Derrière la « porte » maçonnique, celui qu’on est appelé à découvrir n’est autre que soi-même, l’être vrai.

La Kabbale est présentée comme une manière de regarder le monde, de se regarder voir le monde, associant la révélation mystique à l’étude patiente pour retrouver l’expérience de l’Unité. Tout a un sens et tout est en relation dans ce système. Le système kabbalistique des émanations, du centre (Unité absolue) vers la périphérie (matériel), a inspiré les gnostiques.
Voir mes quatre articles publiés sur le journal : ; La Kabbale I-Une voie de la connaissance; La Kabbale II-Un paradis à chercher; La Kabbale III-Les Séphiroth, chemin du divin; La Kabbale IV – La Guématrie, une mystique des nombres

La Langue des Oiseaux est également une forme de connaissance ésotérique, permettant d’accéder à un sens caché sous les significations stéréotypées. C’est le langage de la Nature, la langue des philosophes, dévoilant les vérités les plus cachées. Comprendre la langue des oiseaux signifie être initié. Elle utilise des procédés comme la Kabbale phonétique pour dissimuler des secrets.

L’Alchimie est étroitement liée à la maçonnerie ésotérique. Le processus initiatique maçonnique est considéré comme semblable à l’Œuvre alchimique (réalisation de la pierre philosophale, perfectionnement). Du point de vue alchimique, les trois premiers grades préparent cette Œuvre. L’Alchimie ajoute l’exigence de la connaissance à celle de la sagesse. Elle sert à interroger l’Univers et à découvrir son schéma de cohérence. Le mythe d’Héraclès recherchant les pommes d’or (immortalité) est vu comme un combat spirituel. Parmi les nombreux articles sur ce sujet que vous pouvez retrouver par l’onglet recherche, je n’en signalerai que le mien; après tout j’évoque ici le contenu de mon ouvrage le Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie (-_-) : Notions d’ALCHIMIE pour se rapprocher d’une voie de la Connaissance

L’Initiation comme Voie d’Accès

L’initiation maçonnique est l’apprentissage de la profondeur et de la verticalité du réel en-soi, permettant le dévoilement d’autres niveaux de perception. Il s’agit d’une métamorphose du regard, d’un dessillement des yeux.

L’initiation alchimise l’initié. Elle vise une modification radicale et fondamentale de la pensée et de l’être, un passage des ténèbres à la Lumière qui illumine et dévoile. Le but n’est pas seulement théorique, mais pratique et éthique. Par la lumière, il s’agit de s’entraîner à une action plus efficace et plus juste. La véritable connaissance (distincte du savoir) s’approche de la Source au travers de la vision intuitive des mystères. Ses rayons éclairent l’esprit.

L’initiation permet d’appréhender une certaine idée de l’être et de la vérité qui le constitue, et sa valeur réside dans sa découverte liée à une démarche existentielle et volontaire. C’est un apprentissage de la vision élevée, une orthopraxie des niveaux de langages et de représentation du réel.

Le projet est de permettre à l’homme de devenir un homme véritable, de découvrir en lui la sagesse, la force, la beauté, sa spiritualité, l’amour et sa vérité. La lumière demandée lui est donnée. L’esprit illumine et transforme par cette illumination

Le véritable caractère opératif de la maçonnerie de métier permettait le passage de l’initiation virtuelle à la réalisation spirituelle. La maçonnerie spéculative a permis la survie et la transmission de l’initiation virtuelle.

Le « cherchant » (celui qui cherche) s’aventure dans ce qu’il ne sait pas pour y trouver des clairières de sens.

Symbolisme et Méthodes maçonniques

La connaissance ésotérique est transmise à travers le symbolisme. La méthode de la Franc-maçonnerie est fondée sur le postulat que tout est symbole et demande qu’il en soit fait une interprétation jusqu’à son niveau anagogique (élévation). Hiérarchiquement, dans les quatre sens de l’Écriture, anagogique vient en dernier : sens littéral, sens allégorique, sens tropologique – quelquefois appelé aussi sens moral – car le sens tropologique cherche dans le texte des figures, des vices ou des vertus, des passions ou des étapes que l’esprit humain doit parcourir dans son ascension vers le sens anagogique le plus profond et caché, visant l’essence des choses ou les réalités ultimes.. Platon appelait cela les Idées. Dante Alighieri le qualifie de «sur-sens».

En voici quelques exemples de symboles qui fondent le parcours de l’éveil.

Le Cabinet de Réflexion est un lieu essentiel qui indique des sens (directions et significations) au voyageur et lui montre l’essentiel. C’est comme une caverne alchimique où se réalise un rite de purification. La formule V.I.T.R.I.O.L. est un axe de progression vertical reliant les plans (subterrestre, terrestre, céleste).

Le principe « Connais-toi toi-même » (Gnothi seauton) est fondamental pour atteindre la connaissance et la maîtrise de soi.
Les sens ne peuvent donner qu’une image infidèle de la réalité. Ils se révèlent souvent insuffisants, voire trompeurs. Ce que l’on voit est limité par nos sens et les possibilités actuelles du cerveau. Ce que nous percevons de l’extérieur n’est qu’un reflet léger et déformé. Ce qui est vu est rien par rapport à ce qui n’est pas vu. La réalité des perceptions dues aux sens est à repenser avec les avancées de la physique quantique.
Se connaître, c’est prendre conscience de soi et de son ignorance. Ce n’est pas seulement se connaître en tant qu’individu mais comme partie de l’univers (quête de l’unité). L’humilité (qui n’est pas mépris de soi mais connaissance de soi et reconnaissance de l’autre) est fondamentale et fondatrice.

L’Étoile Flamboyante est un symbole majeur. Sa contemplation après les voyages initie à un cheminement. Elle n’est pas un astre extérieur mais une représentation de la divinité, un feu central et universel qui vivifie tout. C’est une vision intérieure perçue avec l’œil du cœur. Voir avec l’œil intérieur signifie connaître. Elle est le flambeau de la connaissance. Pour Jung, elle est un symbole du Soi (plénitude psychique atteinte par la gnose psychologique). La voie initiatique qu’elle symbolise est intérieure, transformant le voyageur.

Le Miroir est un symbole d’introspection et de connaissance de soi. Il invite à la mise en relation de l’être avec ses limites. Le face-à-face avec son reflet montre que l’initiation est un retour sur soi. Il permet de réfléchir sur soi et le monde. Il peut défigurer les traits, représentant le vice, le mensonge, l’erreur. Il n’est pas qu’objet d’auto-contemplation, mais aussi instrument de visée morale et d’alignement. Le regard de l’autre est nécessaire pour compléter la vérité de notre être, car on ne se voit soi-même qu’incomplètement. Le franc-maçon se rencontre lui-même comme miroir du Tout qu’il construit intérieurement.

L’Œil symbolise la conscience, la connaissance, la vigilance. Il est une porte ouverte qui donne à voir un espace-temps hors de portée, vers lequel la quête conduit l’initiable. Écouter, c’est essayer de découvrir le visible et l’invisible.

Le sens Sod (Secret) dans la tradition kabbalistique permet de retrouver un savoir perdu en voyant ce qui est caché derrière l’opacité de la lettre.

Le langage lui-même, dans sa spécificité lexicale et l’usage qui en est fait, constitue un outil de progression pour les francs-maçons. Comprendre les paroles entendues et interpréter les rituels est essentiel. L’évolution se fait par trois niveaux successifs de sens : entendre, comprendre (par herméneutique), et transmettre. La difficulté est de concilier légèreté sémantique pour le novice et profondeur des expressions symboliques. Tout est symbole.

Le Voyage initiatique ne vise pas à vérifier le déjà révélé, mais à exercer l’intelligence du caché. L’homme doit s’arracher du monde profane pour permettre la spéculation de l’absolu.

La lumière ou plutôt l’opposition lumière-ténèbres est un des symboles le plus importants en Franc-maçonnerie. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptations de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.

La possession de la connaissance ésotérique transforme ceux qui la détiennent et leur apporte une véritable évolution intellectuelle en les faisant accéder à un ordre de réalité supra-sensible.

La quête initiatique est une façon d’habiter le monde, de vouloir s’orienter et sortir du chaos. C’est un pari existentiel sur le sens contre l’absurde.

Le travail maçonnique, par l’étude de la vie et de la mort, a pour but de montrer que c’est l’intelligence et la fraternité qui constituent l’homme et qu’il faut résister aux attaques de l’ignorance, l’hypocrisie et l’ambition.

L’intelligence remonte des mains jusqu’au cerveau. La vue devient vision et intuition, l’ouïe permet l’entendement de la voie intérieure et l’écoute de l’autre, le goût donne l’appréciation des valeurs spirituelles et l’odorat unit l’intelligence au savoir.

Le Sagе doit s’appliquer à chercher ce qui se dissimule derrière les apparences, car la Vraie Réalité ne tombe pas sous les sens.

Travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers ne signifie pas chanter ses louanges, mais remplir fidèlement son rôle assigné par la destinée, faire son devoir pour contribuer à l’harmonie universelle.

La philosophie est la puissance de la réflexion et de l’interrogation, un rapport au savoir qui questionne son usage, cherche une réponse intellectuelle à la raison d’être, et affirme les ressources spirituelles de l’élévation de pensée. Le Maître franc-maçon ose penser par lui-même, ne croit qu’au témoignage de son expérience et de sa raison, et se forge sa propre philosophie.

La connaissance n’est pas que livresque, elle résulte d’un travail intime mené en soi et sur soi. C’est la transformation du savoir en une expérience de vie. Être initié, ce n’est pas seulement apprendre des secrets, c’est voir autrement la vie quotidienne, purifier sa vision et se transformer soi-même.

La Franc-maçonnerie stimule les frères et sœurs à être un décrypteur du cosmos.

La quête maçonnique, telle que présentée par le « Dictionnaire vagabond », implique un certain nomadisme intellectuel et une recherche personnelle pour construire son propre réseau de compréhension, sans chercher l’exhaustivité ou imposer une voie unique. Les « cailloux blancs » sont là pour faciliter le commencement d’un chemin, pas pour tracer la route.

La sérendipité, la capacité à découvrir par accident dans un état d’ouverture et de pensée analogique, enrichit la transmission maçonnique par les apports personnels. Le questionnement cherche un appel du sens qui ne peut être comblé.

La connaissance ésotérique (d’après les éléments du Dictionnaire vagabond) est perçue comme un savoir profond, intérieur, transformateur, non rationnel mais symbolique et intuitif, puisé dans diverses traditions (Alchimie, Kabbale, Gnose). Elle vise l’éveil de la conscience, la découverte du véritable soi, la compréhension des mystères de l’univers et l’accès à une réalité supérieure.

Cette quête est le fruit d’un travail intime, éthique et spirituel, guidé par la fraternité partagée, les symboles et les rituels initiatiques.