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L’élémentaire, lucarne et vestibule de l’essentiel

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Petite leçon pratique, d’autant plus brève qu’elle invite à la méditation : comme témoins de l’univers, nous sommes perdus ; dans notre quête de l’essentiel, nous devons chercher, au moins, à nous en tenir à l‘élémentaire. Voici pourquoi c’est un chemin d’accès et de circulation pour la connaissance et la sagesse.

Si l’on conçoit l’essentiel comme ce qui constitue la nature des êtres et des choses, qui ne dépend de rien et qui ne devient jamais volatil, l’élémentaire, pour sa part, réunit des principes que l’on distingue, qui entrent en composition avec d’autres forces pour engendrer les phénomènes de la vie.

L’essentiel est donc quelque chose de plus profond, quelque chose qui nous saisit parfois mais que nous ne parvenons pas à saisir dans son entièreté. Dans la recherche des équilibres qui sont censés nous gouverner et que nous voudrions respecter, nous ne pouvons pas les atteindre aussi directement, nous en participons, certes, mais nous ne les voyons pas nettement.

Or, à la petite surface de cet essentiel se dégage de l’élémentaire, ce que nous pouvons toucher, ce que nous pouvons appréhender et construire. Cet élémentaire, il nous appartient de nous en occuper. Nous en avons conscience. Pour bien faire, nous devons nous y appliquer avec constance, de même que, l’expérience se consolidant, la combinaison voire la conjugaison des éléments permettent de mettre à jour le fil rouge des réalités, ainsi que la trame sous-jacente des événements, pour mieux situer notre présence et, le cas échéant, pour mieux déterminer notre action.

Ainsi, notre vie se déroule à l’entrée des choses et, en y prêtant attention, nous découvrons que la nature a doté notre être d’un œilleton. Je crois précisément que l’initié se reconnaît à celui qui prend grand soin de l’élémentaire, sachant combien il est à la fois la lucarne et le vestibule de l’essentiel.

Le Voyage Symphonique des Symboles : « Une Odyssée Maçonnique vers l’Harmonie Intérieure »

Dans l’écrin sacré de la loge maçonnique, où chaque symbole vibre d’une signification profonde, le voyage symphonique des symboles propose une méditation envoûtante sur l’initiation, la vibration universelle et la quête de l’amour inconditionnel. Ces trois notions – voyage, symphonie et symboles – s’entrelacent pour former une partition philosophique et spirituelle, un chant qui invite le Franc-maçon à redécouvrir son lien avec l’univers et avec lui-même.

Inspiré par un texte vibrant qui amplifie le message en explorant chaque facette de cette odyssée intérieure, de la géométrie des rituels à la mémoire cosmique, en passant par les défis de la modernité et l’appel à une liberté authentique. À travers une prose riche et évocatrice, célèbrons la Franc-maçonnerie comme un Art vivant, une symphonie où chaque note unique, résonne avec l’éternel.

Le voyage initiatique : un cycle d’aller et de retour

Le voyage, au cœur de l’initiation maçonnique, n’est pas un simple déplacement, mais un cheminement cyclique, un aller-retour vers l’essentiel. Étymologiquement, le mot « voyage » puise ses racines dans le latin viaticus, dérivé de via, la voie. Cette voie, c’est celle de l’initiation, le commencement d’une quête spirituelle où le profane, en frappant à la porte du temple, s’engage dans une transformation profonde. Ce n’est pas un chemin linéaire, mais un cycle complet, un retour enrichi à l’origine, semblable à une mélodie qui, après avoir exploré de nouvelles tonalités, revient à sa note fondamentale.

Dans la loge, ce voyage se manifeste à travers les rituels, où chaque geste, chaque symbole, est une étape vers l’unité. Le néophyte, en entrant dans le temple, commence par entendre les trois coups frappés à la porte, une première vibration qui marque le début de son périple. Ce son initial, loin d’être anodin, est une invitation à s’accorder avec le rythme de l’univers, à retrouver l’harmonie originelle qui vibre au cœur de toute chose. Le voyage maçonnique devient ainsi une quête de réconciliation, un effort pour retrouver le « son pur » de la création, cette fréquence primordiale qui relie l’humain aux lois universelles de la création exprimées par chaque symbole du premier degré.

La symphonie des symboles : un orchestre spirituel

Le concept de symphonie, au centre de ce texte, est une métaphore puissante pour décrire l’expérience maçonnique. Issu du grec sym, qui signifie « ensemble », le mot « symphonie » évoque l’union des sons, des vibrations qui s’harmonisent pour créer une œuvre cohérente. De même, le symbolon, cet objet brisé en deux pour sceller une entente, incarne l’idée d’une unité retrouvée à travers la réunion des parties séparées. Ces deux notions, unies par leur racine commune, reflètent l’essence de la loge : un espace où les différences – entre les individus, les idées, les énergies – se fondent dans une harmonie supérieure.

La loge maçonnique, ornée de ses symboles – maillet, compas, équerre, règle, pavé mosaïque – est une partition géométrique, un orchestre où chaque élément joue un rôle précis. Ces symboles ne sont pas de simples objets ; ils sont des instruments vibratoires, des vecteurs d’énergie qui permettent au Franc-maçon de s’accorder avec l’univers. La symphonie maçonnique, c’est l’écho du « verbe créateur », cette vibration initiale qui, selon les traditions spirituelles, a donné naissance au cosmos.

En participant aux rituels, le maçon devient à la fois musicien et auditeur, cherchant à retrouver en lui l’écho de cette musique primordiale, celle qui résonne dans chaque atome, chaque étoile, chaque âme.

Une géométrie vibratoire : la musique des rituels

Arts libéraux

L’un des aspects les plus fascinants est le décodage des rituels maçonniques comme une expérience vibratoire, une géométrie sonore qui imprime sa marque dans l’esprit et le corps du récipiendaire. Dès l’initiation, le profane est immergé dans un univers de sons : les trois coups à la porte du temple, la batterie des officiers, le coup de maillet du Vénérable Maître. Ces sons ne sont pas fortuits ; ils sont structurés, géométriques, reflétant l’architecture même de la loge.

Au Rite Français, les trois Lumières – Vénérable Maître, Premier et Second Surveillant – forment un triangle isocèle, tandis qu’au Rite Écossais Ancien et Accepté, elles dessinent un triangle équilatéral. Cette géométrie se retrouve dans la batterie, dont le rythme – deux coups rapprochés, un coup éloigné, ou trois coups égaux – reproduit la forme du triangle.

Chaque geste rituelique amplifie cette vibration. Lors de l’initiation, le néophyte longe la colonne du midi, traçant une ligne droite avec ses pas, semblable à la règle. Il effectue un demi-cercle devant l’Orient, évoquant le compas, puis ressent le basculement de la planche, qui symbolise l’équerre et le passage de l’horizontale à la verticale. Ces mouvements ne sont pas seulement symboliques ; ils sont physiques, vibratoires, imprimant dans la chair du récipiendaire les « trois joyaux de la loge » : la règle, le compas, l’équerre. Chaque rituel devient une onde concentrique, une vibration qui s’étend du centre de la loge pour toucher chaque participant, les reliant à travers le temps et l’espace.

Associant maintenant les officiers de la loge à des notes musicales et à des planètes, nous inspirant de la « musique des sphères » conceptualisée par Plutarque, Kepler et Newton. Le Vénérable Maître, lié à Jupiter et à la note SOL, incarne la Sagesse ; le Premier Surveillant, associé à Mars et à la note FA, représente la Force ; le Second Surveillant, rattaché à Vénus et à la note RE, symbolise la Beauté. L’Orateur, le Secrétaire, l’Expert et le Maître des Cérémonies complètent cet orchestre cosmique, chacun apportant sa note unique – MI, SI, LA, DO – pour former une harmonie qui reflète l’ordre universel. La loge devient ainsi un microcosme, un espace où le Franc-maçon peut entendre et ressentir la musique des sphères.

La mémoire de Mnémosyné : lever le voile de l’oubli

Au cœur de l’initiation maçonnique se trouve une dialectique entre oubli et mémoire, incarnée par le breuvage de l’oubli et celui de Mnémosyné, la déesse grecque de la mémoire. Lors de la cérémonie, le Vénérable Maître déclare :

« Tout à l’heure, vous avez bu le breuvage de l’oubli, destiné à vous dépersonnaliser […]. Voici une seconde coupe, celle du breuvage de mémoire, l’eau de Mnémosyné. »

Ce double mouvement est essentiel : l’oubli efface les conditionnements profanes, tandis que la mémoire révèle une vérité enfouie, une connexion avec le divin.

Cette vérité, désignée en grec par Alètheia (« lever le voile sur ce qu’on a oublié »), est au centre de la quête maçonnique. Elle ne se trouve pas dans un savoir intellectuel, mais dans une intuition profonde : l’amour inconditionnel de soi. Le texte propose une hypothèse audacieuse : le « secret » de la Franc-maçonnerie réside dans cet amour pur, dénué d’attentes ou de jugements, semblable à celui d’une mère pour son enfant. Pourtant, cet amour effraie, car il oblige à confronter ses doutes, ses peurs, ses illusions. Pour fuir cette rencontre, l’humanité moderne s’agite, cherchant l’immortalité dans la technologie, les divertissements ou les promesses de paradis futurs.

La loge, en revanche, offre un espace de retour à l’essentiel. À travers ses rituels, ses symboles, ses vibrations, elle invite le maçon à se souvenir de sa propre lumière, de cette fréquence originelle qui le relie à l’univers. La mémoire de Mnémosyné n’est pas une simple recollection de faits ; c’est une réactivation de l’harmonie intérieure, un retour à l’unité perdue.

La Franc-maçonnerie face à la frénésie moderne

Osons une réflexion lucide sur les défis de la modernité. L’humain du XXIe siècle vit dans un paradoxe : jamais le monde n’a été aussi pacifique, aussi prospère, aussi solidaire, et pourtant, jamais il n’a été aussi rongé par la peur. Enfermé dans une « grotte » d’écrans et de pseudo-contrôles, il s’éloigne de son rythme intérieur, de cette musique primordiale qui le relie à l’univers. La technologie, en accélérant le tempo du quotidien, crée une illusion d’immortalité, mais elle ne donne pas plus de vie aux années. Au contraire, elle entraîne l’humanité dans une danse arythmique, une frénésie qui l’éloigne de sa propre essence.

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Chef d’orchestre et son orchestre

La Franc-maçonnerie elle-même n’échappe pas à cette démence. Certaines Loges, en cédant à la tentation d’accélérer les travaux ou de se perdre dans des « divertissements » – ces sirènes modernes qui divisent –, risquent de s’éloigner de leur vocation originelle. Pourtant, la Franc-maçonnerie a historiquement joué le rôle d’un chef d’orchestre, guidant la société par son rythme progressiste. Au XVIIIe siècle, elle était une locomotive, un espace d’innovation et de liberté dans une société conservatrice.

Aujourd’hui, elle doit retrouver ce rôle en rappelant à l’humanité l’importance de ralentir, d’écouter, de se reconnecter.

Concentrons-nous sur l’image du « mâât », symbole de rectitude et de stabilité, auquel le maçon doit s’attacher pour résister aux chants des sirènes. Ces sirènes – les distractions, les illusions de la modernité – représentent la division, l’opposition entre lumière et ténèbres, unité et fragmentation. En restant centré, le Franc-maçon peut poursuivre son voyage sans se perdre, en gardant les yeux fixés sur l’horizon de l’harmonie.

Le pardon et la liberté : une quête d’amour universel

Expérimentons maintenant une méditation bouleversante sur le pardon, défini comme un acte de « libération » (du latin perdonare, « être quitte de »). Ce pardon n’est pas dirigé vers les autres, mais vers soi-même. Le véritable « péché originel », selon cette réflexion, n’est pas d’avoir cherché la connaissance, mais d’avoir douté de son propre amour, de sa propre valeur. Ce doute, profondément ancré, pousse l’humanité à chercher à l’extérieur ce qui se trouve à l’intérieur : la paix, l’harmonie, la liberté.

La Franc-maçonnerie, en tant que voie initiatique, offre une opportunité unique de surmonter ce doute. À travers ses rituels, elle invite le maçon à se pardonner, à se libérer de la « dette » qu’il croit avoir envers lui-même. Ce pardon est la clé de la véritable liberté, celle du « freemason », affranchi des chaînes de l’auto-jugement. Cette liberté ne dépend ni de l’espoir ni de la réussite, mais de la persévérance, comme l’exprime la citation de Guillaume d’Orange :

« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

Chaque pas sur le chemin maçonnique contient l’intégralité du voyage. Les rituels, les symboles, les vibrations de la loge sont autant de miroirs qui reflètent l’unité entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi et l’autre, entre l’humain et le divin.

Le miroir de l’initiation, première note de la symphonie maçonnique, est aussi la dernière : il révèle que chaque Frère, chaque Sœur sur la colonne d’en face, est un reflet de soi-même, une partie de la même harmonie universelle.

Une symphonie pour l’éternité

Le voyage symphonique des symboles est une ode à la Franc-maçonnerie, un appel à écouter la musique intérieure qui résonne en chaque être. La loge, avec ses symboles, ses rituels, ses vibrations, est un orchestre où chaque note contribue à l’harmonie cosmique. En s’inspirant des intuitions de Nikola Tesla

« Si vous voulez trouver les secrets de l’univers, pensez en termes d’énergie : fréquence et vibration »

Portrait d’Albert Einstein (Photo d’Oren Jack Turner, Princeton, N.J.)

et d’Albert Einstein

« Ce que nous avons appelé matière est l’énergie, dont la vibration a été hautement réduite »

Rappelons que tout, dans l’univers est vibration, énergie, musique.

Pour le Franc-maçon, le travail en loge est une invitation à s’accorder à cette musique primordiale, à retrouver la mémoire de sa propre lumière. C’est un chemin de patience, de persévérance, d’amour. Chacun doit ressentir l’écho d’une symphonie universelle, un appel à marcher, pas à pas, vers une liberté qui commence par l’amour de soi et s’étend à l’humanité tout entière. La Franc-maçonnerie, dans sa beauté intemporelle, reste une voie d’espoir, un espace où l’on peut apprendre à vibrer à l’unisson avec l’univers.

L’Exaltation à la Maîtrise : Un Guide Essentiel pour les Francs-Maçons

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Dans son dernier ouvrage avant de nous quitter, L’Exaltation à la Maîtrise, Pierre Audureau offre une exploration profonde et accessible d’une étape clé du parcours initiatique maçonnique : le passage au grade de Maître. Destiné aux jeunes Maîtres et Maîtresses, mais également précieux pour les plus expérimentés, ce livre éclaire les dimensions rituelles, morales, psychiques et intellectuelles de ce grade, tout en proposant des outils concrets pour en tirer le meilleur profit.

Une étape cruciale du chemin maçonnique

L’accession à la Maîtrise marque un tournant dans la progression du Franc-maçon. Ce grade, riche en symboles et en significations, invite à une introspection profonde et à une responsabilité accrue. Pierre Audureau, avec sa double expertise de pédagogue et de maçon aguerri, décrypte les enjeux de cette étape. Il ne se limite pas aux aspects rituels, mais explore comment ce grade influence la psyché et l’intellect, offrant ainsi une vision holistique de la transformation initiatique.

Un guide pratique et inspirant

Ce livre se distingue par son approche pragmatique. Pour les nouveaux Maîtres, il fournit des clés pour appréhender leur statut et s’épanouir dans leur pratique. Pour les Maîtres confirmés, il propose des pistes pour enrichir leur cheminement et préparer une progression future dans leur rite. À travers des conseils avisés, l’auteur encourage une démarche personnelle et authentique, essentielle pour faire vivre les valeurs maçonniques au quotidien.

Pierre Audureau : une plume éclairée

Normalien, agrégé de mathématiques et Franc-maçon du Rite Écossais Ancien et Accepté, Pierre Audureau apporte une rigueur intellectuelle et une sensibilité spirituelle à son œuvre. Membre de la loge anglaise n°204, fondée à Bordeaux en 1732, il s’appuie sur une riche expérience maçonnique et une carrière d’enseignant pour livrer un texte à la fois érudit et accessible. Auteur de nombreux ouvrages, dont L’Initiation maçonnique et La Spiritualité et la science moderne, il est reconnu pour sa capacité à allier réflexion profonde et pédagogie.

L’Exaltation – Pierre Audureau – Editions DERVY

Pourquoi lire cet ouvrage ?

L’Exaltation à la Maîtrise est bien plus qu’un manuel : c’est une invitation à approfondir sa quête intérieure et à donner du sens à son engagement maçonnique. Que vous soyez un jeune Maître en quête de repères ou un maçon expérimenté souhaitant renouveler votre pratique, ce livre vous accompagnera avec clarté et inspiration.

Disponible aux Éditions Dervy, cet ouvrage est un incontournable pour tout Franc-maçon désireux de faire de la Maîtrise une étape lumineuse de son parcours initiatique.

Autre article sur Pierre Audureau

Les Entretiens d’Été 2025 du Collège Maçonnique : Une Odyssée Intellectuelle et Humaniste

Pour la sixième année consécutive, le Collège Maçonnique invite curieux, passionnés et esprits en quête de réflexion à ses Entretiens d’Été, une série de webinaires gratuits qui se tiendront chaque jeudi soir à 19h30, du 26 juin au 4 septembre 2025. Cette édition, placée sous le thème évocateur « Migrations… Odyssées du Vivant », promet des échanges riches et variés, mêlant sciences, philosophie, histoire, sociologie et spiritualité. Voici un aperçu de ce rendez-vous estival incontournable, accessible à tous, qu’ils soient francs-maçons ou profanes de confiance.

Un programme éclectique et engagé

Le fil rouge de cette année, les migrations, est exploré à travers des perspectives multiples, du paléoanthropologue au sociologue, du rabbin au cinéaste. Chaque soirée met en lumière un conférencier profane (à l’exception de la clôture) et deux médiateurs – une Sœur et un Frère issus de différentes obédiences maçonniques – pour animer les débats avec rigueur et bienveillance. Voici un tour d’horizon des conférences prévues :

26 juin : Pr. Pascal Picq – De Lucy à Ève
Le célèbre paléoanthropologue retrace les grandes migrations humaines, des origines africaines à nos sociétés modernes, interrogant notre identité commune.
Médiateurs : Ysabeau Tay-Botner (GLFF) et Fabien Richard (GLDF).

3 juillet : Pr. Muriel Salle & Marilyne Peyroche – La Différence du Genre… Un concept voyageur
Une exploration des dynamiques de genre à travers l’histoire et les cultures, questionnant les frontières et les évolutions sociales.
Médiateurs : Nadine Castellani-Floderer (GLFF) et Christian Lallement (GLNF).

10 juillet : Liselotte Émery – Quand le Souffle migre
Une réflexion poétique et philosophique sur les migrations spirituelles et intérieures.
Médiateurs : Laurence Brygo (GLFF) et Clément Ledoux (GLDF).

Portrait de Yann Boissière, 2021

17 juillet : Rabbin Yann Boissière – L’Exode, Naissance d’un peuple, Naissance d’une Éthique
Une plongée dans le récit biblique de l’Exode, symbole universel de libération et de construction identitaire.
Médiateurs : Corinne Gürtner (GLF Suisse) et Jean-Laurent Turbet (GLDF).

24 juillet : Dr. Claire Mestre – Femmes et Migrations
Une analyse des parcours migratoires des femmes, entre défis, résilience et transformations sociales.
Médiateurs : Arlette Silvert (GLFF) et Robert Vanovermeir (GODF).

Alain Jakubowicz

31 juillet : Me Alain Jakubowicz – De la Loi de la République au retour de la loi du Talion
Une réflexion sur les tensions entre justice républicaine et pulsions de vengeance dans les sociétés contemporaines.
Médiateurs : Sylvie Pierre (GLFF) et Éric Angioletti (GLDF).

7 août : Christelle Galvez – Être soignant, un itinéraire
Un regard sur le métier de soignant comme un voyage humaniste au service des autres.
Médiateurs : Michèle Lequarré (FFDH) et Pierre Palero (GLNF).

14 août : Soirée Cinéma avec Christophe Smith – The Road to Hope
Une projection et discussion autour d’un film poignant sur les espoirs et les combats des migrants.
Présentation : Ysabeau Tay-Botner (GLFF).

Michel Maffesoli, Masonica Tours 2024 - Photo © Yonnel Ghernaouti YG
Michel Maffesoli, Masonica Tours 2024 – Photo © Yonnel Ghernaouti YG

21 août : Pr. Michel Maffesoli – Nomadisme, de Tribu en Tribu
Le sociologue explore le renouveau du nomadisme dans nos sociétés globalisées, entre liberté et appartenance.
Médiateurs : Frédérique Ferrand (GLFF) et Michel Jaccard (GL Suisse Alpina).

François Deymier

28 août : François Deymier – Ainsi parlait “ChatGPT” : Migration de l’intelligence
Une réflexion prospective sur les migrations technologiques et leurs impacts sur notre rapport à l’intelligence.
Médiateurs : Dominique Gagliardi (GLFF) et Franco Huard (GL ANI du Canada).

4 septembre : Catherine Quentin (GLFF) & Jean Dumonteil (GL-AMF) – Du Profane à l’Initié.

Une clôture maçonnique exceptionnelle, explorant le chemin initiatique comme une migration intérieure.

Marie-Thérèse Besson © Grande Loge Féminine de France

Médiateurs : Marie-Thérèse Besson (GLFF) et Alain-Noël Dubart (GLDF).

Une organisation accessible et conviviale

Les Entretiens d’Été se déroulent sous forme de webinaires, offrant une flexibilité d’accès depuis chez soi. Pour participer, une inscription unique est requise via le lien indiqué sur l’affiche officielle. Cette inscription, valable pour toute la durée de l’événement, permet de recevoir chaque jeudi matin un lien de connexion spécifique, renouvelé chaque semaine pour des raisons de sécurité.

Alain-Noël Dubart

L’événement est ouvert aux Sœurs et Frères francs-maçons, mais aussi aux profanes de confiance, invités à rejoindre cette aventure intellectuelle. Les inscrits peuvent également accéder aux archives des conférences des années précédentes sur le site du Collège Maçonnique, une mine d’or pour approfondir les thématiques abordées.

Un engagement bénévole et gratuit

Fidèle à son esprit humaniste, le Collège Maçonnique organise ces Entretiens d’Été de manière entièrement bénévole. Conférenciers, médiateurs et organisateurs offrent leur temps et leur expertise pour rendre cet événement gratuit et accessible à tous. Une belle illustration de la fraternité et de l’engagement au service de la connaissance et du dialogue.

Pourquoi participer ?

Les Entretiens d’Été 2025 sont bien plus qu’une série de conférences : ils sont une invitation à voyager à travers les idées, les cultures et les expériences humaines. En explorant les migrations sous toutes leurs formes – physiques, spirituelles, intellectuelles ou technologiques –, ce cycle propose des clés pour mieux comprendre les enjeux de notre monde et nourrir sa propre réflexion.

Ne manquez pas cette odyssée estivale unique ! Inscrivez-vous dès maintenant via le lien disponible sur l’affiche, et rejoignez une communauté d’esprits curieux et engagés. Pour toute question, contactez les organisateurs, Marie-Thérèse Besson et Alain-Noël Dubart, qui se tiennent à votre disposition avec leurs salutations les plus chaleureuses.

Rendez-vous le 26 mai 2025 pour le coup d’envoi de cette aventure intellectuelle !

INSCRIPTION OBLIGATOIRE sur :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_VVSVEmjERd-YrFf8QdKxyQ

Francs-maçons : « Nous ne sommes pas secrets, nous sommes discrets »

Un article et photo de notre confrère zoomdici.fr – Par Fanny GIMENEZ

Le week-end des 7 et 8 juin, le centre Pierre-Cardinal du Puy-en-Velay a accueilli le congrès régional de franc-maçonnerie du Grand Orient de France (GODF). À cette occasion, Nicolas Penin, Grand Maître du GODF, a participé à l’événement et a répondu à nos questions. 

Plus d’une centaine de participants étaient présents, représentant les 83 loges de la Région 5, l’une des plus vastes parmi les dix-sept que compte l’obédience en France. Ce rendez-vous annuel permet aux loges d’échanger sur des questions à la fois administratives et initiatiques, souvent en lien avec des sujets de société.

Une organisation semblable au modèle républicain

Contrairement à certaines idées reçues, la franc-maçonnerie, notamment le Grand Orient de France, fonctionne de manière, structurée selon un modèle républicain. Le Grand Orient est une fédération de loges, chacune constituée par des loges réparties sur toute la France.
« On est structurés comme une République », explique une membre. L’organisation repose sur une répartition claire des pouvoirs : un pouvoir exécutif (le Conseil de l’Ordre), un pouvoir législatif (le Convent) et un pouvoir disciplinaire, comparable à un pouvoir judiciaire.

Le Conseil de l’Ordre, présidé par le Grand Maître Nicolas Penin, se compose de 37 membres élus, incarnant l’exécutif national de l’obédience.

Le pouvoir disciplinaire, quant à lui, ne rend pas la justice au sens juridique du terme, mais peut prononcer des sanctions internes. Ce fonctionnement illustre la volonté de transparence, d’éthique et de respect du cadre républicain au sein de l’institution.

Nicolas Penin et Robert Gode ouvert au dialogue
Nicolas Penin et Robert Gode ouvert au dialogue Photo par Fanny Gimenez

Une obédience

Une obédience maçonnique est une structure fédérative qui regroupe plusieurs loges (assemblées locales de francs-maçons) qui partagent : des principes et des valeurs, effectuent des pratiques et cérémonies communes pour leurs travaux. 

Des loges structurées et ritualisées

La fédération est constituée de 1400 loges réparties sur tout le territoire français.
Chaque loge a une structure juridique dépendant du statut d’association de loi 1901. Comme toute association, elle a, à sa tête avec un président, appelé Vénérable Maître, un secrétaire, un trésorier, un orateur (chargé du respect du règlement) et deux surveillants (responsables des apprentis et compagnons).

Les réunions sont régies par un protocole précis, basé sur la triangulation : on ne s’adresse pas directement à un autre membre, mais en passant par les surveillants ou le président.
« Cela pacifie les débats », souligne Nicolas Penin, comparant cela au fonctionnement du Sénat, où l’on s’adresse au président plutôt qu’à ses collègues.

Lever le voile sur une pratique qui évolue

« Nous ne sommes pas secrets, nous sommes discrets », aime rappeler une membre.
Contrairement aux idées reçues, de nombreuses informations sur la franc-maçonnerie sont accessibles au public, et cela, depuis toujours, de nombreux ouvrages ont relaté ses principes et son histoire, comme le célèbre la divulgation de Samuel Prichard, l’un des plus célèbres écrits sur les secrets de la franc-maçonnerie.

« Vous êtes toujours autorisé à vous dévoiler, vous avez le droit de dire que vous êtes en formation, ce qui est interdit, c’est de dévoiler les autres »

Après la période trouble de la Seconde Guerre mondiale, que la franc-maçonnerie a connue, les nouveaux membres étaient souvent cooptés. Aujourd’hui, la tendance évolue :
« On est passés de 3 % à 13 % de candidatures spontanées pour entrer au Grand Orient de France », précise Nicolas Penin.

Si la parole semble aujourd’hui plus libre, la majorité des membres ne souhaitent pas divulguer leur adhésion « vous êtes toujours autorisé à vous dévoiler, vous avez le droit de dire que vous êtes en formation, ce qui est interdit, c’est de dévoiler les autres » signale une membre.

Une tenue est une réunion rituelle entre les membres d’une même loge. Elle peut être dédiée à l’initiation, à l’étude, ou aux travaux maçonniques. La tenue blanche est, elle, une réunion organisée par une loge, mais ouverte à des non-adhérents à la franc-maçonnerie (profanes). Elle permet de faire connaître la franc-maçonnerie et d’échanger sur des sujets philosophiques ou de société, sans rituel initiatique.

À l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, la franc-maçonnerie, fidèle à sa vocation humaniste, s’interroge sur les bouleversements que ces technologies provoquent dans nos sociétés.

Pour Nicolas Penin : « Ce ne sont pas des questions de technologie, mais des questions d’éthique. » C’est dans cet esprit que l’obédience a sollicité un échange avec la ministre du Numérique, afin d’apporter une contribution philosophique et morale sur ces enjeux. « On peut faire des réunions par Zoom, mais pas une tenue. Cela irait à l’encontre de nos valeurs », affirme-t-il.

En effet, la franc-maçonnerie repose sur une transmission symbolique et une ritualité incarnée, difficilement transposable dans un cadre virtuel.

Concernant l’intelligence artificielle, les francs-maçons y voient un outil, et non une menace, à manier avec discernement.

« L’IA peut être un outil formidable, notamment en médecine : elle permet de diagnostiquer certaines maladies que l’humain pourrait manquer. Mais comme tout outil, elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi : tout dépend de l’usage que l’on en fait » ajoute Nicolas Penin.

Face à ces évolutions, la franc-maçonnerie reste vigilante quant à leurs impacts, notamment sur la jeunesse, l’éducation et l’apprentissage de ces technologies.

Entre symboles religieux et pensée laïque

« Le Grand Orient de France accorde une importance fondamentale à la laïcité. Cela ne veut pas dire être anti-religion, cela signifie que les religions se pratiquent, mais dans l’intime »

Dans le vocabulaire franc-maçon, on retrouve certaines similitudes avec celui des religions. Par exemple, le terme obédience peut rappeler les structures religieuses, tout comme les rituels, ou encore l’usage du mot profane pour désigner les personnes n’appartenant pas à la franc-maçonnerie. Entre eux, les membres se nomment frères et sœurs, renforçant ainsi l’idée d’une communauté soudée autour de valeurs communes.

Cependant, les francs-maçons tiennent à se distinguer clairement des communautés religieuses, et rejettent toute affiliation à un quelconque penchant sectaire. Comme le précise Nicolas Penin : « Il n’y a pas de culte, il n’y a pas de dogme. C’est l’obédience mondiale, libérale et adogmatique, parce que justement, il n’y a pas d’obligation d’invocation, de dogme, de vérité révélée. » Une membre ajoute « Le Grand Orient de France accorde une importance fondamentale à la laïcité. Cela ne veut pas dire être anti-religion, cela signifie que les religions se pratiquent, mais dans l’intime. »

Ainsi, bien que certains termes ou pratiques puissent évoquer le religieux, la franc-maçonnerie se définit avant tout comme un espace de réflexion libre, sans dogme.

Article et photo de Fanny GIMENEZ

VIDEO : « J’ai infiltré les francs-maçons à Paris »

La Franc-maçonnerie fascine, intrigue et parfois inquiète. Souvent entourée de mythes et de fantasmes, cette organisation discrète – mais pas secrète, comme aiment le souligner ses membres – joue un rôle complexe dans l’histoire des idées, des sociétés et des institutions modernes. La vidéo « La Franc-Maçonnerie : Origines, Mystères et Pouvoir ? » explore de manière accessible et documentée les fondements, les symboles, les principes et les controverses liés à cette société initiatique. Voici quelques clés supplémentaires pour mieux en comprendre les enjeux.

Origines : des bâtisseurs aux penseurs

La franc-maçonnerie moderne, telle que nous la connaissons aujourd’hui, prend officiellement naissance en 1717 à Londres avec la création de la première Grande Loge. Mais ses racines remontent bien plus loin, à l’époque des guildes de tailleurs de pierre du Moyen Âge. Ces confréries professionnelles, structurées et hiérarchisées, étaient réputées pour leurs savoirs techniques… et leurs secrets.

Avec le temps, la maçonnerie opérative – celle des bâtisseurs – évolue en maçonnerie spéculative, accueillant des intellectuels, des philosophes et des hommes de science. Leur objectif : travailler à la construction symbolique de l’homme et de la société.

Des symboles forts, une démarche initiatique

L’un des aspects les plus fascinants de la franc-maçonnerie réside dans son usage des symboles et des rituels. Le compas, l’équerre, la pierre brute et la pierre taillée sont autant d’outils empruntés aux métiers de la construction, mais qui prennent une signification morale et philosophique.

Chaque franc-maçon suit un parcours initiatique en trois degrés fondamentaux : apprenti, compagnon et maître. Ce cheminement, fait de rites et d’enseignements symboliques, vise à affiner sa compréhension de soi, du monde et de la spiritualité.

Des valeurs humanistes au service du progrès

La franc-maçonnerie repose sur des idéaux universels tels que la liberté de conscience, la tolérance, l’humanisme, la recherche de vérité et le perfectionnement individuel et collectif. Elle a souvent été un terreau fertile pour les idées progressistes. Nombre de francs-maçons ont joué un rôle majeur dans l’histoire : Voltaire, Benjamin Franklin, Mozart, ou encore des figures politiques comme Winston Churchill et Léon Bourgeois.

Certaines loges insistent plus sur la dimension philosophique, d’autres sur l’engagement social ou politique, en fonction des obédiences (Grand Orient de France, Grande Loge Nationale Française, etc.) et de leur conception de la laïcité, de la spiritualité ou de la tradition.

Entre influence réelle et fantasmes complotistes

Malgré (ou à cause de) sa discrétion, la franc-maçonnerie est la cible récurrente de théories du complot. On lui prête souvent une influence occulte sur les sphères du pouvoir, des médias ou de la finance. Si certains réseaux maçonniques ont pu avoir une influence dans certains cercles, il est essentiel de distinguer les faits documentés des interprétations fantasmées.

Dans la majorité des cas, les loges maçonniques sont avant tout des lieux d’échange, de réflexion et de transmission, ouverts à ceux qui souhaitent s’engager dans une démarche éthique et initiatique.

La franc-maçonnerie continue de susciter interrogations et débats. Mais pour en parler sérieusement, il est crucial de dépasser les clichés et de s’informer à partir de sources sérieuses, comme cette vidéo de vulgarisation. Au-delà du mystère, elle révèle une volonté sincère de construire un monde plus juste, pierre après pierre, dans la tradition des bâtisseurs du passé.

La part d’ombre du chercheur de Lumière : un voyage vers la complétude

L’être humain, lorsqu’il arrive sur Terre, incarne une essence pure et originelle, un langage universel : l’amour.

Cette vibration première, inscrite dans son être, le guide dès ses premiers instants à tisser des liens, à expérimenter des relations, qu’elles soient lumineuses ou douloureuses. À l’image de la pomme attirée par la gravité terrestre, l’humain attire à lui les expériences et les rencontres qui jalonnent son existence. Mais, comme le souligne la loi de la gravité, cette attraction est bidirectionnelle : l’humain influence son environnement autant qu’il en est façonné. Ainsi, il évolue dans un univers qu’il co-crée, où sa perception mentale joue un rôle central, modelant son monde intérieur et extérieur tout au long de sa vie.

Une mère et son enfant

Dès l’enfance, l’être humain entreprend un travail de construction de soi, cherchant à donner du sens à son existence. Mais à quel moment peut-on affirmer qu’il est véritablement lui-même ? Qui est-il, parmi les multiples facettes de sa personnalité qui émergent au fil des étapes de la vie ? Doit-il attendre la fin de son voyage terrestre pour découvrir son essence véritable ? Ces questions, universelles et intemporelles, nous invitent à plonger dans la quête de la complétude, une quête qui ne vise pas la perfection – car nous sommes déjà parfaits dans notre essence – mais l’intégration de toutes les parts de notre être.

L’Origine de l’Être : Le Troisième Désir

Françoise Dolto (Crédit Babelio)

Pour Françoise Dolto, l’enfant est le fruit d’un « troisième désir », une âme qui s’incarne au moment de la conception. Cette entité ne choisit pas ses parents par hasard : ils représentent le terreau idéal pour son évolution terrestre. Dès sa conception, l’enfant en devenir manifeste une volonté farouche, triomphant de millions d’autres spermatozoïdes dans une course vitale pour rejoindre l’ovule. Cette première victoire symbolise une détermination originelle, une force intérieure qui l’accompagnera tout au long de son chemin.

Ce troisième désir, une fois incarné, entame un voyage semé d’embûches et de moments de grâce. La vie terrestre n’est pas une quête de perfection, mais une exploration continue pour devenir complet. L’enfant, confronté au monde, apprend à nommer, à étiqueter, à donner du sens à ce qu’il découvre. Son mental, tel un architecte, construit un cadre de référence, excluant l’inconnu jusqu’à ce qu’il soit apprivoisé. Mais lorsque l’enfant fait face à l’insupportable – des situations contraires à sa nature profonde ou à ses idéaux –

son mental active des mécanismes de défense : l’auto-culpabilisation, la honte, la tristesse, parfois la colère, et dans les cas extrêmes, l’oubli. Ces mécanismes, bien que protecteurs, posent les bases de déséquilibres relationnels.

Un exemple poignant illustre l’importance vitale du lien d’amour dans les premiers instants de la vie. Dans les orphelinats roumains décrits par Boris Cyrulnik, pionnier de la résilience, les bébés privés de contact humain dépérissaient et mouraient, malgré les soins matériels. Jusqu’à ce qu’une infirmière, bravant les interdictions, crée un lien affectif avec un nouveau-né, lui permettant de survivre. Cette histoire révèle une vérité fondamentale :

sans amour, la vie d’un enfant ne peut s’épanouir. L’amour est aussi essentiel que la nourriture.

Le Château Intérieur : Une Métaphore de l’Être

Le Château Arribas
Le Château Arribas

Imaginez-vous naître tel un château magnifique, un espace lumineux doté d’un corps central et de deux ailes, à l’image des anges. Ce château, c’est vous, explorant chaque pièce avec émerveillement, fier de cette demeure intérieure qui constitue votre univers. Mais au fil du temps, sous l’influence de l’éducation et des attentes extérieures, certaines pièces de ce château sont jugées inadéquates. Trop ceci, pas assez cela.

Pour répondre aux exigences des autres – ceux que vous aimez ou ceux que vous craignez – vous fermez les volets de ces pièces, réduisant peu à peu votre espace habitable. Vous sacrifiez des parts de vous-même pour devenir « aimable », non pas au sens de sympathique, mais dans celui de quelqu’un que l’on peut aimer.

Les années passent, et ce château autrefois vaste se réduit à une poignée de pièces, parfois à peine 50 mètres carrés. Vous vous habituez à cette existence restreinte, tout comme certains se contentent d’un banc à l’extérieur. Mais une question, inspirée par Carl Jung, surgit :

« Préférez-vous être entier
ou être bon ? »

couple avec enfant sous le soleil couchant
couple avec enfant sous le soleil couchant

Cette interrogation met en lumière un paradoxe : en cherchant l’amour des autres, vous avez multiplié les ténèbres dans votre château, occultant des parts de vous-même par peur de la honte ou par besoin de reconnaissance.

Pourtant, la lumière continue de briller à l’extérieur, patiente, attendant le moment de votre éveil. Les lois de l’univers, ni justes ni injustes selon les critères humains, orchestrent des événements porteurs de sens.

« avoir l’espoir ne signifie pas croire que tout ira bien, mais que tout aura un sens ».

Václav Havel

Chaque expérience, qu’elle soit belle ou cruelle, est une invitation à découvrir ce sens caché, à éclairer les zones d’ombre de notre être.

La Part d’Ombre : Une Clé pour la Complétude

Un jour, une rencontre fortuite peut changer le cours d’une vie. Pour l’auteur de ce récit, ce fut une femme, une « profane éclairée », qui lui parla de la part d’ombre. Elle lui expliqua que chacun porte en soi un monde du dehors et un monde du dedans, et que l’ombre n’est pas synonyme de négativité, mais de tout ce qui échappe à la conscience. En devenant conscient de ces parts refoulées, l’individu devient plus entier.

Notre culture, centrée sur l’ego et les idéaux, nous pousse à rejeter ce qui ne correspond pas à l’image parfaite que nous projetons. Mais plus nous cherchons la lumière, plus notre ombre s’épaissit. La solution ? Éclairer ces zones d’ombre, non pas pour les juger, mais pour les intégrer.

Cette révélation fut un choc. L’auteur réalisa que les personnes qui l’agaçaient – les « perdants », les « lâches », les « malhonnêtes » – étaient des miroirs de ses propres zones d’ombre. Ces jugements reflétaient des parts de lui-même qu’il avait refoulées, des blessures anciennes, comme les mots d’un père qui le traitaient de « bon à rien ». En explorant ces souvenirs, il comprit que son besoin de prouver sa valeur, de devenir « le plus fort », l’avait conduit à fermer des pièces entières de son château, à rejeter des aspects de lui-même par peur de l’échec ou de la faiblesse.

Ce travail d’introspection, bien que douloureux, fut libérateur. L’auteur entreprit de rouvrir une à une les pièces de son château, de laisser la lumière pénétrer là où l’obscurité avait régné trop longtemps.

Ce processus ne vise pas à devenir parfait, mais à embrasser toutes les facettes de son être, à devenir complet.

La Maçonnerie : Un Athanor pour Éclairer l’Ombre

Dans ce voyage intérieur, la Franc-maçonnerie joue un rôle particulier. La loge, avec ses membres aux parcours et personnalités variés, est un microcosme où se reflètent nos ombres. Le frère ou la sœur qui nous irrite – par son attitude, son discours, ou sa simple présence – est précisément celui ou celle qui nous offre l’opportunité de travailler sur nous-mêmes. En loge, cet « autre » devient un miroir, renvoyant nos parts d’ombre que nous refusons de voir. Ce travail introspectif, au cœur de l’athanor qu’est la loge, permet de rediffuser la lumière en nous, de progresser vers la complétude.

Certains maçons, malgré des années de pratique, restent prisonniers de leurs ombres, laissant leur ego dominer leur cœur. Mais il n’y a pas de jugement à porter : chacun avance à son rythme. L’apprenti, avec son humilité et sa soif de connaissance, incarne souvent l’état d’esprit le plus propice à ce travail. Les conflits, plus fréquents dans les ateliers supérieurs où les egos s’affirment, rappellent que la lumière ne s’acquiert pas par l’accumulation de rituels, mais par un effort constant d’introspection.

Le véritable ennemi du maçon n’est pas l’agacement ou la nuisance, mais l’absence de recherche de sens. Comme dans la tradition hawaïenne du ho’oponopono, illustrée par l’histoire du Dr Len, le changement extérieur passe par un travail intérieur. En se concentrant sur l’amour et le pardon – non pas pour culpabiliser, mais pour se reconnecter à son essence lumineuse –

le Dr Len transforma l’atmosphère d’un centre de détention sans jamais rencontrer ses patients. Ce principe s’applique à la maçonnerie : en éclairant nos ombres, nous influençons notre environnement.

Devenir ce que nous sommes

La quête de la lumière, au cœur de la Franc-maçonnerie comme de la vie, ne consiste pas à chercher une perfection extérieure, mais à révéler ce que nous sommes déjà. Comme le souligne la pensée nietzschéenne, il ne s’agit pas de « faire » pour « être », mais de devenir. La loi universelle de l’attraction nous attire des expériences qui nous invitent à grandir, à nous aligner avec notre essence. Le mot « impeccable », loin des connotations morales, signifie « sans péché », c’est-à-dire viser juste au centre de la cible, être en cohérence avec soi. C’est justement le symbole du fil à plomb.

Notre mental, précieux allié, peut devenir un obstacle lorsqu’il nous coupe de nos émotions et de notre ressenti. Chaque agacement, chaque jugement, est une opportunité d’explorer une zone d’ombre, de rouvrir une pièce fermée de notre château intérieur. Imaginons un instant qu’il ne nous reste que quelques secondes à vivre : regretterions-nous de ne jamais nous être pleinement rencontrés ? Ou embrasserions-nous, dans un moment de plénitude, l’être d’amour que nous sommes au fond de nous ?

Le voyage terrestre est une invitation à devenir complet, à éclairer nos ombres pour laisser rayonner notre lumière.

Comme le maçon polissant sa pierre, chacun d’entre nous est appelé à entreprendre ce travail, non pas pour devenir autre, mais pour révéler, avec courage et humilité, l’être lumineux qu’il a toujours été.

Autre article sur ce thème

Rassembler ce qui est épars

A l’instant où j’ai pris ma plume pour rédiger ces pages, le sujet de celles-ci m’apparait encore plus nécessaire. Ma table de travail est jonchée de notes, de livres, de même mon esprit est encombré d’idées éparses, comme pour la définition courante du mot épars « répandu ça et là, en désordre ». Le labyrinthe est devant moi, il va falloir rassembler, réunir ce qui était auparavant.

Auparavant, au début….

Au commencement dans le Principe était le Chaos. La terre était déserte et vide, le tohu bohu, les ténèbres, recouverte par l’abîme des eaux au dessus desquelles planait le souffle d’Elohim,

Dieu, le Grand Architecte De L’Univers alors Elohim dit

« sera la Lumière et fut la Lumière, Elohim vit la Lumière, Elohim sépara la Lumière, Elohim appela la Lumière »

Au commencement était le Big Bang, création de notre univers de l’Univers, résultat de l’explosion il y a des milliards d’années d’une boule de matière extraordinairement dense. Cette hypothèse scientifique ne vient là en aucune manière troubler ma réflexion. Je crois en Dieu, profane le jour de mon initiation « souvenez-vous » ce jour là nous avons tous mis notre confiance en Dieu.

Première phrase de notre règle en 12 points :

« la Franc-maçonnerie est une fraternité initiatique qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, Grand Architecte De L’Univers »

Profane que nous étions, notre quête de Dieu non révélé vers Dieu révélé est en chemin.

De cette certitude absolue nait dans mon esprit le sens de la relativité. L’absolu est ; la relativité est ma possibilité intellectuelle de le prouver, de démontrer l’existence de Dieu ! L’Unité Primordiale l’UN qui est le TOUT !

Buste de Platon. Marbre, copie romaine d’un original grec du dernier quart du IVe siècle av. J.-C.

Platon nous dit (extrait de Parménide) « Dans l’absolu l’un c’est l’un, n’est il pas vrai qu’il pourrait être plusieurs ? il ne faut donc qu’il n’y ait ni partie ni qu’il soit un tout, il n’est ni un tout ni partie, ni droit ni circulaire, ni soit même ni autre chose, ni en repos ni en mouvement, ni identique ni différent, ni semblable ni dissemblable, ni égal ni inégal, ni plus vieux ni plus jeune, il échappe à l’être et à la connaissance.

Dans la position relative l’un EST. Conséquence il est un tout et il se dédouble en une infinité de parties, comporte une égale infinité de l’être et de l’un, il a configuration, il est à la fois lui-même et autre chose, il est dans l’espace, il est en mouvement et en repos, identique et différent. L’absolu est sans nuance sans condition, ce qui existe indépendamment de toute condition, la relativité nous permet d’y réfléchir, rassembler les pièces du puzzle pour comprendre.»

                                     Rassembler ce qui est épars !

Au début : L’Eden, en ce temps Dieu parlait à Adam, Adam créé par Dieu à son image. Le temps primordial en ce temps là, Adam « l’homme » était parfaitement intégré à la nature, comprenait tout, participant de tout, à tout. Puis la chute, la faute, Adam désobéit, le fruit défendu, il mordit au fruit défendu, il mordit au fruit de l’arbre de la Connaissance…

Mais Dieu avait dit

« Le jour où tu auras mangé, de mort tu mourras » et il est dit « Et ce jour là pour la première fois Dieu sourit »

Le premier discours divin précise les limites de la liberté de l’homme, posé dans ce jardin, pour le cultiver et le garder et non pour y flâner à sa guise, variation sur le thème : « Tu peux tout faire sauf cela » thème qui fonde la loi ; qui établit la vie en société. Formuler l’interdit c’est annoncer qu’il se passera quelque chose donc qu’il sera transgressé. Pour quelle raison Dieu interdit à Adam, son cultivateur, son gardien, d’apprendre à distinguer ce qui est utile de ce qui est nuisible à sa survie ?

Deux réponses à cette question :

La première c’est que le créateur veut mettre en route l’histoire, c’est à dire les histoires, les péripéties du devenir sans lesquelles l’œuvre ne serait totalement achevée. Il ne se passerait rien, le temps n’existerait pas, ce serait un éternel présent.

La Seconde, non contradictoire, enrichi le sens. Ce sont il est question comme pour la plupart de tous les récits sur l’origine, ce sont les relations nécessairement conflictuelles entre créateur et créature, dominant et dominé. Et ainsi puisque « l’homme Adam » a voulu acquérir le pouvoir de distinguer le profitable du préjudiciable et bien que l’homme en assume les conséquences.       

Rassembler ce qui est épars » Comprendre !

La parole est perdue, l’homme s’est ainsi lui-même donné cette obligation « Rassembler ce qui est épars » pour retrouver cette parole perdue. Le chemin est tracé et si l’homme veut rejoindre…..approcher le Grand Architecte De L’Univers, être auprès de lui, il lui faudra lui-même reconstituer le puzzle « Rassembler ce qui est épars »

Ce puzzle infiniment grand composé de pièces infiniment petites ; les mathématiques peuvent alors effrayer et , en effet, la somme des infiniment petites reste petite et l’édifice parfait doit pourtant comporter toutes les pièces qui le composent.

Rassembler ce qui est épars, c’est alors le seul moyen de se rapprocher de la construction parfaite, la construction de notre édifice de la Connaissance.

Et c’est ainsi que « profane » ou tout était épars, par cette intuition….une sensation qui incite à chercher le moyen, la méthode : L’Initiation ! le point de départ de cette recherche que trouvera l’initié. Des ténèbres du cabinet de réflexion, de la mort au mode profane à la

seconde naissance, humble en entrant par la porte basse..il va vers la quête de la révélation, l’initiation (d’initialiser : mettre au point de départ, comme un compteur qui dès cet instant compte juste) du désordre passager vers l’ordre.

« Rassembler ce qui est épars »

Ainsi entré dans cet espace sacré, tout s’organise, la lumière est perçue, même si elle ne parvient que faiblement, des outils simples apparaissent pour permettre de dégrossir la pierre brute : c’est « l’Apprentissage »

« Qu’avez-vous aperçu en entrant en Loge ? »

« Rien que l’esprit humain ne puisse comprendre »

Compagnon j’ai vu l’étoile flamboyante, la Lumière, l’Harmonie, la Divine Proportion…tout m’a été révélé de ce que nous pouvons être. les Sens, les Arts Libéraux, les Ordres d’Architecture ; les propriétés de la Sphère, la révélation de ce que nous sommes, de ce qui est, à l’image de Dieu, TOUT nous est donné, pour comprendre, rassembler, le travail est le moyen, passions vaincus, volonté soumise, le voyage permettant de rechercher les éléments épars, pièces manquantes du puzzle.

Matière et esprit « mélangés » ; Equerre et Compas entrelacés ; Compagnon on nous a appris à nous connaitre nous-mêmes, on nous a dirigé vers l’étude des arts utiles à la société des hommes. Par l’étude des facultés intellectuelles et des secrets de la Nature, nous avons été amenés à la connaissance jusque devant le trône du Grand Architecte De L’Univers lui-même.

A cet instant il serait possible de croire que tout est acquis !

C’est alors que survient la révélation de l’élévation au Sublime Grade de Maître, entrant dans le Temple à reculons, face à l’étoile flamboyante, de la Lumière reçue à la Lumière vue.

La mort du Maître Hiram, tué par les 3 mauvais compagnons, la chair quitte les os… tout se désunit… symbole de dispersion de ce qui fait corps… mais signification supplémentaire de l’Union à faire… Désintégration, dispersion, reconstitution… »

Rassembler ce qui est épars » Résurrection !

C’est le processus infini qui conduit à comprendre que de « rassemblement » en « rassemblement » la multiplicité se rapproche de l’Unité, de l’Un, du Grand Architecte De L’Univers. La manifestation retourne à l’Unité Primordiale, au Commencement, Maître Hiram meurt, le Maitre renait !

Que demande t on au Maitre ?

« Voyager de l’Occident à l’Orient et sur toute la surface de la terre »

Pourquoi ?

             « Pour y répandre la Lumière et rassembler ce qui est épars »

Voyager de l’Occident à l’Orient, c’est-à-dire en sens contraire de la description de la Loge au 1er degré, ce qui indique clairement que la Lumière vient de l’Orient. Information délibérée enjoignant de parcourir la surface de la terre, de l’univers même pour ensuite retourner à la source de ce Lieu Primordial….le Paradis Perdu !

Voilà le parcours du rassemblement à l’intérieur de Soi d’abord épelerchaque partie de l’ensemble jusqu’au jour où nous auront appréhendé l’Essence, le Principe afin d’aller à la Connaissance. Ce jour là, nous aurons rassemblé ce qui était épars et, en nous, compagnons et dans le Cosmos, Maitre Maçon rassemble les hommes passés, présents et à venir épars dans l’univers.

Notre chaine d’union appelée à se grandir infiniment mais qui restera UNE nous rassemblera, nous réintègrera en cette Unité Primordiale…notre retour au Paradis Perdu où tout homme partagera le pain de la connaissance et de l’Amour.

Nous devons aspirer à nous perfectionner, apprendre encore apprendre plus, répandre la Lumière ramener le tout à l’UN !

« La Connaissance de Dieu auteur de tout ce qui est »

Un jour les disciples demandèrent à Jésus :

« Dis-nous quelle sera la fin ? »

Jésus répondit

Jesus Christ

« Que savez-vous du commencement pour que vous cherchiez aussi la fin ? Heureux qui se tiendra dans le commencement, il connaitra la fin et ne goutera pas la mort »

Ainsi rassembler ce qui est épars, ce qui était auparavant, répandu ça et là , en désordre, c’est le chemin de la compréhension qui commence. L’important n’est pas d’atteindre le but mais de prendre le chemin qui y mène.

Le chemin est long, souhaitons ne jamais le quitter. L’initiation n’est pas une fin… mais un nouveau commencement !

Le Grand Architecte de l’Univers

Le sujet du Grand Architecte de l’Univers est à la fois merveilleux, car ce concept est au cœur même du Rite Ecossais Ancien et Accepté, et redoutable, car il importe de ne pas en donner une vision restrictive, qui serait dogmatique alors que nous affirmons vouloir nous préserver d’un tel enfermement de la conscience et de l’esprit.

Commençons par le commencement.

Le concept de Grand Architecte de l’Univers a-t-il été inventé par la Franc-Maçonnerie ? La réponse est sans ambiguïté : non.

L’idée d’une religion naturelle, qui revient à envisager qu’une entité, un Être Suprême, a organisé l’Univers est fort ancienne. Platon évoque dans le Timée un suprême ordonnateur, et écrit « Il est une autre question qu’il faut examiner à propos de l’univers, à savoir d’après lequel des deux modèles son architecte l’a construit ». Plus loin il évoqueun divin ouvrier qui « organisa l’univers de manière à ce qu’il fût, par sa constitution même, l’ouvrage le plus beau et le plus parfait. »

Cicéron, il y a presque 21 siècles, reprend la même idée : « « quoi de plus manifeste et de plus clair, quand nous avons porté nos regards vers le ciel et contemplé les corps célestes, que l’existence d’une divinité d’intelligence absolument supérieure qui règle leur mouvement ?… Non seulement la demeure céleste et divine a un habitant, mais celui qui l’habite exerce sur le monde une action directrice, il est en quelque sorte l’architecte d’un si grand ouvrage et veille à son entretien. »

Et cette idée n’a depuis cessé de venir à l’esprit d’hommes éclairés. Ainsi, Calvin, vers 1550, avait choisi de qualifier Dieu de « Grand Architecte » ou d’« Architecte de l’Univers ». C’est au philosophe allemand Leibniz que l’on doit, dans les dernières années du XVIIème siècle, d’avoir porté de la manière la plus aboutie l’idée que partageaient ses contemporains philosophes des Lumières selon laquelle Dieu, du fait de sa perfection suprême, a choisi pour créer l’univers le meilleur plan possible. Et il va de soi que « plan » renvoie à « architecte ».

Descartes dans les Méditations métaphysiques parle d’un Grand Horloger, et Voltaire a repris la même image dans ses célèbres vers : « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. ».

Donc le concept de Grand Architecte de l’Univers est ancien et n’est pas exclusivement un concept maçonnique.

Mais s’ils ne l’ont pas inventé, quand les Francs-maçons ont-ils commencé à se référer à ce concept ?

Le Manuscrit Dumfries n°4, de 1710, rapporte qu’au Xème siècle, le roi Edwin avait exhorté les maçons à honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du ciel et de la terre, unique protecteur de l’homme et des bêtes, qui régit et gouverne le soleil, la lune et les étoiles, fontaine et source de tout bien, …

C’est enfin aux Constitutions rédigées par le Pasteur James Anderson en 1723 pour la première Grande Loge de Londres que l’on doit d’avoir institutionnalisé l’expression. La première page de ce texte fondateur devait être lue à l’admission d’un nouveau Frère, et dit ceci :« ADAM, notre premier ancêtre, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les Sciences libérales, particulièrement la Géométrie, inscrites dans son cœur, … ».

L’expression, ou des équivalents, ne va plus quitter le vocabulaire maçonnique. On connaît par exemple la divulgation dite des « Trois Coups Distincts » (Three Distinct Knocks) publiée en 1760. La Prière à Notre Seigneur Jésus-Christ qui figure au cœur du rituel d’ouverture des travaux commence par la formule : « O Seigneur Dieu, Grand et Universel Maçon du Monde, et premier constructeur de l’Homme comme s’il était un temple ; sois avec nous, O Seigneur, … ».

On le voit, la Maçonnerie des origines était indiscutablement théiste, et même indiscutablement chrétienne. Tous les Frères étaient soit catholiques, soit protestants. Or en peu de temps, les Loges vont s’ouvrir. Des adeptes d’autres religions sont admis. La présence de Frères non chrétiens, et en particulier juifs, est en effet attestée dès le milieu du XVIIIème siècle, notamment aux Pays-Bas. En même temps sont également reçus en loge des tenants d’un déisme nettement différent des religions révélées.

L’expression Grand Architecte de l’Univers pouvait sans nul doute satisfaire les uns comme les autres. Les premiers la voyaient comme désignant à coup sûr le Dieu auxquels s’adressaient leurs prières et leurs louanges, les seconds ne se sentaient pas contraints par un vocable qui les enfermait dans un dogme particulier.

Il semble important de préciser ici le sens de quelques mots qui décrivent la position d’un homme vis-à-vis de Dieu ou du divin. Il faut commencer par définir dieu. Le mot « dieu » est à la fois un nom commun et un nom propre.

C’est un nom propre lorsqu’on l’écrit avec une majuscule pour désigner l’être transcendant et unique créateur de l’univers. « Dieu » est aussi un nom commun que l’on écrit avec une minuscule, pour désigner un être supérieur à l’homme, plus puissant, mais souvent anthropomorphe, c’est-à-dire ayant des traits et un comportement tels qu’en ont les humains, et doté de pouvoirs surnaturels.

Mais avec ou sans majuscule, « dieu » est un mot humain, forgé par l’esprit humain, pour désigner ce que la raison et la science ne suffisent pas à expliquer. Les philosophes des Lumières ont défendu une conception non religieuse de Dieu, une conception rationnelle, hors de toute révélation.

En d’autres termes, s’il est vrai qu’il existe des religions sans dieu, notamment le bouddhisme, il est tout aussi vrai que Dieu n’est pas l’apanage des religions.

Certains se définissent comme croyants, et parmi eux certains comme pratiquants. D’autres sont croyants non pratiquants, mais revendiquent leur appartenance à une religion révélée.

Ils sont théistes, au sens où ils adhèrent à l’idée selon laquelle Dieu existe, qu’il a créé l’univers et qu’il influe sur son fonctionnement. Cette ingérence du divin dans les affaires humaines peut être directe, ou être médiée par des hommes inspirés, des prophètes, mais aussi par les institutions religieuses, dépositaires de la volonté divine. Suivre les règles et les rites qu’ils imposent est essentiel pour obtenir le salut.

D’autres croient en Dieu mais n’adhèrent à aucune religion telle que des hommes les ont organisées et les administrent. Ceux-là sont déistes.

Les déistes considèrent qu’à l’origine de l’univers existe une source originelle universelle et intelligente qu’ils nomment Dieu. Leibniz, que j’ai déjà évoqué, posait à ce sujet la question majeure « Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». C’est ce que les philosophes appellent « le paradoxe de la cause première », idée forgée par Aristote vers 350 avant notre ère, et qui a donné à cette cause première la qualité de principe : « de toute nécessité, ce principe existe ; en tant que nécessaire, il est parfait tel qu’il existe ; et c’est à ce titre qu’il est le principe. […] C’est à ce principe, sachons-le, qu’est suspendu le monde, et qu’est suspendue la nature. » Cette idée fût reprise par Thomas d’Aquin au XIIIème siècle.

Tout dans l’univers a une origine et une suite. Dès lors, on ne peut concevoir un début et une fin à l’espace, au temps et à la matière qui sont ensemble les constituants qui définissent l’univers. Voilà pourquoi, pour les déistes, le paradoxe de la Cause première ne peut trouver son explication que dans un principe à l’origine de tout ce qui existe, et qui est appelé « Dieu ».

En tout état de cause, et à la différence des théistes, pour affirmer l’existence d’un dieu et son influence dans la création de l’Univers, les déistes refusent de s’appuyer sur des textes sacrés et plus encore de se soumettre aux dogmes d’une religion révélée.

D’autres enfin se définissent comme athées ou comme agnostiques : un athée ne croit pas à l’existence de Dieu au singulier ou de dieux au pluriel, et la pensée athée se revendique comme fondée sur le principe du rationnel, tandis qu’un agnostique considère que l’absolu est inaccessible à l’esprit humain et refuse d’adhérer à une conception définitive sur les questions métaphysiques. Il considère néanmoins que les religions peuvent aider à assurer un minimum d’ordre et de cohésion sociale. L’agnostique reconnaît volontiers à chacun la liberté de pratiquer si et comme il le désire.

Si différents que nous soyons, nous pouvons faire le choix de travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

L’invocation au Grand Architecte de l’Univers est riche de sens. Elle rattache l’engagement, l’initiation, la quête, à ce qu’elle a d’immatériel, de transcendant, c’est-à-dire au-delà du perceptible, au-delà des possibilités de l’intelligible. On constate ici encore que la transcendance n’est pas l’apanage des religions.

On oppose à la notion de transcendance celle d’immanence. Les Stoïciens ou Spinoza sont représentatifs de ces philosophies pour lesquelles le divin est présent dans toute chose. En d’autres termes l’immanence caractérise ce qui a son principe en soi-même tandis que le transcendant a une cause extérieure et supérieure.

Le Grand Architecte de l’Univers est un concept constituant une référence métaphysique, c’est-à-dire appartenant à un domaine non susceptible d’être accessible par la raison ni perceptible par les sens. Dès lors, il nous est impossible, à nous humains qui sommes limités par les capacités de nos sens et de notre raison, de véritablement le connaître. Ainsi, la conception du Grand Architecte de l’Univers n’est pas religieuse mais bien métaphysique. Invoquer le Grand Architecte, c’est placer le travail sans ambiguïté dans une dimension métaphysique, qui est celle de la spiritualité.

La particularité de la démarche des obédiences maçonniques traditionnelles, c’est qu’elles envisagent le parcours qu’elles proposent en termes d’éveil spirituel et de quête de transcendance sans que cela n’implique aucune croyance, aucune adhésion religieuse particulière. Il va de soi que cela ne l’exclut pas davantage. Là se trouve la force d’un Rite comme le Rite Ecossais Ancien et Accepté, parmi d’autres : sa capacité à ne rien imposer et à ne rien exclure en matière de vie spirituelle.

La démarche, vouée à la spiritualité, que propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté montre bien que la spiritualité n’est pas l’apanage des religions.

Spinoza, on le sait, fût rejeté par les esprits étroits de sa communauté, coincés dans la stricte observance de la forme plutôt qu’attachés à rechercher le sens profond derrière les mots et l’idée derrière les symboles. Il croyait en l’existence du Principe : pour lui, « tout ce qui est dans la nature, considéré dans son essence et dans sa perfection, enveloppe et exprime le concept de Dieu ». Cette conception est qualifiée de panthéiste, au sens qu’elle conçoit que Dieu est en toute chose, ou plutôt, d’une certaine manière, que Dieu EST toute chose. La Création se confond avec le Créateur ; Dieu comme le Un-Tout, comme le tout de l’univers manifesté, et donc comme l’ensemble des règles qui animent et donnent sa cohérence à cet univers, au-delà de la multiplicité de ses formes.

On peut rapprocher cette vision de celle exprimée par Emmanuel Kant en 1788 dans Critique de la raison pure : « Deux choses remplissent mon esprit d’admiration et de craintes incessantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique, le ciel au-dessus de moi et la morale en moi. ».

En fait, ceux qui adhèrent à cette vision du Un-Tout, quelle que soit la dénomination qu’ils emploient pour le désigner, sont bien dans une spiritualité dans laquelle tout cherchant d’aujourd’hui, et en particulier tout Franc-Maçon de Rite Ecossais Ancien et Accepté, peut se reconnaître, quelles que soient ses croyances ou ses convictions personnelles.

C’est ce que le Convent de Lausanne a posé comme fondement spirituel de ce Rite en 1875, en adoptant le concept du Principe Créateur qu’est le Grand Architecte de l’Univers.

En plaçant les travaux sous l’invocation « À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers« , les franc-maçonnes et les francs-maçons ne s’obligent pas à honorer une entité divine personnalisée ni révélée mais à témoigner de l’admiration que ne peut manquer de leur inspirer « le Mystère de la Création à l’œuvre dans le monde. »

N’ayant aucun parti pris religieux ou philosophique, le Rite reste étranger à toute controverse sur ces sujets ; et sa neutralité et son universalité font qu’il les transcende toutes. Le Rite laisse à ses membres la libre détermination et la pratique privée de leurs convictions dont il n’a pas à se préoccuper.

En ayant choisi de travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et en ayant pris pour devise ORDO AB CHAO, le Rite Écossais Ancien et Accepté reconnaît l’existence d’un Principe d’Ordre à l’œuvre dans l’Univers, on pourrait aussi parler d’un Principe d’Unité. Par cette reconnaissance fondamentale, fondatrice, le Rite engage à œuvrer dans le sens de l’ordre, de la construction, de la paix, de l’harmonie, en même temps qu’à combattre le désordre, la violence destructrice, le chaos.

En fait, le Rite engage à ressentir l’unité de la Vie, au-delà de la diversité et de la multiplicité des formes, ce qui conduit naturellement à devenir solidaires de toute existence. Le Rite invite dès le Premier Degré à reconnaître l’Unité au-delà des dualités apparentes que sont par exemple le noir et le blanc du pavé mosaïque, ou encore l’Équerre et le Compas, le Soleil et la Lune, etc.

L’expression « Grand Architecte de l’Univers » suggère l’existence d’un principe unique, à l’origine de toute chose, donc créateur, et qui demeure aussi régulateur de toute chose, car tout élément de la création ou de la manifestation ne peut qu’obéir aux lois émanant de ce principe. En fait, le concept de Grand Architecte de l’Univers permet d’exprimer l’unité fondamentale de notre univers, sa cohérence, par-delà sa diversité.

Point n’est besoin à qui n’en ressent pas la présence ni la nécessité d’envisager rien qui soit de l’ordre du surnaturel, du surhumain. Le spirituel et le sacré ne sont pas l’apanage des religions révélées. La spiritualité du Rite Ecossais Ancien et Accepté est ouverte à ceux qu’une religion révélée aide à s’accomplir comme êtres moraux et vertueux, comme à ceux qui y parviennent sans recourir à ce cadre.

Pour les maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté, en même temps qu’il est un principe, le Grand Architecte de l’Univers est un symbole. Contrairement à ce que dénoncent les anathèmes de certains qui se veulent les seuls à être à la fois adogmatiques et libéraux, le Grand Architecte de l’Univers est le symbole de l’absolue liberté de conscience.

Chacun de nous en effet est libre de l’interpréter comme il l’entend. Son invocation à l’ouverture des travaux, au moment où les individualités des Frères se fondent pour former la Loge, témoigne de notre indéfectible attachement au droit de chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, et au respect que chacun doit à l’autre en la matière, quelles que soient ses convictions personnelles.

A la vérité, n’en déplaise aux tenants d’un anticléricalisme radical et aux partisans de l’éradication du fait religieux, le symbole ouvert qu’est le Grand Architecte de l’Univers illustre ce ce qu’est la véritable laïcité.

Car la véritable laïcité, c’est ce respect mutuel, ce sont quatre principes cardinaux : la garantie absolue de la liberté de conscience, le respect de la diversité des options spirituelles, l’invitation à la tolérance partagée, et la détermination à construire un vivre-ensemble qui fonde l’espace commun.

Par-là, le Grand Architecte de l’Univers est aussi le symbole même de l’initiation, dont la finalité est de nous donner la possibilité de se perfectionner. C’est la définition même de la démarche maçonnique, celle d’une Franc-maçonnerie de tradition, initiatique, spiritualiste et humaniste.

Dans la dernière partie de ce propos, évoquons plus précisément le Convent de Lausanne de 1875 et donc l’introduction formelle du Grand Architecte de l’Univers dans le corpus maçonnique.

En 1773, une scission d’avec la Grande Loge de France de l’époque conduit à la création du Grand Orient de France. Pour échapper au contrôle que Napoléon voulait exercer sur la franc-maçonnerie sous l’égide du seul Grand Orient, nombre de loges de la Grande Loge choisirent de se placer sous la protection du Suprême Conseil, créé par Alexandre Auguste de Grasse-Tilly en 1804. Ainsi se constitua la Grande Loge Centrale Ecossaise, adhérant aux principes du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

En 1849, le Grand Orient de France se dote d’une Constitution, qui stipule qu’il est « une association philosophique, philanthropique, et progressive… Elle a pour fondement la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme. » Mais cette conception n’est pas partagée par tous les Frères du Grand Orient, tant s’en faut. Des débats véhéments agitent les Convents. Finalement, en 1877, le Grand Orient supprimera le paragraphe concernant l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme de sa Constitution.

Ces interrogations sur le lien entre franc-maçonnerie et religion avaient également concerné des Frères de la Grande Loge Générale Ecossaise et du Suprême Conseil de France auquel elles étaient rattachées.

Or en 1875, un Convent Universel est organisé à Lausanne, réunissant 12 des 23 Suprêmes Conseils de REAA pour débattre de divers sujets et revoir les traités d’alliances entre juridictions. Les délégués en profitèrent pour adopter, sous l’instigation de Grand Commandeur du Suprême Conseil de France Adolphe Crémieux, une formulation propre à rassembler ce qui risquait d’être épars, et que nous connaissons tous : « La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur connu sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. »

Le texte évoque la notion de Force supérieure et qualifie le Grand Architecte de Créateur Suprême. L’Ecossisme s’affirme ainsi comme proche des conceptions déistes proposées par les philosophes des Lumières.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne se prononce ni sur l’immortalité de l’âme ni sur la résurrection. Il ne recourt à aucune révélation, n’impose la croyance en aucune vérité dogmatique. Il affirme, sous le nom de Grand Architecte, l’existence d’une force commune à tout l’univers, qui lui donne sa cohérence au-delà de sa diversité.

Pour conclure, souvenons-nous du premier paragraphe de la partie réglementaire des Constitutions d’Anderson, les Anciennes Obligations des Maçons Francs & Acceptés, qui postulent que la Franc-maçonnerie doit être le centre de l’Union d’hommes d’origines, de confessions, de conditions sociales et de cultures différentes qui, autrement, ne se seraient jamais rencontrés.

Il s’agit de rester fermement attachés à ces principes. Et c’est dans cet esprit, garantissant à chacun une entière liberté de conscience, que plusieurs Grandes Loges invoquent dans tous leur travaux le Grand Architecte de l’Univers, expression symbolique d’un Principe créateur librement interprétable par chacun des membres de l’obédience selon ses convictions spirituelles ou religieuses.

Les travaux sont ouverts à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, comme le matérialise la présence, sous l’Equerre et le Compas, du Volume de la Loi Sacrée. C’est la Loi qui est sacrée, en ce qu’elle a d’universel, en ce que le Volume a de symbolique.

Le Prologue de Jean auquel est ouvert ce Volume ne doit pas être compris comme une soumission à une vision religieuse, et donc à un dogme. Il renvoie plutôt à la raison, et à la quête de la Lumière et de la Vérité.

Parce qu’il serait vain de penser si ce n’était pour agir, la voie sur laquelle chacun de nous s’est résolument engagé en tant que francs-maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté travaillant à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, est d’abord une voie de réalisation personnelle. C’est aussi une voie de réalisation collective. La finalité de la voie spirituelle et humaniste que propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté est de parvenir à notre propre accomplissement, c’est aussi celle de l‘engagement et de l’action au service de l’Homme et de l’Humanité.

Pour ou contre une charte éthique des sociétés secrètes modernes : une réflexion sur les francs-maçons et les néo-druides

Inspiré de notre confrère agoravox.fr

Introduction : Le besoin d’éthique dans les traditions ésotériques

Dans un monde où la sécularisation progresse et où les anciennes traditions spirituelles sont souvent reléguées au rang de curiosités historiques, les sociétés secrètes et les mouvements néo-spirituels, tels que la franc-maçonnerie et les néo-druides, connaissent un regain d’intérêt. Ces groupes, ancrés dans des héritages symboliques profonds, se retrouvent aujourd’hui confrontés à des défis éthiques majeurs : scandales de pouvoir, dérives sectaires, et accusations d’opacité.

La question d’une charte éthique, visant à encadrer leurs pratiques et à restaurer la confiance du public, divise autant qu’elle intrigue. Faut-il imposer un code moral à ces organisations qui se revendiquent héritières d’une liberté de pensée ancestrale, ou cela risque-t-il de trahir leur essence même ? Cet article explore cette problématique à travers une analyse historique, philosophique et sociologique, en s’appuyant sur les exemples des francs-maçons et des néo-druides, deux traditions souvent mal comprises mais profondément influentes.

I. Contexte historique : Les racines des sociétés secrètes

A. La franc-maçonnerie : une quête de lumière sous surveillance

La franc-maçonnerie, née officiellement au début du XVIIIe siècle en Angleterre avec la création de la Grande Loge de Londres en 1717, s’inspire de guildes médiévales de constructeurs de cathédrales. Cependant, ses racines ésotériques puisent dans des traditions plus anciennes, notamment les mystères égyptiens, les écoles pythagoriciennes et les enseignements alchimiques. Organisée en loges, elle promeut des valeurs de fraternité, de tolérance et de recherche de la vérité à travers des rituels symboliques. Pourtant, son histoire est marquée par des controverses : interdictions par des régimes autoritaires (comme sous le nazisme ou dans certains États catholiques), accusations de complotisme (notamment avec les Protocoles des Sages de Sion, un faux antisémite), et des affaires internes de corruption ou de népotisme.

B. Les néo-druides : un renouveau spirituel controversé

Druides

Les druides, prêtres et philosophes des anciens Celtes, ont disparu en tant que groupe organisé avec la romanisation et la christianisation de l’Europe (vers le Ier siècle après J.-C.). Leur revival au XVIIIe siècle, notamment avec la fondation de l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides (OBOD) en 1717 par John Toland, s’inscrit dans le mouvement romantique et le regain d’intérêt pour les cultures préchrétiennes. Aujourd’hui, les néo-druides, souvent perçus comme écologistes ou païens, revendiquent une connexion avec la nature et une spiritualité non dogmatique. Cependant, des affaires comme celle de Roger Surin, druide accusé de dérives sectaires et d’abus (mentionnée dans un article d’AgoraVox du 3 janvier 2025), soulignent les risques d’interprétations abusives de ces traditions.

II. La nécessité d’une charte éthique : arguments en faveur

A. Protéger les membres et le public

Les sociétés secrètes, par leur nature fermée, peuvent devenir des terrains propices à des abus de pouvoir. Dans la franc-maçonnerie, des enquêtes ont révélé des cas où des loges ont servi à blanchir de l’argent ou à favoriser des carrières politiques (exemple : l’affaire P2 en Italie dans les années 1980). Chez les néo-druides, l’absence de structure centralisée facilite les dérives individuelles, comme l’exploitation psychologique ou physique sous couvert de rituels. Une charte éthique pourrait établir des garde-fous : consentement explicite, transparence sur les objectifs, et mécanismes de signalement des abus.

B. Restaurer la crédibilité

L’opacité de ces groupes alimente les théories du complot, qui les dépeignent comme des manipulateurs occultes. Une charte éthique, publiquement accessible, pourrait démontrer leur engagement envers des valeurs universelles (liberté, égalité, respect), contrecarrant ainsi les narratifs conspirationnistes. Par exemple, la franc-maçonnerie pourrait clarifier son rôle dans la promotion des droits humains, tandis que les néo-druides pourraient s’éloigner de l’image de sectes New Age.

C. S’adapter à une société moderne

Dans un contexte de mondialisation et de surveillance numérique, les anciennes structures secrètes peinent à rester pertinentes sans s’adapter. Une charte éthique, alignée sur les normes contemporaines (droits humains, écologie), permettrait à ces groupes de dialoguer avec la société civile et de justifier leur existence au-delà de la nostalgie.

III. Les objections : une menace pour la liberté spirituelle ?

A. Risque de standardisation

Critiques comme celles exprimées sur AgoraVox suggèrent que codifier l’éthique pourrait trahir l’esprit originel de ces mouvements. La franc-maçonnerie repose sur une quête individuelle de lumière, tandis que le druidisme valorise une connexion intuitive avec la nature. Imposer des règles pourrait transformer ces traditions en institutions rigides, similaires aux religions qu’elles ont souvent cherché à contourner.

B. Hypocrisie potentielle

Comme le souligne un article sur L’Oréal et ses chartes éthiques (AgoraVox, 2005), les documents officiels peuvent être de simples outils de communication, déconnectés des pratiques réelles. Une charte mal appliquée risquerait de discréditer davantage ces groupes, en exposant leur incapacité à respecter leurs propres engagements.

C. Conflit avec la souveraineté des loges ou cercles

La franc-maçonnerie fonctionne sur un modèle décentralisé, chaque loge ayant une certaine autonomie. De même, les néo-druides s’organisent en cercles indépendants. Une charte imposée pourrait être perçue comme une intrusion, menaçant leur indépendance et leur diversité.

IV. Une proposition : une éthique flexible et participative

Plutôt qu’une charte rigide, une approche participative pourrait être envisagée. Par exemple :

  • Consultation interne : Laisser chaque loge ou cercle définir ses propres principes, dans un cadre général validé par un consensus.
  • Transparence graduelle : Publier des rapports annuels sur les activités, sans révéler les rituels sacrés.
  • Médiation indépendante : Créer un organe neutre pour enquêter sur les abus, inspiré des modèles comme le Comité Consultatif National d’Éthique en France.

V. Conclusion : Un équilibre à trouver

La question d’une charte éthique pour les francs-maçons et les néo-druides ne se résume pas à un choix binaire. Elle reflète un dilemme plus large : comment préserver la liberté spirituelle tout en répondant aux exigences d’une société qui demande accountability ? L’histoire montre que ces groupes ont survécu grâce à leur capacité d’adaptation. Une éthique bien conçue, respectueuse de leur héritage mais ouverte au dialogue, pourrait être leur salut, à condition qu’elle ne devienne ni un carcan ni une façade. À l’heure où les valeurs humaines sont remises en question, peut-être est-ce l’occasion pour ces traditions de prouver leur pertinence dans le monde de 2025.