Accueil Blog Page 166

Présence des Francs-maçons dans les hautes sphères de Tynwald

De notre confrère anglais three.fm

Sur l’Île de Man, une récente demande d’accès à l’information (FOI) a levé un coin du voile sur une question qui intrigue souvent : la présence de Francs-maçons dans les cercles du pouvoir. Selon les informations révélées par le greffier du bureau de Tynwald, trois Francs-maçons ont occupé des postes parlementaires de haut niveau depuis 2011. Cette révélation, bien que modeste en chiffres, soulève des questions sur l’influence de la Franc-maçonnerie dans la politique locale, tout en mettant en lumière l’importance de la transparence dans une démocratie moderne.

Une demande FOI qui cible les postes clés

La demande d’accès à l’information visait à identifier les Francs-maçons ayant occupé des rôles majeurs au sein de Tynwald, le parlement de l’Île de Man. Elle s’est concentrée sur des postes prestigieux : les présidents de la Chambre des Clefs, les présidents de Tynwald et les ministres en chef. La réponse du greffier est claire : seuls trois individus répondent à ces critères sur une période de 14 ans, depuis 2011. Il s’agit de l’actuel président de la Chambre des Clefs, Juan Watterson, ainsi que des anciens vice-présidents Geoff Corkish et Leonard Singer.

Ces trois figures politiques ont toutes déclaré leur appartenance à une Loge maçonnique dans le registre des intérêts de Tynwald, conformément aux exigences de transparence. Cette déclaration publique, bien que formelle, témoigne d’une volonté d’éviter les soupçons de conflits d’intérêts ou d’influences occultes – des accusations souvent portées contre la Franc-maçonnerie dans les sphères politiques à travers le monde.

Qui sont ces francs-maçons au sommet ?

Juan Watterson
  • Juan Watterson, actuel président de la Chambre des Clefs, est une figure centrale de la politique mannoise. Élu pour la première fois en 2006, il a gravi les échelons jusqu’à devenir président en 2016. Son appartenance à la Franc-maçonnerie, bien qu’officiellement déclarée, n’a pas fait l’objet de controverses publiques majeures, probablement en raison de son engagement visible pour la transparence.
  • Geoff Corkish, ancien vice-président de Tynwald, a servi dans les années 2010. Connu pour son implication dans les affaires culturelles et touristiques de l’île, il a également été membre du conseil législatif. Son appartenance maçonnique, bien que déclarée, n’a pas semblé influencer ses fonctions publiques, du moins selon les archives disponibles.
  • Leonard Singer, autre ancien vice-président, a marqué la politique locale par son long mandat au sein de Tynwald. Élu à plusieurs reprises entre 1996 et 2016, il a occupé divers postes, notamment au sein du Département de la Santé. Comme ses collègues, il a respecté les obligations de déclaration de ses affiliations.

La Franc-maçonnerie à l’Île de Man : une influence discrète mais déclarée

La présence de francs-maçons dans les hautes sphères politiques n’est pas un phénomène nouveau, ni propre à l’Île de Man. Historiquement, la Franc-maçonnerie a souvent été associée aux élites, suscitant des théories sur son influence supposée dans les cercles de pouvoir. Sur l’Île de Man, une dépendance de la Couronne britannique avec une tradition politique ancienne, la question prend une résonance particulière. Tynwald, qui se targue d’être l’un des plus anciens parlements en activité au monde (fondé en 979), est un lieu où les traditions, y compris celles de la Franc-maçonnerie, peuvent perdurer.

Cependant, les chiffres révélés par le greffier – trois francs-maçons en 14 ans – tempèrent les spéculations sur une influence dominante. Avec une population d’environ 85 000 habitants et une scène politique relativement restreinte, l’Île de Man compte un nombre limité de postes de haut niveau. La présence de trois membres sur une période aussi longue suggère que la Franc-maçonnerie, bien que présente, n’est pas un facteur omniprésent dans la gouvernance de l’île. De plus, le fait que ces affiliations soient déclarées dans le registre des intérêts montre une volonté de transparence, essentielle pour maintenir la confiance du public.

Transparence et perceptions publiques

La loi FOI (Freedom of Information), entrée en vigueur sur l’Île de Man en 2015, a permis cette révélation, soulignant l’importance des mécanismes de transparence dans les démocraties modernes. En obligeant les institutions publiques à divulguer des informations, elle répond à un besoin croissant des citoyens de comprendre les dynamiques de pouvoir qui façonnent leur société. Dans ce cas précis, la demande FOI a permis de clarifier la présence maçonnique à Tynwald, dissipant peut-être certaines craintes tout en confirmant que cette appartenance, bien que réelle, est limitée et déclarée.

Cela dit, la Franc-maçonnerie reste un sujet sensible. Même avec seulement trois membres identifiés, certains habitants pourraient s’interroger sur l’impact de ces affiliations. Les Loges maçonniques, par leur nature secrète et leurs réseaux fraternels, alimentent souvent des soupçons d’influence cachée, même lorsque les preuves sont minces. À l’inverse, d’autres pourraient voir dans cette transparence une preuve que la Franc-maçonnerie, sur l’Île de Man, n’a rien à cacher et que ses membres s’engagent dans la vie publique sans agenda occulte.

Une réflexion plus large sur la Franc-maçonnerie et le pouvoir

Cette révélation invite à une réflexion plus large sur le rôle de la Franc-maçonnerie dans les sociétés contemporaines. À une époque où les théories du complot prolifèrent – notamment sur des plateformes comme X, où des discussions sur l’influence maçonnique dans la politique mondiale reviennent régulièrement – des données comme celles-ci permettent de ramener le débat à des faits concrets. Sur l’Île de Man, la Franc-maçonnerie semble être une affiliation parmi d’autres, déclarée et encadrée, plutôt qu’un réseau de pouvoir dominant.

En comparaison, des études historiques montrent que la Franc-maçonnerie a joué un rôle plus marqué dans d’autres contextes. Par exemple, au XVIIIe siècle, des Loges maçonniques en France et en Grande-Bretagne ont été des foyers d’idées révolutionnaires, influençant des figures comme Voltaire ou Benjamin Franklin. Aujourd’hui, son influence est souvent perçue comme plus symbolique que réelle, surtout dans des démocraties transparentes où les affiliations doivent être déclarées.

Une lumière bienvenue sur un sujet opaque

La révélation du greffier de Tynwald, obtenue grâce à la loi FOI, apporte une clarté bienvenue sur la présence des francs-maçons dans les hautes sphères politiques de l’Île de Man. Avec seulement trois membres identifiés depuis 2011 – Juan Watterson, Geoff Corkish et Leonard Singer –, tous ayant déclaré leur appartenance, cette information montre que la Franc-maçonnerie, bien que présente, n’est ni omniprésente ni cachée. Elle souligne également l’importance de la transparence dans une démocratie, permettant aux citoyens de mieux comprendre les affiliations de leurs représentants.

Dans un monde où les secrets alimentent les soupçons, cette transparence est un pas vers la confiance. Elle rappelle que la Franc-maçonnerie, souvent auréolée de mystère, peut aussi être une simple appartenance, déclarée et assumée, dans une société qui valorise l’ouverture et la responsabilité. Pour les habitants de l’Île de Man, cette révélation est une occasion de réfléchir à la place des traditions dans la politique moderne – et de célébrer la lumière que la loi FOI peut apporter, même sur les sujets les plus énigmatiques.

ARGINY : L’histoire secrète de l’Ordre du Temple (2/4)

Lire l’épisode 1 de la semaine dernière

L’histoire secrète de l’Ordre du Temple

Les « S » barrés et le « Grand Archet ».

A la page 12 du livre de Jacques Breyer, « Le Grand Archet et le Serpent de Feu », Albert Champeau indique que lors d’un entretien avec Daniel Réju, journaliste et historien, Jacques Breyer confiera que « […] les barons Jacques et Luc de Camus (Charles Joseph Luc de Camus), tous deux seigneurs initiés de la Renaissance et formés à l’ésotérisme Templier, et par conséquent Tenants de la Force, seraient les principaux auteurs des graffitis alchimiques retrouvés à l’intérieur des salles du château d’Arginy et sur le blason de la porte d’entrée ». C’est certes une information très digne d’intérêt, mais nous aimerions savoir comment elle est parvenue aux « oreilles » de Jacques Breyer, qui va plus loin encore puisque « […] les armes héraldiques qui apparaissent sur les murs du château représentent donc des « Armes d’Achille » d’Initiés, la preuve de leurs « Ebats » (séances de Haute-Magie ?) avec l’Occulte et laissées comme Identification du lieu, mais aussi comme transmission de leurs secrets par héritage, entre Initiés ». Jacques Breyer était en effet convaincu, qu’à la Renaissance, Arginy était un Haut-Lieu habité par des « initiés » héritiers des Templiers qui pratiquaient des rituels de Haute-Magie.

Un examen général des armoiries sculptées du château d’Arginy, bien que fort dégradées à certains endroits, permet d’en identifier les principaux éléments. Au-dessus de l’écu central (Cimier) nous pouvons distinguer les restes très abîmés de ce qui devait être un heaume surmonté d’une étoile à cinq branches dont trois des branches sont encore visibles. De part et d’autre de ce heaume, les lambrequins sont parfaitement conservés et forment quatre boucles liées deux à deux. Partant des lambrequins et entourant l’écu, on distingue les restes sauvagement martelés d’une reproduction du collier de l’ordre de Saint Michel dont on devine deux coquilles. Le collier originel (du poids de deux cents écus d’or) est composé de Coquilles enlacées l’une avec l’autre d’un double lacs, assises sur chaînettes ou mailles d’or, au milieu duquel pendant sur la poitrine, l’Image de Saint Michel. Rappelons brièvement que l’ordre de Saint-Michel est un ordre de chevalerie fondé à Amboise par Louis XI (1423-1483) le 1er août 1469. Le siège de l’ordre était établi dans la grande salle de l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Sa devise est « Immensi tremor oceani » (« la crainte de l’immense océan »), ce qui fait référence à l’image de Saint-Michel regardant la mer depuis le sommet de son île. Dirigé par le roi de France, les chevaliers de l’ordre était au nombre de 36. Ils prenaient l’habitude d’entourer leurs armoiries du collier de l’ordre, et c’est la raison pour laquelle on trouve de nombreuses représentations de ce collier dans des manuscrits et des monuments datant du XVIIe siècle. De tout ce qui précède, nous pouvons tirer la conclusion que la porte d’entrée du château et les armoiries datent au moins de la fin du XVe siècle et plus probablement du début du XVIe siècle, ou encore du début du siècle suivant (« 1626 » exactement selon des études archéologiques récentes). Mais les éléments les plus intrigants de ces armoiries se trouvent sous l’écu et sont sculptés de part et d’autre de ce qui devaient être une représentation de Saint-Michel terrassant le dragon.

Ci-dessus : Armoiries situées au-dessus de la porte d’entrée du château d’Arginy et fortement dégradées lors de la période révolutionnaire. Il ne reste pratiquement rien de l’écu écartelé (forme : « France ancien ») situé dans la partie centrale des armoiries (photo, Daniel Robin, février 2024).
Ci-dessus : A gauche, armoiries de Messire Jean de Rohan, seigneur de Montauban (branche de Rohan-Montauban), chevalier de l’ordre de Saint-Michel, nommé amiral de France l’an 1478 (source : Recueil des armoiries de tous les amiraux de France, par le sieur de VALLES, ms.fr. 2767, Bibliothèque Nationale de France (gallica.bnf.fr). Dans ces armoiries figure le collier de l’ordre de Saint-Michel avec les coquilles et le médaillon montrant Saint-Michel terrassant le Dragon. A droite, armoiries de Henry troisième, Roi de France et de Pologne. Dans ces armoiries figurent le collier de l’ordre de Saint-Michel (collier intérieur) associé au collier de l’ordre du Saint-Esprit (collier extérieur). Dans les armoiries sculptées du château d’Arginy, nous pouvons distinguer, partant des lambrequins et entourant l’écu, les restes sauvagement martelés d’une reproduction du collier de l’ordre de Saint Michel dont on devine deux coquilles.
Ci-dessus : Agrandissement de la partie inférieure des armoiries du château d’Arginy montrant les 7 « S » barrés (photo, Daniel Robin, février 2024).
Ci-dessus : Agrandissement d’un des 8 « S » barrés (le n°7 dans la photo précédente) figurant dans la partie droite des armoiries du château d’Arginy (photo, Daniel Robin, février 2024).

Un agrandissement de la photo des armoiries prise en février 2024 à Arginy, me permit de voir ce qui est généralement désigné comme étant des « S » barrés. En ce qui me concerne je ne vois que 7 « S » barrés alors que Jacques Breyer en voyait 8, ce qui me semble plus proche de la vérité : 4 « S » répartis de part et d’autre de Saint-Michel terrassant le dragon. Etrange figure en effet qui pose une double question : quelle est la signification de ce symbole, et pourquoi figure-t-il dans les armories du château d’Arginy ? La réponse n’est pas aisée.

Puisqu’il est dit, depuis l’époque de Jacques Breyer, que les armoiries figurées au-dessus de la porte du château d’Arginy contiennent des symboles alchimiques, j’ai cherché les équivalents alchimiques du « S » barré. J’ai trouvé deux symboles alchimiques qui correspondent à cette forme :

.1) Le Sang-Dragon (Sang du Dragon). Le Sang-Dragon (sanguis draconis) est une substance résineuse rougeâtre produite par diverses espèces végétales, utilisée depuis l’Antiquité gréco-romaine comme matière médicale et comme substance colorante. Le sang, de couleur rouge, a toujours été associé au feu. C’est un feu liquide.

.2) Le Sel des Pèlerins.

Si le « Sel des Pèlerins » ne semble par occuper une place importante dans la réalisation du Grand Œuvre alchimique, en revanche, le « Sang-Dragon » et son symbolisme, mérite toute notre attention. Dans le contexte des armoiries du château d’Arginy, le « Sang-Dragon » nous interpelle puisque les « S » barrés se trouvent justement situés de part et d’autre de la figure de Saint-Michel terrassant…, le dragon (!). A partir de ce constat, osons une interprétation : le « S » pourrait donc signifier la forme du dragon faite de deux courbes, et la « barre » (verticale ou oblique) serait la lance de Saint-Michel le terrassant. C’est une interprétation qui me semble relativement satisfaisante mais qui n’est sans doute pas la seule.

Rappelons à ce propos que l’Archange Saint-Michel, célébré le 29 Septembre, soit quelques jours à peine après l’équinoxe d’Automne, dans le signe zodiacal de la Balance, est le saint Patron de la Chevalerie ayant pour attributs l’épée et la Balance de Justice servant à la « pesée des âmes ». Saint-Michel est qualifié de « Maître de la Foudre », « Maître de la Rosée » (de rosis : force et vigueur), ce qui signifie qu’il est Maître de l’Alchimie et de la Pierre Philosophale. Ainsi, Saint-Michel nous invite à emprunter la Voie de régénération – Alchimique et spirituelle – par la maîtrise du Dragon et la délivrance de l’embryon d’immortalité (Luz) qui est en nous et qui est emprisonné dans la matière. Notons aussi que le Dragon a de tous temps été associé aux « trésors », et il en est d’ailleurs le gardien (le « Gardien du seuil »). Hors nous savons qu’Arginy a toujours été considéré comme le lieu où serait caché le trésor matériel (et sans doute aussi spirituel) de l’Ordre du Temple. Trésor apparemment bien gardé par le « Dragon » du lieu car il ne semble pas avoir été découvert malgré des fouilles intensives, du moins à notre connaissance.

Par ailleurs, nous avons découvert que sur l’un des médaillons ou bas-reliefs quadrilobés du portail Sud (côté Nord) de la primatiale Saint-Jean-Baptiste-et-Saint-Étienne (dite aussi, plus simplement, « cathédrale Saint-Jean ») est représenté un dragon ayant la forme d’un « S » dont le corps est transpercé par une lance portée par un Centaure. Notons que les trois portails de la primatiale sont « décorés » par 320 médaillons d’une très grande richesse et dont la signification, pour la plupart, reste encore mystérieuse. Nous savons cependant que ces représentations énigmatiques témoignent de connaissances alchimiques dont la clef de compréhension a été perdue aujourd’hui, sauf peut-être pour les « initiés »…, les vrais (appelés Adeptes). Nous avons tous entendu parlé du fameux livre de l’Adepte Fulcanelli, « Le Mystère des cathédrales », publié en 1926, qui décrypte le sens alchimique des grandes cathédrales de France et qui fait autorité dans ce domaine. Il est évident que la cathédrale Saint-Jean de Lyon ne fait pas exception, et que nombre de ses bas-reliefs ont une signification alchimique.

Lien vers les bas-reliefs quadrilobés, du portail Sud (côté Nord) de la primatiale Saint-Jean-Baptiste-et-Saint-Étienne à Lyon : https://quadrilobes.fr/portail-sud/

Ci-dessus : Bas-reliefs quadrilobés du portail Sud (côté Nord) de la primatiale Saint-Jean-Baptiste-et-Saint-Étienne montrant un dragon ayant la forme d’un « S » dont le corps est transpercé par une lance portée par un Centaure.
Ci-dessus : Représentation d’un Centaure similaire à celui du bas-reliefs quadrilobés du portail Sud (côté Nord) de la primatiale Saint-Jean-Baptiste-et-Saint-Étienne (illustration ci-dessus).

Nous avons aussi découvert un autre élément qui plaide en faveur de la signification alchimique des « S » barrés qui sont figurés sur les armoiries des seigneurs d’Arginy. Il se trouve, en effet, que le château de Cenevière dans le Quercy (département du Lot), abrite un laboratoire d’Alchimie et que sur le tracé sensé correspondre au « manteau » de la cheminée de ce laboratoire, sont représentés des « S » barrés (voir illustrations). Il est facile de constater que les « S » barrés du château de Cenevière sont exactement les mêmes que ceux qui figurent au-dessus de l’une des entrées du château d’Arginy. Sur les murs du laboratoire ont été peintes des scènes sur le thème des Métamorphoses d’Ovide.

Remarquons aussi que les « S » barrés de la cheminée de ce laboratoire alchimique sont accompagnés d’un symbole qui ressemble au symbole de l’alambic que nous examinons dans le chapitre suivant.

Sites Internet concernant le château de Cenevière :
https://www.chateau-cenevieres.com/
https://www.liber-mirabilis.com/l-alchimie-du-chateau-de-cenevieres-f1041143.html

Ci-dessus : Les « S » barrés tracés sur le « manteau » de la cheminée du laboratoire alchimique du château de Cenevière. Ces « S » barrés sont les mêmes que ceux qui sont figurés sur les armoiries des seigneurs d’Arginy.
Ci-dessus : En haut, le symbole du Sang-Dragon (Sang du Dragon). En bas, le symbole du Sel des Pèlerins. Dans ces deux symboles nous retrouvons un « S » traversé par une « barre » verticale.
Ci-dessus : IllustratIon extraite du livre de Jacques Breyer intitulé « Le Grand Archet et le Serpent de Feu », page 71. Nous y retrouvons les 8 « S » barrés, le symbole de l’alambic à gauche, et les deux « ΦΦ » à droite. Pour Breyer, les 8 « S » barrés sont les « Liens Angéliques Suprêmes qui ont été captés et conciliés au cours d’Opérations Occultes à la Renaissance mettant en meu (en mouvement) les Puissances Cosmiques d’un Octogone Marqué, construit à partir de briques rouges de l’époque du Christ ».

Dans son « Grand Archet et le Serpent de Feu », Jacques Breyer nous donne une autre interprétation (et même plusieurs interprétations) du « S » barré qu’il appelle le « Grand Archet ». Rappelons, et ce n’est pas inutile, qu’un archet est une baguette de bois sur laquelle est fixée une mèche en crin de cheval. Nommé ainsi pour sa ressemblance avec un arc, il sert à faire vibrer les cordes d’un instrument de musique (un violon par exemple). Au début de l’ouvrage de Breyer, Albert Champeau prévient le lecteur que : « Paradoxalement, et malgré l’évidence visuelle, ce signe (le « S » barré) n’est pas un « S » barré », et que « L’intérêt occulte véhiculé par ce symbole est réservé aux Alchimistes Couronnés et aux Cherchants Méritants » (page 8). Selon Breyer/Champeau, ce Signe Antique (Champeau met des majuscules partout), gravé sur le blason de la porte d’entrée du château d’Arginy, aurait été laissé aux générations futures par les Seigneurs Initiés de la Renaissance et serait une sorte de marqueur du lieu, qui ne peut être qu’un « Haut-Lieu » prédestiné selon l’auteur. En outre, ce signe serait un très grand Pentacle pour Appeler les Puissances lors de pratiques théurgiques, pour celui qui « oserait » les convoquer (page 24). Pour Breyer/Champeau, « Le Grand Archet synthétise l’Arche d’Alliance. C’est une Clé Universelle de Circulations des Fluides, la Liaison Alchimique, par le trait – c’est-à-dire, par la Voie du Causal – entre les + de chaque Royaume » (page 36). Comprenne qui pourra… Plus loin (page 55), nous retrouvons les explications sibyllines – pour ne pas dire « obscures » – de notre couple Breyer/Champeau : « Appliqué à la Coquille du Pèlerin, le Grand Archet indique que, durant l’incarnation, le « Soufre-Pèlerin » tient, en-Haut, une Part de lui-même, son Double, son Ange Gardien, sorte d’Arc ou Arche d’Alliance avec ce « Personnage-Lumière ». Nous apprenons aussi que : « Appliqué à l’Arcane des Véhiculations, le Cheminement du « Soufre-Pèlerin » connaît régulièrement le « Couteau du Juge » qui l’oblige à Avancer dans son Pèlerinage, de Point en Point, de Fissions en Fusions par Retour filtré vers l’Unique, avec Retour en-Bas, dans la Réincarnation, sur un octave supérieur ; le + du Haut du Substratum, réapparaissant dans l’incarnation, dans un octave supérieur en bas » (page 55).

De ce langage abscons, il ressort que notre pauvre « Soufre-Pèlerin », c’est-à-dire notre Ego et notre Personnalité, semble cheminer de royaumes en royaumes, de fissions en fusions, pour tenter de se rapprocher, après toutes ces épreuves, de l’Unique.

Ci-dessus : Deux illustrations provenant du livre de Jacques Breyer intitulé « Le Grand Archet et le Serpent de Feu ». A gauche (page 37 du livre), la légende de l’illustration est : « Liaison par Affinité entre deux Royaumes ». Sous la figure de droite (page 68 du livre), la légende est : « Opération Sabbatique par Voie Angélique, entre Jacques Breyer et le Moyen-Age – « Terre-Omega » (page 178).

Le symbole du « S » barré nous fait aussi penser au fameux « Sceau de Cagliostro » montrant un serpent dressé qui est transpercé de haut en bas par une flèche et tenant dans sa gueule une pomme. La référence à la Genèse et au serpent d’airain qui est mentionné dans le Livre des Nombres et dans l’Evangile de Jean (Nombres 21,8 et Jean 3,14), est évidente. Selon certains auteurs, le serpent et la flèche seraient les deux lettres, « S » et « I », qui signifieraient : « Supérieur Inconnu ». Ce sceau aurait été donné à Cagliostro lors de son passage dans la ville de Nuremberg par un personnage mystérieux qui aurait pu être, selon certains auteurs, un authentique Rose+Croix. Le rapprochement entre le « Sceau de Cagliostro » et le caducée hermétique s’impose car nous y trouvons les deux mêmes éléments symboliques de base : un serpent s’enroule autour d’un axe représenté par la flèche. Le serpent tient dans sa gueule une pomme ce qui signifie qu’il est détenteur de la Connaissance. Le fait qu’il soit transpercé indique clairement que c’est un « serpent crucifié » qui nous rappelle les passages de la Bible où il est question du serpent d’airain.

Il y aurait beaucoup à dire sur le personnage fascinant de Cagliostro, mais cela mériterait, au moins, un volume entier. Voici, cependant, ce que nous révèle l’écrivain et essayiste Jean Robin dans son livre, H.P. Lovecraft et le secret des adorateurs du serpent 4 : « Le sceau de Cagliostro, en qui nous avons reconnu un agent des gnostiques ophites ou séthiens, les vrais « Soixante-Douze » Adorateurs du Serpent, est à cet égard très parlant : un serpent qui tient dans sa gueule la pomme de l’Arbre de Vie, est dessiné en forme de « S » et transpercé par le milieu, d’une flèche qui, en réunissant sa tête et sa queue, résout par la même la dualité du bien et du mal, de la vie et de la mort. Symbole par ailleurs fort proche du serpent sur les représentations d’Abraxas. » Pour Jean Robin, Cagliostro aurait été un initié de haut rang, membre du cénacle des Supérieurs Inconnus (SI), chargé d’une mission spéciale auprès des élites de l’époque qui étaient responsables des destinées de l’Europe au XVIIIe siècle. Siècle particulièrement troublé comme nous le savons, pendant lequel se produisirent des événements dramatiques et d’immenses bouleversement sur tous les plans, qui allaient ouvrir la voie à l’émergence de notre monde moderne marqué par l’occultation complète de la Tradition Primordiale.

Dans le livre de Jacques Breyer (« Le Grand Archet et le Serpent de Feu »), tout un chapitre est consacré au « Message héraldique de Grand Initiés » et au Grand Archet de Cagliostro (page 81). L’auteur ne manque pas de signaler la ressemblance troublante entre le « Sceau du Secret » de Cagliostro et les « S » barrés d’Arginy et laisse entendre qu’ils sont la « marque » des Grands Initiés, Thaumaturges et Alchimistes (Alchimie interne) confirmés.

Pour être complet, nous pouvons aussi établir un rapprochement entre le « S » barré et le symbole hermétique du caducée qui est omniprésent dans les traités d’Alchimie. Dans le symbole du caducée chacun des serpents représente le mercure philosophique et le soufre philosophique, réunis au moyen du sel philosophique qui est la baguette centrale. Ce sont les véritables clés permettant d’obtenir la Médecine universelle, l’Or potable, sensée pouvoir guérir toute maladie humaine et la vieillesse.

Ci-dessus : A gauche, le Sceau de Cagliostro montrant un serpent dressé qui est transpercé de haut en bas par une flèche et tenant dans sa gueule une pomme. La référence à la Genèse et au serpent d’airain (figure de droite) que nous trouvons dans le « Livre des Nombres » et dans « l’Evangile de Jean » (Nombres 21,8 et Jean 3,14), est évidente. Selon certains auteurs, le serpent et la flèche seraient les deux lettres, « S » et « I », qui signifieraient : Supérieur Inconnu. Dans les anciennes traditions spirituelles de l’humanité, le symbole du serpent étant toujours lié à la Connaissance et à la Gnose, il était donc aussi rattaché au processus initiatique. Originellement, le serpent est l’antique initiateur, le Verbe, c’est-à-dire celui qui permet d’accéder à la connaissance salvatrice.

Notes

Note 4 : Jean Robin, H.P. Lovecraft et le secret des adorateurs du serpent, Editions Guy Trédaniel, 2017.

Daniel Robin

Ecrire à l’auteur :
rencontres.sciences.inexplique@gmail.com

Découvrir la suite…

Le lotus et la boue en Loge : une parabole maçonnique pour embrasser l’imperfection

Dans l’univers symbolique de la Franc-maçonnerie, où chaque outil, chaque geste et chaque rituel porte une signification profonde, la parabole bouddhiste du lotus et de la boue trouve un écho particulièrement riche. « Un lotus pousse toujours dans une eau boueuse ; si vous tentez de retirer la boue pour y mettre une eau claire, vous tuez le lotus. » Cette métaphore, venue des traditions orientales, illustre avec une simplicité désarmante une vérité universelle : l’imperfection, loin d’être un obstacle, est le terreau de toute croissance.

En Loge, cette parabole s’applique à merveille à la quête initiatique du maçon, où la pierre brute – notre lotus intérieur – doit s’épanouir au cœur de la boue de nos imperfections, de nos ombres, et de celles des autres. Explorons ce parallèle, en plongeant dans sa richesse symbolique et ses implications pour le travail maçonnique.

La parabole du lotus : une leçon d’harmonie dans l’imperfection

érotisme ésotérique
Lotus

Dans le bouddhisme, le lotus est un symbole puissant de pureté, de renaissance et d’illumination. Sa particularité est de s’élever, immaculé, au-dessus d’une eau boueuse, ses pétales d’une blancheur éclatante contrastant avec la vase trouble qui le nourrit. Cette image, souvent associée au Bouddha lui-même, qui s’élève au-dessus des souffrances du samsara, enseigne une vérité essentielle : la beauté et la perfection ne naissent pas d’un environnement idéal, mais d’une acceptation profonde de l’imperfection. Comme le dit la parabole, tenter de « nettoyer » la boue pour la remplacer par une eau limpide tue le lotus, car c’est précisément cette boue – riche en nutriments – qui lui permet de vivre et de s’épanouir.

Lumière

Cette leçon trouve un écho direct dans la quête spirituelle : attendre des conditions parfaites pour atteindre le bonheur ou l’illumination est une illusion. Le chemin, au contraire, consiste à apprendre à être heureux ici et maintenant, au milieu de la boue de nos défauts, de nos doutes, et des imperfections du monde qui nous entoure. Le lotus ne rejette pas la boue ; il la transforme en une force vitale, s’en servant pour s’élever vers la lumière. Cette idée résonne avec la notion jungienne de la part d’ombre, popularisée par le psychologue Carl Jung : nos défauts, nos failles, nos pulsions refoulées ne doivent pas être niés, mais intégrés. Accepter cette ombre, c’est le premier pas pour l’éclairer et devenir, peu à peu, un être de lumière.

La pierre brute : le lotus maçonnique

En Franc-maçonnerie, la parabole du lotus et de la boue s’applique avec une précision saisissante à la symbolique de la pierre brute. Lorsqu’un profane est initié, il devient Apprenti et reçoit cette pierre brute comme métaphore de son être imparfait, chargé d’aspérités – orgueil, ignorance, passions. Le travail maçonnique consiste à polir cette pierre, non pas pour la rendre parfaite dans un sens absolu, mais pour en faire une pierre cubique, une forme harmonieuse qui s’intègre à l’édifice collectif. Ce processus n’est pas une quête de pureté absolue : il est un cheminement patient vers l’équilibre, où la boue de nos imperfections devient le matériau même de notre transformation.

La Loge, en tant qu’espace sacré, est elle-même un marécage fertile. Chaque Frère, chaque Sœur, apporte sa propre boue : ses défauts, ses préjugés, ses luttes intérieures. On pourrait être tenté de vouloir « nettoyer » cet écosystème – corriger les autres, imposer des standards de perfection, ou rejeter ceux qui ne semblent pas assez « éclairés ». Mais comme dans la parabole, une telle démarche serait fatale. Une Loge faite uniquement de lotus immaculés, sans la richesse de la boue, perdrait son équilibre. Ce sont précisément les imperfections des Frères et des Sœurs – leurs débats, leurs différences, leurs erreurs – qui nourrissent la dynamique collective, permettant à chacun de grandir à travers la confrontation et la fraternité.

L’écueil de la perfection illusoire

Nobody is Perfect
Nobody is Perfect – Perfection

Un piège guette pourtant le maçon : croire qu’il doit attendre d’être parfait, ou que sa Loge le soit, pour avancer. Cette illusion, souvent nourrie par l’ego, conduit à une double erreur. D’abord, vouloir changer les autres Frères et Sœurs pour rendre la Loge « plus pure » est une entreprise vaine. Un Frère pourrait, par exemple, critiquer un autre pour son manque de rigueur dans l’étude des symboles, ou une Sœur pourrait juger une tenue trop désordonnée, espérant ainsi « nettoyer la boue ». Mais cette démarche est contraire à l’esprit maçonnique : la Loge n’est pas un tribunal, mais un atelier où chacun travaille sur sa propre pierre, non sur celle des autres. Comme le souligne le rituel du grade d’Apprenti, le maçon doit d’abord « se connaître lui-même » avant de prétendre transformer autrui.

Ensuite, vouloir éliminer sa propre boue – ses défauts, ses ombres – pour devenir un « soleil » parfait est tout aussi illusoire. La Franc-maçonnerie n’aspire pas à faire des saints, mais des êtres conscients, capables d’accepter leur humanité tout en travaillant à s’améliorer. La boue, dans ce sens, n’est pas un ennemi : elle est une alliée. Les doutes d’un Apprenti, les colères d’un Compagnon, les erreurs d’un Maître sont autant de nutriments qui, bien intégrés, permettent à la pierre brute de s’élever. Le maçon qui rejette sa boue risque de se couper de sa propre humanité, et donc de sa capacité à progresser.

La Loge comme écosystème : l’harmonie des contraires

La Loge maçonnique, à l’image de l’étang boueux où pousse le lotus, est un écosystème où les contraires cohabitent pour créer l’harmonie. Les Frères et Sœurs ne sont pas tous des lotus éclatants : certains sont encore des bourgeons, d’autres des tiges fragiles, d’autres encore des fleurs épanouies. Mais tous partagent la même boue – les défis humains, les divergences d’opinions, les tensions inévitables d’une communauté. C’est cette diversité qui fait la force de la Loge. Une Loge homogène, où chacun serait un modèle de perfection, s’effondrerait rapidement : sans friction, pas de progrès ; sans ombre, pas de lumière.

Les rituels maçonniques eux-mêmes incarnent cette coexistence des opposés. Le pavé mosaïque, avec ses carreaux noirs et blancs, symbolise la dualité – lumière et ténèbres, bien et mal, perfection et imperfection. Le maçon apprend à marcher sur ce pavé, à trouver l’équilibre entre ces polarités. De même, la chaîne d’union, formée à la fin de chaque tenue, réunit des mains différentes – celles d’un Apprenti timide, d’un Compagnon passionné, d’un Maître sage ou parfois orgueilleux. Cette chaîne n’exige pas que chacun soit parfait : elle demande simplement que chacun soit là, avec sa boue et son lotus, pour tisser un lien fraternel.

Une leçon d’acceptation et de transformation

La parabole du lotus et de la boue enseigne au maçon une leçon essentielle : aimer sa pierre brute telle qu’elle est, car c’est elle, et elle seule, qui peut devenir cubique. Cette acceptation n’est pas une résignation : elle est une reconnaissance que la boue – nos défauts, nos luttes – est le terreau de notre croissance. Le maçon qui refuse sa boue, ou celle de sa Loge, se prive de la richesse qui permet à son lotus de s’épanouir. Comme dans la tradition bouddhiste, où le lotus transforme la vase en beauté, le maçon transforme ses ombres en lumière par un travail patient et conscient.

Ce travail passe par plusieurs étapes clés en Loge :

  • L’introspection : Le cabinet de réflexion, première étape de l’initiation, confronte le profane à sa propre boue – ses peurs, ses vanités, ses illusions. En écrivant son testament philosophique, il apprend à regarder ses ombres sans les rejeter.
  • L’écoute : L’Apprenti, tenu au silence, découvre que sa boue n’est pas si différente de celle des autres. En écoutant les travaux de ses Frères et Sœurs, il comprend que chacun lutte avec ses propres aspérités.
  • Le polissage : Le ciseau et le maillet, outils du maçon, ne servent pas à détruire la pierre brute, mais à la façonner. Chaque défaut, chaque épreuve, devient une occasion de grandir, de s’élever vers la Lumière.
  • La fraternité : En acceptant la boue des autres – leurs erreurs, leurs faiblesses – le maçon apprend à aimer sa Loge comme un tout, un écosystème où chaque élément a sa place.

Une résonance universelle et contemporaine

Livre d'herboristerie sur une table
Livre d’herboristerie sur une table

Ce parallèle entre le lotus et la pierre brute trouve des échos dans d’autres traditions spirituelles. Dans le taoïsme, le concept de yin et yang illustre une idée similaire : le sombre et le lumineux s’entrelacent pour créer l’harmonie. En alchimie, discipline souvent associée à la maçonnerie, le processus de transformation du plomb en or repose sur l’acceptation du matériau brut – la boue – comme point de départ. Même dans la psychologie moderne, l’idée d’intégrer sa part d’ombre, popularisée par Carl Jung, fait écho à cette sagesse ancienne : nier ses défauts, c’est se condamner à stagner ; les accepter, c’est ouvrir la voie à la lumière.

En 2025, cette leçon est plus pertinente que jamais. Dans un monde obsédé par la perfection – filtres Instagram, carrières idéales, vies « sans défauts » – la Loge maçonnique offre un contrepoint précieux. Elle rappelle que la vraie beauté, comme celle du lotus, naît de l’imperfection. Les jeunes maçons, souvent en quête de sens face à un monde matérialiste, trouvent dans cette parabole une réponse apaisante : il n’est pas nécessaire d’être parfait pour être heureux, ni d’attendre une Loge idéale pour progresser. La boue – les tensions en Loge, les divergences, les erreurs – est un cadeau, car elle nourrit le lotus de chacun.

S’élever sans renier

cins poits parfaits, assomption, nouveau maître, resurrection

La parabole du lotus et de la boue invite le maçon à un changement de regard. La boue n’est pas une tache à effacer, mais un sol fertile. La pierre brute n’est pas un fardeau, mais un lotus en devenir. En Loge, vouloir « nettoyer » les autres ou soi-même est une illusion qui brise l’écosystème fraternel. Au contraire, en acceptant sa boue et celle des autres, le maçon apprend à s’élever, non pas en rejetant ses ombres, mais en les transformant en lumière.

Comme le lotus qui s’élève au-dessus de l’étang boueux, le maçon, par son travail patient, s’élève au-dessus de ses imperfections. La Loge, avec sa boue et ses lotus, devient alors le miroir de cette quête : un espace où l’imperfection n’est pas un défaut, mais une promesse – celle d’une harmonie plus profonde, d’une lumière plus vraie. Que chaque Frère, chaque Sœur, se souvienne : c’est dans la boue que le lotus s’épanouit, et c’est dans nos ombres que nous trouvons la Lumière.

Comprendre, c’est embrasser !

4

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Si la Franc-maçonnerie ne recèle pas de grand secret (sinon, il y a beau temps que tout le monde le saurait), il y a, du moins, une arme secrète dont on aimerait qu’elle dotât ses adeptes : une arme qui transperce et dissolve tous les faux-semblants, toutes les illusions, toutes les tromperies, tous les mensonges dont nous nous parons ou nous abreuvons en permanence.

Or il ne suffit pas de le prendre de haut, d’adopter des airs entendus pour échapper à ces malédictions qui frappent la pensée et le comportement. Parfois même, il faut bien le dire, l’hypocrisie devient chez certains une doublure si épaisse qu’ils s’y confondent. Il suffit, pour cela, de se croire un destin et de devoir, par exemple, réclamer les suffrages de ses semblables. Que dis-je : ses semblables ? C’est le plus souvent, alors, sous ce jour qu’on doit leur apparaître et ce d’autant plus qu’on se sent hors du lot et que l’on veut s’y maintenir.

Que ce soit dans la vie maçonnique ou, plus généralement, sociale, on croise inévitablement de ces avantageux personnages, tout cousus en dessous, surtout qu’ils ne ménagent pas leurs efforts pour se faire connaître. C’est, d’ailleurs, un signe qui devrait alerter. Laissons-les à leurs petites affaires qui n’ont de glorieuse que leur insignifiance et revenons à la question centrale. De quoi doit-on se dépouiller et à quoi doit-on accéder ? Se dépouiller des vanités et des faussetés qui voilent obscurément la connaissance exacte et profonde de la réalité, celle-là même que nous cherchons à atteindre.

C’est un travail concomitant et indéfini qui nécessite mesure, patience et entraînement. La franc-maçonnerie met des outils à disposition. Il faut s’exercer constamment, à peine de mélanger les genres et de reculer en crabe. Tant de préjugés nous encombrent. On conserve souvent des convictions qui se sont taries avec le temps ou que le temps a consolidées, alors qu’elles n’ont jamais été assurées sur des bases solides. Nous avons dressé autour de nous des parapets de peurs… de peur d’être envahis par toutes sortes de menaces que nous identifions plus ou moins sommairement. Or rares sont les situations où nous soyons en danger : le risque est le plus souvent un petit vertige de conscience qui nous fait trembler. Un imaginaire un  peu paranoïaque nous protège.

L’initiation dit autre chose : faire confiance à la réalité, la laisser venir à soi ; il sera toujours temps d’y réagir en la connaissant mieux. Le regard n’est pas pour autant complaisant. Les rayons et les ombres prennent place, tout en se redessinant. Seules ont disparu nos croyances aux ressorts ancestraux ou épidermiques. On ne se détache pas des valeurs essentielles, même si on les aménage. On s’efforce simplement de les servir du mieux possible, les yeux ouverts avec acuité et non écarquillés au point de s’aveugler, en n’étant obsédé que par un angle. La science est notre alliée. Voir par la raison et l’expérience est un atout majeur. Mais la sensibilité aussi. Voir avec le cœur livre sur le monde une vision circulaire, circulante, circulatoire au sens où elle reboucle partout où c’est utile. Le cœur et la raison ? Une synthèse qui est souvent une gageure dans l’action. C’est le chemin de crête et parfois le chemin de croix de l’initié.

Comprendre, c’est prendre avec soi, c’est englober, c’est saisir ensemble, c’est embrasser !

Le Dieu de la Bible, le pote ultime de l’humanité ?

Les contrats divins : des abonnements célestes pas comme les autres revus par l’humour.

Dans les pages de la Bible, une alliance, c’est un peu comme un pacte entre Dieu et les humains, avec des promesses solennelles, des poignées de main cosmiques (ou plutôt des arcs-en-ciel et des couteaux de circoncision), et une mise en garde: « je suis là pour toi, mais ne fais pas n’importe quoi ». Oubliez les contrats d’assurance avec leurs petites lignes vicieuses : ici, c’est du sérieux, du cœur, de la fidélité, et parfois un zeste de drame.

De Caïn le bad boy à Jésus le game-changer, en passant par Jephté qui auraient mieux fait de relire les petites lignes, les alliances bibliques sont un feuilleton épique. Attachez vos sandales, on part pour un tour d’horizon avec des négos musclées, des soumissions pas toujours zen, et des rêves de paix façon Woodstock cosmique !

Caïn : le premier bad boy sous protection divine

Texte star : Genèse 4:15 – « Dieu dit à Caïn : « Si quelqu’un te touche, il prendra cher, fois sept ! » Et bien, il lui colle un tatouage VIP pour que personne ne vienne lui chercher des noises. »

Caïn, c’est le mec qui a tout gâché en jouant les caïds avec son frangin Abel. Résultat : banni, maudit, condamné à errer comme un loup solitaire. Mais attention, Dieu n’est pas du genre à laisser son pote dans la panade totale. Il lui file une sorte de badge d’immunité – un « signe » mystérieux, genre tatouage de gang ou sticker « Protégé par le Boss ». Les rabbins se chamaillent encore : une lettre sacrée ? Un Post-it divin ? Une aura de repenti ? Peu importe, Caïn devient intouchable, façon mafieux sous protection fédérale.

  • Leçon théologique : Même quand t’as merdé grave, Dieu te laisse une chance. Caïn, c’est le premier à tester la version bêta de la miséricorde divine.
  • Vibe culturel : À l’époque, se faire marquer, c’était comme porter un blason Gucci dans le désert – signe de protection ou d’appartenance. Caïn, le pionnier du swag [style] divin ?
  • Coup d’œil juif : Le Midrash imagine que Caïn a eu une seconde chance pour se refaire une réputation. Un relooking extrême, version biblique.
  • Fun fact : Cette alliance solo pose les bases des futurs blockbusters [super productions à succès] collectifs, mais déjà, on sent que Dieu aime les tête-à-tête.

Noé : l’arc-en-ciel, ou comment Dieu passe en mode écolo

Texte star : Genèse 9:8-17 – « Plus jamais de déluge, promis ! Et pour le prouver, voici un arc-en-ciel, cadeau de la maison. »

Après avoir appuyé sur le bouton « reset » de la planète (le déluge, ou comment noyer ses problèmes), Dieu se dit qu’il faut calmer le jeu. Avec Noé, le survivaliste en chef, il signe un contrat open bar pour toute la création – humains, vaches, pigeons, tout le monde est inclus. Pas de clause cachée, pas de « obéissez ou else ». Juste une promesse : plus de tsunami global. Et pour sceller le deal, Dieu sort l’artillerie lourde : un arc-en-ciel, ce filtre Instagram naturel qui crie « paix et amour » après la pluie.

  • Contexte épique : Les voisins mésopotamiens avaient leur propre soap opéra aquatique (L’Épopée de Gilgamesh), mais ici, Dieu va plus loin : il sauve tout le monde, sans abonnement premium.
  • L’arc-en-ciel, c’est quoi ? Un clin d’œil divin qui dit : « Relax, j’ai rangé mon bazooka aquatique. » Les Juifs y voient aussi un mémo pour se tenir à carreau.
  • Leçon théologique : Dieu devient le gardien du cosmos, genre super-héros écolo avec des lois de base pour tous (genre : pas de meurtre, merci).
  • Impact culturel : L’arc-en-ciel, c’est le logo universel de l’espoir. Merci Noé pour ce moment feel-good [bonheur] !

Abraham : le négociateur en chef et la circoncision party

Texte star : Genèse 17:7-14 (la circoncision) ; Genèse 18:20-33 (le marchandage pour Sodome).

Abraham, c’est le patriarche qui a tout compris : pour être dans les petits papiers de Dieu, faut savoir discuter. Dieu lui promet le jackpot – une descendance plus nombreuse qu’un concert de Beyoncé, une terre sympa (Canaan), et un contrat exclusif : « Je serai ton Dieu, et t’es mon VIP. » En échange ? Une petite opération chirurgicale, la circoncision, histoire de marquer le coup (et pas que le moral). Mais Abraham, c’est aussi le mec qui ose négocier avec le Boss pour sauver Sodome : « Et si y a 50 justes ? 45 ? 40 ? Bon, 10, ça passe ? » Un vrai commercial !

  • Circoncision, mode d’emploi :
    • Concept : Un snip-snip [coupe-coupe] au huitième jour pour les garçons, histoire de dire : « On est Team Dieu. » C’est comme un tatouage, mais plus… intime.
    • Contexte : Les Égyptiens le faisaient déjà, mais Abraham en fait un badge spirituel, genre pass VIP pour l’alliance.
  • Négociation, le show :
    • Scénario : Sodome, c’est le Vegas du péché. Abraham tente de sauver la mise en marchandant comme au souk.
    • Moral : Dieu écoute, preuve qu’il aime les débats. Abraham, c’est le premier avocat de l’histoire !
    • Fun fact : Les Juifs adorent ce culot, les chrétiens y voient Jésus en mode intercesseur 2.0.
  • Impact galactique : Abraham, c’est le papa d’Israël, mais aussi du christianisme et de l’islam. Un influenceur avant l’heure.

Sinaï : la Torah, ou comment Dieu devient coach de vie

Texte star : Exode 19:5-6 ; Exode 20 (les Dix Commandements).

Après avoir sorti les Hébreux d’Égypte façon blockbuster hollywoodien, Dieu invite tout le monde au mont Sinaï pour un team building [séminaire] géant. Objectif ? Faire d’Israël une « nation sainte » et un « royaume de prêtres ». Comment ? Avec un guide ultime : la Torah, et son best-seller, le Décalogue. Les Dix Commandements, c’est comme les règles du jeu pour ne pas se faire virer du paradis. Et le bonus ? Le sabbat, une journée off pour binge-watcher [regarder à la suite plusieurs épisodes d’une même série télévisée] la création divine.

  • Le contrat :
    • Ça ressemble à un traité VIP de l’époque, avec Dieu en boss suprême : « Je t’ai libéré, maintenant, suis mes règles. »
    • Commandements divisés en deux : aimer Dieu (pas d’idoles, sabbat obligatoire) et jouer fair-play avec les voisins (pas de vol, pas de drama).
  • Sabbat, la star :
    • Une pause sacrée pour se rappeler que Dieu a créé le monde et libéré les esclaves. Comme un Netflix and chill [regarder le service de streaming en ligne], mais avec plus de spiritualité.
    • Abraham Heschel l’appelle une « cathédrale dans le temps ». Classe, non ?
  • Théo twist : Dieu veut qu’Israël soit « kadosh » (saint, genre VIP cosmique). Pas juste un peuple, une vibe [émotion] éthique.
  • Contexte fun : La Torah, c’est 613 règles pour tout – de la bouffe au business. Les voisins babyloniens avec leur Code d’Hammourabi n’ont qu’à bien se tenir.
  • Héritage : Le judaïsme vit par ces règles, et Jésus les remixe en mode « aimez-vous les uns les autres ».

David : le roi bling-bling avec un trône éternel

Texte star : 2 Samuel 7:12-16.

David, c’est le rockeur d’Israël : il unifie le pays, pose ses valises à Jérusalem, et se fait offrir par Dieu un trône garanti « pour toujours ». Pas de « si » ni de « mais » – même si ses gosses déraillent, la dynastie tiendra. Bonus : un Psaume (108:9) qui célèbre l’unité d’Israël, avec des clins d’œil à Galaad, Éphraïm et Juda, comme une carte Pokémon [jeu de carte conçues spécialement pour les jeux vidéos] des tribus.

  • Contexte rock’n’roll : David met tout le monde d’accord (même les Philistins) et fait de Jérusalem the place to be.
  • Théo cool : Cette promesse est un chèque en blanc pour un Messie, un roi parfait. Juifs et chrétiens s’accordent : ça sent le happy ending.
  • Géo symbolique : Galaad, Éphraïm, Juda… c’est l’utopie d’un Israël uni, façon héros Avengers.
  • Héritage : Cette vibe messianique inspire les révoltes (Maccabées) et même le sionisme. David, t’es partout !

Jephté : le vœu qui part en vrille

Texte star : Juges 11:30-38.

Jephté, c’est le mec qui aurait dû lire les CGU [Conditions Générales d’Utilisation] avant de signer. Chef des Galaadites, il promet à Dieu : « Si tu me fais gagner contre les Ammonites, je sacrifie la première chose qui sort de chez moi. » Banco, il gagne… mais c’est sa fille qui sort en dansant. Aïe. Fidèle à sa parole, Jephté va jusqu’au bout (ou pas, selon les débats). Sympa le pote qui fait payer ses services en livres de chair! Et comme si ça ne suffisait pas, les Éphraïmites viennent lui chercher des noises pour un beef tribal. Drama total.

  • Contexte Game of Thrones : Les Juges, c’est une époque où chaque tribu fait sa loi. Galaad, c’est le Far West d’Israël.
  • Le vœu maudit :
    • Les serments, c’était du sérieux, mais les sacrifices humains ? Gros no-no [ce qui ne se fait pas] dans la Torah. Du coup, certains disent que la fille a juste été mise au couvent. Ouf ?
    • Moralité : attention à ce que tu promets sous pression.
  • Beef avec Éphraïm : Les Éphraïmites jouent les divas, Jephté leur cloue le bec (et pas que). Ça finit en guerre civile, façon Koh-Lanta.
  • Théo twist : Jephté, c’est la preuve que trop d’ambition pour la puissance, ça craint pour soi et surtout pour les peuples. Une leçon d’actualité en mode tragicomédie.
  • Côté culture : La fille de Jephté a son propre festival de larmes dans la tradition juive. Poignant.

Esdras : le rédacteur de la Torah et le Décalogue

Texte star : Le Décalogue, remixé par Esdras.

Après l’exil à Babylone, Esdras, le scribe ultra-nerd, remet les pendules à l’heure : la Torah, c’est LA règle du jeu. Il veut un judaïsme pur et dur, avec Dieu comme PDG et le roi comme stagiaire. Le Décalogue ? Un top 10 des priorités : aimer Dieu, chérir la famille, et ne pas pourrir la vie des autres. Simple, mais efficace.

  • Contexte historique : Esdras joue les coachs pour un peuple qui sort d’un bad trip [mauvais voyage] babylonien. Il impose des règles strictes (genre, exit les mariages mixtes).
  • Décalogue décrypté :
    • Dieu : Pas d’idoles, sabbat obligatoire, on reste focus.
    • Famille : Respecte papa-maman, pas de drama conjugal.
    • Humanité : Pas de meurtre, de vol, ni d’esclavage (le vol d’humains, c’est le pire).
  • Théo vibe : Dieu, c’est le libérateur cool, pas un tyran cosmique. André Néher, un penseur, adore cette relation dynamique.
  • Spinoza, le rebelle : Le philosophe balance que l’alliance, c’est plus éthique que magique. Résultat ? Excommunié en 1656. Oups, on ne discute pas avec l’orthodoxie, ce qui illustre les tensions entre la théocratie rigide et les questionnements philosophiques modernes.!
  • Héritage : Esdras pose les bases du judaïsme moderne, mais son côté strict fait débat.

La Nouvelle Alliance : Jésus change la donne

Texte star : Jérémie 31:31-34 ; Luc 22:20.

Jérémie avait teasé [accroche publicitaire plus ou moins énigmatique] un gros update [mise à jour] : une alliance où la Loi s’écrit dans les cœurs, pas sur des tablettes. Jésus arrive et il scelle le deal avec du pain, du vin et un sacrifice ultime. Résultat ? Tout le monde est invité – Juifs, Grecs, Romains, hipsters. La Nouvelle Alliance, c’est l’abonnement premium pour l’éternité.

  • Prophétie mode on : Jérémie promet un reboot spirituel, Ézéchiel ajoute un « cœur neuf ». Hype maximum.
  • Jésus en action : Il lie son sacrifice à la Pâque, ressuscite, et bim [Building Information Modeling, nouvelle méthode], game over [fin de partie] pour le péché.
  • Théo twist : Finis les signes extérieurs (sabbat, circoncision). Maintenant, c’est l’Esprit qui bosse de l’intérieur.
  • Impact mondial : Le christianisme explose, mais les Juifs rappellent que leur alliance sinaïtique n’a pas pris sa retraite.
  • Paix cosmique : Shalom, c’est le rêve d’un monde sans drama, prophétisé par Isaïe et remixé dans Apocalypse 21. Peace and love, baby.

Les marques des alliances : des souvenirs qui claquent

Chaque alliance a son merchandising [ensemble des techniques qui visent à présenter un produit dans les meilleures conditions possibles afin de maximiser la rentabilité] :

  • Caïn : Un tatouage mystérieux, genre « Protégé par Dieu ».
  • Noé : L’arc-en-ciel, sticker universel de bonne vibe.
  • Abraham : La circoncision, le badge VIP d’Israël.
  • Sinaï : Le sabbat, la pause sacrée qui recharge les batteries.
  • David : Pas d’objet publicitaire officiel, mais un trône et un Temple qui en jettent.
  • Nouvelle Alliance : Pain, vin, baptême – des sacrements pour sceller l’amour éternel.

Ces objets ne sont pas juste des souvenirs de vacances divines : ils rappellent qu’on est en team avec le Créateur.

L’essence des alliances

Trois mots-clés pour résumer :

  1. Négociation : Abraham et Moïse papotent avec Dieu comme des avocats. Preuve que l’alliance, c’est pas un monologue.
  2. Soumission : Circoncision, Torah, foi en Christ – c’est dire « OK, Boss, je te suis », mais avec amour, pas en mode robot.
  3. Paix cosmique : Shalom, c’est plus qu’une absence de bagarre. C’est la justice, l’harmonie, le monde parfait où même les lions deviennent végan (merci Isaïe). Mais attention, pas d’écarts menace fermement le grand pote (Isaïe 66:4).

une saga divine qui cartonne

Les alliances, c’est comme une série Netflix où chaque saison (Caïn, Noé, Abraham…) ajoute du suspense et des feels. Dieu reste le showrunner fidèle, même quand les humains jouent les divas. Les rites – sabbat, baptême, arc-en-ciel – sont les décors qui rendent l’histoire vivante, et shalom, c’est la fin heureuse qu’on attend tous.

Today’s ambiance:

Et shalom ? Ça parle encore – justice sociale, écolo, dialogue entre religions. Les alliances, c’est vintage, mais toujours tendance !

Les Juifs kiffent leurs alliances via la Torah et les rituels.

Les chrétiens misent sur la Nouvelle Alliance, avec amour et mission mondiale.

Mais attention, ces pactes soulèvent des questions : comment être libre et engagé à la fois ?

La Loge Trajano Reis n° 100 honore le GM Cristian Flores

De notre confrère brésilien folhadolitoral.com.br

Le 10 mars, une réunion spéciale en l’honneur du Grand Maître Honoraire du GOP, Cristian Flores, s’est tenue à Curitiba à la Loge Maçonnique Trajano Reis n° 100, affiliée au Grand Orient du Paraná (GOP). Le Vénérable Maître de la Loge, Sérgio Adir Tambosi, a présidé la réunion, au cours de laquelle les membres de l’Ordre ont également reçu des Médailles Maçonniques du Mérite. Dans une interview, il a également souligné l’importance de faire connaître les activités de la franc-maçonnerie pour la contribution continue de la société du Paraná et du Brésil. 

La Loge maçonnique Trajano Reis

« Le Frère Cristian Adrian Flores Maldonado a été admis dans notre loge le 25 novembre 2002 et a obtenu le diplôme de Maître l’année suivante, en 2003. Cet honneur est donc d’une grande importance pour nous, membres de cet atelier, et nous remplit de fierté, compte tenu du parcours unique du Frère Cristian dans l’Ordre des Francs-Maçons », explique le Vénérable Maître Sérgio Tambosi.

La Loge maçonnique Trajano Reis

Selon lui, le prix souligne le rôle exceptionnel et les réalisations de Cristian Flores en faveur de la franc-maçonnerie au Paraná et au Brésil dans le contexte international. « Le degré d’importance se mesure en examinant les objectifs et les réalisations obtenus au profit de la Franc-Maçonnerie mondiale », souligne-t-il. 

3 Trajano Rice Shop à Curitiba, maçonnerie
Les francs-maçons de la Loge Trajano Reis ont reçu des honneurs lors de la réunion (Photos : Loge maçonnique Trajano Reis)

« Cet événement n’était pas initialement ouvert au public, mais avec la présence de plusieurs autorités maçonniques et sa présentation dans les médias de masse, il servira certainement à démontrer au public la contribution de l’Ordre au bien-être de la communauté », ajoute le Vénérable Maître.

Le Grand Maître Cristian Flores fait le point et souligne les progrès historiques du Grand Orient du Paraná

Selon Tambosi, lors de la même réunion, la Médaille maçonnique de bronze du mérite pour 10 ans a été décernée aux frères Roberto Fonseca et Antonio Saad Gebran Sobrinho. La Médaille du Mérite Maçonnique d’Argent pour 20 ans a également été décernée aux frères Voldi Costa Zambenedetti et Sidney Breviglieri.

La Loge maçonnique Trajano Reis

Texte de la plaque commémorative remise au SGM Cristian Flores lors de l’événement :

Au Très Sérénissime Grand Maître Cristian Flores,

La franc-maçonnerie est renforcée par les mains de ceux qui consacrent leur vie au service avec sagesse, leadership et humilité.

C’est un grand honneur pour nous, les employés de A:.R:.L:.S:. Trajano Reis N° 100, nous rendons ce simple hommage à notre frère et reconnaissons l’héritage extraordinaire qu’il a laissé derrière lui avec son leadership à la tête du Grande Oriente do Paraná.

Son exemple de leadership, basé sur les principes maçonniques les plus élevés, a transformé les défis en opportunités et a solidifié les fondations d’un GOP fort et prospère, dédié à la diffusion des valeurs universelles de l’Ordre.

Son travail inlassable, sa vision stratégique et son engagement à renforcer les loges et les frères de cet Orient sont considérés comme un véritable jalon dans notre histoire.

Nous vous remercions pour votre engagement à promouvoir l’unité parmi vos sœurs, pour votre soutien aux Ordres Paramaçonniques et pour l’organisation impeccable d’événements d’importance internationale, tels que la Conférence Mondiale de la Franc-Maçonnerie Universelle.

Votre engagement envers le Paraná et la Franc-Maçonnerie universelle est une source de fierté et d’inspiration pour nous tous.

Que le Grand Architecte de l’Univers continue d’illuminer votre voyage, de bénir votre famille qui a si généreusement partagé sa présence avec notre Ordre Exalté, et de vous donner une force renouvelée pour de nouveaux défis.

Avec une gratitude éternelle, du respect et de la fraternité,

Les travailleurs de l’A:.R:.L:.S:. Riz Trajan n° 100

Curitiba, mars 2025

V.’. M.’. Sergio A. Tambosi

7 Trajano Rice Shop à Curitiba, maçonnerie
« Cet honneur est d’une grande importance pour nous, les membres de cet atelier, et nous remplit de fierté, compte tenu du parcours unique du frère Cristian dans la franc-maçonnerie », déclare le Vénérable Maître de la Loge Trajano Reis, Sérgio Adir Tambosi (photos : Loge Trajano Reis Franc-maçonnerie).

Court programme maçonnique par SGM Cristian Flores :

. Il est né à La Paz, en Bolivie, en 1970 et a déménagé à Curitiba, Paraná, au Brésil, à l’âge de 13 ans, où il est devenu citoyen naturalisé et vit encore aujourd’hui.

. Marié, père d’une fille et d’un fils, il travaille comme homme d’affaires dans les domaines du conseil, de la gestion et de la planification.

. Il a été initié à la Loge Trajano Reis du Grande Oriente do Paraná en 2002 et était un vénérable maître dans le même atelier. Il a également occupé le poste de Vénérable Maître dans la Loge de la Restauration des Mystères.

. Il a occupé le poste de Grand Maître du Grande Oriente do Paraná (GOP) de 2021 à 2024 et celui de Grand Maître adjoint de 2017 à 2020, et a également occupé les postes de Grand Secrétaire suivants : Technologies de l’information, Relations et culture, Coordination et planification, Relations extérieures.

. À la COMAB – Confédération Franc-Maçonne du Brésil, il a occupé le poste de Président (2023-2024). Il a également occupé les postes de vice-président et de grand chancelier et a travaillé à l’intégration de ses membres dans le cadre international de la franc-maçonnerie universelle régulière aux États-Unis et au Canada, en Europe et en Amérique du Sud et centrale.

. Au sein de la CMI – Confédération Maçonnique Interaméricaine, il a occupé le poste de Conseiller et Coordinateur (2015-2017) et le poste de Président de la Zone V (2021-2024).

. À la Conférence Mondiale des Grandes Loges Maçonniques Régulières, institution qui regroupe les organisations maçonniques régulières du monde entier, il était membre du Triumvirat et coprésident du XIX. Conférence mondiale, qui a eu lieu en novembre 2024 à Foz do Iguaçu/Paraná, au Brésil, avec la participation de 33 pays et 96 Grandes Loges et Grands Orients.

. Il a reçu les titres de Grand Maître Honoraire des pouvoirs suivants : Grande Loge de Bolivie, Grande Loge de Carthagène des Indes (Colombie), Grande Loge Symbolique du Paraguay, Grande Loge d’Équateur, Grand Orient de Rio de Janeiro, Grand Orient de Bahia et Grand Orient de Paraíba. Il est également Vice Grand Maître Honoraire de la Grande Loja Legal de Portugal/Grande Loja Regular de Portugal.

. Parmi les autres titres et décorations décernés par l’Ordre Maçonnique, on distingue les suivants : Ordre Maçonnique du Mérite, Catégorie Grand-Croix du Grand Orient de Santa Catarina. Membre honoraire de l’Ordre du Mérite Maçonnique du GO de l’État du Mato Grosso. Légion d’honneur de l’Ordre de DeMolay, Ordre du Mérite DeMolay du Conseil suprême de l’Ordre de DeMolay. 

Pourquoi Hiram doit-il être assassiné ?

Hiram entre Histoire, mythes et légendes

Une des caractéristiques essentielles de la Franc-maçonnerie est le recours au symbolisme, faisant appel à des représentations, à des archétypes, pour accompagner l’initié sur les voies de la connaissance, connaissance de lui-même, de ses rapports à l’Autre et au monde qui l’entoure.

Ces symboles sont, au moins, de deux types.

Certains, notamment ceux que découvre l’Apprenti dès le cabinet de réflexion ou dans le Temple illuminé sitôt après son initiation, sont des figures géométriques, des objets, des outils. Pour autant qu’ils soient simples, banals, ils sont porteurs de sens, et leur signification pour le franc-maçon peut être fort riche, voire complexe.
L’autre type de représentations archétypales auquel la franc-maçonnerie fait appel offre à considérer une formidable galerie de personnages.

Eux aussi sont pour l’initié les figurations de vertus ou de vices, de valeurs ou de faiblesses, qui sont ceux de l’homme en général, et de l’initié auquel ils sont successivement proposés comme sujets de méditation en particulier. Certains de ces personnages ont une historicité indiscutable, même si l’image que retient d’eux la geste maçonnique est fragmentaire, redessinée à dessein, pour mieux servir le propos pédagogique du degré auquel ils interviennent.

D’autres, sans qu’il importe de discuter ici de leur historicité avérée, ont à ce point laissé une empreinte profonde dans notre conscience collective qu’ils ont en tous cas valeur de personnages historiques, du moins dans le monde occidental marqué par l’héritage judéo-chrétien et la culture qui en a découlé.

D’autres encore sont de pures créations des fondateurs de nos rites et rituels, façonnés de toutes pièces ou ayant leur origine dans un personnage historique ou culturellement connu. Pour autant que le nom du personnage puisse être retrouvé dans les écrits et les récits fondateurs de notre culture partagée, les attributs de ces personnages, leurs traits de caractère, comme leurs actes, faits et gestes sont de pure invention.
Ils sont ainsi les héros symboliques de notre geste initiatique.
Ils donnent un support, une figure humaine, aux attitudes et aux comportements que nous voulons explorer en nous, que nous proposons d’explorer en eux à ceux qui entament après nous ce cheminement à la fois exigeant et exaltant.

Il est dans cette galerie de portraits un personnage singulier ; sans aucun doute, le plus connu de tous ces personnages, commun aux divers Rites, reconnu par les Anciens autant que par les Modernes, les réguliers tout comme ceux qui ne le sont pas, les déistes, les théistes, mais aussi les athées et les agnostiques.

Il s’agit d’Hiram.

Hiram Abif, Hiram le Maître Architecte chargé par le Roi Salomon de bâtir non pas un temple quelconque, ni même le plus grand ou le plus beau des temples, mais Le Temple, celui qui devait être la demeure de l’Eternel, celui où la parole de l’Eternel gravée sur les tables de pierre enfermées dans le Tabernacle devait être abritée et vénérée.

Hiram, le personnage clé de la Franc-maçonnerie, celui dont la mère, veuve, est aussi notre mère puisque nous sommes ses Enfants, n’est-il donc qu’un héros imaginaire ?

Pas tout à fait, bien sûr, puisque la Bible fait mention spécifiquement d’un Hiram parmi les artisans réunis par le Roi Salomon pour construire et orner le Temple et ses abords.
Mais nullement dans le rôle prééminent que lui attribue la tradition maçonnique.

La question se pose dès lors de l’appropriation par la Franc-maçonnerie de ce personnage, afin d’en comprendre le sens et la portée.
En d’autres termes, de réfléchir à la construction d’un mythe, du mythe central de la Franc-maçonnerie spéculative. Sans doute n’est-il pas inutile de rappeler ici quelques éléments caractéristiques d’un mythe.

Un mythe peut être défini comme un récit fondateur et explicatif d’un comportement social.


Il se distingue d’une légende en ce que celle-ci se réfère à certains éléments factuels, même s’ils sont largement déformés.
Je précise à cet égard que si je privilégie le terme de « mythe » à propos d’Hiram, c’est que la transformation d’un habile artisan fondeur de bronze en l’unique maître architecte chargé de conduire l’érection du Temple est plus qu’une déformation, une transformation significative.

Le Hiram de la Bible et le Hiram de la Franc-maçonnerie ont en commun un prénom, une époque et un chantier. Mais finalement guère plus.

On peut dire des récits mythiques qu’ils ne sont pas de simples récits romanesques, ni poétiques. Rien n’est gratuit ni arbitraire dans leur construction. Ils véhiculent et utilisent des archétypes, qui s’avèrent communs à toutes les sociétés, à toutes les cultures, à toutes les époques. Les mythes racontent une histoire ancienne, à laquelle est conférée une dimension sacrée.

Mircea Eliade, que d’aucuns considèrent comme proche de la Franc-maçonnerie alors que plusieurs de ses écrits sont sinon anti-maçonniques du moins assez méprisants pour la maçonnerie, considérée comme simpliste dans ses jugements, a en tous cas été un contributeur indiscutable à l’étude du sacré, des mythes et des croyances religieuses. Eliade explique qu’un mythe est construit pour être exemplaire. Et il précise que « le mythe est assumé par l’homme en tant qu’être total, il ne s’adresse pas seulement à son intelligence ou à son imagination. ». Cela signifie que le mythe demande à être cru : l’adhésion au mythe est l’acte de foi initial, le pré-requis indispensable à l’intégration parmi les adeptes.

Paul Ricoeur a joliment écrit que « le mythe est une espèce de symbole en forme de récit, articulé dans un espace – temps hors de l’histoire et de la géographie », en tous cas qui s’affranchit de l’histoire et de la géographie
Comme le notait Raoul Berteaux, « le mythe est historiquement faux, mais psychologiquement réel. Il n’y a pas réalité historique, mais réalité psychologique ».

En fait, les mythes diffèrent des légendes par plusieurs critères. Pour Ralph Stehly, professeur d’histoire des religions à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, il y a trois critères principaux de différentiation :

1) Le caractère sacré des mythes. Le mythe est une histoire sacrée. Non seulement le thème des mythes n’est pas ordinaire, mais leur narration même est considérée comme ayant quelque vertu en elle-même.

2) Le mythe n’est pas raconté n’importe quand, mais pendant les cérémonies d’initiation, pendant le rite.

3) La thématique a toujours trait aux origines : comment et aux termes de quels enchaînements on est arrivé à l’environnement existentiel qui caractérise la situation d’aujourd’hui. Le thème des mythes a toujours trait à un commencement ou à une transformation.

Le mythe d’Hiram appartient à la catégorie des mythes d’identité. Il devient véridique dès lors qu’il est répété par les membres du groupe qui se reconnaissent en lui et se réclament de sa postérité. Pour s’en tenir au mythe d’Hiram et à sa construction, il faut naturellement commencer par évoquer ici le Hiram mentionné par la Bible. Le roi David, l’ancien berger vainqueur de Goliath, le poète auteur des Psaumes, avait formé le projet de construire un temple pour l’Éternel, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui avait fait sortir son peuple Israël d’Égypte sous la conduite de Moïse.

Mais David n’avait pu mener son projet à bien. Son fils Salomon entreprit donc de bâtir l’édifice. Il s’adressa au roi de Tyr, prénommé Hiram. En échange d’une portion du territoire de Galilée, qui appartenait au royaume d’Israël, et de quantités de blé et d’huile vierge, Hiram roi de Tyr fit abattre et livrer à son voisin d’importantes quantités de bois de cèdre et de genévrier. Il lui loua également les services de plusieurs artisans, maîtres dans l’art de la construction. Le Livre des Rois (I Rois, VII, 13-45) rapporte que parmi eux, Salomon demanda d’engager le fils d’un tyrien, artisan du bronze, décédé, et dont la veuve était une Israélite de la tribu de Nephtali. Succédant à son père, le fils, lui aussi prénommé Hiram comme le roi de Tyr, était devenu à son tour fondeur et sculpteur de bronze.

Hiram le bronzier réalisa divers ornements essentiels de la Maison du Seigneur voulue par Salomon, et en particulier les deux colonnes dressées à l’entrée du Temple ainsi que la Mer d’airain.

On trouve une seconde mention d’Hiram dans le corpus biblique.

Plus de trois siècles après la rédaction du Livre des Rois que nous venons d’évoquer, fut rédigé le Livre dit des Chroniques. Dans ce texte Hiram, dont le nom est devenu Houram, (avec un vav à la place du iod: 2Chroniques ; 2, 12-13). Il y est le fils d’une femme, d’entre les filles de Dan, sans mention de son ascendance paternelle.Il y est un personnage plus important que dans le récit des Rois : de spécialiste du bronze, il est devenu maître – artisan expert en de nombreuses techniques.

image en provenance de la page legende-hiram.blogspot.com/2017/10/1949-les-armes-outils-du-meurtre-dhiram.html

Salomon demande en effet à Hiram roi de Tyr de lui envoyer un «homme qui s’entende à travailler en or, en argent, en airain, en fer, en écarlate, en cramoisi, et en pourpre, et qui sache graver, [afin qu’il soit] avec les hommes experts que j’ai avec moi en Judée, et à Jérusalem, lesquels David mon père a préparés. » (2 Chroniques 2-7).
Et le roi de Tyr lui répondit : « Je t’envoie donc un homme habile et intelligent, Huram-Abi, fils d’une femme d’entre les filles de Dan, et d’un père Tyrien. Il est habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d’objets d’art qu’on lui donne à exécuter. Il travaillera avec tes hommes habiles et avec les hommes habiles de mon seigneur David, ton père. (2 Chroniques 2- 13et 14).

En trois siècles de transmission, Hiram a pris de l’importance, de l’épaisseur. Il semble donc qu’une légende autour de ce personnage se développa dès l’Antiquité.
Cela dit, en dehors de cette mention, et de la liste des pièces de bronze poli fondues par l’artisan, aucun détail n’est donné sur la vie d’Hiram, et pas davantage sur les conditions de sa mort.

Un Midrash – commentaire herméneutique d’exégèse biblique – raconte seulement qu’alors que tous les ouvriers qui avaient participé à la construction du Temple furent tués, selon l’usage instauré par les Égyptiens pour les ouvriers des Pyramides, Hiram fût appelé directement au ciel, comme Énoch l’avait été avant lui.

Se pose donc bien la question de l’intrusion d’Hiram dans le corpus maçonnique.

Il faut rappeler que les Maçons opératifs se référaient déjà à diverses légendes, et parmi celles-ci, divers récits liés à la construction du Temple de Jérusalem, faisant allusion à David et, bien davantage, à Salomon. La Maçonnerie ne comportait alors que deux degrés : Apprenti et Compagnon. Lorsque le grade de Maître devint le degré fort de la maçonnerie symbolique, la légende d’Hiram prit l’importance que nous lui connaissons aujourd’hui.

Philippe Langlet

Philippe Langlet, dans son livre Sources chrétiennes de la légende d’Hiram a recherché la trace d’Hiram à travers plus de cinquante versions différentes, afin d’en trouver le fil conducteur, la trame unificatrice. Son travail « piste » ainsi Hiram, ou plutôt son mythe ou sa légende des sources les plus anciennes jusqu’aux rituels d’aujourd’hui.
Notre Frère Philippe Langlet montre dans cet ouvrage comment, à partir du 17ème siècle, la vie et la mort d’Hiram tel que la Bible les évoque, ou plutôt ne les évoque pas., ont été adoptés par les Maçons. Il présente la suite des enrichissements légendaires qui, progressivement, vont façonner le mythe initiatique qui inspire nos rituels et nos Rites. Car s’il existe des variantes d’un Rite à l’autre, les constantes invariantes dominent.

Pour s’en tenir à ce qui est sérieusement documenté, on retrouve la première mention connue du mythe d’Hiram dans la divulgation Masonry dissected de Samuel Prichard publiée en 1730. Il est question ici d’Hiram comme héros emblématique dont le sacrifice servira d’ossature à la légende du troisième degré et, s’agissant du REAA, de point de départ à tout le moins aux 11 degrés suivants.

Il n’existe aucun document connu à ce jour nous éclairant sur la genèse de la référence hiramique et son introduction dans le corpus fixé depuis longtemps de la maçonnerie de métier. Tout au plus quelques écrits légitimant l’adjonction au cadre maçonnique traditionnel la thématique de la mort et de la résurrection.

La légende des Quatre Fils d’Aymon fait assassiner Renaud de Montauban, trop travailleur, trop parfait, pour n’être pas gênant. Mais plus encore, on peut évoquer aussi bien la mort et la résurrection du Christ que celles d’Osiris, ou encore de Maître Jacques, que la mythologie compagnonnique fait mourir sous les coups de cinq compagnons. Le fond du mythe est bien un archétype, que l’on retrouve dans de nombreuses traditions, à de nombreuses époques : un homme instruit des mystères, un homme éclairé, meurt sous des coups portés avec une violence aveugle.

Les ténèbres semblent triompher de la lumière.

Naturellement, les exégètes et les commentateurs ne manquent pas de relever que si Hiram, son œuvre achevée, était mort dans son lit longtemps avoir été fêté et récompensé par Salomon, il n’aurait pu devenir le héros de la dramaturgie maçonnique.


Il faut au mythe une dimension sacrificielle. La mort, brutale, violente, cruelle, est nécessaire, pour sublimer l’individu.

Osiris sera déchiqueté par Typhon, le Phénix se consume face au Soleil dans une agonie atroce.

Il faut qu’il y ait un crime rituel pour qu’Hiram accède à sa véritable dimension.
On pourrait au demeurant dire la même chose du Christ, de Jésus flagellé et crucifié.
Au reste, il me semble bien que notre Frère Michaël Segall ait fait en son temps ce parallèle, aucunement blasphématoire : la mort d’Hiram paraphrase la mort du Christ qui elle-même apparaît selon les plus antiques civilisations dans le trépas d’un dieu.

Dans le contexte initiatique qui nous concerne, et pour supporter l’une des idées forces qui fondent notre idéal et notre ambition, il faut voir en Hiram le symbole de la connaissance qui ne peut être abolie, de la lumière qui ne peut être éteinte malgré les agressions et les complots. Hiram est ainsi l’archétype de l’initié qui accepte de mourir, qui fait le choix de mourir, pour pouvoir renaître.

En tout état de cause, on trouve une brève évocation d’Hiram dans les Constitutions d’Anderson dans leur édition première de 1723, où il est simplement mentionné comme l’homonyme du roi de Tyr et le maçon le plus parfait de la Terre. Rien de plus dans l’édition de 1738, qui évoque pour la première fois un troisième degré établi à Londres en 1726.

En 1726, précisément, est rédigé le manuscrit Graham. Le cadavre d’Hiram et ce qu’il en advint y figurent explicitement.
Le célèbre Discours du chevalier de Ramsay de 1736 évoque l’« illustre sacrifice » d’Hiram, « premier martyr de notre Ordre ».

Le rituel dit Three Distinct Knocks de 1760 fait la même référence dans la description
d’une cérémonie d’initiation au 3ème degré et en fait remonter la pratique aux Loges des Antients, donc probablement avant 1717.

On peut citer encore l’une des versions les plus anciennes de ce récit, qui apparaît dans L’ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé (1744) : Adoniram, Adoram ou Hiram, à qui Salomon avait donné l’intendance des travaux de son Temple, avait un si grand nombre d’Ouvriers à payer qu’il ne pouvait les connaitre tous ; il convint avec chacun d’eux de Mots, de Signes et d’Attouchements différents, pour les distinguer…
Je le répète ici : si Hiram était mort comme on dit « de sa belle mort », honoré et couvert de gloire une fois son œuvre achevée, il ne serait en aucune manière le héros de notre cheminement spirituel.
Il faut donc déjà l’admettre : il fallait qu’Hiram meure prématurément, laissant son œuvre inachevée.

Pour conclure, tentons de replacer le mythe d’Hiram dans une perspective élargie, celle d’une légende fondatrice, celle d’un deuil consécutif à un meurtre, présente dans de très nombreuses traditions.

Isis

Certains auteurs, comme Julien Behaeghel, ont proposé de faire une analogie entre le mythe d’Hiram et le mythe osirien. Julien Behaegel, né en 1936, fut pendant un an moine dans une Trappe cistercienne. Puis il entreprit une longue quête existentielle, un voyage initiatique dans une perpétuelle recherche de sens. Franc-maçon initié à la R. :L. : L’Équité de la Grande Loge de Belgique, son œuvre, tant littéraire qu’artistique, est toute entière tournée vers l’exploration du symbole. Il a enseigné la psychologie du symbole à Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Julien Behaeghel est mort en juillet 2007. Dans son livre Osiris, le dieu ressuscité (Berg, 1995), il s’efforce d’élucider le mythe fondateur sans lequel, dit-il, on ne peut rien comprendre au sacrifice divin. Et il évoque là l’importance de Jung et de son douloureux divorce d’avec Freud. « Même athée, on est dualité, matière et esprit. Rencontre des contraires, ombre et lumière. On porte tous en soi une déchirure, et le désir de faire l’unité, c’est-à-dire de reconstruire l’homme total. » Selon Behaeghel, par rapport au mythe d’Isis, le mythe d’Hiram est dénaturé par l’absence de la vierge initiatrice, représenté par Isis dans le mythe égyptien. Or il y a bien une vierge dans l’histoire de la construction du Temple, la reine de Saba, proche de Salomon et dont Behaegel fait l’hypothèse que, dans la fiction hiramique construite par les fondateurs de la franc-maçonnerie, elle n’aurait pas manqué d’avoir été en relation avec Hiram, l’architecte et le maître d’œuvre devenu intime de Salomon.

peinture égyptienne
décoration égyptienne

Il faut rappeler en effet qu’Isis, femme-sœur d’Osiris, reconstitue Osiris (elle rassemble ce qui est épars), non pas afin qu’il reprenne vie lui-même sur Terre, mais pour qu’il règne au ciel. Isis ressuscite Osiris pour que son expiation devienne exemplaire. L’être humain ne peut s’améliorer qu’en connaissant ses limites et ses fautes, qu’en connaissant le drame. Mais l’espoir – d’aucuns parlent ici d’espérance – doit prendre le pas sur le désespoir : Isis la veuve va donner vie à Horus pour venger Osiris. Les divers Rites maçonniques ont repris, comme nous le savons, ce thème de la vengeance.

D’où la proposition de Julien Behaegel de rétablir le mythe dans son intégrité, c’est-à-dire dans ce qu’il présente comme sa quaternité fondamentale (Seth – Osiris – Horus – Isis). Dans la pensée égyptienne traditionnelle en effet, la cosmogonie ne peut se réaliser ni se vivre que si sa structure est quaternaire. La quaternité, et non la trinité, était considérée en Egypte comme l’espace de la Manifestation.

De là l’idée qu’il ne peut y avoir d’initiation véritable sans mort symbolique suivie d’une résurrection spirituelle par la  » Sagesse  » de la vierge de régénération. C’est cette solution  » quaternaire  » qui serait à même de reconstruire le mythe et d’en rétablir la force initiatique primordiale.

Behaegel considérait que l’initiation est une quête de l’âme, qui requiert des voies pour accéder au centre du monde et de la création. Ainsi la mythologie se donne-t-elle à lire selon plusieurs degrés. « Plus on avance dans l’interprétation symbolique, plus elle est infinie. C’est savoir, lors même que nous sommes dans les ténèbres, que la lumière brille. C’est une discipline de vie librement consentie. On ne peut être heureux que si l’on fait ce qu’on a le sentiment d’avoir à faire. »

On peut également faire un rapprochement entre le mythe d’Hiram et celui d’Hermès, Toth pour les Égyptiens. Toth est l’architecte du monde et au Commencement, il est le Verbe. Toth, comme Hiram, représente la force de la construction, la connaissance de l’architecture, symbolisant la construction du Monde. D’autres auteurs ont montré que la légende ou le mythe d’Hiram tel que la Franc-maçonnerie l’a façonné a pu être inspiré par l’Énéide de Virgile, notamment les livres 3 et 6.

Virgile, dans cette fresque prodigieuse, nous raconte comment Énée, dans sa descente aux Enfers, à la recherche son père Anchise, prit un rameau d’or. Compte tenu du lieu où l’histoire se déroule, on peut penser qu’il s’agit d’un rameau d’acacia. Plus tard, Enée retrouvera également le corps de Polydor, le fils de Priam, grâce à un rameau arraché à un buisson.

Notre Frère suisse Jean-Daniel Graf, co-rédacteur de la revue Masonica – la revue du Groupe de Recherche Alpina – a relevé d’indiscutables analogies entre le sens initiatique du mythe d’Hiram et celui des personnages successivement rencontrés par l’impétrant au cours des initiations tantriques.

Dans ces diverses traditions, la mort violente du héros mythique est une mort libératrice, qui en quelque sorte va condamner les disciples à la liberté. Et l’on pourrait ajouter que les assassins, qui représentant la transgression, la révolte, la désobéissance, ont par là même un rôle symbolique que l’on retrouve lui aussi dans de très nombreuses cultures.

Terminons en évoquant la version du mythe d’Hiram écrite par Gérard de Nerval dans le chapitre Histoire de la reine du matin et de Soliman de son ouvrage Le Voyage en Orient, Les nuits du Ramazan écrit en 1850, Nerval offre un récit où se retrouvent toutes les passions, tous les sentiments, qui vont nourrir les degrés successifs proposés à l’initié pour lui permettre de les reconnaître en lui et de les contrôler. Amour, passion, fanatisme, envie, jalousie, amour propre, orgueil et lâcheté sont mis en scène dans une transposition superbe, qui renvoie le lecteur, bien sûr, à ses propres limites, à ses propres vices.


Hiram est un archétype. Les archétypes sont porteurs de sens bien au-delà de ce que la réalité historique pourrait donner à considérer. Grâce à la mort du Maître, qui est la condition nécessaire pour qu’il puisse être transcendé par la grâce de la résurrection ou plutôt de la renaissance, la construction de notre édifice vertueux peut se poursuivre.

Hiram doit mourir, il doit mourir tragiquement. Hiram doit être assassiné !

Car l’objet même de notre engagement maçonnique est là : fuir le vice et pratiquer la Vertu. Le mythe d’Hiram est dans notre tradition le vecteur de son enjeu essentiel, la lutte du Bien contre le Mal.

Le Livre des Rois, au reste, rapporte cette requête explicite de Salomon à l’Éternel : « Accorde à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le Bien du Mal. ». Comme tout processus initiatique, le nôtre doit être marqué par la mort du Viel Homme. Hiram a été choisi, construit, pour être le héros mythique dont le Rite a besoin pour prendre son sens. Au terme de la cérémonie d’initiation au 3ème degré, le Bien a triomphé du Mal puisque à travers le nouveau Maître, Hiram va reparaître « aussi radieux que jamais »…

Le mythe d’Hiram est le récit fondateur, initiateur, du parcours, sa condition nécessaire. C’est sur ce mythe primordial que les divers systèmes de grades et de degrés prennent appui.

La progression de l’Initié ne s’arrête pas là pour autant

Mais ceci serait une autre histoire…

Le Dessin de Jissey : « La simplicité chez le Franc-maçon »

1

Dans le monde feutré de la Franc-maçonnerie, où l’on manie l’équerre et le compas avec plus de sérieux qu’un chef étoilé sa pince à dresser, simplicité et humilité sont les stars du show initiatique. Mais attention, mes Frères et Sœurs, derrière ces vertus bien polies se cache un paradoxe qui pourrait faire rire même un Vénérable Maître un peu trop sérieux : certains maçons jouent les modestes pour mieux grimper les échelons et collectionner les décors comme des badges de scout ! Alors, vrai dépouillement ou stratégie de haut vol ? Enfilez votre tablier blanc (sans taches, s’il vous plaît) et partons explorer ce paradoxe avec un sourire en coin !

Simplicité et humilité : les VIP du Temple… en théorie !

Quand on pousse la porte d’une Loge, on est tout de suite briefé : ici, on laisse son ego au vestiaire avec son portable (et ses notifications qui clignotent). La pierre brute, c’est vous, mon cher Apprenti, et il va falloir la polir à coups de simplicité et d’humilité. Pas de bling-bling, pas de « regardez-moi » : on parle peu, on écoute beaucoup, et on porte un tablier blanc qui ressemble plus à un serviette de table qu’à une cape de super-héros. Le message est clair : on se fait tout petit pour devenir grand… spirituellement, bien sûr !

L’humilité, c’est le mantra du maçon. On apprend à dire « je ne sais rien » avant même de savoir où est la sortie de secours du Temple. La simplicité, c’est notre uniforme : pas de chichis, pas de selfies avec l’équerre, juste un Frère ou une Sœur qui bosse sur soi pour construire l’édifice collectif. Comme dit la sagesse maçonnique (et probablement un Frère un peu farceur) : « Baisse-toi pour mieux t’élever… mais fais gaffe à pas te cogner la tête sur la voûte étoilée ! » On est tous égaux, tous maillons de la même chaîne d’union – même si, soyons honnêtes, certains maillons rêvent d’être en or massif.

Le paradoxe : l’humilité, ou l’art de briller en mode ninja !

Mais voilà, derrière ce tableau idyllique, il y a un hic qui pourrait faire rougir un compas : certains maçons transforment l’humilité en arme secrète pour… briller plus fort qu’une lanterne en pleine tenue ! C’est le paradoxe du siècle : afficher la modestie pour mieux grimper les échelons et décrocher les décors – ces cordons et médailles qui font de vous le rockstar de la Loge (ou du moins, le Frère que tout le monde salue en premier au banquet).

Imaginez un peu : Frère Modeste, qui baisse les yeux en disant « Oh, moi, les grades, ça m’intéresse pas, je suis juste là pour polir ma pierre », mais qui, mine de rien, se retrouve Vénérable Maître avant même que vous ayez compris comment nouer votre tablier. Il parle doucement, il aide tout le monde, il fait même semblant de pas savoir où est le maillet… mais hop, le voilà avec un cordon brodé qui brille plus que le lustre du Temple ! Coïncidence ? Je ne pense pas !

Et puis, il y a les décors, ces petits trophées maçonniques qui font rêver. Dans certaines Loges, comme celles du Rite de Memphis-Misraïm, on vous offre des titres à rallonge – « Souverain Grand Inspecteur Général, Gardien des Secrets de l’Univers » (rien que ça !) – et des tabliers tellement brodés qu’on dirait une tapisserie de Versailles. Ces décors, censés récompenser un chemin spirituel, deviennent parfois l’objectif ultime de Frère Ambitieux, qui se dit humble mais rêve secrètement d’être le maçon le plus décoré depuis que le compas existe. En 2025, alors que les Loges galèrent à peser sur le monde extérieur, certains se consolent en collectionnant ces breloques comme des cartes Pokémon – « J’ai un 33e degré, je te bats ! »

Quand l’ego joue les apprenants modèles

Le plus drôle, c’est que ce paradoxe est presque un art. Vous avez Frère Discret, qui arrive en tenue avec un « je suis personne, juste un maçon qui apprend »… mais qui passe la soirée à glisser qu’il a été invité à une tenue ultra-secrète de hauts grades. Ou Sœur Modeste, qui insiste pour porter le tablier le plus simple, mais qui s’assure que tout le monde sache qu’elle a refusé un poste d’officier « par pure humilité » – tout en lorgnant sur le siège de la Grande Maîtresse. C’est un peu comme si, dans une course, vous faisiez semblant de marcher lentement pour laisser les autres passer… mais en sprintant dès que le podium est en vue !

Et ne parlons pas des banquets maçonniques, ces moments où l’humilité prend un sacré coup. Vous avez Frère Simple, qui dit « je prends juste un verre d’eau »… mais qui finit par raconter ses exploits en Loge avec un enthousiasme qui ferait pâlir un influenceur TikTok. L’humilité, dans ces cas-là, ressemble à un costume qu’on enfile pour la photo, mais qu’on enlève vite fait pour attraper les projecteurs.

Alors, simplicité sincère ou stratégie brillante ?

Ce paradoxe, au fond, c’est une blague de l’ego humain qui s’invite dans le Temple. La Franc-maçonnerie demande de se dépouiller, de se faire petit pour grandir, mais certains ont trouvé la combine : être humble, c’est bien, mais être humble et remarqué, c’est mieux ! Alors, on joue les apprenants modèles, on baisse la tête devant le maillet, mais on lorgne sur le cordon doré et le titre qui va avec.

Mais soyons justes : tous les maçons ne tombent pas dans ce piège. Beaucoup vivent l’humilité et la simplicité avec une sincérité qui force le respect, polissant leur pierre brute sans jamais chercher les feux de la rampe. Pour eux, le vrai décor, c’est la lumière qu’ils trouvent dans leur cœur, pas celle qui brille sur leur tablier. Et si l’ego joue parfois des tours, c’est peut-être aussi une leçon maçonnique : même dans la quête de l’humilité, il faut rester vigilant… et garder le sens de l’humour !

Alors, mes Frères et Sœurs, la prochaine fois que vous croiserez un maçon « trop humble pour être honnête », souriez et passez-lui l’équerre : après tout, polir son ego, c’est aussi un travail maçonnique… à condition de ne pas trop briller en chemin !

Portrait Robot des Loges responsables du déclin de la Franc-maçonnerie

Dans les cercles feutrés où la Franc-maçonnerie se réunissait autrefois pour forger des idées audacieuses, un murmure grandit : les Loges, jadis gardiennes d’un symbolisme vivant et d’une quête intérieure, s’essoufflent dans une course vaine à l’influence sociale. Nombre d’entre elles, emportées par un zèle réformateur, ont délaissé l’essence même de leur vocation – la transformation de l’initié par le ciseau et le maillet – pour se perdre dans des débats sociétaux qui, loin d’élever, diluent leur impact.

En 2025, alors que le monde vibre au rythme de puissances financières et de réseaux d’influence, ces Loges, en quête d’une pseudo-évolution de la société, semblent avoir oublié la lumière du Temple.

Mais qui sont-elles, et pourquoi leur action marque-t-elle un déclin ?

Les Loges détournées : un abandon du symbolisme

Partout dans le monde maçonnique, des Loges se sont érigées en champions d’une société idéale, négligeant le cœur de leur mission : l’approfondissement du symbolisme qui forge l’âme. À Paris, des ateliers, autrefois berceaux de méditations sur l’équerre et le compas, consacrent désormais leurs tenues à des manifestes pour la justice sociale ou l’écologie, sans relier ces causes au travail intérieur.

Freemasons' Hall à Londres, un bâtiment situé sur Great Queen Street.
Freemasons’ Hall à Londres, un bâtiment situé sur Great Queen Street.

À Londres, certaines Loges de la Grande Loge Unie d’Angleterre, séduites par le prestige du débat public, rédigent des chartes universalistes qui s’éloignent du rituel. Aux USA, des Loges du Rite Écossais se laissent entraîner dans des campagnes politiques, oubliant que la véritable révolution maçonnique naît dans le silence du cabinet de réflexion, non dans les pétitions.

Ce glissement n’est pas universel, mais il est répandu. Ces Loges, en abandonnant le langage des symboles – la voûte étoilée, la pierre brute, la chaîne d’union – pour des discours profanes, se coupent de leur pouvoir transformateur. Le symbolisme, qui invite à polir son cœur avant de prétendre polir le monde, est relégué au second plan. Résultat : leurs actions, bien intentionnées, manquent de profondeur, se fondant dans le bruit ambiant d’un monde saturé d’idéologies. En 2025, alors que l’humanité cherche du sens, ces Loges offrent des slogans là où elles pourraient offrir des clés.

Une influence éclipsée par les nouveaux pouvoirs

Larry Fink

Le véritable pouvoir, aujourd’hui, ne réside plus dans les temples maçonniques, mais dans les coulisses de la finance et du lobbying, où des géants comme Larry Fink, PDG de BlackRock, dictent l’agenda mondial. Avec 10 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion en 2024, BlackRock influence les politiques climatiques, les conseils d’administration, et même les priorités des gouvernements, bien plus que les quelque 4 millions de maçons estimés dans le monde, répartis sous des obédiences comme la Grande Loge Unie d’Angleterre (200 000 membres), le Grand Orient de Belgique (10 000), ou la Grande Loge Nationale Française (35 000).

Les Grands Maîtres, au nombre d’environ 2 000 à la tête des obédiences mondiales, pèsent peu face à un homme dont un seul fonds peut faire plier des nations.

bâtiment drapeaux européens
Le parlement européen avec en premier plan les drapeaux

À Bruxelles, capitale du lobbying, ce pouvoir s’exprime crûment. En 2025, 30 000 lobbyistes – soit 40 par eurodéputé – façonnent les lois européennes, représentant des intérêts allant des multinationales pharmaceutiques aux géants technologiques.

Selon des données récentes, chaque euro investi dans le lobbying génère un retour de 220 €, un rendement de 21 900 %, inchangé depuis une décennie.

Assemblée nationale en France
Assemblée nationale en France

Les Loges maçonniques, même celles qui s’imaginent influentes, n’ont jamais approché une telle efficacité. Leurs résolutions, souvent abstraites, s’évanouissent face aux contrats signés dans les bureaux feutrés de l’avenue des Arts. L’argent, et non les idées, est le levier du changement social aujourd’hui. Les Loges qui s’obstinent à jouer les réformatrices sans comprendre ce basculement se condamnent à cultiver la stérilité de leur action.

L’appel des nouvelles générations : l’immédiateté face à la lenteur maçonnique

Les jeunes générations, nées avec un smartphone en main, tournent le dos aux Loges qui palabrent sur l’avenir de la société sans avoir le moindre pouvoir d’action.

Pourquoi s’attarder dans un Temple quand TikTok, avec ses 1,5 milliard d’utilisateurs, relaie des campagnes climatiques en 15 secondes ? Quand Change.org mobilise des millions pour une pétition en un clic ?

Les jeunes savent tous que Reddit organise des débats virulents sur l’égalité ou la technologie, atteignant des audiences que les Loges ne rêveraient jamais d’effleurer. Ces plateformes profanes, avec Twitter/X (600 millions d’utilisateurs), Instagram (2 milliards), ou même Discord (150 millions), offrent une réactivité que la réflexion maçonnique, par sa lenteur délibérée, ne pourra jamais égaler. Le vrai pouvoir se trouve donc là.

Un exemple frappant : en 2024, une campagne sur Twitch a levé 1 million d’euros pour des ONG écologiques en 48 heures, là où une Loge mettrait des mois à rédiger un manifeste sans garantie d’écho.

Les collectifs comme Extinction Rebellion ou les influenceurs sur YouTube touchent des cœurs et des esprits avec une immédiateté brutale, tandis que les Loges, engluées dans des débats sur l’universalisme, la laïcité ou le droit à mourir dans la dignité, semblent prêcher dans un désert numérique. Les jeunes veulent agir, voir des résultats, pas méditer sur des symboles qu’ils ne comprennent plus, car trop de Loges ont oublié de les transmettre. Et surtout… plus personne dans l’Atelier n’est en mesure d’en expliquer le sens pratique.

Un universalisme déconnecté, un symbolisme négligé

Cartes de crédit avec la pyramide du dollar US
Cartes de crédit avec la pyramide du dollar US

Ces Loges, en poursuivant une vision universaliste – justice sociale, égalité, écologie – se heurtent à une société qui demande des réponses concrètes. Les idéaux maçonniques, autrefois porteurs de révolutions comme la laïcité en 1905, paraissent aujourd’hui abstraits face aux crises du pouvoir d’achat ou du climat. En 2024, des ateliers parisiens ont publié des appels contre les extrémismes, mais sans relais médiatique, ils sont restés lettre morte. Pendant ce temps, des ONG comme Oxfam ou des collectifs citoyens sur Patreon financent des projets tangibles, captant l’attention là où les Loges échouent.

Le pire ? En se focalisant sur le profane, ces Loges trahissent leur essence. Le symbolisme maçonnique – la quête de la lumière, le polissage de la pierre – est une alchimie intérieure qui prépare l’initié à changer le monde par sa propre transformation. En l’abandonnant pour des causes extérieures, elles produisent des débats tièdes, sans la force d’une vision spirituelle… avec des êtres pas meilleurs que ceux du dehors.

Leur action sociale, bien que sincère, manque de visibilité, éclipsée par des organisations profanes aux campagnes percutantes.

Vers un retour à l’essence ou un déclin définitif ?

Le Berlaymont, symbole de l’eurocratie, où le nombre de lobbyistes par unité de surface n’est même plus mesurable

Qualifier l’action de ces Loges de stérile serait cruel et probablement vexant, mais leur déclin est palpable. Elles n’ont pas perdu leur capacité à réfléchir – leurs membres s’engagent dans des syndicats, des associations, des forums citoyens. Mais sans ancrage symbolique, leurs efforts s’éparpillent. Le pouvoir, en 2025, appartient à ceux qui manipulent les flux financiers, comme Larry Fink, ou les réseaux d’influence, comme les lobbyistes bruxellois. Les Loges ne peuvent rivaliser avec ces forces en jouant leur jeu.

Pourtant, un chemin existe. Ces ateliers pourraient redevenir des phares en redécouvrant le symbolisme qui les fonde. Plutôt que d’imiter les ONG, elles pourraient offrir un espace unique : un lieu où l’on apprend à se transformer pour changer le monde, où l’équerre guide l’action, où la fraternité devient une force tangible. La jeunesse, avide de sens, pourrait y trouver une réponse que ni TikTok ni BlackRock n’offrent.

Mais pour cela, ces Loges doivent cesser de courir après un pseudo syndicalisme engendrant une influence illusoire afin de revenir à leur mission : éclairer l’âme avant de prétendre éclairer la société.

En 1974, le chanteur français Serge Lama nous gratifiait de la chanson « Je Vous Salue Marie » (à écouter ci-dessous). Elle critique le relativisme de l’Église et les prêtres ouvriers. Écoutez-là, elle m’a fait penser à nos Loges maçonniques. Voici ce qu’il écrit :

Je crois en Dieu Hélas plus du tout en ses prêtres
Il s’est glissé chez eux des Judas et des traîtres
Un vent d’Est a soufflé, glacial, qui dénature
Leurs sermons inspirés par la nomenclature
Et s’ils lèvent encore leurs mains jointes au ciel
Le capital de Marx est leur nouveau missel !

Voici ce que cela pourrait donner maçonniquement :

Je crois en la Lumière, hélas plus en ses Maîtres,
Il s’est glissé chez eux des ombres et des traîtres.
Un vent profane a soufflé, froid, qui dénature,
Leurs travaux inspirés par la nomenclature.
Et s’ils lèvent encore l’équerre vers le ciel,
Le dogme du pouvoir est leur nouveau rituel !

redevenir des temples de lumière ou s’effacer, dépassées par un monde qui ne nous écoute plus.

Le tribunal des morts de Maât : un voyage au cœur du jugement égyptien

Dans l’imaginaire de l’Égypte antique, où les dieux et les mortels dansaient dans un équilibre cosmique, le Tribunal des Morts se dresse comme un pilier de la quête de vérité et de justice. Présidé par Osiris, dieu de l’au-delà, et orchestré par la déesse Maât, incarnation de l’ordre et de la vérité, ce lieu mythique n’est pas seulement un tribunal : c’est une porte vers l’éternité, un miroir de l’âme humaine confrontée à son propre poids.

À travers rituels, symboles et cosmologie, le Tribunal des Morts révèle une vision profonde de la vie, de la mort et de la moralité, qui continue de fasciner des millénaires plus tard. Plongeons dans cet univers où chaque cœur est pesé, où chaque parole compte, et où l’équilibre du monde repose sur une plume.

Un passage rituel vers l’au-delà

Dans la mythologie égyptienne, la mort n’est pas une fin, mais une transition. Les anciens Égyptiens croyaient que l’âme, composée de plusieurs éléments comme le ka (l’esprit vital) et le ba (la personnalité), entreprenait un voyage périlleux vers l’au-delà. Le Tribunal des Morts, ou Jugement de l’âme, est l’étape décisive de ce périple. Situé dans la Douât, le monde souterrain, ce tribunal n’est pas un lieu physique au sens moderne, mais un espace spirituel où l’ordre cosmique, incarné par Maât, évalue la valeur d’une vie. Pour les Égyptiens, vivre en harmonie avec Maât – l’équilibre, la justice, la vérité – était essentiel, car c’est elle qui présidait à leur jugement final.

Avant d’atteindre le tribunal, le défunt devait se purifier selon des rituels précis, souvent décrits dans le Livre des Morts, un recueil de formules magiques placé dans les sarcophages pour guider l’âme. Le dieu Anubis, à tête de chacal, jouait un rôle clé en accompagnant le défunt. Protecteur des nécropoles et maître des embaumeurs, il veillait à ce que le corps soit correctement préparé pour le voyage. Une fois purifié, le défunt offrait des fleurs de lotus, symboles de renaissance et de création, avant de pénétrer dans la salle du jugement. Ce moment solennel marquait le début d’un face-à-face avec l’éternité.

La confession négative : un plaidoyer pour l’âme

Le jugement commence par un rituel fascinant : la Confession négative. Devant un tribunal composé de 42 juges, chacun représentant une faute ou un aspect de la moralité, le défunt devait proclamer son innocence. Ces juges, parfois appelés les « assesseurs de Maât », incarnaient des principes spécifiques, comme « Je n’ai pas volé » ou « Je n’ai pas menti ». Contrairement à une confession moderne, où l’on avoue ses péchés, la Confession négative était un acte d’affirmation : le défunt énonçait ce qu’il n’avait pas fait, revendiquant une vie alignée avec les lois de Maât.

Ce rituel, loin d’être une simple formalité, reflétait la vision égyptienne de la responsabilité individuelle. Les 42 lois de Maât, bien que non codifiées comme un texte légal, formaient un code moral implicite, englobant des valeurs comme l’honnêteté, la générosité et le respect des autres. Prononcer ces formules exigeait une sincérité absolue, car mentir devant les dieux équivalait à perturber l’ordre cosmique. Le Livre des Morts fournissait des incantations pour renforcer ces déclarations, mais la vérité du cœur restait l’élément déterminant.

La pesée de l’âme : un équilibre délicat

Dieux et Déesses d'Égypte
Dieux et Déesses d’Égypte

Le moment culminant du Tribunal des Morts est la Pesée de l’âme, un rituel chargé de symbolisme. Au centre de la salle, une grande balance attend. Sur un plateau repose le cœur du défunt, siège des émotions et de la conscience selon les Égyptiens. Sur l’autre, une plume, celle de Maât, parfois associée à sa sœur Nephtys, symbolise la légèreté de la vérité. Si le cœur est aussi léger que la plume, l’âme est jugée pure ; s’il est plus lourd, alourdi par les fautes, le verdict est terrible.

Ce rituel est orchestré par un cortège divin. Anubis surveille la balance, veillant à son équilibre. Horus, dieu faucon, vérifie la précision du processus, tandis que Thot, dieu ibis de la sagesse et des scribes, enregistre le résultat. Maât elle-même préside, incarnation de la justice universelle. Enfin, Osiris, dieu des morts, prononce le verdict final. Cette scène, souvent représentée dans les papyrus funéraires, est d’une richesse visuelle saisissante : les dieux, graves et majestueux, entourent la balance, tandis que le défunt attend, suspendu entre espoir et crainte.

L’issue de la pesée détermine le destin de l’âme. Si le cœur est léger, le défunt accède aux Champs d’Ialou, un paradis champêtre où les âmes vertueuses cultivent des champs de blé sous la bienveillance d’Osiris. Ce lieu, situé près du lac Menzaleh dans le delta du Nil, évoque une vie idyllique, presque un retour à l’âge d’or égyptien. Mais si le cœur est lourd, un sort funeste attend : Ammout, la « Grande Dévorante », une créature hybride mi-lionne, mi-hippopotame, mi-crocodile, engloutit l’âme, la condamnant à l’oubli éternel. Dans certains cas, les âmes impures ne sont pas dévorées, mais condamnées à errer comme esprits maléfiques, une perspective terrifiante pour les Égyptiens, qui valorisaient l’ordre et la stabilité.

Une cosmologie de l’équilibre

Osiris

Le Tribunal des Morts n’est pas seulement une épreuve individuelle ; il reflète une vision du monde où tout repose sur l’équilibre. Maât, en tant que déesse, n’est pas une figure punitive, mais une gardienne de l’harmonie. Ses 42 lois ne sont pas des interdits rigides, mais des principes pour vivre en accord avec le cosmos. Cette idée d’équilibre imprègne toute la culture égyptienne, des cycles du Nil aux saisons agricoles, en passant par la relation entre pharaons et sujets. Le jugement de l’âme est une extension de cette philosophie : une vie bien vécue, alignée sur Maât, garantit une place dans l’ordre éternel.

Le rôle d’Osiris dans ce tribunal est tout aussi significatif. En tant que dieu mort et ressuscité, il incarne l’espoir d’une vie après la mort. Selon la légende, Osiris fut assassiné par son frère Seth, démembré, puis reconstitué par Isis et Anubis, devenant ainsi la première momie. Son triomphe sur la mort en fait le juge idéal, celui qui comprend la fragilité humaine tout en représentant l’éternité. Sa présence dans le tribunal rassure : il est « l’éternellement bon », celui qui essuie les larmes, offrant une justice miséricordieuse mais inflexible.

Symbolisme et résonance universelle

La richesse du Tribunal des Morts réside dans ses symboles, qui transcendent l’Égypte antique pour toucher des vérités universelles. La balance, par exemple, est un motif récurrent dans de nombreuses cultures, de la justice grecque à la psychostasie chrétienne. Elle incarne l’idée que nos actions ont un poids, que la moralité n’est pas abstraite, mais mesurable. La plume de Maât, si légère et pourtant si lourde de sens, évoque la simplicité de la vérité face à la complexité des passions humaines. Même Ammout, monstre terrifiant, parle à notre peur de l’oubli, de disparaître sans laisser de trace.

Le rituel de la Confession négative, quant à lui, interroge notre rapport à la responsabilité. En énonçant ce qu’il n’a pas fait, le défunt ne se contente pas de nier ses fautes : il affirme une vie de droiture, une intention de bien agir. C’est une forme de plaidoyer pour soi-même, un moment où l’individu se regarde sans fard. Cette introspection forcée résonne encore aujourd’hui, dans un monde où l’on cherche souvent à justifier ses actes plutôt qu’à les assumer.

Une influence durable

Le Tribunal des Morts a laissé une empreinte profonde, non seulement dans l’histoire égyptienne, mais dans l’imaginaire collectif. Les récits de jugement post-mortem, qu’il s’agisse des Enfers grecs avec Hadès ou du Jugement dernier chrétien, portent des échos de cette cosmologie égyptienne. La balance de Maât trouve un parallèle dans les plateaux de la justice divine, et l’idée d’un tribunal céleste hante toujours les réflexions sur la moralité et l’au-delà.

Dans la culture populaire, le Tribunal des Morts inspire encore. Des jeux vidéo comme Assassin’s Creed Origins aux romans fantastiques, l’image de la Pesée de l’âme captive par sa dramaturgie. Elle incarne un moment de vérité absolue, où nul ne peut se cacher. Même dans les mangas ou les films, Anubis et Maât apparaissent comme des figures archétypales, symboles d’un ordre ancien mais intemporel.

Un miroir pour notre époque

Grande fresque du Tribunal d’Osiris à la Grande Loge de Misraïm à Paris

Pourquoi le Tribunal des Morts fascine-t-il encore ? Peut-être parce qu’il nous confronte à des questions éternelles : qu’ai-je fait de ma vie ? Mes actes ont-ils un sens ? Dans une société moderne où la mort est souvent taboue, la vision égyptienne offre une perspective apaisante : la mort n’est pas une fin, mais une étape, un moment de vérité où l’on est jugé non pas par ses erreurs, mais par son aspiration à l’harmonie. Maât, avec sa plume légère, nous rappelle que la justice n’est pas une punition, mais un retour à l’équilibre.

En contemplant ce tribunal, on ne peut s’empêcher de réfléchir à sa propre balance. Que pèserait notre cœur ? Serait-il léger comme une plume, porté par des actes de bonté, ou alourdi par des regrets ? Le Tribunal des Morts, loin d’être une relique du passé, est un miroir tendu à l’humanité, un appel à vivre avec conscience, à construire un monde où l’ordre et la vérité prévalent.

Le tribunal des morts de Maât : un voyage au cœur du jugement égyptien

Dans l’imaginaire foisonnant de l’Égypte antique, où les dieux dialoguaient avec les mortels dans une harmonie cosmique, le Tribunal des Morts s’élève comme une arche de justice et de vérité. Présidé par Osiris, souverain de l’au-delà, et guidé par Maât, déesse de l’ordre universel, ce lieu mythique transcende la simple idée de jugement : il est une porte vers l’éternité, un miroir où l’âme humaine affronte son essence. À travers ses rituels, ses symboles et sa cosmologie, le Tribunal des Morts offre une vision intemporelle de la vie, de la mort et de la moralité, qui résonne encore dans notre quête de sens. Plongeons dans cet univers où le cœur est pesé contre une plume, où chaque mot pèse son poids d’éternité, et où l’équilibre du monde repose sur la vérité.

Un passage rituel vers l’au-delà

La mort, pour les anciens Égyptiens, n’était pas une fin, mais une métamorphose. L’âme, composée du ka (force vitale) et du ba (personnalité), entreprenait un voyage semé d’épreuves vers la Douât, le monde souterrain. Le Tribunal des Morts, moment clé de ce périple, se déroulait dans un espace spirituel où Maât, incarnation de l’harmonie cosmique, scrutait la vie du défunt. Vivre selon Maât – en respectant la justice, la vérité et l’équilibre – était une obligation morale, car c’est elle qui déterminait le sort éternel de l’âme.

Avant de comparaître, le défunt suivait des rituels de purification détaillés dans le Livre des Morts, un guide funéraire rempli de formules magiques. Anubis, dieu chacal des embaumeurs, escortait l’âme, s’assurant que le corps momifié était prêt pour l’éternité. Offrant des fleurs de lotus, symboles de renaissance, le défunt entrait enfin dans la salle du jugement, un lieu empreint de solennité où son destin se jouait.

La confession négative : un plaidoyer pour l’âme

Le jugement s’ouvrait par la Confession négative, un rituel d’une puissance symbolique unique. Face à 42 juges, chacun incarnant une faute morale spécifique, le défunt proclamait son innocence en énumérant ce qu’il n’avait pas fait : « Je n’ai pas volé », « Je n’ai pas menti ». Ces assesseurs de Maât représentaient un code éthique implicite, englobant des valeurs comme l’honnêteté, la compassion et le respect. Cette déclaration n’était pas un simple exercice rhétorique : mentir devant les dieux risquait de rompre l’ordre cosmique.

La Confession négative reflétait une vision profonde de la responsabilité. Plutôt que d’avouer des péchés, le défunt affirmait une vie alignée avec Maât, un acte de foi en sa propre droiture. Le Livre des Morts fournissait des incantations pour soutenir ce plaidoyer, mais seule la vérité du cœur garantissait le succès.

La pesée de l’âme : un équilibre délicat

Dieu Egyptien Isis
Egypte, Isis, Dieu, Deese, symbole, lune, soleil, oiseau, statue agenouillée, tradition, baton, représentation

Au cœur du tribunal, la Pesée de l’âme captivait l’imagination. Une grande balance trônait, portant d’un côté le cœur du défunt – siège de la conscience – et de l’autre la plume de Maât, symbole de vérité. Si le cœur s’équilibrait avec la plume, l’âme était pure ; s’il s’alourdissait de fautes, le verdict était implacable.

Anubis surveillait la balance, Horus en vérifiait l’exactitude, et Thot, dieu scribe, notait le résultat. Maât présidait, tandis qu’Osiris, maître de l’au-delà, rendait le jugement final. Cette scène, immortalisée dans les papyrus, vibrait d’une tension dramatique : le destin éternel se jouait en un instant. Une âme pure gagnait les Champs d’Ialou, un paradis verdoyant près du lac Menzaleh, où elle vivait dans la félicité. Mais un cœur lourd tombait entre les griffes d’Ammout, la Dévorante, créature hybride qui annihilait l’âme, la condamnant à l’oubli ou à une errance maudite.

Une cosmologie de l’équilibre

Le Tribunal des Morts incarnait l’obsession égyptienne pour l’équilibre. Maât n’était pas une déesse punitive, mais une gardienne de l’harmonie, dont les 42 lois formaient un guide pour vivre en accord avec le cosmos. Cet équilibre se retrouvait partout : dans les crues du Nil, dans la relation entre pharaon et peuple, dans l’alternance du jour et de la nuit. Le jugement était une extension de cette philosophie : une vie fidèle à Maât assurait une place dans l’ordre éternel.

Osiris, dieu mort et ressuscité, jouait un rôle central. Assassiné par Seth, reconstitué par Isis, il incarnait la victoire sur la mort. Sa bienveillance tempérait la rigueur du tribunal, offrant une justice à la fois ferme et miséricordieuse. En tant que première momie, il symbolisait l’espoir d’une renaissance, un thème au cœur de la foi égyptienne.

Le lien avec la franc-maçonnerie égyptienne

La franc-maçonnerie, avec ses rituels et symboles, puise dans l’héritage égyptien, notamment à travers les courants dits « égyptiens », comme le Rite de Memphis-Misraïm, né au XVIIIe siècle sous l’impulsion de figures comme Cagliostro. Le Tribunal des Morts de Maât, avec sa quête de vérité et son symbolisme de la balance, trouve des échos profonds dans les idéaux maçonniques, où l’initié est appelé à se confronter à lui-même pour atteindre une forme d’illumination.

Dans la franc-maçonnerie égyptienne, l’idée de jugement intérieur est centrale. Tout comme le défunt égyptien affronte la Pesée de l’âme, l’initié maçonnique passe par des épreuves symboliques – comme la Chambre de Réflexion – où il médite sur sa mortalité et ses valeurs. La balance de Maât, opposant le cœur à la plume, rappelle le compas et l’équerre maçonniques, outils d’équilibre et de rectitude morale. La Confession négative, où le défunt affirme sa droiture, évoque les serments maçonniques, où l’initié s’engage à vivre selon des principes éthiques élevés.

Maât elle-même, en tant que vérité universelle, peut être rapprochée du Grand Architecte de l’Univers, principe maçonnique transcendant les dogmes. Les 42 juges du tribunal égyptien trouvent un parallèle dans les multiples vertus prônées par la franc-maçonnerie, comme la justice, la tempérance et la prudence. De plus, le voyage de l’âme dans la Douât, semé d’obstacles, résonne avec le parcours initiatique maçonnique, où chaque grade est une étape vers une compréhension plus profonde du soi et du cosmos.

Le Rite de Memphis-Misraïm, riche en références égyptiennes, intègre explicitement des symboles comme Anubis ou la plume de Maât dans ses décors et rituels. Ces éléments rappellent que la quête de lumière, au cœur de la franc-maçonnerie, est aussi une quête de vérité, tout comme dans le tribunal égyptien. Osiris, dieu de la résurrection, préfigure l’idée maçonnique de renaissance spirituelle : l’initié « meurt » symboliquement pour renaître en homme meilleur, tout comme Osiris triomphe de la mort.

Enfin, le silence et l’introspection, essentiels au jugement égyptien, sont des piliers de la pratique maçonnique. Le franc-maçon, comme le défunt devant Maât, doit faire preuve d’humilité et de sincérité, se dépouillant de son ego pour accéder à une vérité plus haute. Ainsi, le Tribunal des Morts n’est pas seulement un héritage culturel pour la franc-maçonnerie égyptienne : il est une source vive d’inspiration, un rappel que la justice intérieure est la clé de toute transformation.

Symbolisme et résonance universelle

Les symboles du Tribunal des Morts transcendent l’Égypte pour toucher l’humanité entière. La balance, motif universel, évoque la justice divine, des Enfers grecs au Jugement dernier chrétien. La plume de Maât incarne la légèreté de la vérité face aux fardeaux de l’ego. Ammout, avec sa gueule monstrueuse, parle à notre peur de l’anéantissement, tandis que la Confession négative interroge notre capacité à assumer nos choix.

Ces images continuent d’inspirer, car elles posent des questions intemporelles : qu’est-ce qu’une vie bien vécue ? Nos actes ont-ils un sens au-delà de nous-mêmes ? Le tribunal égyptien, avec sa rigueur et sa poésie, offre une réponse : la vérité, aussi simple qu’une plume, est ce qui nous libère.

Une influence durable

L’héritage du Tribunal des Morts s’étend bien au-delà de l’Égypte. Les récits de jugement post-mortem, qu’il s’agisse de l’Hadès grec ou du paradis islamique, portent sa marque. Dans la culture moderne, des œuvres comme Assassin’s Creed Origins ou des romans fantastiques ressuscitent Anubis et Maât, captivant par leur aura mystique. La Pesée de l’âme, avec sa tension dramatique, reste un archétype puissant, un moment où l’humanité se mesure à l’infini.

Un miroir pour notre époque

Pourquoi ce tribunal nous hante-t-il encore ? Parce qu’il nous force à regarder en nous. Dans un monde où la mort est occultée, l’approche égyptienne réconcilie : elle fait de la mort une étape, un dialogue avec la vérité. Maât, avec sa plume, nous enseigne que la justice n’est pas vengeance, mais harmonie. Que pèserait votre cœur aujourd’hui ? Léger comme une plume ou alourdi par des regrets ? Le Tribunal des Morts est un appel à vivre avec conscience, à tisser un monde où l’équilibre prévaut.