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Faut-il falsifier le réel pour trouver sa vérité ?

Une des impasses du wokisme …

Il ne s’agit pas ici de critiquer les mouvements d’émancipation regroupés dans le mouvement woke, encore bien moins de contester la légitimité de leur démarche visant à revendiquer le respect et l’égalité des droits, pas davantage d’ignorer l’éclairage qu’ont pu apporter les études de genre sur la manière dont se construisent les discriminations, et non plus de porter un regard critique sur les personnes qui vivent des parcours de vie particulièrement difficiles comme la transition de genre. 

Il s’agit de mettre en question une idéologie, un “isme”  qui, au nom de la critique de stéréotypes, voudrait en imposer d’autres, et de voir comment certaines prises de positions dogmatiques font pour tenter de s’imposer. 

Deux exemples : 1 Le livre de Judith Butler “Trouble dans le genre”, paru en 1990, qui est une des références obligées de la pensée woke, telle qu’elle nous arrive des USA. 2 L’exemple de la notice biographique de Mae Martin, artiste, scénariste, “personnalité canadienne non binaire”.

Dans Trouble dans le Genre, Judith Butler se propose de déconstruire les notions de sexe et de genre. Le genre c’est l’ensemble des caractéristiques socioculturelles qu’on attribue, soit aux hommes, soit aux femmes. Ce sont donc des patterns très différents d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre et même d’une sous-culture à l’autre. Le genre est fait de manières de s’habiller, de se coiffer, de se comporter et aussi des attitudes attendues de l’un et de l’autre sexe. Le mot “sexe” (selon le petit Robert né en 2013)  désigne aussi bien les organes sexuels, les pratiques amoureuses, que “l’ensemble des hommes ou des femmes” ou les caractéristiques qui permettent de les distinguer. Il n’ y a pas de sexe en grammaire, même si les débats sur “l’écriture inclusive” semblent le suggérer.  Mais il y a un genre, et ce genre est grammatical, il n’est pas sexué. Une table n’est pas une fille et un tabouret n’est pas un garçon.

Mélanger le genre et le sexe n’apporte rien de bon.  

Tous les caractères qui définissent le genre sont des construits sociaux et culturels. En effet, comme le montrent les études de genre,  ils ont tendance à conditionner les individus,  à les faire entrer dans des modèles avec lesquels tout le monde n’est pas nécessairement à l’aise. Mais Judith Butler va plus loin. Elle  affirme que la notion de sexe elle-même est un construit social et culturel. Et si c’est un construit, on peut le contester,  on peut le déconstruire. Elle considère que l’identité sexuelle, ou identité de genre, se construit de manière “performative”,  c’est-à-dire que c’est en l’expérimentant qu’on le construit. En me comportant comme un homme, je deviens un homme, en me comportant comme une femme je deviens une femme. Bref, si je m’affranchis des modèles imposés, je peux m’inventer moi-même comme je veux. Rien du sexe ou du genre n’existe en vrai, tout est “construit”. Ce formidable tour de passe-passe intellectuel vise sans en avoir l’air à nier le réel dans ce qu’il a de plus brut. Le réel, c’est ce qui résiste à mon fantasme de toute puissance. Oui le genre est un construit social. Oui la notion de sexe est un  construit culturel. Mais pour autant il y a bien du réel derrière tout ça. 

« On ne naît pas femme on le devient », disait Beauvoir. On le naît un peu quand même. Dès la conception, on est chromosome XY ou bien chromosome XX. Ce sont les caractères sexuels primaires. Garçon ou fille? A la naissance, on le détermine en général avec des organes sexuels masculins ou féminins, ce n’est pas un “construit”, c’est un “donné”, les organes sexuels sont  les caractères sexuels secondaires. En découlent les caractères sexuels tertiaires qui sont physiques mais pas directement “sexuels” comme la musculature, la taille, la pilosité, la voix, etc.  Autant d’attributs sur lesquels on peut agir par la médecine et la chirurgie, pour les transformer sans pour autant en changer la nature. C’est bien le problème des personnes transgenres. Quelqu’un qui est né homme puis est devenu femme continuera d’avoir jusqu’à la fin de ses jours des problèmes de santé liés à son identité masculine de départ  :  vieillissement, alopécie, risque de cancer du colon, de la prostate. On ne peut rien y changer. Freud disait : le destin, c’est la biologie. On n’échappe pas à sa biologie, parce que c’est le réel. Même si on peut jouer avec, dans une certaine mesure. 

Judith Butler en arrive à nier le réel pour défendre une idéologie revendicatrice. Ce faisant, elle organise un brouillage des normes, des codes, des caractères qui servent à distinguer le masculin du féminin et, sous prétexte d’émancipation, elle rend le réel illisible. C’est une chose de jouer avec les codes, de créer des personnalités androgynes, unisexes,  gender-fluids, c’est une autre chose d’affirmer que les codes n’existent pas. J’accepte volontiers qu’on utilise le pronom iel pour désigner des personnes qui se situent entre deux sexes, mais je ne veux en aucun cas qu’on me l’applique à moi qui ne me sens pas du tout dé-genré. Faut-il en arriver à falsifier le réel pour lui imposer une autre réalité ? 

Le deuxième exemple concerne l’artiste Mae Martin, originaire du Canada. On sait que son âge est de 38 ans. Que ses débuts sont passés par le stand-up, puis par des séries TV à succès comme Outsider en 2016, et plus récemment en 2025,  par la série Indociles, assurant à la fois le rôle principal d’Alex Dempsey et la réalisation. Et là, le lecteur est en train de se dire : “ça m’énerve, je n’arrive pas à savoir en lisant ces lignes si c’est un homme ou une femme. C’est que Mae Martin se définit justement comme une “personnalité bisexuelle” et “non-binaire”. Ce que pourquoi-pas. Et bizarrement sa notice biographique publiée par Wikipédia joue le jeu.

Toute la rédaction en sorte d’éviter tout genre grammatical. La plupart des phrases commencent par “Mae Martin” : “Mae Martin est une personnalité canadienne”, “Mae Martin naît le 2 mai 1987 à Toronto”, “Mae Martin commence sa carrière au Canada”… Jamais le rédacteur n’emploie le pronom personnel  “il” ou “elle”, qui aurait pu vendre la mêche. Jamais non plus il n’utilise d’adjectif qualificatif qu’il aurait fallu accorder en genre.  Le texte est entièrement toiletté de telle manière qu’aucun genre ne soit détectable. Conformément sans doute à la volonté de la personne dont il est question. Comme le font les cabinets de e-réputation quand ils sont chargés de contrôler l’image de leurs clients et qu’ils font modifier ou retirer jusqu’à la moindre virgule, sous menace de poursuites. Mais est-ce le rôle de la communauté encyclopédique de Wikipédia de céder à ces injonctions ou de laisser se développer des écrits qui à ce point là travestissent la réalité? Car Mae Martin a bien dû naître garçon ou fille, l’un ou l’autre. Puis a bien dû connaître un parcours où elle s’est installée dans cette identité non-binaire et a réussi à  la faire accepter aux autres. Les choses ne sont pas allées de soi. Mae Martin n’est pas née non-binaire. Faut-il falsifier le réel pour lui faire dire ce qu’on a envie d’entendre ? 

Quelle que soit l’identité sexuée que je me construise, elle est la résultante d’un compromis.Le psychanalyste  Donald Winnicott parle d’un processus en “trouvé-créé”. La biologie c’est ce que je trouve à ma naissance, et le “créé” c’est ce que j’en fais. Je ne m’invente pas moi-même en totalité. Je suis ce que je suis à la naissance (mon phénotype), + ce que le désir de l’Autre voudrait que je sois, + ce que le réel m’a fait en me cognant dessus pour m’obliger à le prendre en compte, + les expériences de vie que j’ai rencontrées, +  mon propre désir qui s’est construit à travers tout ce parcours, en variant au cours du temps et de mes expériences.

La résultante de tout cela, c’est moi à l’instant présent, et cela continuera de changer jusqu’à la fin. Je suis fait d’une grande partie de ce que je ne peux pas changer, d’une partie de ce que les autres ont fait de moi, et d’une partie aussi de ce que j’ai moi-même fait de moi. Et je ne suis pas seulement celui que je vois dans la glace, je suis aussi celui que les autres voient « mes FF et SS me reconnaissent comme tel ». Si je suis seul à me reconnaître, je suis sans doute fou. C’est pourquoi les personnes en recherche d’identité sexuée ont besoin d’une communauté pour se conforter. 

S’il y en a qui sont bien placés pour appréhender cette construction complexe de l’identité, ce sont bien les francs- maçons qui ont accepté que le “vieil homme” meure pour que  “l’homme nouveau” puisse advenir, mais qui n’ont pas effacé ni falsifié ce qu’ils étaient et qui ne prétendent pas non plus qu’ils peuvent se faire tout seuls. Et qui cherchent pas à falsifier le réel, parce qu’ils passent par le symbolique. 

Ce qui semble préoccupant, à travers ces deux exemples, ce n’est pas tant le parcours individuel de deux personnalités singulières en construction de leur identité, c’est la volonté de dénier l’ordre du réel, et c’est la volonté d’imposer au collectif un schéma singulier qui serait une nouvelle norme. Renversement des normes, tentative de prise de pouvoir de la minorité sur la majorité pour établir de nouvelles normes. Et plus préoccupant encore : la réaction du collectif quand il accepte de se soumettre. 

La loge maçonnique historique de Lismore détruite par un incendie au petit matin

De notre confrère australien abc.net.au – Par Cathy Adams

Deux hommes sont en garde à vue après que la loge maçonnique historique de Lismore a été détruite par un incendie ce matin. L’inspecteur-détective Grant Erickson, responsable de la criminalité du district de police de Richmond, a déclaré que l’incendie était considéré comme un incendie criminel.

« Nous avons un homme de 36 ans de Nimbin et un homme de 32 ans de Nimbin actuellement au poste de police de Lismore pour nous aider dans nos enquêtes », a-t-il déclaré.

« Ils ont été arrêtés au centre commercial Lismore Central à 11 heures.

« À ce stade, il est trop tôt pour dire quelle est la cause et l’origine de cet incendie, mais nous le traitons définitivement comme suspect. »

L’inspecteur-détective Erickson a déclaré que les dégâts causés au bâtiment étaient « catastrophiques ».

« C’est un magnifique bâtiment. C’est un monument emblématique de Lismore », a-t-il déclaré.

« Il a survécu à de nombreuses inondations, et qu’il soit dévasté de cette façon est pour le moins épouvantable. »

Abritant des francs-maçons depuis près d’un siècle

L’incendie s’est déclaré vers 4 heures du matin dans le bâtiment de Magellan Street, situé en face de la bibliothèque de Lismore.  

C’est le foyer des francs-maçons de la région depuis près de 100 ans.

Le vénérable maître de la loge Northern Rivers, Allan Ridgewell, a déclaré que les francs-maçons se rassemblaient à Lismore depuis le milieu des années 1800 et avaient construit la loge dans les années 1920 à 1930.

« Nous avons fait tellement de choses pour Lismore au fil des ans ; c’est tellement triste de voir cela arriver »

M. Ridgewell a déclaré que la plupart des meubles et des biens de la loge avaient été perdus lors de l’inondation de 2022, mais que les dons d’autres loges et de la communauté ont permis aux francs-maçons de réintégrer la loge.

« Nous avons eu une réunion de loge là-bas mercredi dernier », a-t-il déclaré. 

« Nous étions en train de reconstruire après l’inondation. »

Un incendie rugissant avec de la fumée et du feu alors qu'un bâtiment brûle.
L’incendie s’est déclaré à l’arrière du Lismore Masonic Hall aux premières heures de mercredi. ( Fourni par Nathan Kelly )

« On pouvait sentir la chaleur »

Nathan Kelly, un habitant de Lismore Heights, a décrit avoir vu un nuage orange briller dans le CBD alors qu’il allait nourrir ses chiens tôt ce matin et est allé enquêter.

« On aurait dit que tout allait exploser. On sentait la chaleur des flammes », a-t-il déclaré.

Des pompiers avec des maisons sur un bâtiment effondré.
L’arrière de la loge maçonnique a été détruit par le feu. ( ABC North Coast : Kim Honan )

« C’était vraiment triste de voir le bâtiment dans cet état. 

« J’ai de la famille qui fréquentait le théâtre là-bas, ma fille l’utilisait pour danser, ma sœur l’utilisait pour danser quand elle était enfant. »

L'extérieur d'un bâtiment orné détruit par un incendie avec un camion de pompiers devant.
La façade du bâtiment est toujours debout après l’incendie. ( ABC North Coast : Cath Adams )

Scène de crime établie

Fraser Hindry, commandant par intérim des pompiers et des secours de Nouvelle-Galles du Sud, a déclaré que l’incendie était bien établi à l’arrière du bâtiment en bois lorsque les équipes sont arrivées. 

« Il s’est propagé jusqu’au toit du bâtiment principal, qui est un bâtiment en maçonnerie, et malheureusement le toit s’est effondré », a-t-il déclaré.

« Le contenu de la loge est assez endommagé. »

M. Hindry a déclaré qu’il n’y avait personne dans le bâtiment au moment de l’incendie et qu’aucun blessé n’avait été signalé.

Deux pompiers tiennent des lances à incendie alors qu'ils se tiennent à côté de camions de pompiers à l'extérieur du Lismore Masonic Hall
Les pompiers sont arrivés et ont trouvé le puits du Lismore Masonic Hall en flammes. ( ABC News : Cath Adams )

Bien que la façade ornée du bâtiment soit toujours debout, l’arrière du bâtiment et une autre structure derrière le hall principal ont été détruits. 

« C’est une scène de crime. Ces choses sont des scènes de crime jusqu’à preuve du contraire », a déclaré M. Hindry.

Vivre-ensemble : le cache-misère. Place à la Concorde universelle

Permettons-nous d’ouvrir un chantier sous la voûte étoilée. Non pour vernir des mots à la mode, mais pour éprouver la justesse de notre langage. Depuis trop longtemps, « vivre-ensemble » tourne en rond comme une pièce usée. Le syntagme rassure, anesthésie, donne l’illusion d’un accord quand il n’y a souvent qu’une juxtaposition de solitudes.

Gérard Collomb, 2013

Notre Frère Gérard Collomb (OE) qui fut sénateur-maire de Lyon, Président du Grand Lyon, l’avait dit avec une lucidité tranchante : aujourd’hui en France, nous vivons côte à côte ; demain, nous risquons de vivre face à face. Le « vivre-ensemble » n’a rien empêché de cette dérive ; il l’a parfois recouverte d’une couche de communication.

Universelles, la paix et la concorde? Vraiment (Deux hommes qui luttent, GOya, source Wikipedia)

Ce mot-valise a prospéré dans les brochures et les appels à projets.

Il comble l’embarras devant le conflit réel : conflits de mémoires, d’intérêts, de récits, de croyances, de rythmes de vie. Il fait comme si nous pouvions cohabiter sans consentir à une mesure commune, sans loi partagée, sans architecture de la parole. Il substitue au labeur du lien la promesse d’une paix par simple contiguïté. Nous savons par l’atelier et par la vie qu’aucune fraternité ne naît de la seule juxtaposition de pierres : il faut l’équerre, le fil à plomb, la patience cordiale du trait qui donne tenue à l’ensemble.

Viendra l’objection : n’est-ce pas mieux que rien ?

Non, si ce « mieux que rien » entretient le RIEN. Les formateurs sérieux sur la laïcité se gardent désormais de ce cache-misère et lui préfèrent des mots qui nomment le réel. Rendons à notre tradition son exigence : le terme juste existe, Concorde universelle.

Concorde, paix qui résulte de la bonne entente…

La Concorde n’est pas un consensus mou. Elle vient de la musique et du droit : cum-cor-da, les cœurs et les cordes accordés selon une mesure. Elle reconnaît la pluralité des voix, assume la tension des intervalles, refuse l’unisson factice. Elle n’a pas peur du désaccord ; elle le met en forme. Elle ne confond pas égalité et indistinction ; elle cherche l’harmonie par la loi commune. Elle exige un art : l’oreille, la main, la règle. C’est une pratique, non une affiche. Sa finalité n’est pas de survivre côte à côte, mais de viser la cité juste : se contredire sans se haïr, s’opposer sans se détruire, se séparer sans se renier.

Universelle, elle déborde les périmètres administratifs et les sociologies de quartier. Elle suppose un horizon plus haut que nos appartenances, une verticalité symbolique qui donne souffle et direction. « Universelle » parce que la mesure qu’elle propose se dit en droit, en dignité, en liberté de conscience, en laïcité véritable comme hospitalité des convictions. Là où le « vivre-ensemble » s’épuise en événements aimables, la Concorde universelle bâtit des institutions, des usages, des rites de parole, des communs symboliques. Elle réclame des lieux, des formes, des règles du jeu, une éducation au débat, à l’argument, au désaccord fécond. Elle convoque justice et justesse : non la sensiblerie, mais la rectitude.

Il est donc judicieux, pour des francs-maçons qui prétendent œuvrer au progrès matériel et moral de l’Humanité, d’abandonner les termes essorés qui n’agrippent plus le réel. Notre pays est déchiré ; nos mots doivent porter. Passons à la vitesse supérieure. Disons Concorde universelle et agissons en conséquence.

Cela implique un changement d’outillage

Substituer aux slogans des formes opératives, préférer aux vœux pieux des protocoles de discussion, troquer l’émotion répétée contre la médiation instituée, replacer la laïcité dans son sens plein d’hospitalité des convictions plutôt que dans l’incantation défensive. Nous n’avons pas à multiplier les colloques pour proclamer l’entente ; nous avons à régler des litiges de voisinage symbolique, à réapprendre la grammaire du contradictoire loyal, à rouvrir des maisons communes où la parole est tenue par une règle qui protège et oblige.

Blason GODF

Le Grand Orient de France, première obédience du pays, issu des Lumières et fidèle à son mandat – travailler à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité – possède précisément les leviers pour opérer cette translation. Défendre l’idéal républicain, c’est faire vivre la démocratie, la laïcité, la solidarité, la dignité humaine par des dispositifs éprouvables : charte de débat qui bannit l’invective, circuits d’écoute et de réponse, formation au raisonnement contradictoire, ateliers d’éducation civique réellement ouverts, partenariats avec les acteurs culturels et sociaux pour rétablir une mesure commune. La franc-maçonnerie offre des outils de recherche personnelle, philosophique, spirituelle ; mettons-les au service de la cité en explicitant la méthode : écouter pour comprendre et non pour répliquer, formuler des désaccords argumentés, chercher la règle partagée, accepter la décision, en répondre ensuite par des actes publics reconnaissables.

Liberté, Égalité, Fraternité
Liberté, Égalité, Fraternité

Concrètement, tout commence par des mots qui tiennent debout, parce qu’ils s’incarnent. Dire Concorde universelle, c’est promettre que nos rencontres ne seront ni bulles d’air ni vitrines, mais chantiers : tailler la pierre des préjugés, régler la trame des malentendus, dresser des arcs capables de porter du poids. C’est annoncer que nos loges et nos fondations ne se contentent plus d’« événementiel », mais assument la longue patience du lien civique : écoles de parole, cliniques de la dispute, comptoirs de médiation, bibliothèques de la pluralité, liturgies du débat qui posent des bornes et donnent une forme.

Nous n’avons pas besoin d’un « vivre-ensemble » qui s’effiloche sur les affiches. Nous avons besoin d’une Concorde universelle vérifiable dans les gestes : tenue des mots, exactitude des engagements, architecture des désaccords. Alors seulement, le « côte à côte » cessera d’annoncer le « face à face » ; il deviendra un ensemble accordé, où chaque voix trouve sa place parce qu’une mesure commune l’y appelle. Nous connaissons l’instrument et la partition ; il nous reste à jouer juste… et fort.

Franc-maçonnerie : la GLMU s’installe à La Réunion et s’explique sur zinfos974

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De notre confrère zinfos974.com – Par Pierrot Dupuy

La Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), née en 1973 dans la foulée de Mai 68, défend une franc-maçonnerie mixte, laïque et sans hiérarchie. Lors d’un récent déplacement à La Réunion pour « allumer les feux » d’une nouvelle loge, son Grand Maître, Bernard de Koker, explique les valeurs et l’ouverture de cette obédience encore méconnue du grand public.

Fondée par l’ingénieur Raymond Jalut et la résistante féministe Éliane Brault, la GLMU s’est construite dans un esprit d’émancipation. « À l’époque, seuls les hommes pouvaient travailler au rite français. Nous avons voulu créer une obédience mixte et égalitaire », rappelle Bernard de Koker. Contrairement à d’autres structures plus verticales, la GLMU se distingue par une organisation sans hiérarchie, articulée autour de loges autonomes réunissant hommes et femmes autour de valeurs humanistes et républicaines.

Entrer en franc-maçonnerie n’a rien d’un mystère occulte, insiste le Grand Maître. Le parcours est avant tout personnel et encadré : lettre de motivation, enquêtes internes, passage sous le bandeau… « On cherche à comprendre la démarche de la personne, sa recherche spirituelle ou symbolique, mais aussi son adhésion à nos valeurs. Une appartenance à un mouvement extrémiste est incompatible avec la maçonnerie », souligne-t-il.

« Il faut sortir, aller vers les gens. Sinon, on laisse la place aux théories complotistes »

Si certains imaginent encore des secrets cachés, la réalité est toute autre. « Le secret, c’est de ne pas révéler l’appartenance d’un frère ou d’une sœur », explique-t-il, rappelant que cette discrétion découle du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les nazis ont persécuté les francs-maçons en France. « En Angleterre, les loges s’affichent dans les universités. En France, on a longtemps vécu cachés. Aujourd’hui, nous voulons nous ouvrir à l’extérieur pour expliquer qui nous sommes et éviter les fantasmes. »

Cette ouverture passe aussi par la participation à des événements publics. La GLMU, basée à Montreuil, tient désormais des stands lors de journées associatives pour échanger avec le public. « Il faut sortir, aller vers les gens. Sinon, on laisse la place aux théories complotistes », insiste Bernard de Koker, lucide sur la montée des extrêmes mais confiant dans la force de l’explication.

En visite récemment à La Réunion, le Grand Maître a accompagné la création d’une nouvelle loge baptisée Adelphité. « Nous venons allumer les feux, c’est-à-dire mettre en place cette loge », précise-t-il. Un symbole fort pour une obédience qui revendique la fraternité, la mixité et l’engagement citoyen.

Guide à l’usage du franc-maçon Kadosh – 30eme degré du R.E.A.A.

Au cœur de cette œuvre où se tissent les fils invisibles de la quête spirituelle et des mystères voilés par les siècles, Daniel Comino nous convie à une traversée intime du trentième degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, ce chevalier Kadosh dont le nom même, murmuré en hébreu comme un appel à la sacralité, évoque les échos d’une consécration qui transcende les limites du visible,

et c’est précisément dans la préface rédigée par Christian Confortini, Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, Suprême Conseil du 33e degré en France – Grand Orient de France,

Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France
Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France

que s’amorce cette immersion, avec une gravité qui rappelle combien il s’avère ardu d’invoquer les luttes ardentes de notre existence terrestre lorsque, en tant que francs-maçons, nous nous employons inlassablement, par-delà les distinctions de titres, de grades et de qualités, à réunir ce qui demeure épars, tant au sein de nos loges que dans les vastes étendues du monde profane, une assertion qui infuse d’emblée l’ouvrage d’une dimension fraternelle et unificatrice, transformant le guide en un appel à l’harmonie intérieure face aux discordes extérieures.

Nous, voyageurs des arcanes maçonniques, sentons dès les premières pages comment Daniel Comino, avec une finesse qui épouse les contours de l’âme initiée, déploie un tapis de réflexions où l’histoire se fond dans le symbole. Le rituel devient le miroir d’une humanité en perpétuelle ascension vers la lumière intérieure.

Daniel Comino, dont le parcours s’ancre dans les profondeurs de la tradition française, ayant d’abord embrassé le Rite Français pour ensuite gravir les trente-trois marches du Rite Écossais Ancien et Accepté au sein du Grand Orient de France, incarne cette figure d’explorateur des rites qui, au-delà des honneurs et des grades, interroge les racines anthropologiques de nos cérémonies.

Son ouvrage antérieur dissèque plus de deux cent cinquante rituels avec une acuité qui révèle les axes cachés de nos pratiques collectives. Cela transforme l’étude maçonnique en une cartographie vivante de l’esprit humain. Sa bibliographie, riche de contributions telles que ces analyses rituelles qui relient les fragments épars de nos héritages, enrichit le champ de la pensée initiatique. Chaque livre devient un pont vers une compréhension plus profonde. L’ésotérisme n’est pas une abstraction mais une respiration commune à tous ceux qui cherchent la vérité au-delà des voiles.

Dans cette méditation sur le Kadosh, nous percevons comment Daniel Comino tisse une toile où les archives du passé, exhumées des bibliothèques oubliées et des manuscrits patinés par le temps, se mêlent aux interrogations éternelles de l’initié. Notre regard plonge dans les abysses de la vengeance sacrée et de la justice divine qui imprègnent ce grade. Daniel Comino élève cette immersion en soulignant la tension inhérente à notre condition maçonnique.

Le rassemblement des éléments dispersés devient un combat contre les forces centrifuges de la division. Cela miroite les thèmes vengeurs et unificateurs qui traversent le rituel du chevalier. Le chevalier émerge comme l’archétype de celui qui défie les tyrannies, qu’elles soient temporelles ou intérieures. Il rappelle ces croisades spirituelles où le combat extérieur reflète une guerre contre les ombres de soi-même.

L’auteur nous rappelle que cette défiance s’inscrit dans une éthique de réunion. La quête du Kadosh se transforme en un acte de pacification cosmique. Nous sentons vibrer, à travers les descriptions minutieuses des évolutions rituelles, comment ce degré puise aux sources hermétiques, alchimiques même. La montée vers le sacré devient une alchimie personnelle. Le plomb des passions profanes se transmute en or de la sagesse. Daniel Comino encadre cette transmutation comme un effort perpétuel pour transcender les combats vivaces. Le symbolisme ésotérique se relie à une pratique quotidienne de fraternité.

Les symboles, ces gardiens muets des secrets, se déploient sous nos yeux comme des constellations guidant le pèlerin. Du crâne contemplé dans la chambre de réflexion à l’échelle mystique qui relie terre et ciel, ils évoquent les liens indissolubles avec les traditions kabbalistiques et les mystères chrétiens qui infusent le rite. L’expérience ne se confine jamais à une dogmatique rigide. Elle s’ouvre à une pluralité de lectures où chaque frère trouve l’écho de sa propre quête. Daniel Comino agit comme un seuil initiatique. Il nous incite à percevoir ces symboles non comme des reliques inertes mais comme des outils pour rassembler l’épars, pour guérir les fractures de l’existence.

Dans cette ouverture réside la beauté profonde de l’œuvre de Daniel Comino. Nous y discernons une invitation à revivre le rituel non comme une répétition mécanique mais comme une immersion dans les courants souterrains de l’histoire maçonnique. Les figures des templiers persécutés et des justiciers bibliques se superposent pour former un palimpseste vivant. Le Kadosh n’est pas seulement un grade mais un état d’être. C’est une vigilance éternelle contre les chaînes de l’ignorance. Daniel Comino élève cette vigilance au rang d’une mission collective. Le maçonnique transcende l’individuel pour embrasser le monde dans son entièreté.

Nous, qui avons foulé ces sentiers initiatiques, ressentons dans ses lignes une résonance personnelle. Daniel Comino, par sa maîtrise des sources anciennes – ces parchemins jaunis qui portent les traces des mains de nos prédécesseurs – nous tend un miroir où se reflète notre propre progression. Des ténèbres initiales vers cette lumière qui, une fois atteinte, révèle d’autres ombres à conquérir. L’auteur amplifie ce miroir en nous rappelant que cette progression s’inscrit dans un effort constant pour unifier. Pour apaiser les combats intérieurs et extérieurs qui définissent notre humanité. L’ésotérisme ici n’est pas un voile opaque mais une transparence graduelle.

C∴ K∴ S∴ et décor maçonnique au-dessus d’une porte de maison du village d’Irancy

Les thèmes religieux se fondent dans une philosophie humaniste. Le chevalier se relie à la grande chaîne des traditions spirituelles, des mystères égyptiens aux enseignements gnostiques. Cela forme une harmonie qui élève l’individuel au collectif. Daniel Comino invoque cette harmonie comme le cœur même de notre engagement maçonnique.

À mesure que nous progressons dans cette lecture, une contemplation s’installe. Les nuances philosophiques du grade se révèlent comme des strates d’un édifice intérieur. Elles invitent à questionner la nature même de la sainteté.

Ce Kadosh, au-delà de sa connotation hébraïque, incarne la séparation d’avec le profane pour embrasser le divin en soi. Daniel Comino présente cette sainteté comme un rassemblement actif, un acte de volonté contre la dispersion. Avec une subjectivité qui assume pleinement son engagement maçonnique, Daniel Comino nous guide vers cette interiorité.

Le symbolisme n’est pas décrypté froidement mais vécu comme une pulsation vitale. Il relie le chevalier à la grande chaîne des traditions spirituelles. Daniel Comino nous engage à vivre cette pulsation comme un appel à l’unité. Le guide se transforme en un testament vivant de la franc-maçonnerie.

Nous percevons ainsi comment ce guide transcende le simple exposé pour devenir un compagnon de route. Il éveille en nous des échos de rituels passés. La lame du glaive symbolique tranche non seulement les illusions mais aussi les liens qui entravent l’âme. Cela ouvre sur une vision où l’initiation est une perpétuelle renaissance. Un dialogue ininterrompu avec les ancêtres spirituels qui veillent depuis les loges célestes.

Daniel Comino initie ce dialogue en nous rappelant notre devoir de rassembleurs dans un monde fragmenté. Dans cette réflexion qui s’écoule comme un fleuve initiatique, nous embrassons pleinement la portée de l’œuvre. L’histoire du rite se mue en une parabole de notre propre évolution. Nous rappelons que le vrai chevalier Kadosh réside en chacun. Prêt à affronter les dragons intérieurs pour atteindre cette sacralité qui unit tous les frères sous l’œil vigilant de l’Architecte. Daniel Comino approfondit cette parabole en nous invitant à voir dans chaque combat une opportunité de réunion.

L’auteur, par cette contribution, enrichit notre héritage. Il nous lègue non un savoir figé mais une flamme vivante. Propice à illuminer les sentiers futurs de la franc-maçonnerie. Daniel Comino attise cette flamme dès l’orée du texte. Nous conviant à une fraternité active et éternelle.

Et c’est en explorant les strates historiques du grade, des origines tumultueuses aux controverses qui ont agité les obédiences, que Daniel Comino révèle comment le Kadosh a évolué, intégrant des rituels philosophiques qui transcendent les époques, des tulipes modernes aux échelles apparentes qui escaladent les mystères, reliant les degrés inférieurs au sommet sacré, invitant chaque initié à une contemplation plus vaste des symboles vivants qui unissent passé et présent dans une quête inextinguible de vérité.

Guide à l’usage du franc-maçon KADOSH – 30eme degré du R.E.A.A.

Préface de Christian Confortini – Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du GODF

Daniel CominoConform édition, 2025, 192 pages, 17 € / 20€ port inclus

Conform édition, le site

22/11/25 – Écospiritualité : une rencontre exceptionnelle au carrefour des savoirs

Dans un monde où l’urgence écologique se fait chaque jour plus pressante, une initiative précieuse verra le jour le 22 novembre prochain à Paris. La Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (l’Alliance) ouvre ses réflexions au public pour une journée consacrée à l’écospiritualité, concept novateur qui propose de réconcilier notre rapport au monde et à nous-mêmes.

Entrée libre et gratuite. Inscriptions ici

Un plateau d’exception

Conférence publique

Ce qui frappe d’emblée dans cette conférence-débat, c’est la diversité et la complémentarité des intervenants. Des scientifiques comme Alain Piquemal et Jean-René Dalle y côtoieront des figures emblématiques de l’engagement écologique telles que Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement. La dimension spirituelle sera portée par Michel Maxime Egger, héritier intellectuel de Pierre Rabhi, et par Françoise Bonardel, philosophe des religions.

La diversité et l’ambition de ce plateau illustre parfaitement l’ambition de cette journée : tisser des liens entre science, droit, philosophie et spiritualité pour apporter des réponses holistiques aux défis environnementaux de notre temps.

L’écospiritualité : bien plus qu’une écologie

Portrait Michel Maxime Egger 2020

L’originalité de cette rencontre réside dans son approche : l’écologie n’y est pas uniquement abordée sous l’angle technique ou politique, mais dans sa dimension profondément spirituelle. Comme l’expliquera Michel Maxime Egger, l’écospiritualité propose « un chemin vers la sobriété joyeuse » en transformant notre regard sur la nature et en redéfinissant la place de l’humain dans le vivant.

Cette journée exceptionnelle témoigne de l’esprit d’ouverture de l’Alliance qui, tout en restant ancrée dans ses valeurs symboliques et traditionnelles, s’engage résolument dans les questionnements contemporains. Une rare occasion de contribuer au débat public sur des enjeux cruciaux pour notre avenir collectif.

Un programme riche et stimulant

De l’état des lieux de notre planète aux questions juridiques soulevées par la Déclaration des Droits et Devoirs de l’Humanité, de l’approche maçonnique de l’écologie à la réflexion philosophique sur notre rapport au monde, la journée promet d’être intellectuellement stimulante et concrètement utile.

Ne manquez pas cette opportunité unique de participer à une réflexion collective qui transcende les clivages habituels pour proposer un regard neuf sur les enjeux écologiques de notre temps.

L’entrée est gratuite mais l’inscription est obligatoire sur shorturl.at/XnILo. Les places étant limitées, il est recommandé de s’inscrire rapidement pour assister à cet événement qui s’annonce comme un moment fort de la réflexion écologique en France.

Rendez-vous le 22 novembre, de 9h30 à 17h30, à l’Espace Marc Boegner (Paris XVIe, métro La Muette) pour une journée au croisement des enjeux écologiques et spirituels

1725 : Quand la Lumière prit racine en France…

Le tricentenaire de la fondation de la première loge maçonnique en France, que la franc-maçonnerie universelle* célèbre en 2025, marque un jalon historique majeur, couvrant trois siècles d’une sociabilité qui a profondément influencé la vie intellectuelle, politique et culturelle du pays.

N°12, rue de Buci, paris

De 1725, date de l’implantation présumée de la loge Saint-Thomas à Paris par des exilés britanniques, à 2025, cette commémoration met en lumière l’évolution d’un ordre qui, né dans un contexte de tensions religieuses et de ferment philosophique, s’est transformé en un pilier de la laïcité et de la réflexion républicaine.

Inspiré des travaux pionniers de Séverine Dupuis, dont la thèse doctorale en cours explore la franc-maçonnerie parisienne comme une « sociabilité en mouvement » au XVIIIe siècle, et des recherches exhaustives de Pierre-Yves Beaurepaire sur les réseaux maçonniques européens, ce dossier étendu argue que la franc-maçonnerie n’est pas seulement un phénomène associatif, mais un vecteur dynamique de circulation des idées et des hommes, naviguant entre oppositions et innovations.

1725 – 2025 Trois siècles de franc-maçonnerie en France, 1re de couv., détail

En 2025, les commémorations, portées notamment par le Grand Orient de France, se sont déployées en plusieurs temps : la diffusion en juin du documentaire 1725-2025, Trois siècles de Franc-Maçonnerie en France, où interviennent – dans l’ordre –

Nicolas Penin à, l’époque Grand Maître du GODF

Nicolas Penin (alors Grand Maître du GODF et président du musée de la Franc-Maçonnerie), Lucie Masse (chargée des publics et de la médiation), Laurent Segalini (conservateur du musée) et Pierre Mollier (alors directeur de la bibliothèque et des archives du GODF, ancien conservateur du musée) ; une conférence publique le 25 juin sur les origines des loges Saint-Thomas et Louis d’Argent ; et, à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine des 20-21 septembre 2025, l’ouverture de temples maçonniques au public pour des immersions historiques.

Laurent-Segalini
Laurent-Segalini

Ces actions, au-delà de la célébration, réinvestissent des chantiers historiographiques autrefois abandonnés, comme l’étudie Séverine Dupuis dans son analyse de la loge Saint-Louis, émergée juste avant la naissance du GODF en 1773.

Pierre-Yves Beaurepaire, quant à lui, élargit le cadre à une perspective européenne, démontrant comment les loges ont transcendé les frontières, favorisant une « fraternité universelle » malgré des pratiques discriminatoires.

Cet argumentaire étendu s’appuie sur des sources primaires et secondaires pour démontrer la résilience et l’adaptabilité de l’ordre face aux défis historiques.

Le contexte historique qui nous intéresse est bien celui de l’implantation et des premiers développements (1725-1738) de l’arrivée de la franc-maçonnerie en France autour de 1725.

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L’art royal s’inscrit donc dans un mouvement plus large de transfert culturel depuis l’Angleterre, où les Constitutions dites d’Anderson de 1723 ont codifié la maçonnerie spéculative. À Paris, la loge Saint-Thomas, fondée par des jacobites exilés, représente le berceau français, suivie par des ateliers comme le Louis d’Argent. Cette phase initiale voit une expansion rapide : de quelques loges en 1725 à une dizaine en 1738, avec une implantation provinciale à Bordeaux dès 1732.

Séverine Dupuis – contributrice aux Chroniques d’histoire maçonnique (CHM) – contextualise cela dans les relations anglo-françaises post-Traité d’Utrecht (1713), où Paris, centre de mondanité aristocratique, devient un hub pour ces nouvelles sociabilités.

Pierre-Yves Beaurepaire son directeur de thèse – discipline ‘’Histoire et civilisations des mondes moderne et contemporains’’ ; 2019, Université Côte d’Azur – argue que cette implantation n’est pas isolée, mais partie d’un espace maçonnique européen, où les loges agissent comme des nœuds relationnels transnationaux.

Sans s’attarder excessivement sur les détails internes, notons que ce mode associatif se distingue par son rituel secret et son égalitarisme symbolique, contrastant avec les académies royales ou les salons littéraires.

In Eminenti

Le climat politico-religieux en ce début de XVIIIe siècle

Les oppositions politico-religieuses marquent profondément les débuts, avec le cardinal de Fleury comme figure antagoniste jusqu’à sa mort en 1743, voyant dans les maçons des agents de sédition. La bulle papale In Eminenti de 1738 excommunie les membres, les accusant de promouvoir un naturalisme contraire à la foi catholique. Pierre-Yves Beaurepaire démontre que ces querelles s’inscrivent dans une perception de l’étranger (souvent britannique) comme menace, mais aussi comme opportunité d’ouverture culturelle.

Argumentant pour une résilience accrue post-1743, les sources montrent une acceptation progressive par l’État, bien que l’antimaçonnisme persiste via pamphlets, illustrant une tension entre tolérance naissante et conservatisme religieux. Séverine Dupuis ajoute que ces conflits influencent la constitution même des loges parisiennes, forçant une navigation subtile entre loyauté royale et réseaux internationaux.

Des débats philosophiques ?

Les loges émergentes deviennent des forums pour des débats philosophiques alignés sur les Lumières, promouvant tolérance, raison et philanthropie. Pierre-Yves Beaurepaire explore comment cette « fraternité universelle » coexiste avec des exclusions (genre, religion), stimulant des réflexions sur l’universalisme.

Encyclopédie

La traduction des Constitutions dites d’Anderson en 1742 par de la Tierce renforce ces idéaux, comme analysé par Labbé, tandis que la cantate de Clérambault en 1743 défend la moralité maçonnique contre les accusations.

Séverine Dupuis argue que ces espaces favorisent une « sociabilité en mouvement », où circulent idées déistes et scientifiques, préfigurant l’Encyclopédie.

Sans approfondir outre mesure, ces débats illustrent une transition vers une maçonnerie plus inclusive intellectuellement.

Évolution au XVIIIe siècle : vers la naissance du Grand Orient de France

Au-delà de 1738, la franc-maçonnerie française connaît une mutation sociologique et institutionnelle. Séverine Dupuis divise cela en trajectoires : d’une élite aristocratique initiale à une inclusion croissante des professions judiciaires vers 1773, année de fondation du GODF.

Argumentant pour une démocratisation relative, les sources montrent un accroissement des effectifs de 1770 à 1790, avec des loges comme Saint-Louis exemplifiant cette évolution.

Pierre-Yves Beaurepaire (Source Wikipedia)

Pierre-Yves Beaurepaire étend cela aux réseaux européens, où les loges facilitent des mobilités physiques et intellectuelles, liant Paris aux Antilles via le négoce.

Le GODF, codifiant rites comme le Français ou l’Écossais, marque une centralisation qui argumente pour une adaptation aux idéaux révolutionnaires imminents.

Quid des mobilités maçonniques et autres réseaux – déjà ? – transnationaux

Un argument clé de Séverine Dupuis et Pierre-Yves Beaurepaire est la mobilité. Les maçons circulent idées et biens, reliant l’Europe aux colonies. Ce dernier, dans L’Europe des francs-maçons – XVIIIe-XXIe siècles (Belin, coll. Alpha, 2018), démontre comment ces réseaux transcendent querelles nationales, favorisant une identité commune malgré les conflits. Séverine Dupuis insiste sur les liens avec les outre-mers, où le négoce antillais intègre des maçons, argumentant pour une globalisation précoce de la sociabilité. Cela élargit le débat philosophique à des questions d’universalisme et d’esclavage, préfigurant les tensions du XIXe siècle.

Blason GODF

La Franc-Maçonnerie face à la Révolution et aux siècles suivants

La Révolution de 1789 teste la résilience : bien que traversée par les idéaux maçonniques (liberté, égalité), l’ordre est persécuté sous la Terreur. Le GODF renaît sous l’Empire, avec Napoléon favorisant une centralisation. Au XIXe, scissions et croissance : le GODF devient un bastion laïque, influençant la IIIe République. Argumentant pour une pertinence continue, les travaux montrent une adaptation aux défis modernes, comme la mixité en 1893.

Finalement, ce tricentenaire en 2025, quelles réflexions contemporaines mais surtout quel héritage

En 2025, le tricentenaire revitalise ces débats… Mais les Journées européennes du patrimoine 2025 montrent des ouvertures de temples de plus en plus nombreux soulignant l’héritage vivant.

Pierre-Yves Beaurepaire, dans des entretiens récents, réfute les théories conspirationnistes, affirmant la transparence croissante.

Cela argumente pour une franc-maçonnerie comme espace de dialogue face aux divisions sociétales actuelles, reliant passé et présent.

Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.
Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.

De 1725 à 2025, la franc-maçonnerie française évolue d’un mode associatif contesté à un pilier culturel, argumenté par les travaux de Séverine Dupuis et Pierre-Yves Beaurepaire comme une sociabilité dynamique. Sans s’appesantir sur les débuts, cet élargissement démontre sa capacité à intégrer querelles et débats pour forger une identité résiliente, pertinente pour les défis contemporains de tolérance et de fraternité.

*La franc-maçonnerie universelle, telle que définie dans les sources historiques et encyclopédiques, désigne l’ensemble des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie moderne, ancrés dans les Constitutions dites d’Anderson de 1723, qui servent de charte universelle à l’ordre. Ces principes incluent explicitement la croyance en un Être Suprême (souvent désigné comme le Grand Architecte de l’Univers),

qui représente Dieu, ainsi que l’utilisation d’un Volume de la Loi Sacrée (VSL) – un livre saint comme la Bible, le Coran ou d’autres textes révélés – symbolisant la « volonté révélée » de cet Être Suprême. Ce VSL est placé sur l’autel lors des rituels et sert de fondement moral et spirituel, exigeant des membres une adhésion à une morale stricte, au respect des autorités civiles et à une liberté en matière de confession religieuse (sans imposer une religion spécifique, mais en excluant l’athéisme).

Loge d’adoption

Concernant l’acceptation des femmes, la franc-maçonnerie universelle dans sa forme traditionnelle et « régulière » (fidèle aux Constitutions d’Anderson) n’accepte pas les femmes en tant que membres initiés. Les obédiences dites « régulières et de tradition », comme United Grand Lodge of England (UGLE)

ou en France la Grande Loge Nationale Française (GLNF) sont exclusivement masculines, considérant l’initiation comme réservée aux hommes libres et de bonnes mœurs.

Historiquement, dès le XVIIIe siècle, des loges « d’adoption » permettaient une participation limitée des femmes (sans initiation pleine), mais cela n’équivaut pas à une adhésion égale. Cependant, la franc-maçonnerie au sens large inclut des branches « libérales » ou « adogmatiques » qui s’écartent de ces exigences strictes : elles n’imposent pas la croyance en Dieu ni l’usage d’un VSL, et acceptent les femmes (obédiences mixtes comme Le Droit Humain, fondé en 1893, ou la Grande Loge Féminine de France). Ces variantes, comme le Grand Orient de France (qui a supprimé la référence au Grand Architecte en 1877), ne sont pas reconnues comme « régulières » par les obédiences dites  »traditionnelles », mais elles se revendiquent tout de même de l’idéal maçonnique universel de fraternité et de tolérance.

Les deux visages du désir maçonnique : « Renaissance et Performance ! »

Tout mouvement sociétal est sous tendu par un désir ! Il peut s’agir de Réforme, d’Amour, de Foi ou de Découverte ou d’autres valeurs . L’histoire de la Franc-maçonnerie nous enseigne qu’en ce qui nous concerne une ambiguïté existe. La Franc-maçonnerie anglaise du début du XVIIIe siècle est assurément imprégnée de désir de convivialité et de recherche du lien social dans ce que l’on pourrait appeler un besoin de performance morale pour retrouver la paix sociale dans le contexte de la querelle des sectes.

La Franc-maçonnerie du XIXe siècle avec la pensée écossaise et ses deux rituels principaux, le REAA et le RER, et aussi sous l’influence de Jean-Marie Ragon (1781-1862) et de Oswald Wirth (1860 – 1943) a replacé l’ésotérisme de la Renaissance au premier plan.

I. Le désir de Renaissance — la soif d’être plus

Au cœur du parcours initiatique, le désir de renaissance est un appel intérieur : celui de se transformer sans se trahir, de mourir à l’ignorance pour naître à la conscience. C’est le désir ontologique, celui qui pousse à devenir plutôt qu’à paraître. Ce désir cherche à répondre à la question existentielle de notre devenir. Il s’exprime dans les symboles de la mort initiatique, de la lumière retrouvée, de l’acacia qui reverdit.

Il vise la transfiguration intérieure, non la réussite sociale.

Le maçon, dans cette voie, cherche à renaître à lui-même, c’est-à-dire à sortir du personnage pour rencontrer l’être. Cette renaissance n’est pas spectaculaire : elle est lente, silencieuse, fraternelle. C’est la victoire de la vérité vécue sur la simple posture morale.

« Se réformer soi-même, voilà l’œuvre véritable. » — Inspiré de Pindare et repris dans plusieurs rituels maçonniques

Le désir de renaissance est un désir vertical, ascendant : il relie le bas et le haut, la pierre brute et le temple achevé. C’est le souffle mystique du travail initiatique.

II. Le désir de Performance — la tentation du faire

Mais à côté de cette aspiration intime s’est glissé un autre désir, plus moderne : le désir de performance. Il naît de la volonté légitime d’être efficace, de réussir dans ses actions, ses projets, sa loge, sa vie profane.

La Franc-maçonnerie, longtemps société de pensée, s’inscrit désormais dans une culture du résultat et du visible.

Ce désir cherche à répondre à l’imperfection des sociétés humaines et en particulier à l’injustice qui y règne. Il a deux visages :

  • Le Positif : il structure, dynamise, incite à l’excellence. Il pousse à rendre la loge vivante, la parole claire, l’action utile. Il nécessite une expertise.
  • Le Négatif : il peut se muer en ego initiatique, en quête de grade, de reconnaissance, de supériorité symbolique. C’est classiquement la dérive obédientielle.

Quand le rituel devient performance, quand le discours maçonnique se mesure à l’applaudimètre, l’esprit du Temple se vide de son souffle.

Le danger n’est pas la compétence, mais la confusion entre perfection et performance. La première est une exigence intérieure ; la seconde, une tentation extérieure.

« Là où l’homme cherche à briller, il cesse d’éclairer. »

Maxime apocryphe maçonnique

III. L’alchimie du désir : unir l’être et le faire

Pour que la Franc-maçonnerie demeure une école vivante et non un théâtre de symboles, il faut réconcilier ces deux désirs.

  • Le désir de renaissance sans le faire s’épuise dans la rêverie.
  • Le désir de performance sans l’être devient vanité.

Le travail maçonnique consiste à faire du faire un être, à transformer l’action en geste conscient, la réussite en service, la perfection formelle en profondeur vécue. Dans cette perspective, la performance devient une renaissance incarnée : elle n’est plus un objectif mais une conséquence naturelle de la clarté intérieure.

Ainsi, chaque frère, chaque sœur peut devenir instrument de résonance entre ces deux polarités :

  • la renaissance (axe vertical de sens),
  • la performance (axe horizontal d’efficacité).

C’est leur croisement — la croix initiatique — qui donne naissance à la vraie œuvre.

IV. Pour conclure

Le désir maçonnique, avec ses deux visages, ne devrait pas être un objet de conflit mais une spécificité valorisante. La Renaissance répond au besoin d’authenticité ; la Performance, à celui d’utilité. L’une donne le souffle, l’autre la forme. L’initié qui agit sans oublier d’être, et qui est sans renoncer à agir, accomplit la seule performance qui vaille : renaître au réel sans le dominer.

Malheureusement aujourd’hui ces deux désirs alimentent une polémique et une compétition malsaine sous prétexte des dérives qui ont pu se manifester. On voit bien qu’aujourd’hui ce désir ambivalent et exigeant n’a pas de traduction organisationnelle ! C’est le drame de la franc-maçonnerie : Le Verbe n’est pas porté !

Aujourd’hui que nous soyons, une sœur ou un frère, à Paris ou à Bangkok, à Los Angeles ou à Cotonou, nous nous retrouvons dans la solitude de la loge pour prendre en compte cette dialectique et être capable d’en tirer le meilleur.

Plus d’infos sur ce thème :

Faut-il repenser la Franc-maçonnerie française ?

Par Olivier de Lespinats & Christian Belloc

I. Le constat d’une dérive

La Franc-maçonnerie française traverse aujourd’hui une crise majeure d’identité et de finalité. Conçue à l’origine comme une avant-garde spirituelle de l’humanité, elle risque désormais de se transformer en un simple acteur profane parmi d’autres, voire en un contingent anachronique de pensées uniques, plutôt qu’en un véritable moteur évolutif.

On voit se multiplier les loges et obédiences qui s’engagent dans le champ sociétal et politique : bioéthique, GPA, débats sur la laïcité, sur l’éducation, sur l’immigration ou encore sur les questions économiques. Certes, ces thèmes sont importants dans la vie publique, mais ce n’est pas la mission de la Franc-maçonnerie de s’ériger en tribunal moral ou en think-tank. D’autres institutions, associations ou ONG sont faites pour cela.

Alain Bauer

L’un des dangers de cette dérive est que l’Ordre se dissout dans le profane : il se confond avec des structures extérieures, perd son mystère, et devient prévisible. Le Temple, lieu de silence, de symboles et de travail intérieur, est alors transformé en salle de débats. Comme le disait Alain Bauer, ancien Grand Maître du GODF :

« Les francs-maçons ont-ils de facto appuyé sans le savoir sur le bouton d’autodestruction de l’Ordre ? »

Là où nos fondateurs avaient voulu une école initiatique, un cadre de perfectionnement intérieur, nous voyons trop souvent une scène d’ego, de carrière, d’ambition et d’idéologie. Les mots « tolérance » et « fraternité », jadis porteurs d’un souffle, deviennent de simples slogans vidés de leur substance, derrière lesquels prospèrent parfois la compétition, le narcissisme et la division.

La Maçonnerie, si elle continue sur cette voie, court le risque d’être oubliée par l’histoire, réduite à n’être qu’un avatar du militantisme profane, au lieu d’être un chemin de lumière.

II. Retrouver nos racines et notre vocation

Pour comprendre ce qu’est véritablement la Maçonnerie, il faut revenir à ses racines spirituelles et initiatiques.

À sa naissance, au XVIIIᵉ siècle, elle s’inspire des anciennes corporations d’ouvriers bâtisseurs, mais elle puise aussi dans une tradition intellectuelle et religieuse profondément marquée par le christianisme. Les Constitutions d’Anderson de 1723 placent au cœur du dispositif une référence claire à Dieu, au Grand Architecte de l’Univers, et aux Écritures comme règle morale et spirituelle.

Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

Certes, la Maçonnerie n’est pas une Église ni une religion. Mais elle est une école initiatique dont le socle a toujours été transcendant. Ce socle s’est exprimé, selon les rites, par des formes plus ou moins explicites : la Bible ouverte sur l’autel, l’appel à la lumière divine, la référence aux vertus cardinales et théologales, l’idée d’une réintégration de l’homme en Dieu (chez Willermoz et le Rite Écossais Rectifié).

Oublier cet enracinement, c’est risquer de transformer la Maçonnerie en une simple morale humaniste, certes respectable, mais privée de verticalité. C’est faire de l’initiation un simple exercice intellectuel, coupé de la transcendance.

Revenir à nos racines, c’est au contraire assumer que la Maçonnerie est une voie de transformation intérieure. Elle n’est pas là pour dicter une orientation politique, mais pour façonner des êtres capables d’incarner dans leur vie quotidienne la vérité, la justice, la charité, la fidélité.

Olivier de Lespinats
Olivier de Lespinats

Comme Olivier de Lespinats l’écrit ailleurs : « La Maçonnerie ne se déploie pleinement que lorsqu’elle forme des êtres transformés intérieurement, capables de rayonner dans la cité. La question n’est pas de choisir entre l’homme et la société, mais de rappeler que la voie maçonnique commence toujours par l’initiation intérieure. »

Cela implique de redonner toute sa place au rituel, au symbole, à la méditation et au silence. Cela suppose aussi de rappeler que la Maçonnerie n’est pas seulement un club de sociabilité, mais une école exigeante. L’initiation n’est pas un droit, mais une grâce qui appelle à l’humilité et à l’effort.

Comme le dit Christian Belloc, « ce ne sont pas les discours ou les leçons théoriques qui comptent, mais les exemples concrets et opérationnels ». Autrement dit : le témoignage de vie des anciens doit redevenir la première école. Le frère ou la sœur expérimenté(e) doit se comporter comme un maître humble et discret, à l’image d’un père ou d’une mère qui transmet, par l’exemple, les vertus essentielles.

III. Une Maçonnerie de combat… mais d’un autre ordre

Faut-il alors parler d’une « Maçonnerie de combat » ? Oui, mais à condition de ne pas la confondre avec un militantisme. Le combat dont il s’agit est spirituel, chevaleresque et intérieur.

  • C’est le combat contre les ténèbres de l’ignorance, contre l’égoïsme, contre la complaisance dans le monde matériel.
  • C’est le combat pour la lumière, pour la vérité, pour la justice et pour la fraternité universelle.
  • C’est un combat chevaleresque, où la truelle et l’épée se tiennent ensemble : construire et défendre, élever et protéger.

La Maçonnerie doit redevenir ce qu’elle a toujours été au meilleur d’elle-même : une chevalerie de l’Esprit. Comme les Templiers, elle ne doit pas se contenter de contempler, mais être prête à défendre l’essentiel. Comme les bâtisseurs, elle doit travailler patiemment à la construction d’un édifice invisible : le Temple intérieur.

Dans un monde où les repères spirituels et moraux s’effondrent, où notre civilisation occidentale est désorientée, la Franc-maçonnerie a une responsabilité particulière. Elle doit rappeler que l’homme ne se réduit pas à ses pulsions ni à ses idéologies, mais qu’il est un être appelé à la transcendance.

La fraternité universelle n’est pas un slogan abstrait : elle se vit concrètement dans la diversité, mais à partir d’un socle solide. Sans ce socle, elle se dilue et se fragmente. Comme le disait Newton : « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. » Cette phrase résonne fortement pour nous. Car notre mission n’est pas d’ériger des barrières idéologiques entre obédiences, mais de bâtir des ponts : ponts entre traditions, ponts entre générations, ponts entre cultures. Mais ces ponts ne tiennent que si les piliers en sont solides. Or, notre socle, ce sont nos racines spirituelles.

Enfin, il faut redire que ce combat spirituel appelle une régénération interne :

  • Sélection rigoureuse des impétrants.
  • Refus des carriérismes et des prébendes.
  • Redonner la souveraineté aux loges plutôt qu’aux bureaucraties.
  • Mettre au centre de nos travaux la quête initiatique et la transmission vivante, plutôt que les discours creux ou les débats stériles.

Conclusion : un choix décisif

chemins dans les champs

La Franc-maçonnerie se trouve à la croisée des chemins. Soit elle persiste dans le militantisme profane et s’expose à l’oubli, réduite à un rôle sociologique mineur. Soit elle retrouve le sens de son combat originel : le combat spirituel, chevaleresque et intérieur.

Ce n’est pas un repli : c’est une renaissance. Ce n’est pas un refus du monde : c’est une manière plus profonde de le servir. Car ce n’est pas par des manifestes politiques que la Maçonnerie changera la société, mais par le rayonnement d’hommes et de femmes transformés intérieurement, fidèles à l’esprit de leurs fondateurs.

La Maçonnerie est, et doit rester, une école initiatique universelle, enracinée dans la tradition chrétienne qui l’a vue naître, mais ouverte à toutes les sagesses, afin d’élever l’homme, de purifier son cœur, et de l’orienter vers la Lumière.

« Ce n’est pas en imitant le monde profane que nous l’éclairerons, mais en étant fidèles à notre vocation : façonner des hommes debout, dépouillés d’eux-mêmes et revêtus de la lumière. » (O de Lespinats)

La Maçonnerie n’est pas un parti, ni une ONG, ni un club mondain. Elle est un chemin initiatique, une chevalerie, une école spirituelle universelle. Son devoir est clair : retrouver le sens du combat intérieur, afin de redonner au monde des témoins vivants de la lumière, une truelle à la main et l’épée dans l’autre.

Phare, lumière, unité
Phare, lumière, unité

Telle est la mission qu’il nous appartient aujourd’hui de rappeler et d’assumer, si nous voulons que la Franc-maçonnerie demeure ce qu’elle fut : un phare pour l’humanité en quête de sens, une truelle à la main et l’épée dans l’autre, au service de la vérité, de la fraternité et de Dieu.

Contacts :

  • FMIGS : sgc.scmplf@gmail.com
  • IMU : institutionmaconniqueuniversel@gmail.com
Par Olivier de Lespinats (Fondateur de la Fédération Maçonnique Internationale des Grades Supérieurs)
Par Christian Belloc
(Fondateur de l’Institution Maçonnique Universelle), et de nombreux Grands Maîtres d’Obédiences et de Présidents de structures de Degrés Supérieurs

Alain Chaize, Maître de Cérémonie depuis 36 ans aux Rencontres Écossaises du SCPLF

Interview de Claude Lucène

Ulysse aux abords d’Ithaque : notre frère Alain Chaize.

Alain Chaize, depuis 36 ans, en charge de la réalisation des Rencontres Ecossaises du SCPLF, a annoncé à Angers le 11 octobre, sa cessation d’activité pour la direction et l’organisation des suivantes. Par son engagement, il a marqué du sceau de l’excellence ces rencontres publiques qui accueillent Francs-maçons et Franc-maçonnes – depuis ces dernières années- et, quelques profanes choisis et bien accompagnés. Dans l’ombre d’un rideau sur la scène des Rencontres Ecossaises à Angers, il a répondu, lors d’un moment de pause, à trois courtes questions avant de repartir très vite à sa tâche.

1- Très cher Alain, quelles émotions ressentez- vous aujourd’hui après nous avoir annoncé votre départ hier ?

Depuis 36 ans je dirige et organise les Rencontres Ecossaises avec le souci de veiller au confort et à la satisfaction de tous les participants et des intervenants pour que ces Rencontres restent chaque année un complément essentiel de la démarche écossaise. Mais voilà je suis à l’heure de choix à faire. Mon profond regret est de quitter mon équipe. Un immense regret ! En effet nous vivions ensemble avec le sentiment d’être en équipage : moi à la barre et eux, de formidables co-équipiers !

J’ai aimé profondément partagé avec eux le challenge d’avancer sur chaque projet annuel avec rigueur et ce souci de l’ excellence où chacun est complémentaire du savoir de l’autre pour réussir des rencontres ouvertes.

Aujourd’hui je dois continuer mais avec d’autres buts tout en restant un homme libre, un Ecossais qui préfère se démettre plutôt que de se soumettre !

2- Aux abords d’Ithaque, sans vos compagnons, comment voyez – vous un autre réel ?

Dès demain il commence ! Cela va être un changement profond ! J’ai 74 ans mais j’ai pour moi d’avoir déjà vécu une expérience de passage à la retraite. Je sais aussi que dans ce temps là, on trouve des libérations, libération des contraintes et notamment des devoirs impérieusement mis à l’ agenda. Je vais passer un nouveau seuil que je veux d’emblée positif !

3- Pourra-t-on vous dire bonjour l’année prochaine aux Rencontres Ecossaises de 2026 à Grenoble ?

Je resterai en contact avec la Juridiction. En ce qui concerne les Rencontres Ecossaises, j’ ai un grand capital de souvenirs sur 36 Rencontres organisées et je ne veux pas de retour en arrière. Le savoir du cœur est intime et je ne serai pas présent ! «