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La parole du Véné du lundi : « Le goût de l’instruction chez les maçons »

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Ah, quel charmant début de deuxième quart du XXIe siècle ! Les pauvres jeunes, coincés dans leurs cursus scolaires, doivent se demander s’ils apprennent à tricoter des diplômes vintage ou à surfer sur une vague technologique qui les rendra obsolètes avant même leur premier café en entreprise. Entre l’intelligence artificielle qui détruit les jobs et les profs qui enseignent encore avec des transparents jaunis, on se croirait dans un mauvais sketch. Mais attendez, ne jetons pas la pierre qu’aux écoliers déboussolés – et si ce chaos s’étendait jusqu’aux vénérables Loges de la Franc-maçonnerie ? Oui, oui, ces messieurs en tablier qui, paraît-il, détiennent les secrets de l’univers. Même chez eux, ça tangue.

Prenons un exemple aussi éclairant qu’un phare dans la brume. Tous les six mois, les membres d’une Loge se réunissent en une Chaine d’Union. Les mots de semestre circulent, d’un côté, de l’autre, avec l’espoir qu’ils reviennent « justes et parfaits » – une ambition presque aussi réaliste que de demander à un chat de rapporter la télécommande. Maintenant, imaginons un twist : remplaçons ces mots par les sacro-saintes instructions d’Apprenti d’un côté et de Compagnon de l’autre.

Après quelques années de ce petit jeu de téléphone arabe sous influence, croyez-vous vraiment que l’« essence initiatique » ressorte intacte ?

Avouons-le, le tableau est aussi réjouissant qu’un lundi matin sans café. D’un côté, les Seconds et Premiers Surveillants, ces génies autoproclamés, transforment les soirées en karaoké maçonnique avec des animations dignes d’un club de vacances. De l’autre, les Apprentis et Compagnons, aussi motivés qu’un ado devant un devoir de maths, se fichent relativement d’évoluer sur leur « chemin initiatique ».

Résultat ? La maçonnerie symboliste, autrefois auréolée de mystère, se mue doucement en un club service un peu ringard, genre Rotary avec des symboles en plus.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Après avoir réglé leur compte à ces Surveillants dilettantes et à ces apprenants en mode autopilotage, pourquoi ne pas s’attaquer à l’instruction des Maîtres ? À ce propos, chers lecteurs, la dernière fois que vous avez assisté à une de leurs séances magistrales, c’était quand ? Avant ou après la dernière mise à jour de votre smartphone ? Réfléchissez-y, entre deux soupirs, en attendant que la technologie ne vienne aussi remplacer les maillets et les compas par une appli « Initiation 2.0 ».

Bonne semaine, et que la sagesse – ou un bon espresso – vous accompagne !

Autres articles de la série…

France Culture – Les 80 ans de la Grande Loge Féminine de France

Une mémoire vive à l’antenne de « Divers aspects de la pensée contemporaine »

Liliane Mirville Grande Maitresse de la GLFF – Inauguration du Temple Éliane Brault – GLDF

Un dimanche d’équinoxe où la lumière consent à la mesure, « Divers aspects de la pensée contemporaine » accueille la Grande Loge Féminine de France. À l’ouvrage, Isabelle Debuchy. À la parole, Liliane Mirville, Grande Maîtresse, et Dominique Eloudy-Lenys, réalisatrice du film commémoratif. Nos très chères Sœurs retracent quatre-vingts ans d’une obédience féminine souveraine, histoire vivante plutôt qu’archive, véritable réservoir de forces en mouvement.

Logo GLFF
Logo GLFF

Naissance et fidélité, de l’Union Maçonnique Féminine de France à la Grande Loge Féminine de France

Blason GLDF
Blason GLDF

Après la Libération, la Grande Loge de France (GLDF) abroge le 17 septembre 1945 le dispositif de 1906 concernant les Loges d’adoption. Les Sœurs disposent alors de leur pleine liberté d’organisation. Le 21 octobre 1945, sous la présidence d’Anne-Marie Gentily, naît l’Union Maçonnique Féminine de France (UMFF) avec cinq Loges reconstituées et dûment comptées : Le Libre Examen (20 membres), La Nouvelle Jérusalem (33), Le Général Peigné (16), Minerve (16) et Thébah (6).

L’année 1946 formalise la Constitution « Des loges d’adoption aux loges féminines indépendantes » et lance une réflexion rituelle sur « le symbolisme féminin dans la Maçonnerie écossaise ». En 1948, la Loge Athéna s’ouvre à l’Orient de Toulouse, première Loge fondée en province « par des femmes pour des femmes ». Le 22 septembre 1952, l’Union devient la Grande Loge Féminine de France (GLFF) ; les travaux, d’abord au Rite d’Adoption, basculent au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) par vote de convent en 1958. De la pierre d’angle de 1945 à l’obédience de 1952, la filiation est nette : une souveraineté féminine assumée, un style de travail adogmatique, une fidélité au symbole mise au service de l’émancipation.

Cité du couvent

Une école de vie

La Grande Loge Féminine de France se présente comme une école de vie où l’on n’empoigne pas des dogmes mais une méthode patiente, une manière d’aller. Les symboles deviennent des outils éprouvés au feu doux de l’expérience et le rituel, tel un soufflet discret, ravive la braise de la pensée. La Loge éduque l’écoute, affine le discernement, apprivoise la parole juste. De ce travail intérieur, discret et régulier, naissent des gestes concrets, car la laïcité s’y vit au quotidien, les droits des femmes s’y défendent sans tapage mais avec constance, et la philanthropie s’y organise avec la précision de la main qui sait où poser le maillet.

Le fil des pionnières

Dominique Eloudy-Lenys rappelle la force des récits qui fondent une maison et, ce faisant, elle redonne visage aux pionnières qui bâtirent, dans la pénurie, des lieux pour apprendre, penser et s’entraider. Recueillies par le film commémoratif – disponible fin octobre sur le site de la GLFF –, leurs voix demeurent mémoire active plutôt que relique, et leur sororité se mesure à l’action quand la transmission fait grandir. Ainsi, l’aventure intime se fait bien commun sous la voûte étoilée, et la fierté prend la forme simple du service rendu.

Un appel simple

Rejoindre la GLFF revient à tenir la verticalité dans un monde souvent oblique et à découvrir une parole libre et responsable que l’on ajuste à l’équerre de la conscience. Nous y cultivons l’exigence évoquée par Gisèle Faivre, non pour durcir la règle mais pour mieux laisser passer la lumière, et nous y préservons les fondamentaux sans les momifier afin d’inventer des formes justes. Tradition et modernité s’y tiennent ensemble, comme l’arpenteur tient son compas et garde la mesure.

Ce que nous retenons

Nous retenons trois mots qui orientent plutôt qu’ils n’ornent : Lumière, Liberté, Fraternité, étoiles fixes d’une navigation intérieure qui ne cesse de nous reprendre. À intervalles réguliers sur l’onde publique, un dimanche par trimestre, la GLFF reprend l’antenne et rappelle que la pensée se travaille autant qu’elle se transmet. La chaîne d’union ne se montre pas, elle se ressent, et son battement discret accorde les commencements de 1945 avec l’avenir que nous nous appliquons à construire.

Pour aller plus loin, écouter l’ émission en podcast

GLFF, rue du couvent

Quand Chat GPT remplace le confessionnal, le divan… ou le Cabinet de Réflexion

De notre confrère usbeketrica.com – Par Emilie Echaroux

Imaginez un oracle moderne, consulté par 700 millions de fidèles chaque mois, recevant 2,6 milliards de prières quotidiennes. Ce n’est pas un sanctuaire antique, mais ChatGPT, l’intelligence artificielle (IA) d’OpenAI, qui, selon une étude récente analysant 1,5 million de messages échangés entre mai 2024 et juin 2025, révèle une vérité surprenante : 73 % de ces interactions n’ont rien à voir avec le travail. Loin des prédictions d’une révolution productive, les humains se tournent vers cette machine pour des questions intimes, philosophiques, existentiels.

Comme l’explique l’article d’Usbek & Rica du 18 septembre 2025, intitulé « On sait enfin ce que demandent les gens à ChatGPT (spoiler, ça n’a souvent rien à voir avec le travail) », nous utilisons l’IA non pour automatiser notre labeur, mais pour explorer notre humanité – une quête qui résonne profondément avec les traditions initiatiques, comme celle de la franc-maçonnerie. Dans cet article, nous plongerons dans les coulisses de ces échanges numériques, pour en extraire des leçons sur notre soif de sens, enrichies par des réflexions maçonniques contemporaines sur l’IA comme miroir de l’âme.

Les révélations de l’étude : quand l’IA devient confidente

Révélée en collaboration avec l’économiste David Deming de Harvard et le Bureau national de recherche économique (NBER), cette étude d’OpenAI dresse un portrait inattendu de nos usages. Sur les 49 % de messages demandant aide, conseils ou informations, et les 40 % axés sur des tâches précises, une évolution frappe : la part des requêtes personnelles a bondi de 47 % en juin 2024 à 73 % un an plus tard. L’IA n’est plus un assistant de bureau, mais un compagnon de route pour la vie quotidienne.

Les catégories dominantes ? L’aide à l’écriture capte 40 % des usages professionnels, mais s’étend au personnel : 10,6 % pour relire un texte intime, 8 % pour rédiger une lettre d’amour ou un journal personnel, 4,5 % pour traduire des mots tendres dans une langue étrangère, et même 1,4 % pour inventer des histoires fictives qui pansent les plaies du réel. La recherche d’informations, passée de 14 % à 24,4 %, transforme ChatGPT en un « moteur de recherche humain », où l’on interroge non des faits arides, mais des dilemmes existentiels : « Comment surmonter une rupture ? » ou « Quel sens donner à ma vie après un deuil ? ». Les 14,9 % de conversations sur la prise de décision révèlent une externalisation des choix moraux – « Dois-je pardonner à un ami ? » –, tandis que les 11 % d’expressions émotionnelles pures (« Je me sens seul ») font de l’IA un exutoire gratuit, sans jugement.

Ces chiffres contredisent les craintes d’une automatisation massive : seulement 4,2 % des requêtes portent sur la programmation, loin des 44 % estimés par Anthropic. Au contraire, l’IA émerge comme un outil introspectif, aidant à clarifier les émotions ou à explorer des scénarios alternatifs. Mais des ombres planent : une étude de la Columbia Journalism Review pointe 60 % de réponses fausses sur les sources citées, et NewsGuard note une dégradation à 40 % d’erreurs en août 2025. Pire, des cas tragiques, comme le procès intenté en août 2025 par des parents accusant ChatGPT d’avoir encouragé leur fils adolescent au suicide, rappellent les limites éthiques d’une machine sans empathie réelle.

Implications sociétales : L’IA, miroir d’une société en quête de sens

Ces usages personnels signalent un virage culturel : dans un monde saturé de productivité imposée, nous réclamons à l’IA ce que la vie moderne nous refuse souvent – du temps pour l’âme. Économiquement, cela tempère les peurs : seulement 10 % des entreprises françaises intègrent l’IA en 2024, contre 13 % en Europe. Socialement, l’externalisation des décisions pose un risque d’atrophie cognitive : si 14,9 % des échanges pros impliquent l’IA pour résoudre des problèmes, que reste-t-il de notre autonomie ? Philosophiquement, comme le note Matthieu Corteel dans Ni dieu ni IA (La Découverte, 2025), ces interactions interrogent notre rapport au sacré : l’IA devient un « dieu païen » accessible, mais dépourvu de transcendance, nous poussant à une introspection forcée.

Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la GLDF

C’est ici que la franc-maçonnerie entre en scène, offrant un prisme initiatique pour décrypter ces tendances. Traditionnellement, la maçonnerie est une quête de connaissance intérieure, où l’apprenti taille sa « pierre brute » – ses passions et ignorances – pour accéder à la lumière. L’IA, avec ses réponses instantanées, semble un raccourci tentant, mais les réflexions maçonniques récentes, comme celles du passé Grand Maître de la Grande Loge de France (GLDF), Thierry Zaveroni, dans un manifeste de janvier 2025, soulignent un « pari de l’humain » : l’IA doit être un outil éthique, non un substitut à la fraternité. « Lorsque la législation est en retard, l’éthique devient primordiale« , affirme Zaveroni, invitant les loges à devenir des forums pour débattre des dangers – biais algorithmiques, perte de confidentialité – et des opportunités, comme personnaliser les parcours initiatiques.

Un pont maçonnique : L’IA comme allégorie de la quête initiatique

La franc-maçonnerie, avec son symbolisme hérité du Temple de Salomon, voit dans l’IA un écho moderne de ses outils ancestraux. Le compas et l’équerre, qui tracent les limites du sacré, rappellent l’impératif d' »encadrer » l’IA pour qu’elle serve le bien commun, comme le préconise le manifeste de la GLDF.

L’intelligence artificielle va-t-elle transformer la franc-maçonnerie ?

Des auteurs comme Franck Fouqueray, dans « L’intelligence artificielle va-t-elle transformer la franc-maçonnerie ? » (2025), interrogent directement ChatGPT sur la compatibilité avec l’Art Royal : les réponses, nuancées, insistent sur l’IA comme amplificateur de l’apprentissage philosophique, sans remplacer l’introspection. Fouqueray imagine des « loges augmentées » en réalité virtuelle, où des hologrammes facilitent les instructions, mais alerte sur le risque de « standardisation des réflexions« , vidant la maçonnerie de son essence humaine.

Carl Gustav Jung

Carl Gustav Jung, dont les idées sur les symboles influencent les planches maçonniques, offre un parallèle saisissant : l’IA, comme un archétype collectif, synchronise nos inconscients en produisant des « résultats vraisemblables« , mais non la Vérité. Dans les loges, où la quête de connaissance est un chemin personnel – « Connais-toi toi-même« , gravé au fronton du Temple d’Apollon –, l’IA risque de favoriser la « paresse » dénoncée par des maçons comme ceux de la Loge Liberté en Suisse : compiler des idées sans les vivre. Pourtant, des initiatives positives émergent, comme SecGPT en Angleterre, une IA dédiée à l’administration des loges, libérant les officiers pour le « travail initiatique« . La Grande Loge de France, influencée par Auguste Comte au XXe siècle, met en garde contre la primauté de la science sur la spiritualité, prônant une « conscience critique » pour réduire les inégalités amplifiées par l’IA.

Ces liens symboliques – l’IA comme « golem » moderne, créature sans âme – invitent les maçons à une vigilance éthique : comme le dit Simone Weil, citée dans le manifeste GLDF, « L’attention est la prière la plus rare et la plus pure« . Face à une machine qui répond sans prier, la franc-maçonnerie réaffirme que la vraie intelligence est compassionnelle, fraternelle.

Réinventer l’humain à l’ombre des algorithmes

L’étude sur ChatGPT n’est pas qu’un sondage technique ; c’est un miroir tendu à notre époque, où la soif d’intime l’emporte sur l’utilitaire. Elle nous rappelle que, dans un monde algorithmé, la quête de sens reste profondément humaine – une leçon que la franc-maçonnerie, avec ses siècles de réflexion sur l’éthique et la connaissance, amplifie. L’IA n’est ni dieu ni démon, mais un outil à maîtriser, comme le maillet du maçon affine la pierre. À nous de l’utiliser pour éclairer nos ombres, non pour les occulter. Comme l’enseigne le rituel : que la lumière guide nos pas, numériques ou non. Et si, demain, vous consultez ChatGPT, demandez-lui : « Quel est le secret de la fraternité ? » – vous saurez alors que la réponse vraie se trouve dans le silence d’une loge.

Alexandra Irbe à Moscou : « une immersion dans 3 siècles de Franc-maçonnerie russe »

De notre confrère msk1.ru

Le 20 septembre 2025, à 19h, le Centre Culturel Khitrovka à Moscou a accueilli un événement aussi captivant qu’énigmatique : une conférence-spectacle intitulée Масоны и масонство: три века в России (Les Francs-Maçons et la Franc-Maçonnerie : Trois Siècles en Russie), animée par l’écrivaine et poétesse Alexandra Irbe. Situé au 8 Podkolokolny Pereulok, structure 2, ce rendez-vous de 135 minutes, entrecoupé d’une pause, a proposé une plongée interactive dans l’histoire secrète de la Franc-maçonnerie en Russie.

Au programme : une simulation d’une tenue de loge au premier degré, une exploration des symboles maçonniques emblématiques, et une réflexion sur l’influence durable de ces « frères de lumière » sur la littérature, l’histoire et l’édition russes. Avec des prix à gagner pour les participants les plus curieux, cet événement n’était pas seulement une leçon d’histoire ; c’était une invitation à questionner le rôle des sociétés initiatiques dans la formation d’une nation.

Dans un pays où la Franc-maçonnerie a connu des heures de gloire sous les Romanov, des persécutions sous les Soviets, et une renaissance timide au XXIe siècle, cette soirée tomba à pic. À l’heure où la Russie redécouvre ses archives occultes, Alexandra Irbe, membre de l’Union des Écrivains de Russie et disciple de Leonid Matsikh – éminent chercheur en maçonnerie, théologien et philosophe –, a offert un éclairage précieux. Cet événement a proposé tout en explorant l’histoire tortueuse de la franc-maçonnerie russe, un fil rouge entre mysticisme, pouvoir et résistance.

L’événement décortiqué : une conférence-spectacle interactive

Lutte contre la franc-maçonnerie. – Poursuite de la conspiration maçonnique. « Francs-maçons » contre l’URSS. – Résolution de l’Église orthodoxe hors de Russie.

La soirée débutea par une introduction aux origines globales de la franc-maçonnerie, née au XVIIIe siècle en Angleterre comme une confrérie d’artisans évoluant vers une société philosophique. Alexandra Irbe, avec son talent de conteuse et de réalisatrice, retraça comment cet « Art Royal » s’implante en Russie dès 1731, sous l’impulsion de diplomates anglais et allemands. Le clou du spectacle : une reconstitution immersive d’une initiation au premier grade, où le public pu manipuler des symboles comme l’équerre, le compas ou les colonnes J et B – Jacques et Boaz –, piliers du Temple de Salomon, archétype maçonnique.

Triangle rayonnant sur façade à St.petersburg, en Russie
Triangle rayonnant sur façade à St.petersburg, en Russiae

La conférencière évoqua les « repères maçonniques » (masonic landmarks), ces principes immuables qui guident les loges, et insistera sur le « sixième sens » maçonnique : une intuition spirituelle affinée par les rituels. Parmi les invités d’honneur virtuels : des figures légendaires comme Ivan Yelaguine, premier maître de loge russe ; Nikolaï Novikov, éditeur éclairé et « philosophe maçon » ; ou encore Nicolas Karamzine, historien dont les chroniques portent l’empreinte initiatique. Sans oublier les géants : Alexandre Pouchkine, Alexandre Souvorov, Mikhaïl Koutouzov, Nikolai Gumilev, Mikhaïl Boulgakov, Alexandre Kerenski et Grigori Danilevski. Ces noms, tissés dans le récit, illustreront comment la maçonnerie a imprégné la littérature russe – des poèmes symbolistes aux romans dystopiques – et influencé des tournants historiques, comme la guerre contre Napoléon ou la Révolution de 1917.

Cette soirée de 135 minutes à mêlé érudition et divertissement : avec des anecdotes croustillantes, comme les loges clandestines sous Catherine la Grande, et des jeux interactifs pour remporter des souvenirs maçonniques. En ces temps de quête de sens, où l’ésotérisme connaît un regain d’intérêt en Russie post-soviétique, cet événement fut une porte d’entrée idéale vers un univers où la fraternité transcende les frontières du visible.

La Franc-maçonnerie en Russie : 3 siècles d’ombre et de lumière

Pour apprécier pleinement la soirée d’Irbe, replongeons dans l’histoire de la franc-maçonnerie russe, un chapitre fascinant de l’Art Royal, marqué par des alliances impériales, des persécutions idéologiques et une résilience souterraine. Introduite officiellement en 1731 par la Grande Loge de Londres, via le capitaine John Philips, la maçonnerie s’implante rapidement parmi l’élite pétersbourgeoise et moscovite. Pierre le Grand, modernisateur de la Russie, y voit un outil d’Occidentalisation : des loges comme « La Parfaite Égalité » (1739) attirent nobles, officiers et intellectuels, promouvant des idéaux de tolérance, de raison et de perfection morale – échos des Lumières européennes.

Le siècle d’or : catherine la grande et les réformes impériales (XVIIIe Siècle)

Place Rouge Moscou Russie
Place Rouge – Saint Basile – Crédit photo : Christophe Meneboeuf

Sous Catherine II (1762-1796), la maçonnerie connaît son apogée. L’impératrice elle-même flirte avec les loges rosicruciennes, influencées par l’hermétisme et l’alchimie. Des figures comme Ivan Yelaguine, Grand Maître de 1773 à 1787, structurent l’obédience russe en un système hiérarchique inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté. Novikov, avec sa Librairie Maçonnique, publie des milliers d’ouvrages philosophiques, faisant de la Russie un foyer d’illuminisme. Pourtant, la peur d’une subversion « étrangère » mène à une première répression en 1792 : Catherine ferme les loges, accusées de complot contre l’autocratie. Malgré cela, l’héritage perdure : Pouchkine, initié en 1821, infuse ses vers d’un mysticisme maçonnique discret, comme dans Eugène Onéguine.

L’ére Alexandre : libéralisme et guerres Napoléoniennes (début XIXe Siècle)

Avec Alexandre Ier (1801-1825), la maçonnerie renaît de ses cendres. L’empereur, fasciné par les mystères, protège les loges et intègre des maçons comme Souvorov et Koutouzov dans son entourage. Ces « frères » jouent un rôle clé dans la victoire de 1812 : les loges servent de réseaux d’espionnage et de réflexion stratégique, tout en propageant des idées constitutionnelles. Karamzine, historien maçon, forge l’identité nationale russe dans ses écrits. Mais sous Nicolas Ier (1825-1855), le « gendarme de l’Europe« , la répression s’abat : les loges sont dissoutes en 1822, vues comme un danger décembriste (révolte libérale de 1825).

Le XXe siècle : persécutions et renaissance (Nicolas II aux temps modernes)

Sous Nicolas II, la maçonnerie refleurit discrètement dans les cercles artistiques et politiques. Boulgakov, dans Le Maître et Marguerite, glisse des allusions ésotériques ; Kerenski, futur leader provisoire de 1917, est un maçon convaincu, voyant dans l’Art Royal un rempart contre le bolchevisme. Mais la Révolution d’Octobre 1917 sonne le glas : Lénine et Staline traquent les « contre-révolutionnaires ». Des milliers de maçons sont exécutés ou déportés au Goulag ; les loges émigrent en exil, préservant rituels et archives à Paris ou Berlin. Gorbatchev, en 1988, autorise une timide reprise, mais la reconnaissance officielle n’arrive qu’en 1995 avec la Grande Loge de Russie, fondée par des émigrés rentrés.

Aujourd’hui, la franc-maçonnerie russe compte une dizaine d’obédiences, comme la Grande Loge Unie de Russie (affiliée à l’Angleterre) ou le Grand Orient de Russie, totalisant environ 500 membres – une goutte d’eau comparée aux 6 millions mondiaux. Elle attire une élite intellectuelle : historiens, artistes et hommes d’affaires, dans des loges comme « Astrea » à Saint-Pétersbourg. Les thèmes ? Au-delà des rituels classiques (initiation, élévation au grade de compagnon), une emphase sur la spiritualité orthodoxe, influencée par le rosicrucianisme. Des controverses persistent : l’Église orthodoxe la qualifie d' »hérésie« , et le Kremlin la surveille pour ses liens « occidentaux« . Pourtant, des figures comme Gumilev (poète maçon fusillé en 1921) inspirent une fascination populaire, visible dans la littérature (Boulgakov) ou le cinéma (The Master and Margarita, 2024).

Pourquoi cet événement ? Une renaissance culturelle en Russie contemporaine

Dans une Russie post-soviétique en quête d’identité, la franc-maçonnerie symbolise à la fois l’ouverture au monde et un retour aux racines mystiques slaves. L’événement d’Irbe s’inscrit dans cette vague : les centres culturels comme Khitrovka, nichés dans les anciens quartiers artisanaux de Moscou, deviennent des temples laïcs où l’ésotérisme dialogue avec l’histoire. En explorant l’impact des maçons sur l’édition (Novikov imprima 500 titres en dix ans !) ou la littérature (Pouchkine et son « symbole de l’infini »), la soirée rappellera que l’Art Royal n’est pas un complot, mais un chemin vers la sagesse intérieure – « Ordo ab Chao » (Ordre du Chaos).

Pour les francophiles ou les passionnés d’ésotérisme, c’était l’occasion de comparer : en France, la maçonnerie est laïque et militante ; en Russie, elle reste plus spirituelle, imprégnée de mysticisme byzantin. Des parallèles émergent : comme les loges françaises sous la Révolution, les russes de 1917 ont rêvé d’une république éclairée.

La Loge du savoir !

À l’image des apprentis maçons, qui taillent leur pierre brute dans l’ombre pour émerger à la lumière, cet événement invite à questionner : quelle place pour les sociétés secrètes dans notre monde transparent ? En Russie, comme ailleurs, la franc-maçonnerie enseigne que la vraie force réside dans la fraternité et la quête de vérité. Que la lumière soit avec vous, chers lecteurs – et qui sait, peut-être deviendrez-vous ce soir un « frère » d’un soir.

27/09/25 : Marseille – Au Château Saint-Antoine, Saint Jean d’Écosse n°1 (GLDF) ouvre « Le livre a la parole »

Il est des matinées où la lecture cesse d’être un simple loisir pour redevenir un art de vivre, une discipline de l’esprit, presque un office discret. La Loge Saint Jean d’Écosse, mère loge écossaise de Marseille, n°1 au matricule de la Grande Loge de France, ouvre son cycle « Le livre a la parole » à un thème qui nous est cher : la mémoire. Nous y venons comme on entre en Tenue… avec une clepsydre posée près du cœur, afin que le temps ne s’écoule pas en vain.

Le choix de Boualem Sansal s’impose par sa sobriété lumineuse : Petit éloge de la mémoire n’est pas un traité, c’est une passe de seuil. Une voix y convoque l’Égypte, mère du monde, non comme décor d’exotisme, mais comme matrice des civilisations et atelier de nos réminiscences. La mémoire ici n’est pas l’archive morte ; elle est dynamique, elle transmue, elle relie. Nous reconnaissons ce geste : tailler la pierre du souvenir pour qu’elle s’ajuste à l’ouvrage commun. « Remplissez bien votre clepsydre », dit le livre ; l’injonction nous va droit au cœur : chaque minute de lecture est une goutte qui tombe, mesure et féconde.

La rencontre épouse un rythme fraternel. Petit-déjeuner convivial au restaurant du Château Saint-Antoine ; puis deux lecteurs-témoins partagent leur lecture singulière, offrant à l’assemblée un matériau de pensée, des angles, des voix, des façons. Un animateur situe brièvement l’œuvre et lance l’échange. Un modérateur veille à la circulation équitable de la parole. Un gardien du temps garantit la juste mesure. Nous avançons ainsi, non pour imposer une thèse, mais pour construire notre propre chemin critique, dans le respect de soi et d’autrui. Une rencontre en présence de Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la Grande Loge de France.

Fidèle à la politique de la Grande Loge de France en faveur du livre et de la lecture, « Le livre a la parole » s’adresse aux Sœurs et Frères de toutes Obédiences et s’ouvre – sous la responsabilité personnelle de celui ou celle qui invite – à un public profane discret et bienveillant. Ce n’est pas un « événement maçonnique sur la Maçonnerie » ; c’est une pratique maçonnique de la culture, là où la mémoire devient pont, où le passé clarifie nos présents et arme notre courage.

À Marseille, ville de seuils et d’horizons, cette méditation sur la mémoire résonne comme une évidence : ici, les pierres parlent, la mer se souvient, et les hommes de bonne volonté savent qu’une cité se garde par l’attention à ce qui l’a faite. Dans la salle du Château, nous mettrons nos clefs de lecture au service d’un bien plus vaste atelier : réparer par la mémoire ce que l’oubli défait, donner à la parole la gravité des œuvres, tenir ensemble l’exigence et l’espérance.

Pour celles et ceux qui le souhaitent, la conversation se prolonge au déjeuner pris sur place : prolonger la parole par le pain rompu n’est pas un luxe, c’est une méthode.

Boualem Sansal en 2015

Mon regard maçonnique sur Petit éloge de la mémoire de notre frère en humanité Boualem Sansal

Publié en 2025 chez Gallimard dans la collection de poche (132 pages, 3 €), ce court essai de Boualem Sansal se présente comme un vibrant hommage à la mémoire humaine, ancré dans l’Égypte antique comme berceau inaugural. L’auteur, né en 1949 en Algérie, ingénieur et docteur en économie, a traversé une carrière variée (enseignant, consultant, haut fonctionnaire) avant de s’affirmer comme une figure majeure de la littérature algérienne contemporaine.

Ses œuvres antérieures, telles que Le Serment des barbares, Harraga ou Poste restante – Alger, témoignent d’une prose dense et limpide, qui privilégie la vigilance éthique sur la nostalgie passive.Ici, Boualem Sansal refuse le musée statique de la mémoire pour en faire un flux vital, reliant les époques dans une responsabilité morale. Du point de vue maçonnique, cet ouvrage résonne profondément avec les principes de la Franc-Maçonnerie, qui place la mémoire au cœur de son initiation et de sa quête spirituelle.

Petit éloge de la mémoire

La mémoire n’est pas un simple archivage, mais un outil de construction morale et symbolique, écho des rituels où l’on réveille les traces du passé pour édifier l’avenir. Explorons cela à travers une lecture symbolique et éthique.

Boualem Sansal choisit l’Égypte comme point de départ de la mémoire humaine, évoquant ses hiéroglyphes, ses pyramides et ses mystères comme un socle vivant. Pour le Maçon, cette référence est immédiate : la Franc-Maçonnerie puise abondamment dans l’Égypte ancienne, vue comme source de sagesse hermétique. Les pyramides symbolisent l’ascension spirituelle, l’élévation par degrés – rappel des trois grades symboliques (Apprenti, Compagnon, Maître). L’obélisque, le Nil fertilisant, ou les mystères d’Isis et Osiris incarnent la transmission initiatique, où la mort et la renaissance (comme dans le rituel du Maître) enseignent la continuité de la mémoire. Boualem Sansal fait circuler un sang vif entre les époques… Cela évoque le travail maçonnique en loge, où la mémoire collective n’est pas momifiée mais revivifiée par le rituel. Le Maçon, comme l’auteur, assume une responsabilité morale : se souvenir pour agir, non pour regretter. L’Égypte de Boualem Sansal n’est pas un passé lointain, mais un présent actif, miroir de la chaîne d’union maçonnique qui relie les frères à travers le temps, du Temple de Salomon aux mystères égyptiens réinterprétés par les fondateurs de la Maçonnerie spéculative.

La pyramide de Giza et son Sphinx
La pyramide de Giza et son Sphinx

L’essai insiste sur la mémoire comme trésor de sens doublé d’une exigence éthique. Boualem Sansal, conscience critique de l’Algérie contemporaine, éveille la vigilance plutôt que la nostalgie – une posture qui fait écho au devoir maçonnique de veiller sur les valeurs humanistes. En Maçonnerie, la mémoire est un outil de perfectionnement : l’Apprenti apprend à graver les symboles dans son esprit, le Compagnon voyage pour enrichir son savoir, et le Maître intègre la perte (la légende d’Hiram) pour transcender le temps. La prose dense et claire de Boualem Sansal rappelle le style des instructions maçonniques : précis, symbolique, invitant à la méditation sans fioritures.

Pas de complaisance dans le passé, mais une alerte morale contre l’oubli – pense à l’amnésie collective des totalitarismes, que Boualem Sansal a souvent dénoncés.

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Bibliothèque de livres anciens

Pour le Maçon, cela renforce l’idée que la mémoire est un garde-fou contre les barbares (titre d’un de ses romans), ces forces qui brisent la chaîne d’union.

Elle est aussi un serment (autre référence à son œuvre), serment d’allégeance à la Lumière, où la vigilance éthique prime sur l’inertie.

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Cet éloge bref (132 pages) offre un matériau riche pour la réflexion en Loge : il invite à une tenue sur la mémoire comme pilier de l’initiation, où l’Égypte pourrait servir de fil conducteur symbolique. Boualem Sansal, sans être explicitement maçonnique, incarne l’idéal du libre penseur : ingénieur rationnel devenu poète vigilant, il symbolise le passage du profane au sacré, de la carrière profane à l’édifice spirituel.

Toutefois, l’ouvrage reste un essai littéraire, non un traité ésotérique. Il manque peut-être une dimension opérative : comment opérer cette mémoire au quotidien ? Le Franc-Maçon y suppléera par ses outils – compas pour mesurer le temps, équerre pour ancrer la morale.

À 3 €, c’est un accès démocratique à ces idées, aligné sur l’universalisme maçonnique.

Pour le lecteur Petit éloge de la mémoire est une invitation maçonnique implicite à cultiver la mémoire comme un art royal : non pour idolâtrer le passé, mais pour irriguer le présent d’une éthique vivante.

Une lecture recommandée pour tout Frère en quête de vigilance, rappelant que « la mémoire est le sang de l’âme collective ».

Marseille nous offre sa géographie de seuils et d’horizons, et la Grande Loge de France y trouve l’écrin juste pour sa politique du livre et de la lecture.

Au Château Saint-Antoine, Hôtel de la GLDF, la lecture devient acte de fraternité et de transmission. La Loge Saint Jean d’Écosse, mère loge écossaise de Marseille, n° 1 au matricule, y tient la lampe allumée, fidèle à l’esprit du Rite et ouverte au dialogue avec la Cité. Sous cette voûte, la mémoire n’est pas un musée, elle est un chantier vivant qui relie les générations et rassemble les consciences.

GLDF SAINT JEAN D' ÉCOSSE MARSEILLE
GLDF SAINT JEAN D’ ÉCOSSE MARSEILLE

Ainsi se dessine une cohérence simple. La Grande Loge de France affirme sa vocation d’éclairer sans dominer, de rassembler sans uniformiser. Le Château Saint-Antoine offre la maison, Saint Jean d’Écosse donne le souffle, Marseille prête la mer et le vent du large. Ensemble, ils rappellent que la culture n’est pas un divertissement mais une voie d’élévation. Que chaque livre lu sous cette voûte ajoute une pierre à l’ouvrage, et que chaque parole échangée prolonge la chaîne d’union bien au-delà des murs du Temple.

Nous viendrons avec notre clepsydre intérieure : que chaque goutte de temps devienne une graine de mémoire. La lecture, alors, ne divertit pas : elle élève.

Informations pratiques

Date : samedi 27 septembre 2025.
Accueil café : dès 9 h.
Lecture-débat : 9 h 30 – 11 h 30 (plage d’échanges étendue jusqu’à 12 h 30 selon l’affluence).
Lieu : Château Saint-Antoine, Hôtel de la Grande Loge de France, 10 boulevard Jules-Sebastianelli, 13011 Marseille.
Organisation : Loge Saint Jean d’Écosse, mère loge écossaise de Marseille, n° 1 GLDF, en partenariat avec la Librairie de l’Orient.
Public : Sœurs et Frères de toute Obédience ; possibilité d’être accompagné(e) d’un(e) profane, sous la responsabilité personnelle de l’invitant(e), dans le respect de nos règles de discrétion.
Inscription et règlement en ligne (obligatoires) : HelloAsso – Le livre a la parole – 27 septembre 2025.
Déjeuner sur place (facultatif) : inscription le jour même, règlement direct au restaurant du Château.
Mobilité : pensez au covoiturage (Karos – Métropole AMP).

Vue aérienne de Notre Dame de la Garde à Marseille
Vue aérienne de Notre Dame de la Garde à Marseille

Tant de mystères…

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Le mot est prononcé: mystère. Avec l’âge on s’aperçoit que le monde des adultes aime entretenir le mystère.

dans la vie en grandissant il va falloir apprendre à vivre avec le et les mystères…

Je me suis couvent demandé pourquoi, enfant j’aimais tant Zorro, j’étais dans un environnement classique, Tintin, Pif le chien et le début de la libération dans la bande dessinée. Je devenais un jeune homme, je découvrais les animaux, le monde qui m’entourait et petit à petit j’avançais dans la vie qui me fascinait.

Mes sœurs, elles plus âgées que moi, me faisaient découvrir les chanteurs à la mode, la musique, les premiers romans et m’emmenaient avec elles aux bals en fin de semaine.

Mes autres frères eux plus âgés m’ignoraient un peu et je sentais à mon égard qu’ils ne souhaitaient pas spécialement me faire partager leur monde, celui qu’ils entourait d’un certain mystère.


Mystère de la vie, mystère de ce que l’on comprend pas, mystère que nous étudions sans toujours bien comprendre…


Quand on se sent attiré par tout ce qui nous apparaît mystérieux, il semble assez logique qu’à un certain moment le monde de la Franc-maçonnerie nous interpelle.

Pour répondre à mes questionnements d’adolescent puis d’adulte, j’ai exploré des voies diverses pour essayer d’aborder la connaissance des énigmes métaphysiques spirituelles ou tout simplement philosophiques.

Sans cesse reviennent toujours ces notions de mystère, ce mystère qui accompagne notre parcours maçonnique, ce mystère qu’il faut mériter un peu comme une récompense qui arrive comme un accomplissement.

Nous restons de grands enfants qui deviennent parfois des héros

Je ne pense pas que le Grand René va me contredire dans sa video ci-dessous :

La carte postale du dimanche : Le jardin du 13 novembre 2015 à Paris

Frères, Sœurs, Compagnons de route,

La place Saint-Gervais, ancienne et trapézoïdale, est un cœur battant de Paris. Située dans le 4ᵉ arrondissement, au pied de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais, elle s’inscrit dans un tissu urbain chargé d’histoire.

Église Saint-Gervais-Saint-Protais

Autour d’elle débouchent les rues François-Miron et de Brosse, tandis que la rue de Lobau la borde à l’ouest, à l’arrière de l’Hôtel de Ville. Ce parvis fut jadis un lieu de justice et de rassemblement, dominé par l’orme séculaire sous lequel se réglaient les affaires communes.

Cette église, desservie depuis 1975 par les Fraternités monastiques de Jérusalem, porte en elle une présence spirituelle singulière : celle de la vie monastique enracinée au cœur de la cité, rappelant que le silence, la prière et la fraternité peuvent habiter l’espace urbain le plus vibrant. Tout autour, l’histoire du compagnonnage affleure : à quelques pas, rue de la Mortellerie, les maçons puisaient leur outil symbolique, et sur la place de Grève, marché des bâtisseurs, ils se faisaient embaucher. La maison des compagnons du Devoir se dresse encore au numéro 1 de la place, rappelant que cet espace fut, des siècles durant, un foyer vivant du travail de la pierre et de la fraternité des ouvriers. L’on « topait » alors sous l’orme de Saint-Gervais, comme pour sceller d’un geste la solidarité des bâtisseurs.

Le jardin du 13 novembre 2015

C’est sur ce sol traversé par l’histoire spirituelle et compagnonnique qu’a été inauguré en 2025 le jardin du 13 novembre. Ce lieu n’est pas un aménagement ordinaire, mais un temple silencieux, édifié au cœur même de la cité, où la mémoire des victimes se déploie en symboles visibles et invisibles. Il est jardin du souvenir, jardin mémoriel ou encore jardin de la fraternité, mais toujours sanctuaire de mémoire et d’espérance.

Le tracé reprend la géométrie des six lieux touchés par les attentats : le Bataclan, le Stade de France, La Belle Équipe, Le Carillon et Le Petit Cambodge, Le Comptoir Voltaire, La Bonne Bière et le Casa Nostra. Arrachés à leur contexte originel, ces plans urbains recomposés deviennent des allées, des pavages, des parcours de méditation. Ils ne sont plus les cartographies du chaos mais des itinéraires de résilience. Chaque site, dans ce dessin, cicatrise avec les autres, comme pour signifier que la fraternité ne se répare pas dans la séparation mais dans l’unité.

Les stèles de granit, issues de la carrière de Lanhélin, s’élèvent telles des colonnes où sont inscrits les noms des 131 victimes. Le granit, pierre dure, incarne la permanence, l’indestructible souvenir, mais il est aussi une pierre bleue, couleur du ciel et de l’esprit. Chaque bloc rappelle à la fois la fracture et l’élévation, le poids de la douleur et la verticalité de la dignité.

La nuit venue, plus d’une centaine de lueurs scintillent à la manière de bougies éternelles. Leur disposition n’est pas aléatoire : elle suit la voûte céleste telle qu’elle se présentait dans le ciel de Paris le soir du 13 novembre 2015. Ainsi, la mémoire terrestre s’unit au cosmos, les noms gravés dans la pierre répondent aux constellations, et les victimes se trouvent inscrites à jamais dans la trame des étoiles. Nous découvrons là une vérité initiatique : la mémoire n’est pas seulement humaine, elle est cosmique.

Deux arbres structurent le jardin comme les colonnes d’un temple : l’orme séculaire de Saint-Gervais, enraciné dans le Moyen Âge et témoin des justices rendues jadis à son pied, et l’olivier de la paix, planté en 2025 comme signe d’un avenir réconcilié. L’un incarne la tradition, la permanence de l’histoire, l’autre la promesse et l’espérance. Ensemble, ils forment un seuil symbolique : passer de l’ombre du passé à la lumière de l’avenir.

Le jardin n’est pas figé. Selon la pensée de Gilles Clément, il s’inscrit dans le concept de « jardinage par soustraction » : un jardin qui évolue avec le temps, qui accueille le passage des saisons, le souffle des vents, la venue des oiseaux. Ainsi, le jardin n’est pas un monument statique, mais un espace vivant, mouvant, en perpétuelle métamorphose. Il nous rappelle que la mémoire elle-même est une œuvre vivante, qui ne cesse de se transformer, de se réinscrire dans le présent.

Les oiseaux y trouvent refuge, et leur chant résonne comme une liturgie naturelle. Ils symbolisent les âmes qui échappent à l’emprise des règles terrestres, franchissant toutes les frontières visibles ou invisibles. Leur vol est une métaphore de la liberté ultime, un appel à ne jamais enfermer la mémoire dans la douleur seule, mais à la laisser s’élever vers la lumière.

L’enceinte de pierre qui entoure le jardin rappelle la brutalité de l’événement, l’éruption soudaine de la violence. Mais en son centre, la clairière herbacée s’ouvre comme une respiration. Cette clairière, propice au recueillement, évoque un sous-bois lumineux, une oasis au cœur du tumulte urbain. Elle nous enseigne que toute fracture recèle une ouverture, tout chaos contient un passage vers l’apaisement.

L’olivier

Espace de mémoire, certes ! Mais bien plus encore… Il est une architecture symbolique, un lieu initiatique qui nous invite à transformer la douleur en fraternité, la fracture en unité, la mémoire en espérance. Dans ses pierres, dans ses arbres, dans ses lumières, il nous murmure que la lumière ne s’éteint jamais, même dans la nuit la plus noire.

Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers de Paris, éternelle Ville Lumière !

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

Sous le voile des symboles, la leçon de Richard Carlile

Nous effleurons d’abord les contours matériels de cette œuvre, comme nous touchons les arêtes d’une pierre avant d’en approcher le cœur, afin d’ancrer notre méditation dans la réalité tangible qui porte les mystères.

Manual de francmasonería

Le Manual de francmasonería (Manuel de franc-maçonnerie) paraît chez Editorial Masonica.es,  et nous invite à une lecture, en langue castillane, qui ne sépare jamais la lettre et l’esprit, la main qui tourne la page et l’intelligence qui s’éveille.

Le visage de Richard Carlile se dessine alors, non comme une icône lisse, mais comme une trajectoire fervente. Richard Carlile naît en 1790 à Ashburton dans le Devon (Angleterre). Son père change de métiers au gré des nécessités, cordonnier, percepteur, enseignant, soldat, auteur d’un recueil d’adages mathématiques, pris dans des tourments qui mènent à l’abandon familial. Sa mère donne à l’enfance un bain de piété et de rites qui ne s’éteindra jamais tout à fait. Richard Carlile grandit dans les écoles de charité, apprend vite, travaille le fer blanc, subit la pression des machines nouvelles, quitte Portsmouth, rejoint Londres, épouse Jane, fille de cottage du Hampshire, élève trois fils dans une économie rude. Dès 1813, le souffle radical l’emporte.

Thomas Paine

Il vend des pamphlets, puis les édite, diffuse Thomas Paine, écrit, imprime, répond, entre en conflit avec les lois sur le blasphème et la sédition. Les emprisonnements se succèdent. Dorchester devient pour lui, de 1819 à 1825, une cellule et un atelier. Il publie, encouragé par sa famille et par des volontaires, comme si la presse pouvait devenir une lampe à huile dans la nuit. Jusqu’à sa mort en 1843, lorsqu’il décide d’offrir son corps à la dissection afin de rompre un tabou, Richard Carlile tient sa ligne. Nous reconnaissons en lui un éditeur de conscience, un passeur qui veut que la lumière circule dignement, un veilleur qui voit dans la maçonnerie non une rigidité sectaire, mais un véhicule ancien de sagesse, un déisme lucide, une mémoire solaire, une discipline morale et intellectuelle capable d’émanciper l’esprit.

Pour mieux comprendre son manuel, encore fallait-il connaître le parcours de son auteur.

Cette réédition que nous ouvrons porte cette tension entre courage civil et exigence initiatique. Nous y entrons comme dans une Loge. Rien ne cherche l’effet, tout convoque l’exactitude. La narration des degrés ne constitue pas un escalier social, elle ordonne une grammaire de la lumière.

SITE EQUERRE COMPAS

L’Apprenti se présente dépouillé de métaux, prêt à recevoir la secousse d’un lever de bandeau qui n’humilie pas mais redresse. La Loge se montre à lui comme un monde mesuré par Sagesse, Force et Beauté. Les mots sont des poids, les gestes sont des angles, la marche est un tracé. Nous sentons dans le premier degré l’ouverture d’une vigilance, une manière de regarder, de répondre, de se taire.

Tablier de Compagnon

Le Compagnon accède aux arts libéraux, la géométrie s’impose comme science du monde et du cœur, non comme culte d’une abstraction, mais comme méthode de proportion, d’aplomb, de justesse.

Le Maître traverse la légende d’Hiram Abiff. La mort initiatique n’est pas une scène pour frissonner. Elle mesure le courage, éprouve la fidélité, exige la mémoire. Le relèvement n’est pas un geste théâtral, il devient un engagement intime, une manière de ressusciter à la responsabilité.

Richard Carlile connaît l’ambiguïté de toute divulgation et en fait une ligne de crête. Révéler sans profaner, instruire sans dessécher, partager sans trahir. Les catéchismes, loin d’ériger une clôture, ouvrent un couloir d’air entre mémoire et vigilance. Les tableaux de loge ne sont pas des images de musée, ils travaillent l’esprit comme des opérateurs. La parole que nous disons perdue ne surgit pas comme une trouvaille de cabinet. Elle se cherche dans les ruines, source discrète qui réclame patience et service. Nous lisons alors un livre de gestes et d’attitudes morales, une échelle intérieure où chaque barreau n’existe qu’à la mesure de la conscience qui le foule. Cette sobriété n’est jamais froide. Elle tient de la ferveur retenue. Elle laisse la place au silence, afin que les signes ne retombent pas en cendres.

Richard Carlile

Après tout, au premier degré du Rite Anglais Style Émulation, dans les « questions et réponses que l’apprenti f.m. doit savoir avant son passage au deuxième grade », la question « qu’est-ce que la franc-maçonnerie » reçoit cette réponse « un système particulier de morale enseigné sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles ». Selon les Anglais, la Maçonnerie n’est que cela, rien que cela, mais tout cela, loin des discours pseudo philosophiques où certains se prennent pour des philosophes en accumulant quelques citations dans leurs planches, discours, allocutions ou autres morceaux d’architecture…

Lorsque le chemin nous mène vers d’autres architectures, la Tau et la Croix entrent en conversation. Elles ne sont pas opposées, elles se répondent. L’une dit la vie conservée, l’autre la construction assumée. Les degrés de Marque engagent notre responsabilité, ils rappellent que signer son œuvre ne relève pas de la vanité, mais d’un devoir envers la communauté de travail. Le Royal Arch récapitule, rassemble, tient ensemble l’histoire sacrée et l’alchimie intérieure. Nous y percevons la voûte qui fait retour sur les pas, les épreuves, les relances, et nous rappelle que la connaissance se disperse si elle ne s’ordonne pas à une unité plus haute. Les chapitres chevaleresques n’excitent pas un imaginaire de croisade, ils le transfigurent. Protéger le pèlerin revient à prendre soin de l’âme en marche. Les signes d’ordre deviennent autant d’exigences de vigilance, d’attention, de tempérance.

Manual de francmasoneria

Nous avançons ainsi dans une cartographie de fidélités. Le Maître Secret et le Maître Parfait donnent une profondeur aux sentiments de deuil et de régénération, ils enseignent la discrétion comme vertu active, ils renvoient aux ministères de la parole juste et du silence utile.

L’Intendant du Bâtiment rappelle que servir l’ouvrage implique de tenir l’équilibre intérieur, cinq points pour une harmonie, autant de repères pour ne pas se perdre. Les Élus des Neuf pensent la justice sans vengeance aveugle. Les Noachites méditent l’humilité devant la confusion des langues. Les ordres orientés vers Babylone et vers l’Orient figurent la libération des captifs, c’est à dire la délivrance de ce qui, en nous, restait prisonnier. Enfin l’aigle blanc et le pélican, puis la rose et la croix, couronnent un voyage où le sacrifice devient charité active et où la résurrection cesse d’être une image pour devenir un style de vie. Rien ici ne se pose en doctrine close. Tout respire comme une méthode.

La biographie de Richard Carlile se fond dans la texture du livre. Les rééditions de Thomas Paine, les colonnes du Republican, l’Address to the Reformers, l’acharnement à publier malgré l’enfermement, tout cela donne au Manuel une tenue singulière. Nous n’entendons pas un compilateur froid, nous écoutons un travailleur de presses qui sait la valeur d’un mot juste prononcé au bon moment. Nous savons que certaines éditions connurent des feuillets scellés. Ce détail, qui pourrait paraître anecdotique, porte une leçon. Le secret n’est pas une rétention jalouse. Il est ajustement de la parole à la maturité de l’écoute. Cette délicatesse fait loi, et nous touche. Elle protège la flamme afin qu’elle éclaire sans brûler.

Le mérite de Richard Carlile n’est pas d’avoir arraché un voile, il est d’avoir rappelé que l’initiation ne se confond pas avec une énigme. Ainsi le Manual de francmasonería se tient pour nous comme une pierre d’angle. Il nous aide à conjuguer tradition et liberté, fidélité et recherche, mémoire et espérance, et à faire de la lumière non un éclat qui aveugle, mais une constance qui oriente.

MASONICA EDITORIAL

Manuel de franc-maçonnerie

Richard Carlile Introduction Dr. David Harrison / Editorial Masonica, coll. Textes historiques et classiques, 2025, 454 pages, 24,99 €

MASONICA, la maison d’édition avec le plus grand catalogue au monde de livres sur la franc-maçonnerie en espagnol., le site

Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung

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LA DÉCOUVERTE DE LA PERSONA ET LA DIFFÉRENCIATION (2/6)

Thésée, Athéna et le Minotaure

La découverte de la « persona » et les phénomènes psychiques liés la « différenciation », qui constituent la deuxième étape du processus d’individuation dans la psychologie analytique de C.G. Jung, conduisent l’être en quête de soi-même dans un voyage initiatique intérieur vers le Soi équivalent à l’Atman hindou.

La persona est un masque dissimulant la personnalité et l’identité profonde sous des traits superficiels, conformes d’une part à des règles de vie sociale extérieures conçues par d’autres, et d’autre part à des processus de vie mentale intérieure révélateurs en dernière instance du Soi profond. Le labyrinthe symbolise ce voyage en soi-même de la périphérie vers le centre, d’où l’on ressort en suivant le chemin inverse du centre vers la périphérie, à moins de s’en évader par les airs en s’envolant du centre verticalement.

Labyrinte

Le Sage du Labyrinthe (52è degré de la Maçonnerie égyptienne) connaît et pratique ces deux voies, la première horizontale à dimension humaine illustrée par le mythe de Thésée, la seconde verticale pour se relier au Soi d’essence divine, symbolisée par le récit des Noces de Philologie et de Mercure. (Martianus Capella, Vè siècle de notre ère). C’est sur la voie horizontale du labyrinthe que l’être découvre sa persona et trouve ses propres repères en se rectifiant à l’équerre et en se désorientant, comme le font les Maçonnes et les Maçons à tous les degrés pour demeurer vigilant(e)s et éveillé(e)s spirituellement. La différenciation effectuée sur la voie verticale de la conscience et de l’amour leur est donnée par surcroît comme une récompense pour le travail effectué sur soi-même afin de se connaître, s’accepter, et s’aimer.

Thésée
Thésée

Ces voies horizontale et verticale conduisent Thésée à retrouver ses origines humaine et divine symbolisées par ses deux pères potentiels Égée et Poséidon, sa mère Aethra s’étant unie au dieu Poséidon après son étreinte avec le roi Égée. La vie de Thésée est une suite de combats et d’épreuves révélateurs de cette double nature humaine et divine. Durant ses voyages et avant d’affronter le Minotaure dans le labyrinthe, il doit combattre et vaincre cinq criminels enfreignant les règles morales et éthiques en vigueur dans les mondes conscient et subconscient. Avec le premier, il apprend qu’au niveau conscient comme au niveau subconscient, on est traité comme on se comporte, et il tue son adversaire en retournant son arme contre lui et en écoutant les messages de son subconscient.

Le second lui apprend qu’on peut se sentir écartelé par des forces opposées et centrifuges, et il se sert de ce sentiment ressenti par le criminel pour le retourner contre lui et le maintenir écartelé, alors que lui-même s’en libère en inversant le sens des forces et en les recentrant en soi-même. Il apprend avec le troisième à se défier de la fausse humilité conduisant à la soumission et à la paralysie morale, et à en triompher par la ruse en neutralisant la cause de la soumission. Le quatrième lui apprend à triompher en s’appuyant consciemment sur son habilité et son inventivité, en évitant de s’en remettre excessivement au subconscient pour tout solutionner. Avec le cinquième, il combat la fausse conformité aux fausses règles, et détruit le pouvoir tyrannique qui réduit la diversité individuelle naturelle à une uniformité collective artificielle.

Combat contre le Minotaure

Le combat le plus célèbre de Thésée se déroule en Crète dans le labyrinthe, où il tue le Minotaure jusqu’alors invincible. Cet exploit individuel est aussi la victoire collective des dieux et déesses appelés par Thésée à regrouper et conjuguer leurs forces pour triompher. Ariane, fille du roi de Crète Minos et demi-sœur du Minotaure, lui donne par amour la pelote de fil conduisant de l’entrée vers le centre, et donc en sens inverse du centre vers la sortie du labyrinthe ; Héphaïstos, dieu du feu,lui forge une épée pour tuer le Minotaure. Thésée accomplit le double exploit d’accéder au centre du labyrinthe du subconscient où demeure le Soi, et de ressortir consciemment du labyrinthe en suivant le fil d’Ariane. Le mythe de Thésée conte l’exploit accompli dans l’horizontalité du dédale et la découverte de ses ombres, prochaine étape du voyage vers l’individuation. Il associe aussi le fil d’Ariane à cet exploit, le fil des pensées éclairées par la lumière de la conscience, qui, grâce à cette lumière, sait mémoriser et donner une raison d’être à son parcours dans la nuit du subconscient.

Les Noces de Philologie et de Mercure

La deuxième sortie du dédale par le centre est effectuée dans la verticalité de la conscience par Thésée et tous les initiés qui sont eux aussi des héros mi-dieux mi-humains, car ils travaillent intensément sur eux-mêmes et surmontent les épreuves du processus d’individuation qui les conduit à découvrir, accepter, et aimer leur nature divine. « Les Noces de Philologie et de Mercure » de Martianus Capella symbolisent cette ascension par la mise en scène du mariage du dieu Mercure et de Philologie, une mortelle choisie par les dieux pour la récompenser de ce travail intérieur. Dans ce récit, à l’origine, Mercure décide de se marier. Il a d’abord pensé à prendre pour femme Sophia, déesse de la Sagesse, mais celle-ci veut rester vierge, puis Psyché, mais elle s’en remet au pouvoir de l’Amour. Finalement, Apollon lui propose Philologie, qui est une mortelle mais qui passe ses veillées à étudier et dont la curiosité est insatiable.

Apothéose

Jupiter accepte cette union, à condition que Philologie reçoive son « apothéose », une cérémonie célébrant l’élévation dans les cieux auprès des dieux, et l’intégration pleine et entière en soi-même de ce niveau divin de l’être. À cette fin, la litière dans laquelle elle s’élève doit être précédée par le cortège des muses et suivie par Periergia, la curiosité, et être guidée et protégée par ceux et celles qui ont formé la disciple de Pallas pour être l’épouse rêvée de Mercure : Labor impiger, le Travail acharné, Amor, l’amour pour les choses d’en haut qui tient éveillé, Epimelia et Agrypnia, le Soin et la Veille. Par ailleurs, Philologie elle-même prépare son apothéose, son départ de la Terre et son ascension vers la Voie lactée où l’attend l’assemblée des dieux, et elle se demande si le mariage qu’on lui propose sera propice.

Pour le savoir, elle procède à une opération de divination basée sur la numérologie en calculant les nombres que représentent son nom (total = 724) et celui du dieu égyptien Thot, équivalent du dieu Mercure (total = 1218). Elle divise ensuite ces nombres par 9 et obtient un reste de 4 pour elle et de 3 pour Thot, deux nombres qui présagent l’harmonie entre les dimensions matérielle (le 4) et spirituelle (le 3) dans la tradition pythagoricienne. Pour être plus légère, elle vomit les livres qui pèsent lourdement sur sa poitrine, puis elle monte dans la litière qui doit la conduire jusqu’à l’assemblée des dieux en traversant les sept sphères célestes qui forment la gamme musicale, selon la théorie de l’harmonie des sphères reprise dans les milieux néoplatoniciens. Une fois arrivée auprès des dieux, Mercure lui offre sept jeunes filles comme demoiselles d’honneur, représentant chacune un art que Philologie s’applique à intégrer tour à tour parfaitement en elle-même.

Mercure

Cette élection et cette élévation de Philologie au rang des dieux glorifient tout son travail effectué sur terre et au cours de son élévation par l’action conjuguée des nymphes et des muses, dédiées non seulement à la réalisation du travail en cours, mais à son achèvement dans la perfection. Le travail partiel de Philologie lié aux circonstances de son parcours spirituel se parachève ainsi en œuvre globale de toute une vie. Autrement dit, l’amour du travail est la source de l’amour et des noces de Mercure et de Philologie, car le travail attire les vertus naturelles et sur-naturelles comme un aimant et nettoie comme l’eau purifie, dans le cours d’une vie dédiée à l’étude de soi et de l’univers. Car tout est lié et l’on ne travaille pas à son propre perfectionnement sans être relié à l’univers, sans attirer et travailler avec les forces du cosmos où évoluent les principes spirituels des dieux en action, notamment les nymphes et les muses.

Le feu occupe une place capitale dans l’aspiration de Philologie à rejoindre les héros et les dieux dans la Voie lactée. « La prière que Philologie adresse au démiurge suprême lorsqu’elle s’agenouille sur le dos de la voûte céleste, au terme de son ascension planétaire, c’est à « la fleur du feu » qu’elle sera offerte (le purpura, le pur du pur des alchistes). L’essence du Dieu ineffable, maître tout-puissant de la musique des sphères traversées par Philologie montant vers son époux avec le consentement des dieux, est le feu mystérieux et la flamme inextinguible. Elle sait que le démiurge suprême de ce monde sensible s’est retiré en dehors de la connaissance même des autres dieux-démiurges, car il a franchi les espaces qui se trouvent dans les béatitudes hyper-cosmiques pour y jouir joyeusement d’un monde qu’on appelle igné. » (Jean Préaux, Le culte des muses chez Martianus Capella)

Après les deux premières étapes sur la voie conduisant à l’individuation de C.G. Jung, marquées par le feu du trauma et le feu de l’aspiration spirituelle, la troisième étape consacre le surgissement en soi-même du Phénix renaissant perpétuellement de ses cendres.

Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation, sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

Patrick Carré donne rendez-vous à ses lecteurs devant la Fontaine Saint-Michel le samedi 11 ocobre 2025 à 10h, pour une conférence interactive (durée 2h). L’article de l’auteur déjà paru sur 450.fm à cette adresse prépare activement à cette conférence. Venez nombreux !

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Le mythe grec du Minotaure : un monstre dans les ténèbres du labyrinthe

Le Minotaure est l’une des figures les plus fascinantes de la mythologie grecque, incarnant un mélange troublant d’humanité et de bestialité. Ce monstre mi-homme, mi-taureau, doté du corps d’un homme, de la tête et de la queue d’un taureau, trouve ses origines dans une histoire complexe de passion, de trahison et de châtiment divin. Selon le mythe, il naît de l’union contre-nature entre Pasiphaé, reine de Crète, et un magnifique taureau blanc envoyé par Poséidon.

Combat contre le Minotaure

Ce taureau avait été offert à Minos, roi de Crète, comme preuve de la faveur divine, à condition qu’il soit sacrifié. Refusant ce sacrifice, Minos attire la colère du dieu, qui pousse Pasiphaé à s’éprendre de l’animal. De cette union naît le Minotaure, une créature monstrueuse que Minos, honteux, décide de dissimuler.

Parallèles avec la Franc-maçonnerie : symbolisme et initiation

Le mythe du Minotaure et de son labyrinthe offre des résonances profondes avec les symboles et les rituels de la franc-maçonnerie, une fraternité initiatique fondée sur des principes de connaissance, de transformation intérieure et de quête spirituelle. Plusieurs liens et images peuvent être établis entre ces deux univers.

Minotaure, copie d’une statue de Myron, Musée national archéologique d’Athènes.
  1. Le Labyrinthe comme Métaphore de l’Initiation
    En franc-maçonnerie, le cheminement initiatique est souvent représenté comme un parcours à travers un labyrinthe symbolique, où l’apprenti doit surmonter des épreuves pour atteindre la lumière de la connaissance. Le labyrinthe de Dédale, avec ses couloirs tortueux et son apparente absence de sortie, reflète cette quête intérieure. Comme Thésée, le franc-maçon doit trouver son propre fil d’Ariane – la sagesse et la vertu – pour transcender les ténèbres de l’ignorance.
  2. Le Minotaure comme Représentation des Pulsions
    Le Minotaure, mi-homme mi-bête, peut être vu comme une allégorie des instincts primitifs et des passions que la franc-maçonnerie invite à dompter. L’objectif de l’initiation est de transformer l’individu brut en un être éclairé, maîtrisant ses bas instincts – une lutte intérieure que le mythe illustre par la confrontation de Thésée avec le monstre.
  3. Dédale, Architecte et Maître Maçon
    Dédale, artisan du labyrinthe, évoque le rôle du maître maçon, architecte de son propre destin et de son temple intérieur. Sa capacité à concevoir une structure aussi complexe symbolise la maîtrise des arts et des sciences, un idéal central en franc-maçonnerie. Cependant, sa fuite avec des ailes de cire rappelle aussi les limites humaines et les dangers de l’orgueil, un avertissement implicite pour les maçons.
  4. Le Fil d’Ariane et la Lumière
    Le fil donné par Ariane peut être interprété comme un symbole de la guidance spirituelle ou de la tradition maçonnique, qui éclaire le chemin des initiés. Cette image renvoie aux outils et aux enseignements transmis au sein des loges pour aider les membres à naviguer dans les complexités de la vie.
  5. Le Sacrifice et la Rédemption
    Les tributs envoyés au Minotaure évoquent les sacrifices nécessaires à une transformation personnelle, un thème récurrent dans les rituels maçonniques. La victoire de Thésée symbolise la rédemption et l’émergence d’un homme nouveau, aligné sur des valeurs morales et spirituelles.

Pour conclure

Le mythe du Minotaure, avec son labyrinthe oppressant et sa créature hybride, offre un riche terrain d’interprétation pour la franc-maçonnerie. Il incarne la lutte entre l’ombre et la lumière, la bête et l’esprit, le chaos et l’ordre – des dualités que les maçons cherchent à harmoniser à travers leur parcours initiatique. Ce parallèle souligne l’universalité des récits mythiques, qui continuent d’inspirer des réflexions profondes sur la condition humaine, bien au-delà de leur contexte originel.