Le 17 juin 2025, à 9h, le Temple La Fayette, 16 rue Cadet, siège du Grand Orient de France (GODF), accueillera une réunion exceptionnelle de la Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique qui est composée de 3 personnes.
Alain Bauer, ancien Grand Maître du GODF (2000-2003), y sera déféré à la demande du Conseil de l’Ordre, présidé par Nicolas Pénin.


Cette audience, publique conformément à l’article 141, paragraphe 7, des principes fondamentaux de la justice maçonnique, permettra à tous les maîtres du GODF et des obédiences admettant la réciprocité d’y assister, s’ils sont munis de leur carte d’identité maçonnique. Compte tenu de la notoriété d’Alain Bauer et de cette première historique, le Temple La Fayette risque de se révéler trop exigu pour accueillir l’affluence attendue.
Un événement inédit dans l’histoire récente du GODF

C’est la première fois en un demi-siècle qu’un ancien Grand Maître est traduit en justice maçonnique à l’initiative du Conseil de l’Ordre. Le précédent cas, celui de Jean-Philippe Hubsch, sanctionné par un blâme et une interdiction d’exercer des fonctions pour des irrégularités, avait été initié par des membres individuels, non par l’exécutif du GODF. L’affaire Bauer, membre influent de la loge Intersection à l’Orient de Paris, qui réunit des personnalités administratives, politiques et syndicales de premier plan, marque donc une rupture avec la protection dont ont pu bénéficier d’autres grands maîtres
Les motifs de la comparution

Le Conseil de l’Ordre s’appuie sur l’article 93 du Règlement Général, qui autorise la saisine en urgence de la Section Permanente pour suspendre un Franc-maçon à titre conservatoire en cas de faits graves. Huit motifs potentiels sont listés, parmi lesquels :
- Violation de la Constitution ou du Règlement Général : rien n’indique qu’Alain Bauer relève de ce chef.
- Usage indu de la qualité maçonnique : Bauer mentionne régulièrement son passé de Grand Maître sur son site personnel et sur LinkedIn, en contravention potentielle avec l’article 23, qui interdit de se prévaloir de fonctions électives après la fin d’un mandat. Cependant, d’autres anciens Grands Maîtres, comme Hubsch ou Trichard, n’ont jamais été poursuivis pour de telles pratiques qui ne présentent, qui plus est, aucun caractère d’urgence correspondant à la procédure .
- Inconduite ou immoralité : les activités professionnelles d’Alain Bauer (criminologue, écrivain, journaliste) et son comportement public, marqué par une urbanité reconnue et une notoriété élevée sans aucun lien polémique, rendent ce motif improbable.
- Atteinte à la laïcité : ce grief est particulièrement étranger à la cause, sachant que l’intéressé en est le chantre par excellence, à la fois dans ses analyses et ses conclusions.
- Faux ou usage de faux : aucun élément, en l’espèce, ne donne la moindre matière à une telle accusation.
- Poursuites judiciaires profanes : c’est ici que réside le cœur de l’affaire.
Alain Bauer est impliqué dans deux dossiers judiciaires qui traînent depuis des années mais qui sont arrivés en première instance
- Le 30/09/24 : Affaire Proglio-EDF :
Poursuivi par le Parquet National Financier (PNF) pour une facture de 650 000 euros à EDF, il a été relaxé en première instance le 30 septembre 2024, tout comme Loïck Le Floch-Prigent et quelques autres consultants de haute volée dont certains avaient opté au préalable pour un plaider coupable comme son ami Stéphane Fouks.
- Le 05/03/25 Affaire Caisse des dépôts et consignations
Il faut rappeller ici que la Caisse des dépôts et consignations gère 60% de l’argent issu du Livret A, du Livret de développement durable et solidaire et du Livret d’épargne populaire, que c’est la banque de la sécurité sociale et des organismes de logement social. Les souscripteurs de ces livrets plafonnés ne s’imaginaient pas que l’argent qu’ils y ont placé pouvait être détourné de leur objectif, à savoir l’intérêt général.
- Alain Bauer, pourtant très au fait des procédures publiques, avait conclu des contrats sans mise en concurrence et sans publicité pour 925 000 euros alors que la CDC était dirigée, tout d’abord, par Augustin de Romanet puis par Jean-Pierre Jouyet.
- De plus, alors qu’il était actionnaire des guides Champérard à 50% et qu’il était en relation d’affaires avec elle, la CDC avait acheté un nombre considérable d’exemplaires des éditions 2010 et 2011 de ce guide gastronomique et ce, pour 333 596 €, montant correspondant à plus de 10 000 exemplaires au prix public.
- En première instance, il fut ainsi condamné à 12 mois de prison avec sursis et 375 000 € d’amende avec interdiction de participer à des marchés publics.
Alain Bauer a interjeté appel de cette décision, ce qui devrait rétablir à son profit le respect de la présomption d’innocence. Cette affaire, où il est jugé aux côtés de Xavier Raufer, criminologue aux positions souvent controversées, a profondément marqué Bauer, qui aurait tenté de se suicider (selon Nicolas Penin).
- Il s’avère qu’Alain Bauer a coécrit des ouvrages avec Xavier Raufer. Si le premier est moins marqué à droite que le second, on relève aussi leurs liens communs avec la Chine (Université de Shudan). Dans ce tableau, la nomination d’Alain Bauer comme professeur au CNAM par décret du président de la République, Nicolas Sarkozy, pouvait suggérer une proximité idéologique avec l’ancien chef de l’Etat. Les questions de sécurité qui ont fait la réputation internationale d’Alain Bauer peuvent-elles lui être imputées à crime ?
- Comportements visant à déstabiliser l’humain : ce dernier motif serait lunaire, en la circonstance…
Une relaxe contestée, une condamnation sans ambiguïté, un double appel : des questions en suspens

La relaxe dans l’affaire EDF, qualifiée de surprenante par certains observateurs, et la condamnation en première instance dans l’affaire CDC placent Alain Bauer sous le coup de deux appels judiciaires. Ces « poursuites devant la justice profane » pourraient justifier une suspension conservatoire jusqu’aux jugements définitifs, conformément au paragraphe 6 de l’article 93.
Mais d’autres interrogations émergent. Une suspension, seule sanction envisageable à ce stade, serait-elle un signal fort ou une mesure symbolique ? La Section permanente peut aussi débouter le conseil de l’Ordre en raison de la présomption d’innocence puisque l’appel est suspensif des sanctions ? Toutefois, une sanction maçonnique peut être prononcée car il suffit que les poursuites soient engagées et il n’est pas nécessaire que des condamnations définitives soient intervenues…
Alain Bauer se présentera-t-il devant la Section Permanente pour défendre sa cause ou choisira-t-il l’absence ?
Une audience sous haute tension
Cette comparution, publique et médiatisée, met en lumière les tensions internes au GODF et permettra de tester la rigueur de sa justice maçonnique.
Alors qu’Alain Bauer continue d’apparaître sur BFMTV et vient d’être recruté par Marianne pour une chronique mensuelle, l’issue incertaine de cette audience pourrait redéfinir sa place dans l’obédience et au-delà… Réponse le 17 juin 2025.
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