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La Franc-maçonnerie est-elle à l’origine du Festival de Cannes ?

La « Palme d'or » du Festival de Cannes

Dans l’effervescence culturelle de la France des années 1930, alors que l’ombre du fascisme s’étendait sur l’Europe, un projet audacieux naquit dans l’esprit d’un homme d’État visionnaire, Jean Zay, ministre du Front populaire et franc-maçon convaincu. Le Festival de Cannes, aujourd’hui symbole mondial du cinéma, fut conçu comme un rempart de liberté et de créativité face à la propagande totalitaire. Si la franc-maçonnerie ne fut pas l’unique architecte de cet événement, son empreinte idéologique, portée par Zay et ses idéaux de fraternité, d’égalité et de progrès, joua un rôle déterminant dans sa genèse.

Cet article retrace, sous un angle historique et narratif, l’histoire fascinante de la création du festival, tout en explorant la légende tenace qui lie la Palme d’or à la branche d’acacia maçonnique, symbole de pureté et d’immortalité.

Les Années 1930 : Une France en quête de lumière

Jean Zay

En 1936, la France vit un moment de bouleversement politique et social. Le Front populaire, coalition de gauche menée par Léon Blum, accède au pouvoir, porté par un élan de réformes progressistes. Jean Zay, jeune ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, incarne cette aspiration à une société plus juste et cultivée. À seulement 32 ans, cet avocat orléanais, initié en 1926 dans la loge Étienne Dolet du Grand Orient de France (GODF), est déjà une figure montante. Son père, Léon Zay, maçon lui-même, lui a transmis les valeurs républicaines et laïques qui guideront son action. Membre également de la loge L’Éducation Civique de la Grande Loge de France (GLDF), Jean Zay puise dans la franc-maçonnerie une vision humaniste, où l’éducation et la culture sont des leviers d’émancipation.

C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée d’un festival de cinéma international. À l’époque, la Mostra de Venise, créée en 1932 sous l’égide de l’Italie fasciste de Mussolini, domine la scène cinématographique européenne. Mais la Mostra est gangrénée par la propagande. En 1938, des films nazis et fascistes, soutenus par des figures comme Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, y triomphent, au détriment de la liberté artistique. Les États-Unis et le Royaume-Uni, indignés par cette politisation, boycottent l’événement et cherchent une alternative. C’est alors que Émile Vuillermoz, critique musical, et René Jeanne, historien du cinéma, proposent à Zay un projet ambitieux : faire de la France le berceau d’un « festival du monde libre ».

Cannes : Un rêve forgé dans l’idéal maçonnique

Jean Zay, passionné par le cinéma et convaincu de son pouvoir éducatif, embrasse l’idée avec ferveur. Pour lui, le cinéma n’est pas seulement un art, mais un outil de résistance intellectuelle face aux totalitarismes. Ses idéaux maçonniques – liberté, égalité, fraternité – résonnent dans ce projet. La Franc-maçonnerie, avec son attachement à la culture comme vecteur de progrès, inspire sa volonté de créer un espace où les artistes du monde entier pourraient s’exprimer sans censure. Comme il l’écrit dans ses mémoires (Souvenirs et solitude, 1945)

« la culture est le rempart de l’esprit libre contre la barbarie ».

Cannes, perle de la Côte d’Azur, est choisie pour accueillir ce festival. Son climat ensoleillé, ses palaces, et son prestige en font un écrin idéal. Mais le choix de Cannes n’est pas anodin : la ville, avec ses armoiries ornées d’une palme, évoque la victoire et la pureté, des valeurs qui font écho aux symboles maçonniques chers à Zay. En 1939, tout est prêt : Louis Lumière, pionnier du cinéma et figure universellement respectée, accepte de présider l’événement, prévu du 1er au 20 septembre. Des délégations américaines et britanniques affluent, et une sélection de films internationaux, célébrant la créativité et la diversité, est annoncée.

Mais le destin en décide autrement. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne, déclenchant la Seconde Guerre mondiale. La France déclare la guerre deux jours plus tard, et le festival est annulé. Le rêve de Zay s’effondre, balayé par la tourmente. Sous l’Occupation, le projet, associé à un ministre juif et républicain, est enterré. Zay lui-même, arrêté par le régime de Vichy, est emprisonné, puis assassiné par la Milice en 1944. Pourtant, son idée survit.

La Renaissance de Cannes : Un héritage retrouvé

Après la Libération, la France renaît, et avec elle, le projet de Cannes. En 1946, le Festival de Cannes voit enfin le jour, sous la direction de nouvelles figures comme Philippe Erlanger et Robert Favre Le Bret. Bien que Zay ne soit plus là pour en être témoin, son empreinte perdure. Le festival devient un symbole de liberté artistique, attirant les plus grands cinéastes, de Roberto Rossellini à Akira Kurosawa. Il s’impose rapidement comme une vitrine mondiale du cinéma, fidèle à la vision initiale de Zay : un espace où l’intelligence et la créativité triomphent des idéologies oppressives.

C’est en 1955 que naît la Palme d’or, récompense suprême du festival. Conçue par la joaillière Lucienne Lazon, elle remplace le Grand Prix du Festival international du film, un diplôme accompagné d’un trophée variable. La palme, posée sur un socle en terre cuite sculpté par Sébastien, tire son inspiration des armoiries de Cannes, elles-mêmes liées à la légende de saint Honorat. Selon la tradition, ce saint, en grimpant sur un palmier, aurait chassé les serpents des îles de Lérins, un symbole de purification repris dans l’héraldique locale. La première Palme d’or est décernée à Marty de Delbert Mann, marquant le début d’une icône cinématographique.

La Palme d’or et l’Acacia : Une Légende Maçonnique

Dès les premières éditions, une rumeur circule dans les cercles maçonniques : et si la Palme d’or était plus qu’un simple symbole local ? Pour certains frères et sœurs, sa forme évoque la branche d’acacia, emblème sacré du grade de Maître maçon. Dans la franc-maçonnerie, l’acacia, associé au mythe d’Hiram, architecte du temple de Salomon, symbolise l’immortalité de l’âme et la fidélité. Sa verdure persistante représente la vie qui triomphe de la mort, une idée qui résonne avec la victoire artistique célébrée à Cannes.

Cette légende trouve un écho dans l’implication de Jean Zay, dont l’appartenance maçonnique est bien connue. Pour les tenants de cette théorie, la palme ne serait pas seulement un hommage à Cannes, mais un clin d’œil discret aux idéaux du GODF, incarnés par Zay. Dans les années 1960, alors que le festival gagne en prestige, des maçons murmurent que la palme est une « acacia déguisée », un symbole caché de l’influence maçonnique sur la culture française.

Pourtant, l’histoire est plus prosaïque. Les archives du festival, consultées dans Histoire du Festival de Cannes (Éditions du Festival, 1996), confirment que la palme est directement inspirée du blason de Cannes, sans référence à l’acacia. La légende de saint Honorat, ancrée dans la tradition chrétienne, prédomine, et les organisateurs, comme Favre Le Bret, n’ont jamais mentionné de lien maçonnique. La ressemblance entre la palme et l’acacia est une coïncidence, amplifiée par l’imaginaire maçonnique et la présence de Zay à l’origine du projet. Comme le note Roger Dachez dans Les Mythes de la franc-maçonnerie (2016), « les symboles maçonniques suscitent des interprétations, car ils parlent à l’inconscient collectif, même sans intention délibérée ».

Jean Zay : Un Héros Maçonnique et Républicain

L’histoire du Festival de Cannes ne peut être dissociée de celle de Jean Zay, dont la vie incarne les idéaux de la franc-maçonnerie. Né en 1904 d’un père juif et d’une mère protestante, Zay grandit à Orléans dans un milieu républicain. Initié à 22 ans, il gravit les échelons du GODF tout en s’engageant en politique. Sous le Front populaire, il révolutionne l’éducation et la culture, posant les bases du CNRS, du Palais de la Découverte, et de l’ENA. Son amour du cinéma le pousse à soutenir des initiatives comme le Centre national du cinéma (CNC), créé en 1946, et bien sûr, le Festival de Cannes.

Mais son engagement lui vaut des ennemis. Sous Vichy, Zay est calomnié comme juif, maçon, et républicain. Emprisonné, il rédige ses mémoires, un témoignage de résilience. En 1944, il est exécuté par la Milice, à l’âge de 40 ans. Son sacrifice devient un symbole de la Résistance. En 2015, ses cendres entrent au Panthéon, aux côtés de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, et Germaine Tillion, comme l’annonça François Hollande en 2014. Cet hommage consacre Zay comme un héros de la République, dont l’héritage culturel perdure à Cannes et au-delà.

Un ouvrage récent, Jeunesse de la République (2024), édité par Pierre Allorant et Olivier Loubes, avec une préface de Pascal Ory, retrace son parcours. Rassemblant ses journaux, discours, et écrits inédits, il révèle un Zay humaniste, dont la vision maçonnique – faire de l’école et de la culture des piliers de la démocratie – continue d’inspirer.

Un Héritage Vivant

Quentin Tarantino

Le Festival de Cannes, né d’un rêve brisé par la guerre, est aujourd’hui une institution mondiale, où des cinéastes comme Quentin Tarantino, Jane Campion, ou Bong Joon-ho ont été couronnés. Chaque année, la Palme d’or, brandie sous les projecteurs du Palais des Festivals, rappelle la vision de Jean Zay : un cinéma libre, universel, et audacieux. Si la légende de l’acacia persiste dans les loges maçonniques, elle ajoute une touche de mystère à cette épopée culturelle, sans en altérer la vérité historique.

La franc-maçonnerie, à travers Zay, a insufflé au festival un esprit de résistance et d’humanisme. Comme l’écrit Antoine Prost dans Jean Zay, ministre de la République (2003), « Zay a fait de la culture un acte de foi républicaine, un combat pour la liberté ». À Cannes, cet héritage brille encore, dans chaque film projeté, dans chaque palme décernée.

Références

  • Archives du ministère de la Culture, 1938-1946.
  • Zay, J., Souvenirs et solitude, 1945.
  • Allorant, P., & Loubes, O., Jeunesse de la République, Bouquins, 2024.
  • Prost, A., Jean Zay, ministre de la République, Tallandier, 2003.
  • Dachez, R., Les Mythes de la franc-maçonnerie, Armand Colin, 2016.
  • Chevallier, P., Les Francs-maçons et la République, Fayard, 1972.
  • Histoire du Festival de Cannes, Éditions du Festival, 1996.

Par notre confrère France Info :

« Un acte de résistance » contre le fascisme : « Affaires sensibles » retrace un scénario méconnu, celui de la naissance du Festival de Cannes

Emission Affaires Sensibles de France Info

« On oublie cette histoire-là, pourtant fondamentale », regrette la fille de Jean Zay, ministre du Front populaire qui fut aussi le père… du Festival de Cannes. « Affaires sensibles » retrace un scénario méconnu : comment un rendez-vous devenu le plus prestigieux du cinéma mondial a été imaginé pour faire concurrence à une Mostra de Venise sous domination fasciste.

2 septembre 1938 : scandale parmi les nations démocratiques, lorsque la 6e Mostra de Venise couronne deux films de la propagande fasciste. Benito Mussolini, qui gouverne l’Italie depuis quinze ans, a été convaincu par Adolf Hitler, son allié allemand de l’axe Rome-Berlin, de mettre au pas le jury de la seule compétition internationale dédiée au septième art. 

Ex æquo en tête du palmarès : Luciano Serra, pilote, supervisé par le propre fils du Duce, et Les Dieux du stade, réalisé par Leni Riefenstahl, la cinéaste attitrée de l’Allemagne nazie. 

Un « festival du monde libre » imaginé dans un wagon-lit

Comment réagir à ce coup de force contre la culture ? Les grandes choses ayant souvent « des commencements modestes », selon les mots de Philippe Erlanger, représentant la France au jury de la Mostra, c’est dans un wagon-lit que va germer le projet d’« un autre festival, un festival du monde libre ». L’idée lui en est venue dans le train qui ramène le haut fonctionnaire à Paris le soir même.

De retour dans la capitale, Philippe Erlanger va trouver un allié décisif au sein du gouvernement du Front populaire : Jean Zay, le jeune ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts. A 34 ans, il s’est imposé comme une figure de la gauche. Et il va immédiatement faire de ce projet un combat personnel. 

Une figure du Front populaire cinéphile 

Cinéphile, Jean Zay est surtout convaincu, témoigne sa fille cadette Hélène dans « Affaires sensibles » que « c’est un acte de résistance, culturelle cette fois-ci, contre ce régime totalitaire. Et qu’il faut que ce soit la France, le pays des droits de l’homme, qui soit aux avant-postes pour ça ».

Mais avec le gouvernement Daladier, qui succède à Léon Blum, la fermeté face aux dictatures n’est pas de mise au sommet de l’Etat… Il faudra attendre qu’Hitler envahisse ce qu’il reste de la Tchécoslovaquie, six mois après les accords de Munich, pour que sa politique de l' »apaisement » ne tienne plus. Après des mois de travail acharné et de tractations, l’inauguration du festival de Cannes est fixée au 1er septembre 1939. Et c’est ce même jour qu’Hitler envahit la Pologne, une semaine après la signature du pacte germano-soviétique…

Annulé pour cause de Seconde Guerre mondiale 

Arrêté, jugé pour désertion, jeté en prison, Jean Zay (qui a aussitôt démissionné pour s’engager dans l’armée française) sera assassiné par la Milice en juin 1944. Depuis 2015, il repose au Panthéon. Ministre du Front populaire, juif et franc-maçon, il est « l’une des premières victimes politiques du régime de Vichy », rappelle sa fille Hélène devant le mémorial qui lui est consacré à Orléans. C’est une table de banquet républicain dressée dans la ville d’origine de son père, où elle réside toujours, qui mentionne le Festival de Cannes parmi ses contributions.

« La création de ce festival, pour Hélène Mouchard-Zay, c’est un acte de résistance. Avant l’heure, parce qu’il est bien de résister avant que la catastrophe ne soit là. Et c’est ce que mon père a fait. On oublie cette histoire-là, qui est pourtant fondamentale, parce que je trouve que c’est une idée qui reste très présente, que le cinéma peut être un instrument de combat dans le combat démocratique, dans le combat pour la liberté. C’est une grande idée, pour laquelle il a combattu, et qui a duré. »

Jean Zay n’aura pas connu le festival, mais le projet lui survivra – relancé par le même Philippe Erlanger qui en avait eu l’idée, à la Libération. Et le 20 septembre 1946, un an après la fin de la guerre, la ville inaugure pour de bon son premier festival international du film…

Extrait de « Naissance du Festival de Cannes : le combat du monde libre », à voir dans « Affaires sensibles(Nouvelle fenêtre) » le 18 mai 2025.

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Dupond-Moretti et la Franc-maçonnerie : une critique acérée dans une vidéo

Après Philippe de Villiers mercredi et François Asselineau samedi, c’est au tour d’Éric Dupond-Moretti de se justifier à propos de la franc-maçonnerie. On pourrait croire que le discours du président Macron les a stimulés sur ce thème. Dans une vidéo publiée sur YouTube le 7 mai 2025, Éric Dupond-Moretti, ancien ministre de la Justice, s’exprime sans complaisance sur la Franc-maçonnerie.

Cette intervention, qui a rapidement attiré l’attention sur les réseaux sociaux, révèle une position critique vis-à-vis de l’Art Royal, mettant en lumière des tensions entre les valeurs républicaines et les pratiques perçues comme opaques de certaines Obédiences maçonniques. Cet article propose de décrypter les propos de l’ex ministre devenu comédien, d’analyser le contexte de cette prise de parole et d’explorer les réactions qu’elle a suscitées.

Les propos de Dupond-Moretti : une attaque frontale

Dans cette vidéo de plus d’une heure, Éric Dupond-Moretti, connu pour son franc-parler, ne mâche pas ses mots. Il commence par rappeler son attachement indéfectible à la laïcité, un pilier de la République française, avant d’aborder à la seizième minute le sujet de la Franc-maçonnerie. Selon lui, certaines loges maçonniques, sous couvert de principes philosophiques et humanistes, exerceraient une influence discrète mais problématique sur les sphères du pouvoir, notamment dans la justice et la politique.

L’ex ministre dénonce ce qu’il appelle des « réseaux d’influence souterrains des Frères La gratouille » qui, selon lui, nuisent à la transparence et à l’égalité devant la loi. Il cite des exemples où des magistrats ou des fonctionnaires, membres de loges maçonniques, auraient favorisé des « frères » dans des décisions judiciaires ou des nominations administratives, au détriment du mérite et de l’impartialité. « Je ne peux pas tolérer que des cercles privés, quels qu’ils soient, viennent interférer dans le fonctionnement de la justice« , assène-t-il, martelant que la République doit rester « aveugle aux appartenances et aux affiliations« .

Dupond-Moretti va plus loin en critiquant le secret qui entoure les activités maçonniques. Il évoque les serments d’allégeance prêtés par les membres, qu’il juge incompatibles avec les devoirs des fonctionnaires publics, notamment dans le cadre de la justice. « Quand on prête serment à la République, on ne peut pas prêter serment ailleurs« , déclare-t-il, suggérant que cette dualité d’engagement pourrait créer des conflits d’intérêts.

Contexte : une justice sous tension

Eric Dupond-Moretti

Cette sortie intervient dans un contexte où la justice française est sous le feu des critiques. Depuis son arrivée au ministère de la Justice en 2020, Dupond-Moretti a dû faire face à de nombreuses polémiques, notamment sur son propre passé d’avocat et sur des accusations de conflits d’intérêts dans certaines affaires. En 2025, alors que la France prépare des échéances électorales majeures, l’ex ministre semble vouloir réaffirmer son autorité et son engagement pour une justice indépendante.

La Franc-maçonnerie, présente en France depuis le XVIIIe siècle, a toujours été un sujet sensible. Avec environ 160 000 membres répartis dans diverses obédiences (comme la Grande Loge de France, le Grand Orient de France ou encore la Grande Loge Nationale Française), elle est souvent perçue comme un réseau d’influence, notamment dans les hautes sphères de l’État. Des affaires passées, comme les scandales impliquant des réseaux maçonniques dans les années 1980 et 1990, ont alimenté les soupçons d’une collusion entre certaines loges et des responsables publics. Les propos de Dupond-Moretti s’inscrivent donc dans une longue tradition de méfiance à l’égard de cette organisation.

Une critique à nuancer

Théâtre Marigny depuis le 1er février 2025.

Si les accusations de l’ex ministre devenu comédien sont graves, elles méritent d’être nuancées. D’une part, la Franc-maçonnerie n’est pas un monolithe : les différentes obédiences ont des orientations idéologiques variées, allant de la défense de la laïcité à des positions plus conservatrices. De nombreux francs-maçons revendiquent un engagement sincère pour des valeurs humanistes et républicaines, et rejettent toute idée d’influence indue.

D’autre part, les preuves concrètes d’une influence systématique de la Franc-maçonnerie sur la justice restent rares. Si des cas isolés de favoritisme ont été documentés par le passé, ils ne permettent pas de généraliser à l’ensemble de l’organisation. Dupond-Moretti lui-même n’apporte pas d’exemples précis dans cette vidéo, ce qui pourrait affaiblir la portée de ses accusations. Certains observateurs y voient une stratégie politique : en s’attaquant à une organisation souvent perçue comme mystérieuse, le ministre pourrait chercher à détourner l’attention de ses propres difficultés et à se poser en défenseur intransigeant de la République lorsqu’il était ministre.

Réactions et polémiques

Les réactions à cette vidéo n’ont pas tardé. Du côté des obédiences maçonniques, le ton est à l’indignation. Le Grand Orient de France a publié un communiqué dénonçant une « attaque injustifiée » et rappelant que la Franc-maçonnerie promeut des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, en parfaite adéquation avec les idéaux républicains. « Nous ne sommes pas un contre-pouvoir, mais un espace de réflexion« , affirme le communiqué, qui appelle Dupond-Moretti à « faire preuve de plus de discernement« .

Sur les réseaux sociaux, les avis sont partagés. Certains internautes saluent le courage du ministre pour avoir abordé un sujet tabou, estimant qu’il est temps de faire la lumière sur les réseaux d’influence dans les institutions. D’autres, en revanche, accusent Dupond-Moretti de populisme, voire de relayer des théories complotistes sur la Franc-maçonnerie. Des voix critiques soulignent également l’ironie de la situation : Dupond-Moretti, lui-même accusé par le passé de conflits d’intérêts, serait mal placé pour donner des leçons de transparence.

Vers une réforme ou une polémique stérile ?

Dans d’autres supports, Dupond-Moretti annonçait son intention lorsqu’il était aux affaires de renforcer les mécanismes de contrôle pour garantir l’indépendance des magistrats et des fonctionnaires. Il évoquait notamment la possibilité d’imposer une déclaration obligatoire d’appartenance à des organisations comme la Franc-maçonnerie pour certains postes sensibles, une mesure qui, si elle était mise en œuvre, risquerait de provoquer un tollé.

En 2025, alors que la France est confrontée à des défis majeurs – crise sociale, défiance envers les institutions, montée des extrêmes –, ces sorties de Dupond-Moretti pourraient n’être qu’une diversion. Si elles ont le mérite de poser la question de la transparence dans les institutions, elles risquent aussi de raviver des clichés sur la Franc-maçonnerie sans apporter de solutions concrètes.

En conclusion, les déclarations d’Éric Dupond-Moretti dans cette vidéo du 7 mai 2025 témoignent d’une volonté de s’attaquer aux zones d’ombre de la République, mais elles soulèvent autant de questions qu’elles n’apportent de réponses. Entre défense de la laïcité et risque de stigmatisation, le débat sur la Franc-maçonnerie reste plus que jamais d’actualité.

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28/05/25 à 19h30 à la GLDF : Conférence théâtralisée : « Intelligence Artificielle, éthique et morale » avec Laurence Devillers

La Grande Loge de France se donne tous les ans un thème de questions à l’étude de ses Loges qui le souhaitent. Le fil directeur de la période se terminant est « l’intelligence artificielle« . Lui a succédé « l’humain, le vivant, la planète« .

Dominique Losay

Nous clôturons la séquence des conférences publiques destinées à éclairer la réflexion sur le thème de l’intelligence artificielle avec cette conférence théâtralisée, ouverte à tout public, maçons ou non maçons, tout à fait exceptionnelle intégrant de larges extraits de la pièce « Qui a hacké Garoutzia ? » :

Clément Ledoux

Introduction : Dominique Losay, 1er Grand Maître adjoint de la Grande Loge de France
Modération : Clément Ledoux, Vénérable maître de la Loge « La Justice« 

PREMIERE PARTIE

Animation théâtrale :

Lecture de textes tirés d’extraits de la pièce de théâtre sur l’Intelligence Artificielle : « Qui a hacké Garoutzia ? » et d’autres textes de la compagnie Atropos spécialisée en Art et Sciences.

Ils seront interprétés par les comédiens de cette Compagnie.

Metteuse en scène : Lisa Bretzner, Autrice, comédienne

DEUXIEME PARTIE

Laurence DEVILLERS

Débat avec les éminents spécialistes :

Laurence DEVILLERS, professeure en IA à Sorbonne Université, chercheur au CNRS, présidente de la Fondation Blaise Pascal, co-autrice de « Qui a hacké Garoutzia ? » et autrice du livre « IA, Ange ou Démon ? » Ed. Du Cerf,

Serge ABITEBOUL, chercheur à Inria et ENS, Paris, membre de l’Académie des Sciences, co-auteur de « Qui a hacké Garoutzia ? »

Mercredi 28 mai 2025 à 19 h 30

Hôtel de la GLDF – Grand Temple Pierre Brossolette
8, rue Louis Puteaux
75017 PARIS
(Métro Rome)

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GOI : 16 mai 1925, discours de Gramsci à la Chambre contre la loi interdisant la Franc-maçonnerie

Du site officiel du Grand Orient d’Italie

C’est en mai, il y a cent ans, que le fascisme obtenait l’approbation parlementaire du projet de loi contre la franc-maçonnerie. Une loi qui entrera en vigueur le 26 novembre 1925 et qui marquera le début de la fin de toutes les libertés civiles.

Le texte de la loi, déjà élaboré en janvier, était parmi les priorités absolues du gouvernement et du parti fasciste, qui avait envoyé le 14 avril une circulaire à toutes ses fédérations, n° 4, qui dit : « La Franc-Maçonnerie constitue en Italie la seule organisation concrète de cette mentalité démocratique néfaste et irréductiblement hostile à notre parti et à notre idée de la Nation, qu’elle, et elle seule, permet aux différents partis, bourgeois et socialistes, de l’opposition parlementaire et aventin, de la résistance, de la cohérence et de l’unité d’action ».

GOI

Le débat sur le projet de loi à la Chambre a été fixé au 16 mai. Le rapporteur des propositions était Emilio Bodrero, l’un des opposants les plus virulents à la franc-maçonnerie au sein du PNF, partisan d’une campagne féroce qui avait culminé l’année précédente, en août 1924, avec l’engagement de l’anéantir. Cela avait déclenché la violence des squadristi qui avaient commencé à mettre le feu aux loges.

Portrait d’Antonio Gramsci, vers 30 ans, au début des années 1920.

Parmi les rares députés présents dans l’hémicycle le jour du débat, Antonio Gramsci a pris la parole pour attaquer cette loi. C’était aussi son premier et unique discours dans un parlement devenu alors complètement fasciste. Mais son discours, comme le prévient l’historien et Grand Maître honoraire du Grand Orient Santi Fedele, n’était pas un discours de défense des francs-maçons mais une dénonciation lucide contre la dérive liberticide actuellement en cours.

Le débat a été ouvert par Gioacchino Volpe, qui, dans son discours de soutien à la mesure fasciste, a également levé tout doute sur la référence de la loi à la franc-maçonnerie, à laquelle il a consacré tout son discours enflammé, l’accusant de « malentendu politique, de dégénérescence de la vie publique, de confusion des idées, de survivance des idéologies des Lumières et du XVIIIe siècle, de pacifisme râpé, d’internationalisme, de désorganisation de l’État, d’instrument d’intérêts étrangers au détriment du pays, de vieil anticléricalisme vide, et surtout d’intrigues et de Camorra ».

Siège du GOI

Une fois la discussion close, au moment du vote il n’y avait pas quorum, la séance fut donc ajournée et le projet de loi fut approuvé le 19 mai avec 289 voix contre 4. Le Sénat vota en sa faveur dans la séance du 22 novembre 1925. Le même jour, une balustrade Torrigiani dissout toutes les loges adhérant au Grand Orient d’Italie, mais pas le Grand Orient d’Italie, qui continue ses travaux.

Le Grand Orient d’Italie a édité la publication d’un volume intitulé « Gramsci et la Franc-Maçonnerie » avec la préface du Grand Maître Bisi dans laquelle le discours est rapporté.

En quête de spiritualité

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Notre siècle serait-il le nouveau siècle des lumières ?


Je suis tranquille de ce côté car les humoristes ou ceux qui essaient de pratiquer l’humour font rarement partie des gens sérieux qui croient détenir une certaine vérité. Ceci dit afin d’éviter toute ambiguïté éventuelle…

Cependant je voudrais pas qu’on dise que je ne suis pas une lumière pour autant, normal tout de même, un peu de fierté ! 

Je suis d’un naturel curieux, j’écoute, je lis et je m’intéresse à la presse écrite et audio-visuelle, à tout ce qui touche de près ou de loin aux références philosophiques, spirituelles et à mon “terreau maçonnique”. Force est de constater qu’il y a matière ! J’ai l’impression que

« aller chercher un peu de spiritualité rassure dans ce monde »

où la vitesse de croisière est bloquée sur l’accélération, elle même dépendante de la consommation et du calendrier des guerres internationales.

 Il faut se donner bonne conscience face aux dérèglements et aux aberrations de ce siècle emprunt de folie. L’humour et ses clignotants ne suffisent plus. La recette miracle comme nous propose l’intelligence artificielle à mon avis non plus.

La spiritualité semble répondre à cette quête, car ancrée dans le temps depuis des lustres.

« L’adn collectif est t-il chargÉ de spiritualitÉ? »

Toujours prêt à réagir comme un bras tendu pour nous sortir du gouffre dans lequel nous serions plongés.

Les philosophes reprennent du service, on les retrouve sur de nombreux plateaux télés et sur certaines chaînes de télévision, ils font fureur. C’est bien connu au pays des aveugles les borgnes sont rois, mais ne soyons pas médisant envers des initiatives qui conduisent à s’élever. Nous le savons, la critique est aisée et les initiatives innovatrices doivent se faire une place sur le marché de la connaissance.

Alors écouter parler de Platon, Sénèque , Spinoza et tant d’autres me plongent dans un bain de bonheur propice à découvrir la spiritualité, tout comme…

« une méditation face à la mer fait monter en moi une intensité spirituelle »

si j’ose dire.

Il faut bien commencer à se poser des questions avec les moyens qui sont à notre disposition et ne pas toujours rejeter les courants à la mode sous prétexte qu’ils émanent de décisions voire intéressées par souci commercial. L’actualité se soucie moins de ces impératifs intellectuels pour proposer de son côté un flot d’informations qu’il conviendrait d’analyser plus en profondeur avant sa diffusion.

Certes, c’est bien connu en presse écrite certains journaux sont aussi pratiques pour l’allumage des feux de cheminées et dans un autre registre tous les appareils, téléphone, tablettes, ordinateurs et télévisions possèdent tous un bouton marche et arrêt.

A bon entendeur salut, je vais, avant d’éteindre, rejoindre Le Grand René pour sa video ci-dessous :

L’énigme des Maîtres -19- La lettre cachée

Pour lire l’épisode précédent : ici

Hôtel de l’Académie

À l’abri des regards, installés dans la suite de sir Archibald, nos amis étalèrent les douze registres de compte aux couvertures cartonnées. Ils concernaient la gestion du château Lamothe.

On y apprend que le lendemain du 3 décembre 1600, la reine Marie de Médicis suivie des princesses et des seigneurs attachés à sa personne alla entendre la messe à La Motte et y déjeuna. On avait dressé une estrade sur laquelle elle pouvait entrer dans sa chambre qui occupait toute la façade du château entre les deux tours côté Lyon en direction du Rhône. Cette estrade assez vaste pour contenir toutes les personnes qui composaient son cortège, était couverte et parée de riches tentures et le trône s’élevait au milieu. Chaque dépense y était notée

La plus fastueuse dépense fut faite pour la visite de Louis XIII. La ville avait donné au nommé Hugues Crépier, l’ordre de bâtir et de construire un Palais et un Théâtre à l’entrée de l’enclos de la Motte, Le Roi et la Reine entrèrent dans la grande salle pour déjeuner et à la fin du repas, installés sur l’estrade ils virent défiler en bon ordre toute la milice bourgeoise, dont le nombre se montait à plus de 8 à 9000 hommes divisés en 36 pennonages, armés et vêtus avec beaucoup d’élégance et de richesse.  

Le roi donna aux valets de chambre tout le « théâtre du château de la Motte  où se firent les réceptions, tapisseries de Flandres et meubles compris. Sans doute, il ignora que ces richesses ont été apportées là et prêtées par les plus riches bourgeois de la ville qui ont vidé leur appartement luxueux pour lui faire honneur. Heureusement les valets de chambre sont gens accommodants. Ils consentent à « céder au bénéfice de la ville le don que sa majesté Louis XIII leur a fait  mais pour 300 livres. Puis c’est le capitaine des gardes, Mosny et son exempt Vaustin, à qui le Roi a donné les ornements du théâtre La Motte. L’exempt se contente de  la valeur d’un habit de satin, soit 60 livres, mais de Mosny en exige 600 et encore garde-t-il le dais de velours violet, les chaises, les chenets, les taffetas et les tapis de Turquie. Quand les visiteurs de marque sont partis en emportant leur butin, quand la ville a payé sa rançon et racheté ses meubles, restent les amis à satisfaire, et les services extraordinaires à récompenser. Hallincourt s’est signalé tout particulièrement par son zèle à faire aboutir les réclamations de la ville à son Roi. En reconnaissance, la ville distribue des étrennes à toute sa maison, à celle de son fils, le marquis de Villeroy et du lieutenant gouverneur conte de Bury. Pour lui même on réserve un cadeau royal, il touchera 3000 livres de rente annuelle. Les services extraordinaires des gros fonctionnaires de la ville coûtent 6357 livres, ceux des petits 860; les domestiques privés du Prévôt des marchands, du receveur de la ville et des autres, reçoivent leurs étrennes au frais de la même et inépuisable caisse qui ne peut payer ses créanciers. La visite royale coûte à la ville de Lyon à peu près le budget d’une année : 61000 livres.

Ces découvertes amusèrent les lecteurs et surtout Caris qui en riait.

En ouvrant le dernier registre concernant les préparatifs faits au château de la Motte en vue d’y recevoir le Roi Louis XIV, Alexander fit remarquer que la couverture était anormalement épaisse, quelque chose y était dissimulée entre le carton et la page de son dos.

Ils décidèrent d’entamer la reliure avec d’infinies précautions.  Y apparut un fac-similé plié et inséré d’une lettre de Léonard de Vinci à Charles Villeneuve, traduite en français.

À Charles de Villeneuve, Seigneur et Baron de Joux,

Noble Seigneur,

Pardonnez mon retard à vous écrire. Depuis mon arrivée salvatrice, il y a 3 ans auprès de notre Très Noble et Très Puissant roi François. Je suis devenu une curiosité que mon royal « père » est heureux de présenter à ses hôtes et je me dois d’y répondre.

C’est avec une profonde gratitude que je prends la plume, vous exprimant mes sincères remerciements tardifs pour l’hospitalité que vous m’avez accordée lors de mon séjour à votre charmant château de La Motte. Votre bienveillance et votre accueil chaleureux ont su embellir mon passage par cette région que j’ai tant admirée.

Je garde un souvenir des échanges intellectuels que nous avons partagés avec Jean Perréal qui m’avait conduit vers vous. Cet artiste émancipé de la tutelle de la commande ecclésiastique et pleinement partie prenante de la communauté humaniste de Lugdunum, m’a prodigieusement inspiré. Il est rare de croiser des esprits aussi éclairés que les vôtres, qui savent allier sagesse et curiosité, tout en se dédiant à l’essor des arts et des sciences. Votre passion pour l’érudition se manifeste à chaque recoin de votre pensée.

Les repas que vous m’avez offerts, parés des délices de votre table, homards, faisans rôtis, poissons d’eau douce, desserts à la cannelle demeureront gravés dans ma mémoire, tout comme les conversations où l’art et la science ont dansé ensemble sous le ciel étoilé de votre château. Soyez assuré que l’amitié que vous m’avez témoignée ne sera jamais oubliée et que je chérirai toujours les souvenirs de mon passage chez vous.

La  lumière du diamant dont je vous ai parlé est si pure qu’elle pourrait percer les ténèbres de l’âme humaine, révéler les secrets cachés par le Créateur. En regardant à travers ce diamant, on pourrait contempler ce qui précède le commencement… ou ce qui suit la fin. L’objet ne doit pas être mis entre n’importe quelles mains. Je crains que l’humanité ne soit prête pour ce qu’il révélerait. Je cherche à le protéger, pour empêcher qu’il ne suscite des convoitises qui pourraient plonger le monde dans les ténèbres, au lieu de le guider vers la lumière.

Comme le saint Graal aurait été apporté en Angleterre par Joseph d’Arimathie, j’ai confié le diamant à un preux chevalier anglais et à vous beau seigneur de quoi le retrouver s’il m’arrivait le pire. Je sais que vous le reconnaîtrez avec ceci.

Que votre nom brille à jamais parmi ceux des grands protecteurs des arts, et que votre château continue d’être un havre de paix et de sagesse.

Avec toute ma dévotion,

À Clos Lucé, en ce jour d’avril de l’an de grâce 1519.

En dépliant le parchemin, un morceau de tissu grisâtre lamé d’or terni tomba.

Une note de Villeneuve l’accompagnait  :

Renseignement pris, cela pourrait être  une indication de l’écu écartelé, les quartiers d’argent à dextre du chef et de la pointe senestre chargés de trois losanges conjoints de gueule (rouges) ;les deux autres quartiers d’or (jaune), chargés d’un griffon ailé de sinople (vert), à bec ouvert et aux griffes de gueule, tourné à dextre. Celui du comte de Salisbury, aïeul du jeune baron ?  Que celui qui trouvera ces messages retrouvera le diamant.

– Ces losanges ne sont-ils pas trois diamants ? Quelle coïncidence! Je sais où nous allons pouvoir retrouver trace du diamant, s’exclama Sir Archibald. Ce blason est intégré dans celui du Duc de Montagu en contre-écartelé aux sautoirs 1 et 4. C’est ce Duc que l’on trouve sur le frontispice des Constitutions maçonniques de 1723. Je suis sûr que le diamant a trouvé refuge auprès de la Grande Loge Unie d’Angleterre !

– Mais quand cela finira-t-il ? S’exclama à son tour Alexander.

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ACTUALITÉ : Lien entre l’euthanasie et la Franc-maçonnerie

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Le sujet du lien entre l’euthanasie et la Franc-maçonnerie est d’actualité, par ailleurs, il est sensible et souvent entouré de spéculations ou de polémiques.

Il nécessite une approche rigoureuse pour distinguer les faits historiques et sociétaux des accusations conspirationnistes. Des Francs-maçons, en particulier dans des pays comme la France et la Belgique, ont joué un rôle dans les débats sur l’euthanasie, notamment en promouvant l’idée d’un « droit à mourir dans la dignité ». Cet engagement s’inscrit dans leur défense des libertés individuelles, mais il doit être contextualisé pour éviter les simplifications. Voici une exploration détaillée, enrichie de citations et de références.

1. Contexte historique : des Francs-maçons et les réformes sociétales

Des Francs-maçons, depuis le XVIIIe siècle, ont souvent été associés à des mouvements progressistes en Europe, plaidant pour la laïcité, l’éducation universelle, l’égalité des genres et l’abolition de la peine de mort. Au XXe siècle, certaines obédiences, comme le Grand Orient de France (GODF), se sont tournées vers des questions éthiques contemporaines, dont l’euthanasie. Cette préoccupation s’aligne avec leur principe de « liberté absolue de conscience », qui inclut le droit de disposer de son corps et de sa vie (lire à a ce sujet le thème de l’Indisponibilité du corps humain de Wikipedia).

Henri Caillavet (Crédit photo : Jean-Laurent Turbet)
  • Henri Caillavet, sénateur radical-socialiste et membre influent du GODF, est une figure centrale. En 1978, il dépose une proposition de loi intitulée « relative au droit de vivre sa mort », qui, bien que rejetée par le Sénat, marque un jalon dans le débat français. Caillavet, dans une interview à L’Express en 1980, déclare : « La liberté de l’individu doit s’étendre jusqu’à la maîtrise de sa propre mort. » En 1980, il cofonde l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui devient un acteur majeur du militantisme pro-euthanasie. L’ADMD, bien que non exclusivement maçonnique, attire des membres partageant des valeurs humanistes proches de la Franc-maçonnerie, comme Jean-Luc Romero, président de l’ADMD de 2007 à 2022, qui a rencontré des dignitaires du GODF pour discuter de l’euthanasie.
Léon Schwarzenberg
  • Léon Schwarzenberg, oncologue et ministre de la Santé en 1988, également lié à des réseaux maçonniques, soutient publiquement l’idée d’une mort choisie. Dans son ouvrage Changer la mort (1977), il écrit : « La médecine doit respecter la volonté du patient, même lorsqu’il choisit de partir. »
Philippe Mahoux – médecin et homme politique belge wallon, membre du PS.
  • En Belgique, des Francs-maçons ont joué un rôle similaire. Le sénateur socialiste Philippe Mahoux, est le principal artisan de la loi de 2002 dépénalisant l’euthanasie. Lors d’une conférence au Temple Groussier à Paris en 2015, organisée par le GODF, Mahoux déclare : « L’euthanasie est un acte d’amour et de liberté, encadré par une éthique rigoureuse. » Cet événement, auquel participent des figures comme Jean-Louis Touraine (député LREM et membre de l’ADMD) et Agnès Buzyn (alors présidente de la Haute Autorité de santé), illustre l’engagement maçonnique dans les échanges transnationaux sur ce sujet.

Les obédiences maçonniques, comme le Grand Orient de France (GODF), la Grande Loge de France (GLDF), la Grande Loge Féminine de France (GLFF) et le Droit Humain (DH), intègrent régulièrement l’euthanasie dans leurs travaux. Chaque année, les loges étudient des « questions à l’étude des Loges », et des thèmes comme la fin de vie ou la dignité humaine sont récurrents. En 2010, le GODF consacre son convent annuel à l’euthanasie, publiant un communiqué affirmant : « La franc-maçonnerie défend le droit de chacun à décider de sa fin de vie dans des conditions dignes. » Ces réflexions, bien que confidentielles, influencent parfois les débats publics via des propositions transmises aux législateurs.

2. Engagement maçonnique dans le débat public

La Franc-maçonnerie française, s’est positionnée comme un acteur visible dans le débat sur l’euthanasie, plaidant pour un cadre légal autorisant l’euthanasie active et le suicide assisté. Cet engagement s’exprime à travers des conférences, des auditions publiques et des prises de position officielles.

José Gulino Grand Maître du GODF de septembre 2012 à septembre 2013. (Crédit photo : JL Turbet)
  • En 2013, le GODF organise une table ronde sur la fin de vie, réunissant des médecins, des juristes et des responsables de l’ADMD. Le grand maître de l’époque, José Gulino, déclare dans Humanisme (la revue du GODF) : « La question de l’euthanasie touche à l’essence de notre combat pour l’autonomie de l’individu face aux dogmes. »
  • En 2023, lors de la Convention citoyenne sur la fin de vie, initiée par le président Emmanuel Macron, quatre dignitaires maçonniques sont auditionnés, représentant le GODF, la GLDF, la GLFF et le DH. Ils plaident pour une légalisation de l’« aide active à mourir ». Cette forte représentation suscite des critiques, notamment de l’Alliance VITA, qui, dans un communiqué, déplore « une surreprésentation des voix maçonniques au détriment d’autres sensibilités, comme les associations de soins palliatifs. »
  • En avril 2024, lorsque le gouvernement français présente un projet de loi sur l’« aide à mourir », le GODF publie une déclaration saluant « une avancée humaniste majeure, en phase avec les valeurs de liberté et de dignité ». Cette prise de position reflète leur engagement de longue date, mais elle ravive les accusations d’influence excessive.

L’ADMD, bien que distincte des obédiences, sert de relais pour ces idées. En 2017, son président, Jean-Luc Romero, participe à une conférence maçonnique à Lille, où il affirme :

« Les francs-maçons ont été des pionniers dans ce combat, et leur réflexion éthique nous inspire. »

Des figures politiques comme Alain Claeys et Jean-Louis Touraine, auteurs de rapports parlementaires favorables à l’euthanasie, sont parfois associés à des réseaux maçonniques, bien que cela reste spéculatif faute de preuves formelles.

3. Perspectives maçonniques sur la mort et l’éthique

Cabinet de réflexion maçonnique
Cabinet de réflexion maçonnique

La Franc-maçonnerie, par sa symbolique et ses rituels, accorde une place particulière à la mort. Le mythe d’Hiram, central dans les rituels maçonniques, explore la mort et la renaissance symbolique, tandis que le cabinet de réflexion, utilisé lors de l’initiation, confronte le candidat à sa mortalité avec des symboles comme le crâne ou l’inscription memento mori. Cette approche philosophique influence très certainement la manière dont certains maçons abordent l’euthanasie.

En 2004, un document interne du GODF, cité par un auteur antimaçons dont nous éviterons la publicité, affirme : « L’euthanasie, lorsqu’elle est demandée librement, est une réponse éthique à la souffrance insupportable. » Ce texte, bien que non public, reflète une position partagée par certains maçons.

    Cependant, les obédiences ne sont pas unanimes. La GLDF, plus spiritualiste, met davantage l’accent sur les soins palliatifs. En 2019, un frère de la GLDF, anonyme, confie à La Croix : « Nous ne sommes pas tous d’accord. Certains frères estiment que l’euthanasie va trop loin, tandis que d’autres y voient une nécessité humaniste. »

    4. Critiques et controverses

    L’implication maçonnique dans le débat sur l’euthanasie suscite des critiques, notamment de la part de groupes religieux et conservateurs, qui dénoncent une influence disproportionnée ou une vision jugée « utilitariste » de la vie humaine.

    • Toujours cet ancien maçon converti par magie suite à un miracle au catholicisme, écrit : « La franc-maçonnerie, sous couvert d’humanisme, promeut une culture de mort, en contradiction avec la sacralité de la vie prônée par le christianisme. » Il cite ainsi des travaux maçonniques des années 2000 qui, selon lui, font l’apologie de l’euthanasie sans débat contradictoire.
    • L’Église catholique, via des publications comme celles de Famille Chrétienne, critique l’ADMD et ses soutiens maçonniques. En 2015, un article intitulé « L’euthanasie, un combat maçonnique ? » affirme : « Le GODF et l’ADMD partagent une vision laïque qui marginalise les objections religieuses. »
    • Sur les réseaux sociaux, des utilisateurs expriment des accusations plus radicales. Un post de 2023 sur X déclare : « La Franc-maçonnerie pousse l’euthanasie pour transformer la société, en éliminant les plus faibles. » Un autre, datant de 2024, qualifie l’engagement maçonnique de « programme caché pour déchristianiser la France. » Ces affirmations, bien que virulentes, manquent de preuves concrètes et relèvent souvent de la spéculation.

    D’autres critiques portent sur des cas médiatiques, comme celui de Vincent Lambert (2008-2019), où certains opposants à l’euthanasie, comme l’association Je soutiens Vincent, ont accusé des réseaux maçonniques d’avoir influencé les décisions judiciaires. Ces allégations, relayées sur X, n’ont jamais été corroborées par des faits.

    5. Une influence à relativiser

    Malgré cet engagement, réduire le débat sur l’euthanasie à une « cause maçonnique » serait erroné. Le mouvement pro-euthanasie inclut des acteurs divers : médecins (comme Bernard Devalois, spécialiste des soins palliatifs), philosophes (comme André Comte-Sponville, favorable à l’euthanasie) et autres citoyens de tous horizons. Les sondages, comme celui d’Ifop en 2018 (89 % des Français favorables à une légalisation), montrent que le soutien à l’euthanasie transcende les affiliations idéologiques.

    • Marie de Hennezel, psychologue et spécialiste des soins palliatifs, écrit dans Nous voulons tous mourir dans la dignité (2013) : « Le débat sur l’euthanasie ne peut être confisqué par un groupe, qu’il soit maçonnique ou religieux. C’est une question universelle. »
    • En Belgique, où l’euthanasie est légale depuis 2002, l’influence maçonnique est réelle mais limitée. Wim Distelmans, président de la commission de contrôle de l’euthanasie, n’est pas affilié à la Franc-maçonnerie et le débat belge a été porté par des partis politiques variés.

    6. Diversité des positions maçonniques

    La Franc-maçonnerie n’est pas un bloc monolithique. Les obédiences divergent sur des aspects précis de l’euthanasie, comme son application aux mineurs ou aux personnes atteintes de troubles psychiatriques.

    • Le Droit Humain, dans un communiqué de 2022, insiste sur « un équilibre entre l’euthanasie et le développement des soins palliatifs, pour éviter toute dérive. »
    • L’association Ultime Liberté, plus radicale, prône un accès large au suicide assisté, y compris pour les personnes non malades. Bien que soutenue par certains maçons, elle ne représente pas l’ensemble des obédiences.
    • En 2023, une loge du GODF à Lyon organise un débat interne où des frères expriment des réserves sur l’euthanasie pour les cas non terminaux, montrant la pluralité des opinions.

    7. Pour terminer…

    Faire le lien entre l’euthanasie et la Franc-maçonnerie repose sur un engagement historique et éthique, incarné par des figures comme Henri Caillavet, Philippe Mahoux et des obédiences comme le GODF. Leur défense de l’euthanasie s’inscrit dans une vision humaniste et laïque, centrée sur la liberté individuelle et la dignité. Cet engagement s’est traduit par des propositions de loi, des conférences, des auditions publiques et un soutien à des associations comme l’ADMD. Cependant, leur influence, bien que réelle, doit être nuancée : le débat sur l’euthanasie mobilise des acteurs variés, et l’opinion publique y adhère largement, indépendamment des réseaux maçonniques.

    Les critiques, souvent portées par des groupes religieux ou conservateurs, accusent la Franc-maçonnerie de promouvoir une « culture de mort » ou d’exercer une influence excessive, mais ces allégations manquent parfois de fondement. La Franc-maçonnerie, par sa diversité et ses débats internes, n’est pas un acteur uniforme, et ses positions reflètent des sensibilités plurielles.

    Pour approfondir, vous pourriez explorer les travaux de l’ADMD, les rapports parlementaires (comme celui de Claeys-Leonetti en 2015).

    Références supplémentaires

    • Posts sur X (2023-2024), analysés pour les critiques et spéculations.
    • Caillavet, H. (1980). Interview dans L’Express, « La mort choisie ».
    • Schwarzenberg, L. (1977). Changer la mort. Albin Michel.
    • Welinski, M. (2018). La Franc-maçonnerie expliquée. Dervy.
    • De Hennezel, M. (2013). Nous voulons tous mourir dans la dignité. Robert Laffont.
    • Humanisme (revue du GODF), n° 298, 2013, « La fin de vie en débat ».
    • La Croix, 2019, « Les francs-maçons et la fin de vie : un débat nuancé ».
    • Famille Chrétienne, 2015, « L’euthanasie, un combat maçonnique ? »
    • Communiqués du GODF (2010, 2024) et du Droit Humain (2022).

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    Cette conférence vise à :
    ✔ analyser les causes profondes du conflit : interférences étrangères, faiblesses institutionnelles, enjeux économiques ;
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    ✔ proposer des solutions concrètes : initiatives diplomatiques, réformes politiques, mobilisation des réseaux maçonniques.

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    Thème :

    République Démocratique du Congo : Un conflit aux conséquences continentales et internationales

    Date et horaire : 31 MAI 2025 de 13h00 à 18h00
    Lieu : Hôtel du GODF 16, rue Cadet – 75009 Paris

    Inscription : Pour réserver, prière de cliquer sur le lien ci-dessous : https://forms.gle/kC2uMxR2TPTNyGAR9

    Exploration des enjeux cachés en RDC : ressources, conflits et influence ésotérique

    Bienvenue dans cet épisode engageant de Sous le Bandeau Express, où nous plongeons dans une analyse approfondie d’une conférence maçonnique publique en République Démocratique du Congo. À travers cette discussion, nous mettons en lumière les dynamiques complexes liées aux ressources naturelles, aux conflits locaux et aux influences occultes qui façonnent la région. Préparez-vous à une réflexion sur nos interconnexions globales et notre responsabilité collective dans un monde en constante évolution.


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    KENYA : Un Temple fermé pour cause de non paiement des taxes

    De notre confrère du Kenya kenyans.co.ke – Par Denis Mwangi

    Mercredi, le gouvernement du comté de Nairobi a fermé le Temple maçonnique de la Grande Loge d’Afrique de l’Est en raison d’arriérés de taxes foncières présumés s’élevant à 19 millions de shillings kenyans (Environ 135 000 €), suscitant un débat houleux sur ce qu’est la Franc-maçonnerie.

    La décision du comté a ouvert le débat autour de la Franc-maçonnerie, souvent perçue comme secrète, ce qui a conduit à des spéculations sur ses activités et son influence.

    Certains Kenyans la considèrent comme un groupe fraternel axé sur la charité et le développement personnel, tandis que d’autres l’associent au mystère, aux théories du complot entourant le culte de santan et les pratiques rituelles, ainsi qu’aux préoccupations religieuses.

    « J’ai l’impression que nous avons été très mal informés sur la Franc-maçonnerie. Tout comme nous avons été mal informés sur la nutrition, l’éducation, la médecine, la religion et la gouvernance. Tout ce qu’on nous a dit être mauvais ne l’est pas, comme nous l’avons constaté. On nous a toujours donné l’information contraire », a déclaré un Kényan à Maina Kageni jeudi.

    Temple des Francs-maçons de la Grande Loge d’Afrique de l’Est à Nairobi, le 14 mai 2025. Photo : Grande Loge de District d’Afrique de l’Est, Temple maçonnique, Nairobi – Kenya

    Dans cet article, nous examinons la Franc-Maçonnerie. Selon son site officiel, la Franc-Maçonnerie du Kenya est l’une des plus anciennes sociétés fraternelles laïques au monde, originaire d’Écosse. C’est une société d’hommes soucieux des valeurs morales et spirituelles. Ses préceptes sont enseignés à ses membres par une série de drames rituels. 

    La condition essentielle pour être admis et rester membre est la croyance en un Être suprême. L’adhésion est ouverte aux hommes de toute race ou religion, remplissant cette condition essentielle et jouissant d’une bonne réputation.

    L’organisation a toutefois précisé qu’elle n’est ni une organisation religieuse ni un substitut à une telle organisation.

    « La Franc-maçonnerie n’est ni une religion, ni un substitut à la religion. La seule condition essentielle est que la Franc-maçonnerie soit ouverte aux hommes de nombreuses religions, et qu’elle les encourage à persévérer dans leur foi. Il est interdit aux Francs-maçons de discuter de religion lors des réunions maçonniques », explique l’organisation sur son site officiel.

    L’organisation participe à plusieurs projets caritatifs. Parmi les bénéficiaires figurent des hôpitaux, des écoles, des centres communautaires, des personnes âgées, des malades en phase terminale et de nombreux autres membres de la société dans le besoin. 

    La confrérie est animée par trois valeurs majeures : l’amour fraternel, le soutien et la recherche de la vérité. Elle a une présence significative à travers l’Afrique, avec de nombreuses loges opérant sous différentes Grandes Loges, y compris la Grande Loge du District d’Afrique de l’Est, qui couvre le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et les Seychelles.

    La Freemasons’ Hall de Johannesburg, en Afrique du Sud, est un centre clé des activités maçonniques. La Grande Loge Sharook Riviera de Zanzibar, en Tanzanie, fait partie de la Grande Loge d’Afrique.Cérémonie de pose de la pierre à Kampala, le 16 novembre 2024. 

    Cérémonie de pose de la pierre à Kampala, le 16 novembre 2024. (Photo  Grande Loge d’Afrique)

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    Jusqu’à la découverte en 1947 des Manuscrits de la Mer Morte et à leurs traductions et commentaires critiques qui – aujourd’hui encore sont poursuivis – les Esséniens n’étaient connus qu’indirectement par les écrits en provenance de 4 sources : un auteur grec, un auteur latin, un auteur juif latinisé et un commentateur paléochrétien.

    La découverte de ces manuscrits dans des grottes et des ruines situées près de la Mer Morte a permis une datation précise et une chronologie parfaite des évènements, objets, sujets et idées en même temps qu’étaient établis la part et l‘ordre des influences reçues ou exercées par le mouvement de pensée ainsi mis à jour. Nombre de points obscurs ont été éclairés quant à la connexion de Jean le Baptiste avec Jésus le Nazaréen, et à celle de celui devenu Jésus-Christ avec

    Jean l’Évangéliste.

    Jean 1:1. In principio erat Verbum… sont les premiers mots en latin de l’Évangile selon Jean, Évangéliaire d’Æthelstan, folio 162 recto, v. Xe siècle.

    Une filiation remontant à la Crète et à Pythagore put être mise en évidence, et des influences mazdéennes et égyptiennes ont été décelées dans les comportements relatés par les textes esséniens. Les esséniens s’inscrivent dans les religions dites « à Mystères », ils peuvent être définis dès l’origine comme constituant un Ordre initiatique avec une composante prépondérante mystique de type messianique et de style apocalyptique.

    On ne sait cependant à peu près rien de leurs rituels initiatiques, seuls nous étant parvenues des directives, des règles et des lois ainsi que des apocalypses ou « récits de Révélations finales ». Il apparaît que nos mystères et notre symbolique sont un fidèle reflet de ce que pouvaient vivre les Esséniens.

    Loin de traiter ici de « l’initiation des autres », c’est en début et en fin de compte notre démarche initiatique dont nous aurons traité en traçant cette planche ! C’est l’antiquité même de cette Tradition qui permet à chacun d’entre nous de projeter une lumière nouvelle sur notre chemin, d’y déceler des balises cachées et ainsi d’approfondir ce qu’était l’initiation des Esséniens en examinant ce dont nous avons hérité !

    LES ÉSSENIENS ET LES THÉRAPEUTES

    Nous commencerons par la formule d’Ernest Renan, connue de tous ceux qui s’intéressent aux vicissitudes du fait religieux : « Le Christianisme est un Essénisme qui a réussi ».

    Flavius Josèphe

    Paradoxale remarque, aventureuse quelque peu à l’époque de sa formulation : les esséniens n’étaient connus alors qu’indirectement par quelques textes de Philon d’Alexandrie, d’Eusèbe de Césarée et de Flavius Josèphe pour le côté favorable, de Pline l’ancien pour la neutralité de l’historien, et d’Hyppolyte de Rome pour le côté défavorable. C’était bien peu pour une très courte période se déroulant du 1er siècle après JC sur l’aire géographique restreinte que constituaient les abords marécageux du lac Maréotis dans la lagune d’Alexandrie ?

    Les découvertes faites de 1947 à 1962 changent totalement les choses. Désormais, la chronologie s’étend sur dix millénaires, du néolithique au Moyen-âge avancé alors que la sphère géographique s’élargit à la Mer Morte, à Jérusalem, Jéricho, Samarie, Damas, avec des pointes en Grèce macédonienne et en Perse.

    La matière est foisonnante, pleine de méandres et d’impasses pour certains faits historiques énigmatiques. Pour que les choses soient claires, j’aurai d’abord à vous parler du cadre archéologique, tant du point de vue chronologique que géographique. Les choses se préciseront en détaillant par l’histoire les faits et gestes des Esséniens.

    Puis, prenant en considération les influences reçues et celles exercées, nous terminerons par quelques remarques sur ce que nous pouvons penser avoir hérité des Esséniens et Thérapeutes dans notre démarche propre !

    L’archéologie et la stratigraphie des Grottes de Qûmran sur les rives de la Mer Morte ont permis de mettre en évidence 4 grandes périodes d’occupation :

    • Une première période néolithique qui nous importe peu ici ;
    • Un deuxième période dite « époque israélite » qui va du 8ème au 4ème siècle avant JC, dont l’événement majeur est le massacre par les soldats d’Alexandre le Grand des Samaritains rebelles porteurs d’enseignements anciens venus de Perse. Inférer une influence de ces évènements sur l’occupation ultérieure est justifié dans ce ite désertique où des bâtiments avaient été édifiés, des citernes creusées alimentées par un aqueduc ; ils ont été récupérés, réhabilités et redistribués par les Esséniens lors de leur retrait de Jérusalem. Dire -en revanche- que ces évènements apparaissent directement dans les textes de ces mêmes Esséniens, et découverts sur place stockés dans des jarres scellées, c’est vraiment aller trop loin dans les supputations et faire une trop grande confiance à la tradition orale qui n’aurait pu agir qu’aux conditions exclusives, soit d’une permanence d’occupation dont le contraire est démontré, soit d’une volonté et d’une capacité d’interprétation des traces discrètes par les nouveaux occupants peu soucieux de fouilles curieuses et par leurs scribes dont les préoccupations étaient manifestement trop éloignées de l’esprit critique, historique et archéologique qui est le nôtre.
    • Une troisième période, dite « essénienne » qui va de l’an 150 avant JC à l’an 68 après JC. C’est elle qui nous intéresse au premier chef aujourd’hui. Elle se subdivise en 2 périodes séparées d’un laps de temps de 4 décennies. Détailler les péripéties des découvertes dues à l’instabilité politique et stratégiques moderne de la région nous amènerait à faire de nombreuses digressions ; en établir la critique nous ferait commettre l’inexpiable crime de nous évader du sujet dans de longues paraphrases, d’usurper le métier d’historien et surtout de vous lasser par des cascades d’arguments exégétiques ne pouvant intéresser que des jurys de thèses…
    Jesus

    Précisément, la thèse du caractère essénien des bâtiments réhabilités et des documents découverts en 1947, soutenue par Dupont-Sommer – à l’époque controversée vivement- est maintenant admise par les savants, mais encore âprement discutée dans certains cercles d’érudits religieux, notamment en ce qui concerne les connexions des Esséniens avec Jean le Baptiste, Jésus le Nazaréen et Jean l’Évangéliste.

    Onze grottes ont été fouillées, de nombreux bâtiments communautaires ont été mis à jour et explorés. Les restes de 600 manuscrits, constituant une véritable bibliothèque essénienne ont pu être rassemblés, restaurés, comparés et complétés puis traduits pour la plupart.

    Il est possible de la classer grosso modo en 3 sections :

    • La section des textes bibliques représente un quart de cette bibliothèque où l’on trouve notamment une copie presque complète du « livre d’Isaïe » d’un millénaire antérieur à sa plus ancienne transcription hébraïque connue. L’extraordinaire conformité de cette copie avec les copies plus récentes ou même actuelles témoigne de la rigoureuse fidélité des copistes au cours des siècles, ce qui permet de postuler la quasi-similitude des documents découverts avec les documents antérieurs originaux dispersés puis disparus : toutes les indications recopiées sont donc réputées exactes, et les datations modernes s’en trouvent précisées, et les chronologies confortées. Les sources vétérotestamentaires sont ici presque en totalité réunies : tous les livres de la Bible canonique juive sont là, à l’exception du « livre d’Esther », rejeté par les esséniens car dépourvu d’enseignement et portant mention de la fête non reconnue du Pourîm.
    • Un peu moins d’un autre quart de l’ensemble est constitué de livres dit apocryphes par les juifs orthodoxes et par les Catholiques qui les rejettent, et pseudépigraphiques par les paléochrétiens et les Protestants de toutes obédiences qui lui confèrent une valeur d’enseignement de la tradition.

    Parmi eux, se trouvent le « livre d’Enoch » et plusieurs livres attribués à Noé, outre le « livre des Géants » incorporé dans le canon manichéen. Il s’agit de textes pour la plupart de style apocalyptique propre à frapper les esprits primaires peu cultivés et épris de merveilleux. Les diverses « apocalypses » sont porteuses d’un message révélé d’espérance pour les temps futurs : contenu eschatologique concernant les « fins dernières ».

    • La moitié de cette bibliothèque est constituée de textes propres aux Esséniens. On trouve : « les Règlement de la guerre des Fils de la Lumière contre les Fils des Ténèbres », des « Hymnes », une « Règle » appelée aussi « Manuel de Discipline » qui décrit la sévère discipline de la Communauté, « l’Écrit de Damas » qui précise l’esprit de la communauté en jetant les bases de sa diffusion exotérique et populaire, et enfin le « Commentaire » destiné à donner aux textes bibliques une interprétation actualisante, ce qui permet à l’auteur de découvrir dans les « prophéties » la prédiction des évènements que vit la secte…Le « Commentaire d’Habacuc » est symptomatique de cette volonté de transpositions de luttes réelles quoique pacifistes du côté essénien en luttes spirituelles (ce qui justifie ce pacifisme parfois suicidaire comme le montre la suite des évènements).

    Le cadre archéologique est tracé : remplissons-le d’Histoire !

    Vers l’an 150 avant JC, un prêtre sadducéen (d’où vraisemblablement l’appellation « fils de Sadoq » que se donnent les Esséniens) se sent investi par dieu d’une mission de réforme. Il quitte Jérusalem suivi d’un petit nombre de disciples. Il est choqué par les errances des prêtres qui servent le Temple : il fuit le luxe et stupre pour s’en aller se purifier dans le désert, ce lieu où les Anciens subissaient les Épreuves et recevaient la Parole (en hébreu, parole et désert sont 2 mots ne différant que par une voyelle non écrite). Il s’installe dans les ruines abandonnées aux bords désolées de la Mer Morte. Il rédige là une Règle -fort sévère- d’un mysticisme poussé, donnant à la communauté un caractère quasi-monastique.

    Ce prêtre, de la famille sacerdotale de Gemül, n’est connu que par les appellations cryptées que lui conférèrent les scribes esséniens ultérieurs : « Maître de Justice », « Messie de l’Esprit », « Dernier Prêtre ». A l’opposé, Jonathan et Simon, prêtres et frères dans la dynastie hasmonéenne, sont nommés « prêtres impies », « vases de violences » à la suite des persécutions qu’ils menèrent contre le « Maître de Justice ».

    Ce prêtre meurt vers 110 avant JC. Les Esséniens sont alors un vaste groupe dont certains membres vivent en communauté et d’autres en ermites isolés dans les grottes de la région. Un immense cimetière découvert témoigne de l’effectif de la secte ainsi que de la pratique d’un certain symbolisme : 1100 squelettes étaient disposés tête vers le nord, d’où l’estimation de la présence d’un effectif permanent de 400 personnes un siècle de demi durant. Une partie des occupants migre vers Damas pour y fonder ce qu’on appelle une « Thiase » essénienne. Un autre groupe important, constitué d’anachorètes juifs, nommés « Thérapeutes », s’établit dans la lagune d’Alexandrie aux alentours du las Maréotis.

    La première phase de la première occupation essénienne à dominante idéologique s’achève alors. Une deuxième phase marquée par l’afflux pléthorique de candidats et l’appauvrissement concomitant de l’élan mystique se termine en 38 avant JC, lors de l’invasion des Parthes.

    De grands travaux de viabilisation avaient été accomplis : creusement de citernes, réseau de canalisations pour l’eau, synagogue, exploitations agricoles, ateliers divers, notamment de potiers, de tisserands, de teinturiers, de forgerons, de cuisiniers ; ce qui modifie profondément la physionomie du site. La pratique religieuse est orientée vers le rigorisme rituel bien connu des Pharisiens, vide de toute spiritualité contre le formalisme matérialiste contre lequel s’élèvera Jésus de Nazareth. Hérode le Grand favorise alors les Esséniens : ils se répandent en Israël, formant des thiases, symposiae ou collegiae, à l’imitation des religions à mystères nées du brassage consécutif aux conquêtes macédoniennes de l’orient. Ils abandonnent presque totalement le site jusqu’à l’an avent JC, moment où les désarrois de ce qui deviendra la Palestine font revenir les anciens habitants accompagnés de jeunes disciples dans leurs monastères.

    Les bâtiments ne sont pas réoccupés en totalité et ne sont donc qu’en partie restaurés. L’occupation se poursuivra jusqu’en 68 après JC, date à laquelle le monastère est détruit par la Decima Legio Fretensis car il est réputé être devenu un repère de maquisards ! ! ! Zélotes pénétrés de visions apocalyptiques et d’un anti-romanisme exacerbé et actualisé par l’écrit intitulé « Règle de la guerre des fils de la Lumière contre les fils des Ténèbres ». C’est ce caractère paramilitaire qui explique la totale destruction du site et l’enfouissement des rouleaux manuscrits dans les grottes protectrices du voisinage désertique.

    Souvenons-nous de l’épanalepse attribué à Caton l’Ancien vers 150 avant JC : « Carthago delenda est » et de la destruction de la ville jusqu’à répandre du sel sur ses ruines ! Les Romains n’y allaient pas de main morte pour annihiler et effacer tout germe de résistance à leur hégémonie !

    La quatrième grande période d’occupation courant de l’an 68 après JC à la fin de ce premier siècle est celle des Romains qui réutilisent la ferme et les champs cultivés et irrigués tout en usant des ruines comme poste de vigie. C’est l’époque à laquelle les Zélotes, après avoir incendié tous les bâtiments à l’exception des réserves de subsistances, se suicidèrent collectivement en se jetant des remparts de la forteresse hérodienne de Masada sur le point d’être investie par la Decima Legio Fretensis ! Equivalent romain des commandos Wagner mercenaires russes en Ukraine et au Mali qui tuent pour terroriser.

    L’histoire étant racontée, voyons ce qu’elle nous apporte quant aux textes et personnages.

    Les Hymnes, la Règle, l’Écrit de damas montrent que les Esséniens estiment avoir reçu en dépôt la révélation des mystères cachés dans les écritures Saintes. Ces Mystères ont été révélés au « Maître de Justice » qui, à son tour, les a transmis aux membres de la secte. Ils sont donc à la fois élus et initiés, font partie d’un Ordre puisque les mystères ne peuvent être transmis qu’à des individus dès l’origine choisis par Dieu, et communiqués par les supérieurs de la communauté à ceux de ses membres qui se sont soumis à une certaine ascèse, qui ont pratiqué un mode de vie très strict et ritualisé afin d’accomplir un cheminement spirituel les mettant en harmonie avec la Vérité, condition sine qua non de l’avènement glorieux de la Lumière, victorieuse des Ténèbres.

    Tous les textes esséniens sont empreints d’un intense dualisme qui tranche avec les écrits contemporains issus d’une orthodoxie plus laxiste. Le plan de Dieu est double : deux Esprits sont en opposition : l’Esprit de Vérité ou Prince de Lumière lutte contre l’Esprit de Perversion ou Ange des Ténèbres. Le Rouleau de la Guerre décrit la fin de ce combat in décis tant que subsisteront des hommes pervers ou non-initiés. Pour hâter cette victoire dont les signes sont annoncés dans certaines Apocalypses, il faut vivre en stricte conformité avec les exigences de la Vertu, pour accéder à la Lumière.

    Il n’est que de citer de courts passages des extraits du Manuel de Discipline pour illustrer ces propos :

    « Le devoir de l’instructeur est de faire comprendre à tous les fils de la Lumière et de leur enseigner l’histoire de tous les fils de l’homme selon toutes les espèces de leurs esprits, avec les distinctions qu’offrent leurs œuvres dans les générations, ainsi que tous les châtiments qui les frapperaient, ainsi que leurs périodes de récompenses. »

    « Il créa l’Homme pour avoir la domination du monde et il a fait pour lui deux esprits afin qu’il puisse être conduit par eux jusqu’au moment fixé de la visite : ce sont les esprits de la Vérité et de l’erreur. »

    Outre ce dualisme, les textes esséniens manifestent une espérance messianique très forte. A l’image du Maître de Justice, un envoyé de Dieu se lèvera et mènera le peuple des Élus à la Victoire.

    Ce messianisme-aigu si l’on peut dire-car ne concernant que les initiés de la secte, s’adultère en se diffusant dans la population juive qui ne perçoit plus aucune nuance en l’Élu Initié et le Peuple élu de Dieu qu’elle est persuadée d’être depuis des siècles. Cela sera la source de l’échec/succès de Jésus de Nazareth prêchant et crucifié…

    Extraits, toujours de ce « Manuel de Discipline », voici quelques éléments de comparaison avec ce que nous sommes amenés à vivre lors de chacune de nos tenues. Si, dans la mesure du raisonnable, nous tenons pour exactes d’abord la proposition « aux mêmes causes suivent les mêmes effets », ensuite sa réciproque « des effets identiques viennent de causes identiques ou d’une cause unique », alors s’ouvrira un grand champ de réflexions quant aux racines lointaines, rhizomes, stolons et marcottes de notre Tradition !

    Voici une longue citation :

     « Quand un Homme entre dans l’Alliance pour agir selon tous ces préceptes, pour être uni à la sainte communauté, on examinera son esprit en commun, distinguant entre un homme et son prochain selon son instruction et ses œuvres en ce qui concerne la Loi, ainsi qu’il en est décidé par la majesté d’Israël, ceux qui se sont engagés volontairement à s’unir dans une alliance. Ils seront inscrits dans l’Ordre, l ’un après l’autre, selon l’instruction et les œuvres de chacun afin qu’ils obéissent l’un à l’autre : l’inférieur au supérieur. Et ainsi, chaque année, leur esprit et leurs œuvres seront examinés afin de faire avancer chacun selon son instruction et la perfection de sa conduite, ou de le faire reculer d’après ses fautes de façon qu’ils se réprimandent l’un l’autre dans la Vérité, l’Humilité et la Charité bienveillante du Prochain. Ensemble ils mangeront, ensemble ils prieront, ensemble ils prendront les résolutions pour une existence vertueuse. Partout où se trouveront dix hommes du Conseil de la Communauté, que ne manque pas un prêtre parmi eux.

    Chacun selon son rang, ils siègeront devant lui ; et dans cet ordre, ils seront consultés sur toutes choses. Personne ne devra interrompre un discours avant que le frère ait fini de parler. E un homme ne devra pas non plus parler avant que le rang qui lui est assigné par écrit ne lui en ouvre le droit. Celui qu’on interroge parlera à son tour. Et dans la réunion de maîtres l’on ne doit prononcer une parole sans leur assentiment. Et quand l’homme qui est l’inspecteur des maîtres, ou n’importe quel autre a quelque chose à dire aux maîtres, mais n’est pas au rang de qui peut s’adresser au Conseil de la Communauté, il doit se mettre debout et dire « j’ai quelque chose à dire aux maîtres » ; s’ils l’y autorisent, il parlera ». Il paraît utile de citer d’autres dispositions : Les préséances liées à l’ancienneté, aux fonctions et aux vertus ou mérites reconnus.

    La période de trois ans de noviciat : l’impétrant est examiné chaque année :

    • Première année : l’impétrant ne touche pas aux nourritures et boissons sacrées des maîtres. Il n’en partage pas non plus les biens.
    • Deuxième année : L’impétrant peut toucher à la nourriture sacrée, ses biens et son salaire sont mis à la disposition du gestionnaire de la communauté, mais inscrits sur un compte spécial. Il ne touche pas à la boisson sacrée.
    • Troisième année : ses biens sont confondus avec ceux de la communauté, il pourra prendre nourritures et boissons sacrées. L’assemblée tiendra compte désormais de ses avis et jugements.

    Les punitions font régresser sur cette échelle pour des durées en fonction de la faute, jusqu’à l’exil et le bannissement : mensonge, colère, malédictions, insolences, injures, blasphèmes, calomnies, fraude, rancune, vengeance, vanité, somnolences, sorties inopinées, nudité, crachat, rire stupide et tonitruant, médisances, trahisons, onanismes sont stigmatisés !

    L’instructeur n devra ni réprimander les hommes de la fausseté, ni discuter avec eux, car le sens de la Loi doit être caché pour les hommes de l’erreur ; mais il doit enseigner la connaissance de la Vérité et la Justice véritable aux hommes qui ont choisi la Voie ; si chacun selon son esprit, selon les règles prescrites pour le temps afin de les guider dans la connaissance et leur donner ainsi la compréhension des merveilleux mystères et de la Vérité au milieu des hommes et de la communauté, afin qu’ils se conduisent en hommes parfaits.

    Si les textes traduits à ce jour sont prolixes sur les règles et les sanctions, la gestuelle, l’hygiène des adeptes, nous ne connaissons pas les didascalies et détails des rituels de l’initiation.

    Quelques indices nous sont donnés par Flavius Josèphe qui fit partie de la secte avant que d’être l’auteur ‘un très significatif « Éloge de la trahison ».

    Il rapporte que l’initié recevait une hachette à double tranchant en or, dite bipenne, outil symbolique d’origine crétoise, antérieure de 1000ans à l’époque du Christ. Jérôme Carcopino montre le lien de ce symbole avec la Labrys du Labyrinthe de Crète et ses Mystères solaires en lien avec un certain matriarcat où l’utérus était réputé avoir cette forme, ainsi qu’avec les Mystères pythagoriciens. (Il est à noter que cette hache fut nommée de la façon erronée « francisque » par les régimes fascisants modernes dont celui de Vichy pétainiste ! la vraie francisque n’a qu’un côté tranchant).

    Une lame représente l’Amour, l’autre la Connaissance. Le judaïsme alexandrin de la Fraternité des Thérapeutes était, selon la notice de Philon d’Alexandrie, lui-même pythagoricien, fortement imprégnée de ces idées. Nous avons vu que les Thérapeutes était une communauté migrante issue des Esséniens au premier siècle avant JC. Ces thérapeutes n’ont jamais été décrits comme schismatiques, apostats ou hérétiques.

    Les Esséniens croient que le corps est périssable et prison d’une âme immortelle. Cette doctrine pythagoricienne, où les âmes pieuses migraient vers un séjour de félicité, alors que les âmes pécheresses allaient sous terre dans un lieu de supplices, n’était pas partagée par les Juifs orthodoxes de l’époque.

    L’influence dualiste mazdéenne est nette dans « l’Instruction sur les deux Esprits » citée ci-avant.

    Sont bien différenciés l’Esprit de Vérité, l’Esprit de perversion, constitutifs du réel et disposés par le Dieu de Connaissance, à l’intention de l’Homme, et pour réunir les conditions de l’exercice ardu de la liberté de choix pour un cheminement vers la Vérité, vers l’indentification au Principe.

    Il y a là, outre le germe du manichéisme qui s’épanouira deux siècles et demi plus tard, avec – plus tard encore – les efflorescences bogomiles, cathares et vaudoises ; le germe de l’Évangile de Jean est plus immédiat avec les Templarisme tardif qui le mettra en pratique.

    Voilà pour une partie des influences reçues par les Esséniens au cours de leur brève histoire ?

    Mais qu’en est-il exactement des influences exercées ou transmises ?

    Rien ne permet d’affirmer que Jean le Baptiste était membre de la Communauté essénienne, mais son mouvement et sa prédiction sont tout à fait en phase. Les disciples du Baptiste croient en la venue imminente d’un Messie, un envoyé de Dieu rédempteur ; ils s’y préparent dans l’ascèse du désert et dans la pénitence. Hérode, qui a de l’estime pour Jean, l ‘écoute d’abord, puis prend peur devant cette annonce de l’avènement d’un prince susceptible de le détrôner (avènement déjà connu trente ans plus tôt par l’actualisation des prophéties apocalyptiques de l’époque, et générateur du très exagéré massacre des Innocents !). Jean est supplicié, Salomé obtient sa tête (ici encore peut être établie une connexion avec un rite des Templiers). Jean la Baptiste pratique le baptême par triple immersion ainsi que faisaient les Esséniens. Ce baptême est différencié en sacrement du pardon, et non-plus simplement e ablution purificatrice, lavant des souillures de la faute sans pour cela enlever les causes de la faute ainsi que proclamé dans le baptême christique. A la mort du Baptiste ses disciples rejoignent le Christ.

    La prédiction du Christ est très proche de ce messianisme diffus dont il a été déjà question.

    Jésus était dit « Le Nazaréen ». Or, le Nazaréen était un grade conféré, chez lez Esséniens, à ceux qui avaient atteint un haut degré de connaissance. Le mot « NAZIR » signifie Maître ou Seigneur.

    Les Nazaréens ne devaient pas se couper les cheveux (souvenons-nous de Samson). Jésus est décrit comme ne se coupant ni les cheveux, ni la barbe. (Le mythe moderne de Tarzan cache par une lecture inversée cette notion de seigneurie ou peut-être de primo-généricité de l’aîné d’une tribu).

    Les Esséniens prenaient leurs repas en commun…Ils étaient vêtus de lin blanc…et de probité candide ! Ils pénétraient rituellement dans le cénacle. Ces actes et ce décorum sont rapportés dans les textes évangéliques. Mais là aussi le repas rituel devient une commémoration, il est transformé en sacrement par l’affirmation de la trans-subtanciation des espèces. Dieu, d ns le sacrement, agit directement sur le Fidèle.

    Exclus ou s’en étant exclus, les Esséniens n’entraient plus dans le Temple. Le vice et le lucre des prêtres sont à l’origine de cet évitement. Or, Jésus chasse les marchands du Temple, dit qu’il faut le détruire, ajoute qu’il le reconstruira en trois jours (L’évangéliste précise qu’il s’agit du

    Temple de son corps). Jésus est alors trahi pour une prime de trente deniers d’argent issus du trésor du Temple et qui seront rejetés dans l’enceinte sacrée par Judas Iscariote (le traitre, le sicaire, le zélote) lorsqu’il prendra conscience d’avoir été manipulé.

    C’est en tant que prétendant messianique que Pilate, procurateur romain, laisse condamner et exécuter Jésus alors qu’il ne voit en lui qu’un petit agitateur politique, mythomane ou mégalomane, peu différent du Barrabas libéré par la foule leurrée par le spectacle qui lui était fourni, amis de même espèce que les deux prétendus larrons, plus exactement deux maquisards zélotes crucifiés eux aussi.

    L’épouse de Pilate n’est pas d’avis de son mari et voudrait gracier celui que le Procurateur livre à la foule en prononçant la fameuse phrase « ECCE HOMO » – voici l’homme – confirmant ainsi ironiquement les paroles du Christ.

    L’entourage de Jésus est très mêlé : Pierre armé d’un glaive, Nicomède Pharisien, Joseph d’Arimatie propriétaire terrien, ce n’est pas là la compagnie d’un Essénien pratiquant la règle. C’est sur le Golgotha que le Christ transmet ses pouvoirs et son message à Jean l’Évangéliste. La Chaîne est initiée là, au moment où Jésus désigne Marie comme étant dorénavant la mère de l’Apôtre. La terre tremble, le ciel fulgure, les pierres tombales roulent, le voile du Temple se déchire, les nuées obscurcissent le soleil. Feu, air, terre, eau : tout y est ; les Temps Nouveaux commencent à la manière décrite dans les Apocalypses sur une ouverture dans une nouvelle Lumière. Beaucoup de traits, confirmés par les exégètes prouvent que Jean l’Évangéliste a connu le Christ, et il s’agit d’un texte écrit en grec avec des tournures nettement esséniennes :

    La Lumière luit dans les Ténèbres
    Les ténèbres ne peuvent l’éteindre
    Moi ? Une voix qui crie dans le désert :
    Aplanissez le chemin de Yahveh
    Ce qui est né de la chair est chair
    Ce qui est né du souffle de l’Esprit est Esprit
    Ne soit pas étonné si j’ai dit
    Il faut naître d’En Haut
    Quiconque fait le Mal s’éloigne de la Lumière
    Il ne vient pas à la Lumière, ses oeuvres seraient dévoilées
    Celui qui fait la Vérité vient à la Lumière
    Ses actions se révèlent accomplies en Dieu.

    Il faut se garder cependant de faire un parallèle trop étroit entre Jésus et le Maître de Justice.

    Il y a des différences essentielles, ne serait-ce que dans le fait que le Maître de Justice n’eût point compris, lui qui se sacrifiait pour les Esséniens, à l’exclusion de tout autre, que quelqu’un, se disant Fils de Dieu, se sacrifiât de cette manière particulièrement avilissante (le pagne, ou sindon, n’étant qu’une pruderie médiévale, le Christ était nu sur le Golgotha), pour l’humanité toute entière, passée, présente et future, incluant juifs orthodoxes, Esséniens, Romains, Fils de la Lumière, Fils des Ténèbres, prostituées et marchands du Temple, Pharisiens, Publicains et Philistins, tous réunis dans le même Amour rédempteur !

    L’Évangile de Jean est porteur de ce message d’Amour : il n’y a plus de sacrifices sanglants d’animaux vendus sur les parvis du Temple, plus de prostituées sacrées finançant les travaux du

    Temple : le commandement suprême est :

    « Aimez-vous les uns les autres ! » répondant étrangement au « Connais-toi toi-même ! »

    Il est fait d’une exigence de Connaissance de l’Autre liée à une Connaissance de Soi ; donc cheminement vers la Lumière par destruction à la fois symbolique, métaphorique et réelle des vieilles murailles du Temple et réédification d’un Temple Nouveau pour l’édification d’un Temple Intérieur.

    A travers Amour et Connaissance, les deux lames de la hache bipenne, l’Évangile de Jean nous invite à vivre le cheminement vers le dévoilement puis Révélation de l’Être, attitude proprement hellénique face à l’attitude sémitique privilégiant la rencontre avec l’Autre en exclusivité ? En Saint Jean, l’Être se dévoile dans un « Je suis » dit comme Acte d’Amour, d’offrande, de surabondance : non-point PHILÉ, ni EROS, mais AGAPÉ : sujet et objet des Écritures, aux acceptations actives et passives : nous sommes devant le LOGOS qu’il nous faut découvrir afin de fusionner avec lui !

    Me voici parvenu au terme de cette planche. J’ai le sentiment de n’avoir qu’effleuré le thème « Initiation des Autres » bien qu’ayant évoqué les prémisses y contenues de notre initiation des temps actuels !

    Je pense être sur le chemin grâce à vous tous : je pressens un but mais ne peux le dessiner ou désigner : je ne peux, pour le moment au risque de m’égarer dans cette forêt obscure évoquée par Dante Aligheri ainsi que Francisco Colonna, et comme le remarque René Guénon, que regarder par de brefs coups d’œil latéraux quel est le chemin initiatique emprunté par l’Autre.

    Une certitude : les chemins convergent ; chercheurs, cherchants, quêteurs, quêtants, nous avons tous un même but.

    Ayant rassemblé les matériaux pour tracer cette planche, j’ai trouvé une floraison de controverses sectaires plus ou moins doucereuses, essayant – chacun pour soi – de ramener adaptées d’admirables vérités et tentant d’excommunier ou d’anathémiser chez d’autres d’effrayantes erreurs. J’ai trouvé aussi d’étonnantes et sirupeuses extrapolations des textes esséniens, des manipulations sournoises, profiteuses et profitables, désamorçant le message d’espoir éteignant l’invitation à œuvrer, pour les orienter dans une inquiétante magie, un dangereux quiétisme où s’observe une recherche mercantile de recettes visant à l’obtention d’une absence de peurs, angoisses, maladies et souffrances…et non-plus l’Harmonie des Hommes avec l’Univers. Je n’ai pas trouvé de documents suffisamment explicites quant à l’initiation essénienne.

    Et pour cause !

    Car : Trouve-t-on dans les livres maçonniques un document assez explicite sur nos initiations ?

    Ce que j’ai pu – en revanche – constater, c’est que notre route maçonnique est dans le prolongement de celle que suivaient les Esséniens, elle-même enracinée dans les Mystères égyptiens, mazdéens, pythagoriciens, où l’on voit avec clarté que l’Homme n’a à attendre son salut que du travail sur lui-même accompli ç la Gloire du Grand architecte de l’Univers !